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dimanche, 03 novembre 2019

L'ART DE CABU

J'ai donc rouvert mes vieux numéros de La Gueule ouverte.

Enchanté d'une part de ces retrouvailles avec de vieux compagnons de route qui ont eu le tort de dénoncer le crime écologique quelques dizaines d'années avant que les corps sociaux et politiques (on attend les corps économiques) acceptent d'inscrire dans leurs agendas la simple notion d'urgence écologique.

Désolé d'autre part au spectacle de l'incroyable méli-mélo de pensées, de tendances, de courants, qui ont commencé à envahir la revue de Pierre Fournier après la mort de ce dernier juste avant le n°5, pour donner de l'audience à leur voix, jusqu'à faire de la revue une cacophonie de plus en plus inaudible.

Pierre Fournier était peut-être un rêveur, mais c'était d'abord un type sérieux, qui ne faisait pas appel à des plaisantins (Philippe Lebreton, alias Professeur Mollo-Mollo, Jacques Ellul, Bernard Charbonneau, ...). Lui parti, ça n'a pas tardé à devenir n'importe quoi. Je dirai pourquoi à mon avis, la gauche d'aujourd'hui est dans les choux pour très longtemps.

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D'accord, Cabu appuie sur l'antithèse (lavoir à l'ancienne, et avec des lavandières (mon œil ! ça doit être un souvenir) contre les immeubles en béton et verre), mais dites-moi qu'il a tort. Bon, il ne faut pas oublier la règle d'or de Le Corbusier ("les trois fonctions") et on pourrait lui reprocher des solutions de facilité, mais sa "rue de la Marne", ci-dessus à gauche, avec son alignement interminable de banques, je ne trouve pas ça très seyant.

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Noter la dame du premier (et le langage tenu par l'édile).

Ce n'est pas une histoire de nostalgie, du genre « Sauvons nos lavoirs qui ne servent plus à personne ». Ce n'est pas une question d'image : il s'agit de lieux de vie. La question qu'il faut se poser, c'est : « Mais qu'est que vous mettez à la place ? » Moi qui suis heureux d'habiter la Croix-Rousse, je suis effaré par ce qu'on voit du train quand on approche de Paris (disons à partir de Maisons-Alfort) : peut-on sincèrement éprouver du plaisir du plaisir à habiter là ? Bon, je me fais peut-être des idées.

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Regardez ce fignolé, ce cousu-main. Et ce type n'a jamais tâté de la pointe-sèche ? Du burin ? De l'eau-forte ? Et il n'a jamais eu envie de sortir du dessin de presse ? J'ai du mal à le croire. Bilal et Druillet sont bien sortis, eux, de la bande dessinée pour aller vers l'art artistique ....

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Commentaire de Cabu  faisant parler le maire (ou un responsable) : « L'héritage culturel de notre cité sera préservé, et même il sera mis en valeur. Je m'y emploie : par exemple, j'ai entrepris des fouilles archéologiques dans mon jardin ... je n'ai rien trouvé, alors j'en ai fait une piscine ».

Dites, vous n'avez pas l'impression d'avoir déjà entendu ça (le gag en moins) un certain nombre de fois ? Je ne parle pas ici des mots, mais du langage tenu par ceux qui sont "aux affaires", quand ils en arrivent à des « décisions qu'ils ne prennent pas de gaieté de cœur ». J'ai l'impression d'entendre Gérard Collomb, maire de Lyon, justifier dans ce langage fait pour apitoyer, la vente de l'Hôtel-Dieu de Lyon à des grands groupes.

Vous les entendez ? « Cette décision me déchire le cœur, mais il est de mon devoir de la prendre. » C'est le raisonnement "TINA" cher à Madame Thatcher : « There Is No Alternative ».

Jésus avait chassé les marchands du temps (Jean 2, 13-16 ; Matthieu 21, 12-13). Gérard Collomb a vendu le temple aux marchands. C'est juste un constat.

Certains oracles nous prédisent pour bientôt la société égalitaire ? Si c'est vrai, alors, comme on dit à Lyon, « ON Y VA TOUT DROIT COMME DES BUGNES ». Et pour montrer à quoi ressemble ce "TOUT DROIT"-là, voici une vraie bugne de chez nous comme les faisait ma grand-mère.

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Avec les réserves dont je dispose, je pourrais continuer longtemps à tresser et tresser des couronnes à Cabu, dont le prodigieux art graphique me tient compagnie depuis le lycée (qui n'était pas encore mixte, son grand Duduche, lui, avait la fille du proviseur, moi j'avais la fille du concierge, qu'on voyait tous les midis à la sortie à côté de son gros père en blouse grise nous regarder défiler). Mais il y a bien d'autres sujets intéressants autour de nous. Alors .........à bientôt, Cabu.

samedi, 02 novembre 2019

L'ART DE CABU

En rouvrant les vieux numéros de La Gueule ouverte, cette revue sensationnelle inventée par un mec, foutraque sur les bords et un peu dément au milieu, je me suis bien entendu extasié (le mot n'est pas trop fort) sur les pages des trois Grands Maîtres issus de la bande d'Hara Kiri, Charlie et autres aventures pas tristes (si, quand même). C'étaient Gébé, Reiser et Cabu. Wolinski aussi a donné des dessins à La G.O., mais toujours du "vite fait sur le gaz", jamais de page complète. Ce n'est pas pour ça que c'est moins bien : simplement, ce n'est pas le même travail. Oui, c'est vrai, il y avait aussi Willem.

Gébé, Reiser et Cabu intervenaient là pour aider un copain qui démarrait un truc absolument nouveau. Je dis "Grands Maîtres" et je le maintiens : ils n'ont pas été remplacés. L'époque ne le mérite peut-être pas. Pourtant ce ne sont pas les raisons qui manquent : ce sont les talents. Libé a beau avoir dégotté Mathieu Sapin, il s'en faut de beaucoup pour que le compte y soit. Et je jette un œil apitoyé sur ce qu'est devenu Charlie Hebdo.

Gébé, dans la forme et la narration plutôt cérébrales qui lui appartenaient, tâchait de vous prendre la main pour vous emmener par des moyens compliqués ("subtils", "détournés" si vous voulez) à partager le regard extrêmement pessimiste (je dirais même "tragique") qu'il portait sur le monde et les insectes qui s'y démènent. Attention, je ne fais pas de Gébé une "intello" : il nous mettait sous le nez, dans ses dessins tellement tactiles, charnels et d'une liberté intense, les terribles significations des vies que le système nous fait mener à sa guise. Un incorrigible utopiste par ailleurs. Mais Gébé mériterait largement un billet à lui tout seul (j'ai largement de quoi).

Reiser, lui, dans un style résolument populo, volontiers vulgaire, voire grossier, vous racontait la main sur l'épaule et l'autre tenant le verre, plein de blagues crados à la fin desquelles vous aviez le plan d'un bel accumulateur de chaleur solaire presque gratuit. Bon, d'accord, les fûts remplis d'eau et peints en noir, ça a tendance à jurer avec votre intérieur Louis XV, mais vous vous consolez en vous disant qu'à Versailles en hiver, tout le monde pétait de froid.

Les pages de Cabu, elles, étaient comme un condensé de reportage. Je ne sais pas comment il procédait concrètement, mais j'en vois deux façons : la première, assez classique et linéaire, raconte les choses en image et dans l'ordre, organisées en bandes horizontales séparées par un trait plus ou moins épais et droit ; la seconde, la plus personnelle, consistait à accumuler les croquis comme des instantanés photographiques qu'il casait ensuite sur sa page en fonction de l'inspiration. Au lecteur de se démerder, devait-il se dire.

