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dimanche, 10 avril 2022

TOUCHE PAS A MON CORAN !!!

Je suis tombé, en fouinant sur internet, sur cette photo prise place Bellecour à Lyon le 18 mai 1989 par Marcos Quinones.

1989 03 18 BELLECOUR MANIF ANTI RUSHDIE.jpg

Notice de la Bibliothèque Municipale de Lyon. L'appel du préfet de police a bien été entendu. Et la manifestation anti Rushdie prévue le 18 mars 1989, place Bellecour, n'a pas eu lieu. Il faut dire que le dispositif policier était impressionnant. Seuls quelques petits groupes de manifestants ont tenté de braver l'interdiction. Ils ont été rapidement dispersés dans le calme. Les organisateurs du rassemblement ont indiqué qu'ils avaient dissuadé de venir de nombreux manifestants qui devaient arriver place Bellecour de plusieurs villes de France. Le vice-président de l'Union des jeunes musulmans du Rhône, association organisatrice de la manifestation de protestation contre le livre de Salman Rushdie "Les Versets Sataniques" a lu un communiqué place Bellecour avant d'appeler à la dispersion. "Mais nous allons redéposer une demande d'autorisation de manifestation dans une dizaine de jours" (...) "Contrairement à la Constitution qui nous donne des droits et des devoirs, la manifestation a été interdite par une décision arbitraire et infondée", a-t-il lancé aux quelques manifestants qui l'accompagnaient. Source : "Bellecour en état de siège" / F.P. [Frédéric Poignard] in Lyon Figaro, 20 mars 1989, p.25.

***

Qu'en termes euphémisés ces choses-là sont dites !!! Ce que ne dit pas la notice de la Bibliothèque Municipale de Lyon, c'est que le gars qui parle dans le mégaphone se proposait en quelque sorte (vous savez : sans-le-dire-tout-en-le-disant) de relayer l'appel au meurtre lancé par ce brave homme connu sous le nom d'imam Khomeiny.

Le pape ("guide suprême") des musulmans chiites, non content d'avoir chassé le shah et d'avoir été porté au pouvoir en 1979 par des foules en délire, avait lancé  une "fatwa de mort" contre un citoyen britannique d'origine pakistanaise, Salman Rushdie, fatwa demandant à tout musulman de tuer le "criminel" par tous les moyens à disposition. 

Tout ça parce que l'écrivain s'était permis d'interpoler dans le texte sacré du Coran quelques versets inspirés, disait-il, par Satan. Un texte auquel il est interdit de changer la moindre virgule depuis le XIème (IXème ?) siècle !!! Auquel nul n'a osé ajouter ou retrancher le moindre mot depuis que le calife Uthman a décidé qu'il était interdit d'y toucher sous peine de. Même qu'il a ordonné de brûler tout ce qui se prétendait Coran sans respecter mot à mot et lettre à lettre la version officielle.

Le livre de Salman Rushdie fait environ 500 pages. Les fameux "versets" incriminés par Khomeiny y occupent trois malheureux paragraphes dans la foisonnante histoire de deux amis-ennemis. Toute personne sensée convient donc que voilà un motif suffisant pour appeler la meute des poignards levés à s'abattre sur l'horrible coupable.

Le seul équivalent que je trouve à la situation dans laquelle se trouve encore de nos jours Salman Rushdie est celle de Roberto Saviano, condamné à mort par l'état-major de la N'dranghetta après la parution de Gomorra, où l'auteur dévoilait les turpitudes de la mafia campanienne. On me dira que c'est une mafia, et que ça n'a donc rien à voir. Mais en est-on si sûr que ça, que ceux qui règnent à Téhéran ne forment pas une sorte de mafia ?

La conclusion que je voulais tirer de la photo ci-dessus est celle-ci : dès 1989 (en réalité dès 1979), on savait que les hostilités étaient engagées entre l'Occident et le nouvel islam prôné par l'imam Khomeiny. Un islam compact dans l'intransigeance, dominateur dans ses façons de faire valoir son point de vue, mais aussi insatiable dans sa volonté de reconquête du prestige et de la puissance perdus.

Un islam qui brandit le Coran comme un étendard de guerre, comme on l'a vu à New York en 2001 (World Trade Center), à Toulouse en 2012 (Mohammed Merah), à Paris en janvier (Charlie Hebdo) puis novembre 2015 (Bataclan), et comme on le voit se manifester ici ou là, sporadiquement (affaire Mila, le père Hamel à Saint-Etienne-du-Rouvray, Samuel Paty, et tant d'autres horreurs commises sur notre sol par des musulmans). Un islam qui brandit la barbe des hommes (lèvre supérieure rasée pour les plus salafistes) et le voile des femmes comme armes de propagande. Un islam prompt à se draper dans la dignité offensée des victimes de l' « islamophobie ».

On me dira que tout ça vire à l'obsession, que je radote (voir mon billet du 26 mars dernier) et que je fais une fixation. Que cette question me rend barjot. J'aimerais tant que les faits me donnent tort. : il suffit d'énumérer pour se rendre compte dans quel sens unique fonctionne l'intolérance radicale.

Voilà ce que je dis, moi.

Note ajoutée le samedi 16 avril, lendemain de ce que les catholiques appellent le vendredi saint : je suis d'accord, à titre personnel, pour que l'on ne parle pas, dans les journaux, les radios ou les télés, de la fête religieuse de Pâques en général et du "vendredi saint" en particulier. Mais cette "règle" que les journalistes et autorités politiques appliquent volontiers, spontanément et sans état d'âme s'agissant de cette fête chrétienne, j'aimerais qu'ils s'efforcent de l'appliquer exactement de la même manière quand il s'agit de l'islam et des musulmans en général, et du ramadan en particulier. Or c'est bizarre : peut-être est-ce une impression fausse, mais il me semble qu'ils ont beaucoup moins de mal à évoquer le ramadan que le vendredi saint.

vendredi, 14 janvier 2022

ET C'EST AINSI QU'ALLAH ...

CRABE VENGEANCE.jpg

Voici l'état dans lequel le capitaine Haddock se met face au "balloon dog" de Jeff Koons installé dans les ors et les stucs d'un salon de Versailles. On le comprend.

BALLOON 1.jpg

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DES NOUVELLES DE L'ARCON - 3.

« Malheureusement, moins la peinture est prise au sérieux par le peintre, plus il se prend lui-même au sérieux. Moins on sait la grammaire et plus on philosophe. Le peintre veut être un penseur. J'ai vu une exposition de jeunes génies où le programme tenait toute la place. Ils étaient "contre la morale". "Naturellement", ajoutaient-ils. C'était le premier point de ce programme. Ils y tenaient férocement. Mais qui leur faisait obstacle ? et qui ce détail intéresse-t-il ? Surtout en fait de peinture abstraite ! J'ai essayé de trouver leurs losanges immoraux et leurs circonférences coupables. Il ne m'en est pas venu de frisson d'art. Et leurs melons ! D'abord. Qu'est-ce qu'un melon immoral ?... C'est celui qui nourrira Hitler, Néron, Landru ? Le melon moral étant réservé à Pasteur, à Jeanne d'Arc, à saint Vincent de Paul ? Mais comment savoir à l'avance qui un melon va nourrir ? Il ne le dit à personne, et rien ne ressemble plus qu'un melon dévergondé à un melon plein de vertus chrétiennes. On voit par là qu'il est difficile en peinture de remplacer le talent par le vice ; surtout dans la représentation abstraite du hareng saur. Pourquoi, dès lors, vouloir tellement être immoral ? La morale n'a jamais vraiment gêné les peintres. Non plus d'ailleurs que les autres classes de la société. Alors ? Alors je m'y perds. Peut-être les peintres sont-ils las d'être jugés au nom de la morale ? Parce qu'ils trouvent la chose immorale ? Mais, s'ils sont contre la morale, pourquoi se plaignent-ils d'être jugés immoralement ? En agissant immoralement, on agit comme ils le désirent ! A moins que, semblables à tout le monde, ils n'admettent que pour eux le droit d'être immoraux ? C'est une position si banale, si courante, si universelle, qu'il est bien superflu de le crier sur les toits. Sauf si l'on a, évidemment, le besoin le plus grand et le plus naïf de déplacer le problème de la peinture. On change alors de champ de bataille. Battu d'avance à Sète, au moins craignant de l'être, on va se battre à Perpignan. Mais ce n'est jamais à Perpignan qu'on a gagné la bataille de Sète ».

