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vendredi, 17 juin 2022

MAIGRET + BOURREL = BOUGRET

Le Commissaire Maigret est plus connu que le Commissaire Bourrel, et ce n'est que justice. Car Maigret est un véritable, authentique, incontestable personnage littéraire, auquel j'ai ici même rendu hommage à de nombreuses reprises. Alors que Bourrel est une gentille et familiale fabrication télévisuelle, dont les deux meilleurs moments me semblent toujours être la géniale trompette du générique (vous savez, cette entrée en matière comme un envol vers les sommets de l'aigu, musique de Marc Lanjean, trompette de Pierre Thibaud) et le "Bon dieu mais c'est bien sûr" de la fin, devenu "Bon sang mais c'est bien sûr", sans doute après protestations de l'Eglise catholique, encore puissante à l'époque.

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De ces deux archétypes du policier à la française (qui vaut mieux que le germanique "Inspecteur Derrick", avouez-le), Gotlib a fait une sorte de synthèse hautement délirante et sophistiquée, autant par les stéréotypes assumés que par les déductions suprêmement pataphysiques de l'excellent commissaire Bougret, assisté de l'excellent inspecteur Charolles.

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C'est justement de lui qu'il sera question ici. Attention, pas dans ses occupations principales d'adjoint policier du Commissaire Bougret, mais dans l'obscurité des coulisses administratives de la police judiciaire et du quai des Orfèvres, je veux parler des relations qu'il entretient au fil des épisodes avec la délicieuse Germaine, secrétaire-dactylo de la P.J. On constatera que ces relations, sans suivre une trajectoire bien nette, sont marquées par une mutuelle attraction, parfois passionnée, toujours brutalement interrompue par l'irruption du grand chef, dont on voit la silhouette se découper dans la vitre de la porte.

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Qu'on ne cherche pas, en général, de l'originalité dans les aventures de Bougret et Charolles. Au contraire, Gotlib se vautre avec délectation dans les stéréotypes, auxquels il fait subir, de vignette en vignette, des distorsions légères, quoique lourdes de plein de significations socio-psycho-économo-chrono-logiques.

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Ainsi de ces répliques qui reviennent dans presque chaque épisode : « Comme indice, c'est plutôt faible » ; « Tu me les convoques demain matin pour un interrogatoire » ; « Ah patron, c'que vous êtes fort » ; « En route vers de nouvelles aventures ! », etc.

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Répliques plantées comme des balises, comme des refrains, comme des amers autour desquels viennent danser les variations inventées par l'auteur pour la jubilation du lecteur pour raconter les enquêtes aussi fulgurantes qu'irrésistibles du commissaire Bougret et de l'infatigable et placide inspecteur Charolles, stoïque souffre-douleur à l'occasion.

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Leurs aventures, dans La Rubrique-à-Brac, ne comportent guère plus de sept épisodes, auxquels il faut ajouter celui de "Sherlock Bougres", qui s'éloigne, par anglomanie galopante, des "canons" de la série, et celui de "Bougrex", qui pastiche le film-feuilleton de Louis Feuillade en 1916, au temps du cinéma muet.

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Je ne sais pas si le tandem Bougret-Charolles est la figure la plus marquante de l'univers gotlibien, car mine de rien, le dessinateur est tout de même le père du professeur Burp, zoologiste célèbre quoique, disons ... original, de Superdupont, le super-héros 100% franchouillard et patriote, et de quelques autres personnages bien sentis sortis de son cerveau fertile et de sa main habile.

Pour ceux qui ne sont pas des mordus de Gotlib en général, de la Rubrique-à-Brac en particulier et spécifiquement du Commissaire Bougret, il est bon de savoir que Gotlib, pour les besoins de la série, rassemble quelques copains à lui. Il donne sa propre bobine à l'inspecteur Charolles (qu'il affuble d'une moustache baladeuse et hitléro-compatible) et celle de Gébé (Georges Blondeaux à l'état-civil) au commissaire.humour,bande dessinée,gotlib,revue pilote,rubrique-à-brac,commissaire bougret,

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L'un des suspects, celui que l' "enquête" innocente systématiquement, Aristidès Othon Frédéric Wilfrid, est Fred, auteur de la magnifique série Philémon, reconnaissable à sa moustache, et dont c'est le vrai nom. L'autre a la tête de coupable par prédestination de René Goscinny, patron de la revue Pilote. L'intérêt de la chose, c'est que celui-ci porte ici le nom de Blondeaux Georges, qui se trouve être le patronyme de Gébé, qui a la tête du commissaire – j'espère que vous suivez. Inutile de préciser que Gotlib fait subir à tous ces personnages des traitements graphiques et des métamorphoses variés, incongrus, déroutants et inattendus. 

jeudi, 16 juin 2022

MÉLENCHON ET LA POLICE

DISPONIBLES DANS NOTRE GRANDE SÉRIE : 

LES AVENTURES DE JEAN-LUC MÉLENCHON.

1 - MÉLENCHON PERSISTE ET SIGNE.
2 - MÉLENCHON A LA PLAGE.
3 - MÉLENCHON AGGRAVE SON CAS.
4 - MÉLENCHON FAIT DU SKI.
5 - MÉLENCHON SE FAIT BEAUCOUP D'AMIS.
6 - MÉLENCHON PART EN VACANCES AU VÉNÉZUELA.
7 - MÉLENCHON COSMONAUTE.
8 - MÉLENCHON DÉTECTIVE.
9 - MÉLENCHON SE FAIT ENCORE REMARQUER.
10 - MÉLENCHON JOUE DU PIPEAU.
11 - MÉLENCHON FAIT UNE EXCELLENTE TÊTE DE GONDOLE (suggéré le 17/6 par H., après discussion avec un membre actif de la NUPES au marché).

(Rayez les mentions indésirables et ajoutez autant de titres qu'il vous semblera nécessaire. On pourrait peut-être lancer un concours, non ?) 

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C'est évidemment un dessin de Marcel Gotlib (La Rubrique-à-brac). J'ai juste enlevé deux petites bulles.

mardi, 14 juin 2022

AH VOUS DIRAI-JE MAMAN ...

... OU : COMMENT LA DÉRISION FRACASSE LE RÊVE.

Voilà comment les choses se présentent : Gotlib prend une chansonnette traditionnelle ancienne. Il sait que Mozart en a fait une de ses œuvres les plus connues, avec sa mélodie simplissime qui, dans une tout premier temps, peut faire croire aux apprentis pianistes que l'avenir leur appartient, mais dont les variations qui suivent se chargent très vite de donner une fessée carabinée à leurs chimères.

C'est un peu la même chose avec la double page dans laquelle Gotlib nous livre deux traductions dessinées de la chansonnette. La page 426 est couverte de fioritures, guirlandes, rubans de satin, petites fleurs, petits cœurs, petits oiseaux, petits amours, gracieusetés et courbettes galantes. La page 427, maintenant, se charge d'administrer une volée de bois vert à ces rêveries adolescentes et à la page précédente.

Et Gotlib n'y va pas de main morte. Pour mieux « éparpiller par petits bouts façon puzzle » les jolis sentiments, les bonnes manières et le "bon-goût" exquis hérités du très vieux temps, il nous emmène brutalement dans une cambrousse profonde plus vraie et plus crasse que nature, la France de la glèbe épaisse, de la bouse de vache, des sabots de bois et de la rudesse des vieilles mœurs paysannes. On trouvera ci-dessous quelques-unes de ces vignettes, placées deux à deux en antithèses.

LE RÊVE

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LA RÉALITÉ

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Conclusion, Moralité et Résultat des Courses.

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Gotlib, briseur de rêves ! Bousilleur d'idylles ! Saccageur de mignardises ! Broyeur d'amourettes ! — Bon, cela dit, certains diront peut-être que ce sont la bergère et son gominé perruqué qui euphémisent outrageusement la réalité. Car concrètement, qu'y a-t-il derrière le « Andiam » ("Allons-y !", traduction libre) que le roué Don Giovanni lance à la « giovin principiante » Zerline dans l'opéra de Mozart ?

Et que va-t-il se passer dans le "Temple de l'Amour" dessiné par Gotlib dans l'avant-avant-dernière vignette, celle où - entre autres - un angelot déverse sur les amoureux tout un pot de confiture de groseille (c'est écrit sur l'étiquette) ? Et celle qui suit, où l'Anatole, cul-terreux de profession, par son comportement, explicite clairement l'intention jusque-là cachée de l'innocente chansonnette ? 

