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mercredi, 18 février 2026

MON FEUILLETON MADELEINE RIFFAUD ...

... ET SON GENDARME.

Dernier épisode de la séquence à la Préfecture de Paris. Maintenant, direction les salons de l'armée allemande. Le gendarme obtempère. Madeleine est prête, suite aux propos de son voisin de banc sur le destin qui l'attend.

« Vous pouvez faire descendre Riffaud ! » Soit dit en passant, "descendre" est le mot qui convient, vu l'avenir promis (qui ne se réalisera pas).

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Elle suit.

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Elle a un petit malheureux geste de résistance, mais pas moyen (mais c'est aussi peut-être la vraie lumière du jour qui blesse ses yeux : voyez l'ombre sur le regard baissé).

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Elle baisse les épaules. Elle ne peut rien. 

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Alors là,  je dois dire que le geste du gendarme me déçoit beaucoup. Est-ce du zèle démonstratif ? De la soumission ? La consigne ? L'application d'une convention tacite ? En tout cas, ce geste pose question.

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Allez ! Embarquez ! Je trouve quand même au gendarme moustachu un air bien penaud, les bras qui tombent mollement.

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Et puis observez ce regard de Madeleine en direction des yeux de son gendarme. J'y vois pour mon compte un grand air de tristesse pleine d'interrogation muette.

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Et puis, ci-dessous, voici la réponse de "son gendarme" : splendide ! Comment ? Ce soldat (les gendarmes font partie de l'armée) ose faire le salut militaire à une petite civile de rien du tout  ?! Mais ça ne se fait pas, brigadier !!!

Est-ce que par hasard,, brigadier, vous ne marqueriez pas l'immense respect ou l'énorme admiration que vous éprouvez dans le fond de vous-même pour ce petit bout de femme qui a démontré aux yeux de tous les témoins oculaires qui l'ont vue, dans les locaux, bondir de rage au point de passer un drôle de savon au mec le plus dégueulasse, le plus puissant et le plus dangereux de toute la Préfecture ? Prendre le commandement des opérations pour tenter de sauver une femme enceinte, une "youpine" (dixit commissaire David) ? C'est cette image, brigadier, que je veux garder de votre présence tout au long de cette séquence. Une présence tour à tour active et passive, mais un regard et une écoute de tous les instants des événements. Et finalement un incroyable personnage, comme une preuve de l'ambiguïté radicale de la situation où l'Occupation a plongé nombre de serviteurs de l'Etat.

Ci-dessous l'extraordinaire salut militaire réglementaire que l'on se fait — entre soldats ! — en signe de respect.

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Et regardez l'horrible solitude du gendarme anonyme, écrasé, minuscule dans le décor immense et déjà lointain, presque inexistant, quand il voit s'éloigner la voiture transportant une prisonnière qu'il est convaincu qu'elle n'en a plus pour longtemps à vivre.

***

FIN DE MON FEUILLETON "MADELEINE RIFFAUD ET SON GENDARME".

***

Je n'ai pas demandé à Morvan et Bertail l'autorisation de m'attarder à ce point sur cette séquence de leur pavé biographique autant qu'autobiographique. J'espère qu'ils ne m'en voudront pas trop. C'est une séquence très courte après tout : elle occupe de la page 23 à la 33 du troisième volume de l'histoire de cette femme. Chacun des volumes fait environ 120 pages, faites le calcul. 

L'intérêt particulier de la séquence ne m'a pas sauté aux yeux au premier abord : c'est vrai ça, qu'est-ce qu'il fait là, ce flic sans nom qui ne dit presque rien ? Qui agit à peine ? Qui obéit aux ordres et qui applique la consigne sans hésiter ?

En fait, ce qui a fini par m'apparaître, c'est une sorte d'échantillon de toutes les attitudes qui se présentaient au sein de la population française sous l'Occupation : il y a ceux qu'on ne verra jamais dans ces locaux : d'une certaine manière, ils ont peur, ils veulent manger, ils ne veulent pas d'ennuis, ils ont une famille etc. Rien de franchement condamnable dans le fond, sinon une certaine lâcheté. Et puis il y a toute la guirlande des "pour" et des "contre", de la pleine participation active et féroce à la doctrine nazie aux petit gestes quotidiens de résistance au désespoir, du sinistre David jusqu'à la plénitude de la révolte de Madeleine Riffaud (passée tout près de la mort), en passant par tous les grades de suspects et de "coupables", mêlés de près ou de loin aux activités "anti-allemandes".

 

C'est aux relectures successives que la force de l'ensemble de l'épisode m'est apparue dans toute sa profondeur potentielle. Dans tout l'espace de ce qui n'y était pas raconté, mais puissamment suggéré, voire montré. J'ai fini par lire l'épisode à travers les yeux du gendarme et de ce que j'imaginais qu'il pouvait penser.

***

JEAN-DAVID MORVAN ET DOMINIQUE BERTAIL, en captant, puis en façonnant sous forme d'un récit puissamment illustré les éléments principaux, mais aussi des détails presque imperceptibles de sa propre existence livrés très longuement et de façon détaillée par MADELEINE RIFFAUD en personne, ont entrepris d'édifier un monument qui, une fois achevé, s'élèvera à l'altitude de l'entièreté de l'existence d'une femme hors du commun.

Si je devais m'adresser au trio des auteurs pour décrire ce que j'éprouve tout au bout de ces relectures, je leur dirais que l'ensemble du récit, pour tout un tas de raisons que je n'ai pas envie d'analyser, ME PORTE DE L'INTÉRIEUR. 

 

mardi, 17 février 2026

MON FEUILLETON MADELEINE RIFFAUD ...

... ET SON GENDARME.

L'essentiel du présent épisode consiste, si l'on peut dire, en une drôle de conversation entre deux personnes pareillement mises en détention pour des raisons un peu différentes, mais semblables sur le fond. 

Le gendarme est toujours là, à garder l'œil sur sa prisonnière (la consigne, c'est la consigne), pendant qu'elle fait un brin de toilette après ses "conversations" musclées avec la milice et le sinistre commissaire David, dont le destin est désormais scellé (voir épisode précédent). 

Avant d'en venir au dialogue, il est indispensable de faire état des réflexions que Madeleine conduit sur les destins des serviteurs de Pétain et de l'Allemagne nazie. Ce n'est plus la résistante qui parle, c'est la future militante syndicale et anticolonialiste (quatre, cinq ou six volumes encore prévus par les auteurs Morvan et Bertail) : elle semble envisager ici les combats qu'elle s'apprête à livrer pour des raisons qui lui apparaîtront plus grandes que sa petite personne. On se situe évidemment après que le commissaire David est passé devant le peloton d'exécution.

« La plupart de ses subordonnés ont eu le choix, eux. »

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« Punir les personnes pour leurs actes ignobles en leur proposant d'aller faire les mêmes ailleurs, c'est d'un cynisme confondant. »

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« Soit neuf ans de forteresse, soit s'engager dans le corps expéditionnaire et s'en aller mater les résistants anticolonialistes en Indochine. »

Le gendarme reste d'une grande discrétion.

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« D'autant que certains de ces hommes seront ensuite envoyés en Algérie avant de s'exiler en Argentine... »

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« ... exportant ainsi les méthodes françaises de quadrillage du territoire et d'interrogatoire au profit de la dictature. »

Notez la repose des menottes (c'est la consigne), avec peut-être un petit pincement dans le cœur du flic, mais aussi le refus de Madeleine de regarder son gendarme dans les yeux. Après tout, les ordres auxquels il obéit viennent de l'ennemi.

