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jeudi, 17 octobre 2019

MON POINT DE VUE SUR LA POLICE ...

... FRANÇAISE. (2/2)

3 – La police de proximité.

Je crois que ce préjugé défavorable au peuple, soigneusement entretenu par les autorités, explique l’incroyable élargissement du fossé qui sépare la population des forces de police. Récemment, sur France Culture, un gradé de rang moyen, proche de la retraite (le même que précédemment), rappelait que, lors de la cohabitation Chirac-Jospin après 1997 (la dissolution), ce dernier avait eu cette trouvaille admirable : la « police de proximité », et que sa disparition avait été une catastrophe (voir plus bas).

Qu’est-ce que c’était, pour Lionel Jospin et son entourage, la police de proximité ? C’était l’occasion inespérée de répandre dans la population l’idée que, quand la police est là, c’est pour venir à son aide, la secourir, faire en sorte que règne, en fin de compte, un ordre qu’on puisse qualifier de républicain. Jospin a réussi, avec la police de proximité, à installer des postes de police jusque dans des quartiers où, aujourd’hui, les policiers ne peuvent plus s’aventurer sans prendre cailloux ou cocktails Molotov, sans provoquer des émeutes. On peut se demander naïvement pourquoi : la réponse fait hurler de rage le simple bon sens.

La police de proximité, c’étaient des policiers en quelque sorte chargés d’une mission de haute sensibilité : établir entre la population et les forces représentant la loi des relations de confiance réciproque. Des flics destinés à vivre si possible dans les mêmes conditions réelles d'existence que les vrais gens, dont ils auraient une vraie « connaissance de terrain » et aux yeux desquels ils étaient chargés de représenter la loi en action et en présence.

La loi, certes, en uniforme, mais avec un visage d’individu reconnaissable et familier. La police dans la population comme un poisson dans l’eau : la voilà, la police républicaine. Des personnes au milieu d'autres personnes. Et qui pouvaient, selon les moments, taper dans un ballon dans les "quartiers" ou taper sur les voyous, les délinquants et les dealers. L'ordre qu'ils représentaient était admis par la population, et ils n'oubliaient jamais leur mission première : incarner la loi. 

Avec la police de proximité, Lionel Jospin avait mis en place les conditions de la paix civile sur tous les territoires de la république. Cela devait paraître insupportable à certains.

4 – La politique du chiffre : le policier est un gros bâton. Un poing, c'est tout.

La police de proximité commençait juste à porter ses fruits, quand elle a été supprimée d’un simple trait de plume, au motif qu’ « un flic, c’est pas payé pour jouer au football ». Celui qui tient alors la plume (et l’auteur de la citation, qui en a d'autres belles à son actif : "kärcher", "casse-toi pauvre con", etc. ...) est un voyou que les Français ont eu la niaiserie de porter à la présidence (en fait, à ce moment-là – avant 2007 – il n'était que le ministre de l'Intérieur de Chirac). Croyant élire un homme d’action, ils ont élu un casseur. Le bilan de Nicolas Sarkozy (c’est lui, tout le monde avait compris) est un bilan de casse : la justice, l’hôpital, la police, tout y passe.

La justice ? On compare les magistrats à des rangées de boîtes de petits pois sur des rayons, et on envoie Rachida Dati tirer dessus comme à la foire et faire des gros trous dans la carte judiciaire. L’hôpital ? On tient en laisse un molosse du nom de Roselyne Bachelot, qu'on lâche un jour avec pour mission de dévaster le service public de santé en imposant la rémunération à l’acte, mesure qui transforme illico l’hôpital en entreprise "prestataire de services", dirigée par un patron chargé de veiller, sinon à la rentabilité, du moins à l’équilibre des comptes (c’est la loi « HPST », dont on admire aujourd'hui les fabuleux résultats, entre autres, dans les services d’urgence et la filière psychiatrique).

La police ? Le bilan de Sarkozy est encore plus brillant. On commence par bousiller tout le service de renseignement « de terrain » (les « Renseignements Généraux », vous savez, ces policiers qu'on disait chargés des basses besognes des gouvernements, qui se baladaient incognito dans tous les syndicats, partis, groupes et milieux (mais aussi églises, synagogues et mosquées), en laissant traîner les yeux et les oreilles, pour prendre et "faire remonter" en temps réel la température de la population) en le fondant brutalement dans un nouveau service (DGSI) où on le mélange en touillant bien avec la DST, qui avait un oeil sur les étrangers séjournant en France. Or ce sont deux métiers distincts. RG et DST n'ont jamais pu additionner leurs compétences. Je parierais volontiers que Mohamed Merah (2012) est le brillant résultat de l'opération.

Et surtout, on va transformer la police en entreprise en y appliquant la même politique du « paiement à l’acte » qu’à l’hôpital, sauf que là, ça prend le nom de « politique du chiffre ». Pour Sarkozy, un policier est seulement un gros bâton entre ses mains. Une trouvaille ! Fallait y penser ! Plus nombreux sont les « constats », plus nombreuses les « affaires traitées », et plus le commissaire est content. Il a de quoi. Car pour « motiver » les troupes, on introduit dans la rémunération du commissaire une variable liée aux résultats de ses services sur le terrain : plus il coche de cases, plus il se sent confortable et plus il tire d’oreilles, à la façon de notre "petit caporal" national, pour dire sa satisfaction à ses "grognards".

Résultat des courses ? On laisse courir la réalité triviale, fatigante et salissante pour fabriquer des statistiques en pur papier dont le pouvoir peut se gargariser, et où apparaissent, grâce à Sarkozy, les formidables gains de productivité et d’efficacité de la police républicaine. Concrètement, faire du chiffre, ça veut dire qu'on envoie les bidasses agrafer des « baba cools » en uniforme (dreadlocks et rouge-orange-vert), confisquer leur barrette de « shit » et les envoyer en comparution immédiate : c’est ça, le « chiffre ». J’ai oublié le terme employé par le flic gradé de rang moyen proche de la retraite, sur France Culture, mais c’est à peu près ça. La réalité réelle ? Elle fout le camp. Les plus gros poissons ? Ils courent à toutes jambes et à tire d’aile, jamais inquiétés.

La voilà, la police de Sarkozy : c’est une police qui a sorti les mains du cambouis, c’est une police propre, une police en pur papier de statistiques.

J'exagère évidemment, mais c'est pour faire comme Günther Anders : c'est à visée pédagogique. Le malheur, c'est que ni Hollande, ni Macron n'ont fait quoi que ce soit pour rectifier le tir après le décès politique du voyou. Ah si, pourtant : il semblerait que, avec les "brigades de sécurité du quotidien", le régime actuel veuille faire revivre d'une certaine manière l'idée de Jospin. Espérons.

5 – Le policier obéit aux ordres.

Le dernier point sera pour souligner un aspect souvent minimisé dans les comptes rendus de la presse : rien de ce que font les policiers lors des manifestations ne se fait sans avoir été autorisé ou ordonné par la hiérarchie. Le gradé de rang moyen proche de la retraite, déjà cité, le confirme : si on lui dit de reculer d’un mètre, le policier de base recule d’un mètre en disant : « Oui chef ! Bien chef ! ». La police est un outil mis à la disposition des gouvernants par la Constitution, c'est-à-dire par l'Etat.

Je ne vais pas me lancer dans l'historique impossible de la confusion presque permanente entre "intérêt de l'Etat" et "intérêt du gouvernement" au fil de la Cinquième République : je veux juste rappeler la fonction d'utilité publique de la Police nationale et de la Gendarmerie nationale. C'est un instrument au service de la chose publique. Ce qu'on appelle la "chaîne de commandement" va du ministre en charge jusqu'au bidasse du dernier rayon, où chaque échelon inférieur est supposé obéir aux ordres qu'on lui donne, et chaque échelon supérieur censé donner des ordres conformes aux intérêts de la nation. C'est au moins la théorie.

Cela veut dire que le flic de terrain, lorsqu’il tire une « balle de défense » avec son LBD, c’est qu’on lui a dit de le faire. Même chose pour les gaz lacrymogènes, même chose pour les « grenades de désencerclement ». Même chose pour les manœuvres destinées à couper toutes les issues à une foule de manifestants, pour les enfermer comme dans une nasse, qu'on arrose ensuite de "lacrymos" pour leur apprendre les bonnes manières. Même chose pour les manœuvres consistant à laisser les "black blocks" se fondre au milieu des marcheurs, ce qui permet de ne plus distinguer ensuite le bon grain de l'ivraie. Même chose, évidemment, quand il s'agit de "foncer dans le tas" (après sommations d'usage).

Cela veut dire qu’il faudrait moins parler de « violences policières » que de « violences d’Etat » : s’il y a des dégâts sur le terrain (un œil, une main en moins, des blessures diverses), c’est que cela entre dans le cadre des ordres donnés par la hiérarchie policière. Et la hiérarchie policière, elle n'a qu'une pensée : appliquer les consignes données par le ministère de l’Intérieur (ou par celui qui en tient lieu en région : le préfet). L’œil crevé, la main arrachée, autant de trophées que le ministre pourrait à bon droit exposer aux murs de son bureau : c'est lui qui lance la meute à l'attaque. 

En matière de violences policières, il y a manifestement une parfaite adéquation entre les dégâts infirmiers et médicaux et les intentions politiques dans le cadre desquelles ils s'inscrivent. En haut lieu, on peut certes "déplorer" et "compatir", mais on ne désavouera pas l'action et on ne sanctionnera personne : ce serait se punir soi-même. Dit autrement : les violences policières sont pensées, voulues, prévues par quelqu'un qui ne descend pas sur le terrain, et qui laisse les "manards" en prendre parfois plein la gueule. Si les policiers sont violents, c'est sur ordre, mais à leurs risques. C'est, dit le ministre, le résultat qui compte : peu importent les "dommages collatéraux". Cela explique pour une bonne part monsieur Castaner, "droit dans ses bottes" quand il est devant les caméras, soutenant la légitimité de l'emploi des LBD.

Tout ça pour dire que, si l’on s’indigne à raison en visionnant des images de smartphone faites « sur le terrain » des manifs, où l’on voit une matraque s’abattre sur un piéton déjà à terre, où l’on entend le long cri de douleur d’un homme qui a reçu une balle de défense dans les couilles, on devrait s’en prendre de façon beaucoup plus directe à toute la chaîne de commandement (jusqu'au ministre) qui a permis d’aboutir à ces dommages corporels. Les policiers n'ont fait qu'obéir aux ordres. Dommages stupéfiants dans un pays si fier encore de se considérer comme une démocratie exemplaire.

Voilà, en gros, les réflexions qui me viennent quand je pense à l’exercice de la police en France. Pour moi, une police démocratique et républicaine devrait pouvoir se déplacer dans la population, dans les quartiers, dans les territoires comme un poisson dans l’eau. Or je constate que tout est fait pour que le corps policier apparaisse comme un « corps étranger » qui n'est nulle part le bienvenu, et violemment conspué dans certains endroits.

L'hostilité qui entoure les apparitions et les actions de la police dans les manifs est sans doute le but recherché par le pouvoir. Quand on pense à la « police de proximité » patiemment mise en place sous Jospin (la greffe avait commencé à "prendre"), et brutalement rayée de la carte par Sarkozy, on reste effaré devant le gâchis : quelle perte imbécile ! 

J’en attribue la responsabilité à Sarkozy bien sûr, mais plus généralement à tous les pouvoirs en place, qui tiennent à garder sous le coude des solutions concrètes et "fortes" à tous les « problèmes », au cas où : la formation des policiers, l’organisation policière, la définition des missions de la police, le contrôle des forces de l'ordre, la hiérarchie policière, tout cela serait à refondre dans un esprit authentiquement républicain.

Je ne sais pas tout de la question, mais en l’état actuel des choses, il ne me semble pas qu’on puisse qualifier la police française de « républicaine ». Or la police est telle que la veulent les pouvoirs, qu'ils soient de droite ou de gauche. Il semble évident que la faute en incombe à tous les gradés de rang supérieur et à tous les "hauts fonctionnaires" qui les chapeautent, mais plus encore à tous les politiques qui, au gré des élections, sont mis à la tête de tout ce petit monde pour "mettre en œuvre" la politique des présidents qui les ont nommés. Et je n'oublie pas les noms de Squarcini et Péchenard qui, au ministère de l'Intérieur, furent des exécutants disciplinés des ordres fangeux donnés par Nicolas Sarkozy.

Je plains les policiers eux-mêmes. En particulier les gradés de rang moyen proches de la retraite.

Je plains les services publics en général.

Voilà ce que je dis, moi.

Note : il reste bien des sujets à traiter : les taux de suicide dans les rangs de la police et de la gendarmerie ; le positionnement politique très à droite de beaucoup de policiers ; les millions d'heures supplémentaires de service non rémunérées ; les difficultés du recrutement ; etc. 

mercredi, 16 octobre 2019

MON POINT DE VUE SUR LA POLICE ...

... FRANÇAISE. (1/2)

Intro

Il y a un problème avec la police en France, c’est certain, mais j’ai du mal à voir clair dans la situation. Les policiers manifestent parce qu'ils sont en colère. Ils ont sûrement  de bonnes raisons pour cela, mais ils ne sont pas les seuls. Regardez du côté des infirmiers, des services d'urgence, de la psychiatrie, de l'Education nationale, et même des pompiers (il paraît qu'il y a eu des affrontements pompiers-flics). De quoi se demander quel corps de métier n'est pas en colère. Je trouve même ça inquiétant, cette « convergence des colères » (pour pasticher une invocation à la mode dans certains milieux).

Rien de plus que citoyen ordinaire (spécialiste de rien du tout, mais toujours un peu aux aguets), j'essaie ici de mettre quelques réflexions noir sur blanc. 

D’un côté, des gens en uniforme, payés par l’Etat, envoient des tas de "balles de défense" qui font de gros dégâts parce qu'elles sont lancées "à tir tendu" (je traduis : "pour faire de vrais dégâts"), tabassent des gens (y compris pacifiques), bousculent des vieilles dames et donnent ainsi l’impression de se conduire comme des brutes cassant tout sur leur passage (il faudrait nuancer, mais).

De l’autre, quelques dizaines ou quelques centaines de délinquants et gangsters de diverses origines, masqués et armés, très rapides à la manœuvre, très bien entraînés, profitent d’une manif annoncée comme pacifique pour venir casser des centres-villes et piller des magasins de luxe, suscitant l’incrédulité du monde entier au spectacle des photos de guerre dans les avenues de Paris (« La France à feu et à sang »).

Entre les deux, une population ordinaire et normale, en général hébétée quand elle voit les images de tout le mal qu'elle n'a pas fait, venue marcher dans la rue, avec des banderoles et des mégaphones, pour donner son avis sur des mesures gouvernementales qui lui paraissent injustes.

Voilà, en gros, les données du problème : au centre, « la population », ceux que les journalistes adorent, dans les grands enterrements ou les grands drames, appeler « la foule des anonymes », qui vaque à des occupations plus ou moins politiques (= qui font leur métier de citoyens), cernée d’un côté par les incroyables forces – disproportionnées aux yeux de la simple raison – déployées par le gouvernement (ou l’Etat ?), cernée de l’autre par la violence avide de carnage de groupes – finalement très peu nombreux – accourus là pour faire la guerre.

1 – Liberté de manifester ?

Conséquence de cet affrontement : le silence imposé par la force aux voix qui s’élèvent des profondeurs du peuple pour dire sans violence leur souffrance ou leur refus. Le message qui en découle directement, c’est : « Fermez vos gueules, le peuple ! ».  

Car cette situation entraîne de fait l’interdiction de manifester dans les formes légales et légitimes, puisque ce que retiennent les images médiatiques, c'est le plus sanglant, le plus violent, le plus spectaculaire. Dans le jeu atroce du spectacle de tout comme condition de l'existence aux yeux des autres, les manifestants pacifiques ont tout à perdre. Car ceux qui manifestent n'ont, au départ, aucune mauvaise intention : ils veulent qu'on les entende. La surdité des "hautes sphères" est pour beaucoup dans la tentation de la violence. Dans la rue, les plus violents ne tiennent pas à se faire entendre, ils n'ont rien à demander : ce qu'ils veulent, ils le prennent par la force.

Les gilets jaunes l'ont eu dans l'os, et au-delà du supportable. Je ne cherche pas à savoir qui est le coupable ou à qui le crime profite, mais je remarque que le premier bénéficiaire visible est le gouvernement en place : les « black blocks » sont objectivement des ennemis du peuple et des copains du gouvernement. Est-ce que les policiers sont pour autant les amis du peuple ? On pourrait le penser en entendant les propos d'un gradé de rang moyen, proche de la retraite, entendu récemment sur France Culture (série "LSD"), mécontent en priorité de l'organisation de la police, et de la façon dont ses missions sont pensées. Mais si l'on s'en tient aux contusions, blessures et mutilations obtenues par LBD, on peut en douter.

Ce qui est sûr, c’est que la France présente au monde, dans ces circonstances, un visage absolument étrange, pour ne pas dire absurde. Comment se fait-il qu’à la moindre manifestation, le gouvernement mette sur le terrain sept ou huit milliers de gendarmes et de policiers (annoncés à son de trompe dans tous les canaux médiatiques), quand les gouvernements de nos voisins (Grande-Bretagne, Allemagne, …) – du moins d'après ce que j'en sais – en envoient quelques centaines ? Et des policiers et gendarmes français dotés de tenues, d’équipements et d’armes faits a priori pour mener, non des négociations sociales, mais des "guerres de basse intensité".

2 – Le pouvoir a peur.

Qu’est-ce qui motive la tenue de combat façon « robocop » des forces de police pour faire face à des manifestations de foules a priori pacifiques ? C’est, à mon avis, au-delà du mimétisme américano-centré, l’attitude mentale des autorités en place (légales : gouvernement, préfets, etc.) : le pouvoir a peur, il anticipe le pire. Cela crève les yeux : nos gouvernants, qu'ils soient élus, hauts responsables politiques ou hauts fonctionnaires, ont peur des Français.

Ils ont peur que la situation leur échappe, et qu'il se produise alors quelque chose qui les mettrait en danger ou dont ils devraient porter le chapeau. Je pose une question bête : s'ils n'avaient pas peur, pourquoi Emmanuel Macron et sa majorité auraient-ils, par voie législative, introduit dans le droit commun des mesures jusqu'alors réservées à l'état d'urgence ? Qu'on m'excuse, mais quand on est soucieux des libertés publiques, introduire l'urgence dans le droit commun, c'est une contradiction dans les termes.

