Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

mercredi, 17 janvier 2018

BERLION, CROIX-ROUSSIEN

J'ai déjà parlé du travail de l'excellent dessinateur Olivier Berlion (voir 12 décembre 2016, Lie-de-vin, sur un excellent scénario d'Eric Corbeyran, éd. Dargaud). A l'occasion, il est capable de vous ciseler lui-même un scénario d'une belle dignité de structure, de découpage et de conduite (voir 13 décembre 2016, Rochecardon, Histoires d'en ville, en trois tomes, éd. Glénat, déjà situés à Lyon, mais ça se passe plutôt du côté des Terreaux, de Vaise et sur la rive glauque de la Saône).

lyon,croix-rousse,bande dessinée,olivier berlion,éric corbeyran,éditions dargaud,berlion lie-de-vin,berlion corbeyran sales mioches,éditions glénat,lyon rhône saône,place des terreaux,gentryfication,traboules,bicots,bobosLà où le dessinateur mériterait de remplacer le "i" de son nom par un "y", pour faire plus géolocalisé,lyon,croix-rousse,bande dessinée,olivier berlion,éric corbeyran,éditions dargaud,berlion lie-de-vin,berlion corbeyran sales mioches,éditions glénat,lyon rhône saône,place des terreaux,gentryfication,traboules,bicots,bobos c'est dans la série "Sales mioches", élaborée sur les scénarios de son complice Corbeyran. Cette bande de vauriens – lyonnais quoique sympathiques – mais très joyeux, débrouillards et chapardeurs, qui habite une péniche ("L'Atalante") amarrée à l'ancienne écluse de l'Île Barbe et qui vit d'expédients et de "coups" minables et foireux, écume dans tous les sens ruelles et venelles, escaliers et impasses de la "colline qui travaille" (prière de ne pas confondre avec la "colline qui prie"). Je parle évidemment de la Croix-Rousse.

La Croix-Rousse, celle du moins du quatrième arrondissement (les pentes sud, au-delà du Boulevard, sont dans le premier, ce mélange impur du bas des pentes et du nord de la presqu'île), c'est environ 35.000 habitants du Rhône à la Saône. Par temps de neige et de grand froid, La Croix-Rousse devient une île inaccessible, pentes et plateau réunis, si l'on excepte la ligne du métro à crémaillère, seul cordon ombilical à l'abri des éléments. 

Le camp de base de Berlion et Corbeyran, c'est donc la Croix-Rousse, mais il faut préciser : davantage les Pentes que le Plateau. Autrement dit le frou-frou un tantinet déclassé, sulfureux à l'occasion, des jupes de la Croix-Rousse qui cascadent vers le Rhône, les Terreaux, la Presqu'île et la Saône, plutôt que la platitude commerçante d'un plateau en voie de « gentryfication » (comme disent urbanistes et journalistes : ne jamais oublier les journalistes dans la diffusion des idées toutes faites, surtout quand elles sont portées par la mode du moment).

Mais n'allons pas trop vite : la série se passe à une époque où il y a encore une vraie (ça veut dire "vraiment-pas-moderne-du-tout") Montée de la Grande-Côte. On ne la voit guère, il est vrai, dans les trois volumes que j'ai. Pas plus qu'on ne voit le cinéma Marly (Croix-Paquet) ou le cinéma Chanteclair (boulevard Croix-Rousse). J'avoue que le cinéma Marly et la façade de l'église Saint-Polycarpe m'ont manqué, moi qui étais du bas des pentes. Même qu'à mon époque, la façade de l'église était encore noire (et le bel orgue était en état de marche).

lyon,croix-rousse,bande dessinée,olivier berlion,éric corbeyran,éditions dargaud,berlion lie-de-vin,berlion corbeyran sales mioches,éditions glénat,lyon rhône saône,place des terreaux,gentryfication,traboules

Le plateau non plus n'est plus ce qu'il était : « Y a plus que des bicots et des bobos », pestait un jour, devant moi, une vieille Croix-Roussienne bouffie, revêche et visiblement alcoolique, en baladant son chien. Elle exagérait, même si les derniers canuts ont désormais suivi les survivants de 14-18 dans la tombe. Son cabot était d'assez bonne composition pour ne plus se formaliser du torrent d'ordures qui pleuvait sur lui tant qu'il n'avait pas offert son obole au trottoir : « Ah, enfin tu t'y mets ! Pas trop tôt ! ». Elle a fini par l'avoir à l'usure.

Bon, c'est vrai que l'action de "Sales mioches" se passe dans des temps à portée de nostalgie, mais ça, ça ne parle qu'à des gens qui ont connu le peintre Sorokine, le Lituanien qui me racontait la façon rocambolesque dont il avait échappé au régime communiste, dans le fatras poussiéreux de son infâme gourbi sous l'escalier de la rue Pouteau ; ou le clochard P'tit Jo, dont le camp de base était la place Croix-Paquet. Il collectionnait, selon les occasions qui s'offraient, les montres de gousset qu'il trouvait parfois dans les poubelles, et qu'il me montrait en échange de quelques cigarettes. J'en parle sans nostalgie.

Berlion, la Croix-Rousse, il connaît, avec ses voies d'accès, que ce soient pour les piétons (de la Montée Hoche à la rue Soulary, en passant par les Montées de la Muette, du Boulevard, Rater, ...) ou pour les voitures (de la montée des Esses ou de la Butte à la rue Eugène Pons, en passant par la rue Allouche, la montée Bonnafous, etc.). La preuve, c'est qu'il en dessine les lieux avec précision, exactitude et tendresse. Bon, on peut se dire qu'en image, une petite rue en pente est plus évidente et gratifiante pour donner une belle impression de profondeur à une perspective, mais enfin, quand on connaît les lieux, ça fait toujours plaisir.

Je lui ferai un seul reproche : dans le troisième épisode de Sales mioches ("La Ficelle"),lyon,croix-rousse,bande dessinée,olivier berlion,éric corbeyran,éditions dargaud,berlion lie-de-vin,berlion corbeyran sales mioches,éditions glénat,lyon rhône saône,place des terreaux,gentryfication,traboules quand Mig, le "grand" de la bande, a enfilé la magnifique traboule multiple, pas tout à fait labyrinthique (Griffon-Feuillants-Tolozan, que j'ai parcourue en tous sens, mais fermée depuis longtemps à double tour), pour échapper à des poursuivants, il débouche dans l'escalier majestueux de l'immeuble dont on voit l'entrée (non moins majestueuse : je ne sais plus quel consortium de soyeux y avait ses bureaux) à droite, sur une place Tolozan hélas complètement redessinée et resculptée, après la création du métro, du parking souterrain et de la place Louis Pradel. Or l'action se passe dans les années 1960. L'anachronisme est flagrant : le métro, qui franchit le Rhône à l'intérieur du nouveau pont Morand (ce qui explique ci-dessous la perspective un peu bouchée et la montée vers la gauche, vue prise depuis la rue des Feuillants) a été inauguré en 1978. Manifestement, ça ne cadre pas. Bon, on dira : qui le sait ? Je réponds : j'ai juste traîné mes guêtres entre le Tunnel (l'ancien) et les Cordeliers pendant une vingtaine d'années, et moi je sais.

