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lundi, 25 septembre 2017

ECRITURE

Quand la lumière en vient à l'écriture, ...

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... ce n'est pas la photo qui est floue, ...

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... c'est un ailleurs qui rend visite.

dimanche, 02 juillet 2017

NUAGES

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L'étranger

 

- Qui aimes-tu le mieux, homme énigmatique, dis ? ton père, ta mère, ta sœur ou ton frère ?
- Je n'ai ni père, ni mère, ni sœur, ni frère.
- Tes amis ?
-Vous vous servez là d'une parole dont le sens m'est resté jusqu'à ce jour inconnu.
- Ta patrie ?
- J'ignore sous quelle latitude elle est située.
- La beauté ?
- Je l'aimerais volontiers, déesse et immortelle.
- L'or?
- Je le hais comme vous haïssez Dieu.
- Eh! qu'aimes-tu donc, extraordinaire étranger ?
- J'aime les nuages... les nuages qui passent... là-bas... là-bas... les merveilleux nuages !

Charles Baudelaire

mercredi, 05 avril 2017

POÉSIE MARINE

Poésie "marine", certes, mais pas celle qu'on pourrait croire.

Je n'ai aucune envie de commenter les actualités. Je tente en ce moment, on l'aura peut-être remarqué, de me nourrir de substances moins ignobles, quoique plus inactuelles.

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Photographie Frédéric Chambe.

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Ode à l'angirolle.

 

Toi, l'auguste palan 

Frappé sur la pantoire

Capelée à son mât de tréou,

Tu en portes fièrement la vergue !

 

(presque) François-Edmond Pâris.

mercredi, 22 mars 2017

SURNOM : "LE BEAU MOUSQUETAIRE"

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Si le signet voulait s'éterniser,

il demanderait d'avoir une ombre.

Mais le temps seul a le droit d'exaucer.

L'ombre est la trace,

un fantôme d'existence.

 

Photographie Frédéric Chambe.

 

On trouve dans les Mémoires du duc de Saint-Simon maintes anecdotes. Beaucoup permettent au lecteur d’aujourd’hui de voir en couleur cette époque qui, du fait de l'écoulement du temps, lui apparaîtrait en noir et blanc, de façon presque abstraite. La mésaventure qui atteignit indirectement M. de Saint-Aignan est assez distrayante pour retenir notre attention. C’est M. de Ségur, alors dans sa jeunesse, qui est à l’origine de l’affaire. L’auteur le présente ainsi (on est à la veille d’une guerre en Italie) :

« Le roi fit donc partir les officiers généraux. Tallard, qui en fut un, avait fait de l’argent des petites charges que le roi lui avait données à vendre en revenant d’Angleterre, entre autres le gouvernement du pays de Foix, que la mort de Mirepoix avait fait vaquer, à Ségur, capitaine de gendarmerie, bon gentilhomme de ce pays-là, et fort galant homme, qui avait perdu une jambe à la bataille de la Marsaille [Marsaglia, 4 octobre 1693].

Il avait été beau en sa jeunesse, et parfaitement bien fait, comme on le voyait encore, doux, poli et galant. Il était mousquetaire noir, et cette compagnie avait toujours son quartier à Nemours pendant que la cour était à Fontainebleau. Ségur jouait très bien du luth ; il s’ennuyait à Nemours, il fit connaissance avec l’abbesse de la Joie, qui est tout contre, et la charma si bien par les oreilles et par les yeux qu’il lui fit un enfant. Au neuvième mois de la grossesse, madame fut bien en peine que devenir, et ses religieuses la croyaient fort malade. Pour son malheur, elle ne prit pas assez tôt ses mesures, ou se trompa à la justesse de son calcul. Elle partit, dit-elle, pour les eaux, et comme les départs sont toujours difficiles, ce ne put être que tard, et n’alla coucher qu’à Fontainebleau, dans un mauvais cabaret plein de monde, parce que la cour y était alors. Cette couchée lui fut perfide, le mal d’enfant la prit la nuit, elle accoucha. Tout ce qui était dans l’hôtellerie entendit ses cris, on accourut à son secours, beaucoup plus qu’elle n’aurait voulu, chirurgien, sage-femme ; en un mot, elle en but le calice en entier, et le matin ce fut la nouvelle.

Les gens du duc de Saint-Aignan la lui contèrent en l’habillant, et il en trouva l’aventure si plaisante, qu’il en fit une gorge chaude au lever du roi, qui était fort gaillard en ce temps-là, et qui rit beaucoup de madame l’abbesse et de son poupon, que, pour se mieux cacher, elle était venue pondre en pleine hôtellerie au milieu de la cour, et, ce qu’on ne savait pas, à quatre lieues de son abbaye, ce qui fut bientôt mis au net.