On a l'impression que le pouvoir entre leurs mains ressemble à un fer rouge qu'ils ne savent pas comment empoigner. Je me suis d'abord demandé s'ils ne pétaient pas de trouille parce qu'ils sont clairement et complètement conscients des conséquences ultimes dévastatrices des politiques qu'ils sont chargés de mettre en oeuvre par leurs promesses, par leurs convictions et par leurs commanditaires. Rationaliser les tâches à toute berzingue et adapter la machine économique nationale en cavalant derrière les pays à bas coût de main d'œuvre, cela ne se fait pas sans dévastations sociales dans le pays. Bah, on verra après.

Ils anticipent le pire. Je me suis dit qu'ils mettaient tout en place pour se préparer à une terrible violence future : si la casse sociale induite par "les réformes" (les sacro-saintes réformes) se produit, il faut s'attendre à quelques "mécontentements". Et que ceux-ci, alimentés par l'avancée des "réformes", finissent par ressembler à de l'exaspération. Sait-on jamais ?

C'est peut-être pour ça que la préoccupation (normale en temps normal) de l'ordre public est devenue pour les récents pouvoirs en place une véritable obsession. C'en est au point que le général Richard Lizurey, directeur général de la gendarmerie, se plaint : « L'ordre public a hypothéqué le reste de nos missions » (interview dans Le Progrès du 15 octobre 2019). Ce propos rejoint celui du gradé de rang moyen proche de la retraite cité plus haut.

Ensuite, en les mettant en vrac, j'ai eu tendance à attribuer cette peur à la déconnexion intellectuelle et psychologique dont on a coutume d'accuser, avec raison, une classe politique vivant plus ou moins en vase clos, et qui les empêche de percevoir et de partager le sort commun des citoyens ordinaires : aussi bizarre que ça puisse paraître, tout se passe comme s'ils ne savaient pas à qui ils ont à faire.

Pour les responsables politiques français, les Français sont, pour faire court, des dossiers à traiter. Finalement, ils ont une vision abstraite de la citoyenneté et de la vie ordinaire. Tout ce qui outrepasse le contenu du dossier est illégal. Je plaisante, mais seulement à moitié.

Plus on se rapproche de l'altitude zéro (alias « le terrain », alias « on entre dans le dur », alias « on est dans le concret »), plus le message global des étages supérieurs de la société aux sous-fifres est que la population qui manifeste est un adversaire, une menace, qu’il faut traiter comme tels.

Plus le haut responsable consent à descendre de son empyrée, plus il s'attend à l'hostilité : quand Macron part en balade dans la France profonde, il est bien à l'abri, derrière un épais rideau de muscles policiers, et il ne se gêne pas pour paralyser toute la presqu'île (dernièrement à Lyon, pour je ne sais plus quel machin international).

Il faut, d’après la haute hiérarchie policière, se méfier du français moyen (craint-on d'éventuelles fraternisations type "bas-clergé-tiers-état" ?). C'est nouveau : le français moyen, voilà l'ennemi. Quand il manifeste, il faut s’attendre au pire (sous peine d’être traité de laxiste ou d’incompétent en cas de). La façon dont est pensée et conçue l'action de la police est selon moi l'expression de la peur des couches dirigeantes de la société.

Je veux dire que le Français moyen n’est pas un partenaire avec qui il serait légitime de discuter, mais un ennemi dont il faut à tout prix contrer le potentiel de nuisance. Et il n’y a pas besoin des « black blocks » pour cela : je n’oublie pas l’hallucinant cadre en acier soviétique qui avait entouré une manif contre les « lois El Khomri », qui avait obligé les protestataires à tourner autour du bassin de l’Arsenal (quai de Seine-Bastille et retour).

Le manège à manif n'est pas loin : il ne reste plus qu’à mettre tout ce beau monde sur un plateau tournant avec un air de musette, les flics autour et la CGT au milieu. Une sinistre farce, dans ma mémoire, à laquelle s’étaient prêtés les syndicats. 

Face aux manifs, le pouvoir se comporte en général, même sans les « black blocks », comme en face de forces dangereuses : le gouvernement sait que les mesures qu’il est en train de prendre sont « impopulaires ». Il prévoit logiquement le refus, mais il se prépare alors à un affrontement physique, comme s’il redoutait une révolution. Et c’est finalement le pouvoir qui, en mobilisant en masse des forces de l’ordre en tenue de combat, crée une atmosphère de guerre civile. Le pouvoir anticipe le pire, au détriment des réalités raisonnables et négociables. Et en l’anticipant, il le crée.

Je me demande si cette image d’une plèbe toujours prête à l’insurrection, propre aux représentations que s’en fait le pouvoir, n’est pas la nourriture « culturelle » qu'on fait ingurgiter à tous les futurs flics pendant toute la période de leur formation. Ira-t-on jusqu'à parler pour cela d'endoctrinement ? 

Je me demande si cette conception n'imprègne pas toute la chaîne de commandement : toujours s'attendre au pire. Je me demande si ce ne sont pas tous les membres des forces de l’ordre qui sont, après l’obtention de l’habilitation et une fois dans l’exercice pratique du métier, imprégnés de cet état d’esprit où domine la méfiance à l’égard de la population. La méfiance et l'hostilité du pouvoir à l'égard du peuple ressemble à un principe, à un dogme, à une philosophie globale.

Bref, je me demande si cette méfiance des pouvoirs et des forces détentrices de la « violence légitime » à l’égard des gens ordinaires n’est pas une simple construction mentale, une pure élucubration de quelqu’un qui a besoin de s’inventer un adversaire et de lui prêter a priori un potentiel de "violence délinquante", pour se prétendre autorisé à faire usage de la "violence légitime".

La population manifestante est ainsi revêtue par le pouvoir d’un costume chamarré d’énergumène déchaîné et de voyou potentiel prêt à tout casser et à « bouffer du flic ». Or, comme l’ont montré les embrassades chaleureuses qui ont suivi le 7 janvier et le 13 novembre 2015, celle-ci est toute prête à entretenir avec sa police une relation de respect, et même d’amitié. Ce genre d’occasion est rare et malheureusement éphémère. Tout revient vite à la « normale » (= au désamour). 

Il est loin, le temps de la « police de proximité », que regrette le gradé de rang moyen proche de la retraite, déjà cité.

A suivre.

lundi, 22 juillet 2019

VIALATTE ET LES JOURNALISTES

L'été est propice à la révision des Chroniques d'Alexandre Vialatte.

J’ai dit hier combien je suis horripilé par le choix des « sujets » qui remplissent trop souvent les bulletins d’information, journaux écrits, radiophoniques ou télévisés. Il semblerait qu’Alexandre Vialatte n’éprouve qu’une estime modérée pour la profession même de journaliste, cette sorte de chien de chasse toujours la truffe au vent qui court après l’événement. Il y a quelque chose de désespérément futile et de futilement désespéré dans cette recherche inlassable et jamais aboutie de la réponse à la vaste question que se pose, taraudé par le doute, l’homme qui s’ennuie : « Qu’est-ce qui se passe ? ». Si sa vie était pleine, il se contenterait d'exister.

Le problème essentiel du journaliste est précisément qu’il se passe quelque chose à tout moment et en tout lieu. Cela n’aide pas l’esprit humain à se faire une idée bien nette du sens de la vie. Le journaliste, en désespoir de cause et poussé par son rédac’chef, se rabat en général sur ce qu’il suppose devoir intéresser le lecteur. Eh oui, il faut vendre. Il faut bien vivre.

Trop souvent hélas, il s’imagine que ce qui intéresse le lecteur, c’est le lecteur lui-même. Il s’ensuit que le journaliste ordinaire finit par lui tendre non les clés de compréhension du monde qui l’entoure, mais une sorte de miroir. On appelle ça "répondre à la demande", "se mettre à la portée". La "loi du marché", quoi. Ce faisant, la presse d'information oublie que son vrai lecteur ne veut surtout pas qu'on lui serve un produit dont les caractéristiques ont été déterminées par de savantes enquêtes marketing : il attend des éléments de connaissance précis. C'est dire qu'en termes d'altitude, le niveau général de la presse d'information se rapproche du niveau de la mer (certains répondront avec raison qu'il s'en passe aussi de belles, au niveau de la mer !).

La prose d'Alexandre Vialatte, au contraire, s'élève vers les sommets : il ne saurait s'abaisser à dire que, pour lui, l'activité de l'homme, qui motive et induit la trajectoire du journaliste, est étonnante de petitesse. Vialatte possède au plus haut point l'art de laisser deviner (sans que jamais ce soit formulé), par la seule énumération d'éléments juxtaposés, ce qu'il convient de penser de l'ensemble. Jugement d'une grande justesse, irréprochable courtoisie, cette élégance, cette subtilité s'appelle littérature.

Pauvres journalistes, finalement.

***

La presse indiscrète.

L’homme s’est, de tout temps, intéressé à l’homme. A ce qu’il dit, à ce qu’il fait, à ce qu’il voudrait qu’il fasse. Il lui écrit des lettres anonymes, il le traîne en justice. Il « este » contre lui, comme disent les mots croisés. Il lui déclare des guerres mondiales, il le pend, il le brûle, il veut savoir ce qu’il fait, ce que mijote le voisin, ce qu’en a dit sa belle-sœur, pourquoi le mariage s’est fait, pourquoi il ne s’est pas fait, où le sous-préfet est allé en vacances, et pourquoi la chaisière a mis un chapeau neuf. Toutes ces choses le passionnent. Il cherche à les savoir. Telle est l’origine de la presse. Elle lui raconte l’homme tous les matins, les dictateurs barbus, les Chinois en colère, les gens qui ont été brûlés vifs, la lune de miel du garçon-coiffeur qui a épousé la grande chanteuse, et ce qu’a dit M. Marcel Achard en distribuant les prix de vertu. Il y prend un plaisir extrême. Il apprend en même temps le temps qu’il a fait la veille, la meilleure marque de chaussettes, comment on peut gagner du temps en faisant sa lessive la nuit, et « Ce que j’ai fait de plus scandaleux » par la vedette du film à la mode. Tous ces renseignements lui bourdonnent dans la tête. Il sait comment le coureur Robic ouvre le robinet de sa baignoire, se savonne, se rince et s’essuie, et qu’au sommet de la fameuse côte qui décidait de la énième étape, Antonin Magne a dit très nettement : « Il fait chaud ». Il est frappé par la justesse d’un tel propos. Il le rapporte à son chef de bureau. Il s’émerveille de voir les grands hommes aussi simples. Il vit à l’échelle planétaire une vie multipliée par tous les événements. 

*** 

Ces événements, qui les raconte ? Le journaliste. Qui distribue tous les matins à l’homme à jeun ce pain de l’événement nécessaire à sa faim ? Le reporter, l’envoyé spécial. Car l’homme ne vit pas seulement de pain au sens où l’entend le boulanger, mais aussi du récit des événements de la veille. Et c’est pourquoi le monde est couvert de journalistes qui vont et viennent dans tous les sens, les uns à bicyclette, les autres en avion, d’autres encore à motocyclette ou dans les rapides automobiles qui volent à la vitesse du vent ; certains même en hélicoptère. Ils empruntent les téléphériques, les autostrades et les routes nationales. On les trouve sur les cimes et les chemins vicinaux, les sentiers de chèvres et les pistes routières, à des hauteurs vertigineuses, parfois aussi, comme en Hollande, bien au-dessous du niveau de la mer. Ils montent sans peur dans les ballons sphériques. Pendus au bout d’un parachute, ils filment les parachutistes ; lancés à ski sur une pente redoutable, ils filment les champions du ski. On les trouve dans les sous-marins, dans les brousses des coupeurs de tête et dans l’igloo de l’Eskimo canadien. Le thermomètre est descendu à moins 60 ? Ils n’en ont cure ; ils glissent vivement sous leur chemise un vieux numéro de Paris-Soir pour se protéger la poitrine et continuent à photographier le chasseur de phoque, le chien de traîneau, le veau marin et l’Evêque du vent. Pour avoir le genou plus à l’aise, ils portent une culotte de golf et mettent un costume à carreaux. Ils se cachent dans une valise en fibre végétale pour filmer les grands événements.

C’est ainsi qu’ils peuvent satisfaire les exigences de la curiosité des hommes. (Car l’homme a commencé par la curiosité, qui le fit chasser du Paradis terrestre, et ne se survit, dans son grand âge, que grâce à elle. C’est son premier et dernier péché.) 

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On aurait tort de croire que tous les journalistes portent un veston à carreaux. D’autres s’habillent comme Fantômas, avec une cape et un haut-de-forme, pour assister à la première de toutes les pièces dans des théâtres illuminés. Ensuite, cachés dans les coulisses, ils surprennent les secrets des acteurs. Le lendemain matin, dans leurs chroniques, ils font la gloire des dramaturges et racontent les plus beaux divorces, et même quand ce n’est pas vrai c’est rudement bien inventé, et les actrices sont très contentes. D’autres encore se dissimulent à la Chambre des députés pour révéler les dessous de la politique mondiale et d’autres au Palais de justice pour pouvoir raconter les meurtres les plus drôles. D’autres encore composent des mots croisés, des logogriphes et des charades pour charmer les loisirs de l’homme. D’autres enfin organisent des concours où le lecteur peut gagner un superbe lapin. Aussi la presse a-t-elle toutes les faveurs de l’homme. Elle lui est devenue indispensable. Le journaliste est l’homme de l’avenir.

Il est aussi l’homme d’un long passé au cours duquel il n’a cessé de se répandre en habiles reparties, et même saillies ingénieuses. Jean-Paul Lacroix a réuni trois cents pages de ces mots d’esprit.

Ils sont tous meilleurs les uns que les autres.

Et c’est ainsi qu’Allah est grand.

La Montagne, 25 février 1968.

Chronique choisie par Ferny Besson, figurant dans Profitons de l'ornithorynque, Julliard, 1991.

***

Note : je ne ferai pas l'injure au lecteur d'indiquer d'où sortent les quelques vignettes qui servent d'illustration à ce billet.

dimanche, 21 juillet 2019

MARRE, MARRE DES INFORMATIONS !

Juste deux points d’actualité et une remarque un peu plus générale pour dire que j’en ai marre des « informations », je veux dire que j'en ai ras la casquette de la façon guillerette, primesautière et scandaleuse dont les réalités du moment sont contées à la masse des spectateurs, je veux dire à la population, comme si l'on écoutait grand-maman, un soir d'hiver, au coin de la cheminée.

1 - Féminicide.

Cent vingt et une femmes (121) sont mortes en 2018 sous les coups de leur compagnon ou de leur ex-conjoint. C’est odieux, et les médias ont bien raison de déborder de ce nombre sordide et inadmissible. Mais ce faisant, j’observe qu’ils passent méticuleusement sous silence les vingt-huit hommes (28) qui, dans le même temps, sont passés de vie à trépas par les soins de leur compagne ou ex-conjointe.

Curieux, non ? Une fois de plus l’effet amplificateur de la résonance médiatique et des réseaux sociaux réunis focalisent toute l’attention des gens et des journalistes peu attentifs sur la saloperie masculine, et présentent l’ensemble des femmes comme des victimes.

Les réseaux sociaux et les groupes de militantes féministes nous avaient déjà fait le coup à l’époque de l’affaire Weinstein et du mouvement #metoo, où l’on avait assisté à un déferlement de haine à l’encontre des hommes, dans un combat « forces du Bien » contre « forces du Mal », dont George W. Bush nous avait pourtant donné un exemple dissuasif.

Voir les canaux réputés les plus sérieux d’information entrer activement dans ce jeu de massacre et répandre dans les esprits cette représentation dichotomique de l’humanité en deux camps ennemis a quelque chose de terrifiant. 

2 - François de Rugy.

Monsieur François de Rugy, ex-ministre de la « transition écologique » (dénomination toute de douceur, notons-le), a donc dû démissionner de son poste sous la pression de la vindicte populaire qui ne lui pardonne pas le faste de ses repas. Je n’ai rien contre cette démission, au contraire, mais je me dis que les journalistes d’investigation et les « réseaux sociaux » si avides de sensationnel feraient bien d’aller faire un tour dans les cuisines, mais surtout dans les caves de l'hôtel de Lassay, du Palais du Luxembourg, de l’Elysée, de l’hôtel de Brienne (Défense) et autres « palais de la République ».

Rugy s’est fait prendre les doigts dans les pinces du homard, et le problème est bien là : il est le seul à s’être fait prendre. La question qui se pose selon moi est : qu’est-ce qu’on mange et qu’est-ce qu’on boit tous les jours dans les « palais de la République » ? Question subsidiaire : qu’est-ce qui se passerait si les Français apprenaient un jour pour quelles sommes les plus hauts responsables de l’Etat mangent et boivent quotidiennement ? Ils verraient peut-être qu'ils se résignent à la tranche de jambon avec des nouilles à l'eau seulement quand il faut se reposer du caviar, et qu'ils ne boivent l'eau du robinet que parce que le Pétrus, ça commence à bien faire.

Répondre à ces questions, en dehors de quelques "effets sociaux" amusants, permettrait peut-être d’aborder le problème dans son ensemble, qui est, selon moi, le plus choquant : quelle nécessité fait que les plus hautes fonctions officielles s’accompagnent d'une telle magnificence protocolaire, entraînent des dépenses somptuaires dont les gilets jaunes n'ont absolument aucune idée quantitative, et motivent la consommation quotidienne des mets de la plus haute cuisine et des vins les plus coûteux ?

A l’époque où Laurent Fabius était au « perchoir » (Présidence de l’Assemblée nationale), je me souviens d’avoir lu un reportage sur l’approvisionnement des caves de l’hôtel de Lassay qui ferait passer les extravagances gastronomiques du ministre Rugy pour un tour au McDo. Les Français pourraient, s’ils étaient correctement informés de ces « détails » qui coûtent les yeux de la tête (Macron dirait « un pognon de dingue »), poser avec encore plus d’acuité la question à nos plus « éminents » responsables :

Messieurs, comment se fait-il que vous viviez comme des princes ?

3 - Journalistes porte-voix de Sa Majesté.

Je ne comprends pas que le moindre geste ou le moindre déplacement d'Emmanuel Macron fasse l'objet d'une note d'information dans les émissions radio-télé : j'aimerais qu'on m'explique en quoi le fait que le président ait visité l'usine de boulons de Noncourt sur le Rongeant (52) soit classé parmi les informations dignes d'être transmises aux oreilles des citoyens. J'en veux en particulier à ces journalistes peu scrupuleux qui font une place aux déclarations des hommes politiques, et même qui citent en long et en large les discours des plus hauts responsables, président compris.

