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dimanche, 05 juin 2016

LE MONDE DANS UN SALE ETAT

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Les multiples diagnostics posés par des gens de multiples disciplines sur la santé actuelle et à venir de la planète, des hommes qui la peuplent et de la civilisation que les occidentaux (disons plutôt les Américains) ont échafaudée et exportée partout dans le monde, ces diagnostics sont donc très clairs : sale temps pour l’humanité. 

Je viens d’ajouter un livre à la somme démoralisante des lectures citées hier. Lettre à un paysan sur le vaste merdier qu’est devenue l’agriculture (Les Echappés, 2015) n’est pas seulement un pamphlet où le journaliste Fabrice Nicolino tire à boulets rouges sur la conception de l’agriculture que responsables politiques, capitalistes et ingénieurs (agronomes, chimistes, etc.) ont imposée au reste du monde. C’est aussi un essai (« brillant », lit-on en 4ème de couverture, en tout cas très bref : en 120 pages, la messe est dite) très informé, où l’auteur raconte l’histoire de la crise de démence dans laquelle l’humanité a été plongée au 20ème siècle. 

Cette démence porte de jolis noms : la « rationalisation », la mécanisation de tout le travail humain, en attendant sa robotisation. En un mot, l’industrialisation à outrance de toutes les tâches humaines. C’est-à-dire la séparation radicale de la conception de la tâche et de son exécution. C’est-à-dire la décomposition du processus de production d’un objet en une multitude d’opérations simples. C’est-à-dire l’interposition de la machine entre le travailleur et ce qu’il fabrique. C’est Christopher Lasch qui le dit dans La Culture du narcissisme : la majorité des travailleurs qui ont été mis à la chaîne de fabrication sont dépossédés de l’essentiel. 

Fabrice Nicolino, s’il concentre son propos sur les problèmes spécifiques de l’agriculture, est bien obligé d’élargir le champ d’investigation. Que signifie en effet l’industrialisation de la production alimentaire ? Deux choses : la mécanisation et la chimie, dont le livre retrace l'histoire de l'installation catastrophique et définitive dans le paysage des campagnes françaises que les deux fléaux s'acharnent à détruire.

Au départ, Nicolino oppose deux conceptions radicalement incompatibles de la production agricole, qu'il personnifie en les personnes d'André Pochon et Michel Debatisse. L'auteur a croisé la route du premier il y a vingt ans. Ce paysan de Saint-Mayeux, qui ne tient pas à devenir un esclave du métier (il tient à consacrer du temps à sa famille et à la sieste), exerce son art sur huit hectares, qui produisent « autant que sur vingt et même vingt-cinq hectares », s'épargne un énorme labeur inutile en ayant des idées.

Par exemple, il innove par rapport à la tradition en plantant ses prairies, ce que ses ancêtres ne faisaient pas. Il assemble ainsi "ray-grass" et trèfle blanc, un fertilisant qui lui évite le recours aux engrais azotés. Son refrain s'inspirait de René Dumont, l'agronome qui fut candidat-président : « Regardez bien votre vache, c'est un animal extraordinaire ; elle a une barre de coupe à l'avant, et un épandeur à l'arrière. Si vous flanquez cet animal dans le milieu d'un pré, elle fait le travail toute seule ». L'INRA de Quimper s'intéresse d'abord aux pratiques d'André Pochon, mais ne tarde pas à les jeter au panier : « Que seraient devenus les marchands d'engrais et de matériels, qui font toutes les lois agricoles ou les sabotent ? ».

On a envie de fredonner Brassens, vous savez : « Que la vie serait belle en toute circonstance, si vous n'aviez tiré du néant ces jobards » (Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part). Le premier jobard dont il est question est Michel Debatisse, futur président de la toute-puissante FNSEA, un féroce partisan du productivisme agricole. Cette conception entre tout à fait dans les vues d'un célèbre ministre de l'Agriculture : Edgard Pisani. C'est ce dernier qui déclare, le 20 février 1965 : « La Bretagne doit devenir un immense atelier de production de lait et de viande ».

Nicolino précise que cette conception productiviste est directement empruntée aux Américains : plusieurs hauts responsables ont été littéralement estomaqués par leur visite aux abattoirs de Chicago, d'énormes usines-cathédrales capables de "traiter" des milliers de bêtes dans un temps ridiculement court. Jean Bustarret, futur directeur de l'INRA, fait aussi le voyage : « Comme les copains, il en revient émerveillé par la productivité, et devient un militant du maïs ». Résultat : « Une plante tropicale, grosse consommatrice d'eau d'irrigation, d'engrais et de pesticides, déferle sans que quiconque ait la moindre idée des conséquences ».

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Ce n'est pas Chicago : c'est Cincinnati dans les années 1880.

Source : le Journal des Voyages.

On devine qu'André Pochon a perdu, puisque c'est Michel Debatisse qui a gagné. Fabrice Nicolino complète son tableau d'un désastre annoncé en faisant mention de l'invention des pesticides et de leur application massive dans les pratiques agricoles. Il s'attarde bien sûr sur le cas du DDT, ce poison encore en usage, me semble-t-il, dans pas mal de pays, qui finira par être abandonné, pour cause de nuisances, dans les pays industriels. Il évoque aussi la destruction des paysages sous les coups de la mécanisation à outrance : il est indispensable de permettre aux engins d'enginer.

Résultat : plus de haies, fini, le découpage invraisemblable de la terre en parcelles de plus en plus minuscules au gré des successions. Il est vrai qu'on ne peut laisser le cadastre se transformer en sac de confettis, mais ce qui était une nécessité raisonnable a été utilisé comme prétexte pour laisser libre cours à l'invasion des machines. On a appelé ça le Remembrement.

On doit à cette Terreur administrative des paysages comme ceux de la Beauce, où la terre, sur des dizaines de milliers d'hectares, est désormais morte, et ne parvient à produire qu'à coups d'injections massives d' "intrants". Rien qu'en Bretagne, selon les estimations de Jean-Claude Lefeuvre (un universitaire spécialiste de la biodiversité), « 280.000 kilomètres de haies et de talus boisés auraient été arasés dans cette région entre 1950 et 1985 ».

L'état actuel de la France agricole (mais ça vaut pour la plupart des pays) est le résultat de la confiscation des métiers agricoles par des technocrates, des crânes d’œuf, des rats de bureau qui ont fait de l'agriculture une construction intellectuelle et ont élaboré pour elle des modèles théoriques, d'une grande rationalité en apparence, mais déconnectés de la terre concrète, qu'on l'appelle terroir, territoire ou terrain. Leur idéal, c'est de faire de la terre nourricière une usine, une machine à nourrir. Il y a eu clairement, en haut lieu, une implacable volonté politique d'imposer ce modèle, à l'exclusion de toute autre possibilité.

Fabrice Nicolino s'approche de la vérité idéologique contenue dans un tel projet, quand il écrit : « Tous mêlés dans une structure clairement paratotalitaire, vouant un véritable culte à la chimie de synthèse et aux pesticides, tout l'espace est occupé. Cinquante personnes peut-être, dans cette France de la Libération, décident du sort des pesticides, et tous mangent dans la main de Willaume, qui multiplie les occasions - congrès, banquets, conférences, foires - de les réunir ». 

Et ce n'est pas avec la terrible et bureaucratique FNSEA, et ce n'est pas avec l'impitoyable « concurrence libre et non faussée » imposée par une Europe totalement aveugle, que quiconque va pouvoir changer quoi que ce soit à l'épouvantable situation dans laquelle se trouve cette frange de la population (réduite désormais à pas grand-chose), qui portait autrefois la fière appellation de Paysannerie.

De profundis.

Voilà ce que je dis, moi. 

mardi, 24 mai 2016

L'ORDURE OGM

Donc, Bayer propose aux actionnaires de Monsanto de leur verser au total 55 milliards d’euros s’ils veulent bien lui vendre leurs actions – à 37 % au-dessus du cours de Bourse. Le mouvement naturel du capitalisme est (pour aller vite) depuis longtemps de concentrer la puissance. Cela pour éliminer la concurrence et établir dans la mesure du possible une situation de monopole. Cela pour dicter la loi et maximiser les profits en fixant les prix. Cela se passant sur un soi-disant « marché », où la fable de la « concurrence libre et non faussée » raconte au bon peuple le conte de fées du « juste prix ». 

Monsanto et Bayer se tirent la bourre dans le domaine de la chimie, plus précisément de l’agrochimie, et encore plus précisément dans le domaine des OGM. Ne parlons pas du glyphosate, ce composant principal de l’insecticide-vedette de Monsanto, dont la France est spécialement friande. 

Stéphane Foucart, qui intitule « Un savant à notre goût » sa chronique « Planète » du Monde daté 24 mai, évoque le cas de M. Boobis (« consultant pour des organisations financées par des entreprises commercialisant le fameux glyphosate »), un scientifique qui est à l’origine du message très rassurant sur le sujet, en totale contradiction avec les conclusions du CIRC, collège de spécialistes du cancer, exempts de ce qu’il est convenu d’appeler « conflits d’intérêts ». 

C’est un truc « controversé », vous savez, ce genre de trucs sur lesquels diverses agences (CIRC, EFSA, OMS, …) composées de savants très savants s’étripent par « rapports » interposés ? Tant qu’il y a « controverse » entre scientifiques, au moins les politiques, responsables et autres décideurs ne sont pas mis en face de cruelles décisions à prendre pour protéger la santé des simples citoyens. Et pendant que les abeilles meurent en masse, les actionnaires se frottent les mains. Faire régner le doute, c'est métier, et qui peut rapporter gros à ceux qui l'exercent : voir à ce sujet l'excellent livre d'Oreskes et Conway Les Marchands de doute.

