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mardi, 03 janvier 2017

FRANÇAIS, TIENS-TOI DROIT

 « Si devant l’Allemagne en armes et sûre de sa force, vous trahissez vos morts en penchant des fronts d’esclaves, l’Allemagne haussera les épaules et n’aura pour vous que mépris. Tiens-toi droit ! disions-nous à nos fils. Un Français de 1942 doit être Français et rien que Français … Nous voulons des Français debout … Debout, camarade, et tiens-toi droit ! ».

HENRI BÉRAUD

 

Remplacez "Allemagne" par "Etat islamique" et "1942" par "2017". A part ça, il n'y a pas un mot à changer.

Face à l'islam des tueurs, contre l'état d'urgence, pour l'état de droit, contre la présence policière, contre la lâcheté : 

un peu de fierté ! Tenons-nous droit. 

On raconte qu'entre 1939 et 1945 la France a tout entière résisté à l'Allemagne nazie. Tout le monde connaît la fable de la France résistante. Henri Béraud, qui savait ce que voulait vraiment dire la guerre des tranchées pour y avoir vécu entre 14 et 18, fut jugé, condamné à mort, puis relégué dans l'île de Ré, après la "Libération", comme "collabo". Voilà quand même ce qu'il écrivait en 1942 dans un journal autorisé par l'occupant. Pour un "collabo", il avait une drôle de façon de fraterniser avec l'ennemi pour oser écrire ça sous le nez des nazis. Henri Béraud avait des défauts, il n'a malheureusement pas choisi le camp des vainqueurs, on dira ce qu'on voudra, mais Henri Béraud, voilà un patriote, un vrai !

Moi, en cette période de terrorisme islamiste, je dis à François Hollande, je dis aux gens au pouvoir, je dis aux politiciens, aux députés, aux sénateurs, à tous les responsables de la collectivité nationale : "Messieurs, cessez de consoler la population ! Considérez les Français comme des hommes."

Donnez aux Français l'exemple de la fierté ! J'aime mieux risquer de mourir en vivant sans rien changer à mes façons de faire que tremblant, blotti derrière des rangées de militaires et de policiers armés. La meilleure façon de protéger les Français, c'est que l'armée fasse son boulot de faire la guerre et que la police fasse son métier de rechercher, de repérer et d'arrêter les tueurs avant qu'ils passent à l'acte (en ressuscitant les Renseignements Généraux assassinés par Sarkozy, par exemple). Pour le reste, vivons sans peur la vie qui est la nôtre.

"Nous voulons des Français debout".

Français, "TIENS-TOI DROIT".

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Merci Henri Béraud.

dimanche, 29 novembre 2015

PANIQUE À BORD !

Drapeau-France.jpg

En janvier, ce fut un massacre : l’équipe de Charlie Hebdo, les clients de l’Hyper Cacher, tous des innocents qui ont payé de leur vie le fait d’être ce qu’ils étaient : des caricaturistes, des juifs, des polémistes, des vigiles, des rubriquards, des clients d’un magasin, … Le 11 janvier, une manifestation monstre de tous les révoltés par cet attentat. Au premier rang, un minuscule président de notre république, et un ex-président qui, toujours aussi hystérique, tente en vain de se frayer un chemin vers le premier rang et la grande photo inoubliable des acteurs de l’événement. 

Tout sera fait pour « assurer la sécurité des Français », fut-il assené dans la foulée de ces meurtres. On ajouta au déjà immémorial « plan Vigipirate » le « plan Sentinelle » qui devait «  assurer la sécurité des Français », nous fut-il seriné. Depuis le 13 novembre, on sait ce que nous a valu cette empilement de plans de sécurité, qui devaient théoriquement « assurer la sécurité des Français » (désolé de la répétition, c’est pour rendre l'incantatoire de la chose). Pour donner l’impression qu’il agit, le politichien moderne affiche des « mesures » destinées à figurer, une fois imprimées en photos martiales dans les journaux et dans l’esprit des gens, autant de preuves de l’efficacité du politichien. 

Malheureusement pour notre misérable « chef des armées », ce petit curé balbutiant, cet orateur larvaire, ce lumignon éteint, ce panache gris dépourvu de panache, les attentats du 13 novembre lui ont fait éclater à la figure les preuves de son incompétence et de son ignorance. Mais comment cette catastrophe a-t-elle été rendue possible ? 

Au risque de me répéter, bien que je ne sois pas spécialiste des questions de sécurité, et en m’appuyant sur ce que la mode correcte interdit désormais qu’on appelle le « simple bon sens », la France disposait d’un service de renseignement très efficace et performant : les RG ou Renseignements Généraux. Ce service était honni par tout ce que le pays comptait de gauchistes, il n'avait pas forcément les mains propres, mais il quadrillait le territoire à la façon d’un filet à mailles fines. Les hommes connaissaient bien le terrain, peu de poissons échappaient à leur vigilance, les informations remontaient. 

Le frénétique-à-tics qui a gouverné la France pendant cinq ans, non content de sa fabuleuse invention de la RGPP (Révision Générale des Politiques Publiques – en clair : non-remplacement d’un retraité sur deux dans la fonction publique d’Etat, qui a coûté 50.000 bonshommes à la police, à la gendarmerie et à l'armée), s’est mis en tête, sans doute pour gratter sur les budgets, de faire fusionner les RG (renseignement intérieur) et la DST (contre-espionnage). Le résultat le plus sûr de cette fusion forcée fut une désorganisation complète des services désormais placés sous l’étiquette DGSI. Les « cultures professionnelles », les façons de procéder des deux services étaient tellement différentes qu’il ne pouvait pas en être autrement. Comme de l'huile avec de l'eau, le mélange des deux n'a pas fait une mayonnaise, à peine une vinaigrette : si vous mettez de la vinaigrette dans un moteur, le moteur casse. Les autorités ont tout misé sur la « collecte des données » (moyens techniques, électroniques, informatiques). On voit ce qui en est sorti. 

Or le point commun de tous les types qui flinguent depuis Mohammed Mehra, c’est qu’ils étaient bien fichés, mais qu’il n’y avait plus personne sur le terrain pour tirer le signal au moment où une action se préparait. J’en conclus que la décision de Nicolas Sarkozy de fusionner RG et DST a eu des conséquences criminelles. Je sais bien que si cette décision est une cause indéniable, elle n’est pas la seule, mais on peut être sûr qu’elle est pour une bonne part responsable des tragédies de 2015 en France. 

Alors maintenant, est-ce que le minuscule Hollande a fait mieux ? La réponse est clairement « Non » !  Qu’est-ce qu’il a fait, après Charlie Hebdo ? Après l’Hyper Cacher ? Il a mis plein de soldats et de policiers (Sentinelle + Vigipirate) dans les rues, dans les gares, devant les églises et les synagogues. Il a transformé l'armée française en un corps de plantons. Là encore, on a vu le 13 novembre le résultat de ce déploiement ostentatoire des forces de l’ordre et des forces armées, on a constaté l’efficacité de ce dispositif impressionnant, qui n’était là en vérité, une fois de plus, que pour que les journaux publient des photos permettant aux lecteurs de croire qu’ils étaient protégés par les mesures prises par les « autorités ». 

