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jeudi, 28 octobre 2021

AU VIOL !!!

« Le mâle ! Le mâle dont le baiser est une blessure, dont l'étreinte est une torture, dont l'attente est une angoisse ! Le mâle qui viole comme l'assassin tue, le mâle qu'elle a déjà subi et qu'il faut fuir, fuir comme la mort. »

...

« Il est là. Il approche. Elle sent le vent de son corps lancé à sa poursuite. Il est derrière elle; il va l'atteindre ! Oh ! lui tenir tête et résister. Elle arrive à la galerie et se retourne vivement pour opposer à l'ennemi la herse de ses pattes armées. Un choc violent. Un pilier de terre s'écroule, et Nyctalette, qui l'a heurté en se retournant, roule aussi parmi l'avalanche des mottelettes.

En un bond il est sur elle ; il la tient ; il lui serre entre ses petites dents la peau du cou moite de sueur, et tandis qu'elle jette aux sombres échos des souterrains des appels désespérés, un sexe barbelé, comme une épée de feu, lui perfore les flancs pour le viol, le viol éternel et sombre que toutes les Nyctalettes subissent quand les sèves montantes ont enfiévré dans leurs veines le sang ardent des mâles féroces aux sexes cruels, par qui se perpétue l'œuvre auguste des maternités douloureuses. »

***

On s'y croirait, n'est-ce pas ? On l'aura sans doute compris : l'action se passe dans un tunnel, souterrain étroit où se déplace, vit et se nourrit le monde des taupes. Un petit monde, certes, mais impitoyable, comme on le voit. Le sexe du mâle de la taupe est-il "barbelé", comme l'écrit l'auteur ?  

On trouve cette prose dans la nouvelle Le Viol souterrain, extraite de De Goupil à Margot, prix Goncourt 1910. Son auteur, Louis Pergaud, est mort en avril 1915, au cours d'une attaque dans le secteur des Eparges (cote 233). Son corps n'a pas été retrouvé. A-t-il, comme certains le supposent, reçu des balles alors qu'il était coincé dans des barbelés, puis été écrasé dans le bombardement de l'hôpital où des Allemands l'avaient emmené ?

On ne lit plus guère, je pense, ses formidables nouvelles campagnardes (J'aime aussi énormément La Revanche du Corbeau). C'est tout à fait regrettable. Lit-on davantage La Guerre des Boutons, son livre le plus connu du fait des multiples (cinq selon l'encyclopédie en ligne) transpositions au cinéma ? Pas sûr.

J'ai trouvé intéressant de citer ce passage en des temps où il ne fait pas bon être un homme ou un père. Des temps où vous pouvez entendre aux informations sur France Culture de superbes calembredaines du genre : « Un enfant en dessous de six ans ne ment pas, c'est prouvé ! » ou « Toutes les mères protègent leur enfant ! ». Ces "fake news" — comme le montre la pas si ancienne "affaire d'Outreau" —, c'était aujourd'hui [27-10] sur France Culture, chaîne publique nationale réputée sérieuse : on ne peut plus se fier à personne. Aucun vrai journaliste n'était là pour démentir.

mercredi, 27 octobre 2021

MON PASSAGE MERMET

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Pendant qu'Emmanuel Macron n'en finit pas de manquer à sa parole, s'agissant du sort qu'il réserve à l'hôpital public (voir le journal Le Monde daté 26 octobre et l'article sur le massacre de l'hôpital Pitié-Salpêtrière), jetons un œil sur un petit coin de Croix-Rousse.

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Parmi les rampes que je préférais quand j'étais minot : valait mieux pas se planter, c'est raide.

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1 - Photo de Didier Nicole, 1999.

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2 - Dessin de Berlion pour un épisode de Sales Mioches, une chouette BD sur scénario de Corbeyran, qui parcourt la Croix-Rousse dans tous les sens.

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3 - Photo de F.C. prise au cours d'une bambane en 2018 : comme un gouffre noir.

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4 - Dessin de Kraehn pour un épisode de Gil Saint-André, où le passage Mermet s'éclaircit soudain, peut-être pour mettre en évidence la mini-jupe de la dame qui monte qui monte.. 

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Le passage Mermet n'a pas la renommée de son voisin, le passage Thiaffait, situé de l'autre côté de l'église Saint-Polycarpe. D'abord, il est nettement plus étroit et sombre, se terminant sous une voûte basse à son arrivée rue René-Leynaud.

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Et puis son escalier a quelque chose de monolithique : quelques volées de marches coupées en ligne droite par une rampe métallique étroite, vernissée à force de glissades des pantalons des garnements du quartier. Alors que pour accéder à la grande cour de Thiaffait, la rue Burdeau offre des solutions variées comportant des diverticules fermés ou non par des grilles, donnant parfois accès à des habitations. Il y en a même une, obstinément close, qui semble conduire dans je ne sais quels tréfonds secrets de l'église. 

mardi, 26 octobre 2021

UNE PHOTO A MON GOÛT

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Des lieux peu ragoûtants, c'est sûr, mais une photo digne d'intérêt, selon moi. Pourquoi ? Je ne sais pas. Sans doute un cadrage plus savant qu'il n'en a l'air. Peut-être l'étrangeté de l'ambiance générale. Peut-être aussi la symphonie des gris offerte par le cadre et l'effet esthétique qui s'en dégage : j'ai toujours été sensible aux surfaces impures, aux murs décrépis, aux affiches déchirées, superposées, confuses. Comme quoi, dans le monde des images, le sujet est une chose, la façon dont il est traité en est une autre. Ici, dans le fond, peu importe la localisation exacte.

***

Photo prise par l'excellente Marcelle Vallet, née en 1907, décédée en 2000. Ci-dessous, son portrait en 1991 par Claude Essertel.

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lundi, 25 octobre 2021

J'ETAIS DANS LA SALLE

QUAI BONDY 2015 SALLE MOLIERE KHALED.jpg

C'était lors d'un concert donné par l'ami Khaled Ben Yahia, virtuose du oud. Je suis caché dans la foule. Ohé ami, sauras-tu me reconnaître ?

dimanche, 24 octobre 2021

UNE PHOTO PARFAITE

Photo trouvée sur le site de la Bibliothèque Municipale de Lyon, sous le titre :

« Escalier menant au bas-port du Rhône ».

BAS PORT DU RHÔNE FJSYLV.jpg

Une plaque de verre de format 13 x 18 cm. appartenant au fonds "Jules Sylvestre" de la BML. Pas d'autre information.

Rien sur l'auteur de l'image. Rien sur l'époque ou la date du cliché, à part un pauvre  [19..?]. Rien sur l'emplacement exact de ce chef d'œuvre architectural digne des jardins d'un château de la Loire. Un chef d'œuvre photographique aussi, non seulement par le cadrage, mais aussi par le choix du moment, avec sa luminosité savamment diffuse.

Une question. Où est-on ? Spontanément, je dirais volontiers : en dessous de la place Tolozan. Rien de sûr, évidemment. Autre question : quel urbaniste criminel a établi les plans d'un projet qui incluait la destruction d'une telle merveille ?

Contrairement à ce que prétend une publicité imbécile entendue sur les ondes hertziennes, le BEAU n'a pas toujours raison.

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Note : après quelques vérifications, il semble impossible de situer cette architecture au niveau de la place Tolozan. Le mystère reste entier.

mercredi, 20 octobre 2021

LA FESSE CACHÉE DU "GRAND LYON"

Les "Communautés Urbaines", "Communautés d'Agglomération", "Communautés de Communes" et autres regroupements d'exécutifs municipaux ont fleuri sur le territoire national depuis une quarantaine d'années (évaluation au pifomètre, au doigt mouillé ou à tout autre critère de mesure scientifique). S'agissant de la première de ces appellations administrative, les crânes de poule qui ont pondu cet œuf-là n'avaient pas tenu compte d'un détail : l'acronyme résultant de la création de la Communauté Urbaine de Lyon. Car dans le cas de notre cité bien aimée, cela donnait un sigle (à lire verticalement ci-dessous) qui pouvait prêter à rire dans les rangs des gens mal intentionnés, comme le montre le petit bidouillage auquel je me suis livré sur une photo prise par Pierre Clavel.