J'imagine que le commentaire (la "légende") venait ensuite, au fur et à mesure et simultanément (essayez, pour voir) : son trait est déjà un commentaire. Le résultat ? Une synthèse saisissante d'une situation, avec tous les acteurs en présence, avec tous les conflits entre les intérêts des uns et des autres, et tout ça en frappant fort sa cible en plein dans le mille. Cabu percute.

S'il avait été musicien de jazz, il aurait tenu la batterie ou même la grosse caisse. Dans l'armée (!!!!!!!!!!!!!!!!!! mais je trouve l'idée marrante quand même) il aurait été tireur d'élite. Je n'apprendrai à personne que Cabu, dès le départ, avait choisi son camp, et qu'il se permettait avec une parfaite bonne conscience (et parfois avec une mauvaise foi absolue et réjouissante) de taper sur l'adversaire, qu'il soit militaire ("adjudant Kronenbourg"), "beauf", banquier, politicien, bétonneur, etc.

Je me propose ici de parcourir, sur deux ou trois jours, quelques-unes des pages qu'il avait données à La Gueule ouverte. D'abord en planche entière, pour donner une idée du travail de mise en page, mais scindée en deux à cause du format ; ensuite en regardant à la loupe quelques détails particulièrement savoureux, ou significatifs, ou forts, ou même tout simplement beaux, pourquoi pas ? Je ne sais pas du tout si ces pages ont paru en albums : j'imagine que les éditeurs n'ont pas fini de creuser le filon.

En l'absence de n°1, et après le n°13 (voir hier), je continue avec le n°2 (novembre 1972), qui inaugure semble-t-il (le commentaire commence par "Je vais vous raconter ...") la rubrique MUT-MUT, consacrée à la folie de modernisation (comprendre "bétonnisation") à tout prix qui a saisi Jean Degraeve, le maire de Chalons-sur-Marne, ville natale de Cabu, qui évoque par exemple la bêtise fondamentale de l'idée de "La Pénétrante".

Ce maire n'était pas le seul à avoir été halluciné par un voyage à Los Angeles. "Nous au village [Lyon] aussi l'on a" des bétonneurs en chef : après son Los Angeles à lui, Louis Pradel s'est empressé de poser sur l'extraordinaire espace du Cours de Verdun (un potentiel de Central Park à l'échelle de Lyon) une citadelle de béton (Pradel se vantait de vouer un culte au béton) à l'intérieur de laquelle TOUT devait passer : l'autoroute (et son corollaire le tunnel infernal), les voitures, les camions, les piétons, les transports publics urbains, aujourd'hui le tram (les trains, c'était déjà fait). Une muraille de Chine entre le nord et le sud de la presqu'île. Revenons à Chalons-sur-Marne et à Cabu.

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Cette mise en page irrégulière et bourrée jusqu'à la gueule, c'est une invitation à la balade, à la flânerie.

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Un titre qui n'a l'air de rien.

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Une entrée en matière qui n'engage à rien.

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Tout le monde a l'air d'être d'accord pour dire que la ville est en pleine mutation, non ? Jean Degraeve (le maire) est le plus à gauche, mais c'est uniquement dû à la mise en page (en fait il est élu UDR, les gaullistes de l'époque).

Et puis l'art de Cabu vous saute à la figure : un dessin superbe, une réalité atroce, ça vaut largement le choc des photos. Cabu avait un don, capable de faire d'un croquis une gravure de collection. Malheureusement, le petit format joue ici le rôle de tue-l'amour.

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Dans la rue, avant la destruction, on passait devant (en partant de la gauche) le Café des Oiseaux, le Grand Bazar de la Marne, Mon Restaurant, le Garage Gauthier, et puis, tout à droite, le théâtre, dont la municipalité a soi-disant (dixit Cabu) fait numéroter chaque pierre de la façade pour la reconstruire ailleurs (tiens, oui, au fait, où ça en est, cette affaire ?).

Moralité : l'écologie humaine est d'abord faite d'architecture et d'urbanisme. L'écologie, c'est comme la mélodie dans la musique : c'est le visage de quelqu'un.

jeudi, 31 octobre 2019

L'ART DE CABU

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Cabu par lui-même. Dessin publié par Le Canard enchaîné le 14 janvier 2015. Janvier 2015, ça vous dit quelque chose ?

***

QU'UNE CHOSE SOIT D'ABORD BIEN ENTENDUE :

POUR MOI, en plus d'être un reporter accompli, CABU EST UN ARTISTE !

Me replongeant dans ma collection des premiers numéros de La Gueule ouverte, je suis (re)tombé sur la série que Cabu avait publiée dans les sept ou huit premiers numéros. J'ai veillé comme une vestale sur cette relique d'un temps où l'on pouvait encore espérer que les hauts responsables politiques et économiques avaient assez de bon sens pour arrêter le massacre. On est fondé à se dire aujourd'hui qu'il était alors encore temps d'agir. C'étaient les temps héroïques si vous voulez, bien que je n'aie jamais aperçu à l'époque la moindre silhouette de l'ombre d'un héros. 

bande dessinée,la gueule ouverte,lyon,chalons-sur-marne,jean degraeve maire de chalons sur marne,louis pradel maire de lyonIl me reste 23 numéros sur les 24 alors achetés, dont deux fois le n°13 avec une femme à poil en couverture : on me dira ce qu'on voudra, mais j'avais déjà trouvé l'image d'un goût très douteux, et aggravé par les légendes qui se voudraient "clin d’œil". J'ai acheté plusieurs fois le n°1 : je ne sais pourquoi il a persisté dans l'absence. C'est dommage : c'était un saisissant profil de bébé au trait par Maître Pierre Fournier (mort avant la parution du n°5) en personne, qui savait diablement dessiner.

On ne peut pas "stricto sensu" prétendre que la Gueule ouverte était une revue de BD, certes non. Seulement il se trouve que trois grands maîtres donnaient à Fournier une page entière, parfois deux, dans ce qui était alors un mensuel. J'ai nommé Gébé, Jean-Marc Reiser et Cabu.

Les pages de Gébé étaient, disons, les plus ... cérébrales. Celles de Reiser décrivaient au lecteur, en long et en large, les bienfaits de l'énergie solaire ainsi que quelques idées toutes bêtes et toutes simples pour la mettre en œuvre dans sa propre maison. En plus et comme d'habitude, Reiser poussait le plus loin possible le bouchon de la drôlerie

Cabu avait intitulé sa série "Mut-Mut" : il croquait avec précision et percussion les mutations de Chalons-sur-Marne sous les coups du bétonneur, modernisateur (en réalité : le destructeur) Jean Degraeve, maire de la ville. Bon, ça n'avait pas grand-chose d'original : nous, à Lyon, nous avions Louis Pradel, et la taille de la ville lui donnait des moyens de destruction bien supérieurs. J'ai publié ici deux billets rendant compte du reportage assez pointu que Cabu avait consacré à notre belle ville dans La France des beaufs (2 et 3 mars 2016).

Ci-dessous, les "dégâts" de la "modernisation" à la Jean Degraeve sur la gare de Chalons (La Gueule ouverte, n°13, nov.1973).

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Il y a même, tout en haut, un cavalier qui fait du jumping  sur le passage à niveau.

Le voilà, l'art de Cabu. D'un certain côté, ça me fait penser à Dubout : un dessin de dimension humaine, mais avec toutes sortes d'exemplaires de l'humanité vaillante, vacillante, variante et débordante. En un mot : ça grouille de vies. Survoler un pareil dessin, c'est n'avoir rien compris et gâcher la marchandise. Je regrette que le format du blog ne permette pas de rendre à Cabu la justice qui lui est due.