BERLION6 TOLOZAN.jpg

S'il voulait rester dans l'époque (années 1960 donc), il devait prolonger, avec un décrochement en retrait, la ligne des immeubles à droite jusqu'à l'arrière-plan en laissant le terrain en face absolument horizontal (comme on le voit ci-dessous), avec une rangée de platanes dans l'axe, sous lesquels les voitures se garaient pour se retrouver, si elles restaient trop longtemps, couvertes d'une onctueuse couche blanche déposée par les étourneaux (je me rappelle en particulier une DS que les zoiseaux avaient particulièrement soignée). La photo ci-dessous, prise en contre-champ, le montre bien, quoiqu'elle date d'avant 1940 (ôtez le monument Suchet et ajoutez des voitures et du trottoir, au fond à gauche la rue des Feuillants).

PLACE TOLOZAN 4.jpg

A droite, le quai Saint-Clair, devenu André Lassagne.

Pour le reste, vraiment rien à dire, c'est parfait. Ci-dessous le bas de la rue Joséphin-Soulary : la maison du poète (1815-1891), avec son buste au-dessus de l'imposte, est tout de suite à main gauche, aujourd'hui occupée par l'ancien libraire des Nouveautés, place Bellecour (M. B.), un gourmand doublé d'un habile peu sympathique. 

BERLION1 SOULARY.jpg

Là, on a une vue exactement documentée sur l'entrée du cinéma associatif, autrefois paroissial, entre l'église Saint-Denis et l'hôpital de la Croix-Rousse, un des rares (si ce n'est le seul) de Lyon à être resté intact et, qui plus est, dans son jus, y compris les fauteuils en velours rouge et la flèche indiquant le balcon.

BERLION2 ST DENIS.jpg

BERLION2 3.jpg

Là encore, Berlion est irréprochable : on voit la gare inférieure de la "ficelle" de la rue Terme, funiculaire à deux voies (à Minimes, Fourvière et Croix-Paquet, la voie unique se dédouble pour permettre aux deux voitures de se croiser). Mais il pose une date encore plus certaine sur l'époque de l'action : la ligne a été supprimée en 1967, pour être remplacée par le "Direct Croix-Rousse", tunnel en pente raide qui permet aux voitures d'accéder sans tortiller de l'échappement au boulevard du même nom.

BERLION4 RUE TERME.jpg

D'ailleurs, on aperçoit ci-dessous une des trouées à ciel ouvert du dit "direct Croix-Rousse". On est au "Jardin des Plantes", sur le trajet de la ligne n°6, où circulaient des trolleybus raccourcis : il fallait pouvoir manœuvrer dans les rues étroites des pentes. Les nouveaux sont également courts, mais ils ont été "paysagés" : il était impératif de satisfaire le goût des touristes pour l' "authentique" et le "typique".

Ici dans le sens de la montée.

BERLION5 JARDIN PLANTES.jpg

Là un peu plus haut, après le virage des Trois Gaules, un "paysagé".

LIGNE 6.jpg

Ci-dessous, toujours le 6, à la descente cette fois. On le voit serpenter, virant sec dans la rue Imbert-Colomès (échevin, commandant de la ville en 1789), après avoir tourné de la rue Diderot vers l'arrêt "Pouteau". On a intérêt à ne pas être pressé certains matins, à cause des camions de livraison, des voitures mal garées ou du camion-poubelle (lui aussi raccourci, mais en plus rétréci, on comprend quand on a vu). On voit ici la bande de gones descendre l'escalier du haut de la rue Pouteau (chirurgien-major de l'Hôtel-Dieu, 1724-1775). Juste en bas, sous la "bulle", l'entrée du 16, où siégeait la 44ème Guy de Larigaudie (je parle de scoutisme).

BERLION7 POUTEAU.jpg

Ici, on bascule du côté Saône, la nuit. On n'est pas loin de l'écluse de l'Île Barbe (2 km quand même), et les quatre silhouettes ont quitté la péniche "L'Atalante" et s'apprêtent à escalader la rue d'Ypres, cette rue invraisemblable, pour porter secours à leur copain Mig, à qui des gros méchants font plein de misères. Ypres débouche sur la rue Philippe-de-la-Salle, entre les deux cimetières (l'ancien et le nouveau-eau-eau). Je signale juste comme ça à Olivier Berlion, que j'ai parfois du mal à saisir l'itinéraire qu'il fait prendre à ses personnages : certaines successions de lieux me semblent décousues, acrobatiques ou tarabiscotées, quand elles ne sont pas carrément infaisables. Au choix.

BERLION8 YPRES.jpg

lundi, 04 septembre 2017

VU À LA CROIX-ROUSSE

UN GRAFFITI AMÉLIORÉ

003 2.JPG

003 3.JPG

dimanche, 04 septembre 2016

LA TETEE EN 1923

photographie,lyon,docteur paliard

Marie-Thérèse Paliard nourrissant Jacques.

Scan (à même le verre) d'une plaque stéréoscopique prise par le docteur Léon Paliard, le 17 octobre 1923.

photographie,lyon,docteur paliard

Les mêmes, en tirage sur papier.

photographie,lyon,docteur paliard

Jacques Paliard (ici orthographié Paillard, comme souvent), soldat de 2° classe, sera tué en Alsace le 10 décembre 1944. La photo a été prise par sa mère. Je n'ai pas encore identifié le cimetière. Il avait "pris le maquis" dans ce qui s'est appelé le "Maquis de Beaubery", constitué de 250 hommes de toutes conditions qui devaient former le "Bataillon du Charollais" (lisible sur la croix) embauché dans l'armée de De Lattre.

photographie,lyon,docteur paliard,bataillon du charollais,de lattre de tassigny,maquis de beaubery

samedi, 03 septembre 2016

LYON-SUR-VERRE

Dépositaire de quelques archives familiales, je tombe parfois sur des documents qui m’intriguent. J’ai dernièrement eu la curiosité de faire tirer sur papier quelques photos sur plaques de verre (« plaques sèches au gélatino-bromure d’argent » de la marque « A. Lumière et ses fils »). En l’absence de tout élément d’information sur les dates, j’en suis réduit aux supputations.

BOLU1.jpg

Le commerce des plaques de verre destinées au public a cessé, paraît-il, en 1950, mais celles dont il s’agit ici remontent selon toute probabilité aux années 1900, 1910 ou 1920. Le lieu de la prise de vue, en revanche, est plus facile à déterminer : on reconnaît Lyon sur plusieurs photos, quoiqu’avec une précision un peu aléatoire dans certains cas.