Qu’est-ce que c’est, une « collecte des données », quand il n’y a personne sur le terrain, personne pour les analyser, personne pour en tirer des conclusions pertinentes ? Ils sont très beaux, les moyens techniques dont disposent les services de renseignement, surtout depuis le vote récent de la loi qui porte ce nom, mais il n’empêche que le récipient où on les entasse est tellement plein de trous qu'une ménagère appellerait ça une passoire. Personne n’a rien vu venir. Pas plus que les Américains n’ont vu venir les pilotes-suicides des avions jetés sur le WTC. Mais il fallait rogner sur les moyens humains, sur les budgets, faire confiance aux experts du numérique. Ah, la technique, que c'est beau, la technique !

Alors maintenant l’état d’urgence. Je dis que l'état d'urgence est l'ultime branche à laquelle se raccrochent des gouvernants aux abois, dans une ultime tentative de dissimuler leur incompétence et leur lâcheté. Je ne peux m’empêcher de me référer au livre de Mireille Delmas-Marty Libertés et sûreté dans un monde dangereux (Seuil, 2010, voir mon billet du 3 mai 2015), où elle s’inquiète de ce que les lois pénales tendent à substituer à la répression d’infractions dûment constatées une répression préventive, fondée sur la dangerosité potentielle et supposée des individus. Ça permet de ratisser très large, au risque de "dommages collatéraux" contre des gens qui n'ont rien à se reprocher.

Une démocratie est un milieu ouvert à tous les vents, un « open space ». La verrouiller, c'est la mettre à mort. Je ne dis pas qu'elle ne doit pas se défendre, je dis que pour se défendre elle doit se doter de bons outils : monsieur Hollande, ne commencez pas par faire disparaître l'état de droit, commencez par remettre ces outils (armée, police, renseignement) en état.

Dans Le Monde du 6 juin 2015, Delmas-Marty enfonçait le clou : « En France, le grand tournant remonte à la loi de 2008 sur la rétention de sûreté, adoptée par une "droite décomplexée" qui n’hésite pas à copier le modèle d’une loi allemande de la période nazie ». Tiens, encore un coup de Sarkozy (notez que le nom rime avec le dernier mot de la citation, regrettable hasard). De quoi se faire du mouron : l’état d’urgence est l’ennemi de l’Etat de droit. Les bien nommés passe-droits qu’il autorise sont autant de menaces en direction de la liberté. 

Je sais bien que les gens ont peur, je sais bien que Daech et ses sbires ne sont pas des plaisantins, mais je n’ai pas l’intention de changer d’un iota ma façon de vivre du fait du risque terroriste. S'il y a un risque, tant pis : j'assume. Et faites bien attention à ceci : qui m’expliquera pourquoi des militants écologistes ont reçu des assignations à résidence ? Et quid de l’arbitraire et de la violence gratuite commise par les forces de l’ordre au cours des « perquisitions administratives » (voir les articles paraissant ces jours-ci dans l’excellente rubrique « Observatoire de l’état d’urgence » du Monde) ? 

Dans l’état d’urgence, ce qui me fait peur, ce qui nous menace tous, ce sont les abus qui se commettent sous son couvert, ce dont des policiers eux-mêmes reconnaissent qu’ils profitent comme d’autant d’ « effets d’aubaine ». Je n’ai pas confiance dans des policiers qu’on laisse les mains libres et la bride sur le cou. Les terroristes ont d’ores et déjà gagné : la panique règne, au moins en haut lieu. Rien de pire qu’un régime qui règne en laissant régner la peur, et en appuyant sur ce redoutable accélérateur. Gardons-nous de céder à la panique. Quel espace va-t-il rester pour les partisans de la liberté ? Quel espace pour la liberté ? Faire face au danger, ça commence par ne rien changer à notre façon de vivre. A y changer quoi que ce soit, nous avons tout à perdre.

Oui, je suis inquiet : j'ai peur que les terroristes ne réussissent à nous rendre semblables à eux-mêmes (écoutez ici la remarquable explication (15' environ) de Tobie Nathan à ce sujet : il parle du Cambodge de Douch et du Berlin de Goebbels). De gauche, Hollande ? De gauche, Valls ? Ne me faites pas rire.

Voilà ce que je dis, moi.

samedi, 28 novembre 2015

L'ISLAMISME EST UN ICHNEUMON

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L’ichneumon est une espèce appartenant à l’ordre des hyménoptères. La famille des ichneumonidés regroupe un certain nombre d’insectes dotés des semblables et étonnantes caractéristiques : les femelles possèdent, au bout de l’abdomen, une tarière. Pour quoi faire, se demande-t-on ? Pour perpétuer l’espèce, répond l’entomologiste. Comment ça, reprend-on ? 

1 ICHNEUMON.jpgEh bien voilà : quand madame a été fécondée, elle produit des œufs, mais ne sait pas où les mettre pour qu’ils éclosent correctement. Elle a cherché, et puis elle a trouvé, nous apprend l’entomologiste : « Avec sa tarière, la femelle enfonce ses œufs dans le corps des hôtes (surtout des papillons de nuit) dans lesquels la larve se développe, les faisant mourir ». On ne saurait être plus aimable. 

La cousine de madame ichneumon, qui se nomme la rhysse persuasive1 RHYSSE.jpg (Rhyssa persuasoria, L.), fait la même chose, mais en plus spectaculaire. La tarière semble démesurée. En plus, l’outil est protégé par un fourreau. Et la posture pourrait faire croire que la rhysse pratique le yoga, vu les contorsions auxquelles elle se livre pour réaliser l'opération : « Perçoit la présence de larves de sirex dans le bois et perce celui-ci avec sa tarière pour pondre un œuf dans la larve (…). La larve ronge les entrailles de l’hôte et le fait mourir ». On ne saurait être plus persuasif.

1 NETELIA TESTACEA.jpgA propos d’une autre cousine, qui se fait appeler Netelia testacea, il est précisé que la piqûre de la femelle est très douloureuse, mais elle est dépourvue de tarière : « Parasite externe, œufs pondus sur des chenilles dont les liquides internes sont aspirés de l’extérieur ». Au total, une famille vraiment charmante et pleine de ressources et d’imagination. 

Le lecteur aura sans doute compris où le titre de ce billet à gros sabots veut en venir. L’islamisme procède, avec la jeunesse radicalisée (on peut cliquer ci-contre pour lire le formidable article d’Olivier Roy, dans lequel il explique qu’il ne s’agit pas de musulmans qui se radicalisent, mais de jeunes révoltés, reniant le milieu familial, qui servent de pâture aux stratèges de Daech impatients de les transformer en armes de destruction massive : il s’agit au contraire d’ « islamisation de la radicalité », autrement dit du recrutement après repérage de la cible disponible, puis de l'instrumentaliser), de la même façon que les dames de la famille des ichneumonidés : il dépose ses œufs fanatiques dans le terreau fertile que constitue le cerveau en rupture, dans un processus semblable à la façon dont procèdent les gourous et les sectes. Pas besoin de lavage de cerveau : celui-ci est déjà propre et net, lessivé, quasiment vierge, au moment de la contamination. Et ça prospère.