Ne parlons que des OGM. Sont-ils indispensables ? Sont-ils nocifs ? Laissons les scientifiques débattre de cette grave question. Quand on y verra plus clair, il sera bien temps de prendre une décision. En attendant, laissons la « controverse » prospérer, croître et embellir. Et n’approfondissons pas trop la question de savoir si les scientifiques embarqués dans les diverses agences en bisbille sont ou non financièrement et personnellement intéressés au prorata des résultats des recherches qu’ils mènent, telles qu’ils apparaissent dans les « rapports » publiés. Laissons de côté la question de savoir dans quelle mesure ils sont désintéressés.

Se laisser hypnotiser par la « controverse » scientifique sur les OGM, c’est suivre un chiffon rouge qui vous détourne de l’essentiel. Le plus grave n’est peut-être pas dans le « Roundupready » de Monsanto (bien que ça ne soit pas très sympathique). Le plus grave est dans les brevets qui posent la griffe d’une grande transnationale sur l’agriculture mondiale, c’est-à-dire sur l’alimentation de l’humanité. Je veux dire dans la confiscation, dans l’accaparement, par des gens surtout occupés de profits et de dividendes, des ressources collectives concernant un besoin essentiel des hommes. 

La « controverse » scientifique sur les OGM est l’arbre qui empêche de voir l’immense forêt de la Grande Privatisation de tout. La logique ici à l’œuvre aboutit à installer une barrière de péage devant tous les gestes de la vie quotidienne qui sont encore à l’abri de la dictature du « Marché ». Un certain nombre de gens qui voient un intérêt financier potentiel dans tout ce qui ne leur rapporte encore rien ont bien l’intention de s’approprier tout le vivant. 

L’ordure OGM est peut-être moins dans les manipulations génétiques que dans les panneaux « Propriété Privée, Défense d’entrer » que des bandits en costume trois-pièces sont en train de planter devant tout ce qui ressemble au Bien Commun. 

Voilà ce que je dis, moi.

mardi, 21 juillet 2015

HALTE AUX MINARETS !

Non, le minaret n'a rien à faire sur le territoire français ! La France tout entière lève son bouclier catholique contre l'invasion.

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Ci-dessus et ci-dessous : Le Monde, 19-20 juillet 2015.

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Regardez-les, les muezzin. 

Voilà ce que je dis, moi.

jeudi, 09 juillet 2015

FEUILLETON GREC ? OU ALLEMAND ?

Il est intéressant, le feuilleton grec. Une excellente dramaturgie en tout cas. Je ne connais pas le metteur en scène, j’ignore qui est le producteur, mais j’apprécie les efforts indéniables accomplis par les différents protagonistes pour donner au spectacle, quand ils sont sur scène, son poids de rebondissements et de péripéties plus ou moins inquiétants quand on les met bout à bout. 

Je ne tente pas de résumer le problème, auquel, je crois, plus personne ne peut aujourd’hui prêter un sens sur lequel les participants pourraient s’accorder. Ils ont tous choisi leur camp et pris leur parti. C’est l’opposition frontale. Une opposition politique, que je résumerai à la question suivante : l’Europe que nous voulons sera-t-elle de la gauche partageuse ou de la droite arrimée aux principes ultralibéraux de la « concurrence libre et non faussée » ? 

Si j’avais à voter (à condition que le « projet européen » ait pris figure humaine, je veux dire déchargée du poids bureaucratique de la machine administrative, qui ne roule plus que dans sa propre direction), mon choix se porterait sur l’Europe partageuse, même si la perte de souveraineté me chiffonne, et plus loin et plus profond qu’aux entournures. 

Je vois bien que la souveraineté nationale heurte de front l’exigence d’abandon de souveraineté que nécessiterait une Europe fédérale. J’imagine que le continent européen pourrait, sur les cartes géopolitiques qui sont en train d’être redessinées, arriver à être considéré comme une puissance. Mais certains n’en veulent en aucun cas. Le « libre-échange » suffit au plus grand nombre. Quelle saloperie de dérision ! 

Que veut l’Europe ? C’est simple, l’Europe ne veut rien, parce qu’il n’y en a pas, d’Europe. Ne me faites pas rire avec les institutions européennes, s’il vous plaît : quand il y a vingt-huit décideurs en action, il n’y a jamais de décision. L’Europe que les institutions européennes nous ont mijotée est l’ectoplasme d’un paralytique en phase terminale. 

Cette Europe-là suscite la haine et le rejet. Et le mépris de l’institution et de ses partisans (et de ses bénéficiaires) pour les peuples soi-disant souverains est une preuve définitive que cette Europe-là se construit, d’une part, sans les peuples, d’autre part contre les peuples. Pendant ce temps, les vraies puissances se gaussent. 

Si la Grèce quitte la zone euro, c’est parce que le retraité bavarois (dixit Arnaud Leparmentier, qui n’aime pas, mais alors pas du tout Thomas Piketty, sans doute un peu trop à gauche à ses yeux) ne veut plus débourser un centime pour ces enfants prodigues que sont les Grecs, qui ont jeté par les fenêtres le bon argent qu’il a consenti à leur prêter, en attendant un confortable retour sur investissement. 

Angela Merkel, et surtout Wolfgang Schäuble, ministre des finances, ont entendu le retraité bavarois. Ils pensent aux prochaines élections : s’ils sont élus, c’est parce qu’ils ont promis. Plus un centime aux Grecs. Et puis il y a « l’opinion publique » (vous savez, ce personnage irrésistible d’Orphée aux enfers, de Jacques Offenbach), et ils reniflent les vents qui en émanent, et qui sentiront très mauvais pour leurs matricules s’ils contreviennent. 

Ils n’ont pas lu l’intéressant papier publié dans Le Monde (daté 7 juillet), écrit par le chroniqueur « Planète » de la maison, Stéphane Foucart, intitulé « Une dette allemande ». Attention, rien à voir avec une ardoise que l’Allemagne aurait laissée chez quelque banquier. Non, il s’agit d’une dette contractée sur la santé des Allemands et de leurs voisins. Car il faut le savoir : l’Allemagne n’a cessé d’emprunter à nos vies, mais personne ne songe à exiger les énormes créances qu’il a en Allemagne, tant cette dette est invisible. 

Il faut que ce soit un pool de chercheurs de haut niveau qui publie les résultats de toute une série d’études dans une revue « à comité de lecture » (pour dire le sérieux scientifique, donc la restriction, hélas, de la diffusion au seul public des spécialistes). Thème de ces études : « … évaluer le coût économique des dégâts sanitaires dus aux pollutions chimiques dans l’Union européenne ». C’est de ces travaux que rend compte l’article de Stéphane Foucart. 

Les dégâts sont considérables : le 1,3 % du PIB des vingt-huit pays se traduit par un montant de 157 milliards d’euros par an. Et encore, si l’on préfère,  « la partie haute de la fourchette surpasse les 260 milliards d’euros annuels ». On me dira : pourquoi pointer l’Allemagne du doigt ? Pour une raison simple, livrée par Foucart : « C’est simple : en Europe, la chimie, c’est l’Allemagne ». La chimie européenne s’appelle Bayer, BASF (Badische Anilin und Soda Fabrik), … Des géants. Allemands.

Les Allemands sont au courant, puisque, « par le biais d’une de ses agences de sécurité sanitaire, l’Allemagne n’a eu de cesse d’entraver la mise en place de nouvelles réglementations européennes destinées à réguler les produits les plus problématiques – dits perturbateurs endocriniens ». Ah, les perturbateurs endocriniens ! Qui dira la poésie des phtalates, le lyrisme des néonicotinoïdes et autres « délicieuses petites choses » (l’expression est pour les vieux cinéphiles) ? C'est sûr, on peut dire merci à l'Allemagne !

Résultat des courses, en dix ans, ces « coûts collatéraux cachés » s’élèvent à « au moins 1570 milliards d’euros [pour] l’économie européenne ». Une somme que je n’arrive pas à concevoir. Et une somme totalement indolore pour tout le monde, puisqu’elle ne passe pas par les bilans des banques ou les budgets des Etats. Une somme qui nous a été empruntée sans que nous le sachions. Passez muscade. Les études épidémiologiques ne figurent pas encore au programme de ceux qui tiennent la calculette. 

L’Europe allemande est une Europe dirigée par les comptables : ils ont l’œil fixé sur le « respect des règles » et le « respect des Traités ». Je ne dis pas qu’ils ont totalement tort, je dis juste que laisser les clés de la voiture à une profession myope par nature, c’est prendre un risque grave. Ça vous fait fantasmer, vous, une Europe devenue un service de comptabilité dont la seule fonction serait de garder l’œil sur les chiffres ? L'inventaire de la vaisselle en porcelaine après la scène de ménage ? Ah oui, qu'est-ce que ça donne envie de vivre ensemble !

Il paraît que les économistes ont baptisé ces coûts collatéraux cachés du doux nom d’ « externalités négatives » ! Tout le monde est heureux de l’apprendre. Allez, soyons intransigeants et inflexibles avec ces salopards de Grecs qui ont assez « fait danser l’anse du panier ». Qui sera aussi intransigeant avec cette Allemagne chimique, qui ne cesse depuis des dizaines d’années d’emprunter des sommes astronomiques à la santé physique des Européens, et surtout à l’avenir de cette santé ? 

Stéphane Foucart examine pour finir la crédibilité de ces études. La réponse est affirmative. Leurs auteurs se sont en effet limités à "sept produits et familles chimiques (pesticides organophosphorés, plastifiants, etc.) et à trois catégories de troubles (système reproductif masculin, neurocomportementaux, obésité et diabète)" (citation approximative quant au texte, mais exacte quant au fond). Rien que du mesurable.

Foucart cite Mme Woodruff qui précise même, dans son éditorial du numéro de la revue JCEM qui a publié les études : « Ce qu’il faut retenir est que ce calcul de 157 milliards d’euros ne représente que la partie émergée du véritable fardeau attribuable aux polluants chimiques de l’environnement ». 

Je sens que les occasions de rigoler ne vont pas manquer. Au fur et à mesure que des chercheurs débusqueront les « externalités négatives ».

