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vendredi, 27 novembre 2020

VERS LE RÉGIME AUTORITAIRE

1 - Y a-t-il des violences policières ?

La réponse est OUI.

2 - Y a-t-il des violences à l'encontre des policiers (et autres cibles) ?

La réponse est OUI.

Le pékin moyen que je suis commence par se dire : « Tout ça, c'est violence contre violence. Entre les deux, qu'est-ce que je deviens, moi ? ». Car il est aussi injustifiable pour un policier (chargé, paraît-il, de "protéger" la population) de crever des yeux à coups de LBD et d'arracher des mains à coups de grenades de désencerclement que, pour un "révolté", de lancer sur le policier pavés ou cocktails Molotov, voire, plus prosaïquement, de casser des vitrines et de se livrer à des razzias sur les ordinateurs, les sapes ou les Iphones.

Ce qui est certain, c'est qu'on ne peut renvoyer dos à dos les deux violences sous prétexte de leur apparente symétrie. Il n'y a pas de symétrie, l'une des deux violences est largement soutenue par la loi, l'autre est illégale, même si, en réalité, les "black blocks" et autres "casseurs de flics" et de vitrines se font les complices objectifs, les serviteurs de la politique du pouvoir. S'ils ne sont pas là pour disqualifier le peuple (je veux dire payés pour ça comme agents provocateurs), un gouvernement tenté par l'autoritarisme voit dans leur action une magnifique aubaine. Les casseurs justifient l'usage de la violence par les policiers lors des manifestations. Ils sont un alibi pour le pouvoir.

L'essentiel n’est donc pas là. Il suffit de visionner l'infernal tabassage de "Michel", un producteur de musique, par trois policiers déchaînés, pour se rendre compte que les violences policières ne se réduisent pas aux abus commis pendant des manifestations, à cause des "black blocks" ou pas, mais qu'elles imprègnent de façon assez large l'état d'esprit des corps policiers (voir, dans Flic, de Valentin Gendrot, le comportement sidérant de « Bison » qui, certains soirs, veut à tout prix « se payer » un « bâtard » = casser la gueule à un basané), les collègues étant soumis à une pesante omerta. Quelque chose de plus profond dysfonctionne gravement dans la police nationale française.

Car partout en Europe, on assiste à une pacification relative des rapports entre la population et les forces de l'ordre. Dans ce paysage qui a plutôt tendance à s'apaiser, la France se distingue par leur utilisation disproportionnée et parfois féroce par les gens au pouvoir : M. Lallement, préfet aux ordres, Gérald Darmanin, incontestable intégriste de l'usage du bâton, sans oublier le chef de Darmanin, Emmanuel Macron, qui semble avoir fait de l'ordre à tout prix un point cardinal de sa politique.

A Londres, une manifestation est "encadrée" par au moins quatre-vingts ou cent policiers. Guère plus en Allemagne (sauf exception). A Paris, il en faut plusieurs milliers, le plus souvent habillés en Robocops parés et armés pour la bataille. L'Anglais, l'Allemand se disent : les Français sont bien dangereux. On les comprend. Le citoyen français ordinaire, quant à lui, l'individu lambda, monsieur tout-le-monde assistent parfois, vaguement incrédules, par voie de médias trop complaisants au spectaculaire et goulus d'audiences gonflées à bloc, à de véritables scènes de guérilla urbaine. Alors, comme beaucoup de téléspectateurs ahuris d'Europe et d'outre-Atlantique, je pose la question :  que se passe-t-il en France ?

J'ai tendance à répondre que c'est depuis le passage de Nicolas Sarkozy au ministère de l'Intérieur que les rapports entre police et population ont commencé à se brutaliser. Certes, on pourrait remonter à la loi Peyrefitte ("Sécurité et Liberté", 1980), aux idées soutenues par Charles Pasqua en son temps (« terroriser les terroristes ») et autres moments intéressants. Mais pour en rester aux vingt dernières années, je tiens Sarkozy pour un véritable malfaiteur. Avec lui, a fait irruption en France la conception américaine de l'ordre public : on ne rigole pas, on fonce (Sarko : « Pendant la course, je fonce, dans la dernière ligne droite, j'accélère », cité de mémoire).

Les méfaits ont commencé avec la suppression brutale de la "police de proximité", pour la raison que celle-ci avait été mise en place par le gouvernement de Lionel Jospin, et sous le prétexte fallacieux que les policiers ne sont pas payés pour jouer au football avec les jeunes des banlieues défavorisées.

Tout ce qu'il a trouvé à mettre à la place de cette sage invention du socialiste, c'est la malédiction de la "politique du chiffre", qui subordonnait la rémunération des responsables policiers au nombre des affaires découvertes, puis résolues. On voit ce que ça donne dans Flic de Valentin Gendrot (éd. La Goutte d'Or), où "Le Major", le supérieur de l'auteur, part plus souvent à la chasse aux "sauvettes" qu'aux vrais malfaisants. Cette politique pervertit les objectifs de l'action policière et a des effets ravageurs.

Non content de détruire une structure intelligente, il s'est attaqué à une autre, plus discutable et trouble, mais très utile : les Renseignements Généraux, qu'il a dissous en même temps que le contre-espionnage (DST) dans un gros gloubiboulga nommé DGSI. Or les RG, en dehors de leur côté louche, avaient le mérite de se mouvoir à même le "terrain" et de nager jusque dans les eaux troubles, faisant remonter toutes les informations capables de donner aux hauts responsables de la nation une idée des odeurs, des sons, de l'atmosphère qui se respirait au ras du bitume : source irremplaçable de véritable "renseignement". Hop ! Balayés, les RG ! Une belle cause de "déconnexion" entre le très haut et le très bas de l'échelle.

Sarkozy ministre de l'Intérieur, puis Premier ministre, puis Président de la République a continué sur sa lancée, obéissant à cette loi souveraine quoique non écrite : "un fait divers => une loi". Inutile d'insister sur le fait que la notion même de loi s'en est trouvée démonétisée. Sans tomber dans le même travers, Hollande a mis ses pieds dans les mêmes pantoufles. Il n'a pas fait prendre une autre direction au système policier : il a tout laissé en place et parfois ajouté quelques ingrédients aux recettes de son prédécesseur. Peut-être ai-je oublié quelques entourloupes dues à ce sous-chef de bureau fanatique de la "synthèse politique", de l'indécision et du consensus mou.

Emmanuel Macron, lui, a innové : ses députés disciplinés ont voté sans sourciller l'insertion dans le droit commun de plusieurs des mesures d'exception contenues dans l'état d'urgence (transfert de diverses compétences judiciaire vers les autorités administratives). Il s'apprête sans doute à récidiver avec l'état d'urgence sanitaire. La loi sur la Sécurité globale, que le Parlement – docile au point d'être servile, voire inexistant – est en train de voter, fait un pas de plus dans la direction de la Sécurité à tout crin. Avec Gérald Darmanin aux manettes de la place Bauveau, on peut s'attendre à ce que ne soit pas sous Macron que les rapports entre la police et la population vont se détendre.

Là où je veux en venir, c'est au fait que ce problème remonte, disons à deux décennies, et que, au fil du temps, les mesures s'ajoutant aux mesures, ces rapports police / population n'ont fait que s'aggraver dans le sens d'une brutalité toujours plus affichée (cf. réactions à la loi El Khomri, où les syndicats ont scandaleusement accepté de tourner en rond autour du bassin de l'Arsenal, entre Seine et Bastille). 

Mais à mon avis, cette brutalisation des rapports est la face la plus visible d'une autre brutalisation : qu'il s'appelle Sarkozy, Hollande ou Macron, chaque président a eu à cœur de laisser son nom attaché à quelque grande réforme de la France. Parmi celles que Sarkozy était fier de mettre en place, je me souviens de la RGPP (non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite). Il voulait sabrer dans les effectifs des fonctionnaires, ces paresseux, ces inutiles.

L'autre réforme voulue par le gnome à talonnettes qui se prend pour Superman est celle de la "carte judiciaire". J'ai encore en mémoire les marches du palais de Justice de Lyon couvertes des robes noires ou rouges des magistrats (des magistrats !) en colère comme jamais on n'avait vu. La seule réforme voulue par Hollande que je citerai ici est celle du Code du Travail : on sait qu'elle n'est pas passée facilement, c'est le moins qu'on puisse dire. Quant à Macron, on sait de quels accidents est jalonné son mandat, et quel sort a été réservé à certaines de ses "réformes" (retraites, etc.).

Ce que je veux dire en faisant ces rapprochements, c'est que la brutalité presque systématique et croissante de la police dans ses missions de maintien de l'ordre ressemble fort à la brutalité devenue assez coutumière aux plus hautes autorités de l'Etat dans la façon dont ils font passer des lois impopulaires. On se rappelle l'usage addictif que les différents gouvernements de Hollande ont fait de l'article 49-3 (adoption sans vote, s'il n'y a pas de motion de censure). Dans le même esprit, on se demande pour quelle raison impérieuse tant de lois ces dernières années ont été examinées en "procédure accélérée" (un seul aller-retour entre les deux Chambres).

Sarkozy, lui, ne s'embarrassait guère d'entrechats : "droit au but" était sa méthode et son credo. Quant à Macron, il n'a rien à craindre de la chambre des députés où, malgré quelques défections sporadiques, il dispose encore d'une solide majorité obéissante et prompte à se contenter d'enregistrer les textes directement ou indirectement inspirés des desideratas exprimés par le chef de l'Etat (cf. la loi "Sécurité Globale", qui serait déjà promulguée s'il n'y avait pas eu des protestations venues de divers bords et, dernièrement, le tabassage de "Michel", qui a suscité des cris unanimes).

Le point commun de ces trois présidents si dissemblables en apparences : le passage en force. Les élites politiques, quand elles sont au pouvoir, subissent la tentation de la force, et tendent de plus en plus à y succomber. Et certains se demandent gravement à quelles causes attribuer le discrédit dans lequel se trouvent les politiques. Quant aux Français, ils vivent insouciants, dans un pays où les libertés se restreignent de jour en jour. 

L'autre point commun, c'est la relation que chacun des trois entretient avec la notion de concertation. Où sont-ils, ces bons pays où les dirigeants, avant de prendre des décisions cruciales ou de faire voter des lois concernant l'avenir de tout le pays, sont prêts à consacrer deux ou trois ans jusqu'à ce que se dégage un véritable consensus national ? Je n'ai guère de souvenir d'une quelconque concertation avec les forces sociales du temps de Sarkozy. Je peux me tromper.

Peut-être Hollande admettait-il davantage de demander leur avis aux différentes composantes de la société, mais il ne me semble pas que cet avis ait modifié autrement qu'à la marge les textes finalement adoptés. En revanche, ce dont je suis certain, c'est qu'on peut sacrer Emmanuel Macron roi du bluff, avec son "Grand Débat National", puis sa "Convention Nationale pour le Climat". Cet homme est un homme de mot, de discours, de verbe, et même de verbiage. Cet homme sait incontestablement parler, malheureusement, il ignore les choses. Et plus grave, il ignore les hommes qui en suent, les travailleurs, les "premiers de corvée" : il préfère l'air des altitudes.

Ce que j'observe donc, au terme de ces quelques remarques superficielles, c'est que l'existence politique des citoyens français est de plus en plus niée – et de façon de plus en plus brutale : voir gilets jaune, migrants et autres – entre deux périodes électorales, et que les corps policiers sont de plus en plus utilisés comme masses de manœuvre pour réprimer dans l'œuf tout ce qui regimbe. C'est que l'idée de répression est devenue un guide pour les dirigeants, qui ont aussi vite fait de dégainer le prétexte de « trouble à l'ordre public », que les flics celui d' « outrage et rébellion ». C'est que la soi-disant concertation n'est qu'un leurre qui ne satisfait que les acquis à la cause.

C'est que la société française entre de plus en plus dans un régime autoritaire : il faudrait faire le décompte exact des mesures qui ont été prises depuis vingt ans et qui convergent toutes vers le durcissement des relations entre les gouvernements en place et la population française. L'évolution des mœurs de la police se calque sur l'attitude de nos dirigeants depuis vingt ans, toujours plus sourds et aveugles aux appels de la société souffrante. Gouverner sans le peuple, voire contre le peuple est devenu un Nord sur la boussole des dirigeants successifs.

Et c'est que, par voie de conséquence, il ne reste plus qu'un petit nombre de pas à franchir pour arriver à un régime authentiquement policier : ce n'est pas un hasard si la loi "Sécurité Globale" a été rédigée, entre autres, par Jean-Michel Fauvergue, ancien patron du RAID devenu député "La République en Marche" (un sacré indice !). Cette loi est là pour préparer tous les esprits. Certains, à l'extrême droite, tout en faisant profil bas, se lèchent déjà les babines et affûtent leurs griffes en prévision de 2022 (suivez mon regard).

Des avocats comme Patrice Spinosi ou Arié Halimi tentent d'alerter. Qui les écoute ? Qui les entend ? Ah les Français veulent de la Sécurité (il paraît, c'est les sondages qui le disent) ! On va leur en donner ! De toute façon, la Liberté, c'est pour quoi faire, se disent-ils ? « Liberté, Liberté chérie », c'est fini.

Il va être temps de commencer à avoir peur.

Voilà ce que je dis, moi.

dimanche, 04 octobre 2020

L'ETAT DE LA FRANCE

Pour avoir une petite idée de ce qui attend les gens les plus vulnérables de la société française, branchez-vous sur les propos d'Henriette Steinberg (présidente du Secours Populaire), tenus le samedi 3 octobre après les infos de 9 heures, dans une émission souvent agaçante et dont je ne raffole guère : Les Matins du samedi, conduite par Caroline Broué. 

Quelques extraits.

***

Alors que la crise sanitaire a fait basculer nombre de Français dans la précarité, plusieurs associations de lutte contre la pauvreté ont rencontré vendredi le Premier ministre, qui a promis un "Acte II" du plan pauvreté. Entretien avec Henriette Steinberg, Secrétaire générale du Secours populaire.

« C’est l’une des conséquences indirectes de la crise sanitaire et du confinement qui a duré deux mois au printemps : le nombre de pauvres dans notre pays a bondi, comme en témoigne le dernier baromètre du Secours populaire qui a été dévoilé mercredi. Les associations de lutte contre la pauvreté ont été reçues à Matignon hier pour « un rendez-vous de la dernière chance », ont-elles été entendues ?

Cela fait des mois que nous voyons arriver des populations que nous n'avions jamais vu arriver au Secours Populaire. Nous n'allons pas les chercher : il s'agit de travailleurs qui ont perdu leur emploi. Chacun de nous peut le voir. Dans nos villes lorsque nous marchons, nous voyons des rideaux métalliques qui ne se lèvent plus.

Nous avons été écoutés par Matignon. Pour ce qui concerne le Secours populaire, nous avons proposé une solution : celle de créer des marchés populaires solidaires, dont les contenus seraient proposés par les agriculteurs de la région et qui permettrait aux populations de se fournir à des tarifs qu'ils peuvent payer. En partant de la proximité, on crée du lien, de l'emploi, du développement durable et cela permettrait aux familles de pouvoir manger. 