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Retour dans la salle de détention collective. 

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Le gendarme se tient droit à son poste. Mais zyeutez un peu le gars à la gueule amochée, au nez cassé et habillé d'une casquette et d'un marcel. C'est de lui qu'il s'agit. Suivons ses échanges avec Madeleine, dont je n'imagine pas une seconde que le gendarme perde un seul mot. En tout cas, dans le récit de Bertail, Morvan et Riffaud, rien ne transpire de ce qu'il a enregistré : de toute évidence, ce n'est pas un "donneur". 

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« Ah, c'est toi Rainer. — ?! »

Je rappelle que "Rainer" est le nom de code choisi par Madeleine Riffaud dans la clandestinité, en référence et révérence au grand poète allemand, auteur des inoubliables Elégies de Duino, des Cahiers de Malte Laurids Brigge, du Roi Bohusch, et de tant d'autres chefs d'œuvre.

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«Vous devez vous tromper de personne. »

Toujours la prudence et la méfiance en terrain inconnu, c'est élémentaire.

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« Te bile pas, je viens de me faire alpaguer sur un coup de pas de bol, mais je sais très bien qui tu es. »

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« Je suis le responsable régional de ton réseau... »

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« Quel réseau, je ... ? » Ah, cette prudence, apprise par cœur dans le petit peuple des clandestins.

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« Je vais te dire une chose : tu as de la chance. — Vous trouvez ? »

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« Tu vas être fusillée. — !!! »

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« Je ne flancherai pas. — Je sais bien, et crois-moi, on  fera de toi une héroïne, pour avoir tué cet Allemand. »

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« Tu auras des plaques de rue à ton nom. On fera gros. » « Mais si tu n'avais pas été arrêtée, tu te serais fait engueuler de première. » Et puis l'autre gendarme interrompt la discussion. Celui de Madeleine (le moustachu) n'a rien dit, mais il a tout entendu, ce n'est pas posssibe autrement.

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« C'était pas à toi de le faire.» « Tu a mis la hiérarchie en rogne. »

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« J'avais pas le choix, moi ! » Ben oui, quoi, on lui avait tué son Picpus, bon sang ! Seule réponse possible.

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Fin du quatrième épisode.

lundi, 16 février 2026

MON FEUILLETON MADELEINE RIFFAUD ...

... ET SON GENDARME.

Deux thèmes se partagent ce troisième épisode de mon petti feuilleton, dont j'espère qu'on excusera la longueur. 

1 - La démonstration implacable des qualités humaines des personnels engagés aux côtés des nazis pendant l'Occupation (les miliciens en général et en particulier les membres de la "Brigade Spéciale" commandée par le commissaire divisionnaire David) et la hauteur de vue de leur sombre conception des relations humaines qu'il convient d'entretenir avec ceux qu'ils considèrent comme leurs ennemis jurés.

2 - La démonstration éclatante des qualités d'authentique noblesse et de l'immense force de caractère d'une gamine de vingt ans à peine qui, face à l'intolérable, s'insurge, se révolte et se lance bille en tête dans l'action, jusqu'à prendre le commandement des opérations dans la partie de la Préfecture où les prisonniers sont confinés. Une stupéfiante prise de commandement, à laquelle le plus stupéfiant est la soumission de tous les acteurs en cause. Y compris de la part des salopards antisémites (quelles qu'en soient les conséquences pour elle). Jusqu'à domestiquer le gendarme moustachu auquel elle a été confiée. 

Le début de l'action se passe dans une pièce voisine. pas besoin de commentaire.

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Voyant cela, Madeleine bondit en hurlant et se précipite, sous le regard ébahi du brigadier qui hésite à s'opposer au geste.

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Elle n'hésite pas à bousculer, elle, celle que son héros Tagrine qualifiera plus tard de "fillette", le milicien massif qui commet des horreurs aux dépens d'une femme enceinte qui aggrave son cas du fait de sa judéité. 

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Et voilà, à partir de maintenant, c'est elle qui donne les ordres. Les méchants se le tiennent pour dit.

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Apprentie infirmière, elle donne les consignes. Et observez au premier plan le képi de la personne qui entend l'ordre

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Et regardez-le, le gendarme qui court avec la bassine exigée par cette gamine qui a pris les choses en main.

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« Ça aura été mon premier et mon dernier acte de sage-femme, de prendre dans mes mains ce petit enfant des prisons. Il est né, oui, mais déjà mort. C'était un garçon, j'ai coupé le cordon avec le canif de mon gendarme. » Ah, cette formule : "mon gendarme" ! Elle a senti qu'elle avait un allié dans la place.

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« Son corps était entièrement noir d'ecchymoses, à cause des coups de pied. »

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«La femme était en hémorragie, je ne pouvais aps la laisser mourir comme ça, sur le carrelage. »

« Il faut l'envoyer aux urgences ! », ajoute-t-elle en regardant "son" gendarme.

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Le gendarme est prêt à s'exécuter. Le milicien Candas, pour dire quelque-chose : « Le commissaire David ne voudra jamais. De toute façon, il ne veut pas être dérangé à cette heure. » Sans doute quelque urgence à traiter.

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Nouvelle colère bouillonnante de Madeleine : elle fait irruption dans le bureau et interpelle violemment le commissaire, très occupé, comme on le constate.

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« Je vais vous dire une bonne choe, les Alliés arrivent et vous allez devoir rendre compte de vos actes. »

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Et elle poursuit : « Quand le pouvoir aura changé de camp, tous ceux qui sont là, dans le couloir, ils vont vous charger. »

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Mais il n'en a pas fini avec l'emmerdeuse : « Mais peut-être que si vous sauvez cette pauvre femme, vous aurez droit à des circonstances atténuantes. » D'abord paralysé par l'intrusion et le discours enflammé de Madeleine, le commissaire reprend un peu  son sang-froid et cherche quelque-chose dans son tiroir.

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Il a trouvé, c'est un gros nerf de bœuf, dont il se sert aussitôt : « Tu te prends pour qui, à venir me faire la morale dans mon bureau à cette heure, toi ?! ». Notons qu'il a un piètre sens de la réplique.

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« Frappez si ça vous fait plaisir. — Mais ferme ta grande gueule, ça nous fera des vacances ! »

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Un dernier coup rageur.

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Ici, une voix s'élève : « Amenez le brancard, vite ! » Vous croyez que c'est le commissaire, qui tiendrait à montrer qu'il lui reste un fond d'humanité ??? Moi, j'ai plutôt tendance à entendre ces mots sortir de la bouche d'un homme qui porte un képi. Pas vous ?

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Car c'est le képi qui prend les commandes : « On se coordonne. 1... 2... 3 ! »

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Le commissaire, qui veut à tout prix avoir le dernier mot : « Et toi, Riffaud, ne va pas croire que j'ai obéi à ton ordre. Virez-moi ces deux youpins. » Mais si, commissaire David, c'est bien vous qui vous êtes plié à la volonté émanée de la bouche de l'indomptable !

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Ultime commentaire de l'épisode : « Lors de son procès à la Libération, lui qui se présentait comme un simple fonctionnaire obéissant aux ordres a été condamné à mort. »

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dimanche, 15 février 2026

MON FEUILLETON MADELEINE RIFFAUD ...

