31.12.2011

AU SECOURS ! UN MEMBRACIDé !

Si vous êtes amateur de TINTIN, reportez-vous à ces images de cauchemar qu’on trouve dans L’Etoile mystérieuse. Tintin a donc débarqué, avant ces salopards du « Peary », sur l’aérolithe presque entièrement immergé dans l’océan Arctique, et planté à son sommet le drapeau marqué F. E. R. S. Il attend ensuite que l’ « Aurore » vienne le récupérer. Le cauchemar se situe à ce moment : un arbre énorme a subitement poussé pendant son sommeil, des champignons énormes poussent en un rien de temps, et explosent, et un araignée gigantesque le menace, quand une des pommes énormes poussées entre-temps sur l’arbre se détache pour l’écraser : heureusement, elle était exactement à sa verticale. Le lecteur respire.

 

 

 

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Mais ce n’est pas pour réciter du TINTIN qu’on est là, et on n’a pas que ça à faire, non ? Alors, que dites-vous de ceci ?

 

 

 

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Eh bien, il fait partie de la famille méconnue des MEMBRACIDÉS, vous savez, cette famille d’insectes hémiptères homoptères d’un abord extrêmement sympathique, comme on peut le voir. Alors maintenant, vous êtes en train de dormir sur un aérolithe perdu au milieu de l’Arctique, vous vous réveillez face à ce monstre de deux mètres de haut et quatre de long. Question : que faites-vous ? Réponse : j’attends en tremblant la pomme de six tonnes qui va l’écraser, pour le plus grand soulagement de mon lecteur, qui se demande comment je vais finir, et sous quelle forme.

 

 

 

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Que cela soit bien entendu : les MEMBRACIDÉS ont un « corselet », et une tête armés de tubercules, de saillies, de longues cornes branchues (qui sont évidemment des expansions extraordinaires du pronotum, je n’apprends rien à personne). Ils sont des trouvailles de la nature en ce qui concerne le mimétisme. Les procédés les plus déloyaux leur sont bons pour imiter toutes sortes d’excroissances végétales : épines, bourgeons et graines géants. D’où leur aspect épouvantable, comme le montre ce doux « Cladonota » que chacun aimerait voir chez lui, quand il rentre le soir, attendant qu’il lui saute au cou et lui « fasse sa fête ». Mmmm, la caresse de la bête.

 

 

 

 

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Bon, allez, je vous rassure : en fait d’Arctique, on est dans la Forêt Amazonienne. Et ces bestioles mesurent entre 2 et 15 millimètres suivant les sources. Enfin, tant qu'il reste de la Forêt Amazonienne.

 

Mais avouez que vous avez eu chaud, non ?

 

 

Voilà ce que je dis, moi.

30.12.2011

NOUVELLE LISSE-POIRE DE LA MUSIQUE

Récapitulation des notions fondamentales.

 

La musique, dans le fond, les gens en font tout un pataquès, mais finalement c’est beaucoup plus facile qu'on ne dit. A condition de commencer simple. On pense ce qu’on veut de MAURICE RAVEL, que c’est un musicien trop esthète pour être profond, qu’il a collé studieusement les sons de tous les instruments de l’orchestre sur le bijou d’épure pianistique que sont Les Pablos d’une exposition de MODESTE MOUSSORGSKI (musicien trop discret pour s’en vanter, comme l’indique son prénom, et dont on sait donc trop peu que c’était un fondu de peinture révolutionnaire, même que moi aussi, ça m'étonne).

 

 

Rien que pour montrer qu’il était le premier de la classe, RAVEL a fait un exercice d’orchestration. Mais on le sait, MAURICE, que tu sais faire ! Une fois la clarinette, le hautbois et le basson, une fois les trombones et les trompettes, une fois les cordes, et puis tout ensemble. Tu n’as pas besoin de la ramener comme ça. Tout ça sent violemment les bancs de l’école.

 

 

Remarquez, il a fait pire, pour ce qui est du scolaire. Tout le monde sait que MAURICE possédait une bicyclette magnifique. Vous connaissez sûrement cette œuvre qui fait partie des passages obligés de tous les orchestres du monde, à commencer par le trop célèbre orchestre philharmonique des îles Kiribati, dont le concert au Carnegie Hall de New York avait fait sensation, avec ses musiciens vêtus d'une simple ceinture de bananes. 

 

 

On a également en mémoire le trop fameux orchestre symphonique d’Etat des mollahs de la République Islamique d’Iran, dont les musiciens ont la particularité de jouer en soutane et le visage couvert d'une longue barbe noire postiche, et dont l'oeuvre de RAVEL constitue encore le chaval de bataille. Evidemment, tout le monde connaît par cœur le Beau vélo de RAVEL. Qui n'oubliait jamais de graisser la chaîne.

 

 

Excellent pour la mise en condition des oreilles enfantines, très didactique, très pédagogique. Je recommande l’interprétation – qui donne une version pour quatuor à cordes très convaincante (certains acariâtres regrettent cependant que le travail du compositeur en sorte défiguré, surtout en l’absence de caisse claire, ce qui oblige les instrumentistes à assurer le rythme avec les pieds, dans une gymnastique aussi épuisante que déplacée, qui risque de perturber l'auditeur) – des solistes de l’orchestre de chambre du Machu Picchu, uniquement composé d’Incas croisés avec des Japonais originaires de la vallée de Yapafoto.  

 

 

Je propose ensuite d’inscrire au programme d’études des œuvres musicales plus ambitieuses, comme par exemple les Cinq-faux-nez de BITE-AU-VENT, compositeur célèbre pour son mauvais caractère et pour le nombre impressionnant de pianos qu’il a détruits durant sa carrière. Bon, il tapait dessus comme un sourd. Ce qui a peut-être accéléré l’épuisement de ses forces. On s’interroge encore sur le fait qu’on parle des cinq-faux-nez, qui, si l’on compte bien, sont au nombre de neuf. Peut-être que le musicien parlait du nez quand il dictait ? Allez savoir.

 

 

On passera ensuite à des œuvres plus ambitieuses et surtout plus spirituelles, par exemple de la musique d’église. On pensera à JEAN-BAPTISTE PERGOLAIS, d’origine italienne, qui avait eu une enfance agitée, du côté d’Arras ou de Krautergersheim, enfin un endroit où on mangeait beaucoup de navets, d’oignons et de fayots, et où, rituellement, on organisait des concours de « vent arrière », comme disaient les facétieux, ce qui fut sans doute pour quelque chose dans la vocation musicale de PERGOLAIS. Les musicologues les plus savants en discutent encore.

 

 

Tout le voisinage savait qu’il en faisait voir des vertes et des pas mûres à sa pauvre mère, qui faisait bouillir sa pauvre marmite. Devenu grand, il ré-italianisa son nom en PERGOLÈSE. Arrivé à un âge sérieux, il comprit l’infamie de son jeune âge et, en souvenir de sa défunte mère et pour lui rendre hommage, fit de ses remords réels ou supposés un très beau morceau de musique. Tout le monde aujourd’hui a au moins entendu parler de l’immortel Tabasse ta mère de PERGOLÈSE.

 

 

Une fois cette œuvre assimilée par les jeunes esprits, ceux-ci seront en mesure d’affronter des difficultés plus âpres, en compagnie du « Cantor de Leipzig », JEAN-SÉBASTIEN BACH (nom que JACQUES MERLET, sur France Musique, prononçait « yann sebastiann bar »), qui eut beaucoup plus d’enfants que de femmes, puisqu’il aurait pu constituer avec ceux-ci un orchestre symphonique au grand complet. D’autant que ses femmes furent successives, et non simultanées.

 

 

On fera entendre les désormais bien connues des lecteurs de ce blog Sonnettes pour violon sale, en ayant soin d’insister sur le fait que le titre suppose un son instrumental adapté : le violoniste est prié de plonger son instrument dans la poubelle en entrant en scène, avant de venir y agiter ses sonnettes.

 

 

Pour faire bonne mesure, on lui recommandera de ne pas changer ses vêtements et sous-vêtements, et de ne pas se laver de quinze jours quand il mettra ces œuvres à son programme, car elles requièrent, pour produire leur plein effet, une cohérence de tous les aspects et de tous les instants. On appelle ça de la musicologie.

 

 

Si les jeunes esprits franchissent sans dommage irréparable ces étapes de montagne, on pourra tenter de les faire accéder au sommet, j’ai nommé RICHARD WAGNER. C’est un continent à lui tout seul, cet homme-là. On aura garde d’en préparer l’exploration en démarrant sur Triton et Hideuse, roman d’amour que le musicien a porté à la musique (comme on dit « porter à l’écran » pour n'importe quel mauvais roman, car pour les bons romans, ça donne toujours et forcément des mauvais films).

 

 

Cet opéra est bien propre à toucher un auditeur inexpérimenté, sachant qu’il ne faut pas, aux deux héros, moins d’une demi-heure de musique pour boire le breuvage connu comme « philtre d’amour » (à ne pas confondre avec le « filtre d’amour », qui est le type même du filtre absolu, puisqu’il s’agit d’une membrane de caoutchouc théoriquement étanche).

 

 

Nous avons ici pas tout à fait quatre heures de musique pour une action d’une simplicité angélique : un roi vieillissant (il a au moins trente-cinq ans, autant dire qu’il a sa vie derrière lui) envoie son valet lui chercher une Irlandaise vierge et pubère, mais celui-ci, en cours de route, opère un détournement de mineure, et ça finit très mal.

