27.02.2012

DU POILU DANS TOUS SES ETATS

La Grande illusion est d’autant plus un grand film que l’illusion est partagée par des gens très opposés. Les uns vont voir la magnifique illusion de la fraternité de deux aristocrates poussés à se combattre par des raisons étrangères à leur monde. Les autres vont voir la grandiose illusion de la fraternité de Maréchal et Boïeldieu, l’aristocrate et l’homme du peuple, que tout, dans leurs « rapports de classes », oppose. Bref, le film est extraordinairement polysémique, et donc inépuisable quant aux interprétations possibles. On dit que c’est une des caractéristiques des chefs d’œuvre.

 

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C'EST JULIEN CARETTE QUE JE PRÉFÈRE

(juste à côté du casque à pointe) :

PAS DE PLUS BEL ACCENT PARIGOT 

 

La guerre de 14-18 a cependant des à-côtés étranges. On ne visite hélas pas assez le champ de bataille du « Mont Linge ». C’est vrai qu’il « parle » moins au visiteur depuis qu’il a été, en quelque sorte, « restauré », voire « reconstruit ». Je l’ai visité « en l’état », comme on dit à propos d’un livre assez amoché qu’on veut vendre, en général à bas prix. C’est un souvenir inoubliable.

 

 

Il y avait une espèce de baraque branlante, qui faisait office de musée, dans laquelle un personnage incertain faisait office de gardien. Dans une pièce assez vague faisant office de lieu d’exposition, on pouvait voir, posés simplement sur une sorte d’établi ou d’étagère faisant le tour, une incroyable diversité d’objets faisant office de collection permanente. Aucune institution n’avait encore mis son nez ou son argent dans ce qui est désormais un, tenez-vous bien, « site touristique ».

 

 

L’aspect le plus spectaculaire de tout le lieu était cependant situé à l’extérieur : ce qui restait des tranchées de 14-18. La partie allemande bien à l’abri des pentes plongeant vers la plaine du Rhin, avec ses redoutes maçonnées, ses grottes aménagées et ses tunnels, et tout juste la crête de coq d’une avancée au sommet, pour empêcher les Français de dévaler.

 

 

La partie française, la sommitale donc, était bien plus dégagée, avec des vallonnements si l’on veut, mais, somme toute et dans l’ensemble, bien plus praticable. Et plus mortifère, sur le plan stratégique. Et pas besoin de connaître les lois de la balistique pour se rendre compte que l’artillerie allemande, dissimulée dans la pente ou hors de portée dans la plaine, avait de bonnes chances de toucher au but à tout coup, alors que les canons français faisaient courir bien peu de risques aux soldats « ennemis », naturellement abrités par la forte déclivité de la pente.

 

 

Le côté spectaculaire et saisissant de ce théâtre des opérations, c’était à l’époque où je l’ai découvert, ce qui restait des tranchées, de vagues sillons creusés dans le sol, entremêlés de barbelés complètement rouillés. L’essentiel n’est pourtant pas là, mais dans l’infernale proximité de la première ligne française et de la première ligne allemande. Dans leur point le plus rapproché, je n’exagère pas en disant que quatre-vingts centimètres les séparaient.

 

 

Maintenant rassurez-vous : l'office du tourisme a pris tout ça en main, a soutiré des subventions. Tout est désormais bien maçonné et visitable : c'est comme à Oradour-sur-Glane, on veille à ce que les ruines ne tombent pas en ruine au carré. Pas comme les pentes du Hartmannswillerkopf, où Monsieur SAX, l'instituteur de Hartmannswiller, m'avait emmené en expédition, et où tout est certainement resté « en l'état ».

 

 

Le Mont Linge, avec sa ligne de front en papier à cigarette, il faut le voir pour le croire. En tendant le bras, les soldats « ennemis » pouvaient se serrer la main. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle les chefs, des deux côtés, faisaient « tourner » les régiments en présence à cadence accélérée, tant il est vrai qu’on tue plus difficilement quelqu’un dont on voit le visage et dont on connaît le prénom, la région, le métier. Rien de plus facile aussi, les longues nuits de veille, que de faire franchir la frontière à quelques cigarettes.

 

 

On a appelé ce genre de « problème » (d’un point de vue militaire) des « fraternisations ». Le soldat GERVAIS MORILLON, par exemple, raconte comment il a vu des Allemands sortir de leur tranchée sans armes, officiers en tête, et venir serrer la cuillère aux Français, échanger à boire, à manger, à fumer. D’autres racontent la trêve du 24 décembre 1914, et la partie de football disputée entre les deux tranchées.