La comparaison vaut ce qu’elle vaut. Elle s’adresse cependant à ceux qui ne comprennent pas comment des jeunes « Français » (?) ont pu en arriver à tuer des journalistes, des juifs, et aujourd'hui à tirer sur une foule indiscriminée. Le corps de la France a servi de nourriture aux larves écloses des œufs que l'ichneumon islamiste a déposés en son cœur : celles-ci se sont gavées de ses fluides vitaux sans qu’elle s’en rende compte. Je rappelle à ce propos que c'est Sarkozy qui a détruit les Renseignements Généraux, lesquels ont pu servir de police politique, mais qui avaient entre leurs mains un radar terriblement efficace pour ratisser le terrain au ras des pâquerettes. Je dis : encore une réforme décidée par les comptables, autant que par un homme politique irresponsable.

Malheureusement pour les larves islamistes, le corps de la France n'est pas une larve de sirex, un papillon de nuit ou une chenille. Le corps de la France est puissant et coriace. Le corps de la France est un morceau trop gros pour que les larves islamistes puissent espérer en venir à bout en le mangeant de l'intérieur ou en aspirant de l'extérieur les liquides internes. 

Voilà ce que je dis, moi.

NB : De l'article d'Olivier Roy, je tire la conclusion qu'il ne sert strictement à rien de vouloir "déradicaliser" les jeunes djihadistes. Est-il raisonnable de vouloir déradicaliser la radicalité ? J'ajoute qu'il serait tout aussi vain de vouloir les "désislamiser" : en matière de religion, ils sont d'une ignorance absolument crasse, compacte et définitive.

De plus, l'auteur précise : « Aucun n'a eu de pratiques "communautaires" : assurer des repas de fin de ramadan, prêcher dans les mosquées, dans la rue en faisant du porte-à-porte. Aucun n'a fait de sérieuses études religieuses. Aucun ne s'intéresse à la théologie, ni même à la nature du djihad ou à celle de l'Etat islamique » (Le Monde, 25 novembre). Savent-ils seulement lire ? Peut-être la solution serait-elle de désislamiser les espaces publics sur l'ensemble du territoire français.

Je l'ai dit il y a quelque temps (voir mon billet du 9 octobre) : l'islam en France deviendra tolérable quand les musulmans, en tant que tels, seront devenus aussi invisibles que le sont aujourd'hui les catholiques ou les protestants. Mais un pays d'origine catholique peut-il s'en remettre à des musulmans du soin de se débarrasser de leur trop grande visibilité ? La réponse est évidemment "non" : il faut, pour restaurer la paix, que les musulmans eux-mêmes décident de se rendre invisibles en tant que tels. Beaucoup le sont déjà, mais combien d'autres sont prêts à renoncer à s'afficher ? J'ai encore vu ce matin deux femmes couvertes de gris et de noir de la tête aux pieds. C'était rue du Mail. Je dis merde !

lundi, 01 décembre 2014

FÉODALITÉ A LA FRANÇAISE 1/3

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Franchement, si on me demandait de quel côté des hémicycles parlementaires penchent mes convictions, je répondrais qu’un bon tremblement de terre (pas moins de 8 sur l’échelle de Richter, si c'est possible) qui, en séance, engloutirait à la fois le Palais Bourbon et le Palais du Luxembourg nous débarrasserait pour de bon de toute une faune que je classe dans son ensemble parmi les espèces nuisibles, toutes droites et toutes gauches confondues. C'est mon opinion et je la partage.

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Mais ne nous affolons pas : de même que, à l'ouverture de la chasse, on dit que « le gibier a sa chance », on admettra que ce vœu laisse toutes leurs chances aux députés et sénateurs : avec la fréquence probable des séismes dans le Bassin Parisien, vu le nombre des secousses telluriques qui ont détruit Paris dans le passé, ils ont de bonnes chances d'y échapper. Il faut savoir être fair play, même dans le tir aux pipes (virtuel).CHEVAL 1.jpg

J’ai tellement évoqué la façon écœurante dont sont sélectionnées et se comportent les « élites » politiques que je n’ai pas très envie d’y revenir. J’y reviens cependant. A la longue, c’est fatigant. Mais la faute à une sale compulsion, qui me pousse à ouvrir les journaux et à écouter les infos à la radio avec une régularité quasi-métronomique.

Et chaque fois, ça me fait le même effet : bouillir, bondir, éructer, pire encore : il m'arrive de hennir (voir pour preuve mes magnifiques autoportraits qui jalonneront ces quelques billets). C’est dire si, parfois, je passe de bien mauvaises journées. Celui qui s'efforce de se tenir au courant de ce qui se passe est bien à plaindre, allez. L'actualité pourrait faire un effort, quand même ! Au moins de temps en temps. Est-ce trop demander ? 

Ces temps-ci, on peut dire que les Français ont été gâtés, gavés, emboqués avec une telle bouillie de bassesse bouffonne que ça leur fait une cirrhose de Foi politique (on sait que le foie gras est un foie cirrhosé). Certainement pas le meilleur moyen de ramener les électeurs en masse vers les bureaux de vote à la prochaine échéance. Allez, je sens que c’est reparti pour une diatribe « en bonnet difforme ». Le zeste d'analyse qu'on trouvera vaudra ce qu'il vaudra, bien sûr.

 

Et encore heureux que je ne parle pas de la télévision, parce qu’alors là c'est la fin des haricots. Qu’il soit bien clair une fois pour toutes : il n’y a pas d’informations à la télévision, dans ce qu’on appelle bizarrement les « journaux télévisés ». Pierre Sabbagh, grande figure archéologique de la télévision française en général et des « journaux télévisés » en particulier, ne disait pas autre chose : faire de la télévision, c’est d’abord fabriquer du spectacle. Autant dire qu'elle est entièrement dévolue au service des industries de la communication. Qui dit télévision dit forcément propagande et publicité. Quoi d'autre ? Et qu'on ne me dise pas que certaines émissions "valent le coup".CHEVAL 2.jpg

 

Et les statisticiens confirment, qui ont calculé la densité des contenus en les rapportant à la durée consacrée à la tâche de s'informer, selon qu’on regarde le 20h de TF1 (France 2, c’est kif-kif), qu’on écoute la radio ou qu’on lit, par exemple, Le Monde, la Frankfurter Allgemeine Zeitung ou l’Asahi Shimbun.

 

Le résultat est sans appel : la quantité d’information à la télé est, si je me souviens bien, 10.000 fois moindre que dans un journal en papier. Et encore, Le Monde n’est plus ce qu’il fut, dont une surface conséquente des pages subit (et fait subir au lecteur) l'occupation de plus en plus envahissante des armées publicitaires et photographiques. C’est dire la masse de contenus qui a été perdu. Mais laissons là la télévision.

 

La principale raison de mon aversion pour la vie politique française est très claire : cela s’appelle le féodalisme. Certes, il y aurait aussi beaucoup à dire de la disparition des idées politiques en France, qui a transformé les responsables en simples gestionnaires, comptables, bureaucrates, dont les seules convictions tiennent à la puissance de leur « ego » (« Ôte-toi de là que je m'y mette ! », autrement dit le tout-à-l'ego), mais ce sera pour une autre fois.  Oui, il suffit de regarder et d'entendre ce qui se passe pour constater que le fonctionnement de la machine à produire ces personnels tellement éloignés du commun des mortels s’inspire largement des mœurs de l’âge féodal.

