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dimanche, 22 mai 2016

HARA KIRI FOR EVER

HOMMAGE A UNE ÉQUIPE DE TRUBLIONS SPLENDIDES.

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L'équipe. On reconnaît tout en haut, entre les deux alibis féminins, Choron, Cabu, Cavanna, Wolinski. Viennent ensuite Gébé, Fred (le même que le rêveur inventif de Philémon, mais qui s'y connaissait en humour très noir et en cruautés dessinées), Topor, Reiser (HK 43, sept.64). 



(15')

REPORTAGE DANS L'ANTRE D'HARA KIRI.

Ci-dessus, on constate que Delfeil de Ton galèje sacrément quand il affirme que, non, non, dans l'équipe d'Hara Kiri, promis juré, on ne buvait pas : « Il y a une légende qui court, sur la bande, vous pensez peut-être qu'on a ouvert des bouteilles de vin. Pas du tout. On était sobres. Le vin, la bière, n'avaient pratiquement pas accès rue Montholon » (Ma Véritable histoire d'Hara Kiri Hebdo, p.8). Il est vrai que l'hebdo n'est pas le mensuel. 

 

 

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Dessin de Cabu (HK n°43, sept. 1964) : Choron ne s'était pas encore rasé la boule, et les cheveux de Cavanna avaient encore leur teinte d'origine.

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Les (presque) mêmes en 1969. Je ne montre pas dans quoi ils ont les pieds.

samedi, 21 mai 2016

HARA KIRI FOR EVER

UN CHOIX DANS UN OCÉAN DE TRÈS MAUVAIS GOÛT.

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La photo de une (mars 1975) fut réutilisée en 1977 dans Charlie Hebdo n°329.

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vendredi, 20 mai 2016

HARA KIRI HEBDO PAR DELFEIL DE TON

DELFEIL DE TON 

MA VÉRITABLE HISTOIRE D’HARA KIRI HEBDO 

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En 2008, quand Maurice Sinet, dit Siné, fut lourdé pour un motif infâme, par un vrai sale type, de l’hebdomadaire où il fournissait une chronique chaque semaine, il fonda sa propre revue : Siné Hebdo. Les collaborateurs accoururent de toutes parts pour contribuer, le plus souvent par dégoût et en preuve d’amitié et de soutien. 

La justice a réparé l’injustice flagrante, condamnant le directeur du dit hebdomadaire à verser à Siné de conséquents dommages et intérêts. Et à publier en une le jugement. 

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Très élégamment, le petit Charb obtempère à la décision du tribunal, en insultant celui qui vient de faire reconnaître définitivement son droit. Bas et mesquin ! Mauvais perdant !

Entre-temps (2009), le directeur sans honneur et sans morale, s'était reconverti dans la radio : devenu sarkozyste militant, il s'était fait bombarder directeur d’une grande chaîne nationale. Ne nous attardons pas sur ce sinistre individu, capable d'aller verser sur commande quelques larmes face aux caméras, suite aux assassinats du 7 janvier 2015, sur la mort de gens qui ne lui sont plus de rien depuis des années. 

Pour parler franchement, Siné n’est pas ma tasse de thé. J’avais beaucoup de mal à lire son papier, qu’il s’acharnait à manuscrire. Et puis son radicalisme intransigeant (il était anti-ceci, anti-cela, anti-beaucoup de choses, y compris la corrida et la chasse : un vrai salmigondis qui me fait penser au slogan créé par Pierre Dac pour son parti, le M.O.U., ou Mouvement Ondulatoire Unifié : « Pour tout ce qui est contre, et contre tout ce qui est pour ») avait aussi quelque chose de fatigant. 

Et puis son dessin lui-même ne parvenait pas à m’intéresser. Mais là n’est pas la question : la trajectoire du bonhomme reste impeccablement rectiligne. C'est rare. Cet entêté de la vie a fini par avaler son bulletin de naissance, lui qui avait pourtant choisi comme épitaphe cette belle formule : « Mourir ? Plutôt crever ! », et qui avait demandé au sculpteur Patrick Chappet, de Saint-Jean-d'Angély, de lui faire, comme monument funéraire, un cactus en forme de doigt d’honneur. 

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AU CIMETIÈRE MONTMARTRE.

A droite le futur occupant des lieux.

Parmi les collaborateurs accourus spontanément se mettre au service du rebelle, il y eut un certain Delfeil de Ton. Delfeil de Ton, pseudonyme d’Henri Roussel, était un pilier du grand Hara Kiri Hebdo, frère aîné du grand Charlie Hebdo, le seul, le vrai, l’unique, que le type mentionné plus haut a fait semblant de ressusciter en 1992. Delfeil a refusé de collaborer à cet ersatz, qu'il préfère considérer comme n'ayant jamais existé, mais où Cavanna, Cabu et d’autres eurent la faiblesse de se laisser enrôler, sous la houlette d'un type sans morale. 

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AVEC L'ÉPITAPHE : 

« MOURIR ? PLUTÔT CREVER ! ».

Siné lui a donc offert en 2008 un espace pour une chronique de 2500 signes, requête dont Delfeil a d’ailleurs fait son refrain de conclusion. Comme l’hebdo de Siné a défunté au bout de quatre-vingt-trois numéros, en 2010, cela fait quatre-vingt trois chroniques, que leur auteur a intitulées « Ma véritable histoire d’Hara Kiri Hebdo ». Un titre honnête et véridique : exact et subjectif à souhait. Il suffisait de les réunir pour en faire un vrai livre, portant le même titre. Certes, pas un gros livre (172 pages). Mais une bonne chose de faite, aux éditions Les cahiers dessinés. Et bien fabriqué, en plus, cahiers cousus et tout, ce qui s’est fait rare de nos jours. Vous pensez bien que je n’ai fait ni une ni deux. 

L’auteur, pour dire les choses, n’est pas un historien : qu’on ne s’attende pas à l’objectivité exigée d’un universitaire. Non, il raconte des scènes, il décrit des situations, des circonstances. Il raconte surtout les gens qui ont fait Hara Kiri Hebdo (Cavanna et Choron), et les jeunots, lui compris, qui sont venus s’agglomérer autour de ces planètes à la puissante force de gravitation. 

Hara Kiri, il y avait le mensuel de mauvais goût. Et puis un beau jour de 1969, Cavanna et Bernier déclarent : « On va faire un hebdo, en plus. On continue le mensuel et on fait un hebdo ». Et Delfeil écrit : « Un hebdo à nous et un hebdo rien que pour se marrer », ajoutant : « C’était bien d’être à Hara-Kiri. Il n’y avait que des bons. Pas un seul con ». Et c’est parti, pour ne s’arrêter qu’en 1981, faute de combattants : les lecteurs. 

