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dimanche, 14 octobre 2018

CLIMAT : LA RECETTE MIRACLE !

Dans la série "Des nouvelles de l'état du monde" (N°63).

Je ne l'ai encore dit à personne, mais j'ai inventé la recette miracle pour combattre le réchauffement climatique. Bon, pour être franc, je ne suis pas le seul à l'avoir trouvée. On ne peut même pas dire que c'est moi qui l'ai inventée. Mais comme je n'en entends jamais parler nulle part ailleurs que dans des journaux confidentiels ou dans des émissions écoutées par trois pelés et un tondu, j'ai décidé de la donner ici, gratuitement, dans ce blog à l'audience interplanétaire.

Parce que c'est vrai, à force d'entendre les cloches, tocsins ou glas sonnés par un nombre désormais appréciable de scientifiques et entendus par un nombre non négligeable de convaincus, et comme la chose s'est désormais insinuée dans "l'opinion publique" (entendez : le corps électoral), les responsables politiques (pas tous, et même très loin de là) ont commencé à considérer qu'ils devaient ajouter à leur arc la corde climatique, s'ils avaient l'intention d'entrer en résonance (entendez : récupérer des parts de marché) avec les gens dont ils attendent le bulletin à la prochaine échéance.

Mais attention, tous ces braves ambitieux qui se targuent et promettent d'en finir avec les maux qui accablent le dit corps électoral, n'ont pas la seule corde climatique à leur arc politique. Il y a aussi la corde "chômage-emploi-travail", la corde "impôts-taxes-pouvoir d'achat", la corde "terrorisme-sécurité-victimes", la corde "Europe-souveraineté nationale" (et quelques autres), qui représentent des parts de marché électoral à préserver farouchement contre les avanies de la concurrence. Car ça, ce sont des thèmes porteurs, de vrais incontournables.

(Soit dit entre parenthèses, le corps électoral, en général, veut du concret et de l'immédiat. Disons-le : le corps électoral, dans sa grande majorité, ne voit pas beaucoup plus loin que le bout de ses envies ou de ses obsessions du moment. Il est donc facile à berner.)

Je veux dire que la préoccupation climatique des candidats est une corde mineure. Un accessoire. C'est même la toute petite dernière des roues du carrosse, comme l'ont montré les couleuvres que Macron a fait avaler à Nicolas Hulot jusqu'à ce que celui-ci jette l'éponge. Je veux dire qu'en termes de part de marché, le climat ne saurait être considéré comme un thème prioritaire, ni même comme un thème porteur. Au mieux, dans les calculs, il est considéré comme un simple "plus", une variable d'ajustement tout juste capable de rameuter le ventre mou de la vaguelette de sensibilité écologique qui agite la surface de la population, au gré des bombardements médiatiques sur ce thème.

Mais même quand ils abordent le sujet dans leurs discours de campagne, tous les braves candidats-présidents-députés-sénateurs-maires se gardent bien de dire un seul mot de ce qu'implique concrètement dans la vie future des gens la lutte contre le réchauffement climatique. Car c'est là qu'ils prendraient des risques. Les risques qu'on prend quand on dit la vérité.

La vérité, c'est quoi ? C'est tout simple : l'humanité qui vit (ou qui s'en est fixé l'objectif) à la mode américaine, ou même seulement européenne, vit très au-dessus des moyens de la planète Terre. Autrement dit, l'humanité dépense plus que ce que la planète Terre lui fournit. Quand un ménage, une entreprise ou un Etat fait ça, ça porte rapidement un nom : le surendettement et la cessation de paiement. Elle se profile à plus ou moins longue échéance, cette faillite, mais c'est une certitude arithmétique. Et c'est l'humanité telle qu'elle fonctionne aujourd'hui qui aura mis la planète en faillite.

Le fonctionnement actuel, c'est quoi ? C'est tout simple : l'humanité qui vit à l'américaine est absolument insatiable. Elle pratique l'extraction folle : elle tape dans le capital et dépense sans compter. Elle vide la caisse à toute allure. Il y a l'extraction folle de toutes sortes de minerais qui servent à fabriquer tous les objets dont nous nous servons tous les jours comme s'ils faisaient partie de notre vie de toute éternité. Et puis il y a aussi (et peut-être surtout) l'extraction énergétique folle des substances destinées à faire tourner les moteurs de nos machines.

La vraie malédiction qui condamne notre époque, elle est dans cette logique qui meuble nos vies de masses d'objets, motorisés pour la plupart (ou branchés sur une source d'énergie, ce qui revient au même, puisque seul le carburant diffère), sans lesquels la plupart des gens qui les possèdent ne sauraient plus vivre, tant ils se sont rendus indispensables du fait de leurs effets directement palpables (les inventions techniques sont en général adoptées avec enthousiasme et sans réfléchir à cause de leur "utilité" et de leur usage "pratique" : quel progrès de ne plus avoir, dans les rues si étroites de la Croix-Rousse, à rabattre soi-même le rétroviseur !). L'existence quotidienne est devenue plus facile et plus confortable grâce à toutes ces inventions.

Et c'est vrai que le moteur est une invention prodigieuse. Mais il incarne en même temps la malédiction qui fait de notre mode vie un fléau pour la survie de l'humanité. Un modèle d'énergivoracité déraisonnable. Comme la fameuse anecdote qui court à propos d’Ésope et de la langue, le moteur est à la fois la meilleure et la pire des choses : instrument de confort et de liberté, il a été mis au service de la démence productiviste. 

Et la RECETTE, elle est précisément là : il ne faut pas se contenter d'agir pour limiter le réchauffement du climat, ce qu'il faut, c'est carrément le stopper, le réchauffement. Et pour cela, il suffirait d'arrêter les moteurs. Tous les moteurs. Et le MIRACLE dont parle le titre de ce billet, il est aussi exactement là : c'est qu'il n'y en aura pas. On le sait, il n'y a de miracle que pour ceux qui y croient. Le grand dessinateur Gébé avait autrefois conçu une gentille utopie. Il avait appelé ça "L'An 01". L'idée à l'époque avait suscité un engouement certain. Sur le ton de la fiction agréable, Gébé ne proposait rien de moins qu'une révolution.

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La couv' un peu amochée de mon EO : un vestige.

D'abord BD (1971 ou 19722, dans la revue Politique Hebdo, si je ne me trompe pas, puis en volume aux éditions du Square - Hara Kiri), c'était devenu un gentil film de Jacques Doillon en 1973. Le slogan était le suivant : « On arrête tout, on réfléchit et c'est pas triste ». Il y avait du doux rêveur chez le féroce Gébé, qui lui-même faisait semblant d'y croire. Il y avait, selon moi aujourd'hui, un irrémédiable désespoir dans la fiction rigolote de "L'An 01", qui tient pour acquise la disparition instantanée, sur un coup de baguette magique, de la totalité du système capitaliste. Une fiction qui, en fin de compte, aura fait bien du mal en répandant de façon totalement déraisonnable le sympathique mensonge que "c'est possible" et "qu'on peut y arriver (entendu sur une chaîne de grande écoute aujourd'hui même): « Avant de commencer, considérons le problème comme résolu ». Cela s'appelle aussi "prendre ses désirs pour la réalité". Alors quelle désillusion, quand la fiction se casse le nez sur le mur de la réalité !

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Une image de l'espoir, avant la désillusion (4ème de couv' de L'An 01). Le mec de gauche, qui appartient sans nul doute au système, a hélas raison. Je pense aux utopies de Notre-Dame-des-Landes, où les volontés de changement se heurtent, maintenant que l'aéroport est abandonné, aux réalités du cadastre : quel écologiste est en mesure d'agir sur le cadastre ? C'est qu'il faut l'administrer, le territoire, si l'on veut éviter les conflit entre les personnes. C'est à ça qu'il sert, le cadastre. 

Car on voit comment ça a tourné presque un demi-siècle après : l'urgence est assez rapidement devenue l'extrême urgence. Aujourd'hui, on peut dire qu'on en est arrivé à l'ultime ultimatum. Il y a quelque chose qui cloche dans le principe "optimisme". L'optimisme, moi, j'appelle ça l'espoir. Et l'espoir, je l'appelle croyance. Et la croyance, je l'appelle illusion. Les mots ne comptent pas. Seuls comptent les faits et les actes. Et cela seul devrait suffire à ouvrir les yeux.

Suitetfin demain.

lundi, 02 juillet 2018

80 KM/H : CATASTROPHE NATIONALE

Etripage national sur la limitation à 80 km/h sur les routes à double sens sans séparateur central : voilà un beau débat national qui montre, d'une part, le niveau des vraies préoccupations des Français et, d'autre part, la suprême habileté d'un Emmanuel Macron dans le maniement du chiffon rouge, du rideau de fumée et de la diversion réunis. Que signifie, en réalité, au sujet de l'état moral et intellectuel de la France, cette guerre sur la limitation de la vitesse des véhicules automobiles ?

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Une du Monde daté 1 juillet 2018.

Premièrement, que la France éternelle, la France des droits de l'homme, bref, la France, est tombée bien bas quand il s'agit des questions essentielles, telles que la survie de l'humanité en milieu de plus en plus hostile. Deuxièmement, que monsieur Macron, dignitaire en chef de la nation, a compris à merveille comment, dans une période épineuse, on dirige l'attention fiévreuse du peuple dans diverses directions secondaires, des voies de garage où la vox populi s'enlise dans les sables mouvants de la controverse futile.

Emmanuel Macron n'a pas oublié la grande leçon de Mitterrand, qui avait, en je ne sais plus quelle année, dégainé Mazarine, sa fille secrète, au moment où ça chauffait pour lui parce que des fouineurs avaient déterré l'amitié indéfectible qui le liait à un certain René Bousquet, collabo notoire. Et je me pose la question, monsieur Macron : qu'avez-vous à cacher ? A faire oublier à tout prix ?

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Accessoirement, je note que les médias, bien disciplinés, le doigt sur la couture du pantalon, se révèlent caisses de résonance idéales aux bruits que fait le pouvoir pour détourner l'attention des gens du cœur du problème : la constante aggravation des conditions qui lui sont faites par le dit pouvoir depuis lurette (effondrement programmé de l'hôpital public, mélange public/privé présenté comme solution miracle à tout, dégradation constante des conditions d'enseignement, baisse constante des effectifs de fonctionnaires de l'Etat, privatisation de tout, etc...).

Pensez-vous que ce tableau noir soit la préoccupation prioritaire des Français ? NON. Les Français s'étripent au sujet de la limitation de vitesse sur les routes à double sens sans séparateur central. Allons, tout ne va pas aussi mal que certains mauvais esprits se complaisent à le dire ! On est fier d'appartenir à un pays capable de se chamailler au sujet des limitations de vitesse. Belle opération de diversion. Bravo, monsieur Macron : vous êtes un excellent prestidigitateur !

Elle est pas belle, la France ?

jeudi, 21 juin 2018

DIVERSIONS

Des nouvelles de l'état du monde (N°56).

« NOTRE MAISON BRÛLE, ET NOUS REGARDONS AILLEURS. »

Jacques Chirac, en 2002, à Johannesburg.

Qu'est-ce que c'est, faire de la politique, dans une démocratie de masse ? C'est d'une part agir sur le réel (ou plutôt donner l'impression qu'on est en mesure de modeler le réel pour le bien des masses), et d'autre part faire participer les dites masses à ces actions (ou plutôt donner l'impression aux masses qu'elles participent aux décisions qui les concernent). Macron, à la tête du pays, montre qu'en la matière, il est un grand virtuose. Et d'une manière qui m'incite à reformuler la formule creuse de Chirac.

« Pendant que nous mettons le feu à la maison, faisons en sorte que les masses regardent ailleurs. »

J'explique : l'habileté ahurissante de Macron consiste, pendant qu'il s'efforce de parachever l'entreprise de destruction de la maison commune, à agiter des chiffons rouges pour hypnotiser les foules. Il est passé maître dans cet art qui tient de la prestidigitation. D'un côté, il met le feu à tout ce qui ressemble encore à du "bien commun" (bientôt une insulte, vous allez voir), et de l'autre, il amuse la galerie .

La maison qui brûle ? La planète, bien sûr, mais pas que. Pas besoin de reprendre l'énumération, il suffit de se tenir au courant des événements pour se trouver noyé dans l'information. Tiens, cette baleine venue agoniser sur une plage de Thaïlande, le ventre plein de sacs plastique qui l'empêchaient de se nourrir. 

La maison qui brûle ? Pêle-mêle (ça veut dire dans le plus grand désordre et dans toutes les directions, mais un tir méchamment groupé dans le temps), quelques titres dans le journal (avec les dates précises) :

Effondrement des colonies d'abeilles en France (les apiculteurs [happy-culteurs ?], en détresse, demandent au gouvernement un plan de soutien exceptionnel aux sinistrés) (8 juin) ;

Confronté à l'érosion des sols, le Rwanda reforeste massivement, (sous-titre : l'épuisement des terres menace la sécurité alimentaire du pays) (17 juin) ;

Touffeur et pollution extrêmes à New Dehli (sous-titre : une tempête de poussière piège la ville indienne) (17 juin) ;

En Chine, des citoyens sous surveillance (sous-titre : la ville de Suqian, un agglomération de cinq millions d'habitants, teste un système de notation des personnes et des entreprises censé instaurer une société plus fiable) (16 juin) ;

L'homme pousse les animaux à une vie nocturne (sous-titre : l'expansion humaine bouleverse les modes de vie des mammifères sur toute la planète) (16 juin) ;

Les Antilles face au désastre des sargasses (sous-titre : malgré un plan d'urgence annoncé par l'Etat pour lutter contre ces algues, la population se sent abandonnée) (15 juin) ;

Chute de l'intelligence (sous-titre : le QI, après avoir augmenté au cours du XX° siècle, régresse depuis 1995 dans les pays développés. Une étude sur des conscrits norvégiens permet d'attribuer cette baisse à des facteurs environnementaux et non à des causes génétiques) (13 juin) ;

Alerte, l'océan coule ! (sous-titre : Vice-première ministre de Suède, Isabella Lövin invite les autres nations à protéger l'océan pour éviter une catastrophe humanitaire mondiale) (13 juin) ;

Le métier d'enseignant ne fait plus rêver (sous-titre : les concours de recrutement de professeurs attirent moins de candidats) (13 juin) ;

Inégalités scolaires : la France montrée du doigt (sous-titre : les zones d'éducation prioritaire manquent de professeurs diplômés, selon l'OCDE) (13 juin) ;

Dans l'Utah, la bataille pour protéger Bears Ears (sous-titre : Donald Trump a ouvert à l'exploitation minière et pétrolière une région indienne classée par Barack Obama) (13 juin) ; 

La France exposée aux migrations africaines (article qui souligne que les femmes africaines sont très prolifiques : entre trois et sept enfants chacune, à comparer avec les taux européens) (12 juin) ;

"La pire crise humanitaire depuis la seconde guerre" (sous-titre : La faim augmente de nouveau dans le monde, alerte le directeur du Programme alimentaire mondial) (12 juin) ;

Chlordécone : une honte d'Etat (intertitre : et cet empoisonnement a été décidé en connaissance de cause ; autre intertitre : plus de 90% des Antillais présentent des traces de ce perturbateur endocrinien) (10 juin) (commentaire : entre les algues et le chlordécone, les Antillais sont gâtés) ;

Climat : vers 4° à 5°C de plus à la fin du siècle à Paris (sous-titre : Météo France publie ses projections pour la capitale en fonction des scénarios d'émissions mondiales de CO2) (9 juin) ;

CAC 40 : la priorité aux actionnaires contestée (sous-titre : dans un rapport, l'ONG Oxfam dénonce un partage des profits devenu très défavorable aux salariés) (15 mai) ; 

"La montée des inégalités s'impose comme une préoccupation" (15 mai) ; 

Michel Aglietta, penseur des limites du capitalisme (sous-titre : alors qu'un colloque vient de lui être consacré à la banque de France, trois chercheurs estiment qu'il est temps de suivre les voies tracées par l'économiste pour échapper aux pathologies du système) (31 mai) ;

En Tanzanie, le tourisme chasse les Masai (sous-titre : les zones interdites au peuple semi-nomade se multiplient) (12 mai) ;

Comment les humains déclenchent des tremblements de terre (sous-titre : une étude montre les mécanismes par lesquels la fracturation hydraulique, la géothermie et l'extraction de gaz provoquent des séismes (12 mai) ; 

Le fléau des batraciens venait de Corée (sous-titre : la pandémie, qui décime les amphibiens, s'est répandue à la faveur du commerce mondial) (16 mai) ; 

Une hausse de plus de 1,5°C dévasterait la biodiversité (une étude montre que limiter le réchauffement est un enjeu vital pour les animaux et les plantes) (19 mai) ; 

La France autorise une raffinerie qui va accentuer la déforestation (le préfet des Bouches-du-Rhône donne son feu vert à la bioraffinerie de La Mède, qui va exploiter 300.000 tonnes d'huile de palme par an) (19 mai) (commentaire : les deux pieds les deux mains dans La Mède) ;

La faune sauvage victime de la cybercriminalité (sous-titre : l'ONG IFAW révèle l'ampleur du commerce en ligne qui met en péril des espèces menacées d'extinction) (24 mai) ;

Bientôt des bébés à la carte ? (sous-titre : profitant des progrès des techniques de séquençage de l'ADN, des start-up américaines proposent aux particuliers, à grand renfort de marketing, une gamme de tests évaluant le risque pour eux d'avoir un enfant malade) ( 24 mai) ; 

Nicolas Hulot "sonne le tocsin" (sous-titre : le ministre de la transition écologique présentera en juillet un plan d'action contre l'érosion du vivant, après une consultation du public) (20 mai) (commentaire : monsieur Alibi et monsieur Faux-Cul ne quitteront pas le navire : la place est trop bonne) ;

Les conflits environnementaux se multiplient en Inde (sous-titre : treize manifestants ont été tués par la police dans le sud du pays) (27 mai) ;

Quarante ans de financiarisation de l'économie (dans un dossier "Les actionnaires, profiteurs ou investisseurs ?" (27 mai) (commentaire : "chérie, devine qui vient piquer ton dîner ?") ;

La pollution industrielle imprègne les habitants de Fos-sur-Mer (sous-titre : une étude relève une surimprégnation, notamment en plomb, une surexposition aux particules ultrafines, et souligne un "effet cocktail") (30 mai) ;

L'interdiction du glyphosate rejetée par les députés (assez éloquent : pas besoin du sous-titre) (30 mai) ;

La loi alimentation enterre plusieurs promesses de Macron (sous-titre : malgré les avancées, le texte est jugé comme "un rendez-vous manqué" par de nombreux députés, y compris dans la majorité) (31 mai) (commentaire : en politique, tout dans le clairon) ;

Climat : les Américains ont enrayé la dynamique (pas besoin du sous-titre) (1 juin) ;

Donald Trump, portrait d'un tricheur (commentaire : cet homme est vraiment, et collectivement, dangereux : où il entraînera les USA, là il entraînera l'Occident) (1 juin) ; 

Le modèle français du logement social en danger (sous-titre : les ponctions financières imposées au monde HLM, qui le fragilisent, ne seront qu'à moitié compensées) (5 juin) ;

Richesse : les écarts se creusent entre propriétaires et locataires (entre 1998 et 2015, l'envolée des prix de la pierre a gonflé de 133% le patrimoine des détenteurs d'un bien immobilier) (7 juin) ;

Chaque année, la contrefaçon fait perdre 60 milliards d'euros à l'Europe (7 juin).