***

Bon, d'accord, ce n'est pas ici le meilleur Vialatte, vous savez, le Vialatte jubilatoire dont la plume allègre, espiègle et guillerette avance « à sauts et à gambades ». Sans doute le souci de raisonner et d'argumenter alourdit le propos, qui frise l'argutie spécieuse. Je retiens quant à moi les trois premières lignes du paragraphe : " ... moins la peinture est prise au sérieux par le peintre, plus il se prend lui-même au sérieux. (...) Le peintre veut être un penseur". Et puis ceci : "... il est difficile en peinture de remplacer le talent par le vice".

Ce Vialatte-là est rejoint en 1977 par l'ami Reiser qui, dans Charlie Hebdo, après une visite à la Xème Biennale d'art contemporain de Paris, assaisonne son reportage de grands « N'IMPORTE QUOI » et parle de « L'ART RIGOLO », où l'artiste n'est plus sommé de maîtriser une technique, mais d' « AVOIR DES IDÉES ».

mardi, 21 décembre 2021

REISER VÉNÉRAIT NOËL

NOËL 1979 PETIT JESUS AYATOLLAH.jpg

1979

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NOËL 1980 OFFREZ DES JOUETS INSTRUCTIFS.jpg

1980

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NOËL 1977 CRECHE VIVANTE.jpg

1977

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1978

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1977

mercredi, 15 décembre 2021

MACRON : DÉCLARATION EXCLUSIVE

ENFIN LA VÉRITÉ !!!

Après quelques apéros pris au bar de l'Elysée, le président à livré en exclusivité cette confidence à notre revue :

1976 JE COMPRENDS PLUS RIEN.jpg

Croquis de Reiser en 1979.

lundi, 29 novembre 2021

ÉLISE ET LES NOUVEAUX PARTISANS ...

… par JACQUES TARDI ET DOMINIQUE GRANGE.

2

C'est après le rappel de ces deux épisodes ultra-violents que commence l'histoire d' « Elise » proprement dite. "Dix ans plus tard, dans le nord de Paris", on est au début des années 1970. Une chouette bande de chics copains met la dernière main à la confection d'honnêtes cocktails Molotov au dernier étage d'une tour. Hélas, le mélange est instable et explose à la gueule d'Elise. La bande s'échappe de justesse, Elise est gravement brûlée. C'est à peu près le même jour qu'un certain Pierre Overney, militant d'extrême-gauche, est tué d'une balle en plein cœur par un vigile des usines Renault, Jean-Antoine Tramoni, qui sera tué à son tour quatre ans plus tard. Tout ça dépeint assez bien une certaine figure d'une époque.

LES COCKTAILS.jpg 

Sur son lit de souffrance et couverte de pansements, Elise, tout en pensant à ses camarades, à Simon, son compagnon, fait alors défiler les images de sa vie : la fin de sa scolarité au lycée Edgar Quinet, sous la houlette d'une prof de philo (Jeannette Colombel, nous dit l'encyclopédie en ligne) dont l'enseignement est loin d'être neutre, d'un prof d'arabe (dont je pense que quelqu'un pourra me dire le nom) et plus globalement d'une prise de conscience du fait que le monde est injuste et mal fait, et qu'il attend qu'on agisse pour le faire un peu meilleur. 

GRANDE BRÛLEE.jpg

Toute à son combat contre un ordre public qu'elle juge injuste et violent, Elise a cependant une autre passion : la chanson et accessoirement le théâtre. Elle croise la route d'un certain nombre de futurs acteurs célèbres (je reconnais Jean Rochefort, Michaël Lonsdale, Philippe Noiret, etc...) et de chanteurs.

LES ACTEURS.jpg

Elle publie aussi quelques disques 45 tours de chansons qui, écrites par d'autres, lui déplaisent. Elle rencontre ensuite celui que je crois être Guy Béart (non nommé), avec qui elle travaille, jusqu'à sortir un disque de chansons personnelles produit par lui.

AVEC GUY BEART.jpg

Elise va trouver un moyen de marier la chanson et le combat social : la chanson engagée. Le fait que je ne supporte pas le genre n'a aucune importance : désolé, mais « La Goutte d'Or c'est son nom, C'est pas un beau quartier, Vu que ceux qui y habitent, C'est pas des PDG », ce n'est vraiment pas mon truc, même si je garde toujours quelque part "Larzac 73", un beau vinyle, comme quelques CD de Marc Ogeret ou Colette Magny, que je n'écoute jamais. Elle chante dans les usines, pour les ouvriers en grève : « Il était temps que j'écrive des chansons plus combatives ». N'en déplaise à la chronologie, on a droit au récit des manifs et des violences au Quartier Latin. Et puis arrivent l'été 1968, les vacances, le reflux des luttes, enfin pas pour tout le monde : « J'ai appelé mon producteur pour lui dire que j'arrête le métier. Je veux chanter pour ceux qui luttent, pas pour devenir une star du showbiz ». 

Je passe sur les aventures, mésaventures, coups et contusions. Je passe sur les chansons engagées (« Nous sommes les nouveaux partisans Francs-Tireurs de la guerre de classe, Le camp du peuple est notre camp, Nous sommes les nouveaux partisans », chante-t-elle le poing bravement levé) qui ne montrent à mon avis que les illusions que l'on peut nourrir quand on croit pouvoir changer l'ordre des choses par la magie des "luttes". Je passe sur la "clandestinité" dans laquelle il a fallu vivre pendant un temps. Je passe sur les six semaines de tôle qu'Elise passe à la Petite Roquette pour « violences, voies de fait et outrages envers des agents de la force publique ». Il faut conclure.

On aura compris que si je partage les analyses que propose Elise et les nouveaux partisans sur la façon dont la société est organisée, je trouve vaine, pour ne pas dire dérisoire, la croyance d'un noyau d'exaltés plus ou moins sectaires dans la possibilité de "transformer le monde". Le dérisoire me saute aux yeux quand j'apprends (c'était il y a quelques années) que des groupuscules d' « identitaires » se fournissent dans les mêmes boutiques de sapes que les groupuscules d' « antifa ».

Il y aurait également beaucoup à dire de l'usage du mot "PARTISAN" dans le titre et dans le texte : franchement, c'est quoi l'histoire qui trotte dans la tête de ceux qui se qualifient de "nouveaux partisans" ? Est-ce bien sérieux ? Pourquoi pas "Franc-Tireur", pendant qu'on y est ? Il suffit, pour redescendre du petit nuage romantique-révolutionnaire, de voir comment se sont achevées les aventures des adeptes de la lutte armée en Europe occidentale : Rote Armee Fraction (R.F.A.), Cellules Communistes Combattantes (Belgique), Action Directe (France), etc. Eux étaient certes de vrais illuminés, mais aussi de vrais partisans. Seulement, comme aurait dit ma grand-mère, ils avaient les yeux plus grands que le ventre et prenaient leur vessie pour une lanterne. Partisan, vraiment ? Des mots, des mots, des mots.

On aura compris aussi que presque toute la "chanson engagée" m'horripile au plus haut point. Je suis d'un effroyable — et sans doute coupable — pessimisme : oui, ce sont les hommes qui font l'histoire, mais ils ne savent rien de l'histoire qu'ils font. On me rétorquera, et on aura raison : seul compte le désir qui fait de la résistance.

Reste précisément le parcours heurté d'une résistante sans concession, d'une chanteuse engagée à ses risques et périls : un parcours passionnant au bout du compte. Reste aussi et surtout un ouvrage irremplaçable pour qui veut se faire une idée du morceau d'histoire que la France a traversé entre, mettons, l'arrivée de De Gaulle au pouvoir et la fin des "années Giscard". Il est intéressant en particulier de se rendre compte que l'usage de la police par le pouvoir contre toutes sortes d'opposants (manifestants contre les lois "retraite", gilets jaunes, etc.) n'a guère changé, à part la pèlerine, à laquelle les pandores préfèrent aujourd'hui la cuirasse de Robocop.

