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dimanche, 05 novembre 2017

HAÏKUS DU PEU D'EXISTENCE

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09:00 Publié dans PAS POETE MAIS | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : poésie, haïkus

samedi, 04 novembre 2017

HAÏKUS DU PEU D'EXISTENCE

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jeudi, 02 novembre 2017

UNE VICTOIRE CATALANE

NOTULE EN PASSANT

L'affaire catalane nous apporte une nouvelle preuve de la puissance des médias sur les esprits, et spécialement, en l'occurrence, sur ceux des journalistes chargés de rendre compte des événements, heure par heure, dans la succession palpitante de rebondissements dont les gens raisonnables se disent déjà que certains envoyés spéciaux seront sur les rotules bien avant l'épilogue.

Mais cette affaire catalane a déjà obtenu un résultat tangible. Je veux dire un résultat audible. A la façon dont tous les gens de presse s'expriment, on est obligé d'admettre qu'ils sont doués pour les langues étrangères : à l'occasion du déchaînement catalaniste, en effet, ils se sont tous mis au catalan. La preuve ? L'effort qu'ils font pour prononcer le nom du président de la Catalogne à la façon des Catalans.

Il s'appelle Carlès (attention : ne dites surtout pas Carlos) Puigdemont. Attention, ça ne se pronnonce pas comme c'est écrit. Son nom n'a l'air de rien, comme ça, vu de France, mais les gens avertis savent désormais qu'il faut articuler « puitchdemonntt ». Le drôle de la chose, c'est que tous les journalistes que j'ai entendus parler de ça s'y sont mis comme un seul homme, le doigt sur la couture du pantalon, même les femmes attachées à la mode aujourd'hui vieillotte de la jupe. La Catalanie a gagné ! Comme quoi la langue est bien la meilleure des choses, tout au moins quand ce n'est pas la pire, comme disait je ne sais plus quel fabuliste bègue, bossu et grec. Bravo, la Catalanie ! En avant vers d'autres victoires, comme disait Ségolène Royal après s'être fait battre en 2007.

Moi qui avais eu du mal à prononcer « redjep tchossia » pour Rexhep Qosja (l'auteur albanais de La Mort me vient de ces yeux-là), ou « bichennté lizarazou » pour Bixente Lizarazu (footballeur basque, à ce qu'on m'assure), je me dis que la vie va devenir compliquée pour les journalistes des actualités internationales.

Rendez-vous compte : si les conférences de presse se déroulent non plus dans les quelques langues nationales avec lesquelles ils ont fait l'effort de se familiariser, mais dans les centaines de langues régionales que compte le territoire européen (comme il est arrivé récemment à Barcelone, où le chef de la police régionale, comme une réponse en bras d'honneur, a quitté la salle quand un journaliste téméraire a eu le culot de lui demander pourquoi il tenait à s'exprimer systématiquement en catalan, et non en espagnol), il va falloir que les fabricants de logiciels de traduction automatique investissent des fortunes pour se mettre en mesure de satisfaire les marchés qui s'ouvrent à eux. 

Moi, j'appelle ça une exceptionnelle campagne de communication. Ce qui était peut-être, tout bien considéré, le principal but recherché. 

mercredi, 01 novembre 2017

IL Y EUT UNE CROIX-ROUSSE

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ANGLE NUITS-DUMONT-D'URVILLE 2011 (Photo prise au 20 mm.)

Noter qu'on a déjà pris soin de sectionner la vigne vierge à mi-hauteur.

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ANGLE NUITS-DUMONT-D'URVILLE 2017

La boîte aux lettres a disparu.

L'angle n'est pas le même, mais le cœur y est.

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CHANTIER TRÈS BIENTÔT LIVRÉ, RUE CLAUDIUS-LINOSSIER 2017

photographie,lyon,croix-rousse

GROS OEUVRE TERMINÉ, ANGLE LINOSSIER-THÉVENET 2017

photographie,lyon,croix-rousse

DÉMOLITION TERMINÉE, ANGLE CHARIOT-D'OR-THÉVENET (LIVRAISON 2018 ?)

... ET CE N'EST PAS FINI : ATTENTION A CE QUI SE PRÉPARE RUE DU MAIL, RUE DE CUIRE, ETC.

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Non, pas de regret du passé : juste la banalité immobilière qui marque la transformation d'un quartier, et qui fait monter les prix.

lundi, 30 octobre 2017

ÉGYPTE ET DROITS DE L’HOMME

Même les plus belles idées sont parfois défendues par des « bas-de-plafond », qui dès lors leur font courir le risque d’être disqualifiées dans l'esprit du plus grand nombre, et de n'être plus que des cadavres de slogans. Prenez les droits de l’homme, par exemple : qui ose aujourd’hui s’afficher en opposition ouverte et frontale avec ces grands principes ? Quel hurluberlu dictateur aurait le culot de publier qu’il condamne la liberté comme étant contraire à l’idée qu’il se fait de la dignité humaine ? Le dictateur soucieux de le rester ferme sa gueule sur les principes et s’efforce de ne pas faire trop de publicité quand il les piétine de ses grosses bottes dans la réalité. Le dictateur soucieux de le rester connaît, fût-ce par ouï-dire, l'existence des droits de l'homme, et il sait que ceux-ci sont prompts à lui tailler une réputation s'il fait mine de les ignorer. Or un dictateur, on ne le sait pas assez, ça tient à sa réputation : il tient à se faire respecter, au moins que les convenances soient respectées.

Prenez, je ne sais pas, moi, Saddam Hussein : quand il a gazé des milliers de Kurdes dans les années 1980, il ne l’a pas crié sur les toits. Prenez Kadhafi : lui, qui avait la dictature arrogante, ne détestait pas voir des photos de lui dans les magazines du « monde libre », mais quand il s’occupait de ses opposants, il se débrouillait pour que ça se passe dans l’intimité, sans témoins et à l’abri de toutes les curiosités mal placées. Dans les deux cas, malgré les précautions, les échos de diverses atrocités franchissaient la frontière et se mettaient à courir jusque dans les cercles, ONG et « associations » qui s’étaient donné l’humanisme pour raison sociale, faisant au dictateur une fâcheuse réputation.

Ces défenseurs des droits de l’homme ne cessaient d'alerter les médias. En vain. Tout le monde savait que ces gens n’étaient pas fréquentables, y compris les gens installés sur les échelons du haut des sociétés moralement insoupçonnables. Mais qui se disaient qu’il ne faut pas confondre les principes avec les affaires et la géopolitique, et que s’il ne fallait fréquenter que des gens fréquentables, le commerce international ne s’en remettrait pas. Pour dire le mot, ils se faisaient un raison.

Qu’est-ce qui a poussé l’équipe de George W. Bush à mettre le fusil sur l’autre épaule et à devenir des auditeurs attentifs des « cercles, ONG et associations » ? Certains racontent que les fabuleuses réserves de pétrole recelées par le sous-sol de l’Irak n’étaient pas étrangères à la décision d’intervenir. Pour décider les autres à faire de même, en général rétifs, Bush inventa, on s’en souvient, l’ « Axe du Mal » et les « Armes de Destruction Massive » : il fallait selon lui en finir avec un dictateur qui foulait aux pieds les « valeurs » et les « principes sacrés » sur lesquels étaient fondées nos démocraties. On voit encore aujourd’hui le caca que l’Amérique vertueuse et soi-disant droit-de-l’hommiste ("exporter la démocratie", qu'y disaient) a semé pour très longtemps dans la région.

En Libye, le même scénario s’est déroulé, à la nuance près que le prétexte fut, cette fois, le massacre imminent, par le dictateur, d’opposants bien intentionnés, et en général pacifiques ou tout au plus armés de pétoires, disait-on. Certains racontent cependant aujourd'hui que Sarkozy, qui flirtait plus ou moins, paraît-il, avec le dictateur, avait intérêt à éliminer la source de futurs ennuis judiciaires en France. Toujours est-il que, à cause identique, effets identiques : il a suffi à tous les groupes et groupuscules de la région de piocher dans les arsenaux surabondants de Kadhafi assez d’engins de mort pour constituer autant de petites armées incontrôlables. On voit encore aujourd’hui le caca que les vertueux ont encore une fois semé dans toute la bande saharo-sahélienne.

Dans les deux cas, on peut dire que, si les principes avaient raison, le terrain a montré qu’ils avaient tort : les principes sont une chose estimable, mais ils ne sont jamais confinés dans un éther abstrait ou dans un absolu hermétique à la bassesse des préoccupations humaines. Si le dictateur est une figure du Mal, on est bien obligé de se dire qu'il n'y a pas que le Mal : il y a aussi le Pire. Et dans le pire des cas, il n'y a pas de honte à laisser tomber les principes pour un peu de lucidité sur la réalité concrète. 

Alors l’Egypte, à présent. Que s’est-il passé ? Quelques vociférations peu audibles ont accueilli le maréchal Al Sissi, le président en place, lors de sa visite officielle en France. Moins en tout cas que celles qui avaient accueilli Kadhafi, quand Sarkozy l’avait laissé en toute liberté planter sa tente de bédouin du désert dans la cour du majestueux hôtel de Marigny, à deux pas de l'Elysée. Al Sissi est-il un dictateur comparable à ceux dûment estampillés tels par la « communauté internationale » ? Rien n’est moins sûr : l’Egypte n’est ni l’Irak, ni la Libye. Et surtout, elle pèse d'un poids décisif à cause de son emplacement stratégique.

Que son régime soit autoritaire, c’est le moins que l’on puisse dire. Qu’il n’aime pas les opposants quels qu’ils soient, cela paraît clair, comme il est clair que le président ne fait pas grand cas des libertés individuelles. Mais pourquoi ai-je traité au tout début de « bas de plafond » les glapisseurs des droits de l’homme (André Breton et les surréalistes dénonçaient, eux, les « glapisseurs de Dieu », qu'ils envoyaient « à la niche », en 1948) qui se sont manifestés lors de la venue d’Al Sissi ? Parce que, pour ne pas encourir ce reproche, le minimum aurait au moins été de jeter un œil sur la situation égyptienne. Le droit-de-l'hommisme peut être très myope, car il se montre souvent incapable d'envisager la suite des événements. En clair : incapable d'envisager le Pire. Eh oui, disons-le : le dictateur est parfois un pis-aller.

