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samedi, 28 mai 2016

NARCISSE SERA LE GENRE HUMAIN

LASCH CHRISTOPHER CULTURE NARCISSISME.jpg1 

La Culture du narcissisme (Climats, 1979) est la « Sublime Porte » par laquelle j’étais entré dans l’œuvre de Christopher Lasch (après avoir été incité à lire l’œuvre de ce penseur puissant par la première page de L’Enseignement de l’ignorance, de Jean-Claude Michéa, tout petit livre au titre percutant et pertinent). J’avais lu ce maître-livre en 2006. Dix ans après, j’y suis revenu, et je ne le regrette pas : la teneur du propos m’apparaît, me semble-t-il, de façon plus claire et probante qu’à la première lecture. 

Christopher Lasch commence très fort. Pour donner le ton, dernière phrase de la préface de l’auteur : « Le refus du passé, attitude superficiellement progressiste et optimiste, se révèle, à l’analyse, la manifestation du désespoir d’une société incapable de faire face à l’avenir ». Avis à tous les fidèles croyants qui se prosternent devant le dieu « Progrès », devant la moindre « avancée » sociétale et devant la moindre innovation technique, et qui pensent régler les problèmes actuels en persévérant dans la même voie, par exemple en ajoutant de la technique à la technique pour résoudre les problèmes posés par l'expansion des moyens techniques. 

Le même mépris pour les incroyants, la même foi, le même aveuglement, le même fanatisme les poussent à traiter de « passéistes », « nostalgiques », « archaïques », « arriérés », « dépassés », « obsolètes » et autres fadaises à la mode, si possible injurieuses, ces affreux pessimistes qui, face à la montée des multiples menaces suspendues au-dessus de l’humanité et de la planète, regardent la réalité en face, et crient « au fou ! ». Bien sûr sans aucune chance d’être entendus. "Au fou ! Au fou !" Damia chantait déjà ça il y a fort longtemps (« Tout fout le camp », 2'51", 1937 ou 1939, suivant les sources en ligne - "Damia" ou "Raymond Asso", le parolier).


Ce que j’apprécie dans la prose de Christopher Lasch, c’est d’abord l’effort de lucidité sur le sens qu’il faut accorder à la façon dont la civilisation évolue, et que le système en place présente comme le Progrès, forcément désirable. Et l’effort est intense : que n’a-t-il pas lu pour alimenter sa réflexion ! Le nombre et la diversité des auteurs chez lesquels il puise impressionnent. 

Ensuite, je suis reconnaissant à Christopher Lasch de ne pas se payer de mots, je veux dire qu’il ne se réfère pas aux grands penseurs qui ont élaboré de complexes systèmes philosophiques très abstraits, purement théoriques (Kant, Hegel, Heidegger, …), et qui vous martèlent le crâne à coups de concepts abstrus et baragouineux. Les paroles verbales, c’est pas son truc. L’auteur ne s’adresse pas à de purs esprits, à des initiés, à des spécialistes : il veut se faire comprendre du vulgum pecus. Cela tombe bien : je suis du vulgum pecus. S’il est philosophe, c’est à hauteur d’homme ordinaire. 

Pour faire contraste, je viens de faire l’effort de tenter de relire La Barbarie de Michel Henry (Grasset, 1987) : je n'ai pas pu, il m’est tombé des mains. Il y a des phrases qui me font hurler de rire : « Mais l’auto-affection n’est pas un concept vide ou formel, une proposition spéculative, elle définit la réalité phénoménologique de la vie elle-même – une réalité dont la substantialité est sa phénoménalité pure et dont la phénoménalité pure est l’affectivité transcendantale » (p.30-31). Faut-il vous l’envelopper ? Rien à voir avec La Défaite de la pensée, d’Alain Finkielkraut, paru la même année. Le pire, c’est que l’auteur de cette phrase (qui n’est pas la pire qui se puisse trouver) devait en être assez fier. 

Le registre auquel se tient Christopher Lasch, tout à fait concret, recourt heureusement à des écrivains, sociologues, chercheurs qui, observant leur époque et s’interrogeant sur la direction prise par la civilisation et sur la signification des innovations techniques et sociétales qu’elle met en place, proposent des analyses qui tantôt applaudissent à la façon dont la société évolue, tantôt critiquent tel ou tel aspect de cette évolution, mais d’une façon qui selon l’auteur ne va pas au fond des choses ou tape à côté de la cible. Lasch s'en prend à la façon dont les différents pouvoirs tentent d'imposer des représentations qui leur soient idéologiquement favorables, plus ou moins relayés par les auteurs auxquels il se réfère. Il soumet à des critiques de fond, les plus englobantes possibles, ces représentations et les discours qu'elles fabriquent.

Que dit Christopher Lasch de la société américaine et de la civilisation qu’elle a fini par imposer au reste du monde, y compris à toutes sortes d’islamo-machins qui traitent (officiellement, car il faut regarder derrière le rideau pour savoir ce qu’il en est en réalité) les Etats-Unis de « Grand Satan » ? Eh bien, pour tout dire, il n’est pas fier du résultat, non plus que de la tournure qu’ont prise les choses au moment où il publie son livre (1979, c’était hier). 

Il puise son pessimisme, je l’ai dit, dans des écrits de tous horizons, qui vont d’ouvrages de sciences humaines, philosophiques ou autres, à la littérature pure. Ce qu’il cherche, c’est à s’imprégner de la façon dont ces écrivains perçoivent le monde dans lequel ils vivent, dont ils l’interprètent et en rendent compte. De tout ce matériau qu’il s’efforce de synthétiser, il élabore sa propre interprétation en la situant au fur et à mesure par rapport à eux. 

La tendance dominante qui permet de comprendre et d’expliquer ce qui se passe est, selon lui, au premier chef, le narcissisme. Le titre de son premier chapitre, « L’invasion de la société par le moi », n'y va pas par quatre chemins. Il attribue la montée irrésistible du narcissisme dans la psychologie collective à une résignation devant l’ordre des choses, que les gens ont longtemps espéré pouvoir changer, et qui s’est révélé beaucoup plus rétif aux changements qu’ils ne l’envisageaient. 

D’où un certain désenchantement : « Après le tumulte politique des années 1960, les Américains se sont repliés vers des préoccupations purement personnelles. N’ayant pas l’espoir d’améliorer leur vie de manière significative, les gens se sont convaincus que, ce qui comptait, c’était d’améliorer leur psychisme » (p.31). S’ensuivent un tas d’activités qui se développent autour des soins du corps et de l’âme, et un centrage de l’attention sur soi-même. 

J’ajoute pour mon compte qu’on a pu observer l’invraisemblable allongement des rayons consacrés par les supermarchés du livre aux rubriques « bien-être » et « développement personnel ». Et tout cela est produit par le désinvestissement du politique, c’est-à-dire par l’abandon de l’idée qu’une volonté politique peut agir sur le réel pour le transformer et l’améliorer. Ce que Hannah Arendt considère comme l'activité humaine la plus noble est l'action, et dans la sphère politique : la faculté d'agir collectivement pour orienter la société dans telle ou telle direction. C'est en cette affirmation de la liberté que les gens, selon Lasch, ne croient plus.