Voilà ce que je dis, moi.

vendredi, 27 février 2015

L'INDUSTRIE CONTRE LA SCIENCE

Je parlais du livre de Naomi Oreskes et Erik M Conway, Les Marchands de doute.

 

2/2

 

La thèse principale peut être formulée ainsi : les industriels ont tout fait pour ériger la controverse scientifique en stratégie de communication, pour éviter qu’une régulation légale ou administrative vienne limiter la liberté du commerce et des affaires. « Tout », ça signifie, entre autres, la manipulation et le trucage des données, les pressions et l’intimidation, la dénégation et le mensonge, les réseaux d’influence, l’omniprésence dans les médias de masse … Les exemples successifs sont le tabac, l’IDS de Reagan, les pluies acides, le trou d’ozone, le tabagisme passif, le réchauffement climatique, à quoi s’ajoute la tentative de réhabilitation du DDT.

 

Entre parenthèses, au sujet de cette substance interdite depuis longtemps, mais pas partout, on peut lire dans Le Monde (supplément « Science et Médecine » daté 25 février), le stupéfiant article de Stéphane Foucart et Pascale Santi, décrivant les effets du DDT, de longue date reconnu perturbateur endocrinien, sur la puberté de plus en plus précoce chez les petites filles : « ... le développement prématuré de la glande mammaire s'observe de plus en plus chez des petites filles entre 3 et 7 ans ». Et cet exemple n'est pas le plus gratiné : attendez-vous à mieux.  Je ferme la parenthèse.

 

Je ne vais pas résumer Les Marchands de doute, juste en retenir quelques aspects parmi les plus saillants. D’abord la définition de la démarche scientifique. Etant admis que l'interrogation est constitutive de la démarche scientifique, comment s'établit un certitude scientifique ? Je signale qu'un cheikh d'Arabie Saoudite, lors d'un prêche, je crois, a déclaré que la Terre ne tournait pas autour du Soleil (Le Canard enchaîné daté 25 février).

 

Dans le principe, c’est excessivement simple et lumineux : un chercheur mène à bien une recherche sur un sujet lambda, avec la formulation de l’objectif, les hypothèses de départ, le protocole expérimental adopté pour tenter de vérifier l’hypothèse, pour finir par la rédaction du compte rendu de l’ensemble de la démarche, qui sera envoyé à une revue spécialisée, aux fins d’être évalué par un comité de lecture d’experts de la discipline (ce qu’on appelle une « revue à comité de lecture »).

 

Chaque membre du collège d’experts lit, annote, critique tel ou tel point, tente de reproduire la démarche telle qu'indiquée. Puis la revue renvoie au chercheur sa copie pour les corrections éventuelles. S’instaure alors un va-et-vient au bout duquel l’article est soit publié, soit rejeté. La publication vaut reconnaissance de la validité de toute la démarche.

 

Cette « évaluation par les pairs », quand elle aboutit au « consensus des experts », établit de ce fait même une « certitude scientifique ». Lorsque des dizaines (des centaines) de climatologues se sont mis d’accord sur les conclusions au sujet du réchauffement climatique, ce sont ceux qui contestent les conclusions qui, à 100%, ont tort. C’est ça, la science. Conclusion : les « climatosceptiques » qui se manifestent encore aujourd’hui sont au moins des menteurs. Probablement pire.

 

Cela n’a pas empêché les menteurs de sévir depuis les années 1950. Leur stratégie, quels que soient les thèmes, reste strictement la même : elle vise à empêcher le politique de prendre des mesures restrictives capables de nuire à leurs « affaires ». L’archétype du mensonge antiscientifique est constitué ensuite par les tactiques élaborées par les industriels du tabac, s’appuyant sur de puissantes agences de communication, pour contrer les lanceurs d’alerte, principalement des médecins, qui voulaient attirer l’attention des pouvoirs publics sur les dégâts de la fumée de tabac sur la santé publique.

 

Première étape : recruter des scientifiques, seuls capables, par leur fonction même, de donner de la crédibilité au discours. On ne va pas les corrompre directement, ce serait trop voyant. L’industrie a trouvé le truc : on va créer des « Fondations », des « Centres de recherche » et autres « Instituts », pour financer des laboratoires à même de valider les arguments de l’industrie.

 

Oreskes et Conway donnent les noms de quelques-uns des bénéficiaires de ces largesses intéressées : ce sont les mêmes qu’on retrouvera tout au long du livre, dans les différents dossiers. Moralité : peu importe la spécialité d'origine, le tout, c'est d'y avoir acquis une solide réputation, pour produire un effet de vitrine. L'intention n'est pas de convaincre la communauté des savants, mais de diffuser le discours le plus largement possible, pour orienter l'opinion publique par l'intermédiaire des médias de masse. Car l'accès aux "revues à comité de lecture" est beaucoup plus difficile, pour éviter aux plaisantins et aux faussaires de sévir.

 

La motivation des premiers savants impliqués était simple : il s’agissait de contrer le communisme par tous les moyens. On était en pleine guerre froide. Ce sont eux qui ont poussé l’administration américaine à favoriser la fabrication de l’arme atomique. Et puis on a généralisé le raisonnement : comme il s’agit de défendre le système capitaliste, seul adversaire fiable des « Rouges », il faut favoriser tout ce qui profite à la prospérité économique et à l'entreprise, et lutter contre tout ce qui risquerait de l’entraver. C’est ainsi qu’on passe de l’atome au tabac, puis aux pluies acides, au trou d’ozone et au reste.

 

Deuxième étape : s’introduire dans les sphères où se prennent les décisions, contacter et convaincre des gens dont la position est à même d’exercer une influence décisive sur ceux qui les prennent. Autrement dit : se rapprocher du pouvoir et acquérir dans son voisinage assez de poids pour orienter la politique du gouvernement dans une direction favorable aux intérêts de l’industrie. C’est ce qui définit le « lobbying ».

 

L’efficacité des groupes de pression ainsi mis en place n’est plus à démontrer. L’industrie du tabac, qui a commencé à être mise en cause dans les années 1950, n’a commencé à perdre des procès qu’à partir des années 1990. Quarante ans de gagnés. Au sujet du réchauffement climatique, le GIEC, ce consortium de centaines de climatologues reconnus, a fini par gagner. Mais avec un bémol de taille : « Scientifiquement, le réchauffement climatique était un fait établi. Politiquement, il était mort ». Comme par hasard, le Sénat américain avait adopté, trois mois avant la signature du « Protocole de Kyoto », une « résolution qui bloquait son adoption » (p. 352). 

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J’arrête là. Ce livre épais (446 pages sans les notes) se lit comme un roman, parfois un polar. Irréfutable : ce n'est pas une fiction littéraire. De quoi rester atterré devant la « puissance de feu » que les industriels sont capables de déclencher quand il s’agit de défendre leurs intérêts. De quoi s’inquiéter en passant de l’incroyable perméabilité des hauts fonctionnaires européens aux influences des lobbyistes de toutes sortes de groupes privés, à commencer par ceux que Susan George, dans Les Usurpateurs (Seuil, 2014), nomme les ETN (Entreprises TransNationales).

 

La puissance organisatrice et régulatrice des Etats agonise. La Grande Privatisation est en train de triompher. La Grande Privatisation apprête et accommode le défunt "Bien Commun" à sa sauce. Elle s'apprête à bouffer l'humanité. Ça aura commencé avec l'Europe, qu'on se le dise.

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

jeudi, 26 février 2015

L'INDUSTRIE CONTRE LA SCIENCE

1/2

 

Un Empoisonnement universel, de Fabrice Nicolino (voir ici même au 22 février), dressait donc un constat fort inquiétant du sort qui attend l’humanité dans un avenir pas si lointain du fait de l’industrie chimique. J’ai dit que je regrettais le ton souvent militant sur lequel se situait l’écriture du bouquin, bien que le constat d'ensemble emporte évidemment l'adhésion : il suffit de constater. L'appel aux armes (à coups de "il faut", "on devrait", "qu'attend-on pour") est devenu fatigant, à force d'être vain.

 

L’écologie, en tant que défense de l’environnement végétal et animal, et de la santé humaine, a moins besoin de militants, de drapeaux et de partis politiques que de gens sérieux et rigoureux, ainsi que de la collecte et d’un établissement solide et méticuleusement sourcé des faits observables qui nuisent aux dits environnement et santé. Et de politiciens courageux qui aient un peu, si ça se trouve encore, le "sens de l'Etat". Mais là, on est comme Diogène avec sa lampe allumée en plein jour : « Je cherche un homme ». On peut toujours attendre.

 

Or je mentionnais, pour faire contraste avec le livre de Nicolino, Les Marchands de doute, écrit par Naomi Oreskes et Erik M. Conway et publié en français en 2012. Eh bien pour ce qui est de l’établissement des faits, ce livre est admirable. Il se trouve que je l’avais mentionné ici même (« Le doute profite au criminel », 14 mars 2012) lorsqu’il était sorti. Je ne l’avais pas lu, je m’étais servi d’un compte rendu paru dans les journaux. J’ai à présent corrigé cette erreur : je l’ai lu, et je n'ai pas fini de m’en féliciter.

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Si j’avais célébré ce livre sans l’avoir lu, c’est que son propos, tel que rapporté, corroborait magnifiquement ce que je disais quinze jours avant (« Confisquer le vivant », 28/02/2012, et « Main basse sur le vivant », 01/03/2012), dans deux billets où je m’étais permis d’attaquer bille en tête l’invasion de l’agriculture par les OGM, en me servant d’arguments non pas scientifiques, mais "commerciaux".

 

Quelles que soient leurs caractéristiques ou leurs effets, les OGM sont avant tout un moyen pour les entreprises de biotechnologie et de génie génétique de mettre la main sur le vivant pour leur plus grand profit. Autoriser des firmes industrielles à breveter le vivant est une véritable saloperie, d'autant plus immonde qu'elle est destinée exclusivement à assurer aux dites firmes une rente aussi lucrative qu'éternelle. Avec en perspective de transformer toute la population humaine en clientèle docile et assujettie. C’est cela que je trouvais insupportable.