Dernier arrivage : 

Le vignoble français est menacé par le dépérissement (sous-titre : les maladies des ceps touchent un pied sur dix) (20 juin)

La grande distribution fait son beurre sur le dos des agriculteurs (sous-titre : les prix agricoles ont progressé de 3% en 2017, selon l'Observatoire de la formation des prix et des marges des produits alimentaires) (20 juin) (commentaire : c'est beau, un "Observatoire") (détail : le kilo de jambon, en 2017, a rapporté 3,74€ à l'agriculteur et 4,17€ au distributeur, combien pour l'actionnaire ?) 

Tous ces titres et sous-titres sont tirés, mot à mot, du journal Le Monde.

Bon courage à tout le monde !

 

Emmanuel Macron n'oublie pas de faire sa part : il continue à détruire ce qu'il reste de commun dans ce qu'on appelle les biens. Il continue à désengager l'Etat de toute responsabilité, et il continue sur la lancée de tous ses prédécesseurs : comme Jospin, comme Chirac-Villepin, comme Sarkozy, il vend les bijoux de famille (Aéroports de Paris, Engie, Française des jeux, sans compter tout ce qui est en train de pointer le bout de l'oreille : Orange, PSA, Renault, quoi encore ?), il achève de privatiser le bien public pour que ce qui nourrissait le budget de l'Etat rapporte enfin quelque chose aux propriétaires privés (je caricature, mais c'est la tendance : on se souvient de la privatisation des autoroutes).

Pendant qu'il fait son Néron au petit pied face à Rome incendiée, Macron, en artiste ("qualis artifex pereo", soupirait Néron au moment de mourir), pince les cordes des "débats de société" pour amuser la galerie : il est à fond pour qu'on réprime sévèrement le "harcèlement de rue". Il est à fond (enfin, ça dépend des sondages du jour) pour la libéralisation de la PMA pour les lesbiennes et de la GPA pour je ne sais plus qui. Il est à fond pour l'entente entre les religions de France (même s'il le pense, il a peur d'affirmer que l'islam ne saurait être une "religion de France"). Il est à fond contre le racisme et l'antisémitisme. Il est à fond contre les discriminations. J'oubliais la "limitation de vitesse à 80 km/h sur les routes à doubles sens de circulation" !

J'ajoute aujourd'hui [28 juin] la réécriture de la Constitution avec disparition du mot "race", et en "écriture inclusive", s'il vous plaît.

Qu'on me pardonne, mais je ne vois dans ces bisbilles "culturelles" et concertées que des chiffons rouges, des rideaux de fumée destinés à empêcher les foules de porter leur attention sur ce qui, demain, rendra leur vie personnelle concrète plus difficile. Sur ce qui aggrave tous les jours l'état de la planète et de l'humanité. Pendant qu'on s'arrange pour que les mentalités individuelles et les subjectivités épidermiques se fassent la guerre, on ne touche pas aux processus de production, on ne touche pas à la structure de la machine : on laisse le rouleau compresseur avancer à son rythme imperturbable. 

On ne m'excusera peut-être pas, mais tant pis : pendant que la réalité des conditions de vie se dégrade un peu plus tous les jours, Macron lance de très beaux, très vifs "Débats de Société". Résultat, les gens s'écharpent au sujet des comportements des uns, de l'identité des autres, de l'aspect des choses : affaire Weinstein, avec les traîtresses qui affirment leur "droit" à être "importunées" ; compétition entre les dénonciateurs de l'antisémitisme et les ennemis de l'islamophobie ; mise au ban de la société de tout ce qui est soupçonné de véhiculer l'homophobie.

Moralité : aussi longtemps que régnera la zizanie au sein de la population sur des sujets sociétaux, les auteurs des dégâts réels infligés à l'environnement, aux ressources alimentaires, à tout ce qui fait la vie humaine agréable et désirable, pourront dormir tranquilles et se sentiront encouragés à poursuivre leurs efforts de destruction. 

Conclusion : l'art de la politique consiste à désigner la lune à la foule des badauds, pour que ceux-ci oublient de regarder le doigt qui appuie sur la détente.

Un bon politicien est un bon prestidigitateur : en donnant son spectacle, il abolit la réalité.

La prestidigitation ? Faire apparaître les choix individuels de vie comme plus importants que les conditions matérielles collectives de l'existence. Qui sont parfaitement mesurables et objectivables, elles. Ce qui n'est pas le cas des subjectivités.

vendredi, 11 mai 2018

COLÈRE DES PEUPLES

21 novembre 2016

Lettre grande ouverte aux « ÉLITES » qui ont les yeux et les oreilles grands fermés.

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Où trouve-t-on le paragraphe qui suit ? Quel révolutionnaire a pu écrire un tel brûlot ? « C’est un ouragan qui emporte tout. Les calculs des sondeurs et les prévisions des experts. Le confort des élites intellectuelles et les certitudes des milieux d’affaires. La suffisance des hommes politiques et l’arrogance des médias. Une lame de fond dont la brutalité coupe le souffle. Un raz de marée sidérant dont l’onde de choc n’épargne pas nos rivages. Dans tout l’Occident, les peuples sont en colère. Nous avions choisi de ne pas le voir. Depuis la victoire de Donald Trump, nous ne pouvons plus faire semblant. » On a vraiment l'impression que l'auteur de ces lignes en a pris plein la figure, et qu'il lâche la bride à son humeur et à sa rage. Alors qui ? Où ?

Je vous le donne Émile : dans Le Figaro (jeudi 10 novembre 2016 - eh oui, on est le 10 mai 2018, ça fait déjà 18 mois - premier jour où le bouclage du journal permettait de rendre compte de l’élection de Donald Trump), sous la plume d’Alexis Brézet, éditorialiste. L'élection de Trump, le Brexit et, n'y allons pas de main morte, le "non" au référendum de 2005, sont dus à "la colère des peuples".

En une et page 21 s’il vous plaît. J’aurais pu écrire la même chose dans les mêmes termes, moi qui ne suis pourtant pas du tout du même bord (enfin, moi qui suis de gauche-droite, car ça dépend des sujets, je ne devrais pas être aussi catégorique). Attention, Alexis Brézet n’est pas n’importe qui : l’ « ours » nous indique qu’il est « directeur des rédactions » (je note le pluriel), pas moins. Autrement dit, Alexis Brézet appartient à ce milieu particulier des « élites intellectuelles » dont il dit pis que pendre. Il appartient à ce milieu des « médias » dont il dénonce « l’arrogance ». Comme s'il reniait la famille dont il est issu. Très provisoirement, soyons-en sûrs. 

L’éditorial du Figaro du 10 novembre constitue donc une illustration magistrale de l’exercice de contrition paradoxale. Le 10 novembre, le directeur des rédactions du Figaro revêt une grande chemise, se met une corde au cou, pour (comme on ne dit plus, parce qu'on ne sait plus ce que ça veut dire) « aller à Canossa ». Mais rassurons-nous : dès le 11 novembre, Alexis Brézet est revenu de Canossa (il a pris le TGV) pour retrouver ses habits civils et son fauteuil directorial (équipé d'un dispositif du dernier cri de reconnaissance fessiale, acheté aux Chinois, des fois que des malappris auraient le mauvais goût d'essayer le fauteuil en son absence). Mais l'autocritique ne va pas, pour le "directeur des rédactions" du Figaro, jusqu'à démissionner de son poste : lucide, certes, mais pas sacrificiel. Sous-entendu : "Je prends la résolution de continuer à blablater en "une" de mon journal". Traduit en français : n'importe quoi, pourvu que ça mousse.

Si l’élection de Trump lui a flanqué un coup sur la tête, il s’en est bien remis à présent, n’en doutons pas. L’autocritique, on veut bien, mais pas question d'en faire davantage. Un moment d’égarement, rien de plus. Ce n’est pas parce que tous les gens en place se sont trompés qu'on va scier la branche sur laquelle on est assis, qu'on va renoncer à la ... disons : situation acquise, et qu’on va foutre par terre la machine économique folle telle qu'elle fonctionne, et surtout, telle qu'elle a produit, mécaniquement, Donald Trump, « ce clown, cet histrion » (dixit Alexis Brézet), désormais président démocratiquement élu des Etats-Unis d'Amérique.

Le monde doit (selon ma petite boussole personnelle) l'aberration apparente de l'élection de Trump

1 - à l'aberration du système économico-financier qui met la planète et les populations en coupe réglée pour le plus grand profit d'une toute petite caste d'ultra-riches (fonds spéculatifs, entreprises géantes et autres bandits de grand chemin), système tout entier soutenu par toutes les « élites » qui lui adressent mollement quelques critiques dessinant en creux des améliorations cosmétiques ;

2 - au dégoût grandissant de foules de plus en plus compactes pour des responsables politiques perçus comme des menteurs, des impuissants, ou des corrompus auxquels elles finissent par dire « cause toujours » (ou « merde »).  ; mais aussi

3 - à l'occultation d'une réalité de plus en plus hostile et invivable sous le couvercle épais d'un discours moralisateur déconnecté du quotidien vécu, discours fait de « fraternité », de « lutte antiraciste », de « vivre ensemble », de « nos valeurs », de « tolérance », de « combattre les stéréotypes et faire reculer les préjugés » et d'une foule de propos lénifiants en contradiction criante avec ce qui se passe dans le concret des sociétés (combien de millions de pauvres, en Amérique, en France ?).

Tranquillisons-nous : ce n’est pas une raison suffisante pour que Le Figaro modifie un iota de sa ligne éditoriale ou sa grille de lecture du monde des affaires et de la politique. Jusqu’à ce qu’un de ces jours prochains, n’en doutons pas, Trump ait fait tellement de petits (Orban, Kaczynski, Poutine, Erdogan, Al Sissi, ...) qu’une majorité des Etats occidentaux, ces démocraties si fières de leur supériorité politique, soit gouvernée par des Trump. Vous voyez le tableau ? Plein de clowns et d’histrions plus ou moins autoritaires pour nous gouverner ? Et plein de journaux Le Figaro pour leur cirer les godasses ?

Tiens, soit dit en passant et par parenthèse, on apprend que Nicolas Sarkozy, blackboulé à la primaire de la droite, vient de se faire virer de la vie politique (je dis : pas trop tôt ; mais je me méfie, il a déjà dit ça en 2012) [en 2018, il me semble qu'on peut être assez tranquilles là-dessus.] : il y a aussi des nouvelles qui font plaisir, après tout. La mauvaise nouvelle, c'est, si Fillon se fait élire en 2017, que les Français peuvent s'attendre au pire : Fillon est un cadre dirigeant au sein de la mafia ultralibérale qui exerce la dictature en matière économique, et c'est un homme qui a des nerfs d'acier (pilote automobile confirmé, il avait flanqué une frousse bleue à Sarkozy en lui faisant faire un tour de circuit). Un vrai animal à sang froid. [9 mai 2018 : inutile de revenir sur la pantalonnade Fillon.] L'autre bonne nouvelle : une déconfiture de plus des instituts de sondage. Qui vont sans doute nous servir un tas de raisons savantes et brumeuses pour nous expliquer que les prochaines enquêtes seront, elles, d'une fiabilité à toute épreuve. Revenons à nos élites.

Je vais vous dire : le jour où « les élites » décideront de laisser les manettes à d'autres, reconnaissant qu'elles ont eu tout faux après l’énième « cinglant démenti » apporté par la réalité à leurs certitudes et à leur conviction d’être dans le vrai, eh bien ce jour n’est pas près d’arriver. Autant se faire hara kiri. Vous ne voudriez tout de même pas leur ôter de la bouche la brioche, le gâteau (vulgairement parlant :  le "fromage"), n'est-ce pas.

Tout ça pour dire que l’éditorial du Figaro m’a bien fait rire : toutes les flagellations, tous les « mea maxima culpa », tous les repentirs qui ont saisi les éditorialistes du monde entier à l’élection américaine, il ne faut bien entendu pas en croire un mot. Alexis Brézet cite le « non » au référendum de 2005 et le « oui » des Anglais au Brexit, l’un comme « un regrettable coup du sort », l’autre comme « un malheureux accident », qui prouvent l’aveuglement des « élites intellectuelles ». Visiblement, il n'a strictement rien compris ! Cet aveu d'aveuglement est évidemment à considérer comme du simple "bullshit". Le Canard enchaîné dirait : "des paroles verbales". Car il fait semblant de démolir des élites dans lesquelles il se garde bien de s'inclure. Type même de l'homme de système qui se découvre anti-système. Tout par un coup, comme on disait à Lyon. En français : pour du beurre.

Parions qu’à la prochaine manifestation de la « colère des peuples », à la prochaine alerte « populiste » (Le Pen en France ?), on verra tous les Alexis Brézet des instituts de sondage, des médias et de la politique se frapper durement la poitrine en proclamant : « Nous ne l’avions pas vu venir », aller faire une petite virée à Canossa pour boire un coup avec les copains, avant de retourner à leur fauteuil confortable et aux dîners en ville. Ces élites-là aiment le changement à la condition expresse que ce soient les autres qui commencent. Le plus tard possible.

Car le diagnostic posé par Alexis Brézet est irréfutable : « Les usines qui ferment, les inégalités qui explosent, les traditions qui disparaissent (…) ont porté un coup fatal » à la « mondialisation heureuse ». Un propos que ne renierait pas L'Humanité, journal "communiste" (sauf que "traditions" ne fait pas partie de son catéchisme). Comme dirait Arsène Lupin à son vieil ennemi l’inspecteur Ganimard : « Tu l’as dit, bouffi ! » quand il se fait reconnaître de lui sous les trait du misérable « Baudru, Désiré » (je crois bien que c'est dans L'Evasion d'Arsène Lupin). Je n’ai rien contre le constat, qui me paraît tout à fait ajusté à la situation. C’est seulement la plume sous laquelle on le trouve formulé qui me paraît une grossière « erreur de casting ». Un peu comme si, dans le conte d'Andersen, c'était le roi lui même qui criait : « Le roi est nu ! ».

Quand, plus loin dans son article, l’auteur parle de « défaite du politiquement correct », derrière cette vérité apparente, il me fait encore franchement rigoler : l’hôpital qui se fout de la charité, aurait-on dit autrefois, avant la démolition méthodique de l’hôpital public (encore en cours). Comme expert en langue de bois, en politiquement correct et en pensée unique, Le Figaro se pose un peu là (mais Libération et Le Monde ne sont pas mal non plus dans leur bocal). En revanche, quand il évoque la « défaite du multiculturalisme », une variante du terrorisme politiquement correct, je le trouve beaucoup plus percutant.

En effet, selon l’auteur, le multiculturalisme, cette « nouvelle religion politique » (formule de M. Bock-Côté), « inverse le devoir d’intégration (puisque c’est celui qui accueille qui doit s’accommoder aux diversités) ». Alexis Brézet met ici le doigt sur une des raisons de la victoire de Trump : parmi les bourrages de crâne qui heurtent l’opinion de monsieur tout-le-monde (je veux dire : les gens normaux) en matière d'accueil des étrangers, c’est que c’est le pays d’accueil qui a tous les devoirs (et guère de droits). L’épée du sentiment de culpabilité est brandie par les tenants de l’humanisme humanitaire contre ceux qui contestent le dogme. Ceux qui en ont assez qu'on les prenne pour des billes : Trump s'est précisément fait élire par les gens qu'il prend pour des billes ! Admirez le paradoxe et calculez les suites.

L’injonction faite aux Français de s’adapter séance tenante aux bouleversements du monde, qui plus est selon les termes dans lesquels ceux-ci leur sont présentés par les « bonnes âmes » altruistes, est tout simplement inhumaine. Sommés de changer de vision du monde, les Français renâclent ? Mais quoi de plus naturel, contrairement aux refrains dont les prêcheurs nous gavent à longueur de médias ? La rage qui entoure le débat autour de l’ « identité » est bien la preuve du fait qu’ici se joue une partie essentielle aux yeux du peuple (pardon pour le terme), qui touche au fondement de quelque chose (quoi ? bien malin qui peut répondre). La dénégation par les « élites intellectuelles » de cette conviction intime éprouvée par une masse de gens prépare l’élection démocratique de tout un tas de « clowns » et d’ « histrions » à la Donald Trump.

Ne comptons pas sur Alexis Brézet (et ses semblables) pour tirer, en ce qui le concerne personnellement, toutes les conséquences de son raisonnement.

Il verra bien le jour où il subira les effets de "la colère des peuples", quand celle-ci s'en prendra (sans ménagement) à son petit poste de propagandiste stipendié. 

Voilà ce que je dis, moi.

jeudi, 10 mai 2018

LE TRAVAIL NE REVIENDRA PAS

Dans la série : "Des nouvelles de l'état du monde".

6 juin 2016

TRAVAIL, CHÔMAGE, ESPOIR.

En se souvenant de : "Il ne faut pas désespérer Billancourt" (la "forteresse ouvrière").

Le chômage est la première préoccupation, paraît-il, de la population. Tous les sondages, paraît-il, le font apparaître. Et tous les hommes politiques qui, on le sait, tirent leur doctrine authentique et leurs convictions profondes de la lecture quotidiennement renouvelée des dernières enquêtes d’opinion sorties dans la presse, embouchent leur trompette pour le claironner bien fort aux oreilles du bon peuple : la question qui occupe leur esprit jour et nuit, qui creuse leurs fronts responsables des profonds sillons de la préoccupation la plus haute et la plus tourmentée, c’est la question du chômage. En particulier le chômage des jeunes. Et en particulier des jeunes vivant dans les bien connues « banlieues défavorisées ». [Ajouté en mai 2018 : s'il y a beaucoup de jeunes chômeurs dans les banlieues, ce sont bien souvent des jeunes qui ne chôment pas à longueur de journée, et qui savent très bien ce que "job rémunérateur" veut dire.]

Je les vois bien, tous, là, Fillon, Sarkozy, Montebourg, Mélanchon, rentrer le soir à la maison, enfiler leur pyjama et, avant de le faire à madame, lui avouer pleins de sentiments de honte : « Chérie, je n’en dors plus : 40% de jeunes chômeurs à Argenteuil, 39% à Gagny, 41% à Aubervilliers, c’est intolérable. – Viens là, mon biquet, viens oublier en moi tes horribles soucis ». Tout le monde en est convaincu : voilà la première urgence que ces braves gens qui nous gouvernent, ou aspirent à le faire, ont constamment à l’esprit de traiter, à laquelle ils veulent remédier « toutes affaires cessantes » (selon une de leurs expressions favorites). 

On les connaît, tous ces hommes d’une sincérité jamais prise en défaut. Malheureusement, c'est une sincérité d'un genre particulier : la sincérité de l'instant présent, qui oublie l'instant d'après ce que la bouche a dit l'instant d'avant. Non : tout le monde sait que si leur sincérité était sincère, ils diraient en public quelque chose de ce genre : « Il ne faut pas se leurrer : le travail ne reviendra pas. Et s’il revient, il ne sera pas fait par des hommes, mais par des robots. Les travailleurs, dans les pays autrefois industrialisés, ne servent plus à rien ». Oui, si leur sincérité était sincère, ils pratiqueraient tous ce suicide politique. On peut toujours compter sur eux pour avoir un tel courage. 