Monsieur de Saint-Aignan, revenu chez lui, y trouva la mine de ses gens fort allongée ; ils se faisaient signe les uns aux autres, personne ne disait mot ; à la fin il s’en aperçut, et leur demanda à qui ils en avaient ; l’embarras redoubla ; et enfin, M. de Saint-Aignan voulut savoir de quoi il s’agissait. Un valet de chambre se hasarda de lui dire que cette abbesse dont on lui avait fait un si bon conte était sa fille, et que, depuis qu’il était allé chez le roi, elle avait envoyé chez lui au secours pour la tirer de là où elle était. Qui fut bien penaud ? ce fut le duc qui venait d’apprendre cette histoire au roi et à toute la cour, et qui, après en avoir bien fait rire tout le monde, en allait devenir lui-même le divertissement. Il soutint l’affaire comme il put, fit emporter l’abbesse et son bagage, et, comme le scandale en était public, elle donna sa démission, et a vécu plus de quarante ans depuis, cachée dans un autre couvent. Aussi n’ai-je presque jamais vu Ségur chez M. de Beauvillier, qui pourtant lui faisait politesse comme à tout le monde ».

On trouve dans un ouvrage excessivement savant des informations sur "Mlle de St-Aignan", qui, étant "abbesse de la Joie près de Nemours", aurait selon une certaine Mme Desnoyers, écrit des lettres "à M. de Ségur, surnommé le Beau mousquetaire". Ce qui renforce le soupçon que Saint-Simon est bien informé. L'histoire en devient d'autant plus plausible. Et, comme disent les Italiens : si non è vero, ben trovato.

lundi, 20 mars 2017

ÉPITAPHE A L'EMBRASURE

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Photographie Frédéric Chambe.

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Je ne sais plus si j'ai déjà cité le très court texte qui clôt les Contes et nouvelles en vers de La Fontaine, et j'ai la flemme de vérifier. Ces six petites lignes rimées me sont si plaisantes que je ne résiste pas.

« ÉPITAPHE DE M. DE LA FONTAINE,

faite par lui-même.

 

Jean s'en alla comme il était venu,

Mangeant son fonds après son revenu ;

Croyant le bien chose peu nécessaire.

Quant à son temps, bien sut le dépenser :

Deux parts en fit, dont il soulait passer

L'une à dormir, et l'autre à ne rien faire. »

 

Note : "souler", c'est proprement "avoir l'habitude", "avoir pour agréable".

jeudi, 09 février 2017

TRAVAUX À L'AGENCE

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Photographie Frédéric Chambe.

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(Au sujet du texte suivant, on peut se reporter à son "exposé des motifs" à la date du 3 février, qui ferme une porte définitive sur quoi, qui était peut-être une œuvre.)

11/11

 

C'est au fort de toi que je donne

le cru, le pauvre, avec des ouvertures.

Avec toi, qui me déplaces,

j'apprends le dru, le très formé,

le fort du lisse avec lumière.

Qui j'ai voulu, c'est dans l'aveu,

ce toi, ça vient du cœur du fond.

Dans le poids du travail ourdi

(c'est un réseau de voix rusées),

c'est devenu le vrai, ce ventre,

le compris de la source.

Le nénuphar est une antenne

tendue vers le silence.

Si je comprends ce qui s'efforce,

c'est en-deçà que ça bourgeonne.

Très confondu avec mon livre,

je te fais des mains croustillantes.

 

FIN

 

F.C.

(Livre traduit d'un pur de langue, fragment, p. 83.) 

mardi, 07 février 2017

APRÈS L'HÔPITAL ... ?

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Photographie Frédéric Chambe.

Le cabinet du docteur (avec le jovial "Oscar" des carabins pour donner courage).

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(Au sujet du texte suivant, on peut se reporter à l' "exposé des motifs" à la date du 3 février.)

10/11

C'est dans le dur de moi :

Je bats à coups de bruits

Mon cœur défait du pire.

Dans le couteau de moi,

Ça fait de la peau pure.

C'est dans le gros de ça

Qu'on sent le sel qui coule.

C'est fort de goût le sûr.

 

Dans le cousu du sac de peau,

Je suis le ruminé complice,

Le réservoir inclus.

La photo dépolie,

Ça fait une entrée double.

Je me disjoins, je sors.

Je cherche un bruit : le pur.

La fenêtre à venir.

 

Je livre au corps secret

Mon verre avec ma lèvre.

Hésité jusqu'au noir,

J'ai convaincu l'air pur.

Dans l'induit, ça passe outre,

Et ça verse au concert.

Le décousu, le dû,

L’œil aime à son insu.

 

Dans le moi que je dis,

Ça reste tu, ça dort.

Tu entends les coups sourds,

La voix au fond d'ici,

Le cœur en bout de bruit.

C'est dans le tu qu'on est.

Vers tu, ça se complique :

Élaboré le pur.

 

Le moi de la fabrique

A fait son dû, parole.

L'insu de soi d'avant,

Il a de quoi porter.

Il a le devenu,

Celui qui part en bloc.

Complet de mes fantômes,

Je suis le murmuré.

 

Corps étrange à la source,

Je me rends au danger.

Ma langue, à coups de bruits,

Cherche ailleurs à combler,

C'est l'autre avec ses robes,

C'est l'autre avec ses danses.

Je vois dans l'encolure

Un beau jour émergé.

