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mercredi, 26 octobre 2016

LE MONDE DANS LA VITRE

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Photographie Frédéric Chambe.

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Les facéties de l'actualité.

Au printemps, Nuit debout repeint le monde aux couleurs de la révolution.

A l'automne, voilà que c'est au tour de la police de faire sa Nuit debout.

mardi, 25 octobre 2016

THERMOMÈTRE HUMANITAIRE

Lettre ouverte à ceux qui pensent que ça va aller mieux.

Pour avoir une idée de l'état de santé du monde, je propose de prendre sa température. Pour cela, pas de meilleur thermomètre que de constater la prolifération des lieux en état d'urgence humanitaire.

Quand il a fondé les « Restaurants du cœur », en 1985, cette structure reposant pour la plus grande part sur la générosité de la population et sur le bénévolat militant, Coluche rêvait du jour où ils seraient appelés à disparaître. Il pensait que ce jour-là, on n’aurait plus besoin de cette béquille conçue pour apporter à ceux qui n’ont presque rien de quoi manger.

Coluche rêvait en effet. Dans sa naïveté (!), il ne voyait pas (ou plutôt faisait semblant) que ce qui était en train de se mettre en place, c’était un système global, pour dire vite, ultralibéral et impitoyable, faisant du commerce des biens le nec plus ultra de la civilisation mondialisée, et de la dérégulation de tout ce qui pouvait l’entraver une nécessité absolue.

Résultat, trente ans après, le nombre des gens qui ont besoin des Restos du cœur a explosé. Plus fort encore : d’autres associations s’y sont mises, comme la Banque alimentaire, en plus de celles dont c’était déjà le « métier » (Secours populaire, Secours catholique, Emmaüs, etc.). La pauvreté en France n’a cessé de croître, pour atteindre en 2013, selon l’INSEE (vérifié sur le site), le nombre ahurissant de 8,6 millions. Et François Hollande nous déclare "les yeux dans les yeux" que « la France va mieux ». Pour s'assurer de la justesse du diagnostic du docteur Hollande, il suffit d'imaginer ce qui se passe le jour où les associations qui s'occupent des pauvres cessent de fonctionner. Pas besoin, j'espère, de faire un dessin.

Même chose dans tous les pays riches : l’anglais a inventé l’expression « working poors » pour désigner ces gens qui parfois ne gagnent pas de quoi payer un logement, et qui habitent dans leur voiture. Résultat, les urgences se multiplient, les intervenants (plus ou moins désintéressés) prolifèrent, les appels aux dons affluent de tous les horizons. Et il suffit de se promener sur le plateau de la Croix-Rousse pour constater que les mendiants de toutes sortes sont de plus en plus nombreux.

Il n’y a pas besoin de lire les 900 pages de Le Capital au 21ème siècle de Thomas Piketty (ce que je ne suis pas mécontent d'avoir pourtant fait) pour savoir que les inégalités entre les plus riches et les plus pauvres sont de plus en plus criantes, quoi qu’en disent les moyennes obtenues par le moyen des statistiques, qui voudraient nous convaincre que, globalement, « la pauvreté a reculé dans le monde ».

Voilà donc le thermomètre que je propose pour prendre la température de l’état du monde : regarder le nombre des associations humanitaires qui se sont fondées dans le monde, les effectifs des gens qui agissent en leur sein, la taille des populations au secours desquelles elles interviennent. Les humanitaires se démènent comme des diables en Grèce, à Lampedusa, à Calais, et ne savent plus où donner de la tête. Le bénévolat (ce travail gratuit dont Le Monde a souligné récemment qu'il est "créateur de valeur") est en plein essor. J'imagine le jour où un tiers de l'humanité viendra au secours d'un autre tiers, exclusivement composé de victimes d'un troisième tiers, celui des bourreaux. Belle répartition des rôles en perspective.

S’il fallait mesurer la bonne volonté des hommes sur terre, il n’y aurait apparemment aucun souci à se faire, il suffit de regarder le Téléthon, et les innombrables opérations à visée altruiste (par exemple "courir pour elles"). Trois références suffiront à le prouver : 2004 à Sumatra, 2010 à Haïti, 2015 au Népal. La bonne volonté des hommes sur terre est si grande que les canaux acheminant les secours se retrouvent engorgés et les secours eux-mêmes passablement désorganisés. Haïti, à cet égard, fait office de caricature, tant les ONG, les associations humanitaires, l’ONU et autres se sont marché mutuellement sur les pieds dans un désordre proche de l’anarchie.

Ce n’est donc pas un problème de bonne volonté, et l’altruisme a de beaux jours devant lui, quoi qu'on en pense. Mais s’il en est ainsi, il est permis de se demander comment on en est arrivé là.

Comment il se fait que les associations à visée humanitaire ont continué à pulluler et les grandes ONG humanitaires à croître comme des start-up, jusqu’à devenir des multinationales puissantes, opérant leur recrutement de cadres dirigeants dans les grandes écoles, et managées comme des entreprises entrées en concurrence, jusqu’à rendre quasi-automatique aujourd’hui le recours des journalistes à un vocabulaire devenu facile parce qu’il semble évident, mais qui ne l’est pas du tout (« humanitaire », « associations », « ONG »). Et jusqu’à rendre haïssable le vocable même d’ « humanitaire » par saturation.

Comment en est-on arrivé là ? Mais c’est juste que le monde, ignorant superbement les appels à la « fraternité » (ah qu'elle est belle, la campagne pour la « fraternité générale » lancée actuellement !), à la « solidarité », à l’interdiction de toute « discrimination », de tout « amalgame », de tout « racisme », de toute « xénophobie », en gros toutes les pommades verbales qu’on répand sur les plaies ouvertes dans l’espoir de bâillonner les souffrances, ce monde, qui a pour tort unique d'être le monde réel, persiste dans sa volonté de faire le mal et, contre toute raison, d'étendre, d'approfondir et d'accentuer ce mal.

Moralité : les incantations comminatoires à base de grands mots et de « nos valeurs » sont devenues des gadgets, des hochets puérils, totalement déconnectés de la réalité, ce qui est après tout le propre de l’incantation. Le pire, c’est que ceux qui, refusant de manier la pommade consolante, s’entêtent à mettre les vrais mots sur les choses, sont renvoyés d’office aux poubelles de l’histoire, notés d’infamie sous les appellations aussi aisées qu’indémontrées de « conservateurs », de « réacs », quand ce n’est pas de « fachos ».

Le compassionnel est devenu un aboiement d’adjudant. L’émotion est devenue un mode de gouvernement (de domestication) des masses. Plus le monde va mal, plus ceux qui disent qu’il va mal se muent en boucs émissaires, qu’une magie sémantique métamorphose sous nos yeux en « bourreaux » de « victimes » innocentes. Il faudrait pourtant voir les choses en face, et se demander pourquoi le monde a de plus en plus besoin de l'humanitaire.

La vraie fonction de l’humanitaire est, en fin de compte, de cacher aux foules la nature épouvantable du monde qui est en train d’advenir. C’est une sorte de division du travail : aux uns (Monsanto, Apple, E.I., Assad, Poutine, …) la Terreur et le Mal, aux autres (ONG, humanitaires, altruistes, tous les Pangloss, tous les "rassurants", tous les "consolants", …) les pansements sur les jambes de bois. Les infirmiers de la catastrophe prennent le plus grand soin à « ne jamais prendre parti ». Au prétexte que ça les disqualifierait auprès des belligérants, qui les accuseraient de travailler pour leur ennemi. Comme si on admonestait Satan parce qu'il fait le Mal, alors que c'est précisément ce pourquoi il existe : « C'est pas bien, mon petit, de faire le Mal. Allez, ça ira pour cette fois, mais ne recommence pas. ».

C’est-à-dire qu’ils se condamnent à ne jamais nommer les causes du Mal. Ils s’interdisent par principe toute analyse un peu politique. Ils ont la tête dans le guidon et le nez au ras des pâquerettes (ils ont un dos d'une souplesse à toute épreuve). Ils s'en tiennent au service d'urgence, de plus en plus saturé. Cette façon de faire a pour effet de s’en tenir au traitement de la conséquence (les souffrances), en ne se mêlant surtout jamais de la cause (la cruauté, la guerre). 

Le monde humanitaire est un hôpital. « Surtout ne nous mêlons pas de ça ! », geignent-ils sur les plateaux de télévision. Et d'en appeler au « crime de guerre » chaque fois qu'un hôpital est pris pour cible très intentionnelle par les bombardiers. Ils en sont ainsi réduits à l’imprécation incantatoire : « Comment peut-on être d’une telle cruauté ? ». Avec gémissements aigus et suppliques à Poutine (qui se marre bien, sous son masque d'impassibilité). Une variante sans doute des Suppliantes (Euripide). Aujourd'hui le beau rôle.

Les associations et ONG humanitaires, en s’interdisant d’intervenir sur autre chose que les malheurs, la souffrance des gens, se coupent les bras face à l’origine du Mal. Réduites à l’impuissance, réduites au traitement des urgences, elles assistent, comme nous tous, à la montée de la violence dans le monde. A cet égard, l’humanitaire constitue un thermomètre crucial. Un symptôme si vous voulez. Car pendant qu'on nous bombarde de cris d'alarme, les causes du malheur bombardent les populations. Et moi, qu'est-ce que j'y peux ?

