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lundi, 26 décembre 2016

RUE LOUIS THEVENET

RUE THEVENET 2.JPG

Photographie Frédéric Chambe.

Ci-dessous le même immeuble, en plus complet, vu du ciel (et de jour).

photographie,lyon,croix-rousse

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Narguons les algorithmes : devenons imprévisibles.

A bien y réfléchir, les algorithmes qui nous ciblent dans nos requêtes sur les réseaux et nous resservent dans la foulée des publicités pour des marchandises ayant trait, paraît-il, aux traces que nous avons laissées de ce qui apparaît comme autant de "préférences" ou d' "orientations", ces algorithmes qui nous ligotent, paraît-il, plus étroitement que des ficelles matérielles, ces algorithmes, décidément, sont des crétins de premier ordre. La meilleure preuve est qu'ils me proposent d'acheter des produits, soit qui ne m'intéressent pas, soit que j'ai déjà eus entre les mains et qui m'intéressent donc probablement moins. Ils se contentent de bondir comme des fauves sur le plus petit pseudopode que j'émets au cours de mon activité sur la toile, parce qu'ils imaginent que chacune de ces excroissances recèle le secret définitif d'un désir. Comme si je me réduisais à cette notion infime de ce qu'est une "activité". 

Les algorithmes semblent ne faire aucune différence entre ce qui a, dans un passé récent ou non, attiré mon attention, et ce qui a des chances, dans un avenir proche ou lointain, de solliciter mon intérêt. Entre la fumée des curiosités passagères qui me traversent et la pierre du socle qui sert de base à ce qui m'a construit. Ce n'est pas parce que j'ai effectué une recherche sur le Mig 29 (Fulcrum, si je ne me trompe) russe ou le F35 américain que j'ai l'intention d'en acheter un seul exemplaire. Tout au moins Dieu m'en garde, surtout si j'en ai un de ces jours prochains les moyens de le faire.

Les algorithmes semblent postuler par hypothèse que la vie de mon esprit repose sur un continuum d'affects et de préoccupations absolument immuable dans le temps. Les algorithmes semblent être dans l'incapacité de prévoir le moindre des sujets vers lesquels, demain, je me tournerai peut-être. Le seul effet qu'ils semblent chercher à produire est celui-ci : éterniser l'instant présent. Figer vos désirs dans la gangue du moment où ils les ont repérés. En espérant que vous y resterez pris.

En l'état actuel des choses, du moins telles que je suis en mesure de les observer au travers de leurs propositions (publicitaires, cela va sans dire), ils sont par ailleurs totalement infoutus de deviner quoi que ce soit de mes "attentes" (ou soi-disant telles), attendu qu'ils sont faits exclusivement pour me considérer comme un consommateur de produits. Les algorithmes sont infirmes, en ce qui concerne toute autre dimension de l'homme que la bouche, organe par excellence de la consommation (et la vessie natatoire qui contient les picaillons).

L'homme est plus vaste et plus profond que l'ensemble de ses moments d'existence. L'homme est plus vaste que la liste exhaustive des ingrédients qui le composent, si cette liste pouvait par miracle être établie. L'homme échappe par nature à toutes ses définitions.

Cette impuissance de l'ordre numérique à dresser de moi un portrait un tout petit peu plus complexe que cette caricature d'individu lobotomisé, qui voudrait me réduire à ce pauvre être doté de juste assez de réflexes conditionnés pour être mû soit par l'envie exclusive de désirer demain ce que j'ai désiré hier, soit par celle de consommer des marchandises, est finalement assez réjouissante. Oui, cette impuissance de la machine algorithmique à porter son attention sur la réalité qui me constitue dans les profondeurs m'apporte un réconfort non négligeable. On me dit : "On y travaille". On me dit : "Ça viendra". Je dis : "Peut-être". Et ce "peut-être" me donne envie de sourire.

Note : je sais bien que, dans tout ce que nous faisons ou disons, il y a des invariants, et qu'on ne peut pas passer son temps à s'efforcer de ne pas refaire, de ne pas répéter, de ne pas "repasser par là". Il n'empêche que.

vendredi, 03 juillet 2015

LA SERVITUDE HEUREUSE

BEAUVOIS ET JOULE.jpg1/2 

Je parlais récemment d’un « mauvais bon livre » (Comment tout peut s’effondrer, de Pablo Servigne et Raphaël Stevens, Seuil, 2015, voir billets 22-24 juin) où était cité, parmi les innombrables sources des auteurs, l’ouvrage de Jean-Léon Beauvois et Robert-Vincent Joule, Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens (Presses universitaires de Grenoble, 1987, ci-contre, je me demande si le dessin n'est pas de François Schuiten). 

L’ayant lu à sa sortie (eh oui), j’y avais trouvé une mine d’informations passionnantes sur les procédés mis au point par des psychologues sociaux pour amener les gens à modifier leurs façons de faire et de penser sans qu’ils s’en rendent seulement compte. Dire ça, c’est définir la manipulation mentale. 

C'est la psychologie sociale qui a mis au point les remarquables outils dont se servent tous les gourous de la propagande et de la manipulation des foules : connaître les mécanismes psychiques et les motivations profondes des humains a permis d'en faire des marionnettes entre des mains habiles.

Je déplorais seulement le sentiment de culpabilité (la précaution oratoire « à l’usage des honnêtes gens ») qui les empêchait d’aller jusqu’au bout absolument cynique du raisonnement, que tous les marchands de marchandises et d’idées n’ont quant à eux pas hésité à pousser jusqu’à son extrémité, et au-delà. 

La thèse du bouquin repose sur la « théorie de l’engagement », trouvaille typiquement américaine (vous savez, le "pragmatisme" cognitivo-comportemental), héritage indirect de la contribution d’Edward Bernays aux efforts de propagande du gouvernement américain, puis de nombre de grandes entreprises. Ce théoricien du « gouvernement invisible » avait été pour quelque chose dans l’acceptation par la population de l’entrée en guerre des Etats-Unis contre l’Allemagne en 1917. 

Ce que j’ai retenu de la théorie de l’engagement, c’est avant tout qu’elle prend frontalement le contrepied de toute la tradition intellectuelle de la civilisation occidentale, qui place la Raison aux avant-postes des relations entre les hommes et de l’organisation des sociétés. 

Dans cette tradition, le raisonnement et l’argumentation occupent la place centrale : dans l’arène (sur le forum), qu’elle soit politique, judiciaire ou pédagogique, chacun s’adresse aux facultés les plus nobles et les plus maîtrisées de l’interlocuteur, et s’efforce de l’amener à changer d’avis en produisant les preuves irréfutables qui font qu’il a incontestablement raison. 

Cette tradition fait de la parole le moteur de l’action : elle parie sur le caractère raisonnable, et même rationnel de l’être humain et de ses agissements. Elle fait une confiance totale à l’espèce humaine. C’est à cet égard une marque d’espoir immense dans la possibilité pour elle de sans cesse améliorer son sort.  C’est dans ce cadre qu’on exige de tout pouvoir qu’il justifie ses décisions. Tout ce qui a l’apparence de l’arbitraire est en soi contestable. Tant que le décideur n’a pas donné ses raisons, il est suspect. 

C’est ça, le socle sur lequel est bâti l’Etat de droit, qui codifie et rend possible la vie en commun. C’est ce socle que la théorie de l’engagement bouleverse de fond en comble. Dans cette optique, en effet, c'est l'action qui devient le moteur de la pensée : ce que je pense découle et résulte de la façon dont j'ai agi. Du coup, si quelqu'un est assez habile pour obtenir de moi que j'agisse dans le sens qu'il souhaite, ma pensée ressemblera à ce qu'il attend : il me gouvernera.  

Selon moi, cette théorie a été rendue envisageable avec l’émergence des « sociétés de masse » au 20ème siècle, quand le nombre des populations est devenu si grand qu’il a fallu inventer de nouvelles méthodes pour diriger des ensembles humains de plus en plus vastes et complexes. 

Enfin, quand je dis « diriger », c’est plutôt « gérer » qu’il faudrait dire. En société de masse, il a fallu renommer les choses : la population est devenue un « stock », la notion d’individu est devenue obsolète, et la liberté est devenue virtuelle. Même si ça choque et que ça paraît excessif, imaginez les masses de manœuvre que devait conduire Napoléon à Austerlitz : est-ce qu'il se demandait où en était la sinusite du grognard Marcel ou la rougeole du petit du sergent Bidochon ? 

On peut aussi imaginer n'importe quel cinéaste tournant un film à grand spectacle, avec les foules de figurants qui doivent se déplacer selon des trajectoires précises. Il faut "faire foule". Les seuls individus qui ont un visage dans le film sont soigneusement sélectionnés suivant l’importance de leur place dans le scénario. Tous les autres, ceux dont on n'apercevra même pas les traits, constituent ce qui est devenu, sous la plume des journalistes, la « foule des anonymes », expression injurieuse et méprisante aujourd'hui admise, inimaginable en dehors de la société de masse.

C'est bien un signe que celle-ci a d’ores et déjà anéanti l’individu, notion qu’elle a rendue totalement mythique (voir évidemment Masse et puissance, d'Elias Canetti, ainsi que la genèse du livre). En société de masse, l'individu disparaît mécaniquement. Son existence devient purement statistique et infinitésimale. L'exercice de la liberté a été remplacé par l'impression de liberté, impression procurée par la force des moyens de propagande. Oui, je sais : cette idée ne baigne pas dans l'optimisme.

Alors maintenant, comment amener quelqu’un, non seulement à changer d’opinion, mais encore à accomplir des gestes, à commettre des actes et à produire des comportements que, laissé à sa seule « liberté personnelle », il n’aurait jamais eu l’idée de manifester ? 

Comment amener quelqu’un à faire quelque chose qu'un autre a décidé, tout en lui laissant croire qu'il agit de son propre chef ? A obéir sans qu’il s’en rende compte ? Pour manipuler quelqu’un, il importe de lui laisser croire qu’il agit librement, alors même qu'il obéit à un ordre. Là-dessus, même s’il n’en tire pas toutes les conclusions par hypocrisie ou par couardise intellectuelle, le livre de Beauvois et Joule est absolument irremplaçable. Je crois d'ailleurs qu'il lui est arrivé ce qui arrive à ce qu'on appelle « un classique » : il est régulièrement réimprimé.

Ils rendent compte d’expériences diverses et multiples menées par des psycho-sociologues. Les unes parfaitement anodines en apparence, les autres beaucoup plus compromettantes. Vous êtes sur la plage, vous écoutez ce qui sort de votre transistor, mais vous voulez vous absenter de votre place pour aller faire pipi ou vous acheter une glace. Et vous craignez les voleurs de transistors.

De deux choses l’une : soit vous y allez direct et sans rien dire, soit vous demandez au voisin le plus immédiat si ça ne le gêne pas de … pendant que vous … Le résultat est sans appel. Quand le comparse jouant le voleur intervient, premier cas, personne ne moufte, le voleur vole ; deuxième cas, le taux de ceux qui crient « au voleur » grimpe en flèche : ils se sont sentis obligés. Même résultat dans la cafétéria de la gare avec la valise. 

Je dirais bien que si c’est de la manipulation, c’en est le degré zéro, mais il faut bien commencer. 

Voilà ce que je dis, moi.

vendredi, 15 mai 2015

IL Y A DU TOTALITAIRE ...

... DANS LA STATISTIQUE

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A quoi servent les statistiques ? Est-ce seulement ce merveilleux outil de connaissance, qui permet de mettre en lumière des aspects de la réalité inaccessibles à la simple perception individuelle ? Faits sociaux, situations politiques, données économiques, recherches scientifiques, les statistiques font partie intégrante de notre monde, dans tous les domaines qui concernent (de très près ou de très loin) notre vie quotidienne.

Non, elles ne sont pas seulement un outil de connaissance : elles sont aussi un outil de gouvernement. Un outil qui peut se révéler terrible à l'usage. Il en est d'ailleurs ainsi pour les sciences humaines : inutile sans doute de s'appesantir sur l'utilisation des avancées dans la connaissance du psychisme humain par la publicité, par la propagande et par toutes les techniques de manipulation mentale. Vous vous rendez compte : sans Sigmund Freud, pas de Scientologie. Pas d'agressions Coca-Cola par panneaux 4 m. x 3. Pas de surréalisme. « Que la vie serait belle en toute circonstance Si vous n'aviez tiré du néant ces jobards » (Tonton Georges a toujours raison).

Les statistiques sont donc entrées dans les mœurs. Il faudrait même dire : « Dans les têtes », tant chacun a désormais intériorisé la notion abstraite de « catégorie de la population », dans laquelle, à force de bourrage de crâne, il tend aujourd’hui à se ranger spontanément, sans qu’un seul flic lui en ait seulement intimé l’ordre. 

Qu’il le veuille ou non, chacun a désormais une connaissance statistique de lui-même. Chacun est prié de s'éprouver non plus à partir de ses confrontations concrètes à des réalités contondantes ou suaves, mais par le médium infaillible des chiffres élaborés par des experts dont la science le dépasse de trop loin. Chacun est prié d'acquérir une connaissance objective de lui-même. Les statistiques portent le négationnisme de la subjectivité. C'est en cela qu'elles sont porteuses du germe totalitaire.

Chaque jour, journalistes, économistes, politiciens, « experts » et « spécialistes » produisent à qui mieux-mieux, à destination de tous les individus, l’inépuisable spectacle des statistiques dans le fatras desquelles tous ces "sachants" leur intiment l’ordre de trouver leur place. Les statistiques sont la nouvelle figure de la « collectivité », de la « société ». Si ça se trouve, vous appartenez à des catégories dont vous ne soupçonnez même pas l'existence. On vous définit sans vous demander votre avis. On vous assigne une identité dont vous n'avez nulle idée.

La statistique est par nature l’action de compartimenter les comportements humains en les rangeant successivement dans toutes sortes de cases soigneusement étiquetées en un nombre incalculable de catégories abstraites. La statistique a quelque chose à voir avec la dissection : il s’agit de segmenter un corps pour en étudier de plus près chacun des segments. 

Evidemment, comme dans toute dissection, on n’étudie valablement que quelque chose qui fut vivant, mais qui ne l’est plus. Sinon, ça s’appelle un supplice. Premier effet des statistiques : elles font de populations de chair, d’os et d’existences concrètes des abstractions pures et simples. Autrement dit, une population statistique est une humanité chiffrée, comme l’énonce clairement le titre d’Alain Supiot, sur le blog de Paul Jorion : La Gouvernance par les nombres. L’humanité accède enfin à l’existence numérique, seule collectivité sociale aux yeux du statisticien. 

Définitions : « 1 – Etude méthodique des faits sociaux, par des procédés numériques (classements, dénombrements, inventaires chiffrés, recensements, tableaux …). 2 – Ensemble de techniques d’interprétation mathématique appliquées à des phénomènes pour lesquels une étude exhaustive de tous les facteurs est impossible, à cause de leur grand nombre ou de leur complexité ». 

Historique : « Statistique : n. f. et adj. est un emprunt (1771 selon F. e. w.) au latin moderne statisticus "relatif à l’Etat" (1672), formé à partir de l’italien "statistica" (1663), dérivé de "statista" (homme d’Etat), lui-même de "stato", du latin classique "status" ». 

La statistique établit donc des catégories. Ça a des aspects éventuellement rigolos : on peut être « contribuable » et « automobiliste », « électeur » et « pêcheur à la ligne » (on peut s'amuser longtemps à juxtaposer les carpes et les lapins) ; on est rangé par sexe, par appartenance professionnelle, par âge, par situation géographique, que sais-je. On n’en finirait pas. Ce sont les « critères ». Le résultat de tout ça, c’est qu’on a fini par réaliser ce que Voltaire dit de l’homme vu par Micromégas : un amas d’atomes. Voilà, la statistique atomise l’humanité : vous appartenez sans le savoir à mille huit cent quatre-vingt-douze catégories de la population suivant le critère qui est retenu contre vous. 

Première fonction selon moi de la statistique : quantifier à l'infini en subdivisant à l'infini. Etablir des nombres. La statistique instaure le règne des comptables sur le corps social et réduit la vie sociale à une gestion bureaucratique. Elle établit une dichotomie rigoureuse entre sujet et objet, étant entendu que, pour le statisticien, personne n'est une personne, vu qu'il n'y a que des objets.  

Elle vous apprend qu’au 1er janvier 2015, la France comptait 32.126.316 hommes et 34.191.678 femmes. Soit dit en passant, on voit que la statistique établit clairement que la génétique se moque éperdument de la parité entre les sexes et de l'égalité hommes-femmes. 

On en pense ce qu'on veut. 

Voilà ce que je dis, moi.

lundi, 17 juin 2013

LE CAS MERIC

 

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FONCTIONNAIRE NAZI. CHEF DU SERVICE CULTUREL DE COLOGNE EN 1938, PAR AUGUST SANDER

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Quoi qu’il en soit, qu’il s’agisse de « JNR » ou d’« antifa », ce sont sûrement tous des enfants de chœur prêts à servir la messe, agenouillés en aube blanche en agitant leurs grelots, des angelots inoffensifs et peut-être asexués, dévoués et prêts à aider les vieilles dames à traverser les rues. C’est pour ça qu’ils fréquentent les clubs de muscu et d’arts martiaux, certaines vieilles dames ayant de l'embonpoint.

 

Malheureusement pour Clément Méric, il avait à peine commencé l’entraînement et n’avait pas atteint la taille (il ne « faisait pas la maille ») et la carrure réglementaires pour les circonstances auxquelles il s’est trouvé mêlé. Il ne méritait pas de mourir, c’est sûr, mais il a eu le tort d’être là. Et Esteban Morillo a vraiment frappé très fort. Il était apparemment très bien entraîné. Et il faisait la maille, lui.

 

Quant aux journaux, au milieu desquels Libération s’est spécialement distingué, ils se sont de nouveau illustrés dans l’interprétation des faits. On a eu droit à un festival de « sursauts démocratiques ». Un des aspects tout à fait comiques de leur « couverture » de l’événement (on parle de « couverture » sans doute pour garder l’événement bien chaud) a été un drôle de « constat », fait selon une drôle de grille de lecture. Que n’a-t-on entendu ?

 

Ils nous avaient déjà fait le coup, au moment du mariage homosexuel (vous avez remarqué que je me refuse à appeler autrement ce que tout le monde désigne au moyen d'une généralité euphémisante) et des manifs de Frigide Barjot et consort. Ils parlaient de la « libération de la parole homophobe ». J’avais déjà cru rêver en découvrant que des recoins secrets de la société française recelaient, tapis dans les tréfonds d’antres obscurs, un potentiel dormant de « parole homophobe », qui n’attendait qu’un signal, une étincelle pour se réveiller. Pour se libérer.

 

Les « manifs pour tous » et divers débats parlementaires auraient ainsi suffi pour allumer un mèche qui n'attendait que de faire exploser « la parole homophobe » qui, trop longtemps contenue (par on ne sait quelle magie), n'attendait que cette occasion pour se manifester à l'air libre. A moins que « la parole homophobe » n'ait attendu, comme un fauve hypocrite, que le moment tant attendu de sauter enfin sur sa proie pour enfin la dévorer !

 

Quelle que soit l'hypothèse, j'avoue que je reste épastrouillé et confondu devant l'IDEE géniale. Qui ne repose en fait que sur la capacité pour l'un des deux adversaires de se donner à lui-même le rôle enviable de la VICTIME, et à l'autre le rôle satanisé du MECHANT. En l'occurrence, la victime est homosexuelle et le méchant (tous ceux qui s'opposent au mariage homo) est homophobe.

 

Celui qui a fabriqué, avec les petites mains des boyaux de sa tête, l'expression « libération de la parole homophobe » mérite d'être considéré comme un maître dans l'art de la com. Digne de Stéphane Fouks, Euro RSCG et Jacques Séguéla réunis. Une prouesse dans l'art de fermer la gueule à toute contestation et récrimination, en faisant porter le chapeau du coupable aux soi-disant et a priori homophobes.  A mon avis, ça vaut la trouvaille de la "fracture sociale", si favorable en son temps à Nicolas Chirac. Ou celle de "travailler plus pour gagner plus", qui avait bénéficié à Jacques Sarkozy.

 

Nous n'aurons garde d'oublier cependant "la force tranquille", la "génération Mitterrand" ou "Yes we can". Comme quoi l'exercice de la démocratie est devenu une simple bataille de publicitaires. Mais je ne comprends toujours pas comment l'extrêmement ringard "le changement c'est maintenant" a pu faire élire François Hollande. J'attends qu'on m'explique pourquoi, sur cette base dérisoire (et dont tout le monde savait ce qu'elle valait), un tout petit peu plus de la moitié des votants se sont déclarés en sa faveur.

