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vendredi, 04 juillet 2014

LES FEMMES FRIGIDES

Celui [le mystère] des « femmes frigides » n’est pas moins ténébreux. Je n’ai jamais su exactement ce que c’était qu’une « femme frigide ». C’est un vocable énigmatique qui me fait à peu près le même effet  que les mots « verdure » ou « arthritisme » lorsque j’avais quatre ou cinq ans. Les médecins savent ces choses savantes, les grandes personnes. De tout façon, la presse signale un « mystère de la femme frigide ». Et elle a bien raison ; car c’est un phénomène d’un caractère si saisonnier qu’on ne parvient pas à s’expliquer la chose ; c’est un mystère intermittent : tantôt il n’y a pas de femme frigide, et par conséquent pas de mystère, tantôt les journaux en sont pleins. Surtout quand ils manquent de Spoutniks ou de « conférence au sommet », ou quand Joanovici ne part pas pour la Suisse ; ce ne sont plus que photos de femmes frigides, graphiques, diagrammes, toutes les femmes sont frigides ; d’ailleurs, sur les photos, on ne s’en rendrait pas compte, elles n’ont pas l’air de délinquantes, elles ressemblent à toutes les autres, on dirait des femmes non frigides ; il paraît qu’elles le sont quand même ; c’est ce qui prouve bien qu’on est en plein mystère. Mais ce que je préfère ce sont les coupes de femmes frigides. Au trait blanc sur fond noir, avec des pointillés. C’est très intéressant ; ça fait très scientifique. On se sent en plein dans le vrai de la chose, la vraie médecine, la vraie physiologie. On se sent pénétré par la science ; malgré soi. On n’y comprend rien ; et puis on n’a pas le temps de tout lire ; et c’est affreusement ennuyeux (il ne faut pas lire), mais on voit les schémas. Et alors on sent qu’on apprend. Quoi ? On ne sait pas. Mais enfin on apprend. A l’état pur. Sans aucun objet. Comment dire ? C’est un état d’âme : l’état d’âme d’un homme qui s’instruit. On s’instruit jusqu’aux yeux. J’aime bien les femmes frigides.

 

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Ben voilà. Je sais, j’aurais dû mettre des guillemets et tout écrire en italiques. Ces considérations datent de 1958. On les trouve dans le numéro de mai de la NRF.

 

Les vrais amateurs ont reconnu depuis le début qu’elles ne peuvent avoir été signées que par Alexandre Vialatte. Cette chronique a été recueillie par Ferny Besson dans Profitons de l'ornithorynque, éditions Julliard, 1991. Qui me rendra Antiquité du grand chosier, que j'eus la faiblesse de lui prêter, sans doute un jour de beuverie excessive ?

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Ainsi, on apprend le retour du petit fouteur de merde en chef monté sur talonnettes. Je ne  veux plus écrire son nom ni publier l'effigie de sa trombine. Le chef de file de ceux qui veulent foutre par terre l'institution judiciaire quand celle-ci ne se prosterne pas devant eux : les gorets hurlent qu'on les égorge, avant d'avoir senti le fil de la lame. Le chef de file des malfrats qui ne conçoivent les institutions de la République qu'au service de leurs intérêts personnels. La politique réduite au coup de menton. La politique réduite à la promotion narcissique de quelque Nabot-Léon qui a le culot monstre de se prendre pour un homme d'Etat et qui, dans la foulée, accuse des magistrats de n'obéir qu'à des besoins de vindicte personnelle quand ils ont l'audace ahurissante de s'en prendre à son auguste personne. Faut-il que les Français soient nuls à chier pour avoir été neuf millions à gober avidement à la télé les rodomontades, les bravades et les mensonges de ce jean-foutre ! Qui aurait dit que la France s'apprêtait à retomber de Charybde (le mou du bulbe qui nous gouverne) en Scylla (l'agité du bocal, qui se rêve de nouveau en calife à la place du calife) ?

Que préférez-vous, du mou du bulbe ou de l'agité du bocal ? 

Mais qui, maintenant, pour nous préserver du pire ? On va faire comme Diogène, une lanterne à la main en plein jour : « Je cherche un homme ».

lundi, 30 juin 2014

LE THRILLER EST A LA MODE

HERVÉ LE CORRE, Après la Guerre, (Rivages/ Thriller, 2014)

 

« On ne lit pas toujours ce qu’on devrait ». Appliquant cette maxime, qu'il ne faudrait pas confondre avec un proverbe bantou, j’ai donc lu Après la Guerre, de Hervé Le Corre (éditions Rivages / Thriller, 2014). Mais j’avais une excuse : des amis sûrement bien intentionnés m’en avaient fait cadeau. Je me suis senti obligé d'aller jusqu'au bout. Et je peux vous dire que le thriller se portera épais cet été.

 

Est-ce que c’est ça, le « thriller » d’aujourd’hui (il a reçu le prix du Point, 2014) : un cadeau fait par des amis qui ignorent vos préférences ? Ah, « préférence », petit mot beaucoup entendu lors du vote de la loi sur le mariage homo. Tiens au fait, c'est quand la gay pride ? Alors, cher individu, vos préférences préférées ? En l'occurrence, votre « orientation culturelle », si vous voyez ce que je veux dire. Cela fait comme un malentendu. Mes amis ? Je ne leur en veux pas, vous pensez bien : l'intention de faire plaisir était là.

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En tout cas ça commence bien crade et bien saignant : trois mastars cuisinent (je veux dire lui caressent à grands coups d'extrémités carpiennes - qu'ils ont particulièrement contondantes - le nez, l'arcade sourcilière et le menton) Lucien Potier pour lui faire cracher l’adresse de la cachette du Crabos, qu’ils soupçonnent d’avoir saigné Penot la semaine d’avant. Ils vont jusqu’à lui griller l’œil à la cigarette pour qu’il se mette à table, et qui finit par cracher, en même temps que ses dents, dans l'espoir d'en finir enfin avec la douleur : « Rue du Pont-de-la-Mousque ! Il est chez Rolande avec sa pute dans une piaule pour la nuit ! ». C’est tout ce qu’ils voulaient, les mastars. On est à Bordeaux, au milieu des années 1950.

 

Ils n’ont plus qu’à liquider Lulu, ce que Jeff fait, salement, comme à son habitude : c'est ce qu'il préfère. Albert lui en veut de savourer trop visiblement la mise à mort, car lui, quand il torture, c'est purement fonctionnel, juste parce que l'autre rechigne à lui donner l'info qu'il attend. Torturer, là, c'est du pragmatisme. Albert est un pragmatique, ce qu'il veut, c'est être efficace. Le lecteur a du mal à faire la différence. Il paraît que ce genre de littérature a ses amateurs.

 

Le trio est composé de Jeff, costaud et porte-flingue, mais un peu « imprévisible » (euphémisme pour "carrément chtarbé"), Francis, un mec sûr, un vrai dur pour lequel turbinent assez de filles pour le faire vivre confortablement, et puis Albert, le chef. Lui, c’est le commissaire Darlac. Suivant les moments du bouquin, il « tient la ville » ou « la moitié de la ville ». Du double au simple (ou de l'entier au demi), mais baste, ne chipotons pas.

 

On comprend vite que le vrai méchant, c’est ce flic. Une longue histoire. Avec Poinsot, Penot et quelques autres, jusqu’en 1943, il a « travaillé » pour les Allemands, dans la torture, la rafle de juifs et le pillage des biens (ils - les fripouilles - sont tous meublés comme des princes). Sentant le vent tourner, il s’est arrangé pour sauver quelques juifs, quelques résistants : ça vous refait un état civil présentable aux yeux des intégristes de la Libération (à l'occasion des lâches brusquement reconvertis en héros de la Résistance), et ça fait oublier les « erreurs de jeunesse ».

 

Appelons ça la « transition politique », puisqu’il y a bien une « transition énergétique » de nos jours. Certains appellent encore ça la « Libération » : comme on ne pouvait pas flinguer tous les salauds, on a pratiqué le recyclage des ordures à grande échelle. Papon est évidemment en filigrane (on est à Bordeaux).

 

Parfaite quintessence de la pourriture humaine, le commissaire Albert Darlac a monté son affaire en entretenant plus de connaissances chez le diable que chez le bon dieu : tout le monde – flics et voyous – le connaît, et il connaît tout le monde, avec une nette préférence toutefois pour les voyous. Comme on dit : « Il en croque ». Un vrai parrain. 

 

En plus, contrairement à ce que me disait un ancien inspecteur de la DST, le Code de Procédure pénale (il s'y référait en permanence, dans la crainte du « vice de forme », cause de tant d'invalidations d'enquêtes et de procédures), non seulement il ne l’ouvre jamais, mais il doit servir de béquille à sa table branlante, s’il ne l’a pas depuis longtemps jeté au feu (j'espère que vous vous y retrouvez, dans les pronoms personnels). Darlac, c’est le mec de la manière forte, il n’y va pas avec le dos de la cuillère à pot de moutarde forte (de Dijon) : celle qui monte au nez plus vite que son ombre.

 

En fait, le lecteur (disons : moi) se fiche pas mal des embrouilles et entourloupes dont le commissaire Darlac, sorte de figure du Mal enkystée dans le monde normal (commissaire Laborde, inspecteur Mazeau, …), est capable de faire preuve. On sent qu'il y a du Lucifer Exterminateur dans le personnage du commissaire Darlac. 

 

De toute façon, dans tout le bouquin, il n'y a pas une personnage pour racheter l'autre : tout autant que les mauvais, les bons sont éliminés, sauf les huiles comme de bien entendu. Ce pauvre type n’est pas un stratège. C’est sûr qu’il ne manque pas d’habileté tactique, mais quand Jean Delbos lui fait dire qu’il est revenu d’entre les morts pour se venger, il va commencer à les accumuler, les morts. Et aussi les erreurs.

 

Il faut dire que Delbos a de quoi lui en vouloir : pris dans une des dernières rafles bordelaises avec sa chère Olga (son épouse juive qu’il trompait pourtant allègrement), il passe pour avoir disparu à Auschwitz. Pour plus de sûreté, il s'est fait appeler André Vaillant. C’est lui qui a rectifié Penot, le copain de Darlac. Rencardé par Mazeau, il a donc commencé à faire le ménage parmi les amis du ripou.

 

L’auteur, Hervé Le Corre, a cru bon, sans doute pour « mettre en perspective », peut-être pour « replacer dans l’époque », « faire couleur locale » ou créer de la « profondeur de champ », d’ajouter la guerre d’Algérie au tableau. Car Jean Delbos a un fils, on est au temps de la conscription, il a l’âge, il part pour le bled, comme tireur d’élite. Après diverses péripéties fonctionnant comme des diverticules narratifs, Il désertera, rentrera en France, et sera tué par Darlac en même temps que son père. Rideau.

 

Le Corre complète par quelques chapitres en italiques et à la première personne, où c’est l’ancien déporté qui est censé parler, pour retracer les grands moments de sa trajectoire. Moi je veux bien. Si l’on sait que la femme de Darlac est une ancienne pute, à qui un occupant nommé Willy Müller (la Wehrmacht a aussi fini en fauteuil roulant) a fait une fille (Elise, que Darlac a officiellement adoptée et dont la puberté avancée lui fait des effets dans la moelle épinière, et pas seulement) avant d’aller se faire à moitié exploser la tronche à Stalingrad, et qu’elle lui rend régulièrement visite en cachette de son mari, on commence à demander grâce : n'en jetez plus.

 

Si Jean Delbos tue les copains de Darlac, celui-ci ne se gêne pas pour lui faire attribuer les quelques cadavres qu’il laisse sur son chemin, parmi lesquels l’inspecteur Mazeau, mais aussi ses amis, l’imprévisible Jeff, et surtout le gars Francis, qu'il flingue sans même un petit frisson de l'âme. Son ennemi le commissaire Laborde, un flic réglo et républicain (le personnage existe à peine et n'est là que comme repoussoir et alibi moral), lui, a beau renifler autour de lui, il se fait embrouiller par ses manœuvres et fait chou blanc. Il n'arrivera pas à lui mettre le nez dans sa bouse.

 

Bref, le commissaire Albert Darlac, ayant fait le ménage en grand et le désert autour de lui, pourrait presque dormir tranquille. Malheureusement, il a eu la mauvaise idée d’aller rectifier Müller, le père allemand d’Elise, dans son fauteuil roulant, en même temps que sa vieille mère. Et ça, son épouse ne pourra pas lui pardonner. Ne disons pas tout quand même : il reste juste assez pour qu’un peu de sang s’ajoute aux flots déjà versés, et que le bouquin dépasse les 500 pages.

 

Dans l’ensemble, donc, le genre de livre que j’évite en général de lire, livre d’un bon faiseur de scénario, pensé, construit, agencé et écrit pour le cinéma, mais je suis désolé : Hervé Le Corre écrit peut-être des livres, il ne fait pas pour autant de la littérature. Je me permets ce jugement péremptoire et tranchant à cause de la langue.

 

C'est simple : il écrit à la diable, dans un français débraillé, relâché, sans caractère, où il fait un usage erratique, et parfois incongru d'un argot peut-être d'époque. Une langue mal dégrossie, cahotante et globalement plate comme une limande, qui se soucie seulement d'obéir aux critères d' « efficacité narrative ».

 

Ne dites rien à mes amis bien intentionnés qui me l’avaient offert.

 

Voilà ce que je dis, moi.  

 

lundi, 09 juin 2014

MANUEL DE POLITICULTURE 2/2

Résumé : nous analysons, dans ce court Traité des mœurs politiques de la France, les méthodes politiculturales employées par les industriels de la politique pour la production et la sélection d’un produit bien de chez nous : le « politicien-français ».

 

Soyons précis : il n’est pas donné à tous les tubercules de recevoir sur la fesse gauche (à l'encre indélébile, le fer rouge étant sorti d'usage depuis quelques années, car le tubercule politique est devenu douillet), dès la sortie, l’estampille certifiée de cette appellation d'origine protégée (AOP) si convoitée.

 

Ils devront faire leurs preuves, remplir leur carnet d’adresses, accepter petites vexations et grosses humiliations, avaler la couleuvre quand elle passe, manger le chapeau qu'on leur fera porter (mais en prenant soin de tout noter, pour plus tard, on ne sait jamais, ça peut servir), et pour finir, rendre service aux puissants du moment, se rendre indispensables et prêter allégeance, s'ils veulent un jour se voir accorder une bonne place dans et autour de la gamelle. Et s'ils veulent espérer être un jour en mesure de trahir avec éclat le protecteur.

 

J’arrête ici le persiflage et l'ironie, ça risque de devenir lourdingue. Tout le monde a compris le message : la plupart des hommes politiques qui nous gouvernent aujourd’hui n’ont jamais eu à gagner leur vie comme les autres citoyens. Ils n’ont jamais été confrontés aux fins de mois difficiles. Ils n’ont jamais dû se battre pour se loger. Pour trouver du travail. Pour avoir un métier qui procure de quoi vivre. Quand quelque difficulté se présentait, ils décrochaient le téléphone.

 

Ce sont de purs produits des écoles, qui ne sont jamais sortis de l'école. On est frappé de cette vérité : notre personnel politique est passé directement du banc d'école à la chaire magistrale. Du statut de « premier-de-la-classe » à celui de « donneur-de-leçon ». On appellera ça, dans leur notice nécrologique, une « superbe carrière ».

 

En matière d'altérité humaine et de confrontation avec les espèces différentes, ils sont dans la chaise roulante des infirmes. Que dis-je : sur le grabat des grabataires. Leur handicap vient d'avoir subi très tôt une « alterectomie » préventive, n'ayant poussé qu'au milieu de leurs semblables. Aussi menteurs les uns que les autres, que ce soit par calcul, par tactique ou par servilité (ce qui revient à peu près au même).

 

Et ils ne le savent pas, convaincus que, étant juchés, en « hommes hors du commun », au plus haut des chars resplendissants des parades républicaines, ils sont à l'abri des aléas qui caractérisent les « hommes du commun » (Georges Brassens, Tonton Nestor). Il faut se le répéter  : très peu de nos hommes politiques les plus en vue aujourd'hui sont sortis de l'école avant d'exercer les responsabilités. Il me semble que cela devrait au moins interroger, non ?

 

Tout ce qu'ils sont capables de faire, quand ils sont arrivés aux affaires (comme ils disent), c'est de réciter, le plus souvent avec un bagou intarissable (en bois brut), parfois avec un talent indéniable, ce que d'autres - qui leur ressemblent étrangement, étant coulés dans le même moule - leur ont fait apprendre quand ils étaient à l'école. Et qu'on ne me tabuste point avec leurs mandats locaux, qui seraient preuve (soi-disant) d'un ancrage dans le terrain. Cette ancre-là est trop souvent déléguée pour servir de preuve. Aux petites mains locales tout le travail local. Aux gens importants les choses importantes.

 

Moi, quand j’ai pris la décision qui m’a donné la bien modeste place que j’ai conquise dans la société (place que je n'ai due à personne d'autre que moi), je sortais du service militaire. J’avais un parcours, et j’avais femme et enfant. Et quand je me suis vu, dans un champ du copain paysan de l’époque, en train d’arracher oignons et patates à la triandine, je me suis dit que ce n’était tout simplement pas possible de faire ça jusqu’à la retraite. Mon pote Roland peut raconter ça encore mieux, parce qu'il a fait ça plus longtemps et plus diversement. Et ça, je vais vous dire, ça rend le cuir épais et insensible à certaines façons de mentir sur soi, sur le monde et sur l'avenir de la société.

 

J’avais déjà conduit les poids-lourds de la STUR ; travaillé, dans la cave ammoniaquée, sur la tireuse de plans de Fauvet-Pélanjon ; livré les machines à écrire de M. Chappat ; charrié et vendu les fruits et légumes biologiques de Prairial (quand c'était rue du Dauphiné, avec le magasin au bout du cours Vitton), avec Dussuyer et Bonnefond, et puis je ne sais trop quoi. Cela me regarde, parce que c’est mon histoire à moi. Mais cela me donne aussi le droit de jauger (et juger) la façon de certains de se conduire quand ils sont aux commandes.

 

La caractéristique commune de presque tous les hommes politiques en vue aujourd’hui (je veux dire ceux qui ont accès à la signature et à la décision), c’est qu’ils n’ont jamais dû se battre au jour le jour pour assurer la pitance et payer le loyer. Prenez Jacques Chirac : les logements proprement personnels (je ne compte pas le château de Bity, qui vaudrait un chapitre à lui tout seul) qu'il a occupés se comptent sur les doigts d'une seule main (et encore, amputée de quelques doigts). Il aura passé presque toute sa vie logé aux frais de la République.