C'est certain, la prospérité des organisations humanitaires est directement proportionnelle à celle des malheurs dans le monde. De quoi se demander si les situations seraient pires si les ONG et autres associations caritatives n'existaient pas. Car cette prospérité seule devrait, en soi, alerter les gens ordinaires. Qui devraient se dire qu'il y a de la dénégation du réel dans le réflexe humanitaire.

Faire appel à l'émotion, à l'empathie et aux bons sentiments, comme nous y invite l'humanitarisme à tout crin (« Mais on ne peut pas rester là à savoir ça et à ne rien faire ! Il faut faire quelque chose ! »), c'est nier la réalité bien concrète des intérêts et de la géopolitique.

C'est vouloir vider l'océan à la petite cuillère pour le vider dans le tonneau des Danaïdes.

Il faut redire ce que disait Coluche au début des Restos du cœur : c'est quand toutes les associations humanitaires seront devenues inutiles et amenées à disparaître que l'humanité pourra se dire sans risque d'erreur qu'elle « va mieux ». En attendant, il y a du mouron à se faire.

Voilà ce que je dis, moi.

lundi, 24 octobre 2016

ÇA FAISAIT DES BULLES …

… C’ÉTAIT RIGOLO

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François Schuitten, dans (A suivre) n°3, avec son incroyable trait en courbes de niveau qui m'évoque irrésistiblement le corps zébré des femmes de Lucien Clergue (ci-dessous).

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dimanche, 23 octobre 2016

ÇA FAISAIT DES BULLES …

… C’ÉTAIT RIGOLO.

 

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Jeanne d'Arc, vue, revue et corrigée en foutraque par F'murr.

F'murrr et ses "r" extensibles, son joyeux et débridé délire : Jehanne Darc, Au Loup (où il assaisonne à sa façon, en de nombreuses variantes frapadingues, le conte du Chaperon rouge), et surtout Le Génie des alpages (au moins une douzaine de volumes),

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avec son troupeau de moutons en folie qui suivent les cours de la Bourse, son bélier Romuald, son chien qui explique E=MC², son berger au bord de la crise de nerfs plus souvent qu'à son tour, dans (A suivre) n°1.

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Corbeau dessiné en direct par F'murr (avec un coup de main en forme de soleil couchant de Mézières), au temps où je courais les signatures-dédicaces (c'était à la librairie Expérience, fermement tenue par Adrienne, rue Petit-David, juste pas loin du théâtre des Ateliers).

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Ceux-ci sont dans Barre-toi de mon herbe.

J'ajoute ceci, qui ouvre sur une perspective un peu plus "contemporaine".

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mercredi, 19 octobre 2016

APRÈS LA FERMETURE

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Photographie Frédéric Chambe.

Lors de la réfection des locaux, avant l'agrandissement de la boulangerie (c'était une boutique de sapes). Voir 17 octobre.

lundi, 17 octobre 2016

DES VIES DERRIÈRE LA VITRE

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Ça turbine très fort, y compris le samedi soir, avant la réouverture de la boulangerie, agrandie et embellie. Sa « formidable clientèle » [sic], qui a pris son mal en patience pendant les travaux, se prépare pour l'assaut.

Photographie Frédéric Chambe.

mercredi, 12 octobre 2016

L'ORANGER DES OSAGES

Qulques aspects du fruit (immangeable, paraît-il, je n'ai pas essayé) qui pousse sur un oranger des Osages vu au parc de la Tête-d'or.

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Photographies Frédéric Chambe, 10/11 octobre 2016.

jeudi, 29 septembre 2016

UN FANTÔME

Voici l'avis de décès que j'ai piqué dans Le Progrès daté du 27 septembre.

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Jacques Goudet a fini par avaler son extrait de naissance. Cet homme, qui fut en son temps, un personnage important au sein de l'université lyonnaise, a eu le temps et l'avantage d'être oublié par la rumeur publique. Il se trouve que j'ai un peu croisé sa route en des temps incertains, dans le "ciel de traîne" (comme disent les météorologues) qui a suivi l'orage de mai 1968. Pour tout dire, non seulement je n'étais pas un de ses familiers, mais je l'ai connu à travers une minuscule circonstance étroitement liée à l'époque. Le seul souvenir que le nom de Jacques Goudet m'évoque est en effet celui de l'escouade de gauchistes, probablement maoïstes (trotskistes ?), qui avait fait escorte à ce professeur de langue et civilisation italienne, qui restait impavide, en scandant, le bras tendu à la nazi : « Goudet fasciste ! Goudet fasciste ! ». Tout ça parce que, selon la rumeur, le monsieur avait le tort d'être en relation avec des gens peu recommandables du fascisme italien, comme un certain Pozzo di Borgo. Il se rasait soigneusement le crâne. Il travaillait, disait-on, à la création du réseau d'une internationale fasciste. C'est après tout possible. Je n'en sais rien. On disait aussi, à l'époque, qu'il était père d'une famille de onze enfants, faits ou adoptés avec une épouse asiatique, peut-être annamite. Sous-entendu : catho jusqu'au bout des ongles des doigts de pied. La personne fut sûrement un tout petit peu plus complexe que le schéma que voici. C'est juste une drôle de période qui m'est revenue en mémoire à cette occasion. 

Sans nostalgie aucune, qu'on veuille bien le croire.

Voilà ce que je dis, moi.

vendredi, 23 septembre 2016

DES NOUVELLES DE L'ARCON

Rouvrant par hasard un catalogue d’exposition, je suis tombé sur quelques perles qui, me remettant en présence des trouvailles de quelques artistes contemporains (je veux désigner par là tous ceux qui ont travaillé à l'émergence et au triomphe de l'ARCON, depuis la foutaise inaugurale de Marcel Duchamp et de son postulat : « Tout ce que l'artiste désigne comme étant de l'art est de l'art », postulat qui repose sur cet autre, tout aussi niais : « Tout homme qui se déclare artiste est un artiste »), m’ont fait retrouver toutes palpitantes les raisons qui m’ont découragé d’accorder mon suffrage au grouillement d’innovations innovantes qui ne cesse d’assaillir la modernité des preuves de son interminable agonie, dont l’enthousiasme entraîne l’humanité dans l’infinité de ses impasses.

L’exposition en question est, en alternance avec la Biennale de la danse, une des manifestations « de prestige » que la ville de Lyon s’enorgueillit d’organiser. L’une des dernières expositions d’art du dernier 20ème siècle que j’ai eu la faiblesse de visiter s’appelait « Biennale d’art contemporain de Lyon », dont un certain Thierry Raspail dirige les destinées depuis la création du MAC, logé dans le dernier pavillon survivant de l’ancien Palais de la Foire, qui fait face à la roseraie du parc de la Tête d’or, intégralement remodelé de l’intérieur par un architecte paraît-il dûment diplômé.

MELGAARD.jpgMais la Biennale de l’an 2000 (« Partage d’exotismes », avec un design par je ne sais qui sur la couverture, visez l'objet ci-contre, ça swingue), celle dont je parle, s’exposait sous les poutres de béton de la Halle Tony Garnier, désormais promue au rang de salle de spectacle grand public (Britney Spears, avec ses cohortes de préadolescentes fanatiquement érotisées, …). Honnêtement, il ne me reste pas grand-chose de l’événement (si on peut le nommer ainsi). Il aura fallu le hasard d’un désordre commis par la main d’un petit d'homme pour me remettre en mémoire ce temps des obscénités, qui est devenu le quotidien du spectacle imposé par (ce qu'il faut bien appeler) notre monde à l’œil de l’homme normal, ce survivant.

Parmi les perles dont je parlais, un diamant brille de tous ses feux. La photo de l’œuvre dont il s’agit figure en page 16 du volume II du catalogue célébrant l’événement. C’est celle (« l’œuvre ») d’un nommé Bjarne Melgaard. Elle est intitulée (en français) « Sperme sur la tombe de Paul Gauguin » (en estropiant au passage le nom de Gauguin), et date de 1998.

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Mais cette œuvre (si l'on peut dire), si pleine de sens par sa propre pesanteur sémantique, voire séminale, ne serait rien sans le commentaire (en français) qui la commente, avec le réjouissant lyrisme boursouflé du nouvel académisme triomphant. Le baratin que voici illustre à merveille la substitution de la création purement verbale à la technique du métier d'artiste, et l'imposture sur laquelle est assise la création "artistique" contemporaine.

« Le trait insistant de Sperme sur la tombe de Paul Gauguin [sic !] se redouble en cherchant la forme dans des dessins très spontanées [sic authentique !] qui ne renient pas leur allégeance à Munch. Peu importe que ce Nordique qui a longtemps vécu dans l’hémisphère Sud ait joint l’acte à la parole. Tout est dit avec le sacrilège qui libère la semence de la fécondité. Splendide incarnation d’un mythe fondateur ». Libérer la semence de la fécondité ! En voilà un Graal ! Cela veut dire : "vive la masturbation ! vive la stérilité !". « Viva la muerte ! » criaient les escadrons de Franco. Masturbons-nous, c'est le plaisir des dieux ! N'ayons pas de descendance ! Vivement la "post-humanité" : non la "réalité augmentée", dont on nous rebat les oreilles à coups de "pokémon go", mais l'humanité diminuée.

C'est pas beau, ça ? Je jure que je n’ai rien changé au texte, ni une virgule, ni une faute d’orthographe ! Les laïus (pompeusement appelés "notices rédactionnelles") « sont le résultat d'un travail collectif faisant intervenir Marc Augé, M. Convert, Pierre-Alain Four, Alain Girard, Philippe Grand, Hélène Joubert, Anish Kapoor (déjà !), Noah Lurang, Jean-Hubert Martin, Gérald Minkoff, Jean-Christophe Neidhardt, PhiliPeltier, Thierry Raspail (the boss !), Carlo Severi ». Ils se sont mis à tout ça pour pondre leurs sentences définitives.