 

 

On n’est pas obligé d’en passer par le Faisceau Vendôme, une histoire de marin d’eau douce plus ou moins ténébreuse (« d’une sombre et sauvage beauté, avec quelques touches de lumière et de grâce », pour dire que j’ai mes sources).

 

 

Quand la jeune oreille est un peu familiarisée avec ce monde, je propose en effet de passer tout de suite au plat de résistance concocté par RICHARD WAGNER dans les cuisines où Alberich tient en esclavage les Niebelungen. Ce cycle d’opéras est passé à la postérité sous le titre désormais éternel de TÊTE A L’ORGIE, qui indique bien le climat mental spécifique dans lequel évoluent les personnages. Il conviendra que les parents abstiennent leurs enfants d'assister à ce spectacle avant l'âge requis.

 

 

 

Quoi, il faut que je révise le verbe « abstenir » ? Vous n'avez donc jamais entendu parler de ce qu'on appelle dans les écoles et les lycées la « créativité grammaticale et orthographique » ? Et que faites-vous du mythe moderne de « l'enfant créateur » ? 

 

 

 

Que le lecteur soit convaincu que nous n'oeuvrons ici qu'à la promotion des meilleurs principes éducatifs, à l'image des modernisateurs de l'éducation ministérielle. Cela ne se voit peut-être pas, mais j'ai en cet instant même la main sur le coeur, et l'oeil qui s'humidifie en pensant au destin enthousiasmant qui attend d'ores et déjà nos si chères têtes blondes.

 

 

Je reviens à mon roi RICHARD. On commencera donc par L’Or du Rien, épisode prologal où le nain Alberich mate sournoisement trois jeunes femmes assez dévêtues. On les appelle pourtant les « Filles du Rien », autant dire des pas grand-chose. Tout ça parce qu’elles veillent sur un trésor qui peut lui donner du pouvoir. On sent déjà qu’il va y avoir des complications. Et tout ça finira somme toute sur des queues de cerises, comme le dit le titre et comme on va le voir.

 

 

On continuera par La Vache qui rit, où la Vache en question monte à cheval. Comme ses frangines, d’ailleurs : un troupeau de vaches montées sur un troupeau de chevaux, je vais vous dire, ça fait un effet boeuf, d'autant qu'il déboule à fond de train sur la scène en poussant des meuglements à fendre l'âme. Le spectacle est assurément grandiose et prend le spectateur aux tripes. L'amateur authentique se dit aussitôt : « UNE TERRIBLE BEAUTE EST NEE » (credo de la 11ème Biennale d'art contemporain de Lyon). L’acte III commence d’ailleurs par l’exaltante « Chevauchée des Vaches qui rient ».

 

 

Leur mission première est de conduire les âmes des guerriers au Vache-Allah, mais la plus belle désobéit à son papa, qui va la punir sévèrement en lui imposant le port d'une ceinture de feu, tout en roucoulant bizarrement, comme un pigeon à la saison des amours. On dira ce qu’on voudra, mais ça doit faire mal. Peut-être que c'est moins douloureux que la ceinture de chasteté ? 

 

 

On poursuivra l’exploration de ce monde tourmenté avec le bon Zigue-Frite, jeune homme plein de bonne volonté mais un peu naïf, à qui il arrivera plein d’aventures plus ou moins agréables. De toute façon, avec un nom pareil, on s’attend tout de suite au pire. On sent dès le début qu’il n’est pas fait pour vivre vieux, avec ce drôle de nom fait pour finir sous les coups de couteaux et de fourchettes dans une assiette de boui-boui. Ceux qui connaissent un peu l’Allemagne savent que l’enseigne « Au bon Zigue-Frite » est assez répandue parmi les restaurants de bord de route.  

 

 

L’exploration de ce continent se termine sur Le Prépuce-Cul des Vieux, titre énigmatique, on en conviendra. Et ce n’est pas la conclusion – dont on serait en droit d’attendre quelque éclaircissement – qui permet au jeune auditeur de se faire une idée : en gros, il y a un assassinat, un enterrement, une noyade, et l’écroulement du Vache-Allah. On sollicitera donc du pédagogue un effort spécial d’explication en direction des petits.

 

 

Voilà, j’ai un tout petit peu résumé, mais on a l’essentiel. Avec ça, vous avez déjà de quoi amener les petits enfants à apprécier cette musique qu’on dit classique.

 

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

 

 

 

29.12.2011

LA GRANDE MUSIQUE ET LES TOUT PETITS

 

Résumé : on fait un petit tour dans la reproduction musicale et les dégâts opérés sur les oreilles par les avancées de la technique. 

 

Puis un meuble entra au salon familial : une radio format XXL, montée sur quatre pieds avec un haut-parleur à droite et à gauche et, logé sous la radio, un tourne-disque dissimulé derrière un battant en bois verni. Le luxe. La marque était-elle Schaub-Lorenz ?  Je ne saurais l’assurer. Ce que je peux dire, c’est que là aussi, bien des disques ont tourné. 

 

Pour dire l’éclectisme, ça allait du lourd coffret de dix disques des « chefs d’œuvre de la musique classique » à DUANE EDDY, avec son disque Twistin’ and Twangin’, si je me souviens bien. J’étais intrigué par le son bizarre de sa guitare électrique (des cordes de guitare basse à la place des cordes graves et un son très réverbéré), mais j’aimais bien aussi l’usage du saxophone ténor. J’en suis arrivé à me dire que l’éclectisme n’a pas que des bons côtés. Je dirai peut-être pourquoi. Un autre jour. 

 

C’était l’époque où, dans la chambre du voisin et ami du dessus, VINCENT D., nous nous livrions, grâce à son électrophone personnel, à une étude critique des mérites comparés des divers morceaux de quelques disques des « Shadows », alors au faîte de leur gloire. Il semblerait qu’ils aient été en activité jusque fort récemment. Ma foi, pourquoi pas ? 

 

Je crois bien que c’était dans « Little B » que le batteur se livrait à une brillante démonstration assez lourde de ce qu’il savait faire. J’ai une excuse : n’est-ce pas au cours d’une réunion hebdomadaire de notre « patrouille » de scouts, (les « Ecureuils » de la 44ème, GUY DE LARIGAUDIE) au 16, rue Pouteau, en haut d’un interminable escalier de pierre donnant sur une cour à l’abri de tout, que nous écoutâmes, sur un petit électrophone (encore un), « Elle est terrible », de JOHNNY HALLIDAY ? Mais il y avait aussi « Belle belle belle », de CLAUDE FRANÇOIS. Quelques autres, sans doute.  

 

Un autre appareil eut encore de l’importance pour moi, à côté de ceux déjà mentionnés. Il était sis au Mont-Joly, la maison des Echarmeaux dont j’ai déjà parlé, et où nous passions des vacances familiales. Dans le salon qui occupait une aile, à côté d’une fenêtre latérale, sur une table, un vieux poste à lampes, de bonnes dimensions. 

 

Je calais la réception sur 1600 mètres grandes ondes : c’était Europe 1, si je ne dis pas de bêtises. Et c’était une époque où la station diffusait beaucoup de chansons, par groupes de trois, qui étaient « désannoncées » seulement avant d’embrayer sur les suivantes. Les jours de pluie, j’entendis donc mes premiers morceaux de rock américain, mes premiers tubes « yéyé », bref, la crème de la catégorie « variétés ». 

 

Je ne sais pas qui a eu l’idée d’appeler ça comme ça, mais le mot de « variétés » est excellemment adapté à son sujet. Exactement comme on intitule « faits divers » les pages des journaux qui rassemblent les chiens écrasés, les mémés en perdition secourues in extremis pas les pompiers, et les mauvais garçons qui soustraient 82,53 euros, sous la menace d’un cutter, au boulanger du quartier. 

 

Et puis un jour, j’eus droit, pour moi tout seul, à un électrophone stéréophonique. Au moins, le poids du bras était réglable. Particularité de l’objet : le petit piton central était amovible, remplaçable par un axe de quinze à vingt centimètres : un changeur de disques. Le luxe. 

 

Quand j’éteignais la lumière (notez que je ne dis pas « avant de m’endormir »), je réglais le volume sur le minimum audible. Il y avait trois ou quatre 33 tours sur le changeur, pas plus : la Symphonie cévenole de VINCENT D’INDY, avec JEAN FOURNET à la baguette.

 

Je pouvais aussi mettre l’autre face : Variations symphoniques de CESAR FRANCK et Ballade de FAURÉ, avec JEAN DOYEN au piano. Ou alors carrément Shéhérazade de RIMSKI-KORSAKOV, avec le London Symphony (L. S. O.) dirigé par PIERRE MONTEUX, œuvre dans laquelle, plutôt que des contes orientaux mêlant aventuriers intrépides et houris ensorcelantes (« et c’est ainsi qu’Allah est grand »), je voyais se dessiner les épisodes d’une grande bataille cérémonielle opposant des corps de cavaleries flamboyantes.  

 

Je ne jure pas que je ne m’endormais pas dans les quatre-vingts minutes que duraient les quatre faces empilées, sauf peut-être que le bruit de chaque changement produisait un choc plus sonore que la musique elle-même, qui pouvait bien interrompre l’endormissement. 