Reste enfin un ouvrage dont la puissance du dessin donne une dimension inattendue, presque extraordinaire, au bouillonnement d'idées, de débats et de combats dans lequel a baigné une génération entière. Jacques Tardi, qu'il le veuille ou non, magnifie l'époque et les personnes. Je ne dirai pas qu'il les héroïse, mais c'est tout juste : la vision du monde que propose le livre serait manichéenne que ça ne m'étonnerait pas. Heureusement, le récit ne tombe jamais dans le lyrisme. 

Je ne saurais achever ce petit compte rendu sans évoquer l'aventure vécue par "Elise" dans les toutes dernières pages du livre : son débarquement surprise en 1977 dans l'équipe joyeusement anarchiste qui se préparait à lancer B.D. L'hebdo de la BD.

BD OURS 2.jpg

L' "ours" du n°2 de B.D. L'hebdo de la BD.

L'équipe de Charlie Hebdo, quoi ! Encore une idée du professeur Choron, aussi éphémère que bien d'autres des idées germées dans ce cerveau exalté, surchauffé, surtout après les copieuses libations dont il était coutumier.

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Je ne les reconnais pas tous : Gébé hilare, Elise-Dominique, le crâne de Choron, la barbe de Tardi, la moustache de Cavanna, au fond Wolinski et sans doute Reiser au premier plan. Je cherche Cabu sans vraiment le trouver (le grand benêt debout à gauche ?). Il n'y en a plus des masses de vivants. Merci Tardi pour la photo.

C'est dans cette équipe que la dite "Elise" va faire peut-être la plus belle rencontre de sa vie : un auteur de BD qui livre à la nouvelle revue les planches d'une adaptation de Griffu, un roman de Jean-Patrick Manchette, un bijou de roman noir dessiné. C'est évidemment Jacques Tardi, avec qui Elise-Dominique Grange va finir, sans rien abandonner de sa force de conviction révolutionnaire, par donner une stabilité à la fureur mouvementée de ce qui a précédé. On n'en saura pas plus, comme dans les contes de fées. Il ne s’agit pas d’un conte de fées. Un livre fort.

Voilà ce que je dis, moi.

dimanche, 28 novembre 2021

ÉLISE ET LES NOUVEAUX PARTISANS ...

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... par JACQUES TARDI ET DOMINIQUE GRANGE.

1

Je viens de lire le dernier livre de Jacques Tardi. Ce prodigieux dessinateur, d'Adèle Blanc-Sec (rien que le choix de ce nom !!!) à Brindavoine (ce nom !!!) et de la Commune de Paris (selon Vautrin) à la Guerre des Tranchées en passant par quelques adaptations de polars de Léo Malet ou Jean-Patrick Manchette, a trouvé un style, un trait capables, quand il lui prend l'idée de transposer des polars en B.D., de faire vivre intensément personnages, situations et actions de la façon la plus expressive tout en restant fidèle comme c'est pas permis aux contours et à la ligne définis par les auteurs (vous pouvez vérifier avec La Position du tireur couché par exemple).

Pour ma part, je lui sais particulièrement gré de la façon dont il fait apparaître, dans les nombreux volumes qu'il consacre à cette immense boucherie de la civilisation, la vie réelle des "poilus" de 14-18, du paysan devenu bidasse promis à l'abattoir jusqu'au général cynique (Berthier, je crois), qu'il fait déclarer sur toute une vignette que c'est tout à fait volontairement qu'il a fait tirer par l'artillerie française sur une tranchée française où les soldats rechignaient à partir à l'attaque. 

De mon côté, si j'ai commencé à collectionner les photos de monuments aux morts de la Grande Guerre, je ne le dois pas à Jacques Tardi : l'horreur s'est imposée d'elle-même quand je me suis mis à lire les noms gravés dans les villes et villages que je traversais. C'était une prise de conscience, cela se passait en 1976 dans la région des Causses : La Cavalerie, Creissels, Roquefort etc., dans des circonstances qui ont pris avec le temps une petite couleur "historique". C'est quand j'ai vu que certaines familles avaient perdu quatre, cinq (ou davantage) membres et que les poils de mes bras se sont hérissés que j'ai eu une idée presque physique de l'horreur de ce qui s'était passé entre 1914 et 1918.

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Jacques Tardi en 1988, photographié par Jean-Marie Huron lors de sa venue à Lyon pour une signature de 120, Rue de la gare, chez Adrienne Krikorian, fondatrice de la librairie Expérience, rue du Petit-David.

Cette guerre m'est apparue comme l'événement fondateur, comme l'éblouissant révélateur : le triomphe imbécile de la technique et de l'industrie capitaliste, avec pour conséquence l'écrasement de tout ce qu'il y a d'humain en l'homme, corps et âme, comme l'a montré toute la suite du XXème siècle (Auschwitz, Hiroshima, etc.). Toute ma vision du monde en a été affectée, et de façon définitive. Quelques lectures (avec Günther Anders pour chef-pilote) ont achevé de me faire tomber du côté de ceux qui refusent cette réalité où rayonnent les fausses promesses d'un progrès réduit à l'univers matériel et à l'émerveillement prosterné, infantile et fatal devant des "prouesses" techniques qui surpassent tout ce que peut réaliser le pauvre humain, et dont il devient de fait le serviteur quand ce n'est pas la victime.

La force des livres de Tardi sur la première guerre mondiale réside dans sa volonté de décaper le vernis qui tend à faire de simples ouvriers et paysans envoyés au front de magnifiques héros, et des anciens combattants en béret rouge, poitrails couverts de médailles et autres porte-drapeaux à cheveux blancs d'authentiques patriotes.  Selon moi, l'une des lignes de conduite qui sous-tend tout le travail de Jacques Tardi est de ne pas se payer de mots. Ça tombe bien : moi non plus. D'où peut-être sa parenté (fraternité ?) spontanée avec des auteurs de polars ou "noirs" comme Léo Malet ou Jean-Patrick Manchette, qui n'y vont pas avec le dos de la cuillère avec l'humanité grouillante. D'où, accessoirement, l'évidence de son beau geste quand il a refusé la Légion d'Honneur offerte par je ne sais plus qui.

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Le docteur Grange et sa fille. Tardi a-t-il travaillé d'après photo ?

Alors venons-en à ce bouquin, Elise et les nouveaux partisans (Claire Etcherelli a publié en 1967 une Elise ou la vraie vie qui eut son heure de gloire : y a-t-il un rapport ?).  Disons-le d'entrée : Elise, le personnage principal, n'est pas exactement la compagne de Tardi, mais sa trajectoire suite de très près celle de Dominique Grange, qui est, elle, son épouse (depuis 1983, encyclopédie en ligne). Elle est fille d'un grand médecin qui avait son sombre cabinet d'oculiste (on ne disait pas ophtalmo) Boulevard des Belges. C'est chez ce docteur charmant et compétent que mes parents m'envoyaient me faire examiner les yeux : c'était le confrère et ami de l'excellent docteur Paliard. J'avais donc quelques raisons.

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Ceci pour dire que Dominique Grange vient d'un milieu bourgeois, c'est-à-dire confortable. Mais qu'elle a très tôt pris les chemins de traverse, elle qui s'est trouvée en résonance profonde et décisive avec les propos alors subversifs de sa prof de philo (non nommée, mais on apprend par ailleurs qu'il ne s'agit de personne d'autre que Jeannette Colombel, dont il m'est arrivé de croiser la route, en particulier à la fin de sa vie, à la terrasse de la Brasserie des Ecoles) au lycée Edgar Quinet : le temps de la guerre d'Algérie et des porteurs de valises du F.L.N., de La Question d'Henri Alleg, etc.

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Elle a même commencé à apprendre l'arabe, à Quinet, avec un prof originaire de Sétif, à quoi son père a mis fin parce que ce n'était « pas au programme du bac ». Le prof d'arabe non plus n'est pas nommé, mais je connais quelqu'un qui doit pouvoir combler cette lacune.

Le bouquin de Tardi est bâti sur le scénario écrit par Dominique Grange qui, en gros et dans les grandes lignes, raconte sa vie, qui fut mouvementée, inséparable de l'extrême-gauche agissante, et par là même violente, sans aller toutefois jusqu'à la lutte armée. Le livre s'ouvre d'ailleurs sur la violence que le préfet Maurice Papon fait s'abattre, le 17 mars 1961, sur les foules basanées qui envahissent le pavé parisien aux cris de « Algérie algérienne, F.L.N. vaincra, etc. ».