Si l’on s’en tient au cahier des charges juridiques que s’efforce de remplir une démocratie, Al Sissi est un usurpateur, arrivé au pouvoir suite à un coup d’Etat, donc il est illégitime. Mais qu’est-ce qui a amené l’armée égyptienne, en dehors de ses intérêts économiques (considérables), à chasser du pouvoir Mohammed Morsi, le président élu, donc seul légitime ? Oh, sûrement pas un motif valable aux yeux du droit-de-l’hommiste de nos contrées : juste une succession de petits coups de force (une suite de coups d'Etat en miniature, parfois pas si miniatures que ça) commis, une fois élu, par Morsi et ses acolytes islamistes, par lesquels ceux-ci confisquaient à leur seul profit l’intégralité des pouvoirs politique, législatif et judiciaire, et qui avaient jeté, il ne faut pas l’oublier, des millions de protestataires dans les rues, réclamant l'intervention de l'armée.

Ce que préparaient les Frères musulmans en Egypte ? Certainement pas l’établissement d’une improbable et grande démocratie musulmane, mais ni plus ni moins qu’une jolie dictature religieuse intégriste, dans un pays proche de l'Europe et peuplé de plus de quatre-vingts millions d’habitants. La question que je pose aux droits-de-l’hommistes à cheval sur les principes est : qu’est-ce qui est préférable ? Le Mal, ou le Pire ? Saddam Hussein, ou le chaos présent ? Kadhafi, ou l’anarchie généralisée ? Un ordre injuste ou cette instabilité qu'on observe, et qui rend le monde de plus en plus dangereux ? L’armée égyptienne a-t-elle bien fait d’intervenir ? Je réponds oui : il y a les principes, et puis il y a les réalités politiques. Bêler aux principes face à l’offensive de l’islam rigoriste, ce n’est pas seulement de l’inconscience : c’est une mauvaise action.

On a assez vu en terre française ce qu’est capable d’accomplir l’islam des fanatiques pour ne pas en rajouter dans la surenchère des principes et des idéaux (qui croit encore à l'expression « la France patrie des droits de l'homme » ? Redescendons sur terre). Je m’étonne en passant que le droits-de-l’hommiste chargé de ses nobles intentions ne soit pas descendu dans la rue tout récemment pour défendre l’état de droit, que met à mal la nouvelle loi voulue par Macron et adoptée par les députés que ce DRH a embauchés, et qui fait entrer dans le droit ordinaire des dispositions de l’état d’urgence, pérennisant et banalisant une législation d’exception. A tant faire que de combattre pour les droits de l'homme, autant commencer par chez nous, non ? Réponse : ben non ! Les Français sont trop occupés à trembler pour leur sécurité pour penser à protéger l'état de droit. L'état de droit, c'est bon pour les Egyptiens !

samedi, 28 octobre 2017

MON ART ABSTRAIT

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Photographie Frédéric Chambe, prise rue commandant Charcot, à Lyon.

mercredi, 25 octobre 2017

#BALANCE TON PORC

C’est donc entendu : tous les hommes sont des cochons. Je sais, certains mauvais esprits, aussi facétieux que peu respectueux du courageux combat de la gent féministe (à ne pas confondre avec la « gent féminine », qui heureusement n'est pas une secte, puisque c'est une généralité) pour la conquête inachevée de tous les droits auxquels la modernité leur donne droit, certains esprits, donc, auront sûrement pensé aux deux derniers couplets de la chanson qu’on braillait, adolescents, dans le car qui nous emmenait « à la neige », et qui commençait par « Jeanneton prend sa faucille, larirette, larirette, et s’en va couper les joncs ».

L’avant-dernier couplet ? « La morale de cette histoire, larirette, c’est que les hommes sont des cochons ». Classique. Mais le dernier ? Je vais vous dire : la gent féministe a lancé une fatwa pour faire interdire ce texte, au motif qu’il porte atteinte aux « droits auxquels la modernité … etc. ». Ayant décidé de braver cet interdit, je rappelle ici les dernières paroles de la chanson : « La morale de cette morale, larirette, c’est que les femmes aiment les cochons ».

Il est donc question d’hommes, de femmes et de cochons. Cela tombe bien, les actualités médiatiques viennent de projeter le thème à la une de tous les journaux (et « réseaux sociaux », comme il est impératif d’ajouter aujourd’hui). Ainsi, tout le monde est aujourd’hui d’accord : monsieur Harvey Weinstein est un porc. Il a en effet honteusement et longuement profité de sa position de pouvoir pour se faire accorder des faveurs par d’innombrables femmes. Le cas s'est répandu comme un virus d'Ebola, et très au-delà des frontières d'Hollywood, au point qu'on a l'impression, au bruit médiatique retentissant qui a suivi, que tous les hommes sont des Weinstein.

La différence avec la chanson larirette, aujourd'hui, c'est que les femmes n'aiment plus les cochons. Il faudrait plutôt dire : un certain nombre de femmes. Pas d'affolement : c'est seulement, nous disent les gents féministe et journalistique, que « la parole des femmes se libère ». L'expression (« la parole libérée ») fait florès depuis quelque temps, menaçant tous les hommes (pour la pédophilie, il est recommandé, spécialement depuis quelque temps, d'être un curé ou un instituteur) qui se rendent coupables des nouvelles turpitudes à la mode. Jusqu'à quand est-on en droit de dire que « la parole se libère », et à partir de quand doit-on prévenir le gibier que « la chasse est ouverte » ?

Dans la présente affaire, la question est de savoir quelle est cette fameuse position de pouvoir qui a donné à Harvey Weinstein l’opportunité d’importuner tant de femmes jusque dans l’intimité de leurs dessous. Mais aussi pour quelle raison tant de femmes innocentes ont été mises en présence de ce porc doublé d’un prédateur. Tiens, j’apprends qu’il était producteur de cinéma. Et que les femmes en question allaient dans son bureau sans y avoir été contraintes. Pensez : elles désiraient obtenir un rôle dans un film financé par le dit Weinstein. Et tiens, justement, beaucoup d’entre elles ont fait une belle carrière dans le cinéma. Ça tombe plutôt bien, non ? On se dit qu'elles doivent être bien reconnaissantes au monsieur, qui leur a donné leur chance et mis le pied à l'étrier. Eh bien non, figurez-vous : elles n'ont même pas la reconnaissance du bas-ventre.

Pourquoi une jeune femme veut-elle « faire du cinéma » ? Pour aller vite, les deux raisons principales sont qu’elle a un talent de comédienne et qu’elle n’est pas « fatigante à regarder », comme dit aimablement mon ami Yves, qui ne dédaigne pas la litote (mon ami Alain préférait quant à lui : « elle est gentille », déjà plus ambigu). Cela paraît clair : très peu de premiers rôles féminins ont été tenus par des grosses ou des laides dans l’histoire du cinéma. C’est injuste et fou, mais que voulez-vous qu’on y fasse ?

Que demandent le cinéma en général, ses professionnels et ses spectateurs en particulier à une femme ? De séduire, de séduire et de séduire. Or, pour plaire aux spectateurs, il faut commencer par plaire à ceux qui vont faire le film, car c'est eux qui s'imaginent connaître et incarner le mieux les goûts du public. Imaginez que Gwyneth Paltrow se soit présentée à Harvey Weinstein en tenue de souillon, pas lavée et pas maquillée. Le monsieur ne l’aurait pas regardée. Pire, il ne l’aurait peut-être même pas vue. A la rigueur, si elle avait été en train de faire sa chambre d’hôtel quand il sortait de la douche, il lui serait arrivé la même chose qu’à Nafissatou Diallo avec DSK.

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GWYNETH PALTROW, UNE FEMME QUI A "RÉUSSI"

J’ignore dans quel état d’esprit était Gwyneth Paltrow en frappant à la porte du bureau, mais il m’étonnerait fort qu’elle ne se soit pas auparavant renseignée sur le bonhomme qui allait l’accueillir, auprès de femmes qui avaient avant elle fait la démarche. J’imagine aussi qu’elle savait deux ou trois choses sur les mœurs qui avaient cours dans le milieu professionnel où elle désirait s’insérer et si possible faire carrière.

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TOUTE LA PROBLÉMATIQUE EST LÀ

C'EST DANS LA SÉRIE "LUKA" (N°5), DE MEZZOMO ET LAPIÈRE (ED. DUPUIS, 2000)

Il n’y a qu’à ouvrir n’importe quel magazine « people » pour le savoir : les histoires de cœur y côtoient allègrement les histoires de cul. A moins d’être une oie blanche, une candidate-actrice sait ce qu’il faut faire de son corps : un argument de vente. Dans le pire des cas, c’est un mauvais moment à passer. « Puisque c’est le métier qui veut ça », doivent se dire beaucoup : que ne ferait-on pas pour « réussir » et briller de mille feux, comme des étoiles dans le ciel hollywoodien. Combien de ces starlettes se sont-elles fait prendre en photo sur la plage de Cannes en prenant soin de ne pas mettre trop de tissu sur leurs charmes ?

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QUELQUES PORCS ACCOURUS POUR RENIFLER L'OIE BLANCHE

J'en conclus que Gwyneth Paltrow (et toutes ses consœurs concernées) est une vilaine ingrate, doublée d'une grande hypocrite : elle a au moins fait fructifier son investissement de départ, et le sacrifice qui allait avec.

Car le moteur des actrices de cinéma, ce que cette industrie est même en droit d’attendre d’elles, c’est qu’elles soient en mesure de susciter le désir, qui est une sorte d'assurance sur les bénéfices futurs.

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LA VICTIME BELLA HADID A CANNES, CONTRAINTE PAR ON NE SAIT QUEL PRÉDATEUR DE SUSCITER LE DÉSIR DES PORCS, EN EXHIBANT UNE ADMIRABLE ABSENCE DE DESSOUS

Ce point est crucial pour le producteur, qui est d’abord un homme d’affaires, un financier qui compte bien faire que ses investissements lui rapportent le plus gros possible par l'afflux dans les salles obscures. Ce calcul repose précisément sur la capacité de l’actrice à provoquer le désir du spectateur (des millions et des millions de porcs, donc, selon la gent féministe).

