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lundi, 08 mai 2017

ALORS QUOI, MAINTENANT ?

Ben oui, c'est Macron. Et alors ? C'est bien ce qui était attendu, non ?

Le merveilleux dans l'histoire, c'est que certains osent considérer ce choix comme une victoire, alors même que les électeurs français n'ont jamais autant voté CONTRE. Une VICTOIRE, vraiment, battre Marine Le Pen ? Allons donc. Admettons que bien des gens puissent se sentir aujourd'hui soulagés et rassurés. Mais une victoire ? Franchement, qu'est-ce qui a changé ? En tout cas, sûrement pas la situation, je veux dire l'état général du pays, avec sa masse de pauvres et ses régions désindustrialisées. Ce qui n'a pas changé, ce sont donc en effet tous les facteurs qui ont favorisé la montée du Front National. Marine Le Pen n'a pas eu tort, hier soir, de se féliciter de son résultat : elle a cinq ans devant elle pour préparer son accès au pouvoir. Si la Machine à fabriquer le Front National continue sur sa lancée, on peut déjà prévoir l'issue de 2022. On se souviendra alors de Soumission, le roman de Michel Houellebecq paru en 2015.

Je veux bien croire qu'Emmanuel Macron est plein de bonne volonté. J'espère qu'il a l'intention de changer quelque chose aux causes qui ont produit Le Pen au second tour, mais d'abord, dans quelle direction ? Et puis surtout, le pourra-t-il ? Avec qui va-t-il travailler ? S'il le fait avec les vieux crocodiles qui peuplent le marigot français depuis quarante ans, on peut déjà dire que les jeux sont faits. Il y a une chance, du côté du nouveau président, s'il arrive à faire élire des députés en nombre suffisant qui ne traînent pas le lourd passé des Fillon, Mélenchon, Valls, Le Drian, Lemaire et compagnie. S'il arrive à constituer une Chambre entièrement neuve. Et ça, c'est loin d'être gagné : les grandes manœuvres ont déjà commencé pour circonvenir et circonscrire le petit nouveau. Les résistances sont déjà en place, et bien enracinées dans le paysage. Les vieux crocodiles et autres grands prédateurs politiques ne vont pas se laisser tanner le cuir sans réagir : ils ont encore des crocs. Ce qu'il reste du Parti Socialiste et de l'ex-UMP (je ne digère pas "les républicains") a encore des structures et des réseaux. Et ça, ça ne s'efface pas d'un coup d'éponge. 

Attendons de voir ce dont est capable ce petit jeune, brillant pianiste paraît-il. Je suis prêt à tout, y compris à être DÉÇU EN BIEN. Ce sera le cas s'il parvient à mettre en panne la Machine à fabriquer Le Pen, et si, grâce à lui, s'ouvre une perspective d'avenir un peu désirable. S'il y arrive, ce sera un véritable grand exploit sportif, que je serai tout prêt à saluer très très bas.

Sans préjuger de l'avenir et du possible, je souhaite à Emmanuel Macron bien du courage, de l'énergie, de la justesse dans le jugement et du pouvoir de persuasion.

jeudi, 01 décembre 2016

LA VIE DANS LA VITRE APRÈS LA FERMETURE

Le Chesterfield.

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Photographie Frédéric Chambe.

« Ce ne sera pas vraiment la fortune. Ils [Jérôme et Sylvie] ne seront jamais présidents-directeurs-généraux. Ils ne brasseront jamais que les millions des autres. On leur en laissera quelques miettes, pour le standing, pour les chemises de soie, pour les gants de pécari fumé. Ils présenteront bien. Ils seront bien logés, bien nourris, bien vêtus. Ils n'auront rien à regretter.

Ils auront leur divan Chesterfield, leurs fauteuils de cuir naturel souples et racés comme des sièges d'automobile italienne, leurs tables rustiques, leurs lutrins, leurs moquettes, leurs tapis de soie, leurs bibliothèques de chêne clair.

Ils auront des pièces immenses et vides, lumineuses, les dégagements spacieux, les murs de verre, les vues imprenables. Ils auront les faïences, les couverts d'argent, les nappes de dentelle, les riches reliures de cuir rouge.

 

Ils n'auront pas trente ans. Ils auront la vie devant eux ».

 

On trouve ça dans les dernières pages de Les Choses, de Georges Perec, le mémorable "prix Renaudot" 1965.

A comparer avec les dernier mots du Soumission de Michel Houellebecq : « Un peu comme cela s'était produit, quelques années auparavant, pour mon père, une nouvelle chance s'offrirait à moi ; et ce serait la chance d'une deuxième vie, sans grand rapport avec la précédente.

Je n'aurais rien à regretter ».

Autre différence : sorti début janvier 2015 (je l'ai acheté le 6, la veille de), c'était trop tard pour le Renaudot (ou trop tôt, c'est selon).

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Rions un peu.

Entendu le soir de la victoire de Fillon à la primaire, un juppéiste de la plus belle eau (qui ?) déclarant : « Il va de soi que tous les amis d'Alain Juppé se rassemblent dès maintenant pour se ranger devant ... euh ... derrière François Fillon ».

Comme le chantait Claude Nougaro : « Les p'tits bruns et les grands blonds, Quand ils sont entre garçons, Les p'tits bruns et les grands blonds Rient comme des fous, sont comme des frères ».

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Pour compléter la photo ci-dessus.

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mercredi, 16 novembre 2016

DÉSOLÉ : ENCORE L’ISLAM 3/3

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Lettre grande ouverte à ceux qui gardent les yeux grands fermés (eyes wide shut).

3 – Les agissements des islamistes en France.

L’invention récente des « phobies » morales a donc ouvert un boulevard à un certain nombre de groupes islamiques (Frères, Salaf, Takfir, Wahab, Tabligh, …), activistes très militants et missionnaires prosélytes, qui se font une concurrence acharnée pour accroître leur influence au sein de toutes les communautés musulmanes, et la surface de leur emprise sur "la communauté des croyants". Elles sont là, les forces à l’œuvre dont l’action autorise à dire que l’islam est reparti à la conquête du monde. C’est reparti comme en 632 (victoire de Mahomet sur ses ennemis, qui précède la conquête de la moitié du monde connu à l'époque) ! Daech, avec son djihad, sa férocité, ses cruautés, ses bombes humaines, n’est que la forme la plus extrême de cette guerre.

Ces forces, en France, sans le crier sur les toits, restent bien à l’abri derrière la majorité silencieuse des musulmans qui, comme toutes les majorités silencieuses, tient d’abord et surtout à sa tranquillité. Les tolérantistes à tout crin, qui crient à la moindre critique à « l’amalgame », à la « stigmatisation », ont cependant raison sur un point : la plupart des musulmans qui vivent en France veulent vivre en paix, qu'ils soient pratiquants, juste croyants ou simplement "de culture musulmane".

En revanche, les femmes qui se voilent et les barbus en longue robe qu'on voit de plus en plus dans nos rues manifestent par leur tenue vestimentaire, au minimum, le refus de s’intégrer. Le refus de la France. C'est là que commence le problème de la France : avec l'ostentation de l'islam sur le sol national, s'installe, qu'on le veuille ou non, une forme d'extraterritorialité (dans les mosquées salafistes, notamment). Les autres religions se sont fondues dans le paysage. L'islam est la seule à rester ostentatoirement visible, comme en terrain conquis.

