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mercredi, 22 septembre 2021

TONTON GEORGES, C'EST AUJOURD'HUI


Ne me demandez pas pourquoi, je n'en sais rien. Pour le comment, c'est plus facile : dans le placard de la grande chambre qui faisait l'angle au premier étage, celle juste contre le marronnier, traversée par le gros tuyau métallique qui allait se ficher dans le conduit de la cheminée, il y avait trois ou quatre disques 33 tours 25 cm (on ne disait pas encore vinyle). Yves Montand (Battling Joe, Les Grands boulevards, ...), peut-être Jacques Brel (?), et puis Georges Brassens. Vous savez, Les Amoureux des bancs publics.

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Celui-ci, il a passé et repassé sur l'électrophone de la Guilde du Disque, un machin tout gris, avec un "saphir", et puis un bras blanchâtre qui pesait une tonne. Je pouvais avoir sept ou huit ans. A force de passer et repasser, les oreilles ont fini par demander grâce : les sillons (le sillon en réalité) sont devenus de plus en plus aléatoires et criards. Mais le mal était fait : Brassens, je connaissais par cœur.

Et Houellebecq peut bien dire quelque part que Brassens l'emmerde, je n'y peux rien, j'ai grandi avec, et quand on me parle de tonton Georges, je perds tout esprit critique. Et cela n'a pas changé. Bon, c'est vrai, je vois les faiblesses, et même les défauts, mais je connais toujours par cœur beaucoup de chansons. Tenez, l'autre jour, devant la mairie de la Croix-Rousse, jour de "Grande Braderie", il y avait un homme armé d'une guitare qui chantait "Une Jolie Fleur dans une peau de vache", eh bien les paroles me sont venues comme si ça coulait de source, et j'ai chanté avec lui le reste de la chanson. Il a eu l'air content, il s'est senti sans doute moins seul.

C'était peut-être l'un des deux qui avaient déjà donné un récital Brassens à La Crèche, un soir du monde d'avant. "Le 22 septembre", ce n'est peut-être pas ma préférée, mais ça tombe aujourd'hui, alors je profite de l'occasion. Je ferai une réserve sur une des strophes, qui dit : « Que le brave Prévert et ses escargots veuillent / Bien se passer de moi pour enterrer les feuilles... », parce que A l'enterrement d'une feuille morte est un poème qui me semble vraiment trop niais, comme beaucoup de poèmes de monsieur Prévert, celui que Michel Houellebecq (encore lui) traite carrément de "con" dans une de ses Interventions (Flammarion). En quoi j'ai tendance à être assez d'accord.

Reste cette chanson automnale. Et puis toutes les autres : "Tonton Nestor", "Celui qui a mal tourné", "Mourir pour des idées", "Le Bistrot", au hasard de celles qui me viennent à l'instant. Et je me dis qu'en 2021, ça fait pile quarante ans que Georges Brassens a rendu son bulletin de naissance. Et c'est bientôt le temps des feuilles mortes.

Voilà ce que je dis, moi.

samedi, 18 septembre 2021

MANGER A L'HÔPITAL

De la cuisine au centre de restauration.

Cela s'appelait une cuisine. Jusque-là rien à dire. A la rigueur, on disait "les cuisines", quand la taille des lieux, des fourneaux, des gamelles et le nombre du personnel le réclamait. Mais pas toujours. Ci-dessous la cuisine de l'Hôpital de la Croix-Rousse il y a au moins un siècle et probablement davantage : l'éclairage au gaz, l'uniforme des cuisinières, aussi hygiénique voire prophylactique que l'entretien des lieux, la taille des casseroles, tout y est. Cette popote certainement concoctée avec amour (personne n'ose en douter : quand on est nonne, on ne laisse pas tomber son mégot ou son glaviot dans la marmite), on s'en lèche les babines.

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Je ne sais pas si vous avez été hospitalisé, mais je peux vous dire par expérience que je n'ai jamais aussi mal mangé que dans les quelques occasions où cela m'est arrivé. Côté hygiène et sécurité alimentaire, il n'y a rien à dire : le contrôle est impitoyable. Côté chiffres nutritifs, le cahier des charges est impeccablement rempli : diététiciens et nutritionnistes sont intraitables. Côté prix de revient, le service comptabilité de l'hôpital est absolument ravi : comprimer par tous les moyens le prix de journée, c'est peut-être là que le bât blesse. Côté gustatif, côté palais, côté plaisir, c'est zéro plus zéro égale zéro : là, on est dans le révoltant. Sodexho ou Elior, c'est kif-kif bourricot. Au point que je préférais laisser le plateau en l'état ou pas loin. En confidence, je peux même avouer qu'il m'est arrivé de perdre six kilos en dix jours. 

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HÔP CROIX ROUSSE 2001 D BARRIER.jpg

Rationnellement irréprochable, mais humainement dévitalisé. Une image du monde que certains voudraient bien nous fabriquer. Mais est-ce que les personnes hospitalisées n'iraient pas mieux si elles mangeaient mieux ?

mercredi, 15 septembre 2021

NOUS SAVONS DÉTRUIRE CE QUI EST BEAU !

L'HOMMAGE D'UN INCONNU AU PLUS BEAU PONT DE LYON AVANT SA DESTRUCTION.

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Chapeau l'artiste !

Photo de René Dejean prise en 1983.

On aperçoit quelques éléments des préparatifs de la démolition et, avec de bons yeux, des bribes du prochain pont Winston Churchill, une espèce de modernité banale, aride et fonctionnelle, destinée à remplacer le vétéran magnifique aux formes généreuses, et à servir dans l'axe la toute nouvelle "Montée de la Boucle", tranchée inhabitée, profonde, excessive et violente qui, pour les Croix-Roussiens, a fait de Caluire une ville étrangère (j'exagère, heureusement). J'ai sévèrement coupé la belle diapositive de René Dejean pour mettre en évidence la performance du monsieur perché. Ci-dessous la version complète.

PONT BOUCLE 1983 D FUNAMBULE RENE DEJEAN.jpg

Le monsieur ici perché a réalisé la promesse que se faisaient régulièrement une bande de lycéens d'autrefois ("Ouaaah ! t'es même pas cap. !") sans jamais oser la réaliser : franchir le pont sur les arches. La rouille qui a craquelé la peinture et rendu le métal croûteux  — on n'allait plus faire des frais d'entretien pour un machin bientôt détruit ! — a sans doute rendu plus aisée la bravade de l'aventurier, il n'en reste pas moins que le geste est joli.

PONT BOUCLE 1983 A RENE DEJEAN.jpg

J'aime à penser que le livre ouvert par le monsieur qui fait semblant de le lire est au moins du genre de La Montée de l'insignifiance, de Cornélius Castoriadis (c'est un exemple). Même en faisant semblant, cela aurait eu de la gueule. Car on aura beau me traiter de passéiste nostalgique et me mettre sous le nez les nécessités de la circulation des automobiles (il faut voir l'actuelle montée de la Boucle aux heures de pointe !), rien ni personne ne pourra me convaincre que cette merveille de pont n'était pas le plus BEAU de Lyon. J'augure mal d'une civilisation qui tend avec obstination à réduire les hommes et les choses à leur misérable utilité, à leur pauvre fonction de rouages dans la Machine Société.

Voilà ce que je dis, moi.

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AU SUJET DU PHOTOGRAPHE RENÉ DEJEAN (1926-1999) : un article de Robert Luc.

René Dejean, graphiste, décorateur, enseignant, amoureux de Lyon, conteur de rues, auteur de Traboules de Lyon et de Balade à travers Lyon insolite fut aussi l'initiateur des randonnées pédestres citadines. Il a organisé - et collaboré - à de nombreuses expositions comme graphiste et affichiste.

Avant d'être un infatigable piéton de Lyon, René Dejean fut diplômé de l'École Nationale des Beaux Arts de Lyon et débuta sa carrière dans l'atelier de son père Marius, peintre et dessinateur en plein coeur de la Croix-Rousse. Très créatif, il multiplie les domaines de ses interventions.