J’espère que le lecteur de ce billet appréciera la teneur métaphysique du propos, dont les auteurs tiennent à insister sur la liberté nouvellement acquise par le mâle moderne, enfin libéré du fléau asservissant d’avoir à engendrer un être nouveau quand il éjacule, et en allant répandre, à des fins "esthétiques", sa semence dans les cimetières. L'obscur branleur Bjarne Melgaard prenant l'avion pour les Marquises, trouvant dans son imagination la force d'une érection pour aller se masturber (on note que l'homme est gaucher) sur la tombe d'un peintre célébrissime, voilà bien un spectacle auquel je ne regrette aucunement d'avoir échappé.

Je ne sais pas quelles lunettes ornaient le nez (ou ce qu'ils avaient bu ou fumé) des auteurs de la formule : « Splendide incarnation d'un mythe fondateur ». Moi j'appelle ça vouloir engrosser des squelettes.

C'est l’image que l’artiste se fait de l'avenir de son métier et de celui de l’humanité. 

Voilà ce que je dis, moi.

jeudi, 15 septembre 2016

UNE FAMILLE S'EST ÉTEINTE

Léon Paliard, médecin, a épousé Marie-Thérèse Amblard en 1922. 

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Il est mort en 1924, peut-être d'une crise cardiaque (antécédents familiaux). Leur fils Jacques, né en 1923, a donc été élevé par sa mère, longtemps aidée de sa propre mère, madame Amblard. Elle ne s'est jamais remariée, se consacrant entièrement à Jacques.

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Jacques avec sa grand-mère et une personne non identifiée.

Jacques, fils unique, s'est engagé dans la résistance (maquis de Beaubery, en Saône-et-Loire), bientôt nommé "bataillon du Charollais" quand il fut incorporé dans l'armée du général de Lattre.

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Il fut tué non loin de Bourbach-le-bas (Haut-Rhin), âgé de 21 ans, dans les combats des 7 et 8 décembre 1944. La lignée familiale s'est donc interrompue, faute de descendance.

Marie-Thérèse a ensuite vécu toute seule, tout petitement, de travaux de couture, puis du "minimum vieillesse". Elle aimait la musique et ne manquait aucun concert donné salle Molière par la Société de Musique de Chambre de Lyon. C'était sa seule et unique distraction. Elle avait une vraie préférence pour les Sonates de Mozart, et écoutait régulièrement l'un ou l'autre disque de leur intégrale Erato (enregistrée au Japon en 1974) par Maria João Pires, qu'elle possédait. Elle en avait même travaillé plusieurs, si j'en juge par les annotations qu'elle a laissées sur le livret accompagnant le coffret.

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Il est vrai que les disques (vinyle) qu'elle écoutait encore dans son grand âge sur son électrophone ont tous une caractéristique qui leur est propre : le début de chaque face est rayé de façon parfois criante par le saphir du bras qu'elle y posait sans voir tout à fait ce qu'elle faisait. Je ne lui en veux pas, vous pensez bien : chaque fois que la musique heurte un caillou du chemin, je me dis qu'elle est comme griffée par les ronces de l'existence qui fut la sienne, jalonnée d'épreuves terribles. Alors son beau visage aimable, souriant, ridé comme une pomme en février, m'apparaît. 

De la Bible, elle revenait sans cesse à un passage, qui est la grande consolation de ceux qui n'ont rien excepté la foi, et qu'on trouve dans l'évangile de Matthieu (Mt 5, 3-12), connue sous le titre de "Sermon sur la montagne", également appelé "Les béatitudes", qu'elle avait cochée d'une croix au crayon dans son exemplaire de la traduction de Louis Segond, mais qu'elle avait marquée à l'encre et au crayon, de sa main, dans le gros volume du chanoine Crampon, qu'elle préférait. J'ai tendance, moi l'endurci mécréant indécrottable, à croire que ces "Béatitudes" lui ont toujours servi de guide. Respect. Silence. Rien à dire.

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Marie-Thérèse Paliard fut une délicieuse, une merveilleuse vieille dame pleine d'amour et de bonté.

Heureux les cœurs purs, car ils porteront témoignage !

Voilà ce que je dis, moi.

dimanche, 04 septembre 2016

LA TETEE EN 1923

photographie,lyon,docteur paliard

Marie-Thérèse Paliard nourrissant Jacques.

Scan (à même le verre) d'une plaque stéréoscopique prise par le docteur Léon Paliard, le 17 octobre 1923.

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Les mêmes, en tirage sur papier.

photographie,lyon,docteur paliard

Jacques Paliard (ici orthographié Paillard, comme souvent), soldat de 2° classe, sera tué en Alsace le 10 décembre 1944. La photo a été prise par sa mère. Je n'ai pas encore identifié le cimetière. Il avait "pris le maquis" dans ce qui s'est appelé le "Maquis de Beaubery", constitué de 250 hommes de toutes conditions qui devaient former le "Bataillon du Charollais" (lisible sur la croix) embauché dans l'armée de De Lattre.

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samedi, 03 septembre 2016

LYON-SUR-VERRE

Dépositaire de quelques archives familiales, je tombe parfois sur des documents qui m’intriguent. J’ai dernièrement eu la curiosité de faire tirer sur papier quelques photos sur plaques de verre (« plaques sèches au gélatino-bromure d’argent » de la marque « A. Lumière et ses fils »). En l’absence de tout élément d’information sur les dates, j’en suis réduit aux supputations.

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Le commerce des plaques de verre destinées au public a cessé, paraît-il, en 1950, mais celles dont il s’agit ici remontent selon toute probabilité aux années 1900, 1910 ou 1920. Le lieu de la prise de vue, en revanche, est plus facile à déterminer : on reconnaît Lyon sur plusieurs photos, quoiqu’avec une précision un peu aléatoire dans certains cas.

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Car si je peux identifier facilement (ci-dessus) la rue Servient (quartier Préfecture) qui débouche sur le Rhône et le « pont de l’Hôtel-Dieu » qui le traverse (alors pont pour les piétons, encore ainsi nommé sur un plan de 1914, jusqu'à sa démolition en 1916, aujourd’hui pont Wilson),

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qui me dira où situer l’image (quartier Bellecour ?) où un détachement de dragons en grande tenue se présente sous la houlette d’un officier qui a mis sabre au clair (noter les clairons des deux cavaliers les plus à gauche) ?

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De même, on reconnaît bien, sur la photo du bateau-mouche de la Saône, le clocher de Saint-Georges et la silhouette de la basilique en arrière-plan, mais de quelle gare peut bien s’élancer la locomotive étincelante qu’on voit ci-dessous ?

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Il semble évident que l’instantané où un cheval débouche de la gauche a été fait cours de Verdun, alors appelé cours du Midi (on discerne le clocher carré de l'église Saint Irénée, perchée sur la colline),

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et les daims qu’on voit sur un autre désignent le parc de la Tête d’or.

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Quand aux deux dernières photos, elles montrent sans erreur possible, l’une le pont Tilsitt (aujourd'hui "Bonaparte") avec Saint-Jean derrière et la Croix-Rousse au fond,

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l’autre la place des Jacobins avec sa fontaine, où défilent les chars du Carnaval, tout cela vu d’un étage élevé.

 

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Pour avoir une idée de l'époque, on trouve sur le site de la Bibliothèque Municipale une telle photo (ci-dessous) du Carnaval de Lyon prise par Jules Sylvestre, avec cette imprécision : « circa 1900 ».

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Voilà, c’est Lyon il y a une centaine d’années. Vu par un citadin de cette ville. Rien de plus, rien de moins.

Ce sont des images qui me rattachent à quelque chose, qui me racontent une histoire que je ne comprends pas tout à fait, à cause des blancs qui entourent leur raison d'être, comme n'importe quel album ancien de photos de famille non légendées, un siècle après. Mais des images à la présence forte et, à tout prendre, poétique.

Voilà ce que je dis, moi.

vendredi, 26 août 2016

BALZAC ET LES CANUTS

La Maison Nucingen (1838) consiste en un dialogue débridé de quatre amis, tenu dans un des « cabinets particuliers » d’un célèbre cabaret (non nommé) de Paris, et fidèlement reconstitué par le narrateur qui, dans le cabinet mitoyen séparé par une mince cloison, a entendu et mémorisé l’intégralité de la conversation.

Aux voix, il a reconnu les personnages, qui se nomment Blondet, Finot, Couture et Bixiou : « C’était quatre des plus hardis cormorans éclos dans l’écume qui couronne les flots incessamment renouvelés de la génération présente ». Il est utile de préciser que les langues vont bon train, du fait qu’on a fait venir un nombre respectable de bouteilles de champagne, au point qu’à la fin les compères sont un peu gris.

Bixiou raconte à ses amis comment Eugène de Rastignac, qui vivait si pauvrement à la pension Vauquer, vit aujourd’hui confortablement, à la tête d’une fortune de quarante mille livres de rentes, tout en ayant pu richement "doter" ses sœurs, restées au fond de leur province.

Accessoirement, il va dénouer l’écheveau qui rend incompréhensibles au bon peuple les calculs et manœuvres hautement raffinés qu’on voit à l’œuvre dans les milieux de la haute finance, incarnés ici par le richissime banquier alsacien Nucingen. Ah ! les interventions de Nucingen, plus alsaciennes que le vrai : « Hé pien ! ma ponne ami, dit Nucingen à du Tillet en tournant le boulevard, location est pelle bire ébiser Malfina : fous serez le brodecdir teu zette baufre vamile han plires, visse aurez eine vamile, ine indérière ; fous drouferez eine mison doute mondée, et Malfina cerdes esd eine frai dressor ».