La preuve que c'est un vrai et gros problème nous est donnée régulièrement par les empoignades féroces (dernière en date : le "burkini") que cette ostentation provoque entre différentes composantes de la société. Empoignades qui font apparaître la France comme un pays profondément divisé (ce qui ne peut que réjouir les islamistes). Empoignades qui ont surtout l'avantage, en déplaçant le débat sur les questions de tolérance et de concurrence des définitions de la "laïcité", de laisser dans l'ombre le fait que, derrière le rideau des musulmans pacifiques et plus ou moins pieux, de vrais islamistes veillent et agissent.

Entre ce point minimal et celui qui marque le départ pour le djihad, il y a une foule de points intermédiaires qui, au total, forment un ensemble très flou, aux limites indécidables et multiformes. C’est dans ce flou et ce brouillard que nagent les poissons-pilotes, les sergents recruteurs de l’islam rigoriste, de l’islam prosélyte, de l'islam qui grignote l’espace national, et qui s’installe dans la république comme dans un fromage.

Toute la mouvance reste ainsi dissimulée, bien à l’abri 1 - derrière le rempart formé par les musulmans inoffensifs, bien à l'abri 2 - derrière l'accusation d' « islamophobie » toujours prête à être dégainée et à servir à flinguer l'adversaire, et bien à l’abri 3 - derrière les « grandes valeurs » de tolérance et de laïcité qui structurent, au moins sur le papier, la société française. Essayez donc de distinguer le pacifique du militant, dans ce magma ! Le sceptique du fanatique !

La preuve que ces gens malintentionnés sont bel et bien « En Marche » (bien plus que la nouvelle PME Macron, dont "En Marche" est la raison sociale) a été publiée dans Le Canard enchaîné du 2 novembre, dans un article de page 4 intitulé « Surtension de Coran dans les Yvelines ». Le contenu de l’article, qui a de quoi donner froid dans le dos, est ainsi résumé en sous-titre : « Coups de force salafistes dans les mosquées, infiltrations de Frères musulmans, multiplication des écoles intégristes : les barbus prolifèrent dans les anciens bastions ouvriers du département ».

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L’article cite quatre villes du département : Trappes, Guyancourt, Les Mureaux et Ecquevilly. Guyancourt est la seule, pour l’instant, à avoir échappé à l’emprise : quand les salafistes ont tenté un coup de force sur l’association des musulmans de la ville, la majorité des fidèles sont partis pour fonder une autre structure avec le soutien du maire PS. Les communautés musulmanes, dans les trois autres, sont désormais tenues bien en main, parfois avec le soutien complice des mairies, qui ne veut pas perdre un tel réservoir d’électeurs.

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Dessin d'Aurel dans Le Canard enchaîné du 3 novembre.

A Trappes, « les Frères musulmans ont pris le contrôle des plus importantes » associations de fidèles : l’UMT tient la grande mosquée d’une main molle, qui « a permis aux intégristes de devenir très influents à Trappes ». Les Frères enseignent la religion à 500 personnes, dont des enfants. L’enseignement à domicile a explosé (80 familles déclarées, combien au total ?). L’Education nationale et le maire PS (Guy Malandain, 79 ans) ferment les yeux et gardent le silence sur tous ces agissements. On dirait même qu’ils se félicitent de ce que l’installation de l’intégrisme aille de pair avec « une baisse générale de la petite délinquance ». Des élus républicains délèguent donc, dans une ville française, le maintien de l'ordre aux islamistes ! Encore bravo ! 

Aux Mureaux, la mosquée peut accueillir 1500 personnes, et contrôle une école hors contrat, où le programme d’enseignement est débarrassé de matières aussi futiles que les maths, l’anglais, l’histoire-géo, les sciences, et se soucie de procurer « une éducation basée sur les principes et les valeurs de l’islam ». François Garay est le maire, il est « divers-gauche », et tient aux voix des musulmans comme à la prunelle de ses yeux.

Moralité : il est trop content de laisser faire. Et l'Education Nationale de madame Najat Valaud-Belkacem accepte lâchement l'existence de ce qu'il faut bien appeler une ÉCOLE CORANIQUE, sur le territoire d'une république qui a inscrit l'instruction obligatoire au fronton de ses principes. Mesdames, messieurs, j'ai l'honneur de vous présenter la première école coranique installée en France avec la bénédiction du gouvernement de l'Etat. La suite suivra.

Ecquevilly est logé à la même enseigne : les barbus se pressent pour écouter les prêches de Youssef Abou Anas. Un élu est inquiet de constater que le groupe est tenu par à peine quelques personnes, mais « puissantes » (le mot interroge). L’imam ci-dessus refuse de serrer la main de la maire. La nouvelle équipe municipale a mis fin à une trouvaille de l’imam : il occupait le parc de la mairie « pour y célébrer la prière de l’Aïd ».

Voilà un tout petit bout d’état des lieux. Conclusion : on est en train d'assister à l'essor irrésistible d'une offensive qui vise à enrôler les musulmans de France (y compris les convertis) dans les rangs de l'islam le plus affirmé, le plus rigoriste, le plus à cheval sur les principes religieux. Le plus conquérant.

Je pose une question : en France, combien y a-t-il de départements des Yvelines ? Et la Seine-Saint-Denis ? Et ailleurs ? Combien de villes aux prises avec cette offensive mahométane ? A ceux qui le nieraient, j'oppose 1-le cas de Gilles Kepel, 2-l'instrumentalisation islamique des "phobies", 3-la situation en Yvelines telle que rapportée par Le Canard enchaîné. Difficile, je crois, de balayer ces éléments concrets d'un revers de main méprisant, aussi ténus qu'ils puissent sembler.

Entre l'aveuglement des politiques soucieux d'éviter les vagues et les motifs de division, et de maintenir la paix civile, la lâcheté électorale de certains maires et les appels incantatoires des bonnes âmes à la tolérance envers les "différences", le ver islamiste a encore de belles perspectives pour s'empiffrer du fruit français.

D'autant que la concurrence est rude.

Voilà ce que je dis, moi.

NB : on constatera que j'ai ici renoncé à utiliser comme argument le roman Soumission de Michel Houellebecq, bien que le recours à ce roman prophétique eût été tout à fait pertinent.

jeudi, 05 mai 2016

VIVE L'OBSCURANTISME !

Est-ce que la liberté de conscience peut se résumer à l’attitude de cette dinde égyptienne qui déclame du rap ou du slam avec un mignon voile rose sur les cheveux ? Qu’on le veuille ou non, le voile sur les cheveux, parfois même sur le front, voire le visage, et même le corps entier (mains gantées de noir), est devenu un symbole.

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KABOUL, années 1970.

Celui de l’immense régression que l’islam fait subir au monde civilisé depuis l’arrivée de l’imam Khomeiny au pouvoir en 1979. Pour une raison globale très simple à formuler : la religion musulmane ne tolère pas qu’un musulman puisse envisager de quitter la religion musulmane.

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Etudiants, KABOUL, années 1970.

Quand tu es musulman, c’est jusqu’à la mort. Quelle belle chose que le principe de tolérance, qui va jusqu’à tolérer une religion intolérante.

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TÉHÉRAN, années 1970.

Curieux retournement d’un principe inventé par les philosophes des Lumières : l’intolérance venait d’en haut. C’est au roi qu’ils s’adressaient pour exiger de la tolérance.

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LE CAIRE, Université, 1978.

Comment faut-il considérer les belles âmes tolérantes, adeptes du multiculturalisme, qui jugent légitimes les revendications d’une communauté musulmane qui refuse d’accorder à quiconque le droit de la quitter ? Au mieux des malvoyants, malentendants ou malcomprenants (cf. les euphémismes brocardés en son temps par Guy Bedos). Au pire ... Oui, au fait : au pire ?