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Comme d'habitude, Tardi n'épargne rien au lecteur de la réalité physique de la violence et de ses effets sur les corps, non plus que celle qui, le 8 février 1962, sous les ordres du préfet Roger Frey cette fois, se déchaîne contre la manifestation convoquée par les syndicats et le P.C.F. et qui causa, au "métro Charonne", 9 morts et 250 blessés.

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Avait-il besoin de rappeler le sombre rôle du même Papon pendant l'Occupation ? Avait-il besoin d'appeler « flicards » les policiers lancés par lui sur une population finalement pacifique, dont le tort était de braver le couvre-feu en ces temps de guerre d'Algérie ? Ce qui est indéniable, c'est que le scénario de Dominique Grange se veut une action militante : qu'on n'attende pas d'elle la neutralité de l'historien. Le recul des années n'a rien refroidi des convictions brûlantes de l'ancienne guerrière de la Gauche Prolétarienne.

A SUIVRE

mardi, 30 mars 2021

FÉMINISME VAINCRA

Grâce à Reiser.

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1978

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1976. Notez que c'est (pas tout à fait) ce que pratiquait Béatrice Dalle dans le film Trouble every day (2001).

Mais il reste d'autres options : ci-dessous celle proposée par le professeur Choron dans Hara Kiri mensuel d'août 1976.

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Quelle longévité accorderiez-vous aujourd'hui à une revue qui publierait une telle couverture ? Autre façon de poser la même question : qui oserait aujourd'hui s'afficher comme bête et méchant ?

vendredi, 22 janvier 2021

CHARLIE HEBDO EN 1545

C'était le bon temps des guerres de religions.

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Regardez bien, cette tiare sacrée est un vulgaire pot de chambre aux yeux des luthériens. L'un est en pleine action d'excrétion des immondices du corps, l'autre se déculotte, attendant son tour. A propos de la tiare, qu'on a reconnue, j'espère : est-ce Paul VI qui en a abandonné le port dans les grandes occasions ? Jean XXIII ? Benoît XVI ? (C'est curieux, j'ai comme une vague impression d'en oublier en route.)

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Les parfumeurs du pape : voyez les nuages odorants qui leur sortent par en bas.

Où l'on constate que la caricature luthérienne, c'était quand même beaucoup "Pipi-Caca".

« Le Seigneur m’a frappé de graves douleurs en mon derrière ; mes excréments sont si durs que je pousse pour les expulser avec tant de force que j’en transpire ; et plus j’attends pour ce faire, plus ils durcissent. […] Mon cul est devenu mauvais ».

Ces mots sont de Martin Luther en personne, dans une lettre citée malicieusement par John Eliot Gardiner dans son livre magistral : Musique au château du ciel.

***

Et ça faisait aussi des morts.

***

Note : j'observe que Charlie Hebdo s'en est particulièrement pris, parmi ses tumultes anti-religieux, à la figure du pape mais, aussi loin que je me souvienne (l'époque géniale de l'équipe Cavanna-Choron-Cabu-Reiser-Gébé-Wolinski-etc.), il ne s'en est que rarement pris — sauf erreur — nommément aux sectes protestantes. Le pape ? Alors là pardon, qu'est-ce qu'il lui ont mis ! Et ne parlons pas de Jésus ! Bon, c'est sûr que les protestants n'ont pas de pape, eux. Il n'empêche que leur emprise ne cesse de s'étendre, alors que le rapace catholique a pris un air tout à fait flapi, depuis un certain nombre d'années.

L'Eglise catholique est sur la défensive, alors qu'au Brésil, en Afrique, en Asie, les petites fourmis des sectes évangélistes, pentecôtistes ou autres travaillent infatigablement. Leur prosélytisme (c'est-à-dire leur fanatisme, fût-il non-violent) est stupéfiant. L'Eglise catholique de France elle-même, prise en étau entre les accusation de pédophilie, la grande offensive musulmane et le militantisme opiniâtre des sectes protestantes, est dans une situation piteuse. Que fait Charlie Hebdo ?

mercredi, 09 septembre 2020

SIGOLÈNE VINSON

Le procès "Charlie Hebdo" rouvre une ancienne plaie.

***

Publié ici le 9 janvier 2015.

IN MEMORIAM

Frédéric Boisseau, Agent d’entretien.

Franck Brinsolaro, Policier du Service De La Protection (SDLP).

Jean Cabut, Dessinateur.

Elsa Cayat, Psychanalyste et Chroniqueuse.

Stéphane Charbonnier, dit Charb, Dessinateur et Directeur de CH.

Philippe Honoré, Dessinateur.

Bernard Maris, Economiste et Journaliste.

Ahmed Merabet, Policier.

Mustapha Ourrad, Correcteur.

Michel Renaud, Organisateur d’une exposition à Clermont-Ferrand d’une exposition de dessins de Cabu, à qui il rapportait ses œuvres.

Bernard Verlhac, alias Tignous, Dessinateur.

Georges Wolinski, Dessinateur.

 

**********

Billet d'abord publié le 14 janvier 2015.

Je pense encore à l'équipe de Charlie Hebdo, évidemment. A la mort irrémédiable d'un cousin, d'un frangin, d'un vieux frère nommé CABU. La grande bringue appelée Le Grand Duduche lui ressemblait. Quasiment "au naturel". Je n'en reviens pas, qu'il soit mort. Et qu'il soit mort comme ça.

J'y pense d'autant plus que j'ai appris des choses terribles sur les blessés, quatre en particulier.  

SIMON FIESCHI est le plus gravement blessé. Il était le webmaster du site. Apparemment, il a reçu une balle dans la colonne vertébrale.

LAURENT SOURISSEAU, alias Riss, dont le dessin me tape en général sur les nerfs, aurait reçu une balle dans l'épaule.

PHILIPPE LANÇON, je connais le critique littéraire de Libération, et j'aime beaucoup en général ce qu'il écrit. Qu'est-ce qu'il faisait là ? Je n'en sais rien. Toujours est-il qu'il aurait pris une balle terrible dans la mâchoire.

FABRICE NICOLINO, j'étais à mille lieues de lui imaginer des liens avec Charlie Hebdo. Je venais de lire son bouquin Un Empoisonnement universel, que je recommande vivement à ceux qui, en plus du terrorisme, ont la trouille du monde à venir tel qu'il s'annonce dans sa composante chimique. Lui aurait été très grièvement blessé aux jambes. Le médecin a déclaré : « Il a eu beaucoup de chance ».

Je ne connais pas la vitesse initiale (V0) du projectile des Kalachnikov. Je sais que le 5,56 NATO (5 mm et demi, autant dire rien du tout), avec ses 1300 m/s de V0, entre par un trou d'abeille, mais sort par un œil-de-bœuf. De quoi imaginer ce qui se passe dans la chair et dans les os.

Dans quel état sont-ils ? Dans quel état vont-ils sortir de là ? L'inquiétude reste vive.

Nous prendrons des nouvelles.

Voilà ce que je dis, moi.

************* 

Note : il faut absolument lire Le Monde daté du 14 janvier, pour ajuster les informations ci-dessus. Pas forcément tout. Juste les pages 10 et 11. Lisez d'abord et surtout l'article de Soren Seelow, la journaliste qui a recueilli le témoignage de Sigolène Vinson, qui était chroniqueuse judiciaire à Charlie Hebdo. Un témoignage à vous saisir aux tripes.

Sigolène Vinson raconte en particulier son face-à-face avec Saïd Kouachi, qui « avait de grands yeux noirs, un regard très doux ». Elle ajoute : « Je ne veux pas perdre son regard car Jean-Luc est sous la table ». Jean-Luc, c'est le maquettiste. Il doit sans doute la vie à ce désir de Sigolène Vinson d'aimanter les yeux de Saïd Kouachi. 

Sigolène Vinson dialogue avec lui, qui crie à plusieurs reprises : « On ne tue pas les femmes ! » à son frère Chérif. Trop tard, Elsa Cayat y est passée. Lisez ensuite l'article de Marion van Renterghem. Elle nous apprend quelque chose sur ce qui fait l'essence, l'esprit de Charlie Hebdo. Le mauvais goût assumé, revendiqué.