 

Mais j’avançais par ailleurs une idée que je me suis réjoui de retrouver presque textuellement dans le livre d’Oreskes et Conway. Je posais en effet la question de savoir à qui profite la controverse scientifique. La réponse me semblait évidente, même si les scientifiques ne sont pas encore arrivés à un vrai consensus d'experts à propos des effets des OGM à long terme (publications dans des revues à comité de lecture impliquant l'idée d'une certitude scientifiquement établie). Pour constater les éventuels dégâts des semences transgéniques sur la nature et la santé, il faudra attendre les certitudes scientifiques. D'ici là, c'est la seule idée de cette confiscation légale du vivant qui doit être rejetée. Revenons à la controverse.

 

Les industries polluantes ont le plus grand intérêt à entretenir le doute et la controverse sur les effets des substances qu'ils mettent sans contrôle sur le marché. Un certain nombre de ces substances étant des poisons assez bien caractérisés pour les végétaux, les animaux et les hommes.

 

Mais je peux désormais applaudir en connaissance de cause l’existence des Marchands de doute, un livre impeccable à tout point de vue. Le seul reproche concerne, page 427, la paternité à mon avis erronée, des réseaux d’autoroutes inter-Etats. L’inventeur ne fut pas Eisenhower (président de 1953 à 1961), mais, je crois bien, Mussolini (1924), suivi de peu par Hitler. Toute petite chose donc.

 

Le reste, je ne l’ai pas avalé comme un roman, mais c’est tout comme : langue limpide servie par une traduction fluide (Jacques Treiner), suspense, rebondissements, et les coupables – qui sont connus dès le début – sont démasqués à la fin. Tout est bien qui finit bien, mais au prix de quels efforts !

 

Oreskes et Conway ont consacré cinq ans de leur vie à la rédaction de l’ouvrage, mais quel ouvrage, pardon : « En écrivant ce livre, nous avons exploré des centaines de milliers de pages de documents », déclarent-ils pour finir (p.446).  Il n’y a pas à douter de l’austérité de la chose, mais les auteurs n’ont certes rien à regretter. Ils méritent même les remerciements de ceux pour qui l’avenir de la planète n'est pas une préoccupation futile.

 

J’ai évoqué les 70 pages de notes (au nombre de 1046) regroupées à la fin, preuve que rien dans le livre ne sort du seul cerveau des auteurs. Tout cela est inattaquable. J’ai dit aussi qu’ils avaient eu raison dans leur stratégie : un seul sujet (l'usage frauduleux de la science pour retarder ou empêcher des législations contrôlant et restreignant des activités économiques), illustré par quelques exemples, dont chacun est décrit et narré avec un luxe de détails (on reste confondu devant le degré de précision atteint). Les thèmes changent, la stratégie des industriels est à chaque fois la même, s’inspirant en la matière de l’archétype offert par l’industrie du tabac. Oreskes et Conway n’ont rien laissé au hasard.

 

Voilà ce que je dis, moi.

mardi, 24 février 2015

C'EST GRAVE, DOCTEUR ?

Suite de l’entretien entre Ruth Stégassy et André Cicolella sur France Culture, pour l’émission Terre à terre du 7 février 2009.

 

2/2

 

De son côté, l’industrie fait tout ce qui est en son pouvoir pour dénigrer les études scientifiques ainsi que leurs auteurs. Exemple du bisphénol A, qui entre maintenant dans la composition de 90 % des biberons. Les gens savent-ils que, quand on chauffe le lait, le bisphénol A passe dans le lait ? Or, c’est un perturbateur endocrinien, qui entraîne à la longue des cancers du sein et des atteintes neurologiques.

 

Il existe là-dessus 115 études, dont 94 s’avèrent positives. En face, 100 % des études menées par l’industrie sont négatives, bien entendu ! Ce n’est pas pour autant que l’agence européenne change sa norme. On est typiquement dans le lobbying. Une dizaine d’équipes scientifiques ont publié des études sérieuses et convergentes ? L’agence européenne décrète qu’elles sont toute nulles. Ce n’est pas sérieux.

 

Nous avons donc lancé ce « Réseau Environnement Santé » en association avec les ONG regroupées dans « Alliance pour la planète », des associations de professionnels de santé ainsi que des associations de victimes. Je vous donne un bel exemple : les fabricants imprègnent de parabènes les lingettes qui servent à nettoyer les fesses des bébés. Or, là encore, on sait que ce sont des perturbateurs endocriniens. Autre exemple : le MCS (syndrome d’hypersensibilité) est purement et simplement nié. On traite ceux qui le dénoncent de dérangés, alors qu’il s’agit d’un phénomène dûment observé.

 

La définition de la santé, proposée par l’OMS en 1945, était : « état de bien-être ». C’était déjà une définition intéressante. Mais aujourd’hui, il faudrait ajouter « et la qualité de la relation de l’homme avec son écosystème ». Car l’explosion des maladies chroniques est une conséquence de la crise écologique dans le domaine de la santé. Prenons l’exemple de l’impact des pesticides sur la santé.

 

L’UIPP (les professionnels des pesticides) a osé publier un communiqué de presse en réaction au film de Jean-Paul Jourde, affirmant qu’il n’y a aucune preuve de cet impact. C’est dire une énormité. En effet, 85 % des études sont positives ; 39 études sur 41 établissent leur responsabilité dans la maladie de Parkinson (synthèse d’une équipe canadienne sur cancer et neurologie). Et quand vous posez la question à un clinicien, il vous dit : « Bien sûr, c’est bien connu ».

 

Donner à l’hôpital comme règle de fonctionnement la « rémunération à l’activité » est une absurdité. Un exemple : la carte des cancers. Les autorités admettent bien qu’il y a 50 % de cancers en plus en région Nord-Pas-de-Calais qu’en Midi-Pyrénées, mais l’analyse qu’elles en font ensuite relève tout simplement du Café du Commerce. En gros : « Les gens du Nord boivent et fument ».

 

Cela fait penser au médecin de Molière : « Le poumon, vous dis-je ». Pourquoi serait-on plus vertueux en Midi-Pyrénées ? Or, on s’aperçoit en creusant un peu que le cancer, dans les deux régions, concerne avant tout les ouvriers. Les cadres, eux, qu’ils soient dans le Nord ou en Midi-Pyrénées, sont beaucoup moins concernés.

 

Il faudrait donc croiser les données du cancer et de l’environnement, tenir des registres, établir des cartes. Par exemple, il n’existe pas, en France, de registre des jumeaux. Or, un tel registre est une mine d’informations, parce que les vrais jumeaux ont rigoureusement le même patrimoine génétique. De tels registres existent en Suède et Finlande, et au Danemark (l’étude a été publiée par Liechtenstein).

 

Cet auteur a pu établir à partir de ces registres que 2 / 3 des cancers sont d’origine environnementale, l’environnement étant défini de manière très globale et englobant la pollution, le mode de vie et les pratiques médicamenteuses. Les Suédois, à partir de ces registres de jumeaux, concluent que 50 % des cas de maladies d’Alzheimer sont dus à l’environnement.

 

Il n’existe pas non plus de registres des animaux domestiques. Une étude a été faite dans l’Etat de New York à partir d’un tel registre, et a conclu à un excès de lymphomes chez le chien, rigoureusement parallèle aux traitements des pelouses (insecticides et herbicides). Or, le chien est un bon substitut de l’enfant : il marche à quatre pattes, il se lèche beaucoup. On pourrait très bien s’adresser aux vétérinaires. Un registre des migrants permettrait d’établir formellement que ceux-ci adoptent les maladies locales.

 

Par exemple, les immigrées japonaises à Hawaï ont un taux de cancer du sein multiplié par 4 par rapport aux Japonaises restées au pays. En Asie par rapport au reste du monde, on est dans un rapport de 1 à 6 ou de 1 à 7. Les Américains, heureusement, ont une Agence Nationale (Institut National des Sciences de la Santé Environnementale), qui publie une revue constituant une véritable mine d’informations et de données.

 

J’ai inventé le terme d’ « expologie », autrement dit la « science des expositions ». Par exemple, en 2007, une étude a montré la relation entre le taux d’autisme et une exposition de 15 jours d’exposition des femmes enceintes à des champs traités par certains pesticides organochlorés. Selon Galien, « la dose fait le poison ». Il faut ajouter aujourd’hui : « L’exposition fait aussi le poison ». Sans parler de l’impact des faibles doses, dont le Professeur Tubiana ne veut pas entendre parler.

 

Au sujet des produits des industries chimiques et pharmaceutiques, la leçon à retenir, je crois, c'est qu'on peut considérer au moins comme des dissimulateurs tous les « experts » et autres « spécialistes » qui passent sous silence la trinité primordiale des facteurs à prendre en compte quand on se soucie des effets de ces produits sur le vivant, j'ai nommé :

1 - L'effet des très faibles doses.

2 - L'effet du cumul des substances et de leurs interactions.

3 - L'effet du moment et de la durée de l'exposition à ces substances.

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

dimanche, 22 février 2015

LA VÉRITÉ SUR L'INDUSTRIE CHIMIQUE

Une Empoisonnement universel (LLL Les Liens qui Libèrent, 2014) est le dernier livre de Fabrice Nicolino. Un livre terrible, mais en même temps frustrant, je suis obligé de le reconnaître. J’ai en effet enchaîné avec la lecture de l’ouvrage de Naomi Oreskes et Erik M. Conway, Les Marchands de doute (Le Pommier, 2012).

La différence saute tout de suite aux yeux. Le premier souffre d'apparaître comme le travail d'un journaliste qui se serait laissé contaminer par un certain emportement militant, ce qui affaiblit l'effet percutant du livre. Le second a des qualités scientifiques. Le premier est parfois agaçant. Le second est absolument impeccable. Mais les deux livres restent indispensables.