Voilà ce que je dis, moi.

Dernière minute : pendant la tolérance, l’offensive continue. Le prochain maire de Londres a bien des chances de s’appeler Sadiq Khan. Il est musulman. Il paraît que c’est un musulman modéré (il a voté pour le mariage homosexuel !). Je ne sais pas pourquoi cette histoire me rappelle le conte de Grimm « Le loup et les sept chevreaux », dans lequel le loup pose à la fenêtre une patte toute blanche de farine aux chevreaux qui, mis en confiance, lui ouvrent la porte. Avec Sadiq Khan, l’islam montre patte blanche. Londres est en train de nous jouer le scénario imaginé par Michel Houellebecq pour la fin de Soumission.

vendredi, 22 avril 2016

UNE IGNOMINIE DU MONDE

Le Monde ne pouvait pas laisser passer l’occasion : à l’approche de la date anniversaire de la Bérézina de Jospin en 2002, le « journal de référence » (quelle blague !) ne pouvait faire moins que fêter dignement la raclée. Et je dois dire qu’en matière de célébration mémorielle, le journal Le Monde s’y connaît, et s’est dignement hissé à la hauteur de l’événement. Pour s’en rendre compte, il suffit de se pencher sur la « une » du numéro daté 21 avril. 

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En flash de gros titre, l’angoisse de voir se répéter le scénario de 2002, où Le Pen avait coiffé Jospin sur la ligne. « 21 avril », ça pète, ça claque, un peu comme « 11 septembre » ou « 13 novembre ». Mais l’attention est bientôt attirée, pour ne pas dire aimantée par le magnifique portrait photographique qui trône superbement en plein milieu de la page. Un portrait réalisé par l’Ukrainienne Olya Morvan : bravo pour la photo ! 

Mais le nom du bonhomme m’a glacé : Tariq Ramadan. Oui, oui, la figure des Frères musulmans. C'est même le petit-fils de leur fondateur. Une intelligence hors du commun, à ce qu'il semble. Le diplomate de l’islam de velours. La tête de pont en Europe de l’offensive musulmane sur le vieux continent. Le Monde lui déroule le tapis rouge de toute une double page au centre du journal. Je trouve que cette obséquiosité journalistique sent très mauvais, même si Le Monde présente le personnage comme un « intellectuel controversé ».

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 Ah, la controverse ! … C’est la même chose dans l’industrie : rien de tel qu’une belle controverse sur le tabac, l’amiante, les émanations des centrales thermiques, les OGM, pour enfumer le public et éviter de mettre les responsables politiques face à leurs responsabilités, et de les obliger à prendre des décisions qui risqueraient de nuire gravement au « climat des affaires », le grand rival du « climat du réchauffement ». 

Pour dénoncer la chose, Naomi Oreskes avait intitulé son excellent livre Les Marchands de doute. On pourrait de la même manière dire que Le Monde participe activement à cette méchante entreprise : faire que les Français doutent de plus en plus d'eux-mêmes, et que la France soit de moins en moins sûre de sa légitimité. C'est un des principaux réflexes conditionnés de la rédaction du Monde : on va traiter le problème sérieusement, et on va dire que telle personne ou tel événement "relance le débat". Vous comprenez, au Monde, on est journalisse (Céline écrivait "communisse", je crois que c'est dans D'un Château l'autre) : pour avoir une idée d'Auschwitz, il faut donner le même temps de parole au nazi et au juif. C'est peut-être cette "neutralité" qu'on apprend au Centre de Formation des Journalistes.

Le débat ! Bande de rigolos ! Exactement ce qu'attendent des gens malintentionnés, prêts à profiter d'une faiblesse de l'adversaire. Qui sommes-nous, bon sang ? La force de Tariq Ramadan, c'est précisément qu'il emprunte le masque débonnaire et imparable de l'objectivité. Ou, à tout le moins, celui d'une "neutralité bienveillante". Qu'est-ce que c'est qu'un débat imposé par l'adversaire, mais surtout admis comme tel par l'interlocuteur crédule, intègre et naïf, qui a fait du "débat" l'un des piliers de la "démocratie" ? Le "débat" sur l'islam en France ressemble comme deux gouttes d'eau à la technique du "pied-dans-la-porte", excellemment décrite par Beauvois et Joule dans leur Petit traité de manipulation à l'usage des honnêtes gens.

Tariq Ramadan, ce type au nom si révélateur, c’est en effet l’avers suave et velouté de la médaille islamique dont Daech, Al Qaïda, le djihad et la décapitation comme mode de gouvernement sont le revers terrifiant et totalitaire. Mais l’avers et le revers, ça fait une seule et même médaille. Donner la parole sur la durée (la lecture des deux grandes pages, ça prend du temps) à Tariq Ramadan, c’est participer à l’offensive musulmane contre la France. 

Mais le pire de cette « une » du Monde vient juste en dessous : « Pédophilie : la parole se libère au sein de l’Eglise ». Attention, je ne suis pas Paul Claudel derrière son pilier un soir de Noël : je n’ai pas eu d’illumination. La foi catholique m’a quitté depuis longtemps. Il n’empêche que, quand je me demande qui je suis, toutes les réponses à la question, sans exception, me réfèrent aux racines chrétiennes, et même catholiques de la culture européenne en général, française en particulier : je suis entièrement tissé de tout cela, même si des curiosités m’ont poussé à m’intéresser à autre chose, par exemple les musiques arabes. 

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Ce n’est pas non plus parce que je prends la défense des pédophiles. J’observe malgré tout que notre époque a érigé la pédophilie en dernier rempart moral, en ultime tabou sexuel, en même temps qu’elle confère à l’enfant tous les caractères du sacré qui l’a désertée. Faire d'un enfant un objet sexuel est répugnant et punissable, nous sommes d'accord.

Ce qui me fait réagir vivement à la composition de cette « une » du Monde, c’est le caractère caricatural de la balance qu’elle présente : d’un côté l’abominable flétrissure qui se grave dans l’épaule d’une institution qui porte les traces d’une longue histoire, comme la fleur de lys marquait autrefois l’épaule des galériens. Je note au passage que le titre est un décalque de "La parole libérée", cette association fondée, entre autres, par un haut personnage du ministère de l'Intérieur, peut-être son attaché de presse, par ailleurs journaliste,semble-t-il. Tant soit peu suspect, vous ne trouvez pas ? Il en faudrait peu pour voir là une opération commando, genre "La Légion saute sur Kolwesi" (film de Raoul Coutard, 1980).

De l’autre, la glorification iconique d’un individu dont l’unique préoccupation est de faire en sorte que l’islam pousse en terre française des racines toujours plus profondes. Je l’ai déjà dit : on ne déracinera pas l’ivraie musulmane. Ce qui est fait est fait. Et comme le "bon grain" a tendance à se faire rare ...

En revanche, participer à la banalisation et à la popularisation du fait islamique sur le sol français, tout en jetant la plus vieille des institutions qui ont fait la France en pâture au mépris général, voilà une bien vilaine action. 

Je ne sais pas vous, mais moi, la juxtaposition de ces trois thèmes en « une » du Monde (21 avril, Ramadan, pédophilie catholique) ne me semble pas l'effet du hasard. Le message de la « une » du Monde daté 21 avril est clair : elle invite à mettre à la poubelle l’Eglise catholique et à se prosterner devant l'homme qui se présente comme celui qui prépare le chemin d’Allah en France. Peut-être pour contrer la montée de l'extrême-droite. Qui veut la peau de l'idée catholique ? Qui veut la peau de l'Eglise en France ? Qui veut l'extension de l'islam en terre chrétienne ? Je ne sais pas, mais j'entends la meute : « Crucifiez Barbarin ! ». Il y a des précédents.