Que nous apprend, dans ces conditions, « l’affaire Weinstein » ? Qu’il est urgent d’agir pour mettre fin une fois pour toutes aux agissements inqualifiables de la détestable gent masculine à l’égard de la gent féministe (je fais confiance aux femmes normales). Pour cela, je propose de donner force de loi à une suggestion faite un jour dans les médias par un de ces princes du journalisme auxquels une rumeur prête le pouvoir de gouverner l’opinion publique. Un prince que le monde entier ne nous envie pas, j'espère.

Cette Altesse Royale du papier journal, dont les visiteurs de ce blog savent combien il figure au nombre de mes objets de dévotion, a pour nom Laurent Joffrin (Mouchard de son vrai nom). J’ai en effet entendu ce maître donneur de leçons, un jour à la radio, formuler l’une de ces idées lumineuses qui tapissent de nos jours les murs de l’air du temps : pour en finir avec le harcèlement sexuel et les propos ou les gestes déplacés, il faut que les hommes cessent de désirer les femmes.

Je l’affirme : j’ai entendu le monsieur émettre la suggestion, pour pacifier les rapports entre les hommes et les femmes, que les premiers cessent une bonne fois de considérer les secondes comme des objets de désir. Laurent Joffrin a tout compris. Enfin un homme qui a compris ce que les femmes attendent depuis la nuit des temps : que les hommes cessent de les désirer. Oui, aussi stupéfiant que cela puisse paraître, j'ai bien entendu ce monsieur émettre cette idée, à propos de je ne sais plus quelle actualité, peut-être les problèmes des femmes égyptiennes dans les bus : la racine du mal réside exclusivement dans le fait que les hommes, tout au moins en général, désirent les femmes. 

Que les hommes aient besoin en permanence qu'on leur enseigne la civilité en même temps que la civilisation, je crois en effet que beaucoup en ont besoin, vu la rusticité des manières dont ils affublent l'expression de leur émoi face à la beauté des femmes, mais je suggère à la gent féministe, qui véhicule un tel négationnisme du désir, d’informer la gent féminine, soit la presque totalité des êtres humains femelles, du prochain nouvel état des choses. Je me permets cependant d’émettre un doute quant à la façon dont le message serait reçu par ces femmes normales ("la gent féminine", j'insiste lourdement), qui auraient sans doute du mal à se consoler d'anéantir tous les efforts qu’elles font chaque matin devant leur miroir pour façonner leur apparence, comme elles le font depuis la nuit des temps. 

Pourquoi se donnent-elles tant de mal ? Pour le savoir, pas besoin d'aller chercher Baudelaire et son Eloge du maquillage dans Le Peintre de la vie moderne (« ... se dorer pour être adorée ... »). C'est tout simple : la femme fait de son miroir le conseiller de son équilibre et de son bien-être intérieurs. Viennent en second les usages de la vie sociale : il s'agit, indirectement, d'agir sur le regard des autres, de le façonner pour l'amener à refléter les mêmes ondes positives, mais cette fois porteuses de respect ou d'envie, si possible d'admiration ou même de désir et, pourquoi pas, d'amour. 

En espérant ne rencontrer que des regards de femmes envieuses et d'hommes civilisés. 

En espérant aussi que, dans un  avenir proche ou lointain, des femmes perpétuent cette manie qui consiste, pour elles, à désirer que des hommes éprouvent un désir à leur endroit (et pourquoi pas à leur envers).

vendredi, 20 octobre 2017

QU’EST-CE QU’UN ÉCOLOGISTE ? 4/4

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Alors tout bien considéré, qu'est-ce qu'un écologiste ? C'est un être malheureux, mécontent d'être malheureux, malheureux d'être mécontent. Selon moi, c'est un désespéré qui aime la vie, et qui est désespéré pour cette raison : il regarde le monde réel avec un peu trop de lucidité. C'est quelqu'un qui se raconte qu'il est peut-être encore possible d'arrêter la machine infernale et qui, pour la même raison, persiste à chercher, écrire, s'égosiller, courir, gesticuler, se démener, bref : "faire quelque chose", tout en étant persuadé que non, au point où l'on en est arrivé, c'est cuit, mais qui a verrouillé cette certitude dans le cabinet secret de tout au fond, dont il a jeté la clé au motif qu'il ne faut pas injurier l'avenir. "On ne sait jamais", se dit-il à la manière de ceux qui "n'y croient pas", mais que ça n'empêche pas, semaine après semaine, de remplir leur grille de loto.

Et puis s'il fallait cesser de vivre à chaque fois que meurt un proche, on serait mort depuis longtemps, se dit-il. Voilà : est un écologiste quelqu'un qui se prépare à porter deuils après deuils et qui, pour continuer à sourire à la vie, fredonne sans se lasser : « J'ai des tombeaux en abondance, Des sépultures à discrétion, Dans tout cimetière de quelque importance, J'ai ma petite concession. » (tonton Georges). D'une certaine manière, ce que je fais ici même présentement, c'est un peu "remplir ma grille de loto" : on ne sait jamais ! C'est vous dire l'état d'esprit.

Le tableau de la « mouvance » (« sensibilité » se porte aussi assez bien cette année) écologiste que j'ai essayé depuis quelques jours de dresser est sûrement incomplet, partiel et partial. J’ai seulement voulu en parcourir ce qui m’en a semblé les principaux aspects. Quel avenir ce tableau sommaire des préoccupations écologiques laisse-t-il entrevoir pour la planète ? J’ai envie de dire que, s’il y a une indéniable prise de conscience au sein de la communauté scientifique et parmi un certain nombre de voix en mesure de résonner dans les médias (je n'ai pas dit : en mesure de faire bouger les choses), le rapport des forces en présence et la lenteur pesante de l'évolution des consciences (ne parlons pas des intérêts en jeu, qui font résolument barrage) laissent mal augurer de nos lendemains. 

Qu’est-ce qui autorise un tel pessimisme ? D’abord la faiblesse structurelle due à l’inorganisation du camp des défenseurs de l’environnement. J'ai dit pourquoi hier, en parlant de la relation au pouvoir. Car les défenseurs sont multiples et hétérogènes, aussi multiples et hétérogènes que les problèmes qui menacent la survie de la vie sur terre. Car il n'y a pas que le réchauffement climatique dans la vie, il faut varier les plaisirs : il y a aussi l'agonie des sols cultivables de la planète, due à un productivisme agricole halluciné, qui consomme frénétiquement toutes sortes d'intrants chimiques (voir les travaux de Claude Bourguignon, ingénieur agronome) ; il y a, depuis trente ans en Europe, la division par cinq (- 80 %) des effectifs d'insectes volants, vous savez, ceux qui s'écrasaient sur les pare-brise, forçant l'automobiliste à s'arrêter souvent pour le nettoyer (je vous parle d'un temps que les moins de ...), catastrophe pour laquelle les scientifiques incriminent les mêmes intrants ; il y a la déforestation massive de certaines régions au profit de plantations autrement plus rentables (palmier à huile, eucalyptus, végétaux OGM, ...) ; il y a l'acidification de la surface des océans, qui rend problématique la survie des récifs coralliens et des planctons ; il y a l'empoisonnement de la chair des hommes par toutes sortes de molécules chimiques, qui n'est sûrement pas étranger à l'explosion des maladies chroniques, dont le cancer (les spécialistes parlent d'une épidémie : voir Notre Poison quotidien, de Marie-Annick Robin, La Découverte, 2013) ; il y a la mortalité humaine due à la pollution : neuf millions de personnes en 2015, selon une étude qui vient de paraître dans The Lancet, la grande revue scientifique britannique. Il y a ... Il y a ... Il y a ... Tout ça, ça fait des combats disparates, des luttes manquant de cohérence, des résistances tirant à hue et à dia. Cela ne fait pas une force.

Le changement climatique reste quand même la menace la plus globale et la plus visible (voir les ouragans récents, dont le dernier, certes dégradé en "tempête tropicale", a frappé l'Irlande (une tempête tropicale sur l'Irlande !!! Et peut-être bientôt « un oranger sur le sol irlandais », salut Bourvil), après avoir suivi une trajectoire qui sidère les météorologistes !), mais la guerre des hommes contre la planète a bien d'autres visages. Et cette guerre a été déclarée il y a un peu plus de deux siècles, quand les progrès techniques et le machinisme naissant ont opéré le passage d'une économie de subsistance à une économie de production de masse. Il paraît clair que l'accroissement de la puissance économique a été fidèlement suivie comme son ombre par un accroissement identique et synchrone de la pollution et de la dégradation des environnements. En bout de course, plus les pays du monde ont été nombreux à s'industrialiser, plus se sont multipliés les agents destructeurs. Plus l'homme a créé des richesses, plus il a nui à la nature. 

C’est maintenant indéniable : la gravité et l’intensité des pollutions découlent directement de la croissance industrielle. C’est l’industrie sous toutes ses formes qui nous a donné les agréments dont nous jouissons depuis toujours. C’est l’industrie qui, pour nous offrir tant de biens, a opéré, dans le même mouvement, la dévastation de la biosphère, dont nous voyons aujourd’hui la gravité. La pollution est directement le prix que nous faisons payer à la planète pour acheter notre confort. Plus nous vivons confortablement, plus nous sommes nuisibles : voilà l'équation. 

Pour être sûr de la chose, il suffit de regarder les changements intervenus en Chine depuis quarante ans : plus le pays s'est enrichi et industrialisé, plus massives ont été les pollutions. La Chine a expérimenté en quatre décennies ce que les pays anciennement industrialisés ont fait en deux siècles. Les atteintes à l'environnement sont à la mesure de la démesure du pays (l'Inde suit à petite distance : à eux deux, une petite moitié de l'humanité). Peut-être pour ça que c’est en Asie que la prise de conscience est la plus rapide au niveau de la population, peut-être aussi des dirigeants. C'est d'autant plus urgent que, si la planète pouvait supporter le "développement" à l'époque où il concernait cinq cent millions de "privilégiés", elle menace de crever la gueule ouverte au moment où chacune des sept milliards de fourmis qui encombrent sa surface se mettent à rêver de "vivre à l'américaine". 