 

Le sédiment du ciel,

C'est l'autre voix du corps.

J'ai dans le pur de noir

La condition des formes.

Mur de toile au futur :

Des corps peints, des contours,

En court ça se dessine.

Ce sera bleu, qui chante.

 

En dépoli, sorti,

en étranger de bruit,

ça s'émancipe en traits.

C'est donné, la tournure.

C'est cœur d'abois, le dire.

Reste à signer l'air pur

Avec les doigts d'après,

Compteur des grains du fruit.

 

Il est dans le donné,

Le sorti, le complice,

Celui qui naît déçu.

Il a du droit, des preuves.

Il ira vers le brut,

Conduisant clair ailleurs,

limite ouverte à suites,

Bruit d'avenir voulu.

 

Il a vu ce qu'il vit.

Il sait, pour la forêt :

c'est le fort du secret

qui s'alimente au doute.

Dedans, c'est du construit.

Avec du vent vibré,

le bleu entre les tempes,

il sédimente en fruits.

 

F.C.

(Livre traduit d'un pur de langue, fragment, p. 80-82.) 

vendredi, 03 février 2017

HISTOIRE DE CES "FRAGMENTS"

Je viens de consacrer plusieurs billets à la publication de fragments d'un texte d'inspiration « poétique » (encore quelques-uns à venir), dont j'admets que le visiteur a pu être rebuté par le style pour le moins "inaccoutumé", un style en forme de repoussoir. Si je n'ai pas à m'excuser auprès de lui de l'épreuve que je lui inflige (je ne lui inflige rien du tout, puisqu'un clic suffit pour ne pas subir), je me suis demandé si cela ne méritait pas un doigt d'explication. Voici quelque chose qui pourra servir de mode d'emploi.

J’ai écrit Livre traduit d’un pur de langue à la suite d’un événement dont je ne dirai rien et que je ne veux pas situer dans le temps, qui aurait pu me faire beaucoup de mal si je n’avais pas, pour tenir bon, trouvé la force et le moyen de réagencer de façon notablement nouvelle les briques de l’édifice qui s’appelle moi. Cet événement, qui s'est révélé humainement coûteux, ne concerne pas que moi, aussi n’ai-je pas à apporter d’autre précision : il ne m’appartient pas en propre. 

Le visiteur un peu régulier de ce blog sait que, si je ne répugne pas à étaler ce que je pense du monde comme il va, je me suis interdit, à quelques très rares exceptions près, de faire de mon « privé » un « sujet ». Si j’ai semé en cours de route, à l’occasion, des indices susceptibles de donner à l’enquêteur zélé (un algorithme gogolien, le détective numérique ?) de quoi suivre la piste menant à moi, je le mets au défi d’aboutir en les plaçant bout à bout, même si l’ensemble des propos tenus ici finit pas composer une sorte de contour de silhouette "officielle".

J’ose espérer que celle-ci demeure prise dans le halo d’un flou suffisant pour tenir à distance les curiosités. Je pars du principe que ma personne n'est pas plus intéressante que la plupart de celles qui peuplent l'espace humain. Et je fais partie de ces dinosaures pour qui la cloison hermétique entre public et privé n'est pas près de tomber. La "splendide" impudeur, ostensible et décomplexée, qui a gagné les foules actuelles garde à mes yeux quelque chose de stupéfiant.

La "littérature" actuelle, hélas, est elle aussi atteinte du syndrome : hormis quelques dinosaures (Houellebecq), les gens qui osent se dire "romanciers" ou "écrivains" semblent atteints d'une pathologie invalidante qui les rend impuissants à créer des fictions authentiques qui nous montrent le monde tel qu'il est. Qui dira la pauvreté des narrations faites au sujet de la "vraie vie" des individus qui se livrent à un déshabillage qui ne nous apprend rien sur nous-mêmes ? C'est confondre la littérature avec la banalisation de l'obscénité (« le cancer de ma mère », « violée par mon père », « ma mémé », ...). Une littérature de rapiats exhibitionnistes : ils veulent à tout prix qu'on les aime, mais ne donnent rien en échange.

Livre traduit d’un pur de langue est une pierre angulaire, non : c’est une bifurcation. C’est aussi un point final : à partir de là, je n’ai plus jamais écrit quoi que ce soit qui ait des airs de « poétique ». Car si je me suis pris un temps pour un poète, cet égarement a pris fin. Le présent livre, on en trouve sans doute l’écriture à la limite de l’intelligible (peut-être au-delà). J’en conviens. Moi-même je ne suis pas sûr de savoir au juste ce qu’il contient et ce que tout cela veut dire. Son écriture a produit une forme que je suis incapable de commenter ou d'apprécier.

A mes propres yeux, ce livre a conservé son statut d’énigme surgie. Mais je ne suis pas Œdipe, et il n'y a pas de sphinx. Pour dire le vrai, ce livre me dépasse : j'ignore totalement pourquoi ce texte produit toujours sur moi l'effet jubilatoire éprouvé au moment de l'achèvement de sa rédaction. Je ne dirai pas à partir de quel matériau brut mais, aussi bizarre que ça paraisse, je n’ai pas choisi d’écrire ainsi : c’est comme sous la dictée que cela s’est fait. Le travail de mise en forme, dont on ne niera peut-être pas l'importance, s'est fait sans projet précis, comme en présence d'une évidence. C'est certain, j'ai intimement décidé que ce qui est écrit soit écrit.