Que je sache, une déclaration, un discours ne sont pas, et ne seront jamais des informations, mais des paquets-cadeaux emballés par les divers services de presse des gens importants, que les journalistes peu scrupuleux répercutent en croyant faire leur métier, alors qu'ils ne se font que les caisses de résonance de la machine à propagande des différents pouvoirs. Même remarque pour les nombreux groupes de pression sous le nez desquels les journalistes peu scrupuleux s'empressent de placer leurs micros parce que ça fera toujours du temps d'antenne occupé.

Messieurs les journalistes, si vous en valez encore la peine, laissez tomber les mots, les discours et les déclarations de Machin, de Truc et de Chose, et braquez vos lunettes sur leurs actes. Cessez de vous faire les petits propagandistes de tous ceux qui ont un intérêt quelconque à diffuser des "messages" et à ce qu'on parle d'eux. Braquez vos lunettes sur leurs actes, rendez-nous compte des faits, parlez-nous du monde tel qu'il se fabrique concrètement.

Conclusion.

Les informations qu'on nous sert à longueur d'antenne et de papier, j'en ai maintenant ma claque. Cela fait trop longtemps qu'on apprend aux journalistes à ne s'intéresser qu'à l'écume des choses, qu'à l'ectoplasme du monde réel (voir les travaux d'Alain Accardo et de ses amis, voir le - malgré tout - bon bouquin de François Rufin, désormais homme politique).  Comment un journaliste professionnel peut-il dire sans pouffer, comme je l'ai entendu un matin sur France Culture (matinale du 9 juillet dernier) : « Emmanuel Macron et Donald Trump se sont parlé au téléphone hier. » ? Comment ne se rend-il pas compte de l'inanité de la chose ?

Allez, messieurs les journalistes, mettez-vous au boulot sérieusement, cessez d'abreuver les gens de futilités, cessez de vous demander ce qu'ils pensent de ceci ou de cela (bêtise sans nom et mensonge de tous les sondages d'opinion) et suivez le conseil de Bruno Latour (France Culture, 17 juin 2019, 45' environ) : commencez enfin à décrire, dans le détail et concrètement, ce qu'il appelle "les conditions matérielles d'existence".

Bon, c'est vrai, il faudra vous donner un peu de mal, il faudra bosser dans le dur du monde réel, mais ça, pour le coup, ça vous intéressera davantage. Vous rendez-vous compte du plaisir que vous aurez à faire ce métier ? Vous rendez-vous compte que ce sera – enfin – de l'information ? Rappelez-vous : décrire les conditions matérielles d'existence des gens ordinaires ("La plume dans la plaie", vous vous rappelez ce qu'il disait, votre saint patron ?). Et dites-vous qu'en faisant cela, vous ne serez même pas communistes ! Vous serez juste des journalistes. Et vous ferez le plus noble des métiers.

***

Note : l'idée de ce billet, on peut sans doute l'imaginer, m'est venue à force d'entendre des niaiseries à longueur de bulletins d'informations. La goutte d'eau qui a mis le feu aux poudres (phrase entendue un matin – 31 juillet 2018 – sur France Culture dans la bouche d'un intellectuel estampillé – Michel Bataillon), c'est le coup de téléphone entre Trump et Macron. Mais l'intention est là depuis beaucoup plus longtemps que cette circonstance anecdotique.

vendredi, 12 juillet 2019

QUAND HOUELLEBECQ PARLE

Il s'appelle Michel Houellebecq. C'est probablement la raison qui a permis à sa tribune d'accéder à l'honneur d'être publiée dans les colonnes du Monde daté 12 juillet 2019. S'il s'était appelé Tartempion ou Frédéric Chambe, le papier aurait fini à la poubelle sans même avoir été lu (quoique ...). Et de quoi parle Son Excellence Houellebecq ? De l'affaire Vincent Lambert.

Et qu'est-ce qu'il en dit, Houellebecq, de l'affaire Vincent Lambert ? Pour parler franchement, je me dis que l'auteur des Particules élémentaires et de La Carte et le territoire a écrit des choses plus intéressantes. Qui a tué Vincent Lambert ? Pour Houellebecq, c'est sûr, c'est l'Etat français. Pour moi, affirmer ça d'entrée (c'est la première phrase), c'est dire une connerie. Ce n'est pas la seule. Dans l'ensemble, le texte donne l'impression de partir dans plusieurs directions. Une question de composition, apparemment : non seulement les considérations se réfèrent à des registres hétérogènes, mais beaucoup manquent à mon avis de pertinence.

La première affirmation qui me semble juste arrive en haut de la troisième colonne de la "tribune" : « Il m'est difficile de me défaire de l'impression gênante que Vincent Lambert est mort d'une médiatisation excessive, d'être malgré lui devenu un symbole ...». 

Le plus bizarre, c'est qu'à aucun moment Houellebecq ne parle de l'aspect religieux de l'affaire. Remarquez qu'il ne fait qu'emboîter le pas à l'immense cohorte des journalistes qui ont eu à en rendre compte. Il est ahurissant que l'appartenance des parents au courant intégriste du catholicisme ait pu être mentionnée sans que jamais ou presque ne soit évoquée la secte qui était à l'origine de l'acharnement procédurier des parents de Vincent Lambert. Ce sont bien ses parents, soutenus par l'argent et le militantisme d'un groupe de fous de Dieu, qui ont fait de l'agonie de Vincent Lambert un spectacle pornographique abondamment relayé par des médias tant soit peu charognards.

Dans les journaux, on a pu lire qu'il s'agissait d'un conflit familial. C'est sans doute vrai, mais la toile de fond, qu'en avez-vous fait, messieurs les journalistes ? Pourquoi n'a-t-il jamais été dit qu'on assistait à une véritable offensive judiciaire de l'intégrisme religieux le plus fanatique ? 

Le papier de Michel Houellebecq glisse niaisement sur cette réalité. Il a perdu une occasion de se taire.

Voilà ce que je dis, moi.

vendredi, 31 mai 2019

EDF ET L'EUROPE ULTRALIBÉRALE

Ah la belle invention que l'Europe ! Ah la belle chose que Sa Majesté la "Concurrence Libre Et Non Faussée".

L'électricité augmente aujourd'hui en France de 5,9%.

Et vous savez pourquoi ?

Je n'ai pas tout compris du réseau emberlificoté d'arguties qui "expliquent" selon les meilleurs "spécialistes" (ben voyons !) cette augmentation, mais je retiens ce qui me semble la raison principale : 

EDF est obligé par les réglementations européennes qui s'imposent en France d'aligner ses tarifs sur les prix du marché 

POUR NE PAS LÉSER LES CONCURRENTS !!!!!!!!!!!!!

Si je n'ai pas compris comme il faut, merci de m'éclaircir.

Quoi qu'il en soit, merci l'Europe. Bravo l'Europe.

On pourra toujours m'expliquer ensuite que la concurrence (surtout "libre et non faussée") entraîne mécaniquement la baisse des prix.

 

mardi, 21 mai 2019

A PROPOS DE VINCENT LAMBERT

Un cas de pornographie médiatique.

Je ne connais pas Vincent Lambert, je ne l'ai jamais rencontré avant l'événement qui lui a ôté la conscience et je n'ai donc pas eu le temps ou la possibilité de lier une relation avec lui. Je ne pense strictement rien de toutes les éventualités qui se présentent : faut-il le maintenir en vie ? Faut-il arrêter les traitements (car ce sont des traitements) ? Je n'en sais rien et je me permets de ne pas me sentir concerné, ni directement, ni indirectement. Et je n'ai aucune opinion sur l'éventuelle mise en place d'une procédure d'euthanasie en France.

Si je voudrais aujourd'hui dire ce que je pense de la question posée par le cas de Vincent Lambert, c'est pour en souligner un aspect qui me semble crucial. Car avant toute chose, je trouve tout à fait extraordinaire que le cas de cet homme ait pu être transformé en feuilleton médiatique à résonance nationale et en spectacle à rebondissement. Même France Culture vient de consacrer sa "Matinale" à Vincent Lambert. Ras le bol !

C'est aussi pour souligner, en particulier, le fait qu'à l'origine de cette fantastique présence médiatique, il n'y a rien d'autre qu'une guerre familiale. S'il y a scandale, il est ici : les parents de Vincent Lambert ont trouvé, par je ne sais quelle influence particulière, des canaux d'expression, des micros, des caméras pour faire du cas de leur fils un problème de société. Ils ont saisi je ne sais quelle opportunité pour faire d'une guerre intestine un champ de bataille imposé au public qui n'en peut mais. Et rien que ça me semble être une prouesse rarissime. Une opération de prestidigitation organisée par des magiciens de grand talent. 

Qu'une guerre familiale soit avec cette ampleur portée sur la place publique tient sans doute au fait que les parents de Vincent Lambert sont de fervents catholiques, car ce détail explique sans doute pourquoi ils ont trouvé des soutiens, peut-être des réseaux, en tout cas des ouvertures spectaculaires dans l'espace médiatique. Ils ont même trouvé assez de manifestants convaincus pour aller chanter des prières devant les murs de l'hôpital. Visiblement, ce sont des fanatiques religieux.

A cela s'ajoute l'acharnement juridique des parents et de leurs soutiens, et je me dis que pour mener ce combat à coups de textes de loi, de conventions internationales, etc., ils disposent de ressources financières insoupçonnées. Tous les avocats qui sont de la partie doivent se frotter les mains d'avoir trouvé ce marché juteux. L'un des défenseurs des parents de Vincent Lambert n'a pas eu honte, hier soir, de recourir à une métaphore footballistique en parlant de "remontada" après la décision de la cour d'appel de faire reprendre les soins. Si j'avais un avis personnel à émettre ici, ce serait de dire que l'attitude des parents de Vincent Lambert est, purement et simplement, obscène. Ils ont rendu le monde témoin de leur souffrance indicible de parents, et le pire, c'est que la mayonnaise a pris, ce qui pour moi réclame encore une explication.

Accessoirement et en même temps, je trouve stupéfiante la publicité offerte gratuitement (?) au parents Lambert, dont on peut encore voir dans Le Progrès d'aujourd'hui des photos complaisantes. Mais quelle mouche a piqué dans cette affaire la horde journalistique ?

Que les parents éprouvent une peine immense à la perspective de la mort de leur enfant, je le comprends. Mais que la machine médiatique mise en route par je ne sais quel sortilège donne une telle audience à un cas finalement particulier (appartenant entièrement à la sphère privée), je vois là un fait profondément impudique et outrancier, pour ne pas dire pornographique. 

Et un spectacle terrible qui commence à me soûler.

Voilà ce que je dis, moi.

Note : je suis d'accord, le cas de Vincent Lambert pose un problème essentiel : qu'est-ce que la vie ? Qu'est-ce que la mort ? Oui, la société moderne a énormément de mal avec le vieillissement, l'infirmité (on dit maintenant "personne en situation de handicap", c'est tout de suite plus supportable et présentable) et la mort. Et alors ?

lundi, 20 mai 2019

EUROPE : POURQUOI L'ABSTENTION ?

Les sondages se disputent à propos de tout, dès qu'il s'agit de l'Europe. Qu'on parle des sujets qui préoccupent le plus les populations, des programmes des différentes listes ou du taux d'abstention auquel il faut s'attendre, on ne sait plus à quels chiffres se vouer. Le seul constat unanime est sur la modestie et la timidité de ces chiffres, qui montrent une chose certaine : l'enthousiasme n'est pas au rendez-vous.

Tenez, précisément l'abstention : tout le monde se demande comment interpréter le faible intérêt des Français (mais il n'y a pas que nous) pour tout ce qui concerne la mise en place d'une structure administrative et politique qui ferait du continent un ensemble unifié, et pourquoi pas, une puissance comparable aux grands Etats du monde qui peuvent prétendre au statut de puissance à part entière.

J'ai évoqué ici même (8 mai dernier) le problème de l'Europe et le peu de motivation des Français pour se sentir parties prenantes de l'entreprise. Aujourd'hui, je vais un peu plus loin. Ma thèse est limpide : si les Français s'abstiennent autant à chaque élection européenne, c'est, au moins en partie, parce que tout le personnel politique français pratique, lui aussi, une abstention massive. Une abstention qui tient du militantisme. Les Français, en s'abstenant, ne font que suivre l'exemple donné par leurs politiciens les plus remarquables qui s'abstiennent avec une belle constance de désirer l'Europe qu'eux-mêmes promettent, dans leurs discours électoraux et autres déclarations de circonstance.

Avec une belle constance et une belle unanimité, ils n'ont cessé de nous dire : « L'Europe future est belle, elle est magnifique, mais ce n'est pas pour moi ». Autrement dit : faites ce que je dis, ne faites pas ce que je fais. Mais les Français comprennent bien ce qu'on ne leur dit pas. Ils pensent : « Ah, vous n'en avez pas envie autrement que dans vos paroles verbales, eh bien vous pouvez compter sur nous ».

L'abstention massive des Français aux élections européennes constitue un magnifique exemple de mimétisme comportemental, en même temps qu'une preuve de l'irresponsabilité de leurs politiciens : l'abstention, ils l'ont apprise en les regardant bien, les responsables politiques. Ils ne les ont pas regardés en train de glisser leur bulletin dans l'urne, ou de sortir de l'isoloir, ou encore de faire des discours pleins de verbes et d'adjectifs en l'honneur de la construction européenne.

Ils ont attentivement observés tous les équipages de ces "petits navires", et les ont vus en train de se faire des politesses, de se laisser la priorité et de "tirer à la courte paille" pour savoir qui, qui, qui aurait assez d'abnégation pour aller s'enterrer à Strasbourg et se faire élire au Parlement européen, ohé, ohé, chacun se disant en catimini et "in petto" : « Le dernier arrivé a gagné ». Le sort tomba régulièrement sur le plus jeune (ou le plus inexpérimenté, cf. la pauvre Loiseau).

Pour entraîner en masse les électeurs vers les bureaux de vote aux élections européennes, il aurait fallu que nos politiciens cessent de prêcher la populace du haut de leurs abstractions et de leurs grands principes. Il aurait fallu qu'ils abandonnent les discours purement incantatoires, dans lesquels eux-mêmes faisaient tellement semblant de croire qu'il sautait aux yeux qu'ils n'y croyaient pas. Il aurait fallu qu'ils prêchent par l'exemple et, pleins de combativité, considèrent les sièges au Parlement comme autant de ponts d'Arcole à conquérir de haute lutte en faisant fi de la mitraille d'adversaires dont on aurait senti que la seule ambition était de les prendre, ces sièges. Il aurait fallu qu'en faisant la preuve de leur envie d'Europe, ils donnent envie d'Europe à tout le monde. 

Il aurait fallu qu'ils aillent au charbon, qu'ils mouillent la chemise, qu'ils proclament la fierté et l'enthousiasme qu'ils auraient éprouvés à représenter le peuple français dans l'instance qui allait structurer l'édifice de la future (éventuelle) nation européenne. Il aurait fallu qu'ils prouvent par leurs actes l'envie qu'ils avaient de participer concrètement à l'invention, au façonnage, à la fabrication de ce nouveau corps politique. Il aurait fallu, tout simplement, qu'ils y croient. En matière de religion, c'est tout ce qui différencie les simples croyants et les fervents pratiquants : qu'est-ce qu'une religion qu'aucune pratique réelle ne vient soutenir et prouver ?

Au lieu de cela, ils ont constamment montré aux Français qu'ils voyaient dans l'éventualité d'une élection à Bruxelles-Strasbourg l'assignation à une corvée détestable, ingrate, obscure et peu valorisante pour eux, et surtout sans retombées gratifiantes sur leur avenir politique. Au lieu de cela, leur répugnance a fait en sorte qu'est sorti des mains de 34.000 fonctionnaires et d'une Commission non élue, une espèce de Golem monstrueux, qui échappe à présent à toutes les volontés. Un Golem horriblement compliqué, ingérable, une passoire ouverte à tous les vents des influences et à toutes les mâchoires des concurrences déloyales.

Quel ahuri pourrait avoir envie d'aller voter pour ce Machin ? D'autant plus repoussant que cette année, le paysage français a sorti le supermarché, que dis-je : l'hypermarché, trente-quatre liste ! Faut-il que le fromage ait un goût bien attirant pour tous les rats : Le Monde du vendredi 17 mai signale que le "budget par député" au niveau européen est de 2,6 millions d'euros, alors qu'au niveau français, un député ne coûte que 0,99 million (et on se plaint !) ; que les "frais de personnel" sont respectivement de 831 millions et de 175 millions ; que l'ensemble des assistants parlementaires coûtent 208 millions (Europe) et 112 (France).

Le Monde passe ainsi en revue un certain nombre de coûts liés à l'exercice de la "démocratie européenne : le budget par eurodéputé, qui est 2 fois et demie plus élevé qu'à l'Assemblée nationale ; les frais de traduction de toutes les langues dans les langues officielles, au prix de 145 euros la page et de 270 à 311 euros l'heure d'interprétariat ; les surcoûts dus aux invraisemblables et réguliers déplacements de Bruxelles (travaux en commissions, dossiers, hébergement, ...) à Strasbourg (assemblées plénières) ; les ressources "confortables" dont dispose chaque eurodéputé (6.825 euros de salaire + 320 par jour de présence + 4513 mensuels pour les frais généraux + 24.943 pour employer des assistants parlementaires) ; et cerise sur le gâteau : l'incroyable déficience des contrôles sur l'utilisation de toutes ces sommes (46 eurodéputés utilisent les services de plus de 10 assistants locaux dans leur pays d'origine : de vraies PME florissantes !). 

Et les eurodéputés sont à l'abri : Ingeborg Grässle, élue de la démocratie chrétienne et présidente de la commission du contrôle budgétaire le dit : « La Cour constitutionnelle de Karlsruhe a dit que les frais des élus ne devaient pas être contrôlés parce que leur mandat est indépendant ». Génial ! Autrement dit, la dame est nommée à un poste (commission de contrôle) qui consiste à ne servir à rien. Encore bravo, l'Europe.

Non, vraiment, sans façons : non merci. Mon abstentionnisme a de beaux jours devant lui.

Et je me permets de le considérer comme un abstentionnisme éclairé

Voilà ce que je dis, moi.

dimanche, 19 mai 2019

LE PRIX DU TOURISTE

Combien vaut un homme ? Je veux dire : la vie d'un homme ? Je crois qu'il est arrivé à de savants hurluberlus versés dans la « science » économique de chiffrer la chose. Bon, je me dis que ce n'est pas grave, parce qu'après tout, ça ne fait qu'une connerie de plus proférée par un économiste. La profession nous a habitués depuis longtemps à ne plus accorder aucun crédit à leurs oracles régulièrement délivrés le lendemain d'un krach boursier où de l'éclatement d'une "bulle".