On n’échappe pas à l’éloge de Cavanna, à qui il a fait lire des chapitres de ses Mémoires, et qui refuse de les lui rendre pour qu’il les relise : « "J’aurais trop peur que tu les abîmes". Dites donc, c’était un compliment, ça ». Du coup le voilà embauché dans l’équipe, à charge pour lui de trouver de quoi alimenter une chronique hebdomadaire, entièrement libre de thème et de ton. 

Delfeil de Ton fait aussi l’éloge de Pierre Fournier, a priori un intrus à Hara Kiri, mais au dessin et à l’humour ravageurs. On le connaît davantage comme fondateur de La Gueule ouverte (1972), le grand ancêtre du mouvement écologiste, même que ça ne lui a pas porté chance, puisqu’il est mort l’année suivante. L’auteur fait son portrait : « On peut dire qu’il tranchait. (…) Un chapeau mou, en feutre, une cravate et un complet gris. C’est encore l’hiver, il porte un manteau qui n’est pas gai non plus ». Ce fonctionnaire de la Caisse des dépôts signait royalement ses articles « Jean Neyrien Nafoutre de Séquonlat », pour dire l’intransigeance. 

Wolinski a droit à son éloge : Delfeil admire la facilité avec laquelle le dessinateur « gribouillait des "petits mickeys" », tout en voyant en lui un vrai « renard », capable de déconner à plein tube chez Choron et Cavanna, mais de fournir ponctuellement son dessin . Il dit de lui : « J’en suis resté comme deux ronds de flan. (…)La drôlerie. La justesse. Encore aujourd’hui, je suis admiratif ». Wolinski était la vedette de la bande. 

Puis c’est le tour de Willem Holtrop, devenu le célèbre et percutant Willem, dessinateur à Libération, et qui a échappé à la tuerie de Charlie Hebdo parce que les conférences de rédaction lui couraient sur le haricot à cause de l’attitude du directeur (le même type que Delfeil nomme p.53). 

Il dit encore de belles choses de Gébé, trop tôt disparu, et de son An 01, utopie sortie du crâne d’un grand rêveur qui prenait ses désirs pour des réalités, mais qui avait réussi à embarquer beaucoup de gens dans cette aventure largement onirique, des gens qui avaient les pieds sur terre, puisque L’An 01 est devenu le premier film d’un cinéaste qui, depuis cette époque héroïque, a fait une belle carrière : Jacques Doillon. La BD de Gébé avait débuté dans la revue Politique Hebdo. 

Quant à Cabu, il a droit à une allusion p.41, sans plus. Bon, je ne vais pas réécrire le bouquin. Je dirai que c’est une curiosité pour les curieux, ceux aux oreilles de qui des noms comme Georges Bernier-Professeur Choron, François Cavanna, Gébé (le Blondeaux Georges-Jacques-Babylas du commissaire Bougret de Gotlib), Wolinski, Willem, Delfeil de Ton, Pierre Fournier et quelques autres (Cabu, …) résonnent comme brillent les derniers feux d’une époque qui pouvait penser que l'avenir était encore largement ouvert. 

Voilà ce que je dis, moi.

mardi, 26 janvier 2016

MON ADIEU À CHARLIE

ROBERT DENIS MOHICANS.jpg2/2 

Alors pourquoi cette tristesse grandissante à la lecture ? D’abord Cabu. Mon Cabu, Cabu l’assassiné. Car Denis Robert arrive à écorner gravement l’image du Grand Duduche. Remarquez que je me doutais de quelque chose. Un article du Monde, en juillet 2008, cité par l’auteur, m’avait chiffonné à l'époque : Charlie publie alors les « caricatures de Mahomet ». Succès fulgurant : 500.000 exemplaires vendus. Moyennant quoi les quatre actionnaires toucheront au total 968.510 euros de dividendes. 

Les actionnaires ? Val, Cabu, Bernard Maris et Eric Portheault (le comptable). Cabu ? Maris ? Comment est-ce possible ? Le gras est pour les deux premiers : 330.000 euros chacun (p.218). La somme, de fait, m’avait semblé énorme, brouillant l’image de l’icône. Trop d'argent, c'est toujours mauvais signe.

Et puis il y a cette histoire des locaux de Charlie rue de Turbigo. Les mêmes actionnaires créent une SCI pour acheter les 200-250 m², empruntent auprès de la banque en faisant de Charlie la caution du prêt – qu’ils rembourseront très vite grâce aux bénéfices de l’entreprise – et feront de la revue leur locataire ! L’entourloupe est superbe, légale et puante. Et quand ils revendront le bien quelques années plus tard, ils toucheront une tout aussi superbe plus-value. Dire que Cabu a trempé là-dedans … qu'il en a profité ... C'est trop moche.

Dans son bouquin, par-dessus le marché, Denis Robert montre un Cabu à la remorque de Philippe Val, capable de lâcher Siné, que celui-ci ose accuser d’antisémitisme, au mépris de la vérité, pour mieux pouvoir lourder ce gêneur incorruptible hors des murs de Charlie : « La pilule est dure à avaler, moins pour Val, pour qui Delfeil (de Ton) n’a aucune considération, que pour Cabu. Découvrir que Cabu, le Cabu des débuts d’Hara Kiri, l’ami et le frère de la glorieuse époque, se prête à ce coup de poignard, est le signe d’une improbable trahison » (p.121). Cabu prendra une gifle de Delfeil, mais Siné gagnera son procès. Deux gifles pour le prix d'une. Allons, il y a encore une justice.

Denis Robert restaurera tant soit peu l’image ternie du Grand Duduche vers la fin du livre : « Même si Cabu a gagné beaucoup d’argent avec Charlie Hebdo, ce n’était pas une motivation suffisante pour comprendre son ralliement constant aux idées de Val. Cabu gagnait beaucoup plus d’argent encore avec ses albums et ses collaborations extérieures. Il vivait modestement. L’argent n’a jamais été un moteur pour lui. Cabu était un buveur de lait, un dessinateur de génie, mais un homme naïf. Sa soumission à Val reste une énigme » (p.292). Il n’empêche : l’image de Cabu en a pris un sale coup. D’abord l’homme d’argent. Ensuite le soutien à Philippe Val, ce particulier peu recommandable. Je suis obligé de le dire : Cabu a mal vieilli. Peut-être a-t-il fini par se faire acheter par le statut social où son talent l'a promu ?

Pour ce qui est de Philippe Val en personne et du portrait que Denis Robert offre de l’individu, rien de bien surprenant en fin de compte. Le personnage m’est depuis fort longtemps antipathique. Avide de pouvoir et manipulateur. Combinard, avec son pote Malka, avocat de Charlie, mais aussi, dans le même temps, de Clearstream (tiens donc !). Je passe sur le curieux comportement de l’avocat Malka à l’égard de son ancien patron Dartevelle. 