Traduction : eh bien mon bon ami, l’occasion est belle pour épouser Malvina : vous serez le protecteur de cette pauvre famille en pleurs, vous aurez une famille, un intérieur ; vous trouverez une maison toute montée, et Malvina certes est un vrai trésor. On trouve dans le Nouveau dictionnaire des œuvres le commentaire suivant : « De plus, Balzac, par un souci exagéré de réalisme, s'obstine à reproduire le singulier jargon parlé par le baron, ce qui rend pénible la lecture des dialogues ».

Pas faux, mais ma parole, si le commentateur met un jour les pieds dans l'Alsace profonde pour dialoguer avec un vieux de la vieille, il verra ce que c'est. Je pense aussi à Victoire, la servante du colonel dans Le Sapeur Camember, et à son accent superlativement alsacien, qui provoque quelques malentendus. Ainsi : « Le colonel est-il visuel, mam'selle Victoire ? - Foui ! mossieu Gamempre, ché fiens te le foir ... tant son gabinet ... il ... é...grivé », dont le dernier mot fait croire au sapeur que le colonel est "crevé". Toute la caserne se précipite chez lui. Comme il est bien vivant, on convoque Victoire : « Oh ! mossieu Gamempre (...) c'est pas chentil te faire arrifer tes misères à une bôvre cheune fille innocente ... Ch'ai pas tit : "Le golonel il est grévé" ... Ch'ai tit : "Le golonel il égrivé ... avec une blume, quoi ! ».

Ailleurs, elle va faire les courses, et fait deviner à Camember ce qu'elle va acheter : « ... ça gommence par un C ». Le sapeur ne trouve pas : « Eh ! pien ! mossieu Gamempre, puisque fous ne tefinez pas : c'est tes cuernouilles et un chigot ! ».  Dans les Contes drolatiques, Balzac se laissera carrément aller à une débauche toute rabelaisienne dans ce genre, en imitant cette fois la langue du XVI° siècle. Revenons à nos moutons.

Je laisse de côté la complexité des tripatouillages boursiers décrits par Bixiou-Balzac, pour en venir à ce que Blondet dit des canuts de Lyon, qui se révoltèrent en 1831 et en 1834 contre le sort qui leur était fait, et dont l’étendard portait en ces journées la fière devise : « Vivre en travaillant ou mourir en combattant ».

Voici ce que déclare Blondet : « Voici, reprit Blondet. On a beaucoup parlé des affaires de Lyon, de la République canonnée dans les rues, personne n’a dit la vérité. La République s’était emparée de l’émeute comme un insurgé s’empare d’un fusil. La vérité, je vous la donne pour drôle et profonde. Le commerce de Lyon est un commerce sans âme, qui ne fait pas fabriquer une aune de soie sans qu’elle soit commandée et que le paiement soit sûr. Quand la commande s’arrête, l’ouvrier meurt de faim, il gagne à peine de quoi vivre en travaillant, les forçats sont plus heureux que lui. Après la Révolution de Juillet, la misère est arrivée à ce point que les CANUTS [sic] ont arboré le drapeau : Du pain ou la mort ! une de ces proclamations que le gouvernement aurait dû étudier, elle était produite par la cherté de la vie à Lyon. Lyon veut bâtir des théâtres et devenir une capitale, de là des Octrois insensés. Les républicains ont flairé cette révolte à propos du pain, et ils ont organisé les Canuts qui se sont battus en partie double. Lyon a eu ses trois jours, mais tout est rentré dans l’ordre, et le Canut dans son taudis. Le Canut, probe jusque-là, rendant en étoffe la soie qu’on lui pesait en bottes, a mis la probité à la porte en songeant que les négociants le victimaient, et a mis de l’huile à ses doigts : il a rendu poids pour poids, mais il a vendu la soie représentée par l’huile, et le commerce des soieries françaises a été infesté d’étoffes graissées, ce qui aurait pu entraîner la perte de Lyon et celle d’une branche de commerce français. Les fabricants et le gouvernement, au lieu de supprimer la cause du mal, ont fait, comme certains médecins, rentrer le mal par un violent topique. Il fallait envoyer à Lyon un homme habile, un de ces gens qu’on appelle immoraux, un abbé Terray, mais l’on a vu le côté militaire ! Les troubles ont donc produit les gros de Naples à quarante sous l’aune. Ces gros de Naples sont aujourd’hui vendus, on peut le dire, et les fabricants ont sans doute inventé quelque moyen de contrôle. Ce système de fabrication sans prévoyance devait arriver dans un pays où Richard Lenoir, un des plus grands citoyens que la France ai eus, s’est ruiné pour avoir fait travailler six mille ouvriers sans commande, les avoir nourris, et avoir rencontré des ministres assez stupides pour le laisser succomber à la Révolution que 1814 a faite dans les prix des tissus. Voilà le seul cas où le négociant mérite une statue. Eh ! bien, cet homme est aujourd’hui l’objet d’une souscription sans souscripteurs, tandis que l’on a donné un million aux enfants du général Foy. Lyon est conséquent : il connaît la France, elle est sans aucun sentiment religieux. L’histoire de Richard Lenoir est une de ces fautes que Fouché trouvait pire qu’un crime ».

Bon d’accord, Blondet finit par laisser tomber les canuts et son propos dérive, mais tout le dialogue est pareillement décousu, mené « à sauts et à gambades » (Montaigne, III, 9). Balzac nous a d’ailleurs prévenus dès le début : « Ce pamphlet contre l’homme que Diderot n’osa pas publier, le Neveu de Rameau ; ce livre débraillé tout exprès pour montrer des plaies, est seul comparable à ce pamphlet dit sans aucune arrière-pensée, où le mot ne respecta même point ce que le penseur discute encore, où l’on ne construisit qu’avec des ruines, où l’on nia tout, où l’on n’admira que ce que le scepticisme adopte : l’omnipotence, l’omniscience, l’omniconvenance de l’argent ». Je confirme : La Maison Nucingen est bien un livre « débraillé ». Les quatre amis se lancent donc dans une longue "improvisation" (le mot est de B.), qui fait penser à la manière dont Béroalde de Verville conduit (ou fait semblant, ou ne conduit pas) son Moyen de parvenir. Et Balzac ajoute à propos de cette improvisation : « … et, quoique souvent interrompue, prise et reprise, elle fut sténographiée par ma mémoire ».

J’ai raconté ici même (31 janvier) l’événement que fut pour la ville de Lyon, ses habitants et ses autorités la venue de Franz Liszt. C’est bien connu : tout ce qui est important se passe à Paris. Ce n’est pas dans La Maison Nucingen que Balzac va nous dire le contraire, même s’il prouvera maintes fois par ailleurs que la vie de province n'a aucun secret pour lui (il faut voir avec quelle jubilation maligne Balzac assaisonne Alençon dans La Vieille fille, avec quelle poétique mélancolie il décrit les rives de l’Indre dans Le Lys dans la vallée, etc., etc.). S’il fait ici référence à Lyon, c’est presque par hasard, au détour d’une conversation entre amis, lancés dans une agréable beuverie.

Ce que dit des canuts le passage cité est trois fois rien. Ce n’est pas une raison pour le bouder.

Voilà ce que je dis, moi.

jeudi, 25 août 2016

BAUDELAIRE À LYON

Les amateurs des Fleurs du Mal, les spécialistes de la question, les professeurs de Lettres le savent : Baudelaire est passé par Lyon. Il y a même demeuré de 1833 à 1836 : le lieutenant-colonel Aupick, qui a épousé sa mère restée veuve, est en poste dans la ville. En 1834-1835, Charles est élève en classe de troisième, interne au Collège Royal de Lyon (aujourd’hui lycée Ampère). S’il ne brille pas parmi les « premiers-de-la-classe », il n’est pas mauvais élève. La preuve, c'est qu'à la fin de l’année scolaire, il obtient quelques récompenses (qui ne l'empêcheront pas de redoubler sa troisième l'année suivante à Paris, au collège Louis-le-Grand).

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A cette époque d' "obscurantisme moyenâgeux", le romantisme dévoyé d'un Prévert n'avait pas encore élevé le cancre à la dignité de héros moderne et de modèle à suivre. A cette époque d' "arrogance élitiste", un égalitarisme intégriste et fanatisé n’avait pas encore causé les ravages auxquels on assiste depuis quatre décennies, et qui ont ruiné le système éducatif républicain. A cette époque "bourrée de stéréotypes archaïques", on craignait si peu de reconnaître les mérites scolaires des meilleurs élèves que ceux-ci étaient célébrés en fin d’année au cours de la cérémonie dite « Distribution des Prix », cette vieillerie que mai 68 a jetée à la poubelle, en même temps que les insupportables « chaires » et autres estrades, qui soulignaient par trop l'imméritée supériorité du maître sur l'élève. Le Collège Royal de Lyon avait même si peu honte qu'il faisait imprimer la liste de ceux qui méritaient le plus d’être distingués. C’était l’imprimeur Boursy, rue de la Poulaillerie (où se situe aujourd’hui le musée de l’imprimerie), qui était chargé de la fabrication de ce "tableau d'honneur".