Depuis qu'il y a des otages et des demandes de rançon – et ça fait un peu plus que quelques semaines –, c'est la loi de l'offre et de la demande : plus la prise est grosse, plus la somme peut exorbiter le cercle de la raison. Avec le menu fretin, on ne prenait pas de gants et la procédure était expéditive, et il a fallu attendre la démocratie et la sacralisation de l'individu comme suprême degré de la valeur pour voir acceptée la demande du preneur d'otage (ou plutôt le débat sur cette demande : faut-il ou ne faut-il pas ?).

Hors de cette considération finalement neuve (et discutable), on ne s'embarrassait pas dans les tergiversations : c'était l'esclavage ou la mort – témoins les nombreuses razzias opérées par les Ottomans au cours du temps dans les villages chrétiens de Roumanie, de Bulgarie, des Balkans, etc., pour recruter des janissaires ou des cuisiniers au service de la "Sublime Porte".

Alors que valent les vies de deux touristes français, tout compatriotes qu'ils soient, partis "visiter" une réserve naturelle au Bénin (Burkina ?) ? Valaient-elles vraiment que monsieur Macron ordonne de les libérer quel que soit le prix de l'assaut (il a donné expressément l'ordre d'attaquer sans tirer un coup de feu) ? Je comprends bien Macron, qui n'a pas voulu se retrouver avec une nouvelle prise d'otages sur les bras, mais franchement, le fallait-il ? 

Ma position est claire et nette, et susceptible de heurter les sentiments de plusieurs, mais la voici : les gens qui se hasardent volontairement dans des zones dites "à risques" le font (je l'espère du moins, et ça vaut pour les sports extrêmes, les actions humanitaires, ...) de leur plein gré. Je pars du principe qu'ils ont fait acte de liberté et que, dès lors, ils sont pleinement responsables de ce qui leur arrive, qu'ils n'ont qu'à s'en prendre à eux-mêmes s'il arrive quelque chose et qu'il est impératif pour la nation dont ils sont originaires qu'ils assument seuls leur aveuglement (le frisson de "vivre dangereusement" les concerne exclusivement). Leur cas n'intéresse objectivement personne, et surtout ne saurait en aucun cas engager la responsabilité de l'Etat français. Les aventuriers qui partaient à la recherche d'un explorateur disparu acceptaient l'idée qu'ils pouvaient y laisser leur peau. L'explorateur lui-même le savait (cf. l'histoire de Jules Crevaux).

Les deux touristes français (dont je veux ignorer le nom) ont été prévenus du danger qu'ils couraient, et faisaient courir à leur guide local (qui a été assassiné d'entrée de jeu, lui : quelle valeur de rançon avait pour eux la vie de leur guide noir ?), s'ils persistaient dans leur désir de "visiter" la réserve, moyennant, espéraient-ils, quelques émotions fortes. Il y a donc du scandale à mes yeux dans le fait d'avoir voulu les sauver à tout prix. Et le fait que les deux hommes forment un couple homosexuel marié (paraît-il) ne change rien à l'affaire.

Il semblerait que Macron ait anticipé un autre risque, celui de voir l' "opinion publique" faire entendre sa voix au cas où un groupe djihadiste aurait manifesté un peu plus tard sa cupidité islamique auprès de lui : l'opinion publique, dans ces cas-là, ne veut rien savoir jusqu'à la conclusion heureuse de l'affaire (la libération des otages) et, sans s'en rendre compte, fait magnifiquement le jeu des preneurs d'otages en faisant grimper les enchères.

L'opinion publique, animée par la terrible peste de l'émotion viscérale, celle qui interdit toute pensée et toute réflexion, est imperméable à toute considération plus haute, du genre patriotique ou "intérêt supérieur de la nation". Plus ça manifeste en France, plus ces bandits savent qu'ils peuvent se montrer gourmands. Macron ne voulait à aucun prix se retrouver piégé, et ça se comprend dans une certaine mesure. 

Mais que deux soldats d'élite (Cédric de Pierrepont et Alain Bertoncello) soient sacrifiés stupidement pour sauver deux crétins irresponsables qui se sont mis eux-mêmes dans cette situation, que Macron fasse semblant de prétendre ensuite qu'ils sont « morts pour la France », quitte à leur rendre, une fois l'irréparable accompli, les honneurs militaires, je le dis, ça me choque profondément.

Car Macron, en fin de compte, l'a payée, la rançon, mais une rançon indue, une rançon démesurée, une rançon totalement disproportionnée, en laissant les deux militaires sur le carreau. Accessoirement, en effet, on peut se demander à combien se monte pour l'Etat l'investissement dans la formation d'excellence que subissent les commandos parachutistes de marine. Oui : combien ça lui a coûté pécuniairement, la mort de deux de ces gars, et même pas dans une véritable opération de guerre (plutôt une opération de police) ?

J'espère que les deux niaiseux sont revenus en France la queue entre les jambes et pas très fiers de leur "exploit". Et je me plais à penser qu'ils font face désormais à un sentiment de culpabilité assez écrasant pour les empêcher de dormir tranquilles pendant au moins quelque temps (espérons). Il est bien facile pour eux de dire à présent : « Promis, je le ferai plus ». Bon, les deux militaires avaient choisi l'armée, où ils n'étaient, semble-t-il, pas trop manchots, et ils ont obéi aux ordres, mais franchement, quel gâchis !

Et je pense exactement la même chose au sujet de tous les humanitaires qui, n'écoutant que leur "bon cœur", se proposent pour aller dans des zones de danger porter secours aux populations en détresse (c'est le cas de Sophie Pétronin : j'ai entendu, ahuri, la protestation du fils dans les médias, reprochant à l'Etat français sa "nouvelle doctrine" en matière de prise d'otages, qui met en danger la vie de sa mère : que je sache, c'est elle-même qui, toute seule comme une grande, a décidé d'aller se placer à portée de djihadistes au porte-monnaie vide, mais correctement armés). Que doit la nation française à des individus majeurs et responsables qui ont, en toute conscience, choisi la situation dans laquelle ils se sont mis eux-mêmes ? Je réponds : rien.

J'entendais Guillaume Erner s'insurger, un matin sur France Culture, contre ceux qui reprochaient à Macron d'avoir envoyé deux "marsouins" (si j'ai bien compris, c'est comme ça qu'on les appelle) à la mort, au motif que le vrai scandale ici, c'est l'existence de djihadistes qui font la loi dans certains territoires, et pas ce qu'on entreprend pour sauver deux compatriotes. Oui, monsieur Erner, les djihadistes ne sont certes pas de mes amis : ils sont seulement un fait brut, une donnée de la réalité factuelle. Et selon moi les premiers cons dans l'histoire, ce sont les deux qui, au prix de la vie d'un noir et de deux guerriers d'élite, ont voulu partir en villégiature (et sûrement pas "au nom de la France" !) dans une zone dont ils savaient qu'elle n'était pas hospitalière.

L'Etat français s'honorerait de considérer les individus qui s'aventurent de leur plein gré dans des zones dangereuses de la planète (qui n'en manque pas) comme des êtres libres et responsables, et non comme d'éventuels futurs assistés au secours desquels il convient de se précipiter au motif qu'ils sont français.

Voilà ce que je dis, moi.

Note : je conseille à tous les amateurs de lire Afrika, de Hermann (éditions Le Lombard, coll. Signé, 2007), une des meilleures bandes dessinées qui existent sur le fantasme africain d'une Européenne (journaliste) en mal de sensations inouïes, et qui débarque dans la réalité (impitoyable) d'une réserve dirigée par un certain Dario Ferrer, ancien des troupes de choc, qui sait exactement de quoi est composée la réalité de son quotidien (trafiquants bien armés de trophées animaux, louches magouilles politico-militaires de la Françafrique, ...), et qui ne se raconte plus depuis longtemps d'histoires sur la "vie sauvage". Aux yeux de la donzelle, il est lui-même (au moins dans un premier temps) "sauvage".

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lundi, 13 mai 2019

LE FLÉAU DES HUMORISTES

18.000

Dix-huit mille, Sandrine Blanchard ne dit pas où elle a trouvé ce chiffre pour écrire son article dans Le Monde du 21/23 avril 2019 (titre : "Quand les humoristes se bousculent", car oui, ça se bouscule au portillon). 18.000, c’est le nombre de représentations données en 2017 de spectacles mettant en scène des humoristes (contre 7.380 en 2006, ça a plus que doublé en une dizaine d'années), dans des "stand-ups" ou autres. La profession recrute en masse. Il y a pléthore. L'usine à produire des comiques fonctionne à plein régime. Qu'est-ce qu'on rigole !

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Le service militaire dans le souvenir de deux pères : celui de l'élève Chaprot (c'est lui qui raconte, et par écrit) et M. Raffray.

Le rire s'est rué sur la population comme autrefois la vérole sur le bas clergé (breton), et plus personne n'échappe à l'injonction de Big Brother : de même qu'il y avait un hygiénique "deux minutes de la haine" chaque jour dans l'univers de 1984 (George Orwell), de même vous n'échapperez pas, dans la grille de vos chaînes préférées, à l'obligatoire créneau réservé à la dilatation de la rate à heure fixe : "Qu'est-ce qu'on rigole !".

Je ne sais pas vous, mais moi, je trouve effarant le chiffre de 18.000 spectacles comiques offerts aux Français en une seule année. Et chaque semaine, ce n’est pas moins d’une vingtaine de comiques professionnels (on dit "chroniqueurs") qui s’abattent sur France Inter,

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Une page de pure virtuosité graphique.

chaîne publique, aux heures de grande écoute, comme autant d'hyènes (je pense évidemment à celle de Gotlib). Et je ne compte pas les annonces de spectacles comiques dans les pages « divertissements » (parfois même « culture » !) du journal Le Progrès. Et la peste soit des "chroniqueurs humoristes" dans toutes sortes d'émissions audiovisuelles ! C’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles j’ai rayé France Inter de mon paysage auditif – l’autre étant l’invasion de l’antenne par la publicité.

J’étais à chaque fois horriblement consterné par les balivernes et les niaiseries débitées par l’un ou l’autre de ces sinistres, auxquelles les autres membres de l’équipe faisaient semblant de s’écrouler bruyamment de rire : j’imagine que l’obligation de rire était dans le cahier des charges de chacun, par contrat. Je trouve humiliante cette sorte d'entreprise (humiliante pour l'auditeur, je précise).

Il m’est arrivé, dans le temps, d’entrevoir à la télévision une émission de Philippe Bouvard, rendez-vous impérieux de comiques professionnels payés pour débiter à heure fixe des blagues drôlissimes et des jeux de mots farcis de quelques salacités, que tout ce petit monde faisait semblant de trouver irrésistibles. Et j’ai le regret de l’avouer : j’ai toujours été accablé devant Les Guignols de l’info, les rares fois où j’y ai assisté. Et pourtant, ces émissions étaient plébiscitées par l'audimat.

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Victor de l'Aveyron, l' "enfant sauvage", au spectacle du Dr Itard, le soir à la veillée (vu par Gotlib).

Je dois être vraiment marginal : je vois une forme d’avachissement intellectuel et moral dans cette colonisation des chaînes publiques et privées par des gens payés pour faire croire qu’il existe encore des raisons de se marrer (mais il m'arrive de me marrer en entendant certains se prendre très au sérieux quand ils débitent avec componction et conviction leurs enfilades de flatulences à la mode). Quand il m’arrive – par erreur – de tomber sur de tels clowns stipendiés pour-heures-de-grande-écoute, j’ai l’impression de débarquer d’une planète située à des années-lumière, tant m’échappe la drôlerie supposée des propos tenus par les uns et les autres. Il est fort possible que ces saltimbanques me jugeraient un bien triste sire s’il m’arrivait de croiser leur route.

Dans le même genre de constat, il arrivait à une personne à laquelle je tenais beaucoup d’aller au théâtre Tête d’Or (généralement du « boulevard »), situé sur l’avenue de Saxe à Lyon. La dernière pièce qu’elle est allée voir (un machin de Laurent Baffie) lui a laissé l’impression désagréable d’être en complet déphasage avec l’ensemble des spectateurs, et avec l’époque : cette personne est restée de marbre d’un bout à l’autre, alors que la salle riait à se faire éclater la rate à la moindre saillie. Question de génération peut-être.

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L'H.A.I. (homme à idée) inventant une slogan publicitaire pour "les pâtes qui font rire" (je ne sais plus quelle marque, mais il me semble bien ...).

Ce déluge de conneries – factices qui plus est – n’est pas selon moi un signe de bonne santé, mais l’indice alarmant d’un avilissement. Ces drôleries pas drôles me font penser à « du mécanique plaqué sur du vivant », mais pas au sens où l’entendait Bergson dans Le Rire. Ce sont plutôt des machines qui tournent à vide, et où, pourtant, les auditeurs se rassemblent (en foule, mais chacun chez soi) pour, disent-ils, passer un bon moment. L'industrie du rire ne sert à rien d'autre qu'à la "gestion du stress de la population" : c'est un truc de DRH soucieux de maintenir au "beau fixe" le moral du personnel et de prévenir tout ce qui risquerait d'entraver sa productivité.

Quelle perspective étrange : on admet l’enlaidissement de la réalité, pourvu que dans certains créneaux de la journée, on puisse « se détendre », « décompresser », « déstresser ». Tout se passe comme si la dégradation des conditions d’existence était considérée comme normale ou inéluctable, et qu’on acceptait de s’y plier parce que « c’est comme ça », et qu’après tout, quelques moments de divertissements quels qu’ils soient permettaient de les supporter. Les gens se disent : « Plus ça va mal autour de moi, plus j’ai besoin de réconfort et de dilatation des viscères ». Réflexe de survie en milieu hostile, sans plus.

Cela reste un très mauvais signe de l’état du monde qui nous entoure. Rien de plus terrible, en vérité, que ce rire de commande, ce rire administré, ce rire institutionnel, cette injonction de rire par ordonnance, fût-elle médicale. On aura beau me dire « défouloir », « soupape de sécurité », et tout ce qu’on veut, je reste convaincu que, quand le rire devient un besoin primordial, quand le rire devient le nouvel impératif social, je sens l'imposture, et j'augure mal de l’état de la société : plus il faut rire, plus je me dis qu’il y a quelque chose de pourri au royaume de Danemark (c'est une citation).

Pour savoir comment va le monde, rien de tel que de prendre sa température (et je ne parle pas du changement climatique, mais du monde humain). L’épidémie de « besoin-de-rire » qui a gagné la France est un excellent moyen pour cela. Pour prendre la température du monde, j'avais proposé il y a déjà un certain temps, de mesurer la misère humaine en se servant de l’étalon humanitaire. Je crois que le rire peut servir tout aussi valablement de thermomètre.

Voyons l’humanitaire. Quand les situations de crises et les urgences (catastrophes naturelles, guerres, persécutions, famines et autres joyeusetés humaines) se multiplient, comme on en a l’impression de plus en plus vive, on observe qu’un sentiment de culpabilité diffus se répand dans les populations qui n'en sont pas les victimes, et cela produit presque mécaniquement leur altruisme, parce qu'elles n’ont pas à en souffrir. Et cet altruisme peut prendre une ampleur parfois impressionnante, parce que les gens éprouvent tout à coup, devant les images-chocs, des émotions violentes qui les poussent à réagir aussitôt par la générosité.

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Campagne télévisée de sensibilisation de la population sur la crise au Biaffrogalistan.

Et plus l’altruisme grandit, plus les petites associations, pauvres et logeant dans des bureaux miteux, qui se proposaient au début de venir en aide aux malheureux du monde, se transforment en poids-lourds (Amnesty International, 1960 ; Médecins sans frontières, 1968, guerre du Biafra ; …), au point d’être devenues en quelques décennies des entreprises multinationales très riches et très administrées.

Quand Amnesty a ouvert à Lyon (angle rue de la Platière-quai de la Pêcherie) une boutique où les sympathisants pouvaient se procurer toutes sortes de colifichets siglés "Amnesty International", je me suis dit qu'il y avait un gros ver dans le beau fruit des bonnes intentions. J'avais même reçu une enveloppe publicitaire contenant LE crayon (ostensiblement siglé), vous savez, cette "arme" contre toutes les dictatures. Pitoyable. Les multinationales de ces chevaliers blancs ne fonctionnent plus, depuis nombre d'années, dans l'esprit qui les a fait surgir, mais selon leur logique propre de machine à collecter des fonds, où les frais de fonctionnement ont fini par engloutir de bonnes parts de la générosité publique. La "grande cause" initiale est devenue un prétexte.

Leur taille de mastodontes (dont la prospérité est cependant fondée sur la charité publique) a justifié, dans l’enseignement supérieur, la création de filières diplômantes destinées à former un haut encadrement très bien payé et tout désireux d’y faire carrière. Au point que l’homme de la rue finit par se demander ce qu’il reste de l’altruisme initial dans des structures qui reproduisent fidèlement le modèle du monde qui a créé les situations dramatiques à l’origine de leur naissance. Pour ma part, je ne sais pas ce que seraient aujourd'hui ces ONG caritatives s'il n'y avait pas eu à l'époque les magazines d'information illustrés et la télévision (cf. le Gotlib ci-dessus).

Soit dit en passant, on observe, après un demi-siècle d’action humanitaire, que les situations qui nécessitent les interventions d’urgence de l’armée humanitaire n’ont pas cessé de proliférer et de s’aggraver. Preuve, s’il en était besoin, que toutes les bonnes intentions du monde qui animent l’humanitaire ne servent strictement à rien en ce qui concerne la marche du monde, se réduisant à traiter exclusivement des conséquences de drames, souvent dans la précipitation et le désordre (voir Aceh, Népal, Haïti, …), et jamais des causes concrètes qui lui échappent par nature.

L’humanitaire n’est rien d’autre qu’un aveu d’impuissance, en même temps que la réaction, souvent épidermique, du désespoir devant l’ensauvagement du monde. L'humanitaire, c'est la petite cuillère qui entreprend de vider l'océan. L'humanitaire ne réfléchit pas et ne se pose pas de questions : il a le nez au ras de l'urgence. Il y a dans l'humanitaire quelque chose d'une bêtise obtuse et farouche.

L’article de Sandrine Blanchard dans Le Monde du 21/23 avril dernier met en évidence une inflation identique du côté de l’offre de divertissement comique à la télévision et dans les salles de spectacle. Pour plus que doubler entre 2006 et 2017 (de 7.380 à 18.000), il faut que quelque chose de grave se soit passé. Bon, on me dira qu’Hollywood a produit à la chaîne des films de délassement (de diversion) dans les années qui ont suivi le krach de 1929, et que la crise de 2008 est passée par là.

