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vendredi, 14 février 2020

CLAIRE BRETÉCHER

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Pour moi, le grand oeuvre de Claire Bretécher se trouve dans Les Frustrés. Ci-dessous une planche intitulée La Bohême, où l'avachissement physique et moral du "Bobo" se lit sans peine.

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N25 BRETECHER JUILLET 1976.jpg

N°25 de Pilote, juillet 1976.

Je n'oublie pas que Bretécher a fondé L'Echo des savanes en compagnie de Gotlib et Mandryka. Ci-dessous, les trois fondateurs dans un petit roman-photos où les deux hommes se disputent les faveurs de la femme. Peine perdue : c'est un troisième larron (Gébé) qui emportera la jolie proie.

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Ci-dessous, quelques vignettes d'un "hommage" (aux petits oignons) de Gotlib à sa complice : "l'intervieweur" interroge la dessinatrice sur ses goûts cinématographiques.

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Ci-dessus, observer le "lancement" des deux lentilles de contact.

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J'ai appris incidemment que cette femme issue de la bonne bourgeoisie nantaise avait épousé l'immense constitutionnaliste Guy Carcassonne.

samedi, 09 juin 2012

SUBVERSION ET SOCIETE

Résumé : ceux qui parlent, au sein même des Temples de la Culture, de culte de la Transgression, de la Subversion, de deux choses l’une, sont des menteurs ou des imposteurs. Il est désormais impossible de subvertir quoi que ce soit (l’ordre établi, les valeurs, la société, …), pour la bonne raison que la marche du monde est réglée précisément par la subversion. Le moteur du monde est désormais la subversion permanente. En vérité, mes bien chers frères, je vous le dis, les forces de la déstabilisation de tout, elles sont à l'oeuvre, et je ne vois pas ce qui pourrait les contrecarrer.

 

 

Nous vivons donc dans une société (un monde, un système de valeurs, enfin, ce que vous voulez, rien n’est à l’abri) qui se subvertit elle-même en permanence. Même ce qui semble se maintenir solidement à la barre de son existence, voit sa solidité menacée.

 

 

La preuve ? C’est que l’humanité dispose aujourd’hui d’une armée innombrable d’experts, dont le métier est d’expliquer sans cesse, jour après jour, à cette humanité, comment elle change, au moment même où elle change. Des experts qui se font fort de dire à l'humanité, dans les détails, en quoi elle est en train de se transformer, au moment même où elle est en train. 

 

 

Et des experts qui sont à l'affût de tous les moindres battements de cils des yeux qu'ils sont payés pour observer. On ne prête pas plus d'attention aux battements des cils qu'à ceux des ailes de papillons, alors qu'ont sait que, peut-être, des ouragans risquent d'en sortir.

 

 

Une armée innombrable d'experts qui produit des armées de discours supposées éclaircir, débrouiller, décrire, rendre intelligible, traduire, élucider, faire comprendre, interpréter. Ma parole, c’est un vrai déluge de toutes les lumières savantes qui nous débaroule sur la comprenette, pour que nous puissions continuer à avancer dans le tunnel. Il faut dire que le tunnel, il se fait de plus en plus obscur. Il n'est pas sûr que ce Niagara d'élucidation ait des chances d'élucider quoi que ce soit.

 

 

Qu’est-ce qu’il y a comme troupes d'éclaireurs professionnels, dans cette armée ? Très simple : toutes sortes de métiers se côtoient, s’entrecroisent, voire se contredisent dans le panier des « crabes éclairés ». Attention, ça se bouscule au portillon (ah, le joli temps des portillons, dans le métro parisien, vous vous souvenez ?!).

 

 

Dans le panier de crabes, vous avez - le philosophe, - l’économiste, - le physicien, - le médecin, - le sociologue, - l’architecte, - le politologue, - le géostratège, - le biologiste, - l’ethnologue, - le chimiste, - l’anthropologue, - le généticien, - le musicologue, - le spécialiste du monde arabe (GILLES KEPEL), - le spécialiste des fonds marins, - le spécialiste de la communication, - le climatologue, - le professeur de finances, - le trader repenti, - le pharmacologue, - le criminologue, - le psychiatre, - le juriste, - le juriste constitutionnaliste (qui n'est pas tout à fait la même chose), - le statisticien, - le démographe, - l’historien, - l’urbaniste, j’arrête là, bien que j’en oublie une foule d’autres. 

 

 

 

Franchement, vous croyez qu'il y aurait besoin de cette invraisemblable cargaison de gens savants, si la population (je n'ai pas de mot plus précis) n'avait pas besoin qu'on lui décrypte en temps réel le mouvement infernal du monde, dont le paysage semble changer sous ses yeux à tout instant ? Un monde qui bouge à ce point, je suis désolé, on ne peut plus appeler ça « évolution ». L'évolution, n'en déplaise à DARWIN, c'est fini. Aujourd'hui, c'est le jeu de boules, et en trois dimensions, s'il vous plaît, messieurs-dames.