On sort, parfois de la pauvreté. Mais cela prend du temps. L'un des moyens consiste à donner de l'argent et des produits. Mais cela consiste aussi à ce que chacun prenne en main, non seulement son destin, mais aussi celui de son voisin. L'idée selon laquelle on résout le problème en prenant une fraction de la population sans regarder les autres est catastrophique. Au Secours populaire, nous regardons l'ensemble de la population. Et si nous le faisons, les pouvoirs publics peuvent aussi le faire. » (texte copié-collé sur le site de l'émission – excepté quelques corrections orthographiques)

***

On savait déjà que la France, un des pays les plus riches du monde, paraît-il, comptait, avant la crise du Covid-19, plus de 9 millions de pauvres. Madame Henriette Steinberg, personne énergique et combative, explique dans cette émission, avec une netteté tranchante, que les bénévoles qui animent le Secours Populaire ont été éberlués de voir arriver, depuis le confinement et plus encore ensuite, des sortes de gens qu'ils n'avaient jamais vus frapper à leur porte. Ça veut dire que la marée de la pauvreté prend des proportions inédites. On le voit dans les régions avec l'explosion des bénéficiaires du RSA.

La voilà, la vraie France, la France des gilets jaunes, la France qui souffre, hors de vue du gouvernement en général et d'Emmanuel Macron en particulier.

Car pendant ce temps, le fringant président de la même France, dont l'arrogance ne connaît décidément plus de limites, pérore sur le "séparatisme islamiste" (avec quels effets dans le réel ?) ou fait la leçon aux dirigeants libanais, au dictateur biélorusse, et même à Vladimir Poutine – qui doivent bien se marrer.

https://www.franceculture.fr/emissions/linvitee-actu/henr... 

vendredi, 17 juillet 2020

EN HAINE DES HOMMES

A quoi joue Emmanuel Macron ? A quels calculs tortueux s'est-il livré en laissant son nouveau premier ministre faire d'Eric Dupond-Moretti et Gérald Darmanin des ministres dotés de portefeuilles honorifiques (à moins qu'il les lui ait imposés) ? Lui seul le sait, et après tout peu importe : ce n'est pas cette question qui m'intéresse ici. C'est la réaction de certaines "associations" qui me fait réagir. 

Ce que je sais de l'avocat célèbre et redouté (surnommé "acquittator") me fait penser, à tort ou à raison, à un autre monstre sacré, mais cette fois du monde théâtral et cinématographique : Gérard Depardieu. Ce n'est pas si faux, puisque le nouveau ministre s'est donné en spectacle sur les planches ("A la Barre", au théâtre de la Madeleine à Paris).

Quoi qu'il en soit, je me contenterai de dire, devant l'incontestable et remarquable talent de la personne, comme devant notre Gégé national  : « Chapeau bas ». En revanche, le petit Darmanin, avec sa gueule de premier de la classe content de soi et toujours très propre sur lui, suscite en moi une antipathie aussi spontanée que vaine. Soyons net : ses joues appellent la gifle. Mais passons.

Ce qui importe, c'est que la nomination de ces deux figures (je veux ignorer le Pitre Bachelot) a fait des vagues dans les escadrilles féministes (du "collectif Nous-Toutes" à "Osez le féminisme" en passant par Tamanrasset), qui n'ont pas tardé à couvrir les canaux médiatiques d'un tapis de bombes verbales. Si j'ai bien compris, ces hallebardières venimeuses reprochent au premier des propos "sexistes", et au second une suspicion de viol. 

Le sexisme, comme le racisme, est assez universellement partagé. Je voudrais bien savoir qui, parmi les noirs qui hurlent à la discrimination (affaire Adama Traoré), n'est pas au moins un peu raciste : je pense en particulier à ceux qui essaient de donner corps au concept fumeux de "privilège blanc". En matière de sexisme, qui n'a jamais – homme ou femme – prononcé au cours d'une conversation (salon, terrasse ou comptoir) l'expression "les femmes" (les gonzesses, quand on est entre hommes) ou "les hommes" (les mecs) ?

Ce genre de généralisation est en soi une signature de la tendance spontanée à résumer la différence des sexes à partir de la somme des expériences individuelles que chacun a de la chose. Je dirai qu'Eric Dupond-Moretti est à cet égard "comme tout le monde", et que les gens qui s'érigent en flics de l'expression d'autrui sont plus à redouter que lui.

Si l'on pousse au bout la logique de ces insatiables "justiciers" auto-proclamés, on débouchera dans une société dont le journaliste ahuri mais puissant Laurent Joffrin rêvait un jour tout haut sur une antenne : où les hommes auront cessé de désirer les femmes !

Qu'une femme puisse considérer comme "harcèlement" ou "agression" les hommages sonores ou même verbaux qu'un homme lui fait en tout bien tout honneur lorsqu'elle passe dans la rue, ça me dépasse : voilà une incompréhensible énormité qui montre à quel point de régression notre société en est arrivée, servilement influencée par l'Amérique protestante (une apparence de vertu inflexible, mais seulement en façade). 

Mais là où les féministes dépassent les bornes de l'acceptable, c'est quand elles appellent à lâcher les chiens sur Gérald Darmanin, en pensant probablement à Artémis, qui avait fait dévorer Actéon par ses propres chiens après l'avoir transformé en cerf (il avait eu le tort de la contempler dans le plus simple appareil).

On aura compris que je ne porte pas le monsieur dans mon cœur, mais ce déchaînement de meute à la curée à l'encontre de quelqu'un dont le procès n'a pas eu lieu (entre dépôt de plainte, non-lieu et classement sans suite, si je ne me trompe) m'apparaît comme une manifestation du fanatisme sectaire le plus odieux. Je vois là deux rangées de furies criant "à mort", entre lesquelles on a condamné (sans jugement) l'accusé à passer pour se faire déchiqueter : la version française du "lynchage".

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Je ne commente pas.

Photo Hans Lucas via AFP.

Je vois là la pure expression de la haine de quelques femmes pour le genre masculin tout entier.

Voilà ce que je dis, moi. 

samedi, 04 juillet 2020

JOURNALISME D'EXCELLENCE ?

La France s'enorgueillit par tradition du haut niveau d'exigence de ses écoles de journalistes. Les professeurs qui y enseignent sont tous de remarquables exemplaires de la profession : bon nombre des 200 "grands" éditorialistes (parmi lesquels deux douzaines de pures vedettes : Joffrin, Giesbert, etc.) que compte l'hexagone sont rétribués pour y dispenser conseils, recettes et ficelles du métier.

On doit à ces vaillants "petits soldats du journalisme" (titre du livre de François Ruffin – député France insoumise et directeur de la publication de la revue Fakir – sur les coulisses de ces fabriques de l'élite de la presse française) des efforts constants et soutenus pour fournir à la population des organes d'information qui soient à la hauteur de ses attentes. C'est ainsi que les journalistes français ne se lassent pas de hisser le rocher de Sisyphe sur le sommet de l'excellence professionnelle. Hélas, comme dans la mythologie, le rocher ne cesse de retomber dans le caniveau (« l'opprobre du ruisseau », comme dit Boby Lapointe).

Les exemples abondent de cette quête de la perfection – toujours déçue ! Ainsi a-t-on pu apprendre, sur la chaîne nationale France Culture, hier vendredi dans le bulletin de 18 heures, qu'au moment de la passation des pouvoirs entre Edouard Philippe, ex-premier ministre et maire du Havre, et Jean Castex, le maire de Prades désigné par Emmanuel Macron pour le remplacer dans cette fonction, Edouard Philippe avait le col de sa chemise ouvert et qu'il portait en guise de boutons de manchette deux paires de "tongs", dont la journaliste se demandait s'il les porterait effectivement à son retour au Havre. 

Voilà de l'information, messieurs-dames ! Voilà le journalisme que le monde entier nous envie, messieurs-dames ! Et l'on a pu entendre ces informations cruciales sur France Culture !

Bravo et merci ! Grâce à vous, je sais ce qui est important à savoir.

vendredi, 19 juin 2020

HÔPITAL : C'EST BERCY QUI A GAGNÉ

Grand Débat National, Convention Citoyenne pour le Climat, Ségur de la Santé : trois grands décorums, trois chiffons rouges pour détourner l'attention, trois rideaux de fumée. Ah pour parler, tout le monde aura parlé abondamment, à commencer par le président en personne. 

Les personnels hospitaliers savent désormais à quoi s'en tenir : Madame Nicole Notat a déjà montré le bout de l'oreille. Son rôle est de parler avec eux, ce n'est pas elle qui tient les cordons de la bourse. Elle en référera en haut lieu. Après, elle s'en lave les mains. Ils peuvent préparer les prochaines grèves, les prochaines manifs et la grande colère.

Les médecins, les infirmières, les aides-soignantes, tous les personnels dont le métier est de prodiguer des soins dans le cadre de l'hôpital public, peuvent soit faire leurs valises, soit s'asseoir par terre et pleurer, soit encore se préparer à hurler de rage dans les rues. Le pouvoir a été rendu aux bureaucrates, aux comptables, aux administratifs, les mêmes qui s'étaient spontanément mis au service des soignants au plus fort de la pandémie, souvent avec joie ou soulagement. 

Les visiteurs de ce blog le savent : j'étais sceptique. Bon, j'espérais vaguement que les événements me donneraient tort. J'acceptais avec espoir de voir humilier ma tendance au pessimisme pour me convaincre de m'acheter des lunettes à verres roses pour voir la réalité. Mais je dois me rendre à l'évidence : mon pessimisme triomphe. Mon pessimisme peut bomber le torse et sortir la tête haute et en grand uniforme de la crise du coronavirus.

Emmanuel Macron, président de la république, vous savez, c'est ce volatile au ramage mélodieux et au plumage rutilant capable de déclarer la nécessité d'un « plan massif d'investissement pour l'hôpital public » (après le traumatisme de sa visite à l'hôpital de campagne sur un parking de l'hôpital Emile Muller à Mulhouse, le 25 mars).

C'est le même oiseau-lyre qui peut déclarer, tout aussi solennellement : « Sachons, dans ce moment, sortir des sentiers battus, des idéologies, nous réinventer – et moi le premier. » (discours du 13 avril). Maintenant qu'on connaît un peu le bonhomme (voir mon billet "Macron le verbeux", 16 juin), on sait ce que ces beaux discours veulent dire : l'hôpital public n'aura pas un sou, et on ne réinventera rien. Le "Ségur" de la Santé, organisé en grand tralala comme le "Grand Débat National" et la "Convention Citoyenne pour le Climat", est fait pour s'achever en queue de cerise.

Le rouleau compresseur du projet ultralibéral de réduction des coûts dans les filières de la santé, après une interruption accidentelle du chantier de démolition, a repris sa progression. Au sujet des discours du président Macron, on pourrait peut-être parler de félonie, vous ne croyez pas ?

Voilà ce que je dis, moi.

Quelques vidéos montrent des policiers qui posent leur casque au sol (Nîmes) pour applaudir les personnels soignants en train de manifester parce que le nœud coulant s'est resserré comme avant sur le cou de l'hôpital public. Bravo à ceux-là. L'exception ?

J'apprends (20 juin) que le "Ségur de la Santé" va peut-être déboucher sur des revalorisations de salaires pour 1.000.000 de personnels hospitaliers, sauf les médecins. Si c'est vrai (tout est dans le "peut-être" et dans l'enveloppe), c'est un premier pas. Je n'ai pas entendu cependant parler d'une réforme de l'organisation hospitalière, non plus que de l'abandon de la rémunération à l'acte. A quand, le "plan massif d'investissement pour l'hôpital public" ?

mardi, 16 juin 2020

MACRON LE VERBEUX ...

... ou : LA VOIX DU TAMBOUR.

Résumé du contenu concret du discours solennel d'Emmanuel Macron à la télévision le dimanche 14 juin 2020. 

Bande-son Marseillaise, et puis :

« Française, Français, mes chers compatriotes,

Bla [ * % < & # ] bla

bla , ( ) ~~ = µ ^ + bla

bla $ £² ! > ¨ ¤ §  / bla

bla @ | { x } y w bla.

Vive la République ! Vive la France ! » 

Et ça dure à peu près vingt minutes. Fermez le ban.

***

Je suis de l'avis de Thomas Piketty, interviewé sur France Inter le 15 juin (hier, 10') : 

« Oh ben, il n'a pas dit grand-chose, hein, je dis ça, c'est pas pour être méchant » (citation textuelle).

Un chef d'Etat, ça ? Un homme d'Etat ? Non mais laissez-moi rire ! Emmanuel Macron est un

emmanuel macron

ÇA FAIT BEAUCOUP DE BRUIT,

MAIS IL N'Y A RIEN A L'INTÉRIEUR.

Et ce n'est pas d'hier que je le dis, comme on peut le voir ici, 1 octobre 2017 : "Il plastronne. Il claironne. Il klaxonne" [je me cite] ; ou ici, 15 mars 2019 : "Ni un intellectuel, ni un homme d'Etat, mais un technocrate", dit Myriam Revault d'Allonnes dans le livre de François Ruffin, Ce Pays que tu ne connais pas ; « Il parlait très bien, singeant le langage universitaire à la perfection, mais c'était au fond assez creux », dit Jean-Baptiste de Froment, son ancien condisciple d'Henri IV). J'ajouterai : un technocrate qui a le verbe facile.

Conclusion : Macron est un verbeux. Un homme non de faits, d'actes ou de choses, mais de mots. Une baudruche. Une bulle de savon.

Et puisqu'il n'y a pas de raison que ça change, je ne change rien à ma formule de 2017, empruntée au perroquet Laverdure de Zazie dans le métro (Raymond Queneau) :

« Macron, tu causes, tu causes, c'est tout ce que tu sais faire ».

Je commence à trembler en pensant au duel Macron/Le Pen à la présidentielle de 2022.

En attendant, je tremble à propos de ce qui attend les personnels de l'hôpital public tout au long de ce "Ségur de la Santé" qui a fait autant de promesses que le "Grand Débat" et qui, n'en doutons pas, les tiendra de la même manière : en forme de bras d'honneur.

***

Accessoirement, j'en veux énormément aux journalistes (France Culture, France Inter) qui se font servilement les porte-voix de la parole officielle en général, et présidentielle en particulier.

Avant le discours, on entend : « Attention, le président va parler ». Avant le discours, les journalistes bien "introduits" se mettent à frétiller comme de petits poissons autour des "proches" du président ou des "personnes bien informées" pour ensuite vous faire part à l'antenne des "fuites" qu'ils ont obtenues, sans aucun doute en exclusivité (mais une exclusivité collective).

Après la retransmission, de savants commentateurs (politistes, sondeurs, observateurs, profs à Sciences-Po. ; résumons-nous : baudruches au carré) viennent alors vous paraphraser avec moult détails explicatifs ce que vous devez retenir de ce que vous venez d'entendre.

Non mais franchement, qu'est-ce que c'est que ce journalisme-serpillière ? J'hallucine quand je vois le poids dans les informations des "journalistes politiques" qui délaient à longueur de bulletins des discours pour disséquer des discours.

J'imagine que cette lourde dérive de toute une profession reflète la montée en puissance des conseillers en communication et des attachés de presse qui œuvrent auprès des gens au pouvoir et qui bombardent la presse de messages destinés à faire mousser dans les médias et dans l'opinion publique l'action des politiques qui les emploient.

Quelle déchéance ! Quel avilissement du métier !

Plus je regarde la société dans laquelle je vis, plus je sens s'accumuler mes colères.