[Ajouté en mai 2018 : le mensonge ultime, le concentré de mensonge se trouve aujourd'hui dans la bouche d'un irresponsable politique qui a nom Emmanuel Macron, qui rêve de convaincre tous les individus (un par un et collectivement) qu'ils sont les seuls authentiques entrepreneurs de leur propre vie. Les mouchoirs kleenex employés par Uber ou Deliveroo en savent déjà quelque chose. Les juristes des "plates-formes" sont déjà en train de plancher sur de futures conciliations possibles avec ce qui s'appelait autrefois le "droit du travail". Ami lecteur, sauras-tu, dans le tableau, repérer le dindon de la farce ?]

Car la vérité, elle est là : le travail ne reviendra pas. Le travail est parti quand les patrons des pays riches ont commencé à vendre les tâches de production à la Chine, puis à d’autres. Qu’on appelle ça « délocalisation » ou autrement, il n’y a pas à tortiller du croupion : ils ont cherché à accroître les marges à redistribuer en dividendes aux actionnaires (pas en salaires aux travailleurs, qu’allez-vous imaginer ?). Logiquement, il fallait diminuer la part salariale dans le chiffre d’affaires. Logiquement, il a fallu trouver de la main d’œuvre moins chère.

C’est ainsi que l’économie des pays industrialisés, avec les savoir-faire et les machines qui vont avec (je connais un Bernard M. qui a consacré une bonne partie de sa carrière à ce massif « transfert de technologie », cette pure merveille lexicale), a été vendue à la Chine et à tous les pays autrefois qualifiés de « sous-développés ». Trente ans après, on en voit les effets. J'observe au passage que le langage des économistes, en général occidentaux (car ils ont un peu d'avance conceptuelle, puisque bénéficiant d'une confortable avance concrète dans l'observation et la théorisation des faits économiques), sait miraculeusement s'adapter aux "nouvelles réalités" sans renoncer pour autant au socle infrangible de son idéologie, en adoptant des expressions furieusement modernes, comme « en développement » ou « pays émergents ». Leur imagination lexicale est sans borne, quand il s'agit de tout faire pour que ne soit pas remis en question le dogme du progrès technique et de la prospérité économique pour tous.

Le travail est parti de chez nous quand patrons et actionnaires l’ont considéré non comme un investissement, mais comme un coût. Quand le travailleur est devenu une charge pour le philanthrope qui avait la bonté de lui fournir du travail dans son entreprise. Trente ou quarante ans après, on le sait, grâce aux merveilleuses innovations techniques qui ont bouleversé le paysage, grâce en particulier à tous les miracles dus à la numérisation, grâce bientôt aux promesses que nous font les adeptes de la robotisation, on pourra penser à « relocaliser » les entreprises. 

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Le pont reliant l'île Seguin au continent, à l'heure de la fermeture à Renault-Billancourt. C'était à l'époque du plein-emploi. L'âge d'or, quoi.

La seule petite différence, c’est qu’à la place de l’énorme fourmilière qui voyait défiler des milliers de bonshommes en chair et en os, on va voir fleurir des néo-usines où quinze personnes suffiront pour surveiller les cadrans informant sur la marche des robots. Tous les autres bonshommes seront entre-temps devenus superflus. A l'Etat et aux braves gens de remplir leur sébile pour qu'ils ne crèvent pas de faim. 

Le travail ne reviendra pas. Oh si, on va vous dire que l’économie va créer de « nouveaux emplois » (notez le changement de vocabulaire : on ne parle plus de « travail », on n’ose plus, quant au noble mot de « métier », n'en disons rien, tant il est devenu obsolète). On appelle déjà ça « service à la personne » ou « économie sociale et solidaire ». On en voit, dans nos rues, de ces vieilles personnes qui tiennent à peine debout, qui se font aider, pour faire leurs courses, par des « AVS ». Aides à la Vie Sociale. Pas un métier, non : un "emploi". Un emploi que certains n'hésitent déjà pas à appeler des « bullshit jobs ». Il existe bien, dans la bouche d'un "bullshit president" qui parle américain des "bullshit countries".

On va vous inventer de nouveaux sigles pour fournir aux jeunes ce qu’on appelle des « emplois aidés » : on récompense les patrons qui acceptent de ne pas laisser un jeune traîner dans les rues, et sur le dos du contribuable, bien sûr. Voilà de la belle redistribution des richesses. On va même (ça vient d'être refusé par les Suisses lors d'une "votation") jusqu'à imaginer de distribuer à chaque individu vivant un "Revenu Universel", par principe et quoi qu'il arrive. Comme le chantait le grand Félix Leclerc, « le meilleur moyen de tuer un homme, c'est de le payer à ne rien faire ».

On va enfin ouvrir de nouveaux créneaux prometteurs sur le front de l’ « ESS », vous savez, la fameuse « économie sociale et solidaire ». Croisons les doigts, crachons en l’air ou pissons dans un violon. Ou encore, puisque nous avons perdu le travail et que quelqu’un nous l’a pris, brûlons un cierge à Saint Antoine : « Saint Antoine de Padoue, vieux filou, vieux grigou, rendez ce qui n’est pas à vous ». Ouais ! On peut toujours essayer. 

Quand il y avait 300.000 chômeurs en France, dans les années 1970, les syndicats étaient dans la rue (ah, qu'il était beau, le slogan : « Qui-sème-la-misère Récolte-la- colère ! »). En 1991, quand il y en a eu 750.000, tout le monde pensait que la marmite allait exploser. Aujourd’hui, les petits messieurs qui font semblant de nous gouverner, avec le minuscule en chef qui fait semblant de présider aux destinées de la France, attendent désespérément que « la croissance revienne » en espérant pouvoir enfin se targuer d’avoir « inversé la courbe du chômage ». Les esprits chagrins objecteront que plus il y a de la croissance, plus la planète a du mouron à se faire, et que donc, il ne faut surtout pas que la croissance revienne. Passons.

Combien de chômeurs aujourd’hui en France ? 4.000.000 ? Un peu plus ? Un peu moins ? On ne va pas se battre là-dessus : de 300.000 à 4.000.000, je compare juste les chiffres à quarante-cinq ans de distance. Et sur la longue durée, il n’y a pas à s’y tromper : le travail a foutu le camp. On nous dit que nos voisins, Allemagne, Grande-Bretagne, Espagne, Italie font bien mieux que nous, parce qu’ils ont « eu le courage de faire des réformes impopulaires mais indispensables », et que la France fait figure de canard boiteux, toujours « en retard » et « incapable de se réformer ». 

Satané Code du Travail, le pelé, le galeux d'où venait tout le mal !!!! Tout le monde crie : Haro sur le baudet !!!! C'est tout la faute au Code du Travail !!!! 

Voyons ça de plus près. Au Royaume-Uni, qui a inventé le « contrat 0 heure », on compte, selon le Guardian, 40% de « working poors ». Combien de ces « travailleurs pauvres » en Espagne, où le taux de chômeurs comptabilisés vient de repasser au-dessous des 4.000.000 ? Combien de « travailleurs pauvres » dans l’Allemagne qu’on nous présente comme un modèle ? En Italie ? Ailleurs ? Et en France, au fait, combien de pauvres ? Les compteurs de pauvres ne sont pas d'accord entre eux. Ce qu'on peut se dire, c'est que la pauvreté a de beaux jours devant elle. Bientôt, c'est ceux qui ne seront pas complètement dans le besoin qu'on appellera les "nantis". [8 mai 2018 : il y a environ 9.000.000 de pauvres en France aujourd'hui.]

Le travail ne reviendra pas. Que se passera-t-il, le jour où un homme politique complètement inconscient, bourré ou shooté, sur le plateau du 20h de TF1 avouera cette vérité ? Que fera la population, quand ces rats dont le métier est d’entretenir dans la population, à tout prix et à coups de mensonges, l’espoir de lendemains meilleurs, pour continuer à croquer impunément dans leur fromage, proclameront enfin cette vérité : le travail ne reviendra pas ? Qu'adviendra-t-il quand le bon peuple aura été mis, définitivement, en face de cette vérité brutale, violente et désespérante ?

En redoutant que ce jour improbable arrive, ils serrent les fesses. A mon avis, ils ont intérêt à se muscler le sphincter anal, parce qu'ils n'ont pas fini d'avoir peur.

Pourquoi croyez-vous que les mesures de sécurité se multiplient, s'aggravent et resserrent le nœud coulant autour du cou de la population ? C'est juste parce que Hollande et ses pareils ont une trouille bleue. C'est juste parce que les "zhommes politiques" (Coluche) n'ont pas envie que des circonstances perturbantes les empêchent d'honorer madame, le soir.

Moralité : puisque la vérité est désespérante, il faut désespérer les Français ! Là, ils se réveilleront peut-être.

Voilà ce que je dis, moi.

[8 mai 2018 : le malheur, c'est que les Français refusent, et refuseront obstinément de se laisser aller au désespoir. Ils ne veulent pas voir les choses en face. Ils ont encore trop de satisfactions personnelles pour se dire qu'on est à la veille d'une gigantesque, et sans doute brutale, redistribution des cartes.]

dimanche, 06 mai 2018

A PROPOS DU JOURNAL "LE MONDE"

J'adresse mes excuses au lecteur éventuel : une bonne partie du billet ci-dessous a pu être lue hier, en préambule du billet de 2015 remis en ligne. Il se fait qu'après-coup j'ai ajouté à ce préambule (destiné à montrer que sur le front de l'écologie, la situation progresse du même pas décidé qu'une plaque tectonique qui aurait l'éternité devant elle) une note sur le journal Le Monde qui a connu un tel développement qu'il a fallu trancher, pour en faire un "billet neuf", frais sorti de la machine, qui a fait bifurquer le centre de gravité du propos. Ben oui, pourquoi un centre de gravité n'aurait-il pas le droit de bifurquer ? Certain ancien président avait bien le droit d'annoncer l' "inversion de la courbe du chômage" ! Ceux (pardon : celle-zéceux) qui auraient déjà lu le "préambule" hier peuvent se reporter directement à la note, en bas.

Le résultat concret de la saisissante prise de conscience planétaire de la gravité de la situation est immédiatement perceptible. Il suffit de lire le journal Le Monde, ce journal autrefois estimable, et qui ne sert à présent, hélas, plus à grand-chose d'autre que de jouer les "lanceurs d'alerte" à propos de l'état de la planète, dans sa rubrique "Planète", la bien nommée, cornaquée par Stéphane Foucart. Pour beaucoup d'autres rubriques (exceptons la page "Sports", par charité, où il n'arrive cependant pas à égaler la coruscance des comptes rendus de matches de foutbal de L'Equipe), Le Monde ne sait apparemment plus ce que veut dire le verbe "informer" (j'exagère, évidemment¹). Mais alors pardon, comme lanceur d'alerte en écologie, Le Monde nous donne très récemment deux preuves qu'il est encore capable de transmettre ce qu'on appelait de l'information. A l'époque de l'information.

[pour le reste du préambule, voir hier] 

NOTE ¹ : je dis souvent du mal du journal Le Monde, mais je reconnais que ce n'est pas entièrement de sa faute, et que les journalistes, dans leur grande majorité, font leur boulot. Je veux dire par là qu'ils font ce que leur "N+1" leur demande, et que c'est la façon dont l'exercice de la profession est enseigné et pratiqué qui pose l'un des problèmes principaux. Et que ce ne sont pas les journalistes de base qui ont décidé de consacrer des pages et des "suppléments" du "journal de référence" aux défilés de mode, à l'argent, au luxe, aux montres à la mode (chères si possible), aux sports et à tout un tas de futilités qui obscurcissent le paysage et noient à l'occasion ce qu'il reste d'information. Même le supplément quotidien "éco&entreprise" envisage le monde de l'économie, en général, du point de vue de ceux qui sont du côté du manche. 

Je recommande toujours la lecture de Les Petits soldats du journalisme, de François Ruffin, sur la façon dont le métier est enseigné à Paris, au CFJ, Centre de Formation des Journalistes ; le regard indéniablement orienté et tout à fait partial d'un militant (il fait parler de lui ces jours-ci), mais un regard convaincant sur la façon dont les responsables en fonction dans les médias, et qui jouent les professeurs au CFJ (élite de la profession et futurs employeurs), conçoivent le métier aujourd'hui : vendre de la soupe (et précariser à outrance la profession dans ses bas échelons). Il est impardonnable de concevoir l'information à partir de la (supposée) demande du lecteur pour "construire" une "offre" capable d'y répondre, au lieu de relater des faits dûment vérifiés et recoupés et d'en proposer des analyses, fût-ce au détriment de la sacro-sainte "ligne éditoriale". C'est cette dérive qui me fait dire du bien de la rubrique "Planète" du journal Le Monde. 

Je ne parle pas des interférences que peut produire sur la transmission de l'information le fait que le média (écrit, audio ou visuel) soit entre les mains d'un milliardaire et que la liberté des journalistes peut s'en trouver altérée. On ne sait jamais : Lagardère, Bolloré, Niel, Pigasse, Dassault et autres grands oiseaux de proie ont le bec dur et la griffe acérée.

Je ne parle pas non plus des pages politiques du Monde : la vie politique, en France et ailleurs, en est à un tel point de déréliction que les hommes et les femmes qui s'affirment capable d'agir sur le réel en sont réduits à produire du discours et du discours pour faire croire qu'ils agissent, et que la rubrique "Politique" se réduit à répercuter des discours et des discours, qui ne seront jamais des actions, ni des faits. Si action il y a, les conflits (SNCF, Air France, tous ceux passés et à venir) s'inscrivent dans un processus beaucoup plus général, qui consiste à réduire à néant, partout dans le monde, les droits des travailleurs, y compris dans la presse d'information : de vrais journalistes ne devraient pas avoir de mal à désintoxiquer les lecteurs submergés de cette propagande ("libérer les énergies", "start-up nation", tous entrepreneurs de notre existence, et autres fadaises ultralibérales). Est-ce que ce serait contrevenir à la sacro-sainte impartialité ? Et surtout : est-ce qu'ils resteraient longtemps en place ? 

Un coin de ciel bleu troue cependant parfois ce couvercle : le CIIJ, ce "Consortium International des Journalistes d'Investigation", où des centaines de professionnels de plusieurs dizaines de journaux du monde entier s'unissent pour aller chercher (on appelle ça "investigation") l'information là où ça gratte le plus les puissants du système. On leur doit les "Panama papers", "Paradise papers" et d'autres publications à haut pouvoir détonant. Il faut hélas s'armer de patience pour observer les effets de ces démarches courageuses. 

Et ce que je ne comprends pas, c'est qu'il y ait une telle foule de journalistes à faire le siège des hommes politiques en vue, ou à faire la cour à plat ventre devant ceux qui sont les plus proches du "pouvoir", pour mendier en "on" ou en "off" un "tuyau" en "exclu" ("-sivité"). La vie politique en France est plate comme une bourse vide : il ne s'y passe rien ou presque. La politique a déserté le pays : un ambitieux y a pris le pouvoir par effraction et en profite aujourd'hui pour transformer le pays en entreprise capable de rivaliser avec les autres sur la scène mondiale. Le pouvoir, messieurs les journalistes, ne se trouve plus au cœur des instances politiques, mais des instances économiques. C'est de ce côté qu'il faut aller chercher les vraies informations sur les projets que nourrissent pour le monde et les populations les vrais détenteurs du pouvoir. Et ce n'est pas dans les discours de ces gens-là que les vrais journalistes trouveront les vraies informations.

Ce n'est pas pour rien que quelques cercles essaient de faire passer en ce moment même une loi "sur le secret des affaires", bien pratique pour les grands vautours d'entreprise, et bien à même de dissuader les organes de presse trop curieux de s'intéresser de trop près à leurs "affaires". Les journalistes les plus courageux auront bien du mérite à vouloir diriger leurs investigations dans cette direction, de plus en plus périlleuse pour qui veut tirer au clair les nouveaux mécanismes du vrai pouvoir : des armées d'avocats et de financiers sont déjà prêts à partir à l'assaut des plus fortes têtes, pour les réduire au silence avec la bénédiction de leurs moyens de mettre à leur service les moyens de la LOI (l'Europe n'est plus à cet égard à l'abri du pire : Ian Kuciak, le Slovaque, et Daphne Caruana Galizia, la Maltaise, deux Européens, ont payé de leur vie leur curiosité "mal placée").

Et, pour finir, je ne parle pas non plus du fait que les Français, à bien y réfléchir, se moquent de l'information. Veulent-ils seulement savoir comment va le monde ? D'abord, ils ne lisent pas la presse dite précisément d'information. Allez-y, directeurs de publication du Monde, du Figaro et de Libé, courage, osez, avouez, publiez les vrais chiffres de vente et l'étendue réelle de vos "lectorats" respectifs.

Non, les Français se fichent d'être véritablement informés. Ils veulent du spectacle, de l'émotion, des larmes, du solidaire. Inlassables, ils font des "marches blanches" à la suite d'un drame en clamant "Plus jamais ça", mais des informations, c'est-à-dire des éléments consistants et des faits qui, avec un peu de réflexion, leur permettraient  de comprendre le monde dans lequel ils vivent et d'agir en fonction, ça, ils n'en veulent pas. Ils sont avides d'internet, de réseaux sociaux, de "fake news", de théories du complot et autres histoires. Ils veulent qu'on les protège, qu'on les console, qu'on les réconforte, qu'on les indemnise et qu'on les prenne en charge : ils ne veulent plus être libres.

Les Français sont aujourd'hui des clients, des enfants, des consommateurs, des patients, des téléspectateurs, des électeurs, etc. Plus rarement des manifestants, encore plus rarement des casseurs, spectaculaires – et très opportuns pour couvrir de vacarme le bruit des râleurs (tiens donc, comme ça tombe bien !). En gros, ils sont des consommateurs de la démocratie. Ils ne veulent pas que leurs "données personnelles" soient vendues à tous les vents, mais ils soignent et nourrissent leur "page Facebook", qui est précisément faite pour leur en soutirer un maximum. Ils ne veulent plus faire face, ils ont baissé les bras, ils subissent, ils se plaignent, ils souffrent, et ils n'aiment pas ça. Les Français exigent aujourd'hui d'être gouvernés par les émotions. Ça, un peuple ? Oui, mûr pour la servitude.

Au fait, vous connaissez, « Liberté, Liberté chérie, sous ton drapeau, que la victoire accoure à tes mâles accents » ? Une telle phrase a-t-elle encore un sens aujourd'hui en France ? Moi, la seule réaction que m'inspire cette déchéance, c'est celle qu'Henri Béraud a mise sous le nez des Allemands, en pleine occupation, qui osait crânement écrire dans un journal parisien de l'époque :

« Français, tiens-toi droit ! ».

Cette injonction vaut aussi pour les journalistes.

lundi, 30 avril 2018

EN ATTENDANT L'EFFONDREMENT 1

22 juin 2015

Le pape François a raison !

1/3 

SERVIGNE & STEVENS.jpgLe monde est en mauvais état, ça commence à se voir et même à se savoir. Le pape François en personne s’en est aperçu, c'est dire (cf. son "encyclique" Laudato si). Mais l’Eglise catholique est dans un tel délabrement que je n’ai plus envie d’appuyer sur la détente. On nous fait un ramdam pas possible au sujet du ramadan. On s’est bien gardé, le 25 mars, de signaler aux chrétiens le jour de l’Annonciation, que je sache. Plus la France se musulmanise dans les médias et dans la rue (sur le refrain : « Il faut être tolérant, voyons ! »), plus j’ai envie de revendiquer les racines chrétiennes de ma culture, même sans avoir la foi. Mes racines les plus profondes sont là, et nulle part ailleurs. Puisque d'autres revendiquent avec force (et même parfois avec violence) leur identité, je ne vois pas pourquoi je n'affirmerais pas la mienne. Ce serait bien mon tour. Passons.