A la longue, ce besoin régressif d’être pris en charge, ce besoin que quelqu’un vous donne des conseils sur la marche à suivre, ce besoin que quelqu’un vous mette en sécurité et vous donne la solution du bonheur immédiat a, depuis l’écriture du livre de Christopher Lasch, donné naissance à un monde où les gens, se sentant de moins en moins autonomes, ont remis les clés de leur existence à je ne sais combien de « spécialistes », « entraîneurs » et autres « guides spirituels » plus ou moins illuminés. Le métier de « coach » prolifère comme la vermine, comme si les gens avaient perdu leur propre nord. Il y a ici à l'oeuvre un processus d'infantilisation.

De quoi se demander, quand les populations elles-mêmes sont dans un tel état de délabrement intérieur, ce que devient la volonté de liberté, condition sine qua non de l’exercice effectif de la démocratie. 

Voilà ce que je dis, moi.

mercredi, 03 juin 2015

UN COUP DE CHAPEAU

Aujourd’hui, cessons un moment de « faire suer le burn-out ». Offrons-nous un moment de détente, avec Aristide Bruant. (cliquez pour entendre). Je trouve cette chanson délicieusement cynique.BRUANT JAUNE.jpg

 

1.

Hier, c'était l'enterrement
De ma pauvre belle-maman.
Un' femm' qu'avait tout's les vertus;
Hélas, nous ne la reverrons plus !
Comm' ell' avait plus d'soixant' ans,
On attendait ça d'puis longtemps;
L'matin, on est v'nu la chercher
Et puis en rout', fouette cocher !…
Le vent soufflait je ne sais d'où,
Trou la la itou (bis);
Le soleil dorait l'horizon
Et zon, zon, zon.
Nous marchions d'un air décidé,
Gai, gai, gai la rira don dé
Et nous marchions tous comm' ça.
Larifla, fla, fla.

 

2.
BRUANT FOU.jpgPrès de moi dans les premiers rangs
S'avançaient les proches parents;
Sous la douleur se laissant choir
Et pleurant tous dans leurs mouchoirs.
Soudain, l'un d'eux s'approche de moi
Et me dit d'un ton plein d'émoi :
« Vraiment, du ciel nous sommes maudits ! »
Tout en pleurant, j'lui répondis :
« Oui, monsieur, je suis comme un fou.
Trou la la itou (bis);
Ça fait un vide à la maison
Et zon, zon, zon.
De pleurs je suis tout inondé,
Gai, gai, gai la rira don dé. »
Et nous pleurions tous comm' ça.
Larifla, fla, fla.

 

3.BRUANT ZIZI.jpg
Il commençait à se faire tard
Quand t'nous arrivâmes à Clamart
Nous entrions quéque temps après
Dans un jardin planté de cyprès.
Les hommes pleuraient en sanglotant,
Les femmes sanglotaient en pleurant.
Gendres, neveux, cousins, p'tits-fils
Entonnaient le De Profondis.
Comme on la descendait dans le
Trou la la itou (bis);
Chacun disait une oraison
Et zon, zon, zon.
En criant comme un possédé,
Gai, gai, gai la rira don dé;
Et nous chantions tous comm' ça.
Larifla, fla, fla.

 

BRUANT DES ROSEAUX.jpg4.
A la sortie, v'là qu'les parents
Prennent d'assaut les restaurants,
Pour se consoler un p'tit brin,
On fit v'nir cinquant' litr's de vin.
Quand t'les cinquant'litres fur'nt bus,
On en fit rev'nir encore plus.
Si bien qu'au moment d'se quitter,
I y avait pus moyen d's'acquitter.
Tout le monde avait bu comme un
Trou la la itou (bis);
On avait son petit pompon
Et zon, zon, zon.
Quand t'votr' crampon s'ra décédé,
Gai, gai, gai la rira don dé;
Faudra l'enterrer comm' ça,
Larifla, fla, fla.

 

Note : Tous les zoziaux appartiennent évidemment à la famille, plus nombreuse qu'on ne croit, des « bruants » : « jaune », « fou », « zizi » et « des roseaux ». Et en prime, le sapeur Camember est heureux de vous chanter sa romance : « Petits voiseaux ».

PETITS VOIZEAUX.jpg

 

jeudi, 26 mars 2015

BERTRAND REDONNET, AUTEUR

REDONNET BERTRAND SILENCE CHRYSANTHEMES.jpg2/2

 

La place qu’occupe Bertrand dans la fratrie est une place à part. Au milieu de ces « manards » que sont ses frères, futurs artisans, ouvriers ou paysans, il fait figure d’ « intello », il passe du temps à lire et à écrire. L’auteur consacre des pages parfois ferventes aux relations étroites qu’il entretient et cultive avec ces deux activités, et rend hommage à l’instituteur qui lui a montré « le chemin à suivre » et qui lui permet, en se retournant sur son parcours d’affirmer : « … J’ai toujours eu l’impression de n’obéir qu’à moi-même » (p. 89). Autrement dit : c'est à l'école qu'on apprend la liberté individuelle : bel éloge de l'école d'avant l'effondrement.

 

Bertrand Redonnet retrace quelques scènes de cette vie campagnarde d’avant la mécanisation de l’agriculture et des hommes qui la font (le cochon, le repas familial, les relations avec les voisins, l’entraide au moment des travaux). Il évoque surtout cette vie de liberté en contact direct avec les éléments et la nature, avec ses côtés aventureux à l’occasion, avec ses bambées dans les chemins, ses grimpées aux arbres, bref, l’enfance insouciante et banale de tous ceux qui ont eu la chance de connaître ce monde et qui ont du mal à considérer la modernisation autrement que comme un saccage. 

 

Pas de nostalgie pour autant : constater que les conditions d’existence se sont appauvries, enlaidies et compliquées, ça ne se réduit pas à regretter « le bon vieux temps ». Déplorer l’état de la réalité qui nous est faite n’a rien à voir avec le refrain : « C’était mieux avant ». Tout dépend de l’attitude. Celle de l’auteur fait une bonne place à la réflexion sur le monde comme il va mal. La colère face à ce que les hommes du présent font du monde et de l'humanité ne se réduit pas à la nostalgie pour le paradis perdu, l'enfance, le temps passé.

 

Certains épisodes retiennent l’attention, drôles ou plus dramatiques. Les frères qui se fabriquent un radeau "insubmersible" pour naviguer sur la rivière voisine ; l’auteur qui se fait prendre par les gendarmes avec la boîte d’allumettes dans la poche, après qu’une meule de foin a brûlé, acte qui plonge la mère dans la honte et fait passer le gamin pour dangereux auprès de tout le monde ; le séjour au pensionnat, avec la première autorisation de sortie accordée le jour de la Toussaint, qui donne son titre au livre (p. 71). 

 

Là où l’auteur établit une sorte de cousinage avec le lecteur que je suis, c’est dans la référence à Georges Brassens, constante, souvent signalée comme telle, mais souvent aussi plus indirecte et souterraine, au travers de citations plus ou moins explicites, mais pas toujours. La première, par exemple : « Il est à la fois aurore et crépuscule et son hymen avec les ténèbres lui est promis dès le premier souffle » (p. 16). Ceux qui ne connaissent pas « Oncle Archibald » n’y verront que du feu (« Et notre hymen à tous les deux était prévu depuis le jour de ton baptême »). 