Les quatre petits bouts d'image grossies (disons quatre saynètes) qu'on voit ci-dessous viennent tous du bord haut gauche du dessin. Il aurait fallu donner le même coup de projecteur sur chaque partie : le "pal" installé dans la salle d'attente pour dissuader les voyageurs, la fille du chef de gare donnant son corps à un militaire dans l'espoir de faire classer la ligne comme "stratégique", l'employé SNCF qui a transformé le ballast entre les rails en jardin potager, le député du coin posant l'oreille sur un rail dans l'espoir de communiquer avec le directeur de la SNCF, etc..

Il faut avoir de meilleurs yeux ici que dans le format original : La Gueule ouverte avait, aux origines, un format invraisemblable, incompatible avec le format A4, impossible donc à reproduire de façon confortable. Oui, je sais que Charlie Hebdo, c'est pareil : on doit couper pour partager, et c'est un crime de couper. Décidément, l'équipe (Hara Kiri, Charlie et compagnie) n'était pas aux normes. 

Dans l'ensemble du dessin, je compte plus de vingt de ces saynètes, plus ou moins marrantes ou scandaleuses, plus ou moins déchirantes ou poilantes, plus ou moins politiques aussi. Cabu bourre son dessin de la foule de ces petits croquis qu'il avait l'art d'exécuter « de chic » (comme on ne dit plus). Cela fait, si je compte bien, plus de vingt véritables trouvailles, je dirais "vingt regards" si l'expression n'était pas déjà prise par un grand maître de la musique du vingtième siècle (Messiaen, évidemment). 

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Mais Cabu, avec toute la tendresse naturelle qui est la sienne, peut être, quand il s'y met, d'une férocité et d'une violence sans limite, comme le montre l'insecte humain dessiné ci-dessous, paru dans le n°23 de La Gueule ouverte en septembre 1974, inspiré par les propos entendus dans une conférence "mondiale" sur la surpopulation, tenue à Bucarest. Suivent quelques images piquées dans les mêmes circonstances. 

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Pour la férocité, Cabu n'a rien à envier à Reiser.

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mardi, 22 octobre 2019

A LA BOUCHERIE ...

... PENDANT QUE MAMAN FAIT LES COURSES ...

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... A MOINS QUE CE NE SOIT LA NOUNOU ?

samedi, 12 octobre 2019

CINQUANTE ANS APRES

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J'avais pris "dans les autres fois" (comme on ne dit plus guère à Lyon) cette photo des pentes "est" de la Croix-Rousse (c'est-à-dire côté Rhône), avec l'alors récent (1957) pont De-Lattre-de-Tassigny, grâce auquel les véhicules peuvent s'engouffrer dans le tunnel (dit "de la Croix-Rousse", ouvert en 1952 ; attention aux 50 km/h : le radar à la sortie est très riche) pour rejoindre les rives de Saône de l'autre côté de la colline.

En bas de la photo, on voit, à gauche, l'emprise de l'ouvrage, puis la désagréable place Louis-Chazette (avocat qui fut député, mais une "place" qui ressemble à tout, sauf à une place), avec l'ouverture de la montée Coquillat (Pierre-Jean, ouvrier tisseur qui fonda un théâtre populaire), puis le début du cours d'Herbouville (pair de France, préfet du Rhône ; "quai St-Clair" jusqu'au percement du tunnel de la Croix-Rousse) avec l'échancrure de la montée Bonafous (le donateur du terrain "à condition que son nom soit donné à la voie").

Au-dessus, l'admirable balcon de la rue des Fantasques (origine inconnue, lieu de mauvaise réputation en 1745 : « On nomme ce chemin ainsi parce que c'est un endroit fort écarté, servant de promenoir à des gens d'un caractère particulier, qui veulent éviter la compagnie »), trouée par les escaliers de la rue Grognard (négociant, bienfaiteur du Musée) à gauche et, à droite, par la minuscule rue Philibert-Delorme (l'architecte de François Ier).

Que voit-on encore sur la photo du haut ? Tout en haut à gauche, le haut immeuble (alors tout neuf) "Saint-Bernard" (détail ci-dessous, caché par les arbres sur la photo plus bas), ainsi nommé parce que bâti au-dessus de l'église du même nom, cette ancienne "paroisse des canuts", jamais achevée, et désormais promise à un destin commercial (!!!!).

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Aperçu satellitaire de l'ensemble (église et immeuble) "Saint-Bernard".

Toujours à propos de la photo du haut, à droite, les cinq immeubles de la place Bellevue, qui dominent un ancien édifice militaire, aujourd'hui reconverti (on voit ces deux mêmes édifices dans la trouée ci-dessous). Voilà donc ce qu'on voyait il y a plus ou moins un demi-siècle.

Et, ci-dessous, voilà ce qu'on voit aujourd'hui, quand on se place à peu près au même endroit de prise de vue. Je suis niaisement descendu de ma colline, par la montée du Boulevard et le bas de la montée Bonafous, dans l'intention idiote de prendre la même photo, cinquante ans après. Cruelle désillusion : je suis tombé sur l'insolence de feuillages nourris et l'effervescence de la végétation. Le pire, c'est que je le savais, pour m'être promené par là bien des fois. Pourquoi ai-je fait abstraction de cette réalité ? La faute, sans doute, à la photo du haut. Pour la photo "Avant/Après", c'était donc raté. Mais je me dis après tout qu'en dehors de l'exubérance végétale, rien n'a changé. Ah si, peut-être, la peinture des façades : c'est moins sombre.

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Sur le résultat, je ne me prononce pas : d'un côté, je déplore que l'aperçu sur les pentes soit désormais réservé aux propriétaires des quelques péniches résidentielles amarrées là, et confisqué au promeneur ordinaire ;

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Les péniches du quai de Serbie, entre le pont de Lattre (amont) et le pont Morand (aval).

de l'autre, je me félicite de ce que les édiles successifs de Lyon aient fait de la rive gauche du Rhône cette bande verdoyante où je peux venir marcher, trottiner, glisser, cycler, me secouer les puces ou faire crotter mon chien. J'y ai même vu un tremble qui, quoique forcément jeune, est déjà de dimension imposante. 

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Je ne cache pas qu'il m'en a rappelé un autre, mais combien plus majestueux et surtout tellement plus cher à mon cœur.

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Noter le buis bien taillé, les arbres fruitiers bien taillés, ...

Photo prise en 1960, de la colline, à Corbeyssieu : ça, c'est du tremble !

lundi, 07 octobre 2019

UN PEINTRE A LA CROIX-ROUSSE

NOUS AU VILLAGE AUSSI L'ON A ...

On le voit tous les jours ou presque, sur la place de la Croix-Rousse, exposer ses œuvres. Sur la toile ci-dessous, il signe « Ricket Menteur » (si je lis bien). C'est bien dessiné, quoique ce qu'il fait ne soit pas du "grand art" (disent les doctes en se rengorgeant comme des volailles mâles de basse-cour). Mais tellement d'autres font la même chose en beaucoup moins amusant ! Je trouve ça rigolo. Fallait y penser. Je me demande s'il ne lit pas Charlie Hebdo.

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Tout le monde a reconnu la citation ! Mais pour les autres, quand même, voici l'image passée dans le subconscient de la planète à force d'être vue et de se faire tordre dans tous les sens:

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On peut discuter de la lecture que fait le peintre de l'histoire des Beatles : je vois mal George Harrison (dernier derrière Paul) en coq (si c'en est un) de la basse-cour (et je ne suis probablement pas le seul : on connaît l'hégémonie du tandem – qui a fini en combat de coqs – "Lennon-McCartney" sur la production du groupe). L'idée reste marrante et sans trop de conséquences pour l'avenir des "Fab Four". Je croise les doigts : ça peut marcher, leur musique.