 

Avant d'en venir au sujet précis (qu'y a-t-il de féodal ici ?), je tiens à dire que je n’utilise pas le terme au hasard, par facilité sémantique ou pour le plaisir de la métaphore : ce qui compte, dans la vie politique française, bien loin devant les hautes préoccupations qui furent celles d’un De Gaulle, d’un Giraud et de quelques grands patriotes, je veux dire, entre autres, le « Sens de l’Etat », c’est le lien de suzerain à vassal (et retour) qui s’instaure – le sens de l’honneur en moins, faut-il préciser : on mange au râtelier, n'est-ce pas – entre l’homme en place et le nouveau venu, lien qui, quoi qu’ils déclarent la bouche en cœur, a la priorité absolue sur les « idées », qu’elles soient de gauche ou de droite.CHEVAL 3.jpg

 

Ah, entendre ces chœurs d’enfants de chœur pathétiques, masturbateurs frénétiques devenus sourds à force, cyniques endurcis et autres vieux aigris qui veulent faire payer au monde entier la foule d'échecs, ambitions frustrées, vexations accumulées, entonner le refrain : « Les idées que je défends » ! Quand ce ne sont pas des « valeurs » ! On trouvera cela désopilant ou sinistre, selon l’humeur du moment. Inutile, je crois, d’enfoncer cette porte des « convictions fortes » : ce n'est pas une porte, c’est un courant d’air.

 

Ce qu’on appela en un autre temps le « Sens de l’Etat », les petits saints qui saturent nos écrans et nos ondes, avec la complicité goulue de scribouilleurs rebaptisés abusivement « journalistes politiques », riflandouilles et galimafreurs de « petites phrases », de bons mots, de petits événements et de petites actions, bref : amateurs de petitesses, ont réussi à en faire un borborygme obscène chaque fois qu’il tombe de l’anus qui leur sert de fonction oratoire.

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

Note : à ceux qui me reprocheraient de charger la barque un peu violemment, je réponds par avance ceci :

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mercredi, 15 mai 2013

AH ! RECREER DU LIEN SOCIAL !

 

VEYRON 56 14.jpg

***

 

Plus il y a d’associations (loi 1901), moins ça « fait société ». Je passe sur le fait que ça veut sans doute dire que, en dehors de cet acte volontaire et conscient d’adhésion à un groupe limité en vue d’une certaine activité (une association loi 1901), les gens n’ont plus besoin les uns des autres. Soit dit par parenthèse, je me demande si ce n’est pas précisément ça, « faire société » : avoir besoin les uns des autres. Je ferme la parenthèse.

 

Un moyen de « faire société », ce serait par exemple de se rattacher unanimement à un principe unique. Et de s’y rattacher sans qu’il y ait délibération et acte volontaire : faire société – enfin c'est mon avis : demandez aux Suisses si quelqu'un les a forcés à planter le drapeau rouge à croix blanche dans leur jardin – est de l’ordre du réflexe, c’est de l'ordre du senti, de l'irréfléchi (« Au fait, t’as acheté le sapin ? »). C’est ce qui ne pose pas question, mais s’impose sans forcer personne, à coup d'article défini, c'est-à-dire quelque chose d'inaccessible au doute. Autrefois, le dimanche, on allait même jusqu'à habiller les enfants avec « les habits du dimanche ». On peut dire que ça, c’est fini.

 

Prenez la "nation", par exemple. Il est loin, le temps où Pierre Daninos (est-ce dans Le Jacassin ?) pouvait faire sourire en racontant la douce manie d’un oncle qui, tous les 14 juillet, n’allait assister au défilé des troupes que pour se placer derrière un homme à chapeau et pour, au passage du drapeau, faire voler la coiffe de l’impudent en lui lançant, comminatoire : « Monsieur, on se découvre devant le drapeau ! », approuvé et applaudi par les témoins. Une telle anecdote aujourd’hui aurait des airs kitsch, voire paléontologiques, pour ne pas dire franchement révoltants.

 

Plus sérieusement, que signifie le mot « nation » dans la tête de jeunes générations auxquelles on ne prend même plus la peine d’enseigner (de transmettre) l’histoire de la formation de la nation française ? Qu'est-ce qu'un "patrimoine commun" ? Il paraît que l’Histoire de France est devenue complètement hors de propos, hors de saison, hors-sujet. Etonnez-vous que, au lieu de sentir quelque chose vibrer à l’intérieur en entendant retentir la Marseillaise, des petits cons se mettent à siffler. Où est-elle, l'idée capable de fédérer les Français ?

 

Ajoutez à cela autre chose. Moi qui suis d’une génération qui a été « appelée sous les drapeaux », ne croyez pas que je vais exprimer une quelconque nostalgie de ce qui s’appelait « service militaire », tant j’ai pu toucher du doigt et absorber à haute dose du concentré d’abruti dans le bain où nageaient quelques galonnés conformistes par métier, beaucoup de sous-galonnés bornés par vocation, quand ils n'étaient pas simplement tarés par nature.

 

Mais sans qu'on soit favorable au retour du « service militaire », il faut bien reconnaître ses deux apports : la découverte de gens de milieux absolument hétérogènes, découverte que je n’aurais jamais faite autrement, et dont je suis obligé d'avouer le bénéfice a posteriori ; la reconnaissance de la dignité du drapeau comme symbole national, je veux dire unificateur. Mais si la conscription nationale a été aussi facilement abolie, c'est qu'il y avait un consentement général pour cela. Le ver était dans le fruit. Combien auraient voulu qu'il y en eût encore et toujours, des "conscrits" ?

 

Ne rêvons pas : la France, comme entité nationale, achève de se dissoudre, et ce ne sont pas des groupuscules, appelés « bloc identitaire » ou autre, qui peuvent s’opposer au processus. Aucun groupuscule n’est en mesure d’arrêter un mouvement qui touche la collectivité dans sa globalité. Qui touche les fondements. Tout s’est passé tranquillement, par petites étapes (suppression de l'enseignement de l’histoire de France, instauration de l’armée de métier n’en sont que deux aspects), presque sans douleur.

 

Tout ça fait qu’on peut se demander qui pourrait bien, aujourd’hui, se déclarer « fier d’être Français ». Qui, à part quelques bandes d’excités ou quelques nostalgiques ? Dès lors, difficile de « faire société », pas vrai ?

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

 

mercredi, 14 novembre 2012

DES MONUMORTS HUMAINS

Pensée du jour :

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"RUPESTRE" N°20

 

(lettre à ANDRÉ R., le lendemain de l'incendie du Bazar de la Charité, le 4 mai 1897, où sont mortes plusieurs grosses pointures féminines de la toute haute société parisienne) : « J'espère, mon cher André, ne pas vous scandaliser en vous disant qu'à la lecture des premières nouvelles de cet événement épouvantable, j'ai eu la sensation nette et délicieuse d'un poids immense dont on aurait délivré mon coeur. Le petit nombre des victimes, il est vrai, limitait ma joie. Enfin, me disais-je tout de même, enfin ! ENFIN ! voilà donc un commencement de justice ».