.... ET SON GENDARME

Tout ce feuilleton se déroule dans l'enceinte de la Préfecture de Paris. (volume III de l'énorme biographie réalisée par Morvan et Bertail). Madeleine a été placée sous la surveillance d'un gendarme moustachu qui laisse à peine transparaître ses impressions réelles et profondes, mais que le lecteur voit accomplir un certain nombre de gestes qui dépassent légèrement le cadre de son service, au point parfois qu'on se demande ce qui le pousse.

Le présent épisode se déroule aux pages 24 et 26 (la page 25 servant d'interlude) de l'extraordinaire aventure vécue et racontée à Jean-David Morvan et Dominique Bertail par Madeleine Riffaud. L'épisode met en scène un sous-fifre de la "Brigade Spéciale", qui s'y connaît déjà pas mal cependant en procédés de torture, de chantage et d'intimidation pour faire flancher la résistance mentale des prisonniers et les amener à se mettre à table. Je vous présente un bel exemplaire de milicien : il s'appelle Candas.

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« Hé, Riffaud, puisque tu ne veux pas nous dire qui est ton chef ...»

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« ... on a trouvé quelqu'un qui sera peut-être plus causant ... »

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« ... ton père ! »

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Un hurlement de douleur, et puis : « Papa ... », c'est tout ce qu'elle peut dire. Mais à ce moment, le flic à qui elle a été confiée fait un drôle de geste, un peu inattendu dans le strict cadre de son service. Essayez de deviner, tiens.

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Le brave planton obéit à son supérieur, qui en profite semble-t-il pour s'esquiver, aller pisser ou quelque autre raison.

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... pendant que la pauvre Madeleine est effondrée sur son banc.

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Et puis le supérieur rapplique et fait signe à l'autre de dégager.

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Il attend que l'autre soit hors de portée de voix et, sans s'adresser à personne en particulier, on l'entend prononcer ces paroles.

 

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Le voilà, l'instant qui explique toute la démarche du flic, qui garde sa position impassible et proprement militaire : « Candas t'a menti, ils n'ont pas ton père. » Personne ne l'a obligé à aller ainsi aux renseignements. Il a fait ça de sa propre initiative. On se demande pourquoi, non ?

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Ce n'est presque rien, seulement une information, mais pas n'importe laquelle : celle qui vient sauver Madeleine du désespoir absolu. Alors Madeleine peut enfin s'étendre sur son banc, le cœur serein, et s'endormir du sommeil du juste : « Ça faisait six jours que j'étais là, et c'est la première fois que j'ai pu vraiment dormir. J'avais l'impression que rien ne pourrait me réveiller. »

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Fin du deuxième épisode.

***

Ce que je trouve proprement génial dans cette séquence, c'est qu'elle se présente quasiment comme une histoire sans paroles, juste : « On a ton père. » Et puis : « Non, ils n'ont pas ton père. » Soit dit en passant, on lit en filigrane : « Faut pas confondre. Eux, c'est eux ! Nous, c'est nous ! » Quelques mots, quelques gestes, et le tour est joué. Du grand art. Bravissimo, et Mercissimo, les compères Morvan et Bertail : vous êtes formidables ! 

samedi, 14 février 2026

MON FEUILLETON MADELEINE RIFFAUD ...

... ET SON GENDARME (épisode 1).

Madeleine Riffaud, cette femme d'exception qui est décédée en 2024 (âgée de 100 ans), vient de tuer un Hauptsturmführer sur le pont de Solférino. « J'avais pas le choix, moi ! » dira-t-elle plus tard. Tu parles qu'elle aurait eu le choix ! Un officier nazi venait de lui tuer sous ses yeux son "Picpus", un mec en or qui n'avait peur de rien. Malheureusement, une voiture de la police de Vichy a assisté au geste et la rejoint sans peine pour l'amener direct à la Préfecture,  juste sous les tours de Notre-Dame de Paris. Elle a visiblement reçu des coups, et pas des tendres. Voici la première image de cette histoire. C'est le milicien qui s'adresse au brigadier en fonction : « Brigadier, je vous la confie. » Le gendarme salue le milicien.

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Visez bien la bobine du gendarme : il s'appelle "Untel", ça peut être n'importe qui. Le gars qu'on voit au second plan, c'est le commissaire divisionnaire David. Il dirige la "Brigade Spéciale", un service entièrement français que les nazi admirent, sans doute pour l' "efficacité" des "méthodes" qu'ils déploient dans l'accomplissement leurs "missions".

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Madeleine est menottée. Elle n'a pas le moral. Le flic est là : il fait son boulot.

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Madeleine est épuisée. Le gendarme farfouille dans sa musette.

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Il en tire son casse-croûte. Mais qu'est-ce qu'il fabrique, le gendarme ? Il jette un regard à sa prisonnière, et prend un gros morceau de son sandwich !?

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Qu'est-ce qu'il fait ? Il lui donne le morceau.

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Elle mange un peu. Le gendarme reste dans une attitude en apparence indifférente.

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Alors elle peut dormir un peu, mais ici, on peut être réveillé par les cris de gens qu'on torture.

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Le gendarme continue a obéir aux ordres : il ne réagit pas, du moins de façon visible, même s'il serre les poings en fronçant les sourcils comme si quelque chose le chiffonnait.

Fin du premier épisode.

dimanche, 11 janvier 2026

C'EST QUOI ÇA ?

OUI, C'EST QUOI ÇA, LA JUSTICE ?

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Excellente question, jeune homme.

J'explique. Le petit bonhomme à l'air ahuri et aux oreilles comme des pendeloques qui est assis au milieu de flics armés, c'est une de ces créatures qui se sont échappées du laboratoire où le docteur Manghel (j'entends "Mengele", évidemment) se livre à de mystérieuses manipulations génétiques sur des êtres humains, sous la protection des puissants de la région, de quelques infectes crapules et de la police dirigée par "Gras-cul", commissaire compromis qui retrouvera le droit chemin au dernier moment.

Ces "hamsters", comme on les appelle, sont absolument inoffensifs, et même excessivement vulnérables. Mais ils ne doit à aucun prix en rester une seule trace en liberté dans la nature. Le tueur lancé par Manghel n'arrive pas à finir la besogne : on le retrouve à l'hôpital, façon barbecue. In extremis, Gras-cul redevient un vrai bon commissaire de police, mais redoute les foudres de la justice qui ne manquera pas de s'abattre. C'est là que se situe l'image ci-dessus. 

C'est la dernière vignette de l'album Le Cousin Lindford, vingt et unième album de la série "Jérémiah", menée de main de maître par Hermann (Dupuis, 1998).

mercredi, 26 novembre 2025

MADELEINE, DEUX JOURS APRÈS.

Cette fois, il s'agit bel et bien de liquider un salopard, mais qui exerce des responsabilités dans un groupe de la Résistance. Il a déjà vendu aux nazis nombre de gens et même de réseaux. Le colonel Rol (c'est Rol-Tanguy) dit à Madeleine Riffaud (alias Rainer) qu'elle a le droit de refuser cette mission dangereuse. Réponse de l'intéressée.