Pour le génie, c'est ceux qui n'y sont plus qui le faisaient.

********

Je regrette de n'avoir pas été dans la salle de tribunal où Sigolène Vinson est venue livrer son témoignage.

mercredi, 17 juin 2020

ADIEU FRANCE INTER

« Si j'ai trahi les gros, les joufflus, les obèses, ...», chante Georges Brassens dans Le Bulletin de santé (pas besoin de citer la suite, j'espère). Moi, c'est à France Inter que j'ai fait depuis longtemps une infidélité massive. J'ai divorcé sans états d'âme. J'ai déjà esquissé ici même quelques raisons de ce désamour. Je suis revenu y déposer mes oreilles pendant le confinement, les autres radios nationales ayant été mises en panne. Et ça ne m'a pas fait changer d'avis, je vous assure.

1 – Publicité.

La première des raisons qui m'avaient fait rompre avec la grande chaîne publique – je ne parlerai même pas des radios marchandises RTL, RMC, Europe 1, ennemis publics et interdits de séjour chez moi – était l’invasion progressive du temps d'antenne par l'ogre publicitaire. Je conçois parfaitement que les responsables de Radio France cherchent des ressources financières pour compenser la scélérate diminution des dotations de l'Etat.

Mais ce n'est pas une raison suffisante pour que l'auditeur reste fidèle, d'autant que j'ai cru comprendre que les "animateurs" de belles émissions ont, comme sur France Culture, le statut d'intermittents du spectacle, et qu'ils bénéficient des indemnités chômage au moment de la mise en vacances d'été de toute l'antenne, crise ou non du coronavirus.

Pour moi le scandale est précisément dans l'abandon de la radio publique par les pouvoirs publics aux forces du marché (je ne parlerai surtout pas du retour du règne des comptables dans la "gestion" des hôpitaux parce que là). Et c’est une diarrhée de réclames pour des marchandises (MAF, MMA, Euromaster et autres fadaises crétinisantes)  qui vient polluer mon environnement sonore.

Par exemple, en ce moment sur France Inter, est diffusée une publicité apparemment grande et généreuse : tous les dimanches, Isabelle Autissier vient demander aux auditeurs de ne pas oublier le WWF au moment de rédiger leur testament (« Faites un legs ! »). Autissier vendue à la marchandise régnante ! C’est obscène, immonde et ordurier. Le WWF ne défend pas une cause : c'est une multinationale pratiquant le "greenwashing". J'exagère peut-être, mais.

J'en reste à cette forte maxime martelée en son temps par le grand Charlie Hebdo, attention, pas celui du petit Philippe Val [un temps directeur de France Inter sous Sarkozy], mais le vrai, le beau drageon d’Hara Kiri fait par une bande de vrais complices : « La publicité nous prend pour des cons, la publicité nous rend cons ». C'est une ligne rouge.

A cette occasion, je préviens France Culture que s'il prend aux dirigeants de la chaîne l'envie de truffer l'antenne de tels excréments, je n'hésiterai pas à fermer les écoutilles (mais je ne me fais pas d'illusions : je sais que je fais partie statistiquement des epsilon qui interviennent dans la courbe à partir du troisième zéro après la virgule).

2 – La deuxième des raisons qui m'ont fait quitter le navire France Inter est à la fois plus globale et plus fondamentale. Il y avait, il y a longtemps, des émissions qui retenaient mon attention pour une raison ou pour une autre (je ne détaille pas). Cela a changé. Je n'essaierai pas de reconstituer le fil de l'évolution : juste deux points de repère.

a – Course à l'audience.

D'abord la "course à l'audience". Pour être premier dans les statistiques d’Audimat, il est nécessaire de ratisser le plus large possible. « Ratisser large » ? Pas besoin d'être sorti de l'ENA pour comprendre : le point d'aboutissement, c'est la porcherie de "Loft Story" (1991), autrement nommée "Télé Réalité".

La course à l’audience, c’est ce qu'on appelle le nivellement par le bas : le Peuple de 1789, c'est l'éducation, l'élévation, la Déclaration des Droits de l'Homme, l'abolition des privilèges. La Populace de 1793, c'est la guillotine à plein régime, des droits et du pouvoir à la "canaille" et aux Sans-culottes aussi fiers de tutoyer "Capet" que d'étaler leur ignorance et leur arrogance.

En 2020, France Inter "se met à l'écoute" constante et complaisante des auditeurs, à coups de sondages et d'enquêtes marketing : pas un bulletin d’information sans un petit reportage « sur le terrain » pour recueillir un « son », du « vécu », une ambiance, un témoignage, des réactions « en direct » de « gens ordinaires ». On peut dire que le micro de France Inter, comme toute bonne gagneuse qui se respecte, « fait le trottoir ».

La place prise aujourd'hui par les interventions de tous les M. et Mme tout-le-monde (je parle surtout des tranches d'informations) est telle que l'information elle-même se trouve étouffée ou noyée. Je n'ai jamais appelé et n'appellerai jamais le standard du "Téléphone sonne", et je ne comprends pas l'empressement qui pousse tous ces gens à se bousculer pour "parler dans le poste". S'imaginent-ils ainsi participer au "Grand Débat" social ? Je sais l'epsilon que vaudrait ma voix à partir de l'antenne de France Inter : un simple prénom, un gravier qui fait "floc" en tombant dans la mare aux canards. De toute façon, qui cela peut-il intéresser de savoir que M. Untel regrette amèrement que la plage de Royan soit interdite d'accès pour cause de confinement ? 

Mais il paraît que « ça fait plus vrai ». Et ça donne quoi ? Les auditeurs plébiscitent par exemple "La Bande originale" de Nagui, Daniel Morin et consort, consternant, affligeant, déprimant moment de "divertissement" où les animateurs éclatent sans cesse en rires mécaniques parce qu'ils sont payés pour ça, et que ça booste - paraît-il - l’Audimat. Qui nous délivrera de ces "humoristes" ? Pour moi, accepter d'entendre ça sur une chaîne publique, c'est élire domicile dans une poubelle.

b – Le tronçonnement de la durée.

Ensuite, le découpage des tranches horaires en lamelles de plus en plus minces : pas le temps de s'installer dans un sujet que c'est déjà reparti dans une autre direction. Partant du principe que l’auditeur actionne la zappette dès qu’il sent l’ennui pointer le bout de l’oreille, les manitous de la programmation semblent gagnés par une fringale d’interventions extérieures, et multiplient à plaisir des « chroniques » dont le point commun à l’arrivée est qu’on a un mal fou à reconstituer le fil et le contenu : sitôt prononcées, sitôt oubliées. Essayez donc de vous souvenir du thème et du propos précis des chroniques ainsi entendues. Il ne reste rien : un clou chasse l’autre. On a suivi, l'intérêt étant constamment "renouvelé", mais à l'arrivée, plus rien.

3 – L'instrument de propagande gouvernementale.

Le confinement de la population a donc mis en panne bien des services de Radio France, en particulier France Culture, ne laissant émerger en pointe d’iceberg que l’antenne de France Inter (je ne supporte pas France Info pour la raison indiquée ci-dessus). Mais pendant cette période bizarre, il est admirable qu'au premier rang des invités, aient figuré systématiquement (je n’ai pas fait le compte mais) des ministres, des secrétaires d’Etat, des conseillers, des députés de la majorité présidentielle, pour que l’auditeur se rende bien compte que le gouvernement faisait tout ce qui était humainement possible pour « lutter contre la pandémie ». Oui, pendant le confinement, France Inter a bien été "La Voix de son Maître". On peut dire que, grâce à France Inter, la parole officielle a été correctement relayée, copieusement retransmise, abondamment répercutée. Ce débouché offert à la propagande gouvernementale m'a écœuré.

C'est pourquoi je redis aujourd'hui : « Adieu France Inter ! ».