L’écriture s’en est comme imposée à moi, dans une coulée. Certes, c'est une coulée peu coulante, je l'admets. Car ce n’est pas une écriture facile, c’est le moins que je puisse dire : râpeuse, heurtée, anguleuse, ni aimable, ni souriante, ni sympathique. Une écriture plus repoussante qu’attirante, comme le hérisson quand il se met en boule. Pour dire le vrai, je ne suis pas sûr que j’aurais acheté l’ouvrage en librairie, s’il avait trouvé un éditeur, mais je n’y peux rien. Comme on dit : c’est comme ça.

Il se trouve pourtant qu’il m’est arrivé de le faire lire à quelques personnes dont j’appréciais le caractère avisé en la matière, et que les échos qui me sont revenus furent au moins favorables. Il est même arrivé que des lectures faites en public, dans des « rencontres » réunissant des amis de la poésie contemporaine (à l'époque où je frayais avec quelques milieux "d'avant-garde"), soient accueillies avec un intérêt véritable, comme pour me persuader que cet OPNI (Objet Poétique Non Identifié) n’était pas complètement n’importe quoi. Un éditeur célèbre m'a fait l'honneur de trouver mon livre "déconcertant" (j'ai la lettre signée de sa main).

S’il me fallait livrer des « clés » pour faciliter l’entrée du lecteur, je serais un peu embêté. Je pourrais commencer par dire un mot du titre. Celui-ci (Livre traduit d’un pur de langue) n’a pas été facile à trouver et, à vrai dire, c’est plutôt lui qui m’a trouvé, après m’avoir beaucoup cherché. Je trouvais le temps long, je mijotais et, finalement, c’est lors d’un réveil nocturne que je l’ai vu apparaître, inscrit lumineux sur le mur, tel un « mané thécel pharès », mais de bon augure cette fois. Je me suis incliné : je l’ai recopié tel quel, sans rien y changer.

Le reste, que puis-je en dire ? Pas grand-chose, j’ai bien peur, en dehors de mon intention d’accentuer l’impression de vitesse et de sécheresse, en éliminant autant que possible les mots de plus de trois syllabes ainsi que le plus possible de « » muets (cette pesanteur qui punit tout ce qui veut aller vite), et en donnant la priorité aux vocables d'une ou deux syllabes : il me semble qu’en effet, la brièveté des mots et l'absence de syllabes longues permet de donner au débit une accélération qui le rend plus « coupant » et en développe les aspérités. C'est bien ainsi que je l'envisageais.

Quoi qu'il en soit, l'aspect proprement sonore est une composante cruciale de ce texte. Une image aidera à se faire une idée approchante de l'effet que je cherchais à produire : une cascade de pierrailles. L'âpreté acoustique extrême que je recherchais était, au moment de l'écriture, à l'exact diapason de la situation que je traversais. Il fallait que la brutalité trouvât une traduction "musicale" dans ce travail, sous une forme ou sous une autre. Cette tâche, ce fut, je crois, la texture sonore qui s'est chargée de l'exécuter. Les réactions entendues aux quelques lectures publiques auxquelles ce texte a donné lieu tendent à renforcer cette conviction : je crois que ce livre est fait pour être lu avec la voix. J'ose croire qu'il constitue, de cette façon, ma modeste contribution (paradoxale) à la création musicale contemporaine.

Pour ce qui est du contenu, pas grand-chose non plus pour le définir, en dehors du fait que, dès le départ, je me suis efforcé de tenir à l’écart le vocabulaire abstrait. Le lecteur intrépide et bénévole constatera peut-être qu’un certain nombre d'images et de thèmes, en revenant, se métamorphosent, s’associent diversement en réapparaissant, évoluent, dessinant en un mouvement spiralé, celui-là même qui, je l'espère, anime le texte (bien qu'il soit difficile de s'en rendre compte sur la seule base de douze fragments, sur un total de quatre-vingt-trois pages).

Que le lecteur veuille bien admettre que ces leitmotive m’ont été donnés avec le reste. Pour un peu, je dirais que quelque chose qui m’échappe s’est servi de moi pour que tout cela parvienne jusqu'à la formulation, mais cela pourrait paraître prétentieux. Même remarque au sujet de la syntaxe qui, en opérant un appauvrissement drastique et volontaire des ressources grammaticales de la langue, paraîtra singulièrement malmenée, bizarre et austère. Enfin, qu'il s'agisse de la forme ou du fond, le défi relevé au moment de la réalisation de ce livre fut de gratter jusqu'à l'os quelque chose que je ne sais pas nommer, et qui relève de la langue qui me sert d'armature humaine. Le titre est sans doute né de cette matrice.