 

Moi je sais bien qu'il n'y a pas eu de « libération », mais que s'il y eut effectivement « parole homophobe », elle a été sciemment, méticuleusement calculée, provoquée par  François Hollande, qui a mis cette loi au programme, et par tous ceux qui l’ont soutenu, voire qui l’ont poussé à l’imposer, de force et sans vrai débat : « Qui sème le vent … » (proverbe connu). Jouer le rôle enviable de la « victime », de nos jours, est devenu un rôle si gratifiant. Et si je dis "enviable", c'est que ce genre de victime sait qu'il a tous les droits. Parlons si vous voulez de « victime triomphante », ou de « colonisateur victimaire ». Passons.

 

Et voilà-t-il pas qu'avec le cas Méric, ils remettent le couvert, et cette fois ils parlent de « libération de la parole d’extrême-droite » et autre « pensée fasciste », qui auraient été couvées par les « manifs pour tous ». Et allez donc ! Qu'on se le dise : la parole d'extrême-droite était en prison. Frigide Barjot l'a libérée en manifestant contre l'hypothèse qu'on puisse marier du masculin avec du masculin, du féminin avec du féminin. 

 

Je note au passage que c'est une libération dont les sans-culotte de l'égalité ne veulent à aucun prix : la liberté est une bien belle chose aux yeux des adeptes du « mariage pour tous », mais faudrait voir à pas exagérer ! Certains étaient déjà plus égaux que d'autres. Voici le temps des gens plus libres que les autres (puisqu'ils décident de la liberté de ces autres).

 

Quand je pense que je dénigrais Nicolas Sarkozy au motif qu’il coupait violemment la France en deux et qu’il provoquait sciemment la fracture entre les deux camps. C’était d’ailleurs vrai, personne ne peut dire le contraire, puisque Sarko se vantait précisément d’être très « clivant ».

 

Mais on n’avait pas vu à l’œuvre le chef de bureau qui nous gouverne, avec sa suavité digne, son sens lubrifié de la componction et son élocution ravie d’ancien bègue. En matière de clivage, le « capitaine de pédalo » en connaît un rayon, et « Flanby » a parfaitement fait la preuve que, pour ce qui est de monter une France contre l’autre, front à front, il ne « pédale pas dans le yaourt », même avec le grade de capitaine.

 

Pour provoquer la haine des uns pour les autres et retour, François Hollande ne me semble pas malhabile (la litote n'est pas l'euphémisme : elle vise à faire entendre le plus en exprimant le moins). Au moins, François Mitterrand portait sur son machiavélisme le visage de la vérité, même s'il a fait des dizaines de millions de dupes en 1981. Le problème, avec François Hollande, il a tellement mal l'air sincère, que tout le monde est persuadé qu'il est vraiment très bête.

 

Je donne gratuitement ces formules assez brillantes à l'équipe de communicants qui entoure notre lambeau de président. Les deux phrases ne sont pas trop mal écrites, je le reconnais bien volontiers.

 

D’une certaine manière, Hollande surpasse Sarkozy dans l’art de diviser les Français, en usant du même stratagème qu’un certain François Mitterrand qui, par pur calcul politicien, pour affaiblir et diviser la droite, envoya en son temps dans son jeu de quilles un chien nommé Jean-Marie Le Pen.

 

Mais on a peut-être grand tort de donner une aura politique à la mort de Clément Méric. Après tout, s’il n’y avait pas tant de renards gauchistes (???) glapissant au retour des hurlements des loups fascistes (???), la tragique bagarre devant un magasin de vêtements à la mode ne serait pas sortie de la rubrique « faits divers ». Franchement, quelle différence entre les violences réciproques des bandes voisines d’Aubervilliers et de La Courneuve et la confrontation entre les « antifa » et les « JNR », vu le niveau d’éducation politique en vigueur dans ces deux groupuscules ?

 

Et je signale à tous les journalistes qui ont crié à la menace fasciste que, dans leur précipitation, ils ont oublié de rappeler les saccages récents commis par les supporters du PSG au Trocadéro pour fêter dignement le titre de champion de France conquis par le club parisien. Au grand dam du financeur qatari. Ben oui : c’était des « anars » ou des « fachos » ? Chi lo sa ?

 

De toute façon, et je l'ai déjà dit, si le Parti « Socialiste » a conquis bien des terrains réservés autrefois à la droite, c'est parce qu'il a compris que la population française n'en veut plus, de la Révolution, et que ce qu'elle veut a plus à voir avec un rêve de petits-bourgeois qu'avec l'exaltation lyrique et unanimiste des masses ouvrières : elle est en masse passée à droite pour tout ce qui touche le logement, la voiture, le travail, même s'il flotte encore des effluves largement fictifs et illusoires d'une gauche des moeurs et d'un progressisme sociétal (vote des étrangers, mariage homo, ...).

 

Demandez à l'ouvrier chinois, en passe de s'enrichir, s'il n'en rêve pas, de sa voiture. Ensuite, parlez-lui donc un peu de la "conscience de classe". Et puis tiens, demandez-lui donc, à l'ouvrier chinois, ce qu'il penserait de ses dirigeants, s'ils voulaient imposer le vote des étrangers ou le mariage des homosexuels. Ah mais voilà, j'oubliais, là-bas, « ils ne sont pas en démocratie ». Ils sont fous, ces Chinois ! En plus, ils ont des principes ! Ils ont des valeurs ! C'est vraiment une dictature.

 

Pour conclure (il faut bien), il faut savoir ce qu'on veut : si tout le monde pousse à droite, il est mécanique et normal que la droite vraiment de droite s'extrémise, et produise ses petites mains qui n'ont pas froid aux yeux, des mains qui savent, à l'occasion, ne pas se croiser les bras, façon « SturmAbteilungen » (que Hitler, très tôt, en 1934, a "purgées" de Röhm et de quelques comparses lors de la "Nuit des longs couteaux", avis transmis à Serge Ayoub). Quant aux antifascistes, ils font tout ce qu'ils peuvent pour donner davantage de consistance et de visibilité à l'épouvantail qu'ils disent combattre, pour légitimer leurs propres hantises.

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

 

mercredi, 13 mars 2013

DE LA COMPLEXITE AU SLOGAN

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BOB HUDDELSTON

 

***

 

« VINGT-HUIT POUR CENT ! » : RETOUR SUR LE 8 MARS.

 

Ainsi donc, il y a 28 % d'écart de salaire au détriment des femmes. Chiffre choc. Injustice criante. Situation scandaleuse, dénoncée à hauts cris le jour de la « Fête des droits des femmes », le 8 mars, depuis une trentaine (tiens, tiens, ça ne bouge donc pas ?) d’années. On pourrait s'interroger sur l'utilité et l'efficacité du métier de statisticien. La statistique, ici, semble ne servir à rien. Insupportable, intolérable. Les médias n’ont pourtant pas épargné leurs peines pour seriner ce refrain. Quasiment, en termes journalistiques, un « marronnier ». 

 

Simple question : à quel protocole scientifique ont eu recours les statisticiens pour aboutir à ce chiffre ahurissant de 28 %, que les médias ont repris sans jamais l'expliquer ? Un chiffre statistique, ça se construit. Et pour le construire, tous les statisticiens sérieux vous le diront, il faut respecter scrupuleusement un processus qui, globalement, s'appelle alors un "protocole". Exactement comme dans un laboratoire de chimie ou de biotechnologie. Alors de deux choses l’une.

 

Soit l’INSEE possède des informations assez précises pour déterminer, réparties par sexes, les rémunérations liées à des postes de niveau égal (« A travail égal, salaire égal », comme c’est la règle absolue, je le signale en passant, dans tout ce qui est « Service Public »). Quand on a une petite idée du maquis inextricable que les rémunérations constituent, on voit d’ici la difficulté, que dis-je, l’Everest que représente la simple collecte des données. L'improbabilité culmine à son maximum.

 

Soit, comme j’ai le mauvais esprit de le subodorer, des gens sûrement bien intentionnés sont allés chercher (où ça ?) la masse salariale globale distribuée aux travailleurs français, qu’ils ont divisée en deux parts réparties selon le sexe. Cela doit être plus facile à trouver, une "masse salariale".

 

Il suffit alors de diviser les deux sommes ainsi obtenues par le nombre, d’une part, de "travailleuses", et d’autre part, de "travailleurs"photographie,monstres,freaks,cirque,femme,société,france,insee,statistique,féminisme,tf1,propagande (ah ! Quand reviendras-tu, Arlette Laguiller ? « Dis, quand reviendras-tu ? Dis, au moins le sais-tu ? »). Ce n’est déjà pas si évident, et il y aurait déjà de quoi s’interroger sur une telle collecte de données, sans doute plus aisée à réaliser que la précédente. Mais je ne suis pas, Dieu soit loué, statisticien.

 

En admettant comme véridique ce différentiel de 28 %, j’arrive à la conclusion que les femmes touchent globalement une part de la masse salariale globale inférieure de 28 % à la part distribuée aux hommes. Jusque-là, ça va.

 

Mais il me vient à l’esprit que les tâches effectuées par les personnels féminins et masculins des entreprises ne sont peut-être pas les mêmes, alors que la rémunération est fonction du niveau de responsabilité exigé par le poste.

 

Le problème change alors d’aspect. Impossible alors de crier à l’injustice, à l’inégalité intolérable de traitement réservé aux hommes et aux femmes. C’est en effet plus compliqué que ça, et l’on sait que dès qu’il s’agit de passer au 20 heures de TF1, comme il croit s’adresser à des bœufs, le présentateur déteste la complication, et a tendance à découper l’information à la hache pour ne pas effaroucher l’audience.

 

Parce que ce serait trop compliqué d’expliquer que les femmes prennent souvent un temps partiel faute de mieux (caissière de supermarché à 20 heures par semaine) ; qu’elles s’orientent souvent vers des carrières professionnelles considérées comme « subalternes », et pour cette raison moins bien rémunérées ; qu'elles tiennent souvent à concilier travail et vie de famille ; etc. 

 

Bref, qu’il s’agit moins d’un scandale inégalitaire ou d'une discrimination à l’arrivée dans l’entreprise, que d’un problème, au départ, d’organisation de la société : choix de filière professionnelle, structure familiale, choix d’un équilibre de vie, partage des tâches, etc.

 

Toutes sortes de facteurs expliquent donc ce différentiel de 28 % global, calculé à partir de deux chiffres de masse salariale : les femmes occupent davantage de postes "subalternes", d'emplois à temps partiel, etc. C'est donc un simple mensonge de présenter les choses comme si la femme, à poste égal, était payée 28 % de moins que si c'était un homme qui le détenait. Un mensonge, une malversation, une imposture. Une imposture médiatique de plus, dira-t-on.

 

Cet état de fait constitue-t-il une injustice ? Ce n’est ni sûr ni évident. Un problème politique, peut-être et même sans doute. Sur lequel on peut proposer et confronter un certain nombre d’analyses (je vois bien un match Pierre Bourdieu contre Raymond Boudon, par exemple). Mais d’un problème complexe, une fois de plus, le laminoir médiatique a fait un pur et simple SLOGAN. Exactement comme dans la publicité. Marrant, non ?

 

Une fois de plus, en ce 8 mars, journaux, radios et télés ont joué les rouleaux-compresseurs, les marteaux-pilons pour que les dizaines de millions de « cerveaux disponibles » impriment jusque dans le dernier-né de leurs neurones ce slogan : 28 %, 28 %, 28 % ! Comme les boggies des wagons sur les rails d'autrefois : 28 %, 28 %, 28 %. C'est un rythme à prendre. Le montant de l’injustice faite aux femmes, comme on voudrait en convaincre la population.

 

Mais qui dénoncera cette fable médiatique ? "Storytelling", vous avez dit ?

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

samedi, 12 janvier 2013

VIVE L'ANDROGYNIE UNIVERSELLE !

Pensée du jour :

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CAVALIERS CHEYENNE, par EDWARD S. CURTIS

 

« Endeuillé par l’anniversaire de la mort du bon roi Dagobert, qui ne savait pas mettre sa culotte (c’était le début de la civilisation, l’homme hésitait encore devant ce vêtement nouveau), le mois de janvier vient de s’écouler, dramatisé par le passage du loup et par les exigences fiscales. Le mois de janvier rappelle à l’homme combien le progrès est chose ancienne ».

 

ALEXANDRE VIALATTE

 

Justement, le progrès, on va en parler. Car c’est plié : le mariage homosexuel – habilement maquillé en « mariage pour tous » (ce qui ne veut pas dire que tout le monde devra obligatoirement se marier sous peine d’amende, ouf) – sera inscrit dans le Code Civil. La majorité « socialiste » (je pouffe !) votera pour. Je ne vois pas ce qui pourrait empêcher la chose. La manifestation de dimanche 13 n’y changera strictement rien.

 

 

Les résistances au projet de loi sont reléguées au rang de vieilleries, mises au grenier, mises au compte d’un passéisme ringard, d’un conservatisme vieillot, d’un immobilisme paléontologique. Bref, à jeter d’urgence aux poubelles de l’Histoire. Le slogan frénétique de tout ce qui est « moderne » est, depuis déjà quelque temps : « BOUGEZ ! ». C’était déjà ce que célébrait (à sa façon) un « esprit libre » comme PHILIPPE MURAY.

 

 

Je ne sais plus quel conseiller de HOLLANDE déclare qu'il ne faut pas confondre "république stable" et "république immobile". Et j'ai entendu CHANTAL JOUANNO (du parti de BORLOO et favorable au mariage) déclarer qu'elle ne voudrait en aucun cas pouvoir être taxée de "ringardise". C'est le terme employé. Ce sont autant d'aveux de capitulation devant le nouveau "politiquement correct". Eh oui, que faire devant L'AIR DU TEMPS ? Devant ce que les médias (poussés par derrière par des lobbies influents) s'efforcent de faire apparaître comme la nouvelle idéologie dominante ?

 

 

J’ai déjà évoqué la parenté entre le débat actuel et la tentative avortée de FRANÇOIS MITTERRAND et ALAIN SAVARY de priver l’enseignement privé de tout apport d’argent public. C’était en 1984. Eh oui, bientôt 30 ans. Un million de catholiques dans les rues pour défendre la « liberté », qu’ils disaient. C’était déjà un bel exemple de CONFISCATION d’une de nos trois valeurs républicaines. Un joli tour de passe-passe. Disons aussi un joli montage de PROPAGANDE (cf. EDWARD BERNAYS). Une propagande abondamment relayée par toutes sortes d'"autorités" intellectuelles (sociologues, philosophes, etc.).

 

 

Le même tour de passe-passe est en train de se produire. Cette fois, c’est la deuxième de nos valeurs républicaines qui s’y colle. C’est au nom de l’ « ÉGALITÉ » qu’on va instaurer pour les homosexuels le droit de venir devant monsieur le maire et de se passer légalement la bague au doigt.

 

 

Remarquez, je dis ça, mais l’argot célèbre depuis longtemps ce qu’il appelle la « bagouze » : « A première vue, si j’étais un peu plus marle, un peu plus expérimenté de l’existence, je l’aurais flairé craquousette de la bagouse, chochotte probable ». C’est de l’ALPHONSE BOUDARD dans le texte. Les homosexuels mâles n’ont en effet pas attendu la loi pour se la passer, la bagouse.

 

 

EPHEMERO 1 CLOEON DIPTERUM.jpgBon, d’accord, ce n’est pas au doigt qu'ils se la passent, « bagouse » voulant dire « anus » (à ce titre, l'anus est, avec la bouche, le seul orifice "transgenre", car seul l'insecte appelé "éphémère" est dépourvu de bouche, d'anus et de tout ce qu'il y a entre les deux, ce qui amoindrit tant soit peu ses perspectives d'orgasme).

 

 

Mais RABELAIS déjà parlait de l’ « anneau d'Hans Carvel». L’anneau magique (entrevu en rêve) servait à Hans Carvel à s’assurer que nul autre que lui ne puisse visiter l’orifice féminin de sa jeune et ardente épouse. Et s’éveillant au matin, il se rendait compte qu'il avait dormi en glissant un doigt dans le dit orifice. Mais bon, Hans Carvel vivait aux temps antédiluviens de l’hétérosexualité régnante. Intolérable aujourd'hui. Inacceptable. Inenvisageable. 

HANS CARVEL 6.jpg

« Je te donne cestuy anneau [c'est le diable qui parle]; tant que tu l'auras au doigt, ta femme ne sera d'autrui charnellement connue sans ton su et consentement. 

 

Le diable disparut. Hans Carvel, tout joyeux, s'éveilla et trouva qu'il avait le doigt au "comment a nom ?" de sa femme ». La périphrase interrogative entre guillemets se déchiffre aisément en prenant juste la première et les deux dernières lettres. C'est beau, la littérature.

 

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

lundi, 10 décembre 2012

EDWARD BERNAYS, HERAUT, ZERO OU HEROS ?

Pensée du jour : 

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PHOTOGRAPHIE DE GUILLAUME HERBAUT, ENVIRONS DE TCHERNOBYL

« "Il y a beaucoup de choses dans le grand chosier", écrit Littré au mot "chosier", qui n'a jamais été employé qu'une fois dans la littérature française. Précisément dans cette expression-là. Par Rabelais, si j'ai bonne mémoire. Et Littré reste vague dans sa définition. Mais il n'a pas besoin d'être précis. Tout le monde comprend que dans le grand chosier il ne saurait y avoir que beaucoup de choses ».

 

ALEXANDRE VIALATTE

 

NB : la mémoire de VIALATTE (cf. Antiquité du grand chosier, éditions Julliard, tiens, à ce propos, coucou, J.) lui joue des tours, voici "in extenso" la notice de LITTRÉ : « chosier, s.m. Usité seulement dans cette locution proverbiale : va, va, quand tu seras grand, tu verras qu'il y a bien des choses dans un chosier. Cela se dit pour indiquer à un enfant et même à une grande personne qu'il y a bien des choses dont on ne peut rendre compte ».

 

 

Comme disait ma grand-mère, un peu de culture éloigne de l'absolu, beaucoup de culture en rapproche.

 

***

 

 

Résumé : je demandais ce qui faisait d’EDWARD BERNAYS (mort à 103 ans !!), le roi de la manipulation des foules et de l’opinion publique, un génie révolutionnaire du 20èmesiècle. Son rôle est loin d’être négligeable dans l’avènement du culte de la marchandise, promue au rang d’unique idole devant laquelle l’humanité est appelée à se prosterner.

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Ben voilà : il a pioché dans deux univers radicalement différents pour élaborer une théorie radicalement nouvelle. D’un côté, les analyses de GUSTAVE LE BON sur la psychologie des foules (soit dit en passant, cet homme mériterait aussi qu’on s’intéresse à lui). De l’autre, les motivations inconscientes qui font agir les individus, mises au jour par le tonton SIGMUND FREUD de BERNAYS, avec la psychanalyse.

 

 

Pour EDWARD BERNAYS, ce qui meut une foule n’a rien à voir avec ce qui peut mouvoir un individu, et d’autre part et surtout, en aucune manière, ce qui meut la foule n’est lié à ce qu’il y a en elle de rationnel, mais dépend du « ÇA ». Dans la théorie de FREUD, le « ça » est la partie la plus enfouie de l’individu, et partant la moins contrôlée par le « moi » et le « surmoi ».

 

 

Sans entrer dans les détails, comparons simplement le « ça » à une sorte de réservoir de pulsions et de motivations secrètes, méconnues de l'individu, qui n’attendent qu’un déclic pour se manifester. Ce qui fait bouger une foule, selon BERNAYS, est situé au-dessous du seuil de la conscience. FREUD appelait ça le « subconscient ».

 

 

Aujourd’hui, les agences de publicité maîtrisent parfaitement la chose et ont élaboré en conséquence des questionnaires susceptibles de renouveler le répertoire des arguments et des images susceptibles de déclencher l’acte d’achat en allant fouiller dans les motivations secrètes que les gens portent dans leur tête, sans le savoir. Cela porte le nom d’ « enquête de motivations ». 

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C'EST SÛR, CET EXEMPLAIRE A BEAUCOUP VECU (année de publication) !

 

L’excellent GEORGES PEREC les nomme (on est en 1965, dans Les Choses, prix Renaudot, me semble-t-il) « études de motivations ». Dans ce bouquin mémorable, Jérôme et Sylvie participent à l’installation balbutiante dans le paysage social de ces lointains ancêtres des sinistres et obsédants SONDAGES (qui a tiré de son chapeau que 61 % de Français sont favorables au mariage homosexuel ? L'IFOP de madame LAURENCE PARISOT).

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IL FUMAIT BEAUCOUP TROP. IL EN EST MORT.

Mais à l’époque de BERNAYS (il publie Propaganda en 1928), comme je l’ai dit précédemment, la publicité balbutiait, se contentant de vanter les mérites pratiques, la fonctionnalité et l’adéquation du produit à l’usage auquel il était destiné. Elle parlait au côté rationnel des gens. Elle avait un côté terriblement objectif. Autrement dit : dépassé.