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A vélo, suivie de Manuel, elle traverse le bois de Vincennes (où grouillent les nazis) et parvient à s'introduire auprès de la cible à coups de culot et d'astuce. Avec son petit 6,35 (alors considéré comme « une arme de crime passionnel » !), elle abat l'homme, au grand dam des nombreux Résistants qui ignorent qu'il joue double jeu depuis lurette. Elle s'éclipse avant qu'ils aient compris ce qui s'est passé dans la ruelle.

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Il faut quand même signaler que les décisions sont prises par le colonel Rol dans une ancienne casemate construite en 1938 (en prévision ?) et que, comme dans L'Affaire du Collier (un excellent Blake et Mortimer, un classique d'E. P. Jacobs), le lecteur est invité à visiter le labyrinthe que recèle le sous-sol de Paris (anciennes carrières ou catacombes).

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Selon Bertail.

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Selon Jacobs.

lundi, 24 novembre 2025

MADELEINE RIFFAUD

Bien difficile de s'arracher à la fascination suscitée par l'histoire de Madeleine Riffaud sous la plume de Jean-David Morvan. C'est lui qui a transcrit puis agencé les propos de cette femme incroyable qui lui a raconté sa vie mouvementée. Dominique Bertail, de son côté, s'est efforcé de restituer visuellement toutes les péripéties qui composent le récit. La réussite du tandem est éclatante. Je devrais plutôt dire le trio car ce sont bien les trois noms qui figurent au bas de la page non paginée qui montre Paul Eluard ouvrant de grands yeux en découvrant les poèmes de Madeleine Riffaud. 

Le volume 4 clôt la période de la Résistance, qui voit Madeleine agir, tuer à chaud mais aussi de sang-froid, mais aussi perdre des camarades auxquels elle tenait beaucoup. Dans les dernières pages, avant de passer à la suite (« Vous avez de la chance, je n'ai plus rien d'autre à faire », dit-elle au soldat américain qui se présente comme étant Sammy Davis junior), elle retourne chercher ses affaires dans le meublé où elle logeait. Hélas, le tenancier, qui a une tête à la Jean-Louis Barrault, la tenait pour morte et a loué sa chambre et rassemblé ses biens dans une malle. Quand elle s'en va, ayant récupéré quelques précieuses et pauvres choses, le bonhomme enjoint dans les termes ci-dessous un soldat de prendre une photo (j'ai agrandi la réplique).

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Il s'exécute. Voici ce que ça donne.

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 Photo prise rue du Sommerard (non loin du musée de Cluny) le 26 août 1944. Qui oserait dire qu'elle n'est pas magnifique (je parle de la photo, qu'avez-vous failli penser ?) ?

Vous dites 26 août ? Non mais vous le faites exprès ? Le jour même de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen !!!

samedi, 22 novembre 2025

SOUS L'HOMMAGE A MADELEINE RIFFAUD ...

... UN DISCRET HOMMAGE A HERGÉ.

Elle est morte il y a un peu plus d'un an (6 novembre 2024), à l'âge de 100 ans. Quand elle a raconté sa vie à Morvan (scénariste) et Bertail (dessinateur), elle fumait toujours son cigare et buvait son whisky comme une grande. L'image ci-dessous se trouve à la page 74 du quatrième volume de la biographie de cette femme d'exception au caractère inflexible.

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Et voilà-t-y pas que mon sang ne fait qu'un tour. Que vois-je dans un coin de la vignette, à gauche de notre héroïne ? La réplique du portrait de madame Clairmont ! Mais si, rappelez-vous : c'était dans Les Sept boules de cristal, à la page 8, juste au moment du numéro de Ragdalam, le fakir accompagné de la voyante madame Yamilah, quand celle-ci annonce à la dame la terrible maladie qui vient de s'abattre sur son mari, le cinéaste de l'expédition Sanders-Hardmuth dans les Andes. On reconnaît ici la malédiction de Rascar Capac. Bertail a même gardé le col cassé du type assis derrière.

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Je n'ai pas essayé de trouver d'autres facéties d'auteur : celle-ci (qui m'a sauté aux yeux) n'est déjà pas mauvaise. Merci messieurs.

***

Billet du 9 novembre 2024.

mercredi, 29 octobre 2025

AU ROYAUME D'ASTAP

Le premier album paru dans la série "Norbert et Kari" (Christian Godard, Hachette, 1974) s'intitule donc assez bizarrement Au Royaume d'Astap. Mais ça veut dire quoi, Astap ? Très simple :

« A se taper le cul par terre »

(Godard est plus pudique, c'est une "publication destinée à la jeunesse"). 

Le délectable de l'histoire, c'est que l'auteur la parsème de scènes désopilantes. Un groupe d'enfants (les ZOZOS) débarque par accident sur une île déserte, et commence à se structurer en société sous la houlette du "Grand Astap", le meneur, rejetant tout ce qui vient des adultes (les TRUMEAUX). C'est là que débarquent Norbert et Kari. Norbert tombe dans un "piège à trumeaux". Fait prisonnier, il doit passer "les tests secrets". Ayant fait à chacune des questions des réponses ébouriffantes de fantaisie, Norbert est reconnu comme "zozo" au cours d'une cérémonie où le Grand Astap le sacre sous le nom d'

« Apollon du Réverbère ».

La première nuit passée dans "l'arbre à dormir" permet à Norbert de suivre les souhaits que s'envoient les zozos avant de fermer les yeux. Inutile de préciser que Norbert se met aussitôt au diapason. Voici l'affaire.

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Je sais pas vous, mais moi, ça me fait bien rire. Je suis peut-être trop "bon public".

mardi, 28 octobre 2025

MODESTE BLAGUE

Trois vignettes de la première page de Au Royaume d'Astap (Hachette, 1974), premier épisode des aventures de Norbert et Kari, habitants de Taaratatah, minuscule atoll de corail perdu dans le Pacifique, du côté de la Polynésie. L'histoire délectable inventée par Godard est sans doute inspirée du célèbre livre de William Golding Sa Majesté des mouches, mais attention, sur un mode burlesque et décomplexé, voire carrément claironné. Au début, Norbert et Kari sont perdus sur l'océan, et Norbert aimerait bien ne pas mourir de faim. La scène qui suit rend hommage à un champion du calembour-bon : Luc Etienne, Régent définitif du Collège de 'Pataphysique, oulipien enragé et inventeur de la "méthode S+7".

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Les pointilleux et les spécialistes pourront faire remarquer au jeune Kari qu'un mérou de cette taille tient plutôt de l'alevin, mais ne soyons pas trop regardants.

dimanche, 24 août 2025

DONALD TRUMP ACCOMPLIT LA PROPHÉTIE

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Détail d'une large vignette tirée de l'album Le Jugement, "dernier" (avant continuation) de la série XIII, de l'excellent dessinateur William Vance et du scénariste prolifique Jean Van Hamme. Je me suis permis de tronquer sévèrement le propos pour en mettre en évidence l'essentiel. Je passe sous silence le contenu des aventures narrées dans la série.

Le Jugement est paru en 1997. La phrase prononcée par le "président" du "tribunal" improvisé résonne comme une espèce de prophétie. Car les bases de ce qui se passe maintenant aux Etats-Unis étaient déjà présentes depuis longtemps, et le scénariste a bien perçu et rendu une tendance restée souterraine, à l'œuvre dans une partie de la population américaine, à commencer par les élites.