Quid des populations occidentales ? Laquelle (moi compris) est prête à renoncer à quoi que ce soit de son confort et de ses facilités quotidiennes ? Quid des industriels, lancés dans la féroce compétition mondiale ? Lequel est disposé à se rogner les griffes pour faire plaisir aux écologistes ? Quid des financiers, traders et autres spéculateurs, dont l’unique obsession est de faire grimper toujours le taux de leurs profits ? Lequel de ces vautours est prêt à dire : « J’arrête » ? Tout cela fait système : chacun des éléments tient à tous les autres et n’existe que parce que les autres existent. En un mot, chacun des éléments est solidaire de tous les autres. Quand une machine est ainsi construite, allez donc la mettre en panne ou, simplement, la ralentir dans sa marche.

Qu’y a-t-il en face de ce monstre compact ? Des forces dispersées, plus ou moins vaguement organisées. Le GIEC ? On demande aux scientifiques de conduire des recherches et de produire des rapports. Pas de prendre les décisions que ces rapports appelleraient. Les ONG ? Elles peuvent avoir une influence éventuelle, c’est certain, mais ont-elles seulement le pouvoir d'infléchir la trajectoire ? Greenpeace tire un feu d’artifice dans l’enceinte de la centrale nucléaire de Cattenom ? La belle affaire : c’est mauvais pour l’image d’EDF, mais quoi d'autre ? Tout le monde a déjà oublié.

Les associations de militants ? Mais chacun des GPI ("Grands Projets Inutiles", genre ND des Landes, Lyon-Turin, …) voit se former à chaque fois des associations à objet spécifique, déconnectées de toutes les autres : comment ces forces éparpillées pourraient-elles se fondre en un ensemble qui pourrait rivaliser en cohérence et en puissance, mettons avec un animal aussi stratégiquement structuré que le Forum de Davos (on pourrait encore mieux parler du groupe Bilderberg, ou même de la Trilatérale, qui en est l'émanation), où les membres de la fine fleur des élites mondiales se tiennent par la barbichette, se serrent les coudes et ricanent au spectacle des petits agités qui prétendent les empêcher de danser en rond ? Les vaguelettes de surface n'ont jamais mis en danger les gros navires. Pour s'en persuader, il n'y a qu'à observer la vitesse à laquelle la limace européenne s'achemine vers l'interdiction du glyphosate. Sans parler de la brusque volte-face du clown américain en matière de réchauffement climatique.

Que peut-on faire en définitive pour s'opposer efficacement au processus global de cet ordre des choses ? D'excellents esprits disent, au motif qu'il faut toujours "finir sur une note d'espoir" : « Il ne faut pas se décourager. Il faut garder l'espoir. Tout est toujours possible. Nul ne connaît l'avenir. » (Hubert Reeves, Paul Jorion et plein d'autres volontaristes). Mais je ne suis pas volontariste. Je suis de l'avis de Günther Anders parlant d'Ernst Bloch, l'auteur de Le Principe Espérance : « Il n'a pas eu le courage de cesser d'espérer ». Je crois au contraire qu'il faut avoir le courage de cesser d'espérer : l'espoir est une telle machine à entretenir l'illusion qu'il rend aveugle sur ce qui est possible, ici et maintenant. Cette philosophie n'est pas confortable, j'en conviens, mais c'est la seule qui vaille : cessons de nous projeter dans l'avenir, et occupons-nous du présent, si c'est possible.

Et au présent, que peut-on faire ? Pas grand-chose, je le crains. Et si lentement ! La tâche est démesurée, et chacun se demande par quel bout commencer et quel fil il faudrait tirer pour faire obstacle au pire. Toutes ces montagnes à soulever ! Et pour obtenir quel résultat ! Et si encore la "croissance" se déroulait dans une atmosphère paisible et tranquille ! Mais pensez-vous ! Partout, c'est la concurrence, la compétition, le conflit, la guerre. Non, franchement, tout bien considéré, c'est mal parti. La destruction fait partie du programme.

D’accord, je ne suis pas un optimiste, mais j’ai le pessimisme un peu argumenté malgré tout. Non, ça ne me console pas. Bien obligé de faire avec. Ce qui me console, c'est ce rouge du domaine Gallety 2015 (un Saint-Montan) qui arrosait l'autre jour un sublime brie à la truffe de chez Galland, en même temps que les amygdales de quelques lurons pas tristes. 

Voilà ce que je dis, moi.

jeudi, 19 octobre 2017

QU’EST-CE QU’UN ÉCOLOGISTE ? 3/4

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A part ça, aucun voyageur du train fou qui nous emporte ne pourra dire que le signal d’alarme était en panne : les sentinelles font leur boulot et ne cessent d’actionner la sirène. Ce qui inquiète, c’est plutôt qu’il n’y a pire sourd que celui qui refuse d’entendre, et que le signal d’alarme donne massivement l’impression de pisser dans un violon des Danaïdes, ce qui est, on l'admettra, peu convenable.

Après le consortium des scientifiques voués à ces recherches, véritables écologistes professionnels (au sens propre) et la foule des porte-voix et haut-parleurs de bonne volonté (essayistes et journalistes), vient la foule bigarrée, gesticulante et enfiévrée de tous les gens qui, ayant entendu hurler la sirène, se disent qu’il y a peut-être encore quelque chose à faire pour sauver la mise à l’humanité. Pour ceux-là, de deux choses l’une : soit ils mettent en application le précepte bouddhiste qui veut que, si tu veux transformer le monde, commence par toi-même, soit, mus par un altruisme fulminant qui se souvient du marxisme ("transformer le monde"), ils tournent leurs efforts vers l'extérieur et la réalité concrète. Les premiers sont des sortes de militants « au jour le jour » qui ne se laissent abuser ni par les mirages de la consommation, ni par les corps déjà faisandés des doctrines à la mode, se contentent de faire et de satisfaire leurs besoins, sans plus : ils sont les militants d'eux-mêmes, ce qui après tout n'a rien de déshonorant. L'avantage, avec eux, c'est qu'ils laissent toujours les lieux aussi propres qu'ils souhaitaient les trouver en entrant.

Mais il y a aussi et surtout les innombrables altruistes qui, ne se contentant pas de « penser global, agir local », s'enrôlent dans des entreprises (associations, ONG, ...) assez fortes, pensent-ils, pour faire passer les intentions dans la réalité. Ceux-là, soucieux de mettre en accord leurs principes et leur propre vie, n’hésitent pas à, comme on dit, s’ « engager ». Faisant preuve parfois d’un réel courage physique, ils s’enchaînent à des voies ferrées qui doivent voir passer un convoi de déchets nucléaires en provenance ou à destination de La Hague ; ou alors ils font irruption dans une parcelle expérimentale de l’INRA pour y faucher un essai de culture de maïs transgénique, avec le tribunal en ligne de mire ; ou alors ils occupent illégalement des terres cultivables et protégées, mais expropriées, pour empêcher la construction d’un aéroport international, au risque de s’en voir chassés à coups de bâtons par la maréchaussée ; etc.

Disons cependant que ces entreprises-là (Notre-Dame-des-Landes, Sivens, plateau de Bure, tunnel Lyon-Turin, etc.) sentent bien souvent l’amateurisme, l’improvisation, la fête, bref, l’absence d’une structure pérenne, d'une cohérence des motivations et d’une organisation à la hauteur de l’enjeu, capables d'en remontrer aux puissants et aux forces installées, voire de les faire plier (le souvenir du Larzac hante ces couloirs).  Il y a de l’artisanat, de l’insurrection, voire de la jacquerie dans ce genre de mouvement, autrement dit : du feu de paille (pas toujours). Les gens en face le savent, qui attendent avec un sourire carnassier les troupes envoyées par ces autorités spirituelles (« Le pape ? Combien de divisions ? »).

Tout autrement se présente la multinationale écologiste, genre WWF ou Greenpeace, qui lance des campagnes de « sensibilisation » à grands coups de publicité, de lobbying ou de démarchage de rue. Quelle que soit la noblesse de la démarche qui a présidé à la fondation de ces entreprises d’écolo-business, je leur ferai le reproche qu’on fait à toutes les grandes organisations : une part démesurée de la collecte des dons passe en général dans les frais de fonctionnement (personnels, locaux, administration, études spécifiques éventuelles, campagnes publicitaires), laissant les cacahuètes et les queues de cerises pour l'action proprement dite, ce qui laisse à penser qu’à partir d’une taille donnée, de telles entreprises sont vouées à travailler plus à leur propre perpétuation qu’au but qu’elles se sont fixé au départ. Des structures qui ne roulent plus que pour elles-mêmes, en quelque sorte, et où la part de moyens assignée à leur raison d'être initiale est de plus en plus réduite. Le genre de raisonnement qui m’a toujours dégoûté de financer l’UNICEF, par exemple, dont certains cadres en mission en Ethiopie avaient la réputation de vivre sur un pied de nababs.

L'allumé, le sérieux, le militant : voilà mon trio de tête des écologistes. Celui qui croit dur comme fer, celui qui sait de source sûre, celui qui agit à tout prix. De la conviction, de la volonté, du courage, de l'opiniâtreté, c'est certain, mais fort peu de pouvoir en définitive. Le grand mot est lâché : où que se tourne l'écologiste, il se heurte à un pouvoirA méditer. Je me demande en effet si le problème essentiel de la question écologique aujourd'hui n'est pas la relation que tous les pouvoirs en place entretiennent avec elle. Dans le tableau chiffré que se font les puissants (éminents capitalistes ou hauts dirigeants politiques) de l'horizon désirable et des objectifs à atteindre, l'état de santé de l'eau, des sols, de l'air et des hommes n'entre que très loin après la virgule, du côté de l'infinitésimal. 