Voilà ce que je dis, moi.

vendredi, 21 février 2020

LE GÉBÉ DE BERCK

Gébé (1929-2004, Georges Blondeaux à l'état-civil) est un génie, mais un génie difficile, un génie à part. Il le savait, mais il s'en foutait. La preuve, c'est qu'il a publié un volume intitulé "Il est trop intellectuel" (Editions du Square, 1972). Mais ce n'était pas un "intellectuel". C'était juste un artiste qui exposait en images ses inquiétudes métaphysiques. Personne plus que lui ne fut préoccupé du sens de la vie, et même, disons-le, du sens que nos sociétés marchandes et industrielles prétendent donner à nos vies. Non, Gébé n'était pas un intellectuel : par les images qu'il faisait naître, il savait donner un corps à ses interrogations.

C'est ainsi qu'il donne un jour naissance à une créature immonde, infiniment plastique et qui reste une énigme insondable quant à sa signification : BERCK. On peut se demander si le personnage n'est pas pour Gébé un simple moyen pour engendrer, grâce à un trait impeccable, des images fortes qui soient autant d'atteintes à notre réalité ordinaire : faire surgir, au cœur de la banalité quotidienne, une sorte de folie qui pose une vraie question au sujet de la façon dont nous vivons. Pour nous dire peut-être que, à côté de nos lassitudes et de nos routines, toutes sortes d'autres réalités sont possibles.

Pour l'auteur de L'An 01, à tout moment, il convient de s'attendre à tout, parce que, à tout moment, une autre réalité est possible.

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Notez la chèvre.

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Notez la chèvre.

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Double page parue dans le mensuel Hara Kiri n°127, en avril 1972.

jeudi, 20 février 2020

UN ISLAMOPHOBE

Extrait d'une longue BD (une cinquantaine de vignettes) parue dans Charlie Hebdo le 22 mars 1979, intitulée "A l'américaine". Le professeur Choron y expose une solution à la "crise" : il propose tout bonnement d' "aller casser la gueule aux Arabes". Et face aux objections de ses deux amis, il énonce la seule manière d'arriver à cette fin : y aller "à l'américaine". Choron explique ensuite que cette méthode consiste à "zigouiller tout le monde".

Georges Bernier (alias professeur Choron) avait sûrement de grandes qualités – ne serait-ce que pour avoir laissé un nom qui sonne encore très fort –, mais ce n'était pas un expert en géostratégie. La preuve, c'est que les Américains, après le 11 septembre, sont effectivement allés "casser la gueule" aux Afghans du mollah Omar (qui ne sont pas des Arabes), aux Irakiens de Saddam Hussein, et qu'ils rêvent encore de faire de même avec les Iraniens de l'ayatollah Ali Khamenei (qui ne sont pas non plus des Arabes, mais Trump a-t-il accès aux nuances ?). On en voit le résultat : le monde actuel déguste encore, jour après jour, les conséquences catastrophiques de l'aveuglement et de l'arrogance des Américains.

J'ajoute que Choron avoue pour finir qu' "il débloque" et qu' "il est bourré", autrement dit qu'il n'est pas sérieux. Est-ce une raison suffisante pour en conclure que George W. Bush "débloquait" et "était bourré" quand il a attaqué l'Afghanistan, puis l'Irak ? Ne parlons pas de l'état de Donald Trump qui, même quand il est à jeun, donne l'impression de "débloquer" et "d'être bourré".

En présence, de gauche à droite : Cavanna, Reiser, Choron. 

Au trait : Jean-Marc Reiser.

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Il semblerait que le professeur Choron, en "débloquant" et en étant "bourré", était, sinon dans son état normal, du moins dans son état ordinaire.

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Voilà, à ma connaissance, un des rarissimes exemples où Reiser met en scène ses copains de Hara Kiri et Charlie. Ci-dessous, la fine équipe (ils sont tous les six aux places assises) : Gébé, Reiser (qui tient le manche à balai du "Concorde"), Cabu, Wolinski, Choron, Cavanna. 

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mercredi, 12 février 2020

HOMMAGE A UN DESSINATEUR SURDOUÉ

Pierre Fournier est mort en février 1973, au moment où paraissait le numéro 4 de sa mémorable revue La Gueule ouverte, l'ancêtre de tout ce qui se fait aujourd'hui en matière de revue d'écologie et de militantisme antinucléaire (si tant est que ça existe encore).

Fournier a fait une grosse connerie en mourant brutalement : il n'a pas été remplacé, et La Gueule ouverte, après ça, n'a plus été la même. Le bateau a certes couru sur son erre grâce à tout le matériel qu'il avait accumulé, mais a vite zigzagué.

A la barre, une équipe hétérogène où les contradictions n'ont pas tardé à le disputer à l'amateurisme. La Gueule ouverte a fini par se dissoudre dans Combat non-violent et une petite secte basée à La Clayette (71), devenant un gloubiboulga de plus en plus informe, évanescent, illisible.

Je vois dans cette histoire le modèle sur lequel s'est calquée l'histoire des partis verts en France. D'un côté, les « politiques », partisans de l'accès au pouvoir et de la participation éventuelle à un gouvernement ; de l'autre, les « khmers verts », adeptes de l'action radicale à tout prix.

D'un côté, vous reconnaissez Nicolas Hulot (ou Voynet, ou Lalonde ou n'importe qui), qui a passé son temps à avaler des couleuvres. De l'autre, vous identifiez sans mal les "zadistes" de Notre-Dame-des-Landes. Entre ces deux extrêmes, toutes sortes de variantes, de nuances, de visages et d'initiatives courageuses ou foutraques. 

La conclusion que j'en tire ? Elle n'est pas gaie : un demi-siècle après la mort de Pierre Fournier, où en est la cause écologique ? Oui, elle a un bon créneau médiatique, mais j'ai dans l'ensemble envie de dire : pendant l'écologie, la destruction continue. Un demi-siècle !!!

Pour la raison que c'est le système économique tout entier qui refuse la prise en compte de la problématique écologiste. C'est le capitalisme industriel qui détruit la nature. La seule véritable écologie, si elle existait, serait radicalement anticapitaliste (voir mes billets des 14 et 15 juin 2019). 

En attendant, je reste baba devant les dessins de Fournier : tout me semble admirable. Ci-dessous, quelques échantillons.

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Dessin exécuté par Fournier à l'âge de 15 ans. Le trait acéré est déjà là.

mercredi, 05 février 2020

TERRORISME DES « SENSIBILITÉS »

DICTATURE DES MINORITÉS

TOTALITARISME DES IDENTITÉS

Théocratie des intouchables

DESPOTISME DES SUSCEPTIBILITÉS

HÉGÉMONIE DES PARTICULARITÉS

OPPRESSION DES GROUPES DE PRESSION

TYRANNIE DES SPÉCIFICITÉS

(Ne rayez rien : il n'y a pas de mention inutile.)

***

L'ÉPOQUE ACTUELLE A L’IDENTITÉ TRÈS DOUILLETTE ET HORRIBLEMENT CHATOUILLEUSE : CETTE « SENSIBILITÉ »-LÀ EST DEVENUE LE MOTEUR DE L’INTOLÉRANCE RÉGNANTE.

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Dans le titre du dessin, j'ai juste corrigé une étourderie de Cabu.

Et Cabu publiait ce dessin dans Charlie Hebdo en 1977 (le 10 mars) !!!!!!! De quoi se plaignait-il ? On n'était alors qu'au début du processus de régression. Le nouveau mot d'ordre : « Pas touche à mon identité ! » Chacun, bien installé au fond du bastion de son identité, s'intronise "nombril du monde", prêt à pilonner les contrevenants à coups de Code Pénal. On ne se tanne plus réciproquement le cuir dans des empoignades mémorables : on a la chair de poule et l'épiderme délicat de gallinacés frileux (élevés en batterie). La société est devenue un poulailler (industriel). Elle ne cesse à aucun moment de « heurter » la mienne, de « sensibilité ». Assez de raisons pour rendre les coups, non ?

Ci-dessous, une petite bande datant de 1975, où l'on sent déjà, sous les propos du gauchiste, planer la menace de l'esprit de sérieux qui caractérise la police de la pensée.

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S'interroger sans cesse sur son identité ("qui suis-je ?"), c'est partir à la conquête du Grand Rien du Tout. C'est s'appliquer à soi-même la définition pascalienne de l'infini ("le centre est partout et la circonférence nulle part"). Non : il vaut mieux faire.

lundi, 03 février 2020

LEÇON DE POLITIQUE

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Cours Magistral de Politique Intérieure Française par Monsieur le Professeur Georges Wolinski, publiée dans l'hebdomadaire Charlie Hebdo, le 30 septembre 1976 : le Président Giscard d'Estaing explique à Monsieur Raymond Barre la raison pour laquelle ses décisions suscitent une levée de tous les boucliers.