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Le tandem d'auteurs Oreskes-Conway a concentré son travail sur un seul et unique problème (« Notre produit, c’est le doute », phrase assenée par les propagandistes des lobbies industriels), qu’un petit nombre de chapitres illustre à merveille, parce que chacun d’eux, centré sur une seule question, va tout au fond des choses, après un travail impressionnant sur la documentation disponible (70 pages à la fin pour 1046 notes écrites en tout petits caractères, ce qui s’appelle le sérieux d’un travail rigoureux). Un livre inattaquable, irréfutable.

 

L’objectif de Nicolino est tout autre : offrir un panorama complet, en même temps qu’il voudrait donner une idée de l’intégralité (!?) des données actuellement à disposition. Et le tout en 428 pages, parsemées ici ou là et de loin en loin, de quelques notes de bas de page pour indiquer la source. En réalité, pour traiter un sujet aussi varié, aussi complexe, avec l’intention, en plus, de retracer tout l’historique de la question, il faudrait dix gros volumes.

 

Conclusion : « Qui trop embrasse mal étreint ». Car le résultat d’une telle démarche est qu’on a trop souvent l’impression de rester à la surface des choses et, plus grave, que l’argumentation manque de consistance, l’affirmation tenant alors lieu de preuve. Avouez que c’est embêtant pour un livre qui voudrait pousser un cri d’alarme, de ne pas pouvoir être pris complètement au sérieux. Quand on entreprend de dénoncer, il faut que la démarche (sérieux, méthode, rigueur ...) soit irréprochable d'un bout à l'autre.

 

Il n’en reste pas moins que le tableau d’ensemble est terrifiant. Ce sont pas moins de 47.373.533 substances chimiques (p. 406) qui ont été mises au point par l’homme depuis les débuts de l’industrie chimique. Dont 34.961.413 sont commercialement disponibles. Sur ce total effarant, seules (si l’on peut dire) 248.055 substances « ont été enregistrées » ou « réglementées ».

 

Et les autorités européennes, sous la pression des lobbies de l’industrie chimique, ont consenti à réduire à 30.000 le nombre de celles qui devaient passer un « test d’évaluation » (programme REACH) pour mériter une autorisation de mise sur le marché. L’image de l’iceberg (10% au-dessus, 90% en dessous) utilisée par Nicolino p. 406 est donc éminemment trompeuse : le rapport est en réalité de 0,7% à 99,3%. Si l’on retenait le chiffre de 30.000, on tomberait dans le négligeable.

 

L’ingéniosité combinatoire des chimistes pour imaginer sans cesse de nouveaux procédés de fabrication et pour inventer des molécules nouvelles propres à des milliers d’usages semble donc sans limites. Et ce qui apparaît constamment au cours de l’histoire, dans l’attitude des industriels de la chimie, c’est qu’ils visent exclusivement l’efficacité au moindre coût de leurs produits dans l’usage pour lequel ils étaient prévus. Et qu'il font tout pour empêcher régulations et réglementations qui risqueraient de nuire aux affaires, à la compétitivité et aux profits.

 

Cela veut dire que les effets que ces produits peuvent avoir par ailleurs semblent le cadet de leurs soucis. Et qu’il faut un acharnement hors du commun (Theodora Colborn, Rachel Carson, André Cicolella, ...) pour faire parvenir jusqu’aux sphères de décision la moindre remise en cause de leur innocuité. Ce que je retiens principalement du livre de Fabrice Nicolino, c’est l’impression de collusion régnant en haut lieu entre les responsables politiques, les décisionnaires administratifs et le haut encadrement des entreprises industrielles.

 

Je compare avec ce que j’ai entendu récemment, venant de bons connaisseurs de la question, au sujet des « portes tournantes », ces hauts fonctionnaires de l’Inspection des Finances qui font la navette entre le Ministère des Finances et le haut encadrement des banques. Tout ce petit monde (vous avez dit « conflit d'intérêts » ?) surveille jalousement son pré carré pour que nul n’empiète sur ses prérogatives et  ne menace de faire un jour bouger l’ordre des choses et des privilèges de caste.

 

La situation est à peu près identique dans le domaine de la chimie, la règle suprême étant qu’il serait inadmissible que des interventions ou des regards extérieurs viennent nuire aux affaires, et qu’il faut tout faire pour éviter ça. Le cas de l’amiante est évidemment le plus scandaleux et le plus connu, illustrant à merveille la thèse selon laquelle l’industrie chimique jouit d’une impunité totale quand quelqu’une de leurs substances a répandu la maladie et la mort dans la population des travailleurs qui la côtoient.

 

Nicolino évoque d’autres cas, tous plus ou moins célèbres : le DDT et autres pesticides ; l’isocyanate de méthyle, qui tue et estropie encore à Bhopal, trente ans après la catastrophe de l’Union Carbide ; l’infinie variété des matières plastiques et leurs mille et un effets méconnus découlant de leur omniprésence dans notre environnement immédiat ; l’incroyable inconscience à la limite du crime de ceux qui mettent sur le marché et ne cessent de vanter les mérites de toutes sortes de substances désormais connues pour être des « perturbateurs endocriniens » ; les étonnantes (et loin d'être toutes  connues) propriétés des produits issus des nanotechnologies ; et je conseille la lecture du chapitre 12, « Mais où est donc passé le spermatozoïde ? » ; … La liste semble interminable.

 

Si encore la population pouvait faire confiance aux classes dirigeantes pour prendre souci de la santé du plus grand nombre … Mais non, la complicité de celles-ci avec les industriels est tellement bien organisée qu’il faut des cas très avérés de corruption pour qu’elle apparaisse au grand jour. La plupart du temps, le bon peuple n’y voit que du feu. Par exemple, les instances mises en place en France et en Europe pour veiller en matière de santé publique comprennent dans leurs rangs plus d’un scientifique ayant travaillé auparavant pour l’industrie chimique. "Conflit d'intérêts" est un odieux euphémisme.

 

Bref, on a compris : le titre un peu trop spectaculaire, accrocheur et vendeur du livre de Nicolino n’est malheureusement pas une exagération. Certes, on déplore l’aspect un peu fourre-tout superficiel, mais on reste assommé par la brutalité et l'énormité du constat d’ensemble. 

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

lundi, 22 décembre 2014

LA VÉRITÉ SUR LE CLIMAT

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Le réchauffement climatique ? Vous voulez que je vous dise ? Tout le monde sait, personne ne veut faire. Le diagnostic, tout le monde est d’accord (à part quelques doctrinaires endurcis du genre Claude Allègre, le pauvre, il est bien malade, paraît-il) pour dire qu’on court à la catastrophe.

 

Personne ne veut de la conclusion logique du constat : en finir avec le luxe outrecuidant dans lequel se vautre une partie de plus en plus ample de l’humanité depuis l’aube de l’âge industriel (en gros : deux siècles). Et dans lequel les « émergents », les « en développement » et les « PMA » (ça ne veut pas dire je ne sais quoi d'à la mode en rapport avec la procréation, mais « Pays les Moins Avancés ») trépignent d'impatience de se vautrer bientôt à leur tour. Tout le monde veut sa bagnole, sa clim', ses frigo-congel-télé-smartphone-micro-onde. Allons-y gaiement. Le mode de vie à l'américaine de 300 millions d'individus étendu à 7.000 millions (multiplication par 23).

 

Un seul remède au réchauffement climatique : cesser de piller les ressources de la planète en combustibles fossiles et autres matières premières destinées à nos appareils, machines et autres gadgets que seule la vieille habitude de les avoir toujours connus nous a amenés à considérer comme utiles, nécessaires, indispensables. Naturels, pour ainsi dire.

 

Ce n’est pas de diminuer les émissions de gaz à effet de serre que l’humanité à besoin si elle veut sauver la planète, c’est de les supprimer complètement, car même en restreignant à +2°, la planète va continuer à réagir. L'expression « développement durable », complaisamment véhiculée par les esprits qui se disent lucides et responsables, n'est que le cache-sexe de l'hypocrisie et de la lâcheté. Car il faudrait en vérité renoncer, purement et simplement. Renoncer à vivre au-dessus des moyens de la planète. Pour la sauver en même temps que soi-même, un seul moyen pour l’humanité : redevenir humble, si elle le fut jamais un jour.

 

Et l’humanité n’est pas humble, moi le premier : je veux toujours pouvoir allumer la lumière en appuyant sur un bouton en rentrant chez moi le soir, faire laver mon linge et ma vaisselle par des machines, emprunter l’autoroute pour aller visiter la famille et les amis aux « quatre coins » de l'hexagone ou aller me délasser de onze mois de stress en passant le douzième à la montagne ou à la mer. Comme François Hollande, je suis un humain « normal ». En l’occurrence un « Francémoyen ». Comme tout le monde : plutôt crever que de perdre une parcelle de confort.

 

Pourquoi ce début de diatribe ? C’est simple : à chaque ligne, mon journal bruit (3ème personne du singulier du malheureux abandonné verbe bruire, régulièrement estropié par les journalistes, dont l’ignorance crasse le ramène régulièrement à un vulgaire verbe du 1er groupe, en disant sans prendre des coups « la ville bruisse ») des rumeurs les plus folles : fontes des glaciers alpins et himalayens, de la banquise, de la calotte glaciaire du Groenland et de l’Antarctique ! Le Côtes du Rhône au Spitzberg, c'est pour bientôt ! Les poissons et les fleurs migrant vers le nord pour retrouver l’eau froide et l’air frais qui leur conviennent ! Les cyclones succédant aux tornades lancés à la poursuite des typhons qui courent après les ouragans ! Réchauffement climatique par-ci ! Réchauffement par-là ! Les gens de radio n’ont que ce mot à la bouche en ce moment.

 

Je laisse de côté le pillage des forêts primaires en Amazonie, à Bornéo et au Guatemala pour les remplacer par des kilomètres carrés de soja OGM ou de palmier à huile. Je laisse de côté les usines à bestiaux et la stérilisation des sols par l’agriculture chimique, mécanique et industrielle. Je laisse de côté la pollution antibiotique massive des viandes que nous mangeons. Je laisse de côté les phosphates, bisphénols, glyphosates, néonicotinoïdes, phtalates et autres perturbateurs endocriniens dont sont gorgés nos aliments, et dont certains font changer de sexe les poissons de nos rivières (en attendant mieux). Allez, je suis bon prince : je laisse aussi de côté les particules fines.