Le pape a donc raison avec son encyclique dédiée à l’état de notre environnement naturel. Qu’on examine la santé de la planète, qu’on mesure les ressources en eau ou en alimentation (leur qualité, les substances diverses qu'on nous fait avaler), actuelles et futures, que l’on comptabilise les kilomètres carrés de forêts qui disparaissent, qu’on assiste, effaré et impuissant, à la cancérisation du Moyen Orient et de quelques régions d’Afrique par des mafias impitoyables armées de leur islam guerrier, chassant sur les routes de l’exil des troupeaux de réfugiés, qu’on écoute la litanie interminable des déboires économiques qui attendent encore la France, – quoi qu’on fasse, on ne peut que constater les dégâts. 

Quand on aborde les problèmes un par un, on pourrait presque se prendre à espérer en des solutions, et se dire que le pire n’est pas toujours sûr. C’est quand on les met bout à bout que le tableau d’ensemble commence à apparaître et à devenir effrayant. C'est la somme des maux qui touchent la planète et l'humanité, c'est aussi la diversité de leurs causes et de leur origine qui finissent par paraître menaçantes et monstrueuses. Les lieux du monde où sévit le Mal sous toutes ses formes tendent à se multiplier, et les multiples façons dont le Mal s’exprime tendent à envahir le paysage. Même pas besoin d’être pessimiste : il suffit de se tenir informé et de garder ouverts les yeux et les oreilles. 

C'est la raison pour laquelle on a bien du mal à comprendre l’optimisme, fanatique autant que ravageur, qui habite certains commentateurs et observateurs soi-disant « avertis », genre Laurent Mouchard-alias-Joffrin, de Libération (pas le seul, hélas), qui persistent dans une stupéfiante confiance dans le « Progrès » indéfini de l’humanité et dans les solutions techniques aux problèmes que la technique a engendrés (l'innovation au secours des dégâts des innovations précédentes : le pompier venant éteindre à coups de pétrole l'incendie qu'il a allumé).

Je n’ose croire qu’ils se vautrent sciemment dans le mensonge, sauf à imaginer qu’ils en tirent un bénéfice personnel, à la façon de ces « think tanks » à l’américaine qui, largement subventionnés par les intérêts de ceux qui y ont intérêt, vous déversent à la demande du climato-scepticisme comme s’il en pleuvait ou de la croyance absolue dans les bienfaits des OGM ou des néo-nicotinoïdes dans l’agriculture. 

Je viens d’apprendre l’existence d’un livre (Osons rester humains. Les impasses de la toute-puissance) de Geneviève Azam au sujet de la si fragile toute-puissance de l'humanité actuelle. Je le lirai peut-être [ce n'est toujours pas fait trois ans après : effet de saturation ?]. La dame, à la radio, parle en tout cas de façon pertinente et mesurée. Et le vieux poids lourd Edgar Morin lui apporte son soutien en écrivant "Lu et approuvé" dans Libération du samedi 20 juin (même jour que le Terre à terre de Ruth Stégassy, qui avait invité Geneviève Azam dans son excellente émission, sur France Culture).

MORIN EDGAR.jpg

Mais aujourd’hui, je veux évoquer le petit volume de Pablo Servigne et Raphaël Stevens, Comment tout peut s’effondrer (Seuil, collection « Anthropocène », avril 2015). Car l’ambition de ce bouquin est précisément de mettre bout à bout les problèmes qui menacent l’humanité. Le sous-titre est éclairant : « Petit manuel de collapsologie à l’usage des générations présentes ». Je le classerai parmi les « mauvais bons livres ». Je dirai pourquoi. 

« Collapsologie », donc. Pourquoi pas ? Le terme existe sans doute déjà, dans cette Amérique qui a tendance à nous envoyer, avec quelque retard, toutes ses trouvailles, jusqu’aux plus débiles, saugrenues et malfaisantes. Mais « générations présentes » est aussi à relever : pour les auteurs, les menaces qui pèsent sur la planète ne doivent pas être pensées dans un lointain futur, mais sont à prendre en compte dès aujourd’hui. 

Va donc pour cette nouvelle discipline scientifique : la science des effondrements. Drôle d’idée quand même de faire de l’effondrement un objet d’étude scientifique. D’ériger l’effondrement en concept, en objet d’observation en soi. Je ne comprends pas bien cette tournure d’esprit, qui pose un objet largement conceptuel sur la paillasse pour voir s’il obéit à des lois qui lui sont propres.

Ça me fait un peu penser à une des définitions qu’Alfred Jarry donne de la « ’Pataphysique » : « … la ’pataphysique sera surtout la science du particulier, quoiqu’on dise qu’il n’y a de science que du général. Elle étudiera les lois qui régissent les exceptions … » (c'est dans les Gestes et opinions du docteur Faustroll, pataphysicien). J'adore quant à moi les lois qui régissent les exceptions. Sans exception.

De là à voir dans « l’effondrement » un objet pataphysique, il y a un pas que je me garderai de franchir, tout en esquissant le geste. Je veux dire que j’ai un peu de mal à envisager un concept qui s’appellerait « effondrement » : il faudrait disposer d’une belle série historique d’effondrements passés pour difficilement en tirer des enseignements de quelque validité. L’Empire romain, les Mayas (qui sont cités), je veux bien, mais scientifiquement, ça paraît bien léger. Y a-t-il des "lois" qui président aux effondrements ? Ou, plus probablement, chacun est-il un exception ? Un cas unique ?

On n'est finalement pas très loin de la 'Pataphysique, il me semble. Que les auteurs n'aient aucun souci, ils ne risquent rien : « La 'Pataphysique est la science ... » (dernière phrase du Faustroll).

Voilà ce que je dis, moi.

mardi, 24 avril 2018

ISLAM DE FRANCE ET ANTISEMITISME

Il y a beaucoup de gens que je n'aime pas du tout, dans la liste hétéroclite et copieuse (un vrai "inventaire à la Prévert", y compris le raton-laveur) des signataires du "Manifeste des 300" sur le "Nouvel antisémitisme". Mais sur le fond, le salopard auteur du texte (je me refuse à citer son nom) et tous ceux qui y ont apposé leur signature ont raison, je suis contraint de le reconnaître : la France est redevenue une terre d'antisémitisme depuis que le nouvel islam conquérant a fait reconnaître ses droits "religieux" par ce qui n'est plus une "République laïque". Je plains terriblement les pauvres Tarek Oubrou (imam de la mosquée de Bordeaux), Dalil Boubakeur (mosquée de Paris) et autres dignitaires sûrement respectables et bien intentionnés (je dis ça, mais je n'ai pas la preuve) de se sentir obligés de monter au créneau, parce qu'ils ne veulent pas d'une "stigmatisation" de l'ensemble de la communauté musulmane. 

Je comprends leur visée diplomatique : ils ne veulent se mettre personne à dos. Mais leurs dénégations pleines de craintes diverses pour l'avenir (qui pourraient, à la limite, être interprétées comme des menaces, voire un chantage) ne doivent pas occulter la réalité actuelle de l'islam de France : si l'on peut parler aujourd'hui du retour d'un antisémitisme de masse, nous le devons exclusivement à l'incroyable espace que s'est ouvert l'islam sur le territoire français. Nous le devons à l'empiétement progressif et méthodique d'un islam rigoriste et rétrograde sur l'ensemble des libertés dont nous jouissons encore aujourd'hui en France, et dont la moindre n'est pas celle de ne croire en aucun dieu (l'islam interdit au croyant de ne plus croire – crime d'apostasie – et le droit de ne croire en rien est, pour les musulmans, un acte d'impiété, un blasphème, un outrage à dieu, un sacrilège digne des pires supplices). 

S'il reste des antisémites de France en France, c'est à l'état groupusculaire et résiduel qu'ils survivent tant bien que mal, quelque part dans les extrêmes-droites (avec des allumés d'extrême-gauche rouge-brun ou islamo-gauchistes qu'on se demande comment ils ont atterri là). Il n'y a pas de nouvel antisémitisme chez les Français d'extraction européenne. Il n'y a pas de problème de laïcité en France. Il n'y a que trois problèmes : l'islam, l'islam et l'islam.

Parce que, derrière tous les musulmans bien intentionnés qui ne demandent qu'à s'intégrer, il n'est pas difficile, pour qui sait écouter et regarder, de discerner, dans le brouillard artificiel qu'ils s'efforcent de répandre autour de leurs agissements, le militantisme et l'activisme de tout un tas de gens aussi discrets qu'ils se veulent efficaces (et qui se tirent la bourre, entre salafistes, wahabites, frères musulmans, adeptes du tabligh, sectes diverses, etc., etc.) auprès des populations venues du Maghreb, d'ailleurs et même de France.

Ces gens travaillent. Et leur grande force (j'allais dire leur supériorité), c'est qu'ils ont l'éternité devant eux. Pensez, par comparaison, à l'inimaginable volontarisme actif (et sacrificiel) des premiers évangélistes chrétiens qui ont répandu le catholicisme en Europe du deuxième siècle de notre ère à Charlemagne (pour aller vite), pour faire de notre continent la patrie d'une civilisation qu'on est bien obligé de reconnaître supérieure à tout ce qui s'est fait auparavant et partout ailleurs en matière de civilisation (puisqu'elle a fini par englober toutes les autres : appelons-la la civilisation du rayonnement intellectuel, de la technique régnante et de la marchandise).

Marcel Gauchet le redit dans Le Désenchantement du monde : « Le christianisme est la religion de la sortie de la religion ». C'est peut-être en cela que la civilisation européenne a fini par dominer le monde (abâtardie, hélas, par la prise de pouvoir de l'Amérique sur l'ensemble du monde, y compris sur la "vieille Europe", engluée dans les "valeurs" et la "morale"). Je crois en la supériorité de la civilisation européenne sur toutes les autres formes de civilisation.

Entre autres signes de la supériorité de la civilisation occidentale (je n'ai pas dit "américaine", je devrais peut-être dire "européenne"), j'en vois une preuve dans le fait que le rôle de la basse dans la Neuvième de Beethoven est tenu par un certain Kwangchul Youn, dans le concert retransmis sur France Musique le jeudi 26 avril 2018. J'en avais vu une autre dans le fait qu'un Japonais avait consacré dix ans de sa vie à copier méticuleusement la Crucifixion de Grünewald au musée Unterlinden de Colmar. Si ça ne s'appelle pas du rayonnement universel, j'aimerais qu'on me dise ce que c'est.

Les responsables politiques français sont trop lâches : à les entendre, notre civilisation est sur la défensive et n'a plus rien à apporter au monde, sinon une immense repentance et une éternelle culpabilité pour le mal qu'elle a fait au monde en même temps que tout le bien qu'elle lui a apporté. Bien et mal sont rigoureusement inséparables dès le moment qu'une culture devient dominante pour imposer son style et tout son bagage à toutes les autres. Je ne reconnais presque plus rien de la civilisation européenne dans ce que l'américanisation frénétique de nos objets et de nos esprits en a fait.

Au sujet de l'islam, les responsables politiques français sont trop lâches pour dire la vérité à ce sujet et affronter de face la réalité du problème de l'offensive en cours – car c'est d'une offensive qu'il s'agit –, qui prend, tour à tour et selon les circonstances, le visage aimable du musulman bien intégré (par exemple CFCM, pourquoi pas ?) et le masque hideux du fanatique prêt au djihad et au sacrifice de sa vie (pourvu que ce soit aux dépens de celle des autres). Les deux ne sont peut-être pas interchangeables, mais ils sont issus du même tronc de la même plante. S'ils étaient dotés d'un minimum de courage et de lucidité, les responsables politiques français se rendraient compte de la réalité de la menace que fait peser cet islam conquérant sur l'avenir de la France.

Ils feraient ce constat qu'une majorité de musulmans, en France, déteste les juifs, et cela pour une raison bien connue : la domination colonialiste de l'Etat d'Israël sur l'ensemble de la Palestine, qui ne laisse aux Palestiniens que des lambeaux de plus en plus réduits de territoire. Et la situation ne cesse de s'aggraver (essor incessant de la colonisation de la Cisjordanie, essor inexorable des partis fondamentalistes,  ultra-religieux et d'ultra-droite en Israël). Et plus la situation s'aggravera là-bas, plus les musulmans présents sur le territoire français prendront fait et cause pour leurs "frères". Les juifs de France n'ont pas fini d'avoir des soucis. Et l'on peut bien s'en douter : après les juifs, on trouvera un jour dans la ligne de mire les Français de la France chrétienne ou athée.

On entend déjà bien, ici ou là, de temps en temps, résonner des « sales Français », dans la bouche de gens qui savent pourtant très bien, le moment venu, sortir la même carte d'identité que les "sales Français". Tout dépend du contexte et des circonstances, "musulman" étant une identité éminemment plastique puisque, du guerrier assoiffé de sang au père tranquille attaché à ses "cinq piliers", en passant par le voyou, le buveur d'alcool et le mangeur de porc, il y a, par définition, TOUT dans la collection d'islams qu'on nous présente quand il y a débat. Et pour moi, qui ai lu tout le Coran (dans la traduction si prudente et modérée de Jacques Berque), ce n'est pas tel ou tel verset qu'il faut jeter à la poubelle, c'est l'ensemble de ce mélange d'invraisemblable salmigondis et de bouillie indigeste. Un mélange dont suintent, à presque toutes les pages, la haine des chrétiens et des juifs. Presque tout le Coran (si l'on excepte de timides appels à la tolérance) est antisémite et antichrétien. S'il y a antisémitisme en France aujourd'hui, on le doit au Coran littéral, à l'islam, aux musulmans installés en France. 

Ce n'est sans doute pas pour rien que Tarek Oubrou, invité chez Alain Finkielkraut, avait porté plainte contre son interlocuteur juif, Georges Bensoussan, qui avait osé proférer cette vérité active dans bien des familles : « Les petits musulmans tètent l'antisémitisme avec le lait de leur mère ». Il semble bien, en l'occurrence, que ce soit ce dernier qui ait raison. Il n'y a pas d'islam de France, il n'y a qu'une religion en phase conquérante, qui apporte avec elle l'antisémitisme omniprésent au Proche-Orient et qui pousse ses avantages en s'appuyant sur les faiblesses mêmes que lui offre le ventre mou de la démocratie. La terre française rejette, historiquement et viscéralement, la foi musulmane, aussi fort qu'elle rejette aujourd'hui, malgré les délires de BHL (le très oubliable auteur de L'Idéologie française, 1981), l'antisémitisme.

dimanche, 15 avril 2018

OGM : CONFISQUER LE VIVANT ...

... A SON SEUL PROFIT ! 

 

28 février 2012

 

Il n’y a pas de raison, en matière d'OGM, de donner la priorité à un quelconque "débat scientifique" sur les éventuels effets néfastes de ces semences d'un nouveau genre. « Nous l’allons montrer tout à l’heure », comme aurait dit La Fontaine (Le Loup et l’agneau). C’est juste une histoire de pognon et de domination. D’appropriation de la vie par une secte avide de pouvoir, façon scientologie.

 

Je ne sais pas si vous suivez les péripéties politiques, législatives, judiciaires et sanitaires des OGM en France (et en Europe). Vous avez peut-être vu la belle (enfin disons, pas laide) Nathalie Kociusko-Moriset : elle a été tout récemment promue porte-parole du récemment proclamé candidat Nicolas Sarkozy.

 

Avant que son ministère de l’écologie soit ainsi supprimé, elle a eu le temps de claironner que le Mon810, maïs génétiquement modifié par la firme Monsanto, allait être de nouveau interdit par décret, suite à l’annulation de la précédente interdiction par le « Conseil d’Etat » (institution suprême), annulation incompréhensible pour le commun des mortels. 

Accessoirement et entre parenthèses, la firme Monsanto vient d’être condamnée à Lyon pour avoir intoxiqué Paul François, agriculteur en Charente, qui avait inhalé par accident du « Lasso », parce qu’il avait confondu – quel étourdi, quand même ! – les flacons de son eau de toilette préférée et de son pesticide favori. Fermez la parenthèse. 

Cela tient du feuilleton, et même de la série américaine. Ça tombe bien, puisque ça vient précisément d’Amérique. « Dis papa, c’est loin, l’Amérique ? – Tais-toi et nage. » Visiblement, ce n’est pas assez loin. Ils auront vraiment tout exporté, les Américains. Et Michel Sardou peut bien chanter : « Si les Ricains n’étaient pas là, ... », cela n’empêche pas qu’ils nous en ont fait bouffer, de l’innovation américaine, du rêve américain, de l’ « american way of life ». Certains se demandent même, et avec quelque raison, ce qu'il reste de l' "identité française" dans un pays devenu à tant d'égards (économique, intellectuel, sociétal, etc.) le vassal du suzerain d'outre-Atlantique.

 

 

Il reste que les Etats-Unis étant au 20ème siècle la plus grande puissance, dans tous les domaines, ils se sont permis de tout exporter. C’est même à exporter que leur a servi la 2ème Guerre Mondiale, finalement, si on regarde ce qui a suivi (les fameuses "Trente Glorieuses"). Si j’avais été historien, c’est peut-être comme ça que j’aurais aimé la raconter, moi, la guerre. Mais je vois déjà quelques fronts se plisser et quelques sourcils se froncer, alors j’arrête. 

 

Les Américains, ils ont tout exporté. Cela a commencé avec les chewing gums que les GI’s lançaient aux civils qui regardaient passer les jeeps. Cela a continué avec le cinéma, les appareils ménagers, la télévision, les programmes de télévision, bref, avec l’industrie américaine, avec la culture américaine, avec le mode de vie et le mode de pensée américains. 

 

C’est bien normal, dans ces conditions, que ça continue avec les OGM, non ? Or dans ce domaine, l’habileté diabolique des promoteurs de ces marchandises (car elles font d’abord et avant tout l’objet d’un commerce), c’est d’avoir su effacer purement et simplement le caractère purement industriel et commercial de l’entreprise, et de l’avoir fait migrer subrepticement vers la controverse scientifique.

 

Car Monsanto, en brevetant les gènes que l'entreprise insère dans les plantes objets de son "ingénierie génétique", après les avoir fabriqués dans ses laboratoires, n'a qu'un but en tête : le profit. Or, si la plante est cultivée en plein champ, ces gènes seront largement disséminés dans les champs non OGM, et la firme sera alors en droit de réclamer aux agriculteurs aux plantes contaminées des royalties sur leurs cultures au titre de la propriété intellectuelle. Tous les champs où se trouveront "par accident" des gènes brevetés Monsanto deviendront légalement des sources de revenus inépuisables pour les actionnaires.

 

L'escroquerie Monsanto est, encore à l'heure actuelle (15 avril 2018), moins dans l'éventuelle nocivité à long terme des plantes à gènes brevetés sur la santé humaine que dans la transformation de tout un pan de l'activité humaine la plus essentielle (se nourrir) en une propriété privée, éventuellement défendue devant les tribunaux par des armées d'avocats dûment spécialisés pour assurer aux actionnaires la pérennité indéfinie d'une rente.