 

LÉON BLOY

 

 

Résumé : je termine aujourd'hui, à l'occasion du 94ème anniversaire de la fin de la grande catastrophe de 14-18, dont l'Europe n'est pas près d'avoir fini de payer les intérêts, une petite évocation de ces constructions entreprises en 1920 dans les 36.000 communes de France, en l'honneur de leurs 1.700.000 morts.

 

 

Tout en persistant à penser que qualifier ces morts de « héros » est aussi absurde que la guerre qui les a engloutis. Il suffit, pour se rendre compte que c'est une Histoire sans héros (titre d'une BD de DANY), de lire DORGELÈS (Les Croix de bois), BARBUSSE (Le Feu), REMARQUE (A l'Ouest rien de nouveau), JÜNGER (Orages d'acier), augmentés de quelques Français et de quelques Allemands.

 

 

 

En tout cas, faire du 11 novembre une cérémonie militaire, c'est, de la part de la nation, un extraordinaire abandon de souveraineté : l'armée est au service de la nation, et non l'inverse. C'est faire preuve d'un aveuglement presque aussi coupable que, par exemple, le crime commis par le colonel DIDIER, le 8 octobre 1914, sur la personne de JEAN-JULIEN CHAPELANT, qu'il a fait fusiller ligoté à son brancard dressé debout contre un pommier, parce qu'il a eu la mauvaise idée d'échapper, grièvement blessé, aux Allemands.

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LE CHEF MITRAILLEUR CHAPELANT 

 

Le colonel DIDIER l'a fait exécuter pour l'exemple, tenez-vous bien, pour « capitulation en rase campagne ». Il ne faudrait pas confondre la nation avec sa composante armée, surtout depuis qu'elle n'est plus faite de conscrits, mais de professionnels. Qui jugera le colonel DIDIER ? JEAN-JULIEN CHAPELANT s'est montré certainement plus "héroïque" que ce salopard galonné. Qui a intérêt à réduire la nation à l'armée chargée de la défendre ?

 

 

 

J'en reviens aux monuments. Je montre en couverture d’un des albums ci-contre la photo de celui de Pléhédel (22). Cette femme couverte d’un ample capuchon n’a peut-être l’air de rien, mais elle tend le poing d’une façon qui a quelque chose à voir avec le célèbre geste ganté de noir de TOMMIE SMITH et JOHN CARLOS sur le podium du 200 mètres aux Jeux Olympiques de 1968. photographie,littérature,léon bloy,bazar de la charité,europe,france,monument aux morts,première guerre mondiale,guerre 14-18,roland dorgelès,les croix de bois,henri barbusse,le feu,erich maria remarque,à l'ouest rien de nouveau,ernst jünger,orages d'acier,français,allemands,11 novembre,armée française,pléhédel,tommie smith,john carlos,jeux olympiques 1968,picarde maudissant la guerre,paul auban,rené quillivic,bretagne,plouhinec,plozévet,carhaix,fouesnant,pirre fresnay,la grande illusion,boïeldieu,éric von stroheim,aristide maillol,ernest gabard,bande dessinée,dany,histoire sans héros

 

 

 

 

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PLEHEDEL 22

 

En Bretagne, RENÉ QUILLIVIC, né à Plouhinec, privilégia dans les monuments qu’on lui commanda, la figuration du deuil, en montrant un père (Plozévet), une mère (Carhaix), la sienne propre (Plouhinec, ci-dessous), une sœur (Bannalec), tous inconsolables de la perte subie. On lui doit également Fouesnant, Plouyé, Pont-Croix, Saint Pol de Léon, Loudéac, …

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RENÉ QUILLIVIC POUR PLOUHINEC 29

(sa propre mère, la tête inclinée vers - regardez la plaque - combien de noms d'une ville qui comptera environ 4.400 habitants en 1990 ?)

 

J’ai plus de mal à comprendre le choix de certaines communes ou paroisses (rares, heureusement, j’en ai collecté 9 !), dont le choix s’est porté sur un modèle (dont je n’ai pas identifié les promoteurs) qui fait du poilu un jeune homme du beau monde, les jambes noblement croisées, élégamment accoudé à la plaque portant les noms des morts. C’est sûr que celui-ci, comme Boïeldieu (PIERRE FRESNAY) dans La Grande illusion, devait blanchir ses gants avant de se lancer à l’assaut hors de la tranchée (rappelez-vous ce que dit ERIC VON STROHEIM à PIERRE FRESNAY en gants blancs, qui fait semblant de s'évader pour permettre à GABIN de le faire vraiment : « Che fais tirer, Boeldieu ! »). Et ce n’est pas l’ange qui le couronne de lauriers qui est fait pour arranger les choses.

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BEYRIES 40

 

Pour finir sur ce sujet (avant la prochaine fois), il faut quand même parler des quelques grands artistes, comme ARISTIDE MAILLOL, qui eurent parfois l’élégance de travailler gratuitement. MAILLOL poussa cette élégance jusqu'au raffinement généreux, en réalisant gracieusement, dans et pour sa région de naissance, les monuments de Céret, Elne, Port-Vendres et Banyuls.

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OEUVRE D'ARISTIDE MAILLIOL POUR CÉRET 66

 

 Et j’ai rendu hommage, en un autre temps, à ERNEST GABARD, plus récemment à DINTRAT (Montfaucon, 43). Ceux-là ne travaillèrent pas à la chaîne, et ce que nous voyons de leur travail reste – qu’on me passe cette confidence, si c’en est une – émouvant.

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OEUVRE D'ERNEST GABARD POUR JURANÇON 64

 

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

 

samedi, 20 octobre 2012

MONUMORTS QUI ME TOUCHENT

Pensée du jour : « Tout chrétien sans héroïsme est un porc ».

 

LEON BLOY

 

 

Parmi les 36.000 monuments aux morts de la guerre de 1914-1918, on peut en distinguer trois sortes : ceux qui touchent le passant, ceux qui restent neutres, ceux qui sont ridicules. Je parle de leur aspect. Car entendons-nous bien, TOUS les monuments aux morts touchent, et pour une raison évidente : ils portent les noms des morts.

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PLOZEVET 29

A ce sujet, je trouve incompréhensible que la cérémonie du 11 novembre revête encore de nos jours un uniforme militaire (avec drapeaux, anciens combattants, bérets rouges, trompette éventuelle ...). Car les jeunes hommes de la commune qui ont laissé leur vie dans la boucherie étaient des CIVILS, des paysans pour la plupart. Et "paysan", c'est d'une certaine manière la quintessence du civil. Rien n'est plus impropre au militaire que le métier de paysan.

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PONT-CROIX 29

C’est d’ailleurs pour ça que l’on a gravé leurs noms sur les flancs du monument communal (rural, pour la plupart). Je suis, encore aujourd'hui, impressionné par l’invraisemblable liste de ceux que le premier suicide de l’Europe a retranchés du nombre des vivants. Et je maintiens que le plus bel hommage qu'on pourrait leur rendre, plutôt que la sempiternelle sonnerie « Aux morts», que tout le monde écoute en attendant la fin, serait de lire tous les noms gravés. Et ça aurait une autre gueule. Encore une effort, monsieur le Maire !

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PLOUHINEC 29

Esthétiquement, la plupart des monuments sont neutres : un simple obélisque. L’obélisque est la façon la plus courante (ne disons pas la plus banale) dont les vivants ont rendu hommage aux morts de la Grande Guerre.