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Bien entendu, les édiles sont tous tombés d'accord pour que la Capitale des Gaules ne devienne jamais la risée de qui que ce soit, et ont astucieusement tourné la difficulté, la deuxième lettre de chacun des mots rendant toute confusion impossible (Co.Ur.Ly.), tout en rendant hommage à un volatile qu'on peut observer en Dombes, j'ai nommé le courlis.

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Mais les mêmes édiles, constatant la persistance des esprits caustiques à se gausser de la transparence du masque ainsi posé sur l'académie (« Voir votre académie, Madame, et puis mourir ! » chante Tonton Georges), ont voulu aller plus loin et ont tout bonnement proposé l'expression "Grand Lyon", au risque de défriser toutes sortes de susceptibilités dans les localités périphériques. Pour mettre tout le monde d'accord et en finir avec les querelles clochemerlesques, il a fallu attendre la création des "Métropoles" au plan national. Avouez qu'en prononçant "Métropole de Lyon" avec l'intonation et la conviction adéquates, on en a tout de suite plein la bouche et la formule donne à celui qui l'articule des potentialités d'emblée plus majestueuses.

Je garde cependant une grande affection à l'énoncé d'origine (C.U.L.), ne serait-ce que parce qu'il rappelle avec force un sport spécifiquement lyonnais, je veux parler des boules. Attention, pas n'importe lesquelles. Il s'agit ici de "La Lyonnaise", autrement appelée "La Longue". Car ce jeu traditionnel comporte une clause à mes yeux réjouissante : quand une équipe ne marque aucun point dans une partie, elle se fait un devoir d'aller "baiser le cul de la Fanny".

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Sculpture de Geneviève Böhmer pour les défunts terrains de boules du Clos-Jouve. Photo de Claude Essertel.

Le pudique Nizier du Puitspelu ignore la Fanny, et ne retient ("parlant par respect") que l'expression « baise le ... fond de la vieille ». Il prend un malin plaisir ensuite à justifier longuement le non-emploi du mot auquel tout le monde pense, et se demande avec un sourire en coin si la "bonne religieuse" euphémisait : « Je raccommode la fonlotte de M. le Fonré ». Cent vingt et quelques années après son irremplaçable Littré de la Grand-Côte, et en pleine tempête touchant l'Eglise catholique, cette phrase innocente passerait sans doute pour suspecte. Heureusement, il n'y a plus beaucoup de "M. le Fonré".

Voilà ce que je dis, moi.

mardi, 19 octobre 2021

SAVANTS AU POTEAU DE TORTURE

On a pu voir, au cours de la pandémie, que l'opinion publique, aidée en cela par quelques scientifiques dévoyés ou vaguement complotistes, était toute prête à clouer au pilori les représentants de la science authentique, pour leur faire subir tous les outrages. Cette situation, disons-le, a été anticipée par quelques visionnaires.

Morris.

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Hergé.

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Ce qui s'appelle avoir les pieds sur terre, et montre avec quelle intrépidité les représentants de la science authentique sont prêts à affronter les pires épreuves.

lundi, 18 octobre 2021

UNE DAME TRÈS DISTINGUÉE

Qu'est-ce que c'est, les "Bonnes Manières" ?

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Le pédagogue, auquel Lucky Luke évite de justesse le goudron et les plumes.

AVANT

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APRÈS

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Moralité : Calamity Jane est un excellent professeur.

dimanche, 17 octobre 2021

RENÉ LANAUD, PHOTOGRAPHE

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Cette photo a été prise rue Saint-Jean le 10 novembre 1991. Quand je suis tombé dessus sur le site de la B.M.L., j'ai eu la surprise de reconnaître l'une des personnes présentes à l'image. Car on est au 29, rue Saint-Jean (maison Le Viste), là où un nommé Avon a fondé la librairie Diogène en 1974. C'est justement lui qu'on voit, dix-sept ans plus tard, installé dans son fauteuil dans son attitude favorite, devant le magasin à profiter du soleil de novembre. Je doute (je peux me tromper) que René Lanaud ait su exactement quelle figure de la librairie lyonnaise d'ancien il immortalisait ainsi : il faut avoir connu Avon.

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Avon avait une conception tranquillement épicurienne de l'existence. En affaires, il était direct et redoutable : « Je suis ardéchois », avouait-il en guise d'explication. Sa barbe dense et proliférante devait être pour quelque chose dans l'"explication". Cela ne m'a pas empêché [j'ai eu cette chance], juste à l'ouverture de son échoppe (ce n'est que plus tard que c'est devenu une "entreprise"), de lui acheter pour une somme outrageusement modique les Œuvres Complètes d'Alfred Jarry.

C'était l'édition 1948 de René Massat (Fasquelle et Kaeser), et en tirage de tête s'il vous plaît (N°F22 sur "grand vélin filigrané Renage"). Une belle édition toujours méprisée par le cercle des Vestales du Collège de 'Pataphysique, qui veillent hargneusement sur les mânes du père du Père Ubu, et qui persistent à coller des guillemets à "complètes" au prétexte l'inventaire des œuvres et l'établissement des textes manquent de sérieux. Même si ces cerbères n'ont pas entièrement tort, et qu'il faut leur reconnaître une grande rigueur, leur susceptibilité au sujet de tout ce qui concerne Alfred Jarry montre tous les symptômes de la maladie sectaire. 

En 1974, M. Avon débutait à peine, il n'était sans doute pas au courant des prix du marché et il essayait de mettre un peu d'ordre dans la masse de livres qu'il avait achetés pour inaugurer son commerce. A sa décharge, il faut ajouter que quatre des huit volumes avaient subi une très vilaine reliure d'amateur, dotée de quatre "faux nerfs", viles boursouflures comme des cicatrices mal soignées, du plus mauvais effet. M. Moura, le relieur de la rue Sala à qui j'avais confié la tâche de réparer les dégâts, avait fait une mine apitoyée.

La maison s'est bien rattrapée ensuite : il m'est arrivé d'assister à une vente aux enchères où le successeur d'Avon, un barbu plus falot mais aux puissants moyens, devenu une sorte de terreur sur la place de Lyon, a gardé d'un bout à l'autre de la vente la main levée, au point de rafler l'intégralité des lots (ou presque : le commissaire priseur a dû lui en vouloir, car plus personne n'osait enchérir contre lui).

Rue Saint-Jean, en face de "Diogène", sévissait J.P.C., un moustachu caractériel qui vendait d'occasion, aux clients dont la tête lui revenait, des disques de jazz (c'était l'époque des vinyles), en particulier des exemplaires du service de presse, reconnaissables à l'encoche que l'éditeur y découpait dans un des angles supérieurs. Je n'ai jamais su sur quels indices il s'appuyait pour refuser mordicus de vous délivrer quelque petit trésor dissimulé sur les rayons du bas.

Aux dernières nouvelles, je me suis laissé dire que la librairie Diogène a des soucis avec le propriétaire des murs : il semblerait que le loyer exigé soit soumis à la même scandaleuse logique spéculative que celle qui, après avoir failli détruire le Café de la Cloche (rue de la Charité), a jeté dehors la pizzeria Carlino (rue de l'Arbre-Sec), au grand dam de Carlino lui-même, de ses amis et de la foule des amateurs qui fréquentaient le lieu. J'aime à penser que, si Avon était encore aux manettes, on aurait droit à un beau spectacle bien "musclé" entre le propriétaire et son locataire.

Je me dis qu'il est loin, à Lyon, le temps où un père de famille nombreuse au revenu somme toute modeste avait malgré tout les moyens de loger sa smala entière dans les 300m² d'un superbe appartement du quai Lassagne où il pouvait se donner des airs de grand bourgeois, sur le parquet "Versailles" et sous un plafond à 4,2 mètres, où le thermomètre en hiver avait du mal à dépasser le seuil des 14°C à hauteur d'homme.