 

On trouve encore « Erreur on ne peut plus funeste » (L’orage, p. 24) ; « un arbre " nullement de métier" » (Le grand chêne, p. 43) ; « j’abandonnai la partie, mais "sur le chemin du Ciel ne feignis plus jamais de faire un pas" » (Le mécréant, p. 69) ; « Le cœur serré, j’espère que le croque mort qui t’a emporté a eu l’infinie bonté de te conduire à travers Ciel, au Père éternel ou ailleurs » (L’auvergnat, p. 78, bel hommage au frère mort, qui m’a touché pour une raison personnelle voisine) ; « ... et je n'en souffre pas avec trop de rigueur » (La tondue, p. 178) ; « champ de navets » (Le vieux Léon, p. 140).

 

J’arrête là : je n’en finirais pas. J'ajoute quand même que Redonnet a écrit un Georges Brassens, poète érudit, ce qui explique la présence du chanteur dans le récit, en filigrane, mais aussi en personne, un peu partout. Disons-le : sans avoir étudié la question au même degré, je me suis trouvé en pays de connaissance. Comme l'auteur, je suis du genre à suer du Brassens par tous les pores de la mémoire.

 

Chacun des quinze chapitres qui composent le livre de Bertrand Redonnet est construit selon le principe musical du contrepoint (ou contre-chant, et pourquoi pas contrechamp), et se clôt sur un personnage récurrent : un lundi, jour de marché, un « colosse moustachu » fait irruption dans l'écurie où le gamin attend on ne sait trop quoi, et lui demande s’il a des cordes parce que, dit-il, il va acheter des volailles au marché. Je ne dirai rien de la façon dont s’achève cette série de quinze « flashes », juste du choc, efficace et brutal, qu’elle produit. 

 

La prose de Bertrand Redonnet est d’une belle simplicité, travaillée sans affectation, souvent poétique, et donne de la saveur à cette visite dans la campagne poitevine. L’auteur ne déteste pas les régionalismes qui lui reviennent : métives, détervirer, … même si je n’approuve pas des expressions comme « litornes aux abois » (p. 71) ou « des mouches et des taons vampirisés » (p. 50). Ce qui domine, c'est la prose ample. Je recommande les premiers chapitres, particulièrement inspirés.

 

A lire Le Silence des chrysanthèmes, je n’ai vraiment pas perdu mon temps. Merci, monsieur Redonnet. 

 

Voilà ce que je dis, moi.  

mardi, 07 mai 2013

UN MICHEL AUDIARD DE LA BD

 

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AH, LE BRAVE PANDORE ! ON LE TROUVE DANS LES CARGOS DU CREPUSCULE.

(A propos de pandores : "Moi je bichais, car je les adore Sous la forme de macchabées", c'est de ?)

C’est bien connu, pour faire une bonne chanson, le plus important, c’est l’adéquation entre, d’une part, ce que raconte le texte et, d’autre part, la musique qui l'enrobe. Dit autrement, il faut que le propos épouse intimement les moyens mis en œuvre pour le transmettre. 

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UN "BOBBY" COMME ON N'EN FAIT PLUS, FACE A UN VRAI BANDIT

(Admirons le contre-jour bien londonien de Maurice Tillieux.)

Tout le monde le sait : il n’existe pas de recette pour cela. Ça tient plutôt du bricolage alchimique. Inutile de dire que ça ne se rencontre pas tous les jours. C’est l’exception. On peut même dire que ça tient du miracle.

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GIL JOURDAN, LIBELLULE ET L'HÔTELIER STUPEFAIT

Par exemple, Georges Brassens était capable d’attendre des années avant d’être pleinement satisfait. Au point qu’Antoine Pol, l’auteur du texte de la belle chanson Les Passantes, lui demanda en vain de la lui faire entendre, et mourut (en 1971) sans la connaître, juste parce qu’elle n’était pas encore tout à fait au point aux yeux du musicien. Brassens en conçut du remords, paraît-il.

 

Au cinéma, c’est pareil. Prenez Les Tontons flingueurs. On peut se demander pourquoi il y a encore aujourd’hui plein de gens qui connaissent les dialogues par cœur, et qui vous sortent au débotté : « La bave du crapaud n’empêche pas la caravane de passer » ou : « Quand le lion est mort, les chacals se disputent l’empire ». Ça veut juste dire que Les Tontons flingueurs en sont un, de miracle. 

 

Dans la Bande Dessinée, c’est le même tabac. J’ai parlé de Silence, de Didier Comès, un OVNI. La BD, c’est un peu comme le cinéma : ce qui compte, c’est l’ensemble. Une bonne histoire, un beau trait, des dialogues pour faire mousser, et c’est dans la poche. 

 

Et parfois, dans ces réussites de la BD, émerge – comme un pic au-dessus de la mer de nuages – LA réplique. Celle qui fait mouche. Qu’on se le dise, il n’y a pas que Michel Audiard dans la vie, avec son inépuisable : « Les cons, ça ose tout, etc. ».

 

CELEBRATION 3.jpgJe voudrais ici offrir une de ces célébrations (ci-contre) dont l’éditeur Robert Morel s’était fait le héros, le héraut et le champion, une célébration autour de quelques vignettes mémorables qui méritent, pour cette raison, de passer à la postérité, agrandies, encadrées dans du doré mouluré, suspendues au mur du salon en vue de contemplations béates au long des soiréesCELEBRATION RM.jpg d’hiver, pour la satisfaction de l’âme et l’hygiène de l’esprit.

 

Je donnerai ici un coup de chapeau à Maurice Tillieux, le virtuose de l’accident de voiture, dont le crayon a engendré Gil Jourdan. Gil Jourdan en soi est totalement inintéressant, c’est le détective privé impavide, le chevalier sans peur et sans reproche, au brushing et au nœud papillon aussi impeccables après qu’avant la bagarre.

 

Il serait d’une fadeur insondable, si Tillieux n’avait eu l’idée de lui adjoindre Libellule, le cambrioleur (par ailleurs spécialiste du « calembour bon ») qui ouvre un coffre-fort rien qu’en le regardant ou en soufflant dessus, et surtout l’inspecteur Crouton, l’inénarrable policier à la moustache improbable. 

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FRANCHEMENT, EST-CE QUE ÇA NE VAUT PAS LE MEILLEUR AUDIARD ?

Dans le premier épisode, Libellule s’évade, Crouton a coffré Libellule, mais Jourdan le fait évader pour ouvrir le coffre d’un gros trafiquant. Crouton se lance à sa poursuite, mais au détour d’un chantier, il atterrit dans un fût de goudron, ce qui nécessitera une vingtaine de kilos de beurre pour nettoyer le costume, et lui attirera le mépris de la hiérarchie. Cela pour mettre en appétit.

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Crouton sera à plusieurs reprises le porte-parole de l’Esprit en personne. Dans le même épisode, par exemple, il doit s’embarquer pour l’Italie, pour surveiller un trafiquant de drogue, et voici ce que ça donne.

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Sur le « Volturno », il a bien du mal à se faire prendre au sérieux (c'est pour être gentil) : lancé dans sa poursuite, après avoir bousculé quelques passagers, il est confronté au « pacha », ce qui permet à Tillieux de livrer quelques pépites. 

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PERSONNELLEMENT, C'EST LA REPLIQUE DE LA DAME QUE JE PRÉFÈRE

Dans L’Enfer de Xique-Xique, il se propose de cambrioler la « Légation de Massacara », mais il « tombe » mal, comme on le voit.

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Mais Tillieux ne confie pas ses pépites au seul Crouton. Les militaires du Massacara ne sont pas oubliés dans la distribution des répliques, que ce soit lors du « procès » qui envoie les héros au bagne ou lorsque le capitaine, coupable d’une remarque désobligeante sur son président (à propos des gaz hilarants), s’y fait lui-même envoyer.