 

Après tout, en toute bonne logique, ce serait à Monsanto (et entreprises semblables) de prouver la parfaite innocuité des OGM sur la santé humaine dans la durée. C'est justement là que le bât blesse : les profits à tirer n'attendront pas vingt ans que les premières (éventuelles) lésions organiques dues aux OGM apparaissent. Pour faire attendre les premiers résultats observables scientifiquement, organisons une belle controverse, si possible interminable, entre blouses blanches, pour paralyser la main des décideurs politiques au moment où ils vont signer le décret imposant une réglementation restrictive.

 

Pourquoi est-ce habile ? Parce que, quand on entre dans un débat scientifique, on doit laisser la parole aux spécialistes, en gros, aux hommes de science spécialisés en génétique. Cela revient à les laisser s’étriper dans le champ hermétiquement clos des revues spécialisées, inaccessibles au commun des mortels. Et accessoirement, à maintenir les « profanes » à distance, et d’empêcher les « mouvements d’opinion » de nuire aux affaires (voir tabac, mediator, amiante et autres belles réussites industrielles). 

 

Le Radithor a bien été vendu en flacon jusqu’au début des années 1930, avant qu’on se rende compte des rapides dégâts du radium, matière évidemment hautement radioactive, sur la vie humaine. On aurait tort de se gêner. L’amiante ? Le sang contaminé ? Fables. Calembredaines.

 

 

Placez une bonne controverse au milieu de la scène, et vous avez quelques siècles devant vous pour la liberté du commerce. Car le vrai scientifique souffre d'une maladie incurable : il est honnête, contrairement à tout ce qui a quelque chose à vendre, qui a en priorité besoin de bonimenteurs chevronnés. Il se soucie avant tout d'établir des faits. C'est une sorte de malédiction, quand il se trouve face à un margoulin. Par-dessus tout, l'établissement des faits.

 

Cela revient à noyer le poisson, le très gros poisson naïf et mal informé de l’opinion publique, auquel on intime l’ordre de passer son chemin et d’attendre les trente ou cinquante ans qui seront nécessaires pour aboutir à des conclusions qui fassent enfin consensus entre les spécialistes. L’autorité de la Science en sortira renforcée, tout au moins si les lobbies ne finissent pas par avoir le dessus et la peau des empêcheurs de s’enrichir en rond.  

 

Pendant ce temps, qu’est-ce qu’ils font, les industriels et les commerciaux de Monsanto et autres BayerCropScience ? Ils ne restent pas inactifs, ils parcourent le monde, ils prospectent les marchés, ils signent des contrats. En un mot, ils vendent leurs OGM. C’est comme ça que ça fonctionne : pendant que la controverse scientifique prend le temps d’enfumer les esprits et de détourner l’attention, les OGM prennent celui de s’installer dans les sols et dans les pratiques agricoles. Et de transformer les surfaces agricoles qui ne sont pas encore en leur pouvoir en futures propriétés privées, dont les propriétaires seront légalement contraints de leur verser des redevances pour usage de gènes brevetés.

 

Voilà ce que je dis, moi. 

 

Les courageux peuvent aller voir, sur le même sujet, mon billet du 11 juin 2011 : « Faut-il tuer Adolf Monsanto ? » (par malheur et par erreur introuvable et aujourd'hui (2018) effacé du blog). 

 

Je constate aujourd'hui (2018) qu'il y a ici beaucoup de bavardage, de potins divers et de baratin. Promis, il y en a moins dans la suite-et-fin, demain.

jeudi, 08 février 2018

C'EST QUOI, CORSE ?

Propos d'un Français ordinaire et endurci.

C'est quoi, au fait, Corse ?

Moi, je suis Lyonnais, je suis né là, j'y habite, et je dis et alors ? So what ? Je n'en fais pas un "brocciu" (nous, on a la "cervelle de canut").

Ils revendiquent leur minuscule identité ? Grand bien leur fasse. Ils viennent emmerder le monde à cheval sur cette identité pour en découdre ? Alors là, rien ne va plus.

300.000 insulaires arrivent à empuantir (de temps en temps) l'air médiatique que respirent 66.000.000 de Français ? Mais c'est quoi, cette blague ? J'attends qu'on m'explique pourquoi une nation de cette dimension devrait se laisser impressionner par une république de Lilliput. Et de structure clanique, qui plus est.

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Uderzo.

Ils voudraient qu'il y ait deux langues officielles en France, le français et le corse ? Mais c'est quoi cette blague ? J'espère qu'on me demandera mon avis : le corse langue officielle de la France ? Et puis quoi, encore ? Elle aurait bonne mine, la France, dans le "concert des nations", à l'ONU, où les propos de l'ambassadeur seraient traduits du français et du corse.

D'abord, le corse est-il une langue ? Même pas. Allez, une variante, une cousine de l'italien, un dialecte groupusculaire, je veux bien, soyons bon prince. Mais une langue ? Le breton, le basque, à la rigueur, mais le corse ? C'est quoi, cette blague ?  Talamoni, vieux compagnon de route des cagoulés, président de la nouvelle entité, fait des discours en corse ? Très bien, mais qu'il ne compte pas sur moi pour faire le moindre effort pour l'écouter, l'entendre ou le comprendre. Il veut nous quitter ? Je dis : bon vent !

A comparer, il y a quelque temps, avec la conférence de presse du chef de la police de Barcelone, qui s'est levé de son siège et a quitté les lieux quand un journaliste lui a demandé pourquoi il s'était exprimé exclusivement en catalan. Je m'étais dit : pour qui se prend-il, le flic en chef ?

Là où je suis prêt à reconnaître un mérite exceptionnel aux Corses, c'est à propos de la préservation de leur littoral. Alors là, je dis : "Bravo!", et depuis bien avant la création du "Conservatoire du Littoral". Une mention aussi pour I Muvrini, A Filetta et autres formidables chœurs (Marcel Pérès et son Ensemble Organum, par exemple) qui donnent une belle idée de ce que sont les polyphonies corses.  Mais pour le reste (nationalisme, indépendantisme, régionalisme et tutti quanti), je dis : vas-y Macron ! 

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Pétillon. L'Enquête corse (Albin Michel, 2000), excellente caricature.

Demande-leur, à Talamoni, à Siméoni et à leurs copains, s'ils en veulent, de la carte d'identité de la République Française. Êtes-vous français, monsieur Talamoni ? Ils n'en veulent pas ? Allez, donne-leur l'indépendance qu'ils réclament à cor, à cris et à pétards. Mais à charge exclusive pour eux de constituer une armée, une police, une administration, une monnaie, et tout ce qui fait les nations indépendantes : le beurre et l'argent du beurre, c'est fini ! Ils se disent Français quand il s'agit de "solidarité nationale", mais Corses pour tout le reste. Ah ça oui, quand il s'agit de faire rentrer l'argent du beurre, ils sont là.

Pour le moment, je vois des petits caïds de quartier qui veulent exploiter à leur profit le territoire d'un parrain puissant, qui a trop longtemps laissé les gamins jouer avec des grenades et des kalachnikovs dans le bac à sable, en faisant semblant de les considérer comme des égaux. 

Si le gouvernement de la République en finit avec la lâcheté, la duplicité (je pense à "l'étage des Corses", à la mairie de Paris, succursale d'un succédané de mafia, du temps d'un ancien maire devenu président et d'un ancien Corse devenu ministre de l'Intérieur) ou le laisser-faire, je dis au président : Bravo !

Et puis, Macron, si ça fait du chambard au-delà du raisonnable, fais donc un petit référendum sur tout le territoire français. Je parierais volontiers qu'une majorité de Français serait d'accord pour larguer la Corse, les Corses, leurs humeurs et leurs bombes, pour ne plus entendre parler de ça.

Bye-bye, va petit mousse, où le vent te pousse.


Un bon moyen de mettre à tous ces fanatiques le nez dans leur bouse.

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Après-coup.

Il semblerait que le président affiche une "fermeté républicaine". Talamoni (le vieil ami des bandes armées qui donnaient, devant des journalistes convoqués, des conférences de presse nocturnes en plein maquis) est très déçu et amer. Il est "consterné". Il a boycotté le banquet républicain. Il annonce des problèmes et, qui sait, peut-être des morts. Des menaces, maintenant, monsieur Talamoni ? Et ce sont les Corses qui ont élu ce type-là président ? Honte à eux !

vendredi, 19 janvier 2018

"FAKE NEWS", "CANARDS" ET AUTRES INSECTES NUISIBLES

On n'entend plus parler dans les médias que de "fake news". Plus personne n'ignore le sens de l'expression, popularisée depuis peu par (et autour de) l'extravagant et dangereux Docteur Clown qui gouverne les Etats-Unis et effraie le monde. Même le président de la République française s'y est mis : il veut faire une loi pour interdire et rendre impossible la propagation des "fake news". Est-ce bien sérieux, monsieur Macron ?

Ce qui m'intéresse ici, ce n'est pas la notion de "fausse nouvelle" : l'erreur ou le mensonge ne colonise que les esprits qui y sont préparés. Les fausses nouvelles, franchement, je m'en fous : c'est vieux comme le monde. Comme disaient les Grecs : quand l'élève est prêt, le maître peut venir. Si le maître (en l'occurrence "fesse-de-bouc", "touiteur", "hache-tag", etc.) est un escroc et l'élève un gobe-mouches, à qui la faute ? On ne peut pas empêcher les gens de croire. Je plaisante à peine. C'est dire la progression du mal. Mon propos n'est pas là, il concerne l'expression anglaise proprement dite.

Car j'avoue mon ébahissement : que reste-t-il de l'âme française ? Comment expliquer l'extrême mollesse, et même l'inconsistance de la résistance qu'elle présente face à l'irruption de l'occupant ? Je sais, on va me dire que je me fâche à retardement et que le problème ne date pas d'hier. Oui, il y avait moins de 1% de Résistants en 40-43 (mais 98% en 44). Oui, le Parlez-vous franglais ? de René Etiemble date de 1964 : un demi-siècle ! La France ? Combien de Résistants ? Combien de gobe-mouches ?

Je réponds que l'Académie française, nouvelle bâtisseuse de "Murs de l'Atlantique" pour protéger notre langue, s'est jetée à de nombreuses reprises dans la bataille de la défense côtière du vocabulaire français : en vain, le débarquement s'est poursuivi, par barges entières. A cause des "mauvais patriotes", accusaient les gardiens du temple. Apparemment, le nombre de "mauvais patriotes" n'a cessé de croître, au rythme de l'américanisation des esprits, profitant de ce que l'ennemi était déjà infiltré, implanté, disséminé.

Eddy Mitchell, promoteur de La Dernière séance, mémorable émission TV, ne jurait déjà que par westerns, S.F. et polars classiques américains : les ravages du "soft power" ! Sur 67 millions de Français au dernier recensement, combien y a-t-il d'Américains ? Jean-Marie Colombani le révélait le 13 septembre 2001 : « Nous sommes tous Américains ».

L'Amérique nous a libérés pour mieux prendre la place de l'occupant : pousse-toi d'là que j'm'y mette. Pacifique, souriant et plein de chewing-gum, d'images, de chocolat et de rock'n roll. Et chrétien par-dessus tout ça. Mais attention : protestant et puritain. Protestantisme, comme dit Philippe Muray : la foi catholique devenue folle (c'est dans Ultima necat I ou II). Et il y a encore des volontaires en France pour devenir de bons Américains. La preuve avec Macron. Tout ça ne me semble pas très catholique.

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L'envahisseur a donc continué à envahir et, en dehors de quelques réussites dans la transposition dans notre langue des produits d'importation ("ordinateur" fait figure de trophée de victoire, îlot perdu au milieu d'un océan), après les anglicismes, c'est l'armée des américanismes qui a foulé de ses bottes le beau territoire de notre langue. Qui peut, et surtout qui veut l'arrêter ? Qui arrêtera les "fake news" ? J'en conclus que le mouvement est irréversible, tout comme, en d'autres temps, les Romains ont toléré, sur le territoire fraîchement conquis des Gaules, la survivance de mots et expressions idiomatiques propres aux peuplades arriérées qui y vivaient et aux langues qu'on y parlait (celtiques ou autres).

Dans un avenir que j'espère cependant lointain, le français connaîtra le même sort que le latin dans la France moderne et un jour, dans une France encore plus moderne, d'éventuels élèves d'éventuelles écoles du futur ouvriront des Gaffiot d'un nouveau genre pour étudier cette langue morte. Des professeurs de « langue et littérature ancienne » soutiendront doctement et avec véhémence qu'il n'est pas totalement inutile de connaître le français, même s'il n'est pas indispensable de le parler, en même temps que la littérature à laquelle il a donné naissance, face à des adversaires adeptes d'une modernité du futur qui, affirmant qu'il faut s'adapter, n'y verront que les vestiges vermoulus d'un passé dont on n'aura plus rien à faire.

"Fake news", donc, entend-on partout dans cette France moderne, où les esprits sont imprégnés d'Amérique, vassaux volontaires et dociles, autochtones déracinés dans leur propre maison. Comment voudrait-on que la silhouette et le portrait de la "personnalité française" n'aient pas été, sinon emportés par le flot, du moins amoindris et rognés aux entournures ? Il se trouve pourtant que ce qui survit de la langue française recèle depuis bientôt deux siècles un vocable très précis pour désigner toutes les fausses nouvelles qui paraissaient dans les journaux les moins sérieux. On (Nerval lui-même) appelait ces fausses nouvelles des "canards". Même qu'en 1915, des gens courageux, qui en avaient marre du bombardement d'informations bidon, eurent l'idée de se servir du mot pour fonder un nouveau journal, dont la raison d'être serait de contrer l'entreprise de propagande. 

On n'appelait pas encore ça "fake news", du moins en France. Ils ont donc passé les menottes aux poignets de la propagande : ce fut le Canard enchaîné. Je ne suis pas sûr qu'ils pensaient alors en finir une fois pour toutes avec les mensonges de presse : à leur échelle, ils élevaient une digue. Je ne suis pas sûr non plus que l'érection du nom commun dépréciatif en nom propre flamboyant n'ait pas signé l'arrêt de mort des "canards" comme "fausses nouvelles". Peut-être aurait-il fallu appeler carrément le journal "Le Mensonge interdit", qui est le vrai sens d'un "canard" dûment "enchaîné" ? Ou alors "La Vérité" ? Bon, on sait ce que les Soviétiques ont fait de ce titre : l'organe officiel ne fut-il pas, orgueilleux et trompeur, La Pravda (= la vérité, mais à prendre dans le sens novlinguistique) ?

L'enchaînement hebdomadaire de tous les "canards" en circulation prit son grand départ en 1916. Et comme on sait, le volatile cancane toujours au milieu du marigot informatif ses coin-coin qui traquent les harcèlements, agressions, viols incessants que subit la vérité dans les mondes économique, politique, journalistique et autres. Cela fait donc un peu plus d'un siècle que les huit pages imperturbables et satiriques paraissent tous les mercredis, alimentées par un réseau anonyme de collaborateurs bénévoles et bien placés, pour désintoxiquer les lecteurs de la presse des fumées ingurgitées. Comme disait en son temps un certain Robert Lamoureux, humoriste : « Et le vendredi suivant, le canard était toujours vivant ».

Et huit pages sans publicité, évidemment, tant il est vrai que laisser des annonceurs mettre leurs pieds au milieu des informations est en soi une garantie de bidonner l'information et de donner libre cours à tous les "canards" et, entre autres, à ce qu'on appelle aujourd'hui les "théories complotistes" ou "conspirationnistes". Bon, je n'idéalise pas la bête à plumes, dont je ne connais pas l'histoire secrète, si elle en a une. Je n'ai jamais croisé la route d'indiscrétions dévoilant des coulisses louches, excepté, peut-être, une brève incursion, il y a très longtemps, dont je n'ai gardé que l'inoffensif « Lapéla ? - Lapépala » du jargon maison (Jacques Laplaine, qui signait Lap, a dessiné pendant quarante ans pour Le Canard). Simple reportage. Cela ne mène pas loin.

Si j'avais une réserve à faire à propos du Canard enchaîné, ce serait à cause de l'effet à long terme produit sur le lecteur par la page 2, consacrée à la vie politique française, où s'étalent à loisir les petits et gros mensonges des uns, les calculs et manœuvres des autres, les trahisons, revirements, retournements de veste, palinodies, compromissions, dissimulations de tout le monde, et parfois des gens qui se présentent comme les plus intègres (voir l'affaire "Pénélope"). L'image qu'on se fait de ce que Raymond Barre appelait le "marigot" ressort forcément piteuse et peu ragoûtante de cette régulière accumulation de petitesses. Et ça ne plaide pas trop en faveur du droit des urnes à recevoir nos suffrages.

Plus généralement, l'exposé répété des turpitudes de toutes sortes d'individus ou d'entreprises a des effets délétères sur l'intérêt porté par le lecteur assidu au monde comme il boite. Pourtant, si Le Canard enchaîné n'existait pas, il est probable que ces individus et entreprises cesseraient aussitôt de redouter d'être contredits ou dévoilés, et se sentiraient alors de véritables ailes pour abreuver à leur gré de leurs boniments des médias dont ils sont, presque sans exception, les propriétaires (de toute façon, ils ne se gênent déjà pas trop pour enfumer).

Le ciel de la presse écrite ne tarderait pas à se peupler de ces canards complètement déchaînés. Et que plus personne ne serait en mesure de démentir. Ce serait une espèce inédite (et redoutable) de "libération de la parole". Il faut en effet, semaine après semaine, recouper les recoupements d'informations pour espérer "enchaîner" les "canards" (voir ici ou là les rubriques "intox / désintox", Libé, l' "Arrêt sur image" de Schneidermann, ...). Pour bien faire, tout journal sérieux devrait affirmer haut et fort que son premier souci déontologique est d'enchaîner les canards. Tout journal sérieux devrait pouvoir s'appeler Le Canard enchaîné ou Le Mensonge interdit. Décidément, Le Canard enchaîné est indispensable.

Alors pourquoi ne pas préférer "canard" à "fake news" ? Pourquoi les journalistes ont-ils adopté avec une telle unanimité le vocable transatlantique ? J'en ai une petite idée. Je me dis que, dans l'océan d'une presse en détresse, qui crie misère et appelle à son secours, tour à tour, les finances publiques et les grandes entreprises, les unes pour qu'elles la renflouent, les autres pour qu'elles lui achètent le plus d'espaces possible, Le Canard enchaîné est un îlot rarissime, si ce n'est unique (Charlie, ... qui d'autre ?). 

On nous jure, au Monde, à Libération et ailleurs, que la Société des journalistes est rigoureusement indépendante de la direction générale et de la direction commerciale, et que les contenus échappent donc totalement aux influences politiques et marchandes. Ouais ... Admettons, malgré le doute qui subsiste devant les dignités drapées et les déontologies outrées de ce reliquat de scepticisme malvenu. J'imagine qu'il y a des choses qui se négocient en douce. Mais même s'il en est ainsi, je me demande si les "chers confrères" qui travaillent ailleurs qu'à l'hebdomadaire satirique n'auraient pas, après tout, la bouche écorchée en prononçant le mot "canard", à cause du contraste.

Bon, c'est vrai que "canard" est un nom commun. Il signifie "fausse nouvelle". Mais qui le connaît comme tel ? Il est sorti de l'usage depuis trop longtemps : tout le monde associe "canard" et Canard. Le nom commun et le Nom Propre. Qu'un journaliste dénonce un "canard" paru chez un confrère, ne va-t-il pas se trouver accusé de s'attaquer à la liberté d'une presse satirique qui paraît le mercredi, ou pire : de lui faire de la publicité ? Le nom propre a fait sortir de l'usage le nom commun, voilà tout. Le coup inverse de ce qui s'est passé pour "sosie" et "amphitryon".