C’est ainsi que le nom de Charles Baudelaire, en ce jour solennel du 28 août 1835, fut prononcé à six reprises, dans autant de disciplines :

« Thème »,

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« Version latine »,

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« Vers latins »,

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« Version grecque »,

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« Arithmétique »

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et « Dessin » (spécialité « Figures », les deux autres étant « D'après nature » et « Académies »).

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Certaines paraîtront aller de soi, d’autres sembleront plus surprenantes. Quant au dessin, il sera une évidence aux familiers de cette partie de son œuvre où le poète se livre à la critique artistique.

Ce n’est qu’un document, à peine une anecdote ; c'est, si l'on veut, de l'histoire littéraire abordée par son tout petit côté. Pourtant cela me fait quelque chose de voir imprimé noir sur blanc le nom de Charles Baudelaire adolescent (il a 14 ans), dans ce mince volume que je tiens dans la main,

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où ont été reliés (demi-basane rouge) les tableaux d'honneur de 1835 et 1836 d'un grand lycée de province. Il ne me semble pas indifférent de pouvoir toucher du doigt un témoignage, si modeste soit-il, du passage d’un tel génie dans notre ville (il n'engloba pas celle-ci dans la même aversion que celle dont le nom d'Aupick était pour lui l'objet. On raconte qu'il criait, sur les barricades de 1848 : « Fusillez le général Aupick ! »). J'ai l'impression de parvenir à lui par une voie facile et proche (si j'ai obtenu un premier prix de version latine [au royaume des aveugles ...], j'ai toujours été infoutu de composer des vers latins), mais inconnue du plus grand nombre.

C'est un privilège.

Voilà ce que je dis, moi.

Note : j'aurais pu faire figurer dans ce billet les noms des trois élèves de cette classe de troisième (« Professeur, M. Carrol ») qui jouent les Usain Bolt pour truster les médailles. Je les mentionne pour mémoire : Benjamin Marcouire, de Montpellier, élève interne, vainqueur toutes catégories, qui revient à sept reprises, dont cinq sur la plus haute marche du podium (« Excellence »,« Thème », « Version », «Vers latins » et « Histoire ») ; Nestor de Songeon, de Bourgoin, élève interne, huit fois cité, mais plus souvent en position de Poulidor ; Jean-Jacques Hardouin, de Lyon, élève interne, excellent "troisième couteau", dont le nom apparaît cinq fois. On trouve encore les noms d'Auguste Blanc, Marius Ginoyer, Eugène Turin, Jean-Baptiste Gérentet, Victor Boisset, Décius Giamarchi (de Vescovato, Corse).

Figure aussi un certain Dominique Barnola (« de Lyon, pension Champavert ») qui me rappelle les monstrueux chahuts que, élèves de 2de dans les antiques bâtiments de ce même lycée Ampère, nous avions fait subir au nouveau professeur de physique-chimie, qui portait ce patronyme, pour étrenner sa première année d'enseignement (dévissage intégral des plateaux - en bois - et des pieds - en fonte - des tables, entre autres, avec les conséquences qu'on peut imaginer). Nous retrouvant à la rentrée suivante, il s'était cruellement vengé, en crucifiant dans les trois premières minutes du premier cours notre camarade Pons, beaucoup moins méchant que nous autres, mais pas assez "discret" (ce qu'on appelle "faire un exemple"). Cette année-là, il fut tranquille. Comme quoi ...

dimanche, 21 août 2016

VU A LA CROIX-ROUSSE

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Photographie Frédéric Chambe, 19 août 2016.

dimanche, 07 août 2016

DANS UN ALBUM ANCIEN

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Lt. Maurice Roux.

Alphonse Bernoud, photographe à Lyon.

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jeudi, 04 août 2016

DANS UN ALBUM ANCIEN

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M. C., fin XIX° siècle (autour de 1880). Elle a toujours passé pour simple d'esprit : elle était juste sourde.

A. Lumière, photographe à Lyon.

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jeudi, 09 juin 2016

LYON SANS VOITURES

LYON DANS LE JOURNAL DES VOYAGES 2/2

AUTOUR DE 1880

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Là, pas besoin de faire les présentations : ça n'a pas changé, ou si peu. Ah si : le machin sur la colline.

Non, je ne parlerai pas de l'occupation intégrale et quotidienne de la place Bellecour par 20.000 décérébrés. Non, je ne veux pas parler de football. Non, je refuse de parler de la « Fan-Zone ». Zut, trop tard !

Le Journal des voyages faisait travailler l’imagination, activité philanthropique s’il en est. Mais il arrive, avec le temps, que l’esprit critique du lecteur s’aiguise, et ne gobe plus aussi facilement des histoires racontées par des parleurs à l’imagination trop fertile.

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Pentes, presqu'île, confluent : pour voir ainsi de telles boucles du Rhône en aval, le poste d'observation du dessinateur devait être vraiment à très haute altitude. Pour ce qui est des méandres, il avait aussi un peu d'imagination : le premier après le confluent est à peu près fictif, dans le creux du deuxième, on apercevrait Givors, mais il faudrait une très bonne (longue-)vue. L'artiste n'a pas osé placer Vienne (30 km) dans le paysage, mais on sent qu'on est passé pas loin.

 

Le Journal des voyages, qui était très à l’écoute de son lectorat, sut magnifiquement prendre le virage de la vraisemblance familière et du paysage connu, et proposa des plongées dans des contrées moins exotiques. C’est ainsi qu’il envoya ses reporters dans les contrées reculées du beau pays de France.

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Schéma de fonctionnement de la ficelle de Saint-Just. Notez la drôlerie : l'illustration place "Fourvières" (sic) entre "Lyon" et "Saint-Just". La station intermédiaire s'appelle "Les Minimes".

C’est ainsi que Lyon apparut comme une destination digne d’intérêt. On n’évite certes pas les cartes postales, du genre de celles qu’on voit encore sur les « lieux emblématiques », ces haltes obligatoires pour les cargaisons de touristes armés de leurs mitraillettes à souvenirs. Mais on trouve aussi une spécificité locale connue localement sous le nom de « ficelles », funiculaires à grimper les collines. Vous savez, ces wagons alternativement tirés et retenus par un câble, qui permettent d'économiser l'énergie dans la traction, grâce à leur mouvement en quelque sorte pendulaire. 

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Là oui : ça monte à Fourvière (sans "s"). Le numéro du Journal des voyages est daté du 30 novembre 1884.

A Lyon, il y eut cinq ficelles au total (il en reste deux). Trois pour monter à la « colline qui prie » : entre Saint-Jean et Saint-Just ; entre Saint-Jean et Fourvière ; entre Saint-Paul et Fourvière-Loyasse (la "ficelle des morts", par laquelle les cercueils étaient conduits au cimetière). Deux pour la « colline qui travaille », qui desservaient la Croix-Rousse, d'une part depuis la rue Terme, d'autre part depuis la place Croix-Paquet.

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La Ficelle Croix-Paquet, sur la place du même nom, tel que c'était avant le métro à crémaillère (pas si longtemps, en fin de compte). Ce n'est pas dans Le Journal es voyages, évidemment.

La dernière a été ouverte pour faire concurrence (tarif divisé par deux), et a permis, lors du creusement du tunnel, de mettre au jour le « Gros-Caillou ».

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"Le déménagement à risque du "Gros-Caillou" à la Croix-Rousse".

Voilà ce que devient le "Gros-Caillou" sous la patte de Plonk et Replonk (une commande du musée Gadagne).

Si les lieux ont bien changé, les voitures, à Saint-Just et Fourvière, continuent bravement à se croiser à l’exact milieu de la ligne (415 mètres pour celle de Saint-Just), où la voie se dédouble momentanément. Les lignes de la Croix-Rousse bénéficiaient dès l’origine de deux voies.

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Ficelle de la rue Terme. Le dessinateur a fait attention aux détails techniques, en s'efforçant de rendre les roues-guides qui maintiennent le câble dans l'axe.

"Notre route est droite, mais la pente est forte" (Jean-Pierre Raffarin, dans un jour inspiré).

On a fermé la ligne de la rue Terme en 1967 pour en faire un tunnel routier ("Croix-Rousse direct", pour faire ronfler les gros moteurs). Croix-Paquet est devenu la station intermédiaire de la ligne C du métro à crémaillère.

Ce qui m’intéresse dans quelques images, ce n’est pas la nostalgie (fi donc !) : c’est la jalousie. Oui, je suis jaloux des piétons de l’époque : je rage quand, dans ma pauvre rue du Mail, je dois remonter précipitamment sur l’étroit trottoir encombré de "potelets" disgracieux et d'un tas de concurrents à pied, pour éviter la voiture qui m’arrive dessus. Et je ne vous parle pas des jours de parapluie.

Voilà ce que je dis, moi.

mercredi, 08 juin 2016

LYON SANS VOITURES

LYON DANS LE JOURNAL DES VOYAGES 1/2

Le Journal des voyages, hebdomadaire fondé en 1876 (ma collection court jusqu’à 1899), faisait voyager son lecteur en fauteuil et pantoufles dans le monde entier, si possible dans les endroits, les climats, les altitudes les plus inhospitaliers possibles, le mettait aux prises avec les éléments déchaînés ou les peuplades les plus féroces, et le confrontait aux bêtes les plus dangereuses.

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Aux Cordeliers, vus vers l'ouest. Saint-Bonaventure à gauche, Fourvière tout au fond sur la colline, avant l'éléphantesque basilique. La scène (reconstitution d'après gravure de quelle époque ?) date de bien avant la restructuration de la presqu'île.