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IL FAUT DIRE QUE "LIBELLULE" (ALIAS DE GEORGES PAPIGNOLLES) A ABSORBÉ DU GAZ HILARANT, NORMALEMENT RÉSERVÉ AU PUBLIC ASSISTANT AUX DISCOURS DU PRESIDENT BIEN-AIMÉ

J’ai donné à la présente note la solide escorte de vignettes à retenir, tirées principalement de Libellule s’évade, Popaïne et vieux tableaux, La Voiture immergée et L’Enfer de Xique-Xique. Une mention spéciale, cependant, pour la réplique du gendarme des Cargos du crépuscule, proposée en ouverture.

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Faire du Michel Audiard, ça peut être jouissif, mais il ne faut pas oublier que Maurice Tillieux, en plus, fait les dessins. Alors franchement, Monsieur Tillieux, merci pour tout.

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

mardi, 19 mars 2013

ALORS, LE NOUVEAU PAPE ?

 

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UNE IVOIRIENNE PAS COMME LES AUTRES

 

***

Un nouveau pape ? La belle affaire ! Franchement, je vais vous dire : pas de quoi se réveiller la nuit pour chanter un alléluia. Il paraît qu’il faut un pape ? Eh bien allons-y. Celui-ci ou un autre, quelle différence ? Comme dit Georges Brassens :

 

« Tous les somnambules, tous les mages m’ont

Dit, sans malice,

Qu’en ses bras en croix je subirai mon

Dernier supplice…

Il en est de pires, il en est de meilleurs,

Mais à tout prendre,

Qu’on se pende ici, qu’on se pende ailleurs,

S’il faut se pendre ».

 

La sagesse même. Quasiment un nouveau Christ (à cause des bras en croix). C’est dans Je me suis fait tout petit. Là c’est la même chose : ce pape-ci ou cet autre-là, s'il faut un pape…

 

L’agitation médiatique qui a précédé l’élection a quelque chose d’hallucinant. Alors pensez-vous que Scola, que Sodano, que X, que Y est davantage « papabile » (en français : "papable", antonyme "impapable") que A ou que B ? Alors, c’est pour cette fois, un pape africain ? Un pape asiatique ?

 

Et de touiller jusqu'à épuisement des lecteurs et auditeurs les hypothèses dans le bocal, sur la base de cette constante, elle-même hallucinante : l’Eglise va-t-elle enfin consentir à se moderniser ? A épouser son époque ? A « bouger » enfin, après des siècles de glaciation obscurantiste ? Va-t-elle enfin admettre dans ses normes des innovations aussi révolutionnaires que la gestation pour autrui ? Le mariage homosexuel ? Le préservatif ?

 

Tout ça sur fond d’injonctions comminatoires dont la signification (à lire en toute transparence, évidemment) se résume à : « L’Eglise Catholique va-t-elle enfin consentir à ne plus être l’Eglise Catholique ? A ne plus faire figure d’épouvantail dans le jeu de quilles et de chien à moineaux (ah non, j’ai encore interverti) ? Va-t-elle consentir à se dissoudre, avec sa pureté doctrinale, dans l’eau tiède du consensus mondialisé ? L'Eglise Catholique va-t-elle consentir, au bout du compte, à se suicider ? A disparaître une bonne fois pour toutes de la surface de la Terre ?  ».

 

Quelle est cette partie de l'humanité qui aimerait tant extraire ce caillou de sa chaussure ? Un journaliste impartial aurait plutôt posé la question de la conformité de l'Eglise actuelle à l'Eglise de Saint Pierre et à sa mission originelle. Enfin, je dis ça, mais pour parler sincèrement, ce n'est pas ça, ma tasse d'eau bénite.

ROME SAINT PIERRE.jpg

Le frétillement des goujons médiatiques autour de l’appât catholique fermement accroché à l’hameçon lancé par ces défenseurs de valeurs contestant l'ultralibéralisme à tout crin et la marchandisation effrénée, dessine une situation pathétique : une meute d’hyènes (si, si, c'est "d apostrophe" devant "h" muet, comme devant "hiatus" !) et de charognards divers se mettent à aboyer et mordre aux mollets un troupeau d’hommes vêtus de grandes robes rouges et blanches accusés de pédophilie, d’homosexualité, de corruption, que sais-je encore. Accusés surtout d’être l’incarnation de la fossilisation dans laquelle s'est figé tout vestige préhistorique qui se respecte. Philippe Muray dénonçait déjà cet impératif moderne : « Bougez ! Bougez ! », dans lequel je verrais volontiers quelque chose de masturbatoire.

 

Le pape, je ne l’avais pas au programme. Mais mon ami A. m’a dit qu’il attendait ce que je pourrais bien en dire ici. Je ne veux pas le décevoir, bien que je le soupçonne en douce de se moquer de moi : lui, il n’écrit pas au hasard sur n’importe quel sujet « de société » ou de « culture générale ».

 

A., c’est quelqu’un de sérieux, il a un vrai projet, il y travaille jusqu’à son achèvement. Lui, il peaufine, il fignole. Pour tout dire, il cisèle, il quintessencie. Je pourrais presque dire qu’il émorfile, mais en fait, pas tant que ça : il aime laisser les arêtes vives, et même les barbes d'écriture sur lesquelles le bout du doigt de l'oeil du lecteur s’écorche. Bref, c’est un artiste.

 

Alors le pape ? En ce moment, sur France Culture, quelques journalistes débattent du fait de savoir comment traiter dans les journaux du passé du « Pape François » en Argentine. Oui ou non, a-t-il pactisé avec le dictateur Videla ? Quel fut son comportement pendant les années sombres de l’Argentine ?

 

Alors le pape ? Le lendemain de l’élection de Bergoglio, qui trouve-t-on invité sur la même chaîne de France Culture ? Caroline Fourest, célèbre pour ses passes d’armes avec Monsieur Tarik Ramadan, sous-marin officiel des Frères Musulmans en Europe. Drôle, non ? Pourquoi drôle ? Mais parce que, s’il existe dans les médias français, tous confondus, une pasionaria antireligieuse, on est tombé exactement sur la bonne cliente. Il faudrait lui conférer le titre officiel de MANTE ANTIRELIGIEUSE du Paysage Audiovisuel Français. Pour commenter les affaires du catholicisme, j'imagine qu'il y a mieux. Premier sujet d'étonnement.

 

Quel est le propos de Caroline Fourest ? Elle parle de « l’élection la plus opaque du monde ». Je ne suis pas dans les secrets de l’Eglise catholique, mais à son propos, parler de l’élection « la plus opaque » me semble irrésistiblement drôle, pour ne pas dire farcesque. Je ne sache pas que l’élection de Monsieur Loukachenko en Biélorussie, de Monsieur Xi Jinping en Chine, de Monsieur Ahmadinejad en Iran (et quelques autres) ait été particulièrement transparente.

 

Madame Fourest, au mieux, a perdu une belle occasion de ne pas dire de connerie. Au pire, elle confirme l'impression que j'ai quand je l'écoute : j'ai l'impression d'assister, à coups de canon médiatique, à une séance de tirs de propagande en faveur de la sacro-sainte doxa qui tente de s'imposer comme la seule et l'unique, qui tente de faire croire qu'elle seule détient le Beau, le Vrai, le Bien. La nouvelle Idéologie (Théologie ?) d'une bien-pensance qui voudrait bien faire croire qu'elle est "de gauche", mieux : qu'elle incarne la gauche. Haïssables flics de la pensée.