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Fin d'un épisode d'un feuilleton télévisé américain auquel Gotlib n'a rien compris parce qu'il a manqué le début, qui exposait la problématique.

J’ai cependant tendance à ne pas me laisser rassurer par ce rapprochement. Mais je m’arrêterai là pour ce qui est de l’analyse des causes. Je me borne ici à faire part d’une impression pas drôle du tout : plus le monde est en mauvais état, plus devient pressante et massive l’urgence humanitaire, et plus devient impérieuse l’injonction de rire, de ne pas s’en faire, de voir le bon côté de la vie, de « positiver ». Et inversement, plus on me presse de donner (ma compassion, mon argent, mon temps, mon bénévolat, etc.), et plus on me propose de rire aux blagues d’armées de comiques troupiers professionnels toujours plus nombreuses, plus je me dis que non, le monde ne va pas bien.

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Une des mésaventures d'un adepte des blagues du 1er Avril qui ratent toutes, cette année-là.

Et qu'il y a de l'aveuglement sur la réalité dans la réaction humanitaire, comme il y a de la dénégation dans la réaction d'hilarité. 

Deux hyperinflations : deux symptômes du mal.

Voilà ce que je dis, moi.

Note : j'aime bien me marrer, mais je ne délègue à aucun guignol (non, pas celui de Lyon : tous les autres) le soin de m'épanouir les zygomatiques.

vendredi, 03 mai 2019

FAILLITE DES SYNDICATS

Philippe Martinez, leader de la CGT, a donc reniflé  des lacrymogènes à cause de la stratégie des "Black blocks", qui ont été assez habiles pour obliger la police à ne plus faire de différence entre les manifestants traditionnels et légitimes (le 1er mai, c'est un peu le 14 juillet des travailleurs moins le pas cadencé et les avions de chasse en rase-mottes) et les bandits casseurs de tout qui profitent de l'aubaine. C'est vrai que le défilé du 1er mai, ça fait très "cérémonie officielle", c'est devenu quasi-obligatoire pour les organisations syndicales de marcher ce jour-là de Nation (ou Bastille) à République. D'abord parce que ça se fait, et puis aussi qu'est-ce qu'on dirait si on le faisait pas ? Bref, c'est jour de fête, qu'on se le dise.

Malheureusement, cette fois ça a mal tourné. Pensez, le cégétiste en chef obligé de quitter la tête du cortège (avant de réintégrer un peu plus tard). Je ne peux pas m'empêcher de penser que le fait n'est pas sans signification. Et de le rattacher à un phénomène plus général, je veux parler du fait que l'ensemble de ceux qui s'appelaient autrefois la "classe ouvrière", et qu'on a simplement regroupés sous le terme générique plus "actuel" de "travailleurs", tous ces gens n'ont plus personne pour les défendre contre les méfaits d'un capitalisme de plus en plus sauvage et débridé, que ce soit sur le plan politique ou sur le plan syndical.

Politiquement ? Il suffit de regarder le champ de bataille : l'armée française après la Bérézina. Les prochaines élections européennes le montrent de façon aveuglante : des petits chefs brandissant les lambeaux de quelques drapeaux dans l'espoir de "rassembler les forces de gauche", mais à la condition expresse posée par chacun que ce soit derrière leur drapeau à eux, et pas un autre. Remarquez, le Parti "Socialiste" avait montré le chemin depuis très longtemps, plus exactement depuis 1983 et le "tournant de la rigueur" initié par Mitterrand.

Et le PS a bravement poursuivi dans cette voie, sous la houlette de ses nouveaux cadres à costumes trois-pièces et attaché-case, et de sa Fondation "Terra Nova", qui sont allés, il y a une dizaine d'années, jusqu'à proposer de laisser tomber la "classe ouvrière" pour se tourner vers les "classes moyennes" plus sensibles aux thèmes "modernes" d'une gauche sociétale qui a adhéré aux lois du marché et à la concurrence de tous contre tous, et qui a rejeté les luttes proprement sociales pour se tourner vers l'aberration de la conquête de droits individuels toujours nouveaux (les désirs de l'individu, quels qu'ils soient, devenant autant de droits). 

Quant au Parti Communiste, après s'être fait rouler dans la farine par Mitterrand, il n'a plus arrêté de dégringoler de marche en marche à chaque élection, au point de se retrouver en bas de l'escalier, en fauteuil roulant, en se demandant encore ce qui lui est arrivé pour être tombé si bas. Toujours est-il qu'une "insécurité sociale" s'est installée au sein de la classe ouvrière, évidemment aggravée par la désindustrialisation de la France quand son potentiel industriel a commencé à être vendu à la Chine et autres pays à "faible coût de main d'œuvre", sous la pression d'actionnaires de plus en plus gourmands.

Du côté syndical, certes, on parle toujours des "partenaires sociaux" et de la nécessité du "dialogue social", mais qu'en est-il en réalité ? D'abord, l'incroyable division des "forces syndicales", qui se livrent une lutte féroce pour capter les voix des rares travailleurs qui participent aux élections professionnelles. Face à cette division, un patronat de plus en plus compact et intransigeant : quand les troupes adverses tirent à hue et à dia, on ne va pas se fatiguer à faire des concessions, non ?

La chute du Mur, de l'Union soviétique et du communisme a encore aggravé le déséquilibre des forces. Et je ne parle pas du délitement des liens sociaux et de la montée irrésistible de l'individualisme, qui sont autant de freins au sentiment d'appartenir à la vaste collectivité des travailleurs. Un signe qui ne trompe pas : malgré le clairon qui sonne régulièrement l'alerte à propos d'une "France toujours en grève", le nombre de jours de grève depuis trente ans n'a cessé de diminuer : c'est un droit auquel les travailleurs ont de moins en moins recours.

Un autre facteur a pu jouer dans le fait que les forces syndicales se sont vidées de leur sang : leur compromission dans la gestion des institutions liées au partenariat social. Je me rappelle qu'un grand patron (était-ce Denis Kessler ? était-ce du temps du CNPF ou du MEDEF ?) avait parlé de la "nécessaire lubrification des relations sociales dans les entreprises", parlant d'étranges sommes en liquide qui avaient disparu dans on ne sait trop quelles tuyauteries. Et dans un domaine que je connais un peu mieux (Education Nationale), les syndicats d'enseignants ont acquis au fil du temps une influence telle qu'ils étaient d'une certaine manière associés à la gestion du ministère (et qu'ils sont à l'inspiration de quelques réformes, sur fond d'égalitarisme obtus et de pédagogisme militant, dont il est clair aujourd'hui qu'elles étaient catastrophiques).

Alors, c'est vrai, pour faire semblant de "pousser les luttes", le SNUIPP et le SNES-FSU lançaient de temps en temps un mot d'ordre de grève de 24 heures, qui n'avait pour effet que de mettre en vacances les élèves et de coûter une journée (1/30 du traitement mensuel) sur les fiches de paie de la fin du mois. Mais ça, c'était de plus en plus "pour de rire". Quelles que soient la force des luttes, la puissance des manifestations, la clameur des protestations et des colères, la nouvelle situation globale des travailleurs s'est progressivement imposée, défaisant les positions acquises, remettant en question tous les droits sociaux fièrement acquis.

Tout ça reste bien approximatif (je ne suis pas spécialiste et je ne fais pas l'histoire du processus, je suis juste un citoyen ordinaire qui s'intéresse à ce qui se passe et qui essaie de comprendre ce qui s'est passé pour que ça n'arrête pas de dégringoler), mais c'est pour dire que les syndicats français sont moralement impurs, et qu'ils se sont compromis dans de drôles de relations de double-jeu avec les puissants. Dans ces conditions, il devient pour le moins compliqué de proclamer qu'on défend les droits et les intérêts des travailleurs. La CGT a beau montrer ses gros bras et étaler ses drapeaux rouges, elle n'est plus grand-chose (FO, CFDT, etc. guère davantage), et la mésaventure du 1er mai arrivée à Martinez en est un signe.

Car dans ces conditions, on comprend aussi parfaitement qu'à peine 8 ou 10% des travailleurs français soient syndiqués. D'autant que dans le même temps, on a assisté à la libération de la circulation des capitaux et à la financiarisation de l'économie, qui a vu décroître sans cesse la part des revenus du travail dans la distribution des richesses produites et s'accroître avec une impudeur arrogante la part des revenus du capital (quitte à sacrifier l'investissement au passage, jetant aux orties la "règle" (?) des trois tiers : capital, travail, investissement).

Tout cela a fait que, malgré toutes les actions, malgré toutes les grèves, malgré toutes les manifestations, malgré tous les défilés du 1er mai, les salaires ont été "contenus", les conditions de travail sont devenues plus difficiles à supporter, le management à l'américaine ("lean management" et autres trouvailles) a usé les âmes, la vie est devenue plus dure, non seulement pour les ouvriers, mais aussi pour les employés, y compris les couches de populations de niveau de vie "correct" (les "classes moyennes" pas trop favorisées).

Résultat des courses : après la faillite programmée des partis politiques traditionnels de gauche, c'est au tour des syndicats de ne plus rien peser : insécurité sociale grandissante, précarisation, paupérisation, pas de raison de se gêner, il n'y a plus personne en face, on peut y aller carrément. 

C'est un point d'aboutissement logique : la "classe ouvrière" d'autrefois, les travailleurs d'aujourd'hui n'ont plus personne pour défendre leurs droits et leurs intérêts face à des entreprises et à des actionnaires de plus en plus voraces. Les travailleurs sont non seulement à poil, mais ils sont aussi pieds et poings liés. Et certains font encore semblant de se demander pourquoi les gilets jaunes.

Voilà ce que je dis, moi.

jeudi, 02 mai 2019

ÊTRE JOURNALISTE ET ANTI-GILETS JAUNES

Le journalisme est un métier aux potentialités souvent méconnues. Certaines mauvaises langues prétendent qu'on devient journaliste politique quand on est un politicien raté, un journaliste littéraire quand on est un écrivain raté, un journaliste spécialisé dans les questions éducatives quand on a raté le CAPES ou l'Agrégation, bref : qu'un journaliste est souvent le raté du métier qu'il aurait voulu exercer. Je ne dis pas que ce soit faux, mais de là à généraliser, il y a un pas que ma bonté foncière se refuse à franchir : après tout, il y a peut-être des exceptions.

Mais il est un métier que tout journaliste un peu chevronné, sans le savoir et parfois sans le vouloir, pratique aisément sans l'avoir appris et sans que le public en ait une claire conscience : le métier de prestidigitateur. La façon dont la cause du mouvement des gilets jaunes a été escamotée en est une preuve, et tient de cette technique inhérente à une longue pratique du journalisme, selon le principe : "Ce dont je parle fait disparaître ce dont je ne parle pas".

C'est ce que le grand linguiste, Chaïm Perelman, appelle "l'effet de présence" (dans son immense Traité de l'argumentation). Pour transformer le lapin du chapeau en ballon gonflable, cela consiste à parler exclusivement du ballon. En l'occurrence, le lapin est le gilet jaune, et le ballon gonflable est le casseur. Les vases communicants : on dégonfle l'un pour mieux donner à l'autre les boursouflures qui conviennent au spectaculaire. Comme disait Loïc Wacquant dans Punir les pauvres (Agone, 2004), au sujet de la mise en place et en scène de l'ordre policier : « Tout d'abord, elle est conçue et exécutée non pas pour elle-même mais "dans le but d'être exhibée et vue", scrutée, reluquée : il s'agit en priorité absolue de faire du spectacle, au sens propre du terme ».

Conclusion : la vérité des gilets jaunes s'est fait atomiser. 

Je ne sais pas vous, mais moi je suis frappé (façon de parler !) par la façon dont les journalistes de radio (j'écoute principalement France Culture) rendent compte du mouvement et des manifestations des "gilets jaunes". Dans la profession, on semble se donner un alibi en proposant une petite interview d'un gilet jaune, si possible choisi parmi la demi-douzaine qui se sont fait un nom depuis les premiers jours.

Mais le fond du problème, dont les données n'ont pas changé d'un iota depuis le début, dort désormais au fond des oubliettes. En ce soir de 1er mai, les journalistes de France Culture se sont surpassés, consacrant l'essentiel du journal de 18h. aux dégâts commis par les casseurs dans le quartier de Montparnasse, sans dire un mot de la situation économique des classes moyennes "périphériques", situation qui les a poussées sur les ronds-points. Je dis que c'est tout simplement dégueulasse.

Cela n'empêche pas les journalistes de rapporter du terrain des victuailles vendables, mais ils parlent exclusivement de l'aspect policier de l'événement : on donne largement la parole au ministre de l'intérieur, au premier ministre, aux syndicats de police, on parle des casseurs, on analyse les groupes, l'idéologie et les ravages des "black blocks", on chiffre parfois les dégâts, on parle de la catastrophe que constituent tous ces samedis de zéro chiffre d'affaires des commerçants, mais sur les raisons premières, sur l'étincelle qui a mis le feu aux poudres de la colère, c'est, au sens propre, silence radio.

Tout juste les journalistes acceptent-ils, furtivement et à mots couverts, d'évoquer de "possibles violences policières disproportionnées". Le bulletin d'information du samedi soir (et d'hier soir) se résume à une narration serrée et à un bilan chiffré des violences. L'événement est ramené à sa dimension de banditisme de droit commun et à sa répression légitime. La prestidigitation, c'est ça.

Même prestidigitation, quoiqu'en plus spectaculaire, à propos du "Grand Débat" : le journal que je lis et la radio que j'écoute ont rendu compte en long, en large et en épais, des séances où Emmanuel Macron a eu le "cran" de se soumettre des heures durant au feu roulant des questions des maires de diverses régions de France, puis de quelques citoyens, mais rien ou si peu que rien sur la pertinence et le bien-fondé de ce "Grand Débat". Or il est flagrant que cette mousse médiatique a été soigneusement montée pour être la grande réponse du pouvoir à une question ... qui n'a jamais été posée par les gilets jaunes, comme le prouvent quelques études parues sur les compositions sociologiques comparées de deux ensembles.

Les gilets jaunes se sont juste mis en mouvement parce que leurs fins de mois étaient de plus en plus difficiles, et pour quelques autres raisons secondaires. La sociologie de cette population est celle de gens qui, le plus souvent, ont un travail, un salaire, une famille, peut-être une maison à finir de payer, et qui sont dans le rouge à la banque de plus en plus tôt dans le mois. La sociologie des participants au "Grand Débat", en revanche, est plutôt celle de retraités relativement aisés, dotés d'un bon degré d'instruction et d'un capital culturel satisfaisant.

Cela signifie une chose évidente : Emmanuel Macron, en organisant le grand théâtre du "Grand Débat", s'est comporté en prestidigitateur de talent, en s'adressant à ceux qui ne manifestaient pas, et en se gardant bien de répondre à ceux qui manifestaient en allant tous les samedis se les geler sur les ronds-points. En parachutant sur la France un "Grand Débat" que nul n'avait demandé et dont nul ne sentait la nécessité, Macron a presque réussi à imposer silence à ceux qui manifestaient pour exprimer leur souffrance sociale. C'est totalement immonde, même s'il faut reconnaître que c'est politiquement redoutable. Une manière de ressusciter l'adhésion défaillante en se gardant surtout de traiter le fond du problème. Passez muscade !

Samedi après samedi, il ne reste donc du "mouvement" des gilets jaunes plus que des souvenirs et des images de gaz lacrymogènes, de vitrines cassées, de casseurs-pilleurs, de pousse-au-crime appelant les policiers au suicide, d'yeux crevés, de mains arrachées, de commerçants aux abois, de policiers dévastateurs et en "burn out".

Accessoirement, il reste aussi un président inflexible dans sa réponse policière et dans sa politique économique, fuyant devant la signification profonde de tout ce schproum, et qui s'efforce de disqualifier le mouvement en le réduisant à l'humeur exaltée de quelques excités augmentés de quelques extrémistes. Il pose une dénégation massive sur la réalité de la souffrance sociale due à l'injustice du système économique qu'il défend : circulez, y a rien à voir ! Autrement dit : fermez vos gueules. Soit dit entre parenthèses, je m'étonne, à propos des méfaits et brigandages des "black blocks", que personne ou presque ne se pose la question de savoir à qui le crime profite.

Les bonnes âmes peuvent toujours dénoncer les cris de haine qui ont été lancés à l'adresse du pouvoir en général et de Macron en particulier. S'il y a ici un fauteur de haine, il s'appelle d'abord l'ordre (appelez-le l'empire, le système, ...) économique ultralibéral, qui vide la planète de ses richesses et la vie humaine de sa signification, mais il porte aussi le nom de son « très humble et très obéissant serviteur » (formule de c'était du temps où il fallait respecter les formes, quoi qu'on en pensât) : Emmanuel Macron.

En attendant, il est clair que la gent journalistique installée montre avec constance, par sa façon de "traiter" (sélectionner, organiser, ...) l'information, qu'elle a pris parti contre les gilets jaunes, dont elle tait ardemment les motivations d'origine. En revanche, tout ce que font les "Black blocks", qui profitent de l'aubaine des manifestations de rue pour mener des actions d'une "guerre" contre je ne sais quoi, les journalistes le racontent avec un luxe de détails. Ils savent exactement le genre d'effet que ce genre d'images et de récits peut avoir sur les "braves gens".

Ici, la profession journalistique montre qu'elle est sourde, aveugle et muette, je veux dire qu'elle s'avère incapable de rendre compte d'une problématique complexe et globale (les effets désastreux à long terme de l'ultralibéralisme sur les conditions de vie des classes moyennes), en se perdant dans la narration sotte et bornée des effets les plus connexes, les plus indirects, les plus secondaires, mais les plus spectaculaires, qui pourrissent l'expression sérieuse et durable de cette problématique.

La presse dans son ensemble voudrait montrer par là qu'elle est au service du pouvoir (vous savez, Les Chiens de garde, Les Nouveaux chiens de garde, ...), elle ne s'y prendrait pas autrement. Je doute que ce soit là la vérité, mais tout se passe comme si. La faute, peut-être, aux sacro-saintes "grilles de lecture" et à la priorité accordée à l'événementiel, place finalement obtenue par effraction par les violents de profession, au détriment de l'analyse de la situation.

Le choc des photos a vaincu le poids des mots.

Voilà ce que je dis, moi.

mardi, 09 avril 2019

GRAND DÉBAT ...

... OU GRANDE IMPOSTURE ?