L’hypothèse de l’élection d'un Ben Abbes à la présidence de la France en 2022, qu’on trouve à la fin de Soumission de Michel Houellebecq, devient de moins en moins farfelue, qui voit au second tour s'affronter l'islamo et le facho. Si l'hypothèse devient un jour réalité, on le devra, au moins en partie, à l’empressement déférent du Monde. 

Tout se met en place. Vivement 2022, semble-t-on se dire au Monde.

Voilà ce que je dis, moi.

mardi, 05 avril 2016

ISLAMISATION, MAIS EN DOUCEUR

Ainsi, jour après jour, l’islam trouve de nouveaux moyens de nous boucher l’horizon et de nous empuantir l’atmosphère. Quand ce n’est pas à coups de kalachnikov et de bombes humaines prêtes au « sacrifice », c’est à coups de maillots de bain « islamiques », vous savez, cet uniforme de ninja (le mercenaire féodal du Japon ancien)

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Il ne manque pas grand-chose pour en faire une guerrière (voir illustration suivante).

fabriqué exprès pour que les dames qui se réclament de la religion musulmane puissent se joindre, dans les piscines, aux femelles lubriques qui ont la coupable impudeur d’offenser les yeux d’Allah et du prophète en ne couvrant leurs parties honteuses (est-il besoin de préciser que "honteuses" désigne les seins, le pubis et le cul ?) que du triangle exigu de quelques morceaux d’étoffe, au risque d'attiser la convoitise et la concupiscence des mâles (on suppose des gens à sexualité normale). 

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Un ninja, un vrai de vrai, pour sûr. Sa tenue, masque compris, s'appelle-t-elle un "burkini" ? Se baigne-t-il ainsi vêtu ?

Après les bombes de Zaventem, donc, le tout dernier cri de la mode qui se donnera à voir sur les plages d’aussi charmants pays que l’Arabie saoudite et du Qatar. Ah, on me dit que ce sera sur nos plages ? Bah, au point où nous en sommes … Blague à part, que nous apprend la mousse médiatique qui vient de se répandre sur ce thème ? 

Je crois que c’est très simple : après le « hard power » (attentats, massacres, bombes, etc.), le « soft power ». Pendant l’offensive islamique armée, l’offensive islamique en douceur continue. Il faut vraiment se voiler la face pour ne pas voir ça. Regardez par exemple ce qui se passe sur les « réseaux sociaux » après que madame Laurence Rossignol (ministre des familles, de l'enfance et des droits des femmes) leur a étourdiment jeté des propos que les dits « réseaux sociaux » attendaient pour pouvoir monter leur mayonnaise. 

Le Monde (3-4 avril) s’est fait l’écho de la chose : « Bien sûr qu’il y a des femmes qui choisissent, il y avait aussi des nègres américains qui étaient pour l’esclavage ». Je trouve que ce n’est pas mal envoyé. Il paraît qu’on a surtout reproché à madame Rossignol l’emploi du mot « nègre ». Les flics du « politiquement correct » font régner l’ordre dans la langue. Pour un peu, ça me réconcilierait presque avec certaines féministes (pas toutes, loin de là, il ne faut pas exagérer). 

Rien de tel qu’une bonne controverse pour asseoir l’objet du débat directement en plein milieu de l’avant-scène, juste sous les feux de la rampe. L’inquiétant, dans cette affaire, c’est que des marques commerciales aient jugé une telle innovation potentiellement assez rentable pour se lancer dans l’aventure en y investissant. Je conclus de cette décision que les marques en question jugent qu’il existe un « marché » pour un tel produit. 

S’il en est ainsi, ça veut dire que le ver est dans le fruit. Que l'ichneumon islamique (à moins que ce ne soit la rhysse persuasive musulmane), perçant de sa tarière notre si fragile verni de civilisation chrétienne, a déposé ses œufs mahométans parmi les larves en lesquelles nous avons dégénéré. Et ça veut dire que notre réalité est en train, paisiblement, de se rapprocher de la fiction que Michel Houellebecq mettait en scène dans son roman « scandaleux » Soumission, paru au moment de l'attentat de Charlie Hebdo : la société française s’accoutume à la soumission à des normes qui contredisent tout ce qui définit la civilisation que son passé lui a transmise. Le simple fait qu'il y ait controverse montre notre affaiblissement "culturel". Et alors ? Où est le mal ? Il faut s’adapter, voyons, vivre avec son temps. 

Madame Badinter est sûrement bien intentionnée en appelant au boycott des marques promotrices du « burkini », mais elle se fourre le doigt dans l’œil : s’il y a un « marché », c’est qu’il y a des clients. J’attends juste de voir à quoi ressemblera la plage l’été prochain : comment réagiront les femelles honteusement dénudées face à des baigneuses vêtues de pied en cap et aux formes soigneusement effacées par la coupe vestimentaire ? 

Comme le déclare Hélène Agésilas : « La France a un retard sur la mode islamique ». La dame a créé la marque Fringadine, « qui vend des vêtements longs typiques de cette mode dite pudique. "Il y a une réelle demande des femmes", souligne-t-elle dans un entretien à l’AFP, citant une étude selon laquelle le marché mondial de la mode islamique, évalué par un cabinet à 230 milliards de dollars (202 milliards d’euros) en 2014, pourrait atteindre plus de 320 milliards en 2020 ». C’est ainsi que se conclut l’article du Monde (je passe sur "une étude" et "un cabinet" : tout ça est bien flou). J'aime beaucoup la formule "la mode dite pudique" : c'est sans danger, voyons, c'est à ranger dans les futilités de la mode. Et puis, s’il y a du beurre à se faire … 

Les mahométans n’ont pas fini de grignoter notre espace et de nous bouffer l'air que nous respirons. Les mahométans se frottent les mains en serinant à leur profit nos beaux slogans sur la "tolérance". Quand ce n’est pas brutalement, c’est tout en douceur, exactement comme dans les interrogatoires : le bon flic (la marque vestimentaire) et le flic méchant (le djihadiste) se partagent la tâche. La stratégie fait que le malfrat (le bon peuple) finit par se confier au premier parce qu’il craint le second (en se disant : "ce sera moins pire"). On peut compter sur la lâcheté et la veulerie morale de Hollande, Valls et compagnie pour leur faciliter la tâche. 

Les djihadistes de l’Etat Islamique qui commettent des attentats et les marques qui lancent la mode du « burkini » ne sont pas ennemis : ils marchent main dans la main, ni plus ni moins que, pour bien cuisiner un suspect, les flics se répartissent les rôles du bon et du méchant. 

La bombe et l’esthétique de la mode sont les deux faces de la même médaille stratégique. Au motif que la recherche vestimentaire est moins pire que l’assassinat de masse, l’Européen, le Blanc, le Français préfèrera la « non-violence » inoffensive du maillot de bain (le flic gentil) agréable aux yeux d’Allah, dans l'espoir que ça lui permettra d'échapper à la folie meurtrière (le flic méchant). 

Sarkozy a beaucoup à apprendre de tout ça : pour ce qui est d'occuper le terrain et de faire parler de soi, il n'arrive pas à la cheville des fervents de l'islam, que celui-ci se présente sous les dehors conviviaux et pacifiques de la tolérance façon Tariq Ramadan, ou qu'il brandisse d'un bras vengeur la kalachnikov ou la bombe. L'islam aujourd'hui a une seule idée en tête : la conquête. Instaurer le débat en France autour de la question de l'islam est en soi une victoire de l'islam : pendant que je discute avec les tolérants, j'avance mes pions. Les esprits européens commencent à se faire à cette perspective. Au fond, pourquoi pas, semblent-ils se dire ?