RUE SERVIENT PONT HÔTEL DIEU.jpg

Car si je peux identifier facilement (ci-dessus) la rue Servient (quartier Préfecture) qui débouche sur le Rhône et le « pont de l’Hôtel-Dieu » qui le traverse (alors pont pour les piétons, encore ainsi nommé sur un plan de 1914, jusqu'à sa démolition en 1916, aujourd’hui pont Wilson),

DRAGONS 1.jpg

qui me dira où situer l’image (quartier Bellecour ?) où un détachement de dragons en grande tenue se présente sous la houlette d’un officier qui a mis sabre au clair (noter les clairons des deux cavaliers les plus à gauche) ?

005.jpg

De même, on reconnaît bien, sur la photo du bateau-mouche de la Saône, le clocher de Saint-Georges et la silhouette de la basilique en arrière-plan, mais de quelle gare peut bien s’élancer la locomotive étincelante qu’on voit ci-dessous ?

GARE 2.jpg

Il semble évident que l’instantané où un cheval débouche de la gauche a été fait cours de Verdun, alors appelé cours du Midi (on discerne le clocher carré de l'église Saint Irénée, perchée sur la colline),

004.jpg

et les daims qu’on voit sur un autre désignent le parc de la Tête d’or.

010.jpg

Quand aux deux dernières photos, elles montrent sans erreur possible, l’une le pont Tilsitt (aujourd'hui "Bonaparte") avec Saint-Jean derrière et la Croix-Rousse au fond,

002.jpg

l’autre la place des Jacobins avec sa fontaine, où défilent les chars du Carnaval, tout cela vu d’un étage élevé.

 

008.jpg

Pour avoir une idée de l'époque, on trouve sur le site de la Bibliothèque Municipale une telle photo (ci-dessous) du Carnaval de Lyon prise par Jules Sylvestre, avec cette imprécision : « circa 1900 ».

photographie,lyon,place des jacobins,auguste lumière,pont de l'hôtel-dieu,plaques sèches au gélatino bromure d'argent,jules sylvestre

Voilà, c’est Lyon il y a une centaine d’années. Vu par un citadin de cette ville. Rien de plus, rien de moins.

Ce sont des images qui me rattachent à quelque chose, qui me racontent une histoire que je ne comprends pas tout à fait, à cause des blancs qui entourent leur raison d'être, comme n'importe quel album ancien de photos de famille non légendées, un siècle après. Mais des images à la présence forte et, à tout prendre, poétique.

Voilà ce que je dis, moi.

vendredi, 26 août 2016

BALZAC ET LES CANUTS

La Maison Nucingen (1838) consiste en un dialogue débridé de quatre amis, tenu dans un des « cabinets particuliers » d’un célèbre cabaret (non nommé) de Paris, et fidèlement reconstitué par le narrateur qui, dans le cabinet mitoyen séparé par une mince cloison, a entendu et mémorisé l’intégralité de la conversation.

Aux voix, il a reconnu les personnages, qui se nomment Blondet, Finot, Couture et Bixiou : « C’était quatre des plus hardis cormorans éclos dans l’écume qui couronne les flots incessamment renouvelés de la génération présente ». Il est utile de préciser que les langues vont bon train, du fait qu’on a fait venir un nombre respectable de bouteilles de champagne, au point qu’à la fin les compères sont un peu gris.

Bixiou raconte à ses amis comment Eugène de Rastignac, qui vivait si pauvrement à la pension Vauquer, vit aujourd’hui confortablement, à la tête d’une fortune de quarante mille livres de rentes, tout en ayant pu richement "doter" ses sœurs, restées au fond de leur province.

Accessoirement, il va dénouer l’écheveau qui rend incompréhensibles au bon peuple les calculs et manœuvres hautement raffinés qu’on voit à l’œuvre dans les milieux de la haute finance, incarnés ici par le richissime banquier alsacien Nucingen. Ah ! les interventions de Nucingen, plus alsaciennes que le vrai : « Hé pien ! ma ponne ami, dit Nucingen à du Tillet en tournant le boulevard, location est pelle bire ébiser Malfina : fous serez le brodecdir teu zette baufre vamile han plires, visse aurez eine vamile, ine indérière ; fous drouferez eine mison doute mondée, et Malfina cerdes esd eine frai dressor ».

Traduction : eh bien mon bon ami, l’occasion est belle pour épouser Malvina : vous serez le protecteur de cette pauvre famille en pleurs, vous aurez une famille, un intérieur ; vous trouverez une maison toute montée, et Malvina certes est un vrai trésor. On trouve dans le Nouveau dictionnaire des œuvres le commentaire suivant : « De plus, Balzac, par un souci exagéré de réalisme, s'obstine à reproduire le singulier jargon parlé par le baron, ce qui rend pénible la lecture des dialogues ».

Pas faux, mais ma parole, si le commentateur met un jour les pieds dans l'Alsace profonde pour dialoguer avec un vieux de la vieille, il verra ce que c'est. Je pense aussi à Victoire, la servante du colonel dans Le Sapeur Camember, et à son accent superlativement alsacien, qui provoque quelques malentendus. Ainsi : « Le colonel est-il visuel, mam'selle Victoire ? - Foui ! mossieu Gamempre, ché fiens te le foir ... tant son gabinet ... il ... é...grivé », dont le dernier mot fait croire au sapeur que le colonel est "crevé". Toute la caserne se précipite chez lui. Comme il est bien vivant, on convoque Victoire : « Oh ! mossieu Gamempre (...) c'est pas chentil te faire arrifer tes misères à une bôvre cheune fille innocente ... Ch'ai pas tit : "Le golonel il est grévé" ... Ch'ai tit : "Le golonel il égrivé ... avec une blume, quoi ! ».

Ailleurs, elle va faire les courses, et fait deviner à Camember ce qu'elle va acheter : « ... ça gommence par un C ». Le sapeur ne trouve pas : « Eh ! pien ! mossieu Gamempre, puisque fous ne tefinez pas : c'est tes cuernouilles et un chigot ! ».  Dans les Contes drolatiques, Balzac se laissera carrément aller à une débauche toute rabelaisienne dans ce genre, en imitant cette fois la langue du XVI° siècle. Revenons à nos moutons.

Je laisse de côté la complexité des tripatouillages boursiers décrits par Bixiou-Balzac, pour en venir à ce que Blondet dit des canuts de Lyon, qui se révoltèrent en 1831 et en 1834 contre le sort qui leur était fait, et dont l’étendard portait en ces journées la fière devise : « Vivre en travaillant ou mourir en combattant ».