La question qui me vient à l'esprit est la suivante : « Emmanuel Macron aurait-il malgré tout raison, puisqu'on voit justement se lever tous les boucliers ? ». Autrement dit : « Quand on gouverne, faut-il attendre que tous les boucliers se soulèvent pour savoir qu'on est dans le vrai ? ». La réponse, dans les années 1950-1960, aurait été : « Certes, il y a des classes sociales, mais au-dessus, il y a le sentiment d'appartenance au peuple français ». Ce qui produit le plus souvent des conclusions qui satisfont tout le monde à moitié.

Aujourd'hui, il n'en est rien : le peuple français s'est scindé en une multitude d'îlots qui forment un archipel (Jérôme Fourquet, L'Archipel français) : le Président de la République élu en 2017 essaie de nous faire croire qu'il est autre chose qu'un directeur d'hypermarché soucieux de satisfaire jusqu'aux plus infimes compartiments de sa clientèle.

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Toujours Wolinski, dans Charlie Hebdo du 17 juin 1976.

Emmanuel Macron en revient aux rodomontades politiques, étant entendu que vouloir faire de la politique aujourd'hui revient à se livrer à de simples rodomontades, puisque l'économie a définitivement relégué la politique au rang de simple remorque de son char triomphal.

C'est en tant que P.-D. G. de l'entreprise "France" – et directeur du service comptabilité – que monsieur Macron a entrepris une réforme du système de retraite dont la principale finalité est de faire des économies (sur le dos des futurs retraités).

Mais quelle prescience dans le regard de Wolinski : n'est-ce pas précisément Macron qui a parlé de "start-up nation" ? Et ce n'était pas il y a un demi-siècle, il me semble ! 

mardi, 28 janvier 2020

2020 : LE FRANÇAIS VU PAR WOLINSKI

Petit florilège de répliques venues semaine après semaine sous la plume du grand Georges Wolinski, cueillies dans Charlie Hebdo.

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3 septembre 1973

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13 mars 1972

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1 mai 1972

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19 juin 1972

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Une phrase qui n'a l'air de rien, mais ... la suite ci-dessous.

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23 avril 1973

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3 septembre 1973

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14 janvier 1974

lundi, 27 janvier 2020

2020 : "POLE DANCE" ET VENT EN POUPE !

La civilisation progresse. C'est dans Le Progrès daté 26 janvier 2020 (hier). 

La "pole dance" fait fureur. La "pole dance" est sortie des boîtes érotiques offrant le spectacle lascif de femmes plus ou moins prostituées serrant un poteau entre leurs cuisses en prenant des airs extatiques, pour le plus grand plaisir de mâles frustrés venus là pour mater et se faire des impressions. Cela ne fait qu'un domaine de plus où la France vassale copie les mœurs de son suzerain américain.

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Le titre ci-dessus a quelque chose d'hallucinant : le journal du peuple lyonnais envisage sans ciller, sans sourciller et sans frissonner d'horreur de faire entrer dans les mœurs de tout le monde des pratiques naguère réservées aux amateurs de pornographie "soft" à la petite semaine.

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Quelle belle activité, n'est-ce pas ?

Je suggère à toutes les personnes de sexe féminin, dans leur désir de se perfectionner dans l'art de se coller un poteau entre les cuisses (une tige, un mât, une vergue, une hampe, à la rigueur un vermicelle de contrebande), de ne s'accrocher qu'à des valeurs nationales sûres et reconnues.

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En couverture du Charlie Hebdo paru le 7 janvier 1974.

dimanche, 26 janvier 2020

2020 : ALSACE TOUJOURS RACISTE ?

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Il paraît qu'en Alsace, le vote Front National (pardon : Rassemblement) se maintient à des taux inquiétants. Si c'est vrai, ce que je n'ai pas songé à vérifier, je dirai juste que ce n'est pas d'hier. Je me réfère pour cela à un reportage effectué par Cabu dans la capitale alsacienne en 1973 et publié dans le n°147 de Charlie Hebdo, le 10 septembre. Je connais quelques personnes, entre Mulhouse et Wissembourg, qui se sentiront atteintes dans leur honneur en retrouvant cette ambiance désagréable où les opinions sont trop tranchées pour refléter la réalité du terrain. Cabu tire tout vers la caricature, c'est entendu, et son Maghrébin ressemble trop à l'agneau sacrificiel : il subit les regard méprisants, il est jeté par la fenêtre, le tavernier aurait voulu lui faire traverser le Rhin en jouant aux boules, etc. C'est la faiblesse de l'exaltation partisane : on devient soi-même une caricature. Ce n'est pas une des meilleures pages de Cabu, mais j'en parle parce que ça risque de parler aussi à quelques personnes que je connais par là-bas. Là encore, je demande : qu'est-ce qui a changé, en bientôt cinquante ans ?

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Même Duduche dégueule sa choucroute : c'est sûr, Cabu exagère. Je ne suis pas sûr de l'impartialité du reporter, je suis même sûr du contraire. Il se fera pardonner en donnant quelques années plus tard une autre image de la ville, en mettant au centre de son reportage le désormais incontournable Roger Siffer.

samedi, 25 janvier 2020

2020 : UN PATRONAT MODERNE !

Cavanna le dit dans Bête et méchant : c'est dans Hara Kiri (puis Charlie Hebdo) que Cabu, Gébé, Reiser et Wolinski ont inventé une nouvelle forme de reportage (ou de pamphlet, ou ce qu'on voudra). Il appelle cette forme le « récit dessiné ». Une forme qui tient de la bande dessinée, mais délivrée de l'obligation du découpage en cases (vignettes) nettement délimitées.

« "Mon papa", pour Reiser, marquait encore une autre étape. Celle du passage du dessin unique, du classique "dessin-gag", avec ou sans légende, à la suite de dessins racontant une histoire. Pas vraiment la bande dessinée avec ses cases, ses bulles et son découpage-cinéma, mais quelque chose de beaucoup plus leste, de beaucoup plus enlevé, et qui devint vite le genre maison. C'était, si l'on veut, une écriture dessinée, apparemment bâclée comme un croquis – apparemment ! – et terriblement efficace. Gébé y excella, Cabu en fit un outil de reportage où dessins et texte écrit à la main s'entremêlaient. Wolinski devait y trouver le terrain de son épanouissement » (Cavanna, Bête et méchant, Belfond, 1981, pp.207-208).

Il faut voir en effet les pages de ces gars-là : les lignes ne sont pas droites, les dessins se chevauchent, bref : c'est un joyeux bordel. Il n'en reste pas moins que leurs planches vont droit au but, et qu'elles ont plein de choses fortes à nous dire. Bien sûr, c'est inégal, il y a des coups de mou, mais dans l'ensemble, ces pages gardent une tenue de route absolument redoutable.

Le truc de Cabu, c'était le reportage : on ne compte plus les villes (Lille, Marseille, ....) ou les milieux (communauté de Taizé, d'Ardèche, ...) dans lesquels, sur ou sans invitation, il a pointé son nez, dardé son regard et promené son crayon sur son papier pour en rapporter des "impressions de voyage", jamais impartiales, souvent saisissantes, parfois impitoyables, toujours d'une précision chirurgicale quant aux trognes, aux lieux et aux problèmes.

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Un fouillis ordonné.

Un aspect de la double page centrale de Cabu dans Charlie Hebdo du 30 juillet 1973 : la Côte d'Azur en général et Monaco en particulier. J'ai l'impression que les gros traits sont faits après-coup.

Celui de Wolinski n'a rien à voir : qu'il dessine deux bonshommes qui discutent à une table de café devant des petits verres, ou qu'il aborde toutes sortes de "questions de société", il développe des raisonnements complexes pour aboutir à des conclusions percutantes, mais après être passé par des mécanismes retors dans des logiques scabreuses, mais lumineuses.