Bon, c'est vrai : je ne me suis pas porté acquéreur de la peinture.

Voilà ce que je dis, moi.

lundi, 30 septembre 2019

ALLEZ, JE ME LA JOUE BRASSAÏ !

PARIS LA NUIT ! BY NIGHT ! TOUT ÇA ! 

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Le scooter au poteau, dans la vitrine de l'école de danse.

dimanche, 29 septembre 2019

AUJOURD'HUI, LA CROIX-ROUSSE

Pour dire ce que c'était que le "village" de la Croix-Rousse il y a bien longtemps, il faut aujourd'hui un gros effort d'imagination. Je ne dis pas que "c'était mieux avant" (vous savez, cette antienne – dire ɑ̃tjɛn, seuls les ignorants prononcent comme "ancienne" – dont se gaussait le "philosophe" Michel Serres avant d'avaler son bulletin de naissance) : l'urbanisation de la "colline qui travaille" ne date pas d'hier.

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Vu du satellite, au nord la rue Hénon, au sud le Boulevard de la Croix-Rousse. A l'est la rue Belfort, à l'ouest la rue Philippe de Lassalle. Un beau quadrilatère.

Je ne ferai que survoler l'histoire à très haute altitude, mais enfin, c'était une urbanisation que je ne qualifierais pas de galopante, où dominait la maison individuelle, qui occupait les anciens champs, prés et cultures. On a donné à quelques rues les noms des propriétaires des terrains grignotés (Célu, Dumenge, Savaron, Pelletier, etc.).

En dehors des "immeubles de canuts", rares étaient les immeubles de grande hauteur : la Grande-rue de la Croix-Rousse, parmi d'autres, en témoigne.

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Grande rue de la Croix-Rousse, vue vers l'ouest. Franchement, est-ce que vous avez l'impression d'être dans une grande ville ?

Rares aussi étaient les immeubles "bourgeois" en classique pierre de taille : en dehors du boulevard, j'en vois bien un au début de la rue Chariot d'Or, peut-être quelques autres ici ou là, mais c'est tout.

Une bonne partie de la rue du Mail a été construite en pisé, comme l'a montré la mésaventure arrivée au "petit Casino" qui jouxtait un immeuble qui a failli s'effondrer, par négligence du propriétaire voisin, qui n'avait fini par faire le nécessaire pour empêcher le pisé de "fondre" aux intempéries que lorsque la mairie avait pris un arrêté de péril. Le "petit Casino" a décampé, remplacé par des vélos électriques après consolidation, mais l'immeuble amoché ne ressemble toujours à rien.

Tout ça pour dire qu'il existe encore aujourd'hui un grand nombre de maisons individuelles sur le plateau de la Croix-Rousse, et bien souvent sans que quiconque s'en doute s'il n'habite pas le quartier et s'il ne s'intéresse pas à la question. Il suffit de survoler celui-ci en satellite, muni d'un bon appareil photo, pour s'en rendre compte. On voit en effet, au sein même des îlots d'habitation, bien protégé des regards indiscrets par les immeubles sur rue, un enchevêtrement invraisemblable de petites constructions.

Le plus caractéristique de ces îlots est formé par le quadrilatère dessiné par les rues Pailleron, du Mail, du Chariot d'Or et de la Croix-Rousse.

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Vue vers l'est, le sud est à droite. Sur la rue, des rez-de-chaussée et deux étages : les dimensions restent humaines. 

A cause du rectangle excessivement long et étroit de l'îlot, j'ai retranché la partie nord jusqu'à la rue Pailleron (vers la gauche ici), mais je trouve que le salmigondis de petites maisons imbriquées les unes dans les autres est assez parlant par rapport au fond d'immeubles de plus grande hauteur qui donnent, de l'autre côté, sur la rue du Mail. J'imagine la complexité de certains accès et le lacis bien serré des « servitudes de passage » légales. Je signale en passant que c'est à peu près sur ce modèle qu'était bâtie la montée de la Grande-Côte, impitoyablement rasée en je ne sais plus quelle année ténébreuse.

D'autres îlots caractéristiques : le rectangle vaguement trapézoïdal dessiné par les rues de la Croix-Rousse, Calas, de Cuire et Rosset.

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Le nord est en haut, et la verdure est bien cachée, sauf dans les deux créneaux sur la rue Calas, en bas.

Ou bien, plus au sud, celui que cernent les rues Croix-Rousse, Dumont, de Cuire et le clos Carret au nord.

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Là, qu'on m'excuse, j'ai mis le nord en bas pour avoir les immeubles hauts de la rue Dumont (voir aussi photo ci-dessous) bien au fond, pour faire apparaître d'abord la verdure, et puis le morcellement du terrain et la petite taille des maisons. J'attire l'attention sur la grosse maison isolée en haut à droite de l'image (voir plus bas).

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L'étrange rue Dumont, avec ses hauts immeubles à gauche et ce drôle d'alignement de maisons basses à droite.

Trois exemples (ce ne sont pas les seuls) qui montrent l'absolue spécificité de ce quartier, qui amène les Lyonnais de la Croix-Rousse à dire : « Je descends à Lyon » quand ils vont faire des courses dans la presqu'île, comme les gens de la campagne disent : « Je vais en ville » quand ils montent dans leur voiture pour se rendre à l'hypermarché. Je pense qu'on trouve peu de grandes villes en France où les choses se passent ainsi.

Un détail cependant me chagrine et me fait douter que l'avenir préservera cette particularité : on voit distinctement, en haut à droite de la photo du troisième îlot, une maison de belle taille qui ouvre sur la rue de Cuire par un espace vert et trois bâtisses de petite taille.

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La photo, ici, est orientée vers l'est (rue de Cuire en bas, sud à droite). Il semble que les trois bâtisses, mais aussi la maison, mais aussi le terrain, étaient inoccupés depuis lurette. Je ne sais quel conflit a peut-être fait durer les choses.

Cette photo ne rend absolument pas compte de ce qui s'y passe depuis plus d'un an : la société Gogol ne dit pas de quand date l'image satellite, mais elle est visiblement très en retard sur la réalité, visible ci-dessous.

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De quoi colmater, sinon l'horizon, du moins une belle dent creuse. On aperçoit sur une autre photo un pignon de la grosse maison profondément modifiée. L'immeuble n'est pas tout à fait fini, mais il est là et bien là.

Autre dent creuse bientôt bouchée : juste en face de l'église Saint-Denis. Ci-dessous, la photo satellite, suivie d'une photo non ambiguë, photos captée (1) et prise (2) le 28 septembre à 16 h 41.

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J'aimerais bien que tout ça ne préfigure pas d'autres opérations immobilières destructrices. Je ne me fais cependant aucune illusion : s'il n'y a pas un plan de destruction d'ensemble, on assiste bien à un grignotage, sinon systématique, du moins attentif et opportuniste, pour aboutir avec le temps, je le crains, à un habitat enfin uniformisé, homogénéisé, standardisé et, dans le pire des cas, à la façon de "La Confluence". J'imagine fort bien les gourmandises aiguisées qui se penchent sur les photos satellite et le cadastre pour se partager le gâteau.

Je les imagine fort bien, impatients et voraces, en train de se dire que, quoi qu'il arrive, le temps travaille pour les "bâtisseurs".