Si j’ai bien compris, c’est pour demain, l’élection de Mohammed Ben Abbes, patron de "La Fraternité musulmane", à la présidence de la République française. Réalisant point par point le scénario imaginé dans Soumission. 

Ben Abbes président. Et Michel Houellebecq est son prophète. 

Voilà ce que je dis, moi.

samedi, 11 juillet 2015

JOFFRIN A ENCORE FRAPPÉ

Mordez bien le topo. Tout vient de monsieur Dalil Boubakeur, quand il a émis l'idée que, puisque beaucoup d'églises de France sont désertes, désaffectées, quand elles ne sont pas mal en point, il serait judicieux de les transformer en mosquées. Le pauvre, il ne savait pas le schproum qu'il déclenchait.

D’un côté, Valeurs actuelles, Denis Tillinac et une pétition « Touche pas à mon église ». 

De l’autre, le journal Libération, Laurent Mouchard-alias-Joffrin et un article : « Des mosquées dans les églises, n’en déplaise aux prêcheurs de haine » (Libération, 10 juillet). Soit dit au passage, c’est celui qui le dit qui l’est, va donc, prêcheur de haine toi-même : rien de tel qu'un bon coup de pouce prestidigital pour inverser l'accusation. Sarkozy s'y connaissait. Joffrin imitant les trucs de Sarkozy : on aura tout vu.

En place pour le quadrille, mesdames et messieurs : « gaucho » contre « facho ». 

Pour mon compte, si le lecteur se reporte à mes billets des 26-27 juin et du 7 juillet, il sait de quel côté mon cœur penche. J'ai pris le titre de Joffrin comme une insulte. Un crachat. Mais l'image « mairie-école-église » est sans doute un stéréotype archaïque de la pire espèce. Je constate en tout cas que la trilogie n'a plus aucune signification pour Mouchard-alias-Joffrin, qui occupe hélas une fonction qui lui donne le pouvoir d'étaler ses opinions. Libre à lui de tirer la chasse d'eau sur ce qui a, sur la très longue durée, édifié ce pays. Libre à moi de voir en lui un méchant homme. 

A l’élection présidentielle à la sauce Houellebecq, Soumission et compagnie, Mouchard-alias-Joffrin votera musulman (mais modéré, attention !). Ce musulman de France, qui fait semblant de se placer au-dessus de la mêlée (il ose écrire : « La cession d’églises à l’islam serait un beau symbole de concorde et de fraternité » !), rejoint dans la détestation de la France un certain Edwy Plenel, qui a commis un bouquin intitulé Pour les Musulmans. 

En voilà deux (Joffrin-Plenel) qui préparent avec soin et diligence leur avenir futur. Deux crapules qui n’aiment pas la France, et qui sont pour quelque chose dans ce que les savants appellent la « crise de représentation » qui gangrène le pays. 

Voilà ce que je dis, moi.

vendredi, 17 avril 2015

ENNEMIS PUBLICS 4 (MH et BH)

4/4

2008 ENNEMIS PUBLICS.jpgJe n’ai guère envie de m’appesantir sur les propos que les deux compères tiennent sur la foule de leurs détracteurs (de leurs « ennemis », « l'agent de sécurité Assouline », Jérôme Garcin, la « meute »), si ce n’est pour mentionner l’espèce de scolaire et pompeuse dissertation en trois points par laquelle BH se fait fort de tailler en pièce le spectre de « la meute ». Ce dont MH, si je ne me trompe, s’abstient en général : quand il parle de lui, il ne s’attarde pas trop sur l’analyse de son image publique, comme sur ce qu'il faut faire quand on est face à ses ennemis. Il se sent démuni, allant jusqu'à dire des choses énormes : « ... il serait plus juste de parler de "guerre d'extermination totale dirigée contre moi" » (p. 201). L'emphase hyperbolique laisse sceptique. Si lui aussi s'y met ... A moins qu'il ne s'amuse à titiller la parano de BHL ? Pas sûr, mais je l'en crois capable.

Ce que je trouve en revanche tout à fait intéressant, pour ne pas dire essentiel, dans les propos de MH, c’est tout ce qu’il dit de la poésie et de la littérature. Il livre au passage quelques secrets de fabrication, ce que, soit dit en passant, ne fait jamais BHL, comme si, à ses yeux, le "littéraire" comptait pour rien. Ou comme s'il n'avait pas d'autre secret de fabrication que son moi qui déborde. Comme s'il ne savait pas que le moi est une impasse, un cul-de-sac. Un dédale, un labyrinthe, un trou sans fond. Que nous importe le moi, tout bien considéré ? 

Houellebecq, ses premiers livres publiés appartiennent au genre poétique. J’ai inscrit cette lecture à mon programme : je n’ai pour l’instant lu que quelques poèmes épars. J’ai lu avec beaucoup de plaisir le « chapitre » qu’il consacre (entre autres) à deux ouvrages savants de Jean Cohen sur le sujet. 

Il est vrai que son pessimisme chromosomique, lui fait déplorer la disparition de la poésie : « Nous vivons peut-être dans un monde (c’était la conclusion de Ghérasim Luca juste avant son suicide) où la poésie n’a simplement plus de place » (p. 263). Ghérasim Luca, pour moi, c’est Héros-Limite, Paralipomènes, La Voici, la voix silanxieuse Un tout grand, un peu maniéré peut-être avec ses jeux de langage, mais dont l'œuvre, prise dans son entier, est bâtie sur un socle infrangible d'authenticité poétique.

Je crois qu'il est dans Héros-Limite (Paralipomènes ?), ce poème inépuisable et merveilleux qui me terrasse de maîtrise à chaque lecture, « Son corps léger » (en cliquant, le texte, et la voix de son auteur lisant), où l’âme (désolé, je n’ai pas d’autre mot) du poète fait réellement corps (éphémère et changeant) avec la langue française, lui qui, comme Paul Celan, autre suicidé de l’exigence, venait de Czernovitz, « capitale secrète de la littérature allemande » (formule de François Mathieu, dans son introduction à Poèmes de Czernovitz, éditions Laurence Teper, 2008). La référence à Ghérasim Luca m'a surpris et touché.

Pour la production romanesque, Houellebecq s’avoue horripilé à l’idée de « raconter des histoires » (p. 266), ce dont je lui sais vivement gré (il y aurait à dire sur le besoin effréné des gens de s'entendre raconter des histoires), mais en revanche, dit-il : « J’étais doué pour une chose, et pour une seule en relation au roman, c’était la création de personnages » (266). Au sujet de son univers romanesque, il dit je ne sais plus où (en substance) que pour bien expliquer le monde, il faut commencer par le décrire. Il dit ailleurs : « Je tends un miroir au monde, où il ne se trouve pas très beau » (p. 295). C’est le moins qu’on puisse dire. Ce que certains ne lui pardonneront jamais. 

Et puis surtout, je retiens ce qui m’avait sauté aux yeux, impressionnant de vérité, à la lecture de Soumission. On peut d’ailleurs affirmer que l’espèce de théorie romanesque qui suit s’applique avec brio à son dernier livre : « J’ai l’impression d’écrire un roman lorsque j’ai mis en place certaines forces qui devraient normalement conduire le texte à l’autodestruction, à l’explosion des esprits et des chairs, au chaos total (mais il faut que ce soit des forces naturelles, qui donnent l’impression d’être inéluctables, qui paraissent aussi stupides que la pesanteur ou le destin) » (p. 231, c’est moi qui souligne). On n’est pas plus exact. Soumission constitue une merveille de rouage romanesque bien huilé fabriqué selon ce principe. Techniquement, c'est parfait de naturel, d'évidence irréfutable comme la loi de la gravitation. En plus, idéologiquement percutant, comme on l'a vu avec les cris d'orfraie suscités.