 

Grandis dans le vase clos de leur « milieu naturel », ils ont toujours été protégés de cette honteuse nécessité. Soit parce qu'ils étaient déjà des protégés, soit parce que leur famille suppléait, soit parce que le téléphone était là. Ces gens-là ne se sont jamais vus autrement qu'aux postes de commande. Quand Hollande visite un atelier de production industrielle, on voit bien qu'il vient en extraterrestre, et il a beau faire semblant ... Ces gens-là n'ont jamais considéré qu'ils étaient des citoyens comme les autres.

 

Ce sont des gens qui n’ont jamais connu les dures nécessités de la « réalité-ordinaire ». Aucun d'eux, par-dessus le marché, n'a la plus petite idée de ce qui s'appelait, dans la France désormais disparue, le sens de l'honneur. Ah, le sens de l'honneur ! 

 

Quoi que vous puissiez dire, je suis convaincu que le « politicien-français », ce légume tuberculiforme qui a opté soit pour la droite, soit pour la gauche (peu importe dans le fond, c’est juste au gré des opportunités de carrière), qui a poussé dans un terreau privilégié, bien qu'il ait la peau blanche, ne fait pas partie de ma race.

 

Je le renie. Je le conspue. Je le compisse. C'est un étranger. Il ne me représente pas.

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

Note : Je sais, j'ai tort, j’exagère, j’abuse, je simplifie, je généralise, je caricature. En plus je suis très injuste. La justesse de mon propos s'en ressent forcément. Il faudrait nuancer (ce qu'on appelle en France judiciaire "individualisation de la peine"). Je laisse ce soin à de plus subtils. Moi qui suis resté lourdaud, fruste et rudimentaire, je laisse à de plus raffinés le soin de passer les nuances. Je me contente des couleurs de base, qui sont, comme moi et comme on sait, primaires :

 

« Car nous voulons la Nuance encor,

Pas la Couleur, rien que la nuance !

Oh ! la nuance seule fiance

Le rêve au rêve et la flûte au cor ! »

 

Je ne suis pas Verlaine, moi. Je suis juste en colère.

 

 

dimanche, 08 juin 2014

MANUEL DE POLITICULTURE 1/2

J’ai déjà dit combien grande est ma détestation de cette créature étrange, de cette faune endémique (c'est comme ça qu'on dit) de la France, qui vit et se reproduit en exclusivité sur notre territoire, j’ai nommé le « politicien-français ».

 

La caractéristique la plus remarquable de l’espèce est sans nul doute sa grande homogénéité, résultat d’un long travail de sélection opéré sur un seul type individuel : le « premier-de-la-classe ». C'est ce qu'on appelle une race pure. Certains en rêvèrent, la France montre que c'est possible. Avec, comme c'était prévisible, la dégénérescence qui va avec le clonage et la consanguinité. Si Hitler avait été vainqueur, qu'est-ce qu'elle serait belle, aujourd'hui, la race aryenne ! On s'en rend compte en observant le « politicien français », frais émoulu du vingt-et-unième siècle.

 

Si on observe la croissance de l’espèce depuis les bancs du lycée jusqu’aux plus hautes responsabilités, on constate que cette homogénéité des parcours individuels, malgré les variables inévitables et les rares exceptions notables, est due à une particularité qui a fini par étonner les espèces comparables des autres pays.

 

Cette particularité peut se résumer à ce que les producteurs de tomates hollandais ("hollandais", tiens donc ! Suivez mon regard !) pratiquent sous le nom de « culture hors-sol », pour mettre sur nos tables, au plus fort de l’hiver, des fruits qu’ils ont pris soin de dépourvoir de toute saveur originale. On verra que les méthodes appliquées par tous les « politoculteurs » (ce sont les fermes hors-sol chargées de la production en série du « politicien-français ») de France aboutissent peu ou prou au même résultat insipide.

 

En effet, du lycée jusqu’à l’exercice du pouvoir, le « politicien-français » évolue en milieu stérile, soigneusement protégé de toute impureté, de toute atteinte microbienne ou virale susceptible d’émaner de ce que, pour la commodité, on appellera la « réalité-ordinaire ». Le « politicien-français » est à cet égard une extension de ce qu’on trouve en laboratoire sous le nom de « bébé-éprouvette ». Dans les maternités, ce sont des « couveuses ». Les circonstances diffèrent, mais le principe demeure : éviter toute contamination par la « réalité-ordinaire ».

 

Et toute l’espèce en est si bien protégée que, dans le cas exceptionnel et rarissime où quelque responsabilité gouvernementale est confiée à un individu d’une autre espèce, tous les commentateurs, journalistes et « politologues » (quel métier ridicule, quand on y songe ! C'est qu'il faut bien donner de l'emploi à des ratés de quelque chose !) tombent d’accord autour de l’expression « issu de la société civile » pour désigner l’exception.

 

En général, d’ailleurs, le dit individu ne tient pas très longtemps à son poste, pour une raison évidente d’incompatibilité génétique. En bonne physiologie, l’intrus concentre sur lui les attaques des anticorps, soucieux de préserver l’immunité de l’organisme.

 

Il en résulte une conséquence curieuse : la France est gouvernée (et de plus en plus) par une classe de gens qui prennent grand soin de rester toute leur vie puceaux de la réalité commune.

 

Trop triviale, sans doute, la réalité commune. Un cordon sanitaire (une ligne de fortification appelée, suivant les cas, « l'équipe des conseillers » ou « les réseaux» (qu'il s'agit de « réactiver» quand le besoin s'en fait sentir) est mis en place, comme une ceinture de chasteté, pour que nul ne porte atteinte à cette virginité. Dans ce bocal, nul n’ose imaginer quelque croisement que ce soit avec une autre espèce. Parler d’hybridation serait obscène.

 

La réalité commune, ils l’observent du fond de la salle obscure où les estafettes dévouées qu’ils ont envoyées « sur le terrain » reviennent pour projeter les films qu’ils y ont tournés sur ordre. C'est ainsi qu'ils découvrent la « vraie vie » des « vrais gens » (comme ils disent pour faire croire que …).

 

S'étant aventurés de la sorte en terre exotique, imprégnés du « spectacle » (salut Debord !) que les dites estafettes ont élaboré à leur intention, ils peuvent dès lors prendre les décisions les plus sages, mûrement réfléchies, pertinentes et adéquates. Après quelques années de salle obscure, involontairement comiques, ils appelleront ça « l’expérience acquise ». Comprenez : expérience en milieu confiné (comme pour les OGM). Et ils sont toujours prêts à dénoncer l'addiction des ados aux jeux vidéo, qui finissent par confondre le réel et le virtuel.

 

Les superbes vases clos (des vases de prestige), où l’on cultive les fruits, légumes et tubercules réunis au sein de l’espèce « politicien-français », prennent soin de préserver la pureté de l’atmosphère dans laquelle ceux-ci doivent baigner : la qualité et la beauté du produit, quand il arrive sur l’étal du marché, en dépend étroitement. Personne ne doute, en cas de non-respect du cahier des charges (que tous les producteurs de la branche ont signé pour valoriser l’ensemble de la filière), que le client qui fait son marché ferait la fine bouche et tordrait le nez devant tout ce qui manquerait de la brillance, de la rotondité, de la rubescence attendues.

 

Ces vases clos prestigieux portent les noms des différentes variétés d’origine : Henri IV (dit sobrement « H4 »), Louis-le-Grand, Janson (de-Sailly étant facultatif, quand on est initié). Les étapes suivantes sont appelées, tout aussi poétiquement, Sciences-Po, ENA, éventuellement HEC. Ajoutez, pour le plaisir, une pincée de « X-Mines-Ponts », un zeste de « Anciens de Normale », étant entendu qu’il n’est de bonne « Normale » que de rue d’Ulm.

 

Avec, pour le contraste, quelques mauvaises herbes basanées (Rachida Dati, Rama Yade, Vallaud-Belkacem) ou sulfureuses (Bernard Tapie, Ziad Takieddine) sur les bas-côtés pour montrer qu'on n'est pas chien, quand même. Et puis ça peut servir, car c'est vite arraché, en cas de problème, la mauvaise herbe. Les vrais problèmes surgissent quand les mauvaises herbes ont poussé vraiment trop près du « bon grain », et qu'il devient difficile de les en séparer (voyez Tapie).

 

Le « concours-de-sortie » ne joue qu’un rôle d’aiguillage vers la destination finale, réservant l’Inspection des Finances aux premiers de cette collection de « premiers-de-la-classe », qu’on appellera donc « premiers-premiers », ou « premiers-au-carré ». Le « concours-de-sortie » ne fait que précéder et annoncer l’entrée en fonction des tubercules ainsi sélectionnés pour figurer sur les étals proposant du « politicien-français ». Aux électeurs de faire leur marché.

 

En l'état actuel des choses, malheureusement, ceux qui font leur marché semblent avoir perdu la vue, le goût et l'odorat, pour ce qui est de la qualité des produits. Puisqu'ils élisent les mêmes depuis des décennies.

 

Mais c'est faire abstraction de l'abstentionniste, ce drôle de citoyen auquel les milieux « autorisés » prêtent toutes sortes de motivations étranges, alors qu'il est désormais l'exemple même de la lucidité à l'état incandescent. Mais ça, on peut être sûr que ça reste insondable au sondage. « Et vogue la galée ! », comme dit maître Alcofribas, qui ne se faisait guère d'illusions, mais qui n'en était pas moins ancré dans la vie comme peu d'entre nous sont capables de l'imaginer.

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

 

vendredi, 30 mai 2014

ENFONCER LE CLOU

Le Front National est donc un Grand Diable qui effraie les bonnes gens. Et nous sommes bien d'accord : ce parti composé de jean-foutres incompétents et de gens possiblement dangereux dans des proportions que je ne connais pas (d'autant que certains cumulent : aucune loi n'interdit à un incompétent d'être en même temps dangereux), je ne souhaite à personne qu'il arrive un jour au pouvoir.

Il faut donc partir en guerre contre le Front National, c'est entendu, toutes les belles âmes nobles sont d'accord. La grandiloquence est de saison. Ce ne sont, dans tous les médias, qu'éditoriaux lyriques dressés comme des étendards et chroniques politiques analysant gravement le phénomène (Gérard Courtois, dernièrement, dans Le Monde). Jusqu'à des chanteurs (Biolay, Noah, ...) qui n'hésitent pas à engager leur popularité dans la lutte. Je n'hésite pas à applaudir. Quel cran ! Quel courage ! Si possible sous l'œil des caméras, parce qu'il ne faut rien perdre.

Je ne doute pas a priori de la sincérité de ce chœur quasi-unanime autour d'une cause présentée comme sacrée. Laissons-leur le bénéfice de la bonne foi. Mais je crois que ce chœur des pleureuses ressemble d'assez près à un  chœur de chèvres, et qu'il ne tombe que des petites boules noires et sphériques de leur bouche de derrière.

Tous ces gens bien intentionnés, en dressant un beau pilori pour y clouer ce parti d'extrême droite (est-ce bien sérieux ? Les gens ont-ils oublié ce que c'est, un vrai facho ?), évitent soigneusement de regarder en face le cœur du problème, comme s'ils voulaient vider à la petite cuillère la marée montante - dans on ne sait quel récipient virtuel.

Certains parlent de « cordon sanitaire », d'autres de « front républicain ». Ah les braves gens ! Ah oui, combattons le Front National. Par malheur, ils commettent l'erreur de confondre les moulins à vent avec des géants. Ils font comme les Dupondt dans Tintin au pays de l'or noir, ils prennent un mirage pour une réalité. Plus grave : plus ils crient au loup, plus ils lui donnent de la consistance, au mirage. Et plus celui-ci prend le chemin de devenir une réalité, sur laquelle les Dupondt s'écraseront le nez.

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Plus nos hommes politiques sont minables, plus Marine Le Pen devient quelqu'un. Car tous ces braves gens se trompent de cible, et leurs hurlements agissent comme un rideau de fumée : ils dissimulent la vérité sans modifier les choses en quoi que ce soit. Tous ces braves gens croient-ils sincèrement qu'un phénomène comme l'émergence du FN est dépourvu de causes ? En s'en prenant au FN, on s'attaque (on fait semblant ?) à l'effet, en prenant bien soin de laisser les causes parfaitement intactes et à l'abri de la vindicte populaire qui, pas dupe, ne trouve dès lors que cette issue pour s'exprimer.

Ces causes, moi qui ne suis pas politologue (il n'y a pas de sot métier, mais il y a des professions vraiment débiles !), j'en vois quelques-unes, mais la principale, je crois qu'elle crève les yeux. Au risque de me répéter, je ne la crois pas située ailleurs que dans l'infinie médiocrité, la bassesse intrinsèque des hommes politiques qui nous gouvernent ou qui prétendent le faire bientôt. Si le succès du FN comporte un enseignement, je le formulerai ainsi :

AU ROYAUME DES LILLIPUTIENS, LES NAINS SONT ROIS.

Je laisse deviner qui compose la troupe des Lilliputiens et qui est le nain (en l'occurrence, la F Naine). La caractéristique principale de toute cette population de soi-disant responsables est une impuissance générale à modeler le réel pour le bien de tous. Or le façonnage de la réalité humaine, collective, cela porte un nom : cela s'appelle la POLITIQUE. La France, pour ce qui est des idées politiques, est confrontée à un vide sidéral. C'est d'ailleurs une des raisons qui font le succès du FN : c'est juste que le contraste est saisissant, et que, du coup, il a l'air d'en avoir, des idées (mais s'il y avait une « pensée Front National », ça se saurait).

Les hommes politiques qui président aux destinées des deux grands « partis de gouvernement » ont soigneusement cadenassé un système dont ils ne sont que la partie émergée, et veillent comme des Cerbère à ce que nul talent véritable, cultivé dans un autre pot que celui dont ils sortent, n'acquière assez d'ampleur pour devenir un rival potentiel. Ce sont des arbres rabougris, poussés sur des terres pauvres en substances nutritives, qui craignent qu'un jour la vaste ramure d'un majestueux chêne pédonculé se dresse au-dessus d'eux pour leur faire de l'ombre.

Ces hommes ont mis la classe politique en coupe réglée. Des gens comme Dupont-Aignan ou Larrouturou, qui proposent des solutions originales (qui valent ce qu'elles valent, je n'en sais rien), n'ont aucune chance, sur ce terrain méticuleusement quadrillé, d'arriver à des responsabilités tant soit peu notables. Aucune chance de « jouer leur partition », faute d'avoir fait allégeance à qui de droit.

Hollande, Sarkozy et consort, en achetant les allégeances avec les talents, siphonnent l'eau du vivier politique français, et assèchent avec acharnement toute source qui risquerait de lui redonner vie. Avec le règne sans partage du PS et de l'UMP sur la vie politique française, l'émergence du Front National est la preuve qu'il n'y a plus de vie politique en France.

Et le FN peut impunément s'amuser à récupérer quelques slogans qui font la base de bon sens d'une démocratie bien conduite, que l' « UMPS », réfugié lâchement au fond de ses cuisines à touiller ses petites tambouilles, leur a abandonnés.

Dans ces conditions, il faut être singulièrement gonflé pour ériger, comme Manuel Valls l'a fait dernièrement, le Front National en menace pour la France. Si des hommes politiques dignes de ce nom existaient dans notre pays, le Front National resterait la petite crotte nauséabonde qu'il était à son origine.

Et je me rendrais au bureau de vote avec - enfin -  la certitude de servir à quelque chose (n'exagérons rien, un quarante et quelques millionième de voix), comme les 58 autres % qui ont boycotté les dernières élections, qu'ils aient agi par paresse, indifférence ou conviction.

Voilà ce que je dis, moi.

Note : Le lecteur de ce billet aura remarqué, et son goût peut-être été heurté par le caractère abondant et désordonné que j'y fais de la métaphore. Je le prie d'excuser ce moment de faiblesse. 

 

jeudi, 29 mai 2014

ENFONCER LE CLOU

 

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POURQUOI DIABLE QUELQU'UN (que je ne nommerai pas) M'A-T-IL OFFERT CETTE PLAQUE EMAILLEE ?

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Tiens, je ne suis pas tout seul à penser que la victoire de Marine Le Pen, si c'est un « triomphe », comme l'écrivait en une le journal Le Monde (voir ici même il y a deux jours), ça a tout du triomphe minable, qui ressemble, si on regarde avec les bonnes lunettes, à un gros pet de lapin.

En ce moment même (29 mai, 8h moins le quart), j'entends Régis Debray, sur France Culture, analyser le succès du Front National aux élections européennes. Selon lui, la cause est à chercher dans l'infinie médiocrité de nos classes dirigeantes.

On trouve par ailleurs en une du Canard enchaîné (28 mai) le même genre d'analyse. Voici :

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Je ne connais pas monsieur Jean-Claude Martinez (et je ne tiens pas à faire connaissance), mais tout le monde appréciera ce qu'il dit de Marine Le Pen. Eh oui, pas des fauves, mais des chihuahuas. Je trouve que ça relativise.

Le tragique de l'affaire, c'est que la France semble paralysée, qu'elle est devenue totalement incapable de produire et de sélectionner de vraies élites. Le tragique de l'affaire, c'est qu'on pourrait se demander si la France elle-même n'est pas devenue un gros pet de lapin.

La production et la sélection des élites ont été confisquées par une usine qui fabrique un seul type d'hommes, copies conformes les uns des autres, très compétents pour constituer des dossiers, mais dénués de convictions politiques, donc incapables de décider correctement. Nous sommes gouvernés par des agents de bureau, qui ne sont là que parce qu'ils ont été premiers de la classe.

Or, comme on sait, la biodiversité est une condition de la survie des espèces. Le clonage politique est une impasse biologique. La reproduction humaine, quand elle est à ce point endogamique sur des générations, condamne la famille à dégénérer.

Tant que les « élites » françaises se prendront pour des élites, alors que la façon dont elles fonctionnent (cooptation clanique, allégeance, mise à l'épreuve) les apparente furieusement à une mafia, je nous vois très mal partis. Tous ces gens entraînent le pays à la déchéance.

Seule la colère .... 

