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lundi, 30 novembre 2020

ARTICLE 24 ? ...

... OU TOUTE LA LOI SÉCURITÉ GLOBALE ?

Ajouté le 29 novembre (voir ici au 27/11), après les manifestations de Paris et d'ailleurs contre la "Loi Sécurité Globale", qui ont "dégénéré" selon les télés et les radios : qu'ils s'appellent "black blocks", "antifas" ou autre, c'est un ramassis de connards ou de bandits qui ne font que fusiller l'esprit de la manifestation. Ce faisant, ils se permettent d'amnistier, pour la plus grande satisfaction de la haute hiérarchie policière et du gouvernement, les quatre flics qui ont tabassé Michel Zecler et obscurcissent la question des violences policières.

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Là où les manifestants peuvent espérer, c'est que la tempête soulevée par le cassage de gueule en règle de Michel Zecler visionné sur internet par des millions de gens a donné un coup à l'estomac de tout le gouvernement. Macron, Darmanin et leurs équipes sont en train de phosphorer pour voir de quelle manière ils pourraient reculer sans reculer vraiment, je veux dire donner l'impression de faire une concession, mais sans sacrifier l'essentiel de leurs mauvaises intentions.

Ce qui me réjouit cependant, c'est d'imaginer la tête de Darmanin quand il a appris la bavure policière, en train de fulminer, de pester, de pousser de vrais gros jurons et de se promettre qu'il aura la peau des trois ou quatre imbéciles qui scient au pire moment la branche sur laquelle lui et sa loi sont assis.

Faut-il donc supprimer l'article 24 ? Ou bien est-ce toute la loi qui doit passer à la trappe ? Gageons que le ministre est en train d'essayer de sauver tout ce qui peut être sauvé. Il y aura toujours des gens pour être soulagés par une demi-mesure : « Ouf, c'est moins pire qu'on pouvait le craindre ». Si Darmanin parvient à sauver son texte, la police, gangrenée par un état d'esprit tout droit venu de l'extrême-droite (avec tout ce que ça comporte comme sous-entendus racistes et violents), se sentira la bride sur le cou.

Je dis "gangrenée" sur la foi de la vidéo prise d'un balcon et qui a saisi l'action des renforts arrivés devant le studio de Michel Zecler. Je n'ai pas vu un seul agent tenter de modérer l'ardeur de ses collègues, bien au contraire, et ce, jusqu'à ce qu'on entende l'appel "caméra ! caméra ! ", qui a soudainement calmé tous ces hommes vêtus d'un uniforme pris en flagrant délit de violence gratuite. On a dans ces images la preuve que l'état d'esprit dont je parle est largement partagé.

L'opinion publique prendra peut-être conscience que le problème le plus grave n'est pas une manifestation légitime, que vient bousiller une bande de casseurs irresponsables, puis réprimée dans les gaz lacrymogènes, les canons à eau et les grenades de désencerclement. Il est dans les critère de recrutement des policiers, mais aussi et surtout dans la durée et le contenu de la formation qui leur est inculquée. Comment en finir avec la culture de la violence quotidienne au sein des corps policiers ? C'est à cette question que vous devez maintenant répondre, monsieur Darmanin.

vendredi, 27 novembre 2020

VERS LE RÉGIME AUTORITAIRE

1 - Y a-t-il des violences policières ?

La réponse est OUI.

2 - Y a-t-il des violences à l'encontre des policiers (et autres cibles) ?

La réponse est OUI.

Le pékin moyen que je suis commence par se dire : « Tout ça, c'est violence contre violence. Entre les deux, qu'est-ce que je deviens, moi ? ». Car il est aussi injustifiable pour un policier (chargé, paraît-il, de "protéger" la population) de crever des yeux à coups de LBD et d'arracher des mains à coups de grenades de désencerclement que, pour un "révolté", de lancer sur le policier pavés ou cocktails Molotov, voire, plus prosaïquement, de casser des vitrines et de se livrer à des razzias sur les ordinateurs, les sapes ou les Iphones.

Ce qui est certain, c'est qu'on ne peut renvoyer dos à dos les deux violences sous prétexte de leur apparente symétrie. Il n'y a pas de symétrie, l'une des deux violences est largement soutenue par la loi, l'autre est illégale, même si, en réalité, les "black blocks" et autres "casseurs de flics" et de vitrines se font les complices objectifs, les serviteurs de la politique du pouvoir. S'ils ne sont pas là pour disqualifier le peuple (je veux dire payés pour ça comme agents provocateurs), un gouvernement tenté par l'autoritarisme voit dans leur action une magnifique aubaine. Les casseurs justifient l'usage de la violence par les policiers lors des manifestations. Ils sont un alibi pour le pouvoir.

L'essentiel n’est donc pas là. Il suffit de visionner l'infernal tabassage de Michel Zecler, un producteur de musique (rap), par trois policiers déchaînés, pour se rendre compte que les violences policières ne se réduisent pas aux abus commis pendant des manifestations, à cause des "black blocks" ou pas, mais qu'elles imprègnent de façon assez large l'état d'esprit des corps policiers (voir, dans Flic, de Valentin Gendrot, le comportement sidérant du brigadier surnommé « Bison » qui, certains soirs, veut à tout prix « se payer » un « bâtard » = casser la gueule à un basané), les collègues étant soumis à une pesante omerta. Quelque chose de plus profond dysfonctionne gravement dans la police nationale française.

Car partout en Europe, on assiste à une pacification relative des rapports entre la population et les forces de l'ordre. Dans ce paysage qui a plutôt tendance à s'apaiser, la France se distingue par leur utilisation disproportionnée et parfois féroce par les gens au pouvoir : M. Lallement, préfet aux ordres, Gérald Darmanin, incontestable intégriste de l'usage du bâton, sans oublier le chef de Darmanin, Emmanuel Macron, qui semble avoir fait de l'ordre à tout prix un point cardinal de sa politique.

A Londres, une manifestation est "encadrée" par au moins quatre-vingts ou cent policiers. Guère plus en Allemagne (sauf exception). A Paris, il en faut toujours plusieurs milliers, le plus souvent habillés en Robocops parés et armés pour la bataille. L'Anglais, l'Allemand se disent : les Français sont bien dangereux. On les comprend. Le citoyen français ordinaire, quant à lui, l'individu lambda, monsieur tout-le-monde assistent parfois, vaguement incrédules, par voie de médias trop complaisants au spectaculaire et goulus d'audiences gonflées à bloc, à de véritables scènes de guérilla urbaine. Alors, comme beaucoup de téléspectateurs ahuris d'Europe et d'outre-Atlantique, je pose la question :  que se passe-t-il en France ?

J'ai tendance à répondre que c'est depuis le passage de Nicolas Sarkozy au ministère de l'Intérieur que les rapports entre police et population ont commencé à se brutaliser. Certes, on pourrait remonter à la loi Peyrefitte ("Sécurité et Liberté", 1980), aux idées soutenues par Charles Pasqua en son temps (« terroriser les terroristes ») et autres moments intéressants. Mais pour en rester aux vingt dernières années, je tiens Sarkozy pour un véritable malfaiteur. Avec lui, a fait irruption en France la conception américaine de l'ordre public : on ne rigole pas, on fonce (Sarko : « Pendant la course, je fonce, dans la dernière ligne droite, j'accélère », cité de mémoire).

Les méfaits ont commencé avec la suppression brutale de la "police de proximité", pour la raison que celle-ci avait été mise en place par le gouvernement de Lionel Jospin, et sous le prétexte fallacieux que les policiers ne sont pas payés pour jouer au football avec les jeunes des banlieues défavorisées, alors même que son efficacité en matière d'apaisement des tensions sociales, en particulier dans les "quartiers" était prouvée et reconnue.

Tout ce qu'il a trouvé à mettre à la place de cette sage invention du socialiste, c'est la malédiction de la "politique du chiffre", qui subordonnait la rémunération des responsables policiers au nombre des affaires découvertes, puis résolues. On voit ce que ça donne dans Flic de Valentin Gendrot (éd. La Goutte d'Or), où "Le Major", le supérieur de l'auteur, part plus souvent à la chasse aux "sauvettes" qu'aux vrais malfaisants. Cette politique pervertit les objectifs de l'action policière et a des effets ravageurs.

Non content de détruire une structure intelligente, il s'est attaqué à une autre, plus discutable et trouble, mais très utile : les Renseignements Généraux, qu'il a dissous en même temps que le contre-espionnage (DST) dans un gros gloubiboulga nommé DGSI. Or les RG, en dehors de leur côté louche, avaient le mérite de se mouvoir à même le "terrain" et de nager jusque dans les eaux troubles, faisant remonter toutes les informations capables de donner aux hauts responsables de la nation une idée des odeurs, des sons, de l'atmosphère qui se respirait au ras du bitume : source irremplaçable de véritable "renseignement". Hop ! Balayés, les RG ! Une belle cause de "déconnexion" entre le très haut et le très bas de l'échelle.

Sarkozy ministre de l'Intérieur, puis Premier ministre, puis Président de la République a continué sur sa lancée, obéissant à cette loi souveraine quoique non écrite : "un fait divers => une loi". Inutile d'insister sur le fait que la notion même de loi s'en est trouvée démonétisée. Sans tomber dans le même travers, Hollande a mis ses pieds dans les mêmes pantoufles. Il n'a pas fait prendre une autre direction au système policier : il a tout laissé en place et parfois ajouté quelques ingrédients aux recettes de son prédécesseur. Peut-être ai-je oublié quelques entourloupes dues à ce sous-chef de bureau fanatique de la "synthèse politique", de l'indécision et du consensus mou.

Emmanuel Macron, lui, a innové : ses députés disciplinés ont voté sans sourciller l'insertion dans le droit commun de plusieurs des mesures d'exception contenues dans l'état d'urgence (transfert de diverses compétences judiciaire vers les autorités administratives). Il s'apprête sans doute à récidiver avec l'état d'urgence sanitaire. La loi sur la Sécurité globale, que le Parlement – docile au point d'être servile, voire inexistant – est en train de voter, fait un pas de plus dans la direction de la Sécurité à tout crin. Avec Gérald Darmanin aux manettes de la place Bauveau, on peut s'attendre à ce que ne soit pas sous Macron que les rapports entre la police et la population vont se détendre.

Là où je veux en venir, c'est au fait que ce problème remonte, disons à deux décennies, et que, au fil du temps, les mesures s'ajoutant aux mesures, ces rapports police / population n'ont fait que s'aggraver dans le sens d'une brutalité toujours plus affichée (cf. réactions à la loi El Khomri, où les syndicats ont scandaleusement accepté de tourner en rond autour du bassin de l'Arsenal, entre Seine et Bastille). 

Mais à mon avis, cette brutalisation des rapports est la face la plus visible d'une autre brutalisation : qu'il s'appelle Sarkozy, Hollande ou Macron, chaque président a eu à cœur de laisser son nom attaché à quelque grande réforme de la France. Le point commun de la plupart de ces réformes est que leurs promoteurs ont finalement été obligés de les faire passer en force. Les unes parce qu'elles scindaient gravement la population française en deux moitiés opposées, les autres parce qu'elles ne réunissaient pas en leur faveur assez de composantes politiques.

Parmi celles que Sarkozy était fier de mettre en place, je me souviens de la RGPP (non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite). Il voulait sabrer dans les effectifs des fonctionnaires, ces paresseux, ces inutiles. L'autre réforme voulue par le gnome à talonnettes qui se prend pour Superman est celle de la "carte judiciaire". J'ai encore en mémoire les marches du palais de Justice de Lyon couvertes des robes noires ou rouges des magistrats (des magistrats !) en colère comme jamais on n'avait vu. Les seules réformes voulues par Hollande que je citerai ici sont celles du mariage homosexuel et celle du Code du Travail : on sait qu'elles ne sont pas passées facilement, c'est le moins qu'on puisse dire. Quant à Macron, on sait de quels accidents est jalonné son mandat, et quel sort a été réservé à certaines de ses "réformes" (retraites, etc.).