Sébastien Caré en parle très bien dans son ouvrage Les Libertariens aux Etats-Unis. Sociologie d'une mouvement asocial (P.U. de Rennes). Le courant libertarien a longtemps piétiné aux portes du pouvoir. Et ses adeptes ont mis quelque temps à admettre que Trump était le meilleur cheval possible pour le conquérir. Ils peuvent aujourd'hui se frotter les mains : c'est chose faite.

mercredi, 16 juillet 2025

OLRIK, LE MÉCHANT IMMORTEL

Edgar P. Jacobs, valeur inamovible de la bande dessinée belge de l'âge d'or, est renommé dans le milieu pour avoir inventé un tandem de personnages qui a marqué l'histoire du genre de façon indélébile : Francis Blake, l'aviateur devenu le chef d'un service de renseignement anglais (M.I. 5 ou 6, je ne sais plus), jamais bien loin de son ami Philip Mortimer, éminent savant, spécialiste de physique nucléaire. 

Dès leur première aventure commune (Le secret de l'Espadon, 1950), ils croisent la route d'un certain "Colonel Olrik", identifié comme le méchant incurable. Cette aventure se termine par l'explosion d'une bombe atomique sur la capitale de l'empire édifié par l'innommable tyran Basam Damdu (une ville qui ressemble à s'y méprendre à Lhassa, capitale du Tibet). Il y a donc toutes les chances que l'horrible Olrik ait disparu dans les flammes.

Grossière erreur ! Car Jacobs doit raconter la suite des aventures du capitaine et du professeur. Il est bourré d'idées nouvelles pour raconter la suite de leurs aventures. Ce serait bien bête de ne pas profiter des grandes vertus narratives de ce formidable valet du Mal qui a nom Olrik. Ni une ni deux : Jacobs le ressuscite, et ses méfaits jalonneront tous les albums suivants (la "Pyramide", l'Atlantide, etc, jusqu'aux tribulations du professeur Sato (Les trois formules). 

Arrivé là, Jacobs se dit que ça ne peut pas continuer ainsi jusqu'à perpète. D'abord, il vieillit et, comme s'il l'avait sentie venir, la mort le cueille en 1987, avant qu'il ait pu achever Les Trois formules du professeur Sato, dont il ne laisse qu'une version "crayonnée" du deuxième volume. Le fidèle ami Bob de Moor s'efforcera bien de finir le travail commencé, mais on voit bien que la patte du maître n'y est plus : le résultat s'approche du but, mais ce n'est pas tout à fait ça.

Et surtout, ce que je veux dire, c'est que Jacobs avait prévu de faire mourir définitivement son méchant Olrik, et la façon dont ça se passe ne laisse aucune place à l'ambiguïté, comme on le voit dans les images ci-dessous. 

0 - Présentation à Mortimer du robot Samouraï par les soins du professeur Sato (volume 1).

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1 - A la fin du volume 2, le robot "Samouraï" a été lancé par le savant Sato à la poursuite de l'hélicoptère qui amène les voleurs des trois formules secrètes au sous-marin de l'organisation criminelle.

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2 - Le robot pulvérise l'hélicoptère et ses occupants, sans rémission possible : ça crève les yeux.

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3 - Même diantrement amoché par le choc, le robot se jette sur le sous-marin qui a fait surface pour accueillir les méchants avec leur butin : le sous-marin explose à son tour. Comment voudriez-vous trouver un seul rescapé ? Telle était probablement la ferme intention d'Edgar Pierre Jacobs.

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Tout ça pour dire que si Olrik est présent dans la suite de la série donnée par une ribambelle de scénaristes et de dessinateurs plus ou moins doués ou talentueux, cela ressemble fort à une imposture. Au vrai, si je sauve à la rigueur L'affaire Francis Blake et L'Etrange rendez-vous (tous deux de Jean Van Hamme et Ted Benoît), je fais peu de cas de tous les autres. 

***

Pour répondre à Guy, auteur d'un commentaire sympathique, je suis entièrement d'accord : faire revivre un personnage après la mort de son inventeur est une imposture (comme je le disais). Mais je n'oublie pas que, par exemple, le personnage de Spirou était dès l'origine la propriété de la revue du même nom, et non celle du dessinateur, ce qui autorisait le détenteur des droits à transmettre le flambeau à toutes sortes d'autres.

Cela ne m'empêche pas de situer ceux qui s'y sont collés avant et après André Franquin à des années-lumière de ce qu'en avait fait l'immense virtuose du dessin qui a fait culminer la série (y compris Rob-Vel et Jijé, qui l'ont précédé). Pour moi, Astérix, c'est définitivement René Goscinny et Albert Uderzo. Pour moi, Lucky Luke sera éternellement de Morris (Maurice de Bevere) et René Goscinny. 

Merci à Guy pour la relance.

jeudi, 19 juin 2025

FAIT PAS BON ÊTRE MAIRE !!!

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Le maire, c'est bien connu, est la seule autorité qui reste « à portée de baffe ». Et tout laisse à penser, d'après quelques statistiques et plusieurs témoignages, que de plus en plus de maires reçoivent de plus en plus de baffes.

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On apprend que 2.200 édiles ont démissionné de leurs fonctions en 2024. Pour les municipales de 2026, un nombre non négligeable ont déjà annoncé qu'ils jettent l'éponge.

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 Quelles sont les causes de ce phénomène bizarre, qui ne laisse pas que d'inquiéter le citoyen que je suis ? D'après les témoignages entendus, j'en discerne deux principales :

1 - Le maire a vu s'accumuler sur son bureau de nouvelles responsabilités, de nouvelles délégations de charges administratives et autres, sans que qui que ce soit lui procure les moyens d'y faire face.

Résultat : le rôle réclame toujours davantage de compétences pointues dans des domaines toujours plus divers. Exercer les fonctions de maire est donc devenu souvent très compliqué, surtout quand la commune est de petite taille.

Et je ne parle pas du problème des intercommunalités, qui aboutit en général à déposséder le maire de son pouvoir de décision.

2 - Les maires démissionnaires dont j'ai entendu le témoignage justifient leur retrait pour les raisons ci-dessus, mais ils ajoutent un certain nombre de gouttes d'eau qui ont fait déborder leur vase. En particulier les exigences des administrés, devenues parfois exorbitantes.

Certes, le maire est le seul qui reste à portée de baffe, mais est-ce une raison pour que, ayant accepté d'assumer la responsabilité, il se voie harcelé, de jour et pourquoi pas de nuit, par des habitants plus ou moins capricieux qui réclament plus de sécurité, se plaignent du voisin, protestent contre, attendent que, râlent, morigènent et même passent à l'acte agressif à l'occasion. C'est à se demander quelles sont les motivations des héros qui persistent à postuler au fauteuil de maire.  

Le consumérisme fait des ravages. L'administré n'est plus un citoyen responsable, mais un consommateur, un client très à cheval sur la qualité des produits qu'on lui présente, à condition qu'ils ne coûtent rien. 

Alors je pose la question : qu'est-ce que ça veut dire, « être citoyen » ?

lundi, 24 février 2025

CHARLIE HEBDO N'AURAIT PAS DÛ

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Cet encart publicitaire pour La Gueule ouverte (belle revue d'écologie militante fondée par l'impeccable Pierre Fournier, trop tôt disparu) a paru dans le n°252 de Charlie Hebdo (11 septembre 1975). Je suppose (peut-être à tort) que le dessin est signé Nicoulaud, et que l'esprit en est inspiré par la rubrique "animaliste", tenue alors par une nommée "Paule" (aujourd'hui c'est, je crois, une certaine Luce Lapin).