Hein ! On sait comment ça finit, ce genre d'histoires ! Vils suborneurs ! Enfin, nous vivons par bonheur à une époque où ça ne risque plus d'arriver : le terrible dragon [#metoo] mène une veille vigilante et griffue. Les jeunes filles naïves et innocentes qui sortent tout juste des couvents ou des pensionnats d'aujourd'hui peuvent être rassurées.

lundi, 13 juin 2022

UNE FACÉTIE DE GOTLIB

ÊTRE LÉONARD (A BRETELLES) OU RIEN.

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Voilà ce qu'on trouve en couverture du gros volume recensant toutes les pièces du grand-œuvre de Maître Gotlib, et rassemblant les cinq volumes immarcescibles de la Rubrique-à-Brac. Je passe sur son "Homme de Vitruve" (Léonard de Vinci) à la bretelle pendante et au "marcel" tire-bouchonné, de même que sur le doigt d'honneur adressé à Adam par Dieu en personne sur le plafond de la Sixtine et en page de garde. Intéressons-nous, pour le moment, à la ligne d'écriture que la coccinelle examine à la loupe et qui est ici rigoureusement illisible. Voici ce que ça donne avec la bonne longueur d'onde (compactée pour rester lisible dans la largeur).

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Même avec une bonne loupe, ça reste hiéroglyphique. Et maintenant, retournons l'énigme, et qu'apparaît-il sous nos yeux ébahis ?

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Voilà Gotlib : il a juste oublié sa liste des courses en pleine façade de son monument (car l'intégrale de la Rubrique-à-brac est un monument). Et pour corser la chose, il nous la donne à lire dans un miroir. Bon, c'est de l'humour. Juste une facétie. Pas besoin d'épiloguer.

dimanche, 12 juin 2022

J'AI LA GUIBOLLE LÉGISLATIVE

ÉLECTION DES DÉPUTÉS, PARFOIS VÉRITABLES LÉGISLATEURS, LE PLUS SOUVENT FIDÈLES, ET MÊME SERVILES EXÉCUTANTS.
***
— QUELLE PROPORTION DE TOUTES LES LOIS VOTÉES PAR LA CHAMBRE DES DÉPUTÉS ONT ETE RÉDIGÉES PAR CES SOI-DISANT LÉGISLATEURS ?
— SI PEU QUE RIEN.

ALORS...

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Dessin de Gotlib (je me suis permis d'effacer quelques infimes détails, superflus pour mon propos).

samedi, 11 juin 2022

UNE FACÉTIE DE GOTLIB

Vous voulez un super-héros 100 % franchouillard et 0 % matière graisseuse de Marvel Comix ? Un super-héros en béret, marcel, charentaises et caleçon de flanelle ? Il existe. Les amateurs connaissent évidemment Superdupont né en 1972 dans la revue Pilote (source BDM) et qui figure dans le tome 5 de cette bible de "l'humour glacé et sophistiqué" qu'est la Rubrique-à-Brac, p.398 et suiv. de Rubrique-à-Brac l'Intégrale (Dargaud,2002).

En 1972, le dessinateur a commencé à s'éloigner de Pilote et de son génial patron René Goscinny, mort en 1977. Il a déjà fomenté, avec ses complices Claire Bretécher (Les Frustrés, Cellulite, etc.) et Mandryka (Le Concombre masqué, ...), la création de cette revue qui va chahuter, et même chambouler le petit monde de la B.D. : L'Echo des Savane. Pilote est une publication destinée à la jeunesse. Et visiblement, Gotlib a envie de s'adresser à un public adulte, de façon moins contrainte que dans cet hebdomadaire trop sage par force et par définition.

J'avoue que lorsque j'ai eu en main le premier numéro de L'Echo, j'ai senti le souffle jubilatoire de l'explosion, en particulier, dans le n°1, celle par laquelle Gotlib dynamitait à coups de sexe quelques-uns des contes pour enfants les plus connus (Blanche-Neige, Le Petit Poucet, Le Petit Chaperon Rouge, etc.). Il donnait aussi libre cours à quelques délires assez joyeux et débridés. Quand je me replonge aujourd'hui dans les B.D. nées de cette explosion, je dois cependant reconnaître que je trouve tout ça vieillot et lourd, voire presque vain. Et pas drôle. Pardon, Gotlib.

Mais trêve de bavardages, je reviens à mon Superdupont et à la facétie annoncée. Oh, ce n'est qu'un détail blotti dans un petit coin de la vignette, un détail fait pour passer (presque) inaperçu aux yeux de la censure vigilante. Regardez plutôt.

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Et maintenant, prenons notre loupe et braquons-la sur le détail visé (deuxième vignette : la colonne Morris abrite l'entrée du repaire de Superdupont, je laisse de côté le chien qui lève la patte).

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Un drôle d'autoportrait, comme une signature insolente placée sous les yeux de Goscinny le patron, juste avant de mettre les voiles vers de nouvelles aventures en compagnie de ses potes. Je dirais volontiers, malgré l'incongruité, que Gotlib fait un pied de nez au garçon sage qu'il a longtemps été pour lâcher les rênes à des fantasmes qui frappaient à la porte de plus en plus impérieusement. En même temps, il pète discrètement au nez de l'establishment de la B.D. jeunesse. 

vendredi, 10 juin 2022

VERS LE VRAI TARZAN

Tout le monde connaît, de près ou de loin, le personnage de Tarzan, cette icône sortie de l'imagination d'Edgar Rice Burroughs en 1912. On sait sans doute aussi qu'une kyrielle de dessinateurs (Foster, Rex Maxon, Juhré, ...) se sont ensuite appliqués, à partir de 1928, à traduire ses aventures en "comic strips" (bandes dessinées). Je passerai sur toutes les aventures cinématographiques du héros, à commencer par son incarnation par Johnny Weissmuller (douze films entre 1930 et 1940).

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Le plus célèbre reste Burne Hogarth (ci-dessus), sans doute à cause de sa façon fort académique de magnifier l'anatomie musculaire du héros. C'est Hogarth qui a définitivement fixé les canons de l'esthétique tarzanienne (tarzanesque ? tarzaniale ? tarzanoïde ? tarzaniforme ?). Il venait apporter la touche finale à tout un processus d'élaboration, dont les multiples et tortueuses étapes qui en ont précédé l'achèvement sont un peu tombées dans l'oubli.

C'est grâce aux patientes et inlassables recherches du professeur Gotlib que nous sommes aujourd'hui en mesure de reconstituer le long et laborieux cheminement de la figure de Tarzan, de la première ébauche malgracieuse à la perfection finale du héros populaire.

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Grolarzan.

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Maigrichonzan.

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Tatarzanzan, le primate archaïque.

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Et puis enfin Tarzan, l'homme civilisé de la forêt.

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Le voilà, le vrai Tarzan : c'est celui qui passe le balai dans la jungle. Encore merci, professeur Gotlib.

***

Note à l'intention des puristes tarzanolâtres : oui, je sais que d'autres artistes sont venus après Hogarth, pour perpétuer l'existence du héros de papier. Oui, les travaux de Dan Barry, de Bob Lubbers, et même de Russ Manning ne sont pas négligeables. Mais j'espère qu'on me permettra de marquer ici une préférence indéfectible (ci-dessous, Tarzan contre les Métabélés : ça, c'est du dessin).

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Note à l'intention des puristes gotlibolâtres : si je me suis permis d'effacer, dans les quelques vignettes retenues, ce qui n'est que décor anecdotique, c'est dans l'intention de laisser jaillir l'essentiel du trait, pour que paraisse dans toute sa force le génie du grand Marcel Gotlib. Halley louïa ! Gloria !

Note à l'intention des mêmes : Grolarzan et Maigrichonzan sont des inventions de Gotlib en personne. L'élucubration Tatarzanzan, c'est "tout de mon cru" (citation du Transcendant Satrape Luc Etienne). 

jeudi, 09 juin 2022

LA REPRODUCTION CHEZ LES AMIBES

Conférence du professeur Gotlib (interdite aux – de 18 ans, vu le caractère très cru de certaines images, à la limite du pornographique).

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Merci, professeur Gotllib, de nous faire partager vos merveilleuses connaissances.

lundi, 06 juin 2022

UNE HISTOIRE DE MÉTHANE ...

... CONTÉE PAR TONTON GOTLIB.

