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samedi, 07 janvier 2017

IN MEMORIAM CHARLIE

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DEUX ANS !

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CABU

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MARIS

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WOLINSKI

Et les autres.

Mais ce sont eux qui me manquent : Cabu et Wolinski pour leurs dessins, Maris pour sa vision lucide et critique de la pseudo-science économique. Oui, Cabu quand même, malgré ce que j'ai pu en écrire ici même à cause des magouilles de Philippe Val dans lesquelles il a accepté de tremper dans la conduite du deuxième Charlie Hebdo (cf. Mohicans de Denis Robert).

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jeudi, 07 janvier 2016

CHARLIE HEBDO : DOUZE MOIS !

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In Memoriam CABU, WOLINSKI et LES AUTRES. 

« Vous qui voyez la lumière,

De nous vous souvenez-vous ? »

"Pensées des morts", Lamartine, Georges Brassens.

 

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Frédéric Boisseau, Agent d’entretien.

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Franck Brinsolaro, Policier du Service De La Protection (SDLP).

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Jean Cabut, dit Cabu, Dessinateur.

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Elsa Cayat, Psychanalyste et Chroniqueuse.

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Stéphane Charbonnier, dit Charb, Dessinateur et Directeur de Charlie Hebdo.

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Philippe Honoré, Dessinateur.

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Bernard Maris, Economiste et Journaliste.

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Ahmed Merabet, Policier.

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Mustapha Ourrad, Correcteur.

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Michel Renaud, organisateur à Clermont-Ferrand d’une exposition de dessins de Cabu, à qui il les rapportait un certain 7 janvier.

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Bernard Verlhac, alias Tignous, Dessinateur.

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Georges Wolinski, Dessinateur.

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Que des gens à peu près normaux, quoi !

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« Oui mais jamais au grand jamais

son trou dans l'eau ne se refermait :

cent ans après, coquin de sort,

il manquait encore. »

(cliquer pour 5'46" de chaleur)

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Ce n'était déjà pas joli, le défilé (en fait, 10 minutes avant de s'esbigner) de chefs d'Etat, le 11 janvier 2015, en hommage à des gens qui vomissaient, sur tous les pouvoirs en place, leurs mots et leurs traits, mais les plaques solennellement dévoilées par notre guignol présidentiel, et avec la grotesque componction et l'imbécile raideur dans lesquelles il aime tant se draper, c'est vraiment très moche. Et je ne parle pas du Y au nom de Wolinski. Il n'a pas vu, Hollande, que c'est marqué "Pas touche !" ? Non : cet homme n'a pas le sens du sacré.

Et ce d'autant plus que, plus le temps passe, plus on découvre que les services de renseignement français ont salement merdé : voir Le Canard enchaîné du 6 janvier sur la disparition du PV mentionnant la présence de Kouachi devant Charlie Hebdo, qui venait en repérage trois mois avant les attentats. Ils font koua, dans leurs bureaux, les flics ? Ils grattent du papier ?

C'est le même Hollande qui, quand il va en Arabie Saoudite, passe l'honneur de la France au kärcher pour que les Arabes lui achètent le plus possible de ses joujoux militaires, en fermant les yeux sur les décapitations, le wahabisme (la frange la plus rétrograde et rigoriste de l'islam sunnite) et la condition faite aux femmes. Et le lendemain, il n'éprouvera nulle honte à en appeler aux "Valeurs de la République". Mais qui peut croire sérieusement à ces "valeurs", quand elles sont proclamées par ce fantoche qui vire à tous les vents ?

Et pendant ce temps, Valls s'assied bonnement sur l'état de droit quand il annonce tranquillement que la démocratie n'en a plus pour longtemps, puisqu'il prépare activement l'installation d'un Etat policier et d'une société de la peur en lieu et place de la République française, en transférant toujours plus de pouvoir de la justice et des juges vers la police et les préfets, au prétexte qu'il faut "lutter contre le terrorisme". Tout en faisant mine de s'inquiéter de la "dérive autoritaire" en cours en Pologne. Les Français sont massivement d'accord, du moins selon les sondages.

Si les sondages ont raison (ça arrive quand même de loin en loin, même si c'est par hasard ou par erreur), il est temps d'avoir la trouille.

jeudi, 24 décembre 2015

GÉNÉRATION BATACLAN ?

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C’est entendu, Le Monde n’est plus ce qu’il fut. Mon Monde à moi n’accueillait pas de publicité, restait soigneusement déconnecté de la mode, du luxe et de la volupté, débranché des cours de la bourse, vierge de toute pollution photographique : le langage régnait en maître, en prince impérial, avec une concession dédaigneuse, de loin en loin, au dessin humoristique. Le Monde était imbattable pour la quantité et la densité du contenu. Je ne dirai pas quand j'ai commencé à lire Le Monde, ce serait avouer mon âge. A chacun sa pudeur. C’était la haute exigence de l’intègre et austère Hubert Beuve-Méry qui avait édifié ce bâtiment. 

Ce n’est hélas plus le cas, et depuis longtemps, du « journal de référence » : surfaces largement consacrées à vanter toutes sortes de marchandises, à faire l’éloge du « Style », des Montres (Bréguet, Blancpain, Patek Philippe, ...) et du Luxe, un magazine « » hebdomadaire presque totalement insignifiant, futile et creux (à la notable exception du dernier), tout cela joint à une pagination soumise à un régime amaigrissant qui nous fait friser l’anorexie et à un prix inversement proportionnel. 

Bref, pour être resté lecteur du Monde, il faut avoir une foi bien chevillée et considérer l’action de s’informer comme un devoir, et même un militantisme. Et ne pas prêter une attention excessive aux errements auxquels mène parfois la stratégie de « juste-milieu » appliquée par la rédaction en chef aux contenus. Je laisse par ailleurs de côté la question de la présence du fade Plantu en « Une », que je laisse pisser la neutralité de son eau tiède dans son violon quotidien. 

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journal le monde,hubert beuve-méry,journal de référence,plantu,13 novembre paris,attentats paris,bataclan paris,charlie hebdo,cabu,wolinski,bernard maris,frères kouachi,café la belle équipe,café le carillon,rue de charonne,père hervé benoît,basilique de fourvière,little bob story,festival fourvière 1978,kalachnikov,duke ellington,sun ra,queens,jacques higelin,frank zappa,thomas ayad,franck pitiot,erouat,françois-xavier prévost,madeleine sadin,antoine mary,marie lausch,mathias dymarski,eagles of death metalSi l'on peut parler d'une "génération Bataclan", ce qui ressort du Mémorial du 13journal le monde,hubert beuve-méry,journal de référence,plantu,13 novembre paris,attentats paris,bataclan paris,charlie hebdo,cabu,wolinski,bernard maris,frères kouachi,café la belle équipe,café le carillon,rue de charonne,père hervé benoît,basilique de fourvière,little bob story,festival fourvière 1978,kalachnikov,duke ellington,sun ra,queens,jacques higelin,frank zappa,thomas ayad,franck pitiot,erouat,françois-xavier prévost,madeleine sadin,antoine mary,marie lausch,mathias dymarski,eagles of death metal novembre édifié par Le Monde, c'est à cause de l'impressionnant besoin de fraternité dont témoigne la vie des victimes jusqu'au moment des attentats, telle qu'elle est rapportée par les proches. Ce qui ressort de tous les portraits dressés par les journalistes du Monde, c'est l'appétit de vivre avec les autres qui servait de guide à ces personnes  fauchées par un tout petit nombre de malades mentaux très rationnels et méthodiques. Souvent des bandes d'amis fidèles qui s'étaient connus sur les bancs d'une école. En l'état, je me refuse à critiquer l'esprit d'enfance qui préside peut-être à cet appétit. Je m'y suis baigné autrefois. 

Heureusement, il n’y avait pas de Kalachnikovs au Festival de Fourvière en juillet 1978, il journal le monde,hubert beuve-méry,journal de référence,plantu,13 novembre paris,attentats paris,bataclan paris,charlie hebdo,cabu,wolinski,bernard maris,frères kouachi,café la belle équipe,café le carillon,rue de charonne,père hervé benoît,basilique de fourvière,little bob story,festival fourvière 1978,kalachnikov,duke ellington,sun ra,queens,jacques higelin,frank zappa,thomas ayad,franck pitiot,erouat,françois-xavier prévost,madeleine sadin,antoine mary,marie lausch,mathias dymarski,eagles of death metaln’y avait que les Bijou, les Spions (un truc hongrois ravageur), les Olivensteins («journal le monde,hubert beuve-méry,journal de référence,plantu,13 novembre paris,attentats paris,bataclan paris,charlie hebdo,cabu,wolinski,bernard maris,frères kouachi,café la belle équipe,café le carillon,rue de charonne,père hervé benoît,basilique de fourvière,little bob story,festival fourvière 1978,kalachnikov,duke ellington,sun ra,queens,jacques higelin,frank zappa,thomas ayad,franck pitiot,erouat,françois-xavier prévost,madeleine sadin,antoine mary,marie lausch,mathias dymarski,eagles of death metal  Euthanasie papy, euthanasie mamy »), les Cimarrons qui faisaient danser le théâtre antique et Little Bob Story qui faisait scander « Barbe noire » parce que, mis en colère que le groupe ait été rejeté en fin de nuit, celui-ci (le batteur ou bassiste) refusait de revenir sur scène. Pas de Kalachnikovs à la Salle des Sports de Villeurbanne aux concerts de Duke Ellington ou de Sun Râ. Pas de Kalachnikovs au Palais des Sports de Lyon aux concerts des Queens, de Jacques Higelin ou de Frank Zappa (j’ai encore dans l’oreille : « The poodle bites, the poodle choose it » - repris dans "Apostrophe", je crois). 