Val s’appuyant juridiquement sur Malka pour, dans un double mouvement, faire reconnaître à Cavanna, le fondateur, la propriété du titre Hara Kiri (au détriment de Bernier-Choron), pour mieux le dépouiller ensuite de l’intéressement aux bénéfices de Charlie, dont il se débrouillera pour lui faire verser, royalement, 0,44%. Quand il est devenu directeur de France Inter, puis soutien de Nicolas Sarkozy, mon radar avait cessé depuis très longtemps de capter l'écho de ce petit monsieur. 

Denis Robert, par reconnaissance envers Cavanna et Choron, ainsi qu’à un certain esprit Hara Kiri qui n’a pas été pour rien dans son parcours professionnel, nous fait suivre les traces de ces combattants, mais à une époque où ils sont complètement largués, dépassés par les événements. Cavanna ne comprend rien aux arguties juridiques dans lesquelles il devrait se plonger pour défendre ses intérêts. Cet homme de parole répugne à tout ce qui est paperasse. Et Val saura en profiter honteusement. Choron, lui, a dit un merde définitif à Val, dès la première approche en vue de la reparution de Charlie. Quand Cavanna a compris dans quelles grandes largeurs il s’était fait avoir, il n’avait plus la force de se battre, désabusé, dégoûté. 

Philippe Val, en grand opportuniste, a su saisir les occasions de s’élever, quand elles se présentaient. Au total, on peut se dire, avec Denis Robert, qu’il s’est servi de Charlie comme d’un marchepied, et qu’il l’a très tôt mis au service de son ambition personnelle.  

Le répugnant, c’est que deux faux-jetons, après le 7 janvier, sont allés répandre leur « émotion » sur tous les plateaux de télévision, tout en livrant leur propre version de l’histoire de la revue, qui n’a, selon Denis Robert, pas grand-chose à voir avec la vérité. Revue dont ils n’avaient, au surplus, plus rien à cirer. Quant aux rapports de Val à l’argent, il faut lire le passage édifiant où l’auteur rend compte d’une interview dans laquelle, interrogé (je crois) par Maïtena Biraben, il s’embourbe dans les circonlocutions et les manœuvres d’évitement. Visiblement, il juge ces basses questions fort indiscrètes.

Voilà d’où vient la grande tristesse qui vous prend à la lecture du livre de Denis Robert. D’un côté, la fin d’un Choron complètement désargenté, la fin d’un Cavanna qui n’a plus la force de se bagarrer. Les deux derniers des Mohicans (excellent titre). De l’autre, des gens sans scrupules, machines à traire la vache à lait, qui se sont enrichis sur la bête. J’en veux désormais à Cabu et à Bernard Maris de s’être prêtés à de petites manœuvres bassement intéressées, sans aucun respect des liens d’amitié. Et en contradiction hypocrite avec l’image des combats qu’ils déclaraient mener. C'est sale. Le signal aveuglant d'un changement radical d'époque : l'imposture du retour de Charlie marque l'émergence, puis le triomphe des petits calculs et du mercantilisme. Bien adaptés à l'intégrisme ultralibéral ambiant. Mais bon : paix à leurs cendres.

Il reste cependant le grand Charlie, le seul, l’unique, le premier Charlie, celui de 1970, digne successeur d’Hara Kiri Hebdo, et porté, pendant dix ans, par une inégalée et incomparable équipe de joyeux drilles libres, irrespectueux et créatifs. 

Ça, on ne me l'enlèvera pas. 

Voilà ce que je dis, moi.

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Note : A ceux qui s'étonneraient qu'une présence tricolore puisse être associée à l'équipe anarcho-festivo-alcoolique de Hara Kiri, qui n'en avait strictement rien à foutre, je signale que cette modeste manifestation de patriotisme remonte aux attentats de Paris, le 13 novembre 2015, au stade de France, au Bataclan, aux terrasses du Carillon, de La Belle Equipe, du Petit Cambodge, de Casa Nostra et du Café Bonne Bière.

lundi, 25 janvier 2016

MON ADIEU À CHARLIE

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1/2 

Je n’aurais peut-être pas dû lire Mohicans, de Denis Robert (Julliard, 2015). Plus j’ai avancé dans la lecture, plus je me suis senti envahi par une immense tristesse. Alors vraiment, Charlie, c’était devenu ça ? Cette chose immonde et détestable ? Je n’aurais pas cru ça possible. Pour dire le vrai, j’ai pris un coup dans la gueule. 

Remarquez, ça faisait si longtemps que je ne l’achetais plus, bien des années avant les attentats, que j’aurais pu me douter qu’il s’était passé quelque chose. C’est vrai, je ne supportais plus. Quoi ? En premier lieu, les éditoriaux de Philippe Val, complaisants, discoureurs, bavards. Et puis il y avait les nouveaux dessinateurs : Luz, Riss, que je trouvais sinistres et bornés. Pas drôles. Il faut dire que j'ai été formé par des Reiser, des Gébé, des Cabu : ça met la barre trop haut pour eux. 

Je lisais volontiers les papiers d’Oncle Bernard. Je lisais encore les pages de Cabu, Gébé. Pas grand-chose d’autre. Je me rappelle, je ne sais plus quand, avoir trouvé minable l’énorme étron qui occupait les pages centrales, pour bien signifier ce que, à Charlie Hebdo, on pensait du Front National et de la famille Le Pen. J’avais trouvé que, dans l’analyse politique, on ne pouvait pas descendre plus bas. 

Bref, plus grand-chose à voir avec le grand Charlie, le seul, l’unique : le premier, quoi (la pile ci-contre). hara kiri,hara kiri hebdo,charlie mensuel,charlie hebdo,denis robert,denis robert mohicans,éditions julliard,philippe val,luz,riss,charb,oncle bernard,bernard maris,gébé,front national,le pen,le canard enchaîné,cavanna,professeur choron,georges bernier,wolinskiCelui-là, attention, pas touche ! J’ai conservé la collection (presque) complète, même si je reconnais que j’étais moins fidèle sur la fin. J'avais l’impression, je ne sais pas, moi, que le cœur n’y était plus. J’ai arrêté au n°462, en 1979, je crois. Quand il était reparti en 1992, j’avais réembrayé joyeusement, en me disant que son absence de dix ans faisait un trop gros trou dans la presse française : le nouveau Charlie comblait une béance. Il y avait bien Le Canard enchaîné, mais ce n’est pas la même chose. 