Ou : l'effet de serre expliqué à nos enfants.

On commence à savoir ce que sont le CO², ses tenants, ses aboutissants et la catastrophe future que nos débauches de production et de consommation nous promettent. On connaît sans doute moins le méthane (CH4), à côté duquel le CO² fait figure de lilliputien, de "petit bras", voire de "bras cassé" en matière d'effet de serre.

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 Dessin confondant de précision et d'exactitude, reconnaissons-le.

Certains prédisent que, enfin libérées sous l'action du réchauffement climatique, les gigantesques réserves de CH4 contenues dans les sols surgelés du permafrost (pergélisol si vous voulez) vont bientôt se lancer à l'assaut de l'atmosphère terrestre pour bien faire comprendre à l'humanité ce que "réchauffement" veut dire.

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Accessoirement, quelques bonnes âmes (des âmes damnées ?) incriminent les troupeaux de bovins qui permettent à nos assiettes de se fournir en bavette d'aloyau, pendant de filet, araignée, manteau, entrecôte, poire et autres muscles délectables à déguster saignants.

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La raison de cette incompréhensible vindicte ? Le méthane (CH4) que produisent ces animaux pourtant pacifiques. Les accusateurs des bêtes désignent, quand ils sont mal informés, l'orifice anal par où s'échapperait le gaz criminel. En réalité, le méthane bovi-sourcé s'exhalerait par l'orifice buccal. Ce n'est donc pas un pet, mais un rot, ce dernier bruit moins ignoble que l'autre, c'est du moins ce que dit Montaigne dans ses Essais (authentique).

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Observons les bulles de gaz : c'est ça, le méthane.

Evidemment, plus l'humanité mange de viande bovine, plus la viande, quand elle est encore sur pattes, produit du CH4, c'est humain, pardon, c'est bovin. C'est ce qu'explique très bien le professeur Gotlib en quelques schémas scientifiques éclairants, en détaillant pour nous le mécanisme de la digestion tel qu'il se déroule dans l'estomac complexe de ce bétail généreux.

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Même la coccinelle n'en revient pas.

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Méthane, deuxième service.

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Méthane, troisième service.

Conclusion logique. On l'a compris, l'un des grands responsables de l'effet de serre à l'origine de l'excessif réchauffement climatique est donc un animal herbivore, végétarien et même "végan" (quand on ne lui fait pas absorber des farines issues de l'équarrissage de ses congénères). Avouez qu'on a bien raison de manger de cette viande-là. Merci, professeur Gotlib, pour cet exposé aussi rigoureux que lumineux.

Signé : professeur Burp.

jeudi, 12 août 2021

AVICE A LA POPULATION !

Avis aux opportunistes du samedi soir quand il tombe un 29 février ; aux hyènes en mal d'enfants qui pondent les leurs par le clitoris — authentique, ou du moins entendu ce jour (12 août 2021) sur France Culture — ; aux militants du Mouvement de Libération de la Bessarabie Précolombienne (M.L.B.P.) qui se posent des questions sur l'Origine du Monde ; aux traducteurs de L'Odyssée d'Homère en aoriste moyen sépulcral ; aux filandreux de toutes espèces animales, végétales, minérales, cathédrales et psycho-sociales ; aux complotistes obèses qui voudraient bien lyncher l'auteur de leurs malheurs :

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samedi, 31 juillet 2021

HUMOUR AU 5824ème DEGRÉ ...

... SELON MOEBIUS ET JODOROWSKY (AVEC GOTLIB EN ANGE GARDIEN).

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Pour savoir ce que ça veut dire, un "stéréotype de genre". 

Note: pour l'intelligibilité de l'image, se reporter à la série L'Incal (six volumes ches Les Humanoïdes Associés), qui me fait beaucoup rire.

Note explicative du titre de ce billet (on trouve ça page 53 de l'intégrale Rubrique-A-Brac) :

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jeudi, 18 mars 2021

LA FRANCE CONFINÉE ......

...... ÇA ME RAPPELLE LE SERVICE MILITAIRE.

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On trouve évidemment ce petit bijou (un peu "arrangé" par mes soins) dans La Rubrique-à-brac de l'indispensable Marcel Gotlib. La double page est intitulée "Ah... c'était le bon temps", mais porte le sous-titre "Le réjimant de Papa". Elle est tirée du journal intime de l'élève Chaprot, qui raconte que son père est un homme sérieux qui cause toujours sérieusement quand son ami Monsieur Raffray vient à la maison. « Y'a qu'un truc c'est quand ils se mètent à causer du réjimant. Pasque c'est des copains de réjimant. Sa veut dire qui-z-ont fais le réjimant ensemble. Alors la, quand ils causent du réjiment, ils z arrèttent pas de s'écroulé de rire. "Ha s'étais le bontant" qui disent ». 

Je me plais à imaginer que, dans quelques décennies, une certaine génération — qui aura donc connu cette période de la pandémie désormais plus longue que le dernier service militaire — n'arrêtera pas à son tour de s'écrouler de rire au souvenir des bons tours qu'elle aura joués aux représentants de l'autorité, en organisant des fêtes clandestines, des raves parties sauvages, des clusters illégaux, des festins prohibés ou des beuveries non-réglementaires.

Et que la même génération aura refoulé au plus profond tout ce qu'il y avait de brimades adjudantesques imbéciles dans les mesures de confinement, les couvre-feux et autres trouvailles infantilisantes inventées par le pouvoir, ne gardant en mémoire que la forte impression qu'elle aura vécu en ce temps-là une période intense, enviable et jouissive (comme un certain nombre de ceux qui ont vécu les années de guerre 40-45), quoi qu'en professent très doctement aujourd'hui les maîtres en "cognition sociale" (j'ai appris hier l'existence de cette spécialité professionnelle), et savantasses en quelques sciences humaines et autres pantoufles à cervelles pusillanimes et conceptualisantes.

mardi, 16 mars 2021

CELUI QUI REPEINT SON PLAFOND

Tu connais pas l'histoire de celui qui ... ? C'est un certain monsieur Macron (surnommé Achille Talon) qui repeint le plafond du salon de son pavillon de banlieue. Son voisin Jean Castex (surnommé Hilarion Lefuneste), qui a besoin de son échelle, survient. Et voici ce qui arrive.

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A noter qu'Achille Talon ne risquait absolument rien, vu qu'il avait confondu, dans sa précipitation, le pot de peinture acrylique avec le pot de colle à prise rapide. 

mercredi, 10 mars 2021

DES DÉLITS COMME S'IL EN PLEUVAIT

L'atmosphère devient de plus en plus difficilement respirable.

1 - On apprend que deux professeurs de l'IEP Grenoble sont accusés d'islamophobie, un des grands mots à la mode, devenu à la fois un slogan et un étendard, brandis pour faire taire et punir. 

2 - On apprend que l'élève de Samuel Paty (autre islamophobe bien connu des services de police) qui a dénoncé son prof était absente en cours lorsque celui-ci a évoqué les caricatures de Mahomet. Il en est mort. Il paraît que ce sont deux camarades qui lui ont bourré le mou. J'espère qu'elle ne se sent pas très bien aujourd'hui.

3 - On apprend que Marieke Lucas Rijneveld, citoyenne des Pays-Bas, a la peau trop blanche pour être la traductrice officielle d'Amanda Gorman, la poétesse noire qui a fait sensation lors de la cérémonie d'investiture de Joe Biden. J'en conclus que désormais seul un cheval sera autorisé à écrire un livre traitant des races équines.

4 - On apprend (mais ça, c'est tous les jours) qu'un abominable sexisme règne en France et fait peser sur les femmes une chape de plomb, un couvercle de préjugés, de stéréotypes, d'idées reçues, bref, disons le mot et tranchons la chose : d'un patriarcat totalement hors de saison.

5 - On apprend ... non, j'arrête là, ce serait trop triste.

Ras le bol !

***

J'invite tous ceux (et toutes celles) qui récriminent contre cette société qui tolère de telles injustices à faire un tour en Arabie saoudite, paradis des femmes soumises à l'ordre masculin ; au Niger, paradis des esclavagistes modernes ; à Ciudad Juarez (Mexique), où il arrive qu'au détour d'un chemin on tombe sur le cadavre sans tête d'une femme ; dans de nombreux pays où il ne fait pas bon afficher son homosexualité, sous peine de mort ; etc., etc., etc. Et à se dire, à l'instar d'un certain Machin-Truc-Chose (Talleyrand ?) : « Quand je me regarde, je me désole, quand je me compare, je me console ».