 

Le lecteur était même, à l’occasion, invité à frissonner jusqu’aux tréfonds de lui-même en revivant les aventures incroyables d’explorateurs courageux qui découvraient, à Madagascar, une espèce d'arbre cannibale,

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Légende de la photo (d'époque, dans le numéro 61 du 8 septembre 1878 : en ce jour de la Nativité de la Vierge, Alfred Jarry fêtait ses cinq ans) : "L'arbre anthropophage : ce fut une épouvantable orgie". L'article ainsi annoncé, qui se voudrait à teneur ethnologique, est hallucinant. On peut cliquer ICI pour en lire un résumé impeccablement objectif, preuves et citations à l'appui (mon billet du 16 juillet 2013).

 

capables de dévorer des hommes condamnés par leur tribu parce qu’ils avaient enfreint la loi ;

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Cordeliers modernes, vus vers l'est. Saint-Bonaventure à droite. A gauche le machin de la Bourse (où sont organisés chaque année les "Quais du polar"). A gauche, on distingue vaguement les anciennes halles, genre "Baltard". Au fond, le pont La Fayette.

des arbres insectivores capables d’engloutir le bras du voyageur insouciant ;

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Légende : "A travers l'Australie : L'arbre insectivore".

ou qui racontaient une chasse au Moâ (alias Dinornis, mot à mot « oiseau terrible »), oiseau coureur de 3,6 mètres de haut, mais oiseau paléontologique, disparu depuis longtemps.

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Le pont autrefois de "Tilsitt", Saint-Jean (avec son toit très pentu), Fourvière, nantie de sa basilique éléphantesque.

Mais Alfred Jarry saura quoi faire de ce fossile découvert par des gravures, puisqu’il en fait usage dans L’Amour absolu, sous le nom de "diornis".

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Pont La Feuillée, passerelle Saint-Vincent, Quai de la Pêcherie, qui méritait alors bien son nom.

On l’a compris, si les auteurs qui écrivent dans le Journal des voyages n’inventent pas tout, on trouve dans l’hebdomadaire des espèces animales et végétales qu'on ne trouve que là, rigoureusement inconnues des zoologues et des botanistes.

L'imagination promet à l'esprit des ailleurs combien plus affriolants que nos platitudes quotidiennes.

Voilà ce que je dis, moi. 

jeudi, 26 mai 2016

FÉLICITÉ DE LA CROIX-ROUSSE

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Ce n’est pas pour dire, mais Exbrayat, qui n’est que stéphanois (« Tout le monde peuvent pas être de Lyon, il en faut ben d’un peu partout », La Plaisante sagesse lyonnaise, Catherin Bugnard : à noter qu’Exbrayat cite le nom de ce pseudonyme du politicien Justin Godard et même celui de l’Académie des Pierres Plantées qu’il avait fondée), connaît assez bien la Croix-Rousse, et pour un adepte de l’ASSE et du « chaudron » de Geoffroy-Guichard (celui-là même des Guichard-Perrachon qui ont fondé Casino), il n’en dit pas trop de bêtises. Ma foi, je n’en veux pas trop à Exbrayat de l’hommage que ce Vert, dans Félicité de la Croix-Rousse, rend à la capitale des Gaules, ou plus précisément à son quartier le plus ... à son quartier le plus .... Bref, le quartier que ce nom de Félicité caractérise à merveille (soit dit en toute objectivité, cela va de soi).

Son repérage des lieux est impeccable : le terrain de jeu de l’inspecteur (pardon, il faudrait dire l’O.P.) Darius Méjean se situe, d’est en ouest (du Rhône à la Saône), entre les rues Joséphin-Soulary et Chazière et, du nord au sud (de Caluire à la limite des « Pentes »), entre la rue Henri-Chevallier et le boulevard de la Croix-Rousse, où se trouve la poissonnerie « Les Pêcheurs réunis » (sans doute celle qui est devenue « Vianey »). Mais pourquoi faut-il que l’auteur fabrique de toutes pièces un « boulevard Carnot » ? Mystère. 

Exbrayat a visiblement parcouru la Croix-Rousse, ce quartier inimitable, dont il rend finalement assez bien compte, pour un étranger, du « climat » particulier, de la place Commandant-Arnaud à la rue Victor-Fort, en passant par la rue Dumont, la rue Henri-Gorjus et la rue de Cuire (rue de Cuir en version imprimée !). J’imagine que c’est à des contraintes propres à la fiction qu’il imagine que la rue Henri-Gorjus possède un n°104 et la rue Chazière un n°326, rues qui, certes, ne sont pas les plus courtes, mais se gardent bien d’atteindre le n° 100 (ce numéro si présent dans les œuvres de jeunesse d’Alfred Jarry, à cause de l’aspect odoriférant et du « balai innommable » qui s’y rapportent). 

L’autre côté sympathique de ce petit roman de Charles Exbrayat, c’est qu’il invente deux ou trois personnages de vrais Lyonnais de l’ancien temps, qui puisent leur vocabulaire dans la malle au trésor que constitue le Littré de la Grand’Côte. Voilà qui a dû faire plaisir en son temps aux mânes de Clair Tisseur, alias Nizier du Puitspelu. Le meilleur dans le rôle du Lyonnais fondamental s’appelle ici Ulysse Nizerolles, balayeur des rues de son état, et copain de régiment de l’inspecteur (pardon : de l’O.P.) Méjean. 

Voilà un personnage ! Obligé de limiter sa consommation quotidienne à cinq litres de vin, il a l’impression de ne pas être à la hauteur de son défunt père, ancien des chemins de fer, qui en éclusait huit. Les pages où Exbrayat donne la parole à Nizerolles donnent un festival de lyonnaiseries. 

Jugez plutôt : « Et qu’est-ce que tu grabottes dans ce coin ? », « Il me rencontre en train de balayer les équevilles », « une salade de clapotons », « il s’est fait un peu trop serrer le corgnolon », « T’as vu quand ils ont assassiné la Ficelle ». Ah, la Ficelle ! La mienne, c’était pas celle de la rue Terme, c’était la « Ficelle Croix-Paquet », celle avec la passerelle,

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qu’on passait directement du jardin à la montée Saint-Sébastien, celle avec son « truck » à l’arrière, pour les animaux et les "encombrants" (comme on peut le voir ci-dessus). 

Après le festival, le feu d’artifice : « perdre mon temps à bajafler », « elle est toujours à grollasser dans le coin pour apincher ce qui se passe », « mon Alfred, c’était une vraie charipe », « décancane pas, Darius », « la Marguerite, un vrai veson », « grand gognand », « j’ai pas le droit, le dimanche, de me bambaner avec des gones que je connais », « même maintenant, j’en suis encore tout coufle », « le garçon, il doit être pire que toutes ses sœurs réunies. Une bugne, quoi », « t’as bien tort de te bouliguer l’intérieur », « je me sens détrancané ». Ah non, ne comptez pas sur moi pour un glossaire. Trouver des notes de bas de page dans un polar, ce n’est pas courant. Ici, il n’en manque pas une. 

On l’a compris, ce qui me plaît dans Félicité de la Croix-Rousse, c’est le côté très « couleur locale », l’ancrage dans le quartier dont je respire l’air depuis très longtemps, même si mon domaine, autrefois, était plutôt « les Pentes » que « le Plateau », du 16, rue Pouteau au gourbi du peintre Sorokine, des traboules que je connaissais par cœur (aucune n’était fermée) à la rampe métallique du passage Mermet, de P'tit Jo le clochard à l'église Saint-Polycarpe. 

On peut ajouter à cette couleur locale les figures que l’auteur met en scène, en particulier la famille très particulière sur laquelle l’enquête se concentre. Les Sancourt, c’est cinq sœurs et un frère, tous restés vieux célibataires, tous racornis, tous séchés sur pied, qui semblent vivre sous la férule de l’aînée, Félicité. Nul n’a jamais osé franchir le pas de tomber amoureux. Et les deux velléités manifestées ont avorté. Mais c’est là-dessus que l’intrigue est fondée, alors … 

Quant à l’inspecteur (pardon : l’O.P.) Méjean, à ses tribulations avec son chef le commissaire Blaise Bertrand, dit B.B., franchement, on s’en fiche un peu. Que les deux hommes se soient fâchés à cause d’un gratin dauphinois (faut-il ou non râper du fromage dessus ?), cuisiné par l’une des épouses et mal commenté par l’autre, je vois là un « running gag », rien de plus. Les tourments intérieurs et les scrupules de l’inspecteur (pardon : l’O.P.), ça fait plutôt remplissage que ça ne fait avancer l’action. Quant aux scènes à son domicile, en face à face avec l’épouse, je les trouve un peu épaisses. 

Bref, tout ce qui se rapporte au côté policier du polar m’intéresse très moyennement, même si l'auteur dédie son livre « A Georges Simenon, notre maître ». Je garde l’évocation d’une Croix-Rousse vivante. Ce qui n’est, après tout, pas si mal. 

Voilà ce que je dis, moi.

dimanche, 01 mai 2016

LA VOIX DE JOHNNY CASH

Johnny Cash est mort en 2003. Sa discographie (55 albums) est impressionnante. Aux Etats-Unis, une institution, un monument. En 2000, il enregistre « American III : solitary man ». Ce n’est pas le dernier, mais pas loin. La voix, d’insolente, joyeuse, presque arrogante qu’elle était, est devenue caverneuse, grave, presque sombre. Exactement le genre de voix qui a ma préférence : pas un terrain plat, mais creusé, raviné, accidenté. Une voix sur laquelle les orages de la vie sont passés.