Le syllogisme est souvent mis à mal : majeure en biais, mineure douteuse, conclusion à l'avenant. Wolinski était l'acrobate du paradoxe et maniait à la perfection l'art de glisser une peau de banane dans la machine bien huilée des langues de bois qu'il retournait comme un gant. Quant à son dessin, les esthètes auront beau dire que c'est n'importe quoi, le lecteur saisit d'emblée le message grâce à l'expressivité du trait. On n'en demande pas plus.

Aujourd'hui, le propos d'un haut représentant du patronat qui n'a rien perdu de ses parties (et réparties) saillantes (Charlie Hebdo, 30 avril 1973). Attention, il faut suivre (chemin de quoi en douze stations).

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Voilà le travail de Wolinski en confesseur. Wolinski était tellement retors qu'il était capable de reproduire avec la plus grande exactitude le raisonnement secret du patronat le plus pourri, mais pour mieux lui faire cracher le gros mensonge véhiculé par la langue de bois qu'il parle quand il est en public. Il avait tout compris.

Et à bien y réfléchir, qu'est-ce qui a changé ?

vendredi, 24 janvier 2020

2020 : NI RICHESSE, NI JUSTICE !

La richesse, c'est pour les riches. Les autres, ils peuvent crever : 2153 milliardaires possèdent autant que 60% des humains (rapport Oxfam).

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Ci-dessus les trois vignettes qui concluent un de ces raisonnements percutants quoique méticuleusement tarabiscotés dont Wolinski détenait le secret en quasi-exclusivité. La page a été publiée le 5 février 1973 dans Charlie Hebdo. Beaucoup de gens pouvaient à l'époque espérer améliorer leurs conditions de vie. Quand on relit ça aujourd'hui, on se dit que non seulement les conditions de vie qu'on nous annonce pour l'avenir ne vont certainement pas aller en s'améliorant, mais que de plus en plus de gens sont en train de comprendre que "la justice sociale" dont parle le petit Pompidou de Wolinski apparaît sous les traits d'une pauvresse qui se fait détrousser comme au coin d'un bois : « Croyez-moi, quand on est riche, on se fout bien de la justice sociale ! ». 

Meilleurs vœux, hein ! Et bonne année, hein ! Et surtout la santé, hein, parce que la santé ...

jeudi, 23 janvier 2020

2020 : ENCORE DES GILETS JAUNES ?

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Deux vignettes concluant une planche parue le 25 septembre 1972 dans Charlie Hebdo. Deux vignettes qui devraient rendre pessimistes toutes les populations qui, descendues récemment, par colère et en masse, dans les rues de leurs pays (Algérie, Tunisie, Liban, Hong Kong, ............), réclament un "changement de système" en exigeant le départ de tous les pourris qui les dirigent. Ce n'est pourtant pas d'hier que tout le monde sait que "le pouvoir corrompt".

Oui, je suis pessimiste.

mercredi, 22 janvier 2020

2020 : RETRAITES, DES AVANCÉES ?

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Gribouillis pondu sur un coin de table par Wolinski, et paru parmi d'autres le 14 aoüt 1972, dans Charlie Hebdo, dans la série des "couvertures auxquelles vous avez échappé cette semaine". Le bonhomme est supposé s'appeler Edgar Faure. Un demi-siècle après, la vérité du propos de ce dessin reste d'évidence. S'agissant des retraites, la réforme impulsée par Emmanuel Macron semble pilotée par les crânes d’œufs en chef du Ministère des Finances, avec comme seul impératif catégorique : "faire des économies" (ils appellent ça "contraction des dépenses"). Le gouvernement de la France ne siège pas à Matignon : il est à Bercy. L'entreprise France (vous savez, la "start-up nation") est gouvernée par le service comptabilité. 

lundi, 20 janvier 2020

2020 : HEURTER LES SENSIBILITÉS

AUJOURD'HUI, LES JUIFS.

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Un génial pied-de-nez du génial Gébé au sacro-saint et sempiternel "Devoirrr de Mémoirrre" (appuyer le plus fort possible là où les consonnes font mal). Charlie Hebdo du 24 juillet 1972.

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Là c'est Wolinski qui s'y colle, et il ne fait pas dans la dentelle. Il n'y a pas beaucoup de consonnes, mais ça fait quand même très mal. Charlie Hebdo du 2 novembre 1978.

samedi, 18 janvier 2020

2020 : HEURTER LES SENSIBILITÉS

GAULLISTES S'ABSTENIR.

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Aujourd'hui, quelque chose de très anodin, mais qui ne le fut pas toujours. Cabu se moque ici de la publicité faite par Paris-Match dans son numéro daté 29 juillet 1972 pour les objets "touristiques" vendus à Colombey-les-Deux-Eglises pour perpétuer le souvenir du Général de Gaulle.

Parmi les "vrais" objets vantés par l'hebdomadaire gaulliste (à gauche sur la planche), un mini-képi rempli de caramels à 3,50 francs (ce numéro de Charlie Hebdo est daté 14 août 1972), le coquetier en bois de Colombey à 7 francs, l'assiette où est reproduite une vue sur La Boisserie (maison de De Gaulle) à 24 francs, un ouvre-bouteille, un taste-vin, une cuiller "façon argent", des pruneaux à l'armagnac dans un bocal, etc. 

Tombant sur cette page de photos publicitaires, Cabu se met à délirer et à inventer toutes sortes d'objets irrespectueux ou carrément brindezingues.

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Tout y passe : le gros côlon du Général (faux-puits en faux-pneus) ; le caleçon "quand il portait sa tenue civile (mais avec un peu de kaki dans le fond)" ;

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la "bouteille thermos force nucléaire française" en forme de bombe atomique ; une carte postale "soulevez ma prostate et vous verrez Colombey" ; un sablier en forme de prostate du Général "(mouvement perpétuel)" ;

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Les deux étoiles sur le pot de chambre, fallait quand même avoir l'idée !

une pince à vélo en forme de croix de Lorraine ; etc. Bref : rien que du joyeusement foutraque, du gaillardement cintré, de l'hilarité délibérée. L'équipe de Charlie a dû bien se marrer en voyant la page.

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La trouvaille que je retiens est cependant celle du "Moulin à café pour perpétuer le culte du Général quotidiennement", à cause de l'usage que la ménagère imaginée par Cabu fait du "nez" de cet objet improbable.

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Vous comprenez pourquoi je pleure la mort de Cabu, et pourquoi je crois qu'il n'a pas été remplacé ? Parce que les actuels dessinateurs de l'actuel Charlie Hebdo NE ME FONT PAS RIRE. Je sais pas vous, mais moi, à "Oh ! Mon Charles !", JE ME MARRE. Il y a du rire dans le moindre détail des traits de Cabu (zieutez les varices). Je ne suis pas sûr que les actuels dessinateurs éprouvent seulement l'envie de se marrer.

De toute façon, qui a envie de se marrer aujourd'hui ? Qui a envie de se payer une pinte de bon sang en se foutant de la gueule des uns ou des autres ? La société actuelle étouffe sous le couvercle du sérieux. Et ce ne sont pas les pitres stipendiés qui peuplent l'antenne de France Inter qui vont me convaincre du contraire : vous les entendez, les guignols présents sur le plateau qui se bidonnent bruyamment et se tapent sur les cuisses aux grosses blagues tristes laborieusement élaborées par les Morin et compagnie ? Ce sont des rires enregistrés !  Pareil pour les armées d'humoristes qui se bousculent sur les scènes de théâtres : rien que des rires enregistrés !

A BAS LE CONFORMISME DU RIRE !

jeudi, 16 janvier 2020

2020 : UNITÉ SYNDICALE ...

... COMME EN 1970.

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Charlie Hebdo n°3, 7 décembre 1970, dessin de Wolinski. Les travailleurs ont tort de sourire. En plus, aujourd'hui, il y a FSU, SUD, UNSA, FO, CGC, CFTC, CGPME, etc ...

Pas besoin de chercher bien loin à qui on devra bientôt la défaite des travailleurs français dans leur lutte contre la dégradation des conditions d'obtention d'une retraite acceptable. Monsieur Macron peut déjà se frotter les mains : la désunion syndicale travaille pour lui (voir ici mon billet du 3 mai 2019). Il voit enfin se profiler à l'horizon l'instauration d'un système de retraites par capitalisation. Autant dire qu'il s'apprête à fêter la prochaine privatisation de l'argent des retraites.