J'imagine que La Gueule Ouverte tenait absolument à marquer l'ouverture de la chasse et alerter les populations sur l'extermination massive de la communauté des léporidés, désignée comme bouc émissaire. 

Je ne suis pas un mordu indéfectible de la chasse, mais je suis d'une famille où la chasse tenait beaucoup de place. Il m'est arrivé de partir à la chasse dans les petits matins, d'en retirer quelque plaisir et d'en revenir content. Je n'en ai jamais fait une raison de vivre, mais je n'oublie pas non plus que le droit de chasser demeure l'une des premières conquêtes du Tiers-Etat en 1789.

J'ajoute que je déplore l'extension démesurée de l'élevage d'espèces que les sociétés de chasse lâchent dans la nature quelque temps avant l'ouverture (ah, cette poule faisane qui accourait vers moi, croyant sans doute que j'avais les poches pleines de graines !). 

Je fus et reste un lecteur assidu de Charlie Hebdo (celui de 1970-1982). Je connais le refrain que la revue entonnait régulièrement : « Chasseurs gros cons, chasseurs tristes cons ! ». Mais je trouve l'image ci-dessus immonde et indigne, qui assimile l'ouverture de la chasse, événement annuel traditionnel, à la catastrophe qui s'est abattue sur la communauté juive entre 1933 et 1945. 

Cela montre qu'il y a un demi-siècle, un grand confusionnisme régnait déjà dans les milieux qui se présentent aujourd'hui comme les défenseurs de toutes les espèces vivantes, à commencer par les végétales et, pour ce qui est des animales, celles qui ne maîtrisent pas le langage articulé des hominidés bipèdes.

Je pense ici aux fanatiques des causes écologique, environnementale et "animaliste", aux "khmers verts", aux anti-chasse, aux anti-corrida, aux intégristes de l'alimentation "saine", amateurs de viandes sans viande et autres joyeusetés culinaires ultra-transformées. Je pense à quelques illuminés qui vont peindre sur des vitrines de crèmeries « Lait = Mort » (slogan pour le moins contre-intuitif, vu dans le quartier Saint-Georges ).   

Prétendre réduire, voire abolir les différences entre règne animal et espèce humaine, voilà juste une marotte un peu sotte d'enfants trop gâtés de la civilisation.

Oui, les animaux sont capables de performances insoupçonnées. Oui les animaux sont dotés d'une sensibilité propre. Oui, les animaux sont capables d'attachements forts. Oui, certains animaux ont des capacités étonnantes qui peuvent sembler cousines de traits humains. Tout cela est vrai. 

Mais tout est-il permis au nom d'une prétendue "cause animale" ? A-t-on le droit de comparer les chasseurs à des nazis ? L'ouverture de la chasse à celle des camps d'Auschwitz, Treblinka ou Maidanek ? La mort de lapins de garenne à l'extermination des juifs ?

Faut arrêter de déconner de temps en temps.

***

Je précise que c'est, pour l'instant, le seul exemple qui me fasse vraiment honte dans la grande révision que j'ai entamée de la revue que je porte encore au pinacle de mon cœur. 

mercredi, 08 janvier 2025

C'EST PAS TOUJOURS ...

... LES MEILLEURS QUI S'EN VONT.

Non, je n'ai pas pleuré.

Il y a des nouvelles qui réjouissent le cœur de l'homme. 

J'en demande pardon, par avance, à Brassens, mais contrairement à ce que dit sa chanson, les morts ne sont pas tous des braves types. Eh oui, Tonton Georges, il n'est pas toujours joli, le temps passé, une fois qu'ils ont cassé leur pipe. Et on ne pardonne pas forcément à tous ceux qui nous ont offensés. J'ajouterai même, dans certains cas bien particuliers : « Enfin, c'est pas trop tôt ! ».

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CLAUDE ALLÈGRE

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Photo parue dans le journal Le Monde du 7 janvier 2025.

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C'est ce type qui est arrivé, par la grâce de Jospin, au ministère de l'Education Nationale en déclarant : « Je vais dégraisser le mammouth ». Il traitait les professeurs avec beaucoup de hauteur, et les traitait de feignants. Il fait partie de la bande des démolisseurs du système éducatif français. L'arrogance y fut une caractéristique de l'individu.

Il s'est ensuite déconsidéré en tant que scientifique en se livrant d'abord à une expérience de physique bidon (boule de pétanque et balle de ping-pong, voir Le Canard de l'époque). Mais aussi et surtout, il a pris la tête du mouvement climatosceptique en France, s'en prenant de front aux conclusions unanimes de milliers de scientifiques du monde entier réunis sous l'appellation de Groupe International d'Etude du Climat (G.I.E.C.).

***

JEAN-MARIE LE PEN

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Dessin de l'immortel Cabu, piqué dans L'Année Canard, qui vient de sortir et qui comporte un beau cahier "spécial Cabu" (j'ai agrandi le texte de la bulle).

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Jean-Marie Le Pen, d'abord groupuscule fascisant, puis mis en selle par les calculs machiavéliques de Mitterrand (1984 ?), entretenu et embelli dans la nuisance par la course à l'audience de quelques animateurs de télévision (c'était un "bon client") et par les veuleries et les combines politiciennes de quelques ambitieux avides de pouvoir et draguant pour cela les bas-fonds des motivations humaines.

*

Quoi qu'il en soit, bon débarras !!! Comme pour la mauvaise herbe, la vie, souvent trop injuste, les a récompensés en étirant déraisonnablement leur durée d'existence. J'espère vivement que cette injustice ne deviendra pas une règle (je pense à plusieurs responsables politiques un peu partout sur la planète, suivez mon regard).

mercredi, 18 décembre 2024

LE GRAND DUDUCHE ET LES FILLES

L'ÉLAN

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LA COURTE-ÉCHELLE

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LA MAIN AU PANIER

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LE BABY-FOOT AU MIROIR

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vendredi, 06 décembre 2024

LE NAUFRAGE POLITIQUE FRANÇAIS

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Oui, c'est certain, le Français a de bonnes raisons d'être furieux. Le voilà « éparpillé façon puzzle ». Voilà où l'a mené la division de son opinion en trois blocs irréconciliables, façon Osiris. Et pas moyen d'espérer une Isis pour se réunifier en un être entier. 

Et en plus de s'être brouillé avec lui-même, le Français se voit conduit par un indécrottable pilote qui a tout appris dans un manuel théorique de batellerie fluviale, qui ne comprend rien aux règles de la navigation en haute mer, qui ne connaît rien aux manœuvres des voiles, qui ne sait pas ce qu'est un gouvernail concret, qui se prend pour l'absolu de la boussole, et qui est totalement infoutu de se faire obéir des marins qu'il a sous ses ordres.

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 Le Canard enchaîné, 4 décembre 2024.

La preuve : ils viennent de se mutiner, avec la ferme intention de le virer par-dessus bord. Mais il y a deux camps : ils se soumettent en effet à deux subrécargues irrémédiables gravement azimutés et forts en gueule, et en plus frontalement opposés : un olibrius à vocation incendiaire – alias La Méluche alias Méchancon – veut aller à bâbord toute et une olibriusse aux dents acérées, incompétente mais capable de tout, – la Le Pen – à tribord toute, sans se préoccuper du sens du vent, voire de l'état déplorable du bâtiment qui les porte. 