Juste pour dire que j’ai été comme ça. Si ce n’avait pas été l’âge et la correction de trajectoire, j’aurais peut-être journal le monde,hubert beuve-méry,journal de référence,plantu,13 novembre paris,attentats paris,bataclan paris,charlie hebdo,cabu,wolinski,bernard maris,frères kouachi,café la belle équipe,café le carillon,rue de charonne,père hervé benoît,basilique de fourvière,little bob story,festival fourvière 1978,kalachnikov,duke ellington,sun ra,queens,jacques higelin,frank zappa,thomas ayad,franck pitiot,erouat,françois-xavier prévost,madeleine sadin,antoine mary,marie lausch,mathias dymarski,eagles of death metal journal le monde,hubert beuve-méry,journal de référence,plantu,13 novembre paris,attentats paris,bataclan paris,charlie hebdo,cabu,wolinski,bernard maris,frères kouachi,café la belle équipe,café le carillon,rue de charonne,père hervé benoît,basilique de fourvière,little bob story,festival fourvière 1978,kalachnikov,duke ellington,sun ra,queens,jacques higelin,frank zappa,thomas ayad,franck pitiot,erouat,françois-xavier prévost,madeleine sadin,antoine mary,marie lausch,mathias dymarski,eagles of death metalété là, au Bataclan. Est-ce que j'aurais fait de mon corps un rempart pour mon amoureuse de l'époque ? Ai-je le droit de juger ces personnes au seul motif que mon regard a changé du tout au tout en matière de culture, de musique, de civilisation ? Je me mépriserais si je le faisais. J'ai laissé tomber les concerts de cris hystériques, de batteries furieuses et de guitares électriques saturées. Mais je n'ai pas le droit d’oublier ce que j'ai été, ce que j'ai fait, ce que j'ai aimé, ce que j'ai dit. Je n'ai pas le droit de jeter l’anathème sur des gens qui en passent aujourd’hui par des étapes où nous autres, plus âgés, passâmes un jour, quoi qu'il en soit de l'itinéraire qui a été le nôtre. De la vie que j'ai menée, que je le veuille ou non, je suis obligé de garder tout, y compris les choses, les œuvres, les êtres et les femmes que j'ai cessé d'aimer.

journal le monde,hubert beuve-méry,journal de référence,plantu,13 novembre paris,attentats paris,bataclan paris,charlie hebdo,cabu,wolinski,bernard maris,frères kouachi,café la belle équipe,café le carillon,rue de charonne,père hervé benoît,basilique de fourvière,little bob story,festival fourvière 1978,kalachnikov,duke ellington,sun ra,queens,jacques higelin,frank zappa,thomas ayad,franck pitiot,erouat,françois-xavier prévost,madeleine sadin,antoine mary,marie lausch,mathias dymarski,eagles of death metalJe veux dire : je n'étais pas meilleur à leur âge que ne l'étaient : Thomasjournal le monde,hubert beuve-méry,journal de référence,plantu,13 novembre paris,attentats paris,bataclan paris,charlie hebdo,cabu,wolinski,bernard maris,frères kouachi,café la belle équipe,café le carillon,rue de charonne,père hervé benoît,basilique de fourvière,little bob story,festival fourvière 1978,kalachnikov,duke ellington,sun ra,queens,jacques higelin,frank zappa,thomas ayad,franck pitiot,erouat,françois-xavier prévost,madeleine sadin,antoine mary,marie lausch,mathias dymarski,eagles of death metal Ayad (Bataclan), Franck Pitiot (Bataclan), Estelle Rouat (Bataclan), François-Xavier Prévost (Bataclan), Madeleine Sadin (Bataclan), Antoine Mary (Bataclan), Marie Lausch (Bataclan) et son amoureux Mathias Dymarski (Bataclan). Ce sont les noms qui closent la liste des morts dressée par Le Monde, dans son « Mémorial du 13 novembre », infiniment plus estimable que l'exécrable spectacle donné aux Invalides par lejournal le monde,hubert beuve-méry,journal de référence,plantu,13 novembre paris,attentats paris,bataclan paris,charlie hebdo,cabu,wolinski,bernard maris,frères kouachi,café la belle équipe,café le carillon,rue de charonne,père hervé benoît,basilique de fourvière,little bob story,festival fourvière 1978,kalachnikov,duke ellington,sun ra,queens,jacques higelin,frank zappa,thomas ayad,franck pitiot,erouat,françois-xavier prévost,madeleine sadin,antoine mary,marie lausch,mathias dymarski,eagles of death metal "Freluquet en chef". A cette liste, il faudrait ajouter les vingt noms des morts dont les familles n’ont pas souhaité participer, et les trois familles qui « refusent que le nom de leur proche soit cité ». Respect !  

journal le monde,hubert beuve-méry,journal de référence,plantu,13 novembre paris,attentats paris,bataclan paris,charlie hebdo,cabu,wolinski,bernard maris,frères kouachi,café la belle équipe,café le carillon,rue de charonne,père hervé benoît,basilique de fourvière,little bob story,festival fourvière 1978,kalachnikov,duke ellington,sun ra,queens,jacques higelin,frank zappa,thomas ayad,franck pitiot,erouat,françois-xavier prévost,madeleine sadin,antoine mary,marie lausch,mathias dymarski,eagles of death metalLe deuil qui est le mien ne m'appartient pas. Mon deuil appartient à un organe dontjournal le monde,hubert beuve-méry,journal de référence,plantu,13 novembre paris,attentats paris,bataclan paris,charlie hebdo,cabu,wolinski,bernard maris,frères kouachi,café la belle équipe,café le carillon,rue de charonne,père hervé benoît,basilique de fourvière,little bob story,festival fourvière 1978,kalachnikov,duke ellington,sun ra,queens,jacques higelin,frank zappa,thomas ayad,franck pitiot,erouat,françois-xavier prévost,madeleine sadin,antoine mary,marie lausch,mathias dymarski,eagles of death metal j'ignore le nom. Un organe qui me dépasse, qui palpite et qui bat comme un cœur, un cœur sur lequel je n'arrive plus à mettre un Nom : « Suis-je Amour ou Phébus ? Lusignan ou Biron ? ». France ? Patrie ? Nation ? Civilisation ? Dans les circonstances présentes, les mots, les noms manquent, pour désigner ce qu'il faudrait pouvoir désigner : « Si je désire une eau d'Europe, c'est la flache noire et froide où, vers le crépuscule embaumé, un enfant plein de tristesse lâche un bateau frêle comme un papillon de mai ». 

journal le monde,hubert beuve-méry,journal de référence,plantu,13 novembre paris,attentats paris,bataclan paris,charlie hebdo,cabu,wolinski,bernard maris,frères kouachi,café la belle équipe,café le carillon,rue de charonne,père hervé benoît,basilique de fourvière,little bob story,festival fourvière 1978,kalachnikov,duke ellington,sun ra,queens,jacques higelin,frank zappa,thomas ayad,franck pitiot,erouat,françois-xavier prévost,madeleine sadin,antoine mary,marie lausch,mathias dymarski,eagles of death metalRespect aux morts ! Honneur aux hommes qui se sont jetés entre leurs compagnesjournal le monde,hubert beuve-méry,journal de référence,plantu,13 novembre paris,attentats paris,bataclan paris,charlie hebdo,cabu,wolinski,bernard maris,frères kouachi,café la belle équipe,café le carillon,rue de charonne,père hervé benoît,basilique de fourvière,little bob story,festival fourvière 1978,kalachnikov,duke ellington,sun ra,queens,jacques higelin,frank zappa,thomas ayad,franck pitiot,erouat,françois-xavier prévost,madeleine sadin,antoine mary,marie lausch,mathias dymarski,eagles of death metal et les balles (ils sont plusieurs, morts de leur amour pour une femme) ! Oui, ma réaction est peut-être naïve et très "premier degré", je n'y peux rien. Ce qui est sûr, c'est que je remercie le journal Le Monde, pour une fois, pour avoir édifié ce monument aux morts de haute valeur et d'intense luminosité ! 