La citation est de 2008, Soumission de 2015. C’est sûr, la trajectoire (ni la théorie) romanesque de Houellebecq n’a pas dévié. Là, on est sûr, même si l’auteur ne s’affiche pas philosophe (malgré la défense qu’il entreprend du si bizarre Auguste Comte), même s'il ne se prétend pas penseur, qu’il y a pour le coup une vraie pensée. BHL a écrit beaucoup de livres, Houellebecq laissera derrière lui une œuvre

Bon, je crois que j’en ai assez dit. On me reprochera de m’être davantage répandu sur les tares de l’un que sur les vertus de l’autre. Peut-être le contraire. Deux raisons à cela : c’est la première (et je l’espère la dernière) fois que je commente des choses écrites par Bernard-Henri Lévy ; ce n’est pas la première (et pas la dernière sans doute) que j’écris à propos de Michel Houellebecq. 

PERELMAN CHAÏM.jpgArgumenter n’a jamais modifié les convictions de qui que ce soit : on n'argumente pas pour modifier l'opinion de l'autre, mais pour renforcer sa conviction et/ou éviter de la remettre en question. Malgré le génial Chaïm Perelman et son génial ouvrage, j'ai cessé de croire dans les pouvoirs de l'argumentation : ce sont la propagande, la publicité, la télévision qui l'ont pris, le pouvoir.

L'argumentation rationnelle a perdu la partie. Le livre le confirme : malgré ce qu'écrivent les deux compères, il n’y a pas de véritable interaction dans l'échange MH/BH, qui doit beaucoup à la perspective de départ (une correspondance entretenue à seule fin de sa publication).

Chacun reste soi-même, et c’est très bien comme ça. ENNEMIS 1.jpgIl suffit de regarder les photos des auteurs en couverture : d’un côté (MH), la distance, le scepticisme, voire l’hébétude (« … une manière d’être à demi présent, une capacité à l’hébétude  … », p. 299) ; BHL ENNEMIS.jpgde l’autre, l’attitude, la pose, l'affectation, le "fabriqué", le personnage étudié : « Comment dois-je placer mon index, pour que tout le monde me croie en train de chercher la phrase ? » (pcc. FC). Comme s'opposent l'authentique et le frelaté. Je n'idéalise pas le personnage de Houellebecq, Dieu m'en préserve, mais tout, dans celui de Lévy, sonne faux. Au sortir du livre, on a l'impression que les trois marques de parfums que préfère BHL sont « Epate » de Guerlain, « Esbroufe » de Chanel et « Frime » de Dior.

D'un côté un Houellebecq finalement fatal, pour qui l'écriture se concentre depuis le départ dans la production de romans et de poèmes (avec en prime les « Interventions », textes de commande, me semble-t-il, plus disparates en tout cas, réunis en deux volumes sous ce titre). De l'autre un Lévy pris de tournis perpétuel, de tourisme événementiel exacerbé, frénétiquement polygraphe (inventeur de l'inénarrable forme du « romenquête », qui avait surtout blessé la veuve de Daniel Pearl, l'égorgé d'Al Qaida), peut-être talentueux et brillant, mais trop dispersé pour produire de vraies œuvres, que ce soit en philosophie, en littérature, en journalisme, en cinéma, en « action humanitaire », en prestations médiatiques, ... Rien d'étonnant à ce qu'il se soit bien entendu avec Nicolas Sarkozy. Un vrai gâchis, je vous dis. 

Houellebecq est centripète, Lévy est centrifuge. 

D'un côté un Houellebecq qui se contente de rester lui-même ; de l'autre un Lévy qui ne cesse de jouer tous ses personnages (avec la certitude qu'ils sont tous nécessaires). D’un côté un Houellebecq pas très sympathique, mais le plus souvent exact, « honnête » et précis ; de l’autre un Lévy brouillon, vibrionnant, insupportable de grandiloquence égocentrée, mais finalement éparpillée. Je vais vous dire : un Osiris par choix.

Vers quelle Isis tend-il désespérément, "le pauvre homme" ?

Voilà ce que je dis, moi. 

lundi, 06 avril 2015

LA POSSIBILITÉ D’UNE ÎLE 1

4 POSSIBILITE ÎLE.jpg

La photo de couverture est de Michel Houellebecq.

 

1/2 

Houellebecq, je m’y suis mis tout récemment. J’étais rebuté par, pour le dire vite, le « battage médiatique » qui entourait la parution de chaque roman : deux camps s’affrontaient, parfois en paroles « musclées ». Tout ce bruit et cette fureur me paraissaient de mauvais augure. Je voyais dans ces affrontements je ne sais quel goût de l’auteur pour le monde « spectaculaire-marchand » et le feu des projecteurs. Je croyais que le fonds de commerce de l'écrivain « controversé » consistait à épater la galerie. J’avais tort. 

Si les projecteurs se sont braqués sur Michel Houellebecq, la personne de l’auteur n’y est pour rien, mais bien ses livres. Que la personne, ensuite, se soit prise au jeu, c’est possible. Je le dis nettement : de cela, je me fous désormais éperdument. 

C’est en voulant en avoir le cœur net que j’ai lu La Carte et le territoire  (2010). C’était à l’été 2011 : mieux vaut tard que jamais. Ce fut immédiat, jubilatoire et lumineux : un très grand livre, d’un grand écrivain français. Enfin un roman qui parle du monde comme je le perçois, tellement malade. L’écrivain majeur de notre temps, loin devant tous les autres. Du coup, j’ai aligné dans la foulée Les Particules élémentaires (1998) et Plateforme (2001). Extension du domaine de la lutte (1994) a suivi à quelque temps de là. Inutile d’ajouter que le 6 janvier dernier, voyant Soumission sur un étal de librairie, je n’ai fait ni une ni deux (voir mon billet du 16 janvier). 

Un sixième roman manquait à mon tableau de chasse : La Possibilité d’une île (2005). Dix ans après parution, je viens de corriger cet oubli impardonnable. C’est un gros livre (près de 500 pages). Je n’ai pas été déçu. D’une certaine façon, il est annoncé dès Les Particules …, et certains de ses passages annoncent étonnamment Soumission. On se rappelle que les travaux du savant Michel Djerzinski, à la fin des Particules …, rendent possible le clonage reproductif des humains. 

Le « dispositif narratif » dépayse tout d’abord le lecteur : qui est Daniel24 ? Sur quoi fait-il un « commentaire » ? Et puis qui est ce Daniel1, qui semble contredire le titre de la 1ère partie ? Cela surprend, mais on s’y fait vite. Le livre est ambitieux, peut-être plus difficile d’accès, à cause tant du dit dispositif faisant alterner le « récit de vie » de Daniel1 et le « commentaire » de Daniel24 (puis Daniel25), que du thème ici exploré, qui tourne autour de la déception amère que procure l’existence humaine et de la quête d’immortalité qu’elle suscite. 

On ne tarde pas à comprendre que Daniel24, plus tard Daniel25, est l’exacte réplique, à deux millénaires de distance, de Daniel1 : le clonage imaginé par Djerzinski dans les Particules … a permis la création d’une nouvelle espèce : les « néo-humains », qui n’a rien à voir avec l’ancienne humanité, dont les survivants de la grande extermination sont très vite retournés à l’état sauvage, primitif, rudimentaire. 