Celle de Johnny Cash s’est dotée de vibrations, comme une espèce de tremblement, presque une fêlure qui la fait résonner dans un registre mélancolique, propre à la nostalgie de quelqu'un qui se retourne sur tout le chemin parcouru, et qui semble regretter d'être bientôt au bout. La version qu’il donne de « Nobody » (Egbert Williams) est tout simplement saisissante.


Pour faire bonne mesure, on peut écouter dans la foulée celle qu'il donne de « Oh come, angel band » (Jefferson Hascall), air popularisé en leur temps par les Stanley brothers, qu’on entend dans le drôle de film (comme d'habitude) des frères Cohen O brothers, where are thou ? (2000). 




On dira ce qu'on voudra des Amerloques, de leur foutue Holy Bible et de leur infernale piété envers Dieu et l'argent, mais pour ce qui est d'harmoniser les voix et de chanter en chœur, alors là, les paroissiens de Saint-Denis de la Croix-Rousse peuvent toujours s'aligner, avec leurs chevrotements moroses, comme s'ils avaient honte d'être là. Comme s'ils ne tenaient pas à ce qu'on les entende.

Ceux qui ne sont pas convaincus qu'il faut apprendre à harmoniser les voix et à chanter en chœur avec ferveur pour devenir un bon prosélyte, peuvent écouter Alison Krauss (et al., comme on dit) dans la version qu'elle donne de « When I went down to the river to pray », choisie par les frères Cohen pour figurer dans leur film. 


C'est à se demander s'il y aurait autant d'athées en France si les croyants de France avaient appris à chanter comme ça. Je veux dire avec un peu de savoir-faire, de conviction et de fierté.

Voilà ce que je dis, moi.

vendredi, 22 avril 2016

UNE IGNOMINIE DU MONDE

Le Monde ne pouvait pas laisser passer l’occasion : à l’approche de la date anniversaire de la Bérézina de Jospin en 2002, le « journal de référence » (quelle blague !) ne pouvait faire moins que fêter dignement la raclée. Et je dois dire qu’en matière de célébration mémorielle, le journal Le Monde s’y connaît, et s’est dignement hissé à la hauteur de l’événement. Pour s’en rendre compte, il suffit de se pencher sur la « une » du numéro daté 21 avril. 

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En flash de gros titre, l’angoisse de voir se répéter le scénario de 2002, où Le Pen avait coiffé Jospin sur la ligne. « 21 avril », ça pète, ça claque, un peu comme « 11 septembre » ou « 13 novembre ». Mais l’attention est bientôt attirée, pour ne pas dire aimantée par le magnifique portrait photographique qui trône superbement en plein milieu de la page. Un portrait réalisé par l’Ukrainienne Olya Morvan : bravo pour la photo ! 

Mais le nom du bonhomme m’a glacé : Tariq Ramadan. Oui, oui, la figure des Frères musulmans. C'est même le petit-fils de leur fondateur. Une intelligence hors du commun, à ce qu'il semble. Le diplomate de l’islam de velours. La tête de pont en Europe de l’offensive musulmane sur le vieux continent. Le Monde lui déroule le tapis rouge de toute une double page au centre du journal. Je trouve que cette obséquiosité journalistique sent très mauvais, même si Le Monde présente le personnage comme un « intellectuel controversé ».

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 Ah, la controverse ! … C’est la même chose dans l’industrie : rien de tel qu’une belle controverse sur le tabac, l’amiante, les émanations des centrales thermiques, les OGM, pour enfumer le public et éviter de mettre les responsables politiques face à leurs responsabilités, et de les obliger à prendre des décisions qui risqueraient de nuire gravement au « climat des affaires », le grand rival du « climat du réchauffement ». 

Pour dénoncer la chose, Naomi Oreskes avait intitulé son excellent livre Les Marchands de doute. On pourrait de la même manière dire que Le Monde participe activement à cette méchante entreprise : faire que les Français doutent de plus en plus d'eux-mêmes, et que la France soit de moins en moins sûre de sa légitimité. C'est un des principaux réflexes conditionnés de la rédaction du Monde : on va traiter le problème sérieusement, et on va dire que telle personne ou tel événement "relance le débat". Vous comprenez, au Monde, on est journalisse (Céline écrivait "communisse", je crois que c'est dans D'un Château l'autre) : pour avoir une idée d'Auschwitz, il faut donner le même temps de parole au nazi et au juif. C'est peut-être cette "neutralité" qu'on apprend au Centre de Formation des Journalistes.

Le débat ! Bande de rigolos ! Exactement ce qu'attendent des gens malintentionnés, prêts à profiter d'une faiblesse de l'adversaire. Qui sommes-nous, bon sang ? La force de Tariq Ramadan, c'est précisément qu'il emprunte le masque débonnaire et imparable de l'objectivité. Ou, à tout le moins, celui d'une "neutralité bienveillante". Qu'est-ce que c'est qu'un débat imposé par l'adversaire, mais surtout admis comme tel par l'interlocuteur crédule, intègre et naïf, qui a fait du "débat" l'un des piliers de la "démocratie" ? Le "débat" sur l'islam en France ressemble comme deux gouttes d'eau à la technique du "pied-dans-la-porte", excellemment décrite par Beauvois et Joule dans leur Petit traité de manipulation à l'usage des honnêtes gens.

Tariq Ramadan, ce type au nom si révélateur, c’est en effet l’avers suave et velouté de la médaille islamique dont Daech, Al Qaïda, le djihad et la décapitation comme mode de gouvernement sont le revers terrifiant et totalitaire. Mais l’avers et le revers, ça fait une seule et même médaille. Donner la parole sur la durée (la lecture des deux grandes pages, ça prend du temps) à Tariq Ramadan, c’est participer à l’offensive musulmane contre la France. 

Mais le pire de cette « une » du Monde vient juste en dessous : « Pédophilie : la parole se libère au sein de l’Eglise ». Attention, je ne suis pas Paul Claudel derrière son pilier un soir de Noël : je n’ai pas eu d’illumination. La foi catholique m’a quitté depuis longtemps. Il n’empêche que, quand je me demande qui je suis, toutes les réponses à la question, sans exception, me réfèrent aux racines chrétiennes, et même catholiques de la culture européenne en général, française en particulier : je suis entièrement tissé de tout cela, même si des curiosités m’ont poussé à m’intéresser à autre chose, par exemple les musiques arabes. 

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Ce n’est pas non plus parce que je prends la défense des pédophiles. J’observe malgré tout que notre époque a érigé la pédophilie en dernier rempart moral, en ultime tabou sexuel, en même temps qu’elle confère à l’enfant tous les caractères du sacré qui l’a désertée. Faire d'un enfant un objet sexuel est répugnant et punissable, nous sommes d'accord.

Ce qui me fait réagir vivement à la composition de cette « une » du Monde, c’est le caractère caricatural de la balance qu’elle présente : d’un côté l’abominable flétrissure qui se grave dans l’épaule d’une institution qui porte les traces d’une longue histoire, comme la fleur de lys marquait autrefois l’épaule des galériens. Je note au passage que le titre est un décalque de "La parole libérée", cette association fondée, entre autres, par un haut personnage du ministère de l'Intérieur, peut-être son attaché de presse, par ailleurs journaliste,semble-t-il. Tant soit peu suspect, vous ne trouvez pas ? Il en faudrait peu pour voir là une opération commando, genre "La Légion saute sur Kolwesi" (film de Raoul Coutard, 1980).

De l’autre, la glorification iconique d’un individu dont l’unique préoccupation est de faire en sorte que l’islam pousse en terre française des racines toujours plus profondes. Je l’ai déjà dit : on ne déracinera pas l’ivraie musulmane. Ce qui est fait est fait. Et comme le "bon grain" a tendance à se faire rare ...

En revanche, participer à la banalisation et à la popularisation du fait islamique sur le sol français, tout en jetant la plus vieille des institutions qui ont fait la France en pâture au mépris général, voilà une bien vilaine action. 

Je ne sais pas vous, mais moi, la juxtaposition de ces trois thèmes en « une » du Monde (21 avril, Ramadan, pédophilie catholique) ne me semble pas l'effet du hasard. Le message de la « une » du Monde daté 21 avril est clair : elle invite à mettre à la poubelle l’Eglise catholique et à se prosterner devant l'homme qui se présente comme celui qui prépare le chemin d’Allah en France. Peut-être pour contrer la montée de l'extrême-droite. Qui veut la peau de l'idée catholique ? Qui veut la peau de l'Eglise en France ? Qui veut l'extension de l'islam en terre chrétienne ? Je ne sais pas, mais j'entends la meute : « Crucifiez Barbarin ! ». Il y a des précédents.

L’hypothèse de l’élection d'un Ben Abbes à la présidence de la France en 2022, qu’on trouve à la fin de Soumission de Michel Houellebecq, devient de moins en moins farfelue, qui voit au second tour s'affronter l'islamo et le facho. Si l'hypothèse devient un jour réalité, on le devra, au moins en partie, à l’empressement déférent du Monde. 

Tout se met en place. Vivement 2022, semble-t-on se dire au Monde.