 

 

C’est en cela que le travail de BERNAYS est révolutionnaire : il a répondu à la grave question que tous les gouvernements du monde se posent : « Comment amener des masses de gens à se comporter comme le voudraient les dirigeants, sans transformer la société en caserne militaire ? ».

 

 

Son idée principale consiste à se fixer comme objectif de vendre à des masses de gens des masses de produits AVANT que les produits précédents aient cessé de fonctionner. Tiens c’est drôle : l’idée est à peu près contemporaine de l’invention du concept d’ « obsolescence programmée ». Comme dit quelqu’un : EDWARD BERNAYS a fait beaucoup pour que l’Amérique passe d’une « économie du besoin » à une « économie du désir ». Comme c’est bien dit.

 

 

Et pour donner envie aux gens d’acheter des choses dont ils n’ont aucun besoin (sinon dans un futur bien vague), il faut aller chercher en eux la source de leur envie. C’est ainsi que, selon GEORGES PEREC, toujours dans Les Choses, toujours en 1965, Jérôme et Sylvie sont déjà atteints de la maladie du désir, qui a désormais cancérisé la planète : « Dans le monde qui était le leur, il était presque de règle de désirer toujours plus qu’on ne pouvait acquérir ». Ah ! La maladie du désir ! Plus grave que la "maladie d'amour" que chante le désolant MICHEL SARDOU.

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Jérôme et Sylvie ont été contaminés (peut-être) par leur activité professionnelle. Il faut dire qu’ils passent leurs journées à poser des questions à des foules de gens : « Pourquoi les aspirateurs-balais se vendent-ils si mal ? Que pense-t-on, dans les milieux de modeste extraction, de la chicorée ? Aime-t-on la purée toute faite, et pourquoi ? Parce qu’elle est légère ? Parce qu’elle est onctueuse ? Parce qu’elle est si facile à faire : un geste et hop ? (…) ». La liste figure pages 29-30 (dans mon exemplaire, imprimé en 1965 !). Avouez qu’il y a de quoi se laisser gangrener.

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LE BOULOT DE JERÔME ET SYLVIE

GEORGES PEREC ADORE LA LISTE, L'ENUMERATION, L'ACCUMULATION, ... LA PARATAXE, QUOI

 

La maladie de tous les désirs qu’on n’a pas eu le temps de désirer. Voilà le monde qui nous a faits. Voilà le monde qui nous habite. Qui occupe indûment notre territoire intérieur, que nous le voulions ou non. Et nous en devons une bonne part au sinistre EDWARD BERNAYS.

 

 

Accessoirement, l'efficacité pratique des campagnes de propagande menées par EDWARD BERNAYS prouve l'effroyable justesse de sa théorie, exposée dès 1928 dans Propaganda. Et par voie de conséquence, l'incontestable VÉRITÉ manifestée dans la psychanalyse. La propagande comme preuve irréfutable que SIGMUND FREUD a tout vu juste, avouez que c'est drôle, comme retour de boomerang !

 

 

Et ça prouve aussi que tous ceux qui fouillent dans l'âme humaine (les sociologues, les psychologues, les ethnologues et tous les x...logues, je veux dire concernant les « Sciences » de l'Homme) ne se contentent pas d'établir de simples connaissances, qui s'avèreraient utiles, mais élaborent et fabriquent des instruments de domination dont tous les pouvoirs se servent allègrement pour s'établir et perdurer (= mentir et manipuler). En particulier un pouvoir que je n'ai pas cité ici : le « management » (faire adhérer tous les "collaborateurs" au "projet d'entreprise"), le fléau de la "gestion" des hommes selon le modèle envoyé par ... les Américains. 

 

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

 

dimanche, 09 décembre 2012

L'HOMME QUI FIT FUMER LA FEMME

Pensée du jour : 

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QUAND UN AVEUGLE PREND DES PHOTOS, VOILA CE QUE CA DONNE

IL S'APPELLE EVGEN BAVCAR, IL EST NE EN SLOVENIE

(authentique, évidemment, et il sait visiblement ce que c'est, une femme nue !)

« Rien n'est plus étrange que la mer. Elle part, elle vient, repart, revient, elle se berce ; et elle fait des songes. Elle rêve des îles, des ports et des soleils couchants ; au sud, à l'horizon, elle rêve Alexandrie, mirage nacré, impalpable vapeur, jeu d'étincelles ; au nord, houleuse et couleur de hareng, elle rêve de grands clairs de lune, et les phares de la côte anglaise. Elle rêve les jonques et les lanternes vénitiennes, les éponges et les madrépores, elle rêve de tout, elle se nourrit de reflets et se nourrit de coquillages, des baleines mortes et des cadavres de marins ; elle enfante surtout les nuages, formes mouvantes commes les sculptures de Brancusi, qui s'entre-effacent et s'entre-engendrent à la façon des musiques de Mozart : la mer est un sculpteur abstrait ».

 

ALEXANDRE VIALATTE

 

 

Résumé de l’épisode précédent (d'avant-hier, en fait) : le petit EDWARD BERNAYS est devenu grand en écrivant Propaganda (1928), un livre de chevet pour GOEBBELS, HITLER, STALINE, et un « credo » pour tout publicitaire qui se respecte un peu. 

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SALE ENGEANCE : ÇA MEURT A 103 ANS !!!

Chargé de vendre la cigarette à toute la gent féminine (et pas « gente », qui est un adjectif qualificatif, comme l'ignorent les ignares), il « libère » la femme en établissant un lien entre la « Torch of Freedom » de la Statue de la Liberté et la cigarette allumée, que seront dès lors autorisées à arborer toutes les femmes américaines. 

 

 

Soit dit en passant, on ne m'enlèvera pas de l'idée que le BOUT DE SEIN joue pour l'imaginaire des hommes un rôle assez voisin de celui du GLAND (selon la psychanalyse) pour l'imaginaire des femmes, et que l'incandescence du bout de la cigarette a quelque chose à voir avec le BOUT DE SEIN, dans l'imaginaire masculin. On nage en plein érotisme, comme on le voit, par exemple avec la photo de la pin-up à poils (de moustache) ci-dessous.

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Ben oui, il suffit de donner à la chose désagréable le nom adéquat pour faire passer sans douleur la dite chose : appelez donc votre plan de licenciements massifs « Plan de Sauvegarde de l’Emploi », et soudain vous verrez, tout change. On appelle ça la magie de l'EUPHEMISME. photographie,art,france,société,culture,alexandre vialatte,littérature,humour,edward bernays,propagande,publicité,public relations,goebbels,hitler,staline,communication,statue de la liberté,sigmund freud,victor klemperer,lti,new york,mao tse toung,grammaire,langue françaiseVICTOR KLEMPERER a longuement étudié ça sous le règne d’HITLER (dans LTI, la langue du 3ème Reich, une lecture indispensable).

 

 

GEORGE ORWELL, avec sa "novlangue" (dans 1984),photographie,art,france,société,culture,alexandre vialatte,littérature,humour,edward bernays,propagande,publicité,public relations,goebbels,hitler,staline,communication,statue de la liberté,sigmund freud,victor klemperer,lti,new york,mao tse toung,grammaire,langue française a lui aussi bien cerné le problème ("l'esclavage, c'est la liberté"). C'est pourquoi on peut se demander si la théorie de SIGMUND FREUD n'a pas nourri indirectement le système hitlérien, à commencer par sa dimension de propagande ? Il y a de quoi se demander, non ? Mais pour revenir à la campagne publicitaire d'EDWARD BERNAYS, ça ne suffisait pas.

 

 

Pour que l’événement fasse date, pour que la campagne atteigne efficacement son objectif, il faut frapper les imaginations, il faut que toute la presse en parle, il faut que tout le pays en parle, il faut du spectaculaire et du scandaleux. Et c’est là que le savoir-faire d’EDWARD BERNAYS va faire merveille.

 

 

Chaque année, la ville de New York organise une « manifestation-spectacle ». « New York Easter Parade », ça s’appelle. Un événement annuel de portée nationale, qui a lieu depuis 1880. On va stipendier une cohorte d’accortes bougresses artistement vêtues, on va prévenir en douce les photographes et autres journalistes qu’il va se passer quelque chose et qu’ils doivent se tenir prêts.

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NEW YORK EASTER PARADE 2012 !!!!! ÇA CONTINUE !!!!

Et le jour du « Easter Sunday » 1929, quand la troupe des jolies femmes sort des sacs à main une cigarette, que chacune la porte à ses lèvres pulpeuses et, comble du culot, en allume l’extrémité, tout est prêt, EDWARD BERNAYS peut dire que sa campagne est un succès et qu’il a mérité son gros chèque. Les images scandaleuses s’étalent en « une » des journaux, de l’Atlantique au Pacifique.

 

 

Les femmes peuvent désormais se proclamer « libérées » par la grâce d’une magistrale campagne de publicité. On est en 1929. L’industrie du tabac peut se frotter les mains. « La moitié du ciel » (les femmes, selon MAO TSE TOUNG) va faire pleuvoir les pépètes, pésètes et autres picaillons dans son porte-monnaie largement ouvert sur les profondeurs abyssales des comptes en banque des actionnaires enchantés. Le « marché », en un clic, a tout simplement doublé de surface.

 

 

Bon, alors, le lecteur va me dire maintenant : « Mais qu’est-ce qui te permet, blogueur excessif, de considérer EDWARD BERNAYS comme un quasi-génie ? ». Bonne question. Qu’est-ce qu’elle prouve, la campagne pro-tabac de 1929 ? Qu’est-ce qui fait de son auteur un révolutionnaire ? Tiens, juste un avant-goût : le premier paragraphe de Propaganda.

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Au moins, on se dit qi'il ne prend pas de gants, EDWARD BERNAYS. Et ça n'est que le tout début de 110 pages qui décoiffent (je ne compte pas la préface). J'attire juste l'attention sur "gouvernement invisible".

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

 

vendredi, 07 décembre 2012

LIBEREZ-VOUS, MESDAMES : FUMEZ !

Pensée du jour :

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AUTRE IDEE DE LA BEAUTE SELON LUCIEN CLERGUE

 

« Je vous cèderais volontiers ma place, malheureusement, elle est occupée ! ».

 

GROUCHO MARX

 

 

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EDWARD BERNAYS, donc, et personne d’autre. EDWARD BERNAYS, que le magazine Life, en son temps, a désigné comme l’une des personnes les plus influentes du 20ème siècle. EDWARD BERNAYS, injustement maintenu dans un obscur cagibi du purgatoire des célébrités. 

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JOSEPH GOEBBELS, INITIATEUR DE LA "PROPAGANDASTAFFEL"

A LA DEMANDE DE SON MENTOR

Il s’agit bien de lui, et les notes que ce blog lui consacre ne visent qu’à réparer une sorte d’injustice : oui, il est temps de rendre justice à un homme dont les travaux ont brillamment inspiré des communicants aussi renommés et efficaces que JOSEPH GOEBBELS, ADOLF HITLER et JOSEPH STALINE, qui avaient sur leur table de chevet le maître-ouvrage du maître : Propaganda ou comment manipuler l’opinion en démocratie (éditions Zones-La Découverte, 2007, 141 p., 12 euros, c’est quasiment donné, et ça fait tomber quelques peau de "soss" devant les yeux qui en avaient).

 

 

Si je reformule le sous-titre, ça donne quelque chose comme : « Comment faire adhérer sans contrainte les masses aux discours d'un homme au pouvoir, et jusqu'aux folies d'un dictateur ». En regardant bien, on constate que c'est le principe qui régit tous les gouvernements actuels.

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UN AMI DE L'HUMANITE QU'ON NE PRESENTE PLUS

Je vous explique : comme sa mère s’appelle ANNA FREUD, sœur de SIGMUND, et que son père est le frère de MARTHA BERNAYS, qui se trouve être l’épouse du dit SIGMUND, il devient à sa naissance neveu au carré d’un certain SIGMUND FREUD, l’écrasant papa d’une grosse bête appelée « Inconscient » et de tout ce qui se trouve dedans quand on la dissèque. Il est d’ailleurs sympa avec son neveu, le grand FREUD : il lui dédicace un exemplaire de son Introduction à la psychanalyse. Et le neveu, il va y mettre le nez, et pas qu’un peu. 

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En 1929, le président du consortium des producteurs de tabac, futur gros client de son officine, lui dit : « Comme les femmes ne peuvent pas fumer en public, nous perdons la moitié d’un énorme marché. Pouvez-vous faire quelque chose ? ». EDWARD BERNAYS répond : « Laissez-moi y réfléchir ». Puis il demande : « M’autorisez-vous à chercher du côté de la psychanalyse ? – Mais œuf corse ! Ne vous gênez pas ». Rappelons qu'à l'époque, la femme qui fume sur un trottoir est traitée de pute, ni plus ni moins.

 

 

Ni une ni deux, il se précipite chez ABRAHAM A. BRILL, un des premiers grands psychanalystes des Etats-Unis, non pas pour s’étendre sur un quelconque divan, mais pour poser une question au savant : « Que représente la cigarette pour la femme ? ». La réponse fuse : « Le pénis ! ». C’est clair, net et précis. Autrement dit la berdouillette, le scoubidou, la merguez (ou chipolata, au point où on en est), le cigare à moustaches, la bistouquette. En trois mots comme en cent : la BITE, la PINE, le CHIBRE.

 

 

EDWARD BERNAYS ne se démonte pas pour autant, c’est un esprit pratique. Il a un gros client, et le client, surtout le gros, est roi. Alors il a l’idée du siècle : le symbole de l’Amérique, c’est le cadeau fait par la France à l’occasion de son centenaire (celui des Etats-Unis !). J’ai nommé le chef d’œuvre d’AUGUSTE BARTHOLDI. J’ai nommé la statue de La Liberté éclairant le monde (inaugurée en 1886). 

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Deuxième étape dans l’élaboration du message : la torche que tient la Liberté est incandescente, le bout de la cigarette allumée est incandescent. Il faudrait être stupide pour ne pas faire le rapprochement, avouez ! Qui plus est, la Liberté, qu’elle guide le peuple ou qu’elle éclaire le monde, c’est une Femme, regardez DELACROIX. Concluez vous-même : EDWARD BERNAYS a sa campagne de « public relations » en poche, c’est comme si c’était fait. 

DELACROIX LIBERTE.jpg

LÀ, ELLE GUIDE LE PEUPLE.

C'EST BIEN UNE FEMME, SELON TOUTE APPARENCE.

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

P.S. DERNIERE MINUTE : nous apprenons une triste nouvelle :

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Adressons donc nos très sincères condoléances à l'U.M.P., et surtout à son "président autoproclamé".

 

jeudi, 06 décembre 2012

LIBEREZ-VOUS, MESDAMES !

Pensée du jour : 

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BOURGES

« Parmi d'autres calamités, les journaux annoncent les vacances. En grosses manchettes, avec des sous-titres effrayants : "Trains complets", "Les embouteillages", "Les villes étapes son engorgées". Cent mille [sic !] gendarmes sur les routes, vingt hélicoptères, six mille trains, quatre ou cinq millions de "vacanciers". C'est une page de Céline, un bilan de catastrophes, "et ce n'est pas encore le grand rush". L'homme fuit les HLM comme l'invasion allemande. Fatigué de faire sécher ses chaussettes au dixième, sur une ficelle, à une fenêtre de banlieue, il a formé le rêve osédant de les faire sécher au rez-de-chaussée, devant une tente inconfortable, dans un camp de cent mille Parisiens ».

 

ALEXANDRE VIALATTE

 

 

 

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FEMMES "LIBEREES" PAR LA MUSIQUE "ALTERNATIVE" EN RUSSIE

A quoi voit-on qu’une femme est « libérée » ? A ce qu’elle conduit une voiture ? A ce qu’elle travaille ? A ce qu’elle a un compte en banque ? A ce qu'elle a jeté, selon la vieille injonction du MLF, son soutien-gorge aux orties ? A ce qu'elle s'habille en camionneur ou en métallo pour marquer son refus des stéréotypes de la femme-objet?

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FEMME "LIBEREE" PAR L'ATHLETISME, LE PLEIN AIR ET L'AIR DU LARGE

A ce que la pilule anticonceptionnelle lui permet de faire l’amour aussi souvent qu’elle veut et avec qui elle veut, et à partir de là, de décréter : « Mon corps est à moi. Des enfants, si je veux, quand je veux », et d’imposer la loi de son « bon plaisir » ? A ce que c’est elle, désormais, qui tient la porte aux messieurs ? Vous n’y êtes pas. On voit qu’une femme est « libérée » à ce qu’elle FUME. Enfin, en disant ça, il faut remonter aux années 1930. 

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FEMME "LIBEREE" PAR LA CIGARETTE LUCKY STRIKE

C’est entendu : la femme est l’égale de l’homme. La femme est libre. Du moins aussi libre que l’homme. Il faudrait même peut-être dire : plus libre. La preuve irréfutable en est vestimentaire : le pantalon a conquis les femmes, alors que la robe a déserté les curés et que la jupe a été recalée chez les hommes. L’égalité homme-femme est un idéal, à la seule condition de rester à sens unique. Un beau hold-up sur la notion d’égalité, soit dit en passant. Mais foin de controverses : nous sommes ici pour célébrer.

 

 

Il est vrai qu'aujourd’hui, la lutte anti-tabac a tant soit peu modifié les aspects du problème. Car on n’a pas toujours voué le tabac aux gémonies. Et au contraire, il fut même assimilé à un instrument de « libération », comme je vais tâcher de le montrer. Et ça ne remonte pas au déluge, aux cavernes ou aux « âges farouches » (n'est-ce pas, Rahan ?). Cela remonte exactement à 1929. Et cette « conquête » de la liberté est due, certes, au mouvement de l’histoire, aux circonstances, aux évolutions de la société, mais aussi (et peut-être surtout) à un homme, et un seul (ou peu s’en faut).

 

 

Cet homme est celui qui a fait admettre à l’opinion publique américaine l’entrée en guerre des Etats-Unis en 1917. Celui qui a constaté, en accompagnant WOODROW WILSON à Paris en 1919, l’effet de sa campagne de « public relations » sur les Français, qui ont fait un triomphe ahurissant et inimaginable au président américain, et ont fêté en lui le « libérateur des démocraties européennes ». Même que lui, l’auteur de la campagne, en est resté sur le cul.

 

 

Cet homme s’est alors demandé comment gagner de l’argent pour assurer sa subsistance. Et cet homme s’est dit que, étant donné l’extraordinaire effet de la propagande qu’il avait contribué à mettre au point en temps de guerre, pourquoi ne pas en appliquer les principes en temps de paix ? Lumineux, non ?

 

 

Malheureusement, le mot « propagande » blessait les oreilles, les esprits, les âmes de tout démocrate confiant dans la puissance de la Raison. La raison sociale de la boutique que cet homme ouvrit fut en conséquence baptisée « council in public relations », « conseil en relations publiques ». Comme c’est bien dit. Ça vous a tout de suite une autre gueule, plus avenante, plus souriante, moins compromettante, n’est-ce pas ?

 

 

La publicité de l’époque était ridiculement arriérée. Rendez-vous compte que, pour vendre un produit, la firme qui le produisait se contentait d’en vanter l’utilité, la fonctionnalité, l’efficacité. Bref, dans cette publicité préhistorique, on se contentait de vanter l’exacte conformité d’un objet avec l’usage auquel il devait servir : le principal mérite de l’aspirateur est d’aspirer, celui de la casserole, de contenir la nourriture à cuire, etc. Tout ça est minable et bêtement primitif. « Attendez que je m’en mêle, et vous allez voir ce que vous allez voir ! », clame EDWARD BERNAYS. 

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LE "LIBERATEUR" DE LA FEMME, LE SEUL, L'UNIQUE

Effectivement, cet homme va changer le monde, rien de moins (et pas "rien moins", comme le croient certains qui veulent faire cultivé, et qui mettent un subjonctif imparfait dans la complétive qui suit un conditionnel présent, il ne faut jamais oublier la grammaire, disait ALEXANDRE VIALATTE).

 

 

Voilà ce que je dis, moi.


 

dimanche, 18 novembre 2012

BD ET LIBERTE D'EXPRESSION

Pensée du jour :

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"SILHOUETTE" N°36

 

« L'oiseau a quelque chose d'étrange. Il fait des choses extraordinaires : l'urubu nettoie les poubelles, l'agami surveille les poulets,le gypaète est barbu, l'albatros pond des oeufs dont le petit bout est aussi gros que l'autre (et l'autre aussi petit que le premier), la huppe pupule, le milan huite et le rhinocéros barète (encore n'est-ce pas un véritable oiseau) ».