La Croix-Rousse : un avenir lucratif.

Voilà ce que je dis, moi.

samedi, 28 septembre 2019

DEMAIN, LA CROIX-ROUSSE

Quelques opérations immobilières en cours sur le plateau de la Croix-Rousse.

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L'image Gogol (enregistrée le 25-09) est en retard.

Tenez, prenez les tennis (ci-dessus) de la rue Aimé Boussange (préparateur en pharmacie assassiné par la Gestapo en 1943 à l'Ecole de Santé militaire, dont on a donné le nom à l'ancienne rue de la Crèche) : une insulte aux exigences de profit. A quoi ils servaient, ces tennis ? Quoi ! quelques malheureux sportifs du soir ou du week end venaient s'ébattre sur des surfaces bien trop belles pour eux !? On va leur coller de beaux logements à 6.000 € le m² (je le sais de source sûre) !

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Etat des travaux au 24 janvier 2019. Une belle machine, pour dire qu'on n'est pas là pour plaisanter : on n'a pas de temps à perdre.

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Etat des travaux au 12 septembre (photo prise à peu près sous le même angle).

Quelques vieux arbres avaient le tort d'empiéter sur le périmètre à construire (se reporter à la photo satellite).

***

Et puis prenez l'espace informe au fond de l'impasse Gigodot, jusque-là défiguré par de minables  garages avec des toits en tôle ou en Eternit pour donner à quelques rares voitures de privilégiés des lits pour la nuit !

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Vu du ciel, le fond improductif et misérable de l'impasse Gigodot. Avant.

On va vous bâtir un splendide immeuble en gros moellons gris qui va vous colmater cette insupportable dent creuse ! Finie, la dolce vita ! Et le pire est à venir, vu le nombre des "dents creuses" qui attendent impatiemment d'être bouchées sur le plateau de la Croix-Rousse (je ferai peut-être un de ces jours un panorama des photos satellite du plateau Croix-Rousse où le vert domine, un vert le plus souvent "privé", et j'imagine que les promoteurs immobiliers en ont fait la carte précise depuis longtemps). 

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Vu de la rue Belfort. A gauche, c'était l'atelier et le magasin (pardon : la "galerie") du père Solman (voir ci-dessous). Juste à droite, hors-champ, il y a Le Canut et les Gones, restaurant à la cuisine un peu tarabiscotée (à mon goût, ça pète plus haut que).

Finie aussi, en l'occurrence, la "Galerie des arts disparus" (les successeurs ont tout viré sauf l'enseigne) du vieux père Solman, le magnifique maître verrier, bavard impénitent, avec ses éternelles lunettes de glacier pour ses yeux blessés, qui roulait à moto (enfin, plus beaucoup, je pense), qui veillait jalousement sur le four et l'atelier où il n'exerçait plus guère, et qui n'a jamais voulu me dire ce que signifiait le "J" de son prénom (Janos ?) : était-il slovène, croate, slave, hongrois ou autrichien ? Sans doute un peu de tout ça en même temps. C'était un beau propriétaire et une figure du quartier. Mais au prix où les m² ont été vendus quand il n'a plus été là, sa disparition n'a pas été perdue pour tout le monde !

Car ça ne suffit pas, l'installation de "bobos" dans les appartements laissés libres de trop loin en trop loin par le départ de vieux Croix-Roussiens qui ont le toupet de s'incruster dans la vie bien au-delà de leur date de péremption ! Bon, c'est vrai que les nouveaux arrivants, qui "ont les moyens", n'hésitent devant aucune dépense pour effectuer de coûteux travaux de rénovation et de mise au goût du jour, mais ça ne va pas assez vite : ce n'est pas comme ça qu'on transforme un quartier vieillot pour le faire entrer dans la modernité ! 

***

Perspective.

Tenez, prenez l’ancien collège Maurice-Scève, rue Thévenet, promis au plus bel avenir par l’admirable société Vinci, qui a élaboré pour les lieux un projet si mirifique qu’il a illico conquis les autorités compétentes et obtenu avals, visas, blancs-seings et cartes blanches. Elle y construira probablement des logements de pauvres à 6.000 € le m² (et plus si affinités). Elle a, selon la rumeur publique, généreusement accepté de partager l’espace avec la population, puisqu’un jardin devrait voir le jour pour le plus grand plaisir du public et des promeneurs qui pourront y jouir d’une vue imprenable sur l'Est, le Rhône, le parc de la Tête d’Or et la ville.

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Vu du ciel, je ne sais pas vous, mais moi, ce collège ne me donne pas envie.

Mais vous savez quoi ? Deux ou trois centaines de va-nu-pieds à la peau noire occupent indûment les lieux, soutenus par une poignée de gauchistes humanitaires ou chrétiens proclamant qu’ils résisteront encore et toujours à l’envahisseur, à ses bulldozers, à ses grues et à son béton. C'est insupportable. Et d'autant plus insupportable qu'ils prétendent agir au nom d’une cause infiniment plus noble, mais qui a le défaut rédhibitoire de non seulement ne rien rapporter à personne, mais de coûter cher en retards divers et de nuire au repos légitime des riverains, qui se plaignent du bruit, de l'amoncellement des poubelles et de diverses autres nuisances.

Allons, la Croix-Rousse est un quartier qui bouge ! Que dis-je, il bouge: il tremble sur ses bases. Un signe : les nouveaux commerces qui ont pris la place de ceux qui ont fermé (je ne fais que citer les premiers qui me viennent) : brunch, resto japonais, vélos électriques, "perles de jouvence", qi gong, sanaya spa, bars à chats, bar à bières, boutiques véganes, etc.

Que des choses dont je n'ai rien à f..aire ! Peut-être ai-je dépassé la date de péremption ?

Voilà ce que je dis, moi.

Note : le tribunal de Lyon vient d'autoriser les autorités à expulser les occupants du collège au 24 septembre 2020 (jugement du 24 septembre 2019).

vendredi, 27 septembre 2019

DEMAIN, LA CROIX-ROUSSE

J'ai déjà parlé de la transformation de la Croix-Rousse sous l'action dynamique de divers promoteurs immobiliers qui ont l'aventure (bétonneuse et financière) dans le sang : le bout de la rue Henri-Gorjus (ancien adjoint au maire de Lyon) est déjà tombé sous leurs coups. On n'aperçoit plus de la rue le terrain de sport, et tout un tas de "terrains vagues" et de petites maisons avec leur jardin ont rendu l'âme. Une bonne chose de faite : c'était un vrai gaspillage aux yeux de la loi de rentabilité. Terminé ! Rien ne vaut l'empilement et l'habitat collectif ! Pareil rue de Cuire. Pareil rue Linossier. Pareil rue Henri-Chevalier. Pareil rue du Mail. Pareil dans pas mal d'endroits, comme on le voit ci-dessous.

AVANT

Rue Dumont d'Urville. C'était la maison d'un avocat, Me Revellin. A voir les lieux, ce devait être un très bon avocat.

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Vue du ciel.

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Vue de la rue (quelqu'un d'attentionné a déjà coupé la vigne vierge à mi-hauteur, en prévision de la suite).

MAINTENANT

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Photo prise le 26 octobre 2017. Je ne connais pas le prix du m² au départ. Je note que la boîte aux lettres de la Poste, qui était bien pratique pour quelques vieux du quartier, n'a pas retrouvé sa place.

 

***

AVANT

Cette fois, on est à l'angle rue Chariot d'or (en dessous)-rue Thévenet (à gauche). On observe la maison de maître, bien séparée de l'ancien atelier.

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Vu du ciel.