Voici ce que déclare Blondet : « Voici, reprit Blondet. On a beaucoup parlé des affaires de Lyon, de la République canonnée dans les rues, personne n’a dit la vérité. La République s’était emparée de l’émeute comme un insurgé s’empare d’un fusil. La vérité, je vous la donne pour drôle et profonde. Le commerce de Lyon est un commerce sans âme, qui ne fait pas fabriquer une aune de soie sans qu’elle soit commandée et que le paiement soit sûr. Quand la commande s’arrête, l’ouvrier meurt de faim, il gagne à peine de quoi vivre en travaillant, les forçats sont plus heureux que lui. Après la Révolution de Juillet, la misère est arrivée à ce point que les CANUTS [sic] ont arboré le drapeau : Du pain ou la mort ! une de ces proclamations que le gouvernement aurait dû étudier, elle était produite par la cherté de la vie à Lyon. Lyon veut bâtir des théâtres et devenir une capitale, de là des Octrois insensés. Les républicains ont flairé cette révolte à propos du pain, et ils ont organisé les Canuts qui se sont battus en partie double. Lyon a eu ses trois jours, mais tout est rentré dans l’ordre, et le Canut dans son taudis. Le Canut, probe jusque-là, rendant en étoffe la soie qu’on lui pesait en bottes, a mis la probité à la porte en songeant que les négociants le victimaient, et a mis de l’huile à ses doigts : il a rendu poids pour poids, mais il a vendu la soie représentée par l’huile, et le commerce des soieries françaises a été infesté d’étoffes graissées, ce qui aurait pu entraîner la perte de Lyon et celle d’une branche de commerce français. Les fabricants et le gouvernement, au lieu de supprimer la cause du mal, ont fait, comme certains médecins, rentrer le mal par un violent topique. Il fallait envoyer à Lyon un homme habile, un de ces gens qu’on appelle immoraux, un abbé Terray, mais l’on a vu le côté militaire ! Les troubles ont donc produit les gros de Naples à quarante sous l’aune. Ces gros de Naples sont aujourd’hui vendus, on peut le dire, et les fabricants ont sans doute inventé quelque moyen de contrôle. Ce système de fabrication sans prévoyance devait arriver dans un pays où Richard Lenoir, un des plus grands citoyens que la France ai eus, s’est ruiné pour avoir fait travailler six mille ouvriers sans commande, les avoir nourris, et avoir rencontré des ministres assez stupides pour le laisser succomber à la Révolution que 1814 a faite dans les prix des tissus. Voilà le seul cas où le négociant mérite une statue. Eh ! bien, cet homme est aujourd’hui l’objet d’une souscription sans souscripteurs, tandis que l’on a donné un million aux enfants du général Foy. Lyon est conséquent : il connaît la France, elle est sans aucun sentiment religieux. L’histoire de Richard Lenoir est une de ces fautes que Fouché trouvait pire qu’un crime ».

Bon d’accord, Blondet finit par laisser tomber les canuts et son propos dérive, mais tout le dialogue est pareillement décousu, mené « à sauts et à gambades » (Montaigne, III, 9). Balzac nous a d’ailleurs prévenus dès le début : « Ce pamphlet contre l’homme que Diderot n’osa pas publier, le Neveu de Rameau ; ce livre débraillé tout exprès pour montrer des plaies, est seul comparable à ce pamphlet dit sans aucune arrière-pensée, où le mot ne respecta même point ce que le penseur discute encore, où l’on ne construisit qu’avec des ruines, où l’on nia tout, où l’on n’admira que ce que le scepticisme adopte : l’omnipotence, l’omniscience, l’omniconvenance de l’argent ». Je confirme : La Maison Nucingen est bien un livre « débraillé ». Les quatre amis se lancent donc dans une longue "improvisation" (le mot est de B.), qui fait penser à la manière dont Béroalde de Verville conduit (ou fait semblant, ou ne conduit pas) son Moyen de parvenir. Et Balzac ajoute à propos de cette improvisation : « … et, quoique souvent interrompue, prise et reprise, elle fut sténographiée par ma mémoire ».

J’ai raconté ici même (31 janvier) l’événement que fut pour la ville de Lyon, ses habitants et ses autorités la venue de Franz Liszt. C’est bien connu : tout ce qui est important se passe à Paris. Ce n’est pas dans La Maison Nucingen que Balzac va nous dire le contraire, même s’il prouvera maintes fois par ailleurs que la vie de province n'a aucun secret pour lui (il faut voir avec quelle jubilation maligne Balzac assaisonne Alençon dans La Vieille fille, avec quelle poétique mélancolie il décrit les rives de l’Indre dans Le Lys dans la vallée, etc., etc.). S’il fait ici référence à Lyon, c’est presque par hasard, au détour d’une conversation entre amis, lancés dans une agréable beuverie.

Ce que dit des canuts le passage cité est trois fois rien. Ce n’est pas une raison pour le bouder.

Voilà ce que je dis, moi.

jeudi, 25 août 2016

BAUDELAIRE À LYON

Les amateurs des Fleurs du Mal, les spécialistes de la question, les professeurs de Lettres le savent : Baudelaire est passé par Lyon. Il y a même demeuré de 1833 à 1836 : le lieutenant-colonel Aupick, qui a épousé sa mère restée veuve, est en poste dans la ville. En 1834-1835, Charles est élève en classe de troisième, interne au Collège Royal de Lyon (aujourd’hui lycée Ampère). S’il ne brille pas parmi les « premiers-de-la-classe », il n’est pas mauvais élève. La preuve, c'est qu'à la fin de l’année scolaire, il obtient quelques récompenses (qui ne l'empêcheront pas de redoubler sa troisième l'année suivante à Paris, au collège Louis-le-Grand).

BAUD 1.jpg

A cette époque d' "obscurantisme moyenâgeux", le romantisme dévoyé d'un Prévert n'avait pas encore élevé le cancre à la dignité de héros moderne et de modèle à suivre. A cette époque d' "arrogance élitiste", un égalitarisme intégriste et fanatisé n’avait pas encore causé les ravages auxquels on assiste depuis quatre décennies, et qui ont ruiné le système éducatif républicain. A cette époque "bourrée de stéréotypes archaïques", on craignait si peu de reconnaître les mérites scolaires des meilleurs élèves que ceux-ci étaient célébrés en fin d’année au cours de la cérémonie dite « Distribution des Prix », cette vieillerie que mai 68 a jetée à la poubelle, en même temps que les insupportables « chaires » et autres estrades, qui soulignaient par trop l'imméritée supériorité du maître sur l'élève. Le Collège Royal de Lyon avait même si peu honte qu'il faisait imprimer la liste de ceux qui méritaient le plus d’être distingués. C’était l’imprimeur Boursy, rue de la Poulaillerie (où se situe aujourd’hui le musée de l’imprimerie), qui était chargé de la fabrication de ce "tableau d'honneur".

C’est ainsi que le nom de Charles Baudelaire, en ce jour solennel du 28 août 1835, fut prononcé à six reprises, dans autant de disciplines :

« Thème »,

1 THEME.jpg

« Version latine »,

2 VERSION LATINE.jpg

« Vers latins »,

3 VERS LATINS.jpg

« Version grecque »,

4 VERSION GRECQUE.jpg

« Arithmétique »

5 ARITHMETIQUE.jpg

et « Dessin » (spécialité « Figures », les deux autres étant « D'après nature » et « Académies »).