 

ALEXANDRE VIALATTE

 

 

 

Quand la BD devint « pour adultes » et mensuelle, j’ai encore suivi le mouvement. Ce furent Charlie (mensuel), Métal hurlant, Circus, A suivre, Pilote (mensuel), Fluide glacial (qui paraît toujours, mais bon, je me suis fatigué). HKH94 1970.jpgEt tout ça depuis le n° 1 jusqu’au dernier (enfin, pas toujours). Ça me fait encore des piles presque jusqu’au plafond, rien qu’avec ce que j’ai gardé, pour vous dire. Il va de soi que j’ai suivi Hara Kiri hebdo jusqu’à l'ultra-célèbre et immortel « Bal tragique à Colombey : 1 mort » (16 novembre 1970), et Charlie hebdo qui lui a immédiatement emboîté le pas, après l'interdiction pour crime de lèse-DE GAULLE.

 

 

Je garde une tendresse pour des revues plus éphémères de cette époque, parce qu’elles faisaient souffler un vent de liberté devenu totalement inimaginable aujourd’hui. Personne, à part le ministre de l’Intérieur, n’aurait alors eu l’idée de faire à sa place la police des moeurs ou  la police de la pensée : aujourd’hui, les flics de toute obédience (sous couvert d’ "associations" religieuses, sexuelles, raciales…) font régner leur intolérance. Attention, c’est parti pour une petite parenthèse !

 

 

Dans les médias (je veux dire tout ce qui est de l’imprimé, du son ou de l’image fixe ou animée), c’est le CURÉ qui a pris le pouvoir et revêtu l’uniforme du FLIC augmenté du Père Fouettard : le CURÉ RELIGIEUX (TOUS les prêtres, imams, rabbins), le CURÉ RACIAL (TOUTES les associations antiracistes), le CURÉ SEXUEL (TOUS les hétérophobes dénonciateurs de « phobies » qu’ils fabriquent pour les besoins de leur « cause », je ne vois pas pourquoi je n’en inventerais pas à mon tour). Quel nouveau PHILIPPE MURAY inventera un anticléricalisme à la hauteur de cette agression de tous les azimuts et de tous les instants ?

 

 

Ce n’est plus « Big Brother is watching you » (1984), c’est l’œil omniprésent du « curé punisseur » qui, telle une caméra de surveillance universelle, vous guette à tous les coins de rue pour vous envoyer en correctionnelle si vous avez la mauvaise idée de lever le doigt pour dire ce qui vous semble être de bon sens, par exemple au sujet du mariage et de l’adoption homosexuels.

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LA PROPAGANDE DES ANTI-LIBERTÉ A LE VENT EN POUPE :

J'APPELLE ÇA CRIMINALISER LA VIE SOCIALE

(Le Monde, dimanche 18 - lundi 19 novembre 2012)

Une intolérance qui se couvre du manteau de la « tolérance » et du « respect » (GEORGE ORWELL appelait ça la novlangue : « L’esclavage, c’est la liberté »), pourvu qu’ils en soient les seuls bénéficiaires. Une intolérance qui se couvre par ailleurs (mais ça va avec) de l'indispensable tunique de la VICTIME. Et le crime qui crée la victime, aujourd’hui, s’apparente presque toujours à la « discrimination », et concerne le plus souvent les gens à couleur de peau exogène, ou à sexualité marginale, ou encore à religion importée. La race, le sexe, la bondieuserie. Le tiercé gagnant.

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COMMENT CROYEZ-VOUS QUE LES "ASSOCIATIONS" (LGBT OU RELIGIEUSES)ACCUEILLERAIENT CETTE COUVERTURE AUJOURD'HUI ?

(décembre 1977) 

Je vais te dire : fais un beau mélange de tout ça, et tu as le magnifique couvercle d’un magnifique ORDRE MORAL qui s’abat sur toi pour te cuire à l’étouffée. Même Charlie-Hebdo (attention, celui ressuscité par PHILIPPE VAL en 1992, qui n’a pas grand-chose à voir avec le premier, né en 1970), fait un pet de travers tous les 36 du mois par peur des bombes et des procès, et quand il le fait, la merde n’est jamais bien loin, prête à exploser. C'est bien le signe que des forces de l'ordre (racial, sexuel, religieux) convergent et se coalisent contre l'expression libre, non ? De quel côté est-elle, l'intolérance ?

 

 

Ce « meilleur des mondes », PHILIPPE MURAY l’appelait l’ « envie de pénal ». Moi qui n’ai pas la classe du grand PHILIPPE MURAY, je me contente de l’appeler « curé punisseur ». C’est le même uniforme gris. Mais même les nobles imprécations de PHILIPPE MURAY n’ont pas suffi à empêcher le flot malodorant des hordes de gendarmes « antiracistes », « antisexistes », « antihomophobiques », « anti-islamophobiques » de tout submerger.

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UNE REVUE PUBLIEE PAR DES FEMMES FEMINISTES (septembre 1978, dessin LIZ BIJL)

COMBIEN DE BOUCLIERS LEVÉS ET DE PROCES, SI C'ETAIT AUJOURDHUI ????

Je reviens à mes revues de BD plus éphémères. Pour dire ce qu'était la liberté d'expression à l'époque, je montre quelques couvertures. Parmi les comètes, je citerai Ah ! Nana ! : 9 numéros, avec la géniale NICOLE CLAVELOUX (ah ! son extraordinaire Alice au pays des merveilles) et l’austère CHANTAL MONTELLIER, un féminisme pas encore coincé dans un intégrisme « genriste » à la JUDITH BUTLER. Je citerai Surprise (5 numéros), publié par le dessinateur actuel de Libé, WILLEM, avec une curieuse BD, Ici, on ne nous voit pas.

REVUE MORMOIL BARDOT.png 

Je citerai Mormoil, avec la couverture magnifique du n°3 et sa superbe BRIGITTE BARDOT en prototype, archétype et modèle de l’idiote, croquée par MORCHOISNE, en train de dire : « Mords-moi le quoi ? ». Je citerai Tousse-Bourin, qui a révélé CABANES, Le Canard sauvage, avec DESCLOZEAUX, qui loue aujourd’hui ses services aux chroniques gastronomiques du Monde.

REVUE CRI QUI TUE.jpg

VOUS AVEZ NOTÉ : HONORABLE REVUE DE BANDES DESSINEES EXOTIQUES

Je citerai Piranha, Le Cri qui tue, la revue d’ATOSS TAKEMOTO, qui me permet d’affirmer que j’ai été parmi les premiers lecteurs de mangas publiés en France, longtemps avant que ça s’appelle « manga ». Je citerai enfin Virus, et une pléiade d’autres (Carton, Microbe, Aïe, Le Crobard, on n’en finirait pas, et je ne parle que de ce que j’ai connu), encore plus éphémères.

 

 

Ce n’était pas le « bon temps », c’est sûr, et je n’ai pas de nostalgie. J’observe juste une drôle d’inversion des rôles entre le politique et le sociétal : ce qui était politique était tabou aux yeux du pouvoir et toute incartade réprimée, alors que ce qu’on n’appelait pas encore le « sociétal » (autrement dit « les mœurs ») était laissé totalement libre (enfin, quand je dis "totalement", il s'en faut de beaucoup ...).

 

 

Aujourd’hui, c’est l’inverse : des hommes politiques et de l’ordre social, vous pouvez dire absolument tout ce que vous voulez, et même n’importe quoi, ça fait comme la pluie sur les plumes du canard (il n’y a plus de politique, il n’y a plus que de la « com », et les « susceptibilités » se sont muées en édredons et matelas pour abriter l'amour-propre devenu invulnérable, parce qu'inexistant, pour cause d'absence radicale de convictions).

 

 

Au sujet du « sociétal » (qu’on a cessé d’appeler les « mœurs »), en revanche, l’armée des CURÉS PUNISSEURS (religieux et sexuels et raciaux) se charge de vous fermer la gueule (regardez : même Libé se fait attaquer pour son titre sur BERNARD ARNAULT : « Casse-toi, riche con ! ». Pour une fois qu'ils étaient drôles !).

 

 

 

Moi, j'admire le peuple norvégien pour son attitude exemplaire après les atroces meurtres d'ANDERS BERING BREIVIK, et je vomis les loups qui ont déchiré en effigie RICHARD MILLET après la parution de son brûlot - ANNIE ERNAUX, JEAN-MARIE-GUSTAVE LE CLEZIO et TAHAR BEN JELLOUN venant tout à fait en tête -, ils méritent de retourner se réduire en la bouillie moralisatrice et policière d'où ils n'auraient jamais dû sortir pour empuantir l'air des hommes libres !!!

 

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

vendredi, 02 novembre 2012

LA MALADIE DE LA CURIOSITE (fin)

Pensée du jour : « L'amour-propre ne le reste jamais longtemps ».

 

MARTIN VEYRON 

 

 

 

 

Le dernier point qui me semble important, et peut-être celui que je trouve le plus grave pour l’idée que nous nous faisions (j’insiste sur l’imparfait) de la démocratie, c’est que, parmi les sciences humaines, il y en a deux qui se sont retournées contre l’homme comme des boomerangs. Ce sont la psychologie et la sociologie.

 

 

 

Dit autrement : l’étude du secret des motivations humaines (« psychologie ») et les statistiques (« sociologie quantitative ») destinées à quantifier les comportements des masses, qu'elles traduisent sous forme de moyennes. Or, dès qu'on vous parle de moyenne, dites-vous qu'on ne parle plus de vous comme individu, mais comme une simple quantité prise dans une quantité plus grande. 

 

 

Les statistiques ne veulent pas des individus : elles veulent des nombres, des taux, des moyennes, des virgules, des pourcentages. Ce sont des outils de GESTION. C'est de la comptabilité appliquée à la vie collective (sociale, politique, économique, sexuelle). C'est sûr : l'individu est ENCADRÉ. Quel moyen pour lui, dans un tel monde, de ne pas être comptabilisé dans une case du questionnaire ? D'échapper à la statistique ? De ne pas être jaugé par rapport à une moyenne ?

 

 

 

Aujourd'hui, les mouvements de la société sont réglés, gérés et gouvernés par la quantité. Sans l'action bien coordonnée d'une multiplicité d'acteurs, pas de réorientation du corps social : pas de loi punissant le négationnisme de l'extermination des juifs et des tsiganes (les tsiganes, dont on oublie trop souvent les 500.000 morts sous le règne des nazis, mais c'est que les tsiganes ne forment pas un groupe de pression crédible) ; pas de mariage homosexuel ; pas de délit d'incitation à la haine raciale. Pas de punissoir légal généralisé contre la liberté d'expression.

 

 

 

D’un côté, par la psychologie, on extrait ce qu’il y a dans l'âme de l’individu (enquête d’opinion, sondage, enquête de motivation, que pensez-vous de … ?). De l’autre, par la statistique et la toute-puissante moyenne, on étudie ce qu’on peut tirer des foules (vous êtes 35 % à apporter votre soutien de FRANÇOIS HOLLANDE, vous êtes pris dans 600 kilomètres de bouchons, vous êtes 63 % à être favorables au mariage homosexuel, …, sous-entendu, c'est normal, soyez sans inquiétude, on s'occupe de tout, l'ordre statistique règne).

 

 

D’une part, vous avez l’individu réduit à une infime parcelle de lui-même (une seule motivation). D’autre part, vous avez l’individu perdu dans la foule, c’est-à-dire réduit au millionième qu’il représente en quantité dans la masse des gens. Quel tableau ! De l’infiniment petit de soi-même pris dans la foule, à l’infiniment petit de soi-même ratatiné dans une de ses parcelles infimes, l’époque actuelle fait comme les Jivaros : elle réduit les têtes. Que vous preniez la sexualité, les yaourts, les opinions politiques, vous aboutissez à cela : l’individu quantitatif réduit à un « combien » virgule « quelque chose ». Noyé dans la masse.

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En dehors de venir en aide aux victimes d’accident, de catastrophe ou d’attentat (vous savez : « Une cellule psychologique d'urgence a été mise en place »), à quoi sert en effet la psychologie, de nos jours ? Je vais vous le dire : à sans cesse améliorer le fonctionnement de la machine sociale. Le psychologue veille à apaiser les dissonances qu’entraîne forcément la brutalité des conditions faites à la vie des individus par le système qui est le nôtre (résumé dans l'usage tous azimuts du mot à tout faire mis à toutes les sauces : « Stress ; stressant ; stressé ; se déstresser »).

 

A fournir aux individus plus ou moins écrasés des arguments de satisfaction pour compenser les frustrations constantes que le système leur fait subir, pour éviter qu'ils n'explosent. En somme, à les réinsérer dans les circuits sociaux (travail, sentiments, amour, famille : regardez dans les librairies la taille du rayon "développement personnel"). A essayer de les convaincre que, oui, ce qu'ils vivent, ce qu'ils font, tout ça a décidément un sens. Et qu'ils ont raison de continuer. Exaltant et pathétique. Le mot d'ordre du psychologue, c'est, une fois pour toute : « Désamorcer la révolte. Prévenir tout risque de subversion ou de révolution ». Une armée au service de l'ordre. Une armée de service d'ordre.

 

La « science » psychologique n'est plus seulement un instrument de connaissance. Elle est devenue un indispensable lubrifiant pour que les rouages sociaux tournent sans se « gripper ». La psychologie est désormais une excellente MACHINE A ADAPTER. Autrement dit un instrument de contrôle social.

 

 

Et cette société, qui ne cesse de se subvertir elle-même, est une machine à fabriquer du psychologue comme on fait de la saucisse. De même que l’obsolescence programmée des voitures sert à faire vivre les garagistes, le « mal-être » des individus sert de garde-manger et de vouloir-vivre aux psychologues (il m'arrive de m'étonner de certaines de mes propres phrases ; c'est d'ailleurs un peu pour ça que j'écris).

 

 

 

Accessoirement, on pourrait ajouter que la psychologie s’est révélée un redoutable instrument pour débusquer les motivations secrètes des gens pour les retourner en autant d’arguments de vente de marchandises. On appelle ça la publicité. La propagande, si vous voulez. Le bourrage de crâne. La manipulation mentale. Enfin, pas mal de choses.

 

 

Mais pendant que la psychologie remet l’individu dans le circuit normal, la sociologie ne reste pas inactive. Sans exagérer outre-mesure (je ne voudrais pas « exagérer d'exagérer »), il me semble qu’on peut considérer la sociologie comme un excellent instrument de gouvernement.

 

 

C’est bien la fondation « Terra Nova », que je sache, affiliée au Parti « Socialiste », qui a suggéré à ce dernier de s’appuyer, non plus sur la classe ouvrière, mais sur les « classes moyennes » (autrement dit les petits bourgeois). Pour arriver à cette suggestion, sur quoi s'est-elle appuyée, sinon sur un corpus d’analyses sociologiques, qui a permis au Parti « Socialiste » de prendre en douceur un joli virage idéologique ?

 

 

Partant de là, on peut affirmer que la sociologie est devenue une MACHINE A GOUVERNER. Car qu’est-ce qu’un politologue ? Un sondage ? Un sondage établi bien sûr selon la méthode des « quotas », sur un « échantillon représentatif » de la société française ? Des outils. Entre les mains d'un pouvoir.

 

 

Quand on lit, écoute ou regarde les informations, on finit par être frappé du nombre de données concernant la moindre vaguelette qui se dessine à la surface de la société. C'est fou, ce dont la société dispose pour enregistrer une foule d'informations sur elle-même, au moment même où chaque chose se passe. 

 

 

 

Pendant qu’une armée de psys en tous genres scrute les mouvements qui se produisent dans les profondeurs de l’âme des individus, une armée de sociologues dissèque en permanence le corps social pour en extraire les éléments signifiants dont les pouvoirs se serviront pour coller à l’évolution, voire pour l’anticiper, en vue de se pérenniser, principalement par le moyen de la propagande et des élections.

 

 

 

Oui, elles sont belles, les « sciences humaines » ! Plus leurs méthodes et leurs résultats se perfectionnent, plus le couvercle des pouvoirs se referme sur l'autonomie des individus (j'ai failli écrire "l'automnomie"). Et plus le système dans son ensemble devient aveugle. Plus les « sciences humaines » gagnent en raffinement et en subtilité dans les détails, plus l'humanité perd de l'acuité visuelle sur elle-même. Voilà où elle nous a menés, la belle curiosité ! Vous avez dit "paradoxal" ?

 

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

 

mardi, 16 octobre 2012

VOUS AVEZ DIT IDENTITE NATIONALE ?

Pensée du jour : « C'est en flattant les hommes et les peuples qu'on les perd ».

LEON BOITEL (cité par ROLAND THEVENET, L'Esprit canut, n°18)

 

 

Ceux qui ont suivi les deux notes précédentes ont sans doute deviné où je voulais en venir en abordant la question de l’identité nationale. C’est entendu, NICOLAS SARKOZY, en lançant son soi-disant débat, a voulu faire un coup médiatique : de la « com », comme on a pris l’habitude de dire et d’entendre, quand il s’agit de propagande politique. Quelques vagues violentes pendant une dizaine de jours, et tout retomba dans le silence. Qui n’aurait pas dû être seulement troublé.

 

 

L’identité nationale, c’est donc quelque chose de très difficile à caractériser. Mais c’est aussi quelque chose de très fort, qui atteint des profondeurs insoupçonnées. Il n’y a qu’à voir les éclats auxquels le « débat » a donné lieu. Je fais abstraction des efforts du Front National pour récupérer à son profit toute cette énergie mise en œuvre, singulièrement pour attirer les troupes mouvantes de l’UMP sur son terrain. Tiens, au fait, où ça en est, le rapprochement ?

 

 

Définir l’identité nationale de la France ? Un pari stupide. Si je reprends le bien modeste propos d’hier à propos de l’identité individuelle (tout ce qu’on a hérité et vécu, toutes les personnes rencontrées, bref, toute une vie), la France est une espèce de monument qui porte la marque de tout ce qu’elle a été, fait et vécu au cours de son histoire. Ce qui fait l’identité nationale de la France, c’est son passé. Tout son passé. Maintenant, allez vous débrouiller avec ça. Comment voulez-vous ?

 

 

Parce que s’il avait fallu accorder la nationalité française à ceux qui portent effectivement l'intégralité de ce bagage, il y aurait eu dans l’histoire entre cinq Français un quart et dix Français et demi. Guère plus. Pour qu’il y ait nation, il faut davantage.

 

 

La nation, si vous regardez ce que dit le Robert : « Groupe humain, généralement assez vaste, qui se caractérise par la conscience de son unité et la volonté de vivre en commun ». Dieu du ciel ! Quelle précision ! Quel sens de l’observation ! M’enfin, comme dirait Gaston Lagaffe, c’est mieux que rien : conscience d’une unité, volonté de vivre ensemble. Certes, il ne parle pas directement de l’identité, mais de la nation.

 

 

Il faut aborder, je crois, les choses autrement. Et je reviens à mes dadas : l’appartenance et la différenciation. A quelle idée de la France ont le sentiment d’appartenir ceux qui vivent sur son sol ? Combien ont le sentiment d’être Français ? Le moins qu’on puisse dire, c’est que, si ce sentiment existe, il est mitigé. Et ce n’est pas le défilé du 14 juillet ou les cérémonies du 11 novembre qui y changent quoi que ce soit : ce qui est sur le papier diffère de ce qu’il y a dans les cœurs. Appelons-le le "sentiment national".

 

 

Et qu’est-ce qu’il y a dans les cœurs ? Difficile à dire. Les facteurs de perturbation n’ont pas manqué. A commencer par l’Europe. Que devient une nation, quand elle doit se fondre dans l’ensemble plus vaste, quand cette fusion n’est pas voulue du fond du cœur par les populations qui la peuplent ? Réponse : la fusion se fera sans elles, par-dessus leurs têtes, au mépris de leurs désirs, et sans leur donner le temps de désirer quoi que ce soit. Et s’il leur prend de dire « non », on leur mettra au cul (cf. 2005).

 

 

On fera des « Traités », on signera des accords entre gouvernements, on s’entendra entre dirigeants : parce qu’un certain nombre de gens très compétents, très intelligents ont décidé que c’est bon pour les peuples. Et basta !

 

 

Tout ça parce que des bureaucrates passés par des ENA quelconques ont conclu à la nécessité d’administrer, au gré des lubies du fanatisme libéral (la « concurrence libre et non faussée »), les centaines de millions de gens que les hasards de l’histoire et l’arbitraire de leur formation avaient placées en leur pouvoir. Et décrété : « Il faut faire l’Europe », en tapant des pieds et en allumant leur briquet. Une variante, sans doute, de ce qu’on appelle le « concert des nations ».

 

 

Mais y a-t-il une « nation européenne » ? La réponse est évidemment négative. Il n’y a pas de nation européenne. Toujours est-il que le matraquage de « l’idée européenne » a forcément fait des dégâts dans les esprits sur la notion qu’ils avaient de la « nation française », vous ne croyez pas ? Il y a de la dilution dans l’air. Encore, tant qu’on s’est contenté de six ou dix Etats membres, chaque Etat pouvait encore se considérer comme un individu, mais VINGT-SEPT !!!!