Le Canard enchaîné a confisqué le mot "canard", un peu comme (qu'on me pardonne le rapprochement) la promotion de la cause homosexuelle a interdit à presque tous les hommes de dire qu'il leur arrive d'être "gais" (tiens, au fait, encore un cadeau : merci, l'Amérique !).

Voilà ce que je dis, moi.

samedi, 13 janvier 2018

LACK MI "EN MARCHE"

Il existe à Strasbourg un lieu – cabaret, café, restaurant – qui ne ressemble à aucun autre. D'abord et principalement parce que c'est un lieu spécifiquement alsacien, dirigé depuis quelques décennies par un authentique Alsacien (il répétait sur tous les tons qu'il est « né-dans-le-val-de-Villé-la-plus-jolie-des-vallées », il a peut-être mis le refrain en veilleuse depuis le temps).

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Le village de Villé (67).

Le lieu, c'est La Choucrouterie, l'Alsacien s'appelle Roger Siffer. Il est recommandé de comprendre le dialecte de par là-bas, si l'on veut apprécier à sa juste valeur. Car l'un des derniers spectacles proposés perdrait beaucoup de son sel sans cela. Rien que le titre de ce spectacle est en effet une excellente illustration de l'humour alsacien, qui se distingue, comme on sait, par son exceptionnelle légèreté, sa subtilité sans égale et son parfait raffinement : « Lak mi "en marche" ».

Entendant la formule, l'alsacophone – bientôt rejoint par l'homme de goût, pour qui il a fallu traduire – éclate d'un rire complice et bon enfant, malgré la finesse de l'allusion. Son esprit affûté a compris qu'elle se réfère à la vie politique française telle qu'elle se présente depuis l'irruption du flamboyant Emmanuel Macron, tout en décalquant, moyennant une légère approximation due à l'accent de Strasbourg, n'en doutons pas, une expression dialectale que tout le monde connaît là-bas depuis qu'il sait ce que parler veut dire : "Lack mi am Arsch".

Mot à mot (le pudique Puitspelu du Littré de la Grand'Côte ajouterait "parlant par respect") : « Lèche-moi le cul ». L'alsacien est un idiome bourré d'images, et je connais des gens capables en le parlant de faire plier en deux un auditoire conséquent de gens sérieux, même si je ne comprends qu'un mot par phrase : le rire est contagieux, n'est-ce pas.

En oyant l'expression « Lack mi "En Marche" », votre pas se fait soudain plus allègre, cela vous donne tout de suite plus d'allant dans la démarche, et met un peu de piment dans l'assiette de l'innovation "disruptive" que constitue la "Révolution macronienne", en l'agrémentant de délicates fragrances et colorations irisées, voire moirées, du plus bel effet. Accessoirement, cela vous replace le bonhomme dont il est question à une altitude moins "jupitérienne". 

Ce que ne savent peut-être pas les Alsaciens eux-mêmes, c'est qu'un certain Wolfgang Amadeus Mozart a composé un canon, intitulé cette fois "Leck mich im Arsch", c'est-à-dire "Lèche-moi dans le cul". L'homme de goût aussitôt se récrie horrifié : comment est-ce possible, oubliant un peu vite que Mozart ne détestait pas la scatologie, comme on peut s'en rendre compte dans sa correspondance. Je me souviens en particulier de quelques lettres gratinées, adressées à sa sœur par le jeune prodige.


 

lundi, 30 octobre 2017

ÉGYPTE ET DROITS DE L’HOMME

Même les plus belles idées sont parfois défendues par des « bas-de-plafond », qui dès lors leur font courir le risque d’être disqualifiées dans l'esprit du plus grand nombre, et de n'être plus que des cadavres de slogans. Prenez les droits de l’homme, par exemple : qui ose aujourd’hui s’afficher en opposition ouverte et frontale avec ces grands principes ? Quel hurluberlu dictateur aurait le culot de publier qu’il condamne la liberté comme étant contraire à l’idée qu’il se fait de la dignité humaine ? Le dictateur soucieux de le rester ferme sa gueule sur les principes et s’efforce de ne pas faire trop de publicité quand il les piétine de ses grosses bottes dans la réalité. Le dictateur soucieux de le rester connaît, fût-ce par ouï-dire, l'existence des droits de l'homme, et il sait que ceux-ci sont prompts à lui tailler une réputation s'il fait mine de les ignorer. Or un dictateur, on ne le sait pas assez, ça tient à sa réputation : il tient à se faire respecter, au moins que les convenances soient respectées.

Prenez, je ne sais pas, moi, Saddam Hussein : quand il a gazé des milliers de Kurdes dans les années 1980, il ne l’a pas crié sur les toits. Prenez Kadhafi : lui, qui avait la dictature arrogante, ne détestait pas voir des photos de lui dans les magazines du « monde libre », mais quand il s’occupait de ses opposants, il se débrouillait pour que ça se passe dans l’intimité, sans témoins et à l’abri de toutes les curiosités mal placées. Dans les deux cas, malgré les précautions, les échos de diverses atrocités franchissaient la frontière et se mettaient à courir jusque dans les cercles, ONG et « associations » qui s’étaient donné l’humanisme pour raison sociale, faisant au dictateur une fâcheuse réputation.

Ces défenseurs des droits de l’homme ne cessaient d'alerter les médias. En vain. Tout le monde savait que ces gens n’étaient pas fréquentables, y compris les gens installés sur les échelons du haut des sociétés moralement insoupçonnables. Mais qui se disaient qu’il ne faut pas confondre les principes avec les affaires et la géopolitique, et que s’il ne fallait fréquenter que des gens fréquentables, le commerce international ne s’en remettrait pas. Pour dire le mot, ils se faisaient un raison.

Qu’est-ce qui a poussé l’équipe de George W. Bush à mettre le fusil sur l’autre épaule et à devenir des auditeurs attentifs des « cercles, ONG et associations » ? Certains racontent que les fabuleuses réserves de pétrole recelées par le sous-sol de l’Irak n’étaient pas étrangères à la décision d’intervenir. Pour décider les autres à faire de même, en général rétifs, Bush inventa, on s’en souvient, l’ « Axe du Mal » et les « Armes de Destruction Massive » : il fallait selon lui en finir avec un dictateur qui foulait aux pieds les « valeurs » et les « principes sacrés » sur lesquels étaient fondées nos démocraties. On voit encore aujourd’hui le caca que l’Amérique vertueuse et soi-disant droit-de-l’hommiste ("exporter la démocratie", qu'y disaient) a semé pour très longtemps dans la région.

En Libye, le même scénario s’est déroulé, à la nuance près que le prétexte fut, cette fois, le massacre imminent, par le dictateur, d’opposants bien intentionnés, et en général pacifiques ou tout au plus armés de pétoires, disait-on. Certains racontent cependant aujourd'hui que Sarkozy, qui flirtait plus ou moins, paraît-il, avec le dictateur, avait intérêt à éliminer la source de futurs ennuis judiciaires en France. Toujours est-il que, à cause identique, effets identiques : il a suffi à tous les groupes et groupuscules de la région de piocher dans les arsenaux surabondants de Kadhafi assez d’engins de mort pour constituer autant de petites armées incontrôlables. On voit encore aujourd’hui le caca que les vertueux ont encore une fois semé dans toute la bande saharo-sahélienne.

Dans les deux cas, on peut dire que, si les principes avaient raison, le terrain a montré qu’ils avaient tort : les principes sont une chose estimable, mais ils ne sont jamais confinés dans un éther abstrait ou dans un absolu hermétique à la bassesse des préoccupations humaines. Si le dictateur est une figure du Mal, on est bien obligé de se dire qu'il n'y a pas que le Mal : il y a aussi le Pire. Et dans le pire des cas, il n'y a pas de honte à laisser tomber les principes pour un peu de lucidité sur la réalité concrète. 

Alors l’Egypte, à présent. Que s’est-il passé ? Quelques vociférations peu audibles ont accueilli le maréchal Al Sissi, le président en place, lors de sa visite officielle en France. Moins en tout cas que celles qui avaient accueilli Kadhafi, quand Sarkozy l’avait laissé en toute liberté planter sa tente de bédouin du désert dans la cour du majestueux hôtel de Marigny, à deux pas de l'Elysée. Al Sissi est-il un dictateur comparable à ceux dûment estampillés tels par la « communauté internationale » ? Rien n’est moins sûr : l’Egypte n’est ni l’Irak, ni la Libye. Et surtout, elle pèse d'un poids décisif à cause de son emplacement stratégique.

Que son régime soit autoritaire, c’est le moins que l’on puisse dire. Qu’il n’aime pas les opposants quels qu’ils soient, cela paraît clair, comme il est clair que le président ne fait pas grand cas des libertés individuelles. Mais pourquoi ai-je traité au tout début de « bas de plafond » les glapisseurs des droits de l’homme (André Breton et les surréalistes dénonçaient, eux, les « glapisseurs de Dieu », qu'ils envoyaient « à la niche », en 1948) qui se sont manifestés lors de la venue d’Al Sissi ? Parce que, pour ne pas encourir ce reproche, le minimum aurait au moins été de jeter un œil sur la situation égyptienne. Le droit-de-l'hommisme peut être très myope, car il se montre souvent incapable d'envisager la suite des événements. En clair : incapable d'envisager le Pire. Eh oui, disons-le : le dictateur est parfois un pis-aller.

Si l’on s’en tient au cahier des charges juridiques que s’efforce de remplir une démocratie, Al Sissi est un usurpateur, arrivé au pouvoir suite à un coup d’Etat, donc il est illégitime. Mais qu’est-ce qui a amené l’armée égyptienne, en dehors de ses intérêts économiques (considérables), à chasser du pouvoir Mohammed Morsi, le président élu, donc seul légitime ? Oh, sûrement pas un motif valable aux yeux du droit-de-l’hommiste de nos contrées : juste une succession de petits coups de force (une suite de coups d'Etat en miniature, parfois pas si miniatures que ça) commis, une fois élu, par Morsi et ses acolytes islamistes, par lesquels ceux-ci confisquaient à leur seul profit l’intégralité des pouvoirs politique, législatif et judiciaire, et qui avaient jeté, il ne faut pas l’oublier, des millions de protestataires dans les rues, réclamant l'intervention de l'armée.

Ce que préparaient les Frères musulmans en Egypte ? Certainement pas l’établissement d’une improbable et grande démocratie musulmane, mais ni plus ni moins qu’une jolie dictature religieuse intégriste, dans un pays proche de l'Europe et peuplé de plus de quatre-vingts millions d’habitants. La question que je pose aux droits-de-l’hommistes à cheval sur les principes est : qu’est-ce qui est préférable ? Le Mal, ou le Pire ? Saddam Hussein, ou le chaos présent ? Kadhafi, ou l’anarchie généralisée ? Un ordre injuste ou cette instabilité qu'on observe, et qui rend le monde de plus en plus dangereux ? L’armée égyptienne a-t-elle bien fait d’intervenir ? Je réponds oui : il y a les principes, et puis il y a les réalités politiques. Bêler aux principes face à l’offensive de l’islam rigoriste, ce n’est pas seulement de l’inconscience : c’est une mauvaise action.

On a assez vu en terre française ce qu’est capable d’accomplir l’islam des fanatiques pour ne pas en rajouter dans la surenchère des principes et des idéaux (qui croit encore à l'expression « la France patrie des droits de l'homme » ? Redescendons sur terre). Je m’étonne en passant que le droits-de-l’hommiste chargé de ses nobles intentions ne soit pas descendu dans la rue tout récemment pour défendre l’état de droit, que met à mal la nouvelle loi voulue par Macron et adoptée par les députés que ce DRH a embauchés, et qui fait entrer dans le droit ordinaire des dispositions de l’état d’urgence, pérennisant et banalisant une législation d’exception. A tant faire que de combattre pour les droits de l'homme, autant commencer par chez nous, non ? Réponse : ben non ! Les Français sont trop occupés à trembler pour leur sécurité pour penser à protéger l'état de droit. L'état de droit, c'est bon pour les Egyptiens !

samedi, 14 octobre 2017

QU'EST-CE QU'UN POLITICIEN ...

... DANS LES DICTIONNAIRES ?

Qu’est-ce qu’un politicien, en France, aujourd’hui ? Comment définir les individus qui en ont fait un métier et qui y font carrière ? C’est entendu : à l’instar d’un bien connu, quoique très controversé, chef de l’éphémère « Etat français », ils ont un jour héroïquement choisi de « faire don de leur personne à la France ». C’est du moins, en substance et en filigrane, ce qu’on entend quand ils évoquent, de l'air de fierté modeste qui n'appartient qu'à eux, la noblesse et la profondeur des motivations qui les habitent. Tels Jeanne d’Arc, ils se sont sentis appelés à vouer leur existence au service de la nation. Ils obéissent à une véritable vocation, ce qui les autorise, pensent-ils, à affirmer qu’ils accomplissent une mission. On est prié de ne pas douter ou ricaner.

Ce portrait est un peu chargé, j’en conviens, si on le rapporte, par exemple, à la définition qu’en donne le petit Larousse 2005 (édition du centenaire confiée, pour la déco, à Christian Lacroix, s’il vous plaît, c'est très chic) : « Personne qui fait de la politique, qui exerce des responsabilités politiques ». Il est vrai que le PLI ajoute aussitôt : « adj. Péjor. Qui relève d’une politique intrigante et intéressée », mais sans insister davantage. Le Grand Robert observe à peu près une neutralité comparable. Le Nouveau Larousse illustré (en sept gros volumes, 1903-1907) va à peine plus loin dans la prise de risque (quoique …) : « Personne qui s’occupe de politique. (Ne se dit guère qu’en mauvaise part) : On voit des politiciens de village régenter le monde ». Peu glorieux, en somme.

On en apprend plus dans le Robert « historique » (1992), qui envisage le mot comme nom et adjectif : « est emprunté (1779), avec adaptation du suffixe, à l’anglais politician n. (XVI° s.) qui désignait autrefois une personne intriguant en politique avant de désigner une personne versée en politique (1628) et, surtout en américain, une personne qui fait profession d’activités et d’intrigues politiques. Politician est dérivé de politic adj. lui-même emprunté au XV° s. au français politique. ◊ Le mot apparaît chez Beaumarchais (1779), déjà avec une nuance péjorative, associé au dépréciatif politiqueur. Il ne sera repris qu’en 1865 sous la forme anglaise politician, francisée en politicien (1868), appliqué à un contexte américain avant d’être acclimaté (1898) au contexte français. Employé adjectivement (1899), il n’était pas encore très courant ni même très admis vers 1900, où l’on trouve la variante politicier. Politicien est devenu courant, tant comme nom que comme adjectif, aujourd’hui avec une nuance péjorative (politique politicienne) ». On a compris que nul, dans la classe politique, ne peut considérer, même aujourd’hui, comme un compliment d’être qualifié de « politicien ».

On appréciera "dépréciatif" et "nuance péjorative" à leur juste valeur. Tout cela, évidemment, n’est pas rien, mais l’origine du mot ne développe toutes ses fragrances subtiles et délectables (je veux parler des « connotations ») nulle part ailleurs que dans le Littré : « Nom, aux Etats-Unis, de ceux qui s’occupent de diriger les affaires politiques, les élections, etc. Une municipalité sans foi [à New-York] a, dans maintes rencontres, impudemment empoché l’argent des contribuables pour le partager avec les politiciens qui l’avaient nommée, L. Simonin, Rev. des Deux-Mondes, 1er déc. 1874, p. 677. Une autre cause de dissolution [des Etats-Unis] à ses yeux, c’est l’influence des politiciens, sortes de déclassés des carrières régulières, se faisant une profession lucrative de la politique, Journ. Offic. 6 fév. 1876, p. 1079, 2° col. Channing frémit à l’idée de confier aux politiciens le soin de former et de façonner l’esprit public : les politiciens, dit-il, ne considèrent les hommes qu’à un seul point de vue : comme les instruments de leur ambition ; ils n’ont pas le savoir, la réflexion, le désintéressement qui doivent présider à un bon système d’éducation, Paul Leroy-Beaulieu, Journ. des Débats, 25 août 1876, 3° page, 6° col. ».

On voit par là que, « le temps passant sur les mémoires » (Tonton Georges) et le mot s’acclimatant en terre française, celui-ci a bien pris soin d’édulcorer les miasmes infamants de sa substance héritée de la pas si lointaine Amérique : si le mot n’est pas un compliment, il n’en est pas injurieux pour autant. On peut sans doute le regretter. Et dire que les politiciens s’étonnent aujourd’hui d’être souvent vilipendés ou haïs par la population : qu’on leur donne à lire l’article du Littré, ils verront de quelle fange ils sont issus !

Et je me dis que si l’on rapproche le sens établi par le grand linguiste (ou plutôt : lexicographe) du portrait que Balzac dresse des journalistes parisiens dans Illusions perdues, quarante ans avant, on est saisi du résultat de l’opération : il n’y en a pas un pour racheter l’autre, et tous se traînent dans une veulerie et une vénalité propres à dégoûter l’honnête homme d’ouvrir encore un journal. Le plus étonnant dans tout ça est cependant si l’on se remémore ces deux origines quand on observe l’air d’autorité que se donnent les princes des journalistes (genre Alain Duhamel ou Laurent Joffrin, vous savez, ceux qu'on appelle "éditorialistes", au résumé des propos desquels se réduisent bien souvent les (soi-disant) "revues de presse") quand ils délivrent analyses et oracles du haut de la chaire où ils se sont hissés. Un air qui n’a d’égale que la suffisance, l’arrogance et la certitude qu’affichent nos politiciens quand on leur présente un micro.

C’est me semble-t-il dans Lazarillo de Tormès, délicieux roman picaresque espagnol de 1554, qu’on trouve le portrait d’un gueux qui, voulant paraître gentilhomme, est obligé de se couvrir le dos d’une cape ou de se présenter de face vers les autres, au motif que l’arrière miteux et mité de son habit lui laisse les fesses à l’air.

On ne devrait jamais oublier Lazarillo de Tormès quand on assiste au spectacle donné par journalistes et politiciens dans l’exercice de leurs fonctions. A quelle considération spéciale ont-ils la prétention d'avoir droit de la part du public ? On aimerait davantage d'humilité, si au moins c'était possible.

Voilà ce que je dis, moi.

dimanche, 01 octobre 2017

MACRON, TU CAUSES, ...

... TU CAUSES, ...

... C'EST TOUT CE QUE TU SAIS FAIRE !

Comme l'affirmait le philosophe Henri Bergson, pour avoir une idée de ce qu'un homme a vraiment dans la tête, il faut moins écouter ce qu'il dit qu'observer ce qu'il fait : Zénon d'Elée a beau découper verbalement la distance de l'archer à la cible en moitié, moitié de la moitié et moitié de la moitié de la moitié à l'infini, la flèche arrive quand même à son but. Ecoutez Emmanuel Macron : du grandiose, du flamboyant. Des projets pour l'Europe, il en a plein son sac. Pour parvenir à une société un peu meilleure (du moins dit-il, car en réalité : pour faire de la France un compétiteur au taquet dans la guerre économique mondiale qui est aujourd'hui devenue le seul avenir de l'humanité, quel que soit le prix de la "mise à niveau"), c'est pareil, il a plein de belles idées, ou plutôt de grandes idées. A moins que ce ne soient finalement que des grands mots. C'est vrai, dans le fond, les mots, c'est toujours plus facile que les choses. Et des mots, pardon, qu'est-ce qu'il nous en met ! On pourrait même dire à monsieur Macron que, s'il parlait moins, si on le voyait moins, si on n'entendait pas son nom s'incruster comme une tique dans tous les journaux papier, radio et télé, au point de les infecter, on ne s'en porterait pas plus mal. Au contraire. 