Voilà pourquoi le Français reste "Baba" (nom du noir qu'Uderzo a piqué à l'Hubinon de la série Barbe-Rouge pour son bateau pirate dans Astérix) : non, vraiment « pas de chance d'êt'e tombés su' eux de nouveau ». Il n'y a plus pe'sonne à la ba''e, pat'on !!! Il n'y a même plus de pat'on !!!

Alors tous de''iè'e Baba !!! En 'oute ve's d'aut'es nauf'ages (comme avait dit, à un détail p'ès, Ségolène 'oyal ap'ès sa défaite de 2007) !!! Un peu d'ent'ain, que diable !!! Je suis sû' qu'en vous y mettant avec plus de cœu', vous êtes capables de fai'e enco'e plus spectaculai'e !!! Allez F'ance !!! 

lundi, 02 décembre 2024

GLACIER LONG (OISANS)

J'ai très beaucoup tardé à lire Ailefroide, de Jean-Marc Rochette (Casterman, 2018). Je n'aimais pas l'idée de me replonger dans l'époque où je pratiquais l'alpinisme. Et puis quand elle a voulu offrir une telle bande dessinée à une amie pour son anniversaire, elle a commencé par rapporter l'objet à la maison. Il faut dire que la copine avait bel et bien, dans des temps pas encore touchés par le vieillissement des artères et de la carcasse, hanté divers sommets et refuges de l'Oisans, et que ces aventures avaient marqué son existence en profondeur.

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Alors j'ai ouvert le volume. Et là, une grande baffe dans la figure ! Rendez-vous compte, tout y était : les Bans, la Pilatte, Temple-Ecrins, La Bérarde, le Coup de Sabre, bien sûr l'Ailefroide, et tout le reste, la neige, la glace, le rocher. Et même le Glacier Long ! Tous ces endroits, j'y ai traîné mes guêtres pendant des années, l'été. L'hiver, c'était le ski de piste à Serre-Chevalier (déjà chic, mais pas bondé à l'époque dont je parle). Cet air-là, je l'ai respiré à fond, j'ai goûté de cette neige et tâté de ce rocher, longuement, goulûment — violemment.

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 Le Glacier Long, au naturel (photo DR).

L'art de Rochette, immortel dessinateur — scénario incroyable de Jacques Lob — de cette œuvre fondatrice que fut Le Transperceneige (revue A suivre 1982-83, puis Casterman, 1984), — c'est de rendre vivant ce morceau de vie, à commencer par la première personne du singulier dans laquelle il a inscrit tout le récit, de la première accroche jusqu'au virage BD, après ce rocher pris en pleine poire (j'ai évidemment pensé aux "gueules cassées" de la Grande Guerre et au Lambeau de Philippe Lançon, mais pour Rochette le fait remonte à bien avant le 7 janvier 2015).

Cette autobiographie, qui raconte une trajectoire personnelle somme toute pas trop compliquée (du moins pour ce que le récit donne à en connaître), je la trouve impeccable, sans doute parce j'y suis entré comme dans du beurre et que je m'y suis senti intimement impliqué (la grimpe en montagne et la bande dessinée, quoique Rochette se montre un alpiniste bien plus chevronné que moi et un créateur de dessins, disons un artiste, quoi — tout ce que je ne suis pas).

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Jean-Marc Rochette, Ailefroide, P.49.

Je ne résume évidemment pas le livre. J'en viens au Glacier Long. C'est une paroi généralement de glace ou de neige dure, inclinée de 45° environ sur toute sa hauteur (à peu près 700 mètres). C'est souvent considéré par les cadors comme une simple mise en jambes sur glace. Vraiment à notre portée. Il y avait plusieurs cordées, nous derniers, Rémy et moi. J'étais en tête, tout allait bien, les broches rentraient sans trop rechigner (j'aurais dû me méfier), les longueurs s'enchaînaient, on approchait de l'arête sommitale.

Et puis voilà que, sur une plaque de glace plus dure, les pointes d'un de mes crampons ripent, refusent de pénétrer. Je me suis laissé surprendre. Une vraie de vraie connerie.  Je tiens en équilibre précaire sur une seule des pointes, et aussi sur le bout de la lame de mon piolet (un Simond), sur lequel je me mets à peser de tout mon poids pour l'enfoncer davantage si possible.

L'autre pied est "en l'air". Ma dernière broche est déjà plusieurs mètres au-dessous. Je vois Rémy, vingt-cinq mètres plus bas, le visage levé vers moi, anxieux, interrogatif. Je vois les six cents mètres de "gaz". Si je lâche, c'est fini, je le sais : dans la glace un peu "bulleuse", la broche ne tiendra pas. Il faut que je tienne, que je souffle, que je ne me crispe pas.

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Jean-Marc Rochette, Ailefroide, P.211. Gros plan sur la bête.

Et puis voilà, ma jambe gauche trouve le bon angle, et plante enfin le crampon sur toutes ses pointes, bien dans l'axe, d'un coup bien franc. Je me sens un peu mieux. Tout mon être se détend alors et reprend le commandement. J'ai tout oublié des gestes que nous avons faits entre ça et l'arête. Rémy et moi, nous nous y arrêtons un moment avant de descendre. Nous nous regardons sans parler.

C'est exactement ce moment que j'ai revécu intensément dans l'ouvrage de Jean-Marc Rochette. Mais lui, c'était un vrai accident, et très grave : « Cet accident m'a poursuivi toute ma vie » (p.229).

Nous, nous avons échappé au pire. Mais je ne suis quand même pas sûr que ce soit un bon souvenir.

vendredi, 29 novembre 2024

FAIBLE ÉMISSION ET AUTRES SALOPERIES

LE MONDE QUI VIENT. 

Donc la malédiction continue à s'abattre sur l'automobile en même temps que sur les pauvres : Dieu a envoyé sur la France des "missi dominici" chargés, au nom du bien public et de la santé des populations, de répandre la vertu environnementale et d'imposer, dans toutes les métropoles irrespirables de l'hexagone et d'ailleurs (mettons New Dehli, tiens, à tout hasard), l'institution de zones interdites aux véhicules coupables d'alimenter l'irrespirabilité de l'air.

Or on sait que plus la voiture  est perfectionnée sur le plan technique, plus elle est chère. Et que plus ses volumes intérieurs et extérieurs sont vastes et confortables, plus son prix augmente pour devenir parfois prohibitif, voire stratosphérique. Et que plus les nuisances dues à la puissance et à la consommation de son moteur s'approchent de zéro, plus elle est onéreuse à l'achat (quoique ...). Et que plus elle répond aux normes toujours plus draconiennes concernant les gaz d'échappement, plus elle ne devient accessible qu'à une minorité infinitésimale des humains. Et que plus la production automobile s'oriente vers le moteur électrique, plus la possession d'un tel véhicule devient inabordable au commun des mortels.

Résultat ci-dessous.

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On reconnaît le trait impitoyable du dessinateur. Sauf que Gébé ne pouvait pas prévoir l'invention du V.A.E. (Vélo à Assistance Electrique), alias V.V.N. (le "vélo véloce pour les nuls"), dont certains coûtent un bras.