Voilà ce que je dis, moi.

Note : les seules photos correspondant à des noms cités dans l'avant-avant-dernier paragraphe de ce billet sont les sept dernières. Que la mémoire de tous les autres me pardonne.

dimanche, 29 novembre 2015

PANIQUE À BORD !

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En janvier, ce fut un massacre : l’équipe de Charlie Hebdo, les clients de l’Hyper Cacher, tous des innocents qui ont payé de leur vie le fait d’être ce qu’ils étaient : des caricaturistes, des juifs, des polémistes, des vigiles, des rubriquards, des clients d’un magasin, … Le 11 janvier, une manifestation monstre de tous les révoltés par cet attentat. Au premier rang, un minuscule président de notre république, et un ex-président qui, toujours aussi hystérique, tente en vain de se frayer un chemin vers le premier rang et la grande photo inoubliable des acteurs de l’événement. 

Tout sera fait pour « assurer la sécurité des Français », fut-il assené dans la foulée de ces meurtres. On ajouta au déjà immémorial « plan Vigipirate » le « plan Sentinelle » qui devait «  assurer la sécurité des Français », nous fut-il seriné. Depuis le 13 novembre, on sait ce que nous a valu cette empilement de plans de sécurité, qui devaient théoriquement « assurer la sécurité des Français » (désolé de la répétition, c’est pour rendre l'incantatoire de la chose). Pour donner l’impression qu’il agit, le politichien moderne affiche des « mesures » destinées à figurer, une fois imprimées en photos martiales dans les journaux et dans l’esprit des gens, autant de preuves de l’efficacité du politichien. 

Malheureusement pour notre misérable « chef des armées », ce petit curé balbutiant, cet orateur larvaire, ce lumignon éteint, ce panache gris dépourvu de panache, les attentats du 13 novembre lui ont fait éclater à la figure les preuves de son incompétence et de son ignorance. Mais comment cette catastrophe a-t-elle été rendue possible ? 

Au risque de me répéter, bien que je ne sois pas spécialiste des questions de sécurité, et en m’appuyant sur ce que la mode correcte interdit désormais qu’on appelle le « simple bon sens », la France disposait d’un service de renseignement très efficace et performant : les RG ou Renseignements Généraux. Ce service était honni par tout ce que le pays comptait de gauchistes, il n'avait pas forcément les mains propres, mais il quadrillait le territoire à la façon d’un filet à mailles fines. Les hommes connaissaient bien le terrain, peu de poissons échappaient à leur vigilance, les informations remontaient. 

Le frénétique-à-tics qui a gouverné la France pendant cinq ans, non content de sa fabuleuse invention de la RGPP (Révision Générale des Politiques Publiques – en clair : non-remplacement d’un retraité sur deux dans la fonction publique d’Etat, qui a coûté 50.000 bonshommes à la police, à la gendarmerie et à l'armée), s’est mis en tête, sans doute pour gratter sur les budgets, de faire fusionner les RG (renseignement intérieur) et la DST (contre-espionnage). Le résultat le plus sûr de cette fusion forcée fut une désorganisation complète des services désormais placés sous l’étiquette DGSI. Les « cultures professionnelles », les façons de procéder des deux services étaient tellement différentes qu’il ne pouvait pas en être autrement. Comme de l'huile avec de l'eau, le mélange des deux n'a pas fait une mayonnaise, à peine une vinaigrette : si vous mettez de la vinaigrette dans un moteur, le moteur casse. Les autorités ont tout misé sur la « collecte des données » (moyens techniques, électroniques, informatiques). On voit ce qui en est sorti. 

Or le point commun de tous les types qui flinguent depuis Mohammed Mehra, c’est qu’ils étaient bien fichés, mais qu’il n’y avait plus personne sur le terrain pour tirer le signal au moment où une action se préparait. J’en conclus que la décision de Nicolas Sarkozy de fusionner RG et DST a eu des conséquences criminelles. Je sais bien que si cette décision est une cause indéniable, elle n’est pas la seule, mais on peut être sûr qu’elle est pour une bonne part responsable des tragédies de 2015 en France. 

Alors maintenant, est-ce que le minuscule Hollande a fait mieux ? La réponse est clairement « Non » !  Qu’est-ce qu’il a fait, après Charlie Hebdo ? Après l’Hyper Cacher ? Il a mis plein de soldats et de policiers (Sentinelle + Vigipirate) dans les rues, dans les gares, devant les églises et les synagogues. Il a transformé l'armée française en un corps de plantons. Là encore, on a vu le 13 novembre le résultat de ce déploiement ostentatoire des forces de l’ordre et des forces armées, on a constaté l’efficacité de ce dispositif impressionnant, qui n’était là en vérité, une fois de plus, que pour que les journaux publient des photos permettant aux lecteurs de croire qu’ils étaient protégés par les mesures prises par les « autorités ». 

Qu’est-ce que c’est, une « collecte des données », quand il n’y a personne sur le terrain, personne pour les analyser, personne pour en tirer des conclusions pertinentes ? Ils sont très beaux, les moyens techniques dont disposent les services de renseignement, surtout depuis le vote récent de la loi qui porte ce nom, mais il n’empêche que le récipient où on les entasse est tellement plein de trous qu'une ménagère appellerait ça une passoire. Personne n’a rien vu venir. Pas plus que les Américains n’ont vu venir les pilotes-suicides des avions jetés sur le WTC. Mais il fallait rogner sur les moyens humains, sur les budgets, faire confiance aux experts du numérique. Ah, la technique, que c'est beau, la technique !

Alors maintenant l’état d’urgence. Je dis que l'état d'urgence est l'ultime branche à laquelle se raccrochent des gouvernants aux abois, dans une ultime tentative de dissimuler leur incompétence et leur lâcheté. Je ne peux m’empêcher de me référer au livre de Mireille Delmas-Marty Libertés et sûreté dans un monde dangereux (Seuil, 2010, voir mon billet du 3 mai 2015), où elle s’inquiète de ce que les lois pénales tendent à substituer à la répression d’infractions dûment constatées une répression préventive, fondée sur la dangerosité potentielle et supposée des individus. Ça permet de ratisser très large, au risque de "dommages collatéraux" contre des gens qui n'ont rien à se reprocher.

Une démocratie est un milieu ouvert à tous les vents, un « open space ». La verrouiller, c'est la mettre à mort. Je ne dis pas qu'elle ne doit pas se défendre, je dis que pour se défendre elle doit se doter de bons outils : monsieur Hollande, ne commencez pas par faire disparaître l'état de droit, commencez par remettre ces outils (armée, police, renseignement) en état.

Dans Le Monde du 6 juin 2015, Delmas-Marty enfonçait le clou : « En France, le grand tournant remonte à la loi de 2008 sur la rétention de sûreté, adoptée par une "droite décomplexée" qui n’hésite pas à copier le modèle d’une loi allemande de la période nazie ». Tiens, encore un coup de Sarkozy (notez que le nom rime avec le dernier mot de la citation, regrettable hasard). De quoi se faire du mouron : l’état d’urgence est l’ennemi de l’Etat de droit. Les bien nommés passe-droits qu’il autorise sont autant de menaces en direction de la liberté. 

Je sais bien que les gens ont peur, je sais bien que Daech et ses sbires ne sont pas des plaisantins, mais je n’ai pas l’intention de changer d’un iota ma façon de vivre du fait du risque terroriste. S'il y a un risque, tant pis : j'assume. Et faites bien attention à ceci : qui m’expliquera pourquoi des militants écologistes ont reçu des assignations à résidence ? Et quid de l’arbitraire et de la violence gratuite commise par les forces de l’ordre au cours des « perquisitions administratives » (voir les articles paraissant ces jours-ci dans l’excellente rubrique « Observatoire de l’état d’urgence » du Monde) ? 

Dans l’état d’urgence, ce qui me fait peur, ce qui nous menace tous, ce sont les abus qui se commettent sous son couvert, ce dont des policiers eux-mêmes reconnaissent qu’ils profitent comme d’autant d’ « effets d’aubaine ». Je n’ai pas confiance dans des policiers qu’on laisse les mains libres et la bride sur le cou. Les terroristes ont d’ores et déjà gagné : la panique règne, au moins en haut lieu. Rien de pire qu’un régime qui règne en laissant régner la peur, et en appuyant sur ce redoutable accélérateur. Gardons-nous de céder à la panique. Quel espace va-t-il rester pour les partisans de la liberté ? Quel espace pour la liberté ? Faire face au danger, ça commence par ne rien changer à notre façon de vivre. A y changer quoi que ce soit, nous avons tout à perdre.

Oui, je suis inquiet : j'ai peur que les terroristes ne réussissent à nous rendre semblables à eux-mêmes (écoutez ici la remarquable explication (15' environ) de Tobie Nathan à ce sujet : il parle du Cambodge de Douch et du Berlin de Goebbels). De gauche, Hollande ? De gauche, Valls ? Ne me faites pas rire.