Je ne vais pas non plus énumérer les preuves du réchauffement de l’atmosphère sous les coups du CO2, du CH4 et, pourquoi pas du NF3 (charmante créature, 17.000 fois plus puissante que CO2, son petit copain de bac à sable, qui apparaît dès qu’on cause de cristaux liquides, de cellules photovoltaïques, d’écrans plats, de micro-circuits électroniques, … enfin, tout ce qui fait « dernier cri »). 

C’en est au point que le simple mot « réchauffement » a désormais acquis la stature démesurée d’une star mondiale, sur le destin de laquelle le « concert des nations » vire au même étripage cacophonique que celui auquel avait donné lieu la première de Déserts, d’Edgard Varèse, en 1954 au théâtre des Champs-Elysées. Au point même d’en occulter le drame véritable qui se joue derrière le « gros doigt grondeur » d'un mot derrière lequel il est devenu si commode de se cacher l’énorme vérité. 

 

Seuls quelques allumés du cigare à vapeur (de contrebande) s’obstinent à contester l’évidence : la Terre se dirige plan-plan vers l’été perpétuel. Combien de degrés en plus attendent l’humanité au coin du bois pour lui faire le coup du père François ? Deux ? Quatre ? Davantage ? Les experts débattent. Les politiques bêlent de grandes intentions et de bons sentiments (rappelez-vous Chirac : « La maison brûle, et nous regardons ailleurs »).

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Un petit secteur de l'Amazonie.

Voilà ce que je dis, moi.

 

jeudi, 04 décembre 2014

LA PROMESSE DES CHIMISTES : L'AUTISME

Non, vous vous en doutez, je n'ai jamais voté pour les guignols peinturlurés en vert qui se font passer pour des écologistes. Ce sont des politiciens comme les autres. Je veux dire : aussi dérisoires (je ne suis pas tout seul. L'Américain Donald Morrison le dit aussi, parlant de la France : « ... et l'ineptie de sa classe politique a désormais éclaté au grand jour », dans sa tribune "Le suicide américain" parue dans Le Monde daté 4 décembre 2014). C'est d'autant plus librement que j'écris ces quelques lignes : il y a longtemps que je ne suis plus « écolo ». En effet, la situation est, je le crains, encore plus grave que ça.

 

******************

 

Eh oui, bonne nouvelle pour tous les civilisés du monde, je veux dire tous ceux qui ont la chance de vivre dans des pays économiquement développés et d’y bénéficier des apports proprement miraculeux des progrès de la technique en général et de la chimie en particulier : leur intelligence est promise à un avenir des plus radieux.

 

Ce n’est pas moi qui le dis, c’est une dame Barbara Demeneix, une Française. Cette biologiste a beaucoup travaillé sur le développement des êtres vivants, s’efforçant de répondre à la question : « Comment un têtard devient-il une grenouille ? ». Ça n’a l’air de rien, dit comme ça, mais c’est horriblement compliqué, surtout quand on étend ses recherches du côté de l'humain. Je veux bien le croire. Madame Demeneix, pour y voir un peu clair, a compilé une énorme littérature scientifique.

 

Elle est tombée sur certaines études et de sa chaise (appelons ça un zeugma). Ces études autour de l’autisme montrent une véritable explosion de la maladie depuis quarante ans. Le Monde (mercredi 3 décembre 2014) reproduit le graphique qui met le phénomène en évidence. Un spécialiste, au cours de l’article, admet que l’amélioration du diagnostic n’est sûrement pas étrangère à l’augmentation, mais que la dimension extravagante de la chose la rend irréductible à ce seul facteur. C’est sûr, il se passe quelque chose de grave.

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Ce qui se passe ? Oh presque rien : l’industrie chimique.

 

Nos isolants électriques, nos lubrifiants, notre électronique et nos mousses de canapés ignifugées, notre agriculture, tout ça est bourré jusqu’à la gueule d’un tas de substances charmantes : PCB, dioxines, métaux lourds, bisphénol A, BPDE (si si, il paraît que ça existe), d'organophosphorés, de perfluorés, d'organochlorés et autres pesticides ou solvants. Si l’article ne parle pas des néonicotinoïdes en usage dans nos champs de colza, c’est peut-être qu’ils n’interviennent (pour l’instant, en attendant d'en savoir plus) que dans l’extermination des abeilles.

 

Toutes ces délicieuses molécules (dont beaucoup dites « de synthèse ») « interfèrent sur le système thyroïdien ». Ces « perturbateurs endocriniens » agissent donc sur le système hormonal tout entier, donc sur le développement de l’être humain. Et l’être humain a la coupable étourderie de se développer dès le moment de sa conception. Mais surtout de prendre dans ce but tout ce qui passe à sa portée pour s'en nourrir gloutonnement. A ses risques et périls.

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Ça se manifeste comment ? Philippe Grandjean, médecin environnemental : « Par exemple, nous avons étudié les enfants de femmes qui travaillent au Danemark dans des serres. Elles sont au contact de mélanges de pesticides. Dès que leur grossesse a été connue, elles ont toutes été mises à l’écart des pesticides jusqu’à la naissance de leur bébé. Ceux-ci n’ont donc été exposés que pendant très peu de temps, au tout début de leur vie fœtale. Et pourtant, en les comparant à des enfants qui n’ont pas du tout été exposés à ces produits, nous constatons que leurs capacités cognitives sont diminuées ». Puisque c’est sans danger, on vous dit.

 

Quelques économistes (sans doute un peu allumés) ont calculé ce que ça risquait de coûter à l’économie américaine : 19.000 dollars par individu et par point de QI en moins. Une facture annuelle de cinquante milliards de dollars. Et les sociologues s’y mettent aussi : « Aux Etats-Unis, le taux d’homicides a brutalement chuté vingt ans après le retrait de l’essence plombée » ! Il paraît que cette corrélation n’est pas si farfelue qu'elle en a l'air. Admettons.

 

Je n’ai fait que picorer quelques éléments de cet effarant dossier signé Stéphane Foucart, paru en double page dans le supplément scientifique du journal Le Monde. Mais je crois que ça suffit pour se faire une petite idée de ce qui attend l’humanité, si les autorités « compétentes » continuent à se laisser aveuglément « convaincre » par les saladiers d’argumentaires pourris fournis par les lobbies de l'industrie chimique.

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Les industriels exigent que la preuve scientifique soit faite de la nocivité de chaque molécule sur telle affection pour reconnaître. Ils sont tranquilles : ils savent que c’est presque impossible, vu la difficulté d'élaborer des protocoles expérimentaux crédibles. Ils font semblant de tomber des nues quand on les soupçonne de fabriquer des poisons, mais ils sont assez prudents pour s'en tenir à distance pour leur propre compte et pour couvrir leurs emballages de « précautions d'emploi » : on ne sait jamais. En attendant, les « politiques » pourraient, pour prendre leurs décisions concernant la santé publique, consulter les biologistes et médecins spécialisés. Par exemple ceux qui participent au Réseau-Santé-Environnement. Qui produisent de temps en temps des rapports intéressants. Cela s’appelle des « études épidémiologiques ».

 

Pour une fois que les statistiques ne servent pas à raconter des bobards ! Ce sont en effet des études épidémiologiques qui ont mis en évidence l'effet désastreux de certains environnements, en comparant par exemple la santé de jumeaux durablement séparés par une longue distance (prouvant que la maladie touchant l'un des deux n'est pas génétique, mais due à l'environnement et aux conditions de vie), ou encore la fréquence des cancers du sein chez les Japonaises restées au pays (mode de vie traditionnel) et celles ayant émigré à Honolulu (mode de vie américain).

 

Les « politiques » pourraient aussi avoir la curiosité de mettre le nez dans le bouquin de Fabrice Nicolino, Un Empoisonnement universel (LLL, Les Liens qui Libèrent, 2013). Le sous-titre est explicite : « Comment les produits chimiques ont envahi la planète ». La trouille que ça leur donnerait les rendrait peut-être, pour une fois, courageux et responsables ? Il est permis de rêver, non ?

 

Jusqu’à maintenant, on savait que « Faire des enfants, c’est les condamner à mort » (graffiti qui fut longtemps visible sur un mur du quartier Saint-Just). Désormais, on sait que ça les condamne aussi à la débilité. Une idée pour les chômeurs qui espèrent une reconversion professionnelle : les institutions pour déficients intellectuels sont promises à un avenir radieux et prospère. C'est le moment, il y a une occasion à saisir.

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

samedi, 05 novembre 2011

BISPHENOL LEGAL = POISON OFFICIEL

Ou : « Comment on instrumentalise un DEBAT SCIENTIFIQUE ».

 

 

Petit 1 – On sait désormais, depuis qu’a éclaté l’affaire SERVIER, que l’industrie pharmaceutique dans son ensemble prétend œuvrer au bénéfice de la santé des populations, alors que le premier bénéfice visé est d’ordre actionnarial : ce n’est pas l’efficacité sanitaire qu’on cherche, mais la rentabilité, le rendement par action, la profitabilité, les bénéfices, bref, les picaillons, la fraîche, le flouze, le pèze, la brocaille, et tout ce qui est convertible en or.

 

 

Remarquez, on le savait déjà depuis, par exemple, le travail de PHILIPPE PIGNARRE (Le Grand secret de l’industrie pharmaceutique). On sait d’ailleurs que cette industrie est de plus en plus incapable de découvrir ou d’inventer de nouvelles molécules efficaces, comme si, pendant que le rendement des investissements en Recherche et Développement tend vers zéro, les profits, eux, tendaient vers l’infini.