6 DESSIN (FIGURES).jpg

Certaines paraîtront aller de soi, d’autres sembleront plus surprenantes. Quant au dessin, il sera une évidence aux familiers de cette partie de son œuvre où le poète se livre à la critique artistique.

Ce n’est qu’un document, à peine une anecdote ; c'est, si l'on veut, de l'histoire littéraire abordée par son tout petit côté. Pourtant cela me fait quelque chose de voir imprimé noir sur blanc le nom de Charles Baudelaire adolescent (il a 14 ans), dans ce mince volume que je tiens dans la main,

charles baudelaire,lyon,poésie,lycée ampère,général aupick,baudelaire à lyon,collège royal de lyon,éducation nationale,najat valaud-belkacem,jacques prévert,distribution des prix

où ont été reliés (demi-basane rouge) les tableaux d'honneur de 1835 et 1836 d'un grand lycée de province. Il ne me semble pas indifférent de pouvoir toucher du doigt un témoignage, si modeste soit-il, du passage d’un tel génie dans notre ville (il n'engloba pas celle-ci dans la même aversion que celle dont le nom d'Aupick était pour lui l'objet. On raconte qu'il criait, sur les barricades de 1848 : « Fusillez le général Aupick ! »). J'ai l'impression de parvenir à lui par une voie facile et proche (si j'ai obtenu un premier prix de version latine [au royaume des aveugles ...], j'ai toujours été infoutu de composer des vers latins), mais inconnue du plus grand nombre.

C'est un privilège.

Voilà ce que je dis, moi.

Note : j'aurais pu faire figurer dans ce billet les noms des trois élèves de cette classe de troisième (« Professeur, M. Carrol ») qui jouent les Usain Bolt pour truster les médailles. Je les mentionne pour mémoire : Benjamin Marcouire, de Montpellier, élève interne, vainqueur toutes catégories, qui revient à sept reprises, dont cinq sur la plus haute marche du podium (« Excellence »,« Thème », « Version », «Vers latins » et « Histoire ») ; Nestor de Songeon, de Bourgoin, élève interne, huit fois cité, mais plus souvent en position de Poulidor ; Jean-Jacques Hardouin, de Lyon, élève interne, excellent "troisième couteau", dont le nom apparaît cinq fois. On trouve encore les noms d'Auguste Blanc, Marius Ginoyer, Eugène Turin, Jean-Baptiste Gérentet, Victor Boisset, Décius Giamarchi (de Vescovato, Corse).

Figure aussi un certain Dominique Barnola (« de Lyon, pension Champavert ») qui me rappelle les monstrueux chahuts que, élèves de 2de dans les antiques bâtiments de ce même lycée Ampère, nous avions fait subir au nouveau professeur de physique-chimie, qui portait ce patronyme, pour étrenner sa première année d'enseignement (dévissage intégral des plateaux - en bois - et des pieds - en fonte - des tables, entre autres, avec les conséquences qu'on peut imaginer). Nous retrouvant à la rentrée suivante, il s'était cruellement vengé, en crucifiant dans les trois premières minutes du premier cours notre camarade Pons, beaucoup moins méchant que nous autres, mais pas assez "discret" (ce qu'on appelle "faire un exemple"). Cette année-là, il fut tranquille. Comme quoi ...

jeudi, 09 juin 2016

LYON SANS VOITURES

LYON DANS LE JOURNAL DES VOYAGES 2/2

AUTOUR DE 1880

PLACE 2.jpg

Là, pas besoin de faire les présentations : ça n'a pas changé, ou si peu. Ah si : le machin sur la colline.

Non, je ne parlerai pas de l'occupation intégrale et quotidienne de la place Bellecour par 20.000 décérébrés. Non, je ne veux pas parler de football. Non, je refuse de parler de la « Fan-Zone ». Zut, trop tard !

Le Journal des voyages faisait travailler l’imagination, activité philanthropique s’il en est. Mais il arrive, avec le temps, que l’esprit critique du lecteur s’aiguise, et ne gobe plus aussi facilement des histoires racontées par des parleurs à l’imagination trop fertile.

VUE GENERALE VERS SUD.jpg

Pentes, presqu'île, confluent : pour voir ainsi de telles boucles du Rhône en aval, le poste d'observation du dessinateur devait être vraiment à très haute altitude. Pour ce qui est des méandres, il avait aussi un peu d'imagination : le premier après le confluent est à peu près fictif, dans le creux du deuxième, on apercevrait Givors, mais il faudrait une très bonne (longue-)vue. L'artiste n'a pas osé placer Vienne (30 km) dans le paysage, mais on sent qu'on est passé pas loin.

 

Le Journal des voyages, qui était très à l’écoute de son lectorat, sut magnifiquement prendre le virage de la vraisemblance familière et du paysage connu, et proposa des plongées dans des contrées moins exotiques. C’est ainsi qu’il envoya ses reporters dans les contrées reculées du beau pays de France.

FUNICULAIRE 3 SAINT JUST.jpg

Schéma de fonctionnement de la ficelle de Saint-Just. Notez la drôlerie : l'illustration place "Fourvières" (sic) entre "Lyon" et "Saint-Just". La station intermédiaire s'appelle "Les Minimes".

C’est ainsi que Lyon apparut comme une destination digne d’intérêt. On n’évite certes pas les cartes postales, du genre de celles qu’on voit encore sur les « lieux emblématiques », ces haltes obligatoires pour les cargaisons de touristes armés de leurs mitraillettes à souvenirs. Mais on trouve aussi une spécificité locale connue localement sous le nom de « ficelles », funiculaires à grimper les collines. Vous savez, ces wagons alternativement tirés et retenus par un câble, qui permettent d'économiser l'énergie dans la traction, grâce à leur mouvement en quelque sorte pendulaire. 

FUNICULAIRE 1 30 11 1884 TOME 15.jpg

Là oui : ça monte à Fourvière (sans "s"). Le numéro du Journal des voyages est daté du 30 novembre 1884.

A Lyon, il y eut cinq ficelles au total (il en reste deux). Trois pour monter à la « colline qui prie » : entre Saint-Jean et Saint-Just ; entre Saint-Jean et Fourvière ; entre Saint-Paul et Fourvière-Loyasse (la "ficelle des morts", par laquelle les cercueils étaient conduits au cimetière). Deux pour la « colline qui travaille », qui desservaient la Croix-Rousse, d'une part depuis la rue Terme, d'autre part depuis la place Croix-Paquet.

FICELLE CROIX PAQUET 3.jpg

La Ficelle Croix-Paquet, sur la place du même nom, tel que c'était avant le métro à crémaillère (pas si longtemps, en fin de compte). Ce n'est pas dans Le Journal es voyages, évidemment.