Car quand j'entends le ton excité, et parfois hystérique, de certains militants, je reste sur le cul, ahuri, à me demander ce qu'est devenu mon pays : autant je me balade dans des rues tranquilles au milieu de gens ordinaires qui vaquent à leurs occupations ordinaires, autant les médias que j'écoute ou que je lis me crient dans les oreilles que rien ne va plus entre les hommes et les femmes, entre les blancs et les noirs, entre les gens normaux et les homosexuels, entre les populations de culture chrétienne et les musulmans, etc., etc., etc.

J'ajoute (11 mars) que je suis effaré par une sorte d'empressement malsain de masses de gens à revendiquer le statut de « victime », ce mot devenu un sésame qui ouvre toutes sortes de portes de plateaux médiatiques et qui ferme la bouche à toutes les critiques qui pourraient être formulées.

Marre !

***

Et qu'on se le dise, je continuerai à me marrer comme un fou en relisant l'histoire du Petit Chaperon Rouge mise à la sauce africaine par Marcel Gotlib dans sa Rubrique-à-Brac. Pensez, dans cette version qui aurait dû depuis longtemps être brûlée en place publique par tout ce que la France compte de décolonialistes et d'antiracistes, les noirs vont jusqu'à parler petit nègre.

***

LES CONTES DE CHARLES PERRAULT REVUS ET CORRIGÉS PAR GOTLIB.

(attention au défilé des stéréotypes racistes !)

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Je me demande quand même pourquoi la coccinelle pleure à la fin.

Est-ce parce que le conteur africain fait une synthèse qui lui semble hérétique des contes de Charles Perrault ?

Est-ce parce qu'elle trouve que Gotlib, cette fois, va trop loin en matière de racisme ?

Est-ce parce qu'elle plaint le crocodile (qui s'est bien fait avoir) et qu'elle mêle ses larmes aux siennes ?

Est-ce parce qu'elle n'a tout simplement rien compris au baragouin du conteur Gotlib africain ?

Ou pire : est-ce parce qu'elle entrevoit ce qu'il ne peut manquer d'arriver aux mânes de Marcel Gotllib : un procès haineux, du genre de ce qu'ont subi il n'y a pas si longtemps celles d'Hergé à propos de son immortel Tintin au Congo  ?

Voilà ce que je dis, moi.

mardi, 02 mars 2021

PÉNURIE DE VACCINS ?

ATTENTION : LES FRANÇAIS SE METTENT EN COLÈRE !!!

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lundi, 01 mars 2021

QUAND LE COVID-19 FAIT RIRE

ATTENTION : LE VIRUS ATTAQUE !!!

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Et vous savez quoi ? Les gens se sont mis à rire. Je veux dire : à se fendre la bobèche. A se tirebouchonner. A se rouler par terre. 

Comme le prouvent les expériences scientifiques que mène ce scientifique sérieux et méthodique sur un sujet particulièrement réceptif à la Science. 

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QUE DES IRRESPONSABLES, JE VOUS DIS !!!!

dimanche, 28 février 2021

LE SAVANT DE MARSEILLE

Le célèbre professeur Burp-Raoult discute très sérieusement avec son assistant des meilleurs traitements à mettre en œuvre pour les personnes subissant une atteinte sévère du virus Covid-19, en l'absence des vaccins promis par un gouvernement d'incapables qui parvient à peine à faire semblant de ne pas mentir aux Français.

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Moralité :

Ce n'est pas un virus qui va nous empêcher de nous marrer.

J'ai piqué l'idée du titre de ce "billet" à un bon gag trouvé sur fesse-de-bouc.

BLAGUE LE SAVANT DE MARSEILLE.jpg

Apparemment, ce n'est pas seulement un gag mais un vrai savon qu'on peut commander à la Parfumerie Artisanale, 81 avenue de Toulon, 13006, Marseille, à 2€50 l'unité. 

samedi, 23 janvier 2021

"LE MONDE" SE DÉBALLONNE

Je serais à la place de Jérôme Fenoglio, je rentrerais sous terre pour me cacher. Le journal Le Monde, qu'il dirige, à présenté ses excuses à tous ceux qui pourraient se sentir blessés par le dessin de Xavier Gorce paru auparavant. Des excuses ! J'aurais tellement honte que je refuserais l'invitation de France Inter à venir expliquer l'attitude de mon journal. Mais non ! Le pire, dans l'affaire de Xavier Gorce — ce remarquable dessinateur de presse qui y plaçait ses "Indégivrables", des sortes de pingouins se contentant de quelques traits pour délivrer des points de vue très souvent marrants sur le monde tel qu'il cloche —, c'est que Jérôme Fenoglio assume.

Droit dans ses bottes, il explique aux micros que les collègues s'empressent de lui tendre (pensez : le directeur du Monde en personne ! Les micros sont déférents avec les gens de pouvoir) : "Un journal est en droit de refuser de publier des propos ou un dessin qui ne sont pas conformes à son orientation" (je cite en substance et dans les grandes lignes). 

Le pire, c'est que Le Monde l'a publié, le dessin qui fait polémique ! Et ce dessin, je ne suis pas le seul à le trouver excellent : le tiédasse Plantu lui-même, qui s'apprête à prendre sa retraite de la "une" du Monde, l'a déclaré sur France Culture. 

XAVIER GORCE.png

Et vous savez pourquoi je le trouve excellent, ce dessin ? D'abord parce qu'il jette une lumière inattendue, donc marrante – que certains jugeront incongrue – sur une question qui agite toute la médiasphère jusqu'au tohu-bohu (c'est à Freud qu'on doit l'expression "tohu-bohu de l'inceste", ce n'est peut-être pas dans son célèbre livre Totem et tohu-bohu) ; ensuite parce j'ai immédiatement pensé à un autre dessin formidable, mais qui traitait simplement, il y a fort longtemps, d'un paradoxe temporel tout à fait science-fictionesque : un type remonte le temps, rencontre une femme qui se trouve être sa mère-mais-il-ne-le-sait-pas, l'épouse, et je vous passe les déductions embrouillées et jubilatoires que Gotlib en tirait (à moins que ce ne soit Goscinny : je ne me rappelle plus si c'était dans les Dingodossiers ou la Rubrique-à-brac).

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Honte à vous, monsieur Fenoglio ! Honte au journal Le Monde ! Quelle infamie ! Quelle déchéance pour le soi-disant "journal-de-référence" ! Bon, les optimistes se diront que Le Monde n'a pas emboîté le pas au New York Times, qui est allé jusqu'à bannir de toutes ses pages toute intervention dessinée quelle qu'elle soit. Mais là on est dans les folles dérives de la pudibonde, puritaine, hypocrite Amérique.

J'en conclus que l'Amérique n'a pas fini d'exporter – et jusque dans des pays si fiers d'habitude pour prendre la défense de la liberté d'expression, et quelques journalistes d'exception l'ont payé de leur vie !!! – son exécrable "politiquement correct", où ce sont toutes les minorités qui dictent leur loi à la majorité et qui, au moindre chatouillis ressenti à la surface de leur "sensibilité", se débrouillent pour faire taire ceux qu'ils considèrent comme des agresseurs ! Dans le cas du dessin de Xavier Gorce, on peut voir qu'un journal comme Le Monde a une pétoche épouvantable. Tout ce qui risquerait de sonner à la porte du journal en se présentant sous les traits d'une victime d'inceste ou d'un individu "transgenre" est comme le diable en personne. 

C'était donc ça, le "monde d'après" qu'on nous promettait ? Monsieur Fenoglio, je n'ai qu'une grosse chose à vous dire : "Merde" !!!

mardi, 14 juillet 2020

LES PERVERS PÉPÈRES DE L'HUMANITAIRE

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C'est entendu, tous les gens qui interviennent sur toutes sortes de terrains dangereux dans l'excellente et insoupçonnable intention de venir au secours de toutes sortes de populations en butte aux tracasseries de leurs dirigeants ou aux bisbilles plus ou moins militaires et destructrices que ceux-ci entretiennent à plaisir avec des adversaires plus ou moins agressifs, tous ces gens sont admirables. Ils sont indubitablement du côté du Bien (le Grand, vous savez, celui qui n'ambitionne que d'étendre son "Empire").