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Vu de la rue, après destruction de l'atelier, mais au moins, la maison de maître est conservée (même qu'il a fallu enfoncer à grand bruit un mur de palplanches avant de pouvoir creuser).

MAINTENANT

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La maison de maître, comme l'immeuble nouveau, en est aux finitions. On voit que toute sa lumière est bouffée par l'immeuble. Mais comme il n'y a plus de maîtres ...

La marche est inexorable : la Croix-Rousse finira par avoir un aspect socialement présentable : elle ressemblera alors définitivement à tous les "quartiers modernes", je veux dire évidemment "bien" architecturés, urbanistiquement "pensés" : le sort commun des quartiers modernes, faits pour habiter, pas pour y vivre. On se consolera peut-être en se disant que ça fait un sacré bail que le plateau de la Croix-Rousse, s'il l'a jamais été, a cessé d'être un "village". 

Demain, quelques opérations en cours.

jeudi, 26 septembre 2019

UNE "INSTITUTION" LYONNAISE

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La première fois que je suis entré dans la Brasserie Georges, je devais être âgé d'à peine plus d'une dizaine d'années, introduit par un oncle et en compagnie d'un cousin un tout petit peu plus jeune. Autant dire que je n'ai guère de souvenirs de ce jour, si ce n'est la plantureuse "omelette norvégienne" apportée au dessert, au moment où ni François ni moi n'avions encore "de la place". Nous avions été impressionnés par l'ambiance sonore tumultueuse qui faisait penser à un hall de gare.

Je me rappelle encore, plusieurs années plus tard, en conclusion d'un soir de 8 décembre (ce qui s'appelait autrefois Les Illuminations) passablement alcoolisé, où la bande de joyeux drilles inoffensifs à laquelle j'appartenais alors avait fait irruption dans la salle en vociférant : « Li-bé-rez Jean-Val-jean ! Li-bé-rez Jean-Val-jean ! ». Certes, nous avions de bonnes lectures. Je ne me rappelle pas toutes les occasions que j'ai eues ensuite de franchir les portes de cette étape inévitable sur le parcours de la gastronomie lyonnaise.

Depuis ces époques lointaines, la réputation culinaire de l'établissement a connu des hauts et des bas. Il semblerait que, depuis un nombre respectable d'années, la maison ait été reprise en main de façon énergique et efficace : malgré toutes les apparences de l'usine, le service est attentif et l'entrecôte d'excellente qualité est cuite exactement comme demandé (= bien saignante).

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Il faut de très bons yeux pour apercevoir les contours du buste du fondateur Georges Hoffherr, ci-dessus à droite, qui, posé sur son socle, accueille les convives à l'entrée de la gigantesque salle.

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La choucroute, une base inébranlable, pour ne pas dire la raison d'être de la maison.

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Les dames distinguées ne dédaignent pas de venir, à l'occasion, déguster le menu « escargots - tête de veau ravigote » (ici la tête de veau).

Seul bémol à la qualité de l'aventure : le cierge magique et la sempiternelle et stupide rengaine américaine serinée par le petit orgue de barbarie à chaque fois qu'un des innombrables convives s'avise de célébrer son anniversaire. Si encore la salle ne se sentait pas obligée d'applaudir (suscitant le dédain de la dame distinguée) ! Qui connaît encore la chansonnette bien française : « Bon anniversaire, nos vœux les plus sincères, que ces quelques fleurs vous apportent le bonheur, que l'année entière vous soit douce et légère, et que l'an fini, nous soyons tous réunis  » ? Chanté par deux cents bouches de mangeurs (voire des bouches pleines de mangeurs avinés), ça aurait une autre gueule, non ?

Voilà ce que je dis, moi.

samedi, 21 septembre 2019

TROIS VISAGES

Il n'y a pas que la photo, dans la vie.

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2003, café de la Cloche. Le serveur, en m'apportant ma bière, m'avait aimablement glissé à l'oreille, un peu salaud : « Attention, elle est pas toute seule ». Cela ne voulait pas dire que quelqu'un l'accompagnait.

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2003, place Bellecour.

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2003, place Antonin-Gourju.

vendredi, 20 septembre 2019

QUATRE AUTRES CONVERSATIONS

11

Au café de Fourvière, avec vue superbe sur Lyon, autour de midi. 

Un gars raconte à un autre ses ennuis de famille. Sa diction a un chuintement très prononcé, ça siffle entre les dents. Sa femme couche avec le frère, avec le père, et en plus, elle se refuse à lui. Lui, il est le seul à travailler et à apporter des sous : « Comment ils feraient, tous, sans moi, pour croûter ? ». Lui, il ne voit pas pourquoi il n’irait pas draguer la voisine, « qui a une paire de nibards, je te dis pas, même qu’elle m’a fait des avances, mais ma femme m’interdit. Non mais, qui c’est qui fait la loi ? ». Il appelle le garçon : « Je voudrais un sandwich à la viande. Mais est-ce que vous pouvez hacher la viande ? C’est à cause de mes dents ». Et il ouvre grand la bouche : une dent en haut, une dent en bas, mais pas en face.

12

Au supermarché. 

Une femme arrive à la caisse, le caddie plein. Avec elle, un garçon de sept ou huit ans, très sourd, très appareillé. Il a le visage fortement marqué, genre « pas normal ». Il a des lunettes très fortes. Mais ses handicaps visibles ne l’empêchent pas de causer et de courir partout, agile, rapide, infatigable, au grand désespoir de la mère en train de déposer ses emplettes sur le tapis de la caisse. Elle voudrait le maintenir près d’elle, mais tout en restant très douce avec lui. Elle l’appelle avec tendresse : « Viens ici, on va bientôt partir ». Lui n’écoute rien, escalade une caisse, redescend, et puis il parle, il parle, il parle. Il est joyeux. La mère est horriblement gênée.

13

Au supermarché.

La mère pousse un caddie tellement rempli qu'elle doit parfois forcer à droite ou à gauche pour aller un peu droit. Sa fille conduit un caddie "spécial enfants", mais attention, pas un jouet en plastique : un vrai caddie en réduction. Elle le manie avec autorité et entrain, l’œil très concentré. Elle fait de la bouche les bruits du moteur, partant dans les aigus quand elle accélère au sol. C’est à un de ces moments que le caddie vient heurter la cheville de la mère, juste là où ça fait le plus mal. En se pliant de douleur, elle fait : « Mmmmmmmmmmmmmmhhh ! » (cri étouffé, mélodie montante jusqu'au suraigu, puis descendante avec du guttural à la fin), se retourne vers sa fille, finit par articuler un « Merci » vengeur, puis repart. La petite la suit, et reprend de plus belle ses accélérations. Et allez : pan dans la cheville ! La mère se retient de hurler, elle souffre horriblement, tord son visage en une véritable grimace. Un temps, puis elle se recompose un visage dans la travée centrale du magasin avant de s’acheminer vers la caisse.

14

Dans un café du Centre d’Echanges de Perrache, le matin. 

A ma gauche est assis un Arabe devant une bière. Il a un échange assez vif avec un gars situé non loin, genre déserteur de la Légion, qui a déjà un coup dans l’aile. La discussion s’anime : « Dis pas ça, fais attention ». L’Arabe : « Sale pédé ! ». L’autre le gifle, ce qui renverse la bière, mon journal est mouillé. L’Arabe se lève pour en découdre. Ils commencent à s’empoigner. Le patron accourt, tire l’Arabe en arrière : « Arrête, il crie, ça fait un moment que tu fais des emmerdes. On se calme. » L’Arabe : « Et ma bière ? Elle était pas finie. » Le patron en pose une pleine sur le comptoir, discutant avec lui tout en restant soigneusement entre les deux hommes. Le légionnaire finit sa bière, se lève, se dirige vers le fond du café, hésite, retourne, s’adresse au patron, qui répond : « C’est à l’étage en dessous ». La scène se termine.

