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vendredi, 29 mai 2020

PHILIPPE MANIÈRE ET LA MALADIE

LA MALADIE A-T-ELLE UN SENS ?

« Moi je suis très très dubitatif sur le concept même de "monde d’après". Je trouve que tout ça n’a strictement aucun sens. Ce qui nous est arrivé, c’est un fait exogène. Il y a eu une épidémie venue de Chine, il y a eu une transmission à l’homme d’un virus animal. C’est accidentel, ça ne signifie rien. C’est une parenthèse extrêmement fâcheuse, désagréable et spectaculaire. [Exemples de ravages épidémiques à Marseille puis Venise.] Tout ça n’a pas de sens, une maladie n’a pas de sens. Et quand quelque chose comme ça arrive à l’humanité, eh bien après on reconstruit, mais on ne cherche pas à se demander ce qu’on a pu faire, quel péché on a pu commettre, autrefois contre Dieu, aujourd’hui la Nature. »

Voilà ce qu’a déclaré (mot pour mot, je m'en porte garant) monsieur Philippe Manière au début de sa réponse à une question de la meneuse de jeu, Emilie Aubry, sur ce que pourrait être "le monde d'après". Ce qui s'appelle "positiver". Cela se passait dimanche 24 mai 2020, dans l’émission L’Esprit public sur France Culture. On trouve ce morceau en réécoute sur le site de la chaîne et à la page de l’émission à partir de 21’10"

J'ai déjà dit (le 30 janvier 2019) combien je regrette le temps où l'émission, produite par Philippe Meyer, rayonnait comme une réjouissante réunion d'intelligences. Ce temps n'est plus : Emilie Aubry est une brave tâcheronne, mais s'il faut attendre des lumières de Madâââme Christine Ockrent, il va falloir se montrer très très patient. Gérard Courtois est un bon journaliste, mais. Quant à Philippe Manière, c'est de ses propos qu'il est question ici.

J’ignore ce que Philippe Manière pense de Michel Houellebecq en général, mais en l’occurrence il se montre entièrement d’accord avec lui quand celui-ci déclare sur France Inter : « Nous ne nous réveillerons pas dans un monde nouveau » (voir ici au 6 mai dernier). Je soutiens moi-même cette idée depuis le début du confinement, je l’ai assez dit ici : j’ai tellement lu et entendu s’exprimer toutes sortes de rêveurs impénitents qui ont saisi l’occasion du confinement pour donner libre cours à leur espoir en un monde enfin corrigé, à leur inventivité conceptuelle et à leur verve onirique, voire fantasmatique, que j’ai fini par les écouter en riant comme un bossu, et parfois à gorge déployée.

Sur ce point précis donc, j’approuve Philippe Manière. Certes, je n’aime guère que la raison sociale de son entreprise (il est entrepreneur) contienne l’expression « Vae solis », qui fait référence au célèbre « Vae victis » (Malheur aux vaincus) que Brennus l'impitoyable avait lancé aux Romains lors du paiement de la rançon (vers – 390). « Malheur aux gens seuls », proclame fièrement monsieur Manière, de façon assez peu sympathique. Il y a un peu d'arrogance dans cette raison sociale, comme chez son initiateur d'ailleurs. 

Je pense que monsieur Manière, dans l’ensemble, se moque de paraître ou d’être sympathique : c’est un marchand d’idées, il vend du conseil, de la finance, du business. Il a du bagou et des convictions fortes. Il vend de la communication. Le monde auquel il se réfère est définitivement acquis et validé : c’est la trajectoire fluide et ascensionnelle de l’humanité vers davantage de bonheur et de prospérité grâce aux bienfaits de la société capitaliste. C’est notre moderne Pangloss : « Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles ».

Mais si j’avais à comparer monsieur Manière, il me viendrait, je crois, l’image d’une pomme. Pas n’importe quelle pomme : celle qui ne s’est pas aperçue qu’un ver a commencé à lui bouffer la chair au-dedans. Philippe Manière, dans ses convictions fortes, n’est pas effleuré par le doute ou les questions existentielles. Il est un adepte, un militant : son credo, c’est le libre-échange. Il souhaite la « libération des forces vives de la nation ». Il attend la dérégulation comme on attend le messie. Hélas la chair de ses certitudes ne résiste pas au ver qui le grignote avec lenteur, logique et méthode.