 

mercredi, 28 mai 2014

SAINT VIALATTE, PRIEZ POUR NOUS

Je reproduis ci-dessous un paragraphe d’une chronique d’Alexandre Vialatte que le journal La Montagne a publiée le 1er décembre 1964 : « Aussi le livre de Conchon a-t-il été mal accueilli par toute une partie de la critique. Parce qu’il appelle certaines choses par leur nom. C’est un crime qui ne se pardonne pas. Car, si nous en sommes là (avant d’être plus loin), c’est pour avoir accepté patiemment, et souvent avec enthousiasme, avec lâcheté ou avec perfidie, d’appeler les choses par le nom qu’elles n’ont pas, que dis-je, de leur donner le nom des choses contraires ». Ce grand monsieur avait sans doute lu 1984. Quelqu'un d'influent pourrait-il faire passer ce message à François Hollande, Nicolas Sarkozy et consort ?

 

L’article évoque le sujet du livre de Georges Conchon, qui a reçu le prix Goncourt en 1964, L’Etat sauvage. : «  Des enfants de huit ans qui font boire de l’essence à de paisibles pharmaciens parce qu’ils sont blancs, et les ouvrent ensuite avec un couteau à conserves pour mettre le feu à l’intérieur. Des noirs découpés très lentement au moyen de tessons de bouteille par des congénères irrités qu’ils ne soient pas analphabètes ». Rien de nouveau, donc, sous le soleil des tropiques. Le Centrafrique, le Sud-Soudan, le Nigéria d'aujourd'hui valent bien le Katanga d'avant-hier. 

 

Certains esprits irréfléchis aussi bien que légers classent Alexandre Vialatte parmi les humoristes.

 

Mais Alexandre Vialatte est beaucoup mieux que ça : il est aussi humoriste.

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

mardi, 27 mai 2014

GROSSE COLERE EUROPEENNE

On marche sur la tête. On le savait déjà, mais les élections européennes (je parle de la France) nous font franchir une ligne rouge. C'est facile à trouver, vous ne pouvez pas vous tromper : c'est juste avant d’entrer dans la camisole de force. La douche infirmière et les électrochocs médicaux n’y feront rien. Déjà et d’une, pourquoi faire voter par régions regroupées (sept grandes régions) ? Pourquoi pas un seul scrutin national, pour mettre un peu de simplicité dans l’embrouillamini inextricable qu’est l’Europe à vingt-huit ?

 

Réponse : j’imagine que s’il y avait seulement des listes nationales en France, listes avec soixante-quatorze noms, ça foutrait la merde dans les deux « partis de gouvernement », qui ne sauraient plus que faire de leurs barons. Ce serait une telle bousculade, une telle empoignade, une telle guerre intestine, bref, un tel caca au PS et à l'UMP pour savoir qui passerait devant qui, qu’ils se sont mis d'accord pour préférer, pour réduire les risques de répandre leur précieux sang, ouvrir sept têtes de liste pour placer chacun sept barons avides d'honneurs. Même si l’on apprend plus tard que ceux-ci n’ont jamais mis les pieds à Bruxelles et à Strasbourg, comme c’est probable, au moins, ça diminue les tensions internes. Ouf !

 

Ensuite et de deux, j’ai eu toutes les peines du monde à trouver dans les journaux du lundi autre chose que les pourcentages nationaux, régionaux ou départementaux fournis par le Ministère de l’Intérieur. Pour avoir les chiffres, il faut vraiment chercher (inscrits, votants, exprimés, enfin tout, quoi). 

 

Or si tout le monde s’accorde sur l’importance de l’abstention (je m’enorgueillis de n’avoir pas voté, moi, même que c'est sûrement à cause de mon pauvre quarante millionième de voix que le FN est arrivé en tête), je m’étonne que tout le monde, dans une belle unanimité, enfourche ces canassons (« qu'a na sont pas frais », dit Boby Lapointe dans Saucisson de cheval n° 2), sans se donner le mal de refaire les calculs.

 

Car ces pourcentages sont calculés sur le nombre des suffrages exprimés. Dit autrement : comment jouer à se faire peur et à foutre la trouille aux braves gens ? Rendez-vous compte, un quart des Français prêts à lever le bras droit bien raide en l’honneur de je ne sais quel Führer ! Quinze millions de fascistes ! Au secours ! Et Copé le comique, Copé le désespéré qui y va de son analyse : selon lui, c'est l'expression d'une « immense colère » contre François Hollande ! Ah c'est sûr, il a tout compris, Copé. Ou alors il fait semblant de faire le bourrin.

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LIBÉ ADORE DONNER DANS LE DRAMATIQUE.

C'EST QUE LIBÉ CHÉRIT QUELQUES ÉPOUVANTAILS.

C’est une imposture manifeste (« Une posture magnifique ! », répliquait Ubu à Achras, c’est dans Ubu cocu ou l’Archéoptéryx). Aucun des Valls-Cambadélis-Copé-Fillon n’ayant bien sûr l’intention de se poser des questions sur les vraies causes du phénomène, ils se sont tous mis d'accord pour pousser les hauts cris. Et pour faire semblant de chier dans leur froc. 

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VOUS FAITES ERREUR, M. LEMONDE : LE PAYSAGE POLITIQUE FRANÇAIS EST DÉVASTÉ DEPUIS LONGTEMPS.

CHANGEZ DE LUNETTES.

Alors que le Front National devrait à tous faire moins peur que l’abstention. Mais il est révélateur de constater que, manifestement, toutes les bouches autorisées considèrent l’abstention comme une non-expression. Les abstentionnistes n’existent pas, ainsi en ont décidé les bouches autorisées. Et si l'on se contente de déplorer l'abstention galopante, c'est parce qu'on a une confiance aveugle dans la démocratie représentative : seuls ceux qui font l'effort de mettre leur bulletin méritent d'exister politiquement. Autrement dit la démocratie par délégation. Dans ce système, on me demande juste de renoncer à ma liberté pour la confier à quelqu'un dont j'ignore toutes les qualités, tous les défauts et quel usage il en fera, de ma liberté !

 

L'abstention, seuls quelques journalistes étourdis en parlent comme du « parti majoritaire », mais surtout sans en tirer les conclusions. Si, à la rigueur, on entend parler de perte de confiance, mais ça ne va pas plus loin. Je vais exiger que l'abstention soit décomptée parmi les suffrages exprimés, tiens. Voilà une idée qu'elle bonne !

 

Alors prenons le nombre des « inscrits », pas celui des « exprimés ». Cela donne quoi ? Au plan national, très difficile de savoir. Je suis allé voir les chiffres sur le site du ministère : au moment où j’écris, pas de résultats nationaux ! Voyons donc la grande région « Sud-Est ». Inscrits : 7.981.771. Exprimés : 3.318.163 (bulletins blancs désormais compris, environ 2 %). Ce qui fait à peu près 58 % d'abstention. 60 % avec les blancs. Mais non, ce n'est pas le moment de se poser des questions, on vous dit !

 

La conclusion logique ? Les hommes politiques n'ont pas besoin de l'esprit civique. Ils ont seulement besoin de quelques gogos qui se disent qu'il « faut aller voter ». A quel taux de gogos la machine électorale s'arrêtera-t-elle de fonctionner ? 15 % de votants ? 10 % ? Qui dit mieux ? 

 

Et puis je refais les calculs : si l’on passe des exprimés aux inscrits, Le Pen tombe de 28,18 % à 11,71 %. Ça relativise, non ? Et on comprend pourquoi Valls en reste aux exprimés : le Parti « socialiste » s’effondre de 11,87 % à 4,93 %. Ah ça, je dois dire que ça fait du bien ! Il faut le savoir, dans le grand Sud-Est, le PS attire moins de 5 % des Français en âge de voter. Il faudrait claironner le résultat de ce sondage grandeur nature. Je précise que j'ai pris les chiffres provisoires sur le site du ministère.

 

L’arnaque est donc à plusieurs étages. Passons sur l’absurde complexité qui empile, sur le site ministériel, au sujet de l'Europe, le département, la région, la « grande région » et passe sous silence la dimension nationale, pour nous intéresser à l’arnaque médiatique. Tout le monde se rend bien compte que les deux grandes structures « politiques » (?) du PS et de l’UMP sont absolument cramées à cœur et que, en dehors du Front National, la France est donc un désert politique. Rappelons quand même que le succès actuel du FN a été patiemment préparé, mitonné, élaboré dans les cuisines du PS et de l'UMP.

 

Le FN, franchement, je n’aimerais pas le voir aux manettes. Entre les jean-foutres et les dangereux, on voit bien qui prendrait l’ascendant. C’est à cela qu’on mesure l’état totalement misérable dans lequel est le personnel politique français. Toute la classe politique est paralysée, passant l’essentiel de son énergie, de son temps et de notre argent à « communiquer », à s’observer, à calculer, à élaborer des tactiques, tout en s’efforçant de neutraliser l’adversaire dès que celui-ci prend l'initiative ahurissante de lever un sourcil. Pendant ce temps, les députés allemands élus au Parlement européen travaillent.

 

Et quand le Président commence à manquer d'air ou de daphnies au fond de son bocal, il convoque les caméras et prend son chapeau de prestidigitateur pour en sortir le lapin de la suppression des départements, histoire de donner l’impression qu’il se passe quelque chose. C'est sûr, Hollande ne manque pas d'air. Etonnez-vous que le FN donne aux gens l’impression qu’il existe. Les hommes politiques français, en réalité et en profondeur, sont désespérés, pétrifiés d’impuissance. Il ne savent plus quoi inventer pour exister dans les médias.

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Tout cela est pitoyable, lamentable, affligeant, consternant, navrant, minable, désastreux, funeste, .... La Classe morte est une inoubliable pièce de théâtre de Tadeusz Kantor. Quel grand dramaturge nous écrira La Classe politique morte ? La France n'a pas de problème plus grave et urgent à résoudre. La classe politique française est morte, droite comme gauche. Et on a égaré le luth constellé (« Ma seule étoile est morte et mon luth constellé Porte le soleil noir de la mélancolie »). 

 

Et je mets dans le même sac tous les journalistes politiques qui font semblant de prendre des mots pour des actions et des ectoplasmes pour des hommes politiques. Qui alimentent en carburant la machine à ne rien faire. Qui braquent la niaiserie de leur loupe sur les buts de l'un, les intentions de l'autre (« Serez-vous candidat ... ? »), les ambitions du troisième, les hypothèses du quatrième, les « propositions » du cinquième (car il faut être positif et ne pas se contenter de récriminer, donc on se présente comme une « force de proposition »), .... etc.

 

Les journalistes sont armés de microscopes : c'est excellent pour gonfler les petitesses des clowns avides de pouvoir. Leur pouvoir de grossissement finirait presque par nous faire prendre une poussière pour une planète. Et les hommes politiques sont trop heureux de se faire ainsi gonfler le jabot.

 

Quand absolument tout est à réformer en même temps, on ne réforme rien. On se gargarise de mots. Paralysés, on est. Et puis un jour, ça pète. Je ne souhaite pas. Hollande-Valls-Copé-Sarkozy aura-t-il le courage de se faire greffer les gènes de la vraie intelligence et du vrai courage politiques ? OGM acceptés. J'aimerais bien. Mais j'en doute.

 

Je ne sais quel homme politique allemand déclarait, il y a quelques jours, parlant de l’Europe : « Es macht mich kotzen ! ». Eh bien moi aussi, tout ça me fait vomir.

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

vendredi, 09 mai 2014

FRANCOIS HOLLANDE INVENTEUR

Il était une fois ...

Un jour, dans l'histoire humaine, un homme a inventé le fil à couper le beurre. Un autre jour ce fut l'eau tiède. Encore un peu de temps passa, et puis ce fut la poudre qui, comme le dit Georges Brassens, n'est d'aucune utilité dans les choses de l'amour (« Mais pour l'amour on ne demande pas Aux filles d'avoir inventé la pou-ou-dre »). Et puis un jour naquit François Hollande, l'inventeur bien connu. Et l'univers entier entonna une antienne venue du plus profond des âges : « Halleluïa ! Gloria ! ». La ferveur était générale, l'humanité se jeta à genoux pour chanter : « Il est né le divin enfant ! ». « Enfin ! » fut le cri unanime.

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En lisant ces mots, le lecteur encore sceptique se tapote le menton en posant la question : « Qu'a donc bien pu inventer ce dindon ? ». Eh bien il est temps de lever le voile. Monsieur François Hollande a inventé

LA FUMÉE SANS FEU.

Eh oui, monsieur François Hollande est passé maître dans l'art de produire de la fumée hors de toute production d'incandescence. En quelque sorte, il vapote. Il est passé maître dans l'art de produire des mots enfin détachés de toutes les pesantes réalités. C'est un artiste virtuose. Son art consiste à faire de la fumée sans feu.

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BEL EXEMPLAIRE D'ENARQUE ISSU DE LA PROMOTION VOLTAIRE

 

Voilà ce que je dis, moi.

dimanche, 04 mai 2014

BAUDRUCHES DE FRANCE

LE JOURNALISTE ET LE POLITIQUE (FABLE)

 

Ahurissant non ? Je parle de la mauvaise farce que les députés viennent de nous jouer. Mais si, vous savez : « pacte de stabilité », ça s’appelle. Est-ce que Valls va passer ? Combien de députés socialistes vont se rebiffer au moment de voter ? Ah, être « homme politique » ! Le pied ! L’extase ! En fait qu’est-ce qu’on voit ? Une cour de récréation, où des sales gosses jouent aux grandes personnes. « Toi tu serais de gauche. – Ah non ! C’est moi qui l’ai fait la dernière fois ! – Mais tu serais de gauche pour du beurre ! … ». Etc. Gamins, va ! Des mômes et des mômeries.

 

Je ne leur demande pas d’être des surhommes, ni même des « hommes providentiels ». Je voudrais juste que les « hommes politiques » qui gouvernent la France, ou qui aspirent à la gouverner, soient à la hauteur de la tâche, à la hauteur de leurs ambitions. Bref, à la hauteur tout court.

 

Et ce n’est pas la façon dont ces farces sont commentées par les professionnels de l’ « information politique » qu’on appelle les « journalistes politiques » qui peut nous convaincre que cette hauteur attendue est atteinte.

 

C’est même drôle (hum !) de constater que la vie politique française fonctionne sur la base de ce couple infernal étroitement enlacé qui danse pour nous le même tango dérisoire que celui raconté par le grand Hermann dans Sarajevo Tango, pour dénoncer la lâcheté impuissante de l'ONU, en pleine guerre de Bosnie : l’homme politique est inséparable du journaliste politique, à tel point qu’ils exécutent devant nous un ballet obsessionnel, mais bien réglé. Je dirai même minutieusement codifié.

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ON LES A OUBLIÉS (ET ON A BIEN FAIT) : BOUTROS GHALI, C'ETAIT L'ONU, JE SUPPOSE QUE L'AUTRE FIGURE L'OTAN.

Soit dit par parenthèse, Hermann avait figuré la même lâcheté impuissante de l'insaisissable « communauté internationale lors du siège de Sarajevo par ce qu'il avait appelé des « Gros Doigts Grondeurs », c'est-à-dire ni plus ni moins que des baudruches, mais internationales cette fois. 

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On a entendu de semblables risibles menaces il n'y a pas longtemps, à propos de certaine « ligne rouge », qu'Assad ne devait en aucun cas franchir en Syrie (ça voulait dire la guerre chimique, dans la mouche d'Obaba, pardon, dans la bouche d'Obama. Je ferme la parenthèse et je reviens à mon couple de danseurs mondains tendrement enlacés : le journaliste politique et l'homme de mêmes acabit, texture et teneur en inconsistance. Je me dis que si l'on mesurait le taux d'inconsistance de nos personnels d'élite nationale avant de les autoriser à exercer, ça ferait de la place aux initiatives nouvelles.

 

L’un des partenaires est donc le journaliste franco-français, pour ne pas dire franchouillard. Celui qui est spécialisé dans la relation, l’analyse et le commentaire de ce qu’on appelle la « politique intérieure ». Son instrument favori et principal est le microscope.

 

Ben oui, il faut bien un microscope pour donner à des micro-événements assez d'épaisseur pour faire croire aux gogos qu'il s'agit de vrais événements grandeur nature ! Qu'on se le dise, dans le secret de leur bureau, les journalistes politiques de France sont outillés de microscopes à balayage électronique pour le moins, et même peut-être de microscopes à effet tunnel !

 

C’est le minimum pour observer les micro-événements qui se produisent dans le bouillon de culture qui stagne dans le minuscule bocal où grenouillent un certain nombre de centaines de politiciens qui croient tirer les ficelles du monde, alors qu’ils ne sont que des schtroumpfs qui pataugent dans le marigot ! Des galapiats qui se courent après et se disputent dans la cour de récréation. Aux frais de la République. Sous l'œil microscopique de journalistes dont la rémunération est suspendue à leur art du grossissement à l'infini.

 

Ils se tiennent tous tellement par la barbichette qu’il ne se passe en réalité jamais rien de notable. Disons le mot : en matière de politique intérieure, en France, il ne se passe rien ! Et le plus fort, c’est que le journaliste politique a tout l’air de croire à l’importance effective du spectacle qui se déroule sous ses yeux. Ou alors il sait rudement bien faire semblant d’en être captivé.

 

Parce que je ne sais pas si vous serez d’accord, mais les attractions minable du cirque minable où évoluent les clowns de troisième zone et autres hommes caoutchouc de la politique qui nous gouvernent, les Français en mangent dans les médias plus souvent qu’à leur tour. A croire qu'il n'y a rien de plus important que de disséquer la moindre velléité d'action d'untel ou la moindre petite phrase d'autretel.

 

A en croire les faramineux temps d’antennes et les surfaces imprimées que leurs valets d’écurie (pardon, les « journalistes politiques ») leur consacrent, on pourrait croire que le sort de la planète se joue dans les bacs à sable élyséens, dans les aires de jeux élaborées pour que les gosses de Matignon, des palais Bourbon et du Luxembourg se dégourdissent les jambes à la récréation. Une indigestion !

 

Tout ça parce que les « journalistes politiques » sont armés d’un microscope électronique qui leur permet de faire croire à tout le monde (mais qui y croit vraiment ?), en grossissant dix mille fois les micro-événements qu’ils narrent dans les moindres détails des aspérités et mini-vaguelettes, que le sort de la France dépend des questions qu’ils posent aux gamins qui font du toboggan et du cheval à bascule à la tête de l’Etat. C’est vrai que plus leurs acrobaties paraissent importantes, plus le « journaliste politique » est fondé à se gonfler d’importance.