A se demander si les pollutions actuelles ne sont pas tout bonnement le résultat logique d'un exercice du pouvoir, mais augmenté de l'énormité des pouvoirs de la technique, que le chef s'est appropriés pour les soumettre à sa seule volonté. Car la technique a des affinités naturelles avec le pouvoir, puisque ses effets sont essentiellement d'augmenter la puissance : depuis le simple outil primitif (l'homme du magdalénien moyen (-15.000 à - 10.000), se servait déjà d'un "propulseur" pour accroître la force de sa sagaie) jusqu'à nos machines les plus démesurées, la technique a servi à démultiplier le pouvoir de l'homme : tout objet technique recèle un pouvoir.

Quoi de plus évident que la technique soit mise au service de celui qui détient déjà un pouvoir ? De même, celui qui adopte un objet technique se soumet au pouvoir de celui qui l'a mis au point. Et moins l'utilisateur maîtrise l'objet, plus il en passe, contraint et forcé, par les volontés de celui qui l'a fabriqué, comme on le voit à la manière dont les millions de possesseurs de smartphones consentent à se laisser tondre sur le dos leurs données personnelles par des entreprises très avisées et très organisées : il est déjà là, le totalitarisme consenti.

A se demander aussi si la relation au pouvoir ne définit pas par nature l'écologiste-type : comme il ne tient pas à dominer la nature, mais à vivre en harmonie avec elle (« Maître et possesseur de la nature », dit au contraire Descartes), on peut en déduire que le pouvoir n'a pas d'attrait à ses yeux, et qu'il ne tient pas à l'exercer. Ecologie et exercice du pouvoir reposent sur deux visions du monde diamétralement opposées.

Voilà qui expliquerait la faiblesse intrinsèque des mouvements écologistes, partis "verts" etc. : un "parti" écologiste est autant un reniement de soi-même qu'une contradiction dans les termes, puisqu'un parti politique cherche, au minimum, à participer au pouvoir, et si possible à le conquérir. EELV (Duflot, Placé, Baupin et compagnie) s'y est brulé les ailes. Est-il envisageable de conquérir quelque chose que l'on ne désire pas ? Comment accéder au pouvoir quand on ne veut pas l'exercer ? La contradiction n'est pas mince : agir sur les choses (ici la protection de la nature) est impossible si l'on n'exerce aucun pouvoir. Si l'on ne veut pas du pouvoir pour soi-même, reste à faire en sorte d'amener la personne qui l'exerce à prendre les bonnes décisions. Voilà l'alambic où se distille la vie terriblement compliquée des écologistes.

Voilà qui expliquerait le spectacle des batailles de chiffonniers que les écologistes du parti "vert" donnent à la population chaque fois qu'ils se réunissent en congrès : chez eux, la relation au pouvoir est éminemment problématique.

Voilà encore qui expliquerait que les écologistes aient tant de mal à faire valoir leurs arguments face aux pouvoirs en place, et à faire prendre corps à leurs idées dans la réalité concrète, ce qui fait comprendre que la raison écologique soit si souvent vouée à l'échec. Les écolos, dans la perspective universaliste qui est la leur, ont en vue ce que je persisterai toujours à appeler l'« intérêt général ». Les pouvoirs en place (économiques, mais aussi politiques, bien sûr, vu qu'ils marchent ensemble) sont presque toujours animés par la volonté de défendre des intérêts au moins parcellaires (avec en vue un marché ou une réélection), le plus souvent carrément particuliers. Tiens, revoilà ce vieux tandem des frères ennemis "intérêt général / intérêts particuliers" ! Là, entre encore en jeu la relation que chacun d'eux a au temps : aux premiers, le très long terme, avec l'examen qui va avec, obligatoire et préalable, des conséquences possibles ; aux seconds, l’œil fixé sur le profit à tirer, qu'il soit immédiat ou prochain, pour le reste, c'est "on verra bien". Aux uns l'avenir, aux autres le présent. Le heurt est inévitable. Les deux camps sont a priori, comme les deux gauches selon Manuel Valls, "irréconciliables".

mercredi, 18 octobre 2017

QU’EST-CE QU’UN ÉCOLOGISTE ? 2/4

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Face à ces militants foutrement déconnectés du réel, les vrais écologistes. Je veux dire les gens normaux, spectateurs sidérés de la rage autodestructrice de l’espèce humaine, de plus en plus massive et précipitée, qui fait ses dégâts dans les recoins les plus reculés de la planète (on a trouvé d'intéressantes concentrations de pesticides dans des animaux des abysses des grandes fosses océaniques, à 8000 mètres de profondeur). Ces écologistes sont d'abord, je le répète, des gens normaux, effarés, abasourdis, qui veulent en savoir plus sur le désastre qui s'annonce, pour savoir à quelle sauce ils vont être mangés, et qui grappillent comme ils peuvent, à droite et à gauche, les myriades d’informations disséminées sur tous les canaux disponibles. Ils reçoivent par exemple en pleine figure le fait que l'Anses (autorité de sûreté de quelque chose) vient d'autoriser le sulfoxaflor, alors même que beaucoup de responsables eux-mêmes commencent à regarder de travers les néonicotinoïdes tueurs d'abeilles et autres insectes. 

Ils rassemblent donc informations et documents, mais c'est pour en faire quoi ? Ils ne savent pas toujours bien. On les trouve épars en provenance des forêts qui disparaissent ; des glaces du grand nord qui fondent plus vite que leur ombre, menaçant de submersion tout ce qui vit à proximité du littoral ; des eaux de surface des océans qui s’acidifient et se peuplent de continents de plastique ; de l’air que nous respirons dans les villes, qui améliore sans cesse le rendement de la mortalité humaine prématurée ; des camps d'extermination des insectes ouverts en plein air par les tenants de l'agriculture industrielle et productiviste ... j’arrête l’énumération.

Les causes de ces phénomènes se trouvent – c’est désormais certain (voir La Contamination du monde, de François Jarrige et Thomas Le Roux, Seuil, 2017) – dans toutes les cathédrales industrielles qui nourrissent de molécules sans cesse nouvelles, et toutes plus ingénieuses et subtiles les unes que les autres, l’air que nous respirons, le sol que nous foulons, les plantes et animaux que nous mangeons, les objets dont nous nous servons – molécules peu à peu incrustées et accumulées dans la moindre cellule de notre corps, avec des effets que les industriels, avec une belle et curieuse unanimité, s’échinent à nier en bloc : « Prouvez scientifiquement que c'est dû à la nocivité de nos produits ! », proclament-ils dans une attitude de dignité outragée, tout en dépensant des fortunes dans des stratégies destinées à rendre dociles les décideurs au moment de la délibération et de la signature. L'examen des "Monsanto papers", dont on trouve le détail des turpitudes dans Le Monde, est à cet égard tout à fait instructif : on reste ahuri d'apprendre que des "scientifiques" vendent leur signature, leur âme et leur honneur à l'entreprise, en acceptant qu'un article mitonné dans la cuisine de cette dernière soit publié sous leur nom dans des revues "à comité de lecture".

Des esprits avisés font remarquer fort justement que ce serait plutôt aux industriels d’apporter la preuve scientifique de l’innocuité de leurs produits et de leurs inventions. Malheureusement, ces derniers ont pour eux la force de l'évidence de la chose nouvellement créée, chargée de belles promesses d'avenir. De plus, ils sont passés maîtres dans l’art de renverser les rôles et d’inverser la charge de la preuve. Ils sont aidés en cela par le consentement massif des populations qui, bénéficiant déjà de toutes les facilités matérielles offertes par ces produits et ces inventions, au confort desquels ils sont tellement accoutumés, se feraient hacher menu plutôt que d'y renoncer. Tout en entretenant sans le dire, vu la contradiction, une mauvaise conscience douloureuse, qui leur procure juste le sentiment de culpabilité suffisant pour les rendre réceptifs à toutes les campagnes de propagande (« T'es responsable ! Fais un geste pour ta planète ! Trie tes déchets ! Mouche ton nez ! Dis bonjour à la dame ! »), chacun étant invité à se dire : oui, c’est moi qui suis nul, je ne fais pas ce qu’il faudrait, je dois essayer de m'améliorer, mea maxima culpa, etc.

Les premiers écologistes sont évidemment ceux qui, dûment payés pour ça du fait de leur compétence professionnelle, collectent l’information là où elle se trouve : sur le terrain. Le thème de la pollution a ouvert depuis les années 1970 d’innombrables champs de recherche aux scientifiques et à leurs laboratoires. Ils sont en effet ceux qui établissent de façon indubitable, en les mesurant avec rigueur et précision, la réalité et l’origine des nuisances qui, autrement, ne pourraient tout au plus être considérées que comme du « ressenti ». Le GIEC (1500 chercheurs du monde entier, au bas mot) et ses rapports impitoyables sont l’émanation directe de leurs longs travaux. Concernant le « changement climatique », l’humanité peut en effet se fonder sur ceux-ci pour tenter de prévenir le pire, puisqu’elle dispose d’une masse de données qui sont autant de preuves. En prend-elle le chemin ? Je pose seulement la question, de crainte de la réponse.

Viennent ensuite les nombreux autres vrais écologistes qui se sont donné pour tâche de faire un peu de publicité à ces travaux austères et plutôt confidentiels, et d’en diffuser dans le plus large public possible l’essentiel de la substance. Je veux parler des gens – assez divers et nombreux aujourd’hui, appelons-les des « passeurs », pour faire une concession au vocabulaire à la mode – qui écrivent des livres sur le sujet et des journalistes spécialisés qui publient des articles.

Parmi eux, pêle-mêle et à des titres divers : Rachel Carson (Printemps silencieux), Naomi Oreskes et Patrick Conway (Les Marchands de doute), Jacques Ellul (Le Bluff technologique), Lewis Mumford (Les Transformations de l’homme), Günther Anders (L’Obsolescence de l’homme), Paul Jorion (Le Dernier qui s’en va éteint la lumière), Servigne et Stevens (Comment tout peut s’effondrer), Marie-Monique Robin (Notre Poison quotidien), Hervé Kempf (L’Oligarchie ça suffit), Fabrice Nicolino (Un Empoisonnement universel),  etc … j’en oublie car je n’en finirais pas.