 

 

Soit dit par parenthèse, peut-être que ce Niagara d'explications, bien loin d'éclaircir quoi que ce soit, obscurcit encore les choses, comme une sorte de déesse aux cent bras, dont chaque main ignorerait ce que font les 99 autres. Allez faire coïncider, par exemple, l'analyse de l'économiste, qui ne voit de salut que dans la croissance, avec la grille de lecture du climatologue, qui attribue la production de CO2 et de CH4 (méthane) dans l'atmosphère, aux activités économiques ? Fermez la parenthèse.

 

 

 

Car il faut voir dans cette gravissime instabilité de tous les points de repère, dans la férocissime remise en question de tous les critères de jugement, un effort de SUBVERSION généralisée. Un effort certes anonyme, un effort certes abstrait de la structure qui organise notre monde, nos idées, nos vies. Mais de la subversion quand même. Or, dans mon dictionnaire, l'idée qui découle de la subversion, c'est la destruction. 

 

 

Dans les sociétés que nous appelions, faute de mieux, primitives, la moindre anicroche imprévue, le moindre incident inattendu, le moindre événement inconnu (l’arrivée d’un étranger, par exemple) étaient dangereux pour l’ordre établi dans le groupe, pour la raison qu’ils étaient NOUVEAUX, inconnus, et qu’en tant que tels, ils faisaient courir à toute la société un risque de désordre, voire de dissolution. Il fallait de longs palabres pour que le fait nouveau soit rendu inoffensif avant de pouvoir être intégré au code, et que le fonctionnement de la société redevienne harmonieux. Ce n’était pas un « paradis », mais il est quand même perdu, puisque nous avons réussi à faire disparaître tous les « primitifs ».

 

 

On parle complaisamment, chez nous, de la « perte des repères » (tout se perd (et reperd), mon bon monsieur, de mon temps c’était pas comme ça, il leur faudrait une bonne guerre, etc.). Oui les enfants, c’est fini, le maire, l’instituteur et le curé, les trois piliers du village. Il ne reste plus que les piliers du bistrot de la place. Et bientôt, les lois hygiénistes et policières (tabac, alcool) auront même éliminé le bistrot de la place. Comment voulez-vous que le quidam ordinaire s'y retrouve ?

 

 

 

Les parents ne sont plus des parents, les enfants ne sont plus des enfants, les hommes ne sont plus des hommes, les noirs ne sont plus des noirs, les familles se recomposent, les demi-frères ont vachement envie de baiser leurs demi-sœurs adoptives (Mouler-Démouler, CLAIRE BRETECHER). Les points de repère se sont dissous. Les gens qui s'exclament très fort que le monde a connu de grandes révolutions depuis soixante ans ont le seul tort de ne pas mettre le bon mot sur la chose. SUBVERSION, je vous dis.

 

 

Oui, la déchristianisation (amorcée au 18ème siècle) a commis les premiers ravages parmi les « points de repère ». La Révolution et la tête de LOUIS XVI ont poursuivi dans la même direction. Tout ce qui paraissait ABSOLU (principe de l’autorité politique, de l'autorité religieuse, qui, qu'on le veuille ou non, unifiaient), est devenu RELATIF, discutable, et donc essentiellement labile, instable, précaire et versatile. Qu'est-ce qui échappe aujourd'hui à la grande relativisation des choses, des valeurs ? Dites-moi un peu, pour voir. Oui, le désordre nous gouverne.

 

 

Le Romantisme (avec tous les « -ismes » des avant-gardes qui n’ont cessé de naître, mourir et renaître ensuite) et les « progrès » de l’Industrie ont instauré un nouveau principe : le NOUVEAU comme principe. Jamais le temps de l’ « imparfait » n’a aussi bien porté son nom : ce qui est passé est devenu dépassé. Nous sommes assis sur un tremblement de terre esthétique, moral, intellectuel. Est-ce trop hasardeux d’affirmer que c’est toute la civilisation qui subit un tremblement de terre permanent ? Et un séisme RÉEL ?

 

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A QUOI ÇA TIENT, QUAND MÊME !

 

Sinon, pourquoi nous bassinerait-on avec les ponts-aux-ânes de l'époque présente : il faut s'adapter, le monde change, la course à l'innovation, la compétition internationale, le nouvel ordre mondial et autres calembredaines et billevesées purement virtuelles ? 

 

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

A suivre, dans quelques jours, avec quelques exemples un peu plus précis, je le jure sur la tête de mon éléphant en plomb.