 

Mais je vous assure que j’ai passé des moments tout à fait délicieux dans cette compagnie invisible. Et je soutiens que l’amplification électrique du niveau sonore de la musique n’est strictement pour rien dans sa qualité (peut-être même y est-elle inversement proportionnelle) et dans la perception de celle-ci. 

 

Bon, que conclure de ce tour d’horizon ? Rien d’original. Tout simplement, peut-être, que j’appartiens à la génération des enfants de la radio et de l’électrophone. On doit bien être quelques millions. Ça veut dire évidemment qu’un certain nombre d’objets techniques se sont trouvés sur mon chemin, dans l’existence.  

 

Ces appareils ont conditionné le rapport que j’entretiens encore aujourd’hui avec « la musique ». Un rapport « médiat ». Et un rapport de consommation. Cela n’est pas sans me chagriner quelque peu, mais voilà, c’est comme ça et pas autrement. Il se trouve ainsi que j’ai du mal à concevoir une vie, un cadre, un lieu dépourvus de source sonore. Ce qui n'est pas sans chagriner quelque personne vivant dans mes entours immédiats.

 

 

Voilà ce que je dis, moi.

28.12.2011

LA GRANDE MUSIQUE ET LES TOUT PETITS

La Grande musique et les tout petits est un titre. Celui d’un petit manuel de format 16 x 24 d’initiation musicale à couverture bleue, ornée d'un dessin édifiant : un monsieur en costume sévère et à calvitie respectable est assis à un piano à queue ouvert. Il est entouré de quatre petits enfants assis, un petite fille est debout.

 

 

Ils le fixent avec un attention dévote. Le sous-titre ? "Commentaire sur les grandes oeuvres de musique classique et moderne enregistrées sur disque." L'ouvrage, agrafé dans l'épaisseur, est édité aux "Editions du cep beaujolais", ce qui n'est pas un mince clin d'oeil.  

 

 

Une main enfantine l'a par ailleurs constellé d'exécrables dessins à l'encre lorsqu'elle avait l'âge du préadolescent normal que j'étais, pas tout à fait pubère, mais modèle accompli du crétin clinique, souillant de droites et de courbes médiocres les divers supports de papier que lui offrait le matériel scolaire à sa disposition. Vous avez évidemment compris que j'étais ce crétin.

 

 

Les têtes humaines de profil ressemblent furieusement à des casseroles, auquelles le nez tiendrait lieu de manche. Allusion subtile, sans doute, à la matière musicale qu'enseignait l’auteur du manuel et professeur, monsieur HURTER (tout le monde connaît la « Sonnette pour casserole et violon sale » de LADISLAS HEGESIPPE ADHEMAR LOUTREL. Il (HURTER) fut mon professeur de musique de la sixième à la troisième. Il faisait acheter son bouquin par tous les élèves, ce qui lui assurait une sorte de rente (modeste).

 

 

J’ai beaucoup plaint son fils, qui était dans notre classe, rien qu’à cause de la façon coupante dont il appelait le nom : « HURTER », pour le faire venir au tableau : « Viens me réciter ta leçon ! ». Personne n’aurait osé broncher, bavarder ou péter pendant son cours. pas comme les veinards qui avaient monsieur ZAËH. Alors là, c’était la fête ! Cela ne gênait personne, car déjà à cette époque, les salles de musique tendaient à être confinées dans les derniers étages des établissements scolaires. A cause du bruit, j'imagine.

 

 

Il faut cependant tresser un couronne de laurier à monsieur HURTER. Car c’est chez lui que j’ai découvert que j’avais l’oreille musicale : j’avais presque toujours 20 / 20 aux dictées de notes. Pourquoi n’ai-je pas insisté ? Pourquoi ne suis-je pas devenu musicien ? Vous vous en foutez ? Eh bien je vais vous le dire quand même. Franchement, je me demande si la musique aurait tenu dans ma vie la place qu’elle a tenue – une place finalement impressionnante et inexplicable – si j’en avais fait ma profession.

 

 

Et puis on me dira ce qu’on voudra, mais le solfège, ça m’est toujours resté rédhibitoire. La définition de "rédhibitoire" ? « Arête de poisson virtuelle restée en travers de la gorge » (définition proposée à l'Académie, qui n'en a pas voulu, allez savoir pourquoi). Méthode lourde ou méthode « ludique », le solfège reste lourd. Même lourdingue. Ou alors c’est moi qui ne le suis pas assez pour lui, je ne sais pas. Au fond, ce qui me chagrine dans le solfège, c’est peut-être ce qui me chagrine dans tout ce qui se présente comme théorie : précisément la théorie.

 

 

Comme je ne suis pas devenu musicien, je me suis contenté du titre de mélomane. Encore aujourd’hui, ça me frustre, comme bien vous pensez, mais que voulez-vous ? L’avantage que j’y ai trouvé, c’est que je suis né dans un temps où une foule d’objets techniques se sont mis à pleuvoir sur le monde, pour satisfaire les « besoins » des « consommateurs ». Je veux parler de la radio et de l’électrophone. Oui, j'avoue : je suis un enfant des débuts de la consommation musicale régnante.

 

 

J’ai déjà parlé du supplice que, vers l’âge de huit ans, je faisais subir à ma grand-mère – qui le supportait stoïquement – quand je passais des dizaines de fois sur le vieux Teppaz rouge et blanc, enfin une certaine sorte de « blanc », l’ouverture de Tannhäuser, de RICHARD WAGNER, et l’Etude opus 25 n° 11 de FRÉDÉRIC CHOPIN.

 

 

Le Teppaz logeait dans le placard à portes coulissantes du couloir à gauche au fond, en face du « coffre à papier », au 39, cours de la Liberté, au troisième étage, l’entrée juste à droite de la pâtisserie BONNAT, aux sublimissimes cônes en chocolat et aux superbes sphinx familiaux.

 

 

L’entrée a gardé jusqu’à sa récente rénovation la plaque devenue noirâtre où était gravé « sonnette de nuit », avec un bouton pour les urgences adressées au médecin, au même étage que l’électrophone. Je n’ai jamais su si le docteur FRÉDÉRIC PALIARD avait été souvent dérangé par cette sonnette. Et quand j’ai voulu dévisser la plaque, en souvenir, il était trop tard : elle avait disparu sous les coups de la rénovation.

 

 

Le téléphone du 39, cours de la Liberté était « Moncey 17 25 », pour vous dire quelle époque c’était. Chaque quartier avait son central téléphonique. Là, il était rue Moncey (MO, sur le cadran, ça faisait 60). Il y en avait un autre rue Burdeau (BU = 28). Il fut un temps où c’était même un progrès par rapport à l'époque précédente, quasiment paléontologique.

 

 

Pensez donc, au Mont-Joly, grande maison des Echarmeaux, une boîte en bois verni était fixée au mur. Sur le côté droit, une toute petite manivelle. A gauche, un drôle de cornet noir pendu à un crochet. En façade, une sorte d’entonnoir noir (ben oui !) vissé à la boîte.

 

 

J’étais si intrigué que je fis comme j’avais vu faire d’autres : je décrochai le cornet de gauche, je plaçai ma bouche devant l’entonnoir noir, puis je tournai la manivelle. Ô merveille, ô stupeur, ô frayeur, une voix (la voix de celles qu'on appelait les opératrices, c'est de l'archéologie) se fit entendre dans le cornet. Inutile de dire que je le reposai dans l’instant.

 

 

On comprend par cette anecdote qu’une blague qui fit hurler de rire les foules des années 1950, « Le 22 à Asnières », de FERNAND RAYNAUD, a aussi peu de chances d’être comprise des générations actuelles qu’elle l’aurait été de celles de 1870.

 

 

Je reviens à mes moutons. Nous eûmes longtemps à la maison un électrophone gris (la Guilde) avec un bras blanc large et lourd qui a dû massacrer les dizaines de pauvres disques que nous avons posés dessus. Comme tous les appareils de l’époque, celui-ci accueillait diverses vitesses de déroulement, 78, 45 ou 33 1/3 tours par minute.

 

 

Je me souviens même d’un engin qui comportait la vitesse de 16 tours / mn, sur lequel j’ai vu tourner un disque et un seul (qu’est-ce que c’était ?). C’était encore au 39, cours de la Liberté, sur la table de la cuisine. Si le format 16 tours a rapidement disparu corps et biens, j’imagine que les fabricants y avaient vu le meilleur moyen de perdre le maximum d’argent à cause du déséquilibre « investissement / bénéfice » induite par la durée excessive de musique dont il aurait fallu doter chaque face du microsillon.  

 

 

Une pile de lourdes galettes noires 78 tours a atterri un jour à la maison. Elles étaient  à peine protégées par une pochette en papier, découpée au centre pour permettre d’en lire l’étiquette. J’ai encore dans l’oreille quelques titres, parmi lesquels La Belle de Cadix, par LUIS MARIANO, mais celle-ci est trop célèbre.  

 

 

Une chanson bien moins connue reste en effet gravée dans mon disque dur : Qu’il fait bon, chez vous, maître Pierre, peut-être chantée par FERNAND GIGNAC. Une chanson populaire exaltant la vie des classes populaires, il y a longtemps. Un peu la même époque, tiens, que Les Grands boulevards, d’YVES MONTAND (« Je suis tourneur chez Citroën. J'peux pas m'payer des distractions tous les jours de la s'maine »).  