Parce que ce monsieur qui se targuait de raréfier la parole présidentielle pour lui rendre un peu de sa noblesse en la replaçant à une distance plus respectable de l'urgence de l'instant présent, il ne se passe pas un jour sans que sa bobine de jeune premier s'affiche dans les magazines et que les caisses de résonance des radio-télévisions s'emplissent des prophéties tombées de l'auguste bouche. C'est sûr, Emmanuel Macron occupe le terrain médiatique. Il plastronne. Il claironne. Il klaxonne. Face à ce flot de paroles verbales, les gens sérieux, parmi lesquels les autres chefs d'Etat européens, se tapotent le menton en attendant de voir venir un peu de concret : ils observent, et se demandent encore si ce jeune homme est en mesure d'entrer dans le dur des négociations, avec des propositions "intelligentes" (entendez : où tous les intérêts soient ménagés).

Cependant, je reconnais au moins que, quand il parle, je n'éprouve plus la véritable honte nationale qui me submergeait en tant que Français quand Hollande faisait entendre sa pauvre voix bégayante, découpant en tronçons méconnaissables les grandes phrases sorties de la plume de ses nègres : Macron sait être un orateur digne de ce nom. Il a dû avoir les félicitations du jury au Grand'O de l'ENA. En clair : Macron est une bête d'épreuve orale, il mouille la chemise, il fait le spectacle. En plus clair : Macron est dans la « com' » jusqu'au cou. Et mieux que ses deux prédécesseurs. Pour Hollande, cela va sans dire : ce n'était pas difficile. Mais idem pour Sarkozy, qui a déclaré pendant l'été : « Macron, c'est moi en mieux » (source Canard enchaîné).

En conclusion, RIEN N'A CHANGÉ. Macron a juste été assez habile pour saisir à temps une opportunité.

Pour l'omniprésence médiatique, Macron est en tout semblable à Sarkozy et Hollande. Ce qui veut dire que la cellule de com' gouverne la France en sous-main, en tandem avec les crânes d'œuf et les « conseillers » de la très HHHaute AAAdministration.

Pour ce qu'on sait de la politique réelle qu'il met en œuvre, on est dans la stricte continuité, en plus marqué : il faut que la France économique rejoigne à marche forcée le train de l'ultralibéralisme, en réduisant à sa plus petite envergure possible l'emprise de l'Etat sur la marche concrète des choses (et ce qui va avec : lutte contre les inégalités, redistribution des richesses produites, ...), et en privatisant le peu qui est encore du domaine public. Face au discours anesthésiant charriant les grands symboles, l'action des petites ou grosses mesures de restriction budgétaire.

Pour ce qui est de l'état de la vie politique en France, on est en mesure aujourd'hui de dire que, entre l'avant-Macron et le avec-Macron, rien n'a changé dans le fond de la gamelle, à ceci près qu'un parti godillot (recruté sur CV s'il vous plaît) a pris la place des deux mafias qui se disputaient le gâteau.

Quant à la prise de température de la société, on commence à être fixé, avec l'introduction dans le droit ordinaire de l'essentiel des mesures d'exception en vigueur pendant l'état d'urgence : le policier remplace le juge. Ce n'est pas une bonne nouvelle. Mais tant que la population dit "Amen", n'est-ce pas ?

La seule chose qui a changé, c'est la qualité de l'habillage. Je veux dire qu'aujourd'hui, il est plutôt flatteur pour l'ego national, le côté "smart" de la façon dont la bonne parole politique est distribuée aux Français. Avec Macron le bonimenteur, voilà la France enfin habillée pour l'hiver.

mercredi, 20 septembre 2017

COCORICO A L'ONU

Décidément, le journaliste français est incorrigible. On est habitué à ces journaleux, patriotards sportifs, qui résument fidèlement, semaine après semaine, les grandes compétitions mondiales à la façon, pitoyable ou glorieuse, dont les performances des petits Français honorent plus ou moins le pays. Cela va de l'enthousiasme le plus apoplectique à la déception la plus dépressive. Mais ça ne s'arrête pas là. 

Car le journaliste français n'a peur de rien et n'a de cesse que de repousser toujours plus loin les frontières virtuelles de l'hexagone. Ainsi, à l'occasion de l'Assemblée Générale de l'ONU, grosse fête mondiale où les chefs d'Etat des cent quatre-vingt-treize nations du monde sont invités à s'exprimer en réunion plénière, le journaliste français n'a rien trouvé de mieux que de réduire la grandiose cérémonie planétaire à une petite querelle de petites personnes. Même s'il est vrai que l'une des personnes est moins petite que l'autre.

Vous savez comment le journaliste français rend compte de l'événement ? En tout et pour tout, elle (c'est une dame) commence par le discours boute-feu de Donald Trump sur la Corée du nord et l'Iran (et autres Etats voyous), puis enchaîne sur la « réponse » vigoureuse apportée par le président français à son homologue américain. Point-barre. Extraordinaire : ce que retient le journaliste français de cette énorme chose qu'est la réunion de tous les pays du monde en un même lieu, c'est l'axe Trump-Macron. Ça, c'est de l'objectivité, coco ! Pensez-vous que les vastes problèmes du monde sont pris en compte ? Non, l'essentiel à retenir est que monsieur Macron a vertement répliqué à monsieur Trump. Ah mais !

Exeunt tous les autres représentants, à commencer par le Russe, le Chinois et autres personnages secondaires. L'Assemblée Générale de l'ONU, c'est l'axe Paris-New York, qu'on se le dise. La France toujours au premier plan, qu'on se le dise ! J'avoue que ça m'a bien fait rire : Tonnerre Grondant (le vaporisateur enflammé de la Corée du Nord) face à Tom Pouce (le pompier de service qui a la main sur l'extincteur). Ce que je trouve extraordinaire dans l'affaire, c'est que le journaliste français, en braquant sa caméra sur ce tandem (le feu et l'eau), fait disparaître le reste du monde d'un coup de baguette magique. Avouez que ça simplifie à merveille : l'art d'escamoter la complexité au profit d'une simplicité aveuglante. Le journaliste français fait des miracles.

La formidable grille de lecture posée par le journaliste français sur l'Assemblée Générale de l'ONU a malheureusement beaucoup à voir, j'en ai peur, avec des « éléments de langage » collectés auprès d'une officine directement branchée sur la ligne téléphonique de l'Elysée : « N'oubliez pas de faire valoir l'intervention de notre président, n'est-ce pas. - A vos ordres, monsieur le conseiller. Je n'y manquerai pas, monsieur le conseiller. »

N'est-ce pas qu'elle est belle, la presse française ?

C'était un aperçu de l'exercice de la noble profession de journaliste en France aujourd'hui. 

mardi, 20 juin 2017

DÉTAIL

Mon art abstrait.

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La rénovation du système politique français n'est pas encore pour demain : les 308 députés de La République en marche ont été élus par 16,55 % des inscrits (chiffre trouvé sur le site du ministère de l'intérieur). Franchement, de qui sont-ils les représentants ? Pas de moi, c'est sûr. 

vendredi, 09 juin 2017

PREMIÈRE SALOPERIE DE MACRON

Visiblement, les Français n'aiment plus le drapeau tricolore. Ils ont oublié le premier mot de leur devise nationale. Qui oserait aujourd'hui entonner « Liberté, liberté chérie, combats avec tes défenseurs. Sous nos drapeaux, que la victoire accoure à tes mâles accents ! Que tes ennemis expirants voient ton triomphe et notre gloire ! » ? Les Français ont honte de leur hymne national.

Quel Henri Béraud oserait écrire, dans notre régime démocratique ce qu'il écrivait dans un journal en 1942, sous le nez des troupes d'occupation : « Français, tiens-toi droit ! » ? Non, le Français, aujourd'hui, baisse les yeux devant le terroriste. Le Français a besoin d'être "protégé", "rassuré", "consolé", suite à tous les crimes commis sur notre sol par des bandits qui voudraient bien que nous-mêmes marchions sur "nos valeurs". Les bandits sont en train de gagner. Ce que veut le Français, ce n'est plus la liberté, c'est la sécurité. Le Français est un animal craintif aux abois. Il crie "au secours" en direction du président.

Et le président, magnanime, prête une oreille favorable à ce cri de désespoir. Lui qui voulait il y a peu, "sortir de l'état d'urgence", va, au contraire, faire entrer l'état d'urgence dans le droit commun, en faisant une loi sécuritaire, une de plus, qui déshabille l'autorité judiciaire pour habiller les autorités administratives. La France est en train de dire adieu à l'état de droit. La France s'engage la fleur au fusil dans la voie du régime d'exception permanent. Pour un homme qui peut à bon droit se dire "d'Etat" (il est légitime, puisque élu), voilà un drôle de chef. La question que je me pose : combien de semblables saloperies vont suivre ? En la circonstance présente, j'éprouve, qu'on me pardonne, une grande honte. J'aimerais bien ne pas être le seul.

La liberté, ce n'est pas moi qui en parle :

« Le loup déjà se forge une félicité

Qui le fait pleurer de tendresse.

Chemin faisant, il vit le col du chien pelé.

"Qu'est-ce là ? lui dit-il - Rien. - Quoi, rien ? - Peu de chose.

- Mais encor ? - Le collier dont je suis attaché

De ce que vous voyez est peut-être la cause. -

Attaché ! dit le loup : vous ne courez donc pas

Où vous voulez ? - Pas toujours ; mais qu'importe ? -

Il importe si bien, que de tous vos repas

Je ne veux en aucune sorte,

Et ne voudrais pas même à ce prix un trésor."

Cela dit, maître loup s'enfuit, et court encor ».

Le Français, trop plein de son confort, trop conscient de ce qu'il a à perdre, n'est plus un loup, s'il l'a jamais été. Il est gavé de démocratie. Qui prendrait, aujourd'hui, le parti du loup ?

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mercredi, 31 mai 2017

VARIANTE

Tout le monde connaît le refrain que serinent à nos oreilles les commentateurs, celui du "verre à moitié truc, à moitié machin". J'ai entendu hier fredonner la rengaine, mais habillée de façon originale. C'était dans la bouche de M. Ivan Krastev, Bulgare par nature et intellectuel à la retraite. Pour une fois, je ne le qualifie pas d'intello, mais d'intellectuel, et de qualité. C'est normal : je me retrouve assez bien dans les analyses qu'il propose d'un phénomène qui angoisse nos chères élites. Nous avons de l'estime pour les gens qui pensent comme nous, c'est humain.

Ce phénomène, c'est la "Montée-des-Populismes", dont les figures obligées que les "chères-élites" énumèrent complaisamment sont toujours Orban, La Pologne, Erdogan, Trump et, bien sûr, pour ce qui nous concerne, Le Pen. Soit dit en passant, je suis toujours ébaubi du bout de la lorgnette par lequel les "autorités" médiatiques et politologiques abordent la question. Tétanisées comme la grenouille devant la couleuvre, elles tiennent un discours incantatoire sur le danger que fait courir le populisme à la démocratie, haranguent les foules à ce sujet, et poussent un grand "ouf" de soulagement plein de lâcheté quand le pire a été évité.

Il ne leur viendrait surtout pas à l'esprit de s'interroger sur les causes de cette "Montée-des-Populismes" dont ils ont plein la bouche. Quant à moi, pour aller vite, j'attribue ces causes à la façon dont le monde est conduit, sur les plans tant économique que politique, par des aveugles et des irresponsables, fort peu soucieux du sort du plus grand nombre.

Laissées sans perspectives et de plus en plus exposées aux difficultés de l'existence, des masses de gens ne savent plus vers qui se tourner pour trouver un peu d'espoir. Les camelots de la politique qui, eux, connaissent très bien la clientèle qui peut leur donner le pouvoir, enquêtes marketing à l'appui, savent à merveille, pour les appâter, agiter devant elle gris-gris, colifichets et sornettes (le programme de Marine Le Pen à la présidentielle en était bourré). Je reviens à ma variante.

La personne anodine qui interroge l'estimable M. Ivan Krastev termine l'entretien sur le pont-aux-ânes de la question du pronostic à poser sur l'avenir qui nous guette. Le monsieur répond ceci : « En Bulgarie, nous disons la chose suivante : les optimistes voient le verre à moitié plein, les pessimistes le voient à moitié vide. Nous les Bulgares le voyons à moitié cassé ». Un verre "à moitié cassé" ? C'est joli, non ?

mercredi, 17 mai 2017

UN ESPOIR ?

Il est un peu tôt pour se prononcer sur ce que peut donner la présidence Macron, et je me laisse peut-être bercer dans l'écume des apparences, mais enfin, je crois percevoir à la surface de l'actualité comme le friselis d'une brise pas trop malodorante. Ce n'est pas encore de l'optimisme, mais. J'ai envie, à tort ou à raison, de me dire que quelque chose est peut-être en train, je ne dis pas de changer : au moins de bouger un peu. Et je l'avoue, j'ai eu tort de traiter le jeune énarque de "baudruche". Certes, les vieilles forces qui ont congelé la vie politique française depuis bientôt quarante ans n'ont pas dit leur dernier mot. Les fossiles de "droite" et de "gauche" n'ont aucune envie d'être collés au musée de paléontologie : ils se cramponnent de toutes leurs griffes au terrain. Est-ce que le frisson qui semble remuer le rideau de fer sera suffisant pour que le sang politique de la France recommence à circuler dans ses artères ? Ce serait déjà énorme. Il faut attendre le deuxième tour des législatives : combien de vieux crocodiles se retrouveront au Palais Bourbon ? On verra.

De toute façon, même si le système politique français reprend vie sous l'indéniable impulsion donnée par le petit Macron, restera son programme économique, et là, nous ne sommes pas au bout de nos peines. Et je ne parle pas du réformisme sociétal ("progressiste", évidemment) qui anime le nouveau président. 

En attendant les éventuels jours meilleurs, merci de ne pas me réveiller.

mercredi, 10 mai 2017

L’HÉRITIER ?

EMMANUEL HOLLANDE OU FRANÇOIS MACRON ?

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Photo de une du Progrès du 9 mai 2017.

 

Je ne sais pas si je délire ou non, mais je trouve cette photo tout à fait extraordinaire, à cause de la drôle de réflexion qu'elle m'inspire. Elle me donne l'impression qu'un masque tombe : celui de la brouille irrémédiable. On y voit en effet l'ancien et le nouveau se regardant et se souriant, en train d'éprouver un contentement qui m'a semblé authentique. Ce regard et ce sourire m'ont sauté aux yeux à cause de cet air de complète satisfaction mutuelle que j'y ai vu (à tort ou à raison). Si j'avais à imaginer une légende à cette photo (AFP), ce serait un dialogue du genre : « Tu vois, papa, j'y suis arrivé. Je l'ai fait ! - Bravo, fiston, ça a marché. Je savais que je pouvais compter sur toi ! ». Ils sont visiblement satisfaits l'un de l'autre, et pas seulement parce qu'ils commémorent la capitulation allemande en 1945.

Si je n'ai pas les pieds à côté de mes pompes, cela signifie que le capitaine de pédalo, se sentant définitivement (et à raison) grillé, à décidé de faire ce qu'il considère comme un "beau geste", et de transmettre la fonction à un héritier jugé à même de la faire fructifier et prospérer. Mais surtout, si tel était vraiment le cas, cela voudrait dire que les deux compères ont joué devant toute la France un chef d'œuvre de scénario de dissimulation. Alors, comédie, la "trahison" du poulain du président bombardé ministre ? Comédie, l'émotion du président annonçant en décembre qu'il ne se présenterait pas à l'élection ? Si ce n'est pas pure hallucination, alors là, je dis : bien joué ! Et chapeau, les artistes ! Et merci au photographe de l'AFP.

Merci de me dire si je me trompe.

mardi, 09 mai 2017

VIALATTE ET L’IDÉE DE L’ALGÉRIE

littérature,alexandre vialatte,revue le spectacle du monde,vialatte résumons-nous,guerre d'algérie,algérie française,oas,robert bourgine,jean cau,ferhat abbas,abd el kader,bab el oued,france,politique,société,la marseillaise,général de gaulle,général massu,harkis,philippe héduy,lieutenant des taglaïts,ferny besson désert perdu,rapatriés d'algérie,littérature françaiseToujours dans la revue Le Spectacle du monde, en novembre 1962, voici ce qu'Alexandre Vialatte écrit au sujet de l’Algérie (il dit quelque part que sa contribution à la revue s'inscrit dans la rubrique  littéraire : on voit ici que le champ du littéraire est singulièrement élastique) :

« Les Français s’avisèrent, en 1830, qu’il valait mieux gouverner l’Algérie que d’y être vendus sur les marchés d’esclaves. C’était un point de vue. Ils l’adoptèrent. L’Amérique, à l’époque, les en félicita, le monde civilisé les remercia, Abd el-Kader, vaincu, leur apporta son aide, M. Ferhat Abbas apprit la pharmacie. Cent trente ans plus tard, ils trouvèrent qu’une Algérie antifrançaise irait mieux dans "le sens de l’Histoire", et que les Chinois feraient mieux qu’eux. La chose paraissait plus "à gauche". Ce mot de "gauche" emporta tout. Car on accepte à la rigueur d’être accusé d’avoir tué son père, on ne peut pas s’exposer au reproche d’être moins "à gauche" que son voisin. Même s’il faut pour cela soutenir l’assassinat : l’assassinat n’est pas la guerre ; on peut assassiner en restant pacifiste ; l’assassinat ne devient blâmable que pratiqué par des méchants. Et le méchant, c’est l’armée française. Sans armée, en effet, il n’y aurait jamais de guerre. Et puis d’ailleurs, qu’est-ce que ça peut nous faire, puisque ça se passe de l’autre côté de l’eau ? Bref l’idée plut.

Au bout de sept ans d’efforts, de combats, de campagnes de presse, de guillemets déplacés, de citations dirigées, la France a enfin réussi à perdre l’Algérie française. A la suite des victoires d’Oran et de Bab El Oued. Elles furent sanglantes. Aussi la joie régna-t-elle dans le camp des vainqueurs. Les enfants se partageaient le képi du général. Il était lauré de feuilles de chêne. Ils en firent des indigestions. Des harkis furent pelés comme on pèle une carotte, salés comme du jambon et cuits dans une marmite. Ce ne furent plus qu’égorgements, disparitions, espiègleries, accords d’Evian.

Les riches colons rentrèrent en France avec les restes de leur famille. Ils trouvèrent pour les accueillir de vastes terrains vagues où ils plantèrent leurs tentes, de soie et d’or, mal vus par la population qui leur reprochait leurs milliards, l’exploitation des indigènes, plusieurs vols de porte-monnaie, et le cynisme qu’ils avaient eu de naître à Mascara ou Orléansville.

Il ne s’agissait plus que de décoloniser. On sait en quoi la chose consiste : on déboulonne Lesseps, on garde le canal ; on supprime les propriétaires, et on coupe la tête à Jeanne d’Arc.

Il y a neuf millions d’Algériens qui ne doivent la vie qu’à la médecine française. Va-t-on les supprimer aussi ?

