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vendredi, 29 mai 2020

PHILIPPE MANIÈRE ET LA MALADIE

LA MALADIE A-T-ELLE UN SENS ?

« Moi je suis très très dubitatif sur le concept même de "monde d’après". Je trouve que tout ça n’a strictement aucun sens. Ce qui nous est arrivé, c’est un fait exogène. Il y a eu une épidémie venue de Chine, il y a eu une transmission à l’homme d’un virus animal. C’est accidentel, ça ne signifie rien. C’est une parenthèse extrêmement fâcheuse, désagréable et spectaculaire. [Exemples de ravages épidémiques à Marseille puis Venise.] Tout ça n’a pas de sens, une maladie n’a pas de sens. Et quand quelque chose comme ça arrive à l’humanité, eh bien après on reconstruit, mais on ne cherche pas à se demander ce qu’on a pu faire, quel péché on a pu commettre, autrefois contre Dieu, aujourd’hui la Nature. »

Voilà ce qu’a déclaré (mot pour mot, je m'en porte garant – et on peut vérifier en cliquant ci-dessous) monsieur Philippe Manière au début de sa réponse à une question de la meneuse de jeu, Emilie Aubry, sur ce que pourrait être "le monde d'après". Ce qui s'appelle "positiver". Cela se passait dimanche 24 mai 2020, dans l’émission L’Esprit public sur France Culture. On trouve ce morceau en réécoute sur le site de la chaîne et à la page de l’émission à partir de 21’10"

J'ai déjà dit (le 30 janvier 2019) combien je regrette le temps où l'émission, produite par Philippe Meyer, rayonnait comme une réjouissante réunion d'intelligences. Ce temps n'est plus : Emilie Aubry est une brave tâcheronne, mais s'il faut attendre des lumières de Madâââme Christine Ockrent, il va falloir se montrer très très patient. Gérard Courtois est un bon journaliste, mais. Quant à Philippe Manière, c'est de ses propos qu'il est question ici.

J’ignore ce que Philippe Manière pense de Michel Houellebecq en général, mais en l’occurrence il se montre entièrement d’accord avec lui quand celui-ci déclare sur France Inter : « Nous ne nous réveillerons pas dans un monde nouveau » (voir ici au 6 mai dernier). Je soutiens moi-même cette idée depuis le début du confinement, je l’ai assez dit ici : j’ai tellement lu et entendu s’exprimer toutes sortes de rêveurs impénitents qui ont saisi l’occasion du confinement pour donner libre cours à leur espoir en un monde enfin corrigé, à leur inventivité conceptuelle et à leur verve onirique, voire fantasmatique, que j’ai fini par les écouter en riant comme un bossu, et parfois à gorge déployée.

Sur ce point précis donc, j’approuve Philippe Manière. Certes, je n’aime guère que la raison sociale de son entreprise (il est entrepreneur) contienne l’expression « Vae solis », qui fait référence au célèbre « Vae victis » (Malheur aux vaincus) que Brennus l'impitoyable avait lancé aux Romains lors du paiement de la rançon (vers – 390). « Malheur aux gens seuls », proclame fièrement monsieur Manière, de façon assez peu sympathique. Il y a un peu d'arrogance dans cette raison sociale, comme chez son initiateur d'ailleurs. 

Je pense que monsieur Manière, dans l’ensemble, se moque de paraître ou d’être sympathique : c’est un marchand d’idées, il vend du conseil, de la finance, du business. Il a du bagou et des convictions fortes. Il vend de la communication. Le monde auquel il se réfère est définitivement acquis et validé : c’est la trajectoire fluide et ascensionnelle de l’humanité vers davantage de bonheur et de prospérité grâce aux bienfaits de la société capitaliste. C’est notre moderne Pangloss : « Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles ». Monsieur Manière appartient à l'espèce triomphante des vainqueurs de la mondialisation.

Mais si j’avais à comparer monsieur Manière, il me viendrait, je crois, l’image d’une pomme. Pas n’importe quelle pomme : celle qui ne s’est pas aperçue qu’un ver a commencé à lui bouffer la chair au-dedans. Philippe Manière, dans ses convictions fortes, n’est pas effleuré par le doute ou les questions existentielles. Il est un adepte, un militant : son credo, c’est le libre-échange. Il souhaite la « libération des forces vives de la nation ». Il attend la dérégulation comme on attend le messie. Hélas la chair de ses certitudes ne résiste pas au ver qui le grignote avec lenteur, logique et méthode.