Je citerais volontiers dans la liste le nom de Stéphane Foucart (Le Monde), s'il ne venait pas de pondre un article bien étrange sur les OGM, dont il fait semblant de réduire le problème à son aspect « recherche scientifique », alors qu’il me semble clair que l’essentiel n’est pas dans les risques sanitaires potentiels, mais dans l’inéluctable brevetabilité du vivant promue par Monsanto et consort, qui ne vise à rien de moins qu’à la confiscation de toutes les semences, c’est-à-dire à l’appropriation privée et rémunératrice de toutes les sources de l’alimentation humaine et animale. Bien sûr, monsieur Foucart, qu'on n'est pas contre les recherches scientifiques en génétique (encore que cela pourrait prêter à discussion).

Le but final ? Interdire légalement à tout jardinier, à tout paysan, à tout cultivateur, où qu'il soit sur la planète, d'utiliser des semences autres que celles sorties des laboratoires, qu'un Grand Livre Officiel des Semences Autorisées répertoriera en détail, avec leur carte d'identité génétique. Avec une police des semences aux aguets et au taquet. De quoi richement alimenter ad vitam aeternam les comptes bancaires des actionnaires, aux dépens des populations laborieuses, rendues au servage, dont le métier est de produire ce qui nourrit l'humanité.

Quant à Stéphane Foucart, j'attends d'en savoir plus pour être sûr qu'on peut quand même lui faire confiance : ses articles jusqu'ici ont toujours été très affûtés.

mardi, 17 octobre 2017

QU’EST-CE QU’UN ÉCOLOGISTE ? 1/4

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Il y a deux sortes d’écologistes : ceux dont la presse parle, parfois en abondance à la suite d'une action spectaculaire (Greenpeace à Cattenom, manif de brebis en plein centre de Lyon, ...), et, qui plus est, sous l’angle du conflit entre les « pro » et les « anti », du genre de ce qui nous fabrique de gentils « débats de société », dont nul n'a que faire mais qui permettent de passer le temps et de s'être trouvé pour un temps une raison de vivre, avant la suivante. Et puis il y a ceux dont on ne parle dans la presse « de référence » que sous forme de dossiers et d’articles plus ou moins digestes pour le vulgum pecus, qui ne feront jamais grimper l’audimat et qui, pour cette raison, ne seront qu’exceptionnellement mis en vedettes.

La « COP21 » de Paris en 2015 appartient à cette catégorie des exceptions qui confirment la règle : un événement soigneusement mis en scène, et devenu spectaculaire parce que les participants officiels le voulaient ainsi. Les vrais écologistes sont, on l'a compris, du côté le moins visible : à cette occasion, ils ont été noyés dans la masse et le protocole. Il est bien entendu faux de croire que tous les chefs d'Etat présents se sont convertis à l'écologie à cette occasion : il n'y a ni baguette magique, ni Saint-Esprit. D'autant que la COP21, si elle abordait le problème le plus global, laissait de côté d'autres problèmes, eux aussi cruciaux, au premier rang desquels l'empoisonnement du vivant avec les développements des industries chimiques.

Comment définir les premiers de ces écologistes ? Ce sont d’abord des emmerdeurs : leur premier objectif semble en effet de venir emmerder les diverses catégories d’individus qui ont affaire aux confettis de nature sauvage que la civilisation concède à l’exigence de « préservation de la qualité du milieu ». Les emmerdés, de leur côté, sont régulièrement, entre autres, les bergers. Le qualificatif d’écologistes, dans ce cas, repose sur l'exigence de réintroduction pour rebiodiversifier l'environnement. Ce sont eux qui ont tout fait pour que l’ours s’acclimate de nouveau dans les Pyrénées, plus récemment le lynx dans le Jura ou les Vosges (combien et par qui ces animaux ont-ils été payés ?). Ce sont eux qui se dressent contre les fusils des chasseurs quand ceux-ci font mine de vouloir tuer des loups, au motif que les bergers d’alpage se plaignent des terribles déprédations qu’ils commettent dans leurs troupeaux de brebis.

Soyons clair et net : ces « écolos » n’ont rien compris à la biodiversité qu’ils affirment favoriser. Ils croient être des défenseurs des droits de la nature. La biodiversité, ce n’est pas le loup dans les Alpes quel qu’en soit le prix à payer. La biodiversité, pour savoir ce que c'est, demandez à Gilles Bœuf, le bouillant professeur temporaire au Collège de France (chaire "développement durable") : c’est tout un système complexe de dépendances en chaîne : la façon dont s’organisent les innombrables éléments minéraux, végétaux et animaux qui font qu'il y a de la vie dans un environnement donné à un moment donné. Introduisez l’écrevisse américaine dans les rivières françaises, elle aura vite fait de déblayer le terrain à son seul profit. Le loup dans les Alpes ne fera jamais une biodiversité à lui tout seul. Médiatiquement parlant, le loup en France peut aujourd'hui, à la grande rigueur, passer pour un abcès de fixation destiné à détourner de l'essentiel l'attention du grand nombre. En vérité, écologiquement, le loup est aujourd'hui une nuisance.

C’est ainsi que, dans ses Mémoires, Saint-Simon évoque la chasse au loup que pratiquaient certains seigneurs de la cour de Louis XIV, dans la décennie 1700 ou un peu après, dans l’Orléanais, quand l’animal y était signalé faisant des dégâts. De même, c’est ainsi que, dans les régions d’Inde où pullulait le tigre, l’urbanisation galopante a restreint son aire de développement et que, comme le fauve s’en prend aux humains, ceux-ci se voient contraints de le pourchasser.

Le loup a disparu de France pour l’exacte même raison : les sociétés humaines ont partout étendu leur emprise, au gré de l’expansion industrielle et de la prolifération humaine, engloutissant dans un passé révolu tout ce qui préexistait, jusqu’à faire oublier l’entier du contexte naturel, historique et technique qui entourait la possibilité même de l’animal. C’est bête, hein, vous vous rendez compte,  tout ce qu’il faudrait désinventer, tout ce qu’il faudrait faire retourner au néant pour reconstituer à l’identique les circonstances d’avant la disparition ! Pour restaurer à l’identique le même système de relations, disons le mot : le même écosystème ! Et avec le même mode de vie que les Français de l’époque, odeurs comprises, s’il vous plaît ! Voilà qui s’appellerait « faire table rase ». Pour le coup, on aurait vraiment le « retour à la bougie ».

C’est dit : dans le fond du fond, ces gens-là ne sauraient en aucun cas être qualifiés d'écologistes. Il faudrait les inculper pour faux et usage de faux. La preuve, c'est que ce sont eux qui se rendent le plus visibles, à l'occasion de leurs actions. En réalité, la "nature" qu'ils prétendent défendre est une vue de l'esprit. Tout au plus sont-ils, contrairement à d'autres, d'authentiques réactionnaires : que tout soit comme autrefois (c'est la définition du mot). Mais je les soupçonne de vouloir garder, bien cachée au fond de la grange où ils viendraient de rentrer la fenaison (biologique) pour les bêtes cet hiver, une mobylette avec une bonne réserve de mélange deux temps (à 6%).

Soyons sérieux : ces écologistes en mie de pain rêvent tout éveillés. Ils rêvent d’îlots d'un passé irénique et idyllique, perdus dans l’océan d’un présent bouleversé, îlots qui seraient miraculeusement préservés du fracas de l'histoire en marche derrière la muraille infranchissable de leurs bonnes intentions, elles-mêmes inscrites dans la loi. Entre les loups et les brebis d’alpage, je vote brebis : en tant que carnivore, je n’aime pas la concurrence déloyale que me livre l’animal. Cette race d’écologistes se caractérise donc par un crétinisme qui serait inoffensif s’il n’était vindicatif et revendicatif. Avec eux, la pollution mondiale et le réchauffement climatique sont tranquilles, et peuvent dormir sur leurs deux oreilles.

On observe cette logique policière de l’îlot miraculeusement préservé dans la démarche militaire de la maire de Paris, Anne Hidalgo, qui a décidé d’abolir le pot d’échappement dans un délai rapproché : d’un côté, on demande très poliment aux industriels les plus polluants s'ils verraient un inconvénient à ce qu'il leur faille réduire leurs émissions sales de 10% ou 20%, mais en leur accordant de larges délais pour se mettre aux normes (en attendant le climat climatique, il ne faut pas nuire au climat des affaires), pendant que de l’autre, on caporalise tout le reste de la population pour la faire marcher droit, et gare aux tribunaux pour les rétifs. C'est sans doute ce qu'on appelle l’écologie démocratique.

samedi, 14 octobre 2017

QU'EST-CE QU'UN POLITICIEN ...

... DANS LES DICTIONNAIRES ?

Qu’est-ce qu’un politicien, en France, aujourd’hui ? Comment définir les individus qui en ont fait un métier et qui y font carrière ? C’est entendu : à l’instar d’un bien connu, quoique très controversé, chef de l’éphémère « Etat français », ils ont un jour héroïquement choisi de « faire don de leur personne à la France ». C’est du moins, en substance et en filigrane, ce qu’on entend quand ils évoquent, de l'air de fierté modeste qui n'appartient qu'à eux, la noblesse et la profondeur des motivations qui les habitent. Tels Jeanne d’Arc, ils se sont sentis appelés à vouer leur existence au service de la nation. Ils obéissent à une véritable vocation, ce qui les autorise, pensent-ils, à affirmer qu’ils accomplissent une mission. On est prié de ne pas douter ou ricaner.

Ce portrait est un peu chargé, j’en conviens, si on le rapporte, par exemple, à la définition qu’en donne le petit Larousse 2005 (édition du centenaire confiée, pour la déco, à Christian Lacroix, s’il vous plaît, c'est très chic) : « Personne qui fait de la politique, qui exerce des responsabilités politiques ». Il est vrai que le PLI ajoute aussitôt : « adj. Péjor. Qui relève d’une politique intrigante et intéressée », mais sans insister davantage. Le Grand Robert observe à peu près une neutralité comparable. Le Nouveau Larousse illustré (en sept gros volumes, 1903-1907) va à peine plus loin dans la prise de risque (quoique …) : « Personne qui s’occupe de politique. (Ne se dit guère qu’en mauvaise part) : On voit des politiciens de village régenter le monde ». Peu glorieux, en somme.