 

Tas de baudruches, va ! Tas de « Gros doigts Bluffeurs » !

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

mercredi, 23 avril 2014

QUE PEUT LE POLITIQUE ?

DE L’IMPUISSANCE DU POLITIQUE 3/4

 

ELLUL 1 JACQUES.jpgLe ministre « compétent », vous savez, celui qui « connaît ses dossiers », n’est donc en soi presque rien. Car ce qu’il a ingurgité avant un débat parlementaire ou avant de se faire cuisiner par une meute de chiens journalistes dressés à montrer les crocs et à caresser ses mollets, ce n’est rien d’autre que de la note de synthèse à la file, jusqu’à en perdre l’appétit.

 

Conclusion : « Je me suis dit finalement : si c’est ça la situation d’un conseiller municipal, qu’est-ce donc pour un ministre qui ne reçoit pas trente dossiers mais trois ou quatre cents ! On se trouve dans la dépendance des services » (Jacques Ellul).

 

Le ministre, tout fiérot et fringant qu’il paraisse, n’est en effet rien d’autre qu’un « premier de la classe » qui continue, trente ans après avoir quitté les bancs du lycée, à apprendre par cœur ses leçons pour les réciter ensuite. Sa seule part de créativité, ici, consiste en la façon qu’il a de « mettre en musique » le texte pondu par ses sous-fifres, chefs et sous-chefs de bureau. Le ministre, par lui-même, n’est rien. A la rigueur un plastron, parfois un faux-nez. En réalité, le ministre n’existe pas. Ce qui existe, c’est l’ADMINISTRATION.

 

Une preuve tout à fait actuelle ? Regardez la bisbille qui vient de faire des étincelles entre le Ministère des Affaires Etrangères et le Ministère de l’Economie et des Finances. Laurent Fabius voulait que tout ce qui relève du Commerce Extérieur soit rattaché au Quai d’Orsay. Des voix « autorisées » jugent cette demande rationnelle et justifiée.

 

Que croyez-vous qu’il arriva ? François Hollande accéda à la requête de Fabius mais, pour ne pas se mettre à dos Montebourg, qui hurlait comme un goret qu’on va égorger, décida que, certes, l’autorité habilitée à diriger ce service serait transférée aux Affaires Etrangères, mais que le dit service serait maintenu physiquement à Bercy. Un coup de pommade pour Fabius, pour que rien ne change et que l’essentiel reste en place. Belle paralysie en perspective.

 

Moralité ? C’est la patte terriblement griffue des hauts fonctionnaires de Bercy qui est la plus forte : quand elle tient une proie, elle ne la lâche plus. Car le poids politique d’Arnaud Montebourg, s’il est certes réel, ne saurait expliquer à lui seul la décision de François Hollande de faire plaisir à tout le monde. Sans doute ce qu’on appelle la « synthèse ». Si François Hollande avait été Salomon, il aurait fait trancher le bébé tout vif pour en donner une moitié à chacune des mères.

 

L’Ecole Nationale d’Administration vomit ainsi chaque année autour d’une centaine d’individus passés maîtres dans l’art de la confection de dossiers, de la rédaction de « notes de synthèse » en vue de la « préparation à la décision ». Inutile de préciser que tous ces « Grands Serviteurs de l’Etat », selon le point d’avancement dans leur carrière, détiennent, du fait du poste qu’ils occupent, ce qu’il est convenu d’appeler un « pouvoir ».

 

Un pouvoir indissolublement lié à la capacité du fonctionnaire à aller au-devant des besoins du politique censé tout diriger. La servilité inhérente à une telle anticipation s'apparente en effet méchamment à l'exercice d'un vrai pouvoir qui ne dit pas son nom.

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

 

lundi, 21 avril 2014

QUE PEUT LE POLITIQUE ?

On ne se refait pas : personne ne peut se remettre définitivement de l'idée qu'il lui est radicalement impossible ou interdit de refaire le monde. Donc.

 

DE L’IMPUISSANCE DU POLITIQUE 1/4

 

Jacques Ellul, outre le pilonnage en règle que sa plume (Le Système technicien, Le Bluff technologique, entre autres) a fait pleuvoir sur une civilisation qui a fait de la technique une idole au pied de laquelle elle se prosterne, les bras chargés d’offrandes, et aux bons soins de laquelle elle s’abandonne comme dans de nouvelles délices de Capoue, avec une lâcheté aussi merveilleuse qu’opiniâtre, a aussi écrit des ouvrages de théologie.

 

Autant je suis intéressé par toutes ses études au sujet de la technique, autant je suis rebuté par celles qu’il consacre à Dieu, à ses attributs et à sa présence, réelle ou supposée, dans les œuvres humaines, où certains voient sa manifestation concrète. C’est ce qui m’a fait reposer sans le finir A temps et à contretemps (Le Centurion, 1981). Avec ce commentaire laissé sur la page de garde : « Trop de théologie ! ». 

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A chacun ses infirmités : les raisonnements sur des abstractions – fussent-elles eschatologiques –, aussi subtils ou percutants soient-ils, ont le don d’ajouter au poids de mes paupières supérieures les quelques tonnes qui manquent à ceux qui ignorent tout de ce que signifie l’expression « s’endormir en sursaut ».

 

C’est pourquoi, chaque fois que je commence à compter les moutons, j’ouvre Sémantique structurale d’Algirdas Julien Greimas ou Ce que Parler veut dire : l’économie des échanges linguistiques de Pierre Bourdieu, avec la certitude souriante de celui qui sait que le sommeil, avec son gourdin, l’attend au coin du bois de la page 2, juste avant qu’il ait tourné celle-ci. Je ne me décide à me rabattre sur Anthropologie philosophique de Bernard Groethuysen qu’en cas d’urgence ou de nécessité, à cause de la violence du somnifère et des mauvais rêves qu’il induit.

 

J’ai donc zappé les propos théologiques de A temps et à contretemps. En revanche, je n’ai pas laissé passer les moments où, dans ce livre d’entretiens où Jacques Ellul livre débonnairement une partie de son parcours personnel, il évoque ses « acquis de l’expérience ». En particulier, j’ai braqué ma loupe sur quelques passages où il raconte « sa » seconde guerre mondiale, et la façon dont elle s’est achevée pour lui.

 

Très instructif en vérité, y compris et avant tout quand on observe à la lumière de ce propos les mœurs et paroles des animaux qui occupent aujourd’hui les fauteuils des bureaux directoriaux de la France. Après une guerre où il eut un comportement impeccable (sur lequel il ne s’étend d’ailleurs pas outre-mesure, on aurait même aimé qu’il détaille), on lui propose de participer, à Bordeaux, à la « municipalité dite de la Libération » : « C’était très sympathique, nous avions beaucoup de travail, il fallait tout remettre sur pied ». Cette période va durer « à peu près un an et demi ». Il y est allé franco, croyant qu’il était possible de changer de grandes choses à la base.

 

On n’est pas plus naïf.

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

 

lundi, 17 mars 2014

POLITIQUES EN DECOMPOSITION

Préambule : Non, la France n'est pas en déclin. La preuve ? Elle revient des Jeux Paralympiques de Sotchi avec un nombre respectable de médailles. Conclusion, la France possède les handicapés et les infirmes parmi les plus forts du monde. Moralité : qui critiquera les performances dont est capable notre « cher et vieux pays » ? Qu'on se le dise : le handicapé porte l'avenir radieux de la France. Vive la France infirme ! Françaises, Français, en avant !

 

****

 

LA CLASSE POLITIQUE FRANÇAISE EN ETAT DE DECOMPOSITION AVANCEE

 

Il y a longtemps qu’il n’y a plus de vie proprement politique en France. On le savait déjà, et je n’apprends rien à personne. Monsieur BHL, alias le trois fois entarté, alias monsieur Bernard-Henri, alias monsieur chemises amidonnées, alias monsieur Arielle Dombasle, avait commis, voilà des temps, un petit ouvrage intitulé Ce Grand cadavre à la renverse. Consacré à l’agonie du socialisme au sein même du Parti « Socialiste » (je pouffe).

 

Il avait raison, le philosophe garanti 100 % beurre de TF1. Mais il aurait pu – donc dû – étendre son analyse à l’ensemble du champ politique national. Car j’espère que tout le monde conviendra que l’état de liquéfaction des idées et des hommes politiques de notre pays a atteint aujourd’hui un degré que je me demande s’il peut encore aller « plus vite, plus haut, plus fort » (« citius, altius, fortius », vous savez, la formule de la formidable imposture olympique).

 

Je me fous des querelles de personnes (Valls-Taubira, Copé-Fillon, on n’a aucun mal à en dénicher). Je me fous des statuts de l’UMP lancés à grand bruit pour annoncer que tout le monde se rassemble en bon ordre derrière le parti, le chef, le drapeau. Cette sinistre comédie ne trompe plus personne depuis longtemps.

 

Je me fous de TOUT ce que dit un homme ou une femme politique (j’ai failli écrire « poilitique ») quand il est invité sur un plateau, au motif que, quelle que soit la question, il récitera sa « doxa », bien cornaqué qu’il aura été en amont par ses conseillers en communication (Stéphane Fouks, le copain d’Alain Bauer et de Manuel Valls, et consort). Je me fous de leurs ambitions, de leur appétit de pouvoir, de leur obsession de la conquête des « places » (Michelet, en 1848, en parlait déjà de façon éclairante, fût-ce pour lui-même au Collège de France).

 

Mais j’hallucine carrément quand je constate leur aveuglement sur l’état de la barque que tous veulent conduire. Je radote sûrement, mais leur manière à tous de pousser Marine Le Pen aux avant-postes au moyen d’imprécations fabriquées contre l’ennemi (PS si on est UMP et inversement, comme si ces deux compères n’étaient pas de vulgaires complices qui se disputent simplement la taille des parts du gâteau, dispute camouflée sous les « éléments de langage » tout faits, prêts à l’emploi et stéréotypés, concoctés dans des officines de « com. »), de vaticinations élucubrées sur la base de ce qu’ils croient savoir des « attentes des Françaises et des Français », me semble le plus sûr moyen de rebuter ce qu’il reste de bon sens à la majorité de la population. Cela fait longtemps qu'il n'y a plus de lutte politique entre le PS et l'UMP.

 

Les luttes pour le pouvoir qui font rage à « droite » et à « gauche », qu’on considère volontiers comme des querelles de personnes, ne veulent donc dire qu’une chose : plus personne, sauf quelques rares exceptions (Juppé ? Je dis ça, mais ...), ne prétend gouverner parce qu’il a le « sens de l’Etat », mais parce qu’il a de l’appétit pour une « place », qui lui donnera autorité institutionnelle, rayonnement de prestige et rentabilité matérielle (Chirac n’a jamais payé de loyer, il a occupé les palais de la République - Mairie de Paris (1977-1995), Elysée (1995-2005) - comme un rat fait dans un fromage).

 

Accessoirement, il n’y a pas à tortiller du derrière pour espérer échapper à ça : ça signifie qu’il n’y a plus de nation française. J’admire quant à moi quelques individus qui sont (ou plutôt : « ont été », hélas) capables de regarder au-dessus d’eux-mêmes. Aujourd’hui où chacun est de plus en plus réduit à lui-même, j’attends qu’on me dise qui est désireux de s’élever au-dessus de sa petite personne.

 

Que montrent les politiques au pouvoir ou qui attendent d’y parvenir ? Des qualités de tacticiens tout au plus. Or c’est bien connu dans le domaine des échecs : le pur tacticien se fait piler à plate couture. Ce dont est capable le grand joueur, c’est une vision stratégique. Ce que requiert la tactique, c’est juste de l’habileté manœuvrière, peut-être de l’imagination, disons une certaine forme d’intelligence, je veux bien. Ce qui manquera toujours à la tactique pure, c’est la vision stratégique. Et pour ça, il faut s’être élevé au-dessus de sa petite personne. Là est le problème.

 

Ce n’est pas un hasard si cette sous-littérature qu’on ennoblit pompeusement en l’appelant « autofiction » est devenue en France le nec plus ultra de ce qui s’appela autrefois « littérature ».

 

Pourtant c’est facile de ne pas confondre. Dites-moi que ce n’est pas une preuve de déclin ?

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

 

vendredi, 28 février 2014

EN PENSANT A CEUX DE 14

MON MONUMENT À QUELQUES MORTS

Un journaliste se posait sérieusement la question, récemment, dans les colonnes de son journal, de savoir si la guerre de 1914-1918 avait été une « Grande Guerre » ou, plus probablement, une « Grande Boucherie ». Je trouve que poser la question cent ans après le début de ces sinistres festivités a quelque chose d'obscène, tant la réponse à la question est depuis longtemps évidente.

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CARTE ENVOYEE A MAURICE PALIARD LE 27 OCTOBRE 1914, ET SIGNEE "ONCLE LEON"

Eh, crâne de piaf, ose un peu regarder en face une bonne fois pour toutes ce qui fut le premier suicide des peuples européens, la première Shoah, la première extermination de masse de tout ce que la civilisation européenne contenait de jeunes hommes pleins d'énergie et d'avenir.

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PALIARD EST LE DEUXIEME EN PARTANT DE LA GAUCHE

Les champs de bataille du nord et de l'est de la France ne furent en effet rien d'autre qu'un gigantesque camp d'extermination, chambres à gaz comprises (je pense au gaz moutarde), sauf que tout se passait à ciel ouvert, et avec une sorte de consentement unanime de la « communauté internationale ». Oui, je sais que c'est ce cinglé de Guillaume II qui a commencé, et que c'est la folie du haut commandement allemand qui porte l'écrasante responsabilité de départ.

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J'ai suffisamment évoqué par le passé l'horreur absolue que fut cette guerre de plus de quatre années (août 14 à novembre 18) et le serrement de cœur qui me prend chaque fois que je passe devant un monument aux morts érigé jusque dans les plus petits villages pour ne pas repartir dans un discours d'imprécations totalement inutile. Il ne faudrait pas, en passant, oublier les massacres de civils.

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Le lecteur de ce blog peut aller feuilleter les deux albums ci-contre pour se convaincre que la plaie collective n'est pas, et n'a guère de chance d'être un jour pleinement cicatrisée. Et dire cela n'est pas veiller comme une Vestale sur la flamme du souvenir, c'est garder présente à l'esprit la conscience que le déclin de l'Europe, s'il est devenu évident aujourd'hui, date de cette époque.

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La guerre de 1914-1918 n'est pas une catastrophe appartenant à un passé lointain : elle agit encore à sa manière dans les fondations si fragile de la nouvelle Europe que des margoulins et des crânes d'œuf œuvrant dans des bureaux climatisés s'efforcent de nous vendre et de nous imposer.

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Je veux simplement penser une nouvelle fois à eux. Il se trouve que, parmi les cartes postales qui me sont parvenues par des biais familiaux, quelques-unes sont une évocation très directe de cette population masculine des campagnes de France qui ont été envoyées à l'abattoir.

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PRESENTATION DU DRAPEAU AMERICAIN OFFERT A L'ECOLE MILITAIRE DE SAINT-CYR PAR L'ATTACHÉ MILITAIRE DES ETATS-UNIS EN DECEMBRE 1918

(légende écrite à la main au dos de la carte)

J'en publie donc ici, aujourd'hui, sans tomber dans la commémoration grandiloquente, quelques visages. J'ignore l'identité de presque tous : mon monument est anonyme, à une exception près. J'ignore à quelle date (sauf dans deux cas) les clichés ont été réalisés. Il y a un de mes ancêtres parmi eux (voir plus haut). Je ne sais pas combien sont arrivés jusqu'à l'armistice et dans quel état. Ce ne sont pas des héros. C'étaient des hommes.

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PRISE D'ARMES, PEUT-ÊTRE APRES LE 11 NOVEMBRE 1918. LIEU INCONNU.

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

Note : les cartes postales non légendées sont muettes. Il est bien entendu que tout renseignement sur les dates, les lieux, les noms auxquels se réfèrent ces quelques images sera le bienvenu et l'objet de ma gratitude. Il n'est jamais vain d'espérer. Enfin, c'est ce qu'on m'a dit.

 


jeudi, 27 février 2014

CHANTONS SUR LES CHARNIERS

BIGUINE A BANGUI, BIGUINE A BANGKOK

 

Aujourd’hui on se détend un peu. C’est l’actualité des événements qui se produisent dans le monde qui m’a fait penser à Charles Trenet et à sa chanson « Biguine à Bango ! » (cliquer pour visionner). Oh, la chanson est peu connue, certes, mais elle me fait irrésistiblement penser à ce qui se passe dans les capitales de deux pays : la Thaïlande et la Centrafrique.

 

En Thaïlande, une partie de la population en a assez d’être gouvernée par des gens appartenant à une élite corrompue jusqu’au trognon, et pour le faire savoir, elle est descendue dans la rue, au risque de se faire tirer dessus par les militaires de Yingluck Shinawatra, la sœur du nommé Thaksin, réfugié à l’étranger pour ne pas être coffré comme un vulgaire malfaiteur, pour corruption éhontée. 

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Tiens, au fait, est-ce que ce n’est pas le motif qui a poussé une bonne partie de la population ukrainienne à occuper depuis trois mois la place Maïdan ? Remarquez que, pas très loin de là, j’ai lu quelque part que certains Russes reprochent (en parlant assez bas pour ne pas être entendus de l’intéressé) à Vladimir Poutine d’avoir amassé depuis qu’il est au pouvoir une fortune aux dimensions inimaginables. Il posséderait ainsi plus de quarante résidences luxueuses. Il m'arrive de me demander ce que je ferais de quarante résidences, si j'étais dictateur. Passons.

 

Remarquez que les Tunisiens n’ont pas foutu dehors Ben Ali pour une raison différente, et que la première visite qu’ils ont faite dans le palais du dictateur leur a autant coupé le souffle qu’aux Ukrainiens celle que ceux-ci ont organisée dans l’invraisemblable propriété qu’occupait Ianoukovitch jusqu’à son départ. Et j’imagine que si les Egyptiens avaient pu visiter la propriété de Moubarak, ç’aurait été pareil : du marbre et de l'or. Il paraît même que chez Ben Ali, il y avait dans certaines pièces des murs de liasses de billets (je le tiens d'une bonne source, mais allez savoir).