Voilà ce que je dis, moi.

samedi, 16 octobre 2021

RENÉ LANAUD, PHOTOGRAPHE

René Lanaud, 1921-2007.

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Ektachrome fait des merveilles, mais le regard du bonhomme n'est pas mauvais non plus, ainsi que les circonstances. Vu le dessin assez particulier de l'arête montagneuse, je pense qu'il n'y a pas besoin de préciser le lieu de prise de vue.

mercredi, 06 octobre 2021

PARLONS PHOTOGRAPHIE

Fouiner dans le patrimoine photographique déposé à la Bibliothèque Municipale de Lyon, c'est diablement intéressant. Principalement parce qu'on ne cesse d'apprendre toutes sortes de choses sur la ville de Lyon (et parfois lieux circumvoisins). Mais aussi parce qu'on découvre dans ces archives la façon dont toutes sortes de gens armés d'un appareil photographique portent leur regard sur leur cité. Et puis il arrive, dans un détour du défilement des images, que certaines anomalies apparaissent, à peine dissimulées dans un recoin inaperçu. Ainsi, en parcourant les richesses du "Fonds Sylvestre" (Jules Sylvestre, 1859-1936), je suis tombé sur un cliché qui a piqué ma curiosité : une automobile Hotchkiss conduite par un chauffeur coiffé d'un béret, sur fond de bâtiments en construction, circa 1930.

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Là, on me dira ce qu'on voudra, mais c'est trop sombre.

La première curiosité se trouve dans la légende accompagnant la photo. Aucun doute sur la marque de l'auto et les bâtiments en construction : il s'agit bel et bien d'une Hotchkiss et de l'Hôpital de Grange-Blanche autour de l'année 1930. Toutes les occurrences sont d'accord. Là où un certain flou introduit une certaine incertitude, c'est que dans un cas on nous dit que c'est le véhicule officiel de la mairie de Lyon, que l'opérateur a immortalisé lors d'une visite d'Edouard Herriot sur le chantier, accompagné de l'architecte du projet, Tony Garnier ; et que dans un autre, on (j'ignore qui) fait de l'automobile la propriété de Tony Garnier.

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Ici, un léger mieux : il y a une éclaircie.

La deuxième curiosité se situe dans le travail de laboratoire, d'où est sortie l'épreuve papier que le spectateur a aujourd'hui sous les yeux. Il se trouve qu'un certain Guy Borgé (1925-2013) est l'auteur d'une foule des tirages aujourd'hui en possession de la B.M.L. Je laisse au visiteur le soin d'apprécier ou non les choix effectués par le nommé Guy Borgé, aviateur et photographe, quelqu'u qui est censé avoir de bons yeux. Je me permets seulement de regretter que l'institution lyonnaise détienne trop peu d'originaux sortis directement du laboratoire de Jules Sylvestre en personne, tant la façon dont le tireur a conduit sa tâche me donne l'impression d'un ratage (j'ose le mot). Certes, on peut être esthétiquement séduit par le choix du sépia et l'effet ainsi produit par la diffusion de la lumière.

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Alors là je dirai juste : y a pas photo !

Je regrette quant à moi que cet apparent avantage s'obtienne au détriment de la netteté et du "piqué". C'en est au point que lorsque je tombe sur une photo sépia, j'ai maintenant la tentation spontanée de l'attribuer à Guy Borgé, ce que confirme bien souvent la rubrique B.M.L. "Note à l'exemplaire". Ce n'est pas que les photos tirées par Borgé soient laides, bien entendu, mais j'ai fini par me demander si ce dernier ne souffrait pas de myopie, pour que dans leur immense majorité, ses tirages soient flous, jusqu'à rendre inidentifiables les traits des personnes photographiées. Haro sur Guy Borgé !

Et je me souviens de mes travaux photos confiés à M. Mortier, photographe unijambiste qui exerçait dans son magasin du centre de Sainte-Foy-lès-Lyon, surtout vers la fin de son activité, et que le sujet des photos qu'il  me rendait avait tendance à s'estomper dans une sorte de "sfumato" qui n'avait rien de pictural.

lundi, 04 octobre 2021

POUR BERNARD TAPIE

Face au déluge d'éloges et d'hommages qui se sont abattus sur le cadavre de Bernard Tapie aussitôt connue sa disparition, je tiens à apporter ma modeste pierre à l'érection du monument posthume qu'une touchante unanimité a immédiatement décidé d'élever au dernier aventurier de haut vol que la France ait produit.

Au flibustier magnifique qui a su fasciner la France au gré de ses hauts faits et méfaits dans les domaines de la chansonnette, du sport, de l'industrie, de la presse, de la politique et des tribunaux correctionnels.

Au pirate des affaires qui avait réussi à mettre dans sa poche, en plus des sommes que l'on sait et des sommes que l'on ignore, toutes sortes d'hommes politiques sérieux à coups de bluffs aussi énormes que son culot et sa roublardise.

Au champion toutes catégories du mélange des genres et des intérêts qui caractérisait les "chevaliers d'industrie" au XVIII° siècle, comme ça devrait s'appeler si l'on voulait s'approcher de la vérité.

Je propose donc, en signe de reconnaissance des immenses services que Bernard Tapie a rendus à tous les candidats esc[autocensuré]cs, d'élever une statue qui ressemblerait à peu près à ceci.

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Dessin de Peyo.

Que tout le monde, du premier ministre Jean Castex à Jean-Louis Borloo et de l'extrême gauche anti-Le Pen à l'extrême-droite — Jean-Marie Le Pen en personne s'est fendu d'une déclaration vibrante d'admiration —, vienne s'agenouiller devant la dépouille de ce forban qui doit par voie de justice 450 millions d'euros aux contribuables français, en dit long sur l'état moral et intellectuel de la France aujourd'hui, dirigeants, population et supporters de l'équipe de football de Marseille confondus.

jeudi, 30 septembre 2021

TRIBULATIONS D'UN PORTAIL CROIX-ROUSSIEN

1 - Propriété d'une sans doute noble famille (Mazuyer).

1 BD CROIX ROUSSE N°80 ANCIEN PORTAIL LA TOURETTE.jpg

2 - Ecole Normale d'Institutrices (c'est fièrement inscrit sur le fronton).

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3 - Collège moderne (photo ©Largo43) : c'est aujourd'hui.

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4 - L'usage change, le portail reste, avec le blason d'origine (blason impossible à lire faute d'indications gravées des émaux et métaux revêtant le champ et les meubles de l'écu).

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On trouve ça au N°80 du boulevard de la Croix-Rousse.

Une petite recherche m'apprend la véritable figure du blason Mazuyer, que "SanglierT" (je n'y peux rien : c'est l'auteur) décrit ainsi : « D'azur au chevron d'or accompagné de deux étoiles d'argent en chef et d'un croissant de même en pointe ». C'est peut-être vrai, je n'en sais rien.

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Quoi qu'il en soit, si je voulais chipoter, je reformulerais ainsi : « D'azur au chevron d'or accompagné en chef de deux étoiles à cinq rais d'argent et en pointe d'un croissant ["montant" est facultatif] du même ». Le casque juché sur le chef de l'écu est peut-être d'un baron. Avec de bons yeux, on distinguera un pélican qui s'ouvre le flanc pour nourrir ses petits. Avec une loupe à fort grossissement, on lira la devise : « NON MIHI SUM NATUS » ("Je ne suis pas né pour moi-même"). On admettra que ça change tout, n'est-ce pas.

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Un peu d'histoire pour les amateurs (merci à Mme Catherine Guillot, Conservatrice du Patrimoine, auteur du texte qui suit).

Le Portail de la Tourette à Lyon : un témoignage des demeures champêtres de la Croix-Rousse. Intégré en 1888 à l’école normale d’institutrices, devenue successivement institut de formation des maîtres puis collège, le portail de la Tourette demeure un des ultimes témoignages des clos champêtres situés à la Croix-Rousse.