 

 

L'histoire de "maître Pierre" ? Un gars de douze ans entre comme apprenti chez un meunier, il est heureux de son métier, tombe amoureux de la fille du patron, l’épouse, et pour finir, le meunier meurt, regretté, mais heureux que le moulin soit en de bonnes mains pour continuer à tourner « du Nord à la Bretagne ». Le tableau sans ombre d’une vie limpide et simple comme on n’en fait plus :

 

Hardi ! Hardi petit gars !

Bonnet sur l’œil, sourire aux lèvres !

Hardi ! Quand il a deux bras,

Un bon meunier ne s’arrête pas !

 

 

Je ne suis pas sûr que les bonnes gens qui considèrent ce genre de "variétés" comme désuètes aient bien compris le sens de l'évolution des choses depuis ce temps. Pour lequel je précise tout de suite que je n'éprouve aucune espèce de nostalgie.

 

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

 

27.12.2011

PARLONS ENCORE DU GENERAL CHAMBE

Résumé : RENÉ CHAMBE, en compagnie de PELLETIER-DOISY, a abattu en combat aérien le quatrième avion allemand de la guerre de 1914-1918. Mais celle-là, il la raconte aussi dans des livres.

 

 

 

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Je ne sais plus dans lequel de ces livres se trouve la très délicieuse histoire suivante, qui concerne JEAN NAVARRE, un as de la « chasse » aérienne, mais un peu particulière pour cette fois, comme on va le voir. Pilotant je ne sais plus quel appareil de cette époque épique, NAVARRE, qui vole tout près du sol, aperçoit des canards. Qu’est-ce qui lui prend alors ? Eh bien tout le monde à sa place aurait fait ça, il se met à leur poursuite.

 

 

Soudain, les canards opèrent un brusque virage à angle droit, que le pilote se met en devoir d’imiter. Sauf que les ailes de l’avion sont rigides et ont une autre envergure. L’une d’elles, comme vous l’avez deviné, se plante dans le sol, et NAVARRE va « aux patates ». Sans trop de mal, si je me souviens bien. Je pense à la vitesse des avions de l’époque. C’est quoi, la vitesse d’un canard qui fuit ?

 

 

L’Escadron de Gironde raconte ce qu’on appelle, en langage militaire, un « fait d’armes », c’est-à-dire un « acte de bravoure ». Plus largement, c’est un livre écrit à la gloire de la cavalerie française au cours de la bataille de la Marne. On n’en est pas au sacrifice de la cavalerie polonaise, chargeant en 1940 les blindés allemands. C’est le début de la guerre, et la technique n’a pas encore tout emporté. Il reste du possible.

 

 

Je ne vais pas résumer ce tout petit livre de 160 pages très aérées: il s’agit de la charge exécutée par l’escadron du lieutenant De Gironde contre une escadrille allemande qu’il veut détruire, opération dans laquelle il laisse la vie. De l’héroïsme si l’on veut, de la sottise aussi. Indémêlables.

 

 

On charge RENÉ CHAMBE, en 1916, d’organiser les forces aériennes roumaines. Il rejoint son poste en faisant un joli tour par les pays nordiques. Il met sur pied, vaille que vaille, une escadrille de combat, est blessé en combat aérien, obligé de revenir en France (avec le grade de capitaine).

 

 

 

NIEDERNAI (Bas-Rhin) 1918

 

 

Après le 11 novembre 1918, il fait partie des tout premiers militaires français à entrer en Alsace. Un monsieur JACQUES GRANIER, dans son ouvrage Novembre 18 en Alsace, paru à l’occasion du cinquantenaire de l’événement, a consacré un chapitre à cet épisode en s’appuyant sur le « journal de guerre du capitaine Chambe ».

 

 

Mais je préfère un autre document, qui évoque le même moment, car je le trouve vraiment émouvant (même si le récit fait la part belle aux effets et à l’émotion). C’est une plaquette d’une vingtaine de pages, où le signataire (R. C. Capitaine-Aviateur) raconte son arrivée dans le village de Niedernai, l’accueil chaleureux des habitants, de XAVIER et STANISLAS MULLER, aubergiste et maire de l’endroit. Elle est intitulée Pour que des Cloches Françaises chantent dans un Clocher d’Alsace.

 

 

RENÉ CHAMBE avait reçu pour mission d’inspecter (« reconnaître ») le terrain d’aviation de Niedernai, en compagnie de deux camarades, au cas où les Allemands l’auraient piégé ou saboté avant de partir. Ils ont revêtu le pantalon rouge, "celui de la Marne". Ayant accompli leur mission, ils pénètrent dans le village, prenant tout le monde par surprise, car les troupes ne sont attendues que le surlendemain. Accueillis triomphalement à l’auberge, les trois aviateurs sont retenus quelques minutes, le temps pour les habitants de pavoiser tout le village aux couleurs de la France. C’est du délire. On est le 17 novembre.

 

Dans la rue, le curé JOSEPH ZIMMER s’approche. Il avait 13 ans en 1870. Il est heureux que l’Alsace soit rendue à la France. Une chose le chagrine : les Allemands ont emporté en 1917 les cloches de l’église pour les fondre, et l’on n’a pas pu célébrer ce jour en les faisant carillonner. Qu’à cela ne tienne, réplique le capitaine CHAMBE, nous vous rendrons vos cloches. C’est ainsi qu’en 1922, il rédige la plaquette dont il s’agit ici, et qui renferme un bulletin de souscription et une adresse : Abbé Joseph Zimmer, Niedernai près Obernai, Alsace (Bas-Rhin).    

 

 

Sans aller jusqu’à financer les trois cloches, la souscription lancée par RENÉ CHAMBE produit assez d’argent pour faire fondre, par la société Causard à Colmar, la « grosse » cloche de 550 kg, note sol dièse (« Paroisse de NIEDERNAI », « Don du Capitaine aviateur René Chambe de Lyon », et autres inscriptions), et une partie de la « moyenne », de 285 kg, note do (« Suzanne Odile Jacqueline CHAMBE »). Suzanne est l’épouse de René. Le nom est donc doublement inscrit sur les cloches de Niedernai.

 

 

Le 2 décembre 1918 qui suit ces retrouvailles, on entre dans de l’officiel pur jus pur sucre : les premiers avions français atterrissent à Niedernai. ALBERT BRUNISSEN, frère de l’évêque de Sainte-Odile, en quelques jours, a même appris à monter à cheval pour « accueillir dignement les libérateurs ». Le capitaine CHAMBE est en grand uniforme.

 

 

Toute la société est sur son trente et un. Une photo rassemble tout ce beau monde : au premier rang au centre, le curé JOSEPH ZIMMER, à sa gauche XAVIER MULLER, le maire (alors, est-ce le maire ou l’aubergiste ?). Tout à fait à droite, MICHEL WINTZ, instituteur et secrétaire de mairie. Les deux filles (ou nièces ?) de celui-ci encadrent RENÉ CHAMBE, debout au deuxième rang. Beaucoup de costumes d’Alsaciennes, plusieurs uniformes, dont certains chargés de médailles, beaucoup d’hommes en manteau solennel et haut-de-forme.

 

 

Le dernier épisode en date se produit en 2009. FRANÇOIS KIEFFER, présenté comme « historien local », correspondant des D. N. A. par ailleurs, reçoit un coup de fil. C’est un appel de Montpellier, où un collectionneur de « militaria » a acquis un drapeau (2,25 x 1,02 m.).

 

 

Ce drapeau a quelque chose de spécial. Il porte une broderie, pas un travail professionnel, visiblement, mais très touchant, dont on ignore à ce jour le nom de celle qui tenait l’aiguille. En lettres capitales : NIEDERNAI, embrassé par deux branches de laurier nouées d’un beau nœud d’or, le tout soutenu par la mention de la date en caractères cursifs très lisibles : 2 décembre 1918. L'ensemble est en excellent état. Deux décembre 1918 ! Quelle trouvaille !  

 

 

PATRICK DOUNIAU, maire du village, ne fait ni une ni deux pour se porter acquéreur du symbole, et le faire figurer en bonne place dans l’exposition organisée lors du 11 novembre 2009. « Ce drapeau retrouvé serait celui qui fut remis aux aviateurs en ce jour historique » (D. N. A., 30 juin 2009). Beau retour au bercail. Finalement, le monde est petit. Je me suis appuyé, pour résumer (à la serpe, il faut bien le dire) l’épisode, sur les documents qu’ont bien voulu me transmettre messieurs FRANÇOIS KIEFFER et PATRICK DOUNIAU, et madame JACQUELINE KOCH. Qu’ils soient ici remerciés.

 

 

Voilà ce que je dis, moi !

 

 

Il y aura sans doute encore à dire.

 

 

 

 

26.12.2011

PARLONS DU GENERAL RENE CHAMBE

Le Général RENÉ CHAMBE n’a pas toujours été Général, mais il a toujours été CHAMBE. Pour tout dire, il est né avec CHAMBE noué autour du cou. Tare ou privilège, bavoir, plastron ou gilet pare-balles, le fait est là. Au fait, c’était peut-être tatoué sur la face intérieure de sa boîte crânienne.  C’était en 1889. A Lyon, la ville aux « trois fleuves » : le Rhône, la Saône, le Beaujolais. Enfin, il faudrait plutôt dire : un fleuve, une rivière et un robinet. L’important, c’est que ça reste quelque chose de triple.