 

Et peut-être un jour prochain ne sera-t-il plus permis aux Africains, les potentats Obiang, Sassou-Nguesso et autres Bongo de réinvestir dans la pierre et le foncier français (l'affaire des « biens mal acquis ») les sommes colossales qu’ils ont piquées dans les caisses de leurs Etats, sans parler des subventions accordées par la « communauté internationale » au titre de « l’aide au développement » (laissez-moi pouffer) qu’ils ont détournées à leur profit et planquées en Suisse, à Singapour ou aux Îles Vierges britanniques.

 

Vous en voulez encore ? Eh bien voyons du côté d'Ankara et d'Istamboul, et des islamistes de l'AKP dirigés par l'islamiste « conservateur modéré » (!) Redjep Tayip Erdowan (en phonétique). Un bon musulman, c'est certain, qui se garde de l'esprit de lucre comme de la peste. Tout faux ! Pris les doigts dans le cambouis de l'argent sale, le bon musulman !

 

Mais peut-être – espérons-le – qu’il n’est pas obligatoire dans tous les pays du monde que ce soient les bandits, gangsters et autres mafias qui arrivent au pouvoir.

 

Cela reste une question malgré tout, par exemple après lecture du copieux dossier paru dans Le Monde récemment au sujet des fortunes faramineuses accumulées par ce que le journal appelle les « princes rouges » et leurs héritiers. Je parle de la Chine, évidemment. N’est-ce pas le fils de l’un d’eux dont on a retrouvé les restes dans les débris fumants d’une Ferrari dernier cri ?

 

Il ne faut donc pas généraliser. On ne peut imaginer – je parle au hasard – que de tels abus puissent arriver dans notre beau pays de France. Jamais de la vie, voyons. Nous avons les capitaines de pédalo les plus intègres de la planète, tout le monde le sait et personne n’oserait contester cette vérité. Et dire que j’annonçais un moment de détente en commençant. Moralité, si l’on va où l’on a décidé d’aller, ce n’est pas toujours sans sinuosités et méandres. Bon, revenons à nos roustons.

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Après la Thaïlande, si nous portons nos regards sur la Centrafrique, que voyons-nous, devant nos yeux ébaubis ? Après le pillage et le meurtre généralisés commis par les milices de la coalition nommée « Séléka », juste retour des choses, c’est maintenant aux milices nommées « anti-balaka » de se dire qu’il est temps de faire couler le sang. Ce n’est qu’une habitude à prendre, comme on peut lire dans l’impressionnante trilogie écrite par Jean Hatzfeld sur la tragédie rwandaise (commencer par l’absolument indispensable Une Saison de machettes).

 

C’est au détour d’amusements aussi simples que ceux fournis par ces informations que la loupiote d’une chanson de Charles Trénet se met à clignoter dans ma tête. Cette chanson, peu connue, je l’ai dit, s’intitule « Biguine à Bango ». Elle dit : « Connaissez-vous la Martinique ? Connais-tu là-bas le Bango ?… ». Voilà, c’est tout. Quoi, ça ne vous suffit pas ? He bien si. Remplacez « Bango » par « Bangui ».

 

Vous pouvez aussi remplacer « Bango » par « Bangkok ». Et vous comprenez pourquoi j’ai parlé de l’actualité en Thaïlande et en Centrafrique. Comment, je ne suis pas très sérieux ? Mais certainement, et non seulement je le reconnais, mais je le revendique haut et fort : il ne faut pas être sérieux sur les choses sérieuses, pas plus qu’il ne faut prendre à la légère les choses légères.

 

Que voulez-vous faire d’autre que du mauvais esprit, au spectacle des horreurs qui se commettent un peu partout dans le monde, et qui constituent le fonds de commerce de tous les médias d’information.

 

En me mettant à fredonner : « Woho ! Woho ! Biguine à Bangui ! » ou « Woho ! Woho ! Biguine à Bangkok ! », j’exorcise en quelque sorte un démon, celui qui, autrement, me laisserait tétanisé d’horreur. On me parlera de dérision, de manque de compassion, et ce ne sera pas complètement faux.

 

Mais je demande qu’on laisse ma compassion un peu tranquille de temps en temps. Ma compassion, si c’était une personne, elle serait classée parmi les grands brûlés, traitée en grand blessé, hospitalisée vite fait dans un service d’urgence, et le monde cesserait de la harceler pour lui laisser le temps de se remettre de tous ses traumatismes et de toutes ses blessures.

 

Ma compassion pour les misères du monde, elle n’en peut plus. Epuisée d’avoir été sollicitée sur tous les fronts des petites et des grandes tragédies qui ensanglantent les contrées émergées de la planète.

 

La compassion, ça suffit ! C'est juste pour ça que je fais semblant de rire ! Parce que, finalement, ça soulage.

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

 

dimanche, 23 février 2014

AUX CHIOTTES LES NORMES !

Résumé : après avoir remarqué que la théorie du « genre », qui a envahi le champ social, les médias et qui est partie à l’assaut de l’école pour promouvoir dans le monde entier le point de vue (la « grille de lecture », les « lunettes », pour parler comme Bourdieu à propos des journalistes) de la communauté homosexuelle, je m’interrogeais sur les raisons de son succès actuel, du moins si l’on en croit ceux qui sont habilités (payés) à « causer dans le poste ». Je pointais la résistance légitime aux persécutions.

 

Mais parmi les raisons que j’entrevois, il en est une autre, qui me semble venir des eaux les plus profondes sur lesquelles avance l’esquif nommé « civilisation ». Et cette raison tient à l’évolution des rapports que nos sociétés entretiennent avec la question des interdits, des normes et des critères.

 

Grosso modo et pour simplifier, à mesure que les sociétés ont évolué vers la consommation de marchandises, la jouissance immédiate et l’individualisme, les populations se sont mises à rejeter ce qu’elles considéraient de plus en plus comme des contraintes.

 

Les normes n'ont plus été vues comme un bien commun, comme ce qui unit les citoyens d'un même pays, ce qu'on persiste à tort à appeler un « corps social », mais comme un ensemble insupportable de diktats, à faire disparaître d'urgence. Il faut choisir : s'il n'y a plus que des individus, il n'y a plus de société. De même et à l'inverse, s'il n'y a plus que de la société, l'individu s'abolit, dissout dans l'entité collective : c'est le totalitarisme nazi, stalinien, khmer rouge, le Petit Livre Rouge de la Révolution Culturelle chinoise .... Ah c'est sûr que l'équilibre est difficile à trouver !

 

Tout le monde admet, moi le premier, que toutes les coutumes et les cultures de toutes les peuplades de la Terre ont des particularités : les anthropologues et ethnologues ont noirci des milliers de kilomètres de parchemins savantissimes pour les décrire jusque dans leurs moindres détails, parfois abracadabrantesques à nos yeux.

 

Tout le monde admet par conséquent que toutes les coutumes et les cultures de la Terre, du fait de ce particularisme, comportent à leur base une part incompressible d’arbitraire. Nos coutumes et cultures d’Occidentaux endurcis comme celles de tous les autres peuples.

 

Et dans le maelström de la globalisation à outrance découlée de la généralisation de la société marchande, ces particularismes, en même temps que leur caractère arbitraire, sont devenus totalement insupportables. La liberté dans le choix des marques et des produits a détrôné la noble « Liberté guidant le Peuple ». Il est exigé de chacun des sept milliards d’individus qui grouillent sur la planète de participer au gigantesque effort qui consiste à la détruire pour entretenir la machine de la consommation.

 

L’accès de tous à tout est devenu le « credo », le « gloria » et le « confiteor » de la nouvelle Eglise vers laquelle se pressent (ou rêvent de se presser) les masses de la planète entière, j’ai nommé sa majesté l’Hypermarché, augmenté de sa dernière extension en date, dans les travées de laquelle se rend à chaque instant un culte au dieu nommé Illimité : l’empereur Internet.

 

Dans ce contexte, où les corps individuels se dilatent à l’infini aux dépens du corps social, comment voulez-vous que survive la vile et vieille notion de norme ? Quand les bornes du corps individuel sont franchies, il n’y a plus de limite au désir, il n’y a surtout plus de limite aux « droits ». Car le désir de l'individu est devenu générateur automatique de droit.

 

Qu’il s’agisse de l’enfant (à tout prix), de se marier avec quelqu’un du même sexe ou de suicider l’oncle à héritage au motif qu’il est en soins palliatifs, les désirs créent désormais des droits. Chaque individu est appelé à concevoir la norme particulière qui correspond à l'essence de son être.

 

A charge pour lui de la trouver et de la définir, bien sûr. Ce n'est pas le plus aisé, on le sait. Mais toutes sortes de coaches de vie, de consultants et de marchands de services à la personne et de biens matériels sont là pour l'aider à s'y retrouver dans le fouillis de ses contradictions et de ses changements d'humeur.

 

L’individu étant sa propre norme (« je fais ce que je veux parce que je suis libre », ou plutôt « je suis libre, donc je fais ce que je veux »), il n’y a plus de norme. Moyennant quoi on se rend bientôt compte que le social a disparu. Le social, je veux dire le bien commun. Je veux dire, comme disent les ânes bâtés (qui se prennent pour l'aristocratie moderne) qui nous gouvernent, le « vivre-ensemble ». Dit par eux, c’est devenu une abjection et une ordure.

 

Je ne vais pas jouer au gourou psychanalyste qui dirait à ces masses aveuglées que tout ça manque d’un père castrateur, parce que je n’ai pas les diplômes qui m’y autorisent, mais je me doute qu’il y a là-dedans quelque chose de cet ordre. Car finalement, accepter la norme, qu'est-ce d'autre qu'admettre une limite de soi ? On ne m’ôtera pas de l’idée que l’individu aux désirs tout-puissants est en réalité resté un enfant déguisé en adulte. Idée bien résumée dans le slogan publicitaire :

 

« Parce que je le vaux bien ! ».

 

Il est aujourd’hui de plus en plus difficile de supporter la frustration d’un désir, étant donné que les marchands de marchandises se donnent un mal fou (= consacrent des sommes folles) pour connaître les motivations des gogos qui s’imaginent qu’ils combleront leur vide existentiel en achetant les merdes élaborées par des margoulins à partir de mille enquêtes de motivations fabriquées pour leur soutirer la formulation de quelque manque qu’ils attendent de combler, bouclant ainsi la boucle.

 

Faire croire aux gens que leurs désirs sont tout-puissants, ça confine à l’artistique. Sauf que c’est tout, sauf de l’art.

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

 

vendredi, 21 février 2014

"GENRE" ET BOURRE ET RATATAM

Je l'ai dit : participer à un "débat de société" est totalement vain et ne sert ni à rien ni à personne. Cela ne sert qu'à faire plaisir à ceux qui ont un grand besoin de s'exprimer. Tiens au fait, qu'est devenu le "débat de société" autour de Dieudonné et de sa quenelle ?

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 Moi je crois que, quand j'exprime des points de vue dans ce blog, ça a le même effet que quand je fais pipi : la petite musique d'une eau tombant dans une autre. Je veux dire : une grande leçon de modestie, voire d'humilité.

 

Mais tant pis, j'y vais de mon couplet et de mon refrain. J'y vais à reculons, mais je m'y colle quand même. Je ne dis pas avec enthousiasme. Je réagis, comme beaucoup de gens, j'imagine, en essayant de mettre la tête hors du déluge de crétinisme et de langue de bois qui s'abat sur la population au sujet du « genre ».

 

Ce n’est pas que la question m’obsède, mais je me sens, à tort ou à raison, obligé d’y revenir. Le « genre » est dans toutes les bouches. Le « genre » est devenu le nouveau dogme, le nouveau catéchisme, le « genre » est du dernier chic, le « genre » est la dernière religion à la mode. Et gare à tous les réactionnaires et à tous les fachos qui partent à l’assaut de cette nouvelle citadelle assiégée pour détruire la Vérité Nouvelle, vous savez, celle qui « vient de sortir ». Si possible de sortir toute nue du puits.

 

La fumée qui commence à me sortir par les naseaux, c’est celle de l’enfumage offensif de tous les tenants de la théorie du « genre » qui, à ce qu’ils disent, permet de renouveler de fond en comble, de la cave au grenier, tout le vieil attirail de la différenciation des sexes. C’est entendu, le mot « sexe » est devenu un mot ordurier, un gros mot, quasiment une insulte.

 

Il semble en effet devenu dangereux de traiter quelqu’un d’ « homme » ou quelqu’une de « femme ». Ce serait à présent « discriminatoire », ce pourrait être considéré comme « stigmatisant » et, à ce titre, passible des tribunaux correctionnels pour atteinte à la dignité de la personne.

 

Je le dis sans ambages, nous nageons en plein délire de la police de la pensée, en pleine fatrasie policière de la censure des mots (par leur interdiction ou leur torsion), en pleine panade de la confiture répressive des nouveaux commissaires du peuple d’un stalinisme soft, rénové et mis au goût du jour. Autant dire en pleine idéologie.

 

Il ne faut pas oublier que les « gender studies », au départ, ont été inventées dans un but militant. Il s’agissait pour son inventeur, du nom de Judith Butler, une lesbienne fière de l'être, une Américaine fière de l'être, sur la base des travaux du célèbre trio philosophique français (Deleuze-Derrida-Foucault) adepte de la « déconstruction », de faire sortir l’homosexualité de sa honteuse marginalité, où une intolérante et intolérable majorité de gens normaux cantonnait une minorité injustement persécutée. C'est le militantisme homosexuel, secondé par le militantisme féministe, qui a fini par imposer sa vision des choses.

 

Car il faut aussi citer, à l'origine de l'obsession du « genre » l'ahurissante fascination de toutes les féministes militantes pour cette ahurissante niaiserie proférée en son temps par Simone de Beauvoir : « On ne naît pas femme, on le devient ». Oui, bien sûr, je sais qu'elle s'élevait à l'époque contre le cliché qui proclame qu'une femme est une femme parce que la nature est la nature.

 

Mais quand je relis cette phrase avec le recul, je me dis avec tout autant de conviction que « l'on ne naît pas homme, on le devient ». Ben oui, c'est tout aussi vrai au sujet de la virilité qu'au sujet de la féminité. Il n'y a pas de raison qu'il soit moins difficile socialement de devenir un homme que de devenir une femme. Et dans le fond, ce sont des vérités fondées sur la réminiscence de ce que disait un certain Jean-Jacques Rousseau : « L'homme est né bon, la société l'a perverti ». Et d'encore plus loin : « La coutume [la culture] est une seconde nature » (Blaise Pascal).

 

Incroyable !!! Rendez-vous compte : l'humain naît de la nature, mais tout le reste (attention : TOUT LE RESTE) est le fait du façonnage culturel et social de la personne par l'éducation, par l'instruction et par la socialité. Et on le sait depuis toujours. Tout le reste est « construction ». Les débats modernes sur les parts respectives de l'inné et de l'acquis ne sont qu'une resucée de la vieille controverse. Et opposer le « genre » et le « sexe » ne devrait rien apprendre à personne. Il faudrait simplement préciser l'origine du succès décisif du mot dans la multiplication des travaux universitaires (d'abord américains) dans les « gender studies ».

 

Et sous la houlette de madame Judith Butler, la grande prêtresse de ce courant, une troupe de plus en plus nombreuse de « déconstructeurs » s’est mise à « déconstruire » à tout va les « stéréotypes » sexuels, qui ne sont à tout prendre que de viles normes, sur lesquelles la société ordonne arbitrairement aux individus de se conformer. La maladie a gagné tous les milieux où évoluent les gens, paraît-il, savants, l’université, les sciences humaines. Je n’ai pas approfondi la question de savoir si, comme certains le prétendent, le « concept » est « efficient ».

 

Moyennant quoi, les tenants actuels du « genre » soutiennent mordicus, contre toute raison, que ce n’est en aucun cas une théorie, suivis par la masse moutonnière des journalistes, pressés de parler de la « soi-disant théorie du genre ». Une théorie déguisée en vérité incontestable, qu’est-ce d’autre qu’une idéologie ? J’aimerais bien qu’on m’explique.

 

Ce qui est sûr, en revanche, c’est que c’est seulement l’action militante acharnée des milieux homosexuels (Judith Butler est lesbienne, et non seulement elle ne s’en est jamais cachée, mais elle l’a très tôt revendiqué haut et fort, au grand dam de sa propre mère) qui a fini par imposer cette représentation particulière du sexe qu’est la notion de « genre ».

 

J’en conclus que tout le monde (croient-ils) a fini par adopter la représentation homosexuelle des questions sexuelles. Bel exploit de propagandistes efficaces, qui ont réussi à substituer leur stéréotype maison au stéréotype dénoncé. Car qu'est-ce d'autre qu'un nouveau stéréotype que la notion de « genre » ? Encore bravo. Bienvenue donc au nouveau stéréotype, désormais en vigueur.

 

C’est sur cette toile de fond qu’il faut voir ce qui se passe depuis quelque temps en France, au sujet de la lutte contre les « stéréotypes » à l’école. Il n’est jamais trop tôt pour entreprendre de modeler l’esprit des enfants, si l’on veut façonner l’ « homme nouveau » tel que certaines officines le conçoivent.

 

Cette entreprise a des précédents, lorsque des gens sûrement très bien intentionnés avaient mis en œuvre de grandioses projets qui avaient pour but de faire advenir le « prolétaire nouveau » ou l’ « Allemand nouveau » : « du passé faisons table rase ». Ce qui m’impressionne, avec cette histoire du « genre », c’est la facilité avec laquelle elle a pénétré dans les esprits et commence à s’imposer effectivement dans les écoles.

 

Ils ont en effet perdu une occasion de s’instruire, ceux qui n’ont pas entendu cet instituteur (pardon, il faut dire « professeur des écoles », et pourtant qu'est-ce qu'il était beau, ce mot qui désignait le métier consistant à instituer un être humain !) exposer la petite expérience qu’il a faite avec ses cobayes, je veux dire ses élèves. Il s’agit de réunir les garçons dans une salle et les filles dans une autre, et de leur demander d’imaginer leur réaction si jamais, un matin, ils se réveillaient dans un corps de l’autre sexe. Quelle idée géniale !

 

Il faut que Peillon donne les Palmes académiques, pour le moins, à ce militant intrépide de la cause de l’ « égalité ». Il paraît qu’ensuite, après confrontation des résultats, la cour de récréation voit davantage filles et garçons jouer ensemble au lieu d’être odieusement séparés par l’odieuse barrière des sexes. Brandissons le drapeau de l’ « égalité » et partons à l’assaut de la forteresse des « stéréotypes ». Mais peut-être après tout ces gens s’imaginent-ils que le monde sera meilleur !

