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jeudi, 15 février 2018

DRÔLES DE RUE DE LYON

"C'est pas seulement à Paris que ..." (c'est "L'Assassinat" de Georges Brassens qui commence comme ça).

RUES DE PARIS 1.jpgJ'allais dire : c'est pas seulement à Paris qu'il existe un dictionnaire desRUES DE PARIS 2.jpg rues, nous à Lyon aussi l'on a .... Mais ce n'est pas vrai. D'abord, à Paris, ils ont Jacques Hillairet, et personne ne pourra faire comme si : il existe un et un seul Jacques Hillairet. En plus, son extraordinaire ouvrage (deux volumes augmentés d'un supplément) s'intitule Dictionnaire historique des rues de Paris (Minuit), deuxième raison qui le rend incomparable.

RUES DE LYON MAYNARD.jpgTroisième raison : l'ouvrage de Louis Maynard ne se veut pas "Dictionnaire", encore moins "historique". Beaucoup plus modeste, il seRUES DE LYON VANARIO.jpg propose sous le titre Rues de Lyon (Jean Honoré, 1980), sans plus. Même l'ouvrage de Maurice Vanario, le continuateur de Maynard, ne s'est voulu ni "dictionnaire", ni "historique". Vanario, "Sous-Archiviste", « sous la direction de Henri Hours, Conservateur Municipal des Archives de la Ville de Lyon » a publié presque sous le même titre (Les Rues de Lyon à travers les siècles, LUGD, 1990), une sorte d'inventaire sérieux et complet de toutes les artères qui traversent, aèrent et desservent la cité (y compris les "voies privées").

Cela donne un livre de pas 300 pages in-octavo, dans lequel, hélas, revient comme une rengaine l'expression "origine inconnue", quand l'œuvre de Hillairet – trois volumes de grand format (on dit, paraît-il, "in-quarto"), dont deux très "robustes" (700 et quelques pages sur deux colonnes chacun) – va constamment tout au fond des choses. Si je prends au hasard la rue du Cardinal-Lemoine, voici comment s'annonce l'article : « V° arrondissement. Commence 17 quai de la Tournelle. Finit place de la Contrescarpe. Longueur 680 m. ; largeur 12 à 20 m. » (la rue de Vaugirard s'étale, elle, sur plus de 4km.). On ne saurait être plus précis.

Et l'auteur enchaîne sur un condensé de l'histoire de la voie, puis passe en revue tous les numéros dont il y a quelque chose à dire (parfois fort longuement, en fonction de). J'imagine volontiers que pour rédiger cette œuvre d'une vie, Jacques Hillairet a usé bien des pantalons sur des chaises de bibliothèques ou de salles d'archives. On le voit, le "cahier des charges" n'a rien à voir. Maynard puis Vanario se contentent d'un répertoire.

Il n'est d'ailleurs pas sûr que la capitale des Gaules mériterait que quelqu'un s'engageât dans une telle besogne, d'autant qu'aucun baron Haussmann n'est venu compliquer la tâche en bouleversant à ce point les traces du passé, et que le nombre des gens dignes de figurer dans l'histoire pour y avoir vécu reste d'une modestie provinciale, une fois jetés les noms de Louise Labé, Rabelais, Herriot, Henri Béraud ou Albert Londres. Inutile de nier le pouvoir d'attraction de la capitale. Il y a aussi des Rastignac en puissance chez les "bons gones", et même ches les "mamis que sont pas de cogne-mous" (voir il y a quelques jours).

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Nos rues, avenues, places, boulevards, quais, impasses, montées portent, comme partout ailleurs, des noms en général ordinaires (je veux dire préfet normal, philanthrope obscur, député honnête (!), martyr de la Résistance, aviateur lyonnais, fabricante d'étoffes de soie épouse de Jacques Ray, professeur de minéralogie et géologie, sixième adjoint au maire, imprésario bienfaiteur des œuvres laïques, maître imprimeur, navigateur et autres célébrités mémorables) avec, ici ou là, des curiosités bien propres à appâter l'amateur de couleur locale (rue du Manteau jaune, rue des Quatre chapeaux, rue du Plâtre, etc...).

Je suis cependant curieux d'apprendre s'il existe, dans une seule des 36.000 communes de France, une "Rue des Actionnaires". Oh, ce n'est vraiment pas grand-chose, cette rue : un pâté de maison, tout au nord de la Croix-Rousse, tout en bas des pentes, presque à la limite de Caluire. Bon, c'est vrai, c'est une église dotée de son jardin (Saint-Eucher), mais est-ce que ça justifie ? Et en face, on ne voit aucune entrée d'immeuble. Ça ne fait quand même pas beaucoup d'habitants au mètre linéaire. Je n'ai pas fait attention, mais il n'est pas impossible que la rue des Actionnaires ne comporte aucun numéro ! L'Histoire est une vieille dame cynique, quand on voit la place gargantuesque qu'ont prise les actionnaires (fonds de pension, fonds souverains, fonds spéculatifs, fonds vautours, etc.) dans la marche du monde actuel.

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La voilà, la rue des Actionnaires.

Voici ce que nous indique Maurice Vanario à l'article "Actionnaires" (rue des, 4°) : « Tenant : rue Eugène Pons. Aboutissant : rue Mascrany. En souvenir de la compagnie financière constituée, sous la Restauration, pour créer le quartier Saint-Eucher. Attesté en 1849 (dél. C. M.). Devenue rue du Tribun en 1849 (dél. C. M. 17 janvier). Redevient rue des Actionnaires en 1852 ».

C'est un peu court, vieil homme,

On pouvait dire, oh dieu, bien des choses en somme.

Edmond Rostand (enfin presque).

Mais n'est pas Edmond Hillairet qui veut. 

dimanche, 11 février 2018

GUIGNOL

"Guignol" est un mot qui appartient à la famille des antonomases célèbres, et compte ainsi dans son cousinage par force des gens aussi estimables que le frigidaire, la poubelle ou le sandwich, substantifs en général issus des nobles lignées qui ont eu le génie de faire don de leur patronyme au Dictionnaire. Je ne vais pas réécrire son histoire : ce serait forcément moins bien que tous ceux qui se sont donné la peine de le célébrer.

Parmi ces gens d'un goût très sûr qui savent reconnaître le génie, on trouve Alfred Jarry, que le Père François (je veux dire le pape, qui me l'a dit en confidence la semaine dernière) s'apprête à canoniser en grandes pompes, à cause du culte sans faille que l'illustre écrivain a rendu à sa majesté l'Absinthe, au point de lui faire le sacrifice de son existence (même si l'hypothèse est controversée ; notez que Christophe Colomb lui-même n'a été recalé qu'à la suite d'un procès en canonisation en bonne et due forme, cf. La Harpe et l'ombre d'Alejo Carpentier). Gloire à Alfred Jarry, saint et martyr, qui a inclus dans ses Minutes de sable mémorial un mémorable Guignol qui prouve en l'instaurant la parenté indubitable de son Ubu avec notre marionnette lyonnaise.

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Photos des marionnettes de Guignol (Chignol pour les intimes) et Gnafron, prises au musée de Gadagne dans les autrefois (années 1970). J'ignore comment elles se présentent, aujourd'hui que l'hôtel de Gadagne a été transformé de fond en comble. 

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Ici, admirez juste la rusticité raffinée du travail du sculpteur et la magnifique teinte vermeille qui orne la trogne de ce misérable buvanvin* de Gnafron. C'en est au point qu'une maison de vin de chez nous avait fait de la marionnette un emblème renommé sous nos latitudes.

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Je me sens mauvais Lyonnais : je ne suis retourné à Gadagne que pour m'asseoir en été à une table des "jardins suspendus", au quatrième étage du musée (photo ci-dessous). Je recommande le lieu, on est à hauteur de toit, accroché à la colline, bien loin des rumeurs et des miasmes urbains. Une riche bonne idée ! Mauvais Lyonnais ? Je n'ai jamais été folkloriste, et ai renoncé à le devenir un jour : les folkloristes m'ennuient autant que les touristes revenus d'ailleurs pour une "soirée diapos".

Je ne suis pas davantage le militant de mes origines. Je laisse ce sale boulot à de pauvres excités insulaires même pas comiques, qui nous emboconnent l'atmosphère avec la singularité que leur confère leur insularité. Certaines "singularités collectives" ressemblent à des phénomènes de foire, vous savez, ces "hommes-trépied", "hommes-tronc", "femmes-serpent", frères siamois ou femmes à barbe, qui ne pouvaient gagner leur pain qu'au cirque. Et je ne suis pas non plus un collectionneur frénétique d'images et de "couleur locale". Je me contente de picorer à l'occasion dans le catalogue des fleurs qui un jour ont poussé sur ces terres.

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Pour parler franchement, les Lyonnais ne parlent plus le lyonnais depuis bien longtemps. Combien savent ce qu'était un trancanoir ? Qui parle encore d'équevilles ? Je ne suis même pas certain qu'ils connaissent un peu le théâtre de Guignol, annexé par les "actions culturelles à destination des enfants", alors que Laurent Mourguet destinait aux seuls adultes les dialogues de ses pièces dont, si je ne me trompe, il n'a pas laissé d'originaux. Remarquez, j'ai l'air de critiquer, comme ça, mais j'ai moi-même glissé les mains dans les gaines de quelques pantins en compagnie d'un oncle, très cher à ma mémoire quoiqu'il fût prêtre, pour distraire petits et moins petits, par quelque après-midi pluvieux (Le Déménagement, Les Embiernes, La Racine d'Amérique, ...). Mais c'était indéniablement lui qui prenait l'accent de par chez nous avec le plus d'authenticité (il n'avait pas son pareil pour glisser dans les conversations des lyonnaiseries : "comme un coq en plâtre", "en tapis noir", etc.).

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Le digne magistrat Jean-Baptiste Onofrio, qui assistait incognito aux représentations de Mourguet en a pieusement recueilli assez de bribes (y compris sur ses manchettes – on pense aux omoplates de chameaux de Mahomet pour le Coran) pour offrir un beau recueil de pièces (1865), imité beaucoup plus tard (1925, ci-dessus) par Les Amis de Guignol, Justin Godart, Mgr Lavarenne, Ernest Neichthauser (qui fabriquait les marionnettes) et d'autres.