Le ver ? Il en nie jusqu’à l’existence : « C’est accidentel, ça ne signifie rien. », « Une maladie n’a pas de sens ». Il a même lourdement insisté en se disant passablement « énervé » par ceux qui soutiennent le contraire. 

J’aime à penser que de telles phrases auraient interdit à Philippe Manière (au cas improbable où l’éventualité se serait présentée) de s'asseoir à la table animée par Philippe Meyer quand ce haut représentant de la culture et de la citoyenneté tenait le gouvernail de L'Esprit public, belle émission de France Culture, avant d'être jeté dehors par on ne sait quelle éminence grise. Car c’est le genre de propos qui révèle la cécité de certaines élites "néo-", "ultra-" "libérales" sur les effets mortifères de certaines politiques économiques fondées sur la recherche exclusive de la croissance, du profit et de la prospérité apparente. Avec Philippe Meyer, on n'était pas si obtus.

« Ce qui nous est arrivé, c’est un fait exogène. » Ah bon ? Exogène, vraiment ? Alors une maladie n’a pas de sens, vraiment ? Un accident ne signifie rien, vraiment ? De prime abord, je dirais volontiers que la joue de pareilles affirmations appelle la gifle : je pense d’emblée au pharmacien Homais de Madame Bovary : « … le type du demi-savant qui, croyant tout connaître, s’imagine capable de tout expliquer, et dont la suffisance ne peut cacher la sottise qu’aux naïfs » (René Dumesnil). A y regarder de plus près, j’ajouterai que c’est tout simplement faux.

Car une maladie, comme n’importe quel accident, a indéniablement quelque chose à nous dire sur l’époque où nous vivons. Une maladie n'est jamais "exogène" (je comprends ça comme "parachuté de la planète Mars"). L’épidémie d’obésité dans certains pays ne dit-elle rien sur les inégalités entre riches et pauvres ? L’épidémie du sida n’a-t-elle rien à nous dire sur le rapport que notre "modernité" entretient avec le sexe ? L'épidémie des maladies chroniques (cancer, etc.) n'est-elle pas le signe que le moteur même de notre civilisation produit de graves nuisances dans son industrie chimique et ses gaz de combustion (voir les études de Réseau Environnement Santé) ? 

Sans faire de la maladie une « métaphore » (Susan Sontag, La Maladie comme métaphore, 1978) éminemment signifiante dans la prévalence de certaines maladies dans certaines époques ou certaines régions, le coronavirus n’a-t-il rien à nous dire sur l’absurdité des obsessions économiques du monde actuel, et en particulier l’extension illimitée des échanges commerciaux et des transports qui en découlent ? Quand l'industrie laitière aura-t-elle quelques égards pour le yaourt qui fait parfois 10.000 km avant d'atterrir sur notre table (mon fournisseur est déjà infiniment plus raisonnable, ce qui veut dire que c'est possible) ?

L’humanité n’a certes pas péché contre Dieu, mais n’a-t-elle pas "péché" (ce mot !) contre la nature ? C’est là un cas typique de dénégation du réel. Dénégation des effets de l’action humaine sur la biodiversité, sur le climat, sur les forêts, sur les océans, sur l’innocuité perdue de notre environnement alimentaire ou respiratoire, etc. Bref : ce que nous faisons n’a pas de conséquences et l’humanité est innocente des dégâts qu’elle inflige à la nature. C'est Philippe Manière qui l'affirme. Alléluia !

Je caricature sûrement la pensée de monsieur Philippe Manière qui, vu ses honorables états de service, possède des talents qui le rendent a priori accessible à la pensée complexe et nuancée, moi-même n’étant guère familier de la nuance. Je réagis simplement à de vrais propos qui ont été vraiment tenus sur France Culture un dimanche matin, juste après la messe catholique. 

En proférant cette énormité : « ... une maladie n'a pas de sens », Philippe Manière m'a fait sortir de mes gonds : comment peut-on prêter un micro de France Culture à un marchand capable de proférer de telles inepties ? Comment Emilie Aubry peut-elle considérer ce monsieur comme un penseur digne de l'antenne ?