Ses origines

Les possesseurs successifs du tènement de la Tourette ont été identifiés par Irénée Morel de Voleine, dont la documentation a été enrichie par René Mazuyer dans les années 1930 et donnée aux archives départementales du Rhône en 1947. L’origine de la propriété, située sur le territoire de Maljulin, remonte au XIVe siècle ; celle du portail au 2e quart du XVIIe siècle à la suite de la vente en 1627 par Marguerite Dallier, veuve de Jacques Teste, de la propriété à Jehan Mazuyer. Outre la présence d’une demeure, le terrain est alors essentiellement couvert de vignes.

Arborant les armes des Mazuyer, le portail a dû être édifié peu de temps après son acquisition par cette famille. En effet, en 1628, Jehan Mazuyer a obligation de clore sa propriété de la Tourette, située près des remparts, et c’est sans doute à cette occasion que le portail est érigé. Contrairement à sa situation actuelle, l’édicule était placé entre deux corps de bâtiments. Le terrain demeure propriété de la famille (sous le nom de Parfait, puis de Favier) jusqu’en 1793 au moins, avant sa division en plusieurs lots. 

Un motif pour les artistes de la fin du XIXe siècle

En 1878, le portail attire l’attention d’un artiste soucieux du patrimoine lyonnais ancien, Charles Tournier, qui en réalise un dessin, puis une eau-forte en avril 1878, éditée par Mademoiselle Giraud à Lyon. Une annotation portée sur le dessin localise le portail au 1 rue de la Tourette. En 1883, cette gravure vient illustrer un article consacré au portail dans Lyon Revue du 30 septembre, signé J.J. Grisard. En 1885, Claude-Louis-Bon Morel de Voleine réalise des photographies du portail. Huit ans plus tard, Tournier reprend l’eau-forte dans la première livraison du Recueil d’archéologie lyonnaise, dessiné d’après nature, publié par série de cinq gravures à partir de 1891 ; l’imprimeur Wulliam édite également l’estampe séparément.

Le dessinateur diffuse ainsi une vision du portail antérieure à la construction de l’école normale d’institutrices (1884-1888) et en varie les éléments pittoresques : jeune femme et enfant, couple assis sur un banc sur le dessin, vide de tout personnage, ou, substitut du spectateur, couple de dos au seuil des lieux, sur les différents états de l’eau-forte. Dans ses représentations, il supprime la grille qui fermait le portail et invite à découvrir la propriété, sentiment frustrant pour le spectateur d’aujourd’hui puisqu’il n’existe pas de représentation précise figurée des jardins et de la demeure.

La photographie s’empare également du motif du portail avant son démantèlement : le fonds Sylvestre de la bibliothèque municipale et les fonds de photographies des archives municipales et départementales en témoignent. La végétation qui se multiplie sur les parties hautes confère une note romantique : le portail commence à disparaître sous la glycine.

D’une disparition probable à une recréation

En 1852, la Croix-Rousse est rattachée à Lyon et les fortifications démantelées en 1865. A leur emplacement est aménagé le boulevard de la Croix-Rousse ; des édifices publics sont projetés afin de lui assurer un aspect monumental. En 1879, la formation des futures institutrices est assurée dans les locaux du clos de la Tourette. Dès 1880 est lancé le concours de l’école normale d’institutrices, concours remporté par l’architecte Philibert, dit Philippe, Geneste (1846-1938). L’école doit prendre place sur le même site, entraînant la démolition des bâtiments antérieurs.

Malgré la diffusion de l’image du portail, sa préservation, ainsi que celle d’autres vestiges de la demeure, ne semblent pas être prioritaires. Cependant, grâce à l’intervention de Morel de Voleine et de Félix Desvernay, le portail fait néanmoins l’objet de l’attention du Conseil général, qui décide finalement de le sauvegarder.

D’après Desvernay, le portail est en effet replacé en 1888 par Geneste comme portail de la nouvelle école, en y incluant au revers des vestiges provenant de la propriété, retrouvés en avril 1888 dans le jardin, sans doute à la suite des démolitions, par Desvernay lui-même. Des éléments, dont les plus anciens remonteraient au XVe siècle, sont ainsi intégrés au monument, créant une œuvre en partie nouvelle. La comparaison entre les photographies réalisées avant la démolition et après la reconstruction atteste de la fidélité de cette reconstitution quant à l’élévation antérieure du portail.

Après la « réinstallation » du portail boulevard de la Croix-Rousse, ses représentations continuent à se diffuser, que ce soit par la photographie ou la presse : en particulier, Le Progrès illustré du dimanche 7 avril 1901 montre, dans sa rubrique « Les rues de Lyon », trois images du portail (en élévation, les armoiries et l’assemblage du revers) par le dessinateur H. Girrane.

La reconnaissance patrimoniale du portail trouve son aboutissement en 1910, date à laquelle il est classé au titre des monuments historiques (arrêté du 22 janvier 1910). Sa représentation se répand alors sous la forme d’édition de cartes postales, notamment par la société S. Farges (S.F.) en 1913, et dans l’entre-deux-guerres.Le remontage du portail et la composition élaborée au revers par Devernay et Geneste en font une des rares reconstitutions-créations au sein du patrimoine lyonnais, dans l’esprit des antiquaires de la Renaissance et de l’Age baroque. Désormais implanté le long du boulevard de la Croix-Rousse, le portail demeure l’une des ultimes traces des clos champêtres de la Croix-Rousse non religieux et évoque les anciennes familles lyonnaises par les armoiries qu’il porte ; il est également révélateur d’une vision pittoresque du patrimoine, de l’action de sauvegarde des érudits lyonnais de la seconde moitié du XIXe siècle et d’un esprit de recréation, associant des éléments disparates provenant de l’ancienne demeure, tout en s’intégrant à la composition réalisée par Geneste pour l’école normale d’institutrices.

Le chantier de reconversion de l’institut de formation des maîtres en collège en cours depuis 2010 va permettre la restauration du portail, grâce aux échanges entre le Conseil général du Rhône et le service territorial de l’architecture et du patrimoine (STAP). 

Catherine Guillot – conservatrice du patrimoine à l’Inventaire général du patrimoine culturel, Région Rhône-Alpes.

lundi, 27 septembre 2021

UNE BD ANTISEMITE ???

J'ignore si les aventures dessinées de Barbe-Rouge le pirate, de son fils Eric, de Baba le noir et de Triple-Patte l'unijambiste sont encore lues et appréciées par les jeunes générations. J'imagine que les "mangas" leur dévorent davantage d'argent de poche que ces vieilleries juste bonnes pour quelques collectionneurs fétichistes, nostalgiques et maniaques.

Cela dit, elles ne se doutent peut-être pas que c'est Barbe-Rouge et ses acolytes qui ont servi de modèles aux infortunés pirates qui se font régulièrement casser la figure et le navire dans les aventures d'Astérix. Goscinny se moque gentiment de ses amis en mettant dans la bouche de Triple-Patte, après chaque naufrage, des formules latines qui exaspèrent le pirate et en faisant prononcer à l'africaine les "r" par Baba le noir (comme dans la BD Barbe Rouge). On peut compter sur le crayon d'Uderzo pour donner le maximum d'effet à ces coups de pattes amicaux.

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J'adore le "B'''''''''''''! Elle est f'oide" p'ononcé pa' Baba. Triple-Patte, lui, en profite pour citer Virgile (Georgiques) : « Ô trop heureux les paysans, s'ils connaissaient leur bonheur ! ».

Quoi qu'il en soit, me replongeant dans quelques volumes des aventures du héros conçu et scénarisé par Jean-Michel Charlier au début des années 1960, et dessiné par Victor Hubinon, j'ai retrouvé sans trop de plaisir les scénarios tarabiscotés de Charlier, que j'ai trouvés bourrés de tics, de tocs et de trucs narratifs, confortablement ancrés sur la grande lutte éternelle du Bien et du Mal, selon un schéma très nettement manichéen. 