Mais je ne savais rien des dessous de cette reparution : il y avait l’ancienne équipe presque au grand complet (Cavanna, Cabu, Gébé et compagnie). Je me disais que c’était reparti. Il y avait bien un absent de taille, Choron, mais bon. Il y avait aussi des petits nouveaux, et parmi eux, un certain Philippe Val. Je me disais pourquoi pas. Globalement, ça faisait plutôt du bien. Non, je ne me suis pas abonné : avec La Poste, on ne sait jamais, les grèves, les retards, tout ça. Je plaisante : j’aime bien passer au kiosque, voilà tout. 

J’ai donc acheté mon Charlie au numéro, fidèlement, chaque semaine. Et puis ça a duré ce que ça a duré, j’avoue que je ne me souviens plus de ce qui a motivé ma lassitude, ni quand c’est venu. Simplement, l’éloignement s’est accru, sans que j’en identifie la raison : Charlie ne me parlait plus. Charlie n’avait plus rien à me dire. C’était un constat. Dommage, bien sûr, mais on ne va pas se forcer, n’est-ce pas. C'était peut-être moi qui avais changé, et l'hypothèse est vraisemblable. Mais c'était peut-être Charlie, qui n'était plus le même. En refermant le bouquin de Denis Robert, j’avais compris. 

Alors le livre de Denis Robert ? Ce qu’il faut savoir, c’est que l’auteur est un journaliste d’investigation : l’affaire Clearstream, c'est lui : vous savez, les « chambres de compensation », et tous les trucs louches qui passent par elles. Il a d’ailleurs failli ne pas s’en remettre, parce qu’en face, ce n’étaient pas des enfants de chœur, et ils mettaient les moyens. Mais c’est lui qui a fini par gagner tous ses procès. Aux dernières nouvelles, Clearstream se porte bien, rien n’a changé. A se demander pourquoi ils ont recouru aux tribunaux. Et à quoi ont servi Denis Robert et son brûlot. 

Sur Charlie, d'emblée, l'auteur explicite son intention. Il veut reconstituer l'histoire : « L'époque étant ce qu'elle est, ces journaux fougueux qui sentaient le foutre, la sueur, l'alcool, la liberté sont devenus des marques. Cette histoire est la saga d'un détournement. C'est la dilapidation d'un héritage sur fond de libéralisme échevelé. C'est la chronique d'une étrange manipulation qui a permis d'utiliser un nom, un titre, pour attirer le consommateur en lui vendant un produit ayant perdu sa créativité et sa flamboyance. Comme s'il avait, sans que rien ne le laisse apparaître extérieurement, largement dépassé sa date de péremption. C'est une histoire tumultueuse, magnifique, triste et honteuse. A mes yeux, elle est exemplaire » (p.12-13). On ne peut être plus net. Le lecteur est prévenu.

Dans Mohicans, il n’est pas exagéré par ailleurs de dire que Denis Robert adopte le regard de Cavanna. Comme s’il avait à son égard une dette. Il le dit : « Cavanna était un homme généreux. Sur les dernières années de sa vie, j’aurais aimé le voir plus combatif. Il était comme endormi, fatigué, usé. Je l’aimais beaucoup, mais ce n’est pas ce qui compte. Ce serait même un frein. Le sentiment qui m’anime quand je pense à lui, en entamant ce récit, ce n’est pas l’admiration, ni l’affection. C’est la reconnaissance » (p.13). Moins qu’un parti pris, cela s’appelle une dette, non ? J’aime beaucoup ça, parce que, pour moi, l’empreinte que laisse le pied de Cavanna dans le sol, quand on passe derrière, s’appelle droiture et loyauté. Parce que, pour moi aussi, Cavanna est impeccable. 

Mais essayer de restituer le point de vue de Cavanna n’empêche pas l’auteur de faire son métier : l’enquête est serrée, nourrie au plus près des sources, avec tous les recoupements qu’il faut. On n’oublie pas d’être professionnel. On doit bien ça au fondateur d’Hara Kiri. Pardon : aux fondateurs, parce qu’il ne faudrait pas oublier le professeur Choron, « Georget » ou « Le Prof » sous la plume de Denis Robert. Le tandem inoubliable qui a, pendant vingt-cinq ans, semé une pagaille monstre dans le paysage de la presse française. 

Deux merveilleux foutraques, l’un incontrôlable, l’autre plus posé, mais un tandem bourré d’énergie, de volonté, de talent, de débrouillardise et d’imagination. Et puis pardon, mais comme centre de gravité, ils se posent là, les deux compères. Parce que la planète Hara Kiri, au début, elle rassemble Fred (oui, celui de Philémon, mais aussi celui du Petit cirque), Topor, Cabu, Wolinski, Gébé : ils ont réuni la fine équipe ! La Belle Equipe. Ado, j’avais un pote, Jean-Marc, qui achetait en douce des Lui et des Hara Kiri (il avait l'argent de poche) qu’il cachait sous le pare-feu de la cheminée de sa chambre, en s’imaginant que sa mère n’entendait pas quand il manœuvrait la pièce métallique. Tu parles ! Mais c’est vrai que les femmes à poil et à gros seins dégoulinant de spaghettis bolognaise, me faisaient un effet, disons, moyen. 

C'était pourtant ça, aussi, l'esprit Hara Kiri.

Voilà ce que je dis, moi.

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jeudi, 22 janvier 2015

ROBERTO SAVIANO ET CHARLIE

 

JE SUIS CHARLIE 11 JANVIER 2015.jpg

C'était à Lyon le 11 janvier. Pas une manif. Pas de banderoles. Pas de slogans. Pas de cris. Je n'ai jamais vu ça. Je ne savais pas que c'était possible.

 

Très bonne tribune de Roberto Saviano (Gomorra, Extra pure) dans Libération du 21 janvier. L’auteur sait ce que veut dire vivre sous protection policière depuis qu’il y a un « contrat » sur sa tête à cause de son bouquin sur la Camorra (Campanie, Naples, …), qui révélait les grosses turpitudes de cette mafia napolitaine. Titre de la tribune : « Rendez-vous au prochain attentat ». C’est sûr que la mort de Cabu, Wolinski et les autres, ça a dû lui donner du souci.

 

Il doit se dire que la présence policière n’empêchera rien face à un commando organisé, entraîné militairement et déterminé. Il n’a pas tort : quand la routine de cette présence finit par laisser la confiance revenir, on ne s’attend pas à ce qu’il se passe quoi que ce soit. On n’y croit pas. La preuve ? Sigolène Vinson, la chroniqueuse judiciaire de Charlie, l’explique très bien dans Le Monde daté 14 janvier. Elle était là, le 7 janvier. Elle a vu Franck Brinsolaro faire un geste de la main vers l’étui de son arme de service. Son signal d’alarme cérébral a eu à peine le temps de se déclencher. Trop tard. Sa méfiance était en sommeil. Kouachi ne lui a laissé aucune chance.