Très fort, Macron ! Bravo l'artiste ! Les gilets jaunes, on peut dire qu'il les a eus à l'usure. C'est vrai qu'il y a mis de l'énergie, mais il en est venu à bout. Pour l'énergie, il faut le reconnaître, il en a à revendre. Tenir le crachoir pendant six ou huit heures face à des centaines de maires d'un peu partout en France et répondre aux questions, il faut le faire. Emmanuel Macron a donc amplement payé de sa personne pour ... pour quoi, au fait ? Ben, en fait, on n'en sait rien, finalement. Tout ça pour ça ? Après le bouillonnement des idées, la bouillie indigeste de leur « restitution » par le premier ministre : on peut compter sur lui (et sur le président) pour tordre les idées dans le sens qui l'arrange. Soyons sûrs que la montagne du Grand Débat accouchera de quelques petites crottes très présentables.

Qu'est-ce qu'ils voulaient, au départ, les gilets jaunes ? Finir le mois sans trop de casse, et sans trop de rouge sur le compte en banque. Cela veut dire, pour des politiques un peu responsables : agir sur la situation économique des gens qui ont un travail qui nourrit de plus en plus mal les individus et les familles. Ils ne demandaient pas le pactole, ils ne le demandent toujours pas, d'ailleurs. Vouloir finir le mois avec le feu vert de la banque n'est pas une revendication. Vouloir finir dans le vert n'est pas un sujet de débat, grand ou petit.

Je veux révéler ici le secret du raisonnement d'Emmanuel Macron au moment où la « crise des gilets jaunes » a éclaté : c'est comme si j'étais là, dans sa tête. Notre jeune et fringant président s'est dit :

« POUR LES FAIRE TAIRE, DONNONS-LEUR LA PAROLE ! ».

Je l'ai entendu de mes oreilles mentales, je vous jure ! Sauf que, dans la formule ci-dessus, le pronom "les" ne renvoie pas aux mêmes personnes que le pronom "leur". "Les" (COD : complément d'objet direct), c'est les Français gilets jaunes, "leur" (COS : complément d'objet second), c'est les Français pas gilets jaunes. En français ordinaire : pour étouffer la voix de ceux qui contestent, donnons la parole à ceux qui croient encore à la pureté du régime démocratique à la Macron (sous-entendu : qui ont encore assez de moyens pour y croire, comme le montre la sociologie des participants). En encore plus clair : faisons semblant de donner la parole à toute la nation, ça fera toujours assez de chahut pour que les cris des gilets jaunes se perdent. Reformulé, ça donne : 

« POUR FAIRE TAIRE LES GILETS JAUNES, DONNONS LA PAROLE AUX CITOYENS "POSITIFS". » 

Qu'est-ce que c'est, en définitive, le "Grand Débat National" ? Une belle entreprise de noyade : vexé d'être remis en question par quelques pouilleux et sans grade (150.000 au plus fort ?), Emmanuel Macron veut à tout prix "sortir du problème par le haut". Il met douze millions d'euros dans l'entreprise pour appeler à la rescousse toutes les bonnes volontés qui ont quelque chose à dire tout en estimant qu'elles ne sont pas écoutées. Résultat : toutes participations étant comptées, on arrive à un total de 1.500.000 personnes qui ont apporté leur contribution à ce Grand Débat National. Enfoncés, les Gilets Jaunes.

Cela ne fait pas lourd par rapport aux 44.000.000 de Français dont le nom figure sur les listes électorales, mais c'est déjà un nombre respectable. C'est vrai, c'est bien vrai, c'est tout à fait vrai, sauf que le Macron a réussi, avec son Grand Débat, à créer un événement que personne n'attendait ni ne demandait. Le Grand Débat correspond assez bien à la définition de l'amour selon le psychanalyste Jacques Lacan : « Aimer, c'est donner quelque chose qu'on n'a pas à quelqu'un qui n'en veut pas ». 

Car le Grand Débat n'a pas concerné les Gilets Jaunes. Parce qu'il n'était pas fait pour satisfaire les Gilets Jaunes, mais pour noyer les Gilets Jaunes. L'entourloupe est magistrale.

Là où il est très fort, c'est que l'initiative du Grand Débat, dont l'auteur de l'idée est inconnu à ce jour, a mis en branle une énorme machine administrative (des institutions et des commissions "ad hoc") dont les médias dans leur ensemble se sont vus contraints de rendre compte de la marche jour après jour. En clair et en français : Macron a fait du grand spectacle. Le Barnum du Grand Débat. La noyade, c'est ça.

POPAÏNE 14.jpg

C'est dans Popaïne et vieux tableaux, cette bande dessinée remarquable du grand Maurice Tillieux (les plus beaux accidents de voiture de toute la bande dessinée, hormis celui de sa IBN MAH ZOUD2.jpgSplendeur Ibn-Mah-Zoud, roi du pétrole daltonien aux 52 épouses, au volant de la turbotraction dessinée par Franquin dans Vacances sans histoires), que le détective Gil Jourdan déclare cette vérité définitive : « Où cache-t-on mieux un livre que parmi d'autres livres ? », en parlant du registre où Stéphane Palankine, le gros trafiquant de drogue, tient une comptabilité précise de ses affaires. Macron tient le même raisonnement : où cache-t-on mieux des idées gênantes que parmi un déluge d'idées (excellentes, bonnes, mauvaises, anodines ou fantaisistes) ? Noyons donc. Et ce déluge-là a duré bien plus de quarante jours et quarante nuits. Mais ça a à peu près marché. Bon, c'est vrai, quelques idées-forces persistent à émerger, mais l'essentiel, ce qui a servi de base au départ, est maintenant oublié.

L'essentiel ? La situation concrète de la masse des gens qui ont un travail et qui ont de plus en plus de mal à joindre les deux bouts. Et ça, ça n'a pas changé, et ce n'est pas près de changer. Là, c'est la double page de Gotlib sur le Biaffrogalistan qu'il faut convoquer (ci-dessous première et dernière bande, c'est dans la Rubrique-à-brac tome 4, page 366 de l'intégrale), pour dire l'efficacité des paroles sur la réalité. Le Grand Débat National aura eu surtout des vertus incantatoires.

désamorçage1.jpg

A noter : la taille du message dans la troisième vignette et dans l'avant-dernière. Le ressassement médiatique fait disparaître le message de la conscience.

La réalité du désastre, quant à elle, est intacte.

désamorçage2.jpg

Tout ça veut dire une seule et unique chose : Macron, tu causes, tu causes, c'est tout ce que tu sais faire (voir mon papier du 1 octobre 2017).

Macron, c'est la parole verbale. La réalité concrète des gilets jaunes a miraculeusement disparu. Enfin, c'est ce qu'il aimerait bien.

Voilà ce que je dis, moi.

vendredi, 15 mars 2019

UN PORTRAIT DE MACRON ...

...PAR UN "AMI QUI LUI VEUT DU BIEN"

J’ai découvert les coulisses du métier de journaliste dans le livre de François Ruffin, Les Petits soldats du journalisme (Les Arènes, 2003). Ce n’est certes pas un livre neutre : il rue dans les brancards, il est impitoyable avec les règles, les méthodes et, disons-le, l’idéologie inculquées par le CFJ (Centre de Formation des Journalistes, Paris) aux étudiants qui se voient un avenir dans la presse écrite ou audiovisuelle. J’avais embrayé sur Journalistes au quotidien d’Alain Accardo, qui décrivait la précarité grandissante des journalistes, et souvent la futilité des missions confiées par leur N+1, je me souviens en particulier du passage concernant les JRI (Journalistes Reporters Image, qui travaillent pour la télé, la grande dévoreuse de spectaculaire, et qui sont parachutés sur le terrain dès qu'il y a une inondation, un glissement de terrain, un tremblement de terre, etc.).

J’avais trouvé désagréable en plusieurs occasions le ton du livre de Ruffin, à commencer par une agressivité déplacée : il a beau soutenir je ne sais plus où que ce qui le guide c’est d’abord l’enquête, il ne peut s’empêcher de mordre, et c’est parfois pénible. Ce qui atténue le désagrément, c’est qu’il se considère comme plus ou moins minable et raté, mais selon lui, c’est ce qui le rapproche de « La France d’en bas », à laquelle n’a jamais appartenu Emmanuel Macron, son ancien condisciple à La Providence à Amiens, qu’il présente comme imbu de lui-même et jamais effleuré par le doute sur ses espoirs, ses aptitudes et ses possibilités.

RUFFIN FRANCOIS CE PAYS QUE.jpgFrançois Ruffin a écrit Ce Pays que tu ne connais pas (Les Arènes, 2019) pour dresser un portrait en pied de celui qui est devenu président de la République, un livre qu’il présente quelque part comme un « uppercut au foie », oxymore amusant pour qui s’intéresse un peu au « noble art » de la boxe (sauf erreur, « upper » veut dire « vers le haut »), mais bon. Les « bonnes feuilles » publiées dans Fakir (n°88, janvier-avril 2019) sont intéressantes à plus d’un titre.

En premier lieu, Macron y est dépeint comme un garçon qui a été dorloté dans un cocon de langage par sa grand-mère Manette. Macron se meut en effet dans l’univers des mots plus aisément qu’un poisson dans l’eau, comme si, pour lui, prononcer un mot donnait l’existence à un objet ou à un être qu’il tient dans sa main.

Ce rapport aisé au langage explique sans doute pourquoi le président s’est révélé un orateur doué dès sa campagne électorale, et qu’en matière de discours, il laisse sur place sans effort ses deux prédécesseurs, qui n’étaient pas des tribuns, tant le premier était sommaire et le second pitoyable. A part ça, il faudrait quand même que quelqu’un dise à Ruffin qu’Oulipo (de Queneau, Le Lionnais et quelques épigones, Perec, la recrue majeure, ne venant qu’ensuite) ne veut pas dire « Ouvroir de littérature poétique ». Passons.

Le revers de la médaille est évidemment le rapport que le bonhomme Macron entretient avec le granit de la réalité, auquel son front ne s’est jamais heurté. Car en deuxième lieu, l’élève brillant, qui a été admiré par beaucoup de camarades et même par des professeurs (l’un deux humilie sa propre fille en parlant à la table de famille de « ce garçon exceptionnel ») accomplit un parcours semé de pétales de rose, un peu comme sur un petit nuage, comme s’il avait toujours été entouré de louanges, de caresses et de courtisans. C'est peut-être comme ça que le pouvoir s'apprend, mais cela induit un rapport pour le moins "feutré" et distant avec la réalité commune et partagée avec le plus grand nombre. Son front porte le signe de l'élite. 

C'est à cause de ce parcours lisse et préservé des intempéries, Macron ne s’étant jamais colleté avec les duretés de la vie, qu'on ne voit pas comment il pourrait trouver des solutions à celles du monde : « Toute votre adolescence se déroule, dirait-on, sous les hourras et les vivats ! Sous un concert d’applaudissements permanents ! ». Ce n’est certes pas le cas de François Ruffin : « … j’ai connu ça, des années durant, la médiocrité, la nullité, le sentiment de n’être rien et de ne rien valoir … ». Mais il en fait un argument : « J’en tire une force, de toutes ces faiblesses : l’empathie. Dans les blessures des autres, j’entends mes blessures ». 

J’ai tendance à lui faire crédit de cette affirmation : les voix fêlées de Bessie Smith et Billie Holiday, deux fracassées de la vie, m’émeuvent davantage que les virtuoses et rayonnantes de plénitude Ella Fitzgerald ou Sarah Vaughan. L’empathie est l’enfant de la souffrance. L’empathie ne s’apprend pas dans les livres : elle découle de la vie. Les premiers de la classe, ceux qui n’ont jamais été mis en difficulté, ne peuvent pas savoir ça, tout simplement parce qu’ils ne l'ont jamais ressenti. La dure réalité du monde a la consistance d'une abstraction dans l'esprit de Macron, pour qui elle n'est qu'un ensemble de données chiffrées et d' "objets de dossiers à traiter". 

En troisième lieu, François Ruffin met le doigt sur ce qui fait la plus grande faiblesse d’Emmanuel Macron à son avis (et au mien). Bénéficiant de toutes les facilités, dont celle de la parole, il séduit et fascine, mais il n’y a pas grand-chose derrière. Et les gogos gobent. Ainsi témoigne Jean-Baptiste de Froment, ancien "collègue" au lycée Henri IV: « Au départ, on était impressionnés car il était très à l’aise, il était assez bon en name dropping culturel. Puis les premières notes sont tombées et là on s’est dit "c’est du pipeau". Il parlait très bien, singeant le langage universitaire à la perfection, mais c’était au fond assez creux ».

Comment fait-il, ayant raté l’entrée à Normal Sup’, pour être qualifié d’ancien « normalien » dans les magazines, voire « normalien d’honneur » par le journaliste Alain-Gérard Slama ? Mystère. Toujours est-il que cette « erreur » ouvre bien des perspectives sur un aspect crucial de la personnalité du président : le bluff, cette poudre magique faite pour les gogos intrinsèques. La même « erreur » est commise par plusieurs organes de presse qui font de Macron un titulaire de doctorat, alors que son supposé maître de thèse, le fameux Etienne Balibar, « n’en conserve "strictement aucun souvenir" », ulcéré par le culot de l’homme qui invoque indûment son nom.

Quant au patronage philosophique de "saint Paul Ricœur" sous lequel s’est placé publiquement Macron, il est, selon Ruffin, complaisamment amplifié : « Qu’avez-vous fait pour ce philosophe ? De l’archivage, un peu de documentation, les notes de bas de page, la bibliographie mise en forme ».

La philosophe Myriam Revault-d’Allonnes (membre du fonds Ricœur, s'il vous plaît) remet impitoyablement les choses en place : « Il en tire un bénéfice totalement exagéré. Ricœur était sensible à la notion de solidarité. Or, chez Macron, le conservatisme est assimilé à l’archaïsme supposé des acquis sociaux et le progressisme à la flexibilité et la dérégulation économique. Ce n’est ni un intellectuel, ni un homme d’Etat, mais un technocrate, certes intelligent et cultivé, mais représentant une pensée de droite libérale assez classique ». Emmanuel Macron ? Pas un homme d’Etat, mais un technocrate de droite. Du bluff, on vous dit.

Son culot lui fait introduire son livre Révolution par cette phrase incroyable : « Affronter la réalité du monde nous fera retrouver l’espérance ». Il faut oser, quand on est resté constamment bien à l’abri des réalités du monde et de ses vicissitudes.

Je fais volontairement abstraction du flot de commentaires de François Ruffin, qui disent davantage sur lui-même que sur la tête qui lui sert de punching-ball : expression souvent agressive ou caricaturale, jugements dont le lecteur se fout comme de l'an quarante et qui transforment le combat politique en jeu de fléchettes ou en tir aux pipes forain. Toutes ses rancœurs et diatribes sont carrément inutiles et n'apprennent rien à personne. Je n'ai strictement rien à faire de ses états d'âme, quand il laisse le désir d'épanchement de son moi envahir son métier de journaliste. Il vaut mieux décrire à la façon d'un scientifique ou d'un journaliste, il ne sert à rien de lancer des piques, qui disqualifient finalement le discours qu'on voulait critique.

En revanche, tout ce qui relate des faits ou des témoignages de première main est impeccable. Quand Ruffin se contente de faire son métier, le propos est imparable, car les faits se suffisent à eux-mêmes. Je passe sous silence les deux dernières parties de ces « bonnes feuilles » : « Au contact, le candidat – 2017 » et « Monsieur Thiers startupper, le président – 2019 », tout cela étant largement connu, du fait de la médiatisation servile qui fait d’Emmanuel Macron un point fixe national (un point de fixation ?) depuis son élection. A la réflexion, je ne lirai sans doute pas le livre de Ruffin.

Il reste que la France, en 2017, s’est mise entre les pattes d’un homme dangereux, dont le projet, raconté par un autre journaliste (je ne sais plus si c'est Jean-Dominique Merchet ou Marc Endeweld, le 5 décembre 2018 sur France Culture) avant l’accession de Macron à la présidence, est d’en finir une bonne fois pour toutes avec le système de protection sociale français, sans parler des intentions présidentielles de cravacher le pays jusqu'au sang, jusqu’à ce que tout le monde, de gré ou de force, soit enfin entré dans la féroce compétition économique qui ravage la planète et l'humanité. Et tant pis pour les attardés, les paresseux, les Gaulois, les impotents ! Ils sont attendus de pied ferme dans les "ténèbres extérieures".

Voilà ce que je dis, moi.

mardi, 05 mars 2019

CLÉMENTINE AUTAIN

Les délicieux petits moments de l'existence.

Hier matin, invitée par Guillaume Erner, l'animateur des Matins de France Culture, Clémentine Autain a, entre autres, été interviewée sur La France insoumise, le parti et le groupe parlementaire où elle s'est fait élire. Dans le flot des paroles qui se sont élancées en foule de sa bouche, à une question sur le premier féminisme (celui qui a marqué les années 1970, enfin bref, le MLF et tout ça), elle a émis, vers 8h.36, cette idée audacieuse, originale et pleine de verve :

« Les femmes des années 1970 ont essuyé les pots cassés ».

Dommage que Le Canard enchaîné ne s'intéresse qu'à la presse écrite pour nourrir ses rubriques "A travers la presse déchaînée" et "Rue des petites perles". Il se prive de quelques "voluptés de fin gourmet" (Courteline, dit-on) : même le féminisme arrive à faire rire ! J'imagine que Le Canard s'en serait sorti avec une formule du genre « payé les plâtres ».  

samedi, 26 janvier 2019

DONALD TRUMP, AGENT RUSSE ?

Voici ce que j'écrivais ici le 29 décembre 2018 :

« A propos de l'actualité :

Je suis très surpris que les Américains n'aient pas encore accusé Donald Trump d'être un "traître à la patrie". Ses dernières décisions font tout, en effet, pour favoriser des pays présentés comme des ennemis des USA : laisser le champ libre à la Russie et à l'Iran en Syrie et en Irak (au prétexte hallucinatoire que Daech est désormais vaincu : "We won !!!"), laisser le champ libre à la Chine en laissant tomber les accords de libre échange transpacifiques, et autres fantaisies géopolitiques.

Trump voudrait affaiblir le pays dont il est le président, il ne s'y prendrait pas autrement. 

Trump est un traître à son pays.»