Le ver ? Il en nie jusqu’à l’existence : « C’est accidentel, ça ne signifie rien. », « Une maladie n’a pas de sens ». Il a même lourdement insisté en se disant passablement « énervé » par ceux qui soutiennent le contraire. J’aime à penser que de telles phrases auraient interdit à Philippe Manière (au cas improbable où l’éventualité se serait présentée) de s'asseoir à la table animée par Philippe Meyer quand celui-ci tenait le gouvernail de L'Esprit public avant d'être jeté dehors par on ne sait quelle éminence grise. Car c’est le genre de propos qui révèle la cécité de certaines élites "néo-", "ultra-" "libérales" sur les effets mortifères de certaines politiques économiques fondées sur la recherche exclusive de la croissance, du profit et de la prospérité apparente. Avec Philippe Meyer, on n'était pas si obtus.

Alors une maladie n’a pas de sens, vraiment ? Un accident ne signifie rien, vraiment ? De prime abord, je dirais volontiers que la joue de pareilles affirmations appelle la gifle : je pense d’emblée au pharmacien Homais de Madame Bovary : « … le type du demi-savant qui, croyant tout connaître, s’imagine capable de tout expliquer, et dont la suffisance ne peut cacher la sottise qu’aux naïfs » (René Dumesnil). A y regarder de plus près, j’ajouterai que c’est tout simplement faux.

Car une maladie, comme n’importe quel accident, a indéniablement quelque chose à nous dire sur l’époque où nous vivons. L’épidémie d’obésité dans certains pays ne dit-elle rien sur les inégalités entre riches et pauvres ? L’épidémie du sida n’a-t-elle rien à nous dire sur le rapport que notre "modernité" entretient avec le sexe ? L'épidémie des maladies chroniques (cancer, etc.) n'est-elle pas le signe que le moteur même de notre civilisation produit de graves nuisances dans son industrie chimique et ses gaz de combustion (voir les études de Réseau Environnement Santé) ? 

Sans faire de la maladie une « métaphore » (Susan Sontag, La Maladie comme métaphore, 1978) éminemment signifiante dans la prévalence de certaines maladies dans certaines époques ou certaines régions, le coronavirus n’a-t-il rien à nous dire sur l’absurdité des obsessions économiques du monde actuel, et en particulier l’extension illimitée des échanges commerciaux et des transports qui en découlent ? Quand l'industrie laitière aura-t-elle quelques égards pour le yaourt qui fait parfois 10.000 km avant d'atterrir sur notre table (mon fournisseur est déjà infiniment plus raisonnable, ce qui veut dire que c'est possible) ?

L’humanité n’a certes pas péché contre Dieu, mais n’a-t-elle pas "péché" (ce mot !) contre la nature ? C’est là un cas typique de dénégation du réel. Dénégation des effets de l’action humaine sur la biodiversité, sur le climat, sur les forêts, sur les océans, sur l’innocuité perdue de notre environnement alimentaire ou respiratoire, etc. Bref : ce que nous faisons n’a pas de conséquences et l’humanité est innocente des dégâts qu’elle inflige à la nature. C'est Philippe Manière qui l'affirme. Alléluia !

Je caricature sûrement la pensée de monsieur Philippe Manière qui, vu ses honorables états de service, possède des talents qui le rendent a priori accessible à la pensée complexe et nuancée, moi-même n’étant guère familier de la nuance. Je réagis simplement à de vrais propos qui ont été vraiment tenus sur France Culture un dimanche matin, juste après la messe catholique. 

En proférant cette énormité : « ... une maladie n'a pas de sens », Philippe Manière m'a fait sortir de mes gonds : comment peut-on prêter un micro de France Culture à un marchand capable de proférer de telles inepties ? Comment Emilie Aubry peut-elle considérer ce monsieur comme un penseur digne de l'antenne ?

Je crois que Philippe Meyer a fondé une association intitulée "Le Nouvel Esprit public" : il est scandaleux qu'une telle manifestation de la courtoisie de notre esprit démocratique ne soit pas portée par la principale des radios culturelles françaises. Sandrine Treiner, directrice de France Culture, faites-vous le grand honneur de rendre la production de L'Esprit public à son inventeur : Philippe Meyer. 

Voilà ce que je dis, moi.

samedi, 02 mai 2020

« JE VOUS L'AVAIS BIEN DIT, SCROGNEUGNEU ! »

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La revue "Le Un" du mercredi 29 avril dernier : « Et maintenant on change quoi ? ». Mais on ne change rien, mon bon monsieur ! Qu'allez-vous imaginer ?