On en apprend plus dans le Robert « historique » (1992), qui envisage le mot comme nom et adjectif : « est emprunté (1779), avec adaptation du suffixe, à l’anglais politician n. (XVI° s.) qui désignait autrefois une personne intriguant en politique avant de désigner une personne versée en politique (1628) et, surtout en américain, une personne qui fait profession d’activités et d’intrigues politiques. Politician est dérivé de politic adj. lui-même emprunté au XV° s. au français politique. ◊ Le mot apparaît chez Beaumarchais (1779), déjà avec une nuance péjorative, associé au dépréciatif politiqueur. Il ne sera repris qu’en 1865 sous la forme anglaise politician, francisée en politicien (1868), appliqué à un contexte américain avant d’être acclimaté (1898) au contexte français. Employé adjectivement (1899), il n’était pas encore très courant ni même très admis vers 1900, où l’on trouve la variante politicier. Politicien est devenu courant, tant comme nom que comme adjectif, aujourd’hui avec une nuance péjorative (politique politicienne) ». On a compris que nul, dans la classe politique, ne peut considérer, même aujourd’hui, comme un compliment d’être qualifié de « politicien ».

On appréciera "dépréciatif" et "nuance péjorative" à leur juste valeur. Tout cela, évidemment, n’est pas rien, mais l’origine du mot ne développe toutes ses fragrances subtiles et délectables (je veux parler des « connotations ») nulle part ailleurs que dans le Littré : « Nom, aux Etats-Unis, de ceux qui s’occupent de diriger les affaires politiques, les élections, etc. Une municipalité sans foi [à New-York] a, dans maintes rencontres, impudemment empoché l’argent des contribuables pour le partager avec les politiciens qui l’avaient nommée, L. Simonin, Rev. des Deux-Mondes, 1er déc. 1874, p. 677. Une autre cause de dissolution [des Etats-Unis] à ses yeux, c’est l’influence des politiciens, sortes de déclassés des carrières régulières, se faisant une profession lucrative de la politique, Journ. Offic. 6 fév. 1876, p. 1079, 2° col. Channing frémit à l’idée de confier aux politiciens le soin de former et de façonner l’esprit public : les politiciens, dit-il, ne considèrent les hommes qu’à un seul point de vue : comme les instruments de leur ambition ; ils n’ont pas le savoir, la réflexion, le désintéressement qui doivent présider à un bon système d’éducation, Paul Leroy-Beaulieu, Journ. des Débats, 25 août 1876, 3° page, 6° col. ».

On voit par là que, « le temps passant sur les mémoires » (Tonton Georges) et le mot s’acclimatant en terre française, celui-ci a bien pris soin d’édulcorer les miasmes infamants de sa substance héritée de la pas si lointaine Amérique : si le mot n’est pas un compliment, il n’en est pas injurieux pour autant. On peut sans doute le regretter. Et dire que les politiciens s’étonnent aujourd’hui d’être souvent vilipendés ou haïs par la population : qu’on leur donne à lire l’article du Littré, ils verront de quelle fange ils sont issus !

Et je me dis que si l’on rapproche le sens établi par le grand linguiste (ou plutôt : lexicographe) du portrait que Balzac dresse des journalistes parisiens dans Illusions perdues, quarante ans avant, on est saisi du résultat de l’opération : il n’y en a pas un pour racheter l’autre, et tous se traînent dans une veulerie et une vénalité propres à dégoûter l’honnête homme d’ouvrir encore un journal. Le plus étonnant dans tout ça est cependant si l’on se remémore ces deux origines quand on observe l’air d’autorité que se donnent les princes des journalistes (genre Alain Duhamel ou Laurent Joffrin, vous savez, ceux qu'on appelle "éditorialistes", au résumé des propos desquels se réduisent bien souvent les (soi-disant) "revues de presse") quand ils délivrent analyses et oracles du haut de la chaire où ils se sont hissés. Un air qui n’a d’égale que la suffisance, l’arrogance et la certitude qu’affichent nos politiciens quand on leur présente un micro.

C’est me semble-t-il dans Lazarillo de Tormès, délicieux roman picaresque espagnol de 1554, qu’on trouve le portrait d’un gueux qui, voulant paraître gentilhomme, est obligé de se couvrir le dos d’une cape ou de se présenter de face vers les autres, au motif que l’arrière miteux et mité de son habit lui laisse les fesses à l’air.

On ne devrait jamais oublier Lazarillo de Tormès quand on assiste au spectacle donné par journalistes et politiciens dans l’exercice de leurs fonctions. A quelle considération spéciale ont-ils la prétention d'avoir droit de la part du public ? On aimerait davantage d'humilité, si au moins c'était possible.

Voilà ce que je dis, moi.

dimanche, 08 octobre 2017

ILS SONT FOUS CES CATALANS

Bon, les Catalans ne veulent plus être espagnols : ils veulent redevenir des Catalanistes pur sucre pour restaurer la grande identité nationale catalaniste. Plus catalanissime qu’eux, tu meurs. Eh bien nous voilà beaux ! Je trouve que si l'idée n'est pas drôle du tout, c'est quand même une drôle d'idée. En fait, je n'ai jamais compris la manie séparatiste, d'où qu'elle vienne (les Slovaques d'avec les Tchèques, les Ecossais d'avec les Anglais, les Britanniques d'avec les Européens, les Lombards d'avec les Italiens, etc.).

La revendication identitaire m'est totalement incompréhensible, du seul fait qu'elle nécessite de s'élever contre quelque chose ou quelqu'un. Cela fait belle lurette que s'affirmer Français ne présuppose plus la haine de l'Allemand. Mais pour être "pour" sans être "contre", il faut rester sur une ligne de crête difficile à tenir. C'est pourquoi il faut être bien sûr de la solide consistance de soi. Quelle arrogance, après tout, cette façon d'imposer aux autres sa personne identitaire. Dans le temps, ça s'appelait "rouler les mécaniques". Se rendent-ils compte que tout ça ne m'intéresse pas, et même aurait plutôt tendance à m'énerver ? 

Me viendrait-il jamais l'idée de brandir mon drapeau d'une improbable "République croix-roussienne" (quoique chez nous sévisse une très folklorique "République des canuts") ? En France, il y a les Corses et les Basques, ensuite les Bretons et les Alsaciens sur un mode mineur, plus loin les Savoisiens, etc, jusqu'à l'entité matricielle : Clochemerle ? Avant l’ultime et logique « reductio a minima », selon la loi dialectique et maoïste du petit livre rouge "un se divise en deux" : moi, moi, moi seul. Et encore : aurons-nous longtemps envie de cohabiter avec nous-même ? Il y a des jours comme ça, en effet, où je m'insupporte gravement. A ce train-là, il y aura bientôt autant de nations que d'individus : vous imaginez sept milliards de nations représentées à l'ONU ? Et sait-on où peut s'arrêter cette logique de la scissiparité ? Sept milliards d'indiviDIEUX ?

Car le mot d’ordre qui semble se généraliser à tous les étages des sociétés ressemble à ceci : tous les liens sont des chaînes. J'ai bien dit : tous les liens, qu’ils soient conjugaux, familiaux, sociaux, politiques. Tout ce qui nous attache à quelque chose ou à quelqu'un est un obstacle à la libre expression de notre moi profond, de notre être essentiel. Dès lors, brisons toutes les chaînes qui nous lient et soyons enfin pleinement nous-mêmes. Enfin libres. Pleinement nous-mêmes, vraiment ? Libres, vraiment ?

Ce fantasme n'amène aucune "destruction créatrice", ce concept imbécile inventé par l'économiste Joseph Schumpeter (calqué sur ce qui est observable dans la nature : rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme, "imbécile" en ce qu'il transpose dans la sphère proprement humaine, dont la perspective est a priori "ouverte" et créatrice de nouveau à tout moment (on appelle ça l'Histoire), ce qu'il y a de cyclique, répétitif et déterminé dans la nature), c'est une maladie incurable : cette quête ne peut avoir de fin. 

Moi, ça me fait doucement rigoler, cette folie de vouloir se tricoter une identité plus petite que la grande, une identité somme toute plus ringarde, plus particulière, plus restreinte. Sans aller jusqu'à la fusion dans "le grand tout universel", il doit y avoir moyen de s'entendre sur un moyen terme. Mais "se tricoter" n'est pas tout à fait exact : ce serait plutôt "repriser", comme grand-mère faisait les chaussettes. C'est plutôt du genre "restauration à l'ancienne", "retour aux origines, aux vraies racines" et toutes sortes de blablas. Les Catalanistes, je les vois un peu comme ces militants matagrabolisés de la cervelle (voyez Rabelais) qui, se considérant comme seuls au monde et détenteurs d’une Vérité qui leur est propre, montent à l’assaut de l’injustice atroce qui leur est faite au seul motif qu’ils sont dans le seul Vrai qui vaille : le leur. Il y a du pathétique dans cette demande impérative de reconnaissance, qui lance à tout le monde (Europe comprise) cette commination : aimez-moi pour ce que je vous dis que je suis, ou je fais un malheur.

Je note l’extraordinaire indulgence des médias français, qui présentent Mariano Rajoy et le roi Felipe VI comme ayant tous les torts, comme des gens autoritaires et fermés à tout dialogue, et les indépendantistes comme des gens pacifiques présentant avec humilité de modestes revendications, alors même que les Catalans vivent dans un régime régi par la constitution espagnole, c’est-à-dire un texte qui définit la légalité. Je suis estomaqué de la connotation des termes employés par les journalistes français que j’ai entendus, qui légitiment avant tout examen les « aspirations » du « peuple catalan », alors même que, s’ils crient beaucoup plus fort que tous les autres réunis, les indépendantistes n’en restent pas moins minoritaires en Catalogne, et qu’ils compensent par le bruit des casseroles, les vociférations hypnotiques et les intimidations menaçantes. Il y a du putschiste dans toute cette attitude. Du bolchevique. Les médias français aiment peut-être les putschistes, mais seulement quand ça se passe ailleurs que chez eux.