Ce n'est pas sous la plume de l'auguste magistrat Onofrio qu'on trouve la pièce de Guignol, hélas méconnue, pochade intitulée Le Sarsifi petafiné, à ne pas mettre entre des mains inaverties. La justification du tirage (ou l'achevé d'imprimer) portait fièrement la phrase : « Cette pièce ne sera jamais réimprimée ». A la lecture, on comprend que les éditeurs étaient des gens d'une extrême pudeur. Le thème, bien qu'autrement formulé, s'en retrouve curieusement dans le film de Claire Denis Trouble every day (2001), avec une Béatrice Dalle pleine de dentition aiguisée et d'hémoglobine. Il est question d'un accident subi par Guignol sur une partie de lui-même à laquelle les messieurs tiennent en général beaucoup. Il serait malséant que j'en dise davantage. On devinera à partir de là le rôle des dents de Béatrice Dalle.

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Le dessinateur Berlion et son scénariste Corbeyran, dont j'ai évoqué les "Sales mioches" récemment, donnent un coup de chapeau à Guignol dans les pages de garde de leurs albums : bien maigre consolation, qui n'offre que le côté caricatural du folklore. Ci-dessous on voit le tandem infernal, avec sa mise en abyme pour faire le lien avec les "mioches". Notez que le cadre est sympathique : le castelet du parc de la Tête d'Or, sur fond de kiosque à fleur de la place Bellecour (je ne suis pas sûr de l'exactitude de ce détail, M. Berlion, d'autant que Guignol est dépourvu de la "tresse" que tout bon canut se devait de porter à l'époque de Mourguet).

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Le vieux, le grand, le magnifique Gotlib avait donné une version autrement "moderne", décapante et "détrancanée" à souhait de la caricature. Mais Gotlib était un peu plus "voyou" dans son dessin, puisqu'il s'en passait de belles dans le castelet (Rubrique-à-brac tome I).

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La tradition des bons gones s'est vaille que vaille maintenue et soutenue jusqu'à la deuxième guerre, grâce à la vigilance active de la Société des Amis de Guignol. A partir de 1945, la France semble avoir brutalement rompu avec l'esprit de "Résistance", puisqu'elle a accueilli à bras ouvert le Grand Débarquement des Nouveautés venues par cargos entiers d'outre-Atlantique. C'est alors que la "culture américaine" (si ce n'est pas un oxymore) a supplanté la vieille Culture Française, à laquelle elle s'est contentée de dire, avec ses gros bras musclés : « Ôte-toi de là que je m'y mette ! ». Exit Guignol.

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C'est dans la publication annuelle de cette honorable société (Almanach des Amis de Guignol) qu'on trouve des récits bien canants, comme l'histoire du pari fait par le Glaudius et le Toni ou celle de la Commode de la cousine Stéphanie (Catherin Bugnard, de célèbre mémoire). Je grossis ci-dessous l'exposé des motifs de cet immortel réservoir de lyonnaiseries.

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Le cogne-mou, ça dit bien ce que ça veut dire, si l'on se représente le monsieur en bûcheron. Et pour 159 sous, il n'y a pas de raison de se priver.

Note : Voici la définition que Nizier du Puitspelu donne de "buvanvin" : « Ivrogne. Jean Brunier (prononcez Bruni), notre granger, était un brave homme, mais quelque peu buvanvin. Un dimanche, à trois heures, mon père le trouve le pouce sur le loquet du Bon Coin, à Saint-Irénée. – Eh, Jean, que faites-vous là ? – Monsu, j'allôve à vêpres. – Au moins, disait mon père, s'il n'avait pas eu le pouce sur le loquet ! ».

vendredi, 26 janvier 2018

LA BD EN VISITE A LYON (5)

Aujourd'hui : sa Majesté JACQUES TARDI débarque à Lyon.

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Cela commence en gare de Perrache en 1941.

Nul besoin de faire les présentations : Tardi domine le paysage (en compagnie de quelques anciens toujours vivants). Il n'a plus rien à prouver depuis lurette. Et je n'ai pas grand-chose à en dire, puisque ses dessins se passent de commentaires et que ses récits, de Adieu Brindavoine et Rumeurs sur le Rouergue à Moi, René Tardi, en passant par Le Démon des glaces, Adèle Blanc-Sec et les adaptations de Léo Malet, Jean-Patrick Manchette, Daniel Pennac (l'étrange et dérisoire La Débauche, où un tigre de zoo est mis au service d'une vengeance, si je me souviens bien) ou de Géo-Charles Véran (l'implacable Jeux pour mourir) ont assis l'autorité du puissant narrateur visuel.

Je place à part l'énorme travail que Jacques Tardi a consacré à la guerre de 1914-1918, par lequel l'auteur a tenté de venger (mission impossible : ils ne seront jamais vengés) les millions de morts, toutes nations confondues, en leur élevant un cénotaphe digne de la boucherie industrielle à laquelle ils ont été sciemment envoyés (mais c'est la mort qui avait le plus gros appétit).

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Je lui pardonne de n'être pas un Lyonnais pur sucre (« Tout le monde peuvent pas être de Lyon, il en faut ben d'un peu partout », dit La Plaisante sagesse lyonnaise de Catherin Bugnard), même s'il a fait un tour par la rue Neyret (ancien siège de l'Ecole des Beaux-Arts).

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Rue Bellecordière (= Louise Labé).

Je lui sais grand gré d'avoir refusé de se faire introniser "Légionnaire d'Honneur" (dans le cerveau de quelle infâme limule mentale l'idée a-t-elle germé un jour ? La limule étant ce crustacé – pardon : cet arthropode – géant qui envahit un jour les aventures d'Adèle Blanc-Sec – la même qu'Alfred Jarry qualifie de « bête marine la plus esthétiquement horrible », pas Adèle, la limule !).

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Est-ce bien Tardi et sa femme qui font le coup de feu sur les barricades de la Commune (tome 3 de la série Le Cri du peuple) ? Je me suis demandé.

Il a épousé en 1983 (dit l'encyclopédie en ligne) Dominique Grange, fille d'un ophtalmologiste renommé (Jean si je me souviens bien) qui officiait Boulevard des Belges, grand monsieur qui vous examinait avec une gravité bienveillante, et qui était l'ami de mon grand-père, le docteur Paliard. 

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Les Brotteaux.

A vrai dire, Tardi ne parle pas souvent de Lyon dans ses bouquins, mais quand il le fait, c'est comme s'il y avait toujours vécu. En vérité, sauf ignorance de ma part, il en parle dans 120 Rue de la gare, et nulle part ailleurs. 

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Il n'y a plus de bistrot passage de l'Argue.

Bon, ce n'est pas lui qui manifeste son humeur contre Lyon (« Putain de brouillard ! Putain de ville ! »), c'est Léo Malet, l'auteur du roman,

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Pas si gâteux que ça, si j'en crois ses lectures (supposées).

qui fait dire à son Nestor Burma du mal de notre ville, quand celui-ci sort en balade de l'Hôtel-Dieu où il se remet de quelques blessures (il a failli passer sous le train démarrant de Perrache, en voulant en descendre).

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Le péristyle de l'Opéra, bien avant Jean Nouvel.

Le séjour forcé de Burma dans la "capitale des Gaules" donne l'occasion à Malet-Tardi de livrer un portrait de la ville, qu'ils revêtent d'une tonalité étonnamment homogène, quoique peu engageante : le brouillard, l'humidité, le pavé luisant, tout y est déprimant. C'est du dessin en noir sur fond gris, avec très peu de blanc.

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Le superbe pont de la Boucle.

« Cette charipe de brouillard » (vous savez, ce truc épais et jaunâtre descendu des Dombes qui a joué des tours au Glodius et au Tony qui, ayant éclusé bien des pots (on mesurait au mètre de comptoir), descendaient la rue Pouteau pour aller aux Terreaux « droits comme des bugnes » et qui se sont retrouvés à la Doua) baigne toutes les scènes extérieures d'un halo poisseux. Peut-être à l'image de l'intrigue, dont je ne me soucie pas ici. Disons juste que Burma croise au Stalag XB le chemin d'un drôle d'amnésique qui va le mener plus loin qu'il pensait, dans une drôle d'affaire. Et même une affaire pas drôle.

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La Ficelle Croix-Paquet avec son "truck", et la gare du même nom.

Ce qui est sûr, c'est que Lyon, tout triste qu'il soit, existe fortement dans le dessin de Tardi. Contrairement à ce qu'on trouve chez Kraehn et Lacaf, dont je parlais dernièrement, la cité est rendue de façon furieusement "ressentie". Elle en acquiert une présence presque tactile et désolée. Attention, c'est le Lyon des années 1940, une sacrée contrainte pour la documentation (Tardi est né en 1946) : il y a des îlots de galets et de gravier au milieu du Rhône, la ligne 7 va de Perrache à Cusset, les voitures circulent à double sens rue de la République et accèdent sans problème à la gare, l'Hôtel-Dieu est un hôpital (et pas un hôtel 5 étoiles), il n'y a pas (encore) de tunnel sous la Croix-Rousse, etc. Tardi est documenté, qu'on se le dise.

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La gare de Perrache, accessible aux voitures.

On se dit qu'il s'est beaucoup baladé. On reconnaît la rue de la Bombarde, on reconnaît la rue de la Monnaie, avec son trottoir et ses dames dessus,

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on reconnaît la rue Eugène Pons, avec son escalier au fond, où habitaient M. et Mme L.-R., un couple de professeurs de philo. Il adresse même un salut fraternel à la rue Petit-David et à l'Adrienne qui y régnait, femme ô combien d'Expérience. Ce Lyon-là est à proximité immédiate et parle la même langue que moi. 

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Adrienne pas loin de sa librairie de la rue Petit-David (mais ce n'était pas en 1941), un vrai lieu de perdition pour les amateurs de BD : retour d'Angoulême, elle vendait 150 francs – une somme à l'époque – le capitaine Cormorant d'Hugo Pratt en sérigraphie. J'avais plongé. J'étais fou de Pratt, que j'avais découvert dans Pif Gadget, mon petit frère y était abonné. Aux avant-dernières nouvelles, il est coté 900 euros (le Pratt, bien sûr, pas mon petit frère). Merci Adrienne.