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DAGNEUX 01 

Sans doute parce qu’il était la moins coûteuse des solutions, surtout dans les toutes petites communes (quoiqu’une loi de 1920 ait autorisé les subventions publiques). Beaucoup se sont contentées d’une simple plaque apposée soit sur la croix du cimetière, soit sur le mur de la mairie, soit dans l’église.

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TENCE 43

Soyons clair : les monuments que j’estime ridicules sont ceux qui exaltent l’héroïsme du combattant, soit par la grandiloquence de la stature prêtée au poilu, soit par l’ardeur guerrière et l’attitude triomphante du soldat qui part la fleur au fusil (façon : « Gais et contents, nous marchions triomphants … », « A Berlin ! »).

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LA CHAPELLE SOUS ROUGEMONT 90 

Franchement quand je lis, sous la plume de CHARLES PEGUY :

 

« Heureux ceux qui sont morts pour la terre charnelle,

Mais pourvu que ce fût dans une juste guerre.

Heureux ceux qui sont morts pour quatre coins de terre,

Heureux ceux qui sont morts d’une mort solennelle. »,

 

je mesure l'insondable fossé (intellectuel, moral, historique, …) qui me sépare de lui. Son excuse, c'est qu'il a mis son poème en pratique (il est mort au combat, à Villeroy, le 5 septembre 1914). Chapeau, monsieur PEGUY. Et respect !

 

 

C’est vrai qu’à son époque, le mot « patrie » avait encore du sens, et qu’il fallait la grandeur (intellectuelle, morale, …) d’un ROMAIN ROLLAND pour refuser d'être sensible à l’appel au sacrifice de soi pour le salut de la terre de ses pères : « Un Français doit vivre pour elle, Pour elle un Français doit mourir », chantait-on alors.

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BIAS 40 

Une autre variété de monuments ridicules se caractérise par l’emphase insupportable des allégories mises en scène, parmi lesquelles la Marianne casquée ou l’Ange rédempteur, ou par l’effort de reconstitution de la tranchée, comme Ville-en-Tardenois l’a fait.

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VILLE EN TARDENOIS 51

(notez le "crapouillot") 

Ces monuments perpétuent un mythe national, une idéologie devenue haïssable : « Vous avez bien fait de donner votre sang et votre vie pour votre patrie. Vous avez bien fait de mourir : voyez comme nous honorons votre mémoire ». Je me demande d’ailleurs si l’horrible guerre de 14-18 n’est pas pour quelque chose dans la dévaluation de l’idée de nation, dont je parlais précédemment.

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PLEHEDEL 22 

Certains diront évidemment qu’il faut comprendre autrement ces monuments, et proclameront : « C’est à vous que nous devons la vie ». Ce n’est pas faux, et je ne peux pas leur donner tort. C’est vrai qu’aujourd’hui, nous voyons les choses avec le recul de l’histoire, et que c’est tout le 20èmesiècle qui peut nous paraître frappé d’absurdité et balayé par des horreurs innombrables et sans nom.

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CAMPAN 65

J'ai préféré néanmoins m’attarder aujourd’hui sur des monuments qui laissent d'abord s’exprimer le deuil, la plainte, la lamentation de ceux qui restent (plutôt celles, d’ailleurs, ce qui s’explique bien sûr très rationnellement) sur les disparus et les absents. A cet égard, parmi les monuments aux morts de la Grande Guerre qui me touchent le plus, regardez ci-dessous.

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MONTFAUCON 43 HAUTE-LOIRE

(2 "BOUCHET", 2 "BOYER", 2 "CORNUT", 3 "DELEAGE", 2 "ESCOFFIER")

 

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

PS : du même GASTON DINTRAT (mort en 1964), et de la même inspiration, le monument de Joyeuse (07) :

JOYEUSE 07.jpg

 

 

 

 

samedi, 01 septembre 2012

L'ANTISEMITISME DE CELINE

Pensée du jour : « "Si tu n'aimes pas la soutane, conseille un proverbe bantou, ne mange pas le missionnaire." Ce qui prouve combien le Bantou est peu civilisé : il ne sait même pas éplucher les légumes. "Il n'y a pas de bas morceau dans le gros ethnographe", dit un autre de ses proverbes. Et, faute d'expérience, on ne peut dire s'il s'agit de discernement ou de gloutonnerie. La civilisation ne commence qu'avec la distinction juridique ».

 

ALEXANDRE VIALATTE

 

 

Je m’étendrai un peu, mais pas trop, sur l’antisémitisme (le général, mais aussi le spécifique de LOUIS-FERDINAND CÉLINE).littérature, création artistique, alexandre vialatte, loui-ferdinand céline, antisémitisme, juif, israël, arabe, palestinien, france, occupation, français, allemand, racisme, sionisme, antisionisme, psychiatrie, pathologie, hitler, auschwitz, protocoles des sages de sion, henri godard, paranoïa, C’est un trop gros cheval pour que je puisse espérer le monter un jour. Et je n'ai pas envie d'apprendre. Je dirai seulement que je ne comprends ni les antisémites, ni l'antisémitisme. J'ai tendance à y voir un simple instrument politique, un outil de gouvernement si vous voulez, que divers pouvoirs au cours de l'histoire ont manipulé dans un sens ou dans un autre, au gré de difficultés ou aléas particuliers.

 

 

 

Quoi de mieux, en effet pour unifier derrière soi, et pour faire adhérer, que de désigner un ennemi ? Qu’est-ce qui pousse à haïr un juif parce qu'il est juif ? littérature, création artistique, alexandre vialatte, loui-ferdinand céline, antisémitisme, juif, israël, arabe, palestinien, france, occupation, français, allemand, racisme, sionisme, antisionisme, psychiatrie, pathologie, hitler, auschwitz, protocoles des sages de sion, henri godard, paranoïa, Qu’un Palestinien haïsse les Israéliens pour occupation de territoire, passe encore. Il s'agit de peuples, de nations. De politique. De guerre, éventuellement. On nous raconte bien que les Français ont massivement haï les Allemands pendant l'Occupation. Mais que veut dire haïr quand on ferme sa gueule ? Ce fut peut-être vrai pour 0,5 % de Français de l'époque, ceux qui ont mis la main à la pâte. Et encore, les chiffres ne sont pas scientifiquement établis.

 

 

Mais qu’un musulman (j'aurais pu dire un chrétien, un soudeur à l'arc, un jockey, que sais-je, FRANK RIBÉRY) haïsse un juif ? J'avoue que c'est au-delà de ma comprenette. Je dois manquer d'imagination. Et pourtant, il y a des antisémites en France, aujourd’hui. Mais c’est pour l’essentiel des gens qui s’identifient aux Palestiniens qui luttent pour la création de leur Etat. Je ne vise personne, mais suivez mon regard. A ce titre, je récuse formellement l'affirmation qui consiste à prétendre que "la France" est antisémite, souvent complaisamment colportée. Non monsieur, ce n'est pas "la France" qui est antisémite.