 

 

Il va de soi que de tels « problèmes » furent passés sous silence, et rigoureusement interdits. Sans doute pour « atteinte au moral des armées ». Comme quoi on peut en conclure que la guerre sert l’intérêt des chefs qui, se connaissant, ne s’entretuent pas, au détriment des troufions, qui auraient fait de même si on les avait laissé faire.

 

 

Certains monuments aux morts, en particulier ceux qui ne sont pas sortis des usines spécialisées, mais ont été confiés au savoir-faire des artisans locaux, immortalisent des gestes ou des attitudes, et donnent vie à des moments précis de la « vie des tranchées ».

 

 

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IL FAUT IMAGINER LE BONHOMME ENTIER

(COTIGNAC, recto)

 

Je pense au monument de Cotignac (83570) : on voit dépasser la tête de la sentinelle, mais en allant voir la « face cachée », le verso, on découvre la personne entière du bonhomme, tout absorbé dans son « devoir » de surveillance. Sauf erreur, je ne crois pas qu’il y en ait un seul analogue sur le territoire français. Je pense au monument de Canchy (80150), où l’on voit une sentinelle assise, le regard fixé sur les lignes adverses, qui semble dire : « Qu’ils y viennent ! ». 

 

 

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CANCHY - 80150

 

Mais évidemment, on ne peut pas empêcher certaines communes (la vie à l’arrière ne s’est évidemment pas arrêtée) d’exalter le courage des poilus. Je pense au « Hardi les gars ! » de Beuvillers (14100), à son cousin de Beaugency (45190) et à quelques groupes, comme ceux d’Aigurande (36140), de Pau (64000) ou de Pierrefonds (60350).

 

 

LE MYTHE 

 

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BEAUGENCY (45)

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BEUVILLERS (14) : HARDI LES GARS !

 

 

 

Voilà, je me retournerai encore, de temps en temps, sur ces traces trop élégantes de ce qui n’est rien d’autre que la plus grande boucherie volontaire des temps modernes. Ceux qui veulent en voir un aspect plus « réaliste » peuvent se plonger dans plusieurs œuvres de JACQUES TARDI, en bandes dessinées (C’était la Guerre des tranchées, Varlot soldat, Putain de guerre !, …).  J’espère que le lecteur ne m’en voudra pas trop.

 

 

 

LA REALITE

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JACQUES TARDI

C'ETAIT LA GUERRE DES TRANCHEES

(notez les deux modèles de casques,

et la similitude des uniformes)

 

J'aime bien les histoires, les contes, les légendes, les mythes en général, mais je crois que TARDI, en montrant ces morceaux d'hommes éparpillés, ces intestins pendant aux barbelés, ces crânes qui éclatent, nous raconte bien mieux la réalité du suicide de notre continent européen que n'importe quelle commémoration plus ou moins militarisée, plus ou moins héroïsée.

 

 

Voilà ce que je dis, moi.  

 

 

 

 

 

 

 

 

25.02.2012

DU TEMPS QUE L'EUROPE SE SUICIDAIT

DU POILU DANS SES DIVERS ETATS

 

(Les joyeux suicides du continent européen)

 

 

Je ne suis certes pas historien, mais ce n’est pas une raison pour ne pas se forger quelques idées pour son propre compte. Sur l’histoire, par exemple, il y en a quelques-unes qui prennent du temps pour sortir de la forge. Par exemple, j’ai commencé, quand j’étais tout gosse, par éprouver des frissons au son de la sonnerie « aux morts », tous les 11 novembre.

 

 

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ARVIEUX - 05350 

 

Et puis, un jour, j’ai commencé à lire les noms gravés sur un monument « aux morts ». J’ai aussi fait un « service militaire ». Ça finit par relativiser le sens de certains mots, comme « héros », « gloire », « patrie », et quelques autres.

 

 

J’ai vu des cimetières militaires : le tout « petit » de la Doua ; celui de Colleville-sur-Mer, avec son horizon de croix blanches américaines ; celui de Douaumont, avec sa haute marée de croix blanches – françaises, pense-t-on en général, mais comment déterminer la nationalité des os ?