Bon, je sais, je ne suis pas journaliste. Mes arguments sont minces et ma documentation tout à fait étique, ce qui fait de l'idée principale de ce petit papier une bulle de savon. Je reconnais que mon petit mot fait "vague impression d'ensemble" et pas vraiment "photographie de la réalité". Mais je trouve dans Le Monde du 25 janvier, dans la chronique d'Alain Frachon, une sorte de confirmation de l'intuition qui tentait de voir le jour il y a un mois. Alain Frachon est journaliste, lui, et il sait travailler comme il faut. Et le titre de son papier vaut à mes yeux validation de l'hypothèse : poser la question, dans le "journal de référence", c'est d'une certaine manière y répondre.

2019 01 25 TRUMP AGENT RUSSE.jpg

Car les motifs de l'accusation dont j'ébauchais l'ébauche deviennent, dans cette chronique, un lourd "faisceau de présomptions". 

1 - Sans le dire publiquement, Donald Trump souhaite la mort de l'OTAN (hantise de Poutine et consort).

2 - Il a soutenu le Brexit (pour affaiblir l'Europe, obsession de Poutine).

3 - Il a dégradé "le statut de la représentation de l'UE à Washington" (il faudrait expliciter les enjeux).

4 - Il retire les troupes américaines de Syrie (pour faire plaisir à Poutine ?).

5 - S'entretenant avec Vladimir Poutine, il a fait saisir les notes des interprètes, si bien que personne ne sait ce qu'ils se sont vraiment dit.

6 - Il n'a rien dit quand les Russes ont saisi des navires ukrainiens dans le détroit de Kertch (qui séparait Russie et Crimée avant la construction du pont).

7 - Il a laissé les sénateurs républicains lever une partie des sanctions à l'encontre du groupe Rusal, dont le dirigeant est un proche de Poutine.

Les charges sont donc lourdes.

***

En bon journaliste, Alain Frachon ajoute cependant les arguments "à décharge".

1 - Il a fait voter de nouvelles sanctions contre Moscou (lesquelles ?).

2 - Il a expulsé des diplomates russes (effet d'annonce ?).

3 - Il a vendu des armes sophistiquées à l'Ukraine (il y a, ai-je entendu quelque part, des "conseillers" américains à tous les étages de l'ambassade US à Kiev).

4 - Il a renié l'accord avec l'Iran sur le nucléaire (ça, c'est du lourd).

5 - Il a fait tirer des missiles contre Bachar el Assad (un seul épisode, il ne faut pas exagérer).

6 - Il dénonce un accord de désarmement nucléaire datant de 1987 (mais sans doute du billard à trois bandes, à cause de la Chine, qui n'est absolument pas impliquée dans les termes des traités existants, qui interdisent le développement de certains missiles, peut-être ceux à moyenne portée).

Question : Donald Trump est-il un traître à son pays ? 

Attention, Alain Frachon n'a rien inventé. Il lit juste la presse américaine : « Gambergeant sur ces faits, et les mettant bout à bout, la presse américaine esquissait ces jours-ci, entre les lignes, sans jamais formuler ouvertement la question, cette énorme hypothèse : et si Donald Trump était un agent russe ? ».

A peser le pour et le contre, je me dis que la caricature de chef d'Etat, voire l'incohérence caractérielle de Donald Trump, effarant chef de l'Etat le plus puissant, autorise la divergence des analyses. Je me dis cependant qu'il y a au moins quelque chose de troublant dans les arguments "à charge", qui n'est pas tout à fait compensé par les arguments "à décharge". Le simple fait que la question ci-dessus puisse être posée est en soi un indice de quelque chose de grave.

Je suis content de voir qu'une pauvre intuition mal établie est prise au sérieux par des plumes autrement compétentes que la mienne.

Voilà ce que je dis, moi.

samedi, 12 janvier 2019

KATHOLIKOS = UNIVERSEL

Je n'aime pas trop les regroupements de "sensibilités" qui se cachent sous les apparences les plus vertueuses, du genre de "La Parole Libérée" (quelle que soit par ailleurs la gravité des faits). De fait, on pourrait énumérer toutes sortes de paroles qui se sont "libérées" depuis quelque temps : "libération de la parole raciste", à je ne sais plus quelle occasion, peut-être le fameux "débat sur l'identité nationale" cher à Sarkozy ; "libération de la parole fasciste", sans doute dans les même eaux troubles ; "libération de la parole des femmes" avec le mouvement "mitou" (traduction française : "balance ton porc"). C'est devenu une mode : la libération de la parole a le vent en poupe. La libération de la parole est en tête de gondole. C'est un excellent produit, authentifié comme tel par le grand usage que les journalistes font de l'expression.

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Dans l'actualité, il s'agit des anciens petits garçons (je connais au moins une ancienne petite fille qui pourrait témoigner) qui ont eu à faire au père Preynat, un fameux lascar qui consacrait toute son âme au "spirituel" et tout son corps au "temporel", sans doute pour apporter la preuve de la dualité essentielle formée par le tandem bien connu. 

Beaucoup de ces gens, abusés dans leur enfance par des hommes en soutane un peu trop "temporels", font des procès pour faire reconnaître leurs droits légitimes en même temps que la légitimité de leurs droits. Je m'étonne un peu quand même du vacarme médiatique auquel a donné lieu le procès du curé Barbarin : le monsieur (Devaux ?) qui est à l'origine de l'affaire, s'il est bien intentionné (admettons), a visiblement l'oreille de quelques journalistes (et peut-être quelques autorités) bien placés. On se demande un peu par quelles connivences, tant il trouve de micros bienveillants pour faire valoir sa cause.

BARBARIN.jpg

En gros et en détail, je ne supporte pas tout ce qui s'érige en "communauté" (en l'occurrence : ohé ami, si un curé a été trop « gentil » avec toi autrefois, rejoins nos rangs) et qui travaille tout le corps social en direction d'un communautarisme de plus en plus exacerbé. C'est-à-dire qui fragmente le corps social en autant de groupes défendant des intérêts particuliers, au préjudice de ce qui s'appelle de moins en moins la Société. C'est-à-dire qui installe entre les gens des relations faites de susceptibilité réciproque, de vigilance sourcilleuse, et de récriminations vite judiciaires.

En attendant, je contemple avec une certaine satisfaction l'Eglise catholique qui, sous le coup de divers scandales intervenus dans divers pays chrétiens, a de plus en plus de mal à demeurer, côté curés, une agence de recrutement (et pourquoi pas de centre de formation ? Je pose la question) de pervers sexuels.

vendredi, 11 janvier 2019

OH LA BELLE ROUTE !

ISRAËL ROUTE 4370.jpg

Modèle d'entente fraternelle interethnique ou interreligieuse, voici la route (5 km) qui relie Jérusalem à la colonie israélienne de Geva Binyamin. Pour être sûr qu'aucun véhicule israélien ne risque de heurter de façon hostile une voiture palestinienne (et pour prévenir ainsi toute accusation de violence intentionnelle), on a construit non pas une route, mais deux (DEUX), avec au milieu un mur très mignon et sympathique de 8 mètres de haut, au motif  évident et purement mathématique que deux parallèles ne se rencontrent qu'à l'infini. 

Il faudrait être le dernier des soupçonneux pour jeter le plus petit doute sur la pureté des intentions des Israéliens, et insinuer que, derrière cette mesure emblématique des autorités en faveur de la sécurité routière, se dissimule un projet de « développement séparé des races », vous savez, ce concept que les blancs d'Afrique du sud avaient inauguré en 1948 (si je me souviens bien) sous le nom afrikaner d'APARTHEID.

lundi, 17 décembre 2018

GILET JAUNE ET POLITIQUE

Les intellos de tout poils, sociologues, historiens, philosophes, politologues et tutti quanti, continuent à "décrypter" le mouvement des gilets. Mine de rien, ça les fait jubiler, car voilà-t-il pas que ça leur donne une visibilité inhabituelle. Ils ont enfin l'impression d'exister. Je veux dire : d'exister parce que les médias éprouvent un urgent besoin d'enregistrer leur parole. Ils sont tout fiérots d'être ainsi courtisés et d'avoir ainsi l'occasion d'expérimenter leur "charisme" et de mesurer "in vivo" leur influence.

Le point commun de ces gens est que le système auquel ils appartiennent est d'accord pour admettre qu'ils produisent du "SAVOIR". De quelque côté qu'on se tourne, il y a de la connaissance comme s'il en pleuvait. Et en même temps, j'ai la très nette impression qu'il n'y a jamais eu autant d'ignorance de la société sur son propre fonctionnement.

J'entends M. Machin pérorer sur la notion de "représentation". J'entends M. Truc s'étendre longuement sur le concept d'"organisation". J'entends M. Bidule exposer ses doutes sur la crédibilité d'un mouvement qui n'a toujours pas élu ou désigné de "comité de grève", qui n'a encore rédigé aucun tract synthétisant les revendications, et qui dénie aux personnalités "émergentes" le droit de les représenter. J'entends M. Tartempion plaquer sur le dit mouvement le modèle qu'il a laborieusement élaboré en étudiant l'histoire des mouvements sociaux, des insurrections populaires et des révolutions depuis l'âge de pierre. 

Pour moi, tous ces gens très savants adorent sodomiser les diptères et capillotracter la réalité pour mieux la couper en une infinité de tout petits tronçons d'images de la réalité qu'ils s'efforcent ensuite de recoller en se débrouillant pour que ces images finissent par former un tableau et par ressembler à l'idée (cohérente, forcément) qu'ils s'en sont faite. Les politiciens se joignent à eux pour faire entrer cette réalité dans le moule que les grandes écoles ont collé dans leurs grosses têtes, et pour faire dire enfin au mouvement des choses qu'ils connaissent et sur lesquelles ils aient enfin l'impression d'avoir prise. Rien ne déplaît davantage à un politicien que de ne pas pouvoir se choisir un "interlocuteur crédible" digne de lui (c'est-à-dire à qui il ne puisse pas bourrer le mou).

Je ne suis pas si savant et je ne vais pas si loin. Je crois que le mouvement des gilets jaunes reste, pour tous les observateurs et commentateurs, une surprise et, en tant que tel, qu'il leur paraît inadmissible, incompréhensible. Qu'est-ce qu'il y a de si incompréhensible dans l'espèce d'émeute à laquelle on assiste depuis un mois ? 

Je n'affirme rien, pensez donc, je pose seulement une question. Et si le mouvement des gilets jaunes n'avait strictement aucun rapport avec une ACTION, quelle qu'elle soit ? Et si le mouvement des gilets jaunes (si c'est un mouvement) avait des chances de n'être qu'une RÉACTION à une AGRESSION ? 

Je me demande en effet si les gilets jaunes ont une sorte d'ébauche d'intention ou de volonté de se muer en mouvement politique. Les revendications sont si diverses, hétéroclites, hétérogènes et disparates, qu'y voir une forme d'expression politique relève à mon avis de l'exploit intellectuel, c'est-à-dire de l'acrobatie de cirque.

Et je me demande donc si ces manifestations n'expriment pas, tout simplement, la colère provoquée seulement par la situation économique et sociale qui est faite à la population des gens ordinaires par un système ultralibéral totalement sourd, aveugle et indifférent aux souffrances qu'il engendre. Est-ce que ce n'est pas le sursaut des fins de mois difficiles, trop difficiles et de plus en plus difficiles ? 

Le système, qu'est-ce que c'est ? C'est la privatisation de tout, c'est l'Etat qui sous-traite ("externalise") de plus en plus de ses missions, c'est le rétrécissement et l'affaiblissement des services publics, c'est un modèle de société de moins en moins redistributif, c'est le creusement d'inégalités de plus en plus profondes entre une petite frange de gens ultra-riches et le marécage où pataugent plus ou moins la majorité des citoyens, et j'arrête ici ma liste, parce que.

La majorité silencieuse n'a pas l'habitude de s'exprimer en public, n'a pas l'habitude de manifester dans les rues ou aux ronds-points et péages et a peut-être aussi perdu l'habitude d'aller mettre son bulletin dans l'urne aux échéances. Les gilets jaunes, si mes interrogations ne sont pas trop aberrantes, disent simplement à Emmanuel Macron : « On n'en peut plus, monsieur le président ». C'est l'ensemble du système économique qui s'est mis en place depuis quarante ans – auquel Macron veut adapter la France à marche forcée – qui produit la situation qui produit les gilets jaunes. Et c'est le même système, qui se moque éperdument des injustices de plus en plus graves qu'il autorise, qui produit les Orban, Trump, Bolsonaro et leurs semblables.

Non, la plupart des gilets jaunes ne font pas de politique. Ils constatent seulement qu'ils vont vers le pire, du fait d'un système économique qui leur laisse de moins en moins de place. Et ils le disent très fort. Trop c'est trop, monsieur Macron ! Serez-vous, monsieur Macron, le premier électeur d'une Le Pen en France ? Voulez-vous à ce point le malheur du pays ?

Voilà ce que je dis, moi.

Note ajoutée le 18/12 : voilà, la Commission du "débat public" est maintenant impliquée dans l'organisation d'une Grande Concertation Nationale qui doit durer trois mois. C'est parti pour une grande partie de pêche. Le but de la manœuvre ? Noyer le poisson.

Toujours le 18/12 : suite au commentaire positif de "RN" sur ce billet, j'ajoute la précision suivante : c'est M. Gilles Legendre, Président du groupe LREM (Sénat ou Assemblée, peu importe), qui a déclaré exactement sur la chaîne "Public-Sénat" : « Je pense que nous avons insuffisamment expliqué ce que nous faisons, et puis il y a une deuxième erreur qui a été faite, mais dont nous portons tous la responsabilité, moi y compris, je ne me pose pas en censeur, c'est le fait d'avoir été trop intelligents, trop subtils, trop techniques dans les mesures de pouvoir d'achat. » Merci, M. Legendre, pour cette expression parfaite et immaculée de la cause principale de la haine qui vient de se faire entendre sur les ronds-points pour les gens de votre espèce qui tous, je n'en doute pas, pensent strictement la même chose que révèle votre aveu : l'arrogance de ceux qui savent, de ceux qui ont, de ceux qui peuvent. Vous êtes une illustration archétypale de ce que je ne sais plus qui nommait : LA BÊTISE DE L'INTELLIGENCE.

dimanche, 16 décembre 2018

STATISTIQUE ET GILET JAUNE

On entend des choses merveilleuses sur les ondes. Tiens, l'autre jour (je n'ai pas noté quand), il y avait deux "spécialistes", des "experts", bref, des chercheurs en je ne sais quoi, autour d'un micro, pour débattre d'une grave question : le pouvoir d'achat a-t-il augmenté ou baissé ? Peu importe le contenu du débat, je retiens seulement qu'ils étaient d'accord pour dire une chose : selon l'INSEE, le niveau de vie a légèrement augmenté, même en tenant compte de l'inflation. Ah, l'INSEE a parlé, circulez y a rien à dire, prosternons-nous.

Là où j'ai commencé à rire et à me payer la fiole des deux discoureurs, c'est quand ils ont établi, d'un commun accord, une distinction tranchée entre les chiffres fournis par l'oracle INSEE et la "perception" que les gens ordinaires ont de la réalité dans laquelle ils baignent 24 h. sur 24. C'est clair : les gens ordinaires sont des ignorants, ils n'ont aucune idée de ce qu'ils vivent concrètement, ils sont incapables de mesurer leur pouvoir d'achat, ils ne savent même pas ce qu'ils mettent dans leur "panier de la ménagère". Les gens ordinaires vivent à côté de leurs pompes. Ce qu'ils perçoivent est faux, c'est du "ressenti", c'est, disent les savants-de-chiffres, "subjectif". C'est la statistique qui a raison. Eh bien non !

Je pensais à la Grèce au plus vif de la crise et aux propos tenus à l'époque par Brice Couturier sur France Culture, où il se félicitait de l'évolution des chiffres de l'économie grecque, qui laissait espérer que ce pays sortirait bientôt de l'épouvantable marasme dans lequel l'irresponsabilité économique des citoyens et de leurs responsables politiques l'avait plongé. Il lisait les chiffres sur son papier, il ne voyait pas la multiplication des suicides, il ne voyait pas le malheur quotidien de la population, il ne voyait pas l'amputation criminelle des retraites : les Grecs sont en train de crever la gueule ouverte, mais la Grèce va bientôt pouvoir de nouveau emprunter de l'argent sur les marchés. Ne pas confondre les Grecs et la Grèce. Alléluia !

L'écart entre les chiffres et le "ressenti" est une terrible chose, quand on est du côté du "ressenti". Je suis du côté du "ressenti". Moi, je SAIS que mon pouvoir d'achat a baissé : je rogne ici et là, je m'interdis ceci, je renonce à cela, je me restreins aujourd'hui dans des domaines qui ne me posaient pas problème hier. Le savant-de-chiffres aura beau me gueuler dans les oreilles que mon "ressenti" n'est pas vrai, je sais que j'ai raison, je sais qu'il me ment, même si je suis dans l'incapacité de le lui prouver. Il peut m'abreuver d'arguments : je sais qu'il ne sait rien de MA réalité. Je sais que ma réalité n'a rien à voir avec la sienne. La vérité statistique se situe par principe hors de l'expérience de chacun.

Je ne sais pas ce que l'INSEE met dans le "panier de la ménagère", mais j'aimerais bien savoir, car je me demande vraiment comment il s'y prend, dans sa cuisine, pour trouver une hausse là où je vois tous les jours une baisse. Et j'aimerais bien savoir avec précision quelle méthode il utilise pour aboutir à son résultat positif, quelles équations, quelles péréquations, quelles corrections de trajectoire, quelles opérations chimiques.

Le problème, entre lui et moi, c'est que je n'ai pas l'expérience concrète de la moyenne qui lui sert de boussole. Ma singularité n'a rien à voir avec sa "moyenne". Dans ses chiffres, je figure quelque part sous forme d'"écart" ou de "variable". Raison pour laquelle j'ai forcément tort à l'arrivée. La grille de lecture dont se sert le statisticien est un "lit de Procuste", vous savez, ce bandit de l'antiquité qui coupait ou étirait les jambes de ses victimes pour adapter leurs mesures à celles de son lit. Le statisticien m'allonge ou me raccourcit à son gré. Et ce n'est pas agréable. Il n'est, tout simplement, pas acceptable, quand les gens ordinaires exposent leurs problèmes de fin de mois, qu'ils s'entendent rétorquer qu'ils ont tort parce que la statistique. Je ne rappellerai que pour mémoire le mot de Churchill : « Je ne crois qu'aux statistiques que j'ai moi-même trafiquées ».

Le "ressenti" est la vérité de "la France d'en bas", la statistique est la vérité de "la France d'en haut". C'est cela qui les rend irréconciliables par principe. C'est comme ça que s'impose le mensonge qui fait mal à la démocratie.