Je crois que Philippe Meyer a fondé une association intitulée "Le Nouvel Esprit public" : il est scandaleux qu'une telle manifestation de la courtoisie de notre esprit démocratique ne soit pas portée par la principale des radios culturelles françaises. Sandrine Treiner, directrice de France Culture, faites-vous le grand honneur de rendre la production de L'Esprit public à son inventeur : Philippe Meyer. 

Voilà ce que je dis, moi.

samedi, 16 mai 2020

ALORS ON CHANGE QUOI ?

LE UN N294 HAUT.jpg

Je reviens sur cette "une" que le journal Le Un a publiée fin avril. Elle posait une question que des centaines d'interventions dans les journaux écrits et radio- ou télé-diffusés ont développées. On a pendant un temps cru que ça y était. Que la vertu avait pris le pouvoir. Que la raison se préparait à gouverner le monde. Que l'humanité, devenue enfin raisonnable, était prête à renoncer à ses appétits sans limite et aux folies qui la mènent à sa perte à force de dévorer son milieu naturel. 

A écouter les médias (réduits de par le confinement), on avait parfois l'impression qu'un vrai cerveau en bon état de marche était en train d'ouvrir les yeux sur notre monde malade et d'entrevoir les diverses manières capables de le guérir. A entendre, jour après jour, les pensées se précipiter en flot ininterrompu du cerveau touché par la grâce d'une prise de conscience aiguë, on s'est dit pendant un temps que, allons, rien n'était perdu et que, soyons fou, tout allait changer. Je m’étais dit quelque chose de semblable pendant la crise des "subprimes" en 2008 et à l’élection de Macron en 2017.

Sarkozy avait fait le matamore, le chevalier blanc, le redresseur de torts, les économistes distingués s'étaient disputé les plateaux, les caméras et les micros pour annoncer que rien ne serait plus comme avant dans le monde de la finance : on allait montrer aux banques, aux fonds de pension ce qu'il en coûte de placer un tonneau de poudre sous le derrière de l'économie honnête. 

Avec le Covid-19, tout ce que la France compte de sociologues, écologistes, politologues et autres sciences exactes ou inexactes (= sciences humaines), se sont précipités dans les médias pour nous annoncer la bonne nouvelle des "Temps Nouveaux". A les entendre seriner leurs refrains, portée par cette vague d’optimisme, l'humanité allait de nouveau s'abreuver à la bonne source : libéré des pesanteurs égoïstes et bassement matérielles, on a cru voir à l'œuvre un cerveau où se seraient enfin donné libre cours l'imagination la plus débridée, la pensée la plus audacieuse, les intuitions les plus géniales, les raisonnements les plus pointus et les visions d'avenir les plus édéniques. Un cerveau gonflé aux espoirs d'un futur enfin radieux.

Tout le monde s'y est mis. C'en est au point que le flot est devenu Niagara et que le cerveau s’est boursouflé sous la pression interne. Les propos savants sur les issues à cette crise inédite se sont multipliés, bousculés, marché sur les arpions au point de former la bouillie d'un cerveau de plus en plus informe et proliférant, un cerveau qui s'est soudain cru tout permis, a rompu les chaînes qui l'amarraient à la Terre et s'est échappé de toute contrainte pour se mettre à prendre ses rêves et ses délires pour la réalité. J'ai entendu des gens apparemment pondérés tenir à coups de « il faut » des propos hautement lyriques sur les lendemains espérés. En français moderne : tout le monde a cru que « c’était arrivé ».

Maintenant que l'on a recouvré une certaine liberté et, disons-le, une lucidité relative, on constate que se dessine sous nos yeux le tableau d'un avenir beaucoup moins mirifique que les rêveurs l'escomptaient. Il semblerait qu'il faille en rabattre de l'enthousiasme manifesté. Il semblerait en particulier que le "cerveau" rêvé ci-dessus se révèle un simple ballon de baudruche, plus gonflé aux anabolisants affectifs, intellectuels ou romantiques qu'au sage exercice de la pensée fondée sur l'observation du réel, et que s'il n'a pas encore éclaté comme ça arrive souvent, il ait perdu beaucoup de son étanchéité concrète et de sa substance virtuelle. Disons-le : il est tout raplapla, le cerveau anabolisé.

