Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

mercredi, 15 février 2017

C’EST QUOI, UN « GRAND RÉCIT » ?

1/2

Il est devenu de bon ton, chez les politistes, politologues, éditorialistes, journalistes et autres commentateurs, de sommer les hommes politiques de proposer aux Français un « Grand Récit », expression qui ne signifie rien d'autre que leur capacité à leur laisser entrevoir un projet collectif et un objectif à atteindre qui permette de mobiliser et de souder les énergies. De toutes ces bouches savantes, sur le même sujet, tombent d'autres formules stylistiquement aussi choisies et délectables que « vision permettant une reprise en main de l’avenir », ou « horizon d’attente ». 

J’aime à la folie les politistes et toute la cohorte des doctes qui s’érigent en « conseillers » (peut-être dans l’espoir de le devenir officiellement contre due rétribution auprès d’un responsable). Comme dit le proverbe : « Les conseilleurs ne sont pas les payeurs ». Tous ces gens qui forment le chœur des pleureuses, en même temps que le distillat ultime de l’inutilité et de l'insignifiance, ne me font même pas rire, parce qu’ils font semblant.

Tous ces gens improductifs (mais parasites médiatiquement omniprésents) font en effet, pour ne pas tuer la poule qui les nourrit (les engraisse), comme s’ils ne savaient pas que le monde tel qu’il est a fini par rendre vain toute espèce de « Grand Récit » possible. Tout juste quelques funambules de la politique proposent-ils de temps en temps un « petit récit » : Montebourg et sa « démondialisation » (ça ne fait pas de mal), Le Pen et sa promesse de « sortir de l’euro » (ça fait mal, car ça frappe l'imagination) et, dernièrement, Hamon et sa désopilante boutade du « revenu universel » (ça en fait rêver quelques-uns). Sûrement quelques autres encore, et sûrement d’une très belle eau.

Le « Grand Récit » à la française est mort et enterré. J’en veux pour preuve, entre autres, le pavé pondu récemment par une équipe de 122 historiens sous la direction de l’historien Patrick Boucheron et sous le titre d’Histoire mondiale de la France (rien de moins !). Après la dilution de l’identité française dans la pâte informe de l’Europe, la dissolution de l’Histoire de France dans l’Histoire du monde.

Même pas besoin de lire le commentaire assassin publié par Alain Finkielkraut dans Le Figaro à l’occasion de la publication pour savoir ce que les historiens en général, et ceux-ci en particulier, font du « Grand Récit » : ils le dépècent, ils l’éviscèrent, ils le mettent en charpie jusqu’à ce qu’il ait rendu l’âme, après avoir commencé par dénoncer ce qu’il peut contenir de « mythique » (« nos ancêtres les Gaulois » étant la cible la plus facile : il fallait les entendre se gausser de Sarkozy quand il a cru pouvoir oser la chose).

Un exemple de mise à mort est offert par le traitement qui a été fait des « récits » qui constituaient la culture des tribus primitives, pardon : des « peuples premiers ». D’innombrables sociétés humaines se désignaient en effet elles-mêmes d’un mot qui voulait dire « les êtres humains », et qualifiaient tout ce qui n’était pas eux de « chiures de mouches », « cloportes » et autres appellations avantageuses, quoique « politiquement incorrectes ».

Tous les peuples du monde furent « racistes » (au sens vulgaire et galvaudé). Et ceux qui ne le sont pas restés aujourd’hui sont non seulement une rareté, mais encore une pure hypothèse. Et chaque peuple a scellé sa cohésion en se racontant sa propre histoire, en laquelle chacun des membres croyait. Car un « Grand Récit » n’a que faire de savoir ou de vérité à son propos, encore moins de science : la croyance suffit largement. La croyance seule fait adhérer. Il ne semble pas possible de faire reposer l'adhésion à un projet collectif sur quelque chose qui soit de l'ordre du seul savoir.

Le même traitement fut appliqué par les historiens, ethnologues et anthropologues au discours que tenaient, « au temps des colonies », les prétentieux occidentaux qui, disaient-ils, « apportaient la civilisation » aux primitifs qui en étaient à leurs yeux démunis. De quel droit la puissance technique conférait-elle à notre civilisation une supériorité sur toutes les autres ? Il fallait en finir avec l’arrogance impudente de l’occidental. La tâche fut menée à bien par les sciences humaines. L’Histoire mondiale de la France de Patrick Boucheron et consort parachève la besogne.