 

 

A la limite, je me demande si l’on ne pourrait pas parler d’un "antisémitisme politique", plutôt que de se cacher derrière le petit doigt de l'antisionisme.littérature, création artistique, alexandre vialatte, loui-ferdinand céline, antisémitisme, juif, israël, arabe, palestinien, france, occupation, français, allemand, racisme, sionisme, antisionisme, psychiatrie, pathologie, hitler, auschwitz, protocoles des sages de sion, henri godard, paranoïa, Si je comprends bien, ceux qui se veulent, non pas antisémites, mais antisionistes ne visent rien d'autre que la destruction de l'Etat d'Israël (même s'ils prétendent le contraire). Pourquoi ? Tout simplement parce que, si le sionisme a consisté à réclamer une terre pour les juifs, et à appeler à la CREATION d'un Etat, n'est-il pas logique de conclure que l'antisionisme est un appel à sa DESTRUCTION ? Comme AHMADINEJAD ?

 

 

Mon raisonnement est taillé à la hache, je le reconnais, mais il est d'une logique aveuglante. Et son corollaire est le suivant : si vous tentez de détruire l'Etat d'Israël qui, existe depuis plus longtemps (et plus solidement) que le Sud-Soudan, vous avez la Troisième Guerre Mondiale. C'est ça que vous voulez ? Non. Alors à quoi jouez-vous, avec votre "antisémitisme politique" ? 

 

 

Vous me direz que, par bonheur, je ne comprends pas grand-chose, et vous aurez certainement raison. J'espère. littérature, création artistique, alexandre vialatte, loui-ferdinand céline, antisémitisme, juif, israël, arabe, palestinien, france, occupation, français, allemand, racisme, sionisme, antisionisme, psychiatrie, pathologie, hitler, auschwitz, protocoles des sages de sion, henri godard, paranoïa, Je constate simplement, en me contentant d'observer des faits, que la création de l’Etat d’Israël sur une terre longtemps ottomane, et qui, en tout cas, n’était plus juive depuis lurette, mais musulmane pour l'essentiel (avec présence multiconfessionnelle malgré tout) ne pouvait, dès l’origine, que créer du conflit. Et du conflit perpétuel. L’état de guerre date de la création d’Israël. On appelait ça le sionisme. Le sionisme est une déclaration de guerre, puisqu'il s'agit d'occuper un territoire où d'autres sont installés depuis longtemps, sans leur demander leur avis.

 

 

Un Israélien n’a-t-il pas décrit récemment l’Etat d’Israël comme un groupe de 5 millions de Juifs cerné par un milliard de musulmans ? Il faisait en passant abstraction des Arabes israéliens.littérature, création artistique, alexandre vialatte, loui-ferdinand céline, antisémitisme, juif, israël, arabe, palestinien, france, occupation, français, allemand, racisme, sionisme, antisionisme, psychiatrie, pathologie, hitler, auschwitz, protocoles des sages de sion, henri godard, paranoïa, La mentalité d’assiégé est consubstantielle à la création de l’Etat d’Israël. La guerre sera donc éternelle. Et peut-être, un jour, universelle. A cause du sionisme. Vous vous imaginez ? Pouvoir revenir dans votre logement 2000 ans après l’avoir quitté et en chasser celui qui l’occupe à ce moment ? Devinez s'il serait d'accord ?

 

 

A qui appartient la terre ? JEAN-JACQUES ROUSSEAU répond : « Le premier qui, ayant enclos un terrain, s'avisa de dire : Ceci est à moi, et trouva des gens assez simples pour le croire, fut le vrai fondateur de la société civile. Que de crimes, que de guerres, de meurtres, que de misères et d'horreurs n'eût point épargné au genre humain celui qui, arrachant les pieux ou comblant le fossé, eût crié à ses semblables : gardez-vous d'écouter cet imposteur ; vous êtes perdus si vous oubliez que les fruits sont à tous et que la terre n'est à personne ». La terre n'est à personne.

 

 

En même temps, qui d'assez puissant pourrait prendre la décision de vouloir rayer Israël de la carte ? Israël existe bel et bien. Insoluble, le problème, je vous dis. On trouve ici le trou noir (en quelque sorte) de tout désir de paix. Israël est né d'un coup de force. Comment voulez-vous arriver à la paix dans ces conditions ? C'est l'ONU qui a décidé ? Et alors ? Si c'est contre la volonté des Arabes concernés par l'implantation ? Ce n'est pas la guerre ? Si, c'est la guerre. Je m'égare.

 

 

De toute façon, l’antisémitisme de CÉLINE n’a rien à voir avec le sionisme. Il date de bien avant la création de l'Etat d'Israël. littérature,création artistique,alexandre vialatte,loui-ferdinand céline,antisémitisme,juif,israël,arabe,palestinien,france,occupation,français,allemand,racisme,sionisme,antisionisme,psychiatrie,pathologie,hitler,auschwitz,protocoles des sages de sion,henri godard,paranoïaPas sûr même qu'il  a été contre : « Qu'ils aillent donc traiter d'antisémites les arabes de Palestine » (HENRI GODARD, Céline, p. 413).  Son antisémitisme est carrément, et totalement, PATHOLOGIQUE. Une bonne et grosse et grasse et grave maladie psychiatrique. Lui, ce dont il accuse les juifs en 1937, entre autres, c’est de vouloir faire la guerre à HITLER. Il s'y tiendra mordicus. Pour lui, ils sont (et restent) les fauteurs de la 2ème guerre mondiale. On hallucine évidemment.

 

 

Vous voulez savoir ce que c’est, le CÉLINE antisémite? En voilà un extrait : « J’ai rien de spécial contre les Juifs en tant que juifs, je veux dire simplement truands comme tout le monde, bipèdes à la quête de leur soupe… Ils me gênent pas du tout. Un Juif, ça vaut peut-être un Breton, sur le tas, à égalité, un Auvergnat, un franc-canaque, un « enfant de Marie »… C’est possible… Mais c’est contre le racisme juif que je me révolte, que je suis méchant, que je bouille, ça jusqu’au tréfonds de mon bénouze ! … Je vocifère ! Je tonitrue ! Ils hurlent bien eux aux racistes ! Ils arrêtent jamais ! Aux abominables pogroms ! Aux persécutions séculaires ! C’est leur alibi gigantesque ! C’est la grande tarte ! Leur crème ! On me retirera pas du tronc qu’ils ont dû drôlement les chercher les persécutions ! Foutre bite ! ». Voilà, j’arrête, c’est dans Bagatelles pour un massacre (1937). Et ce n’est pas les pires pages, loin de là, je vous assure. On le trouve sur internet. Sans commentaire.

 

 

Quand la réalité d’Auschwitz pète à la gueule du monde, il surveille ses propos médiatiques, mais ne modifiera en rien, jusqu’au bout, ses positions sur la « question juive ». littérature,création artistique,alexandre vialatte,loui-ferdinand céline,antisémitisme,juif,israël,arabe,palestinien,france,occupation,français,allemand,racisme,sionisme,antisionisme,psychiatrie,pathologie,hitler,auschwitz,protocoles des sages de sion,henri godard,paranoïaLes Protocoles des Sages de Sion, ce faux grossier élaboré par la police tsariste ? Il y croit. Le complot juif mondial ? Il y croit. La mainmise des juifs sur les médias, la presse ? Il y croit.