Voilà ce que je dis, moi.

samedi, 13 juin 2020

MAINTENANT J'AI PEUR DE LA POLICE

Post-post-scriptum (13 juin, voir mes billets des 10 et 11) :

Aujourd’hui, je peux dire que la police française me fait peur. Jusqu’à maintenant, je me disais, avec raison à ce que je croyais, que le pouvoir utilisait la police française comme une masse de manœuvre contre les éruptions volcaniques qui secouent le peuple quand il n’en peut plus ou que la marmite se met à bouillir, et qu’ayant usé et abusé de cette masse de manœuvre (mobilisations policières monstres, heures supplémentaires à l'infini et non payées, ...), il avait tellement poussé à bout les policiers qu'ils avaient manifesté sur les Champs-Elysées toutes sirènes hurlantes et gyrophares allumés.

Maintenant, ça a changé. Petit rappel des épisodes.

1 – Dans la foulée de la mort épouvantable de George Floyd à Minneapolis, une manif à Paris profite du rapport d’expertise qui innocente la gendarmerie de la mort d’Adama Traoré en 2016 pour rassembler 23.000 personnes (comptage policier) qui protestent contre, disent-elles, l’iniquité.

2 – Dans la foulée des manifestations qui se répandent dans le monde pour dénoncer le racisme institutionnel de la police américaine, on apprend, en France, que 8.000 policiers se retrouvent sur « facebook » pour échanger des propos très souvent racistes, sexistes et homophobes.

3 – Les manifestations françaises se mettent alors à dénoncer aussi bien le « délit de faciès » et les discriminations qui orientent les interpellations des policiers que la méthode d’immobilisation au sol des individus "récalcitrants" (conseil : faites attention au risque de "délit d'outrage et rébellion").

4 – Le sociologue Sébastian Roché (De la Police en démocratie, Grasset) rappelle sur les ondes de France Culture les innombrables études qui établissent la réalité d’innombrables faits de discrimination : « On  a maintenant depuis plus de dix ans un grand nombre d'enquêtes sur la manière dont la police travaille, sur les contrôles d'identité et sur le traitement des personnes pendant les contrôles et les sanctions à l'issue des contrôles. On a observé les comportements policiers avec une méthodologie très précise. (…) Et aujourd’hui, on a un énorme corpus de données qu'on n'avait pas il y a dix ans. Et toutes ces études montrent une chose simple : dans toutes les villes où on a fait les enquêtes, la police en France a des comportements discriminatoires. ». La question que je me pose : ont-ils des ordres de leurs chefs ? A priori, je réponds : probable ("politique du chiffre" oblige).

5 – Le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner, en concédant aux manifestants que s’il y a « suspicion » de racisme de la part de la police, cela mérite sanction. Cette petite concession suscite aussitôt les hurlements de colère du corps policier tout entier qui clame que « son » ministre le lâche et lui retire sa confiance. Castaner a commis le "crime" d'infraction à la sacro-sainte "omerta" qui lie tous les membres de la "famille" dont il est le "parrain". Ce refus violent de toute remise en question d'une composante majeure de la république par cette composante même est tout simplement scandaleux.

6 – Politisation du problème : j’entends à quelques rares reprises dans les médias que pas loin de 50% des policiers (Mélenchon prétend 75%) votent très habituellement Front National (maintenant Rassemblement National) aux élections présidentielle, législatives et municipales. Dans le même temps, Christian Jacob (Les Républicains) et Marine Le Pen (je ne parle pas du préfet Lallement) prennent publiquement la défense de la police en affirmant haut et fort que non, « la police n’est pas raciste » (ce qui est vrai si l'on s'en tient au statut du corps constitué, mais pas forcément si l'on fait une enquête sociologique sur l'orientation politique majoritaire des personnels).

7 – Pendant que le ministre de l'Intérieur bat sa coulpe, se convertit à la reptation ventrale et opère un savant "repli sur des positions préparées à l'avance" en espérant colmater les brèches, Marine Le Pen se démène comme un beau diable pour draguer les faveurs des policiers en allant sur le terrain visiter un commissariat et faire quelques selfies en compagnie de quelques uniformes.

***

Voilà les données du problème telles que j’ai cru pouvoir les rassembler en me fiant aux informations reçues. Les conclusions que j’en tire ne sont pas rassurantes du tout. Car je me permets de faire le lien avec l’éternisation sur le territoire français de la notion d’ « état d’urgence » : d’une part directement avec la déclaration et la prolongation de l’ « état d’urgence sanitaire » pendant des mois ; d’autre part indirectement il y a déjà quelque temps, lorsque Macron a obtenu de ses députés-godillots que soient insérées dans le droit commun certaines des mesures d’urgence que Hollande avait prises après les attentats terroristes de 2015. Or, qui dit "état d'urgence" dit restriction des libertés publiques telles que définies par la Constitution. Le pire, c'est que cet état de choses semble n'inquiéter que très peu de Français.

Tout ça mis bout à bout, je trouve que la situation devient fort inquiétante. Je n’oublie pas que Marine Le Pen figurait au 2ème tour de la dernière présidentielle, qu’elle aspire au pouvoir et que, peut-être, elle y accédera un jour. Je poursuis le scénario : supposons Marine Le Pen présidente de la République française. Elle dispose d’une police dont environ la moitié lui est politiquement acquise. Vous vous rendez compte ? Une tête de pont de l’extrême-droite en plein cœur des institutions de la république ? Une garde prétorienne composée de gens sur-armés, entraînés et dévoués ? C'est alors qu'on pourrait s'attendre au pire.

Conclusion : pour moi, les problèmes liés à l’exercice de la fonction de policier ont cessé d’être purement institutionnels, administratifs ou même moraux. Le problème est principalement politique. Les problèmes de racisme, de sexisme et d'homophobie en sont de simples corollaires : s'il y a du racisme dans la police, c'est seulement parce qu'il y a une proportion peut-être majoritaire de la police qui flirte avec l'extrême-droite. Cette seule idée me terrifie.

D'autant que je note par ailleurs une certaine convergence entre les décisions prises par le gouvernement et la majorité du président Macron (mesures d'état d'urgence maintenues dans le droit commun) et l’envie de pouvoir qui tenaille l’état-major du Rassemblement national de Marine Le Pen. Comme si l'actuel président préparait benoîtement la venue de la seconde.

Oui, vous allez peut-être me dire que j'ai tort de me monter ainsi la tête, mais je le dis : aujourd’hui, je suis résolument républicain, mais j’ai peur de la police.

Voilà ce que je dis, moi.

PS ajouté le 15 juin : j'apprends incidemment, comme au détour d'une phrase, que l'équivalent britannique de notre IGPN est composée exclusivement de membres non policiers. Macron pourrait s'en inspirer.

jeudi, 11 juin 2020

POLICE : 8.000 BREBIS GALEUSES ?

Post-scriptum à mon billet d’hier (11 juin) : Il fallait s’y attendre : les déclarations très modérées de M. Castaner, ministre de l’Intérieur, admettant que s’il y a du racisme dans la police il doit être sanctionné, ont immédiatement suscité une levée de boucliers dans les rangs de la police. Le chœur est unanime : « Nous sommes désavoués ! Au secours ! ».

Ah c’est sûr, faut pas les chatouiller. Le corps policier ne tolère pas la plus petite réserve, le plus léger accroc, le moindre écart au soutien entier et massif du pouvoir à tous les faits et gestes de ses personnels. Quoi, on ose leur demander d'être irréprochables ? De ne pas être racistes ? Quel culot, ce ministre ! Le corps policier est tout entier en colère. Pas touche ! C'est tout ou rien : « Love me or leave me ! ». Qu'on se le dise : le corps policier est un et indivisible. Attaquer un élément, c'est les critiquer tous.

Et bien sûr pas question de se désolidariser des collègues suspects de dérive raciste ou violente : la surface de la cuirasse ne tolère aucun défaut, le vernis doit rester absolument intact. Et bien sûr pas question d’un « mea culpa » qui donnerait raison aux ennemis déclarés de la police (suivez mon regard). Allez, circulez ! Je me dis que certains loulous ne demandaient pas d'autres encouragements pour alimenter leur haine des flics.

Il n'est pas né, le décideur politique qui osera changer quoi que ce soit aux petites habitudes de la gent policière à la française. Le pouvoir avait déjà renoncé, devant la menace, à toucher à son système de retraites. Il faudrait un Samson, un Héraklès, un « Jupiter » pour l'amener à « se réinventer » (n'est-ce pas, M. Macron ?), mais on n'en a plus en magasin : rupture de stock. Circulez, on vous dit ! 

On n'a pas plus le droit de critiquer la police sans se faire accuser d'atteinte à son moral qu'on n'a le droit de critiquer Israël sans se faire traiter d'antisémite. Et tant pis pour les gens ordinaires. On dirait que la police ne conçoit les relations avec ces derniers que sous l'angle du rapport de forces.

Voilà ce que je dis, moi.

***

Pour se faire une idée des raisons de se méfier de la police, il suffit d'écouter (ici, 9') Sébastian Roché, auteur de De la Police en démocratie (Grasset). On a pu l'entendre en direct le 12 juin sur l'antenne de France Culture, interrogé par Guillaume Erner. Il dit surtout que dans toutes les études fondées sur des observations précisément localisées (gares, entre autres), les discriminations à la couleur de peau sont abondamment documentées et tout à fait incontestables. Il n'est pire aveugle que celui qui ne veut pas voir.

mercredi, 10 juin 2020

POLICE : 8.000 BREBIS GALEUSES ?

Quelques questions que se pose un citoyen ordinaire.

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Les journaux en sont pleins : le ver est dans le fruit policier. Les uns crient aux « violences policières » en brandissant la photo d’Adama Traoré. Les autres dénoncent, sur la base d’informations sur un « groupe facebook » plus ou moins secret, le racisme, le sexisme et l’homophobie qui règnent en douce dans les rangs de la police. Vous avez dit "violence", "racisme", "sexisme", "homophobie" ? C’est curieux, ces quatre accusations : ce sont les mêmes que les « modérés » lancent traditionnellement contre l’extrême-droite. Quand j'ai fait le rapprochement, je me suis dit : « Bon sang, mais c'est bien sûr ! ». Dis-moi ce qu'on te reproche, je te dirai qui tu es. Alors, police et extrême-droite dans le même sac ?

Qu’est-ce qui a fait élire Macron en 2017 ? Est-ce son charisme de jeune premier porté par un bagou de première classe ? Non : c’est le rejet viscéral du parti de Marine Le Pen, considéré en général comme raciste, sexiste et homophobe, et dont on pense qu’il tolère volontiers dans son voisinage des groupes peu connus pour leur pacifisme ou leur non-violence.

Donc ils seraient 8.000 membres des forces de l’ordre à se retrouver dans un « groupe facebook » dédié pour lâcher des insanités en toute confidence auprès des collègues. S’ils sont vraiment 8.000, on ne peut plus parler de « brebis galeuses » ou de problème conjoncturel lié à des individus isolés : le problème est bel et bien structurel. C’est le corps policier dans sa globalité qui est touché.

La vraie question à poser selon moi est donc celle-ci : la police française est-elle d’extrême-droite ? Ou du moins noyautée par l’extrême-droite ? Car se demander si la police française est raciste ou s’il y a des « violences policières », c’est répondre « non » à la question avant même de l'avoir posée.

C'est parler comme Marine Le Pen, le préfet Lallement et Christian Jacob, président du parti Les Républicains : "Non, la police n'est pas raciste !". Le seul fait que Marine Le Pen s'érige en défenseur de la police est en soi révélateur d'une certaine complicité. J'ai entendu – je ne sais pas si c'est vrai – que la dernière présidentielle a vu 50% des policiers voter pour Marine Le Pen. Si c'est vrai, c'est grave.

C’est aussi biaiser avec cette question autrement essentielle : dans quels milieux sociaux et politiques, sur quels critères la police recrute-t-elle ses membres ? De quelle idéologie sont porteurs les jeunes qui présentent leur candidature aux écoles de police ? Quelle idée se font-ils de l'ordre ? Des rapports sociaux en général ? J’attends les études sociologiques qui nous éclaireront sur ce point, mais il y a déjà de quoi nourrir quelques soupçons.

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Une autre question qui se pose à propos de la police française est de savoir quel est le fond de la doctrine qui sert de base à la formation des futurs policiers. Je serais très curieux de découvrir le « référentiel » où sont détaillés les éléments qu’ils doivent ingurgiter avant d’être admis dans les rangs des forces de l’ordre. Même question à propos des cadres : à part le Code de Procédure Pénale dans ses moindres détails, que leur demande-t-on de savoir avant de les autoriser à distribuer ordres et consignes à leurs futurs subordonnés ?

Ce dont j’ai peur peut se formuler ainsi : quelle représentation des gens ordinaires diffuse-t-on parmi les gens en uniforme au cours de leur formation et après ? Quelle image se font-ils de « monsieur-tout-le-monde » ? J’ai bien peur que là aussi, quelque chose n’aille pas du tout. Je crains en effet que le fond de la doctrine construise l'image d'une population a priori inexistante ou hostile.

Par « inexistante », j’entends une des principales règles des bidasses de base au temps où tous les jeunes Français faisaient leur service militaire : surtout ne pas se faire remarquer, pas de vague, passer entre les gouttes. Quand tu commences à exister aux yeux de l’adjudant, c’est mauvais pour toi, voilà ce qu'il se disait, le bidasse. Si le citoyen ordinaire commence à exister aux yeux du policier, c’est que le citoyen pose problème, voire qu’il est potentiellement dangereux.

C’est ce que j’entends par vision « hostile » : je me demande si, dans le corps de la doctrine inculquée aux forces de l’ordre, la population n’est pas considérée comme un réservoir de menaces multiples. D’où, par exemple, le recours banal aux clés d’étranglement : j’ai entendu un syndicaliste de la police utiliser l’argument de Margaret Thatcher (TINA : There Is No Alternative) et affirmer qu’il n’y a pas d’alternative à cette « clé » pour maîtriser un individu potentiellement dangereux. La question est : est-ce que, dans leurs écoles, les futurs policiers apprennent à voir les citoyens ordinaires comme un danger potentiel permanent ? Cela n’explique-t-il pas, surtout si l’on tient compte de la droitisation globale des forces de police, le recours bien trop fréquent à la violence ?

3

Dernière question que je poserai ici mais sans y répondre, faute d’éléments d’analyse suffisants : quelle stratégie les décideurs politiques (gouvernement) et administratifs (préfets) adoptent-ils en matière de police ? Comment usent-ils de cet outil ? Rien qu’à voir la façon dont les manifestants contre la loi travail (El Khomri) ont été traités, puis les manifestants contre la réforme des retraites, puis les manifestants portant un gilet jaune, on se dit que la stratégie des décideurs est claire comme de l’eau de roche : répression, répression, répression. Les décideurs politiques et administratifs usent et abusent de l’argument d’autorité, sans doute parce qu’ils pètent de trouille à l’idée du schproum qui pourrait se produire s’ils ne réprimaient pas. C’est juste une hypothèse, bien sûr.

Conclusion.

Quoi qu’il en soit, il est sûr que notre police dysfonctionne gravement, et pas seulement du fait de quelques brebis galeuses, mais parce qu’elle est fondée en tant que système sur des conceptions erronées : la société ordinaire est vue en haut lieu comme un pays étranger, a priori hostile, contre la menace duquel il faut se prémunir (on se rappelle Macron inscrivant dans le droit commun des mesures d'urgence prises par Hollande à l'époque des attentats). Alors qu'il faudrait que la police puisse être dans la société comme une catégorie parmi d'autres.