On peut néanmoins rester perplexe quand on observe les effets pervers provoqués par l'énorme machine humanitaire, qui essaie vaille que vaille, en comptant sur la générosité d'autres populations – plus favorisées par le destin, celles-ci, et qui regardent à la télé les informations affligeantes qui accourent de partout –, de se tenir à la hauteur des malheurs du monde et de dresser à la petite cuillère un barrage contre l'océan des calamités qui s'abattent sur des gens dont, non contents de ne rien avoir pour se défendre, le seul bien est la déveine de vivre sous des cieux par trop incléments.

La première observation à faire, depuis les ébauches inaugurales de structures humanitaires et autres futures "O.N.G." (M.S.F. est né, me semble-t-il, lors de la guerre du Biafra au début des années 1960, je laisse à part la Croix-Rouge), est précisément que plus ces organisations se sont développées, plus les malheurs du monde ont augmenté. Comment est-ce possible ?

Ce qui était au départ un louable élan de générosité et de solidarité est devenu, disons-le, une grosse industrie en parfait ordre de marche. Une composante à part entière d'une réalité de plus en plus complexe, de plus en plus dangereuse, de plus en plus invivable pour une part croissante de l'humanité. C'était en fait le piège diabolique tendu par le côté obscur de la force qui caractérise l'action humaine aux éclats de lumière altruistes spontanément exprimés dans l'abstrait par les humains, quand ils sont "éloignés du théâtre des opérations". 

Coluche a eu beau n'espérer que la dissolution de son association pour cause de disparition des problèmes, force est de constater que, quelques décennies plus tard, les "Restos du Cœur" n'ont jamais été aussi éloignés du jour futur de la dissolution, et qu'au contraire ils ne sont appelés qu'à croître et embellir à mesure que se déchaîne le chaos du monde qu'on croyait "organisé".

Certes non, l'action humanitaire n'est pas en elle-même la cause de l'aggravation des situations. Probablement non. Enfin disons ... pas directement. Sans vouloir taquiner les susceptibilités, j'invite quand même tous les bons cœurs et les belles âmes altruistes qui se mobilisent et investissent de leur temps ou de leur argent dans « l'action humanitaire » à réfléchir aux résonances d'une phrase que j'ai entendue le 2 juillet dernier, en conclusion (18h58') d'une émission "Le Temps du débat" (Emmanuel Laurentin, France Culture). Je ne connaissais pas Madame Monique Chemillier-Gendreau, mais on comprend très vite qu'elle a un jugement tout à fait sûr. Voici ce qu'elle déclare quand l'animateur lui demande de conclure :

« L'humanitaire, c'est le Service-après-Vente des marchands d'armes ».

Méditez bien cette phrase : elle va loin. Et retenez ce nom : Monique Chemillier-Gendreau. Cette phrase me semble porter une VÉRITÉ éblouissante. Ce qu'elle dit ? Que non seulement l'action humanitaire ne remédie à RIEN, mais qu'elle est au service des fous sanguinaires et autres fauteurs de guerre qui se disent qu'après leur passage, les larbins passeront avec la serpillière pour nettoyer le champ de bataille de toutes les saloperies qu'ils auront commises. L'humanitaire donne champ libre au cynisme des pouvoirs. L'action humanitaire n'est pas sans effet, et les grands méchants loups de la planète l'ont bien compris : ils délèguent à des sous-traitants le traitement des conséquences de leurs cruautés. N'est-ce pas un proverbe chinois qui dit : « Intervenir dans le réel modifie le réel » ?

A la limite, je dirais que les humanitaires sont complices des crimes auxquels ils proclament que leur action prétend remédier. Pourquoi ? Parce qu'ils ont opéré une sorte de division du travail entre les criminels professionnels et les sauveteurs professionnels : "à vous le boulot de mort, à nous les pansements". Naïveté congénitale, angélisme niais, aveuglement buté, optimisme fanatique, voilà ce que c'est, les vertus des humanitaires. A leur place, vous savez quoi ? Non seulement je ne ferais pas le fier, mais j'aurais honte et j'irais vite me cacher.

Et surtout, après cette trop longue invasion de peste émotionnelle et sentimentale, due pour l'essentiel à l'hyperinflation médiatique, je me remettrais à penser le monde politiquement, et non à partir de bêtes considérations affectives. Car l'hyperinflation de l'humanitaire à laquelle on assiste signifie une chose simple, une chose triste, une chose tragique : l'impuissance et la démission du politique dans la marche du monde. L'humanitaire est la négation du politique.

L'espace et le volume toujours plus considérables occupés sur tous les écrans par l'action humanitaire reflète en réalité l'affirmation unanime des Etats les plus puissants de la planète de la primauté absolue de leurs seuls intérêts sur toute autre considération : seules comptent leur richesse, leur puissance, leur domination. L'humanité est entrée – depuis déjà un certain temps (fin de la guerre froide ?) – dans une logique d'affrontement. Finie la coopération, terminées l'O.N.U, l'O.M.S., la F.A.O. et tutti quanti : juste quelques milliers de fonctionnaires internationaux grassement payés.

L'humanitaire peut courir longtemps derrière ce genre de divisions blindées en train de s'affronter pour la sécurisation (= l'accaparement) des ressources. Finalement, j'ai pitié des humanitaires et je suis effrayé du désespoir dont ils sont l'expression la plus spectaculaire.

Voilà ce que je dis, moi.

P.S. : Pas besoin, j'espère, d'en appeler aux Mânes de Gotlib pour expliquer le titre de ce billet. 

vendredi, 14 février 2020

CLAIRE BRETÉCHER

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Pour moi, le grand oeuvre de Claire Bretécher se trouve dans Les Frustrés. Ci-dessous une planche intitulée La Bohême, où l'avachissement physique et moral du "Bobo" se lit sans peine.

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N°25 de Pilote, juillet 1976.

Je n'oublie pas que Bretécher a fondé L'Echo des savanes en compagnie de Gotlib et Mandryka. Ci-dessous, les trois fondateurs dans un petit roman-photos où les deux hommes se disputent les faveurs de la femme. Peine perdue : c'est un troisième larron (Gébé) qui emportera la jolie proie.

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Ci-dessous, quelques vignettes d'un "hommage" (aux petits oignons) de Gotlib à sa complice : "l'intervieweur" interroge la dessinatrice sur ses goûts cinématographiques.

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Ci-dessus, observer le "lancement" des deux lentilles de contact.

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J'ai appris incidemment que cette femme issue de la bonne bourgeoisie nantaise avait épousé l'immense constitutionnaliste Guy Carcassonne.

jeudi, 21 novembre 2019

REISER VU PAR GOTLIB

Jean Frapat, un illustre inconnu aujourd'hui, eut l'excellente idée, au tout début des années 1970, de produire une émission de télévision absolument marrante et originale, « qui n'eut jamais d'exemple et n'aura pas d'imitateur » (Rousseau, début des Confessions) : ça s'appelait "Tac au tac".

L'idée était de réunir un quadrille de "dessinateurs humoristes" et de les faire agir, réagir et interagir en direct sur les idées graphiques de l'un ou de l'autre. Le résultat devait être un dessin collectif, création hautement improbable née des "pièges" successifs tendus par les uns et des "solutions" consécutives inventées par les autres pour en sortir.

J'avais donné ici, le 6 janvier 2014, une idée de ce que ça pouvait donner en matière d'allégresse graphique chez des dessinateurs à l'invention débridée. Les invités s'appelaient – excusez du peu – Roba, Peyo, Franquin et Morris : devant la planche à dessin, vous aviez Boule et Bill, les Schtroumps, Spirou-Fantasio-Gaston et Lucky Luke !!!! Ce jour-là, le résultat dépassait toutes les espérances. Ci-dessous le dessin final.

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Juste pour donner une idée : le point de départ est un fer à cheval. Bon courage à ceux qui entreprendraient de s'y retrouver dans l'enchevêtrement, et de reconstituer, avec la succession des "pièges" et des "solutions", le cheminement des quatre mousquetaires du dessin (Roba, Peyo, Franquin, Morris). J'aurais voulu voir (et entendre) l'ambiance qui régnait sur le plateau. On trouve ce dessin dans le bouquin (très mal fabriqué et siglé ORTF) que Frapat a tiré de toutes ses émissions (Balland, 1973).

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Gotlib a un jour voulu rendre hommage à Reiser (La Rubrique-à-brac, l'intégrale, Dargaud, 2002, pp.316-317 et "Tome 4", Dargaud, 1973). Histoire de se marrer un bon coup, il place cet anarchiste du dessin dans la situation (trop "civilisée" pour lui) de l'émission de Jean Frapat.