Deux vieux attablés à proximité n'ont rien perdu de la scène : « Il fait beau, c’est le printemps ».

Note : le Centre d'Echange (le "Blockhaus" pour les Lyonnais), lieu de transit par excellence, est par nature anonyme et inhabitable. Pour aller à l'étage en dessous (lire "aux toilettes"), c'est un peu compliqué.

jeudi, 19 septembre 2019

DIX CONVERSATIONS A RETENIR

10

Chez un "antiquaire" de la presqu’île, du temps du franc français. 

Le gars a une mine patibulaire. Arrive un homme à la mine encore plus louche, portant un gramophone qui a l’air en bon état. On négocie : « Allez, j’te le fais cent cinquante, c’est un copain qui vient de me le filer ». Il dit ça en jetant un coup d’œil méfiant vers moi. Le brocanteur : « Bon, j’t’en donne cent ». Colère de l’autre, qui le menace d’une raclée. Suspens. Et puis le gars prend les cent francs. Le broc : « Et puis tiens, prends ça pour tes gosses ». C’est une vague poupée de chiffons. Vocifération de l’autre : « En plus tu t’fous de moi ! ». Mais il prend la poupée et s’en va en criant : « Fumier ! » avec un fort accent pied-noir.

 

mercredi, 18 septembre 2019

DIX CONVERSATIONS A RETENIR

9

Au café, quartier Perrache, vers 10h. du matin. 

Un petit gros rougeaud se tient debout devant son verre de blanc au bout du comptoir, en compagnie d’un grand maigre à moustache pauvre. Ils ne sont pas rasés. Le petit raconte une altercation avec sa femme : « "Elle me dit : t’as pas d’couilles au cul. – J’y dis : "Et toi, t’avais des couilles au cul quand t’as mis du whisky dans mon champagne ?". – Alors t’sais ce qu’elle me dit ? – "Ben ce soir, tu coucheras pas avec moi" ». Le grand maigre a éclusé pendant que l’autre parlait : « Bon, ben c’est pas tout ça, mais faut que j’rentre à la maison ». Il pose la monnaie. « Allez, salut ». Il sort, traverse la rue, et entre dans le café d’en face.

mardi, 17 septembre 2019

DIX CONVERSATIONS A RETENIR

8

Au boulot. 

Ce jour-là, ma collègue, genre "executive woman", la quarantaine victorieuse, toujours dans le contrôle et le flegme jusqu'au paradoxe, explose littéralement : « Oui, je reviens de loin ! J’étais au Bois d’Oingt [environ 25 kilomètres et routes chargées] ! Tu comprends, j’ai porté à mon mari les clés de rechange de sa voiture. Tu parles, en descendant de bagnole, il les a laissées tomber. Et tu sais quoi ? Il était juste au-dessus d’une bouche d’égout. Je lui dis : "Bon dieu, mais quelle idée tu as eue de t’arrêter précisément sur une bouche d’égout ? – Ecoute, c’est compliqué. Toute une histoire : le maire de la ville a perdu sa fille, qui est morte d’une crise cardiaque. Plus une place pour stationner. Il ne restait plus que la bouche d’égout".» Elle ajoute, en braquant son regard encore courroucé : « Tu te rends compte ?! » Je m’abstiens de toute réaction.

lundi, 16 septembre 2019

DIX CONVERSATIONS A RETENIR

7

A la maison, avenue du Châter, un matin d’hiver très rigoureux (dans les - 20°C). 

P. et moi regardons par la fenêtre notre voisine, Mme L. qui, la veille au soir, a couvert le pare-brise de sa Renault R6 blanche d’une couverture de laine en la passant sous les essuie-glaces et en coinçant le bas dans le capot qu’elle a claqué dessus. P. me dit : « Oh ça, c’est une chouette bonne idée. Tu devrais faire pareil ». Mme L. va pour ouvrir le capot. Rien à faire, le capot résiste, le verrou est sans doute trop tendu, et ça ne veut vraiment pas. Elle tire sur la couverture, sans succès. Elle prend la gamine dans ses bras, remonte chez elle, redescend avec la gamine et un outil pour faire levier. Toujours rien. Elle remonte avec la gamine qui pleure. Nouvel outil, nouvel échec. Elle remonte chez elle avec la gamine qui hurle. Enfin, nous la voyons redescendre avec la gamine dans les bras et partir en courant vers l'avenue, laissant la couverture en bataille sur le capot.

dimanche, 15 septembre 2019

DIX CONVERSATIONS A RETENIR

6

Rue de la Barre (quartier Bellecour). Il fait chaud. 

Marchant côté ombre, je croise une fille aux yeux écarquillés, immobile au bord du trottoir, l’air effaré. Elle serre quelque chose que je ne vois pas, les deux mains crispées sur sa poitrine. Elle semble attendre pour traverser la rue. Je poursuis ma route. Soudain, un hurlement de pneus, un choc mat un peu mou, des cris de femmes. Je me retourne : c’est elle qui est par terre, au milieu de la rue. Il y a du sang. Le conducteur a jailli de sa voiture en criant : « Elle s’est jetée ! Elle s’est jetée ! ». Une chaussure a atterri non loin de moi. Je la ramasse pour la lui rapporter. Son tibia fait un angle bizarre. Elle a du sang sur la figure, une blessure à la tête. Je la regarde. Elle est consciente, mais semble totalement absente. Quelques badauds se sont arrêtés. Elle me regarde. On dirait qu’elle me supplie. Elle dit d’une voix faible : « Non … non … non … ».

samedi, 14 septembre 2019

DIX CONVERSATIONS A RETENIR

5

Un petit restaurant pas cher, rue des Marronniers (quartier Bellecour). 

Beaucoup de tables, impression d'être serré en s'asseyant. Je viens de finir l’entrée. Un gars assez épais s’installe en face, à deux tables (la première est vide). Ma première impression, c’est qu’il est ivre. Mais à la réflexion, peut-être est-il plutôt sous neuroleptiques. Pas un mot pour commander : il pose un index mou sur le menu. Ce sera poulet rôti, haricots verts. Il prononce quelques mots pâteux en me regardant. Le personnel est efficace : le monsieur est servi promptement. Alors il regarde son assiette, va pour la prendre, la saisit à deux mains, en verse le contenu entier sur la nappe en papier, puis pose l’assiette tranquillement dessus en levant des yeux vides vers moi. Le patron, les yeux écarquillés, le regarde patouiller avec son assiette, le poulet et les haricots. Personne ne semble faire attention. Il essaie alors de manger avec les doigts, mais abandonne rapidement. Tout d’un coup, de la main côté couloir, il saisit son assiette par le bord, entre le pouce et l’index, la laisse pendre, puis lui donne un mouvement de balancier. Son œil est morne, la paupière basse. Enfin, d’un geste plus énergique, il projette l’assiette vers l'avant en la faisant tourner. Elle tombe sur le carrelage et se brise. Les gens présents regardent à peine. Puis le gars se renverse contre le dossier, ventre en avant, tête en arrière, s’apprêtant visiblement à dormir. Le patron arrive, le secoue et lui crie dans les oreilles de partir sans payer : « Ça fait rien ! C’est pour la maison ! ». L’homme s’ébroue, se lève, s’avance en hésitant vers la porte et s’en va. Il n'a finalement rien mangé. Le patron : « Ah là là ! Quelle époque ! ». Un garçon vient nettoyer la table et le sol.