Ce que je veux dire en faisant ces rapprochements, c'est que la brutalité presque systématique et croissante de la police dans ses missions de maintien de l'ordre ressemble fort à la brutalité devenue assez coutumière aux plus hautes autorités de l'Etat dans la façon dont ils font passer des lois impopulaires. On se rappelle l'usage addictif que les différents gouvernements de Hollande ont fait de l'article 49-3 (adoption sans vote, s'il n'y a pas de motion de censure). Dans le même esprit, on se demande pour quelle raison impérieuse tant de lois ces dernières années ont été examinées en "procédure accélérée" (un seul aller-retour entre les deux Chambres).

Sarkozy, lui, ne s'embarrassait guère d'entrechats : "droit au but" était sa méthode et son credo. Quant à Macron, il n'a rien à craindre de la chambre des députés où, malgré quelques défections sporadiques, il dispose encore d'une solide majorité obéissante et prompte à se contenter d'enregistrer les textes directement ou indirectement inspirés des desideratas exprimés par le chef de l'Etat (cf. la loi "Sécurité Globale", qui serait déjà promulguée s'il n'y avait pas eu des protestations venues de divers bords et, dernièrement, le tabassage de "Michel", qui a suscité des cris unanimes).

Le point commun de ces trois présidents si dissemblables en apparences : le passage en force. Les élites politiques, quand elles sont au pouvoir, subissent la tentation de la force, et tendent de plus en plus à y succomber. Et certains se demandent gravement à quelles causes attribuer le discrédit dans lequel se trouvent les politiques. Quant aux Français, ils vivent insouciants, dans un pays où les libertés se restreignent de jour en jour. 

L'autre point commun, c'est la relation que chacun des trois entretient avec la notion de concertation. Où sont-ils, ces bons pays où les dirigeants, avant de prendre des décisions cruciales ou de faire voter des lois concernant l'avenir de tout le pays, sont prêts à consacrer deux ou trois ans jusqu'à ce que se dégage un véritable consensus national ? Je n'ai guère de souvenir d'une quelconque concertation avec les forces sociales du temps de Sarkozy. Je peux me tromper.

Peut-être Hollande admettait-il davantage de demander leur avis aux différentes composantes de la société, mais il ne me semble pas que cet avis ait modifié autrement qu'à la marge les textes finalement adoptés. En revanche, ce dont je suis certain, c'est qu'on peut sacrer Emmanuel Macron roi du bluff, avec son "Grand Débat National", puis sa "Convention Nationale pour le Climat". Cet homme est un homme de mot, de discours, de verbe, et même de verbiage. Cet homme sait incontestablement parler, malheureusement, il ignore les choses. Et plus grave, il ignore les hommes qui en suent, les travailleurs, les "premiers de corvée" : il préfère l'air des altitudes.

Ce que j'observe donc, au terme de ces quelques remarques superficielles, c'est que l'existence politique des citoyens français est de plus en plus niée – et de façon de plus en plus brutale : voir gilets jaune, migrants et autres – entre deux périodes électorales, et que les corps policiers sont de plus en plus utilisés comme masses de manœuvre pour réprimer dans l'œuf tout ce qui regimbe. C'est que l'idée de répression est devenue un guide pour les dirigeants, qui ont aussi vite fait de dégainer le prétexte de « trouble à l'ordre public », que les flics celui d' « outrage et rébellion ». C'est que la soi-disant concertation n'est qu'un leurre qui ne satisfait que les acquis à la cause.

C'est que la société française entre de plus en plus dans un régime autoritaire : il faudrait faire le décompte exact des mesures qui ont été prises depuis vingt ans et qui convergent toutes vers le durcissement des relations entre les gouvernements en place et la population française. L'évolution des mœurs de la police se calque sur l'attitude de nos dirigeants depuis vingt ans, toujours plus sourds et aveugles aux appels de la société souffrante. Gouverner sans le peuple, voire contre le peuple est devenu un Nord sur la boussole des dirigeants successifs. Il ne faut donc pas s'étonner de voir se multiplier et s'aggraver les violences policières.

Et c'est que, par voie de conséquence, il ne reste plus qu'un petit nombre de pas à franchir pour arriver à un régime authentiquement policier : ce n'est pas un hasard si la loi "Sécurité Globale" a été rédigée, entre autres, par Jean-Michel Fauvergue, ancien patron du RAID devenu député "La République en Marche" (un sacré indice !). Cette loi est là pour préparer tous les esprits. Certains, à l'extrême droite, tout en faisant profil bas, se lèchent déjà les babines et affûtent leurs griffes en prévision de 2022 (suivez mon regard).

Des avocats comme Patrice Spinosi ou Arié Halimi, infiniment plus compétents que moi en matière de droit, ça va de soi, tentent de sonner le tocsin : « Alerte !!! Les libertés sont en danger !!! ». Qui les écoute ? Qui les entend ? Ah les Français veulent de la Sécurité (il paraît, c'est les sondages qui le disent) ? On va leur en donner ! De toute façon, la Liberté, c'est pour quoi faire, se disent-ils ? « Liberté, Liberté chérie », c'est fini.

Il va être temps de commencer à avoir peur.

Voilà ce que je dis, moi.

***

Note : Si le titre de ce billet n'est pas suivi d'un point d'interrogation, il n'y a ni erreur, ni oubli. C'est tout à fait intentionnel.

vendredi, 13 novembre 2020

13 NOVEMBRE 2015 : MONUMENT AUX MORTS

C'ÉTAIT AUSSI UN VENDREDI.

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Stéphane Albertini

Nick Alexander

Anne-Laure Arruebo

Thomas Ayad

René Bichon

Elodie Breuil

Claire Camax

Romain Didier

Fabrice Dubois

Mathias Dymarski

Germain Ferey

Romain Feuillade

Julien Galisson

Véronique Geoffroy de Bourgies

Nohemi Gonzalez

Anne Guyomard

Mathieu Hoche

Pierre Innocenti

Milko Jozic

Jean-Jacques Kirchheim

Marie Lausch

Gilles Leclerq

Christophe Lellouche

Antoine Mary

Fanny Minot

Yannick Minvielle

Marie Mosser

Hélène Muyal

Bertrand Navarret

Franck Pitiot

Caroline Prénat

François-Xavier Prévost

Richard Rammant

Valentin Ribet

Estelle Rouat

Raphaël Ruiz

Hodda Saadi

Halima Saadi

Madeleine Sadin

Kheireddine Sahbi

Hugo Sarrade

Djalal Sebaa

Fabian Stech

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Pardon à toutes les personnes, proches ou lointaines, qui ont connu ceux que je n'ai pas cités.

Le journal Le Monde avait édifié une sorte de monument à tous les morts du 13 novembre. Les journalistes avaient contacté les proches ou la famille des victimes et esquissé le portrait de chacune de celles-ci. Puissent les quarante-trois noms cités ici parler pour tous ceux qui n'y sont pas.

mercredi, 09 septembre 2020

SIGOLÈNE VINSON

Le procès "Charlie Hebdo" rouvre une ancienne plaie.

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Publié ici le 9 janvier 2015.

IN MEMORIAM

Frédéric Boisseau, Agent d’entretien.

Franck Brinsolaro, Policier du Service De La Protection (SDLP).

Jean Cabut, Dessinateur.

Elsa Cayat, Psychanalyste et Chroniqueuse.

Stéphane Charbonnier, dit Charb, Dessinateur et Directeur de CH.

Philippe Honoré, Dessinateur.

Bernard Maris, Economiste et Journaliste.

Ahmed Merabet, Policier.

Mustapha Ourrad, Correcteur.

Michel Renaud, Organisateur d’une exposition à Clermont-Ferrand d’une exposition de dessins de Cabu, à qui il rapportait ses œuvres.

Bernard Verlhac, alias Tignous, Dessinateur.

Georges Wolinski, Dessinateur.

 

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Billet d'abord publié le 14 janvier 2015.

Je pense encore à l'équipe de Charlie Hebdo, évidemment. A la mort irrémédiable d'un cousin, d'un frangin, d'un vieux frère nommé CABU. La grande bringue appelée Le Grand Duduche lui ressemblait. Quasiment "au naturel". Je n'en reviens pas, qu'il soit mort. Et qu'il soit mort comme ça.

J'y pense d'autant plus que j'ai appris des choses terribles sur les blessés, quatre en particulier.  

SIMON FIESCHI est le plus gravement blessé. Il était le webmaster du site. Apparemment, il a reçu une balle dans la colonne vertébrale.

LAURENT SOURISSEAU, alias Riss, dont le dessin me tape en général sur les nerfs, aurait reçu une balle dans l'épaule.

PHILIPPE LANÇON, je connais le critique littéraire de Libération, et j'aime beaucoup en général ce qu'il écrit. Qu'est-ce qu'il faisait là ? Je n'en sais rien. Toujours est-il qu'il aurait pris une balle terrible dans la mâchoire.

FABRICE NICOLINO, j'étais à mille lieues de lui imaginer des liens avec Charlie Hebdo. Je venais de lire son bouquin Un Empoisonnement universel, que je recommande vivement à ceux qui, en plus du terrorisme, ont la trouille du monde à venir tel qu'il s'annonce dans sa composante chimique. Lui aurait été très grièvement blessé aux jambes. Le médecin a déclaré : « Il a eu beaucoup de chance ».

Je ne connais pas la vitesse initiale (V0) du projectile des Kalachnikov. Je sais que le 5,56 NATO (5 mm et demi, autant dire rien du tout), avec ses 1300 m/s de V0, entre par un trou d'abeille, mais sort par un œil-de-bœuf. De quoi imaginer ce qui se passe dans la chair et dans les os.

Dans quel état sont-ils ? Dans quel état vont-ils sortir de là ? L'inquiétude reste vive.

Nous prendrons des nouvelles.

Voilà ce que je dis, moi.

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Note : il faut absolument lire Le Monde daté du 14 janvier, pour ajuster les informations ci-dessus. Pas forcément tout. Juste les pages 10 et 11. Lisez d'abord et surtout l'article de Soren Seelow, la journaliste qui a recueilli le témoignage de Sigolène Vinson, qui était chroniqueuse judiciaire à Charlie Hebdo. Un témoignage à vous saisir aux tripes.

Sigolène Vinson raconte en particulier son face-à-face avec Saïd Kouachi, qui « avait de grands yeux noirs, un regard très doux ». Elle ajoute : « Je ne veux pas perdre son regard car Jean-Luc est sous la table ». Jean-Luc, c'est le maquettiste. Il doit sans doute la vie à ce désir de Sigolène Vinson d'aimanter les yeux de Saïd Kouachi. 

Sigolène Vinson dialogue avec lui, qui crie à plusieurs reprises : « On ne tue pas les femmes ! » à son frère Chérif. Trop tard, Elsa Cayat y est passée. Lisez ensuite l'article de Marion van Renterghem. Elle nous apprend quelque chose sur ce qui fait l'essence, l'esprit de Charlie Hebdo. Le mauvais goût assumé, revendiqué.

Pour le génie, c'est ceux qui n'y sont plus qui le faisaient.

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Je regrette de n'avoir pas été dans la salle de tribunal où Sigolène Vinson est venue livrer son témoignage.

mardi, 16 juin 2020

MACRON LE VERBEUX ...

... ou : LA VOIX DU TAMBOUR.

Résumé du contenu concret du discours solennel d'Emmanuel Macron à la télévision le dimanche 14 juin 2020. 

Bande-son Marseillaise, et puis :

« Française, Français, mes chers compatriotes,

Bla [ * % < & # ] bla

bla , ( ) ~~ = µ ^ + bla

bla $ £² ! > ¨ ¤ §  / bla

bla @ | { x } y w bla.

Vive la République ! Vive la France ! » 

Et ça dure à peu près vingt minutes. Fermez le ban.

***

Je suis de l'avis de Thomas Piketty, interviewé sur France Inter le 15 juin (hier, 10') : 

« Oh ben, il n'a pas dit grand-chose, hein, je dis ça, c'est pas pour être méchant » (citation textuelle).

Un chef d'Etat, ça ? Un homme d'Etat ? Non mais laissez-moi rire ! Emmanuel Macron est un

emmanuel macron

ÇA FAIT BEAUCOUP DE BRUIT,

MAIS IL N'Y A RIEN A L'INTÉRIEUR.