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Les méchants barbaresques raffolent des femmes blanches, qu'ils se procurent lors d'inqualifiables actes de piraterie pour en faire un pitoyable gibier de harem ou en tirer rançon. Inqualifiable ! Que fait Sarkozy ?

C'est sur le même schéma, au moins dans les débuts, que Charlier conçoit les aventures de Tanguy et Laverdure (dessin Victor Hubinon) [erratum : c'est Uderzo qui s'y colle, voir le commentaire de Guy], celles de Buck Danny (dessin Victor Hubinon) ou celles, tout aussi connues, du lieutenant Blueberry (dessin Giraud, alias Gir, alias Moebius). Le western, l'aviation, la mer : la trinité des préférences de Jean-Michel Charlier, l'unicité de ses schémas narratifs. Toute une époque.

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Le traître en train de vendre son baratin au jeune héros sans peur et sans reproche.

Comme si le scénariste prolifique voulait faire entrer dans le crâne de ses jeunes lecteurs (il écrivait pour la revue Pilote) cette idée que le monde se divise en deux : les forces du Bien opposées à celles du Mal. Etant entendu que le héros incarne les premières et qu'il déjoue toujours les plans forcément machiavéliques tramés par les méchants. Mais après combien de contorsions et sinuosités scénaristiques. 

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Regardez avec quel courage le héros blond se lance à l'assaut du navire des infidèles !

On se souvient que le président des Etats-Unis George W. Bush, lui-même imprégné de cette grande Vérité de Bande Dessinée ("Axe du Bien contre Axe du Mal"), a mis en pratique ce principe ô combien rudimentaire et enfantin dans la réalité terriblement complexe du Moyen Orient : on voit encore le merdier que ça a donné. Mais enfin, restons dans l'innocent passe-temps destiné à la jeunesse : la BD.

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Même si la gamme des couleurs ne laisse aucun doute sur le camp dans lequel se rangent les deux personnages, ne pas confondre le traître et le méchant. "Méchant" est la catégorie englobante. En règle générale, le méchant (Ruggieri, en noir) est plus "politique", donc plus calculateur, il lui arrive même d'avoir de la classe. Alors que le traître (Guglielmo) est essentiellement un fourbe, qui n'a que des préoccupations basses, immédiates, expéditives et sordides. Notez qu'on ne trouve nulle part dans la BD une allusion au fait que Guglielmo est juif, mais le dessin se charge de nous le faire comprendre.

On reconnaît la signature de Jean-Michel Charlier à ceci : la présence systématique d'un traître dans le camp du Bien (selon la maxime rebattue « Il n'y a pas de guerre sans traître »), compensée assez souvent par l'imprévisible adjuvant d'un sauveur qui, œuvrant dans l'ombre du camp du Mal, permettra au prix de sa vie au héros d'échapper "par miracle" au piège dans lequel son courage intrépide l'a jeté. Soyons juste : les traîtres de Charlier arrivent rarement à l'âge d'une tranquille retraite, surveillés de près et toujours rattrapés par les agents de la justice immanente.

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Le dessin d'Hubinon charge la barque de l'agent double, vous ne trouvez pas ? Ça vaudrait presque l'usurier Gobseck de Balzac : le port de tête, le regard en dessous, le nez, le sourire sardonique, le sourcil charbonneux, la dentition : tout y est.

Je n'énumérerai pas les nombreux méchants qui vont se trouver sur la route d'Eric, le fils du pirate, dans la série de quatre albums tournant autour de la libération de Caroline de Muratore des griffes des barbaresques, d'Alger à la Sublime Porte (Khaïr le More, La Captive des Mores, Le Vaisseau de l'Enfer, Raid sur la Corne d'Or).

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D'abord le profil, ensuite le collier de barbe : Hubinon met les points sur les "i".

Je précise que Caroline est la petite-fille du duc de Mantoue, et l'unique héritière de son énorme fortune. Je me contenterai d'isoler le personnage de Guglielmo Mossi, citoyen peut-être vénitien, peut-être maltais, détestable faux-jeton, agent double et dangereux espion au service des barbaresques, doublé d'un être cupide et moralement veule, qui mange à tous les râteliers.

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La Justice Immanente est en marche : Baba, Eric et Triple-Patte ont retrouvé Guglielmo, qui ne s'y attendait pas, et s'apprêtent à lui faire payer au prix fort sa traîtrise. Notez qu'il ne reste pas grand-chose du collier de barbe, mais que le profil n'a rien perdu de ses protubérances.

Hubinon, en dessinant la tête de Guglielmo n'avait sans doute pas de mauvaises pensées, mais je m'étonne qu'elle n'ait pas mis en alerte les ligues de lutte contre l'antisémitisme. Le dessinateur Jijé, quand il reprend les personnages dans La Corne d'Or, rend presque présentable la figure du traître, qui n'en garde pas moins la tête dans les épaules et le regard par en dessous.

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Note : il y aurait beaucoup à dire de l'image donnée de l'islam et des musulmans (ici "quinze renégats") dans les scénarios de Charlier. Ce sera pour une autre fois.

jeudi, 23 septembre 2021

QUE C'EST BEAU, LA STRUCTURE !

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mercredi, 22 septembre 2021

TONTON GEORGES, C'EST AUJOURD'HUI


Ne me demandez pas pourquoi, je n'en sais rien. Pour le comment, c'est plus facile : dans le placard de la grande chambre qui faisait l'angle au premier étage, celle juste contre le marronnier, traversée par le gros tuyau métallique qui allait se ficher dans le conduit de la cheminée, il y avait trois ou quatre disques 33 tours 25 cm (on ne disait pas encore vinyle). Yves Montand (Battling Joe, Les Grands boulevards, ...), peut-être Jacques Brel (?), et puis Georges Brassens. Vous savez, Les Amoureux des bancs publics.

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Celui-ci, il a passé et repassé sur l'électrophone de la Guilde du Disque, un machin tout gris, avec un "saphir", et puis un bras blanchâtre qui pesait une tonne. Je pouvais avoir sept ou huit ans. A force de passer et repasser, les oreilles ont fini par demander grâce : les sillons (le sillon en réalité) sont devenus de plus en plus aléatoires et criards. Mais le mal était fait : Brassens, je connaissais par cœur.

Et Houellebecq peut bien dire quelque part que Brassens l'emmerde, je n'y peux rien, j'ai grandi avec, et quand on me parle de tonton Georges, je perds tout esprit critique. Et cela n'a pas changé. Bon, c'est vrai, je vois les faiblesses, et même les défauts, mais je connais toujours par cœur beaucoup de chansons. Tenez, l'autre jour, devant la mairie de la Croix-Rousse, jour de "Grande Braderie", il y avait un homme armé d'une guitare qui chantait "Une Jolie Fleur dans une peau de vache", eh bien les paroles me sont venues comme si ça coulait de source, et j'ai chanté avec lui le reste de la chanson. Il a eu l'air content, il s'est senti sans doute moins seul.

C'était peut-être l'un des deux qui avaient déjà donné un récital Brassens à La Crèche, un soir du monde d'avant. "Le 22 septembre", ce n'est peut-être pas ma préférée, mais ça tombe aujourd'hui, alors je profite de l'occasion. Je ferai une réserve sur une des strophes, qui dit : « Que le brave Prévert et ses escargots veuillent / Bien se passer de moi pour enterrer les feuilles... », parce que A l'enterrement d'une feuille morte est un poème qui me semble vraiment trop niais, comme beaucoup de poèmes de monsieur Prévert, celui que Michel Houellebecq (encore lui) traite carrément de "con" dans une de ses Interventions (Flammarion). En quoi j'ai tendance à être assez d'accord.

Reste cette chanson automnale. Et puis toutes les autres : "Tonton Nestor", "Celui qui a mal tourné", "Mourir pour des idées", "Le Bistrot", au hasard de celles qui me viennent à l'instant. Et je me dis qu'en 2021, ça fait pile quarante ans que Georges Brassens a rendu son bulletin de naissance. Et c'est bientôt le temps des feuilles mortes.