 

 

Car RENÉ CHAMBE eut du triple dans sa vocation : il a passé sa vie à voler, à chasser, à écrire. Ce pourrait être un condensé de son existence. Si l’on ajoute qu’il eut trois enfants, on aura presque tout dit. Presque, car ce furent trois filles. Il n’a jamais laissé paraître qu’il en fût déçu en quoi que ce soit. Au contraire. Mais il va de soi que le nom de la lignée s’interrompit de ce côté. Qu’on se rassure, son frère JOSEPH prit le relais pour assurer la tâche.

 

 

Il est vrai que la règle de transmission du nom a été tant soit peu bousculée dans des temps pas très anciens, pour remédier, s’il n’est pas trop tard, à la disparition inquiétante de la foule des patronymes français  tombés  en déshérence par l’épuisement ou la paresse génésique de certaines familles et le malthusianisme induit par la filiation patrilinéaire (après une phrase comme ça, j’ai envie de dire : « Vous avez vu le travail ? »). Pour le dire simplement : de nombreux noms de famille ont fini en queue de poisson. Ce n’est pas comme en Chine, où 4 patronymes trustent 80 % des individus, au bas mot un milliard de gens.

 

 

Pour ce qui est de la guerre, le Général RENÉ CHAMBE a fait plus que le nécessaire. Parti simple troufion dans la cavalerie, il a, comme on dit, « gravi les échelons » jusque tout en haut de l’échelle. Je dirai qu’à cet égard, il s’est comporté en véritable aristocrate républicain, si cette expression a un sens, et avec un panache personnel certain qui l’a conduit, dans la remontée de la botte italienne par les Alliés en 1944, à  enlever ses barrettes de colonel pour faire le coup de feu avec la troupe.

 

 

RENÉ MICHEL JULES JOSEPH CHAMBE est « engagé volontaire » dans la « cavalerie légère » le 9 octobre  1908 avec le matricule 413. Il a alors dix-neuf ans. Son père est mort en 1902. Il avait alors treize ans. Il est incorporé au « 10ème Hussards » (Tarbes). Il est brigadier le 25 février 1909, sous-officier le 28 septembre 1910. Voici l’avis du commandant d’unité pour le 1er semestre 1911 : « Sous-officier intelligent, actif. A toujours montré dans son service le plus grand zèle et le meilleur esprit. D’une santé délicate au début, s’est maintenant beaucoup fortifié. Il a toujours fait preuve d’une grande énergie. S’est très bien comporté aux manœuvres de 1910 ».

 

 

Sur quoi le chef de bataillon conclut : « Très bon sous-officier. Intelligent, très zélé. Monte vigoureusement (ou rig-). Très bonne tenue. Peut faire un très bon officier ».  Après l’école de Saumur, il est sous-lieutenant (= officier) et « dragon ».

 

 

Pour ce qui est du « républicain », il fut loyal, mais je ne suis pas trop sûr qu’il ait eu la fibre. Sa belle-sœur se vantait d’avoir fait partie des « Croix-de-Feu » du Colonel de La Roque (6 février 1934). Lui-même assista dans les années 1970, m’avait-on dit, à un rassemblement d’un groupe dénommé « Charles Martel », qui n’est pas précisément une organisation de gauche. Mais enfin, il y a aussi des républicains authentiques à droite.

 

 

Enfin, Altitudes (1935), un de ses romans, fut préfacé par PAUL CHACK,  dont le signe particulier est d'avoir été exécuté à la Libération comme « collaborateur ». De lui, j'avais adoré la lecture de Ceux du Blocus (la guerre sous-marine en Adriatique), et de quelques autres. Inutile de dire qu'Altitudes fut réédité en 1947 sans la préface.  RENÉ CHAMBE n’est donc pas de gauche, ce n’est rien de le dire. En revanche, comme patriote, il est rigoureusement irréprochable et absolument inattaquable.  Je ne juge pas : c’est comme ça.

 

 

Chaque fois que sa patrie (on ne sait plus bien ce que c’est aujourd’hui) fut en guerre, il a bien payé de sa personne. A deux reprises. Et pas à l’arrière, mais « au front ». La « Grande Guerre », il la commence dans la cavalerie. Ou plutôt, il faudrait dire « cavalerie à pied », si j’en juge par quelques dessins (RENÉ CHAMBE dessinait fort bien) réalisés dans les tranchées. Ils sont datés, de sa propre main, de janvier 1915, « d’après nature », comme le mentionne l’artiste.

 

 

L’un montre le genou d’un cadavre allemand qui émerge de plus en plus  d’un talus, à cause de la pluie, et que les hommes appellent Camembert. « Pourquoi Camembert, demande R. C. ? – Parce qu’il coule ! » Plaisanterie militaire typique. Au cours de mon service militaire, j’ai croisé un sergent Quin. Tous les appelés se sentaient obligés, en le nommant quand ils étaient entre eux, de dire : « Quin, dit Villebreu ». C’est ça, une plaisanterie militaire. Et je ne dirai pas un mot du « père cent », antique humour, si le militaire est capable d’humour. 

 

 

Les autres dessins sont tout aussi gais, mais les cadavres représentés sont tous allemands ! L’un montre un espace de champ labouré limité par deux lignes de barbelés, au premier et à l’arrière-plan. Entre les deux, des cadavres face contre terre. Le crayon est d’une précision extraordinaire. C’est intitulé : « Croquis d’après nature, pris à 40 mètres des tranchées allemandes occupées par un régiment saxon (Infanterie N° 56) ».

 

 

Un troisième dessin laisse émerger, en haut de la paroi de la tranchée, une paire de solides brodequins militaires. On est toujours en janvier 1915. « Ces deux pieds vous frôlent le visageIls sont là depuis septembre. » Un homme répond à la question de R. C. (je reproduis scrupuleusement) : « C’est quand on a creusé les tranchées… Les Allemands tiraient... On avait pas le temps… Depuis … on a essayé de le sortir, mais il est vieux… "Ça tombait de partout". Alors on n’y touche pas. Et puis, "il ne sent pas" ». C’est du vécu. RENÉ CHAMBE a donc tâté des tranchées, c'est incontestable.

 

 

Dès que l’aviation de chasse se constitue, il se débrouille pour y être rattaché. C’est fait en 1915, à la M. S. (pour Morane-Saulnier, le fabricant des appareils) 12, au Commandant De Rose. Pour l’instant, seuls deux avions allemands ont été abattus, la « guerre aérienne » est très loin d’être d’actualité. Il y a sur la base de jeunes officiers et sous-officiers. L’avion comporte une place pour le pilote et une pour l’ « observateur », toujours armé d’une carabine. On ne sait jamais.

 

 

Les lecteurs de ce blog savent que je suis un amateur des « plus belles histoires de l’oncle Paul », qui paraissaient dans Spirou. Or voilà-t-il pas que dans le n° 1410, du 22 avril 1965, pour le cinquantième anniversaire de l’événement, l’ « oncle Paul » braque son lorgnon sur la M. S. 12 en général, et sur quelques membres de l’escadrille en particulier. Ils ont nom NAVARRE  et PELLETIER-DOISY, dit « Pivolo », pilotes, CHAMBE et ROBERT, observateurs armés.

 

 

Le 1er avril, CHAMBE et PELLETIER-DOISY décollent, mais rentrent bredouilles, tandis que le tandem NAVARRE-ROBERT a abattu un « Aviatik ». Ils ne se tiennent pas pour battus et décollent aux aurores le lendemain. CHAMBE, à coups de carabine (chargeur de 4), va percer le réservoir de l’ « Albatros » qu’ils ont rencontré, couper un câble de commande, casser le tableau de bord. L'autre est obligé d'atterrir, et dans les lignes françaises !

 

 

Bref, c’est une victoire aérienne, la quatrième de cette guerre, qui lui vaut un peu plus tard la Légion d’Honneur (« a donné la mesure de son sang-froid et de son audace, etc … »). Une goutte d’eau dans cet océan du désastre européen et humain que fut la première guerre mondiale (voir quelques notes précédentes et mon blog « kontrepwazon », catégorie « monuments aux morts »).

 

 

L’écrivain RENÉ CHAMBE racontera cette époque dans quelques livres, dont l’intéressant Au temps des carabines. Il a aussi consacré un ouvrage à GUYNEMER, marqué par le ton épique et volontiers lyrique qu’il affectionne quand la bravoure et le panache du soldat français sont de la partie. Sous sa plume, les termes d’ « honneur », de « chevaleresque » tombent tout naturellement sur le papier. Un ton que certains trouveront aujourd’hui suranné, voire obsolète. On peut aussi lire avec intérêt Dans l’Enfer du ciel ou L’Escadron de Gironde. RENÉ CHAMBE sait raconter, je vous le garantis.

 

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

Il y aura une suite.

 

 

25.12.2011

AU FIL DE "LA RECHERCHE" (1)

Je me replonge dans la lecture de ce monument littéraire qu'est La Recherche du temps perdu, de notre gloire nationale MARCEL PROUST. Pas à vitesse de croisière, mais à vitesse de caboteur, à la paresseuse, d'escale en escale, et surtout, je l'espère, avec une simplicité de néophyte. Il paraît que l'oeuvre est incontournable. On va bien voir.