 

 

HENRI GODARD fait toute leur place, sans rien esquiver, me semble-t-il, à ces aspects qu'il qualifie d'insupportables. N'étant pas psychiatre, il se garde d'approfondir. C'est comme en passant qu'il évoque la paranoïa. N'ayant pas autant que lui de précautions à prendre, je le dirai carrément : LOUIS-FERDINAND CÉLINE fut gravement PARANOÏAQUE. Comme le président SCHREBER qui, à part quelques internements, exerça "dignement" sa fonction dans la magistrature (SIGMUND FREUD, Le Cas Schreber).

 

 

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Voilà ce que je dis, moi.

 

 

A suivre.

vendredi, 18 mai 2012

ELOGE DE MAÎTRE RABELAIS

Comme promis (« Compromis, chose due », disait COLUCHE en parlant des femmes), aujourd’hui, j’attaque Maître FRANÇOIS, alias ALCOFRIBAS NASIER. Bien sûr, que c’est RABELAIS. Que puis-je dire, au sujet de RABELAIS ? Si je disais que j’ai l’impression que j’ai du rabelais qui me coule dans les veines, je ne serais pas très loin de la vérité, mais ce ne serait sans doute pas très bon pour ma réputation (quoique …).

 

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LE PORTRAIT LE PLUS CONNU 

 

Pourquoi ? Mais à cause de la réputation de grand buveur devant l’éternel, qu’il traîne depuis toujours, pas complètement à tort, probablement. Ce qui est sûr, c’est que ce n’est pas sa lecture qui vous empêchera de passer à l’éthylomètre avant de prendre le volant. Tout ça pour dire que parmi les auteurs français que ma prédilection m’a amené à cultiver de préférence aux autres, je l'avoue aujourd'hui, c’est RABELAIS qui vient en tête.

 

 

En confidence et par parenthèse, je peux vous dire aussi que celui qui vient en queue s’appelle PIERRE CORNEILLE, mais ça, c’est dû à la longue malédiction qui a poursuivi ce malheureux génie depuis un épouvantable Cinna étudié en classe de 5ème, sous la férule de Monsieur LAMBOLLET, au lycée Ampère. J’imagine que c’était au programme. Je vous jure, Cinna à douze ans, il y a de quoi être dégoûté des mathématiques. Euh, j’ai dit une bêtise ?

 

 

« Prends un siège, Cinna, et assieds-toi par terre, Et si tu veux parler, commence par te taire ». Non, je déconne, ce n’est pas Auguste qui dit ça à Cinna, c’est nos esprits mal tournés d’élèves mal élevés qui brodaient. Forcément, c’est ça qui m’est resté. Mais ça doit être du genre de la « pince à linge » des Quatre Barbus et de la 5ème symphonie de BEETHOVEN.

 

 

Si, j’ai quand même retenu « Je suis maître de moi comme de l’univers », parce que je vous parle d’un temps où l’on apprenait par cœur. Je crois bien que c’est dans la bouche d’Auguste. Mais CORNEILLE m’a collé à la semelle gauche (il paraît que ça porte bonheur !), parce que plus tard, j’ai dû me farcir Sertorius, et puis Suréna, et ce traumatisme, franchement, je ne le souhaite à personne. Et je n’ai rien dit d’Agésilas et d’Attila : « Après l’Agésilas, hélas, mais après l’Attila, holà ! ». Même que ce n’est pas moi qui le dis, c’est BOILEAU, alors.

 

 

Résultat des courses, il m’est resté un automatisme : de même que Gaston Lagaffe éternue dès qu’on prononce le mot « effort », de même, dès que j’entends le nom de CORNEILLE, je bâille. Bon je sais, la blague est un peu facile, mais avouez qu’il fallait la faire, celle-là, et c’est d’autant plus vrai que ce n’est pas faux. Et puis si, par-dessus le marché, ça désopile la rate, on a rien que du bon.

 

 

Mais foin des aversions recuites – et injustes comme sont toutes les vendettas, et je ne vais pas passer ma vie à assassiner CORNEILLE qui, après tout, ne m’a jamais empêché de vivre, malgré des dommages monumentaux à mon égard, pour lesquels je n’ai jamais reçu d’intérêts –, revenons à RABELAIS. 

 

 

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Le portrait ci-dessus est donné pour celui de RABELAIS en 1537. Il tranche avec tout ce qu'on connaît, et l'on est pris de doute. Pourtant, je me rappelle la collection de portraits accrochés dans un des bâtiments de La Devinière, la maison natale : beaucoup ressemblaient à l'officiel, de plus ou moins loin, il est vrai. Mais quelques-uns étaient de la plus haute fantaisie, faisant parfois de l'auteur une sorte de nègre. 

 

 

 

Je ne vais pas refaire mon chapitre sur Lagarde et Michard, avec leur damnée tendance à tout tirer vers le sérieux, le pontifiant et l'asexué, bref, le SCOLAIRE (« ce qu’il faut savoir »), mais il est sûr que si on veut jouir de RABELAIS, c’est dans le texte qu’il faut aller. Et pour y aller, j’espère qu’on m’excusera, il faut avoir envie de jouir. C’est un aveu. Tant pis. J’espère qu’à mon âge, il ne me coûtera pas trop cher.

 

 

RABELAIS ? C’est ma respiration. C’est mon espace vital. C’est comme un socle. Je n’y peux rien, ça s’est fait malgré moi, comme ça, sans que j’y prête la main, c’est certain. RABELAIS m’a appris une chose : la JOIE est le centre nerveux, le cœur et le muscle de l’existence. Tout le reste est résolument secondaire, accessoire, décoratif, facultatif, marginal, subsidiaire, superfétatoire et, disons le mot, superflu. Ce que je trouve chez RABELAIS me ramène toujours à la JOIE.

 

 

Il serait d’ailleurs peut-être plus exact de dire que j’ai satisfait dans RABELAIS ce besoin d’éprouver la JOIE. C’est ce même genre de besoin vital qui m’a rendu récemment jubilatoire, proprement et absolument, la lecture de Moby Dick. Mais c’est vrai, je ne sais pas encore tout, et je ne suis pas sûr d’en savoir plus « quand fatale [sonnera] l’heure De prendre un linceul pour costume » (Le Grand Pan, GEORGES BRASSENS). 

 

 

C’est sûr, MONTAIGNE me touche, mais c’est un homme qui s’écoute. Beaucoup de passages plaisants, c’est sûr (je me suis efforcé d’en indiquer à plusieurs reprises ici même), mais il y a à mon goût trop de gravité chez MICHEL EYQUEM, petit châtelain de Montaigne. En comparaison, RABELAIS, je vous jure, existe concrètement, jovial et fraternel. Dès qu’il vous aperçoit, il vous invite à sa table. C’est une tout autre vision de l’humanité.

 

 

Une humanité qui converse gaiement autour d’une table couverte de plats ventrus et de flacons vermeils. Une humanité qui parle de la vraie vie, poétique et réelle, qui est forcément celle de tout homme. Poétique, parce que tout homme rêve et que tout rêve est poétique. Réelle, parce que lire les livres de RABELAIS est une excellente recette pour apprendre à renoncer sans regret à devenir maître du monde. Il y a tout ça, dans l’œuvre de FRANÇOIS RABELAIS.

 

 

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

Et ce n'est pas fini.