 

Je retiens juste ce passage de Saviano : « J’ai été frappé par cette phrase prophétique de Charb : "Je n’ai pas peur des représailles. Je n’ai pas de gosses, pas de femme, pas de voiture, pas de crédit. C’est peut-être un peu pompeux ce que je vais dire, mais je préfère mourir debout que vivre à genoux." On dirait la profession de foi d’un moine soldat, d’un volontaire au combat, quelqu’un qui sait que chacun de ses choix peut coûter cher à ceux qui l’entourent. Charb était dessinateur, il dirigeait Charlie Hebdo, mais ses paroles sont celles d’un homme qui part au front, d’un médecin en mission en plein cœur de l’épidémie ».

 

Je me dis amèrement que si telle était bien la mentalité qui habitait l’équipe de Charlie sous la direction de Charb, je m’étonne moins de la montée de la haine contre lui dans le monde. A sa manière, il faisait le djihad. Autant je me sentais proche de Charlie Hebdo quand il était fait par des allumés géniaux, par des artistes plus-ou-moins-anars qui savaient avec art se moquer de tout, par des amoureux de la vie et de l’amour, par des rêveurs impénitents d'une société mieux faite, autant je me sens loin de tous les raseurs-nuisibles-qui-ont-une-cause-à-défendre. Très loin, en particulier, d'un type qui se fait un étendard de n'avoir ni gosses, ni femme, ni voiture. Mais bon, paix à ses cendres.

 

Pour le crédit, je suis prêt à lui faire crédit : tous ceux que leur banque tient en laisse ne peuvent que souhaiter la mort de leur créancier, sans sépulture ni héritier. Pour ce qui est des raseurs nuisibles, je voulais parler, évidemment, des MILITANTS, ces militaires sans uniforme qui agitent des drapeaux au-dessus de leur tête. Un drapeau, c'est déjà un uniforme.

 

Le vieux Charlie Hebdo ne portait pas d’uniforme, ne brandissait aucun drapeau. Fournier, l'écologiste de La Gueule ouverte et de Charlie avait demandé à tous les gens qui se pressaient à ses manifs de confectionner des drapeaux de toutes sortes et de toutes couleurs. A seule fin que nul drapeau dûment répertorié (tricolore, rouge, noir, rouge et noir, etc.) ne prît le dessus pour s'accaparer le bénéfice de l'événement.

 

Cabu, Wolinski, Reiser, Gébé, Delfeil de Ton, Choron, Cavanna, Siné, aucun de la bande n’avait envie de jouer au « moine soldat ». Chacun avait sa vie à nourrir et à vivre. Et ils la gagnaient en faisant partager le regard qu’ils portaient sur le monde, la société. En se marrant, en s’engueulant, en picolant (pas tous).

 

La peste soit des militants qui se sont mis au service exclusif d'une cause. La peste soit des causes à défendre. Dans le Timbuktu de Abderrahmane Sissako (Cavanna disait : je l'ai pas lu, je l'ai pas vu, mais j'en ai entendu causer), le vieil imam est seul dans le vrai, qui a mené le « djihad » en priorité sur lui-même, quand les jeunes exaltés, totalement ignorants, bornés et incultes, coupent des mains, détruisent des sanctuaires, brûlent des manuscrits anciens. 

 

Qu'est-ce qu'un monde qui oblige les braves gens à se muer en défenseurs de causes ? Une cause à défendre ? Mais elles se bousculent au portillon, elles se marchent sur les pieds, tellement elles sont nombreuses, et se livrent une concurrence acharnée pour capter les créneaux médiatiques disponibles (pour « sensibiliser et alerter les consciences ») et les ressources qui en découleront.

 

Qui est capable de voir un peu clair dans le maquis emberlificoté des causes à défendre ? Et que veut dire l'empressement des foules à expulser de leurs préoccupations l'énorme masse des causes à défendre, pour en élire une seule et unique, selon l'arbitraire de leur bon plaisir,  à laquelle elles se dévouent corps et âme, jetant ainsi toutes les autres à la poubelle ? 

 

Je ne vais pas en faire la liste : on en aurait jusqu'à demain.

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

mercredi, 01 janvier 2014

IRRECUPERABLE REISER

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I

BONNE ANNEE

Au moment où la « BÊTE » policière qui veille à ce que pas une oreille ne dépasse sur l’immense esplanade où elle rêve de ranger l’humanité en files impeccables pour la faire défiler au pas de la dinde sur un rythme réglé par les flics de la pensée, les commissaires de la parole et, désormais, les argousins du comportement, s’apprête à abattre son énorme patte immonde et griffue sur celui qui a popularisé un geste plutôt marrant appelé « la quenelle », prétendument antisémite, il est hygiénique et régénérateur de jeter un regard sur des contrées lointaines, où pensée, parole et comportement échappaient encore pour quelque temps à l’emprise des contempteurs et septembriseurs (je pense au André Breton le septembriseur de Pierre de Massot) de la liberté.

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II

MEILLEURS VOEUX

Je sais, la phrase ci-dessus est un peu longue, mais c’est juste pour montrer ce que je sais faire (la proposition principale commence à « il est hygiénique », mais qui se souvient de ce qui porta le noble nom d’ « analyse logique » ?). Et puis je pouvais faire ce petit effort en l'honneur de Reiser, non ?

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ON TROUVE CES QUATRE VIGNETTES DANS UN ENSEMBLE INTITULÉ "A L'AMERICAINE".

LES INTERLOCUTEURS DU PROFESSEUR CHORON, RECONNAISSABLE A SA CALVITIE ET A SON FUME-CIGARETTES, SONT CAVANNA ET REISER EN PERSONNE. 

III

ET LA SANTÉ, SURTOUT !

Je me demande parfois, comme beaucoup, quels sketches Coluche ou Desproges auraient inventés si la mort ne nous avait pas privés de l’acéré de leurs regards et du mordant de leur phrases. La seule différence entre eux et Reiser, c’est que ce dernier dessinait. A vrai dire, il ne faisait pas que dessiner. Les traits qu’il traçait sur la feuille étaient au service de son regard et de ses phrases.

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ON CROIRAIT QUE REISER S'EST ICI INSPIRÉ DE CHAVAL (VOUS SAVEZ : "DANSEUSE MIMANT LA MORT DU CYGNE DEVANT DES CANARDS")

IV

Comment il voyait l’humanité, je ne peux pas dire exactement, ne l’ayant pas connu. Ce que je sais, c’est qu’il était très fort pour débusquer et mettre sur le devant de la scène ce que les gens qu’il regardait voilaient derrière des discours, des idées, des idéologies, de façon inconsciente ou calculée. Les arrière-pensées, les non-dits, les demi-vérités. Il en faisait de petits pétards qui éclataient au nez.