D’une part, si je compare avec les polices allemande et anglaise, je conclus que la violence policière peut parfaitement n’être utilisée par les pouvoirs qu’en tout dernier recours, et non en premier réflexe. D’autre part, je me dis que Jospin avait tout compris quand il a fondé la « police de proximité », qui visait à insérer les policiers dans la vie quotidienne des citoyens ordinaires comme des poissons dans l’eau. Il a fallu qu’un misérable bousilleur du nom de Nicolas Sarkozy détruise cette trouvaille formidable, sous le prétexte qu’un policier, c’est seulement un bâton. Non, les policiers sont des citoyens ordinaires parmi les autres, et devraient se considérer comme tels.

Policiers, rendez-vous compte que votre vie professionnelle pourrait être infiniment plus tranquille et moins conflictuelle, si vous acceptiez, en citoyens ordinaires porteurs de loi, d’uniformes et d’armes, de côtoyer d’autres citoyens ordinaires en qui vous ne verriez pas, a priori, des dangers potentiels ou a priori hostiles. Débrouillez-vous pour être parmi les gens ordinaires comme des « poissons dans l’eau ». Vous avez un sacré chemin à faire pour vous faire aimer par la population, comme cela s’est produit après l’attentat de Charlie Hebdo et après le Bataclan. Vous savez que c’est possible. A vous de voir.

Voilà ce que je dis, moi.

mercredi, 27 mai 2020

CE QUE ME DIT LE CORONAVIRUS

1

A QUOI PASSIONS-NOUS NOTRE TEMPS ?

Pour ajouter ma goutte d’eau à l’océan des commentaires dans lequel se sont baignés les amateurs d’information pendant toute la durée du confinement, je voudrais livrer ici quelques observations simples sur ce que nous apprend le séisme qui a ébranlé le monde et continue de lui envoyer ses « répliques » dans les côtes à coups de masques, de gel hydroalcoolique, de gestes-barrières et de distance physique. Je préviens tout de suite que je ne parlerai pas de tout ce qui tourne autour du système de santé français, le sujet méritant à lui tout seul d'être traité en longueur et à part.

Je noterai d’abord que le confinement a plongé la population des braves gens dans la stupeur, l’hébétude et la sidération. La vie s’est réduite à l’accomplissement des quelques gestes premiers qui consistent seulement à la faire perdurer dans son être. Soudain s’est imposé à tous l’abandon brutal de la « vie normale » et des « petites habitudes » dont les fioritures bigarrées font, sans même qu’on ait à y penser, le charme ou le poids des jours qui passent.

Chacun a dû se replier sur ses besoins primordiaux : dormir, manger, boire, déféquer. Ni plus ni moins que des nouveau-nés. Et chacun a pu se demander, face au long déroulement des heures, comment il s’y prenait, d’habitude, pour ne pas s’apercevoir que le temps passe lentement quand on ne fait rien, que c’est d’abord de la durée, et que la durée semble interminable quand elle n’est pas interrompue par des actions, même anodines ou futiles en apparence.

Chacun a ainsi été mis en face de la grave question de savoir à quoi servent vraiment toutes ces actions dont il remplissait la durée dont il disposait avant de se voir enfermé chez lui et réduit à l'inaction.

Et là … c'est la bouteille à l'encre.

2

PRENDRE CONSCIENCE DES INTERDÉPENDANCES.

J’exagère à peine si je dis maintenant que tout le monde a entonné avec enthousiasme et reconnaissance le cantique de la solidarité. Les initiatives se sont multipliées pour fournir aux soignants, aux pompiers, aux éboueurs, que sais-je, des pizzas, des kebabs, des gâteaux, des croissants, des masques, des visières … et autres utilités, nutritives ou protectrices. A part que les SDF ont été un peu oubliés, ce n’était qu’un mot d’ordre dans tous les cœurs altruistes : SO-LI-DA-RI-TÉ. Ce fut le grand refrain médiatique de ces deux mois. Si l'on excepte un peu de délation à l'encontre de quelques citoyens trop peu disciplinés, c’est en soi admirable.

Cela dit, je me permets de rappeler que si la "solidarité" manifestée envers les autres est une éminente qualité morale, que le PLI définit ainsi : « Sentiment qui pousse les hommes à s’accorder une aide mutuelle », cette définition n’arrive qu’en deuxième position. Car la première définition contient un terme crucial : « Dépendance mutuelle entre les hommes ». « Dépendance », voilà le grand mot lâché.

Ce qu’a fait éclater en pleine lumière la crise du coronavirus et l’arrêt de « toute activité non essentielle » (en français : la vie économique), c’est précisément l’omniprésente « interdépendance » qui gouverne, si l’on regarde les choses froidement, TOUTES les relations que nous entretenons avec les hommes et avec les choses, et que les choses entretiennent entre elles ("choses" étant pris au sens le plus large d' "existant").

Les écologistes scientifiques appellent cela un "écosystème" : l'équilibre qui s'établit entre la vie animale, la vie végétale et la vie minérale, sur la base d'un réseau d'interdépendances (allo Gilles Boeuf ?). Dans un écosystème, il est faux de parler de "solidarité" : le prédateur serait donc solidaire de sa proie ? Il est bien plus juste de parler de réseau de dépendances mutuelles. Un écosystème est seulement un réseau d'interdépendances (proie/prédateur, aliment/déchet, etc.).

Oui, ah que nous sommes fiers d’être autonomes, libres et indépendants ! Ce faisant, chacun d'entre nous oublie volontiers qu'il est pris dans un inextricable dédale d'interdépendances plus ou moins croisées. Plutôt que de vanter la « solidarité » à longueur des refrains de bonne volonté altruiste et des bonnes intentions optimistes, j'aimerais qu'on ouvre les yeux sur la simple réalité de fait de toutes nos « interdépendances ».

Ah que nous sommes arrogants avec nos désirs ! Ah que nous sommes prêts à défendre bec et ongle la possibilité que la démocratie nous laisse de les réaliser à notre guise. « A mon seul désir », cet étendard énigmatique visible sur la tapisserie de La Dame à la licorne, est devenu le sempiternel refrain de l’individu, « De quel droit ? » étant le cri proféré spontanément à la moindre évocation d’éventuelles limites à poser à ce désir. N'a-t-on pas entendu hurler tout ce que la France compte de « LGBT » quand l'examen de la loi PMA pour toutes les femmes promise par Emmanuel Macron a été "reporté" à une date ultérieure ?

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« Faire société », c’est précisément tisser un réseau de dépendances mutuelles qui prouvent à chaque instant que non, chacun de nous ne se suffit pas à lui-même, et que l'accomplissement de nos désirs dépend de quelqu'un qui ne dépend pas de nous. Nous avons besoin du boulanger, nous avons besoin du paysan, nous avons besoin de l’ouvrier de l’atelier d’emboutissage des tôles de notre voiture, nous avons besoin du technicien qui nous donne la lumière quand nous appuyons sur le bouton, etc., etc., etc. 

Tous les objets qui nous entourent, et dont nous usons sans nous poser aucune question tant leur usage nous est devenu naturel, ont été fabriqués par quelqu’un qui sait faire ça que nous ne savons pas faire. Ne parlons pas de la machine à laver, du four à micro-ondes, de la télévision, de la dernière PlayStation ou du SmartPhone, que le pékin moyen est totalement infoutu de remettre en état quand ça tombe en panne. Et ne me demandez pas la liste des fournisseurs qui sont intervenus quand votre voiture flambant neuve vient de sortir de la chaîne d'assemblage.

Quant à l’immense chaîne de travail qui aboutit à la construction d’un Airbus, d’un porte-conteneurs ou d’un immeuble d’habitation, pas besoin d’être un spécialiste pour concevoir la cascade des dépendances étroites dont aucun maillon ne doit faire défaut sous peine de panne générale. Et l’on peut étendre l’image à la société dans son ensemble, dont personne au monde n’est en mesure de comprendre l’indémêlable écheveau des interdépendances qui permettent à l’énorme machine d’avancer. 

Ce que le coronavirus nous a obligés à voir en direct pendant les deux mois de confinement, c’est que notre société est tellement « développée » qu’elle est devenue effroyablement complexe. Or plus c'est complexe, plus c'est fragile. Car qu’est-ce que c’est, la complexité ? J’appellerai ça, précisément, un enchevêtrement de relations de dépendance. Autrement dit, rien d’autre qu’un SYSTÈME. Nul individu, aussi doué soit-il, ne tient les leviers de commande d'une telle machine. Nul individu n'est en mesure de peser sur la trajectoire : le système qui organise notre monde est globalement aveugle. Et ce qui est sûr, c'est qu'il avance, quelque fort que retentissent les cris d'alarme des scientifiques du GIEC.

Dans un système, TOUS les éléments sont solidaires les uns des autres, c’est-à-dire que chaque élément dépend de tous les autres, et que le bon fonctionnement de l’ensemble dépend du bon fonctionnement de chacun, quoique l’ensemble tolère un certain taux d’exclusion et de dysfonctionnement. Plus un système est complexe, plus il est vulnérable à la moindre panne. Vous imaginez la cascade des catastrophes qui se produiraient si l'électricité venait à manquer ? Quand on parle de "biodiversité", on ne parle de rien d'autre que de complexité des interdépendances.

Ce que les Français (pas seulement) ont touché du doigt pendant le confinement, c’est que la grosse machine-société dans laquelle ils sont embarqués est d’une grande fragilité, d’une extrême vulnérabilité du fait même de sa complexité invraisemblable. Que, comme l'affirme le titre du livre de Pablo Servigne et Raphaël Stevens, « tout peut s'effondrer ». Que toute la vie d’une telle collectivité ait pu être mise en panne aussi brutalement sur une durée appréciable, on comprend que la population ait été traumatisée : elle a touché du doigt la possibilité que nos constructions humaines sont peut-être passées pas très loin de la destruction. C’est peut-être la raison pour laquelle ils n’ont eu rien de plus pressé que de reprendre le cours de leur vie d’avant. En croisant les doigts et en se disant in petto « pourvu que ça dure ».

Même en l'absence de "réseaux sociaux", nous sommes tous étroitement interconnectés. Nous sommes tous étroitement interdépendants, même si nous ne voulons pas le savoir. Même si nous ne nous sentons pas solidaires. Ce qui est sûr, c'est que « nous autres, sociétés "modernes", savons désormais que nous sommes destructibles ».

Vous étiez arrogant ? J'en suis fort aise. Eh bien tremblez, maintenant.

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Voilà ce que je dis, moi.

lundi, 25 mai 2020

VOUS DITES ? "SÉGUR" DE LA SANTÉ ?

C'EST QUOI, ÇA ?

Le peuple les a applaudis, soir après soir, pendant toute la durée où le tocsin a sonné le "branle-bas ! Tout le monde sur le pont !" dans tous les hôpitaux de France. Aux yeux de certains, ils étaient des "héros".  Sans compter, ils ont donné l'énergie, les soins, le sommeil, le temps. Beaucoup ont fini sur les genoux – parfois pire, je pense au Dr Boeglé, première victime d'une longue série – ce parcours du combattant.

La plupart d'entre nous n'ont aucune idée de la réalité de ce qui s'est passé dans la tête de ces soignants aux pires moments de la pandémie, ni de l'ambiance terrible qui a régné dans certains établissements atteints de surchauffe, où l'on voyait l'état de certains patients se dégrader à vue d’œil sans avoir les moyens de les maintenir en vie. Quel effet ça vous a fait de voir ainsi "votre" malade vous échapper ? Qui pourra mesurer ça ?

Tout le monde est d'accord : ce que l'hôpital public de France a fait dans ces circonstances hors du commun, aucune bête au monde ne l'aurait fait. On frise le surhumain. C'est dire le formidable potentiel des forces capables de se déployer en cas de nécessité. Tout le monde est d'accord : la France ne saurait se passer d'un hôpital public à la hauteur de toute menace sanitaire. Tout le monde est d'accord pour le dire avec des mots.

Et maintenant ? 

Le moment est crucial, Monsieur Macron. Vous le savez aussi depuis que des pontes de La Pitié-Salpêtrière vous ont copieusement engueulé : l'attente est extraordinaire. Vous savez ce qu'il vous reste à faire. Alors soyez à la hauteur.

Ordonnez à Olivier Véran votre commis à la santé, qui ouvre aujourd'hui cet énorme chantier dans son ministère de l'avenue de Ségur, de rendre aux personnels soignants les leviers de commande de l'hôpital public. Ordonnez aux bureaucrates qui y ont été placés pour le transformer en entreprise rentable de se mettre au service des médecins, des infirmières et des aides-soignantes. Ordonnez au service administratif de se placer sous l'autorité des personnels voués au soin. Ordonnez à vos godillots du Parlement d'abolir la règle du paiement à l'acte et d'en finir avec la loi HPST (Bachelot-Sarkozy).

Donnez à l'hôpital les moyens de son plein exercice : des lits, du matériel, des gens de l'art. Et donnez des motivations concrètes à ceux qui voient dans l'hôpital public un beau moyen de mettre en œuvre leurs aspirations.

***

Ajouté le 26 mai.

Interviewée par Léa Salamé le 25 mai, voici ce que le professeur Agnès Hartemann (voir ici mon billet du 9 mai) déclare (citation textuelle) :

« Pendant la période Covid, on a goûté à ce que pourrait être l’hôpital public, et on ne veut pas revenir en arrière. Ou la colère serait terrible. »

Et quand on voit Agnès Hartemann s'exprimer avec cette douceur et cette détermination, on sait qu'elle ne plaisante pas. 

Vous êtes prévenu, monsieur Macron.

vendredi, 22 mai 2020

QUAND MACRON CAUSE ...

... L'AUDITEUR SE MARRE.

En l'absence de France Culture pour cause de confinement, j'ai écouté France Inter, faute de mieux, comme je l'ai dit ici (20 avril). C'est une radio qui se fait un point d'honneur de rester constamment à l'écoute de ses auditeurs, et pour cela de se mettre à leur hauteur et de donner toute priorité à la satisfaction de la "demande". C'en est devenu un fléau, une nuisance, une calamité. Même la conception que la chaîne se fait de l'information se soumet à la dictature de l'audience, et hume l'actualité à hauteur de pâquerette. 

Non seulement on a droit à un "micro-trottoir" au moindre bulletin d'information (tu parles d'une information !), mais la chaîne consacre des temps d'antenne appréciables à "donner la parole" aux auditeurs ("le téléphone sonne"). J'imagine que les gens ont besoin de s'exprimer, comme les "réseaux sociaux" en donnent à tout instant une preuve écrabouillante et consternante. Ils ne se rendent pas compte que les mots qu'ils déversent dans leur téléphone coulent dans une canalisation qui débouche dans le tonneau des Danaïdes.

Bon, c'est vrai, les mots que j'imprime sur cet écran suivent sans doute le même chemin, mais moi, je ne me fais pas d'illusion : hormis dans quelques cas de prises de contact, j'ignore si quelqu'un est au bout du fil pour me donner l'impression qu'on m'écoute : au diable l'avarice. Je suis résolument infoutu d'installer un "compteur", genre Google Analytics ou Xiti. Ah oui, Tonton Georges a bien raison de dire qu' « aujourd'hui la manie de l'acte gratuit se développe » (c'est dans Concurrence déloyale).