         Il ne s’est pas passé cinq minutes que s’installe à la même place une femme portant des lunettes très épaisses d'un verdâtre fort teinté. J'arrive à la fin de mon repas. Sans m'adresser un mot ni me regarder, elle se penche pour prendre le sel qui est devant moi, puis saisit ma bouteille d’eau minérale, s’en verse une rasade, boit, puis prend ma carafe de vin rouge, dont elle verse le fond dans son verre. Elle repose la carafe devant elle. Elle ne m'a pas vu.

         Je paie. Je sors.

vendredi, 13 septembre 2019

DIX CONVERSATIONS A RETENIR

4

Place Bellecour, un matin, devant la vitrine de la librairie Flammarion. 

Un clochard est écroulé, tant bien que mal adossé de biais à la vitrine. Sa sébile est renversée, il se bave dessus, il a vomi un peu de son vin, il est dans le cirage. Un autre clochard arrive près de lui. Il est à jeun, lui, et il pique une grosse colère. Il se met à secouer son camarade : « T’as pas honte ? ». Pas de réaction. « T’as vu comment t’es ? T’as pas honte ? ». Il le bourre de coups de poing dans une épaule. « Dis, t’as pas honte de saloper le métier comme ça ? T’appelles ça faire la manche ? T’appelles ça faire la manche ? ».

Note : Il y a belle lurette qu'il n'y a plus de librairie Flammarion place Bellecour : je vous parle d'un temps ... Il n'y avait pas encore de SDF, il n'y avait alors que des clochards.

mercredi, 11 septembre 2019

DIX CONVERSATIONS A RETENIR

2

Une charcuterie place de la Croix-Rousse, un samedi matin. 

La petite grosse charcutière sert une vieille dame rabougrie, timide et ridée, tout en finissant de conter à la cliente précédente le détail des terribles ennuis de santé de son mari. Elle coupe, elle coupe, elle coupe le jambon à l’os, sans s’aviser de l’inquiétude qui grandit sur le visage de la vieille dame, qui murmure : « Euh, j’en veux trois, s’il vous plaît », mais pas assez fort pour être entendue. La patronne continue. Le corps de la toute vieille devient nerveux, se crispe, s’agite. Un peu plus fort : « Ça suffit, s’il vous plaît ». Pas de réaction : la charcutière débite les tranches en continuant de se plaindre. Alors, à plusieurs reprises et de plus en plus fort : « Eh, ça suffit ! ». On est à six bonnes tranches. La charcutière, interrompt enfin son geste, emballe la marchandise, encaisse, parlant toujours. La toute vieille dame paie, met le paquet dans son cabas, et puis elle se retourne vers une aussi vieille, sans un mot, mais avec un regard et un sourire d’une gentillesse immense qui excuse l’étourderie de la charcutière qui a tellement de soucis.

mardi, 10 septembre 2019

DIX CONVERSATIONS A RETENIR

1

Un café, place Rivoire, au chevet de Saint-Nizier. 

Le patron est imbibé, dodeline de la tête, sourit aux anges, mais n’a pas l’air ivre. Sa main ne tremble pas pour verser le énième canon à mon voisin de comptoir qui, lui, atteint l’épaisseur d’un blindage correct. Entre un petit homme, visage bouffi et nettement couperosé, la casquette en arrière, mains enfoncées dans les poches, le journal bien serré sous l’aisselle droite. Pas un mot en s’approchant du comptoir. « Bonsoir, M. Marius ! », lance le patron. Il sort un verre à pied, le pose devant le client, le remplit de rouge. M. Marius ne fait pas un geste. L’œil à mi-hauteur des alcools en face de lui, on dirait qu’il contemple. Puis son regard tombe sur le verre. Marius le saisit de la main gauche, le vide lentement en une seule lampée, la pomme d’Adam remontant plusieurs fois. Une fois le verre vide, il contorsionne son bras droit pour extraire la monnaie de sa poche sans lâcher le journal, dépose la somme en silence, remet la main en poche, se retourne avec difficulté, franchit la porte en s’efforçant de contrôler. « A demain, M. Marius ! », lance le patron.

lundi, 09 septembre 2019

PAS PHOTOGRAPHE, MAIS

Il n'y a pas que la lumière dans la vie : il y a aussi l'aspect des choses.

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J'ai pris la photo ci-dessus lors d'une visite de chantier naval, quelque part dans le centre de la France. On voit l'état d'une coque métallique de bateau qui aurait bien besoin d'un kärcher.

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Ce qui m'a plu ici, c'est l'aspect de lavis vaguement aquarellé de l'édifice, dans une famille de gris entre sépia et noir et blanc.

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Le verre à vin d'Alsace. Là, on comprend tout de suite : c'est le jeu des complémentaires.

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Là, c'est un très beau dessin au trait, que peuvent piétiner impunément tous les passants de l'avenue Adolphe Max.

mercredi, 04 septembre 2019

TRIOMPHE DE L'ECOLOGIE MARCHANDE

Notre maison brûle, et nous regardons ailleurs. (Chirac)

L'Amazonie est sur tous les écrans : pas la peine d'insister.

Ci-dessous, le triomphe de l'écologie marchande : un choc !

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Ce paysage d'hallucination figure sur une photo parue dans Le Monde daté 3 septembre 2019 : on aperçoit encore le village de Calahonda (Andalousie), mais « encerclé par des centaines de serres, allouées notamment à la culture de tomates » (c'est la légende de l'image).

Dans la province d'Almeria, ce sont 3.300 hectares de terres qui sont ainsi couverts par les bâches des serres où sont produites les "tomates bio" qu'on trouve toute l'année chez « Carrefour, Auchan, Leclerc, Lidl, Monoprix, Franprix » (je cite). Mais il faut dire que la surface en "bio" ne fait que 10% de la surface bâchée totale : imaginez, pour le coup, un vrai océan de plastique, et plus un seul mètre-carré de vraie terre à l'air libre.

Ce sont 108.566 tonnes de "bio" qui sont sorties des serres d'Almeria en 2018. Et je ne parle pas des conditions de travail des esclaves généralement noirs ou le plus souvent marocains qui œuvrent dans ces lieux inhospitaliers. Le journaliste (Stéphane Mandard) n'a pas pu en savoir plus sur ce point. Et je ne parle pas des caravanes de camions qu'il faut pour acheminer cette production vers l'Europe friande de légumes espagnols. Vive le bilan carbone ! Vive le commerce ! Vive la nature ! Vive l'écologie ! Vive le "bio" !

Ci-dessous, par contraste violent, l'écologie citoyenne, croix-roussienne et totalement imaginaire : les gars qui font ça doivent rêver d'une ZAD encore plus intraitable que Notre-Dame-des-Landes. Ils ont inventé la "révolte en pot de fleur". Certains appellent ça "manifester". Leur slogan : « On-vaa-gaa-gner ! On-vaa-gaa-gner ! ».

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Photo prise le 3 septembre 2019, rue de Cuire : la dérision à l'état le plus pur.

La photo du haut nous confirme que, quand les mots s'affranchissent de toute réalité (c'est en bas), la réalité cavale déjà, loin devant et à toute blinde, inarrêtable. Même Gilles Boeuf, dans ses prêches inspirés, ne cesse de répéter "il faut, il faut, il faut".

La vraie, la seule question est :

COMMENT ON FAIT ?

Qui peut encore y croire ?

lundi, 02 septembre 2019

OÙ EST LE PHOTOGRAPHE ?

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"Ficelle" de Fourvière, 2003.