 

 

Petit 2 – On sait maintenant, au sujet d’entreprises comme Monsanto,  Syngenta (Novartis), Pioneer Hi-Bred, Bayer CropScience, que les industries biotechnologiques, qui prétendent avoir pour objectif la suffisance alimentaire de l’humanité en 2050, visent essentiellement à s’assurer ad vitam aeternam une rente viagère monstrueuse, une fois qu’elles auront breveté toutes les semences génétiquement modifiées par leurs soins, autrement dit une fois qu’elles se seront approprié tout le vivant.

 

 

Quelle que soit la validité des études scientifiques qui promeuvent ce genre de semences, validité dont il est légitime a priori de douter, la principale objection à faire à l’usage généralisé des O. G. M. est d’ordre économique et moral et en bout de course, politique. Qui oserait s’arroger le droit de privatiser toute la nature, tout le vivant et, pourquoi pas tant qu’on y est, toute l’humanité ?

 

 

Que ceux qui contestent une telle assertion regardent ce qui se passe à Bruxelles et mettent le nez dans la façon dont les réglementations européennes sur les semences se mettent en place (voyez pour cela ma note du 11 juin).

 

 

3 – On sait enfin (« Attendez-vous à savoir », disait la renommée GENEVIEVE TABOUIS) qu’il en sera de même très bientôt pour l’industrie chimique, à cause du BISPHENOL A. Monsieur ANDRÉ CICOLELLA, de Réseau Environnement Santé, a beaucoup contribué à faire connaître le Bisphénol A.

 

 

J’ai évoqué ici même le 4 octobre le cas du Bisphénol A, pour faire écho à la remise en question de la certitude héritée de GALIEN, l’ancêtre de la pharmacie, qui a légué à tous ses successeurs le dogme suivant : « LA DOSE FAIT LE POISON », encore largement en vigueur dans les « milieux autorisés ».

 

 

C’est sur la base de ce dogme que toutes les autorités sanitaires, depuis qu’elles existent, ont défini ce qu’on appelle un « seuil », ou « D. J. A. » (Dose Journalière Admise), au-delà duquel la santé humaine risquerait d’être affectée par un produit déterminé. Il semble qu'on s'achemine de plus en plus vers une formule plus proche de la vérité, du genre : « LE POISON FAIT LE POISON », quelle que soit la dose.

 

 

Bilan d'étape, sans rire :

 

Ces trois branches industrielles, qui veulent continuer à prospérer financièrement, font tout pour empêcher que soient rendues publiques les nuisances éventuelles des innovations qu’elles vendent au prix fort. Elles redoutent que se fasse jour dans l’opinion publique, puis, plus gravement, chez les décideurs, la méfiance sur l’innocuité de ce qu’elles présentent comme des progrès indéniables. S’agissant de ces industries, ne serait-on pas fondé à parler d’organisations criminelles (qui mettent en circulation, sciemment et impunément, des poisons) ?

 

 

Elles ont donc adopté systématiquement une unique stratégie pour peser de tout leur poids sur la puissance publique et retarder la fermeture du robinet à fric. Cette stratégie porte un nom.

 

 

LA CONTROVERSE.

 

 

La trouvaille est géniale. Rien de plus démocratique et rationnel en apparence que l’arme de la controverse. Rien de plus malhonnête et pervers que cette arme entre les mains des avocats de ces industries. Car il faut distinguer le scientifique, en gros, un ahuri qui regarde surtout dans son microscope et dans son tube à essai, et le décideur (administratif ou politique), qui occupe une position comparable à celle d’un verrou : c’est lui qui a le pouvoir d’ouvrir ou de fermer le verrou.

 

 

Le scientifique n’avance rien dont il ne soit sûr. Ça tombe bien, le décideur ne décide (dans la théorie bleu ciel, on suppose qu’il est honnête) qu’en toute certitude. Un seul cas est susceptible de retenir sa main d’agir sur le verrou. Vous avez deviné : c’est la CONTROVERSE. Car si l’industriel réussit à planter dans le paysage de la certitude scientifique quelque chose qui ressemble à un doute crédible, la main du décideur, qui allait fermer le verrou sur le Bisphénol A, s’arrête en pleine action. Le décideur attendra la fin de la controverse. Dans dix ans ou plus.

 

 

Ce n’est pas ici le lieu d’entrer dans la subtilité des raisonnements scientifiques et des arguments répliqués par les industriels. Je ne tiens pas à vous chasser par l’ennui chers lecteurs (on m’a dit de flatter pour attirer du monde). Pour rester le plus clair possible, et pour résumer l’excellent et complet article de STEPHANE FOUCART, dans Le Monde daté du 29, qui prend le temps, lui, d’entrer dans les détails, je me contenterai de schématiser les deux logiques qui s’affrontent.

 

 

A ma gauche, sur le ring, les scientifiques [oui, c'est un ring particulièrement vaste], qui conduisent des recherches, obtiennent des résultats, publient ces résultats dans des revues. Bref, qui travaillent. Au fil du temps et des avancées, se forme ce qu’il faut appeler un CONSENSUS au sein de la communauté scientifique.

 

 

C’est le cas à propos du Bisphénol A : tous les connaisseurs sont d’accord pour admettre que cette molécule a des effets inquiétants. Cela s’appelle le « consensus de Chapel Hill » (2006). Les quarante spécialistes en question affirment qu’ils ont établi quelques certitudes, c’est tout.

 

 

A ma droite, sur le même ring, les belliqueux, je veux dire les industriels, ainsi que leur produit, le Bisphénol A, qui entre dans la composition d’objets largement commercialisés, donc qui génère des profits non négligeables.

 

 

Pour eux, il est nécessaire de continuer à vendre ce produit pour que l’argent continue à entrer dans la caisse. Il est même nécessaire de continuer à tout prix, fût-ce celui de la santé des foules, à cause de tous les industriels qui ont besoin du Bisphénol A dans les marchandises qu'ils fabriquent.

 

 

Ces deux-là étaient faits pour se rencontrer sur le pré, en champ clos, les armes à la main. Il est donc logique que ces logiques entrent en guerre. En réalité, seuls les industriels veulent la guerre. La guerre n'intéresse pas les scientifiques : ils veulent juste établir un  savoir. Les industriels ne veulent pas savoir, mais accroître leurs avoirs.

 

 

Et le moyen principal qu’ils ont trouvé, dans toutes leurs guerres contre la science et pour le profit, c’est d’introduire, pour anéantir le CONSENSUS scientifique, l’idée de CONTROVERSE. La controverse, c’est l’idée magistrale ! Elle tient de l’art de la guerre chez les Chinois. Et c’est très efficace.

 

 

Médiator, Mon 810, Bisphénol A, trois produits, une seule stratégie : la CONTROVERSE. Notons en passant que c’est aussi la stratégie adoptée par les climatosceptiques qui ont jeté le discrédit sur les travaux du G. I. E. C. (réchauffement climatique). Mais il y avait aussi une sombre histoire, soi-disant, de "complot".

 

 

Il n’y a pas de meilleure stratégie : si vous affirmez à grands coups de publicité que les scientifiques sont des cons, personne ne vous suivra. Autant vaudrait être la « vox clamans in deserto » (ouf, j'ai réussi à la placer, celle-là). Il faut être un peu plus subtil, et dépenser l’argent autrement.

 

Recette pour créer de la controverse :

 

Faites pratiquer en laboratoire indépendant des contre-analyses assez crédibles pour être prises au sérieux, et vous jouez sur du velours. Dans le cas du Bisphénol A, dit STEPHANE FOUCART, les contre-analyses « répondent à des critères très précis, dits "de bonne pratique de laboratoire" », dont le protocole, fixé dans les années 1950, est aujourd’hui complètement obsolète. Comme par hasard, c’est ce protocole qui sert de point de repère officiel au décideur. Mais allez fairre saisir ces subtilités retorses aux téléspectateurs !

 

 

Mais comme le décideur n’a que ce point de repère, vous avez gagné une bonne grosse CONTROVERSE, qui vous les fait gagner, vos dix ans de délai. Qu’au passage et en plus, il ait fallu distribuer des mensonges, des prébendes, des postes confortables (ça s’appelle « corruption »), si ça ne fait pas de bien, ça ne peut pas faire de mal. Et c'est moins voyant.

 

 

La CONTROVERSE est donc le nec plus ultra de la stratégie négationniste des industriels pour jeter le trouble dans les esprits, en particulier ceux des décideurs. Rien de mieux pour empêcher qu’une quelconque décision soit prise à l’encontre des intérêts des industriels. Rien de mieux pour paralyser un centre de décision. Car pendant que le décideur attend la fin de la controverse, libre à vous d’écouler votre saloperie sur les marchés.

 

 

Pas d’affolement : vous avez tout votre temps.

 

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

 

 

 

mardi, 04 octobre 2011

LA DJA DU BISPHENOL A

Cela devait finir par se savoir. Cela devait finir par arriver. C’est intéressant, le cas du Bisphénol A, molécule chimique artificielle (tout ce qui nous entoure dans la nature est composé à 100 % de molécules chimiques « naturelles », et tout ce que nous mangeons est fait de molécules chimiques). Il semblerait que, même à très faible dose, le Bisphénol A ne reste pas sans effet.

 

 

C’est intéressant, ce qu’on apprend, d’abord parce que ça fait quelque temps qu’il est connu comme « perturbateur endocrinien » : en clair, ça veut dire que, si une femme enceinte y est exposée, ou un bébé, peuvent survenir des cancers du sein et des atteintes neurologiques.

 

 

Dans ce domaine, comme dans beaucoup d’autres, les autorités administratives, dont le souci est de protéger la santé des populations, mais sans entraver les activités économiques, a adopté, il y a longtemps, la notion de seuil, soit Dose Journalière Admise, ou D. J. A.

 

 

Par exemple, à Fukushima, une dose de 1 millisivert par jour était considérée, sinon comme inoffensive, du moins « admissible ». C’est beau, l’administration, non ? Remarquez, elles ne font que prolonger dans le temps la validité de la maxime établie par GALIEN, l’antique ancêtre et fondateur de la pharmacie, qui affirmait que : « La dose fait le poison ».