Sauf que Gébé aurait encore moins pu anticiper la grande offensive de l'électrique sur l'industrie automobile occidentale (mais pas que), qui voue au rebut et à la casse toutes les bagnoles qui envahissaient nos rues, accompagnées, diesel ou pas, d'un cortège de fumées nauséabondes et de miasmes diaboliques.

Laissant un peu interloqués et sur leur faim tous ceux qui se demandent comment ils vont pouvoir faire, simplement parce qu'ils sont pauvres, à part maudire le G.I.E.C. et la science, et avoir envie de porter au pouvoir des gens qui affirment qu'ils les comprennent et qui promettent (sic) de tout faire pour défendre leurs intérêts.

Et cela explique au moins en partie pourquoi les gens préfèrent l'activité économique à l'activisme écologique : ils veulent gagner assez d'argent pour se loger un peu correctement, s'habiller comme ils le souhaitent et manger à leur faim. L'écologie a perdu d'avance. On commence à s'en rendre compte.

***

N'oublions pas, cependant, qu'à la date précise de parution de ce numéro de Charlie Hebdo, Pauline fêtait son premier anniversaire.

mardi, 26 novembre 2024

L'ÉTAT DE LA FRANCE 3

CHRONIQUE D'UNE DÉCHÉANCE ANNONCÉE.

Aujourd'hui, on décline (mais dans la joie et la bonne humeur) !

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Et même on se met à décader avec allégresse et enthousiasme.

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Mais il n'y a pas que les roustons du père Platon qui ne sont plus ce qu'ils étaient : chez nous non plus, mais aussi, plus largement dans le monde, ça ne va pas fort. On n'entend parler que de déclin, perte, réduction, raréfaction, repli, reflux, recul, dégringolade, bref : le champ lexical est vaste et touche tout ce qui a à voir avec les activités humaines sur la planète.

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Ça, c'est Le Figaro (pas dans mes habitudes, mais).

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ETC. ETC. ETC.

Je n'ai pas tout mis, mais je vais m'arrêter là : la moisson est ample, généreuse et très probablement pour longtemps inachevée.

Donc pas besoin d'en rajouter. Tout le monde a compris ce qui attend les Français, les Européens, l'humanité, en même temps que les espèces animales, végétales et même minérales.

samedi, 09 novembre 2024

MADELEINE RIFFAUD

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Il faut lire la belle notice nécrologique écrite pas Yves Bordenave et publiée dans le journal Le Monde daté 8 novembre 2024, bien que l'auteur évoque comme en passant le récit de vie que la résistante, journaliste et poétesse a donné à Jean-David Morvan et tel qu'il est rendu selon son découpage et scénario (voir mon billet ici même) et dessiné par Bertail (éditions Dupuis).

J'apprécie aussi grandement la photo de cette belle dame, prise le 18 juin dernier par Joël Saget pour l'AFP (elle fume un de ses cigares favoris).

Sa façon d'affronter l'objectif du photographe est une sacrée signature. 

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jeudi, 07 novembre 2024

MADELEINE RIFFAUD EST MORTE

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Madeleine Riffaud en 2011 (photo DR).

Madeleine Riffaud vient de mourir. Jusqu'à récemment (2021), j'ignorais totalement qui était cette femme et ce qu'elle avait fait dans sa vie. Il a fallu que j'achète un volume de bande dessinée pour que je découvre l'existence d'une femme d'exception. Il s'agit de Madeleine, Résistante (trois beaux volumes Dupuis - Aire libre, 2021, 2023, 2024), scénario de Morvan / Riffaud, dessin de Bertail.madeleine riffaud,bande dessinée,morvan bertail,madeleine riffaud,bande dessinée,morvan bertail,madeleine riffaud,bande dessinée,morvan bertail,

 

 

 

 

 

 

 

 

Le récit détaillé que Madeleine Riffaud a longuement donné à Morvan, scénariste BD, est une merveille, et la force de ce dernier, renforcé par le dessin de Bertail, est d'avoir su restituer toute la sève qui animait cette personne indomptable, tout en découpant le propos de la façon la plus vivante.

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Jean-David Morvan dans le bureau de Madeleine Riffaud, photo Julie Balague, journal Le Monde, 19 octobre 2023.

Car c'est cela qui m'a touché dans cette histoire : j'ai quasiment partagé, moment après moment et au plus près, le vécu de cette Madeleine révoltée par la présence arrogante des uniformes de la Wehrmacht sur le sol français.

Moi qui ai vécu avec la BD depuis l'enfance, j'ai rarement vibré à ce point au fil des aventures de personnages dessinés. Pour être franc, je ne pensais pas que c'était même possible. Ben oui, aussi vives que soient les impressions produites, on sait faire la différence entre le réel et la fiction. Mais là, pas moyen : tout est vrai, incroyablement vrai. Et par là incroyablement fort.

Je ne veux pas délayer, je veux juste faire ici l'éloge d'une entreprise unique en son genre : permettre à des lecteurs de participer comme de l'intérieur à ce qu'une partie infinitésimale (1% ?) du peuple français a fait pour se libérer de l'emprise nazie, à partir de l'extraordinaire témoignage d'une actrice qui n'hésita jamais à payer de sa personne. 

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J'ai ainsi cheminé en étroite compagnie avec Madeleine Riffaud (Rainer dans la Résistance, comme Rilke), jour après jour, depuis cette scène campagnarde où, petite fille, elle a la chance d'échapper à l'explosion d'un obus oublié de 14-18 qui tue sa petite bande de chenapans, jusqu'à la libération de Paris en 1944, en passant par le sanatorium, la vie sentimentale, la difficile admission dans un groupe de résistants, les actions clandestines, le meurtre de l'officier allemand (salué par le policier français),

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Le policier.

l'arrestation (je note le salut du gendarme français, probablement sympathisant de la Résistance),

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Le gendarme.

la torture (Gestapistes, mais aussi Français de la "Brigade spéciale")

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Le commissaire divisionnaire Fernand David, chef de la "Brigade spéciale",  fusillé le 5 mai 1945.

et, finalement, la survie.

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Madeleine Riffaud en 1945, par Picasso.

Une œuvre tout à fait remarquable. Merci pour tout, Madeleine Riffaud. Reposez en paix. Merci Morvan pour le beau travail accompli. Merci Bertail pour la traduction graphique de l'épopée.

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Madeleine Riffaud, portrait par Bertail (tome I).

***

Morvan et Bertail sont paraît-il décidés à poursuivre le récit après la fin de la guerre. Je me suis laissé dire (Librairie La BD, rue de la Croix-Rousse) qu'il y a de la matière pour huit volumes. Plus qu'à attendre.

dimanche, 03 novembre 2024

COMMENT VA LE MONDE ?

LETTRE OUVERTE

Vous tous qui ne regardez pas les infos à la télé, vous tous qui n'écoutez pas les bulletins d'information à la radio, vous tous qui ne lisez pas les journaux, vous tous qui boycottez les réseaux sociaux.

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samedi, 19 octobre 2024

ÇA FERAIT (PEUT-ÊTRE) RIGOLER REISER

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Voilà la (presque) couverture dessinée par Reiser pour le Charlie Hebdo du 13 novembre 1972. A l'époque, c'était Nixon. Mais à part cette petite fraude commise (presque) innocemment, pour le reste, (presque) rien n'a changé. On peut même dire que la situation a nettement empiré.