La dernière a été ouverte pour faire concurrence (tarif divisé par deux), et a permis, lors du creusement du tunnel, de mettre au jour le « Gros-Caillou ».

GROS CAILLOU.jpg

"Le déménagement à risque du "Gros-Caillou" à la Croix-Rousse".

Voilà ce que devient le "Gros-Caillou" sous la patte de Plonk et Replonk (une commande du musée Gadagne).

Si les lieux ont bien changé, les voitures, à Saint-Just et Fourvière, continuent bravement à se croiser à l’exact milieu de la ligne (415 mètres pour celle de Saint-Just), où la voie se dédouble momentanément. Les lignes de la Croix-Rousse bénéficiaient dès l’origine de deux voies.

FUNICULAIRE 2 RUE TERME.jpg

Ficelle de la rue Terme. Le dessinateur a fait attention aux détails techniques, en s'efforçant de rendre les roues-guides qui maintiennent le câble dans l'axe.

"Notre route est droite, mais la pente est forte" (Jean-Pierre Raffarin, dans un jour inspiré).

On a fermé la ligne de la rue Terme en 1967 pour en faire un tunnel routier ("Croix-Rousse direct", pour faire ronfler les gros moteurs). Croix-Paquet est devenu la station intermédiaire de la ligne C du métro à crémaillère.

Ce qui m’intéresse dans quelques images, ce n’est pas la nostalgie (fi donc !) : c’est la jalousie. Oui, je suis jaloux des piétons de l’époque : je rage quand, dans ma pauvre rue du Mail, je dois remonter précipitamment sur l’étroit trottoir encombré de "potelets" disgracieux et d'un tas de concurrents à pied, pour éviter la voiture qui m’arrive dessus. Et je ne vous parle pas des jours de parapluie.

Voilà ce que je dis, moi.

mercredi, 08 juin 2016

LYON SANS VOITURES

LYON DANS LE JOURNAL DES VOYAGES 1/2

Le Journal des voyages, hebdomadaire fondé en 1876 (ma collection court jusqu’à 1899), faisait voyager son lecteur en fauteuil et pantoufles dans le monde entier, si possible dans les endroits, les climats, les altitudes les plus inhospitaliers possibles, le mettait aux prises avec les éléments déchaînés ou les peuplades les plus féroces, et le confrontait aux bêtes les plus dangereuses.

CORDELIERS 2.jpg

Aux Cordeliers, vus vers l'ouest. Saint-Bonaventure à gauche, Fourvière tout au fond sur la colline, avant l'éléphantesque basilique. La scène (reconstitution d'après gravure de quelle époque ?) date de bien avant la restructuration de la presqu'île.

 

Le lecteur était même, à l’occasion, invité à frissonner jusqu’aux tréfonds de lui-même en revivant les aventures incroyables d’explorateurs courageux qui découvraient, à Madagascar, une espèce d'arbre cannibale,

1 ARBRE ANTHROPOPHAGE.jpg

Légende de la photo (d'époque, dans le numéro 61 du 8 septembre 1878 : en ce jour de la Nativité de la Vierge, Alfred Jarry fêtait ses cinq ans) : "L'arbre anthropophage : ce fut une épouvantable orgie". L'article ainsi annoncé, qui se voudrait à teneur ethnologique, est hallucinant. On peut cliquer ICI pour en lire un résumé impeccablement objectif, preuves et citations à l'appui (mon billet du 16 juillet 2013).

 

capables de dévorer des hommes condamnés par leur tribu parce qu’ils avaient enfreint la loi ;

CORDELIERS 1.jpg

Cordeliers modernes, vus vers l'est. Saint-Bonaventure à droite. A gauche le machin de la Bourse (où sont organisés chaque année les "Quais du polar"). A gauche, on distingue vaguement les anciennes halles, genre "Baltard". Au fond, le pont La Fayette.

des arbres insectivores capables d’engloutir le bras du voyageur insouciant ;

ARBRE INSECTIVORE 16 6 78.jpg

Légende : "A travers l'Australie : L'arbre insectivore".

ou qui racontaient une chasse au Moâ (alias Dinornis, mot à mot « oiseau terrible »), oiseau coureur de 3,6 mètres de haut, mais oiseau paléontologique, disparu depuis longtemps.

PONT 1.jpg

Le pont autrefois de "Tilsitt", Saint-Jean (avec son toit très pentu), Fourvière, nantie de sa basilique éléphantesque.

Mais Alfred Jarry saura quoi faire de ce fossile découvert par des gravures, puisqu’il en fait usage dans L’Amour absolu, sous le nom de "diornis".

PONT 2.jpg

Pont La Feuillée, passerelle Saint-Vincent, Quai de la Pêcherie, qui méritait alors bien son nom.

On l’a compris, si les auteurs qui écrivent dans le Journal des voyages n’inventent pas tout, on trouve dans l’hebdomadaire des espèces animales et végétales qu'on ne trouve que là, rigoureusement inconnues des zoologues et des botanistes.

L'imagination promet à l'esprit des ailleurs combien plus affriolants que nos platitudes quotidiennes.

Voilà ce que je dis, moi. 

samedi, 29 août 2015

LYON EN 1961

 

« Nous autres, pauvres canuts, nous pouvons pas nous payer le médecin ; alors nous mourons nous-mêmes. »

La Plaisante sagesse lyonnaise

***************************

LE QUARTIER MERMOZ (8ème arr.).

 

 

 

 FIN (des vacances)

Bientôt la rentrée, donc. Mais on va faire ça doucement, à la paresseuse. A la Gaston Lagaffe.

A bientôt.

SIESTE 1.jpg

09:00 Publié dans LYON | Lien permanent | Commentaires (0)

vendredi, 28 août 2015

LYON EN 1961

« Cherches-tu femme fidèle et douce

Prends la ficelle pour la Croix-Rousse.

Si te la veux vive et gentille,

Prends le tramevet de la Guille.

Si te l'espères sage et pas fière,

Grimpe de pied jusqu'à Fourvière.

Mais si tu veux bonheur et paix,

Remplis ta cave de beaujolais. »

 

La Plaisante sagesse lyonnaise

 

Note : la "Guille", c'est la Guillotière, quartier du sud-est de la ville (7ème arr., rive gauche du Rhône).

Je suppose que "tramevet" n'a pas besoin d'éclaircissement.

Quant à la "ficelle", c'est bien entendu, conformément à l'étymologie et à l'origine italienne (du latin "funiculus" : petite corde, ficelle, cordon), le funiculaire. Pour monter à la Croix-Rousse, il y avait la "Ficelle Croix-Paquet" (aujourd'hui métro à crémaillère) et la "Ficelle de la rue Terme" (maintenant "voie directe Croix-Rousse"). Reste deux vraies "ficelles" au départ de Saint-Jean : Les Minimes-Saint-Just et Fourvière.

*********************************

LA GARE DE LA MOUCHE

On voit vaguement, découpant un pan de la partie gauche de l'image, le virage de la voie ferrée vers Part-Dieu, Brotteaux, Paris, la planète Mars.