 

 

Je l'ai déjà croisée, et davantage même que croisée, traversée, labourée, mais c'était à des fins "utiles", qui ne sont jamais innocentes, car elles orientent le lecteur dans une direction qu'il n'a pas choisie et prise spontanément. Il fallait alors que "j'en fasse quelque chose". Je me promets donc une approche empreinte de gratuité, et surtout dénuée de toute portée scolaire.

 

 

COMBRAY, EPISODE 1

 

 

Le début est quelque peu horripilant, à cause du personnage du narrateur, avec sa « sensibilité », sa fragilité nerveuse qui lui impose une curieuse addiction au baiser de sa mère, quand elle vient lui souhaiter bonne nuit dans son lit. Le petit Marcel en éprouve de si vives angoisses que le lecteur n’a guère envie de le prendre au sérieux ou en affection.

 

 

On pourrait même dire : arrête ton cinéma ! Ce que fait le père du petit Marcel. Ah, le désespoir du petit Marcel, quand il ne peut pas déposer, sur le duvet de pêche des joues de sa chère maman le doux baiser qui lui donnera le doux sommeil de la paix de l’âme ! Ah, l’infernale insomnie qui va le conduire jusqu’au matin à travers l’océan des angoisses, tout ça parce que monsieur Swann joue les invités ! 

 

 

Le dessin des personnages de la mère et du père est quand même assez schématique. La mère est tendre sans excès, et soucieuse  d’éduquer son petit garçon selon de bons principes, et surtout sans montrer, surtout en public, une propension exagérée à lui démontrer son affection.

 

 

Le père, d’abord plus rude et expéditif en général, est plus enclin que son épouse, dans certains moments d’indulgence, à enfreindre les dits principes, par exemple lors d’une soirée en compagnie de Swann, où le gamin subit le verdict paternel d’avoir à monter se coucher aussitôt et sans espoir, et où finalement, la mère passera la nuit dans la chambre du fils, avec la bénédiction de papa.

 

 

Le père est plein de certitude et d’autorité. La mère pleine d’admiration pour son mari : « Où sommes-nous ? », demande-t-il, au retour d’une promenade longue et inconnue. Et quand il montre la petite porte qui ouvre sur le jardin en brandissant la clé, l’épouse fond littéralement de vénération devant des pouvoirs aussi magnifiques.

 

 

La grand-mère est peinte de façon assez drôle, avec sa manie du grand air qui la pousse, même sous la pluie, à faire des tours de jardin pendant que la famille s’est réfugiée au salon. Les deux grand-tantes, de leur côté, sont bien expédiées, sous la plume du narrateur.

 

 

Elles me font penser à des scènes du bien oublié Jacassin, de PIERRE DANINOS, qui s’est pourtant visiblement inspiré de PROUST. Des vieilles dames très cultivées, très racornies, et d’une subtilité tellement maladive qu’elle en devient hermétique. Les arrière-pensées se traduisent par des formules insidieuses et contournées, mais finalement très attendues, voire stéréotypées. Ce qui leur confère, en fin de compte, une forme de bêtise, visiblement voulue par l’écrivain, qui s’en donnera à cœur joie avec ce genre de cruauté quand il abordera le salon Verdurin.

 

 

Le soir où Swann vient passer un moment, alors qu’il vient de leur faire parvenir une caisse de vin d’Asti, elles se débrouillent pour lui adresser des remerciements et des compliments tellement allusifs et alambiqués qu’il n’a aucune chance de les percevoir comme tels. Comment pourrait-il comprendre que : « Il n’y a pas que monsieur Vinteuil qui ait des voisins aimables », s’adresse à lui ? Ce que le grand-père ne manque pas de souligner d’ailleurs.

 

 

Alors, l’épisode de la « madeleine » ? Eh bien je le trouve très savant, très bien amené et assez touchant. La façon dont il descend puiser en lui-même la source ancienne de l’émotion ressentie dans le présent est d’une véracité très forte : le barrage que fait l’intelligence à la remontée de ces vieilles sensations qui ont bâti la personne, l’effort de « déprise » auquel se livre celle-ci, les diverses résistances qu’oppose la mémoire, et puis « tout d’un coup », voilà que ça revient. Mais qu’est-ce que c’est moche et frustrant pour l’élève de n’avoir sous les yeux que la vingtaine de lignes qu’on lui impose d’habitude, alors que l’épisode s’étend sur quatre pages ! Quatre pages formidables.

 

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

La suite une autre fois.

 

 

24.12.2011

B. D. DANS L'EAU : OUMPAH-PAH

Ce qu’on appelle « oumpah-pah », en général, c’est la musique des fanfares alsaciennes en particulier, et germaniques en général. Une musique bien lourde, à trois temps, qui ressemble à l’idée qu’on se fait des Allemands (je m’interdis de parler des Alsaciens ; pour moi, l’Alsacien, particulièrement dans sa variante féminine, est sacré). Qu’est-ce qui leur a pris, à RENÉ GOSCINNY et ALBERT UDERZO, d’appeler cet Indien sympathique et très costaud, leur premier héros vraiment populaire, de ce nom étrange ? Mystère.

 

 

En tout cas, cette B. D. reste bien marrante. Le couple « gros costaud » et « petit malin » est déjà en place, bien que le chevalier Hubert De la Pâte Feuilletée soit un peu bêta par rapport au futur Astérix. Oumpah-pah, quant à lui, est déjà un Obélix, sans potion magique toutefois. Mais l’idée est dans l’air.

 

 

Il mange du pemmican, évidemment, et abat d’un seul lancer de tomahawk un bison lancé à la poursuite de l’imprudent « double scalp », surnom qu’il a donné à son nouveau « frère de sang », le dit chevalier De la Pâte Feuilletée. Ce qui occasionne un bel échange entre lui et son chef, lorsqu’il arrive au fort français : « Oumpah-pah est mon frère. – C’est Madame la marquise votre mère, qui en sera surprise ! ».

 

 

Cette arrivée est fêtée au moyen d’un festin final. Sur la table trône l’énorme rôti de quadrupède que les amateurs d’Astérix connaissent bien. Mais Oumpah-pah, qui a saisi le chandelier à quatre branches  croque avec délice les bougies en disant : « Cuisine des visages pâles, succulente ».

 

 

Le sorcier de la tribu des Shavashavah, dont le cri de guerre est : « yak yak yak yak ! », s’appelle Ypleuh. N’a-qu’une-dent est le guerrier qui voudrait mettre à mort le Français, mais il s’appellera bientôt N’a-qu’une-dent-mais-elle-est-tombée-alors-maintenant-n’en-a-plus. Oumpah-pah aime beaucoup son nouvel ami Double-scalp. La preuve, je n’ai pas compté le nombre de fois où il assène d’un geste léger un coup de son tomahawk de pierre sur la tête du dit nouvel ami (ça doit tourner autour de la demi-douzaine).

 

 

Alors je vous résume l’histoire, qui ne fait pas fumer le cerveau. Hubert de la Pâte Feuilletée débarque pour la première fois sur le sol américain, courageux Français qui se porte volontaire pour aller seul en éclaireur, chaudement encouragé par son commandant, que les flèches, les cris et les tam-tams « intimident » : « Ça, de la Pâte Feuilletée, ça c’est une bonne idée ! ».

 

 

Il est capturé après un combat singulier d’une rare violence (!), par Oumpah-pah, grand costaud. Au moment où il saisit le scalp de son adversaire pour le découper suivant le pointillé, celui-ci lui reste dans les mains, et pour cause : c’est une perruque. D’où son surnom de « double-scalp ». Pour garder ses droits sur son prisonnier, il subit trois épreuves (chocolat bouillant, plume chatouilleuse, tir à l’arc) victorieusement. Comme double-scalp a pris sa défense, il en fait son frère.

 

 

N’a-qu’une-dent et Ypleuh veulent la mort du blanc, ce qui donne lieu à quelques scènes croquignolettes. A mon sens, c’est la première fois qu’UDERZO dessine une dent prenant la poudre d’escampette hors de la bouche de son propriétaire. D’où le nouveau surnom à rallonge cité plus haut.

 

 

Oumpah-pah décide de ramener double-scalp parmi les siens. Mais ils doivent prendre garde : les Shavashavah ont des ennemis, les Pieds-plats, dont le cri de guerre est « blblblblbl ». Une jolie scène de poursuite a lieu dans la forêt, puis dans la prairie avec la complicité d’un troupeau de bisons. Enfin, ils arrivent à Fort-Petit, où le commandant décrète : « Ouvrez l’huis ! ». Tout se termine par un festin. Tout tient en trente pages.

 

 

Quelques scènes mémorables piquées au hasard des cinq récits. Celle où l’aristocrate du Fort fait une démonstration raffinée de toute sa science du cheval, à la fin de laquelle il laisse l’Indien monter le pur-sang, en espérant qu’il se casse la figure. Pas de chance : Oumpah-pah saute sur la bête et saute par-dessus la palissade de Fort-Petit, pendant que l’aristo bout de rage.

 

 

La rencontre en pleine mer avec le pirate Brake n’est pas mal non plus. Son portrait par le capitaine ? Il se rase en tournant le dos à son miroir, tellement il est laid. Il trouve que le poisson n’a pas le goût assez pourri. Il coupe son jambon au sabre : « Hein ! elles sont fines mes tranches ? – Oh oui, capitaine ! Oh ouiu, capitaine ! ». Le combat naval est du plus beau burlesque. Et Brake, le pirate terrifiant, ne sait même pas nager, il a peur de l’eau.