On se rend compte que les milliards de mots et les millions de phrases dont les médias se sont enivrés pour garder captive l'attention du public (il ne faut rien perdre) ne sont pas des choses. Car dans le monde réel, ce ne sont pas les mots, mais les choses et les actes qui modifient et fabriquent aux populations un cadre concret, des moyens matériels d'existence et des conditions de vie inventées par personne. Mais pour que la réalité change, il faudrait que l'intendance suive. Sans les pontonniers du général Eblé, l'armée de Napoléon ne repasse pas la Bérésina et se fait exterminer (voir Adieu, ce minuscule chef d'œuvre de Balzac). Sans une intendance concrète en parfait état de marche, une armée n'est qu'un jeu vidéo.

Si l'on fait un jour le compte de ce qui restera des innombrables élucubrations qui ont poussé, comme champignons après une pluie d'été, au cours de cette période invraisemblable, je crains hélas que les populations concernées ne fassent alors grise mine, devant leur assiette redevenue bien creuse, devant les pitoyables miettes de tant d'espoirs formulés et de tant de requêtes touchant l'état du corps social, mais aussi l'état de la nature qui nous héberge.

Où qu'on regarde, tout se passe comme si, hormis quelques apparences (masque et gel hydroalcoolique à tous les carrefours, distance "sociale", gestes "barrière", etc.), tout le monde n'avait rien de plus pressé que de reprendre le train-train de ses petites habitudes, à commencer par la programmation des prochaines vacances d'été. Et je ne parle pas de toutes les forces qui ont intérêt à ce que toute la machine redémarre comme avant.

Les causes du cataclysme du coronavirus sur les pays favorisés (pour les pays défavorisés, on ne saura sans doute jamais) n'ont pas fini de prospérer et de se payer notre fiole.

Sérieusement : maintenant, on change quoi ?

La réponse commence à s’évanouir au coin de la rue. Tout le monde a commencé à oublier.

Voilà ce que je dis, moi.

samedi, 09 mai 2020

L'HÔPITAL DEMAIN ?

J'ai déjà cité le nom du docteur Agnès Hartmann, chef du service "Diabétologie" à l'hôpital de La Pitié-Salpêtrière. C'était il n'y a pas longtemps, trois jours : le 6 mai, pour clore un billet où je laissais la parole à Michel Houellebecq. Je me cite : 

« Je viens d'entendre une diabétologue (Agnès Hartmann, hôpital de La Pitié Salpêtrière) dire qu'après avoir vu pendant huit semaines s'ouvrir les portes d'une prison (ce sont ses termes : « Tout le monde a retrouvé du sens au travail ») et arriver des cargaisons de moyens qui faisaient jusque-là défaut, elle vient de recevoir une note (« douche froide », « vieux réflexes de la direction gestionnaire ») du service comptabilité-gestion de l'hôpital l'avertissant que son service était à présent "en négatif", maintenant que les "lits Covid" qui y avaient été ouverts sont de nouveau disponibles. »

C'est sur France Inter (mardi ?) que j'ai entendu Agnès Hartmann.

***

Agnès Hartmann est un chef de service réputé, reconnu, établi : un "mandarin", comme on disait naguère pour dénoncer la chose. Agnès Hartmann n'est donc pas n'importe qui. Ci-dessous deux versions d'une conférence de presse tenue en janvier 2020, à l'époque des grandes grèves des personnels hospitaliers, quand beaucoup de centaines de "mandarins" ont démissionné de leurs fonctions administratives pour protester contre la démolition de l'hôpital public par la tyrannie managériale que font peser sur son avenir tous les services "Comptabilité-Gestion" et "Finance". Je n'excepte pas de ma vindicte la loi scélérate, dite HPST, des mortifères Sarkozy et Bachelot.


6'04"

« Quand notre activité baisse, on nous supprime des moyens. On nous supprime ce qui "coûte" à l'hôpital ».


5'34"

ÇA, C'ÉTAIT BIEN AVANT LE COVID-19 (janvier 2020).

« Je me suis rendu compte que dans les réunions hebdomadaires où on parle avec tout le personnel de ces patients, je devenais une espèce de robot. Dire "quand est-ce qu'il sort, quand est-ce qu'il sort, quand est-ce qu'il sort ?" Parce que dans ma tête je me disais : "ça fait quinze jours qu'il est là, qu'il occupe la chambre, je vais pas pouvoir faire du séjour." Et c'est les jeunes, les infirmières qui me regardent. Et maintenant je sais que quand on commence à me regarder comme ça, c'est que je suis plus éthique. Je me ressaisis et d'ailleurs je leur dis : "N'oubliez jamais pourquoi les patients sont là" ! ».