C'est aussi cela que signifie le gilet jaune : quoi qu'en disent les savants-de-chiffres, les statistiques sont l'illustration parfaite du mensonge d'en haut. Le statisticien n'est rien d'autre qu'un bonimenteur. J'exagère, mais je le fais exprès.

Voilà ce que je dis, moi.

vendredi, 14 décembre 2018

LE REVOLVER DE CHERIF CHEKATT

L'attentat de Strasbourg est une belle saloperie offerte par l'islamisme à la France, mais je me suis quand même demandé s'il fallait vraiment distinguer islam et islamisme : pour moi, il faut être aveugle pour ne pas voir que tous les islams – du plus pacifique au plus haineux – sont par nature dans l'islam, et sont donc inséparables les uns des autres : ici, le pluriel et le singulier se confondent, n'en déplaise aux tolérantistes.

Cherif Chekatt a été abattu (les flics ne sont pas des pipes en plâtre dans un stand de tir forain). On peut regretter qu'il ne soit plus en vie (bien "cuisiné", il aurait pu dire le pourquoi du comment). Mais ce qui est certain, c'est que, pour la revendication tardive de l'attentat par Daech, il y a du mou dans la corde à nœuds. Je ne suis pas dans le secret des dieux, mais quand j'écoute les informations, je ne les vois pas, mais je les entends.

Et à ce propos, j'ai entendu trois choses qui sont trois vraies informations : 1 - l'arme de Cherif Chekatt datait de 1892 ; 2 - elle est de calibre 8 mm. ; 3 - les victimes ont été atteintes pour l'essentiel par des "tirs à bout touchant". En croisant ces trois éléments, j'arrive à la conclusion (je ne suis pas un spécialiste, mais il m'est arrivé de réfléchir à la question) que l'arme utilisée par le "terroriste" est un vulgaire revolver d'ordonnance "modèle 1892" (toujours classé, si je me souviens bien, comme arme de guerre – avec quelque raison, comme on peut le voir dans le cas présent).

LE 1892 5.jpg

Car si cette arme n'est certes pas une "pétoire", elle y ressemble diablement aujourd'hui, vu ses performances balistiques (un journal parle de "puissance de tir", mais est-ce la même chose ?), d'une affligeante médiocrité, selon les spécialistes (surtout si le gars ne s'est pas entraîné suffisamment). La munition, en particulier, ne supporte pas la comparaison avec les cartouches 9 mm. du P08 Luger ou les 7,63 mm du C96 Mauser.

Je conclus de tout ça que, si Cherif Chekatt était un "soldat" de l'organisation terroriste Daech, ça voudrait dire que celle-ci n'a plus les moyens d'armer convenablement ses activistes. Je ne sais pas comment Cherif Chekatt a pu dégoter ce tromblon, mais visiblement, il la jouait "petit bras", et ses chances de survie étaient minces. Il a fait du dégât, c'est certain, et je pense aux victimes, mais après une attaque aussi rudimentaire et (apparemment) mal préparée, l'homme ordinaire peut se dire, peut-être, que le pire n'est pas forcément à venir. Et que, après tout, les services de l'Etat ne fonctionnent pas si mal.

Note ajoutée le 17 décembre : il semblerait que ce billet soit dans le vrai à 100%, si j'en crois les informations fournies par de grands organes de presse depuis l'événement. Les meilleurs connaisseurs de ces questions d'armurerie ne comprennent pas par quelle aberration ...

dimanche, 07 octobre 2018

L'HOMME QUI RÉPARE LES FEMMES

Je publie de nouveau, sans rien y changer, ce billet paru ici en 2012, en l'honneur d'un grand homme, qui vient d'être désigné Prix Nobel de la Paix de l'année 2018. Si j'avais à dire ce que pour moi est aujourd'hui l'héroïsme, je nommerais le Docteur Denis Mukwege (parmi quelques autres).

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Le sang réel coule en Afrique. Et plus précisément (entre autres) dans une région qui s’appelle le Nord Kivu. C’est au Congo [il faut dire RDC], dans le nord-est, près du Rwanda, là où se trouvent de grosses réserves de « coltan » (colombite + tantalite). Il paraît que sans lui, il n’y a plus de smartphones, de tablettes et autres joujoux. Il est donc évident que ce soit la guerre. 

 

Drôle de région, si vous voulez mon avis : le mouvement M23 (ou les Maï-Maï, ou d’autres bandes) fait régner la terreur dans les villages. La cible ? Tout ce qui est femme. Dans cette région, les hommes ont érigé le viol des femmes au rang d’activité industrielle. Une simple modalité parmi d'autres de la guerre qui s’y pratique depuis une quinzaine d’années [une vingtaine d'années en 2018].  

 

Parlons d’un homme. Il s’appelle Denis Mukwege. Il est médecin. Il a fondé un hôpital dans une ville appelée Panzi. Quelle n’est pas sa surprise, le 25 octobre dernier, en rentrant chez lui après sa journée de travail, de se voir braquer une kalachnikov sur la tempe ! L’homme s’apprête à tirer. 

 

Soudain, un employé de l’hôpital se précipite sur le tueur, qui se retourne, et l’abat de deux balles. Le Docteur Mukwege ne doit la vie qu’à la confusion qui s’ensuit. Ça tire, il est couché à terre, le commando s’enfuit au volant de la voiture familiale. « Miraculé. J’en suis au sixième attentat par balles », déclare-t-il doucement. 

 

Ce gynécologue, qui pensait avoir ouvert son hôpital pour s’occuper de mise au monde, de suivi des femmes enceintes, éventuellement de césarienne, voit arriver une femme dans son hôpital tout neuf, un jour de septembre 1999. Des soldats l’ont violée. Mais ça ne suffit pas : pour faire bonne mesure sans doute, son « appareil génital avait été déchiqueté par des balles tirées dans son vagin » (excusez-moi, je cite). 

 

Ce n’est que la première d’une longue série. « Mais à la fin de l’année, j’en étais à 45 cas », dit le docteur. En 2000, 135 cas sont comptabilisés. En 2004, il y en a 3604. Visiblement, les gars sont contents d’avoir trouvé un "truc". Une idée à creuser, quoi. « Le viol était devenu une arme de guerre ». Les clitoris étaient coupés, les seins, les lèvres, les nez sectionnés. 

 

« Et le viol s’est répandu. Utilisé par tous les groupes armés, les rebelles hutus et les combattants maï-maï, les soldats rwandais et les forces gouvernementales congolaises, et aujourd’hui les insurgés du M23 ». En treize ans, le docteur MUKWEGE a opéré plus de 40.000 femmes violées et mutilées. Au Congo, il parle de 500.000 femmes violées en seize ans. 

 

Là, je suis désolé, mais je suis obligé de laisser parler le docteur, faites comme moi, accrochez-vous bien : « J’ai vu des vagins dans lesquels on avait enfoncé des morceaux d’arbre, de verre, d’acier. Des vagins qu’on avait lacérés à coups de lames de rasoir, de couteau ou de baïonnette. Des vagins dans lesquels on avait coulé du caoutchouc brûlant ou de la soude caustique. Des vagins remplis de fuel auxquels on avait mis le feu ». Ce n’est pas fini. 

 

Car la journaliste insiste : « Il a soigné une femme qui, enlevée avec ses quatre enfants par un groupe armé pour devenir leur esclave sexuelle, a appris que le plat étrange qu’on l’avait forcée à avaler était constitué de trois de ses enfants. Il a tenté pendant des heures de reconstituer le vagin d’une petite fille de 3 ans que des sexes barbares avaient saccagé, lors d’un raid nocturne sur un village ». Personnellement, je me serais passé des « sexes barbares », tant la réalité du fait se suffit à elle-même, mais bon. On comprend mieux l'acharnement des violeurs de femmes à tuer le docteur Denis Mukwege. En quelque sorte, il gâche le métier. 

 

Ce qui anéantit le plus le bon docteur (L’Homme qui répare les femmes, Colette Braeckeman, André Versaille éditeur), c’est le silence assourdissant des instances internationales. 

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Est-ce que la situation a beaucoup changé au Nord-Kivu depuis 2012 ? Honorer cet homme hors du commun est satisfaisant pour l'esprit. Mais combien plus satisfaisant serait de s'en prendre à la cause de ces horreurs. Je dis ça, tout en sachant que ça ou pisser dans un violon, hein, ......................................

 

Total respect, bien entendu, pour la dame qui partage le prix Nobel. Mais jusqu'à hier j'ignorais tout de son existence et de ses mérites, alors que le Docteur Mukwege est une référence depuis bien longtemps. Et par surcroît, il bénéficie à mes yeux de l'absence de la sanctification que procure le statut de victime qui est celui de la dame. Lui, il est allé au charbon volontairement et (presque) en connaissance de cause : il voulait juste faire du bon boulot dans sa spécialité. 

vendredi, 06 juillet 2018

MORT DE CLAUDE LANZMANN

Eh bien voilà, Claude Lanzmann est mort aussi. Comme pas mal de gens, je suppose qu'il était mortel. Les "nécros" devaient être prêtes depuis belle lurette : le journal Le Monde a, crois-je savoir, une réserve de 300 "nécros". Celle de Claude Lanzmann devait figurer en bonne place, sous réserve de quelques ajouts circonstanciels de dernière minute. Je n'ai rien à dire contre Claude Lanzmann : je reconnais en lui une espèce de surhomme de l'action et de la décision, qu'il s'agisse de la Résistance ou de la capacité à sortir frais comme l’œil d'un petit tour en F16 israélien quand il avait soixante ans.

Ce qui m'interpelle, à cette occasion, c'est le Niagara d'hommages qui se sont précipités sur son cadavre à l'annonce de sa mort. Des hommages évidemment venus de la communauté juive et de tous ceux qui, légitimement, saluent son travail autour de la destruction des juifs d'Europe (c'est le titre du livre fondateur de Raoul Hilberg) par le régime nazi. Plus curieusement, des hommages venus de la mouvance féministe : France Culture a rediffusé, jeudi 5 juillet 2018, une interview de Lanzmann par Laure Adler, ancienne guerrière du MLF, en pâmoison devant le héros.

On me dira que ça n'a rien à voir, parce que là, on parle des juifs et pas des rapports entre les hommes et les femmes. Je me permets quand même de remarquer que Laure Adler, interviewée en tant que membre éminent de la mouvance féministe à 12h, dans une émission consacrée au saint-simonisme et à son féminisme supposé, interroge à son tour Claude Lanzmann, en fin d'après-midi, au sujet de la shoah, toujours sur France Culture.

Et je me permets de faire remarquer que Claude Lanzmann, à l'égard des femmes, s'est très tôt comporté comme un grand séducteur (pour ne pas dire un grand dragueur : cf. son idylle avec une infirmière quand il était en Corée du Nord, qu'il raconte dans Le Lièvre de Patagonie !). Un bel exemple de "mâle dominant". Fut-il un prédateur, comme on appelle ceux qui ? « Les filles, les filles, les filles, les filles, ça me tuera, Ça me tuera si j'en manque un jour », chante Pierre Perret en 1994. Dans la vie de combien de femmes pourrait-on engager des "recherches en paternité" après le passage de Claude Lanzmann dans leur vie ? La suite ne m'appartient pas : je me contente de poser la question et de rester interloqué par l'unanimité des hommages, y compris paradoxaux. L'hommage d'une féministe à un "homme à femmes" laisse perplexe.

L'autre perplexité vient de l'autre unanimité, qui fait de Claude Lanzmann l'inventeur du mot "Shoah". Je me suis permis d'en douter le jour où je suis tombé sur ce passage du "Journal intime" de Philippe Muray : « Pour désigner les chambres à gaz et les six millions de morts de l'antisémitisme du XX°siècle, les juifs contemporains refusent le mot "holocauste et proposent le terme hébreu "choa", qui veut dire "catastrophe" » (Journal intime, tome I, p.255, 3 décembre 1981). Il va de soi que je ne parle pas ici du film Shoah en lui même, monumentale cathédrale bâtie à la mémoire de "la destruction des juifs d'Europe". Je parle exclusivement de la paternité du mot qui sert de titre au film.

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Claude Lanzmann raconte à la fin du Lièvre de Patagonie (pp. 525-526) comment et pourquoi il a, dit-il, choisi ce mot de la langue hébraïque : « Le terme apparaît dans la Bible à plusieurs reprises. Il signifie "catastrophe", "destruction", "anéantissement", il peut s'agir d'un déluge, d'un tremblement de terre, d'un ouragan. Des rabbins ont arbitrairement décrété après la guerre qu'il désignerait "la Chose". Pour moi, "Shoah" était un signifiant sans signifié, une profération brève, opaque, un mot impénétrable, infracassable. Quand Georges Cravenne, qui avait pris sur lui l'organisation de la première du film, voulant faire imprimer les bristols d'invitation, me demanda quel était son titre, je répondis : "Shoah". - Qu'est-ce que cela veut dire ? - Je ne sais pas, cela veut dire "Shoah". - Mais il faut traduire, personne ne comprendra. - C'est précisément ce que je veux, que personne ne comprenne ». On me dira ce qu'on voudra, cette intention est proprement géniale. Reste le problème de la paternité : comment se fait-il que personne ne fasse référence à l'acception prise par le mot Shoah parmi les juifs à l'époque ?

Philippe Muray écrit ses propos quatre ans avant la sortie du film de Lanzmann. Bon, c'est vrai qu'il ne dit pas où ni comment il a trouvé l'info. Mais l'unanimité actuelle sur le génie de Lanzmann pour l'invention du mot "shoah" me semble pour le moins douteuse. Pourtant, Claude Lanzmann, dans Le Lièvre de Patagonie, s'attribue le mérite d'avoir imposé au monde le mot, désormais universel. Et à aucun moment il ne fait allusion à l'acception courante prise par le mot au sein de la communauté juive de l'époque.

Remarquez que c'est le même homme qui portait ce jugement péremptoire sur l'épouvantable vingtième siècle : « un siècle héroïque », en homme qui analyse les choses de son seul et unique point de vue. Il est légitime qu'il considère comme héroïques ses propres actions dans un certain nombre de circonstances, mais qu'il traite d'héroïque l'ensemble du siècle qui a vu le génocide des chrétiens de Turquie, plusieurs régimes totalitaires, les abattoirs industriels pour des populations humaines entières, la bombe atomique et quelques autres catastrophes, je ne vois pas ce qu'il y a d'héroïque dans le tableau. L'action héroïque d'un certain nombre d'individus – que je salue – ne saurait occulter l'horreur produite par ces systèmes entiers.

Alors, un mythe ?

lundi, 02 juillet 2018

80 KM/H : CATASTROPHE NATIONALE

Etripage national sur la limitation à 80 km/h sur les routes à double sens sans séparateur central : voilà un beau débat national qui montre, d'une part, le niveau des vraies préoccupations des Français et, d'autre part, la suprême habileté d'un Emmanuel Macron dans le maniement du chiffon rouge, du rideau de fumée et de la diversion réunis. Que signifie, en réalité, au sujet de l'état moral et intellectuel de la France, cette guerre sur la limitation de la vitesse des véhicules automobiles ?

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Une du Monde daté 1 juillet 2018.

Premièrement, que la France éternelle, la France des droits de l'homme, bref, la France, est tombée bien bas quand il s'agit des questions essentielles, telles que la survie de l'humanité en milieu de plus en plus hostile. Deuxièmement, que monsieur Macron, dignitaire en chef de la nation, a compris à merveille comment, dans une période épineuse, on dirige l'attention fiévreuse du peuple dans diverses directions secondaires, des voies de garage où la vox populi s'enlise dans les sables mouvants de la controverse futile.

Emmanuel Macron n'a pas oublié la grande leçon de Mitterrand, qui avait, en je ne sais plus quelle année, dégainé Mazarine, sa fille secrète, au moment où ça chauffait pour lui parce que des fouineurs avaient déterré l'amitié indéfectible qui le liait à un certain René Bousquet, collabo notoire. Et je me pose la question, monsieur Macron : qu'avez-vous à cacher ? A faire oublier à tout prix ?

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Accessoirement, je note que les médias, bien disciplinés, le doigt sur la couture du pantalon, se révèlent caisses de résonance idéales aux bruits que fait le pouvoir pour détourner l'attention des gens du cœur du problème : la constante aggravation des conditions qui lui sont faites par le dit pouvoir depuis lurette (effondrement programmé de l'hôpital public, mélange public/privé présenté comme solution miracle à tout, dégradation constante des conditions d'enseignement, baisse constante des effectifs de fonctionnaires de l'Etat, privatisation de tout, etc...).

Pensez-vous que ce tableau noir soit la préoccupation prioritaire des Français ? NON. Les Français s'étripent au sujet de la limitation de vitesse sur les routes à double sens sans séparateur central. Allons, tout ne va pas aussi mal que certains mauvais esprits se complaisent à le dire ! On est fier d'appartenir à un pays capable de se chamailler au sujet des limitations de vitesse. Belle opération de diversion. Bravo, monsieur Macron : vous êtes un excellent prestidigitateur !

Elle est pas belle, la France ?

mardi, 26 juin 2018

C'EST BEAU, L’INDONÉSIE

Il s'en passe de belles, en Indonésie, si j'en crois le journal Le Progrès.

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"Le cadavre intact d'une Indonésienne a été retrouvé dans le ventre d'un python de sept mètres, hier en Indonésie. Wa Tiba, âgée de 54 ans, avait disparu la veille, alor qu'elle travaillait dans son potager. Les villageois s'étaient mis à sa recherche et ont rapidement découvert le serpent géant, le ventre gonflé, à une trentaine de mètres des sandales et de la machette de Wa Tiba. Le python géant, une espèce qui vit dans les forêts tropicales, s'attaque à de petits animaux mais rarement à des êtres humains." (17 juin 2018)

Commentaire : il semblerait que le fait ne soit pas si rare, si l'on en croit un article du Parisien-Aujourd'hui en France daté du 29 mars 2017 : un homme du village de Mamuju nommé Akbar, âgé de 25 ans. Le Parisien publiait même une photo de la chose : le python n'a pas l'air commode.

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Les porteurs hissaient le cercueil d'une femme des Célèbes en Indonésie au sommet de la tour funéraire, lorsque l'échelle de bambou a bougé. Le cercueil est alors tombé, écrasant un homme de quarante ans, le propre fils de cette femme. (18 juin 2018)

Quelqu'un qui était armé de son aïefaune a immortalisé la scène pour la diffuser aussitôt sur les réseaux sociaux. Je ne sais pas si ça lui a rapporté, et combien.

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Comme disait Jean-Jacques Vannier à l'époque lointaine où il sauvait France Inter de la plus basse vulgarité : "La vie est belle, et c'est tant mieux !".