Les remarques qui précèdent laissent supposer que le texte final résulte d’un travail. Même si ça peut paraître évident, je le confirme : je ne saurais nier que l’effort fut intense, et que la tâche n’a pas été facile à mener à bien. Dans quelle mesure le point d’aboutissement dont j’ai proposé ici quelques fragments constitue-t-il un style, ce n’est pas à moi de le dire. J’observe juste que si c’en est un, je serais tenté de le qualifier d’asocial. Les maquettes anatomiques de l'ancien temps renverraient peut-être davantage au terme "écorché", je n'en sais rien.

Enfin, à ceux qui me reprocheraient de donner dans la « poésie expérimentale », à moi qui ne me suis pas privé d'agonir d'injures l’ « art expérimental » et la « musique expérimentale », je répondrai que les critiques acerbes que j’ai adressées à tout un tas de gens (artistes-plasticiens, musiciens, ...) que j’appelle volontiers des contrefacteurs ne sont pas exprimées depuis je ne sais quel Sirius par je ne sais quel Micromégas. Je suis probablement moi-même un contrefacteur dans ce monde presque exclusivement fait de contrefaçons.

Car, même s’il m’arrive de le regretter, je vis aujourd’hui dans le monde tel qu’il est, comme tout le monde, et je vois mal par quel magie je pourrais m’en extraire et ne pas en subir les effets, y compris corruptions, délabrements et contradictions, ni plus ni moins que tout un chacun. Et, puis je le redis, ce livre n’a pas eu de suite : il restera sans descendance et sans postérité.

J’ignore s’il faut le regretter.

Voilà ce que je dis, moi.

jeudi, 02 février 2017

LA MÊME BAIE VITRÉE

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Photo du 1 novembre 2013.

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Photo du 16 janvier 2017 (le restaurant en face est fermé le lundi, et il y a un échafaudage contre la façade).

Photographies Frédéric Chambe.

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7/11

Ce fut un coup d'aile.

Il est tout seul dans son voyage.

Il porte son corps en otage,

sable autant que sablier, ça coule en délité,

il dit son vertige.

 

Qu'il est ténu,

le fil du frein !

C'est venu dans l'apparence,

avec ses taches,

tourné vers après.

 

Mais on est dans la cage,

avec la crainte qui sévit.

L'hiver est dans la poche :

où elle va, la personne ?

 

Couvert de vie,

tout seul avec son bruit.

Il fait son cœur.

 

F.C.

(Livre traduit d'un pur de langue, fragment, p. 65.)

mardi, 31 janvier 2017

RUE D'IVRY 3/4

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Photographies Frédéric Chambe.

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5/11

On a beaucoup nié,

en espérant la chair.

On a pétri du pire,

avant la bouche à mots,

avant de se frotter,

pour grossir la foule.

 

S'il dit : c'est vain,

ça fait violent.

Pour les diverses mères,

en équilibre à la seconde,

ça fait de l'appétit,

des bouts d'hiver,

des corps d'ennui.

L'intime est vide.

 

L'enfant dans le violent,

construit du désordre.

Il joue à l'ennui.

Le comédien le connaît mieux.

La foule inclut son corps,

et sa dérive en bord de vie,

et son déni, son désaxé.

 

Pour celle que je connais

(l'ivresse à dénoyer),

il a fallu du sel,

de l'eau violente.

Le vrai d'hiver,

c'est un corps médiocre,

au bord du vide.

 

Pour celle que je connais,

il faut pétrir.

J'ai vu ses mains d'ennui,

les traces, un équilibre,

mais sans vertu.

On n'a qu'un corps salé.

 

Celle que je connais

meurt en appétit.

Elle a fait de son corps un bruit : 

un son d'artère avec des noms.

Le nombril est ouvert.

Le ciel se retient.

 

 

F.C.

(Livre traduit d'un pur de langue, fragment, p. 24-25.)  

dimanche, 29 janvier 2017

RUE DU PAVILLON 2

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Photographie Frédéric Chambe.

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4/11

C'est la secousse à deuil,

pas la mémoire.

Comme une amphore,

la figure en façade.

 

C'est un format de l'existence :

jamais plus à comparaître.

Comment porter ?

Combien offrir ?

 

La naissance incurvée,

c'est un souci qui fonde.

Dans le trou de mon deuil,

j'entends claquer la voix façade,

la voile enfreinte au neuf du corps.

Jamais je n'ai.

 

Si je porte, j'entends.

Si j'ai voulu, c'est la mémoire.

Il y a de l'ailleurs dans l'autre,

dans l'habit de la voix.

Il a le deuil en souterrain.

Il porte les contours.

 

C'est le moi forcené,

lardé de matins vibrés,

à nu de lame.

On confie sa vie,

et puis on la confisque.

 

F.C.

(Livre traduit d'un pur de langue, fragment, p. 20.)

samedi, 28 janvier 2017

MARCHE A L'OMBRE

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Photographie Frédéric Chambe.

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3/11

Visage en roue voilée,

en vérité mourue sur quoi ?

C'est rapiécé comme un visage.

 

Pas de mais, rien que la glace.