 

 

Dans deux ans, c’est le centenaire d’un début, mais aussi le début d’un centenaire. Un centenaire qui devrait durer exactement d’août 2014 au 11 novembre 2018. Vous avez déjà compris qu’il s’agit de la « grande », de la « der des der », de « celle que je préfère » (GEORGES BRASSENS) : la Guerre de 1914-1918.

 

 

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PLEURTUIT - 35730 

 

Je voudrais ici, par avance, apporter ma petite pierre – oh, un minuscule gravier – au plantureux monument que ne manqueront pas d’édifier les sûrement grandioses cérémonies qui ne manqueront pas de  marquer les quatre ans de l’anniversaire de ce jour mémorable où l’Europe, lasse de régner sans partage sur le monde connu, se résolut à laisser la place à d’autres et à procéder, sans plus attendre, à son suicide.

 

 

Je ne trouve guère d’autre mot que « suicide » pour désigner l’égorgement de masse sciemment commis par des élites fanatisées sur des jeunesses intoxiquées et embrigadées. Disons-nous bien que 1.400.000 Français sont morts de ce virus, cela fait 27 % des jeunes hommes âgés de 18 à 27 ans.

 

 

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ERQUY - 22430 

 

Ce ne fut guère moins chez quelques nations amies et ennemies. FALKENHAYN, le concepteur de la bataille de Verdun en 1916, crut, jusque sur son lit de mort, que « sa » bataille avait « saigné » l’armée française et épargné l’allemande. On dira que c’est moins que la grippe espagnole de 1918, dont mourut le bon GUILLAUME APOLLINAIRE.

 

 

Ce suicide ne fut que le premier d’une longue série. Pour situer les choses, l’épisode de prospérité matérielle apparente et de réelle exténuation morale progressive, que les économistes appelèrent pompeusement les « Trente Glorieuses », se situe un peu après le deuxième suicide du continent européen.

 

 

Le suicide européen auquel nous assistons sans doute présentement, qui porte comme marques de fabrique, parmi bien d’autres, l’obsession de la REPENTANCE et le RENONCEMENT à exister, est peut-être le dernier. Mais va savoir à quels autres suicides futurs nous sommes promis, grâce à l’audacieux, ferme et total aveuglement de nos pilotes actuels.  

 

 

Restons-en pour le moment à ce suicide « fondateur » que constitue cette guerre de quatre ans et quelque, et à la façon dont les vivants ont ensuite arrangé les choses. En particulier ce qu’on appelle aujourd’hui les « monuments aux morts », ces édifices de pierre devant lesquels, tous les 11 novembre, viennent s’incliner le maire, les enfants des écoles, quelques anciens combattants, un peu de population.

 

 

J’attends, quant à moi, que la cérémonie commémorative annuelle, d’une part, se démilitarise, et d’autre part, fasse la plus large place aux NOMS gravés. Pour moi, le 11 novembre devrait consister en ceci : lire à haute et intelligible voix, l’un après l’autre, les noms des citoyens de la commune qui ont disparu dans le massacre. Rendre ainsi aux morts leur nom parmi les hommes, je ne vois pas de plus bel hommage.

 

 

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GRIGNAN - 26230 

 

En particulier, je ne comprends pas que certains monuments portent fièrement des inscriptions du genre « Gloire à nos héros », par exemple celui de Caluire (69). Je préfère de loin, même s’ils semblent trop modestes, ceux qui parlent des « enfants » du lieu. « Morts pour la France », à la rigueur, même si on pourrait discuter.

 

 

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CAMPAN - 65710

 

Autre aspect important de « l’art patriotico-tumulaire » (JEAN-MARIE DE BUSSCHER, chronique régulière et illustrée dans Charlie-Mensuel) : la représentation. L’essentiel des monuments français, disons-le, consistent en un simple obélisque, augmenté éventuellement d’une croix de guerre, d’une tête de coq, d’une palme ou autre.

 

 

Pour les monuments représentant des hommes, un certain nombre d’entreprises ont constitué de véritables catalogues, dans lesquels les conseils municipaux pouvaient choisir un modèle adapté à leur budget, le « poilu sentinelle » (diffusé à des centaines d’exemplaires) pouvant être livré en bronze, en pierre, en pierre reconstituée, en plâtre, etc.

 

 

Plus rares furent les communes qui firent appel à un sculpteur local, ce qui a donné des résultats variés, de l’art naïf au grand art. Je me suis efforcé, sur kontrepwazon, de rendre hommage à ces efforts municipaux, parfois maladroits, parfois bouleversants, le plus souvent simplement émouvants.