Voilà ce que je dis, moi.

lundi, 28 mars 2016

LE DERNIER PAUL JORION

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Je viens de refermer le dernier livre de Paul Jorion, Le Dernier qui s’en va éteint la lumière, qui vient de paraître (Fayard). J’ai beaucoup de respect pour cet anthropologue qui a un temps travaillé dans la finance, un des très rares « spécialistes » (avec, entre autres, Nouriel Roubini) à avoir, avant le krach, jugé délirant le fonctionnement du système des prêts à taux variables aux Etats-Unis (mais aussi de la titrisation de la dette et autres innovations innovantes), et prévu que tout ça ne pouvait que mal finir - ce qui n'a pas manqué d'arriver, prouvant ainsi qu'un tout petit nombre d'économistes examine les faits de façon assez méthodique pour les comprendre et voir où ils nous mènent, alors que le grand troupeau des professionnels de l'économie sont dans l'idéologie régnante la plus exubérante, la plus frivole et la plus péremptoire.  

Ce contre quoi se bat Paul Jorion (feu Bernard Maris était du même avis), c’est la prétention d’une pléiade d’économistes (Pierre Cahuc est le dernier Trissotin - ah l'inénarrable et comminatoire : « Lisez les revues académiques, jeune homme ! » -, et Philippe Aghion le dernier Diafoirus - ah, la « destruction créatrice » de Hayek, servie sur un plateau - que j’ai entendus dégoiser leurs gandoises et leurs gognandises [comme on disait à Lyon] dans mes oreilles) à s’affirmer détenteurs d’une « science » qu’ils s’efforcent de présenter comme « exacte », à égalité avec des sciences "dures" comme la chimie ou l'astrophysique. Il faut les traiter pour ce qu’ils sont : de gros menteurs.  

Les théories visant à présenter l’économie comme exclusivement constituée de techniques et de mécanismes objectifs sont des fumisteries, des filouteries : la grande truanderie. Bien sûr qu'il y a des mécanismes, des techniques, mais il n’y a pas d’économie sans politique, pour la simple raison qu’il n’existe pas de rapports économiques qui ne soient, en même temps, et par le fait même, des rapports de force. Le mensonge commence aussitôt que l'on présente l'économie comme une machine : non, l'économie n'est pas une machine, et ceux qui en promeuvent la modélisation mathématique sont des salopards. 

Le pire, c’est que ce sont eux qui règnent sans partage sur l'esprit des gouvernants et sur l’enseignement de l’économie, que ce sont eux qui endoctrinent les étudiants des filières économiques, futurs banquiers et décideurs, qu’ils trustent les « prix simili-Nobel » (en réalité : « prix de la Banque de Suède », créé dans les années 1960, puisqu’il n’y a que cinq authentiques « prix Nobel »), bref : c’est eux qui détiennent le pouvoir. 

Paul Jorion fait ce qu’il peut pour s’opposer à ce pouvoir. A ses dépens, comme le montre sa récente éviction du poste d’enseignement qu’il occupait à la Frije Universiteit Brussel. Les adeptes de l’économie « scientifique » surveillent leurs plates-bandes comme le lait sur le feu. Ils n’aiment pas voir de petits pillandres (à Lyon, c’est ainsi qu’on désignait les vauriens, dans les autrefois) venir les piétiner.  

J’attendais beaucoup de la lecture de Le Dernier qui s’en va éteint la lumière. A cause, entre autres, de son sous-titre : « Essai sur l’extinction de l’humanité ». Je suis désolé de dire que j’ai dû déchanter. Remarquez que si j’avais commencé par lire la table des matières, ça m’aurait mis la puce à l’oreille.  

Commençons par reconnaître la parfaite pertinence de tout ce que l’auteur reprend des idées qu’il défend mordicus depuis des années, selon lesquelles les dérives pathologiques du capitalisme, et en particulier de la finance, mènent le monde – alors là on a le choix : dans le mur, dans une impasse, vers le précipice, à l’abîme, etc. Les habitués du blog de Paul Jorion se retrouveront en pays connu, tout au moins jusqu’à la fin du surdimensionné deuxième chapitre (un tiers du total), intitulé « Pourquoi nous ne réagissons pas ». C’est ensuite que ça se gâte. 

Le livre démarre de façon curieuse. L’auteur affirme en effet ceci : « Mon objectif, ici, n’est pas de convaincre que le genre humain est menacé d’extinction : je considère la chose comme acquise » (p.47). Personnellement, j’aurais aimé un minimum de précisions sur la chose. Ayant construit son raisonnement sur cette base, il clôt son livre au cinquième et dernier chapitre, sur une interrogation : « Faire le deuil du genre humain ? ». Mais ce ne sont ni le point de départ ni le point d’arrivée qui me chiffonnent. Ce sont les considérations qui accompagnent le cheminement de l’auteur, dont je me demande ce qu’elles viennent faire ici.  

Autant je suis prêt à suivre Paul Jorion dans tout ce qu’il dit de l’économie, de la finance folle, et du sombre avenir qui, par leur action destructrice, attend l’humanité, autant sa visite dans les arrière-boutiques intellectuelles de notre civilisation me semble taper à côté de la cible. Je me trompe peut-être du tout au tout. Je n'y peux rien, c'est le sentiment que j'ai éprouvé à la lecture. Je me disais : ma parole, dans quelle galère s'embarque-t-il ? 

Je suis d’accord pour dénoncer le règne actuel de l’économie toute-puissante, ainsi que l’infernale compétition qu’elle entraîne entre les nations (pour la domination ou la simple survie ou, comme la France, contre le déclassement). D’accord aussi pour voir là une forme de dictature, voire quelque chose de totalitaire. Il me semble avoir entendu Paul Jorion lui-même prononcer l’expression « fascisme de l’économie ».  

« Fascisme de l’économie » ne me semble pas une formule exagérée. 

Voilà ce que je dis, moi.

samedi, 26 mars 2016

APRES LA FERMETURE

ARCHEOLOGIE

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Photo Frédéric Chambe.

La particularité de cette image est la suivante : les locaux, à l'abandon depuis longtemps, voient parfois leur surface vitrée couverte d'une peinture blanche, plus ou moins dense, destinée à masquer ce qui se trame là. Il arrive cependant que la surface peinte soit grattée de l'intérieur (l'archéologue aussi fait des trous) et que, dès lors, l'objectif de l'appareil photo puisse se plaquer contre la vitre, pour une sorte de prise en flagrant délit de la déshérence du lieu, sous la surface des apparences.

Je me dis qu'il n'est pas jusqu'à la déshérence d'un lieu dont on ne puisse goûter le charme. 

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Demain, jour de Pâques, j'écouterai la Passion selon Saint Jean, de Jean-Sébastien Bach. Dans la version de René Jacobs. Aujourd'hui, j'écouterai le quatuor n°15 opus 132, de Ludwig van Beethoven (47'13"). Dans la version des Italiano. Beethoven est mort un 26 mars. C'était en 1827.

jeudi, 24 mars 2016

LA VIE DERRIÈRE LA VITRE

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L'atelier de reliure.

Photo Frédéric Chambe.

Ci-dessous : détails.

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J'avais bien aimé Chirac dans le texte, livre dans lequel Yves Michaud décryptait le langage de l'ancien président. Une démarche salutaire, qu'il faudrait conseiller aux journalistes de généraliser et de systématiser, eux qui, si souvent, n'exercent pas leur métier, mais jouent les porte-voix des politiques, quand ils n'en sont pas de simples perroquets.

Le Canard enchaîné (23 mars) nous annonce la parution de Situation de la France (Desclée de Brouwer), nouveau livre du même Yves Michaud, et je dois dire que l'article de Frédéric Pagès me donne bien envie d'aller voir de plus près de quoi il retourne. Je passe sur ce que l'auteur pense du « Care » (c'était la sinistre Martine Aubry qui avait importé cette notion américaine dans la politique française), mot que Michaud traduit par "bienveillance".

Je retiens juste, pour l'instant, les propos rapportés par le journal, concernant l'islam. Attention les yeux, le philosophe n'y va pas de main morte avec le dos de la cuillère à pot : il parle en effet de l'islam, « "religion obscurantiste, intolérante et antidémocratique" qui ne reconnaît pas la "liberté d'apostasie", c'est-à-dire le droit de la quitter ».

J'approuve entièrement cette façon de considérer l'islam. J'en ai assez, après tout, d'entendre une pléiade de prétendus laïcards plaider sur tous les tons pour la liberté religieuse, pour la tolérance et contre une purement fantasmatique « islamophobie ».

J'avais eu l'impression que les agressions sexuelles contre les femmes dans la nuit de la Saint-Sylvestre à Cologne ressemblaient à s'y méprendre à un attentat concerté. Et j'avais été stupéfait par certaines manifestations, faisant suite à ces attentats sexuels, où ce n'était pas le machisme et le sexisme en vigueur chez les arabes qui était dénoncé, mais le racisme, la xénophobie, l'islamophobie de ceux qui avaient réagi et protesté contre les agressions. Le législateur devrait accorder à certains mots le droit de se défendre et de tirer à vue.

J'en ai assez d'entendre le chœur des loups qui hurlent contre l'écrivain Kamel Daoud, suite à la tribune parue dans Le Monde en réaction à Cologne, au prétexte qu'il y dénonce "la misère sexuelle du monde arabe". 

Qu'on se le dise, il est interdit de nommer les choses et d'appeler un chat un chat : le gang des dénégateurs veille. Eh bien non : l'islam est vraiment une "religion obscurantiste, intolérante et antidémocratique". La France, par rapport à l'islam en tant que tel, est en état d'incompatibilité.

Bienvenue, monsieur Yves Michaud, au club des islamophobes. Alexandre Vialatte pourrait-il encore conclure ses chroniques de son habituel : « Et c'est ainsi qu'Allah est grand » ?

Pas sûr.

Voilà ce que je dis, moi.