Pour la galerie, ça se ressemble.

Un coup de pouce est à la peine.

C'est que ça brille à la source.

On s'incline.

Un avenir ou deux :

il faudra, tu devras.

 

A peine entré, c'est là qu'on va.

On a repris le cours,

ceux qui prétextaient.

On dévide.

 

Quand on aura vu, on rejoindra.

Dans deux temps, ça peut jouer.

Tout dépendra des comédiens.

 

On appuie à peine.

C'est lent.

On attend pour l'exprimer

les témoins oculaires.

On attend pour agir

la nécessité, les analyses.

 

Il ne faut pas dormir.

On entrevoit : ça mûrit,

beaucoup à la fois.

Il n'est pas en secret.

On veut apercevoir qui se dérobe.

 

Et tant de monde à ce crochet.

 

F.C.

(Livre traduit d'un pur de langue, fragment, p.4.)

vendredi, 27 janvier 2017

PLACE DES TAPIS 2

Dernières feuilles qui résistent, deux silhouettes à la fenêtre.

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Photographie Frédéric Chambe.

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2/11

Étrange et bas, le sûr se tait,

ça dit les bribes.

L'entier n'a pas cessé.

Le temps vient après ça.

 

J'entends cette existence.

Pas loin, c'est en forme de fin.

Dans le conflit, entre en parole.

On n'est peut-être pas.

 

Ecrit à l'endroit fort,

transparent sur l'opaque,

sans repentir entre la forme et la fin.

 

En action pure de langue,

forme à tout prendre.

On fait de la personne en vie.

Le foisonné, c'est la vie-vite.

 

C'est le cœur à l'encontre,

on doit s'y rendre.

La formule est en presque.

 

Ce n'est pas là, le diverti.

Qu'est-ce qu'on a ?

Ce n'est pas net.

Pourtant c'est fort aimé.

Mais dans ce cœur,

on se repasse le plat d'idée.

 

Qui veut ouvrir ?

Qui se tait en dedans,

en trou de forme ?

 

Il faudra bien nommer.

Laisser partir ?

D'après moi, ça se fait.

 

Quand j'ouvrirai, ça servira ?

 

F.C.

(Livre traduit d'un pur de langue, fragment, p.3.)

mercredi, 25 janvier 2017

AMBIANCE SPÉLÉO

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Photographie (à la frontale) Frédéric Chambe.

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1/11

Voilà, ça vient se dire

sans trop de peine.

Qui vient symboliser ?

Qui fait priorité ?

 

C'est que s'il faut que oui,

alors ça sort de soi,

hors du somnolé.

 

Oui, mais ça ne prend pas,

tout retenu dans le pli,

sans forcer la main,

sans faire esprit.

 

C'est une envie qui frappe.

Mais du coup, ça fait tout.

Tout vient ensemble.

On a pas mieux.

 

Trier, ça éternise.

Avec le temps,

ça fait du vent.

 

On a voulu savoir,

c'était au saut du lit.

Mais pour savoir un peu,

on fait du doute.

 

Dans le clair du dessin,

c'est l'attention, avec du mou.

 

Est-ce que ça rend heureux ?

 

F.C.

(Livre traduit d'un pur de langue, fragment, p.2.) 

L'ÉCOLE "PRIMAIRE"

Ça m'a traversé l'esprit. Pas longtemps, certes. Disons un instant. Je voulais déposer mon petit commentaire sur le catafalque de la déconfiture exhibée fièrement par le Parti "Socialiste" à l'occasion de la primaire de la gauche. Saura-t-on un jour la vérité sur le nombre définitif des votants ? Et puis j'ai relativisé quand quelques vers de Baudelaire me sont revenus : 

 

« Au-dessus des étangs, au-dessus des vallées,

Des montagnes, des bois, des nuages, des mers,

Par delà le soleil, par delà les éthers,

Par delà les confins des sphères étoilées,

 

Mon esprit, tu te meus avec agilité, ...»

 

À ces hauteurs célestes, du cloaque où barbotent des sales gosses, plus aucun miasme ne parvient. Allons, tout cela ne vaut pas un iota de notre attention.

jeudi, 22 décembre 2016

RUE CALAS 1

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Photographie Frédéric Chambe.

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A force d’écouter aux portes de la langue

Ce que disent les nuits du parfum des étreintes ;

A force de chanter l’air blanc qui sort des bouches,

Portes de lune éteinte ou chemins de naissance ;

A force de tailler la même écorce vive

Aux formes de la main rétive aux récompenses ;

A force de recoudre, immédiate et limpide,

L’aile figée dans l’ambre au reflet du matin,

 

J’ai coulé dans la pierre une assemblée de pas,

Ma collection d'échecs,

Et ce qui reste moi.

 

F. C.

mercredi, 21 décembre 2016

RUE CHARIOT D'OR 1

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Photographie Frédéric Chambe.

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Il pleut du soir, en fumée ronde,

Sur le désir de poursuivre la route.

Il pleut un air de vieux cheval

Sur le souffle qui s’agrippe.