 

Alors si, à cette remarque sur la transparence ou l'opacité d'une élection, vous ajoutez l’athéisme de Caroline Fourest, invitée pour commenter un des principaux événements d’une des principales religions du monde, avouez qu’il y a de quoi se bidonner.

 

Je me bidonne donc. Je me tords, je glousse, je hennis.

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

NB : avis aux mauvais journalistes, on ne dit pas : « La ville bruisse de rumeurs », mais : « LA VILLE BRUIT DE RUMEURS » (3ème groupe).

 

 

 

dimanche, 25 novembre 2012

DIS-MOI COMMENT TON COQ CHANTE

Pensée du jour :

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"IDEOGRAMME PIETON" N°49

 

« Le sassafras semble bien être, à première vue, comme le frangipanier ou même le chilognathe, quelque salsifis tropical plus ou moins dicotylédone, impropre à l'alimentation, mentionné quelque part par Bernardin de Saint-Pierre. Connu seulement des pharmaciens. Et fait pour être utilisé à la césure dans quelque poème de Baudelaire en raison de son feuillage palmé, ornemental et disposé en éventail autour d'un stipe ».

 

ALEXANDRE VIALATTE

 

COQ 5.gif

 

Très tôt, j’ai été frappé par une bizarrerie : tous les coqs de la Terre se comportent de la même manière. Leur chant est identique, que l’on soit en Europe, en Amérique ou au Japon. Et pourtant, ils produisent des sons qui n’ont rien à voir entre eux. Apparemment. Du moins si l’on regarde leur traduction graphique. Et rien n’est plus curieux que la façon dont les oreilles, dans chaque langue, entendent ce qu’elles sont, dirait-on, seules à entendre de cette façon.

 

 

Des coqs, j’en ai entendu des tas, par exemple quand j’allais avec FRANÇOIS (on nous appelait "les Dupondt") chez le père PIC ou chez JOSEPH et MARIE. Chez ces derniers, c’était pour lancer sur les deux énormes cochons de l’enclos de pierre sèche les petits cailloux les plus aigus possibles, pour le seul plaisir d’entendre les bruits qu’ils faisaient alors : je le dis nettement, on ne peut pas appeler ça des chants.

 

 

Même chose, d’ailleurs, quand ils sentaient qu’on venait pour verser, de l’extérieur, dans leur auge (un évidement creux pratiqué dans l’épaisseur du mur) la marmite de soupe, soupe dans laquelle ils plongeaient les pattes les premières. Le cochon ne chante pas. Il paraît que c’est prouvé. C’est sans doute pour ça qu’on ne lui demande pas de réveiller la basse-cour au lever du soleil et qu’on n’en a jamais mis au sommet de nos clochers d’église, où il aurait pourtant, à coup sûr, fait merveille, n'en doutons pas. J'imagine le tableau, non sans un certain contentement.

 

 

La vache ne chantait pas non plus, le soir, quand on allait, FRANÇOIS et moi, boire le lait bourru, après la traite (c’est là que j’ai appris à traire la vache, soit dit en passant). Mais là, plus de coq, évidemment.photographie,alexandre vialatte,littérature,coq,zoologie,basse-cour,cocorico,campagne,poule,chant du coq,chant,musique,langues,florence foster jenkins,serge gainsbourg,chanson,comic strip,bande dessinée,blake et mortimer,edgard pierre jacobs,ep jacobs,jean graton,michel vaillant, Et s’il est vrai que certaines sopranos chantent pire que des  vaches (il est indispensable d’avoir entendu au moins une fois dans sa vie FLORENCE FOSTER JENKINS), il n’a encore jamais été constaté que l’inverse soit vrai.

 

 

Je ne sais plus où ni quand j’ai nourri un désir de meurtre sur un coq capable de pousser la chansonnette autour de 2 heures du matin. C’était souvent, en tout cas. Je vous jure, on a beau dire que le coq est l’oiseau du matin, qu’il annonce le lever du soleil, j’affirme qu’il n’en est rien. Le coq est un animal imbécile, en général complètement déréglé, dont le chant avance ou retarde sur le lever de soleil d’une façon à rendre cinglé le plus humble des métronomes.

 

 

Il reste que, en ce qui concerne le chant du coq, les langues du monde constituent une belle preuve que la Tour de Babel n’est pas seulement le récit mythique d’un prophète biblique inspiré, mais une réalité tangible et irréfutable. Disons le mot : c’est la cacophonie. Pas un coq issu du peuple coq ne parle la même langue que ses confrères, s’ils ont eu le malheur de naître sous d’autres cieux que lui. C’est même à ça qu’elle sert, la Tour de Babel des gallinacés.

 

 

Soyons un instant sérieux : tout bruit est traduit, en parole ou en écriture, par ce qu’on appelle une « onomatopée ». C’est ce que l’ingénieux et pitoyable SERGE GAINSBOURG a tenté de faire dans sa chanson « Comic strip » : « Shebam », « Pow », « Blop », « Wizz ».

 

 

La Bande Dessinée s’en est donné à cœur joie, avec, par exemple, des « Smack » (= gifle, mais aussi gros baiser qui s’entend) en gros caractères pour souligner la force du coup de poing donné (« I will smack your face », dit le gros Sharkey au professeur Mortimer, dans je ne sais plus quel Blake et Mortimer, peut-être SOS Météores), et des « Sob » (= sanglot) pour exprimer la tristesse du personnage.

 

 

Notons qu’une fois importé dans la Bande Dessinée française, le « Smack » désigne drôlement le bruit du baiser tendrement échangé par les deux amoureux. Certains dessinateurs ont même fait proliférer l’onomatopée sur l’image jusqu’à en faire une marque de fabrique, comme JEAN GRATON dans sa série Michel Vaillant, où l’on ne compte plus les VROARR envahissants (voir ci-dessous). 

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Chaque langue s’ingénie donc à transcrire le chant de SON coq. Passons rapidement sur le « Co Co Co », proféré (peut-être : le sujet est controversé) par le coq chinois, qui ne mérite que d’être mentionné. Plantons un orteil en terre islandaise. Que chante le coq sur son fumier volcanique ? Rien d’autre que « Gaggalagaggalago » (sept syllabes !). Ses cousins scandinaves font des « kuckeliku » en Suède et des « kykkeliky » au Danemark.

 

 

Il est important de noter que, si les coqs hollandais et flamands chantent à coups de « kukeleku », le voisin wallon marmonne un drôle de « coutcouloudjou » : on voit par là que la mésentente qui risque de fracturer la Belgique se glisse jusque dans les détails triviaux de la volaille. Le Roumain nasillonne un drôle de « cucuriguuu », alors qu’en face, le voisin turc susurre ses « U-urru-U ».

 

 

Si l’on s’éloigne de nos parages en direction de l’est, on croisera d’abord le « coucarekou » des coqs russes avant de déboucher, au choix, sur le « kokekoko » des volatiles japonais ou sur l’extravagant « ake-e-ake-ake » des coqs thaïs. A-t-on idée ? Ou encore sur l’acceptable « kukuruyuk » qu’on entend dans la cour des fermes indonésiennes.

 

 

Mais pour clore cette petite revue linguistique des onomatopées gallinaciformes, j’ai gardé l’abracadabrant, le considérable, le déraisonnable chant du coq irlandais. Je le donne comme je l’ai trouvé : à la lettre près. Il consiste en la prononciation distincte d’un impossible : « Mac na hoighe slan ». C’est à n’y pas croire. J’attends qu’on me détrompe. On ne me fera pas croire que des coqs qui poussent à tue-tête des « Mac na hoighe slan » puissent être considérés comme européens.

