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mardi, 24 mai 2016

L'ORDURE OGM

Donc, Bayer propose aux actionnaires de Monsanto de leur verser au total 55 milliards d’euros s’ils veulent bien lui vendre leurs actions – à 37 % au-dessus du cours de Bourse. Le mouvement naturel du capitalisme est (pour aller vite) depuis longtemps de concentrer la puissance. Cela pour éliminer la concurrence et établir dans la mesure du possible une situation de monopole. Cela pour dicter la loi et maximiser les profits en fixant les prix. Cela se passant sur un soi-disant « marché », où la fable de la « concurrence libre et non faussée » raconte au bon peuple le conte de fées du « juste prix ». 

Monsanto et Bayer se tirent la bourre dans le domaine de la chimie, plus précisément de l’agrochimie, et encore plus précisément dans le domaine des OGM. Ne parlons pas du glyphosate, ce composant principal de l’insecticide-vedette de Monsanto, dont la France est spécialement friande. 

Stéphane Foucart, qui intitule « Un savant à notre goût » sa chronique « Planète » du Monde daté 24 mai, évoque le cas de M. Boobis (« consultant pour des organisations financées par des entreprises commercialisant le fameux glyphosate »), un scientifique qui est à l’origine du message très rassurant sur le sujet, en totale contradiction avec les conclusions du CIRC, collège de spécialistes du cancer, exempts de ce qu’il est convenu d’appeler « conflits d’intérêts ». 

C’est un truc « controversé », vous savez, ce genre de trucs sur lesquels diverses agences (CIRC, EFSA, OMS, …) composées de savants très savants s’étripent par « rapports » interposés ? Tant qu’il y a « controverse » entre scientifiques, au moins les politiques, responsables et autres décideurs ne sont pas mis en face de cruelles décisions à prendre pour protéger la santé des simples citoyens. Et pendant que les abeilles meurent en masse, les actionnaires se frottent les mains. Faire régner le doute, c'est métier, et qui peut rapporter gros à ceux qui l'exercent : voir à ce sujet l'excellent livre d'Oreskes et Conway Les Marchands de doute.

Ne parlons que des OGM. Sont-ils indispensables ? Sont-ils nocifs ? Laissons les scientifiques débattre de cette grave question. Quand on y verra plus clair, il sera bien temps de prendre une décision. En attendant, laissons la « controverse » prospérer, croître et embellir. Et n’approfondissons pas trop la question de savoir si les scientifiques embarqués dans les diverses agences en bisbille sont ou non financièrement et personnellement intéressés au prorata des résultats des recherches qu’ils mènent, telles qu’ils apparaissent dans les « rapports » publiés. Laissons de côté la question de savoir dans quelle mesure ils sont désintéressés.

Se laisser hypnotiser par la « controverse » scientifique sur les OGM, c’est suivre un chiffon rouge qui vous détourne de l’essentiel. Le plus grave n’est peut-être pas dans le « Roundupready » de Monsanto (bien que ça ne soit pas très sympathique). Le plus grave est dans les brevets qui posent la griffe d’une grande transnationale sur l’agriculture mondiale, c’est-à-dire sur l’alimentation de l’humanité. Je veux dire dans la confiscation, dans l’accaparement, par des gens surtout occupés de profits et de dividendes, des ressources collectives concernant un besoin essentiel des hommes. 

La « controverse » scientifique sur les OGM est l’arbre qui empêche de voir l’immense forêt de la Grande Privatisation de tout. La logique ici à l’œuvre aboutit à installer une barrière de péage devant tous les gestes de la vie quotidienne qui sont encore à l’abri de la dictature du « Marché ». Un certain nombre de gens qui voient un intérêt financier potentiel dans tout ce qui ne leur rapporte encore rien ont bien l’intention de s’approprier tout le vivant. 

L’ordure OGM est peut-être moins dans les manipulations génétiques que dans les panneaux « Propriété Privée, Défense d’entrer » que des bandits en costume trois-pièces sont en train de planter devant tout ce qui ressemble au Bien Commun. 

Voilà ce que je dis, moi.

samedi, 21 mars 2015

TAFTA ? TTIP ?