 

 

Le style d’UDERZO est tout à fait là. GOSCINNY est en pleine forme pour les trouvailles de scénario et de dialogues de ce western pour rire. J’ai parlé du festin final. Les Indiens jurent par « Nanabozo » le grand lapin. Oumpah-pah est d’une force terrible. Un pirate se trouve sur la route du bateau qui amène l’Indien en France, et son bateau se retrouve au fond de l’eau. Il chante en ramant : « Ah le pemmican blanc qu’on mange sous les tipis, Quand les squaws sont belles du côté d’Minishoshe ». Bien entendu, tous les animaux se bouchent les oreilles. Est-ce que tous ces détails vous disent quelque chose.

 

 

Bref, on a compris : GOSCINNY et UDERZO se sont « fait la main ». Ils auraient abandonné la série (après la cinquième aventure) suite à un référendum belge où leurs héros arrivaient en onzième position. S’il en est bien ainsi, nous devrions Astérix et Obélix à une bouderie. Moralité : « A quelque chose malheur est bon » (proverbe rakotofiringa).

 

 

Pour finir, le nom de l'ennemi prussien : Ktatzenblummerswishundwagenplaftembomm. Qui me fait immédiatement penser à l'épastrouillante invention de l'immortel Savant Cosinus du bienheureux CHRISTOPHE (alias GEORGES COLOMB) : anémélectroreculpédalicoupeventombrosoparacloucycle.  A prononcer d'une seule émission de voix évidemment, sinon ce n'est pas drôle pour les autres. 

 

 

 

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

 

 

23.12.2011

SARKOZY DEGAINE SON ARMENIE

Allez ! C’est reparti. Mais qu’est-ce que c’est, cette fièvre qui les prend régulièrement, les politicards, qu’ils soient « uhèmpistes » ou « péhessistes », qu’ils dorment au palais Bourbon ou au palais du Luxembourg, qu’ils aient le pouvoir ou qu’ils veuillent le conquérir ? Encore un tour de cinglés ! De toute façon, pour moi, le Bourbon est un mauvais whisky (américain) et le Luxembourg, un paradis fiscal avec « Chambre de Compensation » (ça veut dire Clearstream) incorporée.

 

 

 On avait déjà la répression des PROPOS sur quelques sujets (antisémitisme, sexisme, homophobie et autres « phobies »), sur lesquels on a voulu coudre la bouche des dizaines de millions d’individus qu’on appelle en général la « population », puisqu’on a abandonné le mot « peuple ». Rien que ça : réprimer des PAROLES, ça me fait déjà craindre le pire.

 

 

Eh bien qu’on se le dise, de même que monsieur GERARD COLLOMB a mis les Arméniens dans sa poche électorale en laissant installer un « monument commémoratif » (en fait, une dizaine de totems bizarres) au pied du clocher de la Charité, de même, le président NICOLAS SARKOZY, en vue de la présidentielle, est parti à la pêche aux voix  arméniennes en leur accordant le vote d’une loi réprimant la négation de « tout » génocide en général (sous entendu : du génocide arménien en particulier).

 

 

Eh bien, je me répète, qu’on se le dise : si un candidat, quel qu’il soit, veut acheter ma voix, il va falloir qu’il donne une rallonge sévère au chiffre des picaillons. Ma voix est hors de prix, monsieur COLLOMB. Ma voix est au-dessus de vos moyens, monsieur SARKOZY. De toute façon, il est probable que vous n’avanceriez pas un centime dans cet investissement. C'est du fonds perdu.

 

 

Et vous avez raison : dans toutes les prochaines élections, vous êtes prévenus, ma voix restera dans ma gorge. J’ai cessé de faire joujou avec les petits papiers. Et je ne ferai aucun jeu de mots sur « urnes » et « burnes ». Ici, on est toujours d’une correction impeccable. On a sa dignité, que diable !

 

 

De quoi s’agit-il ? D’une course à pied. D’un sprint, pour être précis. C’est à qui arrivera le premier pour occuper le créneau. Le « Parti Socialiste » annonce il y a quelque temps qu’il fait mijoter une loi sur le sujet. SARKO bondit sur l'UMP : « Merde, on va se faire griller sur le génocide arménien. Vite une loi ! ». Ben elle est là, la loi. Dans le match SARKOZY-HOLLANDE, avantage à SARKOZY.

 

 

Vous avez vu le coup de main ? Chapeau l’artiste ! Remarquez, c'est une habitude à prendre : les faits divers ont bien servi de galops d'essai, au chapitre des lois-événements. Et ces cons de socialistes, qui voient le fromage arménien leur échapper, vous croyez qu’ils font la gueule ? Mais non ! Ils l’ont dans le baigneur ! Dans le dos ! Dans l’anus ! Dans ce que vous voudrez : piégés par SARKO, ils vont la voter, la loi, comme un seul clampin. Bien obligés ! C’est bien fait pour eux !

 

 

Est-ce que ça veut dire pour autant que les Arméniens ont tort ? Non évidemment. Le sol turc abrite en tout et pour tout 60.000 individus de cette … quoi ? Ethnie ? Langue ? Religion ? En 1900, ils étaient 2.000.000. Je signale en passant que 1915 et 1916 ont vu disparaître non seulement des Arméniens en pagaille, mais en gros toutes les minorités (Grecs, Juifs, …) qui occupaient une portion du territoire ottoman. Aujourd’hui, on appellerait ça « minorités visibles ».

 

 

Avec déportations vers Alep, micmacs avec les Russes, et tout un tas d’atrocités sur lesquelles les historiens sont bien documentés, les « Jeunes Turcs » ont construit leur nouvel Etat sur la « turquification » de la population. Je recommande les photos montrant des officiers turcs posant fièrement derrière leurs trophées : des rangées entières de têtes coupées. On n'est pas plus "raffiné". On ne disait pas encore « nettoyage ethnique ».

 

 

 

Et le MUSTAPHA KEMAL ATATURK des familles, qu’on nous sort en toute occasion du placard comme fondateur moderne et progressiste de l’Etat actuel, c’est bien lui qui obtient l’amnistie pour les massacreurs, si je ne me trompe. La Turquie qui réclame son fauteuil à la table européenne, c'est exactement l'héritière de ça, il faut le savoir. La Turquie actuelle est un pays depuis bien longtemps nettoyé des impuretés raciales. Déjà ça, ça me chiffonne la somnolence postprandiale.

 

 

Ce qui me retourne l’estomac et me badibulgue la comprenette, ces jours-ci, ce n’est donc pas un quelconque problème avec les Arméniens, mais avec les épiciers français qui font commerce de ce genre de marchandise, sous l’emballage de n’importe quel yaourt électoral.

 

 

Car la loi votée jeudi n’est pas la première du genre à instaurer un délit d’opinion, une infraction de parole, un crime de pensée. Il a d’abord été interdit de dire du mal des juifs. On a ajouté l’interdiction de soutenir que les juifs n’avaient pas subi une extermination. Sauf erreur de ma part, cette loi "mémorielle" ne dit rien des tziganes, des handicapés, des homosexuels morts à Auschwitz ou ailleurs.

 

 

Et comme, en tout, « il n’y a que le premier pas qui coûte », et qu’un bon politicard soigne correctement les cuisiniers qui le nourrissent, on a continué sur la lancée : il a été interdit de traiter les handicapés d’infirmes ; d’appeler « pédé » un homme qui préfère les hommes ; de tenir sur les femmes des propos jugés méprisants par les femmes ; sur les noirs des propos jugés infamants par les noirs ; sur la Lune des propos jugés diffamatoires par les Lunatiques ; sur les bébés éprouvette des propos jugés injurieux par les éprouvettes. Et tutti quanti !!!

 

 

NE PENSEZ PLUS, VOUS ÊTES CERNÉS. NOUS AURONS LES MOYENS DE VOUS FERMER LA GUEULE. RENDEZ-VOUS !

 

 

 

Il paraît que nous vivons en « démocratie ». MONTESQUIEU, pour que ce régime fût viable, exigeait que les citoyens fussent vertueux. On voit aujourd’hui ce qu’il en est. Si MONTESQUIEU est dans le vrai, la démocratie est bel et bien foutue. Mais prenons les choses et les hommes comme ils sont, de niveau moral moyen et variable. Et « faisons avec », comme on dit. La simple logique veut que, en même temps que les fous, les handicapés et les imparfaits, la démocratie laisse vivre les imbéciles, les crétins, les bas-de-plafond, bref, toutes les sortes de bêtes et de méchants.  

 

 

 

Cette démocratie s’honore de les laisser vivre, mais aussi et surtout de les laisser s’exprimer. En démocratie, on n’a pas le droit d’interdire aux gens d’être cons. Oui, les cons en jouissent aussi, de la liberté  d’expression. Et c’est normal que ce soient des conneries qui sortent de leur bouche. Aussi longtemps que ça reste des paroles.

 

 

Qu’est-ce que c’est, ces « démocrates » en peau de lapin qui se chargent de faire la police du langage et s’érigent en juges de ce qu’il est licite ou pas de dire et d’écrire ? De penser ?  

 

Les juifs s’honoreraient de laisser dire des blagues, même très mauvaises, sur les juifs. Visiblement, ce n’est pas la voie que prend le CRIJF, sous la houlette de son président RICHARD PRASQUIER. Même chose pour les homosexuels, les femmes, les handicapés.