Citation textuelle. On est dans la vérité brutale. La vérité de la réalité des gens quand ils ne vont pas bien.

***

J'aurais aimé maintenant faire écho à ce qu'elle dit aujourd'hui sur une vidéo "facebook" du réseau "cerveaux non disponibles", dont on n'est pas obligé d'apprécier et de visionner toutes les publications. Celle-ci est percutante, mais laisse augurer un avenir bien sombre. La vidéo est très justement intitulée "Le retour des démolisseurs". Mais j'avoue que je ne sais pas comment faire l'opération. Et je n'ai rien trouvé sur youtube (hormis les deux vidéos ci-dessus).
https://www.facebook.com/cerveauxnondisponibles/videos/560047947822289/

https://www.facebook.com/cerveauxnondisponibles/videos/560047947822289/

On peut toujours copier ce lien sur un moteur de recherche.

Il faut se contenter d'une page de France Info (interview par Aurélie Kieffer, pour l'écouter faire défiler l'article).

Je crois que c'est sur le site "Ouest France" que j'ai piqué cette citation :

"Agnès Hartmann, une [sic] autre médecin de la Pitié-Salpêtrière :  « C’était presque inquiétant qu’on nous donne autant de moyens. Depuis une semaine, c’est la douche froide. On voit réapparaître de vieux réflexes de la direction gestionnaire. »" 

C'est ça qu'il disait, Houellebecq : « La même chose, en un peu pire ».

***

Moi je n'ose pas imaginer comment se manifesteront la colère et le désespoir des personnels de santé travaillant dans l'hôpital public s'il arrive, après cette crise hors du commun, que les pouvoirs publics, imperturbables, persistent à imposer à l'exercice proprement médical de la profession le carcan administratif, comptable et financier d'une gestion inspirée du management à l'américaine, c'est-à-dire, sous prétexte d'efficacité, de la rentabilité et de la privatisation à tout prix. 

dimanche, 19 avril 2020

CORONAVIRUS, CHINE, OMS

Parmi les pays qui ont élevé très tôt une barrière contre le coronavirus, empêchant ainsi la mort de trop se répandre dans leur population, on cite constamment, en dehors des Japon, Hong Kong et autres Singapour, la façon dont la Corée du Sud a réagi au tout début de la pandémie. On y voit un modèle. A noter que les Etats ici nommés sont tous des voisins de la Chine, et qu'ils ont tous limité les dégâts. Peut-être parce qu'ils savent à quel redoutable partenaire ils ont à faire.

Pourtant il y a un autre voisin immédiat de la Chine qu'on ne nomme jamais, qui connaît pourtant mieux que personne cette Chine communiste et continentale, et qui a fait mieux que tout le monde en matière de protection des personnes : c'est la Chine de Taïwan (République de Chine). On ne compte en effet dans ce pays que six morts du Covid-19 sur cette île chinoise. Alors pourquoi ne parle-t-on pas davantage de Taïwan ? Est-ce parce que les pontes de l'OMS l'accablent de critiques, relayant le dénigrement par les autorités communistes (voir l'article de Frédéric Schaeffer dans Les Echos du 15 avril) ? 

La Chine communiste ? Emmanuel Macron (vous savez, le blanc-bec qui se prend pour Henri IV, alors qu'il est dépourvu de panache autre que purement verbal : j'aimerais bien le voir charger à la tête de ses troupes l'armée du Général Virus) nous dit qu’il faut se méfier de toutes les informations qui viennent de Chine : « On ne sait pas tout », assène-t-il. C’est vrai que des questions sérieuses se posent.

D’abord le nombre des morts en Chine communiste : 4.600 décès dus au Covid-19 dans un pays d'un milliard et demi d'habitants, c'est une goutte d'eau, ou si peu que rien. Faut-il compter, comme certains le font, les urnes funéraires que la population de Wu Han a été invitée à retirer auprès des autorités compétentes à l'occasion de la fête des morts (j'ai entendu deux chiffres : 45.000 et 90.000, dix et vingt fois plus que le chiffre "officiel" vendu au monde par la Chine communiste) ? Mystère.