Voilà ce que je dis, moi.

mercredi, 25 novembre 2015

CABU CHEZ LA VOYANTE

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On reconnaît Cabu à sa coupe de cheveux. On reconnaît Wolinski à son gros cigare. Les deux autres, j'ai du mal à les identifier. Bernard Maris ? Tignous ? Charb ? Ils sont morts en janvier dans les locaux de Charlie Hebdo, assassinés par les frères Kouachi. J'avoue que ce dessin de Dutreix m'avait échappé en janvier. Mais aujourd'hui, il me saisit à la gorge : je le trouve d'une justesse, d'un tragique et d'une drôlerie absolus. Il y a avant, et puis il y a après, sur le thème de : si on leur avait dit ...

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Quelle poilade, les copains !

Ce dessin, republié dans "Le Monde des livres" du 20 novembre fait aujourd'hui écho à ce que déclare Laurent Camax, époux de Claire, morte au Bataclan. Voici ce qu'écrit Fabrice Lhomme, rédacteur de la notice : « Laurent Camax évoqua avec sa femme le risque terroriste : "J'étais dans le déni total de ce fléau, raconte-t-il. Je me souviens avoir dit à Claire qu'on avait autant de chances de mourir à cause du terrorisme que de gagner au Loto sans y jouer. Aujourd'hui, elle se moquerait bien de moi ..." » (Le Monde, 23 novembre, pour son "Mémorial du 13 novembre"). Il y a avant, et puis il y a après.

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Claire Camax est morte, assassinée, au Bataclan, le vendredi 13 novembre 2015. Le couple avait deux enfants, de trois et sept ans.

Et merde !

Voilà ce que je dis, moi.

 

lundi, 05 octobre 2015

TROISIÈME GUERRE MONDIALE

Des responsables de grandes nations, grandes voix autorisées s’il en est, disent craindre une troisième guerre mondiale et affirment tout faire pour que cela n’arrive pas. Visiblement, ils tiennent à éviter de semer la panique dans les populations. Parce que cette guerre mondiale, les apparences montrent qu'elle a déjà commencé. C'est parti mon kiki. Le constat crève les yeux : entre l’Irak et la Syrie, on ne dénombre pas moins de quatre-vingts nationalités en présence. Quatre-vingts nationalités ! Ce n'est pas mondial, ça ?

Il y a cent quatre-vingt-treize "Etats" représentés à l'ONU, mais est-on obligé de compter comme Etats les Kiribati (80.000 habitants), Palau (19.000), Nauru (11.500) ou Tuvalu (10.000), pour ne regarder que du côté des "Etats" (des croupions, en vérité) du continent océanien ? A l'ONU, pour dire la vérité, combien de ces "Etats" n'ont été "reconnus" que pour apporter des voix aux Etats-Unis lors des assemblées générales ?

La règle "un Etat = une voix" se moque allègrement du monde. Et je ne m'attarderai pas sur le pouvoir exorbitant que l' "Europe" actuelle accorde aux petits Etats (baltes et autres) qu'elle a intégrés en son sein en appliquant le même absurde principe. Les Révolutionnaires de 1789 avaient fait un petit pas en admettant le "doublement du Tiers" ! A quand, en Europe, le vote par tête ? Tout ça pour dire qu'avec quatre-vingts nationalités représentées dans les combattants du champ de bataille irako-syrien, je ne vois pas pourquoi on ne qualifierait pas le conflit de "mondial". Passons (pardon pour la digression).

Je ne devrais d’ailleurs pas mettre l’Irak et la Syrie dans le même sac, même si les situations ont fini par se confondre en un magnifique écheveau de fils désormais totalement indémêlables. Si l’on a d’un côté un dictateur en guerre contre « son peuple » (sic !) qui, au départ, réclamait un peu de reconnaissance et de démocratie (les « printemps arabes »), on a de l’autre le résultat américain d’une véritable folie furieuse, voire criminelle. 

C’est sur l’ordre du trio infernal George W. Bush-Dick Cheney-Donald Rumsfeld qu’un certain proconsul en Irak nommé Paul Bremer a signé dès 2003 l’ordre de dissolution de tous les militaires baasistes de Saddam Hussein et de toutes les polices qu’il avait mises en place, au motif que leur affectation précédente les avait rendus infréquentables et inemployables. Rendus de force à la vie civile sans indemnité, que croyez-vous qu’il arriva ? Ils sont tous devenus, du jour au lendemain, des ennemis jurés des "envahisseurs". C'est quoi, Daech ? Pour une large part, l'ancienne armée de Saddam Hussein. Encore bravo !

On dira ce qu’on veut de l’armée irakienne du temps du dictateur : tout le haut commandement était composé d’officiers avisés et d’excellents stratèges. Il ne faut pas chercher ailleurs ce qui forme le gros des chefs de Daech (que le grotesque Hollande prononce « Dache » (cf. « c'est à dache »), comme Mitterrand prononçait « Mastrik »). Ces gens savent ce que sont une manœuvre militaire, un repli tactique, un but de guerre. Comme professionnels de la guerre, ils se posent un peu là. Et dire qu’on se demande comment il se fait qu’ils ne sont pas encore anéantis ! 

Bon, c’est vrai, si les deux situations n’ont rien à voir au départ, ces deux chaudrons du diable n’en forment aujourd’hui plus qu’un, et personne n’est en mesure de prédire quel goût aura la mixture qu’un nombre chaque jour grandissant d’acteurs, officiels ou masqués s'ingénient à touiller tout en jetant de l'huile sur le feu : Iran, Qatar, Arabie saoudite, Russie, USA, Al Qaïda, … on ne sait plus qui roule pour qui, les seuls à ne pas avoir d'alliés pour leur fournir armes et assistance sont les démocrates qui manifestaient pacifiquement en 2011 !

Ce qui est sûr, c’est que chaque fois, au 20ème siècle, qu’un conflit a opposé de nombreuses nations, on a appelé ça des « Guerres mondiales ». Alors c'est vrai, le champ de bataille, pour une fois, n’est pas situé en Europe (encore que … : Charlie Hebdo, Hyper Casher, attentats divers, Ukraine). Mais ce n’est pas une raison pour ne pas appeler les choses par leur nom. 

Vous voulez que je vous dise ? La Troisième Guerre mondiale est commencée. 

Voilà ce que je dis, moi.

lundi, 20 juillet 2015

BANDE DESSINÉE : CHARLIE MENSUEL

 Je parlais de la page 1 de la revue Charlie mensuel, celle où se trouve le sommaire de chaque numéro.

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Gag rigolo (le gars photographié derrière son trépied demande à la statue de prendre différentes poses pour la photo) signé "Le grand Guedin's studio" (N° 70 : Dingues studio ?). Le témoin a fini par renoncer.

Cette page du sommaire, qui n’est a priori pas faite pour être regardée en elle-même, s’orne en effet d’un dessin (rarement une photo) presque toujours réalisé pour les besoins de la cause (il y a des exceptions : Herriman, Dubout, gravure ancienne, …), autrement dit un dessin où la place du sommaire proprement dit est prévue et ménagée. 

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Remarquable dessin d'un nommé Monimoto (N° 92).

On y voit toute sorte de styles, d’imaginations. Ce sont parfois des dessins un peu bâclés, comme si Wolinski avait demandé ce service dans l’urgence à un copain.

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Celui qui donne ces dessins formidables (N° 108) signe Michelangeli.

Parfois, ce sont au contraire des pages très travaillées, presque comme des œuvres à part entière. Le défi, quoi qu’il en soit, est celui que relève constamment tout maquettiste de presse : la liberté règne, quoiqu'avec une contrainte précise, ce qui donne des pages tantôt très aérées (N° 51, un Japonais), tantôt surchargées jusqu'à l'étouffement (N° 60, Carali, je crois, bien qu’il signe Bill). Le tout étant de placer, bien lisible, le programme des réjouissances. Le menu du jour, si vous voulez. On est en plein dans l'art baroque : la déco plutôt que la structure. La volute, plutôt que l'architecture.

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Là, c'est le grand Golo (N° 122) des loubards : dessin un peu "sale", bourré de sons et d'onomatopées, qui privilégie l'expressivité.

On trouve des habitués : Willem, qui vous torche en moins de deux sa planche aux cases minuscule, Guitton, l’échappé d’Actuel, éternel baba cool, Nicoulaud, qui dépannait sans doute Wolinski quand il n'y avait personne, Cathy Millet.

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Ce dessin est signé Mériaux (N° 141). Je le trouve intéressant, quoique décoratif.

Pour cette dernière, je me demande si c’est la même que la directrice de la revue Art press. Si c’est elle, elle a aussi pondu La Vie sexuelle de Catherine M., cet éloge de la partouze qui donne autant envie de faire l’amour que les poissons d’Ordralfabétix donnent envie de les manger. 