***

Mais non, voyons, malgré le titre que j'ai trouvé, je n'ai nullement l'intention de faire la leçon à qui que ce soit. Je me permets juste de constater. Et de m'effrayer. Ce qui me terrasse dans cette crise dite « du coronavirus », c’est qu’on savait. On savait tout. On savait tout depuis très longtemps. On ne savait pas quand, on ne savait pas par où ça arriverait, mais on savait que ça arriverait. Depuis combien de décennies les lanceurs d’alerte font-ils retentir le tocsin ? Je suis sûr que des "collapsologues" comme Yves Cochet et Pablo Servigne jubileraient d'avoir eu raison si vite si l'actuel coup de Trafalgar mondial ne les laissait pas hébétés comme je l'ai été.

Où l'on constate que l'ennemi public n°1 de notre civilisation a trouvé sans hésiter le défaut de la cuirasse : plus elle ressemble au Colosse de Rhodes, plus le marbre de ses pieds se transforme en sable. On avait tout prévu, TOUT, sauf ... Depuis, tous les Grands Manitous de la planète se demandent comment on doit apprendre à se préparer pour prévoir l'imprévisible. Prévoir l'imprévisible ? Ah les sinistres comiques !!! Les guignols ! Le phénomène "gilets jaunes" était un sacré coup de semonce, monsieur Macron ! Descendez de votre perchoir, monsieur Macron ! Ouvrez les oreilles, monsieur Macron ! Prenez des décisions justes, monsieur Macron !

Ce dont je suis sûr, c’est que depuis l’ouverture du présent blog le 25 mars 2011, les billets publiés ici par votre serviteur n’ont pas cessé de pleuvoir concernant l’écologie, la protection de la biodiversité ou de l’environnement ; mais aussi la dénonciation de la logique ultralibérale, de la colonisation de toute la sphère économique par des malades et des aveugles lancés dans une course effrénée vers l’abîme, de l’empoisonnement des sols, de l’air, de l’eau et des hommes par une industrie chimique démesurée, de l’industrialisation à outrance des moyens de nourrir l’humanité, etc., etc., etc…

Ce qui me terrifie, c’est aussi qu’en un clin d’œil (disons du jour au lendemain) tous les pays industrialisés et l’ensemble de leurs populations ont pu abandonner leur criminelle insouciance pour renoncer brutalement et sans hésiter à tout ce qui n’était pas rigoureusement indispensable à la préservation de la vie. Brutalement convertis au survivalisme le plus caricatural (des stocks d'huile, de sucre et de PQ, mais la télé et les réseaux sociaux pour se "tenir au courant" : on sait jamais). On fait le dos rond en attendant que les choses se calment, mais il ne faudrait pas que ça tarde trop, les "jours meilleurs".

Alors je suis parti à la pêche dans les sables mouvants où se sont engloutis aussitôt écrits tous les billets que j'ai pondus sur le sujet depuis le début. Je n'ai pas eu à chercher bien profond. Je n'ai eu aucun mal à réunir quelques paragraphes où tentait de se dire une vérité explosive qui, depuis, nous a pété à la gueule : la façon dont l'humanité vit aujourd'hui nous entraîne collectivement vers la mort. Je n'ai pas voulu surcharger la barque. Et je n'ai pas sélectionné les plus significatifs.

Nous venons d'entendre de nombreux appels pressants à fonder un système économique mondial qui soit viable pour tous, moins inégalitaire et plus respectueux de l'environnement. Il était temps. Je rappellerai seulement qu'au cours de la crise financière de 2007-2009, nous avions déjà entendu vociférer tous les vertueux de la dernière heure convertis à la sagesse économique (Sarkozy ?) appelant à la régulation de la finance folle, et qu'on a hélas vu ce qu'il en est resté quand la fièvre est retombée. 

Je propose ici une petite piqûre de rappel, oh, presque rien, juste de quoi se souvenir que nous n'ignorons rien de l'enfer qui nous pend au nez et que nous fabriquons consciencieusement, jour après jour, de toutes pièces. Rassurez-vous, c'est à peine quelques pets de lapin sur une pente verglacée : c'est sans douleur. Autrement dit : c'est à pleurer.

***

16 novembre 2017

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Célèbre "une" du journal Le Monde du 14 novembre 2017. Célèbre et déjà aux oubliettes.