 

 

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MONTFAUCON-EN-VELAY - 43290

 

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

07.12.2011

CARTHAGE, WATERLOO ET VERDUN

« Les taureaux s’ennuient le dimanche », chantait JACQUES BREL. La chanson finissait (et finit toujours, que je sache) par une question sur ce que les taureaux ont dans la tête : « Ne nous pardonneraient-ils pas, en songeant à Carthage, Waterloo et Verdun ? ». BREL répète « Verdun ». Il n’a pas tort. L’homme a fait fort à Verdun, côté rendement, en matière de meurtre collectif, même si c’est un peu moins bien qu’à Hiroshima.

 

 

A Hiroshima, on dénombra 60.000 morts en un instant. A  Verdun, c’est 300.000 morts, mais en huit mois. C’est malgré tout un résultat honorable, dont on peut être fier : rappelons que presque trente ans séparent les deux champs de bataille.

 

 

Par ailleurs, l’avancement dans les techniques de destruction de la vie humaine n’avaient pas encore connu les spectaculaires progrès qui virent le jour au cours de la deuxième guerre mondiale. Certains esprits chagrins objecteront que Hiroshima ne fut pas un champ de bataille. Je réponds que je ne m’intéresse ici qu’au seul aspect technique des opérations.

 

 

Je pense à Verdun et aux 100.000 obus par jour, en moyenne, qui sont tombés. Au total, on compte, selon une source, 53.000.000 d’obus sur 10 kilomètres carrés. Techniquement, on peut se consoler en se disant que ce fut la preuve éclatante que l’industrie française pouvait rivaliser avec l’allemande.

 

 

Mais économiquement, on est bien obligé de reconnaître que ce fut un gouffre financier. Rendez-vous compte : une moyenne de 176 obus pour une seule tête de pipe cassée dans le camp d’en face. Le rendement devient ridicule. Rien ne vaut finalement d’entrer dans les détails pour se faire une vue plus juste des choses.

 

 

Pour parler sérieusement, ce qui est sûr, c’est que la première guerre mondiale est le premier massacre de l’histoire qui ait été pensé, conçu et exécuté comme massacre à grande échelle, et dans l’unique but d’être un massacre. Ce que les Allemands n’avaient pas prévu à Verdun, c’est qu’à peu près autant des leurs que de Français tombèrent (à 20.000 près, mais, n’est-ce pas, « quand on aime, on ne compte pas », paraît-il).

 

 

Je ne vais pas vous reparler ici des 15.000 monuments aux morts que j’ai collectionnés sur internet, dont j’ai publié un certain nombre dans mon blog « kontrepwazon » de 2007, avec la dignité que cela requiert, comme je le pense et l’espère. A part ça, je suis assez convaincu que les monuments aux morts ont été conçus à l'époque comme une gigantesque opération de propagande.

 

 

Je pense à Verdun, et à la « marche pacifiste Metz-Verdun » qui eut lieu en 1976. Je suis heureux d’avoir participé. Je suis heureux d’avoir marché au côté de THEODORE MONOD. Je suis heureux d’avoir marché sur la route légèrement montante qui mène au cimetière.

 

 

Je suis presque heureux que nous n’ayons pas pu parvenir à celui-ci. Je ne parle pas de l’obscène monument pâteux et presque excrémentiel, je parle juste du cimetière. J’y ai pensé des années plus tard, quand j’ai visité le cimetière américain de Colleville-sur-mer. Une croix par bonhomme. Sur des centaines de mètres carrés.

 

 

Combien ils étaient, pour empêcher cette procession silencieuse et digne d’arriver sur les lieux ? Dix piliers de bar à tête de beauf, armés du calot rouge des parachutistes, qui estimaient que nous profanions ce « champ d’honneur ». Entre eux et nous (qui étions facilement plusieurs centaines), la gendarmerie mobile, pour empêcher toute « atteinte à l’ordre public ».

 

 

Je pense à Verdun, et à ce que les soldats ont commencé à recevoir sur la calebasse à partir du 21 février 1916. C’est que le grand penseur stratégique responsable de l’offensive s’appelle ERICH VON FALKENHAYN. Il a décidé de « saigner à blanc l’armée française ». Résultat : plus de 140.000 Allemands étendus aussi pour le compte.

 

 

Pour obtenir ce brillant résultat, il fait venir un nombre impressionnant de « bouches à feu », comme on disait au 18ème siècle. FALKENHAYN a fait disposer 1.300 canons, dont plusieurs centaines de gros calibre. Il a imaginé une technique de bombardement, dite « Trommelfeuer » (qu’on peut traduire « feu en roulement de tambour »).