 

 

Ce qui vaut pour les radiations nucléaires vaut donc pour toute substance chimique, naturelle ou artificielle. Dans le fond, est-ce que l’homéopathie tout entière ne repose pas elle aussi sur cette notion de D. J. A. ? La Décimale Hahnemanienne (D. H.) et la Centésimale Hahnemanienne (C. H.) sont après tout des dilutions comme les autres, simplement un peu plus poussées (non, vraiment beaucoup plus poussées, surtout les CH).

 

 

J’avais entendu des interventions de monsieur ANDRÉ CICOLELLA à propos de l’exposition. Il a inventé le terme d’ « expologie », ou science des expositions. Je cite : « Par exemple, en 2007, une étude a montré la relation entre le taux d’autisme et une exposition de 15 jours des femmes enceintes à des champs traités par certains pesticides organochlorés ». Il affirme aussi, sur la base d’études dont la validité n’est pas près d’être reconnue par les autorités cons pétantes, qu’une bonne part des cancers est d’origine environnementale.

 

Il cite une étude épidémiologique réalisée en Suède à partir du registre des jumeaux qui y naissent, registre tout à fait instructif, puisque les Suédois concluent que 50 % des cas de maladie d’Alzheimer ne sont pas dus à des facteurs génétiques, mais à des facteurs environnementaux, l’environnement étant défini de façon large, étendu à la pollution, au mode de vie et aux pratiques médicamenteuses.

 

 

ANDRÉ CICOLELLA (émission "Terre à terre" de RUTH STEGASSY, 7 février 2009) montre aussi le pouvoir de nuisance de l'industrie chimique : sur le Bisphénol A, il existe 115 études scientifiques, dont 94 mettent en évidence sa nocivité. De son côté, l'industrie a mené également des analyses "scientifiques" : 100 % de ces études concluent à la parfaite innocuité du produit. Une dizaine d'équipes scientifiques ont publié des études documentées et convergentes ? Qu'à cela ne tienne, l'Agence européenne spécialisée les décrète toute nulles. On se demande ce qui donne à l'industrie une voix si forte qu'elle couvre la voix de la science neutre.

 

 

Les lobbys industriels se pavanent et plastronnent, car ce n’est pas à eux de prouver quoi que ce soit. La preuve de la nocivité d’un produit doit être apportée par l’adversaire de ce produit. Regardez Bouygues avec les antennes relais. Regardez Monsanto avec les O. G. M. Amusez-vous les loulous, prenez votre temps pour faire vos études sur la nocivité de nos produits.

 

 

 

Avant que vous puissiez prouver quoi que ce soit, ils seront tellement passés dans les mœurs qu’on ne pourra plus revenir en arrière. Vous verrez, ça se passera comme ça pour les produits issus des nanotechnologies. Et si preuve il y a un jour, ce sera trop tard, et en attendant, nos actionnaires auront eu mille fois le temps de nous remercier pour s’être engraissés largement.

 

 

Car la preuve, évidemment, doit impérativement être SCIENTIFIQUE. En plus, il est tellement facile d’enfumer les foules à propos de ces preuves. Regardez ce qui s’est passé pour le rapport du G. I. E. C. sur le réchauffement climatique, comme il a été facile de jeter le trouble et le doute dans les esprits, sans parler de l’infâme profiteur de trouble qui se fait appeler CLAUDE ALLÈGRE, auteur de ce titre choc : L’Imposture climatique. Le doute se construit à petits coups de pichenettes faciles (voir THIERRY MEYSSAN). Pour administrer une preuve irréfutable, il faut dépenser des efforts parfois titanesques, et sur une durée parfois démesurée.

 

 

 

La vérité scientifique est difficile à établir. La mettre en doute est d'une facilité déconcertante.

 

 

C’est d’ailleurs une preuve de la faiblesse médiatique congénitale des scientifiques. Sur un plateau de télé, vous en mettez un en face de l’imposteur CLAUDE ALLÈGRE : regardez-le, le scientifique, il veut rester le plus près possible de la VÉRITÉ, alors il hésite, il cherche ses mots, il ne veut rien dire qui ne soit vérifiable. L’autre en face, il a juste à rester souriant, confiant, affirmatif, péremptoire, pouvant aller jusqu’à insulter les travaux du scientifique, balayant d’une moue de la lippe inférieure les résultats patiemment établis par celui-ci. Le gogo, chez lui, devant son poste, à qui croyez-vous qu'il donne raison ?

 

 

Médiatiquement, je dis bien « dans les médias » et en particulier sur des plateaux de télévision, c’est imparable. Et ça, c’est une preuve de la saloperie congénitale de l’époque : d’une manière générale, vous pouvez vous persuader de ce qu’un scientifique qui arbore un air sûr de lui et affirmatif, et qui profère des « vérités » qui ne souffrent pas contestation, n’est pas un scientifique.

 

 

Alors, le Bisphénol A, me direz-vous ? Il existe des « effets à des doses notablement inférieures aux doses de référence utilisées à des fins réglementaires ». Eh bien, nous voilà au cœur du problème. Car la notion de seuil de tolérance, exprimée en DJA (Dose Journalière Admissible), n’est rien d’autre qu’une commodité administrative faite pour concilier l’activité industrielle et la santé des populations.

 

 

C’est comme dans l’armée, le seuil de 7 % de pertes en temps de paix. Il s’agit en fait moins de protéger des populations que de « limiter les dégâts ». Tant que le pourcentage de « pertes » est supportable par la collectivité, on laisse faire : le contribuable contribuera. En clair : tant que le taux de cancers et de malformations ne devient pas franchement anormal, tout continue comme avant, « business as usual ».

 

 

Ce que nous apprennent les dernières études sur le Bisphénol A est précisément que la notion de « seuil de tolérance » (DJA) est à revoir de fond en comble. Ce que pointent en effet les tenants d’études épidémiologiques environnementales autour de toutes les molécules chimiques produites par l’industrie, c’est une hydre à trois têtes : les très faibles doses, les interactions, la durée d’exposition.

 

 

LES TRÈS FAIBLES DOSES : je l’ai dit, la notion de seuil (DJA) est d’ordre administratif et réglementaire. C’est un compromis (donc négociable) entre des forces foncièrement antagonistes : les acteurs de la santé contre les acteurs de l’industrie. Les acteurs de la santé s’appuient sur la science, les études, les travaux de laboratoire, dont j’ai mentionné plus haut les difficultés pour établir sans contestation possible des éléments de preuves.

 

 

En face, les acteurs de l’industrie, qui exploitent les trouvailles de leurs bureaux « R & D » (Recherche et Développement), ont besoin de les mettre en circulation contre monnaie sonnante et trébuchante : l’actionnaire, au bout du circuit, tient avant tout à revoir la couleur de son argent, mais épaissie des « retombées » (entre 10 et 15% de bénéfices par an attendus), et qui pousse évidemment à une commercialisation tous azimuts et sans contrôle.  

 

 

LES INTERACTIONS : là, c’est quasiment le trou noir. Déjà qu’on est loin de tout savoir des conséquences d’une molécule isolée, alors pensez, s’il y en a deux, trois ou douze en présence, c’est le TROU NOIR scientifique. Vous vous rendez compte de ce qu’il faudrait investir pour financer des études de cette ampleur ?

 

 

Sachant que l’industrie chimique, depuis un siècle et demi, a élaboré à peu près 100.000 nouvelles molécules, vous comprenez bien qu’elle a tout intérêt à ce que les politiques et les administratifs abordent chacune d’elles isolément, sans chercher la petite bête, à savoir si une telle, mise en présence de telle autre, se met à faire des étincelles ou de la fumée, ou à décupler d’un seul coup son pouvoir de nuisance.

 

 

Je signale en passant que l’Europe avait « pris à bras-le-corps » ce problème de nuisance des 100.000 molécules chimiques de l’industrie, et comptait soumettre leur intégralité à examen, suivi soit d’une homologation, soit d’une interdiction. Cela porte un joli nom : REACH (Règlement Enregistrement Evaluation Autorisation Restriction des substances chimiques). Mais sous l’action du lobby industriel, l’Europe a consenti à n’exiger d’homologation sécuritaire que pour 30.000 de ces molécules, et encore, je n’assiste pas à l’exécution de la procédure d’homologation : qui est responsable ? Qui signe le rapport ? Quelles sont ses relations avec l’industrie ?

 

 

LA DURÉE D’EXPOSITION : là encore, gros point d’interrogation. La durée, c’est l’ennemi du profit. Le profit se crée aujourd’hui dans l’urgence. Qu’advient-il au rat, quand on l’expose à telle molécule chimique (mettons le Bisphénol A) pendant une longue durée ? Eh bien, aux dernières nouvelles, les effets sont au nombre de sept (je n’invente rien), parmi lesquels « l’avancement de l’âge de la puberté, l’augmentation de la survenue de kystes ovariens et de lésions sur la glande mammaire, l’altération de la production spermatique ». Et là encore, la durée apparaît comme une condition de la vérité scientifique.

 

 

J’ai dit ici, un jour, que, pour que l’industrie cesse de nuire à l’humanité, il faut qu’elle cesse d’être industrielle. Autrement dit : qu’elle disparaisse. Et comme je n’ai plus guère tendance à me bercer de rêves, fables et contes, je sais déjà qu’elle ne disparaîtra pas (« la croissance, la croissance ! »). Autant dire que les molécules en folie vont accélérer la migration des humains vers les centres anticancéreux. Sympa.

 

 

Le journal Le Monde donne ces jours-ci la parole à ANDRÉ CICOLELLA, de Réseau Environnement Santé, à l'occasion de la probable prochaine interdiction du Bisphénol A dans le secteur alimentaire. Comme qui dirait : IL SERAIT TEMPS. Il n'est pas sûr, d'ailleurs, qu'il ne soit pas déjà un peu TARD.