Affiches, logos, plaquettes se succèdent. Grand sportif et voyageur, on le retrouve aussi bien sur les glaciers alpins que dans les dunes sahariennes. Mais, c'est un amoureux de Lyon, un amoureux exigeant. Un érudit des traboules qui publiera aux éditions Le Progrès" l'ouvrage qui deviendra la bible du promeneur "Traboules de Lyon". En 1978, il imagine un parcours à travers Lyon. Quatre heures trente de marche, dans le calme d'un dimanche matin à travers Lyon insolite au rythme d'une cinquantaine de rues, places, quais et ponts. Le parcours des "Cinquante" est né. Plus de 18000 personnes retrouvent le goût de la promenade citadine. Il vient d'ouvrir une voie qui est aujourd'hui poursuivie avec talent par des "gones" comme Jean-Luc Chavent.

En janvier 1999, René Dejean confie aux Éditions des Traboules un manuscrit achevé, ce Parcours des 50. Il désirait accompagner ce livre de dessins. Hélas, il disparut prématurément laissant les Lyonnais dans la peine. Son dernier livre sera sans aucun doute, comme celui des traboules, un ouvrage de référence. Clair, pratique, riche en anecdotes, brillamment illustré de photos de l'auteur, il permet seul ou à plusieurs de découvrir ou redécouvrir une ville merveilleuse.

"Et si l'on reparlait de René Dejean",, article de ROBERT LUC in Le Progrès, 5 novembre 2002.

***

Il faudrait que j'ajoute une note en souvenir de Robert Luc (1943-2017), lui-même journaliste, infatigable Lyonnais, co-fondateur de la galerie "Vrais Rêves", rue Dumenge, organisateur et animateur de mémorables "bambanes" sur le plateau et les pentes de la Croix-Rousse.

vendredi, 23 juillet 2021

LA FORMATION DES INSTITUTEURS

Nous voici au Clos-Jouve, à la Croix-Rousse de Lyon, juste devant l'Ecole Normale des Instituteurs de la rue Anselme. Les formateurs utilisent l'espace libre devant l'Ecole pour apprendre aux futurs instituteurs les gestes professionnels de base qui seront les leurs dans l'exercice de leur difficile métier.

1900 CLOS JOUVE L'EXERCICE CL JS TGB.jpg

Mille excuses : j'ai oublié de préciser que la photo appartient au fonds Sylvestre de la Bibliothèque Municipale de Lyon.

mardi, 20 juillet 2021

UNE AUTRE CROIX-ROUSSE ? (2)

Le projet présenté aujourd'hui est celui d'Edouard Guillon, ingénieur, assisté de Georges Trévoux, architecte. Quoique plus schématique ou moins abouti que celui du tandem Chalumeau-Garnier, il consiste toujours à raser purement et simplement tout ce qui empêche de joindre selon l'axe le plus direct et le plus large la place de la Comédie (on aperçoit la façade de l'Opéra à droite et un petit morceau de l'Hôtel de Ville à gauche) au presque sommet de la colline de la Croix-Rousse, je veux dire la place Bellevue, à l'extrémité en contrebas du boulevard de la Croix-Rousse côté Rhône.

Comme on le voit sur le détail de droite reproduit en plus grand plus bas, on ne lésine pas : on raie de la carte la montée Saint Sébastien, et vu l'emprise au sol de la "rue de la République prolongée", on démolit l'église Saint-Bernard, et on massacre sans doute l'église Saint-Polycarpe (si chère à mon cœur à cause des quatre-vingt-onze tuyaux en façade de l'orgue ; j'étais assis dans le chœur, je faisais face à l'instrument ; c'est juste après que j'ai quitté l'église, le père Voyant, le père Béal, les scouts et le catholicisme — anecdote authentique évidemment). 

G TREVOUX PROJET COMEDIE CROIX ROUSSE.jpg

Et contrairement au projet précédent, Guillon-Trévoux, pour couronner l'œuvre, n'ont pas choisi de célébrer les morts innombrables de la guerre de 1914-1918, mais de glorifier la victoire militaire finale de la France sur l'ennemi prussien. On bombe le torse, et on est prêt pour la suivante. Avec le résultat qu'on sait.

G TREVOUX E GUILLON COMEDIE CROIX ROUSSE.jpg

Ci-dessous un agrandissement du détail de droite : la "rue de la Crèche" (aujourd'hui Boussanges) en biais accrochée par un bout au boulevard de la Croix-Rousse, la place Bellevue et la descente vers la place de la Comédie, l'Opéra et la Mairie centrale. On voit sur ce plan que, si le projet était allé à son terme, la nouvelle portion de la "rue de la République" aurait été nettement plus large que celle que nous connaissons aujourd'hui dans la presqu'île. 

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Dans le fond, il n'y a guère lieu de se plaindre, en définitive, de ce que, des deux projets concurrents, qui bénéficièrent d'une exposition en 1919, aucun n'ait été retenu, que ce soit pour une raison financière ou autre. Je retiens que la "raison" l'a emporté. Nul doute que les percements qui eurent lieu autour de 1860 dans la presqu'île pour élargir les artères (rue Impériale-rue de la République ; rue de l'Impératrice-rue Edouard-Herriot ; etc.) et pour faire comme les Parisiens du baron Haussmann, font partie du paysage lyonnais depuis lurette.

Le Lyon d'avant n'existe pas, contrairement à ce qu'essaie de faire croire un groupe comme "Lyon historique et actuel". Je ne fais pas partie de ces nostalgiques qui ne cessent de gémir et de s'attendrir un peu niaisement à coups de « Mon dieu, que de souvenirs ! », et de remercier les "administrateurs", souverains maîtres, de leur offrir des images d'un passé qu'ils ont peut-être vécu. Non, je ne dis pas : « C'était mieux avant ». J'enrage simplement des dégâts irréparables que la "modernité" fait en toute bonne conscience et pour de basses raisons subir à tous les quartiers un peu anciens de nos villes.

Je me félicite quant à moi de ce que le quartier de la Croix-Rousse ait échappé aux projets de transformations radicales de quelques urbanistes fous. Les Brésiliens eux-mêmes ignorent sans doute quel sort un certain Le Corbusier réservait à leur cité mondialement célèbre : un long ruban autoroutier courant au sommet du long serpent immobilier où l'architecte fou avait prévu de loger l'intégralité de la population carioca. Et il existe des dessins du même qui montrent à quel sort funeste ont échappé les Parisiens .

Qui a dit : « La guerre est une chose trop sérieuse pour être confiée à des militaires » ? Même chose pour l'aménagement d'une ville : ce que certains appellent l'urbanisme. A la Croix-Rousse, tout bien considéré, les urbanistes n'ont plus leur mot à dire. Ils ont été supplantés par les promoteurs immobiliers, qui se livrent une concurrence acharnée pour savoir qui sera le premier à s'occuper des "dents creuses" que comporte (encore pour combien de temps ?) le plateau de ma Croix-Rousse. Qui est le plus à craindre ? Qui est le plus nuisible ? L'urbaniste ou le promoteur ? Sachant que l'urbaniste a des idées, quand ce n'est pas une doctrine ou une idéologie, et que le promoteur en a une seule, d'idée : valoriser le terrain et rentabiliser l'investissement.

Et ce ne sont pas les allumés du bulbe qui affichent leurs T-shirts floqués "La Croix-Rousse n'est pas à vendre" qui changeront quoi que ce soit au processus. Mais si, Papy-Art, la Croix-Rousse est à vendre au plus offrant, comme tout le reste. Et ce ne sont pas ceux qui, paraît-il, "font de la résistance" qui arrêteront les troupes des envahisseurs : quelles armes ont-ils à opposer aux formes parfaitement légales dont ceux-ci habillent leurs appétits voraces ? 

Voilà ce que je dis, moi.

lundi, 19 juillet 2021

UNE AUTRE CROIX-ROUSSE ? (1)

Aujourd'hui le projet de Camille Chalumeau, ingénieur en chef de la ville de Lyon, avec la collaboration (mais je ne suis pas sûr) de l'architecte Tony Garnier. Vous êtes au-dessus de la place Bellevue, à l'extrémité du boulevard de la Croix-Rousse côté Rhône, et vous regardez vers le sud, la presqu'île et le confluent. La longue trouée rectiligne que vous avez en face de vous, c'est la rue de la République.