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Ils ont baisé. Je ne suis pas "psy", mais il ne m'étonnerait pas que la femme, à commencer par son sexe, suscite quelque inquiétude chez le Alain (N° 148) qui signe cette planchette.

On trouve aussi, parmi les dessinateurs du sommaire, de parfaits inconnus, des signatures illisibles et même des anonymes. On regrette parfois beaucoup de ne pas savoir qui est là (le joli gag du N° 115, ci-dessous).

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J'aimerais bien savoir à qui on doit ce pot de fleurs qui rate sa cible, et cette page au dessin très léché. Ça ressemble un peu à Honoré, mort lui aussi le 7 janvier 2015.

J’ignore qui est Omez (N° 43). Et puis apparaissent ici et là des noms connus : Barbe (N° 54, voir ici le 15 juillet), Joost Swarte (N° 63, 82) ; Copi (N° 78) ; Veyron (N° 126). Bref, tout se passe comme si Wolinski, l’ordonnateur, se demandait à chaque fois comment il pourrait bien remplir sa page 1.

Ce Charlie-là, sauf erreur, s'est éteint au numéro 152 (septembre 1981, il n'a pas supporté longtemps l'élection de Mitterrand). Georges Dargaud a bien tenté une résurrection en avril 1982, avec Mandryka en "Rédac-chef", mais le cœur (ou l'esprit) n'y était plus.

Wolinski est mort le 7 janvier, à côté de Cabu, Maris et les autres. Une preuve que ce qui reste d'un homme, quand il n'est plus là, c'est bien ce qu'il a fait.

Voilà ce que je dis, moi.

samedi, 27 juin 2015

L'ISLAM NE PEUT AIMER LA FRANCE

2/2 

J'en étais à énumérer les branches du sunnisme, d'après Gouverner auSANSAL BOUALEM GOUVERNER.jpg nom d'Allah, de Boualem Sansal. J'observe, avant de poursuivre, que les médias véhiculent davantage d'informations sur les divers courants de l'islam (nul n'ignore aujourd'hui, s'il se tient au courant, les termes "wahabite", "salafiste", "djihad", "halal" et compagnie) que les vieux chrétiens du continent n'en connaissent sur les multiples courants et débats qui traversaient la vieille religion européenne.

Je rappelle juste que cette chose désormais enterrée (ou à peu près) s'appelait le christianisme. C'est de ce tissu que nous sommes faits, que nous ayons ou non la foi. Et quand on cite le pape ou le Vatican, c'est pour en dénoncer le conservatisme. Car on le sait : les Etats musulmans, de leur côté, sont les grands progressistes de la modernité. Rendez-vous compte : les femmes seront peut-être autorisées à conduire des voitures dans trois ou quatre décennies. En terre islamique, le Progrès fonce à toute allure. Traduction : comme ils sont riches, ils peuvent tout s'acheter, à commencer par les clubs de foot, et par voie de conséquence, les consciences et les identités qui vont avec.

Grâce aux médias, le quidam français en sait aujourd'hui beaucoup sur l'islam. On ne lui laisse rien ignorer du ramadan, de l'aïd el kébir, de l'aïd el fitr. Pessah, Soukkot, Yom kippour, etc. viennent juste après. Bons derniers : l'Assomption, l'Ascension, l'Annonciation. Le quidam ne se dit pas, apparemment, que, après avoir eu tant de mal à se débarrasser des curés, il ne va pas se laisser emmerder par des curés d'un nouveau genre, mais tout aussi problématiques (ça se reconnaît souvent à la soutane). La soutane islamique (hébraïque ?) sera-t-elle l'avenir de l'Europe ? Tolérance, solidarité, acceptation de l'autre, on vous dit. Sinon, vous êtes des salauds et des fachos.

Cela dit, il faut être convaincu que le gouvernement français, quoi qu'il arrive, demeurera intraitable et intransigeant sur le respect de la laïcité. Farpaitement ! Ouais !

En attendant, l'injure faite aux incroyants, agnostiques, athées, est constante, permanente et massive. Et je n'ai pas encore porté plainte ! Qu'est-ce que je suis tolérant !

*****

Le malékisme prêche un islam orthodoxe austère, très ritualiste (20 % des sunnites). Le hanafisme, plus libéral et rationaliste, est la branche la plus nombreuse aujourd’hui, répandue en Inde, Bangladesh, Chine. Le chafiisme, répandu en Egypte, Indonésie, Malaisie, Philippines, impose l’excision des filles. Le hanbalisme est une école de pensée rigoriste très conservatrice, développée au Proche Orient, en particulier l’Arabie Saoudite, où un certain Abdel Wahab a encore durci la doctrine, donnant le wahabisme qu’on voit à l’œuvre, militairement et politiquement. Voilà pour les sunnites.

Quant à ce qui se passe chez les chiites, un « courant complexe, à la fois rationaliste, spiritualiste et ésotérique », c’est pire que le sunnisme : il « se divise en quatre branches se divisant elles-mêmes en de nombreuses écoles et sectes dissidentes ». Le pape lui-même n’y retrouverait pas son bénitier. Il y a les duodécimains (ou jafarites). Il y a les zaïdites (« exclusivement dans les montagnes du nord-ouest du Yemen »). Il y a les ismaéliens, parmi les nombreuses branches desquels on trouve les hétérodoxes druzes (Liban), qui rejettent la charia et croient en la métempsycose. Il y a enfin les ghoulâts, parmi lesquels la secte alaouite de Bachar El Assad. Ouf, ne jetez plus rien dans le panier de crabes. 

Je ne vous embarque pas dans les subtilités du soufisme, qui est organisé en confréries, parfois autarciques. Pour les sunnites et chiites les soufis ne sont pas des musulmans (mais que faire, si eux-mêmes se prétendent musulmans ?). Ils sont censés ne pas se mêler de politique, mais il me semble avoir entendu ici ou là des informations contredisant cette thèse. Le kharidjisme existe dans le sultanat d’Oman. Ce courant dissident ancien, qui conteste sunnisme et chiisme, subsiste dans quelques « poches ». J’arrête là. 

Tout ça pour dire quoi ? Que l’islam, en dehors du Coran et des cinq piliers, est un immense et profond chaudron où bouillonnent et cohabitent (quand elles ne cherchent pas à s'éliminer mutuellement) une infinité de sauces musulmanes. Comment s’y retrouver ? Selon moi, c’est très simple : est musulman tout homme qui se revendique musulman, quels que soient son catéchisme, son obédience, ses références territoriales, et surtout quelle que soit la lecture qu’il fait du Coran.

Tous les musulmans, y compris les frères Kouachi et Amédy Coulibaly, y compris ceux qui, avec Daech, prêchent l'islam à coups de bulldozer, de kalachnikov ou de cimeterre (ou pire), ils sont tous musulmans. Un seul sac, je fais. C'est épouvantablement simpliste et caricatural, mais je crois que ça permet de clarifier le problème de l'islam : si tu admets l'islam, tu admets tous les islams. L'islam, c'est simple, tu ne peux pas le scinder comme le christianisme (catholiques / protestants, pour rester en Europe), car il consiste en un seul morceau, mais fait d'une multitude de morceaux. Il n'y a pas les bons et les mauvais musulmans. Il y a les musulmans, point barre.

Tous ceux qui se confessent musulmans sont musulmans. Quels que soient les préceptes, les sourates, les versets qu’ils préfèrent. Et quelle que soit l’interprétation qu’ils donnent à tout ça et le rapport qu’ils entretiennent avec le texte (littéral, métaphorique, allégorique, poétique, mystique, ...). Violent ou pacifique, totalitaire ou humaniste, mangeant du porc ou faisant vomir sa petite sœur de cinq ans qui vient d'avaler une lichette de jambon (je l'ai vu), un musulman est d'abord et essentiellement musulman. C'est la dominante identitaire.

Qu’il sorte du chapeau la boule blanche de la paix ou la boule noire de la guerre, c’est toujours l’islam : un bloc compact à prendre dans son entier, en même temps qu’un tas de sable dont les grains échappent des mains de qui veut le saisir. De toute façon, le Coran, c'est comme la langue d'Esope : la meilleure et la pire des choses. Car il y a tout, dans le Coran : du pacifisme le plus héroïque au bellicisme le plus haineux (ne pas oublier que Mahomet fut un chef de guerre). 

L'islam est impénétrable, parce qu'il est tout à la fois d'une compacité inentamable et d'un émiettement infini. C'est ce qui fait sa force : il est à la fois extrêmement simple (cinq piliers, cinq prières, Coran) et extrêmement mosaïqué. C’est le paradoxe infernal qui dépasse tous les responsables politiques de France et d’Europe (et tout homme de bon sens) : tout à la fois un bloc de marbre et une infinité de grains de sable dans le sablier, sans aucun lien entre eux ("Ah mais ce n'est pas mon islam !", entendu à satiété dans la bouche des musulmans "intégrés", après les attentats du 7 janvier). A moins de se convertir, aucun occidental n'est en mesure de comprendre l'islam. L'islam ne se comprend pas : il se vit, ou on le rejette. 