 

Car les stéréotypes, on me dira ce qu’on voudra, c’est essentiel dans la construction du psychisme de la personne, dans la première partie de son existence. On appelle ça des POINTS DE REPÈRE. On me dira ce qu'on voudra, mais il est vital que la personne, comme n'importe quel édifice, soit fondée sur une assise stable et construite avec des matériaux sûrs et bien identifiés, si l'on veut qu'elle soit capable d'affronter les épreuves de l'existence.

 

Alors halte au travail de sape !

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

 

mardi, 04 février 2014

HOLLANDE PIRE QUE SARKOZY ?

Quand on met le doigt dans les eaux turbulentes de l’actualité, on risque d’y mettre tout le reste et d’être emporté par le courant : eh oui, je ne suis ni sourd ni aveugle, j’écoute et je regarde. Je lis aussi quelques journaux, accessoirement. Mais je promets de tâcher de me consacrer rapidement à des sujets plus plaisants, plus gratifiants, qui n’ont rien à voir avec le puits sans fond de ce tonneau des Danaïdes qu’on appelle « l’actualité ».

 

On a dit pis que pendre de Nicolas Sarkozy. Je n’ai pas été le dernier. A cet égard, je n’ai ni regret, ni remords, et je suis effaré de voir constamment publiées dans la presse, depuis quelques mois, des photos où apparaît la sinistre trombine de ce triste individu, accompagnées de légendes explicites mentionnant son « retour en 2017 » et ses nouvelles « ambitions pour la France ». Ah bon ? Elles sont « nouvelles », ses ambitions ? Comme dit Georges Brassens, « si l’Eternel existe », qu’il le prouve en nous préservant de cette malédiction.

 

François Hollande, lui, a été élu au mépris du fait que je n’ai pas non plus voté pour lui en 2012. J’en tire la conclusion que le suffrage universel a quelque chose de profondément injuste, moi qui ai érigé en doctrine cette profonde maxime que nous devons aux Dupondt, de célèbre mémoire : « C’est mon opinion et je la partage ». On ne remerciera jamais assez Hergé, qui nous a offert cette trouvaille.

 

On se rappelle une accusation, parmi d’autres fort nombreuses, formulée à l’encontre de Nicolas Sarkozy. On lui reprochait en effet d’être « clivant ». Autrement dit de susciter la haine entre Français, entre autres avec son fumeux débat sur la désormais problématique « identité française ». Tout le monde semble l’avoir oublié, maintenant qu’Hollande (son H est-il muet ou aspiré ?) a pris sa place.

 

J’espère qu’on n’a pas oublié sur quels arguments François a remplacé Nicolas, arguments qu’on peut résumer dans la formule « rupture avec la rupture ». La « rupture », c’était le slogan de Sarko en 2007, et ça a marché du tonnerre, les gens y ont cru, pour mieux se retrouver « Gros Jean comme devant » un peu plus tard. « Rupture avec la rupture », si je comprends bien le français, devait renouer avec le « statu quo ante ».

 

Mais là, apparemment, ce n’est pas de compréhension du français qu’il s’agit. Il faut sans doute admettre que le contraire du contraire n’a rien à voir avec le retour à l’état initial. Parce qu’il y a eu de l’innovation entre-temps. « On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve », comme dit l’autre (ici, « l’autre » s’appelle Héraclite, il faut toujours se méfier de ce que dit « l’autre »). Mais peut-être que Hollande (ou « qu’Hollande » ?) est un lointain descendant d’Héraclite (ou « de Héraclite » ?).

 

Je reviens au « test comparatif » entre ces deux barils de lessive (ne  prétendent-ils pas tous deux laver la vérité plus blanc que blanc ?) que sont François Hollande et Nicolas Sarkozy. On reprochait donc au second d’être beaucoup trop « clivant », d’opposer les Français entre eux et d’exciter la haine. A me souvenir du quinquennat du tout petit homme (je suis gentil, aujourd’hui), je suis amené à penser que c’est tout à fait vrai.

 

Maintenant, que voit-on depuis bientôt deux ans que François Hollande a accédé à la plus haute marche du podium présidentiel ? Franchement, ce n’est pas mieux. On pourrait même dire que c’est nettement pire. Ce type qui nous sert de président, avec sa tête de premier de la classe, bien lisse et arrondi aux angles, a réussi à prendre en vingt mois une belle brochette de mesures dont on fait semblant aujourd’hui de s’apercevoir qu’elles dressent les Français les uns contre les autres, bien plus efficacement que ne l’avait rêvé pour son compte le tout petit homme. J’en retiendrai trois.

 

Je ne reviendrai pas sur le mariage homosexuel (je me refuse à dire « pour tous », puisqu’il était déjà pour tous auparavant), qui continue à me heurter de front, tant il contredit des convictions profondément enracinées, dénuées de toute référence à une quelconque religion ou à je ne sais quelle morale. Je crois qu’on s’est ici servi de l’égalité comme d’un rideau de fumée, pour mieux distendre des liens anthropologiques que l’humanité entretient avec ce que je persiste à appeler la « Nature ». Ajoutons que la loi a été décidée dans l’arrogance de la force que donne une majorité parlementaire. L'adoption du mariage homosexuel me fait valdinguer hors du consensus national. J'en prends acte douloureusement. Mais passons.

 

Il y a ensuite l’ « affaire Dieudonné », dont j’ai déjà parlé ici. J’avoue personnellement que j’ai, depuis toujours, considéré le personnage comme un plaisantin tombé dans ce qu’on appelle aujourd’hui le comique, mais un comique qui ne m’a jamais fait rire. Je n’ai pas suivi sa trajectoire, sinon dans les grandes lignes, que les médias retracent à la hache aujourd’hui, pour simplifier l’explication du « phénomène Dieudonné » grâce au terme « antisémite ».

 

Le résultat est facile à deviner : de même que, pour la presse idéologique tout entière, il y a eu une énorme « libération de la parole homophobe » à l’occasion du mariage homosexuel, il y a eu, à l’occasion de « l’affaire Dieudonné », « libération de la parole antisémite ». Comme de bien entendu, ai-je envie d’ajouter. Tout le monde oublie que, sans l’appel de Valls à l’interdiction des spectacles du personnage, l’affaire aurait gardé sa dimension artisanale d’origine, juste faite pour faire couler le pognon dans la galaxie où évolue la planète erratique du soi-disant comique. Dieudonné peut remercier Manuel Valls.

 

Sur ces deux premiers sujets, donc, qu'est-ce qu'on constate ? Que ce soit à propos du mariage homosexuel ou à propos de l'antisémitisme (supposé ?) de Dieudonné, le gouvernement de monsieur François Hollande, celui qui se revendiquait le « Président Normal », en rupture avec la rupture provoquée par le tout petit homme, a systématiquement jeté du pétrole pour éteindre l'incendie allumé par son prédécesseur (on se rappelle que c'est lui qui a commencé, en instaurant les débats sur l'identité française).

 

Pour mieux dissimuler sa volonté de ne rien changer aux structures et au fonctionnement économiques et politiques du monde, ou pour ne pas avouer sa complète impuissance à le faire, François Hollande a choisi et décidé de reporter son action sur le terrain sociétal, et de brandir le drapeau du sens de la vie en commun pour rassembler sous son panache blanc sa clientèle électorale.

 

Accessoirement, il n'a pas hésité à ébranler des piliers anthropologiques de l'humanité, sous le prétexte fallacieux de la modernisation du corps social. Ce faisant, il a moins accompli la « rupture avec la rupture », qu'il n'a introduit une fracture dans la colonne vertébrale du squelette même du dit corps social.

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LE MONDE DATÉ DIMANCHE 2 - LUNDI 3 FEVRIER 2014

Ah c'est sûr, maintenant, elles peuvent hurler au « réveil de la France réactionnaire », toutes les chorales anti-homophobes et anti-racistes, tous les incendiaires, la militante intégriste de la confusion des valeurs Caroline Fourest en tête ! Ah c'est sûr, François Hollande, avec son air de ne pas y toucher, est remarquable dans le rôle du provocateur à la haine et du pyromane en chef.

 

Eh bien, que le cul leur pèle ! Comme dit je ne sais plus quelle sorcière chez Alfred Jarry : « La paille en cul et le feu dedans ! ».

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

dimanche, 26 janvier 2014

LUMIERE BALZAC (3)

PETITES MISERES DE LA VIE CONJUGALE

 

Petites misères de la vie conjugale est donc un livre brillant, plein de ce qu’on appelait à l’époque de Balzac « l’esprit parisien ». Il s’agit de causer. Je veux dire qu’on est dans un salon élégant et impitoyable, où la survie dépend de l’originalité et de la vivacité d’une repartie, et où la cruauté d’une épigramme bien tournée est capable de ruiner pour toujours la réputation d’un homme, même quand il est « en vue ». Et au style dont le livre est rédigé, on sent que Balzac, non seulement a fréquenté ce genre de société assidûment, mais aussi qu'il ne devait pas être maladroit dans le lancer de piques et autres formules incisives.

 

L'ouvrage adopte en effet le ton qu'on imagine bien qu'aurait une conversation entre quelques jeunes gens célibataires fumant et devisant joyeusement, accoudés à la cheminée, et observant les manèges et les allées et venues des couples invités dans les salons d'un riche bourgeois. Comme s'ils se donnaient les uns aux autres toutes les raisons de la terre de ne pas se marier, et se renforcer ainsi dans leur décision. 

 

On les entend presque se livrer gaillardement à la dissection du spectacle qu'ils ont sous les yeux, et à l'énumération par le menu des mille détails qui pourrissent la vie d’un mari, quand il se rend compte que son épouse ne ressemble que très approximativement à la mignonne petite fée dont il était tombé amoureux trois ans auparavant et dont il a étourdiment demandé la main à des parents nantis comme des huîtres grasses.

 

Car toute la première partie du livre s’apitoie sur les calamités qui s’abattent sur l’homme qui, inconsidérément, s’est aventuré dans les sentiers tortueux et hérissés d’épines du statut de « mari ». Notre époque, superbement « libérée » des normes et des conventions, est à des années-lumière de pouvoir comprendre des temps où, au moins dans une certaine classe sociale (supérieure), les dites normes et conventions apparaissaient encore comme intangibles.

 

Et s’il m’est permis de formuler un avis personnel, la façon dont Balzac dépeint l’intelligence féminine dans les relations du couple conjugal est d’une subtilité et d’une justesse incomparables.

 

Sans vouloir généraliser à outrance (vous savez, tous ceux qui disent : « La Femme …», mais aussi toutes celles qui disent : « Oh vous, les Hommes … »), et sans vouloir paraître misogyne à l’excès, Balzac indique aux malheureux qui ont, sous le coup de l’illusion que donne le désir (pris pour de l'amour) pour une jeune, gracieuse et jolie personne, décidé de sauter le pas et de comparaître en sa compagnie devant monsieur le Curé puis monsieur le Maire, les deux caractéristiques essentielles, les deux grandes spécificités de l’intelligence féminine sont : 1) la manipulation par torsion ou réversion du sens des mots, 2) une mauvaise foi à toute épreuve, essentiellement manifestée dans la dénégation des évidences. Ce n'est pas mal vu.

 

Certains titres de chapitres attirent et aiguisent l’attention : « La logique des femmes » commence ainsi : « Vous croyez avoir épousé une créature douée de raison, vous vous êtres lourdement trompé, mon ami ». C’est un épisode à enfant, ce surnuméraire familial dont la mère se sert comme d’une arme contre le père (toujours putatif, rappelons-le).

 

Celui-ci veut envoyer son fils au Collège dans le but qu’il reçoive une éducation et une instruction, mais aussi au motif qu’il mène au logis une sarabande dévastatrice : « La mère lui dit ʺPrends !ʺ à tout ce qui est à vous ; mais elle dit : ʺPrends garde !ʺ à tout ce qui est à elle ». Le père, qu’il soit bien entendu, se soucie de faire former son fils, la mère de le protéger du monde réel. Et quand la bonne déclare que le petit n’a jamais eu d’engelures, « Vous sortez suffoqué de colère ». On n’est pas plus retors. Que le mari le sache : la femme est passée maitresse dans l’art du retournement d’argument.

 

Quelques titres de chapitres : « Jésuitisme des femmes », où leur dextérité extrême de la casuistique déploie des ailes de grand rapace ; « Le taon conjugal » expose toutes les piqûres d’amour-propre que la femme plante dans l’épiderme de son mari en comparant ce qu’il fait pour elle à ce que fait monsieur Deschars pour son épouse ; « Nosographie de la villa » déroule tout le caprice d’une femme qui se met à aimer la campagne par vanité, et qui, sitôt satisfaite, regrette son appartement parisien. Bref, chapitre après chapitre, l’enfer du mari. On n’en finirait pas.

 

Il est juste de préciser qu’il ne s’agit que de la première partie du livre. La seconde est présentée comme celle où l’auteur rend justice à la femme, en lui faisant à son tour jouer le rôle de la victime, la précédente s’étant achevée sur le chapitre « Le solo de corbillard ». Essayons d’être objectif, et admettons pour le coup que, dans le livre, les tracasseries que le mari fait à sa femme n’ont aucune commune mesure avec celles qu'il en a subies. Balzac a bien du mal à revêtir la sensibilité féminine.

 

Cela n’empêche pas l’auteur de farcir son texte de considérations intéressantes, parfois passionnantes, qui ressemblent à des professions de foi. Parlant de petits hommes qui n’écrivent que des petites choses (voir la tirade de Figaro au dernier acte du Mariage de Figaro : "Il n'y a que les petits hommes qui redoutent les petits écrits") : « Ceci est l’histoire des médiocrités en tout genre, auxquelles il a manqué ce que les titulaires appellent le bonheur. Ce bonheur, c’est la volonté, le travail continu, le mépris de la renommée obtenue facilement, une immense instruction et la patience qui, selon Buffon, serait tout le génie, mais qui certes en est la moitié ».  

 

Je ne peux m’empêcher de lire dans cette déclaration comme un autoportrait d’Honoré de Balzac en personne. Une sorte de charte déontologique traçant le contour de la silhouette de l'homme qui a l'ambition de devenir un "grand écrivain". C'était en effet un travailleur acharné, impitoyable avec lui-même et avec son secrétaire, et qui voulait que celui-ci le réveillât à minuit pour se consacrer à ses travaux d'écriture. Parmi quelques autres, Jules Sandeau, premier mari de George Sand, à ce régime, se retrouva assez vite sur les rotules et hors d'état.

 

En tout cas, un autoportrait très juste. Et magnifique. Et en une phrase, s'il vous plaît !

 

Voilà ce que je dis, moi.  

 

vendredi, 10 janvier 2014

ALORS ? DIEUDONNé ?

 

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C'EST VRAI, ÇA, IL N'Y A PAS QUE KALACHNIKOV DANS LA VIE, IL Y A AUSSI LE FAMAS

(Explication à la fin)

« Saint Dieudonné ou Deusdedit (6ème siècle). – A Rome où il était cordonnier de son état, il avait eu le futur pape, saint Grégoire le Grand, comme voisin. C’est par lui que nous savons que, chaque samedi, Dieudonné allait porter aux pauvres et aux malades ce qu’il avait économisé durant la semaine à leur intention. » (Omer Englebert, La Fleur des saints, Albin Michel).

Voilà, c'est fait. Monsieur Manuel Valls a obtenu satisfaction : le spectacle de Dieudonné à Nantes a été interdit in extremis et précipitamment par une justice qui donne toutes les apparences d'être à la botte. « Victoire de la République », entend-on tomber de la bouche prétentieuse du ministre franc-maçon. J'ai plutôt l'impression que le ministre a eu la peau d'un homme érigé en ennemi personnel, peut-être pour des raisons de calcul personnel qui ne m'intéressent pas.

Alors l’antisémitisme supposé de Dieudonné, maintenant ? Oui, je sais, il a fait monter Faurisson sur scène, je ne sais qui (Jean-Marie Le Pen ?) est le parrain d’un de ses enfants, et autres fatrasies que j’ignore ou que j’ai oubliées. Il existe, semble-t-il, des « indices concordants », voire, comme on dit dans les enquêtes, un « faisceau de présomptions ». Peut-être. A cela j’ai envie de répondre : « So what ? ». Oui : et alors ? Je ne suis pas policier et, même si je porte des jugements, je ne suis pas juge, puisque je n'en ai pas l'habit.

Excusez-moi si je ne suis pas comme l’ahurissant chroniqueur du Monde Gérard Courtois, qui reprend le refrain : « L’antisémitisme n’est pas une opinion, c’est un délit ». Façon superbe et commode d'effacer d'entrée le contradicteur du paysage, exactement comme les Soviétiques éliminaient des photos officielles les dignitaires tombés en disgrâce. Jolie façon de réécrire l'histoire en la niant. 

Une telle phrase illustre exactement ce qu'est un déni de réalité, car si l’antisémitisme est un délit, il n’en reste pas moins, qu’on le veuille ou non, une opinion. Autant dire, à ce moment, que le « grand excès de vitesse », tout en étant un délit, n'est pas un comportement. Ou que le viol, qui est un crime, n'est pas un acte sexuel.

Une opinion, un comportement peuvent parfaitement être délictueux, sans cesser d'être pour autant une opinion et un comportement. Une telle dénégation est purement et simplement idiote. Aucun interdit n'a jamais anéanti  son objet de facto. La preuve ? L'envie de meurtre chez le serial killer cesse-t-elle à cause de l'interdit légal censé le dissuader ?

Et le violeur sait exactement le risque qu'il prend en agressant sa proie. La loi freine le passage à l'acte et dissuade ceux qui contrôlent à peu près leurs pulsions (et qui n'ont le plus souvent pas besoin de la menace légale pour ne rien commettre d'illégal), mais ne saurait abolir le délit. Elle n'est d'ailleurs pas faite pour ça. Et on le comprend : comment faire pour empêcher les gens de penser ce qu’ils pensent ? Surtout, de quel droit certains s'arrogeraient-ils le droit de le leur interdire ?