Je me rappelle avoir entendu, lors d’un débat radiophonique autour de « l’histoire qu’il faut enseigner aux petits Français », l’un des participants bondir sur le micro lorsqu’un autre lança qu’il était impératif d’enseigner l’ « histoire chronologique de la France ». Il s’étranglait : « Quoi, vous voudriez revenir à "nos ancêtres les Gaulois" ?! ». Inutile en effet de demander à un historien d’aujourd’hui, un historien « moderne », de cautionner quelque « roman national » que ce soit. Soyons sérieux : soyons scientifiques. C’est pourtant bien ce mythe des Gaulois, tété par tous les Français avec le lait de leur mère qui, en leur donnant un "bien national commun", a fait le succès de la série Astérix. Passons.

Quand l’ « Histoire de France » a été ainsi déconsidérée et ravalée au rang de « roman national », l’enseignement de l’histoire a cessé d’être républicain pour devenir scientifique. L'histoire a cessé d'être un projet de formation du citoyen. L’histoire, au nom de la science, a renoncé à enseigner ce qui risquait de nourrir une « conscience nationale ». En abolissant l’idéologie véhiculée par le « roman national », l’Education nationale a évacué le bien commun qui jusque-là tissait dans toute la durée scolaire un lien entre les Français. On a mis au rebut ce résidu de mission sous le nom d’ « instruction civique » (objective, n’est-ce pas !). On a juste remplacé l’idéologie nationale par l’idéologie "scientifique".

Dans ces conditions, comment pourrait-on attirer les Français au moyen d’un quelconque « Grand Récit » ? L’histoire de France, avilie en « roman national », qu’était-ce d’autre en effet que cette grande fiction qui cimentait la quasi-intégralité de la population française ? Et qu’est-ce qu’un « Grand Récit », sinon une grande fiction à visée unificatrice ?

Il y a des jours et des occasions où l’on devrait maudire la « science » (ou plutôt ce qui se prétend tel). Au fait, c'est Guy Debord qui, dans Commentaires sur la société du spectacle, évoque « ... la prolifération cancéreuse des pseudo-sciences dites "de l'homme" », Quarto-Gallimard, p.1616).

C'était donc ça !

Voilà ce que je dis, moi.

lundi, 12 mai 2014

HARO SUR FRANCK BRIFFAUT !

Scandale : Franck Briffaut a été élu maire de Villers-Cotterêts. Un facho règne sur le cimetière où est, paraît-il, enterré le père d’Alexandre Dumas, qui s'appelait Davy de la Pailleterie, nom qu'il a interdit à son fils de porter quand celui-ci s'est mis en tête de faire l'écrivain, c'est-à-dire le saltimbanque. Et Franck Briffaut aggrave son cas : seul des 36.000 maires de France, il a refusé de commémorer l’abolition de l’esclavage. Un scandale intolérable !

ESCLAVAGE 1.jpg

J’ai récemment réattaqué Les Trois mousquetaires, célébrissime fable d’un certain Alexandre Dumas. Je devais avoir quatorze ans quand je l’ai ouvert pour la première fois. J’avais vibré intensément : madame Bonacieux, Milady de Winter, Buckingham, le Roi contre le Cardinal, les duels, les valets de nos héros (Planchet, Grimaud, et puis les autres). Je viens de le rouvrir, et c’est la catastrophe. J’ai trouvé ça bavard, mais bavard ! Infernal ! L’horrible déception. Si l’on veut savoir ce que veut dire « tirer à la ligne », on n’a qu’à lire Les Trois mousquetaires.

 

Des Mémoires de Dumas, j’ai lu le premier tome, au moins en grande partie, au moins jusqu’à ce qu’il se mette à raconter l’Histoire de France à sa façon. La partie que j’avais préférée est celle où il racontait son enfance, en particulier les propos qu’il tenait sur son père, devenu comte Davy de la Pailleterie, alias Schwarzteufel (diable noir) comme l’avaient surnommé les soldats contre lesquels il s’était battu pour la République.

 

Le trait d’héroïsme inoubliable qui me reste du "général Dumas" est ce pont défendu contre les Autrichiens, devant lequel on devait ramasser vingt-cinq cadavres qu’il avait abattus au sabre ou au fusil, je ne sais plus. L’autre fait héroïque est cette anecdote, peut-être complaisante, qui colporte l’image d’un Hercule capable de soulever quatre fusils jusqu’à l’horizontale après avoir glissé quatre doigts dans leurs canons. Des fusils de l'époque ! Vous pouvez toujours essayer : vous comprendrez l’expression « Schwarzteufel ».

 

Le général improprement nommé Dumas (nom de sa mère, engrossée par monsieur Davy de la Pailleterie) est enterré à Villers-Cotterêts, paraît-il. Et paraît-il, quelqu’un (sans doute une autorité, je me fiche de savoir laquelle) a décidé que le 11 mai serait à partir du jour de sa décision une date consacrée à la commémoration de l'abolition de l’esclavage. En France on adore se gargariser avec les grands mots ! Il paraît que beaucoup de Français à peau noire sont des descendants d'esclaves.