Le plus convaincant, dans la façon dont Tardi aborde la ville de Lyon, c'est qu'il n'y passe pas en simple touriste : il s'y attarde, il détaille, il insiste, il savoure (avec une moue de dégoût, mais quand même) : son pont de la Boucle n'est pas un simple figurant (c'est un exemple parmi bien d'autres).

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L'ancienne BM de Lyon, non loin du chevet de la cathédrale, où l'on attend 8.000 personnes ce matin pour les obsèques de PAUL BOCUSE. J'y serai, mais juste en bas de la tour des cloches, pour entendre la grosse voix d'Anne-Marie, celle qui retentit pour honorer les défunts (ci-dessous, on n'est pas obligé d'écouter les 9' et quelque). Faites juste l'expérience, si vous êtes sensible à la magnificence d'un son à écouter pour lui-même : attention : juste sous la tour des cloches (un "clocher", quoi : c'est à gauche quand on regarde la façade).


Résultat des courses : en fait de 8.000 personnes, j'ai vu place Saint-Jean environ 150 parapluies qui se couraient après, protégés par autant de CRS et de militaires et autres gendarmes, et à un micro éberlué qui me demandait si j'étais triste, j'ai aussitôt répondu : « Non, je viens juste écouter le bourdon de Saint-Jean ». C'était vrai, mais en fait de bourdon, une armada de hauts-parleurs déversaient à l'extérieur une improvisation à l'orgue qui a failli me gâcher le plaisir. J'ai refait le tour (pas question de traverser sans "accréditation") pour aller faire le poireau sous le clocher, place Sainte-Croix. J'ai quand même eu le concert dont j'étais probablement le seul auditeur. Dommage, on fait sonner Anne-Marie une quinzaine de fois par an, paraît-il, alors autant en profiter, non ?

Par exemple, pour qui a rendu visite à des proches à l'Hôtel-Dieu, avant même toutes les rénovations des lieux, je veux dire à l'époque d'avant les chambres, ce qui est mon cas, c'est comme si on y était, sauf qu'entre-temps, chaque lit de la salle immense avait été doté de rideaux censés isoler le malade du regard des autres (mais pas du brouhaha permanent, ou des odeurs).

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Bravo à Nestor Burma, capable de descendre de face et les mains dans les poches l'escalier qui mène au bas-port : ce n'était pas à la portée de n'importe qui, vu l'angle.

Même chose pour l'ancienne gare des Brotteaux (désormais salle des ventes) ou pour le Pont de la Boucle (belle architecture métallique maintenant détruite). Burma va même se balader sous le péristyle de l'Opéra, c'était bien avant Jean Nouvel, au temps qu'on y trouvait encore des échoppes : côté Puits-Gaillot des tutus et chaussons de danse, des bouquins (mes premiers Jerry Spring et mon Bergson du centenaire aux PUF), des pipes du pipier Nicolas et, du côté Joseph-Serlin, tout pour la philatélie. Tardi ne va pas jusqu'à dessiner la vespasienne à l'angle de la rue Luigini. Tant pis. De toute façon, il n'y a plus de vespasienne à Lyon : Decaux et la publicité en ont fini avec l'édicule pissatoire, maintenant il y a de la place pour huit.

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Le Rhône au pont Morand, sur fond de place Tolozan, quai Saint-Clair et colline de la Croix-Rousse mangée par le brouillard.

De la page 21 à la page 107 de 120 rue de la Gare, Tardi vous fait donc visiter Lyon en vous répétant que c'est une « putain de ville », mais de telle manière que ça donne envie de se sentir chez soi. 

Voilà ce que je dis, moi.

Note : je ne résiste pas au plaisir de citer une vignette de la page 174, où Tardi s'offre la tête de deux philosophes célèbres, présentés comme un « couple insignifiant », aujourd'hui enterrés au cimetière du Montparnasse.

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Si la dame ressemble à une de ses photos de "jeune fille rangée", l'auteur renvoie le monsieur à un anonymat mérité de bon gros à lunettes (au physique de crapaud dans la réalité). Dans La Variante du dragon, Golo, plus explicite et fidèle si l'on veut, n'y était pas allé de main morte. 

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Allez, encore un petit coucou à un vieux de la vieille de la flicaille familière, à qui il fallait toujours cinq minutes de plus à la télé pour trouver la solution de l'énigme, et qui ne s'appelait ni Thomas, ni Petit.

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mardi, 23 janvier 2018

LA BD EN VISITE A LYON (3)

Aujourd'hui JEAN-CHARLES KRAEHN.

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Il n'y a pas beaucoup d'auteurs de BD, à ma connaissance, qui se soient intéressés à Lyon dans les histoires qu'ils racontent. J'ai parlé récemment d'Olivier Berlion (ici), qui donne la vieille cité pour cadre à ses intrigues, seul (Rochecardon - Histoires d'en ville, Glénat, trois tomes) ou sur des scénarios d'Eric Corbeyran (Sales mioches, Casterman, sept épisodes parus).

Cette dernière série, qui "marchait" paraît-il assez bien, s'est interrompue pour une raison que j'ignore, et ce qui en restait, du moins à ce que m'a dit un bouquiniste spécialisé, aurait été envoyé au pilon. Si c'est bien vrai, c'est bien bête : le dessin de Berlion donnait une vraie vie aux pentes de la Croix-Rousse, entre Rhône et Saône (et presque jamais au-delà des Terreaux), et savait vous entraîner dans des bambanes de l'île Barbe (Saône) au cours d'Herbouville (Rhône) en passant par les traboules des pentes. 

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Carte postale 1 (vignette inaugurale de la série) :

l'ancienne bibliothèque municipale de l'avenue Adolphe Max, avec Fourvière qui veille dessus.

Ah les traboules ! Bon, les touristes en connaissent UNE (ou plutôt une suite, quasi-obligée) : celle dont leurs grappes disciplinées parcourent l'itinéraire compliqué, et qui va de la cour des Voraces (place Colbert) à la place des Terreaux, après être passée par les rues Imbert-Colomès, Tables-Claudiennes, Burdeau, René-Leynaud, Capucins et Sainte-Marie-des-Terreaux, presque toujours à l'abri de la pluie. Au 10 rue des Capucins (mes excuses : c'est au 6), ils traversent une grande cour intérieure, au fond à droite de laquelle, juste avant l'escalier vers la petite place des Capucins (où mon copain WHKL n'oublie jamais, chaque fois qu'il redescend par la Grande-Côte, de pisser contre la porte de la secte "Scientologie"), on voyait l'enseigne de l'imprimerie Cretin. Au bas de l'escalier de Sainte-Marie des Terreaux créchaient les ambulances Cornillon, dont on voyait en passant les véhicules blancs (des CX dans mes derniers souvenirs de la chose) stationnés dans une cour défendue par les deux battants béants d'une grille impressionnante. 

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Au bout de la rue Tramassac, l'ouverture de la rue du Bœuf avant d'attaquer la montée du Chemin-Neuf.

Mais à part cet itinéraire dûment balisé par l'Office de Tourisme et répertorié dans les guides, pour ce qui est des traboules des pentes, c'est nib de nib, peau de balle et balai de crin. Sauf erreur, toutes les portes et grilles qui, ouvertes, autorisaient autrefois le passage, ont été progressivement verrouillées. Puis ç'a été le tour des entrées d'immeubles de se munir de divers moyens de protéger la frilosité des habitants de toute intrusion des méchants. Mais trêve de bavardage : parlons BD.

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Carte postale 2 :

Les pentes de la Croix-Rousse, vues d'en face.

La série policière aujourd'hui à succès Gil Saint-André a démarré en 1998 avec, au scénario et au dessin des deux premiers épisodes Jean-Charles Kraehn, qui a ensuite confié la partie graphique à Vallée. Le douzième épisode est paru : on ne change pas une équipe qui gagne (en fait, le dessinateur a changé plusieurs fois, ce qui, selon moi, n'est pas très bon signe). Je me contenterai de quelques épisodes initiaux du premier "cycle", ceux qui nous lancent sur des fausses pistes (un maniaque sexuel puis des kidnappeurs d'enfant, vils homosexuels par-dessus le marché) : l'action démarre en effet à Lyon, mais elle bifurque, à partir du troisième, vers la Suisse, après avoir fait étape en Bretagne puis en Belgique, ce qui nous éloigne du sujet.

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La ficelle de Fourvière, avec un rhume à l'intérieur.

Pour faire vite, le héros se fait chourer sa meuf parce qu'elle a, sans le savoir, une sœur jumelle (la mère est une vilaine cachottière, mais elle va le payer cher), et qu'un dangereux réseau de méchants qui a les moyens kidnappe tous les vrais jumeaux qui passent à sa portée pour qu'un savant fou puisse faire des expériences, en vue de fabriquer « la pilule de jouvence éternelle ». Je passe sur les péripéties, finalement anodines.

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Carte postale 3 :

l'immeuble du Vieux-Lyon qu'il n'est pas convenable de ne pas avoir vu, place neuve Saint-Jean. C'est là qu'habite la jeune beurette fliquette qui apporte son aide (et son corps à l'occasion) au héros.

Le héros est un jeune, beau, riche chef d'entreprise. En plus de sa belle réussite sociale, il est plein de talents : il a son brevet de pilote d'avion, il a une vieille voiture mais il tient avec maestria le volant de la Ferrari Testarossa qui lui tombe sous la main, il manie le pistolet avec dextérité, etc. En plus, il a une femme belle, intelligente et charmante, et une petite Sabine adorable. Il habite une belle villa moderne avec piscine, quelque part "sur les hauteurs de Lyon" (sans plus de précision, pas loin de la colline de Fourvière, mais pas loin non plus de l'épicerie de Lakdar, le "p'tit arabe", en bas d'une côte). Et ça finit par faire beaucoup pour un seul homme. Car on a le droit de trouver le portrait un peu "chargé".

bande dessinée

Là, le héros dévale les escaliers du passage Mermet, qui donne sur la rue René Leynaud (poète lyonnais, fusillé par les Allemands en 1944, parce qu'ils n'aimaient pas les "terroristes"). J'aimerais beaucoup qu'on m'explique par quel miracle Gil Saint-André a fait, venant du vieux Lyon (voir image précédente), pour dévaler juste après les pentes de la Croix-Rousse.