Voilà ce que je dis, moi.

lundi, 20 septembre 2021

LES RAVAGES DU FÉMINISME

Une enquête apparemment sérieuse fait apparaître que 80% des filles arrivant en classe de Terminale, au moment de choisir une orientation, souhaite aller vers des filières en rapport avec la littérature ou le soin, et que seule une infime minorité opte pour des formations en rapport avec le numérique, l'informatique, les mathématiques. Voilà les faits. Je n'en sais guère plus sur les conditions dans lesquelles l'enquête a été réalisée : prenons-la telle qu'elle nous est présentée par un journaliste lambda sur une chaîne de radio nationale.

Ce qui m'intéresse ici, c'est le cadre, disons "notionnel" dans lequel le journaliste insère l'information, qui en dit long sur la nouvelle terreur intellectuelle que font régner les cercles les plus staliniens, voire KGBistes de la "mouvance" féministe, elle-même assez complexe aujourd'hui pour qu'une femme normale et de bonne volonté — je veux dire pas trop fanatique ou doctrinaire — ait envie de jeter toutes ses boussoles à la poubelle. 

Car vous savez à quoi il ressemble, le "cadre notionnel" qui sert de baignoire, de bain de vapeur et de bouilloire au cerveau du journaliste ? Voici en gros et en substance ce qu'il dit au sujet de la statistique énoncée plus haut : « On reste stupéfait devant le poids des stéréotypes de genre qui amène une très forte majorité de filles à préférer se lancer dans des carrières qu'une tradition héritée du patriarcat a toujours destinées aux femmes. On est frappé par le fait qu'elles ne sont qu'une petite minorité à envisager pour elles-mêmes une profession technique ou scientifique, autrefois réservée exclusivement aux hommes. »

Le journaliste en question, dont je n'ai pas retenu le nom, est tellement imprégné de l'idéologie qui sert de grille de lecture et de lunettes à l'immense majorité des individus invités, par profession ou non, à causer dans le poste, qu'il ne se dit à aucun moment qu'autour de 17-18 ans, une fille est assez grande pour savoir ce qui lui plaît davantage et ce qui lui plaît moins.

La preuve qu'elle est assez grande, c'est qu'elle a bientôt le droit de voter et qu'elle a eu le temps de se former quelques idées sur le monde qui l'entoure et sur la société. C'en est au point qu'on lui demande de former des vœux pour dire officiellement comment elle envisage son propre avenir, avec personne (en principe) pour lui tenir la main ou l'obliger à se plier à d'éventuelles comminations parentales.

Allez lui dire, ensuite, qu'elle a tout faux et qu'elle se laisse influencer par les persistants "stéréotypes de genre". Allez lui dire qu'avec ses préférences, elle se met dans son tort. Allez lui dire que malgré son droit de vote, sa majorité pénale et sa liberté sexuelle, elle n'a pas encore la maturité intellectuelle suffisante pour se rendre compte qu'elle est victime du lourd passé d'une civilisation qui lui assignait en tant que femme un rôle social prédéterminé.

Allez surtout lui dire qu'en faisant un choix qui la range ipso facto parmi les victimes d'un système honni, elle perpétue le statut de victimes de toutes les femmes de l'histoire. Allez enfin lui dire qu'en décidant de s'engager dans une voie cataloguée "typiquement féminine", elle fait fi de sa Liberté individuelle ! Qu'elle devrait se mettre davantage "à l'écoute de ses désirs" !

« Pas libre, moi !?!? Ça va pas la tête ??? », qu'elle réplique, la jeune fille.

Je me souviens d'une petite fille qui devait avoir entre deux et trois ans. C'était un 25 décembre, et ça se passait sous le sapin de Noël. Toute la famille réunie, le chahut, les cadeaux bariolés, l'excitation. Je veux juste dire que je regrette de n'avoir pas immortalisé en image l'instant exact, éclatant et magnifique, où Nina, ayant déchiré le papier, a vu apparaître, sous le rhodoïd transparent, la poupée.

Oui, je regrette de n'avoir pas fixé l'extraordinaire expression de joie soudaine et explosive que tout son être a alors manifestée. Tous ses désirs étaient soudain comblés. Qu'on me pardonne, mais la seule pensée qui m'a traversé l'esprit a été : « Toi, tu es vraiment une fille ! ». Fulgurant ! Je ne me rappelle pas avoir jamais vu, dans des circonstances identiques, une adéquation aussi flagrante entre les attentes d'un enfant et l'objet qu'il recevait en cadeau.

Quant au journaliste et à tous ses coreligionnaires, tous ces gens qui sont incapables de voir dans un "stéréotype" autre chose qu'une manifestation du Mal, je ne vois qu'un seul mot pour qualifier leur attitude :

la BÊTISE.

Une bêtise crasse, et une bêtise méchante par-dessus le marché, qui les rend aveugles sur la part de vérité profonde que peut receler un authentique stéréotype. On ne m'ôtera pas de l'idée, en effet, que le "stéréotype" dont il est question ici est une pure et simple fabrication sortie des ateliers conceptuels mis en place par les cercles les plus fermés et sectaires du féminisme, qui reçoivent pour l'occasion le renfort des sections d'assaut regroupant les militants les plus vindicatifs d'autres minorités (les femmes n'en sont pas une, mais les féministes, toutes tendances confondues).

Qualifier de stéréotypes les simples réalités "homme" et "femme", je veux dire le sexe masculin et le sexe féminin, pour remplacer ces constats bêtement naturels par des fictions culturelles pimpantes, toutes neuves, toutes fraîches écloses des dernières avancées de la psycho-sociologie, c'est juste un énorme coup de bluff. Un coup de force si vous voulez.

On ne naît pas stéréotype, on le devient (presque une citation). Et on le devient après une lente et laborieuse maturation dans le ventre de l'Histoire. Ce qu'on appelle aujourd'hui, pour les condamner, "stéréotypes de genre", ce sont uniquement de telles observations de faits naturels. Il y a usurpation de vocabulaire. 

Car de tels "stéréotypes", durablement et solidement établis, n'ôtent pas un milligramme ni un millimètre à la sacro-sainte Liberté individuelle : ce n'est ni d'hier ni d'avant-hier que l'humain a fait ce qu'il a voulu du corps dans lequel la nature l'avait fait naître, et s'est livré à toutes les fantaisies qui lui passaient par le désir. 

C'est pour ça qu'il me semble singulièrement bête de présenter comme une aberration ou un archaïsme le choix libre et conscient de filières professionnelles par la génération actuelle des filles.

Allez les filles ! Ne vous laissez pas impressionner ! Ne vous laissez pas dicter vos choix ! 

Voilà ce que je dis, moi.

samedi, 18 septembre 2021

MANGER A L'HÔPITAL

De la cuisine au centre de restauration.

Cela s'appelait une cuisine. Jusque-là rien à dire. A la rigueur, on disait "les cuisines", quand la taille des lieux, des fourneaux, des gamelles et le nombre du personnel le réclamait. Mais pas toujours. Ci-dessous la cuisine de l'Hôpital de la Croix-Rousse il y a au moins un siècle et probablement davantage : l'éclairage au gaz, l'uniforme des cuisinières, aussi hygiénique voire prophylactique que l'entretien des lieux, la taille des casseroles, tout y est. Cette popote certainement concoctée avec amour (personne n'ose en douter : quand on est nonne, on ne laisse pas tomber son mégot ou son glaviot dans la marmite), on s'en lèche les babines.