 

 

Diluée, la nation française. Dissoute, l’identité nationale française. Délayé, le "sentiment national". Regardez ce qui s’est passé après la chute du mur entre Tchéquie et Slovaquie, regardez l’éclatement de la Yougoslavie. Regardez maintenant ce qui se passe entre la Catalogne et l’Espagne, entre la Flandre et la Belgique. Ajoutons l'Ecosse et la Grande-Bretagne, pour faire bonne mesure. 

 

 

Qu’est-ce qu’ils disent, tous ces gens ? Ils disent tous : « Nous voulons être nous-mêmes ». C'est ça, le sentiment national. Un peu le même qui anime les Longevernes et les Velrans dans La Guerre des boutons. Je ne vois pas d'inconvénient à appeler ça du "repli sur soi".

 

 

En France, les revendications régionalistes émanent de quelques allumés : personne, à part quelques Corses ou quelques Basques, ne réclame l’indépendance. Cela devrait vouloir dire que tout le monde adhère à l’identité nationale française. Or, face à la dilution européenne, les médias laissent s’exprimer avec condescendance et apitoiement quelques illuminés qu’ils appellent dédaigneusement  « souverainistes », mais ceux-ci restent marginaux (NICOLAS DUPONT-AIGNAN), si l’on excepte le Front National.

 

 

Cette absence de sursaut collectif signifie, je crois bien, que l’identité nationale française est déjà salement diluée. Le sentiment national est d’ores et déjà, majoritairement, perdu. Tout au moins – s’il existe encore, présent et vivace –, il est globalement inaudible. Sans doute on le fait taire, qui sait ? Car il a suffi qu’un ludion politique (NICOLAS SARKOZY) lui offre une tribune, à l’occasion des « débats » sur l’identité nationale française, pour qu’une bourrasque imprévue se mette à souffler.

 

 

Vous ne trouvez pas ça étrange ? On s’est rendu compte à cette occasion, que quelque chose était à vif, comme une plaie, mais maintenu délibérément hors-champ. Par qui ? Qui la défend, l'identité nationale française ? Des hauts responsables ? Vous n'y êtes pas. Juste des gens qui n'ont pas la parole. Rappelez-vous, les promoteurs de ces débats, tout d'un coup effarés et effrayés par le monstre qu’ils avaient eux-mêmes suscité. Et la tribune des « débats » mis en scène par SARKOZY s’est écroulée.

 

 

On ne m’enlèvera pas de l’idée qu’au quotidien, la population française vit, pense, s’exprime, mais qu’on fait peser sur cette vie, cette pensée et cette expression la loi d’un tabou radical. Le « on » serait à creuser. En attendant, je suis frappé par le fait que des groupes qui se font appeler « identitaires » soient automatiquement classés à l’extrême-droite (sous-entendu, c’est ba-caca, méchant et compagnie), pour ne pas dire chez les fascistes et autres nazis. Cela en dit long. Qui a associé l'idée de « repli » à ce qui est identitaire ?

 

 

Cela veut dire, si je comprends bien, qu'être soi-même, c'est avoir peur du monde extérieur ? C'est évidemment un mensonge : tous ces gens malintentionnés confondent à plaisir « être soi-même » et « se replier sur soi-même » (voir ci-dessus). Cela tombe sous le sens.

 

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

 

dimanche, 14 octobre 2012

LA CONFITURE D'IDENTITE NATIONALE

Pensée du jour : « Monsieur presbyte cherche dame myope pour échange de vues ».

 

PIERRE DAC

 

 

Je ne sais pas si vous avez déjà traversé la Suisse sans payer la sacro-sainte vignette à la frontière pour avoir le droit de laisser les pneus de votre voiture fouler au pied de la lettre le bitume des autoroutes helvétiques. Cela m’est bien sûr arrivé. Mais quelquefois, il m’a pris de musarder du sud-ouest (Genève) au nord-est (Constance, « Konstanz », et Schaffouse, « Schaffhausen ») par les routes secondaires.

 

 

Eh bien, un des aspects les plus frappants de la Suisse ainsi traversée, en dehors du spectaculaire arbre fruitier (du poirier, me semble-t-il, principalement) qui pousse accroché à certaines façades, et que le propriétaire taillera amoureusement toute sa vie, c’est, jusque dans les villages perdus et tranquilles, le très patriote et national drapeau rouge à croix blanche qui trône au milieu d’innombrables jardins.

 

 

Vous allez me dire qu’on voit ça aussi aux Etats-Unis, en particulier après le 11 septembre 2001, qui a provoqué un Niagara de « star spangled banners » à toutes les sauces. Certes, il règne aux Etats-Unis un patriotisme et une fierté nationale : voir l’épaule gauche d’ARMSTRONG, ALDRIN et COLLINS sur la rabâchée photo prise avant le départ, et le drapeau planté sur la Lune.

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Mais on ne m’enlèvera pas de l’idée que ce patriotisme-là découle d’une intense propagande d’Etat, et disons-le, d’un bourrage de crâne au marteau-pilon, principalement destinés à unifier un peuple terriblement hétérogène (Indiens, Européens, Noirs, Espagnols, Asiatiques, Martiens, …), donc soumis à des forces centrifuges. Le procédé est efficace.

 

 

Rien de tel en Suisse. Je ne suis pas sûr que le gouvernement de Berne exige des citoyens qu’ils fassent des plantations de drapeaux du pays dans leur jardin. Où je veux en venir ? A cette idée simple : l’identité nationale, c’est exactement ça. Sans crispation, sans vantardise, sans prosélytisme, sans propagande, ces Suisses-là, en plantant leur drapeau bien visible devant leur maison, disent : « Nous sommes ce que nous sommes. Nous n’avons jamais colonisé personne. Et la réciproque est vraie ». Ils ont raison, l’identité nationale, ça commence par : « Nous sommes ce que nous sommes ».

 

 

Tout le monde se souvient du grand « débat » lancé naguère par NICOLAS SARKOZY sur l’identité nationale, n’est-ce pas ? Comme d’habitude, il avait besoin de monter sa énième mayonnaise médiatique. Le « débat » avait assez vite viré au déballage de xénophobie et de haine, au point qu’assez rapidement, ordre avait été donné de le mettre en veilleuse, de noyer le poisson et de poser vite fait un couvercle sur la marmite.

 

 

De quoi s’agit-il ? Pour le savoir, j’ai fait comme Jérémie Victor Opdebec, vous connaissez sûrement le garnement : « Eh bien quand il était enfant, Il montrait à tous les passants Son CUrieux esprit compétent ». Devenu inventeur, il se demande comment faire, pour que le linge, une fois sur l’étendage, ne soit pas emporté par le vent : « Et dès lors dans sa tête, Obsession qui l’inquiète. Le pincer ? Le pincer ? Puis un jour, il avait trouvé ». Tout le monde a reconnu les paroles que FRANCIS BLANCHE a collées sur la 5ème symphonie de BEETHOVEN, pour célébrer l’immortelle invention de la pince à linge. 

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Identité Nationale, vous avez dit ? Là on entre tout de suite dans le dur. Il faudrait savoir ce que c’est qu’une nation, et rien que ça, ce n’est pas de la tarte. Sur le papier, c’est certain : la France a des frontières stables depuis presque cent ans. Sur le papier, la France a une langue, même si on peut déplorer que, sous l’influence des réseaux électroniques antisociaux, des médias prosternés devant la vulgarité et de la promotion du langage djeunz, celle-ci tend à « évoluer », et, pour dire vrai, à se "simplifier" de plus en plus pour permettre aux illettrés de dire qu’ils la maîtrisent.

 

 

Sur le papier, la France a une Constitution, que le monde entier lui envie (et lui emprunte), et même des Sages, qui veillent à ce que les lois y soient conformes et qui se voient poser plein de « QPC »  par des citoyens qui, disons au hasard, haïssent la corrida. Heureusement, les Sages décident qu'elle est constitutionnelle. Sur le papier, la France a des institutions, Justice, Armée, Police, Santé, Instruction Publique, etc. Sur le papier, la France dispose de procédures démocratiques pour désigner un gouvernement légitime.

 

 

Bref, sur le papier, tout se passe bien : « La France joue sa partition dans le concert des nations ». La phrase fait partie du vocabulaire basique de la langue de bois. Maintenant, si on va voir un peu dans les profondeurs de la réalité, qu’est-ce qu’on observe ? Je vais vous dire : c’est là que les Athéniens s’atteignirent et que les Perses se percèrent. Certes, sur le papier, la nation existe, mais dans les têtes et dans les cœurs, j'ai l'impression qu'elle a disparu corps et biens. Alors dans ces conditions, l’identité nationale, comment voulez-vous vous y retrouver ? Moi je donne ma langue au chat dans la gorge du Tarn (et Garonne, tant que j'y suis).

 

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

A suivre.

 

 

jeudi, 13 septembre 2012

OLYMPISME ET PARALYMPISME

Pensée du jour : « Le hasard est plus docile qu'on ne pense. Il faut l'aimer. Et dès qu'on l'aime, il n'est plus hasard, ce gros chien imprévu dans le sommeil des jeux de quilles ».

RENÉ DAUMAL

 

 

rené daumal,poésie,littérature,sport,jeux olympiques,jeux paralympiques,compétition sportive,nicolas sarkozy,barack obama,handicapés,technologie,usain bolt,1789,fauteuil roulant,propagande,cyborgAujourd’hui ? Voilà qu’on fixe aux handicapés, disons, des individus normaux diminués, un devoir de masochisme volontaire, sur la base de : « Il faut se dépasser ». Vous savez, c’est la trilogie « citius, altius, fortius ». Non seulement il leur manque quelque chose, mais en plus, il faut qu’ils fassent comme s'ils étaient complets ! La société actuelle est bien cruelle envers le pauvre monde. C'est peut-être parce que, s'ils étaient valides, ils écraseraient la compétition. C'est donc peut-être une précaution, allez savoir.

 

 

Je vois, dans ce choix du masochisme athlétique, une sorte de dénirené daumal,poésie,littérature,sport,jeux olympiques,jeux paralympiques,compétition sportive,nicolas sarkozy,barack obama,handicapés,technologie,usain bolt,1789,fauteuil roulant,propagande,cyborg radical du handicap (en même temps que d'exaltation, sur la base du « tout devient possible » d'un certain NICOLAS SARKOZY, comme du « yes we can » d'OBAMA). L’homme humain refuse, non pas d’être diminué, mais de le paraître. Avec le secours de la technologie (voir les espèces de rames incurvées dont s'affublent des hommes sans pieds). Les Paralympiques sont les Jeux du narcissisme triomphant, de la négation du Mal, du délire impoétique dont vibrent les dithyrambiques de la technologie. En route vers le cyborg.

 

 

rené daumal,poésie,littérature,sport,jeux olympiques,jeux paralympiques,compétition sportive,nicolas sarkozy,barack obama,handicapés,technologie,usain bolt,1789,fauteuil roulant,propagande,cyborgCeci pour dire que j’ai du mal à comprendre mon époque. Pour un peu, elle ferait du handicapé un modèle à suivre. Et pourquoi pas une norme, tant qu’on y est ? Une statue ? C’est encore un coup, c’est sûr, du feu égalitaire qui consume la France depuis 1789, et qui tend à tout brûler sur son passage. Enfin, tant qu’il ne s’agit pas d’empêcher USAIN BOLT  de se doper allègrement …

 

 

Au fait, je n’ai entendu au cours de ces Paralympiques aucunerené daumal,poésie,littérature,sport,jeux olympiques,jeux paralympiques,compétition sportive,nicolas sarkozy,barack obama,handicapés,technologie,usain bolt,1789,fauteuil roulant,propagande,cyborg interrogation au sujet de substances dopantes quelconques qui circuleraient dans les veines des athlètes. Pourtant, ce serait un bon moyen de les considérer à égalité avec les gens normaux, non ? Passons.

 

 

Je vais vous dire un truc : l’un des êtres les plus pervers que j’aie jamais rencontré se déplaçait en fauteuil roulant. Son handicap, il le faisait payer à toute la classe (tous des majeurs, pourtant), et avec une délectation évidente. Un sourire mauvais. Sardonique. 

 

 

 

rené daumal,poésie,littérature,sport,jeux olympiques,jeux paralympiques,compétition sportive,nicolas sarkozy,barack obama,handicapés,technologie,usain bolt,1789,fauteuil roulant,propagande,cyborgLe fauteuil lui servait d’armure et d’arme. A l’abri de ce talisman invincible, le bourreau satisfait torturait moralement trente-cinq personnes paralysées de trouille, qui n’auraient pas osé toucher un cheveu du sadique. Il faisait ce qu’il voulait, à commencer par la loi. Il régnait. Potentat. On ne se doute pas de ce que ça peut être méchant, un handicapé.

 

 

Mes collègues pétaient de terreur face à ce tyran. Lui, tranquille, il avait compris ça jusque dans les ultimes ramifications. Et il en profitait, puissant ! A lui seul, je ne sais pas comment, il faisait régner dans la classe un état de tension glaciale étrange et terrible. Permanent. Et je suis désolé : il s’appelait KHALED. Moi, j’avais la moutarde qui me montait dans les orifices.

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Un jour, j’ai enfin éclaté : « Ecoute, KHALED, ce n’est pas parce que tu es dans un fauteuil roulant que je ne vais pas te foutre dehors ». A peine lui avais-je jeté mon ire dans la figure que j’entendis distinctement, à l’instant même, les viscères de la classe entière se dénouer, se détendre d’un commun accord, commencer à sourire : « Enfin, fredonnaient, soudain soulagées, les tripes unanimes, enfin quelqu’un qui ose ».

 

 

Ce soupir de soulagement, messeigneurs ! Ce moment de détente ! Ce fut du brutal, je vous jure. Du merveilleux majestueux. Jamais je n’ai senti une telle adhésion immédiate, une telle unanimité. Et le gaillard est devenu doux (pour un temps). Je n’ai oublié aucun détail de ce moment unique et puissant. Moralité : le handicapé est potentiellement aussi méchant, d'odeur aussi vomitive, et de consistance aussi coliqueuse que le valide. Mais il y a dans la valorisation sociale du handicapé, disons-le, de l'intimidation. Le handicap fait d'abord taire le valide.

 

 

Le handicap ne sanctifie strictement rien. Il est là. Il intimide, donc. Il culpabilise, il dégoûte éventuellement. Mais qu’on ne me fasse pas croire que, en dehors de quelques exceptions, une personne ordinaire peut éprouver en présence du handicap des sentiments aussi ordinaires que face à une personne complète.

 

 

 

Les grandes déclarations face aux Paralympiques, non seulement me laissent sceptique, mais me semblent d'une belle hypocrisie, en même temps qu'une adhésion au processus global de culpabilisation des valides. Que la société fasse une place au handicapé, comment ne serait-on pas d'accord ? Mais que celui-ci fasse l'objet d'une sorte de sacralisation, comment être d'accord ? Respect, tant qu'on voudra. Dévotion quasi-religieuse, non merci.

 

 

Je crois être une personne ordinaire, ni particulièrement vertueuse, ni foncièrement mauvaise. Une personne pas trop anormale, quoi. Eh bien, soit dit en toute franchise, la présence d’un handicapé produit en moi une attitude, disons, "spécifique". Suis-je le seul ? Une exception ? J’attends que quelqu’un me dise que je suis inhumain. C’est quoi, après tout, cette pression qu’on fait peser sur les valides, du seul fait qu'ils sont valides ?

 

 

Je suis désolé, mais s'il faut célébrer le handicapé parce qu'il se produit dans une arène olympique, c’est qu’il y a quelque chose qui cloche. Entrez dans le pavillon P4 que je connais, tiens, juste pour voir. Je défie quiconque de regarder « normalement » M., dont le visage coule à la moindre émotion en larmes, en morve, en bave et en gémissements. Elle tord encore plus ses poignets tordus. Et on ne voit pas les orifices cachés !

 

 

Car ces corps pissent, chient, et demandent à jouir (parfaitement : à jouir sexuellement !). Moi je veux bien éprouver des bons sentiments, mais c’est à condition qu’on ne m’écrase pas sous la propagande antinazie d'un moralisme édifiant aux intentions vaguement terrorisantes. Qu'on ne me mette pas un pistolet sur la tempe. Car c'est vrai, la culpabilité est un trop bon outil de bourrage de crâne.

 

 

Et franchement, faire « normalement » le métier de s’occuper d’eux, je m’avance peut-être, mais s'il faut bien du courage, il faut aussi, sans doute, avoir subi quelque rebuffade ailleurs. Comment s'opère un tel choix professionnel ? Vocation ? Je serais curieux de connaître les vraies raisons.

 

 

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

A suivre.

 

 

lundi, 20 août 2012

REFERMONS L'OLYMPISME A JAMAIS !

Pensée du jour : « Il y a deux sortes d'hommes : ceux qui pensent qu'il y a deux sortes d'hommes, ... et les autres ». CHARLES DE GAULLE

 

 

 

Nous en étions restés à la performance hallucinée du relais 4 x 100 féminin, gagné par l’équipe américaine, et au triomphe de l'industrie chimique dans le sport.

 

 

Et les quatre clowns Jamaïcains du 4 x 100 messieurs ? BOLT, BLAKE, CARTER et FRATER, ils s’appellent. Record du monde pulvérisé, là encore. Enfin, de seulement 16 centièmes, mais quand même. Bon, c’est vrai que YOHAN BLAKE a été contrôlé positif en 2009. Mais là, trois médailles pour lui, pas une de moins. Et, certes, avec les pieds, mais sans les mains, admirez le travail de bipède ! Chapeau l’artiste ! C'est bien le moins, pour un qui a sûrement renoncé à se doper. Sûrement. 

 

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De toute façon, soit dit par parenthèse, à propos d'USAIN BOLT, j'aimerais qu'on m'explique à quoi ça sert de courir à plus de 36 kilomètres à l'heure si c'est pour s'écrouler au bout de 100 mètres. Qu'est-ce qu'il apporte à l'humanité ? Plutôt qu'aux sprinteurs, bourrés de muscles aptes à exploser, intéressons-nous aux athlètes du demi-fond et du fond, bien plus utiles, parce que plus près d'une physiologie normale (je ne parle pas de leurs performances). Passons.

 

 

L’ancien champion CARL LEWIS, lui-même asticoté naguère par les autorités antidopage, émet quelques points d’interrogation à propos d’USAIN BOLT. Pudiquement, Le Nouvel Observateur (le site) pose la question : « Faut-il douter des performances de BOLT ? ». C'est retors, pour le moins. D'une pierre deux coups : on répond subtilement à la question qu’on fait semblant de poser. Tout en évitant un procès en diffamation.

 

 

Derrière les Jamaïcains, qui trouve-t-on ? Les Américains. Tiens donc. Avec 37,04 secondes, ils égalent l’ancien record du monde. Quoi de plus normal, après tout ? L’ancien est fait pour être dépassé par le nouveau. C’est même inscrit dans la définition des mots. Parmi les Américains, un certain JUSTIN GATLIN. Un jeune homme de 30 ans.

 

 

Quoi, il a purgé quatre ans de suspension pour dopage ? Il a purgé sa peine, oui ou non ? Tout homme a droit au rachat, tout de même ! Quoi, 30 ans, c’est l’âge où les performances diminuent ? Mais c’est qu’il a su se maintenir au  top de la condition, voilà tout ! Regardez ALBERTO CONTADOR. Eh bien il les a faits, ses deux ans de suspension pour taux excessif de clenbutérol dans le sang. Qui oserait douter de la pureté de son retour dans la Vuelta (tour d'Espagne) ? Mais le public, lui, est un juge indulgent, tant qu'on n'a pas égorgé ou violé une enfant (cela veut dire : on a des valeurs, NOUS !) : il a déjà oublié, puisqu'il applaudit.

 

 

Pendant ce temps, les nageurs olympiques ont battu neuf records du monde. Pendant ce temps, DAVID RUDISHA, Kenyan de métier, se contente quant à lui de transformer le 800 m. en sprint : il bat son propre record du monde. Pendant ce temps, les foules énamourées se prosternent devant la divinité nommée « EXPLOIT SPORTIF». Je n'en reviens pas.

 

 

Les milliards de pions humains, vous savez, ces petites machines aux performances productives sinon  douteuses, du moins ordinaires, endoctrinés à coups de slogans du genre : « Indignez-vous ! », « Engagez-vous ! », « Surpassez-vous ! » (le dernier prout éditorial, la dernière bouse de vache éructée par l'anus de STEPHANE HESSEL (un « moteur à injonctions », selon le mot génial de PATRICK BESSON, dans Le Point) porte le titre hallucinant de : Vivez !), sont béats de vénération devant des machines humaines optimisées, applaudissent à tout rompre les mutations génétiques chaque fois que les mutants battent un record, et se peignent les moustaches en bleu-blanc-rouge. Tout cela est très seyant.