En bas à droite on voit les quelques marches qui mènent à la cure de l'église Saint-Polycarpe. Les curés (ce n'étaient plus le père Béal et le père Voyant) avaient laissé pendant quelque temps un clochard installer son matelas sur un demi-palier. Il éteignait ses cigarettes dans un fond de bouteille en plastique rempli d'eau. Il avait effrayé la petite Juliette, qui s'était mise à trembler très fort, le jour où il m'avait hurlé, sans doute à cause de l'église voisine : « Va voir ton Seigneur ! », en élevant encore la voix sur "-gneur". On l'a un jour retrouvé mort de froid sur les marches de l'église. 

Curieusement, Saint-André roule en Simca P60 (Aronde étoile 7), dont la production s'arrête en 1963, mais ce n'est pas encore un modèle "vintage" en 1971, quand le tunnel sous Fourvière est inauguré : ceci pour situer dans le temps. On doute quand même qu'elle puisse être immatriculée 5593 AY 69 en 1959 (début de la production), puisque les plaques du Rhône étaient déjà en AZ en 1958. D'ailleurs, on voit ici ou là des Renault "super 5", Peugeot 205 et Ford Transit : est-ce que ça fait raccord ? Pas évident. De même pour la Ferrari Testarossa : ne pas confondre avec la Testa Rossa de course des années 1950. Si elle est en un seul mot, elle est produite à partir de 1984, et c'est bien celle que Saint-André fauche au malfrat qui vient de se faire refroidir par les flics. Bon, je pinaille, j'ergote, je chicane sur les époques : après tout, pourquoi pas, admettons et passons sur les anachronismes, si c'en sont. Une petite frustration quand même du côté de la documentation.

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Droit au sud par la rive gauche de la Saône et l'autoroute A7.

Au premier plan, de dos, la Simca P60 immatriculée 5593 AY 69.

Dit d'une façon plus générale, le Lyon de Kraehn est avant tout elliptique : la ville sert de toile de fond et de décor, mais ne joue pas de véritable rôle dans l'intrigue, contrairement à ce que font Berlion et Corbeyran, pour qui les pentes sont un personnage à part entière. L'auteur ne dédaigne pas les cartes postales, et le lecteur reste tant soit peu extérieur à tout ça, pas tout à fait comme un touriste, mais il y a de ça, tant le héros, partout où il passe, ne fait précisément que passer. La ville n'est pas "sentie".

La faute peut-être au caractère lisse du personnage principal, qui ne pose certes pas au super-mec (il prend des coups, il se foule la cheville, ...), mais un peu trop d'une seule pièce à mon goût, plein qu'il est de l'amour pour sa femme (mais enfin, l'inspecteur stagiaire, la beurette émancipée Djida a aussi des douceurs et des rondeurs bien placées, "qui vous mettent en forme pour la journée", comme dit son supérieur Fourrier : je suis assez d'accord avec Kraehn, quand ce n'est pas en papier), et aussi de candeur et de courage face aux épreuves. 

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mercredi, 17 janvier 2018

LA BD EN VISITE A LYON (2)

Aujourd'hui : OLIVIER BERLION.

J'ai déjà parlé du travail de l'excellent dessinateur Olivier Berlion (voir 12 décembre 2016, Lie-de-vin, sur un excellent scénario d'Eric Corbeyran, éd. Dargaud). A l'occasion, il est capable de vous ciseler lui-même un scénario d'une belle dignité de structure, de découpage et de conduite (voir 13 décembre 2016, Rochecardon, Histoires d'en ville, en trois tomes, éd. Glénat, déjà situés à Lyon, mais ça se passe plutôt du côté des Terreaux, de Vaise et sur la rive glauque de la Saône).

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La Croix-Rousse, celle du moins du quatrième arrondissement (les pentes sud, au-delà du Boulevard, sont dans le premier, ce mélange impur du bas des pentes et du nord de la presqu'île), c'est environ 35.000 habitants du Rhône à la Saône. Par temps de neige et de grand froid, La Croix-Rousse devient une île inaccessible, pentes et plateau réunis, si l'on excepte la ligne du métro à crémaillère, seul cordon ombilical à l'abri des éléments. 

Le camp de base de Berlion et Corbeyran, c'est donc la Croix-Rousse, mais il faut préciser : davantage les Pentes que le Plateau. Autrement dit le frou-frou un tantinet déclassé, sulfureux à l'occasion, des jupes de la Croix-Rousse qui cascadent vers le Rhône, les Terreaux, la Presqu'île et la Saône, plutôt que la platitude commerçante d'un plateau en voie de « gentryfication » (comme disent urbanistes et journalistes : ne jamais oublier les journalistes dans la diffusion des idées toutes faites, surtout quand elles sont portées par la mode du moment).

Mais n'allons pas trop vite : la série se passe à une époque où il y a encore une vraie (ça veut dire "vraiment-pas-moderne-du-tout") Montée de la Grande-Côte. On ne la voit guère, il est vrai, dans les trois volumes que j'ai. Pas plus qu'on ne voit le cinéma Marly (Croix-Paquet) ou le cinéma Chanteclair (boulevard Croix-Rousse). J'avoue que le cinéma Marly et la façade de l'église Saint-Polycarpe m'ont manqué, moi qui étais du bas des pentes. Même qu'à mon époque, la façade de l'église était encore noire (et le bel orgue était en état de marche).

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Le plateau non plus n'est plus ce qu'il était : « Y a plus que des bicots et des bobos », pestait un jour, devant moi, une vieille Croix-Roussienne bouffie, revêche et visiblement alcoolique, en baladant son chien. Elle exagérait, même si les derniers canuts ont désormais suivi les survivants de 14-18 dans la tombe. Son cabot était d'assez bonne composition pour ne plus se formaliser du torrent d'ordures qui pleuvait sur lui tant qu'il n'avait pas offert son obole au trottoir : « Ah, enfin tu t'y mets ! Pas trop tôt ! ». Elle a fini par l'avoir à l'usure.

Bon, c'est vrai que l'action de "Sales mioches" se passe dans des temps à portée de nostalgie, mais ça, ça ne parle qu'à des gens qui ont connu le peintre Sorokine, le Lituanien qui me racontait la façon rocambolesque dont il avait échappé au régime communiste, dans le fatras poussiéreux de son infâme gourbi sous l'escalier de la rue Pouteau ; ou le clochard P'tit Jo, dont le camp de base était la place Croix-Paquet. Il collectionnait, selon les occasions qui s'offraient, les montres de gousset qu'il trouvait parfois dans les poubelles, et qu'il me montrait en échange de quelques cigarettes. J'en parle sans nostalgie.

Berlion, la Croix-Rousse, il connaît, avec ses voies d'accès, que ce soient pour les piétons (de la Montée Hoche à la rue Soulary, en passant par les Montées de la Muette, du Boulevard, Rater, ...) ou pour les voitures (de la montée des Esses ou de la Butte à la rue Eugène Pons, en passant par la rue Allouche, la montée Bonnafous, etc.). La preuve, c'est qu'il en dessine les lieux avec précision, exactitude et tendresse. Bon, on peut se dire qu'en image, une petite rue en pente est plus évidente et gratifiante pour donner une belle impression de profondeur à une perspective, mais enfin, quand on connaît les lieux, ça fait toujours plaisir.

Je lui ferai un seul reproche : dans le troisième épisode de Sales mioches ("La Ficelle"),lyon,croix-rousse,bande dessinée,olivier berlion,éric corbeyran,éditions dargaud,berlion lie-de-vin,berlion corbeyran sales mioches,éditions glénat,lyon rhône saône,place des terreaux,gentryfication,traboules quand Mig, le "grand" de la bande, a enfilé la magnifique traboule multiple, pas tout à fait labyrinthique (Griffon-Feuillants-Tolozan, que j'ai parcourue en tous sens, mais fermée depuis longtemps à double tour), pour échapper à des poursuivants, il débouche dans l'escalier majestueux de l'immeuble dont on voit l'entrée (non moins majestueuse : je ne sais plus quel consortium de soyeux y avait ses bureaux) à droite, sur une place Tolozan hélas complètement redessinée et resculptée, après la création du métro, du parking souterrain et de la place Louis Pradel. Or l'action se passe dans les années 1960. L'anachronisme est flagrant : le métro, qui franchit le Rhône à l'intérieur du nouveau pont Morand (ce qui explique ci-dessous la perspective un peu bouchée et la montée vers la gauche, vue prise depuis la rue des Feuillants) a été inauguré en 1978. Manifestement, ça ne cadre pas. Bon, on dira : qui le sait ? Je réponds : j'ai juste traîné mes guêtres entre le Tunnel (l'ancien) et les Cordeliers pendant une vingtaine d'années, et moi je sais.

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S'il voulait rester dans l'époque (années 1960 donc), il devait prolonger, avec un décrochement en retrait, la ligne des immeubles à droite jusqu'à l'arrière-plan en laissant le terrain en face absolument horizontal (comme on le voit ci-dessous), avec une rangée de platanes dans l'axe, sous lesquels les voitures se garaient pour se retrouver, si elles restaient trop longtemps, couvertes d'une onctueuse couche blanche déposée par les étourneaux (je me rappelle en particulier une DS que les zoiseaux avaient particulièrement soignée). La photo ci-dessous, prise en contre-champ, le montre bien, quoiqu'elle date d'avant 1940 (ôtez le monument Suchet et ajoutez des voitures et du trottoir, au fond à gauche la rue des Feuillants).

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A droite, le quai Saint-Clair, devenu André Lassagne.

Pour le reste, vraiment rien à dire, c'est parfait. Ci-dessous le bas de la rue Joséphin-Soulary : la maison du poète (1815-1891), avec son buste au-dessus de l'imposte, est tout de suite à main gauche, aujourd'hui occupée par l'ancien libraire des Nouveautés, place Bellecour (M. B.), un gourmand doublé d'un habile peu sympathique. 