Regardez par exemple ce qu’il fait dire au Professeur Choron (ill. III). Chaque fois ou presque, une bonne leçon de non-conformisme, mais du vrai de vrai, cette fois.

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V

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LAQUELLE EST UNE "FEMME MODERNE" ?

VI

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VII

AVEC MES MEILLEURS VOEUX LES PLUS SINCERES POUR 2014 (On ne sait jamais : ça peut marcher)

mardi, 31 décembre 2013

IRRECUPERABLE REISER

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FINALEMENT, AVEC LE RECUL, ÇA PEUT AVOIR UN CÔTÉ RIGOLO, DE REGARDER L'ANNEE 1981 DE CE POINT DE VUE

Hara Kiri, Cavanna et le Professeur Choron ont donc accueilli Reiser dans l’équipe. Il s’y est senti au chaud, comme dit Delfeil de Ton (l’alias de monsieur Henri Roussel, qui m'avait fait découvrir le disque génial des Last Poets, écoutez voir « Under the shadow of the gun ») dans sa préface à L’Année des handicapés (1981), il s’y est senti bien. DDT raconte comment a tristement fini l'équipe de la géniale revue « bête et méchante », dont la publicité disait : « Si vous ne l'achetez pas, volez-le ! », et qui montrait en photo des femmes nues, sur les seins opulents desquelles dégoulinaient, par exemple, des cascades de spaghetti bolognaise.

C'était le temps de l'optimisme, une époque où certains pouvaient se bercer de l'illusion de croire que, en s'y prenant de cette façon (rigolade et dérision), on pouvait contrer, et pourquoi pas annihiler, la puissance moralement et humainement anesthésiante de la publicité. Il faut bien reconnaître que cet espoir s'est écrasé contre le mur, mou comme un édredon, de cette virtualité qui a promu dans la réalité l'objet marchand, mais seulement après l'avoir revêtu de ce qui lui manquait, à savoir une « valeur affective ».

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Mais DDT (on est alors en 1999) raconte aussi que Choron, « catastrophique administrateur », a fait tout ce qu’il fallait pour couler régulièrement et avec ténacité les publications dont il était « directeur ».

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J’avais d’ailleurs lu quelque part que, s’il était « directeur », c’est qu’il avait déposé à son nom les marques des revues, à commencer par Hara Kiri, dans une sorte de confiscation légale.

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La bande que je mets ici aujourd’hui a été publiée dans le deuxième et dernier numéro du quotidien avorté aussitôt que né Charlie Matin, et accompagne la préface de DDT au volume cité au début. Un drôle d'aperçu sur une sorte d'ambiance de fin de règne, où tout part en eau de boudin en même temps. C'est pathétique.

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Reiser déplore la « gabegie » (c’est le terme de DDT) due aux aberrations professeurchoronesques. Mais il saisit aussi cette occasion pour régler quelques petits comptes avec ses amis de l’équipe Hara Kiri. Bien sûr, Choron est la cible principale, mais il égratigne aussi au passage, plus ou moins amicalement, le doyen Cavanna, Sylvie Caster, Cabu et Wolinski. DDT ajoute que tous l’ont en général bien pris. Pour accepter aussi facilement l'injure, ils devaient tous être bien bourrés, c'est ce que je me dis.

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Qui a dit : « Seigneur, protégez-moi de mes amis. Quant à mes ennemis, je m’en charge ! ». Montherlant le disait autrement : « Vivent mes ennemis ! Eux du moins ne peuvent pas me trahir ». C’est dans Le Maître de Santiago.

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Wolinski, un juif communiste et antisémite qui aime l'argent : on en apprend de belles. Mais la Lune aussi avait sa face cachée. Tout le monde, et peut-être heureusement, ne s'appelle pas Vladimir Illich Oulianov, alias Lénine, dont une des faces cachées a craché une masse de balles réelles sur les soviets des marins de Cronstadt (en 1921), qui avaient eu le malheur de prendre ses discours au pied de la lettre, et voulaient les appliquer dans la réalité. Mal leur en a pris.

 

Ainsi finit une belle aventure de la liberté d'expression.

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

dimanche, 29 décembre 2013

IRRECUPERABLE REISER

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J’ai entendu récemment monsieur Jean-Marc Parisis parler du dessinateur Reiser, auquel il a consacré en 1995 un ouvrage biographique. Je ne l'ai pas lu, mais sur le principe, j'y vois un travail salutaire, car Reiser est quelqu’un de bien oublié, alors que tout son travail pourrait servir de leçon (en forme de volée de bois vert) à tous les caricaturistes et dessinateurs de presse d’aujourd’hui, dont j’excepte cependant Cabu, Willem et quelques autres. Ceux du Charlie Hebdo qu'on connaît aujourd'hui, en comparaison, la jouent « petits bras », quand ce n'est pas carrément « bras cassé ». 

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Quand je pense à Reiser, le pauvre dessin que Plantu inflige au lecteur en première page du Monde m’apparaît d’autant plus misérable. Mais j’imagine bien que si Plantu s’inspirait tant soit peu de Reiser, il se ferait séance tenante virer du « journal de référence ».

 

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Pour une raison très simple : Reiser est l’archétype même du dessinateur libre. La caractéristique principale de cette liberté, s’agissant de Reiser, c’est la férocité. Au 19ème siècle, on aurait dit que l’artiste « porte le fer dans la plaie ». Quant à Jean-Marc Parisis, je me rappelle avoir lu, il y a fort longtemps, La Mélancolie des fast foods (1987). Je me souviens d’un roman nerveux, rapide et non dénué de violence. L’intérêt manifesté par l’auteur pour Reiser n’est donc pas incohérent.

 

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Les deux « pères » de Reiser dans le métier furent Georges Bernier, alias Professeur Choron, l’inénarrable, l’indécrottable, l’insupportable et toujours imbibé Professeur Choron. Pour dire que la première maison qui abrita le dessinateur s’appelait Hara Kiri, « journal bête et méchant ». Il faut s’en féliciter : c’était en quelque sorte un habitat naturel pour lui.

 

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Dans les années 1990, Delfeil de Ton eut l’idée formidable de réunir tous les dessins que Reiser avait faits pour la presse, à commencer par Charlie Hebdo, qui n’avaient pas fait l’objet d’une publication en albums. Résultat : neuf volumes, publiés de 1994 à 2001 aux éditions Albin Michel.

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J’ai essayé ici de donner une petite idée de la liberté que prenait Reiser avec tous les « groupes », toutes les « minorités » qui font régner aujourd’hui la terreur parmi les adeptes de la liberté d’expression.

 

S’il n’était pas mort à temps pour ne pas voir le nouvel ordre moral et punitif, et la gravissime gravité d'une bienpensance tartufière, conformiste et cérémonieuse s’abattre sur le pauvre monde comme la dalle de granit se referme sur le caveau fraîchement creusé, on pourrait sans doute dire à présent : « Reiser ? Combien de condamnations ? ».