Mais oui, parfaitement : dans ce projet, la rue de la République escalade la "colline qui travaille" jusqu'à la place Bellevue. Un seul mot d'ordre : on rase tout ce qui dépasse, comme au joyeux temps du Second Empire. On dira : l'escalade n'est pas complète. Certes, on n'est pas au point culminant de la Croix-Rousse qui, comme chacun sait, se situe à l'intersection des rues Henry-Gorjus et Jérôme-Dulaar, non loin du parc Popy, mais le plus dur est fait. Et l'ingénieur a pensé que la pente n'était pas trop raide pour amener une ligne de tramway à proximité immédiate du plateau (sans faire le détour par le cours Général-Giraud).

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Est-ce que le monument ci-dessous est vraiment celui qui devait couronner le projet ci-dessus tout en haut de l'exaltante ascension ? Pas sûr. Surtout à cause des dates indiquées par la BML pour la réalisation des dessins : 1935 pour le projet de l'ingénieur Chalumeau, 1918 pour la proposition de Tony Garnier : un majestueux temple élevé à la mémoire des morts de 1914-1918. Pensez : des colonnes de quarante mètres de haut ! Un monument aux morts peut-être plus visible encore que la basilique de Fourvière flanquée de sa tour métallique. Dessins de Tony Garnier, photographiés par Jules Sylvestre autour de 1918.

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Voyez plutôt l'effet qu'on aurait observé depuis le pont Saint-Clair (alias Vaïsse). Le fort Saint-Laurent, qui occupe une partie de la pente, ne disparaît pas, mais presque.

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Voyez aussi de quelle façon le monument aux morts de 1914-1918 se serait imposé à la vue de chacun, vu de la rive gauche du Rhône. Dans presque tous les villages de France, le monument aux morts se trouve sur la place centrale, et personne ne peut l'ignorer. Alors imaginez : quelle dignité dans une telle situation rayonnante ! Quelle grande occasion perdue !

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Il faut donc regretter que le monument aux morts ait finalement été relégué dans l'île aux Cygnes du parc de la Tête d'Or, un endroit certes pas tout à fait invisible, mais qu'il faut avoir vraiment envie d'atteindre, après avoir traversé un tunnel humide, peu sympathique et pas toujours ouvert aux piétons. 

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Bon, n'exagérons rien : on n'est pas à Sainte-Hélène.

Personnellement, j'ai tendance à ne pas digérer que les édiles de la Ville aient renoncé, sans doute pour un problème de coût, à honorer de cette façon considérable et après tout normale les travailleurs, les hommes, les paysans, bref, les civils morts (sont-ils en définitive 10.600, 13.000 ou 16.000 ? Je finis par ne plus savoir.) sous l'uniforme militaire pour défendre la Patrie entre 1914 et 1918.

Et il faut remercier (attention : une fois n'est pas coutume !) l'ancien maire de Lyon Gérard Collomb d'avoir décidé de restituer intégralement les noms des morts en les faisant regraver, mais sur une pierre enfin assez sérieuse pour résister aux injures du temps (Comblanchien, je crois), à l'occasion du centenaire de la première boucherie industrielle de l'histoire humaine.

Autre chose : faut-il regretter que la rue de la République (rue Impériale à l'origine) ait renoncé à escalader la colline et se soit résignée à buter sur la place de la Comédie et le "bas des pentes" ?

Là, je suis catégorique : la Croix-Rousse, ça doit continuer à se mériter. Et le Croix-Roussien doit pouvoir encore et toujours proclamer fièrement, quand il va faire des courses dans la presqu'île : « Je descends à Lyon ».

Voilà ce que je dis, moi.

lundi, 19 avril 2021

LYON

Si vous connaissez Lyon, vous savez plus ou moins que la ville s'est appelée Lugdunum dans les autres fois et que, sur la colline de Fourvière, se trouvent des théâtres remontant à l'époque romaine. Mais qu'est-ce qu'il y avait avant ? Je veux dire avant la mise au jour de ces monuments légués par l'antiquité ? La réponse attend les curieux dans les trésors accumulés par la Bibliothèque Municipale de Lyon. On trouve en particulier une photo des lieux prise avant le début des fouilles impulsées par Edouard Herriot à partir de 1933.

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Vue générale des propriétés du "Syndicat des institutrices libres" et du "Couvent de N.D. de la Compassion", à l'emplacement du grand Théâtre, avant le 25 avril 1933, date du commencement des travaux de dégagement (légende BML).

Cette photo, quand je l'ai découverte sur un réseau social (Lyon historique et actuel), m'a plongé dans un abîme d'admiration et d'incrédulité. D'abord à cause de la qualité technique hors du commun du cliché. Quand je compare la "définition", le "piqué" de cette photographie avec ceux de la plupart des images produites aujourd'hui par wagons entiers, je m'interroge sur la notion de "progrès". Encore le format contraint de ce billet ne permet-il pas de s'en faire une idée juste.

Ensuite me vient la question de savoir comment, à partir de cette simple photographie des lieux, quelqu'un pourrait imaginer tout ce qui dort ici, tranquille et invisible, depuis vingt siècles. Vous le voyez, vous, le théâtre romain tel qu'il apparaîtra onze ans plus tard, en avril 1944 (ci-dessous, observez aussi le verger en fleur) ?

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Bon, je sais que les archéologues n'ont pas besoin de voir : ils savent par d'autres sources que tel bâtiment cité dans un texte doit se trouver à peu près à tel endroit (Chateaubriand prétend bien, dans son Itinéraire de Paris à Jérusalem, avoir retrouvé l'emplacement véritable de Sparte sur la base de ses lectures !). Il reste que moi, qui ne suis pas archéologue, je vois ici des prés portant dans une pente paisible des arbres fruitiers qui n'attendent que le moment de fructifier pour le plus grand plaisir des gens qui vivent en ces lieux.

Je subodore aussi qu'Edouard Herriot, en lançant cette énorme opération de dégagement (de déblaiement), n'était pas mécontent de donner un coup de pied dans la fourmilière de la "Colline qui prie" (opposée jadis à la "colline qui travaille", qui est la Croix-Rousse) : malgré toute la force de leur foi, c'est sans doute par la force de la loi que le syndicat des institutrices libres et le couvent de Notre Dame de la Compassion ont été expropriées.

Devant cette immense débauche d'énergie pour rendre au présent des œuvres du passé lointain de la ville, je me permets de garder une certaine distance. Car dans le cas qui nous occupe, il s'agit moins de faire apparaître que de rebâtir entièrement. Pour moi, le théâtre "romain" est pour une large part fictif. J'en veux pour preuve cette photo du chantier prise en janvier 1934 : voilà l'état des ruines telles qu'elles ont été déterrées.

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Vous vous voyez, assis sur ce tas de cailloux, même avec un coussin, pour assister à une représentation de Lohengrin (quatre heures au bas mot) ? N'en déplaise aux mânes d'Amable Audin, ce grand archéologue, on est bien devant une entreprise de reconstruction complète. Cela dit, oui, j'avoue avoir passé là des soirées, et même des nuits mémorables, au cours desquelles je ne pensais guère aux Romains.

vendredi, 04 décembre 2020

MARCELLINE GASTON

Je ne sais pas où habitait exactement Marcelline Gaston, je veux dire dans quelle piaule à bon marché elle avait trouvé un abri. Quand je l'ai vue, à ma grande surprise, dans l'église Saint-Polycarpe, assister aux obsèques du cher docteur Maurice Denis, j'ai commencé à me demander si quelque âme généreuse ne lui avait pas trouvé une chambre dans le très sélect immeuble "Saint-Bernard", boulevard de la Croix-Rousse. Maurice et Annie Denis, catholiques fervents, possédaient là un bel appartement. J'avais d'ailleurs vu un jour Marcelline sortir de l'immeuble. Aurait-elle eu, sans cela, de quoi se loger ?

Le territoire de Marcelline n'était pas très étendu : la place de la Croix-Rousse en tout premier, avec des apparitions chez le boulanger Caclin (maintenant "Les Co'pains d'abord"), à l'angle de la rue d'Austerlitz et de la rue Belfort. On pouvait parfois apercevoir sa silhouette rue Aimé Boussange ou rue Victor Fort. En dehors des producteurs du marché du boulevard, dont certains la connaissaient fort bien, pour lui abandonner à vil prix quelques denrées, du moins à ce que j'ai cru comprendre, je ne l'ai jamais vue s'aventurer beaucoup plus loin.