Mais le fripon fait semblant d'inviter, pour lui tenir compagnie (et la dragée haute), trois collègues alors très peu connus pour être d'éminents  "dessinateurs humoristes" : Pablo Picasso, Bernard Buffet et Salvador Dali.

Pour aller vite : Picasso, l'Attila du vingtième siècle qui a dévoré tous les styles croisés sur sa route. Buffet, l'esthète qui surligne à la règle tous les contours de ses figures. Dali, perfectionniste de la forme, vite devenu (1935) le marchand de lui-même.

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Je ne résumerai pas la double page : les trois grands sont finalement présentés comme ce qu'ils sont : des copains dans la cour de récréation qui finissent par se foutre sur la gueule, après avoir méthodiquement élaboré dans la joie apparente leur "cadavre exquis" (jeu surréaliste : « Le cadavre exquis boira le vin nouveau »).

Seul, au-dessus de cette mêlée misérable, Reiser, impassible, attend son heure, se lève enfin, se précipite sur la table à dessin, y crache son art d'un trait et s'en retourne. Tout est dit.

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Noter l'échange de regards pleins d'aménité entre Dali et Reiser. Noter aussi la présence d'une bouteille "non identifiée", de trois verres pleins avec des glaçons et de plusieurs petites fioles dont on se demande un peu ...

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En attendant le moment d'intervenir, le distingué Reiser s'introduit l'auriculaire dans la narine pour un petit curage.

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Il se lève.

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Il dessine.

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Il regagne sa place sans se préoccuper du reste.

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Le "dessin" final.

Tout le monde a compris le message.

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samedi, 26 octobre 2019

GÉBÉ TOUJOURS ACTUEL

DES "FÜHRER" COMME S'IL EN PLEUVAIT.

Nous n'avons plus besoin d'Hitler. Nous n'avons plus besoin de nous faire peur avec l'épouvantail historique inventeur des chambres à gaz. Nous n'avons plus besoin de nous convaincre qu'Hitler était un monstre, c'est-à-dire qu'il n'avait rien à voir avec l'humanité normale. En un mot : qu'il n'appartenait pas à l'espèce humaine. Nous savons qu'Hitler était un homme ordinaire, tout comme vous et moi.

L'ordre fondé par Hitler n'est pas sans quelque ressemblance, en effet, avec l'ordre du monde tel qu'il est aujourd'hui. La différence, énorme et mince tout à la fois, c'est que l'ordre actuel a reçu l'adhésion générale, certes davantage de fait que de volonté, des foules ordinaires.

Ils sont une minorité insignifiante, les gens qui doutent radicalement de la légitimité de cet ordre.  Chaque jour, par nos gestes, nos choix, nos comportements, nous consentons à l'ordre tel qu'il est façonné. Comment exprimer de façon non dérisoire la légitimité de notre doute ?

Prenez l'eugénisme : quand c'était une pratique du régime nazi, c'était tellement horrible que c'était un crime contre l'humanité ; aujourd'hui, où l'on empêche de naître les futurs trisomiques et autres mal formés, c'est une conquête des progrès de la médecine.

Voici ce que dessinait Georges Blondeaux, alias Gébé, dans La Gueule ouverte n°16 (cela devait être en 1974, le grand Pierre Fournier, fondateur de la revue, était déjà mort). Il dénonçait l'emprise des méga-entreprises qui faisaient régner leur ordre économique sur le monde. Les populations ordinaires menaient leur vie ordinaire, déjà encadrées par cet ordre. Bien obligées.

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C'étaient déjà les maîtres du monde. Des Führer comme s'il en pleuvait. Les méga-entreprises du dessin original ne s'occupaient (impérieusement) que de prospérer, de vendre et de dégager de grosses marges bénéficiaires pour distribuer de gros dividendes à leurs actionnaires. 

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Chaque fois que je fais un geste par l'intermédiaire de ces modernes "Führer", je vote pour lui : c'est lui qui me "guide".

La situation n'a pas changé : elle est simplement beaucoup plus inquiétante. Car les méga-entreprises ici présentes ont simplement ajouté leurs activités aux précédentes, qui continuent à prospérer comme autrefois. Elles obéissent à la même logique d'accumulation capitaliste.

Mais en plus, elles ont pris possession des cerveaux. Il y a eu intrusion : ce sont les activités ordinaires des populations (ce qu'elles disent aux intimes, ce qu'elles pensent, et pas seulement ce qu'elles achètent, ...) qui constituent le gisement inépuisable des profits.

On avait déjà à faire au conditionnement établi du consommateur ordinaire. On a maintenant à faire à l'intrusion des calculs économiques dans les replis les plus secrets de l'âme individuelle. 

Utiliser les services de ces géants économiques, c'est remplir les poches des nouveaux "Führer".

***

Gébé était un bon copain de Gotlib qui, dans sa Rubrique-à-brac, avait donné sa bobine à son commissaire Bougret. Quant à son nom (Georges Blondeaux), il l'avait donné à son criminel patenté, qui avait furieusement, pour sa part, la gueule de René Goscinny.

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Note (27 octobre) : j'ai omis de préciser que le dessin de Gébé figurait en "une" du n°16 de La Gueule ouverte (février 1974) sous le titre suivant, que je trouve évocateur, et tout à fait dans l'optique où je l'ai présenté. Les GAFA dont on parle aujourd'hui sont encore plus puissants qu'à l'époque, puisqu'ils échappent totalement à l'autorité des Etats (mais l'Etat américain se félicite de la chose).

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Et pour enfoncer le clou de cette vision des choses, voici la une de juin 1974 par le grand Cabu.

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lundi, 13 mai 2019

LE FLÉAU DES HUMORISTES

18.000

Dix-huit mille, Sandrine Blanchard ne dit pas où elle a trouvé ce chiffre pour écrire son article dans Le Monde du 21/23 avril 2019 (titre : "Quand les humoristes se bousculent", car oui, ça se bouscule au portillon). 18.000, c’est le nombre de représentations données en 2017 de spectacles mettant en scène des humoristes (contre 7.380 en 2006, ça a plus que doublé en une dizaine d'années), dans des "stand-ups" ou autres. La profession recrute en masse. Il y a pléthore. L'usine à produire des comiques fonctionne à plein régime. Qu'est-ce qu'on rigole !

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Le service militaire dans le souvenir de deux pères : celui de l'élève Chaprot (c'est lui qui raconte, et par écrit) et M. Raffray.

Le rire s'est rué sur la population comme autrefois la vérole sur le bas clergé (breton), et plus personne n'échappe à l'injonction de Big Brother : de même qu'il y avait un hygiénique "deux minutes de la haine" chaque jour dans l'univers de 1984 (George Orwell), de même vous n'échapperez pas, dans la grille de vos chaînes préférées, à l'obligatoire créneau réservé à la dilatation de la rate à heure fixe : "Qu'est-ce qu'on rigole !".

Je ne sais pas vous, mais moi, je trouve effarant le chiffre de 18.000 spectacles comiques offerts aux Français en une seule année. Et chaque semaine, ce n’est pas moins d’une vingtaine de comiques professionnels (on dit "chroniqueurs") qui s’abattent sur France Inter,

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Une page de pure virtuosité graphique.

chaîne publique, aux heures de grande écoute, comme autant d'hyènes (je pense évidemment à celle de Gotlib). Et je ne compte pas les annonces de spectacles comiques dans les pages « divertissements » (parfois même « culture » !) du journal Le Progrès. Et la peste soit des "chroniqueurs humoristes" dans toutes sortes d'émissions audiovisuelles ! C’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles j’ai rayé France Inter de mon paysage auditif – l’autre étant l’invasion de l’antenne par la publicité.

J’étais à chaque fois horriblement consterné par les balivernes et les niaiseries débitées par l’un ou l’autre de ces sinistres, auxquelles les autres membres de l’équipe faisaient semblant de s’écrouler bruyamment de rire : j’imagine que l’obligation de rire était dans le cahier des charges de chacun, par contrat. Je trouve humiliante cette sorte d'entreprise (humiliante pour l'auditeur, je précise).