LA MECQUE 2.jpg

Une altérité radicale est radicalement inassimilable.

Seul le respect, à condition de réciprocité, ...

 

Ce que je retiens, c’est qu’aucune religion n’est plus plastique que la musulmane : elle est bonne à tout, elle s’adapte à toutes les situations. Toujours, partout où elle s’est implantée, elle a introduit ses racines dans le sol. Avec une facilité surprenante, puisqu'elle ne fait pas appel à la conscience individuelle (ni examen de conscience, ni directeur de conscience, ni confesseur, ...).

Toujours, partout où elle n’a pas réussi à s’implanter, c’est parce qu’une croyance fortement constituée s’est opposée à elle, souvent par les armes. Si l’islam s’implante en France, c’est sans doute que, vidée d’une bonne partie de sa substance, celle-ci n’a plus grand-chose à lui opposer. Ce qui est sûr, c’est que l’islam n’a rien à enseigner à la France. 

La France a, semble-t-il, cessé de croire en elle-même. Imaginez ce qu’il reste d’humanisme et de Lumières. Imaginez ce qu’il reste de combat identitaire, immédiatement affecté de la hideuse mention "Extrême Droite". C'est curieux : on n'a plus le droit de se revendiquer "Français". Jour après jour, on cherche à nous persuader que, dans l'appellation "Français", il y a un peu de tout, c'est-à-dire de n'importe quoi. Tiens, L'Express publie un dossier, c'est peut-être un signe ? Et tout le monde comprend ce qui se passe, quand des "Français" sifflent la Marseillaise ou brûlent le drapeau tricolore. Mais on n'a pas le droit de le dire. Et l'on fait semblant de s'étonner du nombre des volontaires qui partent pour la Syrie, l'Irak, Daech et le Djihad.

Imaginez maintenant, par-dessus tout ça, la revendication musulmane. Touillez le tout : vous avez la conclusion tirée par Houellebecq dans son roman Soumission (paru le 6 janvier 2015, la veille de ... ) : l'élection d'un président musulman à la tête de la "République Française". C’est pour ça qu’il a fait scandale : « Le premier qui dit la vérité … ». 

Finissez sans moi : quelque chose me coupe l'appétit. 

Voilà ce que je dis, moi.

mercredi, 10 juin 2015

FAIT PAS BON ÊTRE FRANÇAIS

Fait pas bon vieillir, paraît-il. Mais ça, on le savait déjà. On le sait même de plus en plus : je ne souhaite la maison de retraite à personne, même une maison super*****. Maintenant, il ne fait pas bon non plus faire un pique-nique quand on figure parmi des anciens, quels qu’ils soient. Ou alors, il faut aimer vivre dangereusement, comme le montre, ci-dessous, le passage que j’extrais d’un article du Progrès daté du lundi 8 juin 2015. Cent dix adhérents d'une association d'anciens organisent chaque année un pique-nique dans un stade. Le problème est venu des voisins.

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Bon, d’accord, les anciens n’appartiennent pas à n’importe quelle association. Qu’est-ce qui leur a pris d’adhérer à la FNACA (anciens combattants d’Algérie) ? Est-ce que les habitants le savaient ? Après tout, rien n'est dit de leur "origine". Juste retour des choses, doivent se dire certains. Si c'était des gamins, il faut supposer que les parents n'ont rien vu ni entendu, ou qu'ils étaient absents.

Ce que je retiens en premier de l’affaire, c’est que les attentats de janvier ont, semble-t-il, donné des idées à quelques-uns, peut-être même à plusieurs. Mais aussi que les propos rapportés ne font aucune allusion à l’Hyper Cacher, mais bien à Charlie Hebdo. La cible ne fait aucun doute. A quoi devons-nous nous attendre ?

Fait pas bon vieillir. Mais fait pas bon non plus être Français. Allez, reprenez après moi le refrain de nos "responsables politiques" : « Les valeurs de la république ... » (sur l'air de Chevaliers de la Table ronde, ça marche, j'ai essayé, paroles au gré de l'inspiration).

Ou alors tiens, entonnez, comme l'inénarrable Ségolène Royal à son ahurissant meeting de 2007 au Zénith, le célèbre et souriant refrain : « Fraternité-Fraternité-Fraternité ... », jusqu'à la transe extatique (la vidéo dailymotion est mauvaise, allez directement à 2' ; attention, elle est peut-être aussi pourrie : ne pas s'attarder si on n'a pas un bon firewall).

L'avenir nous sourit : allons-y en chantant : « Chevaliers de la république » ..., oh non, suis-je bête : « Les valeurs de la Table ronde ...».

Moralité : goûtons voir si le vin est bon.

Voilà ce que je dis, moi. 

 

Note : Les faits se sont produits dans la riante cité de Saint-Fons, banlieue de Lyon.

dimanche, 29 mars 2015

IL N’Y A PAS DE "SCIENCE ÉCONOMIQUE"

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Parlant des économistes, qui a écrit ce qui suit ? 

« La "secte" disait-on du temps de Louis XV, pour ricaner des économistes et de leurs raisonnements compliqués. Le mot est extraordinairement juste : il s’agit, dès le départ, d’une secte qui rabâche un discours hermétique et fumeux. On les respecte parce que l’on n’y comprend rien. La secte révère les mots abscons, l’abstraction et les chiffres. On opine à ses contradictions. » 

Eh bien je vous le donne en mille : c'est un économiste. L’auteur s’appelle en effet Bernard Maris. Ce sont les premières lignes de son Houellebecq économiste (Flammarion, 2014, voir ici-même les 11 et 12 mars). C'est son dernier ouvrage paru avant l'assassinat. 

On comprend que Maris, qui vient d’être tué par un fanatique, en compagnie de Cabu, Wolinski et les autres de Charlie Hebdo, n’était pas fait pour s’entendre avec Jean-Marc Sylvestre, Eric Le Boucher et autres adulateurs fanatiques du libéralisme économique à outrance, qui vont sûrement lui reprocher de cracher dans la soupe ou de scier la branche sur laquelle la profession est assise, d'où elle jette les pavés contondants de ses oracles.  

Soit dit en passant, on sait que Cabu détestait les romans de Michel Houellebecq. Ce que confirme Dominique Noguez dans son Houellebecq, en fait (Fayard, 2003). Pour dire que l’équipe massacrée du journal était loin d’être monolithique.  

Qu’est-ce qu’il leur met, Bernard Maris, aux économistes ! Tiens, pour preuve, voici la suite : « Comme jamais, notre époque est gorgée d’économie. Et si elle fuit le silence, shootée à la musique des supermarchés et au bruit des voitures tournant sur elles-mêmes, elle ne se passe plus non plus des rengaines de la "croissance", du "chômage", de la "compétitivité", de la "mondialisation". Au chant grégorien de la Bourse, ça monte, ça baisse, répond le chœur des experts, emploi, crise, croissance, emploi. "Dismal science", disait outre-Manche Carlyle. Lugubre science. Diabolique et sinistre, l’économie est la cendre dont notre temps se couvre le visage » (pp. 13-14).  

Et si on trouve à la fin de son bouquin la phrase : « Il n’y a pas de science économique » (p. 146), il faut croire que c’est une conviction enracinée, puisque, toujours p. 14, il écrit, dans l’avoinée-maison dont il assaisonne le dos de ses confrères : « L’économiste est celui qui est capable d’expliquer "ex post" [drôle d’expression, je trouve, alors qu'on a le bien rodé "a posteriori" !] pourquoi il s’est, une fois de plus, trompé. 

Discipline qui, de science, n’eut que le nom, et de rationalité que ses contradictions, l’économie se révélera l’incroyable charlatanerie idéologique qui fut aussi la morale d’un temps ». 

Non, il n’y a pas de science économique. Tout au plus existe-t-il des recettes, des techniques, un catalogue de mécanismes, à la rigueur une méthodologie. Contrairement à l’astrophysique, mais comme toutes les « Sciences Humaines » (ethnologie, sociologie, psychologie, …), l’économie souffre d’un vice rédhibitoire : son incapacité congénitale à prédire. 

Très fortes pour dresser un inventaire du monde connu, c’est-à-dire d’événements, de situations passés, pour faire un tour méticuleux du donné et d’en agencer les morceaux en édifices conceptuels, elles sont gravement sourdes, aveugles et muettes sur le monde à venir. Très douées pour observer, elles sont infirmes à pronostiquer. 

Ce qui n'empêche nullement les économistes de vaticiner, d'augurer et de nous dire à satiété la bonne aventure, à coups répétés de « Il faut » incantatoires. L’objet des recherches, dans toutes les disciplines « humaines », appartient forcément à l’existant, c’est-à-dire au PASSÉ. 