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Là, on a une vue exactement documentée sur l'entrée du cinéma associatif, autrefois paroissial, entre l'église Saint-Denis et l'hôpital de la Croix-Rousse, un des rares (si ce n'est le seul) de Lyon à être resté intact et, qui plus est, dans son jus, y compris les fauteuils en velours rouge et la flèche indiquant le balcon.

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Là encore, Berlion est irréprochable : on voit la gare inférieure de la "ficelle" de la rue Terme, funiculaire à deux voies (à Minimes, Fourvière et Croix-Paquet, la voie unique se dédouble pour permettre aux deux voitures de se croiser). Mais il pose une date encore plus certaine sur l'époque de l'action : la ligne a été supprimée en 1967, pour être remplacée par le "Direct Croix-Rousse", tunnel en pente raide qui permet aux voitures d'accéder sans tortiller de l'échappement au boulevard du même nom.

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D'ailleurs, on aperçoit ci-dessous une des trouées à ciel ouvert du dit "direct Croix-Rousse". On est au "Jardin des Plantes", sur le trajet de la ligne n°6, où circulaient des trolleybus raccourcis : il fallait pouvoir manœuvrer dans les rues étroites des pentes. Les nouveaux sont également courts, mais ils ont été "paysagés" : il était impératif de satisfaire le goût des touristes pour l' "authentique" et le "typique".

Ici dans le sens de la montée.

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Là un peu plus haut, après le virage des Trois Gaules, un "paysagé".

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Ci-dessous, toujours le 6, à la descente cette fois. On le voit serpenter, virant sec dans la rue Imbert-Colomès (échevin, commandant de la ville en 1789), après avoir tourné de la rue Diderot vers l'arrêt "Pouteau". On a intérêt à ne pas être pressé certains matins, à cause des camions de livraison, des voitures mal garées ou du camion-poubelle (lui aussi raccourci, mais en plus rétréci, on comprend quand on a vu). On voit ici la bande de gones descendre l'escalier du haut de la rue Pouteau (chirurgien-major de l'Hôtel-Dieu, 1724-1775). Juste en bas, sous la "bulle", l'entrée du 16, où siégeait la 44ème Guy de Larigaudie (je parle de scoutisme).

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Ici, on bascule du côté Saône, la nuit. On n'est pas loin de l'écluse de l'Île Barbe (2 km quand même), et les quatre silhouettes ont quitté la péniche "L'Atalante" et s'apprêtent à escalader la rue d'Ypres, cette rue invraisemblable, pour porter secours à leur copain Mig, à qui des gros méchants font plein de misères. Ypres débouche sur la rue Philippe-de-la-Salle, entre les deux cimetières (l'ancien et le nouveau-eau-eau). Je signale juste comme ça à Olivier Berlion, que j'ai parfois du mal à saisir l'itinéraire qu'il fait prendre à ses personnages : certaines successions de lieux me semblent décousues, acrobatiques ou tarabiscotées, quand elles ne sont pas carrément infaisables. Au choix.

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lundi, 04 septembre 2017

VU À LA CROIX-ROUSSE

UN GRAFFITI AMÉLIORÉ

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dimanche, 04 septembre 2016

LA TETEE EN 1923

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Marie-Thérèse Paliard nourrissant Jacques.

Scan (à même le verre) d'une plaque stéréoscopique prise par le docteur Léon Paliard, le 17 octobre 1923.

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Les mêmes, en tirage sur papier.

photographie,lyon,docteur paliard

Jacques Paliard (ici orthographié Paillard, comme souvent), soldat de 2° classe, sera tué en Alsace le 10 décembre 1944. La photo a été prise par sa mère. Je n'ai pas encore identifié le cimetière. Il avait "pris le maquis" dans ce qui s'est appelé le "Maquis de Beaubery", constitué de 250 hommes de toutes conditions qui devaient former le "Bataillon du Charollais" (lisible sur la croix) embauché dans l'armée de De Lattre.

photographie,lyon,docteur paliard,bataillon du charollais,de lattre de tassigny,maquis de beaubery

samedi, 03 septembre 2016

LYON-SUR-VERRE

Dépositaire de quelques archives familiales, je tombe parfois sur des documents qui m’intriguent. J’ai dernièrement eu la curiosité de faire tirer sur papier quelques photos sur plaques de verre (« plaques sèches au gélatino-bromure d’argent » de la marque « A. Lumière et ses fils »). En l’absence de tout élément d’information sur les dates, j’en suis réduit aux supputations.

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Le commerce des plaques de verre destinées au public a cessé, paraît-il, en 1950, mais celles dont il s’agit ici remontent selon toute probabilité aux années 1900, 1910 ou 1920. Le lieu de la prise de vue, en revanche, est plus facile à déterminer : on reconnaît Lyon sur plusieurs photos, quoiqu’avec une précision un peu aléatoire dans certains cas.

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Car si je peux identifier facilement (ci-dessus) la rue Servient (quartier Préfecture) qui débouche sur le Rhône et le « pont de l’Hôtel-Dieu » qui le traverse (alors pont pour les piétons, encore ainsi nommé sur un plan de 1914, jusqu'à sa démolition en 1916, aujourd’hui pont Wilson),

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qui me dira où situer l’image (quartier Bellecour ?) où un détachement de dragons en grande tenue se présente sous la houlette d’un officier qui a mis sabre au clair (noter les clairons des deux cavaliers les plus à gauche) ?

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De même, on reconnaît bien, sur la photo du bateau-mouche de la Saône, le clocher de Saint-Georges et la silhouette de la basilique en arrière-plan, mais de quelle gare peut bien s’élancer la locomotive étincelante qu’on voit ci-dessous ?

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Il semble évident que l’instantané où un cheval débouche de la gauche a été fait cours de Verdun, alors appelé cours du Midi (on discerne le clocher carré de l'église Saint Irénée, perchée sur la colline),

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et les daims qu’on voit sur un autre désignent le parc de la Tête d’or.

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Quand aux deux dernières photos, elles montrent sans erreur possible, l’une le pont Tilsitt (aujourd'hui "Bonaparte") avec Saint-Jean derrière et la Croix-Rousse au fond,

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l’autre la place des Jacobins avec sa fontaine, où défilent les chars du Carnaval, tout cela vu d’un étage élevé.

 

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Pour avoir une idée de l'époque, on trouve sur le site de la Bibliothèque Municipale une telle photo (ci-dessous) du Carnaval de Lyon prise par Jules Sylvestre, avec cette imprécision : « circa 1900 ».

photographie,lyon,place des jacobins,auguste lumière,pont de l'hôtel-dieu,plaques sèches au gélatino bromure d'argent,jules sylvestre

Voilà, c’est Lyon il y a une centaine d’années. Vu par un citadin de cette ville. Rien de plus, rien de moins.

Ce sont des images qui me rattachent à quelque chose, qui me racontent une histoire que je ne comprends pas tout à fait, à cause des blancs qui entourent leur raison d'être, comme n'importe quel album ancien de photos de famille non légendées, un siècle après. Mais des images à la présence forte et, à tout prendre, poétique.

Voilà ce que je dis, moi.

vendredi, 26 août 2016

BALZAC ET LES CANUTS

La Maison Nucingen (1838) consiste en un dialogue débridé de quatre amis, tenu dans un des « cabinets particuliers » d’un célèbre cabaret (non nommé) de Paris, et fidèlement reconstitué par le narrateur qui, dans le cabinet mitoyen séparé par une mince cloison, a entendu et mémorisé l’intégralité de la conversation.

Aux voix, il a reconnu les personnages, qui se nomment Blondet, Finot, Couture et Bixiou : « C’était quatre des plus hardis cormorans éclos dans l’écume qui couronne les flots incessamment renouvelés de la génération présente ». Il est utile de préciser que les langues vont bon train, du fait qu’on a fait venir un nombre respectable de bouteilles de champagne, au point qu’à la fin les compères sont un peu gris.

Bixiou raconte à ses amis comment Eugène de Rastignac, qui vivait si pauvrement à la pension Vauquer, vit aujourd’hui confortablement, à la tête d’une fortune de quarante mille livres de rentes, tout en ayant pu richement "doter" ses sœurs, restées au fond de leur province.

Accessoirement, il va dénouer l’écheveau qui rend incompréhensibles au bon peuple les calculs et manœuvres hautement raffinés qu’on voit à l’œuvre dans les milieux de la haute finance, incarnés ici par le richissime banquier alsacien Nucingen. Ah ! les interventions de Nucingen, plus alsaciennes que le vrai : « Hé pien ! ma ponne ami, dit Nucingen à du Tillet en tournant le boulevard, location est pelle bire ébiser Malfina : fous serez le brodecdir teu zette baufre vamile han plires, visse aurez eine vamile, ine indérière ; fous drouferez eine mison doute mondée, et Malfina cerdes esd eine frai dressor ».

Traduction : eh bien mon bon ami, l’occasion est belle pour épouser Malvina : vous serez le protecteur de cette pauvre famille en pleurs, vous aurez une famille, un intérieur ; vous trouverez une maison toute montée, et Malvina certes est un vrai trésor. On trouve dans le Nouveau dictionnaire des œuvres le commentaire suivant : « De plus, Balzac, par un souci exagéré de réalisme, s'obstine à reproduire le singulier jargon parlé par le baron, ce qui rend pénible la lecture des dialogues ».

Pas faux, mais ma parole, si le commentateur met un jour les pieds dans l'Alsace profonde pour dialoguer avec un vieux de la vieille, il verra ce que c'est. Je pense aussi à Victoire, la servante du colonel dans Le Sapeur Camember, et à son accent superlativement alsacien, qui provoque quelques malentendus. Ainsi : « Le colonel est-il visuel, mam'selle Victoire ? - Foui ! mossieu Gamempre, ché fiens te le foir ... tant son gabinet ... il ... é...grivé », dont le dernier mot fait croire au sapeur que le colonel est "crevé". Toute la caserne se précipite chez lui. Comme il est bien vivant, on convoque Victoire : « Oh ! mossieu Gamempre (...) c'est pas chentil te faire arrifer tes misères à une bôvre cheune fille innocente ... Ch'ai pas tit : "Le golonel il est grévé" ... Ch'ai tit : "Le golonel il égrivé ... avec une blume, quoi ! ».