 

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

NB : après avoir un peu fureté sur internet, je constate qu'il s'avère qu'on ne peut faire confiance à personne, et que les transcriptions qu'on y trouve prennent systématiquement (en dehors de quelques classiques aussi constants qu'incontestables et irréfutables) la couleur, la résonance et la consistance de l'imagination de celui qui s'exprime.

 

 

J'en conclus, hélas, que nous en sommes réduits, pour cerner avec un minimum d'espoir d'exactitude le chant du coq, à des conjectures aussi incertaines que celles que font les logiciens qui cherchent, dans la rigueur logique des enchaînements de propositions, des preuves de l'existence de Dieu. JESUS ne dit-il pas : « Je te le dis en vérité : cette nuit-ci, avant que le coq ait chanté, trois fois tu me renieras » ? Alors si JESUS lui-même en personne le dit ...

 

 

vendredi, 26 octobre 2012

BOBY LAPOINTE EST VIVANT

Pensée du jour : « Un homme qui ne boit que de l'eau a quelque chose à cacher à ses semblables ».

 

CHARLES BAUDELAIRE

 

 

Tout le monde connaît BOBY LAPOINTE. Ne serait-ce que pour l’avoir entendu à la radio. Le malheur, c’est que les deux chansons qui reviennent immanquablement sur les ondes hertziennes sont toujours les mêmes : Aragon et Castille et Framboise. Ajoutons La Peinture à l’huile. Vous en voyez d’autres ? Moi pas. Ou alors, à la rigueur, dans des émissions exclusivement consacrées à la « bonne chanson » ou à l’ami LAPOINTE en personne. JACQUES ERWAN, HELENE HAZERA ou PHILIPPE MEYER lui ont fait une place, c’est sûr, mais en dehors ? Franchement ? Si peu que rien.

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Vous savez pourquoi ? Parce que BOBY LAPOINTE est l’auteur de chansons « difficiles ». Un auteur « à texte » de chansons « à texte ». Qui ne s’écoutent pas comme les rengaines sentimentales du tout-venant commercial, sempiternel et sans cesse du pareil au même. C’est vrai qu’il faut suivre. Car chez LAPOINTE, ce sont les acrobaties verbales qui font la joie de l’élite des connaisseurs.

 

 

Une élite dont les membres se reconnaissent au surgissement, au détour d’une conversation, de formules du genre : « Ô ma Lydie, tu hantes Mes rudes rêves au lit » (Aubade à Lydie en do). C’est vrai qu’accéder au mystère (allez, je vous le livre : « Ô ma Lydie tu hantes  Mes rues de Rivoli ») suppose d’avoir été initié et, pour le moins, d’avoir suivi l’apprentissage.

 

 

Le mien, d’apprentissage, a commencé assez tôt. J’habitais chez mes parents, rendez-vous compte. Sans ça, je n’aurais jamais pu voir apparaître à la télévision, faute d’avoir jamais eu en ma possession un tel appareil,  cet hurluberlu à tête d’ahuri jouisseur qui venait chanter dans je ne sais plus quelle émission (le « Discorama » de DENISE GLASER ?), un de ses meilleurs textes (à mon sens) : Saucisson de cheval.

 

 

J’atterrissais sur une planète inconnue. Disons que ça a fait « tilt » (comme on disait du temps du « flipper » et autres « babasses »). Un tilt aidé par les "uuuuuuuu" que BOBY LAPOINTE poussait entre deux strophes, censés figurer un hennissement.

 

 

Imaginez un type impassible, un genre de BUSTER KEATON, mais dans la chanson, avec le même genre de jeu de scène et de mimiques : autrement dit, néant. BOBY LAPOINTE est un bloc, qui articule les paroles, mais qui ne fait rigoureusement aucun effort de séduction. C’est trop lui demander. Il est filmé debout, immobile. Et quand arrive la dernière strophe, il s’assied sur le tabouret placé là, toujours impassible : « Je désirais m’achoir (de ch’val), et tu m’amenas au (de ch’val) canapé en rotin (de ch’val) » (ne comptez pas sur moi pour traduire, je l’ai dit, il faut suivre).

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L’Aubade à Lydie en do (voir ci-dessus) est un petit chef d’œuvre grivois : « Au p’tit matin après une escapade, Elle se dévêt en dansant avec grâce Sans remarquer qu’un vieux voyeur en face Fait "glot-glot" avec sa glotte Qui tressaute Lorsque saute la culotte Que Lydie ôte ». C’est sûr que, si on n’est pas sensible au jeu avec les mots, tout ça tombe à plat. Personnellement, je trouve que « Lydie ôte » (prononcer vite en ôtant l’accent sur le o) reste une référence, de même que le « Lydie aussi » terminal.

 

 

La pauvre Lydie a des tantes qui la poussent à épouser son soupirant, mais « c’est vrai que c’est faux de croire que les tantes acculent leur nièce à cette union ridicule ». Je ne déteste pas « tantes acculent ». Ajoutons, pour faire bonne mesure « la fleur d’amour qui le mettait en transes, Napolitaine aux yeux de firmament … ». Et puis « j’aime mieux les yeux rares de Lydia que le curare de Lucrèce Borgia ». Un « curare » comme celui-là, décrypté comme il faut, j’en reprendrais bien une louche.

 

 

Le début de Marcelle est tonitruant : « Elle a l’œil vif, la fesse fraîche et le sein arrogant, L’autre sein, l’autre œil et l’autre fesse itou également ». Je n’y peux rien, je ris. Les ambiguïtés de Comprend qui peut sont savoureuses : « Il sait de quoi j’ai envie Il n’est pas si bête, Il sait que c’est de son vi-Goureux corps d’athlète », « C’est comme s’il avait devi-Né ce dont j’ai envie. Je dirais même qu’il a si vi-Goureux appétit Que je jurerais parfois qu’il a divi-Nement Fait tout ce qu’il faut faire pour mon con-Tentement ». Là je vous aide.

 

 

J’espère que c’est clair. Tiens, en prime : « J’aime son heu-reux caractère ». Et là, pas besoin de triturer l’orthographe, la liaison suffit. J’admets qu’il faut avoir l’esprit mal tourné. Mais c’est pareil dans la contrepèterie : il faut avoir un minimum de vocabulaire, disons, « convivial ». Ça vous va ?

 

 

Une personne prénommée J. aimait particulièrement : « Mon père est marinier dans cette péniche. Ma mère dit : "La paix niche dans ce mari niais". Ma mère est habile, Mais ma bile est amère, Car mon père et ses verres Ont les pieds fragiles ». Je l’approuve « de deux ouïes », pour m’exprimer comme La Maman des poissons. Je l’approuve aussi pour From two to two to two two, et sans hésitation : « De deux heures moins deux à deux heures deux ». Soit dit sans parti pris outrancier, le monsieur est inimitable.

 

 

Tiens, prenez le Tube de toilette : « J’apprécie quand de toi l’aide Me soutient cela va beau-Coup plus vite c’est bien la vé-Rité, ça nous le savons ». Devinette : dans le dessin, petit ami, retrouve un « gant de toilette », un « lavabo », un « lavé », un « savon ». Toute la chanson est comme ça. Appelons ça des « à-peu-près ». La fontaine à jeu de mots se met à couler après la phrase : « Le dernier mot qui t’a servi était "ponds-je" ». « Serviette éponge » est le premier.