Ensuite, le rôle et l’influence de la Chine au sein de l’OMS. M. Thedros Adhanom Ghebreyesus, son Directeur Général, a-t-il été acheté par la Chine pour répercuter docilement dans le monde les avis lénifiants et autres euphémismes des autorités chinoises concernant l’apparition du SARS-Cov-2 dans la ville de Wu-Han ? A-t-il sciemment tu à l'origine l'extrême danger du nouveau virus ?  L’OMS dans son ensemble est-elle noyautée par des agents chinois ? A-t-elle sciemment minimisé la menace ?

Questions graves et sans doute pertinentes, vu les circonstances dramatiques et l’extraordinaire contagiosité du virus. Il semblerait d’ailleurs que le virus se caractérise davantage par sa contagiosité (diffusion) que par sa virulence (gravité des cas et mortalité). Les gens les plus savants du monde n’en savent pas beaucoup plus, apparemment, en l'état actuel des choses.

Ce que je retiens de la façon dont l’information sur le coronavirus a circulé depuis bientôt quatre mois, c’est seulement quelques éléments qui semblent bien établis.  On sait qu'en Corée du Sud, on déplore 232 morts du Covid-19 au 16 avril, contre 154 au Japon (site "Eficiens"). En comparant avec les dizaines de milliers de décès intervenus dans les pays européens, on peut dire que c'est un "beau" résultat.

Et puis j’observe la situation en République de Chine : c’est donc Taïwan, capitale Taï-Peh. A l’heure actuelle, à ce que je sache, il y a dans cette île peuplée d'environ 23 (24 ?) millions d’habitants, six personnes mortes du Covid-19. SIX MORTS en tout et pour tout. De quoi s’interroger, non ? A quelques encablures du pays où le virus a commencé à sévir, comment a-t-on fait pour dresser un tel barrage ?

La première information sérieuse que je retiens, c’est que les autorités de Taïwan, face à leur gigantesque voisin et ogre potentiel, sont depuis très longtemps aux aguets, sur leurs gardes et à l’affût du plus petit indice capable de représenter la plus petite menace. Et ce qu’ils guettent fiévreusement à toute heure du jour et de la nuit (j’imagine qu’ils ont des espions sur le continent), ce sont les « SIGNAUX FAIBLES », tant on connaît l'art de la formule alambiquée dont les Chinois communistes enrobent savamment les rares "informations" qu'ils laissent filtrer à l'intention de l'étranger.

Je reconnais que pour repérer des « signaux faibles » dans le Niagara permanent des informations, il faut être un peu au courant des mœurs, des us et des coutumes de ceux que l’on observe. Il faut un peu savoir ce qu'on cherche. S’agissant de la Chine communiste, parmi les voisins immédiats, les Taïwanais sont particulièrement bien placés.

Il se trouve que – c’était le 30 ou le 31 décembre 2019 – les autorités de Taïwan ont capté (reçu, espionné, hacké ou ce qu’on veut) un message d’un hôpital de Wu-Han signalant dans la ville plusieurs cas d’une « pneumonie atypique ». Pourquoi cette expression apparemment neutre a-t-elle aussitôt fait hurler plein pot les sirènes d’alarme à Taïwan ? Tout simplement parce que Taïwan n’a pas oublié que c’est exactement par la même expression que les Chinois ont annoncé les premiers cas de la redoutable épidémie de SRAS (en 2003 ou 2008, je ne sais plus).

« PNEUMONIE ATYPIQUE » ? Aussitôt l’expression identifiée et enregistrée, tout ce qui existe à Taïwan de forces de l’ordre (sanitaires, policières, militaires, administratives, etc.) s’est vu enrôlé dans une sorte de Mobilisation Générale. Les premières mesures draconiennes de contrôle de la population (je ne regarde pas l’aspect démocratique de la question) ont été prises le 31 décembre 2019. Ce qui a sauvé Taïwan, c'est donc l'acuité extrême de sa vigilance.