Ailleurs, elle va faire les courses, et fait deviner à Camember ce qu'elle va acheter : « ... ça gommence par un C ». Le sapeur ne trouve pas : « Eh ! pien ! mossieu Gamempre, puisque fous ne tefinez pas : c'est tes cuernouilles et un chigot ! ».  Dans les Contes drolatiques, Balzac se laissera carrément aller à une débauche toute rabelaisienne dans ce genre, en imitant cette fois la langue du XVI° siècle. Revenons à nos moutons.

Je laisse de côté la complexité des tripatouillages boursiers décrits par Bixiou-Balzac, pour en venir à ce que Blondet dit des canuts de Lyon, qui se révoltèrent en 1831 et en 1834 contre le sort qui leur était fait, et dont l’étendard portait en ces journées la fière devise : « Vivre en travaillant ou mourir en combattant ».

Voici ce que déclare Blondet : « Voici, reprit Blondet. On a beaucoup parlé des affaires de Lyon, de la République canonnée dans les rues, personne n’a dit la vérité. La République s’était emparée de l’émeute comme un insurgé s’empare d’un fusil. La vérité, je vous la donne pour drôle et profonde. Le commerce de Lyon est un commerce sans âme, qui ne fait pas fabriquer une aune de soie sans qu’elle soit commandée et que le paiement soit sûr. Quand la commande s’arrête, l’ouvrier meurt de faim, il gagne à peine de quoi vivre en travaillant, les forçats sont plus heureux que lui. Après la Révolution de Juillet, la misère est arrivée à ce point que les CANUTS [sic] ont arboré le drapeau : Du pain ou la mort ! une de ces proclamations que le gouvernement aurait dû étudier, elle était produite par la cherté de la vie à Lyon. Lyon veut bâtir des théâtres et devenir une capitale, de là des Octrois insensés. Les républicains ont flairé cette révolte à propos du pain, et ils ont organisé les Canuts qui se sont battus en partie double. Lyon a eu ses trois jours, mais tout est rentré dans l’ordre, et le Canut dans son taudis. Le Canut, probe jusque-là, rendant en étoffe la soie qu’on lui pesait en bottes, a mis la probité à la porte en songeant que les négociants le victimaient, et a mis de l’huile à ses doigts : il a rendu poids pour poids, mais il a vendu la soie représentée par l’huile, et le commerce des soieries françaises a été infesté d’étoffes graissées, ce qui aurait pu entraîner la perte de Lyon et celle d’une branche de commerce français. Les fabricants et le gouvernement, au lieu de supprimer la cause du mal, ont fait, comme certains médecins, rentrer le mal par un violent topique. Il fallait envoyer à Lyon un homme habile, un de ces gens qu’on appelle immoraux, un abbé Terray, mais l’on a vu le côté militaire ! Les troubles ont donc produit les gros de Naples à quarante sous l’aune. Ces gros de Naples sont aujourd’hui vendus, on peut le dire, et les fabricants ont sans doute inventé quelque moyen de contrôle. Ce système de fabrication sans prévoyance devait arriver dans un pays où Richard Lenoir, un des plus grands citoyens que la France ai eus, s’est ruiné pour avoir fait travailler six mille ouvriers sans commande, les avoir nourris, et avoir rencontré des ministres assez stupides pour le laisser succomber à la Révolution que 1814 a faite dans les prix des tissus. Voilà le seul cas où le négociant mérite une statue. Eh ! bien, cet homme est aujourd’hui l’objet d’une souscription sans souscripteurs, tandis que l’on a donné un million aux enfants du général Foy. Lyon est conséquent : il connaît la France, elle est sans aucun sentiment religieux. L’histoire de Richard Lenoir est une de ces fautes que Fouché trouvait pire qu’un crime ».

Bon d’accord, Blondet finit par laisser tomber les canuts et son propos dérive, mais tout le dialogue est pareillement décousu, mené « à sauts et à gambades » (Montaigne, III, 9). Balzac nous a d’ailleurs prévenus dès le début : « Ce pamphlet contre l’homme que Diderot n’osa pas publier, le Neveu de Rameau ; ce livre débraillé tout exprès pour montrer des plaies, est seul comparable à ce pamphlet dit sans aucune arrière-pensée, où le mot ne respecta même point ce que le penseur discute encore, où l’on ne construisit qu’avec des ruines, où l’on nia tout, où l’on n’admira que ce que le scepticisme adopte : l’omnipotence, l’omniscience, l’omniconvenance de l’argent ». Je confirme : La Maison Nucingen est bien un livre « débraillé ». Les quatre amis se lancent donc dans une longue "improvisation" (le mot est de B.), qui fait penser à la manière dont Béroalde de Verville conduit (ou fait semblant, ou ne conduit pas) son Moyen de parvenir. Et Balzac ajoute à propos de cette improvisation : « … et, quoique souvent interrompue, prise et reprise, elle fut sténographiée par ma mémoire ».

J’ai raconté ici même (31 janvier) l’événement que fut pour la ville de Lyon, ses habitants et ses autorités la venue de Franz Liszt. C’est bien connu : tout ce qui est important se passe à Paris. Ce n’est pas dans La Maison Nucingen que Balzac va nous dire le contraire, même s’il prouvera maintes fois par ailleurs que la vie de province n'a aucun secret pour lui (il faut voir avec quelle jubilation maligne Balzac assaisonne Alençon dans La Vieille fille, avec quelle poétique mélancolie il décrit les rives de l’Indre dans Le Lys dans la vallée, etc., etc.). S’il fait ici référence à Lyon, c’est presque par hasard, au détour d’une conversation entre amis, lancés dans une agréable beuverie.

Ce que dit des canuts le passage cité est trois fois rien. Ce n’est pas une raison pour le bouder.

Voilà ce que je dis, moi.

jeudi, 25 août 2016

BAUDELAIRE À LYON

Les amateurs des Fleurs du Mal, les spécialistes de la question, les professeurs de Lettres le savent : Baudelaire est passé par Lyon. Il y a même demeuré de 1833 à 1836 : le lieutenant-colonel Aupick, qui a épousé sa mère restée veuve, est en poste dans la ville. En 1834-1835, Charles est élève en classe de troisième, interne au Collège Royal de Lyon (aujourd’hui lycée Ampère). S’il ne brille pas parmi les « premiers-de-la-classe », il n’est pas mauvais élève. La preuve, c'est qu'à la fin de l’année scolaire, il obtient quelques récompenses (qui ne l'empêcheront pas de redoubler sa troisième l'année suivante à Paris, au collège Louis-le-Grand).

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A cette époque d' "obscurantisme moyenâgeux", le romantisme dévoyé d'un Prévert n'avait pas encore élevé le cancre à la dignité de héros moderne et de modèle à suivre. A cette époque d' "arrogance élitiste", un égalitarisme intégriste et fanatisé n’avait pas encore causé les ravages auxquels on assiste depuis quatre décennies, et qui ont ruiné le système éducatif républicain. A cette époque "bourrée de stéréotypes archaïques", on craignait si peu de reconnaître les mérites scolaires des meilleurs élèves que ceux-ci étaient célébrés en fin d’année au cours de la cérémonie dite « Distribution des Prix », cette vieillerie que mai 68 a jetée à la poubelle, en même temps que les insupportables « chaires » et autres estrades, qui soulignaient par trop l'imméritée supériorité du maître sur l'élève. Le Collège Royal de Lyon avait même si peu honte qu'il faisait imprimer la liste de ceux qui méritaient le plus d’être distingués. C’était l’imprimeur Boursy, rue de la Poulaillerie (où se situe aujourd’hui le musée de l’imprimerie), qui était chargé de la fabrication de ce "tableau d'honneur".

C’est ainsi que le nom de Charles Baudelaire, en ce jour solennel du 28 août 1835, fut prononcé à six reprises, dans autant de disciplines :

« Thème »,

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« Version latine »,

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« Vers latins »,

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« Version grecque »,

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« Arithmétique »

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et « Dessin » (spécialité « Figures », les deux autres étant « D'après nature » et « Académies »).

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Certaines paraîtront aller de soi, d’autres sembleront plus surprenantes. Quant au dessin, il sera une évidence aux familiers de cette partie de son œuvre où le poète se livre à la critique artistique.

Ce n’est qu’un document, à peine une anecdote ; c'est, si l'on veut, de l'histoire littéraire abordée par son tout petit côté. Pourtant cela me fait quelque chose de voir imprimé noir sur blanc le nom de Charles Baudelaire adolescent (il a 14 ans), dans ce mince volume que je tiens dans la main,

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où ont été reliés (demi-basane rouge) les tableaux d'honneur de 1835 et 1836 d'un grand lycée de province. Il ne me semble pas indifférent de pouvoir toucher du doigt un témoignage, si modeste soit-il, du passage d’un tel génie dans notre ville (il n'engloba pas celle-ci dans la même aversion que celle dont le nom d'Aupick était pour lui l'objet. On raconte qu'il criait, sur les barricades de 1848 : « Fusillez le général Aupick ! »). J'ai l'impression de parvenir à lui par une voie facile et proche (si j'ai obtenu un premier prix de version latine [au royaume des aveugles ...], j'ai toujours été infoutu de composer des vers latins), mais inconnue du plus grand nombre.

C'est un privilège.

Voilà ce que je dis, moi.

Note : j'aurais pu faire figurer dans ce billet les noms des trois élèves de cette classe de troisième (« Professeur, M. Carrol ») qui jouent les Usain Bolt pour truster les médailles. Je les mentionne pour mémoire : Benjamin Marcouire, de Montpellier, élève interne, vainqueur toutes catégories, qui revient à sept reprises, dont cinq sur la plus haute marche du podium (« Excellence »,« Thème », « Version », «Vers latins » et « Histoire ») ; Nestor de Songeon, de Bourgoin, élève interne, huit fois cité, mais plus souvent en position de Poulidor ; Jean-Jacques Hardouin, de Lyon, élève interne, excellent "troisième couteau", dont le nom apparaît cinq fois. On trouve encore les noms d'Auguste Blanc, Marius Ginoyer, Eugène Turin, Jean-Baptiste Gérentet, Victor Boisset, Décius Giamarchi (de Vescovato, Corse).