 

 

C’est d’ailleurs cet usage jamais vu auparavant de l’artillerie qui fera qu’à Verdun, deux morts sur trois sont devenus des disparus. Cette seule idée me flanque la chair de poule. Il me semble que cet acharnement illustre assez bien ce que peut vouloir dire une expression comme « réduire en miettes ».

 

 

FALKENHAYN devait être la caricature même de la vieille baderne fanatique, parce que, jusque sur son lit de mort, il a soutenu que la bataille de Verdun avait tué deux fois plus de Français que d’Allemands.

 

 

Je pense à Verdun, et à mon grand-père, alors simple étudiant en médecine, qui a servi dans un hôpital de campagne à proximité du champ de bataille. Je n’en ai jamais su davantage.

 

 

Je pense à Verdun.

 

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

 

 

21.04.2011

MONUMORTS CONTRE LA GUERRE

J'ai toujours été frappé, lors de toutes les cérémonies du 11 novembre, de leur aspect éminemment MILITAIRE. L'ancien combattant, avec le porte-drapeau, en nombre variable mais souvent massif, en est une figure devenue quasiment obligatoire. Tant qu'il y eut effectivement des anciens combattants ayant vécu dans les tranchées de 1914-1918, je peux dans une certaine mesure comprendre et admettre la coloration militaire de la commémoration de l'armistice du 11 novembre 1918. Seulement dans une certaine mesure, je précise : si c'est en effet la nation tout entière qui rend hommage aux morts de la guerre, je vois peu de raisons de faire de ceux-ci des militaires. Les "POILUS" de 14-18 étaient, jusqu'à plus ample informé, des CIVILS, pour l'essentiel, d'ailleurs, des PAYSANS. C'était la nation qui combattait "l'ennemi" : la France n'était pas Sparte, nation militaire. La France était un pays principalement agricole : on admettra qu'assez peu de paysans labourent en uniforme guerrier. Pour finir sur les poilus et leurs porte-drapeaux, à mesure que l'âge les effaçait de la surface de la terre, je vois s'amenuiser les raisons de la présence obsédante des militaires au cours des cérémonies. LAZARE PONTICELLI lui-même, dernier poilu français, décédé en 2008 à l'âge respectable de 109 ans, je crois bien, n'a participé à une fiction médiatique  qu'à son corps résolument défendant. Pourquoi joue-t-on des marches militaires le 11 novembre ?

Il y a donc eu, dès les premiers monuments de 1920, une forme de CONFISCATION du souvenir de la guerre par la corporation militaire. C'est d'ailleurs ce qui explique que la plupart des 36000 monuments aux morts de notre territoire portent des mentions comme "A LA GLOIRE", "A NOS HEROS". Les plus neutres, les plus nombreux je crois, parlent simplement des "ENFANTS" de la commune "MORTS POUR LA FRANCE". Sur les 15000 monuments aux morts dont j'ai pu consulter la photo, on comprendra donc que des condamnations de la guerre constituent de rarissimes exceptions : en dehors de ceux vantant les mérites de la paix, j'en ai relevé exactement 8 (HUIT) qui s'élèvent EXPLICITEMENT contre la guerre, ceux qui la veulent et ceux qui la font.

Parmi ces huit, seuls 3 (TROIS) déclarent en toutes lettres : "QUE MAUDITE SOIT LA GUERRE !" : le plus connu est celui de GENTIOUX, dans la Creuse. 

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On connaît aussi, peut-être, celui d'EQUEURDREVILLE, dans la Manche.

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On connaît moins je crois, pour ne pas dire qu'on l'ignore totalement, la plaque de CAZARIL-LASPENES, en Haute-Garonne.

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J'ajoute l'église de MARLHES dans la Loire, où l'on voit gravée la phrase : "NON, PLUS JAMAIS, JAMAIS LA GUERRE !".

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Paradoxalement, on trouve dans le Pas-de-Calais une citation de la Bible. C'est la commune d'AVION qui a décidé de rappeler ce "commandement" : "TU NE TUERAS POINT". On voit une guerrière éloigner d'elle son bouclier (bras gauche) tandis que la main droite lâche le glaive qu'elle tenait.

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Les Barthes 12.JPGLES BARTHES, commune de l'Aveyron, montrent une Marianne brisant un fusil.