Il m’est arrivé, dans le temps, d’entrevoir à la télévision une émission de Philippe Bouvard, rendez-vous impérieux de comiques professionnels payés pour débiter à heure fixe des blagues drôlissimes et des jeux de mots farcis de quelques salacités, que tout ce petit monde faisait semblant de trouver irrésistibles. Et j’ai le regret de l’avouer : j’ai toujours été accablé devant Les Guignols de l’info, les rares fois où j’y ai assisté. Et pourtant, ces émissions étaient plébiscitées par l'audimat.

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Victor de l'Aveyron, l' "enfant sauvage", au spectacle du Dr Itard, le soir à la veillée (vu par Gotlib).

Je dois être vraiment marginal : je vois une forme d’avachissement intellectuel et moral dans cette colonisation des chaînes publiques et privées par des gens payés pour faire croire qu’il existe encore des raisons de se marrer (mais il m'arrive de me marrer en entendant certains se prendre très au sérieux quand ils débitent avec componction et conviction leurs enfilades de flatulences à la mode). Quand il m’arrive – par erreur – de tomber sur de tels clowns stipendiés pour-heures-de-grande-écoute, j’ai l’impression de débarquer d’une planète située à des années-lumière, tant m’échappe la drôlerie supposée des propos tenus par les uns et les autres. Il est fort possible que ces saltimbanques me jugeraient un bien triste sire s’il m’arrivait de croiser leur route.

Dans le même genre de constat, il arrivait à une personne à laquelle je tenais beaucoup d’aller au théâtre Tête d’Or (généralement du « boulevard »), situé sur l’avenue de Saxe à Lyon. La dernière pièce qu’elle est allée voir (un machin de Laurent Baffie) lui a laissé l’impression désagréable d’être en complet déphasage avec l’ensemble des spectateurs, et avec l’époque : cette personne est restée de marbre d’un bout à l’autre, alors que la salle riait à se faire éclater la rate à la moindre saillie. Question de génération peut-être.

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L'H.A.I. (homme à idée) inventant une slogan publicitaire pour "les pâtes qui font rire" (je ne sais plus quelle marque, mais il me semble bien ...).

Ce déluge de conneries – factices qui plus est – n’est pas selon moi un signe de bonne santé, mais l’indice alarmant d’un avilissement. Ces drôleries pas drôles me font penser à « du mécanique plaqué sur du vivant », mais pas au sens où l’entendait Bergson dans Le Rire. Ce sont plutôt des machines qui tournent à vide, et où, pourtant, les auditeurs se rassemblent (en foule, mais chacun chez soi) pour, disent-ils, passer un bon moment. L'industrie du rire ne sert à rien d'autre qu'à la "gestion du stress de la population" : c'est un truc de DRH soucieux de maintenir au "beau fixe" le moral du personnel et de prévenir tout ce qui risquerait d'entraver sa productivité.

Quelle perspective étrange : on admet l’enlaidissement de la réalité, pourvu que dans certains créneaux de la journée, on puisse « se détendre », « décompresser », « déstresser ». Tout se passe comme si la dégradation des conditions d’existence était considérée comme normale ou inéluctable, et qu’on acceptait de s’y plier parce que « c’est comme ça », et qu’après tout, quelques moments de divertissements quels qu’ils soient permettaient de les supporter. Les gens se disent : « Plus ça va mal autour de moi, plus j’ai besoin de réconfort et de dilatation des viscères ». Réflexe de survie en milieu hostile, sans plus.

Cela reste un très mauvais signe de l’état du monde qui nous entoure. Rien de plus terrible, en vérité, que ce rire de commande, ce rire administré, ce rire institutionnel, cette injonction de rire par ordonnance, fût-elle médicale. On aura beau me dire « défouloir », « soupape de sécurité », et tout ce qu’on veut, je reste convaincu que, quand le rire devient un besoin primordial, quand le rire devient le nouvel impératif social, je sens l'imposture, et j'augure mal de l’état de la société : plus il faut rire, plus je me dis qu’il y a quelque chose de pourri au royaume de Danemark (c'est une citation).

Pour savoir comment va le monde, rien de tel que de prendre sa température (et je ne parle pas du changement climatique, mais du monde humain). L’épidémie de « besoin-de-rire » qui a gagné la France est un excellent moyen pour cela. Pour prendre la température du monde, j'avais proposé il y a déjà un certain temps, de mesurer la misère humaine en se servant de l’étalon humanitaire. Je crois que le rire peut servir tout aussi valablement de thermomètre.

Voyons l’humanitaire. Quand les situations de crises et les urgences (catastrophes naturelles, guerres, persécutions, famines et autres joyeusetés humaines) se multiplient, comme on en a l’impression de plus en plus vive, on observe qu’un sentiment de culpabilité diffus se répand dans les populations qui n'en sont pas les victimes, et cela produit presque mécaniquement leur altruisme, parce qu'elles n’ont pas à en souffrir. Et cet altruisme peut prendre une ampleur parfois impressionnante, parce que les gens éprouvent tout à coup, devant les images-chocs, des émotions violentes qui les poussent à réagir aussitôt par la générosité.

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Campagne télévisée de sensibilisation de la population sur la crise au Biaffrogalistan.

Et plus l’altruisme grandit, plus les petites associations, pauvres et logeant dans des bureaux miteux, qui se proposaient au début de venir en aide aux malheureux du monde, se transforment en poids-lourds (Amnesty International, 1960 ; Médecins sans frontières, 1968, guerre du Biafra ; …), au point d’être devenues en quelques décennies des entreprises multinationales très riches et très administrées.

Quand Amnesty a ouvert à Lyon (angle rue de la Platière-quai de la Pêcherie) une boutique où les sympathisants pouvaient se procurer toutes sortes de colifichets siglés "Amnesty International", je me suis dit qu'il y avait un gros ver dans le beau fruit des bonnes intentions. J'avais même reçu une enveloppe publicitaire contenant LE crayon (ostensiblement siglé), vous savez, cette "arme" contre toutes les dictatures. Pitoyable. Les multinationales de ces chevaliers blancs ne fonctionnent plus, depuis nombre d'années, dans l'esprit qui les a fait surgir, mais selon leur logique propre de machine à collecter des fonds, où les frais de fonctionnement ont fini par engloutir de bonnes parts de la générosité publique. La "grande cause" initiale est devenue un prétexte.

Leur taille de mastodontes (dont la prospérité est cependant fondée sur la charité publique) a justifié, dans l’enseignement supérieur, la création de filières diplômantes destinées à former un haut encadrement très bien payé et tout désireux d’y faire carrière. Au point que l’homme de la rue finit par se demander ce qu’il reste de l’altruisme initial dans des structures qui reproduisent fidèlement le modèle du monde qui a créé les situations dramatiques à l’origine de leur naissance. Pour ma part, je ne sais pas ce que seraient aujourd'hui ces ONG caritatives s'il n'y avait pas eu à l'époque les magazines d'information illustrés et la télévision (cf. le Gotlib ci-dessus).

Soit dit en passant, on observe, après un demi-siècle d’action humanitaire, que les situations qui nécessitent les interventions d’urgence de l’armée humanitaire n’ont pas cessé de proliférer et de s’aggraver. Preuve, s’il en était besoin, que toutes les bonnes intentions du monde qui animent l’humanitaire ne servent strictement à rien en ce qui concerne la marche du monde, se réduisant à traiter exclusivement des conséquences de drames, souvent dans la précipitation et le désordre (voir Aceh, Népal, Haïti, …), et jamais des causes concrètes qui lui échappent par nature.

L’humanitaire n’est rien d’autre qu’un aveu d’impuissance, en même temps que la réaction, souvent épidermique, du désespoir devant l’ensauvagement du monde. L'humanitaire, c'est la petite cuillère qui entreprend de vider l'océan. L'humanitaire ne réfléchit pas et ne se pose pas de questions : il a le nez au ras de l'urgence. Il y a dans l'humanitaire quelque chose d'une bêtise obtuse et farouche.

L’article de Sandrine Blanchard dans Le Monde du 21/23 avril dernier met en évidence une inflation identique du côté de l’offre de divertissement comique à la télévision et dans les salles de spectacle. Pour plus que doubler entre 2006 et 2017 (de 7.380 à 18.000), il faut que quelque chose de grave se soit passé. Bon, on me dira qu’Hollywood a produit à la chaîne des films de délassement (de diversion) dans les années qui ont suivi le krach de 1929, et que la crise de 2008 est passée par là.

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Fin d'un épisode d'un feuilleton télévisé américain auquel Gotlib n'a rien compris parce qu'il a manqué le début, qui exposait la problématique.