L’humanité ne saurait en aucun cas tirer des « Sciences Humaines » des règles de vie en société ou des modèles pour des systèmes politiques valables pour l’avenir, car quand on a fait le tour de la dite humanité (tour à jamais incomplet au demeurant), on se rend compte que, dans les dizaines de milliers d’ouvrages produits par les chercheurs en « Sciences Humaines » au cours du temps, on trouve absolument TOUT, en même temps que LE CONTRAIRE DE TOUT. 

C'est ce qu'écrivait Paul Valéry à propos de l'histoire : « L'histoire justifie ce que l'on veut. Elle n'enseigne rigoureusement rien car elle contient tout et donne des exemples de tout. C'est le produit le plus dangereux que la chimie de l'intellect ait élaboré » (Regards sur le monde actuel). 

Je suis d’accord. 

Voilà ce que je dis, moi. 

mercredi, 11 mars 2015

HOUELLEBECQ ECONOMISTE

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Michel Houellebecq a publié, le 6 janvier, son sixième roman : Soumission (voir ici même au 16 janvier). Le 7 janvier, les frères Kouachi font un carnage à Charlie Hebdo : douze morts. Parmi eux, une figure que je respectais et dont j’appréciais les dessins, mais aussi l’esprit paradoxal et le raisonnement tordu : Wolinski.

 

Et puis une figure qui faisait partie depuis toujours de mon paysage favori et dont je ne me console pas, comme beaucoup d’autres, de la perte irréparable : Cabu. Non, ils n'avaient pas le droit de tuer Cabu. Pour moi, Cabu a joué le rôle du vieux frangin, tarabâte (désolé, c'est du lyonnais, vous n'avez qu'à consulter votre Littré de la Grand'Côte) et indispensable, que je ne me console pas de n'avoir jamais eu. Cabu, au-delà de tout, tenait pour moi la place du vieux frère.

 

Et puis aussi une autre figure pour laquelle j’avais grande estime, à cause de sa façon non-conformiste et non-consensuelle de parler d'économie : Bernard Maris, qui avait publié le matin même un article élogieux sur le roman que Houellebecq publiait (voir ici 20 janvier). J’avais lu son Anti-Manuel d’économie, j’avais lu Ah Dieu ! Que la guerre économique est jolie !, j’avais lu Lettre ouverte aux gourous de l’économie qui nous prennent pour des imbéciles. Autant de lectures stimulantes.

 

Du temps que j’écoutais encore France Inter, je suivais ses joutes régulières avec Jean-Marc Sylvestre, le fanatique de la libre entreprise et de l’ultralibéralisme. Pour faire court, j’étais d’accord avec la façon dont Maris expliquait que la place acquise par l’économie dans la vie des individus, des sociétés, des nations et du monde constituait un abus de pouvoir, un véritable putsch.

 

J’avais lu, en 1996, L’Horreur économique, puis, en 2000, Une Etrange dictature, deux livres de Viviane Forrester. Je devrais dire : « Lu et approuvé ». Le putsch des entreprises transnationales, portées en triomphe par une secte d’économistes fanatiques et de gouvernants complices, et régulièrement célébrées par la banque de Suède sous l’appellation mensongère et usurpée de « Prix Nobel d’économie », a instauré, en quatre décennies, une véritable dictature économique qui a étendu son emprise sur la planète entière.

 

« Car il n’y a pas de science économique » (p. 146), voilà une vérité irréfutable. L’économie est à l'extrême rigueur un catalogue (très copieux et sophistiqué) des techniques utilisées par les hommes depuis l’aube des temps pour produire, échanger et consommer. Pas plus. Il faudrait enfin que monsieur Toulemonde se convainque qu’il se trouvera toujours un économiste médiatique pour lui expliquer après-demain que sa prévision d’aujourd’hui pour demain s'est révélée fausse parce que.

 

Tout en étant prêt séance tenante à récidiver. Quelque chose de bizarre fait que ce genre de type a toujours l'air d'avoir raison. Mais après-coup.

 

Toutes les théories économiques se trouvent après le "parce que". Jamais avant. Une véritable science a des vertus prédictives, comme l'a prouvé monsieur Higgs, qui avait postulé dès 1964 la nécessité du boson auquel on a donné son nom, et dont l'existence a attendu 2012 et les expériences du LHC pour être attestée.

 

Mettez quatre économistes autour d'une table et d'une question d'actualité : cinq minutes leur suffisent pour en venir aux engueulades à propos de ce qu'il faudrait faire pour (là, on peut mettre n'importe quel sujet). Il n’y a pas de science économique. Même chose sans doute pour toutes les disciplines que l'on persiste à appeler abusivement « sciences humaines ».

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

jeudi, 22 janvier 2015

ROBERTO SAVIANO ET CHARLIE

 

JE SUIS CHARLIE 11 JANVIER 2015.jpg

C'était à Lyon le 11 janvier. Pas une manif. Pas de banderoles. Pas de slogans. Pas de cris. Je n'ai jamais vu ça. Je ne savais pas que c'était possible.

 

Très bonne tribune de Roberto Saviano (Gomorra, Extra pure) dans Libération du 21 janvier. L’auteur sait ce que veut dire vivre sous protection policière depuis qu’il y a un « contrat » sur sa tête à cause de son bouquin sur la Camorra (Campanie, Naples, …), qui révélait les grosses turpitudes de cette mafia napolitaine. Titre de la tribune : « Rendez-vous au prochain attentat ». C’est sûr que la mort de Cabu, Wolinski et les autres, ça a dû lui donner du souci.

 

Il doit se dire que la présence policière n’empêchera rien face à un commando organisé, entraîné militairement et déterminé. Il n’a pas tort : quand la routine de cette présence finit par laisser la confiance revenir, on ne s’attend pas à ce qu’il se passe quoi que ce soit. On n’y croit pas. La preuve ? Sigolène Vinson, la chroniqueuse judiciaire de Charlie, l’explique très bien dans Le Monde daté 14 janvier. Elle était là, le 7 janvier. Elle a vu Franck Brinsolaro faire un geste de la main vers l’étui de son arme de service. Son signal d’alarme cérébral a eu à peine le temps de se déclencher. Trop tard. Sa méfiance était en sommeil. Kouachi ne lui a laissé aucune chance.

 

Je retiens juste ce passage de Saviano : « J’ai été frappé par cette phrase prophétique de Charb : "Je n’ai pas peur des représailles. Je n’ai pas de gosses, pas de femme, pas de voiture, pas de crédit. C’est peut-être un peu pompeux ce que je vais dire, mais je préfère mourir debout que vivre à genoux." On dirait la profession de foi d’un moine soldat, d’un volontaire au combat, quelqu’un qui sait que chacun de ses choix peut coûter cher à ceux qui l’entourent. Charb était dessinateur, il dirigeait Charlie Hebdo, mais ses paroles sont celles d’un homme qui part au front, d’un médecin en mission en plein cœur de l’épidémie ».

 

Je me dis amèrement que si telle était bien la mentalité qui habitait l’équipe de Charlie sous la direction de Charb, je m’étonne moins de la montée de la haine contre lui dans le monde. A sa manière, il faisait le djihad. Autant je me sentais proche de Charlie Hebdo quand il était fait par des allumés géniaux, par des artistes plus-ou-moins-anars qui savaient avec art se moquer de tout, par des amoureux de la vie et de l’amour, par des rêveurs impénitents d'une société mieux faite, autant je me sens loin de tous les raseurs-nuisibles-qui-ont-une-cause-à-défendre. Très loin, en particulier, d'un type qui se fait un étendard de n'avoir ni gosses, ni femme, ni voiture. Mais bon, paix à ses cendres.

 

Pour le crédit, je suis prêt à lui faire crédit : tous ceux que leur banque tient en laisse ne peuvent que souhaiter la mort de leur créancier, sans sépulture ni héritier. Pour ce qui est des raseurs nuisibles, je voulais parler, évidemment, des MILITANTS, ces militaires sans uniforme qui agitent des drapeaux au-dessus de leur tête. Un drapeau, c'est déjà un uniforme.

 

Le vieux Charlie Hebdo ne portait pas d’uniforme, ne brandissait aucun drapeau. Fournier, l'écologiste de La Gueule ouverte et de Charlie avait demandé à tous les gens qui se pressaient à ses manifs de confectionner des drapeaux de toutes sortes et de toutes couleurs. A seule fin que nul drapeau dûment répertorié (tricolore, rouge, noir, rouge et noir, etc.) ne prît le dessus pour s'accaparer le bénéfice de l'événement.

 

Cabu, Wolinski, Reiser, Gébé, Delfeil de Ton, Choron, Cavanna, Siné, aucun de la bande n’avait envie de jouer au « moine soldat ». Chacun avait sa vie à nourrir et à vivre. Et ils la gagnaient en faisant partager le regard qu’ils portaient sur le monde, la société. En se marrant, en s’engueulant, en picolant (pas tous).