Heureusement, France Inter pose régulièrement ses micros devant la bouche de gens importants, ceux qui ont vraiment quelque chose à nous prêcher. En l'occurrence, le 9 mai dernier autour de 12 heures 18' (c'est un "duel" entre un "progressiste" (Gilles Finkelstein) et une "réac" (Natacha Polony), arbitré par Ali Baddou), elle les a posés devant Emmanuel Macron en personne, et l'on a pu entendre, sortant de l'auguste organe oraculaire de Jupiter, les propos suivants :

« Les vrais idéalistes sont des grands pragmatiques. Quand Robinson part, il part pas avec de grandes idées de poésie ou de récit, il va dans la cale chercher ce qui va lui permettre de survivre : du fromage, du jambon, des choses très concrètes. Robinson, quand le naufrage est là, il se prend pas les mains dans la tête en essayant de faire une grande théorie du naufrage » (citation absolument textuelle ; je précise que l'expression a laissé de marbre Baddou, Finkelstein et Polony ). 

"Il se prend pas les mains dans la tête".

Merci, monsieur Macron, de m'avoir offert sur un plateau cet instant de bonne humeur sur la morne plaine où se fabrique notre quotidien : j'ai essayé de faire le geste, mais en vain. En fait, c'est une rediffusion d'une séquence déjà enregistrée, selon le principe de l' « illustration », mais ça ne change rien au fait que Macron a vraiment dit ça. Je passe sur le fait qu'une fois de plus, ce premier de la classe à qui tout a réussi se permet de faire la leçon aux Français.

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Photo de Sébastien Husson, vue sur Facebook.

Cela ne veut pas dire, hélas, que les Français sont assez grands pour savoir ce qu'ils doivent faire : on a trouvé, sur les plages récemment entrouvertes, des ribambelles de masques (chirurgicaux, en tissu, etc.), et on apprend que les gens s'agglutinent par grappes compactes dans les rues de Giverny, dans la rue du Mont-Saint-Michel (au fait, que devient la Mère Poulard ?), au bord du canal Saint-Martin et sur diverses étendues de sable. Il y a même eu, paraît-il, un embouteillage en forêt de Fontainebleau.

Allons, tout va bien : C'EST REPARTI.

Voilà ce que je dis, moi.

***

Le 5 mai, Mathilde Munos, à l'antenne du même France Inter entre 5 et 7h, avait sorti, peut-être au cours d'une interview, cette jolie perle : « Au déconfinement, les gens n'auront pas le droit d'aller à plus de 100 km/h de chez eux ».

samedi, 16 mai 2020

ALORS ON CHANGE QUOI ?

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Je reviens sur cette "une" que le journal Le Un a publiée fin avril. Elle posait une question que des centaines d'interventions dans les journaux écrits et radio- ou télé-diffusés ont développées. On a pendant un temps cru que ça y était. Que la vertu avait pris le pouvoir. Que la raison se préparait à gouverner le monde. Que l'humanité, devenue enfin raisonnable, était prête à renoncer à ses appétits sans limite et aux folies qui la mènent à sa perte à force de dévorer son milieu naturel. 

A écouter les médias (réduits de par le confinement), on avait parfois l'impression qu'un vrai cerveau en bon état de marche était en train d'ouvrir les yeux sur notre monde malade et d'entrevoir les diverses manières capables de le guérir. A entendre, jour après jour, les pensées se précipiter en flot ininterrompu du cerveau touché par la grâce d'une prise de conscience aiguë, on s'est dit pendant un temps que, allons, rien n'était perdu et que, soyons fou, tout allait changer. Je m’étais dit quelque chose de semblable pendant la crise des "subprimes" en 2008 et à l’élection de Macron en 2017.

Sarkozy avait fait le matamore, le chevalier blanc, le redresseur de torts, les économistes distingués s'étaient disputé les plateaux, les caméras et les micros pour annoncer que rien ne serait plus comme avant dans le monde de la finance : on allait montrer aux banques, aux fonds de pension ce qu'il en coûte de placer un tonneau de poudre sous le derrière de l'économie honnête. 

Avec le Covid-19, tout ce que la France compte de sociologues, écologistes, politologues et autres sciences exactes ou inexactes (= sciences humaines), se sont précipités dans les médias pour nous annoncer la bonne nouvelle des "Temps Nouveaux". A les entendre seriner leurs refrains, portée par cette vague d’optimisme, l'humanité allait de nouveau s'abreuver à la bonne source : libéré des pesanteurs égoïstes et bassement matérielles, on a cru voir à l'œuvre un cerveau où se seraient enfin donné libre cours l'imagination la plus débridée, la pensée la plus audacieuse, les intuitions les plus géniales, les raisonnements les plus pointus et les visions d'avenir les plus édéniques. Un cerveau gonflé aux espoirs d'un futur enfin radieux.

Tout le monde s'y est mis. C'en est au point que le flot est devenu Niagara et que le cerveau s’est boursouflé sous la pression interne. Les propos savants sur les issues à cette crise inédite se sont multipliés, bousculés, marché sur les arpions au point de former la bouillie d'un cerveau de plus en plus informe et proliférant, un cerveau qui s'est soudain cru tout permis, a rompu les chaînes qui l'amarraient à la Terre et s'est échappé de toute contrainte pour se mettre à prendre ses rêves et ses délires pour la réalité. J'ai entendu des gens apparemment pondérés tenir à coups de « il faut » des propos hautement lyriques sur les lendemains espérés. En français moderne : tout le monde a cru que « c’était arrivé ».

Maintenant que l'on a recouvré une certaine liberté et, disons-le, une lucidité relative, on constate que se dessine sous nos yeux le tableau d'un avenir beaucoup moins mirifique que les rêveurs l'escomptaient. Il semblerait qu'il faille en rabattre de l'enthousiasme manifesté. Il semblerait en particulier que le "cerveau" rêvé ci-dessus se révèle un simple ballon de baudruche, plus gonflé aux anabolisants affectifs, intellectuels ou romantiques qu'au sage exercice de la pensée fondée sur l'observation du réel, et que s'il n'a pas encore éclaté comme ça arrive souvent, il ait perdu beaucoup de son étanchéité concrète et de sa substance virtuelle. Disons-le : il est tout raplapla, le cerveau anabolisé.

On se rend compte que les milliards de mots et les millions de phrases dont les médias se sont enivrés pour garder captive l'attention du public (il ne faut rien perdre) ne sont pas des choses. Car dans le monde réel, ce ne sont pas les mots, mais les choses et les actes qui modifient et fabriquent aux populations un cadre concret, des moyens matériels d'existence et des conditions de vie inventées par personne. Mais pour que la réalité change, il faudrait que l'intendance suive. Sans les pontonniers du général Eblé, l'armée de Napoléon ne repasse pas la Bérésina et se fait exterminer (voir Adieu, ce minuscule chef d'œuvre de Balzac). Sans une intendance concrète en parfait état de marche, une armée n'est qu'un jeu vidéo.

Si l'on fait un jour le compte de ce qui restera des innombrables élucubrations qui ont poussé, comme champignons après une pluie d'été, au cours de cette période invraisemblable, je crains hélas que les populations concernées ne fassent alors grise mine, devant leur assiette redevenue bien creuse, devant les pitoyables miettes de tant d'espoirs formulés et de tant de requêtes touchant l'état du corps social, mais aussi l'état de la nature qui nous héberge.

Où qu'on regarde, tout se passe comme si, hormis quelques apparences (masque et gel hydroalcoolique à tous les carrefours, distance "sociale", gestes "barrière", etc.), tout le monde n'avait rien de plus pressé que de reprendre le train-train de ses petites habitudes, à commencer par la programmation des prochaines vacances d'été. Et je ne parle pas de toutes les forces qui ont intérêt à ce que toute la machine redémarre comme avant.

Les causes du cataclysme du coronavirus sur les pays favorisés (pour les pays défavorisés, on ne saura sans doute jamais) n'ont pas fini de prospérer et de se payer notre fiole.

Sérieusement : maintenant, on change quoi ?

La réponse commence à s’évanouir au coin de la rue. Tout le monde a commencé à oublier.

Voilà ce que je dis, moi.

samedi, 09 mai 2020

L'HÔPITAL DEMAIN ?

J'ai déjà cité le nom du docteur Agnès Hartmann, chef du service "Diabétologie" à l'hôpital de La Pitié-Salpêtrière. C'était il n'y a pas longtemps, trois jours : le 6 mai, pour clore un billet où je laissais la parole à Michel Houellebecq. Je me cite : 

« Je viens d'entendre une diabétologue (Agnès Hartmann, hôpital de La Pitié Salpêtrière) dire qu'après avoir vu pendant huit semaines s'ouvrir les portes d'une prison (ce sont ses termes : « Tout le monde a retrouvé du sens au travail ») et arriver des cargaisons de moyens qui faisaient jusque-là défaut, elle vient de recevoir une note (« douche froide », « vieux réflexes de la direction gestionnaire ») du service comptabilité-gestion de l'hôpital l'avertissant que son service était à présent "en négatif", maintenant que les "lits Covid" qui y avaient été ouverts sont de nouveau disponibles. »

C'est sur France Inter (mardi ?) que j'ai entendu Agnès Hartmann.

***

Agnès Hartmann est un chef de service réputé, reconnu, établi : un "mandarin", comme on disait naguère pour dénoncer la chose. Agnès Hartmann n'est donc pas n'importe qui. Ci-dessous deux versions d'une conférence de presse tenue en janvier 2020, à l'époque des grandes grèves des personnels hospitaliers, quand beaucoup de centaines de "mandarins" ont démissionné de leurs fonctions administratives pour protester contre la démolition de l'hôpital public par la tyrannie managériale que font peser sur son avenir tous les services "Comptabilité-Gestion" et "Finance". Je n'excepte pas de ma vindicte la loi scélérate, dite HPST, des mortifères Sarkozy et Bachelot.


6'04"

« Quand notre activité baisse, on nous supprime des moyens. On nous supprime ce qui "coûte" à l'hôpital ».


5'34"

ÇA, C'ÉTAIT BIEN AVANT LE COVID-19 (janvier 2020).

« Je me suis rendu compte que dans les réunions hebdomadaires où on parle avec tout le personnel de ces patients, je devenais une espèce de robot. Dire "quand est-ce qu'il sort, quand est-ce qu'il sort, quand est-ce qu'il sort ?" Parce que dans ma tête je me disais : "ça fait quinze jours qu'il est là, qu'il occupe la chambre, je vais pas pouvoir faire du séjour." Et c'est les jeunes, les infirmières qui me regardent. Et maintenant je sais que quand on commence à me regarder comme ça, c'est que je suis plus éthique. Je me ressaisis et d'ailleurs je leur dis : "N'oubliez jamais pourquoi les patients sont là" ! ».

Citation textuelle. On est dans la vérité brutale. La vérité de la réalité des gens quand ils ne vont pas bien.

***

J'aurais aimé maintenant faire écho à ce qu'elle dit aujourd'hui sur une vidéo "facebook" du réseau "cerveaux non disponibles", dont on n'est pas obligé d'apprécier et de visionner toutes les publications. Celle-ci est percutante, mais laisse augurer un avenir bien sombre. La vidéo est très justement intitulée "Le retour des démolisseurs". Mais j'avoue que je ne sais pas comment faire l'opération. Et je n'ai rien trouvé sur youtube (hormis les deux vidéos ci-dessus).
https://www.facebook.com/cerveauxnondisponibles/videos/560047947822289/

https://www.facebook.com/cerveauxnondisponibles/videos/560047947822289/

On peut toujours copier ce lien sur un moteur de recherche.

Il faut se contenter d'une page de France Info (interview par Aurélie Kieffer, pour l'écouter faire défiler l'article).

Je crois que c'est sur le site "Ouest France" que j'ai piqué cette citation :

"Agnès Hartmann, une [sic] autre médecin de la Pitié-Salpêtrière :  « C’était presque inquiétant qu’on nous donne autant de moyens. Depuis une semaine, c’est la douche froide. On voit réapparaître de vieux réflexes de la direction gestionnaire. »" 

C'est ça qu'il disait, Houellebecq : « La même chose, en un peu pire ».

***

Moi je n'ose pas imaginer comment se manifesteront la colère et le désespoir des personnels de santé travaillant dans l'hôpital public s'il arrive, après cette crise hors du commun, que les pouvoirs publics, imperturbables, persistent à imposer à l'exercice proprement médical de la profession le carcan administratif, comptable et financier d'une gestion inspirée du management à l'américaine, c'est-à-dire, sous prétexte d'efficacité, de la rentabilité et de la privatisation à tout prix. 

samedi, 02 mai 2020

« JE VOUS L'AVAIS BIEN DIT, SKRONYONYO ! »

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La revue "Le Un" du mercredi 29 avril dernier : « Et maintenant on change quoi ? ». Mais on ne change rien, mon bon monsieur ! Qu'allez-vous imaginer ?

***

Mais non, voyons, malgré le titre que j'ai trouvé, je n'ai nullement l'intention de faire la leçon à qui que ce soit. Je me permets juste de constater. Et de m'effrayer. Ce qui me terrasse dans cette crise dite « du coronavirus », c’est qu’on savait. On savait tout. On savait tout depuis très longtemps. On ne savait pas quand, on ne savait pas par où ça arriverait, mais on savait que ça arriverait. Depuis combien de décennies les lanceurs d’alerte font-ils retentir le tocsin ? Je suis sûr que des "collapsologues" comme Yves Cochet et Pablo Servigne jubileraient d'avoir eu raison si vite si l'actuel coup de Trafalgar mondial ne les laissait pas hébétés comme je l'ai été.

Où l'on constate que l'ennemi public n°1 de notre civilisation a trouvé sans hésiter le défaut de la cuirasse : plus elle ressemble au Colosse de Rhodes, plus le marbre de ses pieds se transforme en sable. On avait tout prévu, TOUT, sauf ... Depuis, tous les Grands Manitous de la planète se demandent comment on doit apprendre à se préparer pour prévoir l'imprévisible. Prévoir l'imprévisible ? Ah les sinistres comiques !!! Les guignols ! Le phénomène "gilets jaunes" était un sacré coup de semonce, monsieur Macron ! Descendez de votre perchoir, monsieur Macron ! Ouvrez les oreilles, monsieur Macron ! Prenez des décisions justes, monsieur Macron !

Ce dont je suis sûr, c’est que depuis l’ouverture du présent blog le 25 mars 2011, les billets publiés ici par votre serviteur n’ont pas cessé de pleuvoir concernant l’écologie, la protection de la biodiversité ou de l’environnement ; mais aussi la dénonciation de la logique ultralibérale, de la colonisation de toute la sphère économique par des malades et des aveugles lancés dans une course effrénée vers l’abîme, de l’empoisonnement des sols, de l’air, de l’eau et des hommes par une industrie chimique démesurée, de l’industrialisation à outrance des moyens de nourrir l’humanité, etc., etc., etc…

Ce qui me terrifie, c’est aussi qu’en un clin d’œil (disons du jour au lendemain) tous les pays industrialisés et l’ensemble de leurs populations ont pu abandonner leur criminelle insouciance pour renoncer brutalement et sans hésiter à tout ce qui n’était pas rigoureusement indispensable à la préservation de la vie. Brutalement convertis au survivalisme le plus caricatural (des stocks d'huile, de sucre et de PQ, mais la télé et les réseaux sociaux pour se "tenir au courant" : on sait jamais). On fait le dos rond en attendant que les choses se calment, mais il ne faudrait pas que ça tarde trop, les "jours meilleurs".