Et ce n'est pas d'hier que je le dis, comme on peut le voir ici, 1 octobre 2017 : "Il plastronne. Il claironne. Il klaxonne" [je me cite] ; ou ici, 15 mars 2019 : "Ni un intellectuel, ni un homme d'Etat, mais un technocrate", dit Myriam Revault d'Allonnes dans le livre de François Ruffin, Ce Pays que tu ne connais pas ; « Il parlait très bien, singeant le langage universitaire à la perfection, mais c'était au fond assez creux », dit Jean-Baptiste de Froment, son ancien condisciple d'Henri IV). J'ajouterai : un technocrate qui a le verbe facile.

Conclusion : Macron est un verbeux. Un homme non de faits, d'actes ou de choses, mais de mots. Une baudruche. Une bulle de savon.

Et puisqu'il n'y a pas de raison que ça change, je ne change rien à ma formule de 2017, empruntée au perroquet Laverdure de Zazie dans le métro (Raymond Queneau) :

« Macron, tu causes, tu causes, c'est tout ce que tu sais faire ».

Je commence à trembler en pensant au duel Macron/Le Pen à la présidentielle de 2022.

En attendant, je tremble à propos de ce qui attend les personnels de l'hôpital public tout au long de ce "Ségur de la Santé" qui a fait autant de promesses que le "Grand Débat" et qui, n'en doutons pas, les tiendra de la même manière : en forme de bras d'honneur.

***

Accessoirement, j'en veux énormément aux journalistes (France Culture, France Inter) qui se font servilement les porte-voix de la parole officielle en général, et présidentielle en particulier.

Avant le discours, on entend : « Attention, le président va parler ». Avant le discours, les journalistes bien "introduits" se mettent à frétiller comme de petits poissons autour des "proches" du président ou des "personnes bien informées" pour ensuite vous faire part à l'antenne des "fuites" qu'ils ont obtenues, sans aucun doute en exclusivité (mais une exclusivité collective).

Après la retransmission, de savants commentateurs (politistes, sondeurs, observateurs, profs à Sciences-Po. ; résumons-nous : baudruches au carré) viennent alors vous paraphraser avec moult détails explicatifs ce que vous devez retenir de ce que vous venez d'entendre.

Non mais franchement, qu'est-ce que c'est que ce journalisme-serpillière ? J'hallucine quand je vois le poids dans les informations des "journalistes politiques" qui délaient à longueur de bulletins des discours pour disséquer des discours.

J'imagine que cette lourde dérive de toute une profession reflète la montée en puissance des conseillers en communication et des attachés de presse qui œuvrent auprès des gens au pouvoir et qui bombardent la presse de messages destinés à faire mousser dans les médias et dans l'opinion publique l'action des politiques qui les emploient.

Quelle déchéance ! Quel avilissement du métier !

Plus je regarde la société dans laquelle je vis, plus je sens s'accumuler mes colères.

Voilà ce que je dis, moi.

samedi, 13 juin 2020

MAINTENANT J'AI PEUR DE LA POLICE

Post-post-scriptum (13 juin, voir mes billets des 10 et 11) :

Aujourd’hui, je peux dire que la police française me fait peur. Jusqu’à maintenant, je me disais, avec raison à ce que je croyais, que le pouvoir utilisait la police française comme une masse de manœuvre contre les éruptions volcaniques qui secouent le peuple quand il n’en peut plus ou que la marmite se met à bouillir, et qu’ayant usé et abusé de cette masse de manœuvre (mobilisations policières monstres, heures supplémentaires à l'infini et non payées, ...), il avait tellement poussé à bout les policiers qu'ils avaient manifesté sur les Champs-Elysées toutes sirènes hurlantes et gyrophares allumés.

Maintenant, ça a changé. Petit rappel des épisodes.

1 – Dans la foulée de la mort épouvantable de George Floyd à Minneapolis, une manif à Paris profite du rapport d’expertise qui innocente la gendarmerie de la mort d’Adama Traoré en 2016 pour rassembler 23.000 personnes (comptage policier) qui protestent contre, disent-elles, l’iniquité.

2 – Dans la foulée des manifestations qui se répandent dans le monde pour dénoncer le racisme institutionnel de la police américaine, on apprend, en France, que 8.000 policiers se retrouvent sur « facebook » pour échanger des propos très souvent racistes, sexistes et homophobes.

3 – Les manifestations françaises se mettent alors à dénoncer aussi bien le « délit de faciès » et les discriminations qui orientent les interpellations des policiers que la méthode d’immobilisation au sol des individus "récalcitrants" (conseil : faites attention au risque de "délit d'outrage et rébellion").

4 – Le sociologue Sébastian Roché (De la Police en démocratie, Grasset) rappelle sur les ondes de France Culture les innombrables études qui établissent la réalité d’innombrables faits de discrimination : « On  a maintenant depuis plus de dix ans un grand nombre d'enquêtes sur la manière dont la police travaille, sur les contrôles d'identité et sur le traitement des personnes pendant les contrôles et les sanctions à l'issue des contrôles. On a observé les comportements policiers avec une méthodologie très précise. (…) Et aujourd’hui, on a un énorme corpus de données qu'on n'avait pas il y a dix ans. Et toutes ces études montrent une chose simple : dans toutes les villes où on a fait les enquêtes, la police en France a des comportements discriminatoires. ». La question que je me pose : ont-ils des ordres de leurs chefs ? A priori, je réponds : probable ("politique du chiffre" oblige).

5 – Le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner, en concédant aux manifestants que s’il y a « suspicion » de racisme de la part de la police, cela mérite sanction. Cette petite concession suscite aussitôt les hurlements de colère du corps policier tout entier qui clame que « son » ministre le lâche et lui retire sa confiance. Castaner a commis le "crime" d'infraction à la sacro-sainte "omerta" qui lie tous les membres de la "famille" dont il est le "parrain". Ce refus violent de toute remise en question d'une composante majeure de la république par cette composante même est tout simplement scandaleux.

6 – Politisation du problème : j’entends à quelques rares reprises dans les médias que pas loin de 50% des policiers (Mélenchon prétend 75%) votent très habituellement Front National (maintenant Rassemblement National) aux élections présidentielle, législatives et municipales. Dans le même temps, Christian Jacob (Les Républicains) et Marine Le Pen (je ne parle pas du préfet Lallement) prennent publiquement la défense de la police en affirmant haut et fort que non, « la police n’est pas raciste » (ce qui est vrai si l'on s'en tient au statut du corps constitué, mais pas forcément si l'on fait une enquête sociologique sur l'orientation politique majoritaire des personnels).

7 – Pendant que le ministre de l'Intérieur bat sa coulpe, se convertit à la reptation ventrale et opère un savant "repli sur des positions préparées à l'avance" en espérant colmater les brèches, Marine Le Pen se démène comme un beau diable pour draguer les faveurs des policiers en allant sur le terrain visiter un commissariat et faire quelques selfies en compagnie de quelques uniformes.

***

Voilà les données du problème telles que j’ai cru pouvoir les rassembler en me fiant aux informations reçues. Les conclusions que j’en tire ne sont pas rassurantes du tout. Car je me permets de faire le lien avec l’éternisation sur le territoire français de la notion d’ « état d’urgence » : d’une part directement avec la déclaration et la prolongation de l’ « état d’urgence sanitaire » pendant des mois ; d’autre part indirectement il y a déjà quelque temps, lorsque Macron a obtenu de ses députés-godillots que soient insérées dans le droit commun certaines des mesures d’urgence que Hollande avait prises après les attentats terroristes de 2015. Or, qui dit "état d'urgence" dit restriction des libertés publiques telles que définies par la Constitution. Le pire, c'est que cet état de choses semble n'inquiéter que très peu de Français.

Tout ça mis bout à bout, je trouve que la situation devient fort inquiétante. Je n’oublie pas que Marine Le Pen figurait au 2ème tour de la dernière présidentielle, qu’elle aspire au pouvoir et que, peut-être, elle y accédera un jour. Je poursuis le scénario : supposons Marine Le Pen présidente de la République française. Elle dispose d’une police dont environ la moitié lui est politiquement acquise. Vous vous rendez compte ? Une tête de pont de l’extrême-droite en plein cœur des institutions de la république ? Une garde prétorienne composée de gens sur-armés, entraînés et dévoués ? C'est alors qu'on pourrait s'attendre au pire.

Conclusion : pour moi, les problèmes liés à l’exercice de la fonction de policier ont cessé d’être purement institutionnels, administratifs ou même moraux. Le problème est principalement politique. Les problèmes de racisme, de sexisme et d'homophobie en sont de simples corollaires : s'il y a du racisme dans la police, c'est seulement parce qu'il y a une proportion peut-être majoritaire de la police qui flirte avec l'extrême-droite. Cette seule idée me terrifie.

D'autant que je note par ailleurs une certaine convergence entre les décisions prises par le gouvernement et la majorité du président Macron (mesures d'état d'urgence maintenues dans le droit commun) et l’envie de pouvoir qui tenaille l’état-major du Rassemblement national de Marine Le Pen. Comme si l'actuel président préparait benoîtement la venue de la seconde.

Oui, vous allez peut-être me dire que j'ai tort de me monter ainsi la tête, mais je le dis : aujourd’hui, je suis résolument républicain, mais j’ai peur de la police.

Voilà ce que je dis, moi.

PS ajouté le 15 juin : j'apprends incidemment, comme au détour d'une phrase, que l'équivalent britannique de notre IGPN est composée exclusivement de membres non policiers. Macron pourrait s'en inspirer.

jeudi, 11 juin 2020

POLICE : 8.000 BREBIS GALEUSES ?

Post-scriptum à mon billet d’hier (11 juin) : Il fallait s’y attendre : les déclarations très modérées de M. Castaner, ministre de l’Intérieur, admettant que s’il y a du racisme dans la police il doit être sanctionné, ont immédiatement suscité une levée de boucliers dans les rangs de la police. Le chœur est unanime : « Nous sommes désavoués ! Au secours ! ».

Ah c’est sûr, faut pas les chatouiller. Le corps policier ne tolère pas la plus petite réserve, le plus léger accroc, le moindre écart au soutien entier et massif du pouvoir à tous les faits et gestes de ses personnels. Quoi, on ose leur demander d'être irréprochables ? De ne pas être racistes ? Quel culot, ce ministre ! Le corps policier est tout entier en colère. Pas touche ! C'est tout ou rien : « Love me or leave me ! ». Qu'on se le dise : le corps policier est un et indivisible. Attaquer un élément, c'est les critiquer tous.

Et bien sûr pas question de se désolidariser des collègues suspects de dérive raciste ou violente : la surface de la cuirasse ne tolère aucun défaut, le vernis doit rester absolument intact. Et bien sûr pas question d’un « mea culpa » qui donnerait raison aux ennemis déclarés de la police (suivez mon regard). Allez, circulez ! Je me dis que certains loulous ne demandaient pas d'autres encouragements pour alimenter leur haine des flics.

Il n'est pas né, le décideur politique qui osera changer quoi que ce soit aux petites habitudes de la gent policière à la française. Le pouvoir avait déjà renoncé, devant la menace, à toucher à son système de retraites. Il faudrait un Samson, un Héraklès, un « Jupiter » pour l'amener à « se réinventer » (n'est-ce pas, M. Macron ?), mais on n'en a plus en magasin : rupture de stock. Circulez, on vous dit ! 

On n'a pas plus le droit de critiquer la police sans se faire accuser d'atteinte à son moral qu'on n'a le droit de critiquer Israël sans se faire traiter d'antisémite. Et tant pis pour les gens ordinaires. On dirait que la police ne conçoit les relations avec ces derniers que sous l'angle du rapport de forces.

Voilà ce que je dis, moi.

***

Pour se faire une idée des raisons de se méfier de la police, il suffit d'écouter (ici, 9') Sébastian Roché, auteur de De la Police en démocratie (Grasset). On a pu l'entendre en direct le 12 juin sur l'antenne de France Culture, interrogé par Guillaume Erner. Il dit surtout que dans toutes les études fondées sur des observations précisément localisées (gares, entre autres), les discriminations à la couleur de peau sont abondamment documentées et tout à fait incontestables. Il n'est pire aveugle que celui qui ne veut pas voir.

mercredi, 10 juin 2020

POLICE : 8.000 BREBIS GALEUSES ?