 

Qu’il s’agisse des femmes (qu'il adorait), des nègres, des pédés, des parents, des gouvernants, des écologistes, des curés, des vieux, des handicapés (= les tabous d'aujourd'hui = autant de motifs de correctionnelle) tout le monde en prenait joyeusement pour son grade. Et pour le dessin d'actualité, Reiser, il se posait un peu là.

 

C'était l'époque de Coluche, de Desproges, ... et de Reiser.

 

Heureux temps.

 

Voilà ce que je dis, moi. 

 

dimanche, 28 juillet 2013

JOURNAL DES VOYAGES 14

Je suis en vacances jusqu'au 16 août, mais j'ai laissé Médor dans sa niche, avec des provisions de pâtées et d'os à ronger pour accueillir le visiteur éventuel, pour qu'il ne trouve pas porte close. Je précise qu'il ne mord pas (je parle du chien et du visiteur, cela va de soi).

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Pour ne pas laisser vacant tant d’espace pendant les vacances, mais le remplir de façon bien sentie, je me suis dit que la collection 1876-1899 du Journal des Voyages était parfaitement idoine. Puisse l’illustration quotidienne remplir l’office du poisson rouge quand on est seul et qu’on n’a personne à qui parler : on peut toujours s’adresser au bocal.

 

Un petit tour au pays du hara-kiri. On va me dire : « Encore des têtes coupées ! ». Eh oui, mais ici, c'est inscrit dans le rituel, et les samouraïs se sentiraient déshonorés si aucun ami serviable ne consentait, à la fin de la cérémonie, à leur décoller la tête du reste du corps.

 

On est presque chagriné de savoir que l'immense (et prix Nobel de littérature 1968, s'il vous plaît) Kawabata Yasunari ait choisi le moderne et vulgaire gaz pour en finir avec cette civilisation vulgaire et sans honneur qui avait déjà fait disparaître le Japon auquel il se rattachait comme par des racines, et qui seul était capable de lui rendre l'air respirable.

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L'AUTEUR DE LIVRES TRES BEAUX : LE LAC, PAYS DE NEIGE, LE MAÎTRE OU LE TOURNOI DE GO, KYÔTO, ETC.

Mishima Yukio, en revanche, ce romancier exalté et nostalgique du Japon des samouraïs et de l'honneur, a décidé d'en finir dans la grandeur et la dignité de la tradition. Il est vrai que sa harangue belliqueuse adressée à des jeunes troupiers médusés, rassemblés dans la cour de la caserne, fit un flop magistral. Mais ceux-ci étaient déjà contaminés jusqu'au coeur par la civilisation du hot dog, du gadget et du technicolor. Son ami lui coupa toutefois la tête selon le rite antique. Je trouve que ça conserve une certaine gueule, même dans le dérisoire.

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ENCORE UNE FOIS, C'EST VRAIMENT "L'IMAGINATION AU POUVOIR"

On sait maintenant qu'il ne faut pas dire « hara kiri », mais « seppuku», parce que ça fait tout de suite plus "informé". Je signale en passant que l'opération du seppuku consiste à entailler la bedaine d'abord verticalement en partant du bas, puis à compléter la figure du T horizontalement, en partant de la gauche, sous les côtes. Et que ce n'est qu'au moment où l'opérateur aperçoit le « Torii » (ce portail sacré du shinto qui lui annonce son entrée dans le monde spirituel) que, d'un geste, il fait signe à son ami de lui trancher le cou. Ce genre de chose réclame une précision qui fait défaut à bon nombre, hélas !

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LE TORII DE MIYAJIMA

Il restera au dessinateur du Journal des Voyages à se documenter un peu mieux sur l'exactitude du rituel : essayez de saisir par la poignée (au-dessus de la "tsuba", = la "garde") une lame de plus d'un mètre de long, et de vous la planter dans l'abdomen, comme on le voit sur l'image ci-dessus. Un enfant de cinq ans sait différencier un "katana" (105 cm.) d'un "wakizashi" (72) et d'un "tanto" (43). « Amenez-moi un enfant de cinq ans», disait Groucho Marx. 

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Je mentionne seulement pour le plaisir (« only for fun ») et en guise de conclusion le délit de fantaisie que fut à l'égard de cette haute tradition japonaise la fondation de la revue Hara-Kiri, par une bande de joyeux fouteurs de merde,

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ET PATRIOTES AVEC ÇA ! EN L'HONNEUR DES JO DE 1976.

au centre de laquelle oeuvra et se dépensa sans compter le regretté Georges Bernier, alias Professeur Choron, qui prit ce nom par respect envers le personnage sûrement respectable dont avait été baptisée (en 1868) la rue où l'équipe avait son local.

 

Pour les amateurs de précisions plus érudites, il est bon de situer dans le IXème arrondissement de Paris cette rue longue de 230 mètres et large de 12 (entre le 11 de la rue de Maubeuge et le 18 de la rue des Martyrs). Alexandre Choron (1771 ou 1772 [selon les sources] -1834) fut professeur de musique, mais surtout un théoricien reconnu, auteur d'un remarqué Dictionnaire historique des musiciens, et autres oeuvres notables. Je doute que Georges Bernier savait tout ça, quand il allait sodomiser la vieille qui finançait la revue. J'affirme qu'aucun terme de ce paragraphe n'est le fruit de mon invention.

 

 

lundi, 19 novembre 2012

MAUVAIS GOÛT ET LIBERTE D'EXPRESSION

Pensée du jour :

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"SOUPIRAIL" N°6

 

« On s'occupe beaucoup de gagner du temps. A-t-on raison ? C'est autre chose. Tout le monde sait l'histoire du Chinois qui demandait au policeman le chemin de la gare : "Première à droite, deuxième à gauche, lui répondit le policeman. Mintenant si vous voulez passer par les petites rues, vous pouvez gagner vingt minutes." "Et qu'en ferais-je ? " demanda le Chinois qui se hâta lentement de passer par le plus long ».

 

ALEXANDRE VIALATTE

 

 

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N°418 - 1978

HARA KIRI fut une grande revue du paysage français, de son n°1 (septembre 1960) à son n°291 (décembre 1985). Les moutures suivantes (jusqu'à la sixième !) ne furent que des survivances, d'abord portées par le Professeur CHORON (GEORGES BERNIER), qui s'éteignirent doucement, même si le titre paraît toujours. Les cibles préférées ? Le SEXE, la RELIGION, la RACE.