 

 

Conclusion : les Jeux Olympiques sont bien la fête par excellence de la fraternité humaine, n'en doutons plus. C'est prouvé par le carnet de chèque, le compte en banque et les contrats d'exclusivité. Sans compter les « à-côtés ». Comme quoi une entreprise privée peut apporter le bonheur à l’humanité entière. L'idéologie ultralibérale vous l’avait bien dit.

 

 

 

Le pire n’est pas toujours sûr, mais le COMITÉ INTERNATIONAL OLYMPIQUE est le sublime signe annonciateur du Progrès Humain : la GRANDE PRIVATISATION DE L’HUMANITÉ. Je traduis : faire enfin (après 200.000 ans d'homo sapiens gratuit) de l'entreprise humaine quelque chose de rentable. Jusque-là, homo sapiens sapiens travaillait à fonds perdus. Être homme, mes bien chers frères, deviendra PAYANT. On mettra des péages à la sortie de tous les utérus. Gare aux fraudeurs !

 

 

Déjà qu'à l'autre bout de la vie, les Grecs avaient Charon pour traverser le Styx vers le royaume des morts, contre monnaie. Chacun sera aussi désopilant que la Soeur Anne de GOTLIB (c'est dans le "Barbe-bleue" de La Rubrique-à-brac) : « Soeur Anne aux deux berges raque ». Je ne donne aucun indice.

 

 

 

C'est une condition de survie de l'humanité nantie. Car on a bien compris, dans l'affaire des Jeux Olympiques, qu'il y en a deux, d'humanités : les lites et l'émasse. Euh non, je me trompe : l'élite et les masses. Et attention, quand je parle de l'élite, c'est 200.000 personnes grand maximum dans le monde, qui sont capables de payer les armées chargées de les protéger. La vision olympique de l'humanité a quelque chose à voir avec une double perspective : BANCAIRE et MILITAIRE.

 

 

 

J'aime bien, chez RABELAIS, l'histoire suivante : un portefaix est assis dans la rue, mangeant son pain après l'avoir laissé s'imprégner des fumées qui sortent de chez le rôtisseur. Celui-ci s'avise de lui faire payer sa fumée. Une altercation s'ensuit. Joan le fou arrive, et accepte de rendre sa "justice" au moyen de la pièce d'or du portefaix.

 

 

Il fait sonner celle-ci et prononce sa sentence : « La Cour vous dit que le portefaix qui a mangé son pain à la fumée du rôti a payé le rôtisseur au son de son argent ». Ce fou est un nouveau Salomon. J'aimerais que l'humanité paie les Jeux Olympiques avec cette monnaie incroyable : AU SON DE SON ARGENT. Vous l'imaginez, une corruption accomplie au SON de l'argent ? Moi je suis pour ce bling-bling-là.

 

 

Le Comité Olympique, vous savez, cette ONG désintéressée et même philanthropique, remplie d'un idéal humain de toute pureté, est en réalité une société privée, une simple entreprise juridiquement assujettie aux règles du droit privé suisse. Je l’ai déjà dit, je me répète, mais c’est exprès. Car il faut que ça se sache.

 

 

Et ce n’est pas le solennel (mais pathétique) appel que PATRICK CLASTRES (chercheur rattaché au Centre d’histoire de Sciences-Po) adresse au CIO pour lui demander de modifier ses fondements mêmes qui va y changer quoi que ce soit. Il ne l’ignore sans doute pas, et ne se fait guère d’illusion sur la faculté du CIO de se réformer lui-même. Il fait ça « only for fun ». Ou alors pour justifier un budget alloué. Je ne sais pas. De toute façon, pour réformer le CIO, il faut commencer par le détruire. Avant sans doute de ne pas le reconstruire.

 

 

PATRICK CLASTRES critique le fonctionnement actuel du CIO. Entendons-nous bien : il n’accuse personne. C’est vrai qu’il a affaire à forte partie. Une partie qui peut le réduire en bouillie en moins de rien. Il aurait vite fait de se faire corriger le portrait. Et pas sur photoshop. Il la joue donc en douceur. Son angle d’attaque repose sur le souhaitable et le désirable. Sur le « il faudrait », c’est assez dire qu’il rêve tout éveillé.

 

 

Il s’efforce de ne pas piquer trop fort le monstre qui sommeille (c'est juste une image, pas une réalité). Mais enfin, il émaille son texte de mots qui finissent par dessiner un tableau assez nettement crasseux, pour ne pas dire puant, de l’univers olympique : « corruption, scandales des athlètes dopés, tricheries récurrentes, menacé de gangrène par les mafias, … ».

 

 

Ses propositions de réforme (vouées aux oubliettes) contiennent en creux des critiques féroces du fonctionnement actuel. Il faudrait changer le mode de recrutement (opaque ; je traduis : les membres actuels sont-ils corrompus ? notez que je garde la tournure interrogative), modifier la charte (sans dire sur quels points ; là, j'ai du mal à traduire), rendre les comptes financiers transparents (tiens, tiens !). En bref, il faudra changer la façade une fois qu'on aura fait disparaître l’intérieur.

 

 

Le CIO actuel ? Payez, et on vous déroule le tapis rouge. Tiens, qu’a payé l’Arabie Saoudite pour faire admettre la judokate en bonnet de bain islamique (qui vaut le burkini, ci-contre) ? stéphane hessel,indignez-vous,engagez-vous,vivez,patrick besson,le point,charles de gaulle,jamaïque,usain bolt,sprint,4 x 100,record du monde,dopage,le nouvel observateur,américains,justin gatlin,performance,alberto contador,tour de france,vuelta,espagne,david rudisha,exploit sportif,jeux olympiques,cio,olympisme,humanité,société,culture,rabelais,ong,patrick clastres,sciences-po,bertrand delanoë,arabie saoudite,attila,jean guisnel,corruption,propagande,optimisme,gotlib,rubrique-à brac Ce serait une information intéressante. Le CIO, cette machine à profits, est devenu sensible à un seul argument : avoir les moyens de toucher sa « sensibilité ».

 

 

Je vais vous dire ma conviction : si le Paris de BERTRAND DELANOË n’a pas eu les Jeux Olympiques 2012, c’est parce que DELANOË n’a pas assez arrosé. Et je le remercie pour cette raison même. Vous imaginez l’état de la France aujourd’hui, après trois semaines de cette chevauchée d’Attila ? De ce rouleau compresseur aveuglé et fanatisé par l’enthousiasme ?

stéphane hessel,indignez-vous

LA PLUS BELLE AVENUE DU MONDE, VRAIMENT ? 

 

Pourquoi croyez-vous que la France n’a pas vendu un Rafale depuis qu’elle a signé je ne sais plus quel protocole de moralisation du commerce mondial des armes, et surtout qu’elle le respecte ? Fini, les « commissions », les « rétrocommissions » et autres outils d’enrichissement personnel (lisez, pour en savoir plus, Armes de corruption massive, de JEAN GUISNEL (La Découverte, 2011), je vous assure que ça, c’est du journalisme d’excellence).

 

 

Soit dit en passant, JEAN GUISNEL révèle que l’Allemagne, la si vertueuse Allemagne, corrompt à tout va les individus capables d’influer sur les décisions des gouvernements acheteurs. Pour exporter, il faut arroser. Si la France veut les Jeux, il va falloir qu’elle accepte d’enchérir. Sur fonds secrets. Les Jeux Olympiques ? D’abord et avant tout, une affaire, de gros intérêts, de grosses affaires à faire. Avec risques et périls : voyez la Grèce et ses Jeux Olympiques, en 2004, et puis huit ans après.

 

 

En fait, et pour être franc, en plus et en dehors de l'horrible fable olympique, je n’aime AUCUN des bobards que les médias déversent à tombereaux ouverts dans nos yeux et nos oreilles, jour et nuit : si l’on fait un peu attention, on en arrive à comprendre comment fonctionne la nouvelle dichotomie « MYTHE / RÉALITÉ ».

 

 

Plus je regarde la réalité, plus je suis effrayé de ce qui attend l’humanité (je ne reprends pas l'énumération, je n'entonne pas la litanie des calamités observées et attendues). Plus je regarde la télé, plus je deviens optimiste (tout le monde rit, tout le monde est heureux, sauf aux informations, et encore ...). Vous ne trouvez pas ça bizarre ? Ah bon ? C’est donc ça qu’on appelle PROPAGANDE ? Bourrage de crâne ? Endoctrinement ? Eh bien dans quel état sont nos esprits, les amis ?

 

 

Conclusion : LA PESTE SOIT DES OPTIMISTES ! Il faudrait les amputer de la télé. C'est à bon droit qu'on pourrait alors les traiter de : « Amputé de ta mère ! ». Parce que les amputés aussi ont droit aux Jeux Olympiques !

 

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

mercredi, 11 juillet 2012

NOUS-VOU-LONS !!! DES-EM-PLOIS !!!

C’est très bien, la « Conférence sociale » convoquée par FRANÇOIS HOLLANDE. Moi, je trouve ça très chou, très chic de sa part, très chénéreux, mais aussi très cholitiquement chorrect. Je vais vous dire, ça va très bien dans le paysage du mensonge et du spectacle politiques ordinaires. Le genre de Montagne tout juste capable de mettre bas un Souriceau à peine viable. Vous savez pourquoi ?

 

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LE SOURICEAU, Y A PAS GRAS DE VIANDE, VOILA CE QUE JE DIS, MOI !

 

C’est exactement pour la même raison que, sous SARKOZY, les gens un peu au courant des politiques de « communication gouvernementale » (à la fois l’oxymore et l’euphémisme pour PROPAGANDE) s’étaient tapoté le menton à l’annonce tonitruante du « Grenelle de l’Environnement ». Les sceptiques avaient raison.

 

 

Et le Grenelle de l’Environnement, on a vu – exactement – ce qu’il en est résulté : que dalle, ballepeau et circulez y a rien à voir. Ce genre de « dispositif », qui tient du grand spectacle, de l’imprécation conjuratoire, de l’expérience de laboratoire, de la messe pieuse et de l’incantation chamanique, il faut un microscope à effet tunnel pour en identifier les résultats concrets.

 

 

 

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OR SUR GRAPHITE

(IMAGE MICROSCOPE A EFFET TUNNEL)

 

Pour ce qui est des emplois, moi qui ne suis pas économiste (heureusement, par bonheur et grâce à Dieu), je peux vous dire ce qu’il en est. Pas parce que j’aurais soudain reçu, de Dieu sait où, la science infuse. Pas à cause d’un don extra-lucide et d’une boule de cristal spécialement performante que j’aurais payée les yeux de la tête à un charlatan de bazar. Mais parce qu’il suffit d’observer un peu et de raisonner un peu droit. Conclusion : les emplois, en France, ce n'est pas complètement FINI, mais presque.

 

 

Qu’est-ce qu’il faut, pour qu’il y ait des emplois ? Il faut du travail. Mais du vrai travail, je veux dire. Pas de l’économie sociale et solidaire. Pas de l’auxiliaire de vie. Pas du service à la personne. Bien sûr qu’il en faut. Mais ce n’est pas ça le vrai travail.

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Tiens, tout près de chez moi, il y a un couple, elle, c’est GALI et lui, c’est MATHIAS. Ils forment un beau couple, ça fait GALI-MATIAS. Eh bien, Gali et Mathias, ils ont créé une agence, et sont devenus enchanteurs d’anniversaires d’enfants (authentique). C’était dans le journal ce matin. Attention, ils sont des artistes. Mais est-ce un vrai travail ? La réponse est NON. Vous vous rappelez, « ambassadeur du tri » et autres fariboles à bourrer le mou à la populace méprisée ? Allez je vais être sympa : elle, c'est GAËLLE, c'est moi qui ai l'esprit tordu.

 

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ATTENTION : UNE GAËLLE PEUT

EN CACHER UNE AUTRE 

 

Comment il vient, le vrai travail ? En créant de la richesse. Il n’y a PAS D’AUTRE MOYEN. On ne peut créer du travail qu’en produisant de la richesse. Pas en rendant des services. A la rigueur en en vendant, des services. Mais pour pouvoir les vendre, les services, il faut qu’il y ait des richesses pour que des gens puissent les acheter.

 

 

Et pour qu’il y ait des richesses, il faut les produire. Oh le gros mot : PRODUIRE. Ben oui. Il faut des entreprises de production. Mais on ne sort pas de là : pour enrichir une société, il faut que la société produise des richesses qui intéressent – si possible – des acheteurs. La base de la richesse d'une société, qu'on se le dise, c'est la PRODUCTION.

 

 

Or, qu’est-ce qu’on a vu, depuis deux ou trois dizaines d’années ? Jugeant sans doute que produire n’était pas assez noble, des stratèges politiques et industriels ont imaginé que la conception était infiniment supérieure à la production (parce qu'elle ne salit pas les mains, sans doute). Ils n'ont dès lors rien eu de plus pressé que de faire traiter la production dans des pays dits « à bas coût de main d’œuvre ».

 

 

Ils ont appelé ça la « division internationale du travail », la spécialisation professionnelle des pays, voire des continents. Tout étant misé sur une future extension massive des TRANSPORTS, pour le plus grand bénéfice des transporteurs et de la couche d’ozone.   

 

 

Oh je sais, la « division internationale du travail », c’était sous la pression des actionnaires, et eux, les actionnaires, ils ont tendance à considérer la main d’œuvre, non pas comme un investissement, mais comme un simple COÛT. Toujours est-il que c’est ainsi que ça s’est passé.

 

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

A suivre.


 

samedi, 07 juillet 2012

UN PARFUM DE TROISIEME REICH (2)

LISTE DES INTERDITS : cette formule me fait penser à un texte d’ALAIN (Propos sur le bonheur). Le philosophe oppose la famille où règne la joie dans l’absence de contraintes imposées à ses membres à celle où la vie en commun se réduit à la stricte observance des phobies de chacun : il ne faut heurter personne. Résultat, « tous se regardent d’un œil morne et disent des pauvretés ».

 

 

Poussons les choses à l’extrême : imaginez, dans notre petite société française de 65.000.000 d’habitants, que CHACUN ait le droit d’interdire à TOUS ce qui ne lui plaît pas, que devient la vie sociale ? Et que devient la vie ? Qu’avons-nous fait de la liberté ? Sur le papier, nous n’avons jamais été aussi libres.

 

 

Dans la réalité, nous n’avons jamais autant fait, au même moment que les autres, la même chose que tout le monde : nous déplacer, nous alimenter, nous distraire, nous reposer, etc. Dans les espaces divers que nous occupons successivement dans la journée, dans la semaine, dans le mois ou dans l’année, c’est soit le désert, le vide angoissant, soit l’engorgement, la saturation, la thrombose (mot savant affectionné des journalistes).

 

 

Donc, d’un côté, une liste de PROSCRIPTIONS oppose à nos désirs d’expression libre le mur des conventions morales, voire légales (judiciarisation de la vie en société). De l’autre, une liste de PRESCRIPTIONS lexicales vite adoptées, véhiculées et imposées par les médias et les complaisants, inattentifs ou négligents journalistes. Je suis parti de l’exemple « Françaises, Français ».

 

 

Mais les exemples de ces formules ne manquent pas. Je pense à « cellule de crise », qui montre que le responsable politique est bien à son poste, l’œil vigilant, la main prête à passer à l’action. Je pense à « commencer son travail de deuil », qui, lors du procès d’un meurtrier, sous prétexte de valoriser la victime, occulte la nécessité d’une justice juste pour que le citoyen normal puisse recommencer à dormir paisiblement.

 

 

Je pense à « cellule psychologique », qui voit des autorités proches des gens, des « vrais gens », et prêtes à les entourer de leurs soins et de leur prévenance suite au traumatisme subi. Je pense à « devoir de mémoire », qui appelle la prise en compte du passé historique, particulièrement de ses moments tragiques. Rappelez-vous, sous SARKOZY, la lettre de Guy Môquet et le parrainage d’enfants morts à Auschwitz par des écoliers.  

 

 

Je pense à l’expression horrible « la foule des anonymes », dont le journaliste ordinaire et catastrophique (père, pardonnez-lui, parce qu’il ne sait pas ce qu’il dit) se repaît, dès que lui incombe la tâche de narrer par le menu et dans le détail tout le pittoresque d’une cérémonie funèbre. Après la liste des interdits, donc, la liste des commandements.

 

 

S’inspirant de VICTOR KLEMPERER, ERIC HAZAN a écrit en 2006 LQR – La Propagande au quotidien (Editions Raisons d’agir). LQR signifie « langue de la cinquième République ». Ce petit livre (122 pages) n’a pas l’ampleur, la portée et l’ambition de LTI – Notizbuch eines Philologen de son ancêtre KLEMPERER.

 

 

VICTOR KLEMPERER était juif, et son livre est l’aboutissement d’un travail de longue haleine, qui couvre toute la durée de l’hitlérisme au pouvoir (13 ans). ERIC HAZAN fait néanmoins œuvre utile et réjouissante, en étalant au grand jour la prétention et la cuistrerie des Trissotin qui nous gouvernent, dont le vocabulaire apparemment sensé n’est finalement qu’un nouveau masque du mensonge politique.

 

 

Il montre en particulier que la foule, en intériorisant le langage des puissants, intègre de ce fait l’attitude de soumission qu’ils attendent. Il cite, p. 21, cette histoire, racontée par KLEMPERER, du docteur P., juif, qui « faisait siens tous les propos antisémites des nazis, spécialement ceux de Hitler (…). Il ne pouvait probablement plus juger lui-même dans quelle mesure il se raillait du Führer, dans quelle mesure il se raillait de lui-même et dans quelle mesure ce langage d’humiliation volontaire était devenu sa seconde nature ».

 

 

« La vérité c’est qu’on n’a jamais vu pareille docilité des masses. Parce qu’il n’y eut jamais tant de moyens de les conditionner à son gré », écrit ALEXANDRE VIALATTE. On peut à bon droit s’inquiéter du degré d’intériorisation de la soumission des esprits auquel nous a conduits le règne actuel de la télévision, qui assure le règne hégémonique voire totalitaire de la PROPAGANDE.

 

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

vendredi, 06 juillet 2012

UN PARFUM DE TROISIEME REICH (1)

Bérurier, vous savez, c’est, pour le commissaire San Antonio, comme un alter-ego, mais ce que San Antonio est en propre, jeune premier et séduisant, Bérurier l’est en sale, et le plus souvent répugnant. N’empêche que FREDERIC DARD a élaboré un sacré personnage : gras du bide, la braguette ouverte, c’est lui qui s’arrache les poils du nez et laisse échapper une larme suite à l’opération.

DARD F BERURIER.jpg 

LE "GRAVOS"

 

Dans Votez Bérurier (Fleuve Noir n° 56, 1964), comme il y a une élection municipale dans le village de Bellecombe, où le commissaire enquête, l’inspecteur, incognito, se porte candidat, et son discours de candidature débute sur ces fortes paroles : « Bellecombais, Bellecombaises… ». L’amateur que je suis raffole de ces petites facéties de l’écrivain, même si l’adjoint de San Antonio se permet de faire passer les messieurs avant les dames, sans quoi l'effet du jeu de mots serait raté. Mais Bérurier n’est pas un homme politique.

 

 

Car oui, l’homme politique, élevé dans la langue de bois maternelle et le « politiquement correct », inverse et déclare : « Les Françaises et les Français… ». Le maire de Paris : « Les Parisiennes et les Parisiens… », de Marseille : « Les Marseillaises et les Marseillais… ». Qu’y a-t-il là de politiquement correct, me dira-t-on ?

 

 

Eh bien, tout simplement qu'en bonne grammaire, le masculin est « générique », alors que le féminin est « marqué ». On dit aussi : le masculin l’emporte sur le féminin, mais c’est mal vu et C'EST EXACTEMENT ÇA, le politiquement correct : cette formule est une insulte à l’égalité de l’homme et de la femme. Inutile (ou utile au contraire) de dire que l’idée même d’insulte est proprement ridicule.

 

 

La pensée choisit peut-être les mots capables de l'exprimer, c'est bien possible, mais aujourd'hui, les mots médiatisés façonnent la pensée des masses. Sinon, je ne comprends pas comment NICOLAS SARKOZY a pu être élu en 2007, pas plus que FRANÇOIS HOLLANDE en 2012. On appelle ça la PROPAGANDE (lisez Propaganda, d'EDWARD BERNAYS, le neveu de SIGMUND FREUD, un des principaux inventeurs de la gestion des populations au vingtième siècle).  

 

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VICTOR KLEMPERER, L'HUMBLE ET NOBLE

SCRIBE DE LA LANGUE HITLERIENNE

 

VICTOR KLEMPERER a écrit un ouvrage mémorable sur la langue du III° Reich : LTI – Notes d’un philologue, paru en 1947 (édition Pocket, collection Agora, n° 202), où LTI signifie, en français, Langue du Troisième Reich (« Lingua Tertii Imperii »). George Orwell, en 1948 (dans le livre plus célèbre que lu 1984), imagina la « Novlangue », autrement dit la réécriture de l’histoire et de la réalité (voir les retouches de photos officielles sous STALINE).