 

La peste soit des militants qui se sont mis au service exclusif d'une cause. La peste soit des causes à défendre. Dans le Timbuktu de Abderrahmane Sissako (Cavanna disait : je l'ai pas lu, je l'ai pas vu, mais j'en ai entendu causer), le vieil imam est seul dans le vrai, qui a mené le « djihad » en priorité sur lui-même, quand les jeunes exaltés, totalement ignorants, bornés et incultes, coupent des mains, détruisent des sanctuaires, brûlent des manuscrits anciens. 

 

Qu'est-ce qu'un monde qui oblige les braves gens à se muer en défenseurs de causes ? Une cause à défendre ? Mais elles se bousculent au portillon, elles se marchent sur les pieds, tellement elles sont nombreuses, et se livrent une concurrence acharnée pour capter les créneaux médiatiques disponibles (pour « sensibiliser et alerter les consciences ») et les ressources qui en découleront.

 

Qui est capable de voir un peu clair dans le maquis emberlificoté des causes à défendre ? Et que veut dire l'empressement des foules à expulser de leurs préoccupations l'énorme masse des causes à défendre, pour en élire une seule et unique, selon l'arbitraire de leur bon plaisir,  à laquelle elles se dévouent corps et âme, jetant ainsi toutes les autres à la poubelle ? 

 

Je ne vais pas en faire la liste : on en aurait jusqu'à demain.

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

jeudi, 15 janvier 2015

CHARLIE : LA VÉRITÉ SUR LE COMPLOT !

Qu’est-ce que j’apprends ? Alors, c’est vrai ? Ce serait la CIA qui aurait fait assassiner l’équipe de Charlie Hebdo ? Et on ne m’avait rien dit ? Ce sont des choses qui ne se font pas, monsieur ! On a sa « common decency » (George Orwell), quand même ! Enfin, c’est Thierry Meyssan qui l’a déclaré, vous savez, l’homme si avisé qui pensait que l’histoire du World Trade Center le 11 septembre 2001, c’est tout le monde sauf Ben Laden. C’était d’abord et avant tout la même hideuse CIA qui avait inventé Al Qaïda pour mieux masquer son horrible machiavélisme.

 

Remarquez qu’Alain Soral, un type presque aussi intelligent, cultivé et avisé que Dieudonné (à moins que ce ne soit l'inverse), sur le site de « Vérité et Réconciliation », association inventée, comme son nom l’indique, pour réconcilier « Français de souche » et « Français issus de l’immigration », suggère que « Mohammed Merah et les frères Kouachi seraient liés aux services secrets français ». Autrement dit : François Hollande a eu la peau de Charlie Hebdo, si j’ai bien compris. « Ah faut reconnaître : c’est du brutal » (Bernard Blier). « Faut quand même admettre que c’est plutôt une boisson d’homme » (Lino Ventura). C’est vrai ça, est-ce bien sérieux, messieurs ?

 

Parce que tout le monde n’est pas d’accord. Par exemple, le site « Medias-Presse-Info » soutient bizarrement que, Charlie Hebdo étant « partie prenante du système », le système ne peut qu’éliminer ses opposants. J’aimerais comprendre. L’officine « Quenel Plus » va jusqu’à faire d’Hayat Boumedienne, la femme d’Amédy Coulibally, un agent de la DGSE « envoyée en Syrie pour collecter des informations de l’intérieur sur Daech ». Je passe sur les plaisanteries annexes.

 

Et là je crie : « Halte à la désinformation ! ». Fi des foutaises ! Foin de calembredaines ! Assez de gandoises et de gognandises, les gones (ça c'est pour les Lyonnais) ! Marre de ces illuminés qui lancent les plus folles rumeurs pour se mettre à exister dans les médias ! Marre de ces affabulateurs prêts à inventer les histoires les plus abracadabrantesques pour se faire un pécule en vue de leurs vieux jours par l’exploitation de la crédulité des masses ! Place à la Vérité !

 

Car il se trouve que je suis, moi, signataire de ces lignes, en mesure de la révéler ! Farpaitement ! Il se trouve en effet que j’étais dans la confidence. Il se trouve que, un soir au bar de la gare, nous discutions, mes amis Cabu, Charb, Oncle Bernard et Wolinski, autour de boissons bien dotées en arguments éthylométriques. Nous parlions, précisément, du sort de Charlie Hebdo.

 

Tous s’inquiétaient de la baisse des ventes de l’hebdomadaire auquel ils consacraient leur vie. Ils étaient catastrophés face à cette perte d'audience. Secoués à l'idée que, peut-être, il allait falloir, dans un avenir plus ou moins proche, fermer boutique et mettre la clé sous la porte. Je fus frappé par la force du « Jamais ! » qui jaillit de leurs poitrines unanimes. « Plutôt mourir ! », ajoutèrent-ils dans un cri du cœur. Ils étaient sincères. Et sincèrement affectés par la désaffection du lectorat.

 

C’est à ce moment précis que l’idée germa. Qui la formula le premier ? Je ne sais plus trop. Je n’enfreins aucun serment en la révélant ici aujourd’hui : tous quatre m’ont, avant de mettre leur projet à exécution, demandé expressément de porter sur la place publique les éclaircissements qui vont suivre. Et je dois dire que j’accomplis ce devoir qui incombe à l’amitié que je leur portais (et qu'ils me remboursaient à un taux usuraire) avec détermination, quoiqu’avec le lourd chagrin que me laissait la perspective de leur disparition.

 

Ce qu’ils ont fait pour ce Charlie Hebdo qu’ils aimaient tant, ce Charlie Hebdo vacillant dont l’existence était menacée par la désertion de ses lecteurs, est, je dois le dire, en tout point admirable. Ce qu’ils ont fait, aucune bête au monde ne l’aurait fait.

 

La Vérité vraie, la voici. Réunissant leurs petites économies dans le but de sauver leur revue, Cabu, Charb, Oncle Bernard et Wolinski se sont mis en quête des gens qualifiés dont ils avaient besoin. Des gens expérimentés et entraînés, n’ayant peur de rien ni de personne. Par les amis d’amis de quelques connaissances, on leur a présenté deux frères. L’un s’appelait Saïd, l’autre Chérif. Deux solides. Deux durs qui n'avaient plus grand-chose à apprendre dans le domaine des compétences pour lesquelles on faisait appel à eux.

 

C’est vrai que le prix qu’ils demandaient pour la prestation pouvait sembler dissuasif, mais les compères étaient prêts à tous les sacrifices. Tout le monde fit un effort et l’on arriva à s’entendre. Saïd avait quelques scrupules : et s’il y avait des « dommages collatéraux » ? Mais Chérif assura qu’un contrat est un contrat, qu’il refusait par principe tout dépassement d’honoraires, et que s’il devait se présenter un supplément, il serait pour sa pomme. Il prenait tout sur lui. Les quatre compères apprécièrent cette façon de jouer cartes sur table et d'annoncer la couleur. Une telle éthique professionnelle forçait l'admiration. L’affaire fut faite.

 

On connaît la suite : les frères Kouachi ont accompli la besogne avec calme, sang-froid et professionnalisme. Il y eut bien quelques pertes, mais elles se produisirent à la marge. Le projet secret des quatre amis a été mené à bien, l’objectif espéré a été atteint et au-delà de toutes leurs espérances les plus folles.

 

Sur mon honneur, j'atteste que c’est ça la Vérité vraie : Cabu, Charb, Oncle Bernard et Wolinski ont insufflé à Charlie Hebdo une vie nouvelle et triomphale en faisant le sacrifice de la leur. Ils se sont offerts en holocauste pour que vive et perdure Charlie Hebdo. On peut saluer la grandeur magnifique du geste. Ça, c’est de la déontologie ! Prenez-en de la graine, messieurs les journalistes ! Vu la situation générale de la presse quotidienne en France, combien d'entre vous sont prêts ?

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

Note : ce qui m’a donné l’idée de ce billet est un article du Canard enchaîné de ce mercredi 14, intitulé « Complètement complot », auquel j’ai emprunté les éléments initiaux. Le complotisme me semble tellement un enfantillage que, très franchement, j'ai bien du mal à le prendre au sérieux. Qui est derrière l'événement ? Qui tire les ficelles ? On ne serait pas surpris d'apprendre que les frères Kouachi étaient payés par des extraterrestres. 

 

Je me suis donc permis de broder, en proposant mon propre délire d'interprétation, parce que je ne vois pas pourquoi j'en laisserais le monopole à Thierry Meyssan ou Alain Soral. La fumée un peu épaisse qui sort de ma casserole, quoique dépourvue de CO2, est produite par la combustion d’un carburant neuronal personnel dont j'ignore à ce jour la composition. Merci de votre attention.