Alors je suis parti à la pêche dans les sables mouvants où se sont engloutis aussitôt écrits tous les billets que j'ai pondus sur le sujet depuis le début. Je n'ai pas eu à chercher bien profond. Je n'ai eu aucun mal à réunir quelques paragraphes où tentait de se dire une vérité explosive qui, depuis, nous a pété à la gueule : la façon dont l'humanité vit aujourd'hui nous entraîne collectivement vers la mort. Je n'ai pas voulu surcharger la barque. Et je n'ai pas sélectionné les plus significatifs.

Nous venons d'entendre de nombreux appels pressants à fonder un système économique mondial qui soit viable pour tous, moins inégalitaire et plus respectueux de l'environnement. Il était temps. Je rappellerai seulement qu'au cours de la crise financière de 2007-2009, nous avions déjà entendu vociférer tous les vertueux de la dernière heure convertis à la sagesse économique (Sarkozy ?) appelant à la régulation de la finance folle, et qu'on a hélas vu ce qu'il en est resté quand la fièvre est retombée. 

Je propose ici une petite piqûre de rappel, oh, presque rien, juste de quoi se souvenir que nous n'ignorons rien de l'enfer qui nous pend au nez et que nous fabriquons consciencieusement, jour après jour, de toutes pièces. Rassurez-vous, c'est à peine quelques pets de lapin sur une pente verglacée : c'est sans douleur. Autrement dit : c'est à pleurer.

***

16 novembre 2017

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Célèbre "une" du journal Le Monde du 14 novembre 2017. Célèbre et déjà aux oubliettes.

7 février 2018.

Le monde va-t-il bien ? Le monde va-t-il mal ? Le débat fait rage (un de plus, dira-t-on, voir au 2 février). Les uns ne voient, selon les autres, que le côté heureux des choses, sont heureux du monde dans lequel ils vivent et disent pis que pendre de Michel Houellebecq. Les autres souffrent, selon les uns, d’une sinistrose chronique aiguë, trouvent inquiétant tout ce qui arrive et sont allergiques à Michel Serres, le « ravi de la crèche » qui s’émerveille du génie et de l’inventivité de l’espèce humaine. [Au vu des circonstances, qui a raison, à votre avis ?]

23 mars 2018

Ils [les écologistes] rassemblent donc informations et documents, mais c'est pour en faire quoi ? Ils ne savent pas toujours bien. On trouve une documentations copieuse, mais éparse en provenance des forêts qui disparaissent ; des glaces du grand nord qui fondent plus vite que leur ombre, menaçant de submersion tout ce qui vit à proximité du littoral ; des eaux de surface des océans qui s’acidifient et se peuplent de continents de plastique ; de l’air que nous respirons dans les villes, qui améliore sans cesse le rendement de la mortalité humaine prématurée ; des camps d'extermination des insectes ouverts en plein air par les tenants de l'agriculture industrielle et productiviste ... j’arrête l’énumération. 

24 mars 2018

A part ça, aucun voyageur du train fou qui nous emporte ne pourra dire que le signal d’alarme était en panne : les sentinelles font leur boulot et ne cessent d’actionner la sirène. Ce qui inquiète, c’est plutôt qu’il n’y a pire sourd que celui qui refuse d’entendre, et que le signal d’alarme donne massivement l’impression de pisser dans un violon des Danaïdes, ce qui est, on l'admettra, peu convenable. 

25 mars 2018

Quel avenir ce tableau sommaire des préoccupations écologiques laisse-t-il entrevoir pour la planète ? J’ai envie de dire que, s’il y a une indéniable prise de conscience au sein de la communauté scientifique et parmi un certain nombre de voix en mesure de résonner dans les médias (je n'ai pas dit : en mesure de faire bouger les choses), le rapport des forces en présence et la lenteur pesante de l'évolution des consciences (ne parlons pas des intérêts en jeu, qui font résolument barrage) laissent mal augurer de nos lendemains.  

4 septembre 2018 (en rapport avec la "une" du Monde reproduite ci-dessus).

Les cris d'alarme se suivent et se ressemblent. Parions qu’ils figureront un jour en bonne place dans la série "Ronds dans l'eau". Les appels ont une efficacité – on le constate tous les jours – de plus en plus nulle. Non, je le reconnais, je ne suis pas optimiste. Le pire, c'est que je crois que j'ai raison.

Il n'y a rien de plus urgent que de changer tout le système, mais rien ne sera fait : les USA quitteront les accords de Paris, Nicolas Hulot prendra acte de sa complète impuissance à influer sur le cours des choses et quittera spectaculairement le gouvernement d'Emmanuel Macron.

Il n'y a en effet rien de plus urgent. Je dirai même que c'est la seule et unique urgence qui devrait mobiliser toutes les énergies (renouvelables). C'est peut-être infiniment vrai, mais les chars d'assaut de la politique (lieu des rivalités de pouvoir) et de l'économie (lieu privilégié de l'exercice de la rapacité) – les vrais pouvoirs – ne s'en laisseront pas conter : « Les affaires sont les affaires ».

Sans compter que les populations qui bénéficient d'un mode de vie confortable (moi compris) refusent toute perspective de régression matérielle. Et que les populations qui n'en bénéficient pas encore ont la volonté farouche d'y parvenir à leur tour.»

***

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"Notre humanité délire." Tu l'as dit, bouffi ! Extrait de la une du "Un" ci-dessus.

***

La crise du coronavirus me met en rage : on sait tout, on a maintenant la preuve que nos façons de procéder avec le monde qui nous entoure sont guidées par la folie, et on ne fera rien, sinon serrer encore la vis à ceux qui ont le moins de pouvoir.

Je dois avouer que je n'ai moi-même pas très envie de changer de mode de vie. Les gens, à la Croix-Rousse, se sont déjà remis à se répandre dans les rues comme aux plus beaux jours de l'insouciance. La population dans son ensemble ne voit pas comment on pourrait faire autrement qu'avant. Qui accepterait plus qu'hier de se voir imposer des limites à ses désirs ? Et toutes les forces existantes n'attendent que le moment de reprendre leur existence comme avant. Le monde entier attend de pouvoir retrouver une

VIE NORMALE.

***

Au fond, je vais vous dire :

le présent blog ne sert strictement à rien.

Dit autrement : on ne convainc que les convaincus.

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« Plus de fric pour le service public ». Il y en a qui ne doutent de rien.

Les individus qui ne sont pas d'accord sont rigoureusement impuissants face au système dont ils ont perçu l'aberration fondatrice. 

La crise actuelle me renvoie à mon quasi-néant.

dimanche, 19 avril 2020

CORONAVIRUS, CHINE, OMS

Parmi les pays qui ont élevé très tôt une barrière contre le coronavirus, empêchant ainsi la mort de trop se répandre dans leur population, on cite constamment, en dehors des Japon, Hong Kong et autres Singapour, la façon dont la Corée du Sud a réagi au tout début de la pandémie. On y voit un modèle. A noter que les Etats ici nommés sont tous des voisins de la Chine, et qu'ils ont tous limité les dégâts. Peut-être parce qu'ils savent à quel redoutable partenaire ils ont à faire.

Pourtant il y a un autre voisin immédiat de la Chine qu'on ne nomme jamais, qui connaît pourtant mieux que personne cette Chine communiste et continentale, et qui a fait mieux que tout le monde en matière de protection des personnes : c'est la Chine de Taïwan (République de Chine). On ne compte en effet dans ce pays que six morts du Covid-19 sur cette île chinoise. Alors pourquoi ne parle-t-on pas davantage de Taïwan ? Est-ce parce que les pontes de l'OMS l'accablent de critiques, relayant le dénigrement par les autorités communistes (voir l'article de Frédéric Schaeffer dans Les Echos du 15 avril) ? 

La Chine communiste ? Emmanuel Macron (vous savez, le blanc-bec qui se prend pour Henri IV, alors qu'il est dépourvu de panache autre que purement verbal : j'aimerais bien le voir charger à la tête de ses troupes l'armée du Général Virus) nous dit qu’il faut se méfier de toutes les informations qui viennent de Chine : « On ne sait pas tout », assène-t-il. C’est vrai que des questions sérieuses se posent.

D’abord le nombre des morts en Chine communiste : 4.600 décès dus au Covid-19 dans un pays d'un milliard et demi d'habitants, c'est une goutte d'eau, ou si peu que rien. Faut-il compter, comme certains le font, les urnes funéraires que la population de Wu Han a été invitée à retirer auprès des autorités compétentes à l'occasion de la fête des morts (j'ai entendu deux chiffres : 45.000 et 90.000, dix et vingt fois plus que le chiffre "officiel" vendu au monde par la Chine communiste) ? Mystère.

Ensuite, le rôle et l’influence de la Chine au sein de l’OMS. M. Thedros Adhanom Ghebreyesus, son Directeur Général, a-t-il été acheté par la Chine pour répercuter docilement dans le monde les avis lénifiants et autres euphémismes des autorités chinoises concernant l’apparition du SARS-Cov-2 dans la ville de Wu-Han ? A-t-il sciemment tu à l'origine l'extrême danger du nouveau virus ?  L’OMS dans son ensemble est-elle noyautée par des agents chinois ? A-t-elle sciemment minimisé la menace ?

Questions graves et sans doute pertinentes, vu les circonstances dramatiques et l’extraordinaire contagiosité du virus. Il semblerait d’ailleurs que le virus se caractérise davantage par sa contagiosité (diffusion) que par sa virulence (gravité des cas et mortalité). Les gens les plus savants du monde n’en savent pas beaucoup plus, apparemment, en l'état actuel des choses.

Ce que je retiens de la façon dont l’information sur le coronavirus a circulé depuis bientôt quatre mois, c’est seulement quelques éléments qui semblent bien établis.  On sait qu'en Corée du Sud, on déplore 232 morts du Covid-19 au 16 avril, contre 154 au Japon (site "Eficiens"). En comparant avec les dizaines de milliers de décès intervenus dans les pays européens, on peut dire que c'est un "beau" résultat.

Et puis j’observe la situation en République de Chine : c’est donc Taïwan, capitale Taï-Peh. A l’heure actuelle, à ce que je sache, il y a dans cette île peuplée d'environ 23 (24 ?) millions d’habitants, six personnes mortes du Covid-19. SIX MORTS en tout et pour tout. De quoi s’interroger, non ? A quelques encablures du pays où le virus a commencé à sévir, comment a-t-on fait pour dresser un tel barrage ?

La première information sérieuse que je retiens, c’est que les autorités de Taïwan, face à leur gigantesque voisin et ogre potentiel, sont depuis très longtemps aux aguets, sur leurs gardes et à l’affût du plus petit indice capable de représenter la plus petite menace. Et ce qu’ils guettent fiévreusement à toute heure du jour et de la nuit (j’imagine qu’ils ont des espions sur le continent), ce sont les « SIGNAUX FAIBLES », tant on connaît l'art de la formule alambiquée dont les Chinois communistes enrobent savamment les rares "informations" qu'ils laissent filtrer à l'intention de l'étranger.

Je reconnais que pour repérer des « signaux faibles » dans le Niagara permanent des informations, il faut être un peu au courant des mœurs, des us et des coutumes de ceux que l’on observe. Il faut un peu savoir ce qu'on cherche. S’agissant de la Chine communiste, parmi les voisins immédiats, les Taïwanais sont particulièrement bien placés.

Il se trouve que – c’était le 30 ou le 31 décembre 2019 – les autorités de Taïwan ont capté (reçu, espionné, hacké ou ce qu’on veut) un message d’un hôpital de Wu-Han signalant dans la ville plusieurs cas d’une « pneumonie atypique ». Pourquoi cette expression apparemment neutre a-t-elle aussitôt fait hurler plein pot les sirènes d’alarme à Taïwan ? Tout simplement parce que Taïwan n’a pas oublié que c’est exactement par la même expression que les Chinois ont annoncé les premiers cas de la redoutable épidémie de SRAS (en 2003 ou 2008, je ne sais plus).

« PNEUMONIE ATYPIQUE » ? Aussitôt l’expression identifiée et enregistrée, tout ce qui existe à Taïwan de forces de l’ordre (sanitaires, policières, militaires, administratives, etc.) s’est vu enrôlé dans une sorte de Mobilisation Générale. Les premières mesures draconiennes de contrôle de la population (je ne regarde pas l’aspect démocratique de la question) ont été prises le 31 décembre 2019. Ce qui a sauvé Taïwan, c'est donc l'acuité extrême de sa vigilance.

Résultat ? SIX MORTS. Qui dit mieux ? Il est probable que les infrastructures de santé de la République de Chine sont plus efficientes à l’usage que celles de la République Française. Je reste cependant ébloui, pour ne pas dire aveuglé, par la lumière de la leçon qu’a donnée au monde entier le comportement de tout un pays qui vit en permanence sur ses gardes, s’agissant du géant qui menace à tout moment de l’écraser, de le bouffer et de le faire disparaître. Certes, la France a moins à craindre directement de la Chine communiste que Taïwan. Il n'empêche.

Le contre-espionnage français, on nous l’a assez seriné, s’est mis à l’affût des SIGNAUX FAIBLES qui touchent la radicalisation islamique et les risques terroristes. Je souhaite bien du plaisir à tous les « Services » qui vont devoir ajouter à leur panoplie l’observation des « signaux faibles » émis par toutes les futures menaces, quelles qu’elles soient et d’où qu’elles viennent, y compris celles dont on n'a encore aucune idée. 

Peut-être qu'en lisant beaucoup de Science-Fiction ............. ?

jeudi, 16 avril 2020

TERRORISME ET CORONAVIRUS

Imparable, le coronavirus. Vous vous rappelez sûrement le 13 novembre 2015 et les temps qui ont suivi. Après le Bataclan, les gens s’asseyaient fièrement en foule aux terrasses des cafés pour narguer les massacreurs fanatiques auxquels ils criaient : « Vous ne nous ferez pas changer de mode de vie ! ».

Les Américains, par la bouche de George W. Bush, avaient proclamé les mêmes grandes intentions au lendemain de l’attentat contre les Twin Towers par la bande à Ben Laden. On avait fini par se dire que nous étions plus forts que toutes les menaces.

Et puis patatras, voilà que ce que des terroristes avaient échoué à provoquer, un simple virus microscopique le réalise avec une efficacité terrifiante. Tout le monde obéit : « Restez chez vous ! Stay home ! ». Car on me dira ce qu’on voudra : les Français, pour l’essentiel, ont grosso modo accepté de se soumettre aux consignes édictées dans l’urgence sanitaire. Tous aux abris !

A bien y réfléchir, cette docilité paraît bien extraordinaire quand on se souvient de la révolte durable des gilets jaunes et des contestations vigoureuses de la réforme des retraites. Elle semble bien loin, l’époque où M. Emmanuel Macron traitait en bloc les Français de « Gaulois réfractaires à toute réforme ». Quelle belle discipline, dans l’ensemble !