Sa silhouette ? Indescriptible. Imaginez un arbre cassé en deux, le tronçon supérieur faisant un angle droit avec la partie verticale. Ajoutez qu'elle marchait d'un pas saccadé, tenant une béquille orthopédique dont elle dirigeait vers l'avant la partie réservée au coude, et tenait la poignée comme si ç'avait été une arme. Elle n'aimait pas qu'un marcheur audacieux ose la dépasser d'un pas plus rapide, et elle le faisait savoir. 

Tous les gens passant par ce coin de Croix-Rousse ont un jour croisé la route de Marcelline Gaston. Certains s'en souviennent peut-être pour avoir subi ses imprécations au moment de la côtoyer, que ce soit sur le trottoir ou faisant la queue dans un magasin, émettant à jet quasiment continu ses récriminations contre le monde ou contre ses semblables.

Je l'ai entendue enjoindre à une femme qui en est restée tout ébaubie de retourner chez elle pour quitter son pyjama et passer enfin une tenue correcte. Elle ne dédaignait pas l'insulte, et je ne doute pas qu'elle a froissé les oreilles ou l'amour-propre des passants qui ne fréquentaient le plateau qu'à l'occasion de son marché ou pour se procurer quelques macarons chez Bouillet. 

Cela dit, moi je sais que Marcelline Gaston n'était pas méchante. Ceux qui avaient compris et admis sa présence, à commencer par les commerçants chez qui elle se procurait le peu qu'elle mangeait, devinaient (plus qu'ils ne savaient) que son existence passée n'avait pas été de tout repos et qu'elle avait eu son gros lot d'épreuves. 

Chaque fois que je l'ai croisée, après un temps de surprise vaguement déconcertée, j'ai pris le parti de la saluer d'un : « Bonjour Madame » sonore. Du coup, elle m'avait "à la bonne". La preuve, c'est qu'elle n'hésitait pas, quand nous nous trouvions dans la même file d'attente, à me taxer d'une pièce ou deux. Comment refuser ? Je n'oublierai pas le regard presque sauvage qu'elle levait vers les personnes en qui elle reconnaissait non des méchants, mais au moins des vivants tolérables. 

Un jour que j'étais assis à la terrasse de La Crèche en train de lire mon journal en sirotant (avec modération) quelque boisson forte, elle me reconnut, s'approcha et me demanda : « Vous me payez un verre ? ». Là encore, comment refuser ? Elle s'assit, pendant que j'allais demander à Jean-Pierre un pastis pour la dame. Jean-Pierre ne dit rien.

Elle me raconta alors une partie de ses malheurs, en particulier ses séjours à l'hôpital, où les chirurgiens lui certifiaient que son problème de colonne vertébrale était absolument inopérable. « Sinon j'y passais », avait-elle ajouté. 

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Marcelline Gaston vient de mourir. J'en ai lu l'annonce dans Le Progrès. Elle avait trouvé pour finir refuge chez les Petites Sœurs des Pauvres. J'espère qu'elle est morte en paix avec le monde et avec elle-même. Qui peut bien se cacher derrière le "nous" qui a assuré les frais de cet avis de décès paru dans Le Progrès daté du 26 novembre 2020 ? J'aimerais bien le savoir.

jeudi, 04 juin 2020

LE DÉCONFINEMENT, C'EST DUR ...

... POUR CERTAINS.

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Photo prise le 14 avril.

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Photo prise le 6 mai, au même endroit. 

Plus besoin de photo. Maintenant la Brasserie des Ecoles a rouvert. Il y a pourtant quelqu'un qui avait trouvé une bonne place, bien abritée. Où est-il maintenant ?

jeudi, 21 mai 2020

LES AFFAIRES ONT REPRIS

L'action se passe rue Boussange (69004).

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Là, c'était avant, quand les lieux ne servaient à presque rien de franchement utile et à presque personne de vraiment important.

lyon,croix-rousse,rue boussange

Là, à 6000€ le m², ça va sûrement servir à quelques importants (état du chantier au 4 mai 2020).

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Là, on voit que le promoteur ne plaisante pas. Je passe sur l'édification des immeubles projetés. Presque toute la couleur verte de la photo Google est promise à disparition, mais ils vont peut-être garder le cèdre (la couleur ne trompe pas les connaisseurs).

J'attire juste votre attention, ci-dessus,  sur la bande de terre qui sépare le chantier des immeubles anciens, dont le côté "cour" est limité par un haut mur (visible au sud de la petite verrière). Une bande de terre qui, elle non plus, ne sert à rien ni à personne (je plaisante). En fait, c'est un creux, peut-être le fossé des anciens remparts qui protégeaient Lyon des ennemis venus du nord en général et de Caluire-et-Cuire en particulier (commune limitrophe). C'est là-dessus que je braque mon objectif.

Ci-dessous le mur qui sépare la bande de terre de la rue Boussange, mur caché - à droite - sur les photos Google. L'indispensable Café de la Crèche est voisin immédiat.

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La brosse métallique a déjà clarifié le terrain, et la disqueuse a déjà tracé les contours de ce qu'il faudra enlever.

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Voilà ce que ça donne, l'ancienne bande de terre qui ne servait à rien, quand la future porte des garages est ouverte. Il faut tenir le mur qui tient le mur de séparation. L'immeuble du fond arrive à son quatrième étage. Je pense aux habitants des immeubles anciens (à droite), qui voyaient quelque chose d'agréable de leurs fenêtres.

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Une couverture pour garder au chaud (pour boucher, aussi) : on ferme.

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Plus qu'à attendre que ça tienne. On est dans le dur de la réalité.

La Croix-Rousse ? En route vers la modernité moderne, on vous dit !

lundi, 18 mai 2020

PHOTOGRAPHIE

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Vue sur la salle du restaurant, avec rétro-éclairage de la rue Dumenge, à 18h25', le 17 mai 2020 (je vous dis tout, sauf le nom du restaurant, dont la carte est un peu tarabiscotée à mon goût).

samedi, 02 mai 2020

« JE VOUS L'AVAIS BIEN DIT, SKRONYONYO ! »

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La revue "Le Un" du mercredi 29 avril dernier : « Et maintenant on change quoi ? ». Mais on ne change rien, mon bon monsieur ! Qu'allez-vous imaginer ?

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Mais non, voyons, malgré le titre que j'ai trouvé, je n'ai nullement l'intention de faire la leçon à qui que ce soit. Je me permets juste de constater. Et de m'effrayer. Ce qui me terrasse dans cette crise dite « du coronavirus », c’est qu’on savait. On savait tout. On savait tout depuis très longtemps. On ne savait pas quand, on ne savait pas par où ça arriverait, mais on savait que ça arriverait. Depuis combien de décennies les lanceurs d’alerte font-ils retentir le tocsin ? Je suis sûr que des "collapsologues" comme Yves Cochet et Pablo Servigne jubileraient d'avoir eu raison si vite si l'actuel coup de Trafalgar mondial ne les laissait pas hébétés comme je l'ai été.

Où l'on constate que l'ennemi public n°1 de notre civilisation a trouvé sans hésiter le défaut de la cuirasse : plus elle ressemble au Colosse de Rhodes, plus le marbre de ses pieds se transforme en sable. On avait tout prévu, TOUT, sauf ... Depuis, tous les Grands Manitous de la planète se demandent comment on doit apprendre à se préparer pour prévoir l'imprévisible. Prévoir l'imprévisible ? Ah les sinistres comiques !!! Les guignols ! Le phénomène "gilets jaunes" était un sacré coup de semonce, monsieur Macron ! Descendez de votre perchoir, monsieur Macron ! Ouvrez les oreilles, monsieur Macron ! Prenez des décisions justes, monsieur Macron !

Ce dont je suis sûr, c’est que depuis l’ouverture du présent blog le 25 mars 2011, les billets publiés ici par votre serviteur n’ont pas cessé de pleuvoir concernant l’écologie, la protection de la biodiversité ou de l’environnement ; mais aussi la dénonciation de la logique ultralibérale, de la colonisation de toute la sphère économique par des malades et des aveugles lancés dans une course effrénée vers l’abîme, de l’empoisonnement des sols, de l’air, de l’eau et des hommes par une industrie chimique démesurée, de l’industrialisation à outrance des moyens de nourrir l’humanité, etc., etc., etc…

Ce qui me terrifie, c’est aussi qu’en un clin d’œil (disons du jour au lendemain) tous les pays industrialisés et l’ensemble de leurs populations ont pu abandonner leur criminelle insouciance pour renoncer brutalement et sans hésiter à tout ce qui n’était pas rigoureusement indispensable à la préservation de la vie. Brutalement convertis au survivalisme le plus caricatural (des stocks d'huile, de sucre et de PQ, mais la télé et les réseaux sociaux pour se "tenir au courant" : on sait jamais). On fait le dos rond en attendant que les choses se calment, mais il ne faudrait pas que ça tarde trop, les "jours meilleurs".