 

 

Même chose, aussi, pour les Arméniens : j'aimerais assez, et pour tout dire, je considèrerais comme tout à fait normal et compréhensible que les Arméniens vivant en France soient eux-mêmes gênés aux entournures par le coup de lèche-cul que les politicards français leur ont fait en l'occurrence. Il faudrait voir à qui le crime profite.

 

 

Je me rappelle une exécrable plaisanterie du clown alsacien ROGER SIFFER : « Quelle est la différence entre un fumier alsacien et un fumier lyonnais (le spectacle avait lieu à Lyon, évidemment) ? ». La réponse était, vous l'avez devinée : « C'est qu'en Alsace, les fumiers n'ont pas de plongeoir ! ». Ouarf ! On s'éclate !

 

 

Minorités de tous les pays, par pitié, laissez dire du mal de vous ! Plus vous laisserez dire, plus ça voudra dire que vous êtes fortes ! Minorités de tous les pays, montrez-vous supérieures à tous les calculs sordides. Le SACRÉ ne se décrète pas à coups de lois. Minorités de tous les pays, ne vous faites pas les flics de la parole et de la pensée. N'ajoutez pas votre pelletée de terre dans le trou où se trouve la démocratie.

 

 

 

Sinon, pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? Je suggère qu’on fasse une loi pour punir les blagues belges de vingt ans de prison. Ça vaudrait le coup, non ? Et châtier les mauvais qui s'en prennent aux rouquins (voir Egypte ancienne), aux unijambistes, aux sauteurs à la perche, aux automobilistes à contresens, aux réverbères à l'envers, aux sauts de puce. Je vous le demande : de quel droit se moquerait-on des sauts de puce (à la Sainte Luce, les jours rallongent d'un saut de puce) ?

 

 

 

Un cri monte des profondeurs (vous vous rappelez ce que vous chantiez à l'église : "de profundis clamavi ad te") : des lois pour punir, DES LOIS POUR PUNIR, DES LOIS POUR PUNIR. A croire que c'est le point culminant de l'avenir démocratique. Chaque « minorité » doit dire : « Toi, sale politicard que je méprise et qui te mets à mon service pour accéder à ton misérable petit poste de petit pouvoir, satisfais mes exigences forcément légitimes et réprime ceux qui m'humilient, et tu auras droit aux voix de mon groupuscule. Sinon, que la fièvre quarte et la vérole de la Vierge de Guadalupe te patafiolent, la paille en cul et le feu dedans ».

 

 

Car le plus rageant, dans cette évolution inexorable, c’est la raison pour laquelle elle est promue : la ligne bleue de l’élection prochaine, le Graal de politicards vulgaires qui font leur marché en trimbalant de client en client leur bouche en cœur, dégoulinante de « convictions fortes ». « Clientélisme » est un mot décidément trop gentil. Il faudrait des termes plus injurieux, plus proches de la vomissure et de l’étron. Des mots plus sales et plus puants.

 

 

Je me contenterai de traiter tous ces premiers de la classe qui se servent de nous pour leur servir de marmitons, de mitrons et de saute-ruisseau, de qualifier tous ces élèves doués qui ont choisi la carrière de vendeurs de vent d’un seul mot : MINABLES.

 

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

 

 

22.12.2011

B. D. DANS L'EAU : MAURICE TILLIEUX

Suite et fin.

 

Résumé : MAURICE TILLIEUX, le créateur de Gil Jourdan, est un cinglé de bagnoles.

 

Mais la véritable trouvaille de TILLIEUX, ce sont deux personnages dont on ne retrouve nulle part les équivalents. J’ai nommé Libellule (surnom d’André Papignolles, dont les doigts ouvrent les coffres-forts rien qu’en soufflant dessus) et l’inspecteur Crouton (une merveille de policier doté d’une moustache rousse qui dépasse le poids maximum autorisé). Sans eux, on n’a plus que l’enquête sèche du détective.  

 

Vous avez forcément remarqué que Tintin, à lui tout seul, est triste à mourir. En tout cas, il n’est pas sympathique. Aucun gag à attendre de sa part. Pas la plus petite pointe d’humour. Le héros de l’histoire n’est pas fait pour être drôle. Pourquoi croyez-vous qu’HERGÉ lui adjoint les Dupondt, Archibald Haddock, le capitaine au long cours et Tryphon Tournesol, le savant lunaire ? On pourrait encore citer l’infernal Abdallah, Séraphin Lampion, des assurances Mondass, la divine Bianca Castafiore, « rossignol milanais » gazouillant jusqu'à plus soif son : «  Ah je ris de me voir si belle en ce miroir ». 

 

 

Eh bien c’est la même chose avec Libellule et Crouton, à ceci près qu’ils apparaissent dès la première aventure de la série « Gil Jourdan ». C’est même la première image du premier album : Libellule s’évade. Avec la suite et la fin de l’aventure dans Popaïne et vieux tableaux, je le tiens pour le meilleur de la série. Pour une raison très simple : TILLIEUX a peaufiné les répliques jusque dans les recoins. Je vous préviens, si tout ça vous paraît bien plat, c’est juste parce que c’est sorti de son contexte, et que vous n’avez pas les images.  

 

Les meilleures sortent de la bouche de l’inspecteur Crouton. Libellule, c'est le gros lourd qui sort au kilomètres des blagues épaisses comme l'Encyclopédie de Diderot. La première réplique de Crouton figure au centre de la cinquième planche. Il vient d’être semé par la voiture de Gil Jourdan, déguisé en taxi, qui a pour seule intention de faire évader Libellule, l’as des coffres-forts. 

 

 

Crouton entame sur les trottoirs un 400 mètres haie, qui le fait atterrir dans un fût de goudron. L’ouvrier du chantier, perplexe et compatissant, lui demande : « Vous êtes tombé dedans ? ». Crouton, dégoulinant de liquide noir, répond, sublime : « Non ! J’y habite !!! ».

 

Bredouille et penaud devant son supérieur, celui-ci lui demande : « Somme toute, vous êtes dans une impasse ? – Une impasse sans issue dont on ne peut sortir. Oui, chef ! ». C’est-y pas mignon ? Et je ne parle pas de la note de frais de vingt kilos de beurre pour enlever le goudron du costume de Crouton : « Vingt kilos de beurre sur un crouton, pouah, c'est du gaspillage !!! ».

 

Muté aux stupéfiants après son exploit, Crouton doit partir en mission en Italie. Son nouveau chef lui demande : « Parlez-vous italien ? ». Réponse de Crouton, je n’invente rien : « Je n’en sais rien, chef, je n’ai jamais essayé ».

 

Nouvelle poursuite sur le bateau italien, qui finit devant le commandant. Crouton a eu le temps de faire des dégâts. Une femme apparaît : « C’est lui ! Il a jeté une bouteille de lait à la tête de la mère de mon enfant ». Un homme : « Il m’a frappé au visage avec les pieds ».

 

Crouton est remis à la police italienne : « Ai-je l’air d’un fou ? Je vous le demande ! ». Réponse du flic : « Le commissaire en décidera ». Bon, c’est vrai, ce n’est pas encore signé MICHEL AUDIARD, mais je trouve ça bien.

 

 

Enfin, MAURICE TILLIEUX n’aime pas la peinture contemporaine. Il lui règle son compte à plusieurs reprises. C’est Libellule qui ouvre les hostilités : tombé dans un atelier sous les toits, il lance au peintre, avant de s’esbigner pour éviter de recevoir en pleine figure le pot de peinture rouge que celui-ci lui jette à la figure : « Dites, c’est joli ce que vous faites ! Si vous y pensez, gardez m’en un kilo avec le sens dans lequel ça doit être mangé ! ».

 

Ça continue dans le château, entre le chef des trafiquants et le bandit qui lui procure la drogue. Le premier montre fièrement sa galerie d’art : « Savez-vous que ces hommes ont travaillé cinquante ans et plus pour arriver à ça !! – Zut ! On ne le dirait pas ! ».

 

On terminera ce panorama sur deux vignettes montrant Libellule aux prises avec les notions d’art contemporain qu’il est obligé d’ingurgiter. Il faut dire qu’il doit remplacer Oblap Ossapip à la grande réception du châtelain trafiquant et amateur d’art : « La peinture surréaliste crée une relation immédiate de l’homme avec lui-même ».

 

Et juste après : « Non mais, mon pote ! Faut lire ça ? Tu prends de la couleur, tu la colles sur une toile, et ça devient sans rire : "Le caractère ésotérique et sublime de son essence désintègre l’homme et le recrée dans sa totalité" ». Je suis assez d’accord avec Libellule : l’art contemporain est ce qu’il est, mais la sauce de langage qui sert à lui donner du « sens », et plus sûrement à le vendre, vaut son pesant de caca d’oie.

 

 Je ne reviens pas sur Oblap Ossapip (remis à l’endroit, ça donne palbo pipasso), dont j’ai parlé il y a quelques jours, à propos, justement, de l’art contemporain. Son remplacement par Libellule donne lieu à deux pages savoureuses, où TILLIEUX se paie la fiole, principalement, des « amateurs », tous des snobs, selon lui, prêts à avaler toutes les fadaises intellos qu’on leur vend, par exemple sous le nom de « pré-néo-progressisme » (dans la bouche du critique Adhémar de Lamarche de Lescalier de Lacave). 

 

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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