Quelques questions que se pose un citoyen ordinaire.

1

Les journaux en sont pleins : le ver est dans le fruit policier. Les uns crient aux « violences policières » en brandissant la photo d’Adama Traoré. Les autres dénoncent, sur la base d’informations sur un « groupe facebook » plus ou moins secret, le racisme, le sexisme et l’homophobie qui règnent en douce dans les rangs de la police. Vous avez dit "violence", "racisme", "sexisme", "homophobie" ? C’est curieux, ces quatre accusations : ce sont les mêmes que les « modérés » lancent traditionnellement contre l’extrême-droite. Quand j'ai fait le rapprochement, je me suis dit : « Bon sang, mais c'est bien sûr ! ». Dis-moi ce qu'on te reproche, je te dirai qui tu es. Alors, police et extrême-droite dans le même sac ?

Qu’est-ce qui a fait élire Macron en 2017 ? Est-ce son charisme de jeune premier porté par un bagou de première classe ? Non : c’est le rejet viscéral du parti de Marine Le Pen, considéré en général comme raciste, sexiste et homophobe, et dont on pense qu’il tolère volontiers dans son voisinage des groupes peu connus pour leur pacifisme ou leur non-violence.

Donc ils seraient 8.000 membres des forces de l’ordre à se retrouver dans un « groupe facebook » dédié pour lâcher des insanités en toute confidence auprès des collègues. S’ils sont vraiment 8.000, on ne peut plus parler de « brebis galeuses » ou de problème conjoncturel lié à des individus isolés : le problème est bel et bien structurel. C’est le corps policier dans sa globalité qui est touché.

La vraie question à poser selon moi est donc celle-ci : la police française est-elle d’extrême-droite ? Ou du moins noyautée par l’extrême-droite ? Car se demander si la police française est raciste ou s’il y a des « violences policières », c’est répondre « non » à la question avant même de l'avoir posée.

C'est parler comme Marine Le Pen, le préfet Lallement et Christian Jacob, président du parti Les Républicains : "Non, la police n'est pas raciste !". Le seul fait que Marine Le Pen s'érige en défenseur de la police est en soi révélateur d'une certaine complicité. J'ai entendu – je ne sais pas si c'est vrai – que la dernière présidentielle a vu 50% des policiers voter pour Marine Le Pen. Si c'est vrai, c'est grave.

C’est aussi biaiser avec cette question autrement essentielle : dans quels milieux sociaux et politiques, sur quels critères la police recrute-t-elle ses membres ? De quelle idéologie sont porteurs les jeunes qui présentent leur candidature aux écoles de police ? Quelle idée se font-ils de l'ordre ? Des rapports sociaux en général ? J’attends les études sociologiques qui nous éclaireront sur ce point, mais il y a déjà de quoi nourrir quelques soupçons.

2

Une autre question qui se pose à propos de la police française est de savoir quel est le fond de la doctrine qui sert de base à la formation des futurs policiers. Je serais très curieux de découvrir le « référentiel » où sont détaillés les éléments qu’ils doivent ingurgiter avant d’être admis dans les rangs des forces de l’ordre. Même question à propos des cadres : à part le Code de Procédure Pénale dans ses moindres détails, que leur demande-t-on de savoir avant de les autoriser à distribuer ordres et consignes à leurs futurs subordonnés ?

Ce dont j’ai peur peut se formuler ainsi : quelle représentation des gens ordinaires diffuse-t-on parmi les gens en uniforme au cours de leur formation et après ? Quelle image se font-ils de « monsieur-tout-le-monde » ? J’ai bien peur que là aussi, quelque chose n’aille pas du tout. Je crains en effet que le fond de la doctrine construise l'image d'une population a priori inexistante ou hostile.

Par « inexistante », j’entends une des principales règles des bidasses de base au temps où tous les jeunes Français faisaient leur service militaire : surtout ne pas se faire remarquer, pas de vague, passer entre les gouttes. Quand tu commences à exister aux yeux de l’adjudant, c’est mauvais pour toi, voilà ce qu'il se disait, le bidasse. Si le citoyen ordinaire commence à exister aux yeux du policier, c’est que le citoyen pose problème, voire qu’il est potentiellement dangereux.

C’est ce que j’entends par vision « hostile » : je me demande si, dans le corps de la doctrine inculquée aux forces de l’ordre, la population n’est pas considérée comme un réservoir de menaces multiples. D’où, par exemple, le recours banal aux clés d’étranglement : j’ai entendu un syndicaliste de la police utiliser l’argument de Margaret Thatcher (TINA : There Is No Alternative) et affirmer qu’il n’y a pas d’alternative à cette « clé » pour maîtriser un individu potentiellement dangereux. La question est : est-ce que, dans leurs écoles, les futurs policiers apprennent à voir les citoyens ordinaires comme un danger potentiel permanent ? Cela n’explique-t-il pas, surtout si l’on tient compte de la droitisation globale des forces de police, le recours bien trop fréquent à la violence ?

3

Dernière question que je poserai ici mais sans y répondre, faute d’éléments d’analyse suffisants : quelle stratégie les décideurs politiques (gouvernement) et administratifs (préfets) adoptent-ils en matière de police ? Comment usent-ils de cet outil ? Rien qu’à voir la façon dont les manifestants contre la loi travail (El Khomri) ont été traités, puis les manifestants contre la réforme des retraites, puis les manifestants portant un gilet jaune, on se dit que la stratégie des décideurs est claire comme de l’eau de roche : répression, répression, répression. Les décideurs politiques et administratifs usent et abusent de l’argument d’autorité, sans doute parce qu’ils pètent de trouille à l’idée du schproum qui pourrait se produire s’ils ne réprimaient pas. C’est juste une hypothèse, bien sûr.

Conclusion.

Quoi qu’il en soit, il est sûr que notre police dysfonctionne gravement, et pas seulement du fait de quelques brebis galeuses, mais parce qu’elle est fondée en tant que système sur des conceptions erronées : la société ordinaire est vue en haut lieu comme un pays étranger, a priori hostile, contre la menace duquel il faut se prémunir (on se rappelle Macron inscrivant dans le droit commun des mesures d'urgence prises par Hollande à l'époque des attentats). Alors qu'il faudrait que la police puisse être dans la société comme une catégorie parmi d'autres.

D’une part, si je compare avec les polices allemande et anglaise, je conclus que la violence policière peut parfaitement n’être utilisée par les pouvoirs qu’en tout dernier recours, et non en premier réflexe. D’autre part, je me dis que Jospin avait tout compris quand il a fondé la « police de proximité », qui visait à insérer les policiers dans la vie quotidienne des citoyens ordinaires comme des poissons dans l’eau. Il a fallu qu’un misérable bousilleur du nom de Nicolas Sarkozy détruise cette trouvaille formidable, sous le prétexte qu’un policier, c’est seulement un bâton. Non, les policiers sont des citoyens ordinaires parmi les autres, et devraient se considérer comme tels.

Policiers, rendez-vous compte que votre vie professionnelle pourrait être infiniment plus tranquille et moins conflictuelle, si vous acceptiez, en citoyens ordinaires porteurs de loi, d’uniformes et d’armes, de côtoyer d’autres citoyens ordinaires en qui vous ne verriez pas, a priori, des dangers potentiels ou a priori hostiles. Débrouillez-vous pour être parmi les gens ordinaires comme des « poissons dans l’eau ». Vous avez un sacré chemin à faire pour vous faire aimer par la population, comme cela s’est produit après l’attentat de Charlie Hebdo et après le Bataclan. Vous savez que c’est possible. A vous de voir.

Voilà ce que je dis, moi.

lundi, 25 mai 2020

VOUS DITES ? "SÉGUR" DE LA SANTÉ ?

C'EST QUOI, ÇA ?

Le peuple les a applaudis, soir après soir, pendant toute la durée où le tocsin a sonné le "branle-bas ! Tout le monde sur le pont !" dans tous les hôpitaux de France. Aux yeux de certains, ils étaient des "héros".  Sans compter, ils ont donné l'énergie, les soins, le sommeil, le temps. Beaucoup ont fini sur les genoux – parfois pire, je pense au Dr Boeglé, première victime d'une longue série – ce parcours du combattant.

La plupart d'entre nous n'ont aucune idée de la réalité de ce qui s'est passé dans la tête de ces soignants aux pires moments de la pandémie, ni de l'ambiance terrible qui a régné dans certains établissements atteints de surchauffe, où l'on voyait l'état de certains patients se dégrader à vue d’œil sans avoir les moyens de les maintenir en vie. Quel effet ça vous a fait de voir ainsi "votre" malade vous échapper ? Qui pourra mesurer ça ?

Tout le monde est d'accord : ce que l'hôpital public de France a fait dans ces circonstances hors du commun, aucune bête au monde ne l'aurait fait. On frise le surhumain. C'est dire le formidable potentiel des forces capables de se déployer en cas de nécessité. Tout le monde est d'accord : la France ne saurait se passer d'un hôpital public à la hauteur de toute menace sanitaire. Tout le monde est d'accord pour le dire avec des mots.

Et maintenant ? 

Le moment est crucial, Monsieur Macron. Vous le savez aussi depuis que des pontes de La Pitié-Salpêtrière vous ont copieusement engueulé : l'attente est extraordinaire. Vous savez ce qu'il vous reste à faire. Alors soyez à la hauteur.

Ordonnez à Olivier Véran votre commis à la santé, qui ouvre aujourd'hui cet énorme chantier dans son ministère de l'avenue de Ségur, de rendre aux personnels soignants les leviers de commande de l'hôpital public. Ordonnez aux bureaucrates qui y ont été placés pour le transformer en entreprise rentable de se mettre au service des médecins, des infirmières et des aides-soignantes. Ordonnez au service administratif de se placer sous l'autorité des personnels voués au soin. Ordonnez à vos godillots du Parlement d'abolir la règle du paiement à l'acte et d'en finir avec la loi HPST (Bachelot-Sarkozy).

Donnez à l'hôpital les moyens de son plein exercice : des lits, du matériel, des gens de l'art. Et donnez des motivations concrètes à ceux qui voient dans l'hôpital public un beau moyen de mettre en œuvre leurs aspirations.

***

Ajouté le 26 mai.

Interviewée par Léa Salamé le 25 mai, voici ce que le professeur Agnès Hartemann (voir ici mon billet du 9 mai) déclare (citation textuelle) :

« Pendant la période Covid, on a goûté à ce que pourrait être l’hôpital public, et on ne veut pas revenir en arrière. Ou la colère serait terrible. »

Et quand on voit Agnès Hartemann s'exprimer avec cette douceur et cette détermination, on sait qu'elle ne plaisante pas. 

Vous êtes prévenu, monsieur Macron.

vendredi, 22 mai 2020

QUAND MACRON CAUSE ...

... L'AUDITEUR SE MARRE.

En l'absence de France Culture pour cause de confinement, j'ai écouté France Inter, faute de mieux, comme je l'ai dit ici (20 avril). C'est une radio qui se fait un point d'honneur de rester constamment à l'écoute de ses auditeurs, et pour cela de se mettre à leur hauteur et de donner toute priorité à la satisfaction de la "demande". C'en est devenu un fléau, une nuisance, une calamité. Même la conception que la chaîne se fait de l'information se soumet à la dictature de l'audience, et hume l'actualité à hauteur de pâquerette. 

Non seulement on a droit à un "micro-trottoir" au moindre bulletin d'information (tu parles d'une information !), mais la chaîne consacre des temps d'antenne appréciables à "donner la parole" aux auditeurs ("le téléphone sonne"). J'imagine que les gens ont besoin de s'exprimer, comme les "réseaux sociaux" en donnent à tout instant une preuve écrabouillante et consternante. Ils ne se rendent pas compte que les mots qu'ils déversent dans leur téléphone coulent dans une canalisation qui débouche dans le tonneau des Danaïdes.