La loi devrait être faite pour punir exclusivement des actes. Toutes celles qui ont été faites pour satisfaire la « sensibilité » de telle communauté, de telle minorité, de tel groupe, pour quelque motif que ce soit, sont des lois infâmes. En particulier, celles qui punissent de simples paroles : les motifs pénaux inventés pour rassasier les appétits de vengeance des clientèles minoritaires des partis politiques avides de bulletins de vote, comme « incitation à la haine raciale », « négationnisme » et autres joyeusetés, sont à considérer comme des infamies.

Une telle liste, appelée à s'allonger perpétuellement (« homophobie, sexisme, islamophobie, machisme, ... », pourquoi cela s'arrêterait-il ?), est un nœud coulant passé au cou de la liberté. Le lynchage en est l'aboutissement logique, mais armé du sceau de la légitimité officielle. Ce sont autant de bombes à retardement où le législateur fou a mis la haine à mijoter, en espérant qu'elle n'explosera pas de son vivant. « Après moi le déluge » semble être le raisonnement de ce grand courageux. Nous verrons ce qu'il en est aux prochaines élections.

Appelons les choses par leur nom : l’antisémitisme, selon la loi française, est un « délit d’opinion », vous savez, ce scandale dénoncé en son temps par Voltaire en personne : « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai pour que vous puissiez le dire », phrase souvent citée, phrase ô combien fondatrice, mais de plus en plus mise à mal dans la pratique, dans le pays même où est née la belle idée de « tolérance ».

Imaginez un beau « débat démocratique », où l’on donnerait la parole à un seul orateur. Ah oui, ça aurait de la gueule.  Et écoutez-la, la clameur publique ! Unanime ou presque ! Je ne sais pas vous, mais moi, l’unanimité, ça me fout la trouille. Reniflez bien : l’unanimité laisse exhaler des relents d’Union Soviétique, de Politburo et de Commissaire du peuple, à l'époque bénie où les artistes étaient sommés, par Jdanov et sa clique, dans toutes leurs démarches créatrices, de se soumettre à la loi du Parti, qui ne respirait et ne chantait que l'air du « réalisme socialiste ». L'artiste qui refusait d'entrer dans le moule était forcément un ennemi du peuple.

Toutes proportions gardées, regardez, dans le Vie et destin de Vassili Grossman, le représentant du Parti qu’on a collé dans les basques des soldats qui se battent héroïquement à Stalingrad, et qui ne craint pas d’envoyer un de ces héros à la Loubianka se faire broyer par la machine KGB pour des motifs de non-conformité. On n’en est pas là, et Dieudonné n’est sûrement pas un héros. Mais la mentalité écœurante qui appelle à interdire ses spectacles n’est pas si éloignée que ça.

De même que la loi et les forces qui vont avec n’empêchent pas la drogue (voir hier) de se vendre et de s’acheter, de même la loi ne saurait empêcher un antisémite d’être antisémite. Le problème, me semble-t-il, est peut-être logé dans le fait qu’il y a des antisémites chez nous. Je regrette cette présence, mais je doute que quiconque soit en mesure (je me répète) d'interdire à qui que ce soit de penser ce qu’il pense.

Et d’abord, je demande que les bonnes âmes bien de chez nous et bien confites dans le sucre unanime du moralisme le plus conforme fassent un petit détour par les discours tenus au vu et au su de tous dans beaucoup de journaux du Proche-Orient, appelant aujourd’hui même à l’éradication de l’Etat d’Israël, voire à l'extermination des juifs. Nul ne peut nier cet antisémitisme.

Ensuite, le problème, si je regarde seulement ce qui se passe en France, je demande qu’on se demande s’il est bien normal et acceptable que certains (appelons-les « les associations ») veuillent contrôler ce qui se passe dans l’esprit des « gens », et s’érigent en gourdins mâtinés de guillotine pour assommer et décapiter toutes les têtes qui « pensent mal » au motif que « c’est pas bien » de penser ce qu’on pense. Si je ne suis pas d’accord avec Untel, de deux choses l’une : je discute ou je me barre. Je ne suis pas Commissaire du Peuple.

Ce qui me fait peur dans l’ambiance actuelle, du genre « les chiens sont lâchés », c’est ce que souligne Elias Canetti dans Masse et puissance : la meute, dernier stade avant la formation d’une « masse ». Dans les moments les plus forts de l’application du « plan Vigipirate », l’omniprésence d’uniformes de policiers et de militaires armés dans les lieux publics ne m’a jamais rassuré, bien au contraire. Rien de tel pour instaurer un vrai climat de peur.

Enfin, tant qu’ils gardent l’index posé bien droit sur le pontet de leur FAMAS, en prenant bien soin de ne pas effleurer la queue de détente. On ne sait jamais, un mauvais coup est si vite parti (le 5,56 NATO a une vitesse initiale de 1300 m/s, je ne sais pas si vous voyez ce que ça peut faire dans une gare bondée).

Voilà ce que je dis, moi. 

 

 

mardi, 31 décembre 2013

IRRECUPERABLE REISER

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FINALEMENT, AVEC LE RECUL, ÇA PEUT AVOIR UN CÔTÉ RIGOLO, DE REGARDER L'ANNEE 1981 DE CE POINT DE VUE

Hara Kiri, Cavanna et le Professeur Choron ont donc accueilli Reiser dans l’équipe. Il s’y est senti au chaud, comme dit Delfeil de Ton (l’alias de monsieur Henri Roussel, qui m'avait fait découvrir le disque génial des Last Poets, écoutez voir « Under the shadow of the gun ») dans sa préface à L’Année des handicapés (1981), il s’y est senti bien. DDT raconte comment a tristement fini l'équipe de la géniale revue « bête et méchante », dont la publicité disait : « Si vous ne l'achetez pas, volez-le ! », et qui montrait en photo des femmes nues, sur les seins opulents desquelles dégoulinaient, par exemple, des cascades de spaghetti bolognaise.

C'était le temps de l'optimisme, une époque où certains pouvaient se bercer de l'illusion de croire que, en s'y prenant de cette façon (rigolade et dérision), on pouvait contrer, et pourquoi pas annihiler, la puissance moralement et humainement anesthésiante de la publicité. Il faut bien reconnaître que cet espoir s'est écrasé contre le mur, mou comme un édredon, de cette virtualité qui a promu dans la réalité l'objet marchand, mais seulement après l'avoir revêtu de ce qui lui manquait, à savoir une « valeur affective ».

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Mais DDT (on est alors en 1999) raconte aussi que Choron, « catastrophique administrateur », a fait tout ce qu’il fallait pour couler régulièrement et avec ténacité les publications dont il était « directeur ».

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J’avais d’ailleurs lu quelque part que, s’il était « directeur », c’est qu’il avait déposé à son nom les marques des revues, à commencer par Hara Kiri, dans une sorte de confiscation légale.

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La bande que je mets ici aujourd’hui a été publiée dans le deuxième et dernier numéro du quotidien avorté aussitôt que né Charlie Matin, et accompagne la préface de DDT au volume cité au début. Un drôle d'aperçu sur une sorte d'ambiance de fin de règne, où tout part en eau de boudin en même temps. C'est pathétique.

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Reiser déplore la « gabegie » (c’est le terme de DDT) due aux aberrations professeurchoronesques. Mais il saisit aussi cette occasion pour régler quelques petits comptes avec ses amis de l’équipe Hara Kiri. Bien sûr, Choron est la cible principale, mais il égratigne aussi au passage, plus ou moins amicalement, le doyen Cavanna, Sylvie Caster, Cabu et Wolinski. DDT ajoute que tous l’ont en général bien pris. Pour accepter aussi facilement l'injure, ils devaient tous être bien bourrés, c'est ce que je me dis.

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Qui a dit : « Seigneur, protégez-moi de mes amis. Quant à mes ennemis, je m’en charge ! ». Montherlant le disait autrement : « Vivent mes ennemis ! Eux du moins ne peuvent pas me trahir ». C’est dans Le Maître de Santiago.

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Wolinski, un juif communiste et antisémite qui aime l'argent : on en apprend de belles. Mais la Lune aussi avait sa face cachée. Tout le monde, et peut-être heureusement, ne s'appelle pas Vladimir Illich Oulianov, alias Lénine, dont une des faces cachées a craché une masse de balles réelles sur les soviets des marins de Cronstadt (en 1921), qui avaient eu le malheur de prendre ses discours au pied de la lettre, et voulaient les appliquer dans la réalité. Mal leur en a pris.

 

Ainsi finit une belle aventure de la liberté d'expression.

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

samedi, 14 décembre 2013

FRANçOIS HOLLANDE ORATEUR

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Je ne prétends pas apprendre quoi que ce soit à qui que ce soit en soutenant que notre président François Hollande est peut-être très intelligent et bardé de diplômes (Sciences Po, ENA, HEC), mais qu'il souffre d’un véritable handicap : il ne sait pas parler en public. Il est sans doute intellectuellement brillant, mais oralement, il est minable. 

 

Je n’ai jamais déclaré, comme l’a comiquement écrit le journal espagnol El Pais, que la première élection d’Obama pouvait être comparée à « une nouvelle descente du Christ sur Terre », et on peut lui reprocher bien des choses, mais on ne saurait lui dénier un remarquable talent d’orateur. Il sait prononcer à l’occasion (Le Caire, Johannesburg) des discours pleins d’éloquence, pleins de phrases nobles, de périodes brillantes, de formules frappantes. Bon, on me dira que ce ne sont que des discours, et ce n’est pas faux.

 

Mais il se trouve que, jusqu’à une époque pas si lointaine, la politique en France était le fait d’hommes qui savaient écrire et qui savaient composer des discours mémorables, inspirés qu’ils étaient par les immenses exemples de leur passé historique et de l’antiquité gréco-romaine. Et qui savaient à merveille faire ronfler la rhétorique quand ils s'adressaient au peuple.

 

Aucun Grec, aucun Romain n’aurait imaginé ou admis qu’un homme manifestant des ambitions publiques ne fût pas, de ce fait même, un orateur. Ceux qui ont sué sang et eau sur des versions tirées des Orateurs attiques (ça vous dirait, un fragment d'Isocrate ou d'Andocide, là, vite fait sur le gaz ?) en savent quelque chose. L'ambitieux Démosthène s'était lui-même, dit-on, guéri d'un défaut de prononciation en se soumettant à des exercices très contraignants.  

 

Les orateurs de la Révolution étaient pétris de grec, de latin, de Lettres classiques, et Jean Jaurès, paraît-il, a soutenu sa thèse de doctorat en latin. Ces gens-là savaient ce que parler veut dire. Peut-être parce qu’ils savaient écrire : ils avaient appris. Mais ils avaient aussi quelque chose : une vision de l’avenir, une volonté (réelle ou feinte, évidemment) d’édifier pour le corps social tout entier un palais plus ou moins rutilant. On dirait aujourd’hui qu’ils avaient un « projet ».

 

Alors aujourd’hui, demanderez-vous ? Quoi, aujourd’hui ? Que voulez-vous que je dise ? De qui peut-on parler ? Où voyez-vous un projet ? Où voyez-vous un homme d’Etat ? Et même, où voyez-vous un homme politique ? Moi je vois des petits chefs de bande, préoccupés de garder la main sur le troupeau de leur clientèle pour s’en faire réélire la prochaine fois. Je vois des petits chefs de bureau soucieux d’administrer sans trop de heurts le petit espace de leur pré carré, tout en empêchant les bestiaux qui rôdent alentour de venir brouter leur herbe (Barre-toi de mon herbe, dit excellemment un titre de l’excellent F'murr). 

 

Je vois des chefs de service passés au laminoir d’églises à formater les esprits (Sciences-Po, ENA, HEC), qui s’empressent de réciter leurs prières quand ils sont « aux affaires », en espérant qu’elles seront efficaces, même s’ils savent que leurs vœux pieux seront jetés aux orties comme autant de vieilles soutanes quand ils viendront se heurter au mur impassible de la réalité.

 

D’orateur, je n’en vois point. Ce n’est pas avec Jean-François Copé ou François Fillon qu’on pourrait me contredire. Quant à Jean-Luc Mélenchon, si je suis prêt à admettre qu’il lui arrive d’avoir le sens de la formule qui porte ou qui fait mal (« capitaine de pédalo »), je crois qu’on ne peut pas fonder une véritable éloquence sur la manie du coup de gueule. Et ne parlons pas de la désolante platitude dans laquelle s’exprime le premier sinistre, Jean-Marc Ayrault.

 

Quant à Nicolas Sarkozy, ce présumé avocat, cet ancien président qui rêve de redevenir calife à la place du calife, dans toutes les subtilités inventées par les orateurs au cours de l'histoire, sa mémoire n'a retenu que le ton péremptoire pour toute ressource. De Gaulle au moins se donnait la peine d'écrire lui-même ses discours, et par-dessus le marché, il les apprenait par cœur. Sarkozy, sauf erreur, n'a jamais fait que lire la prose comique sortie de la plume de son valet Henri Guaino.

 

Mais après tout, tous ces gens cités savent à l’occasion s’exprimer quand ils sont devant des journalistes ou sur un plateau de télévision. Passons sur le fait que beaucoup se font écrire leurs discours par des nègres quand il s’agit de monter sur une tribune, Président compris. Passés par l’exigeant « Grand O » du concours de sortie, ils sont tout de même rompus aux nécessités de la parole. Certains sont même passés maîtres dans l’art de chantourner la langue de bois.

 

Dans ce troupeau – mortellement ennuyeux, il faut bien le dire –, une exception fait tache. Un mouton noir dépare la collection de conformistes. J’ai nommé François Hollande. Personne ne peut avoir évité de l’entendre s’exprimer sur les ondes, en des circonstances diverses. C’est le pire des orateurs que la France pouvait souhaiter. C’est bien simple, supposez-le ouvrant la bouche sur l’agora d’Athènes ou devant les sénateurs romains, jamais vous n’aurez vu un discoureur recevoir aussi vite autant de tomates et d’œufs pourris. Un record.

 

Sa façon de parler ? Imaginez une belle assiette de spaghetti bien longs sur la table d’une trattoria sympathique non loin de la Piazza Navona. Viendrait-il à l’idée de qui que ce soit, dédaignant la cuillère et s’armant du couteau et de la fourchette, de prendre le risque de les couper en petits bouts sous le regard stupéfait et bientôt hostile de la compagnie ?

 

Eh bien c’est exactement ce détestable cas de figure hypothétique qu’illustre la façon dont notre président s’exprime. Quand il parle en public (pour le privé, je me garderai de dévoiler quoi que ce soit, je suis la discrétion même), ce sont des spaghetti ainsi soigneusement tronçonnés en minuscules copeaux qui sortent de sa bouche. Des segments de quelques syllabes se succèdent, comme de courtes rafales de mitraillette. On peut avantageusement remplacer tout ça par des séries discontinues de « taratata-taratata-taratata ».

 

En tant que Français, je trouve rageant et humiliant d’être représenté sur la scène internationale par un homme qui parle comme on vend une boîte de petits pois à la vieille madame Michu, qui est gardienne d'immeuble au coin de la rue. Un homme qui a l’éloquence boutiquière. Le moindre camelot qui vend son détergent miracle sur le marché est davantage orateur que François Hollande.

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

mercredi, 26 juin 2013

NE VOTEZ PLUS !

 

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LE CÉLÈBRE ET MAGNIFIQUE NOTAIRE D'AUGUST SANDER

 

***

Je ne suis pas mécontent de Villeneuve-sur-Lot, où s’est produit un amusant 21 avril au niveau local. Que le Parti Socialiste se soit fait tailler le croupion, les croupières et les joyeuses n’est pas pour me déplaire. Que le monsieur UMP de par là-bas ait été élu ternit un peu ma joie, il est vrai.

 

Vous vous dites donc que j’aurais applaudi si monsieur Bousquet-Cassagne l’avait emporté. Je réponds : que nenni ! Quoi, monsieur Bousquet-Cassagne est membre du Front National ? Bien sûr que je sais. Mais j’apprends aussi par les gazettes qu’il termine un BTS. Plus exactement un BTS « Négociations Relations Clients », alias NRC. Anciennement « Force de Vente ». Que nous appelions entre nous « les Forces du Vent ». Pour dire l’estime extraordinaire dans laquelle je tiens cette spécialité professionnelle en général.

 

Ainsi que monsieur Bousquet-Cassagne en particulier, et à travers lui, une formation politique qui donne des boutons, des nausées et la chiasse (ne mégotons pas) aux brebis socialistes, à monsieur François Bayrou, à une partie (variable) du parti fondé par Jacques Chirac et à madame Caroline Fourest, la pasionaria (ça veut dire flic-en-chef) des sans-papiers, des féministes, des homosexuels et de la laïcité à elle toute seule, qui veille au créneau, prête à lancer son cri de guerre à la vue du premier macho homophobe venu. Si, en plus, il est islamophobe, ce sera pain béni. Et il n'est pas sûr que Caroline Fourest n'aurait pas un orgasme en direct, si par hasard l'individu était par-dessus le marché anti-féministe.

 

Je n’ai présentement nulle envie d’appliquer diverses pommades sur des urticaires, et encore moins de faire disparaître du sol, à coups de serpillière, les traces des repas régurgités ou très mal digérés par ces gens-là. Ils sont trop nombreux.

 

Qu’on se le dise, le Front National ressemble comme un jumeau au BTS « Forces du Vent », rebaptisé NRC pour mieux en dissimuler la vacuité essentielle. Si je pensais que le Front National possède les clés de la guérison de toutes les maladies dont souffre la France, primo, je voterais sans doute pour ses représentants. Mais, secundo, cela se saurait ailleurs que dans les quelques chaumières où quelques ambitieux font bouillir la soupe d’un discours qui ne fait rien d’autre que de pêcher au filet les sujets de crainte et de mécontentement des Français.

 

Ce que je crains, ce n’est pas Marine Le Pen, qui ne fait somme toute que recycler le menton de son père après l’avoir rhabillé de ses rondeurs féminines (je sais, ça se discute). Ce que je crains, ce sont quelques individus, voire quelques groupes, auxquels je n’aimerais pas du tout – mais alors pas du tout ! – que fût conférée la moindre parcelle du moindre pouvoir. Vous imaginez de confier les manettes à l’adjudant Kronenbourg, une fois débarrassé du commandant de bord ?

 

Nous n’en sommes pas là. Restent les électeurs, dont les bulletins se reportent sur les candidats FN. Ils existent bien, ceux-là, ma parole ! Tous fachos, alors ? Qui aurait vraiment l’intention de nous faire avaler pareille calembredaine, même si la France s'est droitisée ? Que le discours porte, sans doute. Mais qui ne voit l’imposture que constituerait un Front National au pouvoir ?

