dimanche, 18 janvier 2026
VOUS AVEZ DIT "VASSAUX" ???
J'ai lu ou entendu plusieurs ravis de la crèche (je veux parler de gens a priori très informés qui exercent des responsabilités plus ou moins lourdes) déclarer — parfois avec des trémolos — que l'Europe doit veiller, face aux divers revirements et rodomontades caractériels du président Trump et aux nouvelles menaces géo-stratégiques qui pèsent sur le monde en général et sur l'Europe en particulier, à ne pas se laisser "vassaliser" par les Etats-Unis.
Je le dis sans ambages : tous ces gens intelligents, puissants et bardés de diplômes ou de fric sont de purs pignoufs de bazar qui racontent des salades ou qui n'ont rien compris parce que ça les arrange. La vérité, c'est que la France, tout comme l'ancienne Europe de l'Ouest et l'actuelle "Communauté" européenne (qui a de moins en moins d'existence, soit dit en passant), constitue le ban et l'arrière-ban du "Grand Suzerain Américain".
Mais oui, enfin ! Une fois pour toutes, l'Europe est depuis longtemps la vassale de la puissante Amérique !!! On nous dit que le célébrissime "Plan Marshall" a sauvé l'Europe des griffes communistes. C'est probablement vrai. Mais il faudrait, chaque fois que la chose est évoquée, préciser que cette aide massive et magistrale était accordée de façon conditionnelle !
Quelles étaient ces conditions ? Eh bien tout simplement, l'Europe, pour remercier le bienfaiteur américain, était — libéralement mais avec une force irrésistible de persuasion — invitée en échange à dépenser aux Etats-Unis les sommes faramineuses que les Etats-Unis lui avaient si généreusement procurées. Et les pays européens ne s'en sont pas privés, en important à qui mieux mieux un tas invraisemblable de choses très concrètes (toutes sortes de machines domestiques conçues et fabriquées pour "libérer la femme" et lui permettre de tomber dans le servage professionnel).
Mais rassurez-vous : les choses concrètes n'étaient pas toutes seules. Car les Américains, en matière de "way of life", avaient inventé, avec l'aide considérable de la morale protestante, une interminable procession d'images plaisantes, de sons nouveaux et entraînants, d'objectifs, de principes et de valeurs immatériels hautement désirables, en un mot : tout un idéal de vie, le point ultime du bonheur possible. Le serf, le vilain, et même le hobereau européens avaient un nouveau but, qu'ils pouvaient conquérir à force de travail, de mérite, mais par-dessus tout à force d'acceptation aveugle de ce modèle indépassable.
C'est ainsi que la civilisation européenne tout entière s'est mise à la remorque d'un mode de vie que cinq planètes Terre suffiraient à peine à satisfaire. Tout ce qui était proprement français est devenu franchouillard en un tournemain, voué à s'effacer derrière Sa Majesté le Progrès. Régis Debray, dans son livre Civilisation (Gallimard, 2017), actait de façon lumineuse et probante « comment nous sommes devenus américains » (sous-titre).
De son côté, Jean-Pierre Le Goff, en racontant dans le détail le quotidien de la France dans laquelle il a grandi de 1950 à 1968 (La France d'hier, Stock, 2018), dessinait les traits d'un pays que la plupart des Français d'aujourd'hui qualifieraient d'épouvantablement ringarde, obsolète, rétrograde, quasi-archéologique. Il est vrai que Jean-Marie Colombani, au lendemain du 11 septembre 2001, les avait précédés, dans un éditorial resté célèbre : « Nous sommes tous américains ».
Bref, la vassalisation n'est plus en cours de réalisation, elle est acquise depuis longtemps. Le Grand Remplacement redouté par Renaud Camus et ses coreligionnaires a déjà un lieu. La cause est entendue. Ce n'est pas pour rien qu'on entend encore régulièrement dans les médias entonner les refrains selon lesquels « la France est en retard » (une marotte de journalistes) ou « des avancées qui mettront dix ans à traverser l'Atlantique ».
L’anti-américanisme était considéré comme une injure disqualifiante, et les velléités de résistance de De Gaulle à toutes sortes de pression américanophiles n’eurent guère de suite. Et je ne parle pas de l’enthousiasme aveugle des pays européens pour ce qu’ils prenaient pour le « Parapluie Américain ».
Que reste-t-il aujourd'hui de proprement FRANÇAIS en France, cette France vassalisée depuis lurette, cette France dont le destin ne lui appartient plus ? Même la langue que nous parlons s'est travestie, au point que j'ai l'impression ici d'écrire une langue comprise par une minorité vieillissante et promise à la disparition.
11:54 Publié dans DANS LES JOURNAUX | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : france, société, politique, europe, états-unis, vassalisation, france vassale, communauté européenne, europe de l'ouest, plan marshall, union soviétique, communisme, american way of life, régis debray, jean-pierre le goff, debray civilisation, éditions gallimard, le goff la france d'hier, éditons stock, 11 septembre 2001, jean-marie colombani, nous sommes tous américains, grand remplacement, renaud camus, journalistes


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