Il pleut des baisers pieux

Sur la peau qui ne veut rien savoir.

Il pleut des moments creux

Sur la raison désertée d’être.

 

Dans les gouttes des sons qui savent,

Entends la mort des mots qui vient

Derrière le front de ceux qui vivent.

 

F.C.

mardi, 20 décembre 2016

RUE DE CUIRE

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Photographie Frédéric Chambe.

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Pendant que la porte bat en attendant le visiteur,

Pendant que le corps s’en va dans le jardin de la nuit

Souffrir sa solitude irrespirable,

Pendant que l’armée des pensées traverse son désert

Pour venir se heurter au vent qui patrouille,

Pendant que l’inquiétude fabrique ses faiblesses,

Pendant que le stratège des confins révise la bataille,

Le sommeil mord la sentinelle

Et se répand, porté par son incandescence.

 

F. C.

lundi, 19 décembre 2016

RUE DE CUIRE

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Photographie Frédéric Chambe.

 

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De la lenteur de l’air à la pesanteur des paroles,

De l’eau des landes qui s’entrouvrent

Au troupeau des échos qui s’aventurent

Entre deux haies d’étoiles filantes,

De la grammaire qui gît entre les parenthèses

Au corps nerveux qui s’enroule,

Orvet luisant sur le dard du doigt dur,

J’ai connaissance intime de la frivolité.

 

F. C.

dimanche, 18 décembre 2016

RUE DUMONT D'URVILLE

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Photographie Frédéric Chambe.

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Combien je suis d’âmes de bêtes,

Avec le mauvais rêve d’une paix sans miséricorde ?

 

Combien je suis de frères de peu d’emphase,

Museau dans l’abreuvoir

Et sabots dans la vanité ? 

 

Combien je suis de secrets en péril,

Combien de portraits en retard,

Combien d’arides à-peu-près,

Et pour quel texte originel ?

 

F.C.

vendredi, 16 décembre 2016

VARIANTES DE LUMIÈRE

BEC, OISEAU, PLUME, VENT.

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photographie

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Photographies Frédéric Chambe.

***

Unter der Flut

fliegen, an

gehöhten schwarzen

Opfersteinen vorbei,

 

die unendlich geerdete Schwermut

in den

Fahrwerkschächten,

 

berauschte Flugschreiber im

Sehnsuchtsgehänge,

 

künftige Fundstücke, silbrig,

im

schädligen Cockpit,

 

Sichttunnels, in

den Sprachnebel geblasen,

 

Selbstzündblumen

an allen Kabeln,

 

im großen, unausgefahrenen

Felgenring deinen

genabten Schatten,

Saturn.

 

PAUL CELAN

Lichtzwang (1970).

***

Voler sous

le flux, près

des pierres levées

noires, sacrificielles,

 

la mélancolie infiniment mise à la terre

dans les

logements de train d'atterrissage,

 

des enregistreurs de vol grisés dans

la suspension de la nostalgie,

 

de futurs objets trouvés, argentés,

dans

le cockpit crânien,

 

des tunnels de visibilité, soufflés

dans le brouillard du langage,

 

des fleurs d'auto-allumage

à tous les câbles,

 

dans le grand anneau verrouilleur,

pas encore sorti, ton

ombre à moyeu,

Saturne.

 

PAUL CELAN

Contrainte de lumière.

 

 

mardi, 01 novembre 2016

COMPOSITIONS NUANCÉES

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Photographies Frédéric Chambe.

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Pas du jaune, pas du rose, pas du gris : des surfaces, des cloisonnés de nuances.

« Car nous voulons la Nuance encor,

Pas la Couleur, rien que la Nuance ! ».

P. V.

vendredi, 21 octobre 2016

EFFLORESCENCE

Ce qu'il advient du vivant : mou et un peu gluant dans un premier temps (voir ici 12 octobre).

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Photographie Frédéric Chambe.

« Quand de la chair que trop avons nourrie,

Elle est piéçà dévorée et pourrie,

Et nous les os devenons cendre et poudre.

Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre ».

F. V.

(Je n'oublie jamais que le poème commence par : « Frères humains ».)

jeudi, 25 août 2016

BAUDELAIRE À LYON

Les amateurs des Fleurs du Mal, les spécialistes de la question, les professeurs de Lettres le savent : Baudelaire est passé par Lyon. Il y a même demeuré de 1833 à 1836 : le lieutenant-colonel Aupick, qui a épousé sa mère restée veuve, est en poste dans la ville. En 1834-1835, Charles est élève en classe de troisième, interne au Collège Royal de Lyon (aujourd’hui lycée Ampère). S’il ne brille pas parmi les « premiers-de-la-classe », il n’est pas mauvais élève. La preuve, c'est qu'à la fin de l’année scolaire, il obtient quelques récompenses (qui ne l'empêcheront pas de redoubler sa troisième l'année suivante à Paris, au collège Louis-le-Grand).