 

 

Le point commun de toutes ces conquêtes impériales de la langue de tous, celle que nous parlons, c’est la généralisation de l’euphémisme : on ne dit plus « élève borné » ou « cancre », mais « apprenant à apprentissage différé », car il ne faut plus humilier personne, dans notre société d’égalité (handicapés, femmes, homosexuels, arabes, noirs, juifs et tutti quanti), ce qui est un progrès indéniable et décisif, n’est-ce pas.

 

 

Cela veut dire qu’on a le droit d’être con ou salaud (on est en démocratie), mais personne n’a le droit de le dire, sous peine de correctionnelle (on est sous l’œil des miradors et des gardes-chiourme, il paraît que c’est compatible avec la démocratie, si, si !). Il est désormais interdit de porter un jugement. Je ne suis d'ailleurs pas sûr qu'il soit encore permis d'exercer son jugement, comme nous l'ont enseigné les LUMIERES.

 

 

Mais il faut aussi compter avec la liste toujours plus longue des interdits : le vrai et juste combat des minorités américaines (les noirs, pour tout dire) pour la reconnaissance de leurs droits a abouti paradoxalement à installer une POLICE DE LA LANGUE (on ne dit plus un noir, mais un Africain-Américain, alors même qu'entre eux, les noirs s'interpellent "hey, nigga" ; on ne dit plus un nain, mot affreux, mais une « personne contrariée dans sa croissance verticale »), en attendant la POLICE DE LA PENSEE, qui s’est déjà imposée dans le paysage.

 

 

On ne doit plus, aux Etats-Unis, dire "un noir", mais un "africain-américain". Il n'y a plus de "bombardements", mais des "frappes", éventuellement "chirurgicales". Il n'y a plus de "victimes civiles", mais des "dommages collatéraux". On ne parle ni de "rigueur", ni d'"austérité", mais "du sérieux dans la gestion comptable des deniers publics". Je pourrais continuer longtemps.

 

 

 

 Attention, mon frère, aux mots que tu prends pour parler des handicapés, des femmes, des homosexuels, des arabes, des noirs, des juifs (surtout des juifs, mais ils sont talonnés, pour ce qui est des moyens de pression) et des tutti quanti.

 

 

FRANÇOIS RABELAIS, en son temps, eut des problèmes avec les autorités et la justice, mais jamais pour une histoire de mots : ce sont les idées qui sont ou non porteuses de force, subversive ou non. De nos jours, la police a resserré son étreinte : il ne s’agit plus d’idées subversives – puisque plus RIEN n’est désormais subversif (c’est la société tout entière qui se subvertit elle-même en permanence), du fait même que TOUT est en soi subversif (se prétend tel, ou est célébré comme tel, évidemment). Du coup, le policier et le juge s'en prennent aux mots mêmes.

 

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

A suivre.

 

 

 

 

mercredi, 18 avril 2012

N'AYEZ PAS PEUR !

Allez, aujourd'hui, je reviens à l'actualité.

 

 

J’en ai soupé depuis le début, de l’élection présidentielle, depuis qu’elle a commencé, non, depuis qu’elle a été annoncée, non, depuis que son profil impérieux s’est imprimé au loin sur l’horizon de la « République Française ». Le vainqueur sera-t-il Monsieur MENTEUR EN CHEF  (NICOLAS SARKOZY) ? Sera-t-il Monsieur CHAMPION DES BLUFFEURS (FRANÇOIS HOLLANDE) ?

 

 

En tout cas, les professionnels du brassage de vent que sont les entrepreneurs de sondages nous le promettent : n’ayez pas peur, ce sera « bluffeur » ou « menteur ». Le premier tour est plié, on vous dit. Moi, je vous le dis, si je votais, ce que je n’ai pas l’intention de faire, j’apporterais ma voix à un des candidats que les sondeurs créditent actuellement d’environ 1 % des voix. C’est vous dire si ce serait un « vote utile ».

 

 

Vous aimeriez que je vous dise, hein, bande de curieux. N’ayez pas peur, je vais vous le dire : si je votais, ce serait pour le seul qui ne bluffe pas, même si l’on peut trouver qu’il rêve un peu : NICOLAS DUPONT-AIGNAN.

 

 

C’est le seul à ne pas baratiner (avec POUTOU ?). C’est le seul (avec MELENCHON ? Avec LE PEN ?) à mettre à son programme l’abrogation de la loi de 1973, qui oblige l’Etat français à emprunter au prix fort aux banques privées, aux dépens des contribuables, et qui lui interdit d’emprunter à 0 % à la Banque de France. C’est le seul à voir où il reste encore quelques traces de ce qu’on appela autrefois l’aujourd’hui défunte « souveraineté nationale ».

 

 

Ceux qui n’en parlent pas, de deux choses l’une : soit ils ignorent totalement ce point, soit ils ne veulent surtout pas toucher au système (rappelez-vous SARKOZY annonçant une grande offensive contre les paradis fiscaux, dont les paradis en question se gondolent encore). En tout cas, quand j’ouvre les écoutilles sur la présente « campagne », ça me les pollue vilainement, les écoutilles, car j’entends du blabla, et encore du blabla.

 

 

C’est à qui bonira les plus belles craques de camelot. Pour les gens surpris par « bonira », je rappelle qu’OSS 117, le vrai, celui de JEAN BRUCE, s’appelle, de son « vrai » nom, Hubert Bonisseur de la Bath. Or le « bonisseur » (même racine que boniment), c’est le gars, en général jovial et sympathique, qui est fait (parce qu’il dégoise à merveille) pour vous vendre, sur les marchés, le produit vaisselle miracle, le coupe-légumes miracle, la serpillière miracle. Je propose de traduire la vraie fonction du personnage par la vieille expression : « Vous me la baillez belle ».

 

 

Autrement dit : « Mon œil ! ». Et cette campagne, c’est la foire aux bonisseurs de la bath. Quoi, ça a toujours été ? Bien sûr ! Mais ce qui change, aujourd'hui, c'est le côté abyssal du décalage entre les mots et la réalité. Ils ont beau se dire "modernes", les candidats usent (médias à l'appui) de ficelles archaïques. De ficelles usées jusqu'à la la corde, si l'on me pardonne l'expression.

 

 

Dans ce flot de blablateries et de trouducuteries, il arrive cependant que les quatre pattes fatiguées de mon œil morne dressent un moment l’oreille, au détour d’une phrase. C’est ainsi que s’est dessiné, sur le champ de labour de ma pauvre face ravinée par les pluies de promesses démagogiques, épuisée du spectacle donné par les deux clowns « principaux » qui s’efforcent, à grands coups de cabinets de communication, de faire rire le public enfantin, infantile et puéril réuni autour d’eux, au choix, sur le parking de la Concorde ou sur le parking de Vincennes, le dernier des rares sourires crispés qu’est arrivée jusque-là à me tirer cette « campagne » (pour ceux qui ont du mal avec cette phrase, "sourires" est sujet du verbe "s'est dessiné").

 

 

Ce fut une phrase prononcée par NICOLAS SARKOZY, dimanche 15 avril. C’est d’ailleurs ce qui me fait dire que si le comble du culot et du mensonge cynique portait un nom, ce serait celui de l’actuel président, dont le patrimoine personnel a augmenté, durant son quinquennat, de 600.000 euros (et le pouce). Tudieu, c'était donc ça, le « Travailler plus pour gagner plus » ! C'était donc ça, bugne que j'étais !

 

 

Il y eut, rappelez-vous, JEAN JAURÈS, GUY MÔQUET, LEON BLUM et quelques autres. Et là, qu’est-ce qu’il ose sortir ? La première parole qu’ait prononcée JEAN-PAUL II après son élection, place Saint-Pierre : « Non abbiate paoura ! ». « N’ayez pas peur ». Et SARKOZY l’a dit, il a osé le dire, il n’a pas eu honte, puisqu’il n’a tellement honte de rien qu’on peut dire que c’est un « SANS VERGOGNE ». Il a dit : « N’AYEZ PAS PEUR ». Sauf que là, il le dit avant l’élection. Ça laisse un espoir ?

 

 

 

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EH, LES MAMIES, IL NE VOUS FAIT PAS PEUR, CE TYPE ? 

 

C’est une démarche assez désespérée, je trouve. Oui, je sais, le but, c’est de donner successivement à toutes les catégories de la population l’impression qu’on s’adresse à chacune en particulier. Mais à force de piocher, de prendre du fourrage sur toute l’étendue de la mangeoire électorale, de l’extrême-droite à l’extrême-gauche en passant par la religion, vous ne croyez pas qu’à la longue, les électeurs de droite, de gauche, de devant et de derrière vont avoir du « shimmy » dans la vision (capitaine Haddock, Les Bijoux de la Castafiore, p. 50, je tiens à être précis dans le choix et la source de mes références) ?

 

 

Du trouble dans le bulletin de vote ? Du pêle-mêle dans la réception du message ? A force de vouloir représenter à lui tout seul l’intégralité de l’offre électorale, tout ce qu’il réussit à faire, NICOLAS SARKOZY, c’est de transformer la campagne en hypermarché. Pas sûr que la demande suive, parce qu’à la longue, ça finit par gaver. N’ayez pas peur. NICOLAS SARKOZY, quoi qu’il arrive, continuera à FAIRE SEMBLANT de s’occuper de tout.

 

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

A finir demain.

 

 

lundi, 20 février 2012

CARLA BRUNI NE FAIT PAS DE POLITIQUE

C’est entendu, une femme de candidat ne fait pas de politique. C’est sûr. On le croit volontiers. La preuve, c’est qu’on la voit en une d’un certain nombre de « news magazines ». Je ne suis pas sûr que TV magazine en soit un. En tout cas, CARLA BRUNI y a droit à quatre pages, dont une et demie d’une grande photo avec elle regardant la télé, une autre assise derrière un poste cathodique sur lequel elle s’appuie, et une feuilletant TV magazine. Sur toutes les photos, elle est très habillée, et décontractée. Que cela paraisse le jour même du premier grand meeting de campagne de monsieur BRUNI, c’est forcément un hasard, n’est-ce pas ?

 

 

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MAIS ÇA, C'ETAIT AVANT

(notez la cicatrice)

 

L’agence de com a donc fait son boulot : CARLA BRUNI est parfaite dans le rôle, qu’elle joue avec un sens très élevé de l’engagement personnel – le rôle de la pétasse de moins de cinquante ans, « téléspectatrice attentive » de surcroît. « Oui, j’ai souvent regardé Plus belle la vie avec ma fille dans les bras ces derniers temps. (Rires.) » On est content de l’apprendre.

 

 

Je vous révèle les émissions qu’elle aime et a aimé regarder : L’amour est dans le pré, Nouvelle star, Star Academy, et d’autres encore. Non, tout ça me tombe déjà des mains, et j’ai assez vu le minois. Laissons-la bêtifier.  En fait, je voulais vous parler de cette personne pour une seule raison, un propos qu’elle tient dans cette interview de TV Magazine. Sachez quand même qu’elle rêve de participer à Rendez-vous en terre inconnue, qu’elle l’a dit à son mari, « qui a levé les sourcils en signe d’étonnement ». Avouez qu’il fallait que ce fût dit.

 

 

A la question de N. VOLLAIRE : « Avez-vous un projet précis en tête ? », elle répond cette chose concernée, sublime et généreuse : « Oui, il s’agit d’une série de programmes courts, qui traite de la prévention contre l’illettrisme chez les tout-petits ». Pour ceux qui ne se taperaient pas déjà le derrière par terre, la formule à relever est « l’illettrisme chez les tout-petits ». En matière d’oxymore, c’est une vraie innovation.

 

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GRAND LECTEUR, ET DEJA ILLETTRÉ

 

Je ne sais pas qui lui a déniché la trouvaille, mais n’est-elle pas d’une saveur exceptionnelle ? Je ne sais pas ce qu’est un « tout-petit » pour CARLA BRUNI, je dirai simplement qu’elle en a une vue éminemment extensive. Il me semblait que les enfants apprennent à lire autour de 5 ou 6 ans, qu’ils ont quelques années d’école ensuite, et que l’illettrisme concerne ceux qui, sortis de l’école, ont perdu la lecture faute d’un enracinement par la pratique. Sont-ils encore des « tout-petits » ?

 

 

Bref, CARLA BRUNI (c’est-à-dire la personne qui a rédigé les réponses) a perdu une excellente occasion de se taire.

 

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

 

 

 

 

vendredi, 27 janvier 2012

PROPAGANDE ET DEMOCRATIE (fin)

Résumé : les succès de SARKOZY sont bâtis sur une grosse machine à PROPAGANDE. Le Parti Socialiste a beaucoup réfléchi et, après mûre réflexion, a fini par se dire : « Pourquoi pas moi ? ».

 

 

Donc cette fois, qu’est-ce qu’on a mis en face de NICOLAS SARKOZY, comme produit ? On a troqué la preuse (ben oui, pourquoi y aurait pas de féminin à « preux » ? Vous voyez que j’ai l’esprit et la grammaire larges) héroïne nationale, SEGOLENE ROYAL, contre un fromage de HOLLANDE qui, à vue de nez, ne sort pas tout frais de la fabrique.

 

 

 

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LA BLAGUE EST UN PEU FACILE, MAIS INEVITABLE 

 

Ce n’est pas faute de conseillers en communication (chargés précisément du packaging du produit). Mais cette fois, promis, on va faire moins amateurs. Bon, c’est vrai, le moteur tourne de temps en temps sur « trois pattes », mais on a des bons mécanos dans l’équipe. Vous allez voir ce que vous allez voir. Roule Raoul.

 

 

Ce qui est sûr, c’est que la com’ de SARKOZY en 2007 n’est pas tombée dans l’œil d’un paralytique, et que le verrouillage des images n’est pas tombé dans l’oreille d’un aveugle. Au « grand meeting inaugural de la campagne de FRANÇOIS HOLLANDE », au Bourget, dimanche dernier, c’est une officine du Parti « Socialiste » (ou payée par lui) qui a exclusivement fourni les images offertes par la télévision dans la soirée. Exactement ce qu'avait fait SARKOZY en 2007. Entre eux, ils se piquent les trucs qui marchent. Enfin, ils espèrent que ça marche.

 

 

Ouverture de la parenthèse sur la bande-son du « meeting-du-Bourget-de-FRANÇOIS-HOLLANDE ».

 

 

C’est sûr qu’elle a été particulièrement soignée. On se serait cru chez STANLEY KUBRICK en personne, l’orfèvre en matière de bande-son, un des rares cinéastes à avoir fait des films qui « s’écoutent » vraiment. Tiens, regardez voir Eyes wide shut, et écoutez le piano obsédant de GYÖRGY LIGETI.

 

 

Au Bourget, je ne sais pas si vous avez fait attention à ça. Vous entendez l’orateur – mais est-ce que FRANÇOIS HOLLANDE est un orateur ? Ecoutez bien, vous entendez autre chose en même temps : la foule l’acclame pendant qu’il parle. C’est une acclamation EN CONTINU. Etonnant, la clameur collective semble ne jamais s’interrompre. Un sourd rugissement, venu du fond des êtres, sert de socle constant aux envolées du candidat du Parti « Socialiste ».

 

 

La foule trépigne donc sur place. L’orateur, pour donner l’impression que c’est lui qui déclenche cet enthousiasme, en même temps qu’il domine la situation, doit pousser sa voix. Le public est si heureux d’avoir trouvé le chef charismatique, qu’il l’incite à se dépasser, et le chef est tellement charismatique qu’il déclenche l’hystérie du public. La clameur le dispute à l’orateur dans des assauts alternés d’intensité et d’enchantement. J’ai trouvé ça spectaculaire.

 

 

Dans la tradition du discours de campagne, le public laissait sagement le chef développer un thème. Puis, lorsque le point culminant avait été atteint et que des mots qui marqueront forcément l’histoire avaient été prononcés, dans un élan lyrique particulièrement réussi, il laissait jaillir son allégresse comme un « sonneztrompettes éclatantes, taratata, taratata » (chœur des enfants au début de Carmen).

 

 

Ici, me semble-t-il, le Parti « Socialiste » a mis au point dans ses laboratoires de propagande une belle innovation : la manifestation permanente d’un enthousiasme collectif qui ne demande qu’à se répandre, à se propager dans la population entière, après avoir été dûment enregistrée dans la boîte aux images. On n'arrête pas un peuple enthousiaste qui déferle sur la place Tahrir. C'est l'effet de masse. Le peuple en marche est irrésistible. C'est le message des communicants du Parti « Socialiste ».

 

 

Tout cela est très au point, vraiment. Car évidemment destiné au sacro-saint « 20 heures » de TF1. C'est important, l’élaboration de la bande-son. J’espère que les « chauffeurs de salle » ont été dûment rémunérés, voire récompensés. Qu’on se le dise : le Parti « Socialiste » non plus, ne laissera rien au hasard, en 2012, pour ce qui est de la « communication ».

 

 

Clôture de la parenthèse.

 

 

Cela veut dire une chose : la machine à PROPAGANDE, qu’on soit à gauche ou à droite, tourne à plein régime. Bon, c’est vrai, je me suis déjà interrogé sur l’épaisseur de la feuille de papier à cigarettes qui sépare la droite de la gauche.

 

 

 

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C'EST-Y PAS BEAU ?

(le candidat avant son régime)

 

Et BERNARD ACCOYER peut toujours dire que si FRANÇOIS HOLLANDE est élu, la France subira un désastre comparable à celui d’une guerre. « Paroles verbales ». Mauvais cinéma. Gesticulation théâtrale. Car il faut posséder un nuancier excessivement précis, ou une balance de revendeur de haschich pour apprécier ou peser la différence entre P. S. et U. M. P.

 

 

Oui, je sais, on va encore me dire que j’exagère. Que le bipartisme existe toujours bel et bien en France. Et patali et patala. C’est vrai, on met une pincée de social et de redistributif d’un côté, on insiste de l’autre sur la sécurité et la performance économique.

 

 

Mais regardez 1983 : c’est bien le Parti « Socialiste » et FRANÇOIS MITTERRAND qui se sont convertis une fois pour toutes à l’économie de marché, à la concurrence « libre et non faussée », bref, à l’ultralibéralisme. Et qu’ils ont froidement laissé tomber, disons le mot : trahi les « couches populaires ».

 

 

Ce faisant, il faut le reconnaître, ils ont bien anticipé la chute du Mur de Berlin, la défaite du (soi-disant) « communisme » et le triomphe aveuglant du capitalisme, du libéralisme et de la finance débridée. Ont-ils pour autant eu raison de le faire ? Moi, je dis non.

 

 

Du coup, comme il n’y a plus qu’un seul système, mais que ça serait compliqué et risqué de le dire, gauche et droite sont obligés de faire comme si la guerre froide continuait. Ils sont tous obligés d’aller fouiller dans les poubelles de l’Histoire pour dénicher des « thèmes » qui les démarqueront de l’adversaire. A condition de ne pas se les faire piquer (cf. les GUY MÔQUET, JEAN JAURÈS sortis de la bouche de SARKOZY ; remarquez, MARINE LE PEN s’est bien mise à parler de « justice sociale » et de « redistribution »).

 

 

On n’est plus dans la politique. On est bien dans l’argumentation publicitaire. En débat public, ils haussent le ton comme au théâtre pour faire croire qu’ils s’engueulent et que de vraies « convictions » antagonistes les habitent et les opposent, irréconciliables. Mais regardez-les, les larrons en foire, les margoulins qui surveillent les clôtures des prés où leurs bêtes pâturent. S’agirait pas que le maquignon d’en face me pique la Blanchette, sinon qu’est-ce qui va me rester comme fromage ?

 

 

Il y a quand même quelques indices qui laisseraient presque des raisons d’espérer. Je ne sais pas si j’ai raison, mais il me semble que, si la machine à PROPAGANDE turbine plus fort que jamais, son rendement baisse de façon spectaculaire. Comme si la production d’automobiles régressait vers ses premiers âges, quand on faisait des moteurs de 200 CV qui tiraient péniblement la bagnole à 40 km / h.

 

 

Je ne voudrais pas trop m’aventurer, mais j’ai comme l’impression que le BARATIN a un peu plus de mal à faire de l’effet. Alors je voudrais vous dire que si, le 22 avril 2012, soir du premier tour de la présidentielle, j’entends qu’au deuxième tour, ce sera BAYROU contre LE PEN, je débouche le champagne.