Et vous savez l’idée complètement tordue que cette constatation m’inspire ? Je me dis que l’éventuel jour futur où une éventuelle (vraie) guerre serait déclarée, les Français se soumettraient d’assez bonne grâce aux brutales mesures militaires que le pouvoir politique serait obligé d’adopter.  Le Covid-19 comme séance d’entraînement grandeur nature à la Mobilisation Générale pour de futures hostilités de grande ampleur ? Quel beau champ de manœuvres ! Quel excellent parcours du combattant ! C'est tout de même le président Macron, chef des armées, qui a fait cette déclaration solennelle : « Nous sommes en guerre ! ».

Vous vous dites : pure et folle élucubration ? Vous vous dites, comme le maire de Champignac : « Témoignage éthylique et nébuleux dont je ne tiens pas compte » ? Je veux bien. 

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Mais demandez-vous si les circonstances n'offrent pas aux forces de l’ordre une occasion unique de tester les meilleures recettes de contrôle de la population. Si les stratèges des forces militaires n'observent pas avec une grande attention la façon dont les différents acteurs du confinement (télévisions, radios et réseaux sociaux compris) organisent le mode de vie de la population. Si tous les pouvoirs ne décortiquent pas soigneusement le déroulement concret des opérations. 

Alors, complètement tordue, mon idée ?

mardi, 14 avril 2020

MÉSAVENTURE D'UNE PUBLICITÉ

EMMANUEL MACRON L'A DIT :

« SACHONS DANS CE MOMENT SORTIR DES SENTIERS BATTUS, DES IDÉOLOGIES ET NOUS RÉINVENTER. MOI LE PREMIER ».

"MOI LE PREMIER."

« Tu l'as dit, bouffi ! »

(Arsène Lupin, quand il s'adresse à l'inspecteur Ganimard).

Attention, monsieur Macron. C'est tombé dans les oreilles d'au moins trente-cinq millions de "soutiers" qui font avancer le navire "France" au quotidien. Attention, monsieur Macron, les soutiers du navire "France" ne sont pas sourds. Ils vous ont écouté. Ils vous ont entendu. Ils s'en souviendront. J'espère que vous savez ce que les mots veulent dire ! En cas de manquement à la parole, les soutiers de la République n'oublieront pas, et ils se chargeront de vous coronavirer à grands coups de pied virtuels dans les burnes électorales.

Dernière chance, monsieur Macron ! 

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En attendant le « retour des jours heureux » (le président dixit), voici un petit moment de déconfinement virtuel.

Voici la photo d'une publicité pour Bouygues qui occupait une page entière du journal Le Monde daté vendredi 10 avril 2020.

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On se dit que la fille sur la photo a effectivement un besoin urgent de l'aide de ses copines, vu la gueule qu'elle a, qu'on se demande le genre de saloperie qu'elle a prise, peut-être en pratiquant l'embrassade à l'aveugle au cours d'une partie de colin-maillard, au mépris de tous les gestes barrières et des règles de la distanciation sociale en pleine épidémie de morbus gravis ou de tabès dorsalis. En tout cas, elle a mis la frimousse où il ne fallait pas.

On regarde ça (page de droite oblige, c'est là que sont les pubs), et puis on regarde la page de gauche, où l'on trouve en général les articles, parce que c'est la page qu'on regarde en dernier (ne me demandez pas pourquoi). Et voici ce qu'on y voit, sur la page de gauche, exactement en face. L'encre n'était pas sèche. C'est ballot, hein !

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On comprend tout de suite où la fille de la publicité a chopé ces vilaines taches rouges sur la figure.

Ce n'est certes pas moi qui reprocherai au Monde de saboter une publicité pour Bouygues.

samedi, 11 avril 2020

QUI EST UN HÉROS ?

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Cette publicité occupe la dernière page d'un supplément du journal Le Monde daté 10 avril 2020. Il s'intitule "Journal de crise des blouses blanches" et est bourré de témoignages jour par jour des multiples soignants qui interviennent contre le Covid-19. L'annonceur est une banque "mutualiste", mais quand même soutenue par la Société Générale. Je sais déjà ce que Le Monde me répondrait : « Il faut bien vivre, mon pauvre monsieur ».

Non, le Covid-19 (alias coronavirus, alias SARS-Cov-2) n'a pas besoin de héros pour cesser de nuire et de tuer. Et je ne crois pas que les personnels de santé qui font tout ce qu'ils peuvent pour empêcher les gens de mourir attendent qu'on les considère comme des héros.

Les poilus de 1914 non plus n'étaient pas des héros : en allant au casse-pipe, ils obéissaient aux ordres, ils faisaient le boulot qu'on leur ordonnait de faire. Romain Gary, qui a fait la dernière guerre dans l'aviation de chasse, a toujours refusé d'être considéré comme un héros, mais comme un pilote de chasse qui faisait son boulot. Joseph Kessel disait à peu près la même chose.

Et qui se souvient de JEAN MARIDOR ? Si son nom est resté gravé dans ma mémoire, c'est seulement parce qu'à l'époque où j'ai découvert son action dans le ciel de Londres quand les nazis, en 1944, tentaient d'écraser la ville sous une pluie de V1, je devais avoir douze ou treize ans, c'est-à-dire l'âge où un garçon a besoin de héros pour modèles. Je n'ai jamais oublié les quelques syllabes sonores de ce nom facile à prononcer. Quelque soixante ans après, il me tient toujours compagnie. 

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Photo encyclopédie en ligne.

Jean Maridor faisait son boulot de pilote de chasse, et il le faisait plutôt bien : lancé à la poursuite d'un V1 dès qu'il le repérait, il glissait le bout de l'aile de son Spitfire sous un aileron de la bombe volante, et d'un brusque mouvement du manche à balai la faisait basculer pour qu'elle explose quelque part dans la mer ou dans la campagne. Un jour, la bombe, mitraillée de trop près, lui a explosé au nez : ça ne pardonne pas. Il avait vingt-quatre ans. Aurait-il eu envie qu'on le qualifie de héros s'il avait vécu ?

Non, les soignants n'attendent pas qu'on les qualifie de héros : ils font le boulot pour lequel ils ont été formés et pour lequel ils sont (très souvent mal) payés. Les professions de santé attendent juste que la société leur donne les moyens d'exercer leur métier dans des conditions satisfaisantes. L'aura particulièrement lumineuse dont les circonstances entourent ces professions en ce moment devrait nous faire comprendre qu'elles font avec quelques autres partie des soubassements intouchables (il faudrait dire "sacrés") qui permettent à tout le corps social de continuer à tenir debout.

Le scandale dans la situation actuelle tient à ce que, depuis au moins un an (et plus), on voit les blouses blanches manifester dans les rues, on les entend appeler à l'aide et lancer des cris de détresse, précisément pour que les moyens soient enfin portés à la hauteur des besoins. Si on ne les entend plus ces jours-ci, il faut les excuser : ils sont un peu occupés. Il faut vraiment être sourd ou "non-comprenant" pour n'avoir pas compris ça en haut lieu.

Le soir à vingt heures, je n'applaudis pas des héros : j'applaudis des gens qui font leur boulot comme ils ont conscience qu'ils doivent le faire en tout temps.

 

Macron, fais quelque chose !

Et pas pour aujourd'hui ou demain :

POUR TOUJOURS !

lundi, 06 avril 2020

DES MOYENS POUR L'HÔPITAL PUBLIC

ADRESSE AU PRÉSIDENT MACRON ET A SES SEMBLABLES.

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Photo parue dans Le Monde, 5-6 avril 2020.

Pas moins de huit personnes pour entourer le brancard perfectionné. Voilà ce que ça veut dire, Monsieur Macron, "investissement pour l'hôpital public".

Oui, monsieur Macron, voilà pourquoi je suis en colère. Très en colère. Pour dire vrai, je bous de rage.

Car voilà, monsieur Macron, les moyens qu'il faut à l'hôpital public pour que la France puisse faire face aux imprévus sanitaires : des moyens financiers et du personnel hospitalier en nombre. Seulement, pouvez-vous comprendre que l'hôpital est tout sauf une entreprise ? Que la raison d'être de l'hôpital public n'est pas d'être rentable ? Que l'hôpital public se définit comme un Bien Commun inaliénable ?

C'est vous, monsieur Macron, qui avez parlé d'un « plan massif d'investissement pour l'hôpital public ». 

Vous l'avez dit, mais tiendrez-vous parole ? J'espère que l'article de Laurent Mauduit sur Mediapart (1er avril 2020) servira de "geste-barrière". Le contraire serait trop terrible. J'espère que vous renoncerez à n'être que l'ultralibéral qui cause, qui cause, c'est tout ce qu'il sait faire.

***

Il faut absolument lire, dans le même numéro du Monde l'article intitulé "Carnet national", signé par « Pascale Robert-Diard, avec l'ensemble de la rédaction du "Monde", du monde.fr et de nos correspondants régionaux ». On a du mal à s'en remettre. L'auteur a compilé les avis de décès publiés dans la presse régionale. On y apprend, entre autres, que dans L'Alsace (journal du Haut-Rhin), les avis de décès parus du 18 au 28 mars 2019 étaient au nombre de 241. Sur la même période, mais en 2020, on en compte 620.

***

Réveillez-vous, monsieur Macron ! Prenez conscience, monsieur Macron ! Il est encore temps, monsieur Macron !

vendredi, 20 mars 2020

LES JOIES DU CONFINEMENT

A l'article « Confinement ».

LITTRÉ : « s.m. 1. Action de confiner, de reléguer. 2. Terme de droit criminel. La peine de l'isolement dans les prisons. H. XVI° s. Par dégradation d'honneur, confiscation d'estat, de biens, et confinement que l'on appelle mort civile, Carl. II, 6. C'est une gehenne et lieu de tourments ou un confinement où les âmes sont reléguées, Amyot, De la tranq. d'âme, 39. Fut conamné à mort, qui luy fut neantmoins eschangée par la douceur de l'empereur en un confinement de religion et monastère, Pasquier, Recherches, liv. II, p. 41, dans Lacurne.»

***

"GRAND" ROBERT (2001) : n.m. – 1579, « emprisonnement » ; « terrain confiné », 1481 ; de confiner.

◊ 1 Littér. ou style soutenu. Action de confiner (3,), Le confinement des prisonniers dans leur cellule. → isolement. – Méd. Interdiction (à un malade) de quitter la chambre. → Quarantaine (2,). Le confinement (d'un malade) à la chambre. – (Sans compl.) Un long confinement.

◊ 2 Techn. Restriction, moyen par lequel on réalise une restriction de l'espace accessible à un ensemble de particules. Confinement des produits de décomposition d'une substance explosive. – Phys. Le confinement des matières radioactives dans un réacteur, des particules chargées d'un plasma

Note : Par pure commodité, je ne reproduis pas avec toute l'exactitude souhaitable le code graphique quasi-maniaque adopté dans le grand dictionnaire d'Alain Rey. 

***

PETIT LAROUSSE ILLUSTRÉ (2002, que le PLI 2020 reproduit scrupuleusement : la réalité ne change pas si vite que ça, en réalité) : n.m. 1. Action de confiner ; fait de se confiner, d'être confiné. – Situation d'une population animale resserrée en grand nombre dans un espace étroit. 2. NUCL. Ensemble des précautions prises pour empêcher la dissémination des produits radioactifs, dans l'environnement d'une installation nucléaire. ◊ Enceinte de confinement : bâtiment étanche entourant un réacteur nucléaire.

***

Je retiens évidemment la définition de Littré : « Terme de droit criminel », qui a quelque chose à voir avec la prison et la situation actuelle. Je retiens aussi « population animale resserrée en grand nombre dans un espace étroit ». Je retiens enfin « empêcher la dissémination ».

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Pour lutter contre le coronavirus, les autorités devraient peut-être s'inspirer de la consigne diffusée autour de 1832, quand le choléra sévissait en Provence, par des gens facétieux. On trouve ce texte réjouissant (attendez la chute) dans un numéro du Journal des Voyages paru dans les années 1880, texte agrémenté d'un très joli dessin.

«  Un homme qui veut être à l’abri de la contagion doit être costumé d’après la description qui suit :

D’abord, le buste entièrement enveloppé de gomme élastique, par-dessus laquelle on appliquera un grand emplâtre de poix ; le tout est recouvert d’une bande de flanelle de six aunes de longueur. Sur le creux de l’estomac on placera une plaque en cuivre. La poitrine sera préservée par un sac rempli de sable chaud. Autour, une double bande remplie de grains de poivre et de genièvre. Les oreilles seront bien bouchées avec deux morceaux de coton imprégnés de camphre. Au nez il suspendra un grand flacon rempli de vinaigre des quatre voleurs, et, devant la bouche, on ajustera une branche d’acorus. Par-dessus la bande qui enveloppe le corps, il portera une chemise passée au chlore de chaux. Des pantalons en flanelle, des bas de fil trempés dans le vinaigre, recouverts de bas de laine frottés de camphre, puis des semelles creuses en cuivre, constamment remplies d’eau chaude, par-dessus lesquelles il mettra des gros souliers.

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Derrière les mollets, il est nécessaire de suspendre deux cruchons pleins d’eau. Puis, une grande redingote, un tissu de laine, et finalement, pour recouvrir tout le costume, un ample manteau en toile cirée et le chapeau pareil. Dans la poche droite de la redingote, il portera une livre de thé de mélisse et une demi-livre de racine de gentiane. Dans la poche gauche, une livre de racine de coriandre, et une demi-livre de feuilles de souche. Dans la poche de la veste, un flacon d’essence de camomille, et dans le gousset un flacon d’éther camphrée. Dans le fond du chapeau, une terrine de soupe ; dans la main droite un buisson de genévrier, et, dans la gauche, un arbre d’accacia [sic]. Il sera attelé à une charrette qu’il traînera avec lui, dans laquelle se trouveront quinze aunes de flanelle, l’appareil nécessaire pour prendre un bain de vapeur, dix brosses à friction, deux pelisses et une chaise percée. La figure sera couverte d’un masque en pâte, et dans la bouche il aura un quartier d’acorus ; ainsi pourvu et costumé, on est certain que le choléra — vous atteindra le premier. »

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Oui, le soir à 20 heures, moi aussi j'ouvre ma fenêtre et j'applaudis les blouses blanches, même si la rue est absolument déserte.

mardi, 03 mars 2020

DES NOUVELLES DE FRANCE

1 – Lors de la soirée des Césars, si Adèle Haenel, Céline Sciamma, Virginie Despentes, Florence Foresti, Vanessa Springora et quelques autres djihadistes du féminisme avaient eu une guillotine, on aurait vu quelques têtes de messieurs rouler dans la sciure. Fini la justice : l'heure qui voit triompher la « sororité » est à la vengeance. A mort les salauds de mecs ! VENGEANCE ! 

2 – Pendant que les médias dégorgent à force d'être bourrés de la catastrophe coronavirale et nous serinent leurs conseils de méfiance, l'épidémie normale de la grippe normale continue à éclaircir en silence les rangs silencieux des personnes normalement vulnérables. Et pendant que le vacarme coronaviral occupe l'attention des Français, le gouvernement d'Edouard Philippe et Emmanuel Macron fait passer la réforme des retraites à grands coups d'article 49 alinéa 3 de la Constitution.

Il faut dire que les olibrius de l'opposition fanatisée sous la houlette de l'Olibrius en chef Jean-Luc Mélenchon ont tout fait pour discréditer la notion même de débat parlementaire, en déposant, entre 40.000 autres reformulations sans doute aussi subtiles, un amendement remplaçant dans le texte "annuel" par "chaque année".