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Je ne sais pas si vous avez été hospitalisé, mais je peux vous dire par expérience que je n'ai jamais aussi mal mangé que dans les quelques occasions où cela m'est arrivé. Côté hygiène et sécurité alimentaire, il n'y a rien à dire : le contrôle est impitoyable. Côté chiffres nutritifs, le cahier des charges est impeccablement rempli : diététiciens et nutritionnistes sont intraitables. Côté prix de revient, le service comptabilité de l'hôpital est absolument ravi : comprimer par tous les moyens le prix de journée, c'est peut-être là que le bât blesse. Côté gustatif, côté palais, côté plaisir, c'est zéro plus zéro égale zéro : là, on est dans le révoltant. Sodexho ou Elior, c'est kif-kif bourricot. Au point que je préférais laisser le plateau en l'état ou pas loin. En confidence, je peux même avouer qu'il m'est arrivé de perdre six kilos en dix jours. 

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Rationnellement irréprochable, mais humainement dévitalisé. Une image du monde que certains voudraient bien nous fabriquer. Mais est-ce que les personnes hospitalisées n'iraient pas mieux si elles mangeaient mieux ?

vendredi, 17 septembre 2021

EN BROCHETTE, C'EST TRÈS RARE...

...QUE CE SOIENT LES GÉNÉRAUX OU LES SOUS-MARINS.

Pendant que tout ce que la France compte de patriotes hurle de rage contre la volte-face de l'Australie dans le contrat de 56 milliards d'€ des sous-marins, l'armée française rend hommage à un de ces haut-gradés que le monde entier respecte et nous envie (l'anachronisme flagrant ne doit rien au hasard). 

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Photos prises par Marcos Quinones en mai 1990, lors des obsèques du général Yves Béchu, alors gouverneur de la V° région militaire (Lyon et Sud-Est), mort d'une crise cardiaque foudroyante. Avouez que de tels clichés ne sont pas courants, heureusement. L'observateur attentif soulignera qu'aucun de ces hauts dignitaires de l'Armée Française ne salue exactement de la même manière. De quoi les faire retourner à l'instruction faire leurs classes, marcher au pas et présenter les armes. Ça ferait une belle photo, non ?

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Tout cela est bel et bon, mais il serait temps que les journalistes français, les médias français, les dirigeants français d'entreprises françaises, les responsables politiques français cessent de raconter des histoires au peuple français, et commencent à reconnaître — et même à avouer, même si c'est difficile à passer — que la France n'est plus la France telle que la racontaient les manuels d'Histoire de France depuis Michelet, Lavisse, Mallet et Isaac.

De toute façon, il y a belle lurette que les historiens les plus français n'enseignent plus une "Histoire de France" pour laquelle ils n'éprouvent que dédain et mépris. De toute façon, "la population française" n'est plus "le peuple français", mais une société nombriliste geignarde, une société des récriminations des uns contre les autres, une société de surveillance et de contrôle mutuels, une "Société de la Plainte" bourrée de tabous sociétaux intouchables, une société où quelques minorités influentes font régner sur les gens ordinaires et normaux une sorte de terreur. Une telle société a-t-elle quelque chose à dire au monde ?

Il serait temps de dire la VÉRITÉ à ce qu'il reste de peuple français : depuis 1945, la France est, dans tous les domaines et comme les autres pays européens échappant à la tutelle russe, la VASSALE des Etats-Unis. La France, depuis cette époque, n'a pas cessé d'importer les objets, les façons de se nourrir, les manières de penser, les débats qui appartenaient en propre aux Américains.

Au point que, sur bien des points, d'aimables fouteurs de gueule et autres détestables bonimenteurs viennent nous faire la leçon sur les "Retards" que la France accumule sur son SUZERAIN. On le savait depuis longtemps, et Régis Debray le disait en 2019 dans son livre Civilisation, sous-titré "Comment nous sommes devenus américains" (voir mon billet daté 4 juillet 2019).

Ici, en l'occurrence, les fabricants français de sous-marins français (des sous-marins d'attaque, si je me souviens bien) ont eu le culot de signer un énorme contrat avec un pays anglo-saxon, sans même demander l'autorisation au patron ! Le vassal a osé faire un pied de nez à son suzerain. Quand monsieur Le Drian, ministre des Affaires Etrangères, a prononcé l'expression "dans le dos", tout le monde a bien compris qu'il fallait comprendre (parlant par respect) "dans le bas du dos". 

Je ne sais plus quel général (Lecointre ?) s'est mis à dos récemment pas mal de bonimenteurs en déclarant que la France était en état de régression avancée dans pas mal de domaines. La France a beau parader en bombant le plastron, elle n'est plus considérée dans le monde actuel que comme une puissance de deuxième ou troisième zone, qui agite ses quelques joujoux d'excellence pour faire croire qu'il n'en est rien.

L'affirmation est terrible, mais c'est la VÉRITÉ.

Voilà ce que je dis, moi.

jeudi, 16 septembre 2021

QU'EST-CE QU'UN HISTORIEN MÉDIATIQUE ?

La définition que je préfère de l'historien moyen — je veux parler du commun des historiens invités par le commun des journalistes à donner leur avis dans le poste, en gros, c'est la quintessence de l'historien : l'historien médiatique —, c'est : un monsieur ou une dame qui vient, avec l'autorité du "sujet supposé savoir" (en français : le savant de service), au secours du journaliste culturellement démuni (en français : l'ignorant de service), pour vous dire que la situation dans laquelle nous sommes dans le présent, eh bien savez-vous, elle remonte à la plus haute antiquité (au passage, merci Vialatte).

Pour dire, en gros, qu'il n'y a rien de nouveau sous le soleil (« Nil novi sub sole », disait un ahuri d'il y a bien des siècles), que l'expérience que les vivants d'aujourd'hui font de leur existence et de la forme de la société dans laquelle ils se meuvent a déjà été faite par tous les humains qui les ont précédés.

Sous-entendu : vous croyez que ce que vous vivez est unique, mais détrompez-vous : votre vie n'est pas différente de celle de vos ancêtres. Sous-entendu du sous-entendu : rien n'a changé. La faculté d'un tel historien d'établir dans ses commentaires des "séries" dans les événements du passé pour donner un sens à celui qui nous bouscule ou nous terrasse dans le présent a quelque chose a mes yeux d'inhumain.

Car du coup l'auditeur, écrasé par cette vérité assenée au marteau-pilon, convaincu de ne pouvoir rien apporter de nouveau et de personnel à l'histoire des humains telle qu'ils se la racontent, et donc de n'y être d'aucune utilité, se demande : « Cela vaut-il le coup de vivre ce que je vis, si cela a déjà été vécu par d'autres dans le passé ? » Vous ne trouvez pas ça écœurant ? Décourageant ?

Ce que je trouve pour ma part tout à fait RÉPUGNANT dans cette façon de nous expliquer le présent, c'est précisément qu'on ne nous parle jamais de ce qu'il y a d'irréductiblement unique, neuf, original et inconnu dans les faits, les événements, les situations et les processus dans lesquels nous sommes plongés, et qui se présentent à notre compréhension à l'instant même où nous vivons.

Le répugnant ici, c'est la prétention d'un "spécialiste" de priver les vivants de leur faculté d'inventer quoi que ce soit des conditions de leur propre existence. L'historien médiatique qui tient un tel raisonnement disqualifie par avance l'action qu'ils pourraient envisager de mener. C'est à cet égard peut-être qu'on peu parler d'idéologie universitaire.

Le journaliste culturellement démuni et l'historien médiatique (en français : l'ignorant et le savant) s'entendent comme cul et chemise pour rattacher coûte que coûte l'inconnu au connu. Pour éliminer tout ce qui pourrait, à travers une radicale affirmation de nouveauté, infuser dans les esprits ce qui ressemblerait à de l'angoisse. L'historien médiatique et le journaliste s'entendent comme larrons en foire pour RASSURER.

N'a-t-on pas entendu de dignes historiens (médiatiques), au moment où de drôles de Français se sont mis à occuper les ronds-points en se travestissant en ouvriers des Travaux Publics en grève (gilet jaune réfléchissant), aller chercher sur leurs rayons poussiéreux ce qu'ils avaient appris autrefois des "jacqueries" du moyen-âge pour expliquer ce mouvement radicalement neuf ?