 

Descendants d’esclaves, c’est incontestable. Pour la bonne raison qu’une part du sang qui coule dans les veines de 100 % des Français qui vivent aujourd’hui vient d’un ancêtre qui fut esclave. Eh oui, nous sommes tous des descendants d’esclaves. En même temps, il est probable que 100 % des Français aient au moins quelques gouttes de sang d'anciens esclavagistes. Nous sommes tous des descendants d'esclavagistes. Eh oui, c'est compliqué, la généalogie. J’attends de ceux qui ne seraient pas d’accord qu’ils apportent la preuve du contraire, tests sanguins à l’appui. On ne plaisante pas avec la vérité historique.

 

Hélas, la journée autoproclamée de commémoration de l’esclavage ne concerne pas 100 % des Français. Juste les citoyens à peau plus ou moins foncée. Je trouve ça profondément injuste pour la population à peau blanche tirant plus ou moins sur le rose. C’est de la discrimination.

 

Et pour quelle mauvaise raison, s’il vous plaît ? Parce que les Français à peau blanche tirant sur le rose (à l'exception de ceux souffrant d'ictère hépatique, alias jaunisse) ont décidé un beau jour d’abolir l’esclavage. Il y a cent soixante-six ans. On en veut aux abolitionnistes d'avoir aboli l'esclavage, alors qu'on devrait les remercier, les féliciter, les congratuler.

 

En effet, Louis-Georges Tin, président de l’autoproclamé représentatif CRAN, en même temps que tous ses « frères de couleur » (entre autres un certain François Makandal, non, pardon, excusez, le monsieur se fait appeler « Franswa », ah mais !), confisque la mémoire nationale, désolée de tous les malheurs qui ont frappé les hommes depuis leurs origines.

esclavage,abolition esclavage,victor schoelcher,front national,franck briffaut,cran,louis-georges tin,conseil représentatif des associations noires,villers-cotterêts,facho,alexandre dumas,les trois mousquetaires,général dumas,alexandre davy de la pailleterie,histoire de france

L'INENARRABLE FONDATEUR (ET SEUL MEMBRE) DU CONSEIL "REPRESENTATIF" (blagueur !) DES ASSOCIATIONS NOIRES DE FRANCE (C.R.A.N.)

Trêve de dérision : il y a trente-six mille communes en France. Et tout le monde, à l’occasion de la commémoration de l’esclavage, fusille monsieur Franck Briffaut, maire de Villers-Cotterêts, où est enterré Alexandre Davy de la Pailleterie, esclave devenu général de la République Française. Franck Briffaut a l’immense tort d’être membre du Front National. Et le monsieur, tare insoutenable, s’est fait remarquer en refusant haut et fort de commémorer l’esclavage. Honte sur Franck Briffaut.

 

Dans l’ambiance de guillotine morale qui règne sur la France bien-pensante, moi je dis qu’il faut en avoir où je pense pour oser. Il s’agit bien de commémorer l’esclavage ! Rions mes frères ! Salauds de Français ! Salauds de blancs ! Salauds de descendants d’esclavagistes ! Qui refusent de se frapper la poitrine ! De revêtir la chemise et la corde au cou ! De se mettre à genoux devant les descendants d’esclaves !

 

Alors que les premiers (et plus grands) esclavagistes des Noirs d’Afrique furent les Noirs, et que ça continue, par exemple au bien nommé Niger (du latin « niger : noir ») !

 

Alors que les deuxièmes esclavagistes des Noirs d’Afrique furent les Arabes, et que les Arabes, par exemple au Qatar et en Arabie Saoudite, très loin de se repentir, persistent et signent, et vont pêcher leurs esclaves actuel(le)s aux Philippines !

 

J’imagine que quelques « belles âmes » de la France effondrée seraient même prêtes à accéder à la demande de réparations financières formulée par quelques Noirs fanatiques, décidés à faire payer les crimes commis par la France contre l’Afrique tout entière dans les siècles passés !

 

J’attends que les Anglais réparent le mal qu’ils ont fait à la France à Waterloo en 1815 ! Et je ne parle pas d'Azincourt (1415) ! Ni de Crécy (1356) ! Messieurs les Anglais, faites repentance ! J'attends que les Romains réparent le mal fait à la Gaule par César ! En attendant, je pète au nez de tous ceux qui veulent faire payer aux Français d’aujourd’hui les injustices commises par leurs ancêtres !

 

Et tout le monde tombe à bras raccourcis sur le seul qui se rebiffe contre ce délire de culpabilité ! Au motif que ça vient (baa ! caca !) du Front National.