Mais les olibrius de l'opposition ont tout à fait raison de répliquer que les bonimenteurs du gouvernement n'avaient qu'à pas commencer par les provoquer en demandant que soit examinée en "procédure accélérée" (pas de navette, mais un aller-retour entre les deux Chambres) une loi horriblement complexe à mettre en application, et qui concernera TOUS les individus français. Une loi au surplus que les bonimenteurs ont méticuleusement fait semblant de préparer en "concertation", mais qui, selon les avis les plus avisés (Dominique Rousseau, constitutionnaliste), souffre d'une IMPRÉPARATION congénitale.

Elle est pas belle, la France éternelle, dans le miroir des médias ?

lundi, 03 février 2020

LEÇON DE POLITIQUE

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Cours Magistral de Politique Intérieure Française par Monsieur le Professeur Georges Wolinski, publiée dans l'hebdomadaire Charlie Hebdo, le 30 septembre 1976 : le Président Giscard d'Estaing explique à Monsieur Raymond Barre la raison pour laquelle ses décisions suscitent une levée de tous les boucliers.

La question qui me vient à l'esprit est la suivante : « Emmanuel Macron aurait-il malgré tout raison, puisqu'on voit justement se lever tous les boucliers ? ». Autrement dit : « Quand on gouverne, faut-il attendre que tous les boucliers se soulèvent pour savoir qu'on est dans le vrai ? ». La réponse, dans les années 1950-1960, aurait été : « Certes, il y a des classes sociales, mais au-dessus, il y a le sentiment d'appartenance au peuple français ». Ce qui produit le plus souvent des conclusions qui satisfont tout le monde à moitié.

Aujourd'hui, il n'en est rien : le peuple français s'est scindé en une multitude d'îlots qui forment un archipel (Jérôme Fourquet, L'Archipel français) : le Président de la République élu en 2017 essaie de nous faire croire qu'il est autre chose qu'un directeur d'hypermarché soucieux de satisfaire jusqu'aux plus infimes compartiments de sa clientèle.

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Toujours Wolinski, dans Charlie Hebdo du 17 juin 1976.

Emmanuel Macron en revient aux rodomontades politiques, étant entendu que vouloir faire de la politique aujourd'hui revient à se livrer à de simples rodomontades, puisque l'économie a définitivement relégué la politique au rang de simple remorque de son char triomphal.

C'est en tant que P.-D. G. de l'entreprise "France" – et directeur du service comptabilité – que monsieur Macron a entrepris une réforme du système de retraite dont la principale finalité est de faire des économies (sur le dos des futurs retraités).

Mais quelle prescience dans le regard de Wolinski : n'est-ce pas précisément Macron qui a parlé de "start-up nation" ? Et ce n'était pas il y a un demi-siècle, il me semble ! 

mercredi, 01 janvier 2020

2020 : DES RECORDS A BATTRE

UNE BELLE ANNÉE A TOUS, FRAÎCHE ET JOYEUSE !

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Le Monde daté 31 décembre 2019.

Une mention spéciale pour le Dow Jones et le Nasdaq : pendant que le gouvernement s'apprête, imperturbable, à appauvrir la future vieillesse des futurs travailleurs, les actionnaires d'aujourd'hui n'en finissent plus de s'user les mains à force de se les frotter. Ayons confiance, nous a dit Emmanuel Macron :  les fonds de pensions et leurs actionnaires veilleront en 2020 à ce que le petit peuple n'abuse pas de ses innombrables et scandaleux privilèges.

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Admirons au passage le goût raffiné du Monde, qui fait côtoyer sur sa une les performances brillantes des bourses mondiales et celles, tout aussi brillantes quoique situées dans un autre ordre de bêtise et de brutalité, des mâles français.

Je note malgré tout que ceux-ci devront faire mieux s'ils veulent égaler l'exploit des mâles mexicains qui, entre 2005 et 2011, ont mis fin à l'existence de 12.023 femmes (2.000 par an en moyenne, pour une population d'environ 110.000.000 d'habitants : pour le coup, les Français la jouent "petits bras"). C'est Sade qui disait "Français, encore un effort pour devenir républicains".

Quant aux bourses mondiales, je me garde de tout commentaire, mais surtout de tout pessimisme pour leur santé. Parce que la santé, hein ...

Tiens, à propos de santé, je souhaite une excellente année à tous les personnels hospitaliers, en particulier aux urgentistes. Une excellente année à tous les lits d'hôpital qui ne manqueront pas de revenir dans tous les services après en avoir été bannis. Une excellente année aux marins du navire psychiatrique qui passent plus de temps à écoper les innombrables voies d'eau qu'à s'occuper des malades.

MON SEUL ET VRAI VŒU :

EN 2020, SOYONS FORTS ET TENONS-NOUS DROIT !

vendredi, 20 décembre 2019

MACRON ET LES RETRAITÉS :

(Pour le calendrier de l'Avent, mais au palais de l'Elysée : si Macron a sa réforme, ce sera le "Petit Jésus en culotte de velours" pour lui et la grimace pour tout le monde.)

« FEU A VOLONTÉ ! »

Pour la réforme des retraites, quelles sont au juste les intentions de Macron ? Elles sont très claires, et depuis fort longtemps : en finir avec le « modèle social à la française ». On trouve cette confidence dans la bouche de l'intéressé en personne, dans le livre du journaliste indépendant Marc Endeweld, L'Ambigu Monsieur Macron (Points, 2015). Il n'était pas encore Président. Il n'emberlificotait pas encore la Vérité dans les tortillons de ses lubies ultralibérales. Bon, c'est vrai que la Vérité ne risquait pas grand-chose : il n'était pas aux commandes.

Ce qu'il veut ? Son Nord Cardinal ? Son Projet Général ? Diminuer à toute force la « Dépense Publique ». Pour cela, réduire l'envergure des interventions de l'Etat à ses seules fonctions régaliennes (défense, police, justice, ...) et laisser tout le reste aux « forces du marché » (en français : privatiser tout ce qui formait le Bien commun depuis la Libération). Moyennant quoi, tout de même, c'est sous Macron que la dette publique de la France vient de franchir le seuil des 100 % : on ne fait pas toujours ce qu'on aurait voulu.

En pensée, il se situe dans la droite ligne des intentions de Nicolas Sarkozy, qui avait entrepris, entre autres et sans compter son invention des ruineux PPP (Partenariats Public-Privé), la « Réforme de l'Hôpital », dont on voit les brillants résultats dix ans après sa mise en œuvre : six cents médecins viennent de lancer un appel : « L'hôpital se meurt ». Et ce n'est pas Agnès Buzyn (que je crois finalement de bonne foi) qui l'empêchera de mourir : elle ne fait qu'obéir aux ordres et ne pouvoir que ce qu'elle peut dans un jeu politique qui la dépasse.

Pour Macron, 13,8% du P.I.B. pour supporter le poids des retraités, c'est insupportable. Son obsession cardinale s'est fixée sur ce chiffre diabolique. Il s'est fixé pour mission de l'abaisser drastiquement. Moins cher coûteront les retraités, mieux le pays se portera, semble se dire monsieur Macron. Leur paupérisation figure dans son programme.

Pour préparer l'opinion à ce coup de sabre, il a mitonné quelques « éléments de langage ». D'abord présenter le système des retraites à la française comme un maquis inextricable. Pensez : quarante-deux « Régimes Spéciaux », dont chacun est doté d'avantages spécifiques concernant l'âge de départ, la durée de cotisation ou le "taux de remplacement", sans compter les clauses "idiosyncrasiques". 

Soit dit en passant, on reste ébahi d'ahurissement en entendant le chroniqueur Brice Couturier accuser les différentes corporations d'utiliser leur « Pouvoir de Nuisance » pour arracher des avantages particuliers dans les négociations sociales : ce chien de garde consciencieux de ses maîtres fait purement et simplement abstraction des conditions concrètes d'exercice de la profession (amplitudes journalières, pénibilité, vie de famille, etc.).

S'ajoute à cela une belle imposture qui consiste à dénoncer le maquis inextricable des "régimes spéciaux" en passant sous silence le fait qu'ils représentent, en tout et pour tout, 10 % du montant total des pensions de retraite. Dix pour cent !!!!!! Je vais vous dire : le tintouin magistral orchestré autour du "scandale" que représentent les régimes spéciaux m'apparaît ridicule tant il est disproportionné.

Autre « injustice » (deuxième élément de langage) dénoncée par Macron et consort : l'inégalité de traitement, suivant que l'on a travaillé dans le "privé" ou dans la bienheureuse "Fonction Publique", ce repaire bien connu de tous les privilégiés qui vivent en parasite aux frais de la princesse en en foutant le moins possible.

C'est vrai qu'a priori, entre un calcul sur les six derniers mois d'activité et les vingt-cinq meilleures années, on a tendance à se dire que les travailleurs du privé subissent un horrible sort qu'ils n'ont pas mérité. Mais on passe allègrement sur les différences salariales entre les deux secteurs.

Pour vous dire, moi qui fus fonctionnaire mais qui ai travaillé dans le privé au cours de mes études, je touche royalement 30,74 € tous les deux mois de la Sécurité sociale pour les huit trimestres que me valent tous les "petits boulots" accomplis. Bon, c'est ça ou rien, alors ...

Alors la « Retraite par Points » maintenant. La solution miracle ? Oui, on vous dit : tout le monde sera traité de la même manière. Fort bien. Moi je ne peux pas m'empêcher d'entendre l'adjudant qui vocifère : « Je ne veux voir qu'une tête ! ».

D'abord, on nous dit que ce système définitivement juste, il est universel. Moi je dis qu'il y en a qui sont plus universels que d'autres. La preuve ? Les policiers ont déjà obtenu la promesse qu'il ne sera rien changé à leur régime à eux.

Bon, mettons cela sur le compte de leur « Pouvoir de Nuisance » (Brice Couturier). Mais va-t-on toucher au régime des sénateurs, qui ont déjà prévenu que ça ne se passerait pas comme ça ? Et les routiers ? Bon, je ne vais pas énumérer : le "répertoire opérationnel des métiers et des emplois" (R.O.M.E.) comprend plus de 10.000 appellations de métiers et d'emplois (14 familles de métiers, 110 domaines professionnels). Est-il seulement raisonnable de croire qu'il est possible de "ne voir qu'une tête" ?  

Reste la question du « point ». Là, on entre dans le crucial. D'accord, toutes les heures travaillées seront comptabilisées et rapporteront quelque chose, mais quelle sera la valeur du point ? Et sera-t-elle constante ? Et qui la fixera ? En appliquant quelle règle ? Je n'évoque même pas l'avenir promis aux "pensions de réversion".

Ma conviction intime est la suivante : le gouvernement, guidé par le fringant premier de la classe qui nous sert de président, a la volonté farouche de faire passer son système universel de la retraite par points pour faire du montant des retraites de toute la population une   

VARIABLE D'AJUSTEMENT.

Tous les bavardages à propos de tel ou tel aspect de la réforme ne sont que des "paroles verbales" destinées à détourner l'attention générale de cet objectif ultime de Macron : faire dépendre le montant des retraites futures des circonstances du moment.

En clair : rendre ce montant modulable à volonté.

Fini le montant fixe assuré jusqu'à la mort de la personne. Si la réforme voulue par Macron passe, ce que toucheront les futurs retraités suivra les variations de la courbe suivie par la conjoncture. Qu'une crise survienne, que la situation économique de la France se dégrade, qu'une force politique intolérante accède au pouvoir, quoi de plus facile que de raboter comme il faut la valeur du point ?

Je signale qu'en ce qui concerne la fonction publique, que beaucoup de gens envient, et même jalousent, le salaire des fonctionnaires dépend de la valeur du point d'indice, qui n'avait pas cessé d'augmenter depuis la Libération. Je ne sais pas depuis quand ce point d'indice est au point mort, mais il ne faut pas se demander pourquoi le pouvoir d'achat des fonctionnaires a diminué.

Quand la valeur du point est laissée à la discrétion d'une autorité, il ne faudra pas s'étonner que l'autorité se serve de ce pouvoir pour faire des économies sur le dos des personnes concernées. Et je ne vois pas pourquoi il n'en serait pas de même pour la valeur du point de retraite dans l'avenir.

En réalité, il y a fort à parier que Macron, en mettant en marche son bulldozer de la retraite par point, s'en tient à un pur raisonnement comptable. Ce n'est pas pour rien que ce phraseur talentueux mais impénitent est passé par la banque et par le ministère de l'économie. 

Je me souviens que René Haby (ancien ministre de l'Education) avait mis en route (1975) sa réforme du « Collège unique » pour promouvoir l'égalité des chances et pour que soit aboli l'injuste système des « filières » : il fallait à tout prix « réparer l'ascenseur social ». Plusieurs dizaines de réformes (Legrand, Devaquet, et toute la kyrielle) ont proclamé qu'elles étaient destinées à atteindre ce noble objectif.

Quand ce n'était pas celui-ci, elles promouvaient et promettaient de « travailler autrement » pour « apprendre à apprendre » (réformes "pédagogiques", autrefois chères à Philippe Meirieu, qui s'en est bien repenti depuis). 

Résultat ? D'une part, l'école française, quarante ans après, n'a jamais été aussi inégalitaire (chaque individu est vissé à vie à son statut social d'origine). D'autre part, en ce qui concerne la transmission des savoirs, jamais l'école française n'a été autant à la dérive. La cause ? Derrière la noblesse des buts recherchés, cherchez le comptable (le crâne d’œuf de Bercy : c'est lui qui décide). Affichez avec ostentation la noblesse des intentions, mentez sur tout le reste.

Du côté de l'hôpital, inutile de revenir sur la loi HPST voulue en son temps par Sarkozy et défendue par Bachelot. Le but affiché ? Rationaliser l'organisation de l'hôpital. Résultat ? L'étranglement financier, la suppression des lits, les personnels en "burn out" qui quittent le navire.

Cherchez le comptable, vous aurez le coupable.

Pourquoi en serait-il autrement avec la réforme des retraites ? La noblesse du but affiché ? Instaurer un régime où il n'y ait pas de place pour l'injustice. La réalité du but visé ? Faire des économies. Le résultat ? Pas besoin de vous faire un dessin.

CHERCHEZ LE COMPTABLE, VOUS AUREZ LE COUPABLE.

Hollande était un sous-chef de bureau sournois. Sarkozy était un caporal teigneux. Macron, lui, est un comptable sourcilleux : il veille à l'équilibre des comptes, quelle que soit la réalité tangible.

Voilà ce que je dis, moi. 

POST SCRIPTUM : Il ne fait guère de doute qu'il entre une autre donnée dans les calculs de monsieur Emmanuel Macron : quand, dans la population générale, on aura pris conscience que les retraites "statutaires", les retraites ordinaires et normales sont destinées à laisser la place à ces retraites restreintes, les plus prudents, les plus prévoyants accepteront de consacrer un partie supplémentaire de leur rémunération en période d'activité à augmenter ce "pactole". Devinez qui sera le plus en mesure de sacrifier une partie de sa rémunération pour cela. Devinez dans quel genre de poches ira ce supplément. Et devinez qui se frotte les mains et se lèche les babines dans cette perspective. C'est humain : quand il y a du pognon à se faire ...