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CHARLIE HEBDO N°73 - 1972

Enfin pas exactement : je devrais dire tous ceux qui se prenaient très au sérieux sur chacun de ces sujets, autrement dit les militants dans leur ensemble, à commencer par les militants du SEXE (tout ce qui gravite autour du féminisme et de l'indifférenciation sexuelle), les militants de la RELIGION (là, ils s'en donnaient à coeur joie, que ce soit le croissant, la croix ou l'étoile), les militants de la RACE et des grands sentiments antiracistes, tiermondistes et masochistement universalistes. Et principalement sous l'angle de la BÊTISE qui en accompagne les manifestations dans les discours de ceux qui ont accès aux médias.

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N°179 - 1976 

Je me rappelle distinctement la publicité pour Hara Kiri diffusée à la radio (Europe 1) à une époque : « Si vous ne voulez pas l'acheter, eh bien volez-le ! ». C'était gonflé, mais ça ressemblait trait pour trait à l'esprit de la revue. Et puisqu'on parle publicité, c'est à l'équipe d'Hara Kiri qu'on doit ce slogan définitif, qui a le compact, le brillant et le tranchant de la pierre d'obsidienne : « La publicité nous prend pour des cons ! La publicité nous rend cons ! ». 

 

 

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1975

Pour donner une idée de ce que fut le ton Hara Kiri, et surtout ce qui en sépare l’époque de la nôtre, je me propose juste, aujourd’hui, de montrer quelques couvertures du mensuel (1ère et surtout 2ème génération), dans sa version initiale, et dans sa version hebdomadaire, qui s’y est substituée quand il a fallu remplacer dans l’urgence le défunt HKH (Hara Kiri Hebdo), étranglé pour cause de crime de « lèse-général-DE-GAULLE ».

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N°205 1978

 Posez-vous juste la question : combien y aurait-il de procès pour « diffamation, antisémitisme, islamophobie, outrage à la pudeur, incitation à la haine raciale, incitation à l'alcoolisme, incitation à la discrimination,  incitation à la violence, etc ... », si de telles couvertures étaient publiées aujourd'hui ?

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1977 

HKH 94 1970.jpgJ’imagine d’ailleurs que l’équipe de CAVANNA, CHORON et compagnie ont dû sacrément se fendre la pipe en conférence de rédaction, quand la formule assassine est sortie : « Bal tragique à Colombey : 1 mort ». DE GAULLE est mort le 9 novembre 1970. 

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N°203 1978

Or il faut savoir que le 1ernovembre 1970, une boîte de nuit a brûlé à Saint-Laurent-du-Pont (Isère), au milieu de la nuit. Bilan : 146 morts quand même, ce qui n’est pas négligeable et fit donc les gros titres.

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N°1 - 23 NOVEMBRE 1970

Tout le monde aurait oublié le drame si une équipe d’hurluberlus n’avait eu l’idée de mettre en couverture de leur hebdomadaire contestataire une sorte de synthèse des deux événements, dans la formule ramassée désormais immortelle : «  BAL TRAGIQUE A COLOMBEY : UN MORT ».

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1979

Le dernier numéro de la revue Hara-Kiri Hebdo est donc sorti le 16 novembre 1970. L’équipe, pour remplacer aussitôt le titre défunt, se tourna vers le cousin – exclusivement consacré à la bande dessinée – Charlie (mensuel), lui accola le suffixe « hebdo », et le tour fut joué : l’aventure pouvait se poursuivre. On ne changeait rien.

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1980 : COLUCHE CANDIDAT A LA PRESIDENTIELLE DE 1981

L’équipe a pété des flammes pendant une vingtaine d’années. La plupart des membres en sont connus : CAVANNA le rital, REISER, mort trop tôt, GÉBÉ (GEORGES BLONDEAUX), CABU, WOLINSKI, DELFEIL DE TON, WILLEM et, last but not least, GEORGES BERNIER, alias Professeur CHORON. Il y avait aussi un certain PIERRE FOURNIER, qui mérite de rester dans les manuels d’histoire comme fondateur d’une revue fondatrice, j’ai nommé La Gueule ouverte.

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N°416 1978 WOLINSKI

Tous les « écologistes » actuels doivent, qu’ils le sachent ou non, quelque chose, d’une part, à RENÉ DUMONT, et d’autre part à PIERRE FOURNIER. Je salue la mémoire de cet homme, mort brutalement (si je me souviens bien), qui fut un élément moteur dans les débuts de l’écologie (que j’appellerai « combative » plutôt que « militante », une écologie de conviction, et pas encore de parts de marché électoral). Passons.

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N°248 1975 WOLINSKI

Moi, si on me demandait de résumer l’esprit Hara Kiri, je dirais « déconnade et provocation », d’un côté, et de l’autre « imagination et liberté ». J'ajouterais : « transgression», parce qu'à cette époque, le mot avait encore une signification.

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N°335 1977 REISER

L’éteignoir qui s’est abattu depuis deux décennies sur l’expression libre a creusé une sorte de « Fosse des Mariannes » entre les extensions policières (extérieures et intérieures) de notre présent et les effervescences de l’époque Hara Kiri.

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N°242 1975 GÉBÉ

Tout le « mauvais goût », c’est-à-dire tout ce qui a quelque chance de heurter la sensibilité bourgeoise, assimilée au conformisme le plus sourcilleux, constitue la pâture privilégiée de l’équipe Hara Kiri. Je passe sur le cynisme de CHORON, qui a profité de la naïveté des autres en ce qui concerne les affaires pour s’approprier la marque.

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N°303 1976 REISER (EN 2012, IL N'Y A RIEN A CHANGER)

Mais DELFEIL DE TON a raconté quelque part par quels détours malpropres CHORON, dans les débuts, se procurait l’argent nécessaire auprès d’une vieille et riche rombière, séances dont il avait la lucidité de revenir dégoûté. En matière de mauvais goût, CHORON était un connaisseur, un praticien, un expert. J’imagine que c’est à lui qu’on doit les pires « visuels » publiés dans la revue.

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N°266 1975

Le mauvais goût a, par bonheur, été rayé par la « Raison morale » de toutes les tablettes de toutes les publications illustrées offertes à l’appétit des chalands friands, obligés de se rabattre sur les « créneaux spécialisés » et autres ghettos, souvent payants, voire clandestins. Sans doute de façon à retrouver les joies de la transgression, j’imagine.

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N°366 "COMMENTAIRE", SI L'ON VEUT, DE LA VISITE DE SADATE A BEGIN EN 1977

C’est le tableau d’une époque qui fut. Et qui n’est plus. Qu’on se le dise, l’heure est à l’égalité de TOUS devant TOUT. RENÉ GIRARD, dans son analyse de La Violence et le sacré, fait de l'indifférenciation généralisée une étape préalable à la généralisation de la violence. S'il a raison, ça promet ! 

 

Voilà ce que je dis, moi.