 

  Ci-dessous, vue plongeante sur les deux cimetières de la Guillotière, l'ancien et le nouveau. On voit aussi mentionné l'hôpital Saint-Jean-de-Dieu, où Stanilas Rodanski (La Victoire à l'ombre des ailes) a fini ses jours.

 

jeudi, 27 août 2015

SAINT-FONS EN 1959

« Dans tout cuchon de monde, que ce soye à la Chambre ou à la vogue, y a toujours plus de pieds que de cervelles. »

La Plaisante sagesse lyonnaise

Note : un "cuchon" est un amas. "Cuchon familial" était une expression banale pour désigner les grandes réunions rituelles.

Il faut aussi préciser que chez nous, on appelle "vogue" ce que, chez les autres, on appelle "fête foraine". Manquablement, tout le monde ici connaît la "Vogue de la Croix-Rousse" (de début octobre au 11 novembre), appelée aussi "Vogue des marrons", bien que ceux-ci ne se vendent plus guère. Ne pas oublier d'offrir des "chiques" (il faut de bonnes dents).

**************************

SAINT-FONS : UN GRAND TERRAIN VAGUE, DES USINES, QUELQUES MAISONS

On est dans la banlieue sud-est de Lyon.

 

 Le résultat : ça doit être ça, le progrès. 

 

mercredi, 26 août 2015

LA DUCHERE AVANT LA DUCHERE

Prière à dire avant de se mettre à table, appelée le "Bénédicité de Craponne" (orthographe d'origine respectée à la lettre) :

« Prions Dieu qu'ivienne personne

Nous sons assez grands garçons

Pour manger tout ce que nous ons. »

La plaisante sagesse lyonnaise.

 

Dans le même genre, il existe aussi "Les Grâces de Brindas" :

« Mon Diu je vos remarcie de ce repâs !

Faites que l'autre ne târde pâs.

A tôt le moins que se retârde que ne manque pas ».

 

Tout cela est recueilli par Justin Godart, alias Catherin Bugnard.

Note : Craponne et Brindas sont des communes de l'ouest "lyonnais", en direction des monts du même nom.

**************************

LA PREMIÈRE BARRE DE LA DUCH' EST EN PLEINE CONSTRUCTION

(photo non datée, vraisemblablement autour de 1960)

 

On tourne le dos à la colline de la Croix-Rousse.

Plusieurs barres de la "Grande Muraille" de La Duchère ont aujourd'hui été détruites dont, tout récemment, la "barre des 200". 

 

 

mardi, 25 août 2015

LE RHÔNE EN 1959

« Au travail, on fait ce qu'on peut, mais à table, on se force. »

La Plaisante sagesse lyonnaise

Justin Godart, alias Catherin Bugnard, fondateur de l'Académie des Pierres Plantées.

Justin Godart fut grand résistant et protecteur des juifs pendant la seconde guerre mondiale.

******************************

LES LÔNES, A LA HAUTEUR DE FEYZIN,

commune encore située en Isère à l'époque, avant qu'on parle de "couloir de la chimie", bien qu'une ébauche existe visiblement, et déjà sur la rive gauche. Dans les lônes, j'avais l'impression qu'il n'y avait que des poissons-chats.

 

Le Rhône a été façonné, dompté, organisé : il ne se ressemble plus. Les lônes ont disparu : on ne peut pas tout avoir. On se console : sur la droite, l'autoroute compense largement.

 

 

lundi, 24 août 2015

LYON EN 1961

« Le mal vient à cheval et s'en retourne à pied. »

La Plaisante sagesse lyonnaise, c'est pas de la "gnognote" (mot donné comme lyonnais par Nizier du Puitspelu dans son Littré de la Grand'Côte).

**************************

VAISE, A L'ÉPOQUE INDUSTRIELLE (Rhodiacéta, ...), ET LA RUE MARIETTON

Les tours de la montée de l'Observance étaient déjà là.

20 MARIETTON 08 61.jpg

VAISE MARIETTON.jpg

09:00 Publié dans LYON | Lien permanent | Commentaires (0)

dimanche, 23 août 2015

LYON EN 1961

« S'il y a un Bon Dieu, d'où vient le mal ? Oui, mais si y en a pas, d'où vient le bien ? »

La Plaisante sagesse lyonnaise

**************************

HÔPITAL GRANGE-BLANCHE

Un hôpital pour les piétons et les ambulances. Aujourd'hui, le moindre centimètre de trottoir à l'intérieur de l'enceinte est encombré par la bagnole. 

19 HÔPITAL GRANGE BLANCHE 1961.jpg

Autrement dit, rien n'a changé. Ou si peu. Si : la piste pour hélicoptère sur le toit d'un bâtiment.

19 G GRANGE BLANCHE.jpg

 

samedi, 22 août 2015

LYON EN 1961

« Te peux faire la bouame tant que te fréquentes, mais après la noce, tiens tati. »

La Plaisante sagesse lyonnaise

Note : "tiens tati" = tiens bon ! Puitspelu ignore "bouame" (pourtant je me souviens d'avoir entendu, dans la bouche d'un honorable prêtre : "Il est tout bouâme !", avec triple accent circonflexe), mais on devine à peu près. Ce prêtre était un vrai Lyonnais : j'ai donné (sous sa direction et en sa compagnie) quelques pièces de Guignol dans un castelet familial, parmi lesquelles La Racine d'Amérique, de mémorable mémoire.

On y parlait de "petit balancement" et de "grand balancement". Une pièce que vomiraient les féministes, si elles savaient qu'elle existe ("Femme, connais-tu la racine d'Amérique ?"). Et je ne vous parle pas du Sarsifi petafiné, au sujet peu convenable aux jeunes oreilles. "Cette pièce ne sera jamais rééditée", était-il noté, par précaution. Une pièce qui prouve que la première greffe de membre viril (celui de Guignol en personne) a eu lieu à Lyon, et nulle part ailleurs. J'ai vu un exemplaire à 150 euros sur l'internet.

********************************

PORT EDOUARD-HERRIOT ET STADE DE GERLAND (on ne dirait pas, mais le stade y est, bien au centre de la photo, tout raplapla : c'est l'époque d'un sport modeste et ouvrier, du sport comme simple divertissement). Au fond, mont Cindre, mont Thou et mont Verdun (de droite à gauche).

18 PORT EDOUARD HERRIOT 08 61.jpg

La cathédrale sportive (ce n'est quand même pas Maracana !), ci-dessous : on ne peut pas la manquer.

18 G PORT EH.jpg

vendredi, 21 août 2015

LYON EN 1961

« Ben sûr, c'est pas drôle d'avoir des embiernements, mais c'est toujours ça qu'on peut raconter à ses amis, à qui ça fait tant plaisir. »

La Plaisante sagesse lyonnaise

Note : Nizier du Puitspelu, dans Le Littré de la Grand'Côte, ignore "embiernements". Mais à "embierne" (le mot figure dans des pièces de Guignol), il écrit : « Embierne, s. f. - Embarras, ennui, difficultés de toutes sortes. Un Parisien dirait emm...ment (les étymologies concordent) ».