Daniel1 a fait fortune en faisant le clown : les sketches comiques et scénarios, dont il faisait le clou de ses spectacles et de ses films avec un succès retentissant, portaient des titres comme « Broute-moi la bande de Gaza », « Deux mouches plus tard », « Le combat des minuscules », « On préfère les partouzeuses palestiniennes », et d’autres tout aussi suggestifs. Plus il provoquait, plus le succès grandissait.

Le choix du métier d'humoriste pour son personnage n'est certainement pas, de la part de Houellebecq, dû au hasard. On pensera aujourd’hui, bien sûr, à Dieudonné, mais il n’avait pas autant fait parler de lui en 2005. Rien de mieux qu'un « humoriste professionnel » pour mettre en scène la dérive subie dans notre monde par la fonction accordée au rire. Je pense au rôle purement instrumental que les médias de masse assignent aujourd’hui à l'hilarité. Rien de plus lugubre à mon avis que ces fantoches pas drôles, payés pour déclencher les rires, toujours mécaniques, même quand ils ne sont pas enregistrés. 

Car avec les titres ci-dessus, Houellebecq met sur la scène romanesque une provocation à l’état pur, qui ricoche curieusement sur l’état actuel du comique médiatique entretenu à heure fixe par tout un tas de sinistres individus qui sévissent sur les plateaux pour « animer » des émissions et faire rire un public d’avance acquis à « la cause du rire ». 

La grève à Radio-France m’a incidemment amené, consterné, à écouter, catastrophé, RTL : rien par exemple de plus ridicule que ces gens, réunis autour de la table d’un petit studio, qui font semblant de se tenir les côtes en écoutant les calamiteuses prestations routinières de Laurent Gerra. Atterré, j'ai tourné le bouton (vu les appareils actuels, c'est une image).

Le plus inquiétant est que les gens plébiscitent et redemandent de cette soupe. Sans doute pour ça qu’il y a des écoles pour la formation des désespérants  « Nouveaux Comiques ». Je suis à côté de la plaque. Pas de ce monde-là. J’espère ne pas être le seul à crier grâce. Rien de plus lassant que ce métier de faire rire pour faire rire (décompresser, déstresser, soupape de sûreté, …). Coluche (pas toujours) et Desproges, eux, avaient un regard sur le monde et les gens. 

Le rire est désormais un produit de consommation de masse, comme les autres compartiments de l’existence humaine, qui semblaient jusqu’il y a peu protégés par une cloison qui leur donnait l’aspect d’un vague mystère philosophique, quelque part entre le politique, le social et le médical. Etant entendu, chez les bien-pensants, je veux dire les fidèles qui se massent autour des prêtres, dans l’Eglise de l’Empire du Bien (comment pourrait-on se passer de Philippe Muray ?), qu’on peut rire de tout, sauf (suit la liste des gaz hilarants interdits à la vente). 

Daniel1 est finalement un cynique exacerbé : « Finalement, le plus grand bénéfice du métier d'humoriste, et plus généralement de l'attitude humoristique dans la vie, c'est de pouvoir se comporter comme un salaud en toute impunité, et même de grassement rentabiliser son abjection, en succès sexuels comme en numéraire, le tout avec l'approbation générale » (p. 23). J'approuve vivement le mot "abjection".

Daniel1, dans le genre, se présente comme un désespéré fataliste, même si tout le monde lui reconnaît un talent indéniable. A se demander si La Possibilité d'une île n'a pas donné quelques idées à Dieudonné. Le livre ne s'est toutefois pas assez vendu pour cela. Combien d'exemplaires aurait-il fallu qu'il s'en écoule pour qu'on en finisse radicalement avec le métier d'humoriste ? 

Voilà ce que je dis, moi. 

jeudi, 12 mars 2015

HOUELLEBECQ ECONOMISTE

MARIS HOUELLEBECQ.jpgRésumé : il n'y a pas de science économique. C'est Bernard Maris qui l'écrit. Cela rend d'autant plus insupportable l'actuelle dictature que l'économie fait peser sur le monde. Michel Houellebecq, dans son œuvre, la révèle de façon infiniment plus vivante que n'importe quel manuel, plus percutante que n'importe quel pamphlet. Bernard Maris parle excellemment de l'œuvre excellente de Michel Houellebecq.

 

2/2

 

Plus rien n’échappe désormais aux impératifs de compétitivité, de rentabilité, de croissance, de mondialisation. On va vers une nouvelle forme de totalitarisme, la meilleure : celle qui suscite une adhésion spontanée des masses. Le totalitarisme consenti. Même plus besoin de les enrégimenter : elles se constituent elles-mêmes en troupeaux dociles, grâce en particulier à cet instrument totalitaire et consensuel de domestication qu'est la télévision. 

 

Les Etats démocratiques n’auront en effet bientôt plus leur mot à dire : les tribunaux arbitraux que s’apprête à mettre en place la négociation Europe-Etats-Unis les condamneront (et leurs contribuables) à payer la moindre entrave à leur commerce, enfin libéré de toutes les réglementations, y compris celles qui protègent la santé des consommateurs, des citoyens, des automobilistes et des conseillers fiscaux.

 

Quand on sait, avec le cas Bernard Tapie, les saloperies dont sont capables les juges arbitres qui y siègent à huis clos et qui n'ont de comptes à rendre à personne, on devine le sort que nous réserve l'institution de tribunaux arbitraux dans les différends qui opposeront les grandes firmes transnationales aux Etats démocratiques.

 

Les autorités politiques des pays, émanées de processus électoraux (qui valent ce qu'ils valent), se sont fait déposséder de leur pouvoir effectif au profit d’instances économiques dépourvues, elles, de toute légitimité démocratique. Dans ses échanges, parfois vifs, avec Jean-Marc Sylvestre, Bernard Maris dénonçait avec constance et cohérence tout ce qui a tendu, au cours du temps, à faire de l’économie non plus un moyen d’apporter la prospérité aux populations, mais une fin en soi, un Graal, presque une loi de la nature, imposant sa nécessité aussi sûrement que la gravitation universelle.

 

Je viens de lire Houellebecq économiste, paru en 2014 (Flammarion), écrit par Bernard Maris, qui était, dit-on, l'ami de l'écrivain. Cela doit être vrai, puisque le romancier a suspendu la « tournée de promo » après avoir appris la mort de l’économiste dans le carnage de Charlie Hebdo. La « tournée de promo », c’est le parcours auquel les auteurs, à la sortie de leurs films, livres ou autres s’astreignent, plus ou moins obligés par le service com’ de l’éditeur, du producteur, …

 

Un peu de temps ayant passé depuis les attentats de janvier, j’ai pu lire Houellebecq économiste avec une distance apaisée. Disons-le, c’est un livre fort intéressant pour qui s’intéresse à l’œuvre de Houellebecq. Dire que c’est mon cas serait peu dire. Disons-le dans la foulée : ce n’est pas une étude universitaire, mais un tout petit livre (149 pages très aérées), que ceux qui connaissent l’esprit des deux auteurs liront sans problème.

 

Disons quand même que Bernard Maris exagère quand il écrit : « De Michel Houellebecq je ne connais que les livres » (p. 18). C’est très vilain de mentir. Pour être franc, il lui tresse trop de couronnes de laurier, ça finit par sentir l'emphase partiale, voire l'outrance partisane. Mais à part ça, c’est un livre tout à fait digeste, que le non-économiste que je suis a avalé aisément : l’auteur ne nous assène en effet ce qu'il faut d’économie que pour faire le lien entre l’œuvre du romancier et les élucubrations criminelles des théoriciens du libéralisme déchaîné.