Bon, c'est vrai, les mots que j'imprime sur cet écran suivent sans doute le même chemin, mais moi, je ne me fais pas d'illusion : hormis dans quelques cas de prises de contact, j'ignore si quelqu'un est au bout du fil pour me donner l'impression qu'on m'écoute : au diable l'avarice. Je suis résolument infoutu d'installer un "compteur", genre Google Analytics ou Xiti. Ah oui, Tonton Georges a bien raison de dire qu' « aujourd'hui la manie de l'acte gratuit se développe » (c'est dans Concurrence déloyale).

Heureusement, France Inter pose régulièrement ses micros devant la bouche de gens importants, ceux qui ont vraiment quelque chose à nous prêcher. En l'occurrence, le 9 mai dernier autour de 12 heures 18' (c'est un "duel" entre un "progressiste" (Gilles Finkelstein) et une "réac" (Natacha Polony), arbitré par Ali Baddou), elle les a posés devant Emmanuel Macron en personne, et l'on a pu entendre, sortant de l'auguste organe oraculaire de Jupiter, les propos suivants :

« Les vrais idéalistes sont des grands pragmatiques. Quand Robinson part, il part pas avec de grandes idées de poésie ou de récit, il va dans la cale chercher ce qui va lui permettre de survivre : du fromage, du jambon, des choses très concrètes. Robinson, quand le naufrage est là, il se prend pas les mains dans la tête en essayant de faire une grande théorie du naufrage » (citation absolument textuelle ; je précise que l'expression a laissé de marbre Baddou, Finkelstein et Polony ). 

"Il se prend pas les mains dans la tête".

Merci, monsieur Macron, de m'avoir offert sur un plateau cet instant de bonne humeur sur la morne plaine où se fabrique notre quotidien : j'ai essayé de faire le geste, mais en vain. En fait, c'est une rediffusion d'une séquence déjà enregistrée, selon le principe de l' « illustration », mais ça ne change rien au fait que Macron a vraiment dit ça. Je passe sur le fait qu'une fois de plus, ce premier de la classe à qui tout a réussi se permet de faire la leçon aux Français.

MASQUES PLAGE.jpg

Photo de Sébastien Husson, vue sur Facebook.

Cela ne veut pas dire, hélas, que les Français sont assez grands pour savoir ce qu'ils doivent faire : on a trouvé, sur les plages récemment entrouvertes, des ribambelles de masques (chirurgicaux, en tissu, etc.), et on apprend que les gens s'agglutinent par grappes compactes dans les rues de Giverny, dans la rue du Mont-Saint-Michel (au fait, que devient la Mère Poulard ?), au bord du canal Saint-Martin et sur diverses étendues de sable. Il y a même eu, paraît-il, un embouteillage en forêt de Fontainebleau.

Allons, tout va bien : C'EST REPARTI.

Voilà ce que je dis, moi.

***

Le 5 mai, Mathilde Munos, à l'antenne du même France Inter entre 5 et 7h, avait sorti, peut-être au cours d'une interview, cette jolie perle : « Au déconfinement, les gens n'auront pas le droit d'aller à plus de 100 km/h de chez eux ».

mardi, 14 avril 2020

MÉSAVENTURE D'UNE PUBLICITÉ

EMMANUEL MACRON L'A DIT :

« SACHONS DANS CE MOMENT SORTIR DES SENTIERS BATTUS, DES IDÉOLOGIES ET NOUS RÉINVENTER. MOI LE PREMIER ».

"MOI LE PREMIER."

« Tu l'as dit, bouffi ! »

(Arsène Lupin, quand il s'adresse à l'inspecteur Ganimard).

Attention, monsieur Macron. C'est tombé dans les oreilles d'au moins trente-cinq millions de "soutiers" qui font avancer le navire "France" au quotidien. Attention, monsieur Macron, les soutiers du navire "France" ne sont pas sourds. Ils vous ont écouté. Ils vous ont entendu. Ils s'en souviendront. J'espère que vous savez ce que les mots veulent dire ! En cas de manquement à la parole, les soutiers de la République n'oublieront pas, et ils se chargeront de vous coronavirer à grands coups de pied virtuels dans les burnes électorales.

Dernière chance, monsieur Macron ! 

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En attendant le « retour des jours heureux » (le président dixit), voici un petit moment de déconfinement virtuel.

Voici la photo d'une publicité pour Bouygues qui occupait une page entière du journal Le Monde daté vendredi 10 avril 2020.

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On se dit que la fille sur la photo a effectivement un besoin urgent de l'aide de ses copines, vu la gueule qu'elle a, qu'on se demande le genre de saloperie qu'elle a prise, peut-être en pratiquant l'embrassade à l'aveugle au cours d'une partie de colin-maillard, au mépris de tous les gestes barrières et des règles de la distanciation sociale en pleine épidémie de morbus gravis ou de tabès dorsalis. En tout cas, elle a mis la frimousse où il ne fallait pas.

On regarde ça (page de droite oblige, c'est là que sont les pubs), et puis on regarde la page de gauche, où l'on trouve en général les articles, parce que c'est la page qu'on regarde en dernier (ne me demandez pas pourquoi). Et voici ce qu'on y voit, sur la page de gauche, exactement en face. L'encre n'était pas sèche. C'est ballot, hein !

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On comprend tout de suite où la fille de la publicité a chopé ces vilaines taches rouges sur la figure.

Ce n'est certes pas moi qui reprocherai au Monde de saboter une publicité pour Bouygues.

samedi, 11 avril 2020

QUI EST UN HÉROS ?

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Cette publicité occupe la dernière page d'un supplément du journal Le Monde daté 10 avril 2020. Il s'intitule "Journal de crise des blouses blanches" et est bourré de témoignages jour par jour des multiples soignants qui interviennent contre le Covid-19. L'annonceur est une banque "mutualiste", mais quand même soutenue par la Société Générale. Je sais déjà ce que Le Monde me répondrait : « Il faut bien vivre, mon pauvre monsieur ».

Non, le Covid-19 (alias coronavirus, alias SARS-Cov-2) n'a pas besoin de héros pour cesser de nuire et de tuer. Et je ne crois pas que les personnels de santé qui font tout ce qu'ils peuvent pour empêcher les gens de mourir attendent qu'on les considère comme des héros.

Les poilus de 1914 non plus n'étaient pas des héros : en allant au casse-pipe, ils obéissaient aux ordres, ils faisaient le boulot qu'on leur ordonnait de faire. Romain Gary, qui a fait la dernière guerre dans l'aviation de chasse, a toujours refusé d'être considéré comme un héros, mais comme un pilote de chasse qui faisait son boulot. Joseph Kessel disait à peu près la même chose.

Et qui se souvient de JEAN MARIDOR ? Si son nom est resté gravé dans ma mémoire, c'est seulement parce qu'à l'époque où j'ai découvert son action dans le ciel de Londres quand les nazis, en 1944, tentaient d'écraser la ville sous une pluie de V1, je devais avoir douze ou treize ans, c'est-à-dire l'âge où un garçon a besoin de héros pour modèles. Je n'ai jamais oublié les quelques syllabes sonores de ce nom facile à prononcer. Quelque soixante ans après, il me tient toujours compagnie. 

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Photo encyclopédie en ligne.

Jean Maridor faisait son boulot de pilote de chasse, et il le faisait plutôt bien : lancé à la poursuite d'un V1 dès qu'il le repérait, il glissait le bout de l'aile de son Spitfire sous un aileron de la bombe volante, et d'un brusque mouvement du manche à balai la faisait basculer pour qu'elle explose quelque part dans la mer ou dans la campagne. Un jour, la bombe, mitraillée de trop près, lui a explosé au nez : ça ne pardonne pas. Il avait vingt-quatre ans. Aurait-il eu envie qu'on le qualifie de héros s'il avait vécu ?

Non, les soignants n'attendent pas qu'on les qualifie de héros : ils font le boulot pour lequel ils ont été formés et pour lequel ils sont (très souvent mal) payés. Les professions de santé attendent juste que la société leur donne les moyens d'exercer leur métier dans des conditions satisfaisantes. L'aura particulièrement lumineuse dont les circonstances entourent ces professions en ce moment devrait nous faire comprendre qu'elles font avec quelques autres partie des soubassements intouchables (il faudrait dire "sacrés") qui permettent à tout le corps social de continuer à tenir debout.

Le scandale dans la situation actuelle tient à ce que, depuis au moins un an (et plus), on voit les blouses blanches manifester dans les rues, on les entend appeler à l'aide et lancer des cris de détresse, précisément pour que les moyens soient enfin portés à la hauteur des besoins. Si on ne les entend plus ces jours-ci, il faut les excuser : ils sont un peu occupés. Il faut vraiment être sourd ou "non-comprenant" pour n'avoir pas compris ça en haut lieu.

Le soir à vingt heures, je n'applaudis pas des héros : j'applaudis des gens qui font leur boulot comme ils ont conscience qu'ils doivent le faire en tout temps.

 

Macron, fais quelque chose !

Et pas pour aujourd'hui ou demain :

POUR TOUJOURS !

vendredi, 10 avril 2020

CORONAVIRUS : LES À-CÔTÉS

Entendu sur l'antenne de France Inter le lundi 6 avril aux alentours de 13h12 (44'10" au minutage de l'émission, qui commence à 12h32). Emmanuel Grabey fait un reportage à Paris, du côté de Belleville, pour informer sur la façon (aléatoire) dont les aides sociales sont distribuées dans les bureaux de poste. Ce ne sont pas les premiers mots du reportage, mais pas loin.

« Appuyée sur une béquille, Sabrina est en tête de queue ... ».

Merci à Emmanuel Grabey pour ce petit instant de petit bonheur. Il ne se doute peut-être pas de la chose, en ces temps d'angoisse et de confinement.

lundi, 06 avril 2020

DES MOYENS POUR L'HÔPITAL PUBLIC

ADRESSE AU PRÉSIDENT MACRON ET A SES SEMBLABLES.

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Photo parue dans Le Monde, 5-6 avril 2020.

Pas moins de huit personnes pour entourer le brancard perfectionné. Voilà ce que ça veut dire, Monsieur Macron, "investissement pour l'hôpital public".

Oui, monsieur Macron, voilà pourquoi je suis en colère. Très en colère. Pour dire vrai, je bous de rage.

Car voilà, monsieur Macron, les moyens qu'il faut à l'hôpital public pour que la France puisse faire face aux imprévus sanitaires : des moyens financiers et du personnel hospitalier en nombre. Seulement, pouvez-vous comprendre que l'hôpital est tout sauf une entreprise ? Que la raison d'être de l'hôpital public n'est pas d'être rentable ? Que l'hôpital public se définit comme un Bien Commun inaliénable ?

C'est vous, monsieur Macron, qui avez parlé d'un « plan massif d'investissement pour l'hôpital public ». 

Vous l'avez dit, mais tiendrez-vous parole ? J'espère que l'article de Laurent Mauduit sur Mediapart (1er avril 2020) servira de "geste-barrière". Le contraire serait trop terrible. J'espère que vous renoncerez à n'être que l'ultralibéral qui cause, qui cause, c'est tout ce qu'il sait faire.

***

Il faut absolument lire, dans le même numéro du Monde l'article intitulé "Carnet national", signé par « Pascale Robert-Diard, avec l'ensemble de la rédaction du "Monde", du monde.fr et de nos correspondants régionaux ». On a du mal à s'en remettre. L'auteur a compilé les avis de décès publiés dans la presse régionale. On y apprend, entre autres, que dans L'Alsace (journal du Haut-Rhin), les avis de décès parus du 18 au 28 mars 2019 étaient au nombre de 241. Sur la même période, mais en 2020, on en compte 620.

***

Réveillez-vous, monsieur Macron ! Prenez conscience, monsieur Macron ! Il est encore temps, monsieur Macron !

lundi, 24 février 2020

HEURTER LES SENSIBILITÉS

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Autocollant réellement vendu par la revue à la fin des années 1970.

Une revue comme Hara Kiri est sans doute impensable aujourd'hui.

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  Dans Hara Kiri n°211 d'avril 1979.

La question qui se pose : quelles seraient les réactions aujourd'hui ?