Ce faisant, je me plais à penser qu'ils ont contribué à RASSURER les gens au pouvoir en général et Emmanuel Macron en particulier : ah, ce n'est que le feu de paille d'un mécontentement momentané ! J'envoie les bâtons de la République redresser les échines de cette racaille. Encore une goutte de ce délicieux Château Haut-Brion 1973, cher ami ? Très volontiers, cher ami. 

Oui, par rapport à ce genre d'histoire et aux gognandises que dégoisent les historiens médiatiques, j'en reste à ce que Paul Valéry écrivait de l'histoire en tant que discipline : 

« L’Histoire justifie ce que l’on veut. Elle n’enseigne rigoureusement rien, car elle contient tout et donne des exemples de tout. »

Note : qui ne s'est pas fait suer, quand il était en Terminale, à se presser le citron pour produire quelques gouttes de jus de crâne pour répondre (on est en classe de philo) à la question : "Y a-t-il des leçons de l'histoire ?" ? Vous avez quatre heures pour recopier (en "ronde" !!!) cinq cents fois le propos de Paul Valéry.

mercredi, 15 septembre 2021

NOUS SAVONS DÉTRUIRE CE QUI EST BEAU !

L'HOMMAGE D'UN INCONNU AU PLUS BEAU PONT DE LYON AVANT SA DESTRUCTION.

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Chapeau l'artiste !

Photo de René Dejean prise en 1983.

On aperçoit quelques éléments des préparatifs de la démolition et, avec de bons yeux, des bribes du prochain pont Winston Churchill, une espèce de modernité banale, aride et fonctionnelle, destinée à remplacer le vétéran magnifique aux formes généreuses, et à servir dans l'axe la toute nouvelle "Montée de la Boucle", tranchée inhabitée, profonde, excessive et violente qui, pour les Croix-Roussiens, a fait de Caluire une ville étrangère (j'exagère, heureusement). J'ai sévèrement coupé la belle diapositive de René Dejean pour mettre en évidence la performance du monsieur perché. Ci-dessous la version complète.

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Le monsieur ici perché a réalisé la promesse que se faisaient régulièrement une bande de lycéens d'autrefois ("Ouaaah ! t'es même pas cap. !") sans jamais oser la réaliser : franchir le pont sur les arches. La rouille qui a craquelé la peinture et rendu le métal croûteux  — on n'allait plus faire des frais d'entretien pour un machin bientôt détruit ! — a sans doute rendu plus aisée la bravade de l'aventurier, il n'en reste pas moins que le geste est joli.

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J'aime à penser que le livre ouvert par le monsieur qui fait semblant de le lire est au moins du genre de La Montée de l'insignifiance, de Cornélius Castoriadis (c'est un exemple). Même en faisant semblant, cela aurait eu de la gueule. Car on aura beau me traiter de passéiste nostalgique et me mettre sous le nez les nécessités de la circulation des automobiles (il faut voir l'actuelle montée de la Boucle aux heures de pointe !), rien ni personne ne pourra me convaincre que cette merveille de pont n'était pas le plus BEAU de Lyon. J'augure mal d'une civilisation qui tend avec obstination à réduire les hommes et les choses à leur misérable utilité, à leur pauvre fonction de rouages dans la Machine Société.

Voilà ce que je dis, moi.

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AU SUJET DU PHOTOGRAPHE RENÉ DEJEAN (1926-1999) : un article de Robert Luc.

René Dejean, graphiste, décorateur, enseignant, amoureux de Lyon, conteur de rues, auteur de Traboules de Lyon et de Balade à travers Lyon insolite fut aussi l'initiateur des randonnées pédestres citadines. Il a organisé - et collaboré - à de nombreuses expositions comme graphiste et affichiste.

Avant d'être un infatigable piéton de Lyon, René Dejean fut diplômé de l'École Nationale des Beaux Arts de Lyon et débuta sa carrière dans l'atelier de son père Marius, peintre et dessinateur en plein coeur de la Croix-Rousse. Très créatif, il multiplie les domaines de ses interventions.

Affiches, logos, plaquettes se succèdent. Grand sportif et voyageur, on le retrouve aussi bien sur les glaciers alpins que dans les dunes sahariennes. Mais, c'est un amoureux de Lyon, un amoureux exigeant. Un érudit des traboules qui publiera aux éditions Le Progrès" l'ouvrage qui deviendra la bible du promeneur "Traboules de Lyon". En 1978, il imagine un parcours à travers Lyon. Quatre heures trente de marche, dans le calme d'un dimanche matin à travers Lyon insolite au rythme d'une cinquantaine de rues, places, quais et ponts. Le parcours des "Cinquante" est né. Plus de 18000 personnes retrouvent le goût de la promenade citadine. Il vient d'ouvrir une voie qui est aujourd'hui poursuivie avec talent par des "gones" comme Jean-Luc Chavent.

En janvier 1999, René Dejean confie aux Éditions des Traboules un manuscrit achevé, ce Parcours des 50. Il désirait accompagner ce livre de dessins. Hélas, il disparut prématurément laissant les Lyonnais dans la peine. Son dernier livre sera sans aucun doute, comme celui des traboules, un ouvrage de référence. Clair, pratique, riche en anecdotes, brillamment illustré de photos de l'auteur, il permet seul ou à plusieurs de découvrir ou redécouvrir une ville merveilleuse.

"Et si l'on reparlait de René Dejean",, article de ROBERT LUC in Le Progrès, 5 novembre 2002.

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Il faudrait que j'ajoute une note en souvenir de Robert Luc (1943-2017), lui-même journaliste, infatigable Lyonnais, co-fondateur de la galerie "Vrais Rêves", rue Dumenge, organisateur et animateur de mémorables "bambanes" sur le plateau et les pentes de la Croix-Rousse.

mardi, 14 septembre 2021

C'EST OÙ, FOURVIÈRE ?

MAIS C'EST ICI, BIEN SÛR !

FOURVIERE ALT. 1197 m. 8 MAI 2008.JPG

09:00 Publié dans HUMOUR | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : fourvière, photographie

lundi, 13 septembre 2021

BOÎTES AUX LETTRES DU MONDE D'AVANT

BOÎTES DE VILLE ET BOÎTES DES CHAMPS.

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A lire sur la boîte :

« La [1°] levée de [Jeudi] est faite. »

« Nombre de levées : [1]. »

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La petite annonce : 

« Rames à vendre ».

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Tout ce qu'on sait, c'est que la personne habite à Villeurbanne.

Toutes photos ©D.R.

dimanche, 12 septembre 2021

LES MINGUETTES PITTORESQUES

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Début vingtième siècle : « Le Pittoresque quartier des "Minguettes" ».

VENISSIEUX MINGUETTES ANNEES 1970 CRDP.jpg

Années 1970. Ah ça, pour du "pittoresque", on est gâtés.

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Non, je n'ai pas l'œil humide et attendri. Je ne cultive pas le souvenir à fleur de nostalgie. Je ne dirai jamais : « C'était mieux avant ! ».

Je poserai juste la question : « Qu'est-ce qui a FOIRÉ dans nos façons de faire pour que nous nous voyions dans l'obligation de détruire nos œuvres (Minguettes, Duchère et ailleurs) un demi-siècle après les avoir construites ? ».

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Et puis cette autre : « Qu'avons-nous appris de nos erreurs ? » Je ramasse les copies dans deux minutes. C'est suffisant pour une réponse compendieuse et pertinente.

samedi, 11 septembre 2021

UN CHEVAL EN PLEIN TRAVAIL

HAUTERIVES (Drôme).

HAUTERIVES JANVIER 1890 FACTEUR CHEVAL.jpg

Il paraît que ces photos ont été prises autour de 1890. Rien que l'échafaudage aurait dû être conservé tel quel.

HAUTERIVES FACTEUR CHEVAL BROUETTE.jpg

 

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Je n'ai pas très envie de diluer ces clichés (dont j'ai découvert l'existence récemment) dans la soupe de mes commentaires qui, même s'ils étaient assaisonnés de remarques dignes de piquer la curiosité, seraient superflus et ennuyeux.