Alors je suis parti à la pêche dans les sables mouvants où se sont engloutis aussitôt écrits tous les billets que j'ai pondus sur le sujet depuis le début. Je n'ai pas eu à chercher bien profond. Je n'ai eu aucun mal à réunir quelques paragraphes où tentait de se dire une vérité explosive qui, depuis, nous a pété à la gueule : la façon dont l'humanité vit aujourd'hui nous entraîne collectivement vers la mort. Je n'ai pas voulu surcharger la barque. Et je n'ai pas sélectionné les plus significatifs.

Nous venons d'entendre de nombreux appels pressants à fonder un système économique mondial qui soit viable pour tous, moins inégalitaire et plus respectueux de l'environnement. Il était temps. Je rappellerai seulement qu'au cours de la crise financière de 2007-2009, nous avions déjà entendu vociférer tous les vertueux de la dernière heure convertis à la sagesse économique (Sarkozy ?) appelant à la régulation de la finance folle, et qu'on a hélas vu ce qu'il en est resté quand la fièvre est retombée. 

Je propose ici une petite piqûre de rappel, oh, presque rien, juste de quoi se souvenir que nous n'ignorons rien de l'enfer qui nous pend au nez et que nous fabriquons consciencieusement, jour après jour, de toutes pièces. Rassurez-vous, c'est à peine quelques pets de lapin sur une pente verglacée : c'est sans douleur. Autrement dit : c'est à pleurer.

***

16 novembre 2017

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Célèbre "une" du journal Le Monde du 14 novembre 2017. Célèbre et déjà aux oubliettes.

7 février 2018.

Le monde va-t-il bien ? Le monde va-t-il mal ? Le débat fait rage (un de plus, dira-t-on, voir au 2 février). Les uns ne voient, selon les autres, que le côté heureux des choses, sont heureux du monde dans lequel ils vivent et disent pis que pendre de Michel Houellebecq. Les autres souffrent, selon les uns, d’une sinistrose chronique aiguë, trouvent inquiétant tout ce qui arrive et sont allergiques à Michel Serres, le « ravi de la crèche » qui s’émerveille du génie et de l’inventivité de l’espèce humaine. [Au vu des circonstances, qui a raison, à votre avis ?]

23 mars 2018

Ils [les écologistes] rassemblent donc informations et documents, mais c'est pour en faire quoi ? Ils ne savent pas toujours bien. On trouve une documentations copieuse, mais éparse en provenance des forêts qui disparaissent ; des glaces du grand nord qui fondent plus vite que leur ombre, menaçant de submersion tout ce qui vit à proximité du littoral ; des eaux de surface des océans qui s’acidifient et se peuplent de continents de plastique ; de l’air que nous respirons dans les villes, qui améliore sans cesse le rendement de la mortalité humaine prématurée ; des camps d'extermination des insectes ouverts en plein air par les tenants de l'agriculture industrielle et productiviste ... j’arrête l’énumération. 

24 mars 2018

A part ça, aucun voyageur du train fou qui nous emporte ne pourra dire que le signal d’alarme était en panne : les sentinelles font leur boulot et ne cessent d’actionner la sirène. Ce qui inquiète, c’est plutôt qu’il n’y a pire sourd que celui qui refuse d’entendre, et que le signal d’alarme donne massivement l’impression de pisser dans un violon des Danaïdes, ce qui est, on l'admettra, peu convenable. 

25 mars 2018

Quel avenir ce tableau sommaire des préoccupations écologiques laisse-t-il entrevoir pour la planète ? J’ai envie de dire que, s’il y a une indéniable prise de conscience au sein de la communauté scientifique et parmi un certain nombre de voix en mesure de résonner dans les médias (je n'ai pas dit : en mesure de faire bouger les choses), le rapport des forces en présence et la lenteur pesante de l'évolution des consciences (ne parlons pas des intérêts en jeu, qui font résolument barrage) laissent mal augurer de nos lendemains.  

4 septembre 2018 (en rapport avec la "une" du Monde reproduite ci-dessus).

Les cris d'alarme se suivent et se ressemblent. Parions qu’ils figureront un jour en bonne place dans la série "Ronds dans l'eau". Les appels ont une efficacité – on le constate tous les jours – de plus en plus nulle. Non, je le reconnais, je ne suis pas optimiste. Le pire, c'est que je crois que j'ai raison.

Il n'y a rien de plus urgent que de changer tout le système, mais rien ne sera fait : les USA quitteront les accords de Paris, Nicolas Hulot prendra acte de sa complète impuissance à influer sur le cours des choses et quittera spectaculairement le gouvernement d'Emmanuel Macron.

Il n'y a en effet rien de plus urgent. Je dirai même que c'est la seule et unique urgence qui devrait mobiliser toutes les énergies (renouvelables). C'est peut-être infiniment vrai, mais les chars d'assaut de la politique (lieu des rivalités de pouvoir) et de l'économie (lieu privilégié de l'exercice de la rapacité) – les vrais pouvoirs – ne s'en laisseront pas conter : « Les affaires sont les affaires ».

Sans compter que les populations qui bénéficient d'un mode de vie confortable (moi compris) refusent toute perspective de régression matérielle. Et que les populations qui n'en bénéficient pas encore ont la volonté farouche d'y parvenir à leur tour.»

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"Notre humanité délire." Tu l'as dit, bouffi ! Extrait de la une du "Un" ci-dessus.

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La crise du coronavirus me met en rage : on sait tout, on a maintenant la preuve que nos façons de procéder avec le monde qui nous entoure sont guidées par la folie, et on ne fera rien, sinon serrer encore la vis à ceux qui ont le moins de pouvoir.

Je dois avouer que je n'ai moi-même pas très envie de changer de mode de vie. Les gens, à la Croix-Rousse, se sont déjà remis à se répandre dans les rues comme aux plus beaux jours de l'insouciance. La population dans son ensemble ne voit pas comment on pourrait faire autrement qu'avant. Qui accepterait plus qu'hier de se voir imposer des limites à ses désirs ? Et toutes les forces existantes n'attendent que le moment de reprendre leur existence comme avant. Le monde entier attend de pouvoir retrouver une

VIE NORMALE.

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Au fond, je vais vous dire :

le présent blog ne sert strictement à rien.

Dit autrement : on ne convainc que les convaincus.

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« Plus de fric pour le service public ». Il y en a qui ne doutent de rien.

Les individus qui ne sont pas d'accord sont rigoureusement impuissants face au système dont ils ont perçu l'aberration fondatrice. 

La crise actuelle me renvoie à mon quasi-néant.

samedi, 25 avril 2020

RUE DUMENGE ...

... PENDANT LE CONFINEMENT.

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Je n'ai pas encore vu passer de renards ou de chevreuils, mais je ne désespère pas.

mercredi, 15 avril 2020

LA CROIX-ROUSSE CORONAVIRÉE

On ne peut pas la louper : elle est à l'angle du boulevard de la Croix-Rousse et de la place de la Croix-Rousse.

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La Brasserie des Ecoles (Mr. C., propriétaire, père de famille nombreuse et chrétien fervent) comme je ne l'ai jamais vue.

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Tous rideaux tirés, tables et chaises empilées : une brasserie en temps normal ouverte 7 jours sur 7, de 6 heures à minuit, vacances comprises !!!

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Un choc !

samedi, 12 octobre 2019

CINQUANTE ANS APRES

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J'avais pris "dans les autres fois" (comme on ne dit plus guère à Lyon) cette photo des pentes "est" de la Croix-Rousse (c'est-à-dire côté Rhône), avec l'alors récent (1957) pont De-Lattre-de-Tassigny, grâce auquel les véhicules peuvent s'engouffrer dans le tunnel (dit "de la Croix-Rousse", ouvert en 1952 ; attention aux 50 km/h : le radar à la sortie est très riche) pour rejoindre les rives de Saône de l'autre côté de la colline.