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Dans Hara Kiri n°193, octobre 1977.

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Il fallait oser ! Qui oserait maintenant

lundi, 03 février 2020

LEÇON DE POLITIQUE

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Cours Magistral de Politique Intérieure Française par Monsieur le Professeur Georges Wolinski, publiée dans l'hebdomadaire Charlie Hebdo, le 30 septembre 1976 : le Président Giscard d'Estaing explique à Monsieur Raymond Barre la raison pour laquelle ses décisions suscitent une levée de tous les boucliers.

La question qui me vient à l'esprit est la suivante : « Emmanuel Macron aurait-il malgré tout raison, puisqu'on voit justement se lever tous les boucliers ? ». Autrement dit : « Quand on gouverne, faut-il attendre que tous les boucliers se soulèvent pour savoir qu'on est dans le vrai ? ». La réponse, dans les années 1950-1960, aurait été : « Certes, il y a des classes sociales, mais au-dessus, il y a le sentiment d'appartenance au peuple français ». Ce qui produit le plus souvent des conclusions qui satisfont tout le monde à moitié.

Aujourd'hui, il n'en est rien : le peuple français s'est scindé en une multitude d'îlots qui forment un archipel (Jérôme Fourquet, L'Archipel français) : le Président de la République élu en 2017 essaie de nous faire croire qu'il est autre chose qu'un directeur d'hypermarché soucieux de satisfaire jusqu'aux plus infimes compartiments de sa clientèle.

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Toujours Wolinski, dans Charlie Hebdo du 17 juin 1976.

Emmanuel Macron en revient aux rodomontades politiques, étant entendu que vouloir faire de la politique aujourd'hui revient à se livrer à de simples rodomontades, puisque l'économie a définitivement relégué la politique au rang de simple remorque de son char triomphal.

C'est en tant que P.-D. G. de l'entreprise "France" – et directeur du service comptabilité – que monsieur Macron a entrepris une réforme du système de retraite dont la principale finalité est de faire des économies (sur le dos des futurs retraités).

Mais quelle prescience dans le regard de Wolinski : n'est-ce pas précisément Macron qui a parlé de "start-up nation" ? Et ce n'était pas il y a un demi-siècle, il me semble ! 

lundi, 27 janvier 2020

2020 : "POLE DANCE" ET VENT EN POUPE !

La civilisation progresse. C'est dans Le Progrès daté 26 janvier 2020 (hier). 

La "pole dance" fait fureur. La "pole dance" est sortie des boîtes érotiques offrant le spectacle lascif de femmes plus ou moins prostituées serrant un poteau entre leurs cuisses en prenant des airs extatiques, pour le plus grand plaisir de mâles frustrés venus là pour mater et se faire des impressions. Cela ne fait qu'un domaine de plus où la France vassale copie les mœurs de son suzerain américain.

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Le titre ci-dessus a quelque chose d'hallucinant : le journal du peuple lyonnais envisage sans ciller, sans sourciller et sans frissonner d'horreur de faire entrer dans les mœurs de tout le monde des pratiques naguère réservées aux amateurs de pornographie "soft" à la petite semaine.

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Quelle belle activité, n'est-ce pas ?

Je suggère à toutes les personnes de sexe féminin, dans leur désir de se perfectionner dans l'art de se coller un poteau entre les cuisses (une tige, un mât, une vergue, une hampe, à la rigueur un vermicelle de contrebande), de ne s'accrocher qu'à des valeurs nationales sûres et reconnues.

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En couverture du Charlie Hebdo paru le 7 janvier 1974.

mercredi, 22 janvier 2020

2020 : RETRAITES, DES AVANCÉES ?

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Gribouillis pondu sur un coin de table par Wolinski, et paru parmi d'autres le 14 aoüt 1972, dans Charlie Hebdo, dans la série des "couvertures auxquelles vous avez échappé cette semaine". Le bonhomme est supposé s'appeler Edgar Faure. Un demi-siècle après, la vérité du propos de ce dessin reste d'évidence. S'agissant des retraites, la réforme impulsée par Emmanuel Macron semble pilotée par les crânes d’œufs en chef du Ministère des Finances, avec comme seul impératif catégorique : "faire des économies" (ils appellent ça "contraction des dépenses"). Le gouvernement de la France ne siège pas à Matignon : il est à Bercy. L'entreprise France (vous savez, la "start-up nation") est gouvernée par le service comptabilité. 

jeudi, 16 janvier 2020

2020 : UNITÉ SYNDICALE ...

... COMME EN 1970.

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Charlie Hebdo n°3, 7 décembre 1970, dessin de Wolinski. Les travailleurs ont tort de sourire. En plus, aujourd'hui, il y a FSU, SUD, UNSA, FO, CGC, CFTC, CGPME, etc ...

Pas besoin de chercher bien loin à qui on devra bientôt la défaite des travailleurs français dans leur lutte contre la dégradation des conditions d'obtention d'une retraite acceptable. Monsieur Macron peut déjà se frotter les mains : la désunion syndicale travaille pour lui (voir ici mon billet du 3 mai 2019). Il voit enfin se profiler à l'horizon l'instauration d'un système de retraites par capitalisation. Autant dire qu'il s'apprête à fêter la prochaine privatisation de l'argent des retraites.

vendredi, 10 janvier 2020

2020 : DOLTO PÉDOPHILE ?

Aujourd'hui, c'est la fête à Françoise Dolto.

Oui, oui, l'icône en personne : sainte Françoise.

La mamie absolue.

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Le Canard enchaîné, mercredi 8 janvier 2020. Dessin signé Aurel.

Décidément, c'est l'époque qui veut ça ! L'époque ? En état d'hébétude et d'ahurissement et dans une ambiance de scandale insoutenable, elle découvre les années 1970 et l'incroyable permissivité morale qui a vu s'ébattre et s'épanouir les grandes causes sociétales de la "libération sexuelle", de l'homosexualité, du féminisme et de la pédérastie (mot pris dans son sens étymologique d' "amour avec les enfants").

Sauf que la dernière de ces "grandes causes" est devenue, au fil des ans, des redressements moraux et des révisionnismes idéologiques, la grande pestiférée, alors que les deux autres prospéraient à qui mieux-mieux, au point d'édifier autour des homosexuels et des femmes un rempart pénal infranchissable. L'époque, qui a d'un côté sacralisé la cause des homosexuels et des femmes au point d'inscrire au Code Pénal les délits d'homophobie et de sexisme, désigne l'amour (physique) des enfants comme l'ennemi à abattre.

Un problème se pose néanmoins : que faire de la mémoire de personnes auxquelles, entre-temps, l'époque elle-même a élevé des statues en acier inoxydable et plaquées or, alors qu'elles ont publiquement avoué leur tolérance ou leur solidarité avec ceux que nous appelons rétrospectivement des "pédophiles" ? Sans parler de celles qui ont milité en leur temps pour la libéralisation de ces mœurs qui paraissent abominables à tant de gens aujourd'hui.

Prenez la liste des signataires de la "Lettre du 23 mai 1977" publiée par le journal Le Monde : que du beau linge ! Cette lettre, peut-être rédigée par un certain Gabriel Matzneff (qui en revendique la paternité), demande au législateur la révision, dans un sens plus "laxiste", des lois réprimant les abus dans les relations entre adultes et mineurs. 

Des noms ? Allez, quelques-uns : Louis Althusser, Roland Barthes, Simone de Beauvoir, Jean-Louis Bory, Patrice Chéreau, Gilles Deleuze, Jacques Derrida, Françoise Dolto, André Glucksman, Félix Guattari, Roland Jaccard, Pierre Klossowski, Jean-François Lyotard, Michel Leiris, Christiane Rochefort, Alain Robbe-Grillet, Jean-Paul Sartre, Philippe Sollers (parmi les noms figurant sur la liste aimablement fournie par l'encyclopédie en ligne).

Parmi ces noms de gens ou très célèbres ou assez connus, on note celui de Françoise Dolto. Eh bien figurez-vous que ça tombe bien, parce que Le Canard enchaîné du mercredi 8 janvier 2020 consacre quasiment une demi-page à la célébrissime psychanalyste des enfants, auteur de nombre d'ouvrages savants et animatrice de mémorables émissions de radio.

Il se trouve qu'en novembre 1979, la revue "Choisir la cause des femmes" (Gisèle Halimi) a publié un entretien que Françoise Dolto a eu avec un juge des enfants, texte ensuite repris dans un ouvrage. Et l'on peut dire que ça décoiffe. Je cite Le Canard enchaîné.

« Dolto : Dans l'inceste père-fille, la fille adore son père et est très contente de pouvoir narguer sa mère !

Q. : Et la responsabilité du père ?

R. : C'est sa fille, elle est à lui. Il ne fait aucune différence entre sa femme et sa fille, ou même entre être l'enfant de sa femme ou bien le père de sa femme. La plupart des hommes sont de petits enfants. Il y a tellement d'hommes qui recherchent dans femme une "nounou". Et des femmes qui les confortent dans cette idée-là ! Alors la responsabilité du père, à ce niveau (...).

Q. : Donc, la petite fille est toujours consentante ?

R. : Tout à fait.

Q. : Mais enfin, il y a bien des cas de viol ?

R. : Il n'y a pas de viol du tout. Elles sont consentantes.

Q. : Quand une fille vient vous voir et qu'elle vous raconte que dans son enfance, son père a coïté avec elle, et qu'elle l'a ressenti comme un viol, que lui répondez-vous ?

R. : Elle ne l'a pas ressenti comme un viol. Elle a simplement compris que son père l'aimait et qu'il se consolait avec elle, parce que sa femme ne voulait pas faire l'amour avec lui. »

J'arrête ici la citation, car la suite est également assez gratinée, mais j'invite tout le monde à se procurer ce morceau d'anthologie, qui montre que les années 1970 étaient imprégnées jusqu'au trognon d'idées qu'une majorité s'accorde aujourd'hui à juger puantes, repoussantes, et même pornographiques. Le Canard enchaîné signale tout de même en fin d'article que Françoise Dolto, deux ans auparavant, jugeait que « l'initiation sexuelle des adolescents et des enfants par un adulte (...) est toujours un traumatisme psychologique profond ». 

L'icône François Dolto prise en flagrant délit de pédalage dans la semoule de choucroute au yaourt ! Elle pourrait faire un tour chez le psy, non ?

Voilà ce que je dis, moi.

vendredi, 20 décembre 2019

MACRON ET LES RETRAITÉS :

(Pour le calendrier de l'Avent, mais au palais de l'Elysée : si Macron a sa réforme, ce sera le "Petit Jésus en culotte de velours" pour lui et la grimace pour tout le monde.)

« FEU A VOLONTÉ ! »

Pour la réforme des retraites, quelles sont au juste les intentions de Macron ? Elles sont très claires, et depuis fort longtemps : en finir avec le « modèle social à la française ». On trouve cette confidence dans la bouche de l'intéressé en personne, dans le livre du journaliste indépendant Marc Endeweld, L'Ambigu Monsieur Macron (Points, 2015). Il n'était pas encore Président. Il n'emberlificotait pas encore la Vérité dans les tortillons de ses lubies ultralibérales. Bon, c'est vrai que la Vérité ne risquait pas grand-chose : il n'était pas aux commandes.

Ce qu'il veut ? Son Nord Cardinal ? Son Projet Général ? Diminuer à toute force la « Dépense Publique ». Pour cela, réduire l'envergure des interventions de l'Etat à ses seules fonctions régaliennes (défense, police, justice, ...) et laisser tout le reste aux « forces du marché » (en français : privatiser tout ce qui formait le Bien commun depuis la Libération). Moyennant quoi, tout de même, c'est sous Macron que la dette publique de la France vient de franchir le seuil des 100 % : on ne fait pas toujours ce qu'on aurait voulu.

En pensée, il se situe dans la droite ligne des intentions de Nicolas Sarkozy, qui avait entrepris, entre autres et sans compter son invention des ruineux PPP (Partenariats Public-Privé), la « Réforme de l'Hôpital », dont on voit les brillants résultats dix ans après sa mise en œuvre : six cents médecins viennent de lancer un appel : « L'hôpital se meurt ». Et ce n'est pas Agnès Buzyn (que je crois finalement de bonne foi) qui l'empêchera de mourir : elle ne fait qu'obéir aux ordres et ne pouvoir que ce qu'elle peut dans un jeu politique qui la dépasse.