 

 

Andréa c’est toi (« entre et assieds-toi ») mérite un détour. L’Ami Zantrop vaut un voyage : « C’est notre ami Zantrop ». Un arrêt respectueux avec inclinaison du haut du corps devant le Saucisson de cheval n° 2 : « Dans notre petit home (de ch’val) J’ai vu c’est infâme (de ch’val) Ma belle-mère de Grasse (près de Nice) Et vot’père de Houilles (en banlieue) ». Il y aurait encore à dire de T’as pas t’as pas tout dit, de Ta Katie t’a quitté, du Papa du papa (qui s’achève sur : « Yvan-Sévère-Aimé Bossac de Noyau Depêche ».

 

 

Il faudrait s’arrêter un instant sur L’Hélicon : « Eh bien y a ton amie Elie, Qui n’est pas très intelligent, Si tu veux, va jouer avec lui. – Non maman c’est pas ça le vrai instrument, Moi je veux jouer de l’hélicon ». Deux instants pour assimiler et goûter les innombrables (et inextricables) allitérations et assonances de Méli-mélodie.

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Il est évident qu’il faudrait faire plus long pour faire le tour (et encore !). Mais je ne voudrais pas finir cet hommage au grand BOBY LAPOINTE (« Est-ce plus loin de Pézenas, je ne sais pas »), sans citer un de mes refrains préférés, celui de Je suis Né au Chili :

 

« Et je veux rendre à ma façon grâce à votre graisse à masser.

Votre saindoux pour le corps c’est ce que mes vers pour l’âme sont.

De tout ce qu’à ma peau me fîtes, combien fus-je épaté de fois !

Combien à vous qui m’épatâtes mon bon petit cœur confit doit ! ».

 

Il y a ici de quoi se régaler, pour qui sait lire entre les mots.

 

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

samedi, 15 septembre 2012

CARTES POSTALES DU FRONT

Pensée du jour :

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J'm'écris des cartes postales du front

Si ça continue j'vais m'découper

Suivant les points les pointillés

... Vertige de l'amour ».

 

ALAIN BASHUNG

 

 

 

 

 

 

 

 

 

CARAMBOLAGE

 

Le lauréat de la médaille Fields (comme les mathématiques furentVILLANI CEDRIC.jpg rejetées par ALFRED NOBEL, il fallait bien trouver une récompense aussi prestigieuse pour les pionniers de la discipline, mais c'est tous les quatre ans) est prévenu de son couronnement  6 mois avant l’annonce officielle, avec interdiction absolue d’en parler à qui que ce soit. Pour le médiatique CEDRIC VILLANI, ce fut, dit-il, un « délai merveilleux ». Il vient de publier Théorème vivant. On l'applaudit bien fort.

 

 

 

 

 

 

CABRIOLET

 

Monsieur ANDERS BEHRING BREIVIK,BREIVIK.jpg le médiatique auteur de 77 meurtres en Norvège, a déclaré lors du prononcé du verdict de son procès : « Je voudrais présenter des excuses aux militants nationalistes pour ne pas avoir exécuté davantage de personnes ». MILLET RICHARD.jpgLe médiatique monsieur RICHARD MILLET vient de démissionner du comité de lecture de Gallimard (cf. Le Comité, de MICHEL DEGUY, Champvallon, 1988), après avoir publié un « éloge littéraire » de Monsieur BREIVIK. On attend le prochain Indignez-vous de STEPHANE HESSEL. Mais on me dit qu'un Niagara d'indignation lui est tombé sur le râble, à RICHARD MILLET. Que c'est beau la morale ! Qu'il est grand, le moraliste ! Il y a quelque chose d'admirable et de terrifiant chez les gens qui vont au bout d'une logique, quelle qu'elle soit.

 

 

CHAVELA VARGAS.jpgCATECHUMENE

 

CHAVELA VARGAS (écoutez le sublime « Vamonos », Carnegie Hall 2003, sur Youtube), morte le 5 août 2012 à 93 ans, déclarait à qui voulait l’entendre qu’elle avait bu environ 45.000 litres de tequila au cours de sa vie. Si elle était morte à 123 ans, on aurait pu dire que, en commençant dès le jour de sa naissance, cela aurait fait un litre par jour de vie. En commençant à l'âge de 20 ans, elle aurait dû mourir à 143 pour accomplir une performance égale. Comme dit ALFRED JARRY : « L'alcool conserve les chairs ».

 

 

CATEGORIE

 

L’agence américaine de l’environnement conseille aux habitants voisins de chantiers d’exploitation desGAZ SCHISTE.jpg gaz de schiste (cliquez ci-contre pour vous faire des impressions fortes, ça dure 46 minutes) de ne pas fumer pendant qu’ils font couler l’eau du robinet. A cause des risques d'explosion. Voir, pour plus d'information et de spectacle, le film Gasland.

 

 

CATALEPSIE

 

Le respect se perd. D’une façon générale, c’est sûr. A l’égard des professeurs, c’est d’encore plus d’évidence. Ainsi, choquée par la remarque portée dans le carnet de correspondance de son enfant par le professeur d’histoire-géographie, concernant un travail non fait, ainsi que l’oubli à répétition de livres et cahiers, une mère de famille a fait irruption dans la salle de classe et a assené à l’enseignante, de source syndicale, force gifles et coups de pied. Le rectorat de Poitiers s’est porté, avec le cran administratif qu’on lui connaît, au secours de la victime, déclarant qu’elle avait reçu "une seule gifle et un seul coup de pied, sortant l’après-midi même de l’hôpital". Ce qui, indéniablement, relativise.

 

 

CARROSSERIE

 

En revanche, le maire de Cousolre (59), lui, parce qu'il avait giflé un adolescent parce que celui-ci avait proféré des insultes et des menaces à son encontre parce qu’il prétendait l’empêcher d’escalader un grillage, sera prochainement jugé en appel, après avoir été, en première instance, condamné à 1000 euros d’amende et 250 de dommages et intérêts. A part l'amende, monsieur BOISART n'aura qu'à échanger ses billets avec l'adolescent, lui aussi condamné à 250 de dommages.

 

Une question reste sans réponse : qui condamnera les juges à se flanquer 33 coups de pieds dans le derrière ?

 

 

 

KARABOUDJAN

 

VILLA DES MYSTERES 2.jpg

 

Les ruines de Pompéi tombent en ruines au carré. Que fait Berlusconi ? Il organise un gang-bang. Dans l’un des monuments les plus connus de la ville (et de toute l’antiquité romaine), l'extraordinaire Villa des Mystères, une poutre de soutien du toit de tuiles s’est effondrée le 8 septembre. Très mauvais signe. On sait en effet que cette date du 8 septembre est l’appellation « vulgaire » du 1er absolu du calendrier pataphysique, jour de liesse, puisqu’il a vu la naissance du Père UbuJARRY PORTRAIT VALLOTTON.jpg, autrement dit l’avènement de la ’Pataphysique en ce monde. Alléluia ! Allez en paix ! Ite missa est ! Des « Mystères » s’effacent pour laisser place à d’autres « Mystères », plus imposants et majestueux. Et laissons les ruines enterrer les ruines. Pour mieux laisser advenir le règne de Faustroll-Ubu-Jarry !!!! « Ha ! Tu resplendis dans la lumière ... Le Rock advole ! » (César-Antéchrist, Acte dernier).