***********************

GARE DE VAISE

17 GARE DE VAISE 08 61.jpg

 

Tout à fait en haut de l'image ci-dessous, on distingue l'entrée (à peu près au milieu) et la sortie (en haut tout à gauche) du tunnel (avec le viaduc d'accès) qui fut percé pour permettre aux transports en commun, depuis la nouvelle gare routière, de gagner rapidement le plateau de la Duchère, en "site propre", pour éviter la circulation automobile. Certains immeubles de Balmont ont vu apparaître quelques lézardes sur les murs lors du percement.

17 G GARE VAISE.jpg

jeudi, 20 août 2015

LYON EN 1961

« Si te prends femme, ne la prends pas borgnasse [myope]. Si te la prends borgnasse, ne la prends pas catolle [bigote]. Si te la prends catolle, au moins qu'elle aye de quoi. »

La Plaisante sagesse lyonnaise

Note : tout le monde comprend "avoir de quoi".

*************************

GARES DE LA PART-DIEU ET DES BROTTEAUX (et la caserne, avec sa place d'armes, à gauche, qui s'appelait, en 1914, "Casernes Margaron (de la Part-Dieu)") : j'y ai fabriqué des souvenirs qui sont restés très vifs (mais les bâtiments étaient alors désaffectés depuis lurette, sauf le logement de fonction d'un général D., gouverneur militaire, et de son agréable (pour ne pas dire vivifiante) progéniture féminine).

lyon

Oui, on peut dire que ça a un peu changé : une tour, et puis deux, la troisième vient d'être achevée ; l'auditorium Ravel, qui ressemble à un bivalve se trouve sur la gauche du cliché.

lyon

 

mercredi, 19 août 2015

VENISSIEUX EN 1961

« Avise un peu, gone. T'as deux yeux, deux oreilles et qu'une bouche. A donc c'est qu'il faut parler à cha peu, voir et écouter à regonfle. »

La Plaisante sagesse lyonnaise

*************************

UN PEU AVANT LA CONSTRUCTION DES "MINGUETTES"

(construction commencée en 1963)

Vénissieux est encore une commune assez rurale (plus pour longtemps, quoiqu'il subsiste des champs cultivés).

15 VENISSIEUX.jpg

Ci-dessous, orientation de l'image non garantie.

15 G VENISSIEUX.jpg

 

mardi, 18 août 2015

LYON EN 1961

« Entre les bêtes et les gens, y a bien souvent que le baptême que fait la différence. »

La Plaisante sagesse lyonnaise

*************************

VAISE, SA "GARE D'EAU" ET LE PONT MAZARYK

14 VAISE GARE D'EAU 08 61.jpg

Aujourd'hui, on fait du sport sur ce qui fut la "gare d'eau".

Il faut désormais ajouter, sur l'image satellite ci-dessous, le tout nouveau pont Schuman.

14 G VAISE GARE D'EAU.jpg

 

09:00 Publié dans LYON | Lien permanent | Commentaires (0)

lundi, 17 août 2015

LYON EN 1961

« Quand on te mènera à Loyasse, t'auras beau avoir ramassé tant et plus et même davantage, te n'emporteras que ce que t'auras donné. »

La Plaisante sagesse lyonnaise

Note : Loyasse est un des cimetières de Lyon.

**********************

LE QUARTIER DES ABATTOIRS (abattoirs qui sont devenus "Halle Tony Garnier")

13 TONY GARNIER CONFLUENT 08 61.jpg

 

 

13 G TONY GARNIER.jpg

dimanche, 16 août 2015

LYON EN 1961

« Vaut mieux dire de gognandises qu'en faire. »

La Plaisante sagesse lyonnaise

Note : est-il bien utile d'expliquer "gognandises" ? C'est ce qu'est capable de proférer un "grand gognant : grand dégingandé qui se dandine, maladroit, paresseux" (Nizier du Puitspelu, Le Littré de la Grand'Côte). Mais on connaît davantage le mot, me semble-t-il, comme un équivalent de "plaisanterie, bêtise sans gravité" (cousin de "gandoises", presque toujours au pluriel, évidemment, puisque volant en escadrille).

*****************************

LE CONFLUENT,

à l'époque où la Saône a encore son écluse et sa retenue, et le Rhône ses bancs de sable et de gravier.

12 CONFLUENT 08 61.jpg

Couleurs : la Saône est terrienne, le Rhône se souvient de sa source (glaciaire). Le chantier du musée "des confluences" (ci-dessous, désormais achevé) est en acier.

12 G CONFLUENT.jpg

 

09:00 Publié dans LYON | Lien permanent | Commentaires (0)

samedi, 15 août 2015

LYON EN 1959

« On fait toujours plaisir aux gens en leur rendant visite : si c'est pas en arrivant, c'est en partant. »

La Plaisante sagesse lyonnaise

*************************

LES USINES BERLIET (à Vénissieux)

A voir le paysage au loin, on est à la campagne.

11 USINES BERLIET 09 59.jpg

Aujourd'hui ? Je ne sais plus bien : Renault Trucks ? Volvo ?

11 G BERLIET.jpg

 

vendredi, 14 août 2015

LYON EN 1959

« Si te veux pas être pris pour un cogne-mou, quand t'as voulu, ne va pas rien dévouloir. »

La Plaisante sagesse lyonnaise

Note : on devine aisément le sens de "cogne-mou", je pense.

***********************

LE PORT RAMBAUD

10 PORT RAMBAUD 09 59.jpg

Il faut désormais parler du "quartier de la Confluence" (son Conseil Régional, sa "Sucrière", son centre commercial, sa "darse", son musée, ...). Lyon vole à tire d'ailes vers son avenir radieux.

Ci-dessous, on voit que les bâtiments du marché-gare ont à peu près disparu (côté Rhône).

10 G PORT 2.jpg

jeudi, 13 août 2015

LYON EN 1959

« T'as beau gabouiller la bassouille, t'en feras pas rien des œufs à la neige. »

La Plaisante sagesse lyonnaise

****************************

LA BANLIEUE-EST ET L'AÉRODROME DE BRON

Pas le désert, mais ! Les deux hangars sont toujours visibles, identiques dans un environnement un tout petit peu (à peine !) modifié. 

9 BRON AERODROME 09 59.jpg

On est presque étonné, ci-dessous, qu'il reste une telle surface non construite.

La borne routière qui séparait, jusqu'au 1er janvier 1969 (création de la C.U.L., pardon, de la CO.UR.LY., Communauté Urbaine de Lyon), les départements du Rhône et de l'Isère se situait à peu près à hauteur des hangars.

9 G BRON 2.jpg