En bas de la photo, on voit, à gauche, l'emprise de l'ouvrage, puis la désagréable place Louis-Chazette (avocat qui fut député, mais une "place" qui ressemble à tout, sauf à une place), avec l'ouverture de la montée Coquillat (Pierre-Jean, ouvrier tisseur qui fonda un théâtre populaire), puis le début du cours d'Herbouville (pair de France, préfet du Rhône ; "quai St-Clair" jusqu'au percement du tunnel de la Croix-Rousse) avec l'échancrure de la montée Bonafous (le donateur du terrain "à condition que son nom soit donné à la voie").

Au-dessus, l'admirable balcon de la rue des Fantasques (origine inconnue, lieu de mauvaise réputation en 1745 : « On nomme ce chemin ainsi parce que c'est un endroit fort écarté, servant de promenoir à des gens d'un caractère particulier, qui veulent éviter la compagnie »), trouée par les escaliers de la rue Grognard (négociant, bienfaiteur du Musée) à gauche et, à droite, par la minuscule rue Philibert-Delorme (l'architecte de François Ier).

Que voit-on encore sur la photo du haut ? Tout en haut à gauche, le haut immeuble (alors tout neuf) "Saint-Bernard" (détail ci-dessous, caché par les arbres sur la photo plus bas), ainsi nommé parce que bâti au-dessus de l'église du même nom, cette ancienne "paroisse des canuts", jamais achevée, et désormais promise à un destin commercial (!!!!).

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Aperçu satellitaire de l'ensemble (église et immeuble) "Saint-Bernard".

Toujours à propos de la photo du haut, à droite, les cinq immeubles de la place Bellevue, qui dominent un ancien édifice militaire, aujourd'hui reconverti (on voit ces deux mêmes édifices dans la trouée ci-dessous). Voilà donc ce qu'on voyait il y a plus ou moins un demi-siècle.

Et, ci-dessous, voilà ce qu'on voit aujourd'hui, quand on se place à peu près au même endroit de prise de vue. Je suis niaisement descendu de ma colline, par la montée du Boulevard et le bas de la montée Bonafous, dans l'intention idiote de prendre la même photo, cinquante ans après. Cruelle désillusion : je suis tombé sur l'insolence de feuillages nourris et l'effervescence de la végétation. Le pire, c'est que je le savais, pour m'être promené par là bien des fois. Pourquoi ai-je fait abstraction de cette réalité ? La faute, sans doute, à la photo du haut. Pour la photo "Avant/Après", c'était donc raté. Mais je me dis après tout qu'en dehors de l'exubérance végétale, rien n'a changé. Ah si, peut-être, la peinture des façades : c'est moins sombre.

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Sur le résultat, je ne me prononce pas : d'un côté, je déplore que l'aperçu sur les pentes soit désormais réservé aux propriétaires des quelques péniches résidentielles amarrées là, et confisqué au promeneur ordinaire ;

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Les péniches du quai de Serbie, entre le pont de Lattre (amont) et le pont Morand (aval).

de l'autre, je me félicite de ce que les édiles successifs de Lyon aient fait de la rive gauche du Rhône cette bande verdoyante où je peux venir marcher, trottiner, glisser, cycler, me secouer les puces ou faire crotter mon chien. J'y ai même vu un tremble qui, quoique forcément jeune, est déjà de dimension imposante. 

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Je ne cache pas qu'il m'en a rappelé un autre, mais combien plus majestueux et surtout tellement plus cher à mon cœur.

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Noter le buis bien taillé, les arbres fruitiers bien taillés, ...

Photo prise en 1960, de la colline, à Corbeyssieu : ça, c'est du tremble !

lundi, 07 octobre 2019

UN PEINTRE A LA CROIX-ROUSSE

NOUS AU VILLAGE AUSSI L'ON A ...

On le voit tous les jours ou presque, sur la place de la Croix-Rousse, exposer ses œuvres. Sur la toile ci-dessous, il signe « Ricket Menteur » (si je lis bien). C'est bien dessiné, quoique ce qu'il fait ne soit pas du "grand art" (disent les doctes en se rengorgeant comme des volailles mâles de basse-cour). Mais tellement d'autres font la même chose en beaucoup moins amusant ! Je trouve ça rigolo. Fallait y penser. Je me demande s'il ne lit pas Charlie Hebdo.

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Tout le monde a reconnu la citation ! Mais pour les autres, quand même, voici l'image passée dans le subconscient de la planète à force d'être vue et de se faire tordre dans tous les sens:

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On peut discuter de la lecture que fait le peintre de l'histoire des Beatles : je vois mal George Harrison (dernier derrière Paul) en coq (si c'en est un) de la basse-cour (et je ne suis probablement pas le seul : on connaît l'hégémonie du tandem – qui a fini en combat de coqs – "Lennon-McCartney" sur la production du groupe). L'idée reste marrante et sans trop de conséquences pour l'avenir des "Fab Four". Je croise les doigts : ça peut marcher, leur musique.

Bon, c'est vrai : je ne me suis pas porté acquéreur de la peinture.

Voilà ce que je dis, moi.

lundi, 30 septembre 2019

ALLEZ, JE ME LA JOUE BRASSAÏ !

PARIS LA NUIT ! BY NIGHT ! TOUT ÇA ! 

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Le scooter au poteau, dans la vitrine de l'école de danse.

dimanche, 29 septembre 2019

AUJOURD'HUI, LA CROIX-ROUSSE

Pour dire ce que c'était que le "village" de la Croix-Rousse il y a bien longtemps, il faut aujourd'hui un gros effort d'imagination. Je ne dis pas que "c'était mieux avant" (vous savez, cette antienne – dire ɑ̃tjɛn, seuls les ignorants prononcent comme "ancienne" – dont se gaussait le "philosophe" Michel Serres avant d'avaler son bulletin de naissance) : l'urbanisation de la "colline qui travaille" ne date pas d'hier.

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Vu du satellite, au nord la rue Hénon, au sud le Boulevard de la Croix-Rousse. A l'est la rue Belfort, à l'ouest la rue Philippe de Lassalle. Un beau quadrilatère.

Je ne ferai que survoler l'histoire à très haute altitude, mais enfin, c'était une urbanisation que je ne qualifierais pas de galopante, où dominait la maison individuelle, qui occupait les anciens champs, prés et cultures. On a donné à quelques rues les noms des propriétaires des terrains grignotés (Célu, Dumenge, Savaron, Pelletier, etc.).

En dehors des "immeubles de canuts", rares étaient les immeubles de grande hauteur : la Grande-rue de la Croix-Rousse, parmi d'autres, en témoigne.

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Grande rue de la Croix-Rousse, vue vers l'ouest. Franchement, est-ce que vous avez l'impression d'être dans une grande ville ?

Rares aussi étaient les immeubles "bourgeois" en classique pierre de taille : en dehors du boulevard, j'en vois bien un au début de la rue Chariot d'Or, peut-être quelques autres ici ou là, mais c'est tout.

Une bonne partie de la rue du Mail a été construite en pisé, comme l'a montré la mésaventure arrivée au "petit Casino" qui jouxtait un immeuble qui a failli s'effondrer, par négligence du propriétaire voisin, qui n'avait fini par faire le nécessaire pour empêcher le pisé de "fondre" aux intempéries que lorsque la mairie avait pris un arrêté de péril. Le "petit Casino" a décampé, remplacé par des vélos électriques après consolidation, mais l'immeuble amoché ne ressemble toujours à rien.

Tout ça pour dire qu'il existe encore aujourd'hui un grand nombre de maisons individuelles sur le plateau de la Croix-Rousse, et bien souvent sans que quiconque s'en doute s'il n'habite pas le quartier et s'il ne s'intéresse pas à la question. Il suffit de survoler celui-ci en satellite, muni d'un bon appareil photo, pour s'en rendre compte. On voit en effet, au sein même des îlots d'habitation, bien protégé des regards indiscrets par les immeubles sur rue, un enchevêtrement invraisemblable de petites constructions.

Le plus caractéristique de ces îlots est formé par le quadrilatère dessiné par les rues Pailleron, du Mail, du Chariot d'Or et de la Croix-Rousse.

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Vue vers l'est, le sud est à droite. Sur la rue, des rez-de-chaussée et deux étages : les dimensions restent humaines. 