Mais à quoi bon donner la vie à tant d’enfants, sans leur offrir avec une situation brillante ? Et c’est pourquoi, devenus grands et nombreux, les enfants battirent leur nourrice. Heureusement, la nourrice entendait merveilleusement la plaisanterie. Elle l’entendit jusqu’à violer la Constitution de son pays pour l’Algérie antifrançaise. Ce qui n’épargna nul massacre. La majorité des députés ne dit mot. Puis renversa le gouvernement, parce qu’elle trouvait qu’il violait la loi sur un autre point. Ce fut en chantant La Marseillaise.

On en est là. Si bien qu’à travers l’événement, la France, aux yeux des députés, apparaît gouvernée, tantôt par un gouvernement légal et par une Constitution factieuse, et tantôt par un chef factieux et par une Constitution légale. Tel est le tableau. J’y mets à peine de mauvaise foi ; et encore, uniquement pour le plaisir de la chose ; pour le principe ; ou pour ne pas être trop sévère : user de la vérité serait un abus de pouvoir.

Ceux qui firent les frais de l’aventure furent les garçons qu’on envoya vaincre et mourir sur les djebels, au nom d’une Algérie qu’on leur enlève ensuite au mépris des serments qu’ils avaient dû donner. Ce fut d’eux qu’on ne parla jamais. Ce furent eux qui n’eurent jamais droit aux sollicitudes de la presse. Masques maigres de sentinelles, figures de proue de l’armée française, sacrifiés de leur génération, ce furent eux qui ne défilèrent pas, afin que la nation ne pût pas les remercier. Ils revoyaient dans leurs cauchemars le chef de douar ou les harkis qu’on avait torturés quand ils étaient partis, en dépit des promesses qu’ils avaient dû leur faire. Ils s’accusaient de complicité d’assassinat. Tel fut le drame. Comment fut-il compris ? La grande presse annonça un jour que le général Massu, qui avait eu pour eux un mot de pitié dans un discours, était privé de homard par le général de Gaulle. Oui, la chose alla jusque-là. De Gaulle étant venu aux manœuvres, Massu ne fut pas invité à sa table où "l’ordinaire avait été amélioré". Il n’eut pas droit au homard mayonnaise. Et la presse en fit quatre colonnes. Et c’est elle qui fait l’opinion.

Ce furent les morts les plus trahis. On leur retira leur raison d’être devenus des cadavres. Offerts à la nuit des djebels et sacrifiés sur la montagne, tués à la balle, mutilés au couteau, ils n’apprirent que du fond de la tombe que ce n’était pas pour la France, mais d’abord que c’était pour rien, ensuite que c’était pour l’ennemi. C’étaient nos fils, c’étaient nos frères. Voilà, disent les discours de la télévision, "ce que nous avons réalisé à travers tant de sang, avec tant de réussite"… ».

Alexandre Vialatte le dit lui-même : il n’écrit pas cela sans une certaine dose de mauvaise foi. Je me garderai de porter un jugement sur le fond. Je me contenterai d’estimer que ce n’est pas ce qu’il a écrit de meilleur, y compris – en dehors de quelques réussites (dont l'énumération - deux octosyllabes approximatifs - qui aboutit aux "accords d'Evian") – dans le style lui-même. Dans un numéro de la même revue, en janvier 1963, il sera encore plus net, voire violent (« La patrie était une famille ; le général de Gaulle était un paladin. Et tout à coup il nous apprend que la patrie est une épicerie dont on lâche le rayon qui ne rapporte rien. Qui se ferait tuer pour une épicerie ? »). Moins violent, certes, que les réalités de cet épisode de l'histoire de France.

Vialatte poursuit sa chronique en commentant à sa façon Au Lieutenant des Taglaïts, de Philippe Héduy qui livre là, selon lui, « témoignage lyrique d’un militaire, documentaire passionné d’une époque, et pièce à conviction fécondement accablante », puis Désert perdu, de son amie Ferny Besson, « fille d’un médecin des oasis », qui « ne vient en France qu’à seize ans », et qui a perdu un fils dans la guerre d’Algérie.

La chronique s’achève sur la longue citation d’un article de Jean Cau paru dans L’Express, dans lequel son auteur jette une déploration sur les dégâts irrémédiables qu’est en train de faire subir à la terre algérienne le départ massif des Européens. Quand on voit, cinquante-cinq ans après la fin de la guerre, l’état d’esprit d’une majorité de la population face aux élections législatives qui viennent d’avoir lieu en Algérie – jouées d’avance, selon plusieurs journalistes et observateurs algériens – peut-on dire qu’il a complètement tort ? Pouvoir et ressources confisqués par une petite secte de seigneurs militaires, population où grouille une jeunesse (le pays a 27,3 ans d'âge moyen en 2014) désillusionnée, désorientée, autant qu'inemployée. Oui, qu'elle doit paraître belle, aux yeux des Algériens d'aujourd'hui, l'indépendance ....... d'avant l'indépendance !

Ils avaient encore au moins la chance de pouvoir combattre un ennemi.

Voilà ce que je dis, moi.

lundi, 08 mai 2017

ALORS QUOI, MAINTENANT ?

Ben oui, c'est Macron. Et alors ? C'est bien ce qui était attendu, non ?

Le merveilleux dans l'histoire, c'est que certains osent considérer ce choix comme une victoire, alors même que les électeurs français n'ont jamais autant voté CONTRE. Une VICTOIRE, vraiment, battre Marine Le Pen ? Allons donc. Admettons que bien des gens puissent se sentir aujourd'hui soulagés et rassurés. Mais une victoire ? Franchement, qu'est-ce qui a changé ? En tout cas, sûrement pas la situation, je veux dire l'état général du pays, avec sa masse de pauvres et ses régions désindustrialisées. Ce qui n'a pas changé, ce sont donc en effet tous les facteurs qui ont favorisé la montée du Front National. Marine Le Pen n'a pas eu tort, hier soir, de se féliciter de son résultat : elle a cinq ans devant elle pour préparer son accès au pouvoir. Si la Machine à fabriquer le Front National continue sur sa lancée, on peut déjà prévoir l'issue de 2022. On se souviendra alors de Soumission, le roman de Michel Houellebecq paru en 2015.

Je veux bien croire qu'Emmanuel Macron est plein de bonne volonté. J'espère qu'il a l'intention de changer quelque chose aux causes qui ont produit Le Pen au second tour, mais d'abord, dans quelle direction ? Et puis surtout, le pourra-t-il ? Avec qui va-t-il travailler ? S'il le fait avec les vieux crocodiles qui peuplent le marigot français depuis quarante ans, on peut déjà dire que les jeux sont faits. Il y a une chance, du côté du nouveau président, s'il arrive à faire élire des députés en nombre suffisant qui ne traînent pas le lourd passé des Fillon, Mélenchon, Valls, Le Drian, Lemaire et compagnie. S'il arrive à constituer une Chambre entièrement neuve. Et ça, c'est loin d'être gagné : les grandes manœuvres ont déjà commencé pour circonvenir et circonscrire le petit nouveau. Les résistances sont déjà en place, et bien enracinées dans le paysage. Les vieux crocodiles et autres grands prédateurs politiques ne vont pas se laisser tanner le cuir sans réagir : ils ont encore des crocs. Ce qu'il reste du Parti Socialiste et de l'ex-UMP (je ne digère pas "les républicains") a encore des structures et des réseaux. Et ça, ça ne s'efface pas d'un coup d'éponge. 

Attendons de voir ce dont est capable ce petit jeune, brillant pianiste paraît-il. Je suis prêt à tout, y compris à être DÉÇU EN BIEN. Ce sera le cas s'il parvient à mettre en panne la Machine à fabriquer Le Pen, et si, grâce à lui, s'ouvre une perspective d'avenir un peu désirable. S'il y arrive, ce sera un véritable grand exploit sportif, que je serai tout prêt à saluer très très bas.

Sans préjuger de l'avenir et du possible, je souhaite à Emmanuel Macron bien du courage, de l'énergie, de la justesse dans le jugement et du pouvoir de persuasion.

vendredi, 28 avril 2017

MICHÉA : NOTRE ENNEMI, LE CAPITAL

MICHEA NOTRE ENNEMI.jpgLe regard que Jean-Claude Michéa porte sur le monde tel qu’il va à sa perte est d'une justesse sans faille. Son analyse, qui rejoint sur plusieurs points la critique principale que Paul Jorion adresse au système capitaliste actuel, c'est-à-dire son ahurissant comportement suicidaire, constant et obstiné (voir citation sur la couverture ci-contre et billets des 24-25 avril). Michéa voit juste, malheureusement son style et sa méthode sont tout à fait décourageants à force d'accumulation de complications dans la démarche.

Qu’on en juge : l’axe principal de son propos tel qu’il s’expose en quatre courts chapitres tient dans les quatre-vingts premières pages, les deux cent vingt-neuf suivantes étant consacrées à développer des « scolies » (alias "commentaires", numérotés de A à P), qui sont autant de greffes entées sur le tronc du raisonnement, et qu’il préfère, pour cette fois, regrouper à part. Et non content de cette "curiosité", chacune des scolies digresse en notes, souvent très copieuses et qui volent parfois en escadrille, annoncées en lettres minuscules cette fois.

Par-dessus le marché, son style d’exposition n’est pas fait pour faciliter la tâche au lecteur. Je ne nie pas la nécessité de la précision et de l’exactitude de l’expression. Mais, pour prendre un exemple dans la psychanalyse, entre la manière quasi-maniaque d’un Jacques Lacan et le langage accessible d’un Didier Anzieu, je choisis ce dernier, dont on suit en général le propos sans peine : le non-spécialiste lui en sait gré, quelle que soit la validité de ses thèses.

La langue de Michéa est faite de phrases à rallonge (celle qui commence page 65 s’achève vingt-cinq lignes plus bas, et quatre ou cinq pages plus loin, à cause des notes !), et qui plus est, de phrases souvent bourrées d'interruptions diverses, sous forme d’incises, de tirets, de parenthèses, qui finissent par noyer le fil conducteur sous les strates multiples. C’est sûr, l’auteur ne veut rien oublier, mais cette façon d’écrire, jointe au choix de la scolie, a quelque chose d’horripilant.

C'est ce que je reprochais, par exemple, à Bourdieu (du temps où je lisais ça), dont on se demande après combien d'incises et de propositions subordonnées la phrase qu'il vient de commencer va s'achever. C'était permis à Proust qui, lui, écrivait de la littérature. A quoi tient le besoin de certains intellectuels d'obscurcir à loisir leurs thèses, auxquelles je suppose pourtant qu'ils tiennent ?

C’est d’autant plus dommage, dans le livre de Michéa, que bien des remarques, dans le texte ou dans les notes, ont tout pour remplir d'aise le lecteur déjà un brin critique. Pour rester page 65, par exemple, Michéa s’en prend, en bas de page, à tous les intellectuels qui ont décidé de rénover le discours du capital en affublant leur entreprise du masque de la « déconstruction » ("neutralité axiologique" oblige : la belle blague). Il place ceci entre parenthèses : « comme en témoigne, entre autres, le fait que la carrière d’un universitaire français – du moins dans le domaine des « sciences sociales » – dépend avant tout, de nos jours, du nombre de génuflexions qu’il acceptera d’accomplir devant l’œuvre de Foucault et de Derrida ». Je goûte fort les guillemets à "sciences sociales".

Oui, la police universitaire est bien faite, et l'ordre économique et idéologique y règne. Cette mise en cause fait un bien fou, car la gauche soft, vous savez, la gauche sociétale qui s'est désintéressée des rapports de classes et des rapports de production pour se convertir à l'économie de marché et à la dérégulation morale, fait en effet régner dans les « sciences » humaines un terrorisme intellectuel qui paralyse et stérilise la pensée dans l’université française, où la cooptation, si elle n'est pas la règle absolue, pèse quand même de tout son poids.

Toujours sur un de ces papes de la « déconstruction » : « Certains se souviendront alors peut-être du jugement prophétique de Sartre. La pensée de Foucault – écrivait-il dès 1966 – est "le dernier barrage que la bourgeoisie puisse encore dresser contre Marx". L’université française contemporaine est là pour le confirmer » (p.61). Bien que je n'approuve pas trop la référence à Sartre, je trouve que s'en prendre à Foucault et Derrida, c'est ne pas manquer de courage, et l'on comprend que tous leurs émules s'entendent à merveille pour rejeter avec haine et hauteur Michéa parmi les plus fieffés "réactionnaires". 

De même quand il s’en prend à une figure quasi-christique de la gauche moderne, sociétale et cosmétique, celle qui a promu le "mariage" des homosexuels : « Si, du reste, ces notions d’identité nationale et de continuité historique ne renvoyaient qu’à un simple "mythe populiste", une Christiane Taubira pourrait encore exiger – sous les applaudissements de cette même extrême-gauche libérale – la "repentance" collective des Français d’aujourd’hui pour des crimes commis aux XVI° et XVII° siècles par un petit nombre de leurs ancêtres » (p.33). Soit dit en passant, Taubira a, entre autres, été un temps l'égérie de Bernard Tapie ! Tiens, au fait, n’est-ce pas le baratineur Emmanuel Macron qui, en Algérie, a décrété que la colonisation avait été un "crime contre l’humanité" ? Repentons-nous, mes frères !!! En chemise et la corde au cou ! Comme les bourgeois de Calais (ça avait une autre gueule que la "jungle",  sous la patte de Rodin). 

La mise en cause du système capitaliste qui met la planète en coupe réglée et qui bourre les crânes à coups d’idéologie libertaro-marchande est donc tout à fait impeccable. Quel dommage que Jean-Claude Michéa n’arrive pas à débroussailler sévèrement la forêt emberlificotée de ses raisonnements !

Ses ennemis, nombreux, soyons-en sûr, s'en félicitent. 

Voilà ce que je dis, moi.

jeudi, 27 avril 2017

FAIRE BARRAGE A QUOI ?

Alors voilà, ce sera Macron ou Le Pen. Comptons sur Macron pour veiller à se savonner lui-même la planche d'ici le 7 mai. Franchement, je ne sais pas ce qui a pris à ce freluquet d'aller fêter sa "victoire" à La Rotonde. Mais quelle victoire, espèce de niais ? « Je m'voyais déjà en haut de l'affiche, En dix fois plus gros que n'importe qui mon nom s'étalait », chantait Aznavour. Mais Macron ne pourra pas chanter, comme dans la chanson, « On ne m'a jamais accordé ma chance ». Sa chance, il l'aura eue, et même au-delà, et il est en train de la gâcher, parce qu'il ne se rend même pas compte.

S'il va à la déconfiture, il ne pourra s'en prendre qu'à sa propre personne, arrogante et imbue d'elle-même. Si c'est Le Pen qui est élue, Macron pourra se vanter d'avoir vendu la peau de l'ours avant de l'avoir tué. On ne s'étonne pas au passage que le manœuvrier Gérard Collomb, maire de Lyon, prenne la défense de ce petit viron festif. Même le petit Sarkozy, vous savez, l'homme au talon à ressort, l'homme à l'épaule hystérique, avait attendu le soir du deuxième tour pour aller fêter sa victoire, authentique pour le coup, au Fouquet's et sur le palace flottant de son copain Bolloré, avec les dégâts que l'on sait dans l'opinion publique.  

On hallucine d'observer un tel mépris de la réalité ordinaire chez quelqu'un qui prétend à la plus haute fonction. Macron ne vaut pas plus tripette que la Le Pen : l'un veut continuer à faire passer le rouleau compresseur de l'ultralibéralisme sur les Français, pendant que l'autre projette sereinement de ruiner le peuple en six mois, et "au nom du peuple", s'il vous plaît (voir son programme économique délirant, qui consiste grosso modo à démesurer les dépenses de l'Etat tout en asséchant ses ressources). Alors, que préférez-vous, la peste ou le choléra ? Quel monstre vous attire le plus ? Le monstre capitaliste ou le monstre autoritaire ? En quoi Macron est-il moins pire que Le Pen ? Juste en ce qu'il distribuera quelques lots de consolation aux "perdants de la mondialisation" ? Allons donc !

Ces remarques sont à considérer comme une "explication de vote". On m'accusera de favoriser la politique du pire. Je récuse le reproche : ceux qui auront élu Marine Le Pen sont exclusivement ceux qui auront mis un bulletin à son nom dans l'urne le 7 mai. En 2002, face à l'alternative Chirac - Le Pen, je m'étais ému (comme pas mal de gens) et j'avait opté pour l'escroc pour ne pas avoir le facho. Résultat : 82% au deuxième tour pour l'escroc (qui s'était contenté de 19,88% au premier !!!), qui se permit même, devant témoins, le geste obscène du "doigt dans le trou du fût", pour bien faire comprendre en quelle estime il tenait les électeurs.

Et ce n'est pas les suites cocufiantes données par Sarkozy au NON majoritaire de 2005 qui m'ont réconcilié avec les urnes. On ne me reprendra plus à voter contre quelqu'un et contre moi. Et j'attendrai, pour retourner dans un bureau de vote, de pouvoir, en conscience, voter POUR. Devoir civique, mon œil : je refuse d'intérioriser la haine de soi contenue dans la résignation à voter contre ses propres convictions. Quel honneur y a-t-il à cette abnégation ? A quoi sert le droit de vote ? Est-il digne de voter "avec des pincettes" ou "en se bouchant le nez", comme je l'ai entendu sur les ondes ? 

Si par malheur Le Pen est élue, je me dis, d'une part, qu'après tout, elle sera légitimée par le suffrage universel, d'autre part, qu'on pourra en remercier très directement Mitterrand (qui a mis le pied à l'étrier au papa Le Pen), Chirac, Sarkozy, Hollande, Fillon, Emmanuel Macron et leurs entourages. Cela fait pas mal de monde. L'emprise incroyable du Front National sur la vie politique (appelons ça comme ça, bien que) est l'immonde cadeau fait à la France par la lâcheté intrinsèque, la médiocrité confondante et les calculs à la petite semaine de ces individus et de leurs amis, dont tous les efforts ont été tournés non vers le pays et l'Etat qu'ils disaient "servir" (quelques menues exceptions quand même), mais vers la "carrière" personnelle. Ce sont ces tristes individus qui ont amené la vie politique française jusqu'à l'état terminal de décomposition avancée où nous la voyons aujourd'hui. 

Tous complices, les uns après les autres, de la désertification industrielle, qui a poussé les populations ouvrières vers ce désespoir qui leur fait croire que le salut viendra de Marine Le Pen. Tous responsables, les uns après les autres, de la montée inexorable du chômage (le dernier en date, l'inénarrable Hollande, champion de l'inversion de courbe, a vu croître le nombre de chômeurs de plusieurs centaines de milliers) et de l'appauvrissement de la France, ou tout au moins de l'Etat français. Tous accapareurs de la représentation nationale par une cohorte formatée de bureaucrates, de comptables, de secrétaires, de chefs de bureau. Car il y a moins en France de véritables hommes politiques que de gestionnaires plus ou moins compétents et plus ou moins intéressés. Moins politiques que politiciens, plus administrateurs de l'existant qu'ambitieux pour leur patrie. De quoi gerber.

Il ne reste plus qu'à faire comme Diogène qui, se baladant en plein jour avec sa lanterne allumée, répondait à ceux qui s'étonnaient : « Je cherche un homme ». On pourra toujours se demander ensuite comment le terreau politique a été ainsi stérilisé. Vous avez dit l'ENA ?

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