J’ai cependant tendance à ne pas me laisser rassurer par ce rapprochement. Mais je m’arrêterai là pour ce qui est de l’analyse des causes. Je me borne ici à faire part d’une impression pas drôle du tout : plus le monde est en mauvais état, plus devient pressante et massive l’urgence humanitaire, et plus devient impérieuse l’injonction de rire, de ne pas s’en faire, de voir le bon côté de la vie, de « positiver ». Et inversement, plus on me presse de donner (ma compassion, mon argent, mon temps, mon bénévolat, etc.), et plus on me propose de rire aux blagues d’armées de comiques troupiers professionnels toujours plus nombreuses, plus je me dis que non, le monde ne va pas bien.

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Une des mésaventures d'un adepte des blagues du 1er Avril qui ratent toutes, cette année-là.

Et qu'il y a de l'aveuglement sur la réalité dans la réaction humanitaire, comme il y a de la dénégation dans la réaction d'hilarité. 

Deux hyperinflations : deux symptômes du mal.

Voilà ce que je dis, moi.

Note : j'aime bien me marrer, mais je ne délègue à aucun guignol (non, pas celui de Lyon : tous les autres) le soin de m'épanouir les zygomatiques.

mardi, 09 avril 2019

GRAND DÉBAT ...

... OU GRANDE IMPOSTURE ?

Très fort, Macron ! Bravo l'artiste ! Les gilets jaunes, on peut dire qu'il les a eus à l'usure. C'est vrai qu'il y a mis de l'énergie, mais il en est venu à bout. Pour l'énergie, il faut le reconnaître, il en a à revendre. Tenir le crachoir pendant six ou huit heures face à des centaines de maires d'un peu partout en France et répondre aux questions, il faut le faire. Emmanuel Macron a donc amplement payé de sa personne pour ... pour quoi, au fait ? Ben, en fait, on n'en sait rien, finalement. Tout ça pour ça ? Après le bouillonnement des idées, la bouillie indigeste de leur « restitution » par le premier ministre : on peut compter sur lui (et sur le président) pour tordre les idées dans le sens qui l'arrange. Soyons sûrs que la montagne du Grand Débat accouchera de quelques petites crottes très présentables.

Qu'est-ce qu'ils voulaient, au départ, les gilets jaunes ? Finir le mois sans trop de casse, et sans trop de rouge sur le compte en banque. Cela veut dire, pour des politiques un peu responsables : agir sur la situation économique des gens qui ont un travail qui nourrit de plus en plus mal les individus et les familles. Ils ne demandaient pas le pactole, ils ne le demandent toujours pas, d'ailleurs. Vouloir finir le mois avec le feu vert de la banque n'est pas une revendication. Vouloir finir dans le vert n'est pas un sujet de débat, grand ou petit.

Je veux révéler ici le secret du raisonnement d'Emmanuel Macron au moment où la « crise des gilets jaunes » a éclaté : c'est comme si j'étais là, dans sa tête. Notre jeune et fringant président s'est dit :

« POUR LES FAIRE TAIRE, DONNONS-LEUR LA PAROLE ! ».

Je l'ai entendu de mes oreilles mentales, je vous jure ! Sauf que, dans la formule ci-dessus, le pronom "les" ne renvoie pas aux mêmes personnes que le pronom "leur". "Les" (COD : complément d'objet direct), c'est les Français gilets jaunes, "leur" (COS : complément d'objet second), c'est les Français pas gilets jaunes. En français ordinaire : pour étouffer la voix de ceux qui contestent, donnons la parole à ceux qui croient encore à la pureté du régime démocratique à la Macron (sous-entendu : qui ont encore assez de moyens pour y croire, comme le montre la sociologie des participants). En encore plus clair : faisons semblant de donner la parole à toute la nation, ça fera toujours assez de chahut pour que les cris des gilets jaunes se perdent. Reformulé, ça donne : 

« POUR FAIRE TAIRE LES GILETS JAUNES, DONNONS LA PAROLE AUX CITOYENS "POSITIFS". » 

Qu'est-ce que c'est, en définitive, le "Grand Débat National" ? Une belle entreprise de noyade : vexé d'être remis en question par quelques pouilleux et sans grade (150.000 au plus fort ?), Emmanuel Macron veut à tout prix "sortir du problème par le haut". Il met douze millions d'euros dans l'entreprise pour appeler à la rescousse toutes les bonnes volontés qui ont quelque chose à dire tout en estimant qu'elles ne sont pas écoutées. Résultat : toutes participations étant comptées, on arrive à un total de 1.500.000 personnes qui ont apporté leur contribution à ce Grand Débat National. Enfoncés, les Gilets Jaunes.

Cela ne fait pas lourd par rapport aux 44.000.000 de Français dont le nom figure sur les listes électorales, mais c'est déjà un nombre respectable. C'est vrai, c'est bien vrai, c'est tout à fait vrai, sauf que le Macron a réussi, avec son Grand Débat, à créer un événement que personne n'attendait ni ne demandait. Le Grand Débat correspond assez bien à la définition de l'amour selon le psychanalyste Jacques Lacan : « Aimer, c'est donner quelque chose qu'on n'a pas à quelqu'un qui n'en veut pas ». 

Car le Grand Débat n'a pas concerné les Gilets Jaunes. Parce qu'il n'était pas fait pour satisfaire les Gilets Jaunes, mais pour noyer les Gilets Jaunes. L'entourloupe est magistrale.

Là où il est très fort, c'est que l'initiative du Grand Débat, dont l'auteur de l'idée est inconnu à ce jour, a mis en branle une énorme machine administrative (des institutions et des commissions "ad hoc") dont les médias dans leur ensemble se sont vus contraints de rendre compte de la marche jour après jour. En clair et en français : Macron a fait du grand spectacle. Le Barnum du Grand Débat. La noyade, c'est ça.

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C'est dans Popaïne et vieux tableaux, cette bande dessinée remarquable du grand Maurice Tillieux (les plus beaux accidents de voiture de toute la bande dessinée, hormis celui de sa IBN MAH ZOUD2.jpgSplendeur Ibn-Mah-Zoud, roi du pétrole daltonien aux 52 épouses, au volant de la turbotraction dessinée par Franquin dans Vacances sans histoires), que le détective Gil Jourdan déclare cette vérité définitive : « Où cache-t-on mieux un livre que parmi d'autres livres ? », en parlant du registre où Stéphane Palankine, le gros trafiquant de drogue, tient une comptabilité précise de ses affaires. Macron tient le même raisonnement : où cache-t-on mieux des idées gênantes que parmi un déluge d'idées (excellentes, bonnes, mauvaises, anodines ou fantaisistes) ? Noyons donc. Et ce déluge-là a duré bien plus de quarante jours et quarante nuits. Mais ça a à peu près marché. Bon, c'est vrai, quelques idées-forces persistent à émerger, mais l'essentiel, ce qui a servi de base au départ, est maintenant oublié.

L'essentiel ? La situation concrète de la masse des gens qui ont un travail et qui ont de plus en plus de mal à joindre les deux bouts. Et ça, ça n'a pas changé, et ce n'est pas près de changer. Là, c'est la double page de Gotlib sur le Biaffrogalistan qu'il faut convoquer (ci-dessous première et dernière bande, c'est dans la Rubrique-à-brac tome 4, page 366 de l'intégrale), pour dire l'efficacité des paroles sur la réalité. Le Grand Débat National aura eu surtout des vertus incantatoires.

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A noter : la taille du message dans la troisième vignette et dans l'avant-dernière. Le ressassement médiatique fait disparaître le message de la conscience.

La réalité du désastre, quant à elle, est intacte.

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Tout ça veut dire une seule et unique chose : Macron, tu causes, tu causes, c'est tout ce que tu sais faire (voir mon papier du 1 octobre 2017).

Macron, c'est la parole verbale. La réalité concrète des gilets jaunes a miraculeusement disparu. Enfin, c'est ce qu'il aimerait bien.

Voilà ce que je dis, moi.

mardi, 02 avril 2019

PROUD MARY


Et l'interprétation de la même chanson par Marcel Gotlib dans l'inoubliable Echo des savanes (c'est le micro - qui devient macro - qu'il faut observer).

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Et pour ceux qui trouve la version ci-dessus trop tape-à-l'oreille.


Et pour les amateurs d'authentique : Creedence Clearwater Revival.