 

 

 

 

 

Enfin, deux municipalités ont demandé à des sculpteurs de figurer de façon forte le sursaut, que dis-je : le haut-le-coeur qui secoue une personne NORMALE devant de telles absurdités. Les artistes (peut-être était-ce dans leur cahier des charges) ont figuré cette révolte de la conscience humaine dans deux femmes terriblement expressives : celle de PERONNE, dans la Somme, agenouillée au-dessus du cadavre, montre le poing à tous les meurtriers. Celle de SEIGNOSSE, dans les Landes, se dresse fortement, montrant un poing vindicatif.

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Voilà, quand on se rend compte qu'on a si vite fait le tour de ceux qui déclarent et affirment déclarer la guerre à la guerre, on se dit que les monuments aux morts, construits, pour l'essentiel, de 1920 à 1930 (les derniers doivent être de 1932), laissent se profiler assez nettement l'ombre de la "deuxième".

 

 

19.04.2011

RETOUR AUX MONUMORTS

Dans les quelques mois (2007-2008) où j'ai tenu un blog que j'avais nommé KONTREPWAZON, j'ai commencé, longuement, par ne consacrer mes notes qu'aux monuments aux morts  élevés dans presque toutes les 36.000 communes de France à partir de 1920 pour "rendre hommage" aux "héros" tombés pendant la "GRANDE GUERRE", la première guerre d'extermination, la première guerre industrielle, la première guerre "moderne" : la guerre de 1914-1918. Voici celui de BERGUES dans le Nord. Bergues ! 59.JPG Je ne vais pas reprendre dans le détail tout le cheminement de ces quatre-vingt-deux articles. Simplement, je peux préciser que, ayant traversé la France en tous sens et en famille (pardon pour le zeugma!), j'ai dès longtemps été frappé, sur TOUS ces édifices, le plus souvent un modeste obélisque, figurait une LISTE. Non pas la "liste de Schindler", non pas la liste des "héros tombés au champ d'honneur", plus simplement la liste des VICTIMES de ce carnage suicidaire, qui constitua le SUICIDE INAUGURAL de l'Europe du vingtième siècle. Le monument, dans certains villages, regardez bien avant que tout s'efface, porte deux fois, trois fois, jusqu'à six et huit fois LE MEME NOM DE FAMILLE. Nançois le Grand 55.JPG Quand j'ai pris conscience de cette horreur qui, après tout, quoique autrement, vaut bien la deuxième guerre mondiale, qui n'est après tout que la deuxième, je n'ai eu de cesse de rendre à mon tour hommage à toutes ces victimes de meurtre délibéré.Vagney 88.JPG J'ai donc commencé à m'arrêter systématiquement dans toutes les communes que je traversais, et à photographier, souvent après l'avoir cherché, le monument aux morts. En 2007, m'est venue l'idée de faire partager cette préoccupation. C'est ainsi que j'ai créé mon premier blog : KONTREPWAZON. J'ai rassemblé, comme je pouvais, le plus de photos possible, et j'ai tenu chronique à ce sujet pendant plusieurs mois. Nous sommes à présent en 2011, soit à trois ans d'une année où l'on va COMMEMORER à tour de bras le centenaire du début de ce qui fut d'abord une tuerie gratuite et criminelle. Je sens que ça va être terrible, peut-être insupportable (d'arrogance, de suffisance, d'autosatisfaction, et tout cela dans un inoffensif absolu). Avant d'en arriver à cette extrémité, je tente ici de revenir sur la catastophe, en précisant bien que l'anesthésie post-traumatique a commencé dès qu'ont été pris les décrets qui ont inauguré et permis la célébration OFFICIELLE du massacre, soit à partir de 1919-1920. Une industrie s'est alors mise en place pour satisfaire à la demande. Rendez-vous compte : 36.000 communes et autant de clients potentiels, quasiment captifs, pour les entreprises, architectes, artisans, sculpteurs en mal de débouchés. Quand je parle d'industrie, je ne plaisante pas : le monument que j'ai intitulé "LE POILU SENTINELLE" s'est vendu à plusieurs millers d'exemplaires dans la France entière et, suivant les moyens des communes, en bronze, en pierre, en pierre reconstituée, etc.Abondance1 74.JPG Ici, ABONDANCE, en Haute-Savoie. Je présente, dans cette note, quelques exemples de ce mouvement de "célébration-anesthésie" qui m'avait occupé il y a quelques années.