L’Europe (enfin, la Commission européenne, ce gouvernement non démocratique) a entamé des négociations avec les Etats-Unis. Ces négociations, ouvertes en 2013, visent à aboutir à un accord de libre-échange. Trans-Atlantic Free Trade Agreement (TAFTA) ou Transatlantic Trade Investment Partnership (TTIP) ?

Peu importe, finalement : l'important c'est que ça se passe en anglais, n'est-ce pas. Ce que veut l’Europe, c’est aussi clair aujourd’hui qu’hier. Cela s’appelle l’idéologie de « La Concurrence Libre Et Non Faussée », quelles que soient les circonstances (traduction : le rachitique mis en face d'Hercule, ça reste un combat loyal). C'est mieux et plus fort qu'un principe : ce sont les Tables de la Loi. 

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Ce que veulent les Etats-Unis, c’est aussi clair aujourd’hui qu’hier. Cela s’appelle « La Conquête Incessante De Nouveaux Marchés Au Nom De La Statue De La Liberté ». La différence avec l’Europe ? Ce n’est pas une idéologie, c’est du cynisme. D’autres appelleront ça le « Sens Des Réalités ». « Pragmatisme » si vous voulez. Doublé d'un appétit insatiable.

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Les Américains, depuis leur établissement en tant que « Nation », sont obsédés, une fois la limite franchie, par « The Next Frontier ». La liberté, ils la conçoivent sous la forme de la « Liberté Du Puissant » d'étendre sa puissance à l'infini. Et quand un des leurs est devenu puissant, ils s’inclinent et saluent le savoir-faire, la force de caractère. Ils respectent la fortune ainsi conquise. Plus il y a de "zéros" derrière le "un" sur le compte en banque, plus les marques de respect se font démonstratives, plus la reconnaissance fait du bénéficiaire une majesté. Les Etats-Unis, pareillement, respectent les ennemis puissants : s’ils ne peuvent les vaincre, ils s’entendent avec eux pourvu qu'ils ne soient pas russes.

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L’avantage avec l’Europe, pour les Etats-Unis, c’est qu’elle n’est ni un ennemi, ni une puissance : ils peuvent tout se permettre. Qu’on l’appelle le TAFTA ou le TTIP, l’accord transatlantique en négociation, tel qu’il se présente, ira le plus probablement dans le sens le plus prévisible : quelques concessions (« exception culturelle » et autres babioles, bricoles et brimborions) pour préserver la dignité des Européens, les gros morceaux pour les grandes firmes transnationales américaines. On compte sur les professionnels de la « Com' » pour faire passer la pilule auprès des opinions publiques en valorisant à outrance les babioles, bricoles et brimborions.

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Les Américains obtiendront-ils des Européens ces « Tribunaux Arbitraux » que ces firmes géantes attendent pour damer le pion à coup sûr aux Etats démocratiques et aux gouvernements élus dès que leurs législations seraient jugées trop contraignantes, et source de « manque à gagner » ? On serait entre amis et à huis clos, et tout le monde n'aurait ensuite qu'à la boucler et à courber l'échine.  

Ce n’est pas encore tout à fait sûr, mais je ne miserais guère, personnellement, sur la fermeté d’âme du négociateur européen désigné par la Commission. S’ils les obtiennent, on pourra dire avec certitude que la vassalisation de l’Europe sera accomplie : croupion du poulet au chlore de l’industrie américaine de l’agroalimentaire, l'Europe ira poser un genou en terre devant son suzerain, qui lui donnera son anneau d'or à baiser en signe d'allégeance. 

Et l'on dira : merci l'Europe.

Voilà ce que je dis, moi.

NOTE : Les illustrations de ce billet sont tirées d'un numéro du Journal des Voyages. Elles montrent une charcuterie de Cincinnatti (Ohio), aux alentours de 1880.  Juste pour se faire une idée de l'échelle à laquelle les Américains conçoivent l'alimentation humaine. Combien de temps encore l'établissement en France de « Fermes des 1000 vaches » soulèvera-t-il la colère des autochtones ? Qu'on n'a pas encore surnommés les "Aborigènes" (ce qui veut dire la même chose) ?