A cause du rectangle excessivement long et étroit de l'îlot, j'ai retranché la partie nord jusqu'à la rue Pailleron (vers la gauche ici), mais je trouve que le salmigondis de petites maisons imbriquées les unes dans les autres est assez parlant par rapport au fond d'immeubles de plus grande hauteur qui donnent, de l'autre côté, sur la rue du Mail. J'imagine la complexité de certains accès et le lacis bien serré des « servitudes de passage » légales. Je signale en passant que c'est à peu près sur ce modèle qu'était bâtie la montée de la Grande-Côte, impitoyablement rasée en je ne sais plus quelle année ténébreuse.

D'autres îlots caractéristiques : le rectangle vaguement trapézoïdal dessiné par les rues de la Croix-Rousse, Calas, de Cuire et Rosset.

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Le nord est en haut, et la verdure est bien cachée, sauf dans les deux créneaux sur la rue Calas, en bas.

Ou bien, plus au sud, celui que cernent les rues Croix-Rousse, Dumont, de Cuire et le clos Carret au nord.

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Là, qu'on m'excuse, j'ai mis le nord en bas pour avoir les immeubles hauts de la rue Dumont (voir aussi photo ci-dessous) bien au fond, pour faire apparaître d'abord la verdure, et puis le morcellement du terrain et la petite taille des maisons. J'attire l'attention sur la grosse maison isolée en haut à droite de l'image (voir plus bas).

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L'étrange rue Dumont, avec ses hauts immeubles à gauche et ce drôle d'alignement de maisons basses à droite.

Trois exemples (ce ne sont pas les seuls) qui montrent l'absolue spécificité de ce quartier, qui amène les Lyonnais de la Croix-Rousse à dire : « Je descends à Lyon » quand ils vont faire des courses dans la presqu'île, comme les gens de la campagne disent : « Je vais en ville » quand ils montent dans leur voiture pour se rendre à l'hypermarché. Je pense qu'on trouve peu de grandes villes en France où les choses se passent ainsi.

Un détail cependant me chagrine et me fait douter que l'avenir préservera cette particularité : on voit distinctement, en haut à droite de la photo du troisième îlot, une maison de belle taille qui ouvre sur la rue de Cuire par un espace vert et trois bâtisses de petite taille.

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La photo, ici, est orientée vers l'est (rue de Cuire en bas, sud à droite). Il semble que les trois bâtisses, mais aussi la maison, mais aussi le terrain, étaient inoccupés depuis lurette. Je ne sais quel conflit a peut-être fait durer les choses.

Cette photo ne rend absolument pas compte de ce qui s'y passe depuis plus d'un an : la société Gogol ne dit pas de quand date l'image satellite, mais elle est visiblement très en retard sur la réalité, visible ci-dessous.

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De quoi colmater, sinon l'horizon, du moins une belle dent creuse. On aperçoit sur une autre photo un pignon de la grosse maison profondément modifiée. L'immeuble n'est pas tout à fait fini, mais il est là et bien là.

Autre dent creuse bientôt bouchée : juste en face de l'église Saint-Denis. Ci-dessous, la photo satellite, suivie d'une photo non ambiguë, photos captée (1) et prise (2) le 28 septembre à 16 h 41.

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J'aimerais bien que tout ça ne préfigure pas d'autres opérations immobilières destructrices. Je ne me fais cependant aucune illusion : s'il n'y a pas un plan de destruction d'ensemble, on assiste bien à un grignotage, sinon systématique, du moins attentif et opportuniste, pour aboutir avec le temps, je le crains, à un habitat enfin uniformisé, homogénéisé, standardisé et, dans le pire des cas, à la façon de "La Confluence". J'imagine fort bien les gourmandises aiguisées qui se penchent sur les photos satellite et le cadastre pour se partager le gâteau.

Je les imagine fort bien, impatients et voraces, en train de se dire que, quoi qu'il arrive, le temps travaille pour les "bâtisseurs".

La Croix-Rousse : un avenir lucratif.

Voilà ce que je dis, moi.

samedi, 28 septembre 2019

DEMAIN, LA CROIX-ROUSSE

Quelques opérations immobilières en cours sur le plateau de la Croix-Rousse.

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L'image Gogol (enregistrée le 25-09) est en retard.

Tenez, prenez les tennis (ci-dessus) de la rue Aimé Boussange (préparateur en pharmacie assassiné par la Gestapo en 1943 à l'Ecole de Santé militaire, dont on a donné le nom à l'ancienne rue de la Crèche) : une insulte aux exigences de profit. A quoi ils servaient, ces tennis ? Quoi ! quelques malheureux sportifs du soir ou du week end venaient s'ébattre sur des surfaces bien trop belles pour eux !? On va leur coller de beaux logements à 6.000 € le m² (je le sais de source sûre) !

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Etat des travaux au 24 janvier 2019. Une belle machine, pour dire qu'on n'est pas là pour plaisanter : on n'a pas de temps à perdre.

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Etat des travaux au 12 septembre (photo prise à peu près sous le même angle).

Quelques vieux arbres avaient le tort d'empiéter sur le périmètre à construire (se reporter à la photo satellite).

***

Et puis prenez l'espace informe au fond de l'impasse Gigodot, jusque-là défiguré par de minables  garages avec des toits en tôle ou en Eternit pour donner à quelques rares voitures de privilégiés des lits pour la nuit !

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Vu du ciel, le fond improductif et misérable de l'impasse Gigodot. Avant.

On va vous bâtir un splendide immeuble en gros moellons gris qui va vous colmater cette insupportable dent creuse ! Finie, la dolce vita ! Et le pire est à venir, vu le nombre des "dents creuses" qui attendent impatiemment d'être bouchées sur le plateau de la Croix-Rousse (je ferai peut-être un de ces jours un panorama des photos satellite du plateau Croix-Rousse où le vert domine, un vert le plus souvent "privé", et j'imagine que les promoteurs immobiliers en ont fait la carte précise depuis longtemps). 

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Vu de la rue Belfort. A gauche, c'était l'atelier et le magasin (pardon : la "galerie") du père Solman (voir ci-dessous). Juste à droite, hors-champ, il y a Le Canut et les Gones, restaurant à la cuisine un peu tarabiscotée (à mon goût, ça pète plus haut que).

Finie aussi, en l'occurrence, la "Galerie des arts disparus" (les successeurs ont tout viré sauf l'enseigne) du vieux père Solman, le magnifique maître verrier, bavard impénitent, avec ses éternelles lunettes de glacier pour ses yeux blessés, qui roulait à moto (enfin, plus beaucoup, je pense), qui veillait jalousement sur le four et l'atelier où il n'exerçait plus guère, et qui n'a jamais voulu me dire ce que signifiait le "J" de son prénom (Janos ?) : était-il slovène, croate, slave, hongrois ou autrichien ? Sans doute un peu de tout ça en même temps. C'était un beau propriétaire et une figure du quartier. Mais au prix où les m² ont été vendus quand il n'a plus été là, sa disparition n'a pas été perdue pour tout le monde !

Car ça ne suffit pas, l'installation de "bobos" dans les appartements laissés libres de trop loin en trop loin par le départ de vieux Croix-Roussiens qui ont le toupet de s'incruster dans la vie bien au-delà de leur date de péremption ! Bon, c'est vrai que les nouveaux arrivants, qui "ont les moyens", n'hésitent devant aucune dépense pour effectuer de coûteux travaux de rénovation et de mise au goût du jour, mais ça ne va pas assez vite : ce n'est pas comme ça qu'on transforme un quartier vieillot pour le faire entrer dans la modernité ! 

***

Perspective.

Tenez, prenez l’ancien collège Maurice-Scève, rue Thévenet, promis au plus bel avenir par l’admirable société Vinci, qui a élaboré pour les lieux un projet si mirifique qu’il a illico conquis les autorités compétentes et obtenu avals, visas, blancs-seings et cartes blanches. Elle y construira probablement des logements de pauvres à 6.000 € le m² (et plus si affinités). Elle a, selon la rumeur publique, généreusement accepté de partager l’espace avec la population, puisqu’un jardin devrait voir le jour pour le plus grand plaisir du public et des promeneurs qui pourront y jouir d’une vue imprenable sur l'Est, le Rhône, le parc de la Tête d’Or et la ville.