Figure aussi un certain Dominique Barnola (« de Lyon, pension Champavert ») qui me rappelle les monstrueux chahuts que, élèves de 2de dans les antiques bâtiments de ce même lycée Ampère, nous avions fait subir au nouveau professeur de physique-chimie, qui portait ce patronyme, pour étrenner sa première année d'enseignement (dévissage intégral des plateaux - en bois - et des pieds - en fonte - des tables, entre autres, avec les conséquences qu'on peut imaginer). Nous retrouvant à la rentrée suivante, il s'était cruellement vengé, en crucifiant dans les trois premières minutes du premier cours notre camarade Pons, beaucoup moins méchant que nous autres, mais pas assez "discret" (ce qu'on appelle "faire un exemple"). Cette année-là, il fut tranquille. Comme quoi ...

jeudi, 09 juin 2016

LYON SANS VOITURES

LYON DANS LE JOURNAL DES VOYAGES 2/2

AUTOUR DE 1880

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Là, pas besoin de faire les présentations : ça n'a pas changé, ou si peu. Ah si : le machin sur la colline.

Non, je ne parlerai pas de l'occupation intégrale et quotidienne de la place Bellecour par 20.000 décérébrés. Non, je ne veux pas parler de football. Non, je refuse de parler de la « Fan-Zone ». Zut, trop tard !

Le Journal des voyages faisait travailler l’imagination, activité philanthropique s’il en est. Mais il arrive, avec le temps, que l’esprit critique du lecteur s’aiguise, et ne gobe plus aussi facilement des histoires racontées par des parleurs à l’imagination trop fertile.

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Pentes, presqu'île, confluent : pour voir ainsi de telles boucles du Rhône en aval, le poste d'observation du dessinateur devait être vraiment à très haute altitude. Pour ce qui est des méandres, il avait aussi un peu d'imagination : le premier après le confluent est à peu près fictif, dans le creux du deuxième, on apercevrait Givors, mais il faudrait une très bonne (longue-)vue. L'artiste n'a pas osé placer Vienne (30 km) dans le paysage, mais on sent qu'on est passé pas loin.

 

Le Journal des voyages, qui était très à l’écoute de son lectorat, sut magnifiquement prendre le virage de la vraisemblance familière et du paysage connu, et proposa des plongées dans des contrées moins exotiques. C’est ainsi qu’il envoya ses reporters dans les contrées reculées du beau pays de France.

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Schéma de fonctionnement de la ficelle de Saint-Just. Notez la drôlerie : l'illustration place "Fourvières" (sic) entre "Lyon" et "Saint-Just". La station intermédiaire s'appelle "Les Minimes".

C’est ainsi que Lyon apparut comme une destination digne d’intérêt. On n’évite certes pas les cartes postales, du genre de celles qu’on voit encore sur les « lieux emblématiques », ces haltes obligatoires pour les cargaisons de touristes armés de leurs mitraillettes à souvenirs. Mais on trouve aussi une spécificité locale connue localement sous le nom de « ficelles », funiculaires à grimper les collines. Vous savez, ces wagons alternativement tirés et retenus par un câble, qui permettent d'économiser l'énergie dans la traction, grâce à leur mouvement en quelque sorte pendulaire. 

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Là oui : ça monte à Fourvière (sans "s"). Le numéro du Journal des voyages est daté du 30 novembre 1884.

A Lyon, il y eut cinq ficelles au total (il en reste deux). Trois pour monter à la « colline qui prie » : entre Saint-Jean et Saint-Just ; entre Saint-Jean et Fourvière ; entre Saint-Paul et Fourvière-Loyasse (la "ficelle des morts", par laquelle les cercueils étaient conduits au cimetière). Deux pour la « colline qui travaille », qui desservaient la Croix-Rousse, d'une part depuis la rue Terme, d'autre part depuis la place Croix-Paquet.

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La Ficelle Croix-Paquet, sur la place du même nom, tel que c'était avant le métro à crémaillère (pas si longtemps, en fin de compte). Ce n'est pas dans Le Journal es voyages, évidemment.

La dernière a été ouverte pour faire concurrence (tarif divisé par deux), et a permis, lors du creusement du tunnel, de mettre au jour le « Gros-Caillou ».

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"Le déménagement à risque du "Gros-Caillou" à la Croix-Rousse".

Voilà ce que devient le "Gros-Caillou" sous la patte de Plonk et Replonk (une commande du musée Gadagne).

Si les lieux ont bien changé, les voitures, à Saint-Just et Fourvière, continuent bravement à se croiser à l’exact milieu de la ligne (415 mètres pour celle de Saint-Just), où la voie se dédouble momentanément. Les lignes de la Croix-Rousse bénéficiaient dès l’origine de deux voies.

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Ficelle de la rue Terme. Le dessinateur a fait attention aux détails techniques, en s'efforçant de rendre les roues-guides qui maintiennent le câble dans l'axe.

"Notre route est droite, mais la pente est forte" (Jean-Pierre Raffarin, dans un jour inspiré).

On a fermé la ligne de la rue Terme en 1967 pour en faire un tunnel routier ("Croix-Rousse direct", pour faire ronfler les gros moteurs). Croix-Paquet est devenu la station intermédiaire de la ligne C du métro à crémaillère.

Ce qui m’intéresse dans quelques images, ce n’est pas la nostalgie (fi donc !) : c’est la jalousie. Oui, je suis jaloux des piétons de l’époque : je rage quand, dans ma pauvre rue du Mail, je dois remonter précipitamment sur l’étroit trottoir encombré de "potelets" disgracieux et d'un tas de concurrents à pied, pour éviter la voiture qui m’arrive dessus. Et je ne vous parle pas des jours de parapluie.

Voilà ce que je dis, moi.

mercredi, 08 juin 2016

LYON SANS VOITURES

LYON DANS LE JOURNAL DES VOYAGES 1/2

Le Journal des voyages, hebdomadaire fondé en 1876 (ma collection court jusqu’à 1899), faisait voyager son lecteur en fauteuil et pantoufles dans le monde entier, si possible dans les endroits, les climats, les altitudes les plus inhospitaliers possibles, le mettait aux prises avec les éléments déchaînés ou les peuplades les plus féroces, et le confrontait aux bêtes les plus dangereuses.

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Aux Cordeliers, vus vers l'ouest. Saint-Bonaventure à gauche, Fourvière tout au fond sur la colline, avant l'éléphantesque basilique. La scène (reconstitution d'après gravure de quelle époque ?) date de bien avant la restructuration de la presqu'île.

 

Le lecteur était même, à l’occasion, invité à frissonner jusqu’aux tréfonds de lui-même en revivant les aventures incroyables d’explorateurs courageux qui découvraient, à Madagascar, une espèce d'arbre cannibale,

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Légende de la photo (d'époque, dans le numéro 61 du 8 septembre 1878 : en ce jour de la Nativité de la Vierge, Alfred Jarry fêtait ses cinq ans) : "L'arbre anthropophage : ce fut une épouvantable orgie". L'article ainsi annoncé, qui se voudrait à teneur ethnologique, est hallucinant. On peut cliquer ICI pour en lire un résumé impeccablement objectif, preuves et citations à l'appui (mon billet du 16 juillet 2013).

 

capables de dévorer des hommes condamnés par leur tribu parce qu’ils avaient enfreint la loi ;

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Cordeliers modernes, vus vers l'est. Saint-Bonaventure à droite. A gauche le machin de la Bourse (où sont organisés chaque année les "Quais du polar"). A gauche, on distingue vaguement les anciennes halles, genre "Baltard". Au fond, le pont La Fayette.

des arbres insectivores capables d’engloutir le bras du voyageur insouciant ;

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Légende : "A travers l'Australie : L'arbre insectivore".

ou qui racontaient une chasse au Moâ (alias Dinornis, mot à mot « oiseau terrible »), oiseau coureur de 3,6 mètres de haut, mais oiseau paléontologique, disparu depuis longtemps.

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Le pont autrefois de "Tilsitt", Saint-Jean (avec son toit très pentu), Fourvière, nantie de sa basilique éléphantesque.

Mais Alfred Jarry saura quoi faire de ce fossile découvert par des gravures, puisqu’il en fait usage dans L’Amour absolu, sous le nom de "diornis".

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Pont La Feuillée, passerelle Saint-Vincent, Quai de la Pêcherie, qui méritait alors bien son nom.

On l’a compris, si les auteurs qui écrivent dans le Journal des voyages n’inventent pas tout, on trouve dans l’hebdomadaire des espèces animales et végétales qu'on ne trouve que là, rigoureusement inconnues des zoologues et des botanistes.

L'imagination promet à l'esprit des ailleurs combien plus affriolants que nos platitudes quotidiennes.

Voilà ce que je dis, moi. 

samedi, 29 août 2015

LYON EN 1961

 

« Nous autres, pauvres canuts, nous pouvons pas nous payer le médecin ; alors nous mourons nous-mêmes. »

La Plaisante sagesse lyonnaise

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LE QUARTIER MERMOZ (8ème arr.).

 

 

 

 FIN (des vacances)

Bientôt la rentrée, donc. Mais on va faire ça doucement, à la paresseuse. A la Gaston Lagaffe.

A bientôt.

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vendredi, 28 août 2015

LYON EN 1961

« Cherches-tu femme fidèle et douce

Prends la ficelle pour la Croix-Rousse.

Si te la veux vive et gentille,

Prends le tramevet de la Guille.

Si te l'espères sage et pas fière,

Grimpe de pied jusqu'à Fourvière.

Mais si tu veux bonheur et paix,

Remplis ta cave de beaujolais. »

 

La Plaisante sagesse lyonnaise

 

Note : la "Guille", c'est la Guillotière, quartier du sud-est de la ville (7ème arr., rive gauche du Rhône).

Je suppose que "tramevet" n'a pas besoin d'éclaircissement.