 

Honte sur la France, qui n'a plus que monsieur Franck Briffaut, du Front National, pour montrer un sursaut de dignité nationale ! La France est tombée bien bas.

 

Alors tant pis, il est peut-être du Front National, mais j'applaudis quand même Franck Briffaut. Bravo, monsieur Franck Briffaut !

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

 

 

mercredi, 15 mai 2013

AH ! RECREER DU LIEN SOCIAL !

 

VEYRON 56 14.jpg

***

 

Plus il y a d’associations (loi 1901), moins ça « fait société ». Je passe sur le fait que ça veut sans doute dire que, en dehors de cet acte volontaire et conscient d’adhésion à un groupe limité en vue d’une certaine activité (une association loi 1901), les gens n’ont plus besoin les uns des autres. Soit dit par parenthèse, je me demande si ce n’est pas précisément ça, « faire société » : avoir besoin les uns des autres. Je ferme la parenthèse.

 

Un moyen de « faire société », ce serait par exemple de se rattacher unanimement à un principe unique. Et de s’y rattacher sans qu’il y ait délibération et acte volontaire : faire société – enfin c'est mon avis : demandez aux Suisses si quelqu'un les a forcés à planter le drapeau rouge à croix blanche dans leur jardin – est de l’ordre du réflexe, c’est de l'ordre du senti, de l'irréfléchi (« Au fait, t’as acheté le sapin ? »). C’est ce qui ne pose pas question, mais s’impose sans forcer personne, à coup d'article défini, c'est-à-dire quelque chose d'inaccessible au doute. Autrefois, le dimanche, on allait même jusqu'à habiller les enfants avec « les habits du dimanche ». On peut dire que ça, c’est fini.

 

Prenez la "nation", par exemple. Il est loin, le temps où Pierre Daninos (est-ce dans Le Jacassin ?) pouvait faire sourire en racontant la douce manie d’un oncle qui, tous les 14 juillet, n’allait assister au défilé des troupes que pour se placer derrière un homme à chapeau et pour, au passage du drapeau, faire voler la coiffe de l’impudent en lui lançant, comminatoire : « Monsieur, on se découvre devant le drapeau ! », approuvé et applaudi par les témoins. Une telle anecdote aujourd’hui aurait des airs kitsch, voire paléontologiques, pour ne pas dire franchement révoltants.

 

Plus sérieusement, que signifie le mot « nation » dans la tête de jeunes générations auxquelles on ne prend même plus la peine d’enseigner (de transmettre) l’histoire de la formation de la nation française ? Qu'est-ce qu'un "patrimoine commun" ? Il paraît que l’Histoire de France est devenue complètement hors de propos, hors de saison, hors-sujet. Etonnez-vous que, au lieu de sentir quelque chose vibrer à l’intérieur en entendant retentir la Marseillaise, des petits cons se mettent à siffler. Où est-elle, l'idée capable de fédérer les Français ?

 

Ajoutez à cela autre chose. Moi qui suis d’une génération qui a été « appelée sous les drapeaux », ne croyez pas que je vais exprimer une quelconque nostalgie de ce qui s’appelait « service militaire », tant j’ai pu toucher du doigt et absorber à haute dose du concentré d’abruti dans le bain où nageaient quelques galonnés conformistes par métier, beaucoup de sous-galonnés bornés par vocation, quand ils n'étaient pas simplement tarés par nature.

 

Mais sans qu'on soit favorable au retour du « service militaire », il faut bien reconnaître ses deux apports : la découverte de gens de milieux absolument hétérogènes, découverte que je n’aurais jamais faite autrement, et dont je suis obligé d'avouer le bénéfice a posteriori ; la reconnaissance de la dignité du drapeau comme symbole national, je veux dire unificateur. Mais si la conscription nationale a été aussi facilement abolie, c'est qu'il y avait un consentement général pour cela. Le ver était dans le fruit. Combien auraient voulu qu'il y en eût encore et toujours, des "conscrits" ?

 

Ne rêvons pas : la France, comme entité nationale, achève de se dissoudre, et ce ne sont pas des groupuscules, appelés « bloc identitaire » ou autre, qui peuvent s’opposer au processus. Aucun groupuscule n’est en mesure d’arrêter un mouvement qui touche la collectivité dans sa globalité. Qui touche les fondements. Tout s’est passé tranquillement, par petites étapes (suppression de l'enseignement de l’histoire de France, instauration de l’armée de métier n’en sont que deux aspects), presque sans douleur.

 

Tout ça fait qu’on peut se demander qui pourrait bien, aujourd’hui, se déclarer « fier d’être Français ». Qui, à part quelques bandes d’excités ou quelques nostalgiques ? Dès lors, difficile de « faire société », pas vrai ?

 

Voilà ce que je dis, moi.