 

De toute façon, les économistes, Bernard Maris ne les porte pas dans son cœur. Ce n’est pas pour rien que le deuxième mot du livre est « secte ». Il en dénonce le « discours hermétique et fumeux. On les respecte parce que l'on n'y comprend rien ».  Mais il prend soin également de préciser : « Faire de Houellebecq un économiste serait aussi honteux que d’assimiler Balzac à un psycho-comportementaliste » (p.22). Précaution qu’il renouvelle en conclusion : « Houellebecq parle-t-il d’économie ? Non, direz-vous, et vous aurez raison » (p. 139).

 

Moi qui suis un thuriféraire assumé de l’œuvre romanesque de Michel Houellebecq, j’ai trouvé dans le livre de Bernard Maris une autre raison de l’admirer (l’œuvre, pas le bonhomme, car moi je peux affirmer sans mentir que je ne le connais que par là). En même temps, j’ai trouvé confirmation de quelques convictions bien arrêtées sur la marche économique du monde actuel vers un abîme de plus en plus probable et proche.

 

Une marche que le romancier a comprise dans toutes ses dimensions, avec une acuité digne des grands de la littérature. Contrairement à ce qu’une cohorte de minables et de vendus répandent à plaisir sur le compte de l’auteur honni (mais plébiscité par les lecteurs, voir le classement des ventes de livres), en termes d’insanités, d’invectives et de venin haineux, Michel Houellebecq est le seul écrivain français qui ait ce génie pour traduire en fiction romanesque l’horreur que provoque le spectacle qui se déroule sur la scène planétaire. Il rend palpable et compréhensible le pressentiment de la catastrophe.

 

Dire que Bernard Maris connaît comme sa poche l’œuvre de Michel Houellebecq, poésie, essais, romans, œuvres diverses, c’est inutile, tellement ça tombe sous la comprenette. Il l’a parcourue en tous sens, et avec la grille de lecture qu’il propose dans Houellebecq économiste, il nous livre une synthèse quintessenciée de ce qu’elle peut enseigner à tous ceux qui aimeraient bien que ce qui reste d’humanisme dans le monde aujourd’hui ne soit pas écrasé par le rouleau compresseur de l’économie mondialisée.

 

La vie humaine réduite à la compétition économique, cela s’appelle aussi la LOI DE LA JUNGLE. Le monde est atteint d’un cancer que se plaît à faire proliférer un petit nombre de méga-entreprises devenues trop puissantes pour que des Etats lui opposent une autre résistance que de pure forme.

 

Alors, la « phase terminale », c’est pour quand ? A quand, les « soins palliatifs » ? A quand, la « sédation profonde » en vue de la fin de vie ?

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

Note : c'est à regret que je le fais, mais je le dois à madame la langue française. J'en suis désolé pour les mânes de Bernard Maris, mais il n'a pas le droit d'écrire, p. 58 : « La main de fer du marché poigne votre petite main, à jamais ». Même si l'idée est juste, il n'existe pas de verbe "poigner". Il existe en revanche un verbe "poindre". Il est du troisième groupe. La troisième personne du singulier est donc "point". Espérons que les mânes d'oncle Bernard ne m'en voudront pas trop.

 

Je profite de l'occasion pour rappeler à tous en général, et aux journalistes en particulier qu'il n'y a pas de verbe "bruisser", que le verbe bruire est aussi du troisième groupe et que, conjugué à la troisième personne du singulier du présent de l'indicatif, il se termine aussi par un "t" : la ville bruit de rumeurs. Pitié pour la conjugaison française ! Pitié pour notre langue !

 

To whom it may concern.

 

mercredi, 11 mars 2015

HOUELLEBECQ ECONOMISTE

MARIS HOUELLEBECQ.jpg1/2

 

Michel Houellebecq a publié, le 6 janvier, son sixième roman : Soumission (voir ici même au 16 janvier). Le 7 janvier, les frères Kouachi font un carnage à Charlie Hebdo : douze morts. Parmi eux, une figure que je respectais et dont j’appréciais les dessins, mais aussi l’esprit paradoxal et le raisonnement tordu : Wolinski.

 

Et puis une figure qui faisait partie depuis toujours de mon paysage favori et dont je ne me console pas, comme beaucoup d’autres, de la perte irréparable : Cabu. Non, ils n'avaient pas le droit de tuer Cabu. Pour moi, Cabu a joué le rôle du vieux frangin, tarabâte (désolé, c'est du lyonnais, vous n'avez qu'à consulter votre Littré de la Grand'Côte) et indispensable, que je ne me console pas de n'avoir jamais eu. Cabu, au-delà de tout, tenait pour moi la place du vieux frère.

 

Et puis aussi une autre figure pour laquelle j’avais grande estime, à cause de sa façon non-conformiste et non-consensuelle de parler d'économie : Bernard Maris, qui avait publié le matin même un article élogieux sur le roman que Houellebecq publiait (voir ici 20 janvier). J’avais lu son Anti-Manuel d’économie, j’avais lu Ah Dieu ! Que la guerre économique est jolie !, j’avais lu Lettre ouverte aux gourous de l’économie qui nous prennent pour des imbéciles. Autant de lectures stimulantes.

 

Du temps que j’écoutais encore France Inter, je suivais ses joutes régulières avec Jean-Marc Sylvestre, le fanatique de la libre entreprise et de l’ultralibéralisme. Pour faire court, j’étais d’accord avec la façon dont Maris expliquait que la place acquise par l’économie dans la vie des individus, des sociétés, des nations et du monde constituait un abus de pouvoir, un véritable putsch.

 

J’avais lu, en 1996, L’Horreur économique, puis, en 2000, Une Etrange dictature, deux livres de Viviane Forrester. Je devrais dire : « Lu et approuvé ». Le putsch des entreprises transnationales, portées en triomphe par une secte d’économistes fanatiques et de gouvernants complices, et régulièrement célébrées par la banque de Suède sous l’appellation mensongère et usurpée de « Prix Nobel d’économie », a instauré, en quatre décennies, une véritable dictature économique qui a étendu son emprise sur la planète entière.

 

« Car il n’y a pas de science économique » (p. 146), voilà une vérité irréfutable. L’économie est à l'extrême rigueur un catalogue (très copieux et sophistiqué) des techniques utilisées par les hommes depuis l’aube des temps pour produire, échanger et consommer. Pas plus. Il faudrait enfin que monsieur Toulemonde se convainque qu’il se trouvera toujours un économiste médiatique pour lui expliquer après-demain que sa prévision d’aujourd’hui pour demain s'est révélée fausse parce que.

 

Tout en étant prêt séance tenante à récidiver. Quelque chose de bizarre fait que ce genre de type a toujours l'air d'avoir raison. Mais après-coup.

 

Toutes les théories économiques se trouvent après le "parce que". Jamais avant. Une véritable science a des vertus prédictives, comme l'a prouvé monsieur Higgs, qui avait postulé dès 1964 la nécessité du boson auquel on a donné son nom, et dont l'existence a attendu 2012 et les expériences du LHC pour être attestée.

 

Mettez quatre économistes autour d'une table et d'une question d'actualité : cinq minutes leur suffisent pour en venir aux engueulades à propos de ce qu'il faudrait faire pour (là, on peut mettre n'importe quel sujet). Il n’y a pas de science économique. Même chose sans doute pour toutes les disciplines que l'on persiste à appeler abusivement « sciences humaines ».

 

Voilà ce que je dis, moi.