Pour Macron, 13,8% du P.I.B. pour supporter le poids des retraités, c'est insupportable. Son obsession cardinale s'est fixée sur ce chiffre diabolique. Il s'est fixé pour mission de l'abaisser drastiquement. Moins cher coûteront les retraités, mieux le pays se portera, semble se dire monsieur Macron. Leur paupérisation figure dans son programme.

Pour préparer l'opinion à ce coup de sabre, il a mitonné quelques « éléments de langage ». D'abord présenter le système des retraites à la française comme un maquis inextricable. Pensez : quarante-deux « Régimes Spéciaux », dont chacun est doté d'avantages spécifiques concernant l'âge de départ, la durée de cotisation ou le "taux de remplacement", sans compter les clauses "idiosyncrasiques". 

Soit dit en passant, on reste ébahi d'ahurissement en entendant le chroniqueur Brice Couturier accuser les différentes corporations d'utiliser leur « Pouvoir de Nuisance » pour arracher des avantages particuliers dans les négociations sociales : ce chien de garde consciencieux de ses maîtres fait purement et simplement abstraction des conditions concrètes d'exercice de la profession (amplitudes journalières, pénibilité, vie de famille, etc.).

S'ajoute à cela une belle imposture qui consiste à dénoncer le maquis inextricable des "régimes spéciaux" en passant sous silence le fait qu'ils représentent, en tout et pour tout, 10 % du montant total des pensions de retraite. Dix pour cent !!!!!! Je vais vous dire : le tintouin magistral orchestré autour du "scandale" que représentent les régimes spéciaux m'apparaît ridicule tant il est disproportionné.

Autre « injustice » (deuxième élément de langage) dénoncée par Macron et consort : l'inégalité de traitement, suivant que l'on a travaillé dans le "privé" ou dans la bienheureuse "Fonction Publique", ce repaire bien connu de tous les privilégiés qui vivent en parasite aux frais de la princesse en en foutant le moins possible.

C'est vrai qu'a priori, entre un calcul sur les six derniers mois d'activité et les vingt-cinq meilleures années, on a tendance à se dire que les travailleurs du privé subissent un horrible sort qu'ils n'ont pas mérité. Mais on passe allègrement sur les différences salariales entre les deux secteurs.

Pour vous dire, moi qui fus fonctionnaire mais qui ai travaillé dans le privé au cours de mes études, je touche royalement 30,74 € tous les deux mois de la Sécurité sociale pour les huit trimestres que me valent tous les "petits boulots" accomplis. Bon, c'est ça ou rien, alors ...

Alors la « Retraite par Points » maintenant. La solution miracle ? Oui, on vous dit : tout le monde sera traité de la même manière. Fort bien. Moi je ne peux pas m'empêcher d'entendre l'adjudant qui vocifère : « Je ne veux voir qu'une tête ! ».

D'abord, on nous dit que ce système définitivement juste, il est universel. Moi je dis qu'il y en a qui sont plus universels que d'autres. La preuve ? Les policiers ont déjà obtenu la promesse qu'il ne sera rien changé à leur régime à eux.

Bon, mettons cela sur le compte de leur « Pouvoir de Nuisance » (Brice Couturier). Mais va-t-on toucher au régime des sénateurs, qui ont déjà prévenu que ça ne se passerait pas comme ça ? Et les routiers ? Bon, je ne vais pas énumérer : le "répertoire opérationnel des métiers et des emplois" (R.O.M.E.) comprend plus de 10.000 appellations de métiers et d'emplois (14 familles de métiers, 110 domaines professionnels). Est-il seulement raisonnable de croire qu'il est possible de "ne voir qu'une tête" ?  

Reste la question du « point ». Là, on entre dans le crucial. D'accord, toutes les heures travaillées seront comptabilisées et rapporteront quelque chose, mais quelle sera la valeur du point ? Et sera-t-elle constante ? Et qui la fixera ? En appliquant quelle règle ? Je n'évoque même pas l'avenir promis aux "pensions de réversion".

Ma conviction intime est la suivante : le gouvernement, guidé par le fringant premier de la classe qui nous sert de président, a la volonté farouche de faire passer son système universel de la retraite par points pour faire du montant des retraites de toute la population une   

VARIABLE D'AJUSTEMENT.

Tous les bavardages à propos de tel ou tel aspect de la réforme ne sont que des "paroles verbales" destinées à détourner l'attention générale de cet objectif ultime de Macron : faire dépendre le montant des retraites futures des circonstances du moment.

En clair : rendre ce montant modulable à volonté.

Fini le montant fixe assuré jusqu'à la mort de la personne. Si la réforme voulue par Macron passe, ce que toucheront les futurs retraités suivra les variations de la courbe suivie par la conjoncture. Qu'une crise survienne, que la situation économique de la France se dégrade, qu'une force politique intolérante accède au pouvoir, quoi de plus facile que de raboter comme il faut la valeur du point ?

Je signale qu'en ce qui concerne la fonction publique, que beaucoup de gens envient, et même jalousent, le salaire des fonctionnaires dépend de la valeur du point d'indice, qui n'avait pas cessé d'augmenter depuis la Libération. Je ne sais pas depuis quand ce point d'indice est au point mort, mais il ne faut pas se demander pourquoi le pouvoir d'achat des fonctionnaires a diminué.

Quand la valeur du point est laissée à la discrétion d'une autorité, il ne faudra pas s'étonner que l'autorité se serve de ce pouvoir pour faire des économies sur le dos des personnes concernées. Et je ne vois pas pourquoi il n'en serait pas de même pour la valeur du point de retraite dans l'avenir.

En réalité, il y a fort à parier que Macron, en mettant en marche son bulldozer de la retraite par point, s'en tient à un pur raisonnement comptable. Ce n'est pas pour rien que ce phraseur talentueux mais impénitent est passé par la banque et par le ministère de l'économie. 

Je me souviens que René Haby (ancien ministre de l'Education) avait mis en route (1975) sa réforme du « Collège unique » pour promouvoir l'égalité des chances et pour que soit aboli l'injuste système des « filières » : il fallait à tout prix « réparer l'ascenseur social ». Plusieurs dizaines de réformes (Legrand, Devaquet, et toute la kyrielle) ont proclamé qu'elles étaient destinées à atteindre ce noble objectif.

Quand ce n'était pas celui-ci, elles promouvaient et promettaient de « travailler autrement » pour « apprendre à apprendre » (réformes "pédagogiques", autrefois chères à Philippe Meirieu, qui s'en est bien repenti depuis). 

Résultat ? D'une part, l'école française, quarante ans après, n'a jamais été aussi inégalitaire (chaque individu est vissé à vie à son statut social d'origine). D'autre part, en ce qui concerne la transmission des savoirs, jamais l'école française n'a été autant à la dérive. La cause ? Derrière la noblesse des buts recherchés, cherchez le comptable (le crâne d’œuf de Bercy : c'est lui qui décide). Affichez avec ostentation la noblesse des intentions, mentez sur tout le reste.

Du côté de l'hôpital, inutile de revenir sur la loi HPST voulue en son temps par Sarkozy et défendue par Bachelot. Le but affiché ? Rationaliser l'organisation de l'hôpital. Résultat ? L'étranglement financier, la suppression des lits, les personnels en "burn out" qui quittent le navire.

Cherchez le comptable, vous aurez le coupable.

Pourquoi en serait-il autrement avec la réforme des retraites ? La noblesse du but affiché ? Instaurer un régime où il n'y ait pas de place pour l'injustice. La réalité du but visé ? Faire des économies. Le résultat ? Pas besoin de vous faire un dessin.

CHERCHEZ LE COMPTABLE, VOUS AUREZ LE COUPABLE.

Hollande était un sous-chef de bureau sournois. Sarkozy était un caporal teigneux. Macron, lui, est un comptable sourcilleux : il veille à l'équilibre des comptes, quelle que soit la réalité tangible.

Voilà ce que je dis, moi. 

POST SCRIPTUM : Il ne fait guère de doute qu'il entre une autre donnée dans les calculs de monsieur Emmanuel Macron : quand, dans la population générale, on aura pris conscience que les retraites "statutaires", les retraites ordinaires et normales sont destinées à laisser la place à ces retraites restreintes, les plus prudents, les plus prévoyants accepteront de consacrer un partie supplémentaire de leur rémunération en période d'activité à augmenter ce "pactole". Devinez qui sera le plus en mesure de sacrifier une partie de sa rémunération pour cela. Devinez dans quel genre de poches ira ce supplément. Et devinez qui se frotte les mains et se lèche les babines dans cette perspective. C'est humain : quand il y a du pognon à se faire ...

samedi, 16 novembre 2019

SISMOGRAPHES

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Bauer, Le Progrès, mardi 12 novembre 2019.

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Reiser, 1976.

En l'état actuel des choses, rien en ce qui concerne les alertes attentats.

mercredi, 13 novembre 2019

7 JANVIER - 13 NOVEMBRE

DE CHARLIE HEBDO ...

7 janvier 2015,charlie hebdo,cabu,wolinski,bernard maris,13 novembre 2015,bataclan

... AU BATACLAN.

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MA COLÈRE IMPUISSANTE EST INTACTE.

mardi, 05 novembre 2019

MÉCANIQUE D'UNE ÉMOTION NATIONALE

RECONSTITUTION DU DÉROULEMENT IMAGE PAR IMAGE D'UNE ÉMOTION NATIONALE.

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Daté vendredi 9 janvier 2015 (c'est-à-dire paru le jeudi 8 après-midi).

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Daté samedi 10 janvier 2015.

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Daté dimanche 11-Lundi 12 janvier 2015.

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Daté mardi 13 janvier 2015.

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Daté mercredi 14 janvier 2015.

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Daté jeudi 15 janvier 2015

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Daté vendredi 16 janvier 2015.

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L'événement occupe l'entièreté de la "une" dans six des sept ici présentes. Ça, c'est pour symboliser l'unité nationale. La septième "une" est de nouveau divisée, comme avant l'événement. Ça, c'est pour indiquer le retour à la norme (au "débat").

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Moralité : l'émotion, il vaut mieux ne pas s'y fier. La preuve ? Combien aujourd'hui pour dire : « Je suis Charlie » ? Et je ne suis pas sûr de ne pas penser autant de mal de toutes les manifestations publiques des émotions.

Je n'arrive pas à comprendre pourquoi toujours les mêmes "marches blanches", pourquoi toujours les mêmes banderoles proclamant "Plus jamais ça !" Tout le monde le sait parfaitement : la source des circonstances qui motivent ces manifestations n'est pas près de se tarir.

Il ne faudrait pas que ça devienne un automatisme : ça risquerait de devenir « du mécanique plaqué sur du vivant » (Bergson) !

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J'ajoute (nous sommes toujours le mardi 5 novembre) que les émotions collectives, quand elles deviennent utilisables par des pouvoirs, deviennent des instruments d'oppression d'autant plus inquiétants qu'ils s'exercent hors de la conscience. Celui qui, par son savoir-faire ou son charisme propre, parvient à capter la force émanée de l'émotion spontanée, devient illico un chef, un Führer, un Guide. 

Moralité : politiquement, l'émotion, c'est le Mal.

Voilà ce que je dis, moi.

jeudi, 17 octobre 2019

MON POINT DE VUE SUR LA POLICE ...

... FRANÇAISE. (2/2)

3 – La police de proximité.

Je crois que ce préjugé défavorable au peuple, soigneusement entretenu par les autorités, explique l’incroyable élargissement du fossé qui sépare la population des forces de police. Récemment, sur France Culture, un gradé de rang moyen, proche de la retraite (le même que précédemment), rappelait que, lors de la cohabitation Chirac-Jospin après 1997 (la dissolution), ce dernier avait eu cette trouvaille admirable : la « police de proximité », et que sa disparition avait été une catastrophe (voir plus bas).