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Vu du ciel, je ne sais pas vous, mais moi, ce collège ne me donne pas envie.

Mais vous savez quoi ? Deux ou trois centaines de va-nu-pieds à la peau noire occupent indûment les lieux, soutenus par une poignée de gauchistes humanitaires ou chrétiens proclamant qu’ils résisteront encore et toujours à l’envahisseur, à ses bulldozers, à ses grues et à son béton. C'est insupportable. Et d'autant plus insupportable qu'ils prétendent agir au nom d’une cause infiniment plus noble, mais qui a le défaut rédhibitoire de non seulement ne rien rapporter à personne, mais de coûter cher en retards divers et de nuire au repos légitime des riverains, qui se plaignent du bruit, de l'amoncellement des poubelles et de diverses autres nuisances.

Allons, la Croix-Rousse est un quartier qui bouge ! Que dis-je, il bouge: il tremble sur ses bases. Un signe : les nouveaux commerces qui ont pris la place de ceux qui ont fermé (je ne fais que citer les premiers qui me viennent) : brunch, resto japonais, vélos électriques, "perles de jouvence", qi gong, sanaya spa, bars à chats, bar à bières, boutiques véganes, etc.

Que des choses dont je n'ai rien à f..aire ! Peut-être ai-je dépassé la date de péremption ?

Voilà ce que je dis, moi.

Note : le tribunal de Lyon vient d'autoriser les autorités à expulser les occupants du collège au 24 septembre 2020 (jugement du 24 septembre 2019).

vendredi, 27 septembre 2019

DEMAIN, LA CROIX-ROUSSE

J'ai déjà parlé de la transformation de la Croix-Rousse sous l'action dynamique de divers promoteurs immobiliers qui ont l'aventure (bétonneuse et financière) dans le sang : le bout de la rue Henri-Gorjus (ancien adjoint au maire de Lyon) est déjà tombé sous leurs coups. On n'aperçoit plus de la rue le terrain de sport, et tout un tas de "terrains vagues" et de petites maisons avec leur jardin ont rendu l'âme. Une bonne chose de faite : c'était un vrai gaspillage aux yeux de la loi de rentabilité. Terminé ! Rien ne vaut l'empilement et l'habitat collectif ! Pareil rue de Cuire. Pareil rue Linossier. Pareil rue Henri-Chevalier. Pareil rue du Mail. Pareil dans pas mal d'endroits, comme on le voit ci-dessous.

AVANT

Rue Dumont d'Urville. C'était la maison d'un avocat, Me Revellin. A voir les lieux, ce devait être un très bon avocat.

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Vue du ciel.

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Vue de la rue (quelqu'un d'attentionné a déjà coupé la vigne vierge à mi-hauteur, en prévision de la suite).

MAINTENANT

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Photo prise le 26 octobre 2017. Je ne connais pas le prix du m² au départ. Je note que la boîte aux lettres de la Poste, qui était bien pratique pour quelques vieux du quartier, n'a pas retrouvé sa place.

 

***

AVANT

Cette fois, on est à l'angle rue Chariot d'or (en dessous)-rue Thévenet (à gauche). On observe la maison de maître, bien séparée de l'ancien atelier.

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Vu du ciel.

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Vu de la rue, après destruction de l'atelier, mais au moins, la maison de maître est conservée (même qu'il a fallu enfoncer à grand bruit un mur de palplanches avant de pouvoir creuser).

MAINTENANT

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La maison de maître, comme l'immeuble nouveau, en est aux finitions. On voit que toute sa lumière est bouffée par l'immeuble. Mais comme il n'y a plus de maîtres ...

La marche est inexorable : la Croix-Rousse finira par avoir un aspect socialement présentable : elle ressemblera alors définitivement à tous les "quartiers modernes", je veux dire évidemment "bien" architecturés, urbanistiquement "pensés" : le sort commun des quartiers modernes, faits pour habiter, pas pour y vivre. On se consolera peut-être en se disant que ça fait un sacré bail que le plateau de la Croix-Rousse, s'il l'a jamais été, a cessé d'être un "village". 

Demain, quelques opérations en cours.

mercredi, 11 septembre 2019

DIX CONVERSATIONS A RETENIR

2

Une charcuterie place de la Croix-Rousse, un samedi matin. 

La petite grosse charcutière sert une vieille dame rabougrie, timide et ridée, tout en finissant de conter à la cliente précédente le détail des terribles ennuis de santé de son mari. Elle coupe, elle coupe, elle coupe le jambon à l’os, sans s’aviser de l’inquiétude qui grandit sur le visage de la vieille dame, qui murmure : « Euh, j’en veux trois, s’il vous plaît », mais pas assez fort pour être entendue. La patronne continue. Le corps de la toute vieille devient nerveux, se crispe, s’agite. Un peu plus fort : « Ça suffit, s’il vous plaît ». Pas de réaction : la charcutière débite les tranches en continuant de se plaindre. Alors, à plusieurs reprises et de plus en plus fort : « Eh, ça suffit ! ». On est à six bonnes tranches. La charcutière, interrompt enfin son geste, emballe la marchandise, encaisse, parlant toujours. La toute vieille dame paie, met le paquet dans son cabas, et puis elle se retourne vers une aussi vieille, sans un mot, mais avec un regard et un sourire d’une gentillesse immense qui excuse l’étourderie de la charcutière qui a tellement de soucis.

mercredi, 04 septembre 2019

TRIOMPHE DE L'ECOLOGIE MARCHANDE

Notre maison brûle, et nous regardons ailleurs. (Chirac)

L'Amazonie est sur tous les écrans : pas la peine d'insister.

Ci-dessous, le triomphe de l'écologie marchande : un choc !

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Ce paysage d'hallucination figure sur une photo parue dans Le Monde daté 3 septembre 2019 : on aperçoit encore le village de Calahonda (Andalousie), mais « encerclé par des centaines de serres, allouées notamment à la culture de tomates » (c'est la légende de l'image).

Dans la province d'Almeria, ce sont 3.300 hectares de terres qui sont ainsi couverts par les bâches des serres où sont produites les "tomates bio" qu'on trouve toute l'année chez « Carrefour, Auchan, Leclerc, Lidl, Monoprix, Franprix » (je cite). Mais il faut dire que la surface en "bio" ne fait que 10% de la surface bâchée totale : imaginez, pour le coup, un vrai océan de plastique, et plus un seul mètre-carré de vraie terre à l'air libre.

Ce sont 108.566 tonnes de "bio" qui sont sorties des serres d'Almeria en 2018. Et je ne parle pas des conditions de travail des esclaves généralement noirs ou le plus souvent marocains qui œuvrent dans ces lieux inhospitaliers. Le journaliste (Stéphane Mandard) n'a pas pu en savoir plus sur ce point. Et je ne parle pas des caravanes de camions qu'il faut pour acheminer cette production vers l'Europe friande de légumes espagnols. Vive le bilan carbone ! Vive le commerce ! Vive la nature ! Vive l'écologie ! Vive le "bio" !

Ci-dessous, par contraste violent, l'écologie citoyenne, croix-roussienne et totalement imaginaire : les gars qui font ça doivent rêver d'une ZAD encore plus intraitable que Notre-Dame-des-Landes. Ils ont inventé la "révolte en pot de fleur". Certains appellent ça "manifester". Leur slogan : « On-vaa-gaa-gner ! On-vaa-gaa-gner ! ».

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Photo prise le 3 septembre 2019, rue de Cuire : la dérision à l'état le plus pur.

La photo du haut nous confirme que, quand les mots s'affranchissent de toute réalité (c'est en bas), la réalité cavale déjà, loin devant et à toute blinde, inarrêtable. Même Gilles Boeuf, dans ses prêches inspirés, ne cesse de répéter "il faut, il faut, il faut".

La vraie, la seule question est :

COMMENT ON FAIT ?

Qui peut encore y croire ?

samedi, 31 août 2019

VACANCES SANS TITRE 30 (FIN)

photographie

jeudi, 22 août 2019

VACANCES SANS TITRE 21

 

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Le 30 août 2010, place de la Croix-Rousse,

j'ai vu et entendu le malheur passer (à toute allure).

mardi, 13 août 2019

VACANCES SANS TITRE 12

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photographie

Des portes d'immeubles (dont une condamnée).