Mais je note aussi l'incroyable bêtise politique du premier ministre espagnol Mariano Rajoy d'avoir offert sur un plateau le thème des "violences policières" aux séparatistes. Ce bas de plafond, au lieu de traiter l'affaire comme la bulle de savon qu'elle est en réalité, a trouvé le moyen de renforcer le camp des indépendantistes en allant faire entendre à Barcelone des bruits de bottes et donner au camp adverse l'occasion de diffuser sur tous les réseaux sociaux l'image des visages ensanglantés. Mariano Rajoy est à coup sûr, dans les choses d'un peu d'envergure, un nain politique et un grand niais.

Il n'empêche que, si la Catalogne devient un Etat indépendant, Carles Puigdemont, l'exalté fauteur de troubles en chef, devra inventer une monnaie (retour au peso en attendant l'éventualité d'une adhésion à l'Union européenne), constituer une armée, développer une diplomatie autonome lui permettant d'envoyer des ambassadeurs dans les pays qui l'auront reconnu officiellement, etc. Je lui souhaite bon courage.

dimanche, 01 octobre 2017

MACRON, TU CAUSES, ...

... TU CAUSES, ...

... C'EST TOUT CE QUE TU SAIS FAIRE !

Comme l'affirmait le philosophe Henri Bergson, pour avoir une idée de ce qu'un homme a vraiment dans la tête, il faut moins écouter ce qu'il dit qu'observer ce qu'il fait : Zénon d'Elée a beau découper verbalement la distance de l'archer à la cible en moitié, moitié de la moitié et moitié de la moitié de la moitié à l'infini, la flèche arrive quand même à son but. Ecoutez Emmanuel Macron : du grandiose, du flamboyant. Des projets pour l'Europe, il en a plein son sac. Pour parvenir à une société un peu meilleure (du moins dit-il, car en réalité : pour faire de la France un compétiteur au taquet dans la guerre économique mondiale qui est aujourd'hui devenue le seul avenir de l'humanité, quel que soit le prix de la "mise à niveau"), c'est pareil, il a plein de belles idées, ou plutôt de grandes idées. A moins que ce ne soient finalement que des grands mots. C'est vrai, dans le fond, les mots, c'est toujours plus facile que les choses. Et des mots, pardon, qu'est-ce qu'il nous en met ! On pourrait même dire à monsieur Macron que, s'il parlait moins, si on le voyait moins, si on n'entendait pas son nom s'incruster comme une tique dans tous les journaux papier, radio et télé, au point de les infecter, on ne s'en porterait pas plus mal. Au contraire. 

Parce que ce monsieur qui se targuait de raréfier la parole présidentielle pour lui rendre un peu de sa noblesse en la replaçant à une distance plus respectable de l'urgence de l'instant présent, il ne se passe pas un jour sans que sa bobine de jeune premier s'affiche dans les magazines et que les caisses de résonance des radio-télévisions s'emplissent des prophéties tombées de l'auguste bouche. C'est sûr, Emmanuel Macron occupe le terrain médiatique. Il plastronne. Il claironne. Il klaxonne. Face à ce flot de paroles verbales, les gens sérieux, parmi lesquels les autres chefs d'Etat européens, se tapotent le menton en attendant de voir venir un peu de concret : ils observent, et se demandent encore si ce jeune homme est en mesure d'entrer dans le dur des négociations, avec des propositions "intelligentes" (entendez : où tous les intérêts soient ménagés).

Cependant, je reconnais au moins que, quand il parle, je n'éprouve plus la véritable honte nationale qui me submergeait en tant que Français quand Hollande faisait entendre sa pauvre voix bégayante, découpant en tronçons méconnaissables les grandes phrases sorties de la plume de ses nègres : Macron sait être un orateur digne de ce nom. Il a dû avoir les félicitations du jury au Grand'O de l'ENA. En clair : Macron est une bête d'épreuve orale, il mouille la chemise, il fait le spectacle. En plus clair : Macron est dans la « com' » jusqu'au cou. Et mieux que ses deux prédécesseurs. Pour Hollande, cela va sans dire : ce n'était pas difficile. Mais idem pour Sarkozy, qui a déclaré pendant l'été : « Macron, c'est moi en mieux » (source Canard enchaîné).

En conclusion, RIEN N'A CHANGÉ. Macron a juste été assez habile pour saisir à temps une opportunité.

Pour l'omniprésence médiatique, Macron est en tout semblable à Sarkozy et Hollande. Ce qui veut dire que la cellule de com' gouverne la France en sous-main, en tandem avec les crânes d'œuf et les « conseillers » de la très HHHaute AAAdministration.

Pour ce qu'on sait de la politique réelle qu'il met en œuvre, on est dans la stricte continuité, en plus marqué : il faut que la France économique rejoigne à marche forcée le train de l'ultralibéralisme, en réduisant à sa plus petite envergure possible l'emprise de l'Etat sur la marche concrète des choses (et ce qui va avec : lutte contre les inégalités, redistribution des richesses produites, ...), et en privatisant le peu qui est encore du domaine public. Face au discours anesthésiant charriant les grands symboles, l'action des petites ou grosses mesures de restriction budgétaire.

Pour ce qui est de l'état de la vie politique en France, on est en mesure aujourd'hui de dire que, entre l'avant-Macron et le avec-Macron, rien n'a changé dans le fond de la gamelle, à ceci près qu'un parti godillot (recruté sur CV s'il vous plaît) a pris la place des deux mafias qui se disputaient le gâteau.

Quant à la prise de température de la société, on commence à être fixé, avec l'introduction dans le droit ordinaire de l'essentiel des mesures d'exception en vigueur pendant l'état d'urgence : le policier remplace le juge. Ce n'est pas une bonne nouvelle. Mais tant que la population dit "Amen", n'est-ce pas ?

La seule chose qui a changé, c'est la qualité de l'habillage. Je veux dire qu'aujourd'hui, il est plutôt flatteur pour l'ego national, le côté "smart" de la façon dont la bonne parole politique est distribuée aux Français. Avec Macron le bonimenteur, voilà la France enfin habillée pour l'hiver.

jeudi, 28 septembre 2017

TOURNÉ AU SOLEIL

 

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lundi, 25 septembre 2017

ECRITURE

Quand la lumière en vient à l'écriture, ...

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... ce n'est pas la photo qui est floue, ...

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... c'est un ailleurs qui rend visite.

samedi, 23 septembre 2017

DÉTAIL

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mercredi, 20 septembre 2017

COCORICO A L'ONU

Décidément, le journaliste français est incorrigible. On est habitué à ces journaleux, patriotards sportifs, qui résument fidèlement, semaine après semaine, les grandes compétitions mondiales à la façon, pitoyable ou glorieuse, dont les performances des petits Français honorent plus ou moins le pays. Cela va de l'enthousiasme le plus apoplectique à la déception la plus dépressive. Mais ça ne s'arrête pas là. 

Car le journaliste français n'a peur de rien et n'a de cesse que de repousser toujours plus loin les frontières virtuelles de l'hexagone. Ainsi, à l'occasion de l'Assemblée Générale de l'ONU, grosse fête mondiale où les chefs d'Etat des cent quatre-vingt-treize nations du monde sont invités à s'exprimer en réunion plénière, le journaliste français n'a rien trouvé de mieux que de réduire la grandiose cérémonie planétaire à une petite querelle de petites personnes. Même s'il est vrai que l'une des personnes est moins petite que l'autre.

Vous savez comment le journaliste français rend compte de l'événement ? En tout et pour tout, elle (c'est une dame) commence par le discours boute-feu de Donald Trump sur la Corée du nord et l'Iran (et autres Etats voyous), puis enchaîne sur la « réponse » vigoureuse apportée par le président français à son homologue américain. Point-barre. Extraordinaire : ce que retient le journaliste français de cette énorme chose qu'est la réunion de tous les pays du monde en un même lieu, c'est l'axe Trump-Macron. Ça, c'est de l'objectivité, coco ! Pensez-vous que les vastes problèmes du monde sont pris en compte ? Non, l'essentiel à retenir est que monsieur Macron a vertement répliqué à monsieur Trump. Ah mais !

Exeunt tous les autres représentants, à commencer par le Russe, le Chinois et autres personnages secondaires. L'Assemblée Générale de l'ONU, c'est l'axe Paris-New York, qu'on se le dise. La France toujours au premier plan, qu'on se le dise ! J'avoue que ça m'a bien fait rire : Tonnerre Grondant (le vaporisateur enflammé de la Corée du Nord) face à Tom Pouce (le pompier de service qui a la main sur l'extincteur). Ce que je trouve extraordinaire dans l'affaire, c'est que le journaliste français, en braquant sa caméra sur ce tandem (le feu et l'eau), fait disparaître le reste du monde d'un coup de baguette magique. Avouez que ça simplifie à merveille : l'art d'escamoter la complexité au profit d'une simplicité aveuglante. Le journaliste français fait des miracles.

La formidable grille de lecture posée par le journaliste français sur l'Assemblée Générale de l'ONU a malheureusement beaucoup à voir, j'en ai peur, avec des « éléments de langage » collectés auprès d'une officine directement branchée sur la ligne téléphonique de l'Elysée : « N'oubliez pas de faire valoir l'intervention de notre président, n'est-ce pas. - A vos ordres, monsieur le conseiller. Je n'y manquerai pas, monsieur le conseiller. »

N'est-ce pas qu'elle est belle, la presse française ?

C'était un aperçu de l'exercice de la noble profession de journaliste en France aujourd'hui. 

mardi, 19 septembre 2017

COULÉE PÉTRIFIÉE

Mon art abstrait.

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Tentative de péché de jeunesse.

samedi, 16 septembre 2017

POINTS CARDINAUX

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mercredi, 13 septembre 2017

RÉSERVOIR DE

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lundi, 11 septembre 2017

VU À LA CROIX-ROUSSE

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Que reste-t-il du temps où il y avait des

SERVICES PUBLICS en France ?

Voici ce que m'évoque (de très loin, mais quand même) le relief du badigeon.

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Comment l'artiste a-t-il su à ce point poser un tel drapé sur les seins, sur le ventre, sur les cuisses ?

jeudi, 07 septembre 2017

DRÔLES DE NUAGES

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lundi, 04 septembre 2017

VU À LA CROIX-ROUSSE

UN GRAFFITI AMÉLIORÉ

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vendredi, 01 septembre 2017

L’ŒILLETON

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