Qu’est-ce que c’était, pour Lionel Jospin et son entourage, la police de proximité ? C’était l’occasion inespérée de répandre dans la population l’idée que, quand la police est là, c’est pour venir à son aide, la secourir, faire en sorte que règne, en fin de compte, un ordre qu’on puisse qualifier de républicain. Jospin a réussi, avec la police de proximité, à installer des postes de police jusque dans des quartiers où, aujourd’hui, les policiers ne peuvent plus s’aventurer sans prendre cailloux ou cocktails Molotov, sans provoquer des émeutes. On peut se demander naïvement pourquoi : la réponse fait hurler de rage le simple bon sens.

La police de proximité, c’étaient des policiers en quelque sorte chargés d’une mission de haute sensibilité : établir entre la population et les forces représentant la loi des relations de confiance réciproque. Des flics destinés à vivre si possible dans les mêmes conditions réelles d'existence que les vrais gens, dont ils auraient une vraie « connaissance de terrain » et aux yeux desquels ils étaient chargés de représenter la loi en action et en présence.

La loi, certes, en uniforme, mais avec un visage d’individu reconnaissable et familier. La police dans la population comme un poisson dans l’eau : la voilà, la police républicaine. Des personnes au milieu d'autres personnes. Et qui pouvaient, selon les moments, taper dans un ballon dans les "quartiers" ou taper sur les voyous, les délinquants et les dealers. L'ordre qu'ils représentaient était admis par la population, et ils n'oubliaient jamais leur mission première : incarner la loi. 

Avec la police de proximité, Lionel Jospin avait mis en place les conditions de la paix civile sur tous les territoires de la république. Cela devait paraître insupportable à certains.

4 – La politique du chiffre : le policier est un gros bâton. Un poing, c'est tout.

La police de proximité commençait juste à porter ses fruits, quand elle a été supprimée d’un simple trait de plume, au motif qu’ « un flic, c’est pas payé pour jouer au football ». Celui qui tient alors la plume (et l’auteur de la citation, qui en a d'autres belles à son actif : "kärcher", "casse-toi pauvre con", etc. ...) est un voyou que les Français ont eu la niaiserie de porter à la présidence (en fait, à ce moment-là – avant 2007 – il n'était que le ministre de l'Intérieur de Chirac). Croyant élire un homme d’action, ils ont élu un casseur. Le bilan de Nicolas Sarkozy (c’est lui, tout le monde avait compris) est un bilan de casse : la justice, l’hôpital, la police, tout y passe.

La justice ? On compare les magistrats à des rangées de boîtes de petits pois sur des rayons, et on envoie Rachida Dati tirer dessus comme à la foire et faire des gros trous dans la carte judiciaire. L’hôpital ? On tient en laisse un molosse du nom de Roselyne Bachelot, qu'on lâche un jour avec pour mission de dévaster le service public de santé en imposant la rémunération à l’acte, mesure qui transforme illico l’hôpital en entreprise "prestataire de services", dirigée par un patron chargé de veiller, sinon à la rentabilité, du moins à l’équilibre des comptes (c’est la loi « HPST », dont on admire aujourd'hui les fabuleux résultats, entre autres, dans les services d’urgence et la filière psychiatrique).

La police ? Le bilan de Sarkozy est encore plus brillant. On commence par bousiller tout le service de renseignement « de terrain » (les « Renseignements Généraux », vous savez, ces policiers qu'on disait chargés des basses besognes des gouvernements, qui se baladaient incognito dans tous les syndicats, partis, groupes et milieux (mais aussi églises, synagogues et mosquées), en laissant traîner les yeux et les oreilles, pour prendre et "faire remonter" en temps réel la température de la population) en le fondant brutalement dans un nouveau service (DGSI) où on le mélange en touillant bien avec la DST, qui avait un oeil sur les étrangers séjournant en France. Or ce sont deux métiers distincts. RG et DST n'ont jamais pu additionner leurs compétences. Je parierais volontiers que Mohamed Merah (2012) est le brillant résultat de l'opération.

Et surtout, on va transformer la police en entreprise en y appliquant la même politique du « paiement à l’acte » qu’à l’hôpital, sauf que là, ça prend le nom de « politique du chiffre ». Pour Sarkozy, un policier est seulement un gros bâton entre ses mains. Une trouvaille ! Fallait y penser ! Plus nombreux sont les « constats », plus nombreuses les « affaires traitées », et plus le commissaire est content. Il a de quoi. Car pour « motiver » les troupes, on introduit dans la rémunération du commissaire une variable liée aux résultats de ses services sur le terrain : plus il coche de cases, plus il se sent confortable et plus il tire d’oreilles, à la façon de notre "petit caporal" national, pour dire sa satisfaction à ses "grognards".

Résultat des courses ? On laisse courir la réalité triviale, fatigante et salissante pour fabriquer des statistiques en pur papier dont le pouvoir peut se gargariser, et où apparaissent, grâce à Sarkozy, les formidables gains de productivité et d’efficacité de la police républicaine. Concrètement, faire du chiffre, ça veut dire qu'on envoie les bidasses agrafer des « baba cools » en uniforme (dreadlocks et rouge-orange-vert), confisquer leur barrette de « shit » et les envoyer en comparution immédiate : c’est ça, le « chiffre ». J’ai oublié le terme employé par le flic gradé de rang moyen proche de la retraite, sur France Culture, mais c’est à peu près ça. La réalité réelle ? Elle fout le camp. Les plus gros poissons ? Ils courent à toutes jambes et à tire d’aile, jamais inquiétés.

La voilà, la police de Sarkozy : c’est une police qui a sorti les mains du cambouis, c’est une police propre, une police en pur papier de statistiques.

J'exagère évidemment, mais c'est pour faire comme Günther Anders : c'est à visée pédagogique. Le malheur, c'est que ni Hollande, ni Macron n'ont fait quoi que ce soit pour rectifier le tir après le décès politique du voyou. Ah si, pourtant : il semblerait que, avec les "brigades de sécurité du quotidien", le régime actuel veuille faire revivre d'une certaine manière l'idée de Jospin. Espérons.

5 – Le policier obéit aux ordres.

Le dernier point sera pour souligner un aspect souvent minimisé dans les comptes rendus de la presse : rien de ce que font les policiers lors des manifestations ne se fait sans avoir été autorisé ou ordonné par la hiérarchie. Le gradé de rang moyen proche de la retraite, déjà cité, le confirme : si on lui dit de reculer d’un mètre, le policier de base recule d’un mètre en disant : « Oui chef ! Bien chef ! ». La police est un outil mis à la disposition des gouvernants par la Constitution, c'est-à-dire par l'Etat.

Je ne vais pas me lancer dans l'historique impossible de la confusion presque permanente entre "intérêt de l'Etat" et "intérêt du gouvernement" au fil de la Cinquième République : je veux juste rappeler la fonction d'utilité publique de la Police nationale et de la Gendarmerie nationale. C'est un instrument au service de la chose publique. Ce qu'on appelle la "chaîne de commandement" va du ministre en charge jusqu'au bidasse du dernier rayon, où chaque échelon inférieur est supposé obéir aux ordres qu'on lui donne, et chaque échelon supérieur censé donner des ordres conformes aux intérêts de la nation. C'est au moins la théorie.

Cela veut dire que le flic de terrain, lorsqu’il tire une « balle de défense » avec son LBD, c’est qu’on lui a dit de le faire. Même chose pour les gaz lacrymogènes, même chose pour les « grenades de désencerclement ». Même chose pour les manœuvres destinées à couper toutes les issues à une foule de manifestants, pour les enfermer comme dans une nasse, qu'on arrose ensuite de "lacrymos" pour leur apprendre les bonnes manières. Même chose pour les manœuvres consistant à laisser les "black blocks" se fondre au milieu des marcheurs, ce qui permet de ne plus distinguer ensuite le bon grain de l'ivraie. Même chose, évidemment, quand il s'agit de "foncer dans le tas" (après sommations d'usage).

Cela veut dire qu’il faudrait moins parler de « violences policières » que de « violences d’Etat » : s’il y a des dégâts sur le terrain (un œil, une main en moins, des blessures diverses), c’est que cela entre dans le cadre des ordres donnés par la hiérarchie policière. Et la hiérarchie policière, elle n'a qu'une pensée : appliquer les consignes données par le ministère de l’Intérieur (ou par celui qui en tient lieu en région : le préfet). L’œil crevé, la main arrachée, autant de trophées que le ministre pourrait à bon droit exposer aux murs de son bureau : c'est lui qui lance la meute à l'attaque. 

En matière de violences policières, il y a manifestement une parfaite adéquation entre les dégâts infirmiers et médicaux et les intentions politiques dans le cadre desquelles ils s'inscrivent. En haut lieu, on peut certes "déplorer" et "compatir", mais on ne désavouera pas l'action et on ne sanctionnera personne : ce serait se punir soi-même. Dit autrement : les violences policières sont pensées, voulues, prévues par quelqu'un qui ne descend pas sur le terrain, et qui laisse les "manards" en prendre parfois plein la gueule. Si les policiers sont violents, c'est sur ordre, mais à leurs risques. C'est, dit le ministre, le résultat qui compte : peu importent les "dommages collatéraux". Cela explique pour une bonne part monsieur Castaner, "droit dans ses bottes" quand il est devant les caméras, soutenant la légitimité de l'emploi des LBD.

Tout ça pour dire que, si l’on s’indigne à raison en visionnant des images de smartphone faites « sur le terrain » des manifs, où l’on voit une matraque s’abattre sur un piéton déjà à terre, où l’on entend le long cri de douleur d’un homme qui a reçu une balle de défense dans les couilles, on devrait s’en prendre de façon beaucoup plus directe à toute la chaîne de commandement (jusqu'au ministre) qui a permis d’aboutir à ces dommages corporels. Les policiers n'ont fait qu'obéir aux ordres. Dommages stupéfiants dans un pays si fier encore de se considérer comme une démocratie exemplaire.

Voilà, en gros, les réflexions qui me viennent quand je pense à l’exercice de la police en France. Pour moi, une police démocratique et républicaine devrait pouvoir se déplacer dans la population, dans les quartiers, dans les territoires comme un poisson dans l’eau. Or je constate que tout est fait pour que le corps policier apparaisse comme un « corps étranger » qui n'est nulle part le bienvenu, et violemment conspué dans certains endroits.

L'hostilité qui entoure les apparitions et les actions de la police dans les manifs est sans doute le but recherché par le pouvoir. Quand on pense à la « police de proximité » patiemment mise en place sous Jospin (la greffe avait commencé à "prendre"), et brutalement rayée de la carte par Sarkozy, on reste effaré devant le gâchis : quelle perte imbécile ! 

J’en attribue la responsabilité à Sarkozy bien sûr, mais plus généralement à tous les pouvoirs en place, qui tiennent à garder sous le coude des solutions concrètes et "fortes" à tous les « problèmes », au cas où : la formation des policiers, l’organisation policière, la définition des missions de la police, le contrôle des forces de l'ordre, la hiérarchie policière, tout cela serait à refondre dans un esprit authentiquement républicain.

Je ne sais pas tout de la question, mais en l’état actuel des choses, il ne me semble pas qu’on puisse qualifier la police française de « républicaine ». Or la police est telle que la veulent les pouvoirs, qu'ils soient de droite ou de gauche. Il semble évident que la faute en incombe à tous les gradés de rang supérieur et à tous les "hauts fonctionnaires" qui les chapeautent, mais plus encore à tous les politiques qui, au gré des élections, sont mis à la tête de tout ce petit monde pour "mettre en œuvre" la politique des présidents qui les ont nommés. Et je n'oublie pas les noms de Squarcini et Péchenard qui, au ministère de l'Intérieur, furent des exécutants disciplinés des ordres fangeux donnés par Nicolas Sarkozy.

Je plains les policiers eux-mêmes. En particulier les gradés de rang moyen proches de la retraite.

Je plains les services publics en général.

Voilà ce que je dis, moi.

Note : il reste bien des sujets à traiter : les taux de suicide dans les rangs de la police et de la gendarmerie ; le positionnement politique très à droite de beaucoup de policiers ; les millions d'heures supplémentaires de service non rémunérées ; les difficultés du recrutement ; etc.