Résultat ? SIX MORTS. Qui dit mieux ? Il est probable que les infrastructures de santé de la République de Chine sont plus efficientes à l’usage que celles de la République Française. Je reste cependant ébloui, pour ne pas dire aveuglé, par la lumière de la leçon qu’a donnée au monde entier le comportement de tout un pays qui vit en permanence sur ses gardes, s’agissant du géant qui menace à tout moment de l’écraser, de le bouffer et de le faire disparaître. Certes, la France a moins à craindre directement de la Chine communiste que Taïwan. Il n'empêche.

Le contre-espionnage français, on nous l’a assez seriné, s’est mis à l’affût des SIGNAUX FAIBLES qui touchent la radicalisation islamique et les risques terroristes. Je souhaite bien du plaisir à tous les « Services » qui vont devoir ajouter à leur panoplie l’observation des « signaux faibles » émis par toutes les futures menaces, quelles qu’elles soient et d’où qu’elles viennent, y compris celles dont on n'a encore aucune idée. 

Peut-être qu'en lisant beaucoup de Science-Fiction ............. ?

jeudi, 16 avril 2020

TERRORISME ET CORONAVIRUS

Imparable, le coronavirus. Vous vous rappelez sûrement le 13 novembre 2015 et les temps qui ont suivi. Après le Bataclan, les gens s’asseyaient fièrement en foule aux terrasses des cafés pour narguer les massacreurs fanatiques auxquels ils criaient : « Vous ne nous ferez pas changer de mode de vie ! ».

Les Américains, par la bouche de George W. Bush, avaient proclamé les mêmes grandes intentions au lendemain de l’attentat contre les Twin Towers par la bande à Ben Laden. On avait fini par se dire que nous étions plus forts que toutes les menaces.

Et puis patatras, voilà que ce que des terroristes avaient échoué à provoquer, un simple virus microscopique le réalise avec une efficacité terrifiante. Tout le monde obéit : « Restez chez vous ! Stay home ! ». Car on me dira ce qu’on voudra : les Français, pour l’essentiel, ont grosso modo accepté de se soumettre aux consignes édictées dans l’urgence sanitaire. Tous aux abris !

A bien y réfléchir, cette docilité paraît bien extraordinaire quand on se souvient de la révolte durable des gilets jaunes et des contestations vigoureuses de la réforme des retraites. Elle semble bien loin, l’époque où M. Emmanuel Macron traitait en bloc les Français de « Gaulois réfractaires à toute réforme ». Quelle belle discipline, dans l’ensemble !

Et vous savez l’idée complètement tordue que cette constatation m’inspire ? Je me dis que l’éventuel jour futur où une éventuelle (vraie) guerre serait déclarée, les Français se soumettraient d’assez bonne grâce aux brutales mesures militaires que le pouvoir politique serait obligé d’adopter.  Le Covid-19 comme séance d’entraînement grandeur nature à la Mobilisation Générale pour de futures hostilités de grande ampleur ? Quel beau champ de manœuvres ! Quel excellent parcours du combattant ! C'est tout de même le président Macron, chef des armées, qui a fait cette déclaration solennelle : « Nous sommes en guerre ! ».

Vous vous dites : pure et folle élucubration ? Vous vous dites, comme le maire de Champignac : « Témoignage éthylique et nébuleux dont je ne tiens pas compte » ? Je veux bien. 

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Mais demandez-vous si les circonstances n'offrent pas aux forces de l’ordre une occasion unique de tester les meilleures recettes de contrôle de la population. Si les stratèges des forces militaires n'observent pas avec une grande attention la façon dont les différents acteurs du confinement (télévisions, radios et réseaux sociaux compris) organisent le mode de vie de la population. Si tous les pouvoirs ne décortiquent pas soigneusement le déroulement concret des opérations. 

Alors, complètement tordue, mon idée ?

vendredi, 10 avril 2020

CORONAVIRUS : LES À-CÔTÉS

Entendu sur l'antenne de France Inter le lundi 6 avril aux alentours de 13h12 (44'10" au minutage de l'émission, qui commence à 12h32). Emmanuel Grabey fait un reportage à Paris, du côté de Belleville, pour informer sur la façon (aléatoire) dont les aides sociales sont distribuées dans les bureaux de poste. Ce ne sont pas les premiers mots du reportage, mais pas loin.

« Appuyée sur une béquille, Sabrina est en tête de queue ... ».

Merci à Emmanuel Grabey pour ce petit instant de petit bonheur. Il ne se doute peut-être pas de la chose, en ces temps d'angoisse et de confinement.