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A cette époque d' "obscurantisme moyenâgeux", le romantisme dévoyé d'un Prévert n'avait pas encore élevé le cancre à la dignité de héros moderne et de modèle à suivre. A cette époque d' "arrogance élitiste", un égalitarisme intégriste et fanatisé n’avait pas encore causé les ravages auxquels on assiste depuis quatre décennies, et qui ont ruiné le système éducatif républicain. A cette époque "bourrée de stéréotypes archaïques", on craignait si peu de reconnaître les mérites scolaires des meilleurs élèves que ceux-ci étaient célébrés en fin d’année au cours de la cérémonie dite « Distribution des Prix », cette vieillerie que mai 68 a jetée à la poubelle, en même temps que les insupportables « chaires » et autres estrades, qui soulignaient par trop l'imméritée supériorité du maître sur l'élève. Le Collège Royal de Lyon avait même si peu honte qu'il faisait imprimer la liste de ceux qui méritaient le plus d’être distingués. C’était l’imprimeur Boursy, rue de la Poulaillerie (où se situe aujourd’hui le musée de l’imprimerie), qui était chargé de la fabrication de ce "tableau d'honneur".

C’est ainsi que le nom de Charles Baudelaire, en ce jour solennel du 28 août 1835, fut prononcé à six reprises, dans autant de disciplines :

« Thème »,

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« Version latine »,

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« Vers latins »,

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« Version grecque »,

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« Arithmétique »

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et « Dessin » (spécialité « Figures », les deux autres étant « D'après nature » et « Académies »).

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Certaines paraîtront aller de soi, d’autres sembleront plus surprenantes. Quant au dessin, il sera une évidence aux familiers de cette partie de son œuvre où le poète se livre à la critique artistique.

Ce n’est qu’un document, à peine une anecdote ; c'est, si l'on veut, de l'histoire littéraire abordée par son tout petit côté. Pourtant cela me fait quelque chose de voir imprimé noir sur blanc le nom de Charles Baudelaire adolescent (il a 14 ans), dans ce mince volume que je tiens dans la main,

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où ont été reliés (demi-basane rouge) les tableaux d'honneur de 1835 et 1836 d'un grand lycée de province. Il ne me semble pas indifférent de pouvoir toucher du doigt un témoignage, si modeste soit-il, du passage d’un tel génie dans notre ville (il n'engloba pas celle-ci dans la même aversion que celle dont le nom d'Aupick était pour lui l'objet. On raconte qu'il criait, sur les barricades de 1848 : « Fusillez le général Aupick ! »). J'ai l'impression de parvenir à lui par une voie facile et proche (si j'ai obtenu un premier prix de version latine [au royaume des aveugles ...], j'ai toujours été infoutu de composer des vers latins), mais inconnue du plus grand nombre.

C'est un privilège.

Voilà ce que je dis, moi.

Note : j'aurais pu faire figurer dans ce billet les noms des trois élèves de cette classe de troisième (« Professeur, M. Carrol ») qui jouent les Usain Bolt pour truster les médailles. Je les mentionne pour mémoire : Benjamin Marcouire, de Montpellier, élève interne, vainqueur toutes catégories, qui revient à sept reprises, dont cinq sur la plus haute marche du podium (« Excellence »,« Thème », « Version », «Vers latins » et « Histoire ») ; Nestor de Songeon, de Bourgoin, élève interne, huit fois cité, mais plus souvent en position de Poulidor ; Jean-Jacques Hardouin, de Lyon, élève interne, excellent "troisième couteau", dont le nom apparaît cinq fois. On trouve encore les noms d'Auguste Blanc, Marius Ginoyer, Eugène Turin, Jean-Baptiste Gérentet, Victor Boisset, Décius Giamarchi (de Vescovato, Corse).

Figure aussi un certain Dominique Barnola (« de Lyon, pension Champavert ») qui me rappelle les monstrueux chahuts que, élèves de 2de dans les antiques bâtiments de ce même lycée Ampère, nous avions fait subir au nouveau professeur de physique-chimie, qui portait ce patronyme, pour étrenner sa première année d'enseignement (dévissage intégral des plateaux - en bois - et des pieds - en fonte - des tables, entre autres, avec les conséquences qu'on peut imaginer). Nous retrouvant à la rentrée suivante, il s'était cruellement vengé, en crucifiant dans les trois premières minutes du premier cours notre camarade Pons, beaucoup moins méchant que nous autres, mais pas assez "discret" (ce qu'on appelle "faire un exemple"). Cette année-là, il fut tranquille. Comme quoi ...

samedi, 18 juin 2016

UN POEME

Je maquille là où je reste.

Je masque mes trésors.

 

J’assouplis mes humeurs amirales

Qui décomposent la frontière

Entre mon visage et le temps.

 

Et je compte à chaque minute

Chaque trace du pinceau qui rature

Le sillage creusé de mes traits.

 

J’ouvre sur hier des fenêtres,

Gouffres possessifs de reflets.

 

Mais voilà le miroir, jaloux de l’ombre où je le tiens,

Qui voudrait resserrer ses méandres

Autour du nombre de mes vies.

 

Je l'assigne à redevenir un sosie.

09:00 Publié dans PAS POETE MAIS | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : poésie