 

Ce qui me reste incompréhensible, c’est la crédulité insondable des bulletins de vote imprimés au nom de monsieur Bousquet-Cassagne à Villeneuve-sur-Lot, qui se sont retrouvés au fond des urnes. C'est, en général, la crédulité des bulletins de vote. Quoi ? Qui serait assez niais pour confier son espoir d'un sort meilleur à quelqu'un qu'il ne connaît « ni des lèvres ni des dents », comme on disait dans les autrefois à Lyon ?

 

Cela dit, j’ai trop daubé sur le compte de François Hollande, Nicolas Sarkozy et de leurs troupes de choc, pour prendre leur défense aujourd’hui. Et ce n’est d’ailleurs pas dans mes intentions. Mon propos est le suivant : puisque le bocal qui sert de vivier d’élevage (hors-sol) à tout notre personnel politique est incapable de produire des poissons incapables de s’alimenter autrement qu’en imposant leurs appétits parasites (réserve parlementaire de 130.000 euros x par 577, cumul indéfini des mandats, retraite des députés, etc. …) au corps social, il ne reste qu’une seule solution : casser le bocal.

 

Pour en arriver là, je vois, là encore, une seule solution : ne plus voter du tout. Puisque le carburant qui alimente notre véhicule malade conduit par des incompétents, c’est le bulletin de vote, provoquons la panne sèche. Le véhicule s’arrêtera forcément, et les poissons qui nous gouvernent crèveront asphyxiés. Ôtons-leur le peu de légitimité qui leur reste. Que les enfants gâtés, une fois dans leur vie, se retrouvent tous à poil ! Qu'un délégué du peuple ne soit plus un aristocrate bardé de privilèges !

 

Quoi, pousse-au-crime ? Je sais bien que je propose le pire. Mais est-on bien sûr que ce serait le pire ? De toute façon, je n'imagine à aucun moment que les électeurs français pourraient avoir l'idée de suivre mon conseil.

 

Citoyens, si vous voulez accélérer la mise à la réforme et l’envoi à l’équarrissage de toutes les vaches et autres vieilles carnes qui nous broutent la laine sur le dos, osez le sevrage brutal : ne votez plus !

 

 

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

 

vendredi, 21 juin 2013

BERNARD TAPIE LE CROCROCRO !

 

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BAUERNMÄDCHEN (JEUNES PAYSANNES), PAR AUGUST SANDER

 

***

Tout le monde connaît par cœur cette chanson enfantine, ou tout au moins le refrain :

 

« Ah les crocrocro, les crocrocro, les crocodiles,

Sur les bords du Nil ils sont partis, n’en parlons plus ! » (bis).

 

Je propose de réécrire les paroles pour les faire coller à l’actualité récente. Cela pourrait donner quelque chose comme :

 

« Ah les socialo, les socialo, les socialistes,

Dans la pourriture ils sont tombés, n’en parlons plus ! » (bis).

 

Mais comme, dans la boutique en face, il n’y en a pas un pour racheter l’autre non plus, je propose la version suivante :

 

« Ah les sarkoko, les sarkoko, les sarkozystes,

Dans la corruption ils sont tombés, n’en parlons plus ! » (bis).

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MANCHETTE DU CANARD ENCHAÎNÉ DU 19 JUIN

C’est vrai ça, ils se tiennent par la barbichette. Ecoutez le monologue intérieur de François Hollande, j’y étais, j’aime vivre dangereusement : « Ah tu m’as fait virer Cahuzac ! Eh bien ça ne va pas se passer comme ça ! Tu vas voir comment je vais te l’essorer, ton Tapie ! C’est bien le diable si, entre la Bettencourt et le Tapie, je peux pas le flinguer une bonne fois, le Sarkozy ! Au moins, ça déblaiera le terrain pour 2017 ! Le Fillon ou le Copé, j’en croque un à tous les petits déjeuners, alors ! Et si quelques seconds couteaux prennent des balles perdues, elles ne seront pas perdues pour tout le monde ». Tel que, texto, juré, craché ! J’y étais, dans la matière G. à François H. Et je peux en témoigner : elle est vraiment très grise. Dire que ça a fait HEC et l'ENA ! Plus Sciences-Po pour faire bon poids. C'est bien la peine.

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LE CANARD ENCHAÎNÉ DU 19 JUIN 2013, 6 ANS APRES LE 7 MAI 2007

(ça reste un peu déchiffrable; ça commence par :"Le petit est élu. Je suis sauvé dans Adidas, maintenant le pognon va couler", paroles de BT prononcées le 7 mai 2007 - tiens tiens !?)

Je ne vais pas me donner la peine de commenter Tapie, pour la raison qu’il fait partie de cette catégorie dont je raffole : les preneurs de balles perdues. On dit bien qu’il y a des coups de pied au fondement du derche du croupion de l'arrière-train qui se perdent ! Le cul des salopards finis est un cul comme les autres. Il défèque sa merde tous les jours, comme tout le monde. Mais la merde, cette fois et pour le coup, est vraiment trop grosse. Et elle pue.

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UNE ASSEZ BONNE SYNTHÈSE DE LA QUESTION, PAR CABU

Qu’est-ce qu’ils attendent, les petits Marseillais shootés à la kalachnikov, plutôt que de gaspiller des balles ou du bon combustible fossile plein de CO² pour des lampistes de banlieue, tout ça parce qu’ils se sont trompés dans leurs additions et leurs soustractions au moment du partage du butin ? Ils ne pourraient pas apprendre à « rectifier le tir » (le verbe étant à comprendre comme dans : « Le vieux Nanar, il s'est fait rectifier ») ? Pour une fois, le vulgum pecus (alias la « foule des anonymes ») aurait l’impression qu’il y a parfois un semblant de justice ou de providence en ce bas monde. Pour un peu, sait-on jamais, le vulgum pecus se remettrait à croire en Dieu. Mais ce n'est pas gagné d'avance.

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De l’affaire Tapie-Sarkozy, je retiendrai surtout l’énormité de la ficelle qui a abouti à l’énormité de cette filouterie, mais j’y ajouterai l’énormité des calembredaines balancées à la télé par Tapie en personne, sur l’air de : « s’il y a du louche, j’annule tout » (ce qu’il serait bien en peine de faire, même s’il était sincère), alors que j’aurais bien aimé l’entendre dire : « s’il y a du louche, je rends l’argent », mais pas fou, le Nanar.

 

Il ne rendra pas l’argent, ou alors il faudra lui mettre la corde au cou ou le pistolet sur la tempe, avec quelque chose d'ogival et blindé entre les deux yeux (je trouve que le 11,43 conviendrait assez bien : c'est le calibre préféré du "milieu"). Oui je sais, avoir la tempe entre les deux yeux, c'est plutôt rare. Mais Tapie a montré de quelles prouesses il était capable : j'essaie de hisser mon imagination à la hauteur de l'enflure.

 

C’est bien connu, les plus grosses fadaises passent comme des lettres à la poste quand elles sont prononcées avec le monstre de culot dont est capable l’ancien tricheur (OM-VA), l’ancien condamné, l’ancien détenu. Posséder à ce point l’art de la démesure dans le mensonge a quelque chose de stupéfiant. Autre point proprement stupéfiant : comment se fait-il que tant de gens encore aujourd'hui lui veulent du bien, à Tapie ? Qui comprend ça me l'explique, merci d'avance.

 

Je me dis aussi que si le « journaliste » qui interroge BT avait un peu potassé son dossier, Tapie serait depuis longtemps dans les oubliettes. Mais quels journalistes ont aujourd’hui les bras, les couilles et le culot d’affronter des chefs de gangs adoubés au sommet de l’Etat ? Ils tremblent pour leurs abattis ou quoi ? Ah oui, c'est vrai, il faut encore croûter demain... Soit.

 

Car mine de rien, ça jette une lumière intéressante sur la profondeur pornographique du machiavélisme latrinier d’un François Mitterrand, sans lequel ce grossier menteur de Nanar (initiales BT ; au passage BT est le nom d’un célèbre et délétère maïs OGM, parce que les plantes aussi sont capables de mentir, y a pas de raison) serait encore en train de vendre des cacahuètes, des lacets et des salades sur les marchés.

 

Après tout, Mitterrand a réussi à mettre sur orbite deux sacrées  perdrix dans le ciel politique français : en plus de Bernard Tapie, il ne faut pas oublier en effet un certain Jean-Marie Le Pen. Dommage que la chasse de ces gibiers soit interdite. Nous serions nombreux sans doute à avoir envie de tenir le fusil du père de Marcel dans La Gloire de mon père. Cela ne vous dirait pas, vous, un beau doublé de ces bartavelles-là ? On pourrait même les manger, après avoir retiré les dents en or. Cela renouvellerait de façon intéressante l'idée du banquet républicain. Comme dans Astérix et les Normands, on trinquerait avec les crânes. Voilà une idée qu'elle est bonne !

 

Finalement, « Sur les bords du Nil ils sont partis », c'est une vieille rengaine. Et « n'en parlons plus », un rêve qui n'est pas près de se réaliser. Nous sommes pris entre un passé trop lointain et un avenir trop improbable : les temps sont durs.

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

 

mardi, 11 juin 2013

QUI EST NORMAL ?

 

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DES AVEUGLES EN TRAIN DE LIRE, PAR AUGUSTE SANDER

(l'oeuvre de ce photographe vaut qu'on s'y attarde quelque temps)

***

Nous avons vu hier que tout ce qui est normal se situe sur une ligne droite, figurant le déroulement rectiligne du temps, le temps normal, où chaque minute est égale à toutes les autres, précédentes ou suivantes, et que tout segment de droite coupant cette ligne, perpendiculairement ou non, est appelé, selon les cas, « incident », « accident » ou « catastrophe ». C'est ce segment de droite, cette sécante qui personnifie, non, j'exagère, disons qui figure l'anormal.

 

Dans une vie parfaitement et perpétuellement normale, rien n'arriverait. L'ordinaire n'est pas un événement. L'ordinaire exclut l'événement. L'ordinaire, c'est : « Le petit chat est mort ». Ou alors le : « Rien », noté par Louis XVI dans son journal un certain 14 juillet 1789. Lui a-t-on assez reproché !

 

Alors c’est vrai que, jusqu’à présent, j’ai soigneusement évité d’aborder de front les questions qui fâchent. Quand on pose la question : « Qui est normal ? », ou sa frangine bessonne (si si, ça existe, même que ça veut dire "monozygote") : « Qui est anormal ? », tant qu’il s’agit de critères physiques, la réponse est tellement évidente qu’il n’y a pas trop de débats ou d’engueulades. Tout le monde est à peu près d’accord.

 

Je dis « à peu près », parce que ça va déjà commencer à réagir, si je dis que je range parmi les anormaux tous les gens qui se déplacent en fauteuil roulant. Il faudra donc que je précise, si je prends le risque de passer pour un salaud, que l’un des critères de base pour définir une personne normale, est la bipédie qui lui sert de mode de déplacement : deux jambes terminées par deux pieds en état de marche. On sera peut-être d’accord là-dessus, non ?

 

Même chose pour les membres supérieurs. Il m’est arrivé de manger, au 16, quai Tilsitt (1er étage, angle de la rue Sala, en face de l’église Saint-Georges et de la passerelle du même nom), à la table du docteur JD, dont l’épouse fut – avec une autre tante M. – la plus délicieuse vieille dame que j’aie jamais connue. Un bras du docteur JD (droit ou gauche, je ne sais plus) s’arrêtait au-dessus du coude. Pour manger sa viande, il n’avait besoin de personne, mais d’un couteau bien affûté. Un vrai rasoir, mais quand même une belle dextérité.

 

Le docteur JD était-il normal ? J’ai envie de répondre « oui », mais assorti d’un « presque ». Juste parce qu’il était obligé de faire pas tout à fait comme tout le monde. Disons si vous voulez qu’il y avait quelque chose de pas normal chez lui. Un bras en moins, qu’on le veuille ou non, ça suffit pour faire une sacrée différence.

 

Et si certains handicapés sont d’admirables virtuoses du fauteuil roulant, cela n’en fait toujours pas des gens normaux. Sinon il n’y aurait pas lieu, par exemple, d’organiser des Jeux Olympiques spéciaux. Tout simplement parce qu’il faut qu’ils trouvent des solutions, qu’ils luttent, qu’ils compensent, qu’ils surmontent. 

 

Le moindre geste, le moindre mouvement que les gens normaux accomplissent au quotidien sans même y penser, les met face à autant d'épreuves. Qu'on ne me dise pas, dans ces conditions, que les infirmes et autres handicapés sont « comme tout le monde », ou alors en l'assortissant d'un « presque ». Qu'on me comprenne : je ne parle pas d'eux en termes de valeur d'être humain, mais bien de tares (encore un mot qu'on va me reprocher, je sens) physiques. Et de différences concrètes.

 

Les gens normaux n'ont pas à penser à leur corps. Les gens normaux n'ont presque pas de corps. Dans la maladie et le handicap, le corps prend le pouvoir. Et quand c'est le corps qui commande, quand tu es sans arrêt obligé de tenir compte de ses limites, et donc de limiter tes ambitions, la vie devient difficile. Parfois impossible, comme c'est arrivé pas très loin de chez moi récemment. Dans la vie normale, le corps sait se faire oublier, et se contente du rôle ordinaire de simple objet de perception et d'action. De séduction. La vie, quoi.

 

Je signale en passant aux amateurs d’étymologie la curieuse origine du mot « handicap » : il s’agissait d’un jeu anglais consistant à se disputer des objets personnels déposés dans un chapeau, à un prix proposé par un arbitre. Traduit en français, ça donne : « Main dans le chapeau ». En anglais : « Hand in cap ». Et c’est pour égaliser les chances des parieurs que les meilleurs chevaux auraient été lestés de poids variables, « handicaper » devenant synonyme de « amoindrir les chances des meilleurs, pour donner leurs chances aux moins bons, pour donner du palpitant aux paris et faire battre le palpitant des parieurs ». Les sources semblent sérieuses.

 

L’amusant de l’histoire est un éclairage original : l’ « égalité » (à la française) n’est pas exactement l’ « égalité des chances » (à l’anglaise). Chez les uns, l’affaire est politique, donc grave ; chez les autres, c’est de l’ordre du jeu et du plaisir aristocratique. Ah, parlez-moi de l’ « égalité des chances », dans l’Ecole française ! Vincent Peillon, Grand Sorcier, verse-nous ton Mana quotidien d’ « égalité des chances » !

 

Bref, une personne handicapée physique n’est « pas exactement comme tout le monde », c’est-à-dire qu’elle n’est pas normale. Et cela se mesure à son degré de dépendance des autres. Plus elle a besoin des autres, moins elle est normale. Est-ce qu’une telle phrase est obscène ? Alors qu’on me dise ce que c’est, un malade.

 

Une personne handicapée physique est anormale, juste parce qu’elle a une maladie définitive. Juste parce qu’elle n’est pas dans la norme, c’est-à-dire qu’elle se situe hors de l’immense majorité statistique, quelle que soit son habileté dans le maniement du fauteuil roulant.

 

Plus elle dépend des autres, plus elle est anormale, puisque nous raisonnons sur la base de l’autonomie personnelle des individus. Depuis la Révolution de 1789, et plus exactement le 26 août : « Article I : Tous les hommes naissent et demeurent libres et égaux ». C'est une Déclaration qui a fait du bruit, paraît-il.

 

Un socle en basalte, en porphyre, en granit, en ce que vous voulez, mais de toute façon sculpté dans une roche inusable, indestructible. Plus tu es libre, moins tu dépends. Plus tu dépends, moins tu es libre ; moins tu es libre, moins tu es normal. Pas de liberté sans un corps qui sait se faire oublier.

 

Message en passant à tous les adeptes du SM, ces malades de dominer ou de soumettre, qui le prendront comme ils voudront, et qui pourront toujours me répliquer qu’une déviance est une preuve de créativité par rapport à la norme, donc une preuve de liberté. Ouais. Pourquoi pas ? Bien sûr. Certainement. Si vous y tenez.

 

On ne m'enlèvera pas de l'idée qu'il est anormal d'être incapable d'avoir un orgasme sans infliger ou se faire infliger des souffrances physiques ou morales, à coups de fouet ou d'humiliation. Disons le mot : c'est une déviance. Osons le mot "perversion". J'espère que les gens qui s'adonnent à ces « plaisirs » le font comme s'ils étaient dans un jeu de rôles. Mais cela n'est pas certain. Ce n'est d'ailleurs pas exclusif. 

 

Loin de moi l'idée de faire je ne sais quelle police des moeurs, mais je n'aime pas qu'on veuille me faire prendre ma vessie pour une lanterne. « Et alors ? - Et alors il se brûle » (Pierre Dac et Francis Blanche, Le Sâr Rabindranath Duval).

 

Consentants, certes, légalement majeurs, certes, mais pour accéder à la qualité de "humainement majeur", l'âge administratif ne suffit pas. Et puis "majorité humaine", ça ne figure ni sur la carte d'identité, ni dans le casier judiciaire. Nulle part. Est-ce un tort ? Et qui aurait l'autorité et la hauteur de vue pour en décider ? L'égalité, qu'elle soit un but, une condition préalable ou un processus administratif, exclut de son champ la condition humaine, puisque, formulée ainsi, c'est-à-dire philosophiquement, elle est strictement la même pour tous. Mais je me dis que la notion de "majorité humaine" n'est pas complètement vide de sens.

 

Accessoirement, je note que, de nombreuses années après que l'homosexualité a été supprimée de la liste des affections mentales, l'APA (American Psychiatric Association) vient de pondre un dictionnaire des désordres mentaux (DSM 5). Je crois bien avoir lu qu'ils en ont trouvé 500. Coluche aurait dit : « Jusqu'où s'arrêteront-ils ? ». Je pose la question : les psychiatres de l'APA sont-ils normaux ? Beaucoup de psychiatres français semblent penser que non.

 

Il y a des jours où je me félicite d'être né sur le « Vieux Continent ». Jusqu'au jour, si je ne meurs pas avant, où je serai devenu le « Vieil Incontinent ».

 

Quoi, ça ne vous fait pas rire ? Moi si. Positivement, vous ne me voyez pas, mais là, je me marre.

Voilà ce que je dis, moi.