Quant à la "ficelle", c'est bien entendu, conformément à l'étymologie et à l'origine italienne (du latin "funiculus" : petite corde, ficelle, cordon), le funiculaire. Pour monter à la Croix-Rousse, il y avait la "Ficelle Croix-Paquet" (aujourd'hui métro à crémaillère) et la "Ficelle de la rue Terme" (maintenant "voie directe Croix-Rousse"). Reste deux vraies "ficelles" au départ de Saint-Jean : Les Minimes-Saint-Just et Fourvière.

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LA GARE DE LA MOUCHE

On voit vaguement, découpant un pan de la partie gauche de l'image, le virage de la voie ferrée vers Part-Dieu, Brotteaux, Paris, la planète Mars.

 

  Ci-dessous, vue plongeante sur les deux cimetières de la Guillotière, l'ancien et le nouveau. On voit aussi mentionné l'hôpital Saint-Jean-de-Dieu, où Stanilas Rodanski (La Victoire à l'ombre des ailes) a fini ses jours.

 

jeudi, 27 août 2015

SAINT-FONS EN 1959

« Dans tout cuchon de monde, que ce soye à la Chambre ou à la vogue, y a toujours plus de pieds que de cervelles. »

La Plaisante sagesse lyonnaise

Note : un "cuchon" est un amas. "Cuchon familial" était une expression banale pour désigner les grandes réunions rituelles.

Il faut aussi préciser que chez nous, on appelle "vogue" ce que, chez les autres, on appelle "fête foraine". Manquablement, tout le monde ici connaît la "Vogue de la Croix-Rousse" (de début octobre au 11 novembre), appelée aussi "Vogue des marrons", bien que ceux-ci ne se vendent plus guère. Ne pas oublier d'offrir des "chiques" (il faut de bonnes dents).

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SAINT-FONS : UN GRAND TERRAIN VAGUE, DES USINES, QUELQUES MAISONS

On est dans la banlieue sud-est de Lyon.

 

 Le résultat : ça doit être ça, le progrès. 

 

mercredi, 26 août 2015

LA DUCHERE AVANT LA DUCHERE

Prière à dire avant de se mettre à table, appelée le "Bénédicité de Craponne" (orthographe d'origine respectée à la lettre) :

« Prions Dieu qu'ivienne personne

Nous sons assez grands garçons

Pour manger tout ce que nous ons. »

La plaisante sagesse lyonnaise.

 

Dans le même genre, il existe aussi "Les Grâces de Brindas" :

« Mon Diu je vos remarcie de ce repâs !

Faites que l'autre ne târde pâs.

A tôt le moins que se retârde que ne manque pas ».

 

Tout cela est recueilli par Justin Godart, alias Catherin Bugnard.

Note : Craponne et Brindas sont des communes de l'ouest "lyonnais", en direction des monts du même nom.

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LA PREMIÈRE BARRE DE LA DUCH' EST EN PLEINE CONSTRUCTION

(photo non datée, vraisemblablement autour de 1960)

 

On tourne le dos à la colline de la Croix-Rousse.

Plusieurs barres de la "Grande Muraille" de La Duchère ont aujourd'hui été détruites dont, tout récemment, la "barre des 200". 

 

 

mardi, 25 août 2015

LE RHÔNE EN 1959

« Au travail, on fait ce qu'on peut, mais à table, on se force. »

La Plaisante sagesse lyonnaise

Justin Godart, alias Catherin Bugnard, fondateur de l'Académie des Pierres Plantées.

Justin Godart fut grand résistant et protecteur des juifs pendant la seconde guerre mondiale.

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LES LÔNES, A LA HAUTEUR DE FEYZIN,

commune encore située en Isère à l'époque, avant qu'on parle de "couloir de la chimie", bien qu'une ébauche existe visiblement, et déjà sur la rive gauche. Dans les lônes, j'avais l'impression qu'il n'y avait que des poissons-chats.

 

Le Rhône a été façonné, dompté, organisé : il ne se ressemble plus. Les lônes ont disparu : on ne peut pas tout avoir. On se console : sur la droite, l'autoroute compense largement.

 

 

lundi, 24 août 2015

LYON EN 1961

« Le mal vient à cheval et s'en retourne à pied. »

La Plaisante sagesse lyonnaise, c'est pas de la "gnognote" (mot donné comme lyonnais par Nizier du Puitspelu dans son Littré de la Grand'Côte).

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VAISE, A L'ÉPOQUE INDUSTRIELLE (Rhodiacéta, ...), ET LA RUE MARIETTON

Les tours de la montée de l'Observance étaient déjà là.

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dimanche, 23 août 2015

LYON EN 1961

« S'il y a un Bon Dieu, d'où vient le mal ? Oui, mais si y en a pas, d'où vient le bien ? »

La Plaisante sagesse lyonnaise

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HÔPITAL GRANGE-BLANCHE

Un hôpital pour les piétons et les ambulances. Aujourd'hui, le moindre centimètre de trottoir à l'intérieur de l'enceinte est encombré par la bagnole. 

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Autrement dit, rien n'a changé. Ou si peu. Si : la piste pour hélicoptère sur le toit d'un bâtiment.

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samedi, 22 août 2015

LYON EN 1961

« Te peux faire la bouame tant que te fréquentes, mais après la noce, tiens tati. »

La Plaisante sagesse lyonnaise

Note : "tiens tati" = tiens bon ! Puitspelu ignore "bouame" (pourtant je me souviens d'avoir entendu, dans la bouche d'un honorable prêtre : "Il est tout bouâme !", avec triple accent circonflexe), mais on devine à peu près. Ce prêtre était un vrai Lyonnais : j'ai donné (sous sa direction et en sa compagnie) quelques pièces de Guignol dans un castelet familial, parmi lesquelles La Racine d'Amérique, de mémorable mémoire.

On y parlait de "petit balancement" et de "grand balancement". Une pièce que vomiraient les féministes, si elles savaient qu'elle existe ("Femme, connais-tu la racine d'Amérique ?"). Et je ne vous parle pas du Sarsifi petafiné, au sujet peu convenable aux jeunes oreilles. "Cette pièce ne sera jamais rééditée", était-il noté, par précaution. Une pièce qui prouve que la première greffe de membre viril (celui de Guignol en personne) a eu lieu à Lyon, et nulle part ailleurs. J'ai vu un exemplaire à 150 euros sur l'internet.

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PORT EDOUARD-HERRIOT ET STADE DE GERLAND (on ne dirait pas, mais le stade y est, bien au centre de la photo, tout raplapla : c'est l'époque d'un sport modeste et ouvrier, du sport comme simple divertissement). Au fond, mont Cindre, mont Thou et mont Verdun (de droite à gauche).

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La cathédrale sportive (ce n'est quand même pas Maracana !), ci-dessous : on ne peut pas la manquer.

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vendredi, 21 août 2015

LYON EN 1961

« Ben sûr, c'est pas drôle d'avoir des embiernements, mais c'est toujours ça qu'on peut raconter à ses amis, à qui ça fait tant plaisir. »

La Plaisante sagesse lyonnaise

Note : Nizier du Puitspelu, dans Le Littré de la Grand'Côte, ignore "embiernements". Mais à "embierne" (le mot figure dans des pièces de Guignol), il écrit : « Embierne, s. f. - Embarras, ennui, difficultés de toutes sortes. Un Parisien dirait emm...ment (les étymologies concordent) ».

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GARE DE VAISE

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Tout à fait en haut de l'image ci-dessous, on distingue l'entrée (à peu près au milieu) et la sortie (en haut tout à gauche) du tunnel (avec le viaduc d'accès) qui fut percé pour permettre aux transports en commun, depuis la nouvelle gare routière, de gagner rapidement le plateau de la Duchère, en "site propre", pour éviter la circulation automobile. Certains immeubles de Balmont ont vu apparaître quelques lézardes sur les murs lors du percement.

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jeudi, 20 août 2015

LYON EN 1961

« Si te prends femme, ne la prends pas borgnasse [myope]. Si te la prends borgnasse, ne la prends pas catolle [bigote]. Si te la prends catolle, au moins qu'elle aye de quoi. »

La Plaisante sagesse lyonnaise

Note : tout le monde comprend "avoir de quoi".

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GARES DE LA PART-DIEU ET DES BROTTEAUX (et la caserne, avec sa place d'armes, à gauche, qui s'appelait, en 1914, "Casernes Margaron (de la Part-Dieu)") : j'y ai fabriqué des souvenirs qui sont restés très vifs (mais les bâtiments étaient alors désaffectés depuis lurette, sauf le logement de fonction d'un général D., gouverneur militaire, et de son agréable (pour ne pas dire vivifiante) progéniture féminine).

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Oui, on peut dire que ça a un peu changé : une tour, et puis deux, la troisième vient d'être achevée ; l'auditorium Ravel, qui ressemble à un bivalve se trouve sur la gauche du cliché.

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mercredi, 19 août 2015

VENISSIEUX EN 1961

« Avise un peu, gone. T'as deux yeux, deux oreilles et qu'une bouche. A donc c'est qu'il faut parler à cha peu, voir et écouter à regonfle. »

La Plaisante sagesse lyonnaise

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UN PEU AVANT LA CONSTRUCTION DES "MINGUETTES"

(construction commencée en 1963)

Vénissieux est encore une commune assez rurale (plus pour longtemps, quoiqu'il subsiste des champs cultivés).

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Ci-dessous, orientation de l'image non garantie.

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mardi, 18 août 2015

LYON EN 1961

« Entre les bêtes et les gens, y a bien souvent que le baptême que fait la différence. »

La Plaisante sagesse lyonnaise

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VAISE, SA "GARE D'EAU" ET LE PONT MAZARYK

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Aujourd'hui, on fait du sport sur ce qui fut la "gare d'eau".

Il faut désormais ajouter, sur l'image satellite ci-dessous, le tout nouveau pont Schuman.

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lundi, 17 août 2015

LYON EN 1961

« Quand on te mènera à Loyasse, t'auras beau avoir ramassé tant et plus et même davantage, te n'emporteras que ce que t'auras donné. »

La Plaisante sagesse lyonnaise

Note : Loyasse est un des cimetières de Lyon.

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LE QUARTIER DES ABATTOIRS (abattoirs qui sont devenus "Halle Tony Garnier")

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