 

 

CARABISTOUILLE

 

Pour finir, je m'en voudrais de ne pas signaler, en ces temps qui nous rapprochent du 11 novembre et de ses commémorations de la fermeture d'une échoppe (à l'enseigne de la "Grande Boucherie du XX ème siècle"), l'existence d'un monument très particulier que nous a légué cette époque. En dehors des 17 communes françaises (sur 36 000) dépourvues de tout monument aux morts, on note qu'un monument devient facteur de division entre deux communes : Saint-Santin et Saint-Santin.

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SAINT-SANTIN D'AVEYRON (12)

Car il faut savoir que l'administrateur parisien, en traçant les limites des départements, a fait passer celle du Cantal et de l'Aveyron en plein milieu de la commune de Saint-Santin. Et l'on voit, en regardant bien, successivement, les flancs du monument, que l'on est d'un côté en Aveyron, et de l'autre côté dans le Cantal. Question : a-t-on gravé deux fois les noms des morts ?

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SAINT-SANTIN DU CANTAL (15)

Ils sont fous, ces Romains !

 

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

Note destinée aux lecteurs interloqués par les intitulés jalonnant cette note : comme ça faisait bien longtemps que je n'avais pas évoqué BEROALDE DE VERVILLE et son inénarrable (je pèse mes mots) Moyen de parvenir, je me suis permis de m'inspirer de ses titres de chapitres. Un exemple de succession de titres (il y en a 111 comme ça) : « Mappemonde, Métaphrase, Paragraphe, Occasion, Plumitif, ... ». En espérant que cela relativisera à leurs yeux l'arbitraire de mes vocables.

 

 

 

 

mardi, 03 juillet 2012

IN MEMORIAM ALLAIN LEPREST

Aujourd’hui, tiens, je n’ai pas envie de baratiner. Je vais me contenter de donner la parole à quelqu’un qui chante.

 

 

 

 

Quelqu’un qui ne sait pas chanter avec une voix de bel canto, mais quand tu l’écoutes, tu n’as pas envie que ça s’arrête.

 

 

 

 

Quoi, c’est triste ? C’est certain : plus triste, tu meurs. Mais écoute les paroles et regarde le bonhomme et la bouche dont elles sortent. Tu n’as pas envie que ça s’arrête.

 

 

 

 

Le monsieur s’appelle ALLAIN LEPREST. Oui, il y a deux ailes à son prénom. C’est exprès, il paraît.

 

 

 

 

Voilà, je trouve ça très triste (la voix n’est pas gaie, il faut dire), c’est surtout très beau.

 

 

 

 

Il paraît qu’ALLAIN LEPREST a décidé d’en finir au mois d’août dernier.

 

 

Je sais pas vous, mais moi, voilà ce que je dis.

 

 

 

lundi, 15 août 2011

MERCI TONTON GEORGES (1)

« Tonton Georges », c’est dans « Le bulletin de santé » : « Et si vous entendez sourdre, à travers les plinthes Du boudoir de ces dames des râles et des plaintes, Ne dites pas : « C’est tonton Georges qui expire », Ce sont tout simplement les anges qui soupirent. ».

 

 

Quand on passe à Sète, si même on n’y va pas exprès, une halte au cimetière est obligatoire. Pas celui situé en hauteur, où se situe la tombe de PAUL VALÉRY, mais celui d’en bas, celui des pauvres. Ce n’est pas la plage, mais presque. La tombe est discrète. Une plaque elle-même discrète, en haut à droite, porte un nom : GEORGES BRASSENS (1921-1981). Juste en dessous, une autre plaque : JOHA HEIMAN, PUPCHEN (1911-1999). C’est avec lui qu’on l’a enterrée. Elle y avait droit.

 

 

La première chanson de BRASSENS qui m’est tombée dans l’oreille, c’est « Les amoureux des bancs publics ». Un disque 33 tours, 25 cm. Je ne me rappelle plus les autres chansons de l’album. Peut-être « Brave Margot » ? « Il suffit de passer le pont » ? « J’ai rendez-vous avec vous » ? En tout cas, le disque tournait sur l’électrophone gris de la Guilde du disque, et « Les amoureux » m’est restée. J’avais peut-être huit ans.

 

 

Dans le placard, il y avait aussi YVES MONTAND, même format, avec « Battling Joe » et « Les grands boulevards », que je connaissais par cœur : « On a des chances d’apercevoir Deux yeux angéliques Que l’on suit jusqu’à République ». C’était l’époque où MONTAND chantait : « Je ne suis pas riche à millions, Je suis tourneur chez Citroën ». Une autre époque, quoi !

 

 

« Les amoureux des bancs publics », peut-être pensais-je à ces deux tourtereaux goulus, qui se mangeaient la bouche sur le banc du square Michel Servet, juste en dessous de la cour de récréation. Ça avait l’air agréable, mais c’était une très mauvaise idée, ce banc, ils n’auraient pas dû, car COHEN leur avait gueulé : « Sucez-vous la poire ! » pour notre plus grande et bruyante joie, si bien qu’ils avaient dû s’enfuir. C’était la classe de Madame ARGELIÈS. Des sales gosses, vraiment. Ou jaloux. Ou impatients de passer au même genre de travaux pratiques ?

 

 

« Les Amoureux des bancs publics » c’est d’abord un joli texte, mais il y avait, vers la fin, ces mystérieux « toizarts », des « toizarts des rues », pour être précis. Je vous imagine aussi perplexes que je le fus : qu’est-ce qu’un toizart ? Et puis un jour, j’ai eu les paroles sous les yeux, et là, enfin, vint la lumière. « Ils s’apercevront émus Que c’est au hasard des rues Sur un de ces fameux bancs Qu’ils ont vécu le meilleur morceau de leur amour ». Eh oui, « c’est au hasard », mais avec la liaison, faite comme il faut. La Marseillaise m’a posé le même genre de problème, d’ailleurs, à peu près au même âge : je me demandais qui était ce soldat qui s’appelait Séféro. Ben oui, quoi : « Entendez-vous, dans les campagnes, Mugir Séféro ce soldat ? ». Passons.

 

 

LAURENCE avait – à l’époque, on s’entendait très bien – écrit un poème sur la page de garde de mon Brassens (Seghers, Poètes d’aujourd’hui, n° 99). Comme un idiot, je me le suis fait kidnapper en juin 1968. Et aucune demande de rançon ne m’a été adressée. Je le regrette encore, ce bouquin.

 

 

Celle de mes sœurs dont la chambre jouxtait la mienne écoutait « Les trompettes de la renommée ». J’appréciais particulièrement le père Duval. On a oublié le père DUVAL, curé et chanteur à la fois (« J’ai joué de la flûte sur la place du marché, mais personne avec moi n’a voulu chanter. »). BRASSENS lui a fait un sort éternel : « Le ciel en soit loué, je vis en bonne entente, Avec le Père Duval, la calotte chantante, Lui le catéchumène, et moi l’énergumène, Il me laisse dire merde, je lui laisse dire amen. ».

 

 

J’aimais beaucoup, aussi, « L’amandier », à cause de la « bouche gourmande des filles du monde entier », évidemment : « Et mes lèvres sentent bon, et si tu me donnes une amande, je te donne un baiser fripon ». La fille mange tout : « Ma récolte était perdue », mais il n’a pas tout perdu : « Mais sa jolie bouche gourmande en baisers m’a tout rendu ».