 

 

Vrai, si les deux GEOLIERS (les deux GARDE-CHIOURME, si vous préférez) de la vie politique en France se font blackbouler, le lendemain matin, les flics pourront à bon droit et raison me placer en cellule de dégrisement pour une semaine. Et je redeviens OPTIMISTE, promis, juré, craché. Même si je ne me berce de nulle illusion quant à la nature profonde de FRANÇOIS BAYROU et de MARINE LE PEN.

 

 

Rien que la perspective d’un Parti Socialiste dans les choux et d’un U. M. P. dans les pommes, ça me donnerait une de ces patates !

 

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

 

 

 

 

 

jeudi, 26 janvier 2012

PROPAGANDE ET DEMOCRATIE

C’est très curieux, une campagne électorale. Regardez celle de 2007 : tout est verrouillé, autour de NICOLAS SARKOZY. Je pense à cette photo de lui à cheval, en Camargue, paradant à proximité d’une charrette à foin tirée par un tracteur, sur laquelle la foule des photographes de presse a été vivement invitée à monter, au point que plusieurs sont en équilibre instable. Pas une image ne doit montrer le bout du nez en dehors de celles prévues par l’U. M. P. (ou l’officine de prod. qui en tenait lieu).

 

 

Car SARKOZY avait inventé, enfin, non, plutôt piqué aux Américains, le contrôle intégral des images distribuées dans les médias : une boîte de production payée par l’U. M. P. avait fabriqué 100 % des images vues alors à la télévision.

 

 

 

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NICOLAS SARKOZY A LA MAIN HEUREUSE QUI LE DEMANGE

 

 

Une manière de dire aux médias : vous êtes des moins que rien. Si vous croyez pouvoir jeter un œil critique sur notre campagne, vous vous fourrez le doigt dedans. C’est nous qui sommes chargés de la publicité. Et personne d’autre. Sur la base du principe : « Qui maîtrise les images maîtrise la réalité ».

 

 

Résultat, les gens n’ont vu que du papier millimétré, intégralement élaboré dans le laboratoire d’une officine privée, spécifiquement rémunérée pour ça. Ils n’ont rien vu d’autre, dans le pays qui célèbre régulièrement la liberté de la presse, que des images plus lisses et brillantes que des fesses de bébé sorti du bain. Cela signifie une chose précise et inquiétante : nous vivons désormais à l’ère de la PROPAGANDE, et d’une propagande qui s’affiche de plus en plus éhontément comme telle.

 

 

Pas du subliminal, non, de l’explicite bien net et bien franc. Enfin pas tout à fait, parce qu’il fallait être au courant des secrets de fabrication, sinon, on était devant ces images comme devant un film de cinéma ou une pause publicitaire : on gobait, un point c’est tout.

 

 

Parce qu’au cinéma, si vous n’êtes pas du métier, vous ne vous demandez pas si le plan est rapproché, américain ou éloigné, de quelle façon le film a été monté ou quels sont les angles préférés du cinéaste : un film, ça marche ou ça ne marche pas. Si ça marche, vous gobez, sinon, vous sortez. Sauf si vous vous dites que c’est bête d’avoir payé la place pour rien.

 

 

En face, en 2007, c’est sûr, ça faisait un peu amateur. SEGOLENE ROYAL, on a tout su de la conception et de la réalisation de sa campagne. On a su qu’elle avait un metteur en scène de cirque pour ses meetings, un habilleur, et tout le toutim. On n’a rien ignoré du nouveau flou de ses cheveux et de sa longue tunique, de la symbolique de ses couleurs, le bleu et le blanc de JEANNE D’ARC, j’en passe, et des meilleures, comme disait VICTOR HUGO (Hernani, III, 6).

 

 

On a tout su de ce qui se passait dans les coulisses de la candidate. On n’a rien su de la fabrique des images qui a vendu celle du produit NICOLAS SARKOZY. Le « marketing », le « merchandising », le « packaging » du détergent miracle ont fonctionné de façon absolument impeccable.

 

 

Comme le camelot et le produit étaient un seul individu, passez muscade, comme disent les petits escrocs de rue, avec leur bonneteau. Les électeurs ont acheté. Il leur a fallu quelques années pour déballer le détergent révolutionnaire, et se rendre compte que c’était de la poudre de perlimpinpin. Cela prouve une chose : que la PROPAGANDE, ça marche.

 

 

 

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L'HYENE VOUS SALUE BIEN

 

 

 

Et ce n’est pas fini. NICOLAS SARKOZY nous la joue en ce moment « homme-courageux-qui-a-ses-faiblesses », sur le mode « si je perds, je quitte la politique », qui ne veut dire qu’une chose : « aimez-moi, je vous en supplie », sanglotez, violons !

 

 

Le packaging va forcément être révisé, la révision des cinq ans, je vous la rends comme neuve. Mais la poudre est toujours la même perlimpinpin, celle de la fée qui transforme la citrouille en carrosse et Cendrillon en princesse, attention, jusqu’à minuit pas plus. Après, tant pis pour toi. Tu reviens à pinces.

 

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

Demain, promis, on goûte le fromage de HOLLANDE. Est-ce du Gouda (prononcer raouda, comme la ville), du frison, du leyden, du leerdamer, de la mimolette, du limbourg ? Le suspense est à son comble.

 


 

mercredi, 18 janvier 2012

CHERIE, J'AI RETRECI LA DEMOCRATIE !

Résumé : je chante, en m'appuyant sur son petit bouquin (Propaganda, éditions Zones-La Découverte, 12 euros), les louanges d’EDWARD BERNAYS, l’inventeur de la manipulation des foules et de la propagande comme seul moyen de gouvernement « démocratique » dans les sociétés de masse.

 

 

***

 

 

C’est au pays de la « libre Amérique » qu’a été adopté, en 1791, le mythique « premier amendement », interdisant au Congrès de prescrire ou proscrire en matière de religion, d’expression, etc. BERNAYS, c’est le moins qu’on puisse dire, juge que la liberté c’est très bien, à condition qu’elle soit « organisée ». Je ne dis pas qu’il a forcément tort. Je regarde.

 

 

Il énumère les multiples associations, les multiples organes de presse, les multiples salons organisés à Cleveland, etc., pour dire que les opinions se forgent dans une infinité de lieux, circulent le long d’une infinité de canaux. Mais pour dire aussi que chaque individu appartient à plusieurs cercles.

 

 

Il conclut : « Cette structure invisible qui lie inextricablement groupes et associations est le mécanisme qu’a trouvé la démocratie pour organiser son esprit de groupe et simplifier sa vie collective ».

 

 

Simplifier la vie collective : c’est une obsession. EDWARD BERNAYS aime l’ordre, qu’on se le dise. Tiens, quand il cite NAPOLEON, c’est ceci : « Savez-vous ce que j’admire le plus dans le monde ? C’est l’impuissance de la force pour organiser quelque chose ». Il aurait fallu dire ça à GEORGE W. BUSH, avant qu’il exporte ses caprices en Afghanistan et en Irak.

 

 

BERNAYS prône donc la douceur pour atteindre le même but. Ne pas assener, ne pas forcer, ne pas prendre de front. Mais insinuer, suggérer, et avant tout, comprendre. En gros et pour résumer : comprendre qui est le suiveur de qui, pour, en dernier ressort, agir sur le groupe par celui que les autres suivent. Ce qui l’intéresse, ce n’est pas le domaine d’activité du groupe (politique, religion, commerce, etc.), c’est la structure qui organise le groupe.

 

 

Déjà et d’une, il veut réhabiliter le beau mot de « propagande » : « tout effort organisé pour propager une croyance ou une doctrine particulière ». C’est dommage que ce joli terme ait pu être pris en mauvaise part, par suite de circonstances malheureuses ou détestables. Franchement, qu’y a-t-il de plus noble que le prosélytisme, cette démarche qui consiste à essayer d'embrigader un voisin, puis dix, etc. ?

 

 

De toute façon, sa thèse est claire : « Ce qu’il faut retenir, c’est d’abord que la propagande est universelle et permanente ; ensuite, qu’au bout du compte, elle revient à enrégimenter l’opinion publique, exactement comme une armée enrégimente les corps de ses soldats ». L’aspect militaire ne lui fait pas peur.

 

 

Au contraire, je dirais qu’il n’est pas pour lui déplaire. D’un certain point de vue, on ne peut pas lui donner tort : quoi de plus carrément organisé qu’une armée ? Mais si cette manipulation, c’est du militaire sans uniforme, et muni seulement d’armes « non létales », ça reste des armes. Si c’est de la police politique (ou de la « police secrète ») sans coercition directe, sans torture, ça reste de la coercition.

 

 

EDWARD BERNAYS passe en revue ce qui est aujourd’hui passé dans les programmes de toutes les écoles de communication, mais qui n’était pas encore établi comme « objet de savoir » au début du 20ème siècle. Il reconnaît, par exemple, sa dette envers WALTER LIPPMANN en ce qui concerne les « relations publiques ». C’est TROTTER et LE BON qui ont déniché la notion de « mentalité collective », foncièrement différente de la mentalité individuelle.

 

 

BERNAYS est de ceux qui pensent que l’individu, par principe, n’agit pas de sa propre initiative, mais suit forcément un leader : « C’est là un des principes les plus fermement établis de la psychologie des foules ». Si le leader est absent, le stéréotype prend sa place et son rôle. Ce n’est pas difficile, une foule, comme psychologie. Ce n’est pas un cortex cérébral, c’est une moelle épinière (seule nécessaire, selon EINSTEIN, pour marcher au pas).  

 

 

Tiens, un joli morceau : « La vapeur qui fait tourner la machine sociale, ce sont les désirs humains. Ce n’est qu’en s’attachant à les sonder que le propagandiste parviendra à contrôler ce vaste mécanisme aux pièces mal emboîtées que forme la société moderne ». La publicité est là tout entière, y compris celle pour la politique.

 

 

Finalement, tout ce que BERNAYS aborde dans son bouquin est devenu aujourd’hui d’une effroyable banalité. C’est devenu « naturel ». C’est devenu la couleur de nos murs, celle que nous ne voyons même plus. Mais ce paysage qu’il compose chapitre après chapitre a fort peu à voir avec la démocratie. Sur la démocratie même, il ne se prononce pas. C’est un pragmatique : il fait avec ce qu’il a.

 

 

Son raisonnement a quand même de quoi faire froid dans le dos : « La voix du peuple n’est que l’expression de l’esprit populaire, lui-même forgé pour le peuple par les leaders en qui il a confiance et par ceux qui savent manipuler l’opinion publique, héritage de préjugés, de symboles et de clichés, à quoi s’ajoutent quelques formules instillées par les leaders ». Dans un tel système, n’est-ce pas, pas besoin d’un dictateur.

 

 

Au sujet de la politique, il cite l’Anglais Disraeli : « Je dois suivre le peuple. Ne suis-je pas son chef ? ». Et ajoute : « Je dois guider le peuple. Ne suis-je pas son serviteur ? ». C’est certain, BERNAYS est un subtil. Mais que pensez-vous de ça : « Il est en effet incompréhensible que les hommes politiques ignorent les procédés commerciaux mis au point par l’industrie » ?

 

 

Je vais rassurer le cadavre d’EDWARD BERNAYS, et lui dire que le temps a largement comblé cette lacune. De toute façon, comme il est mort en 1995, à l’âge canonique de 103 ans, il a eu largement le temps de jouir de l’évolution des choses, et de se féliciter d’avoir apporté à celle-ci une contribution plus que généreuse.

 

 

Bon, j’en ai assez dit sur EDWARD BERNAYS, le trop méconnu bienfaiteur de l’Amérique triomphante en particulier, et du monde capitaliste moderne en général. Si vous ne le connaissiez pas, il y en a assez, je crois, pour vous dégoûter du personnage.  

 

 

Accessoirement, il est bon de se souvenir que l’un des premiers lecteurs attentifs de Propaganda s’appelait JOSEPH GOEBBELS, l’inventeur de la « Propaganda Staffel », de si heureuse mémoire au sein du régime mis en place par un certain ADOLF HITLER. Il est bon de se souvenir aussi que STALINE ne fut pas non plus un trop mauvais élève de BERNAYS.

 

 

Il est bon de savoir que le régime hitlérien, fondé, entre autres, sur la propagande, s’inspire de ce Satan capitaliste américain nommé  EDWARD BERNAYS. J’ai dit, dans des billets précédents, que, par certains aspects, le sang qui coule dans les veines de nos si beaux régimes démocratiques « irréprochables » (terme de SARKOZY) n’est pas aussi éloigné qu’on le voudrait de celui qui a nourri l’organisme hitlérien. N’y a-t-il pas ici quelques éléments de preuve ?

 

 

Vous comprenez peut-être pour quelle raison il y a chez moi quelque chose qui dit, avec les personnages des romans de MICHEL HOUELLEBECQ : « Je n’aime pas ce monde-là ».

 

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

 

 

 

 

 

mardi, 17 janvier 2012

CHERIE, QUI MANIPULE-T-ON, CE SOIR ?

Résumé et sommaire : la démocratie s’est inspirée des totalitarismes. En douceur, elle s’est imprégnée de totalitaire sur plusieurs points : eugénisme, abrutissement télévisuel, contrôle des populations par toutes sortes de moyens : caméras, puces électroniques, facebook, téléphones portables, G. P. S., etc.

 

 

***

 

 

Etre manipulé, c’est donc être gouverné sans le savoir. Etre gouverné sans savoir par qui. Sans savoir comment. Sans s’en rendre compte. On me dira que les Allemands sous HITLER et les Russes sous STALINE savaient qu’ils étaient gouvernés. Ô combien. Et qu’ils auraient souhaité l’être moins, sans doute.

 

 

Mais remplacez la police politique et la délation par l’œil des caméras de surveillance et l’oreille des puces électroniques (pour ne rien dire des puces RFID), le résultat sera aussi vigoureux, mais aura été obtenu en douceur, s’il vous plaît. On a éliminé la violence des procédés, mais on arrive quand même au résultat souhaité. Avec l’adhésion des populations, s’il vous plaît.  

 

 

Cette adhésion n’est pas le moins intéressant, car elle montre que la police n’est plus seulement une force extérieure visible de coercition, mais loge aussi à présent dans une case de toutes les têtes individuelles. Dans un tel système, la police a été intériorisée. Chacun porte en lui-même son flic. Comme le téléphone et l’ordinateur, la police est devenue portable. On la porte sur soi. On la porte en soi.

 

 

Et ça n’a pas grand-chose à voir avec ce que la psychanalyse appelle le « SURMOI », tu sais, ce paquet d'interdit que l'éducation a pour mission de te transmettre dès ton âge le plus tendre, paquet qui sert à t'occuper les mains de l'esprit pour t'empêcher de faire n'importe quoi. La police intérieure n’érige pas seulement des proscriptions, mais aussi des prescriptions.

 

 

Ça veut dire qu'elle te dit ce que tu dois faire. Des choses que tu as l'impression d'avoir envie de les faire, mais que c'est rien que des obligations. Mais des obligations que tu t'es même pas rendu compte qu'elles sont entrées en toi, et que tu sais encore moins comment.

 

 

L’une des caractéristiques du régime totalitaire, selon HANNAH ARENDT, c’est le règne des polices secrètes, polices politiques etc. Il paraît qu'il y a en Syrie, aujourd'hui, pas moins de sept services faits pour ça, dont les attributions se chevauchent pour qu'ils puissent se faire concurrence et se surveiller plus commodément. 

 

 

Regardez l’Angleterre en 2011, les émeutes, les pillages. Eh bien la police en est toujours à courir après les pillards, à les identifier, à les condamner sévèrement. Grâce aux caméras. Vous me direz que ce n’est pas bien de piller. Mais ce n’était pas bien vu non plus de dire du mal de STALINE. Du moins de son vivant.

 

 

Nous sommes en démocratie, oui. Quelque chose me dit pourtant que si l’on voulait regarder d’assez près (et sans passion, s’il vous plaît) les points de ressemblance entre notre monde merveilleux et certaines caractéristiques de l’hitlérisme et du stalinisme, ceux-ci seraient moins honnis des manuels d’histoire, et notre monde merveilleux serait moins ovationné. Que se passerait-il si les gens commençaient à se dire : « l’esprit d’HITLER est en nous » ? Ça ferait une sacrée Pentecôte, vous ne croyez pas ? Et sans les langues de feu de l’Esprit Saint.

 

 

C’est la raison de l’ambiguïté foncière de BEAUVOIS et JOULE. Tenus par leur rigueur « scientifique » à ne pas sortir de leur champ, ils ne font qu’effleurer cette question. Pourtant, il y a peu de chances que BEAUVOIS et JOULE ignorent le nom et l’œuvre d’EDWARD BERNAYS, père fondateur de la manipulation des foules.

 

 

 

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EDWARD BERNAYS

 

 

 

Qui connaît cet immense bienfaiteur de la « démocratie » américaine ?

 

 

« La manipulation consciente, intelligente, des opinions et des habitudes organisées des masses joue un rôle important dans les sociétés démocratiques. Ceux qui manipulent ce mécanisme social imperceptible forment un gouvernement invisible qui dirige véritablement le pays ».

 

 

Voilà ce qu’il dit, EDWARD BERNAYS. En 1928. C’est exactement le premier paragraphe de son livre Propaganda. Ce neveu devenu américain de SIGMUND FREUD a su mettre à profit la découverte principale de son tonton (l’inconscient), et s’en servir pour élaborer sa théorie pour « la manipulation consciente (…) des masses ».

 

 

 

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PUBLICITE POUR LUCKY STRIKE

 

 

 

Une réussite de BERNAYS est d'avoir, lors d'une campagne pour le compte de la marque de cigarettes Lucky Strike, amené la masse des Américaines à fumer, y compris sur et à commencer par la voie publique. Parce que zut, il n'y a pas de raison qu'il n'y ait que les hommes qui ... Je propose en passant de restituer, chaque fois qu'il est utilisé, à la place du terme tout innocent de PUBLICITÉ, le mot PROPAGANDE, plus franc et plus près de la réalité manipulatoire. Dites-vous ça chaque fois que le mot publicité apparaît sur l'écran de la télé.

 

 

 

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"UN VIEUX PREJUGÉ A ETE CHASSÉ"

 

 

 

La question à laquelle s’est efforcé de répondre BERNAYS se situe en amont de celle que je me posais hier ici même : si 60.000.000 de Français (environ, ne chipotons pas) étaient vraiment libres, quel MIRACLE faudrait-il imaginer pour qu’ils désirent et décident, au même moment, de faire la même chose que tout le monde (supermarché, plage, télévision, …), comme ça se passe dans la réalité ?

 

 

On imagine bien le tableau : si, au même moment, 60.000.000 de désirs et de décisions différents surgissent, émanant d’individus parfaitement autonomes et libres, ça ne va pas tarder à être le chaos. Pour BERNAYS, c'est clair : la liberté est une facteur de risque, car elle amène le chaos. Ça va partir dans tous les sens, comme dans un mouvement brownien. Ça va devenir rapidement « ingérable », comme on dit. A côté de ce cataclysme, l’anarchie ressemblerait à de la natation à peu près synchronisée. Il a donc fallu l’inventer, le miracle.

 

 

 

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MOUVEMENT BROWNIEN

 

 

 

Parce que, précisément, ce n’est pas un miracle. Ou, dit autrement, c’est un miracle minutieusement conçu et fabriqué. Par EDWARD BERNAYS. Le sous-titre de son Propaganda, est « Comment manipuler l’opinion en démocratie » (éditions Zones-La Découvertes, 2007, 12 euros). L’auteur a le mérite de la franchise, et n’y va pas par quatre chemins. Ce n’est pas un aveu naïf. C’est la proclamation claire et nette d’une doctrine explicite. EDWARD BERNAYS entend être utile à son pays, et pour cela à faire triompher son idée du Bien.

 

 

 

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EDWARD BERNAYS

MORT EN 1995 à 103 ANS

 

« Théoriquement, chaque citoyen peut voter pour qui il veut. (…)Les électeurs américains se sont cependant vite aperçus que, faute d’organisation et de direction, la dispersion de leurs vois entre, pourquoi pas, des milliers de candidats ne pouvait que produire la confusionLe gouvernement invisible a surgi presque du jour au lendemain, sous forme de partis politiques rudimentaires. » Cela s’appelle limiter les risques de centrifugation.

 

 

Dire que la lecture de ce petit livre (100 pages + la préface) est instructive ne dirait pas grand-chose. Le projet de l’auteur ne souffre pas l’ambiguïté : il s’agit de prescrire « un code de conduite sociale standardisé », d’user de « techniques servant à enrégimenter l’opinion ».

 

 

Pour que ça fonctionne, « la société accepte de laisser à la classe dirigeante et à la propagande le soin d’organiser la libre concurrence ». C’est-y pas merveilleux ? Chaque terme compte : « …organiser la libre concurrence … ». Il s’agit de mettre un peu d’ordre dans la loi de la jungle. En contournant au passage ceux qui sont élus pour écrire les lois.

 

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

A finir, si vous le voulez bien.