7 février 2018.

Le monde va-t-il bien ? Le monde va-t-il mal ? Le débat fait rage (un de plus, dira-t-on, voir au 2 février). Les uns ne voient, selon les autres, que le côté heureux des choses, sont heureux du monde dans lequel ils vivent et disent pis que pendre de Michel Houellebecq. Les autres souffrent, selon les uns, d’une sinistrose chronique aiguë, trouvent inquiétant tout ce qui arrive et sont allergiques à Michel Serres, le « ravi de la crèche » qui s’émerveille du génie et de l’inventivité de l’espèce humaine. [Au vu des circonstances, qui a raison, à votre avis ?]

23 mars 2018

Ils [les écologistes] rassemblent donc informations et documents, mais c'est pour en faire quoi ? Ils ne savent pas toujours bien. On trouve une documentations copieuse, mais éparse en provenance des forêts qui disparaissent ; des glaces du grand nord qui fondent plus vite que leur ombre, menaçant de submersion tout ce qui vit à proximité du littoral ; des eaux de surface des océans qui s’acidifient et se peuplent de continents de plastique ; de l’air que nous respirons dans les villes, qui améliore sans cesse le rendement de la mortalité humaine prématurée ; des camps d'extermination des insectes ouverts en plein air par les tenants de l'agriculture industrielle et productiviste ... j’arrête l’énumération. 

24 mars 2018

A part ça, aucun voyageur du train fou qui nous emporte ne pourra dire que le signal d’alarme était en panne : les sentinelles font leur boulot et ne cessent d’actionner la sirène. Ce qui inquiète, c’est plutôt qu’il n’y a pire sourd que celui qui refuse d’entendre, et que le signal d’alarme donne massivement l’impression de pisser dans un violon des Danaïdes, ce qui est, on l'admettra, peu convenable. 

25 mars 2018

Quel avenir ce tableau sommaire des préoccupations écologiques laisse-t-il entrevoir pour la planète ? J’ai envie de dire que, s’il y a une indéniable prise de conscience au sein de la communauté scientifique et parmi un certain nombre de voix en mesure de résonner dans les médias (je n'ai pas dit : en mesure de faire bouger les choses), le rapport des forces en présence et la lenteur pesante de l'évolution des consciences (ne parlons pas des intérêts en jeu, qui font résolument barrage) laissent mal augurer de nos lendemains.  

4 septembre 2018 (en rapport avec la "une" du Monde reproduite ci-dessus).

Les cris d'alarme se suivent et se ressemblent. Parions qu’ils figureront un jour en bonne place dans la série "Ronds dans l'eau". Les appels ont une efficacité – on le constate tous les jours – de plus en plus nulle. Non, je le reconnais, je ne suis pas optimiste. Le pire, c'est que je crois que j'ai raison.

Il n'y a rien de plus urgent que de changer tout le système, mais rien ne sera fait : les USA quitteront les accords de Paris, Nicolas Hulot prendra acte de sa complète impuissance à influer sur le cours des choses et quittera spectaculairement le gouvernement d'Emmanuel Macron.

Il n'y a en effet rien de plus urgent. Je dirai même que c'est la seule et unique urgence qui devrait mobiliser toutes les énergies (renouvelables). C'est peut-être infiniment vrai, mais les chars d'assaut de la politique (lieu des rivalités de pouvoir) et de l'économie (lieu privilégié de l'exercice de la rapacité) – les vrais pouvoirs – ne s'en laisseront pas conter : « Les affaires sont les affaires ».

Sans compter que les populations qui bénéficient d'un mode de vie confortable (moi compris) refusent toute perspective de régression matérielle. Et que les populations qui n'en bénéficient pas encore ont la volonté farouche d'y parvenir à leur tour.»

***

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"Notre humanité délire." Tu l'as dit, bouffi ! Extrait de la une du "Un" ci-dessus.

***

La crise du coronavirus me met en rage : on sait tout, on a maintenant la preuve que nos façons de procéder avec le monde qui nous entoure sont guidées par la folie, et on ne fera rien, sinon serrer encore la vis à ceux qui ont le moins de pouvoir.

Je dois avouer que je n'ai moi-même pas très envie de changer de mode de vie. Les gens, à la Croix-Rousse, se sont déjà remis à se répandre dans les rues comme aux plus beaux jours de l'insouciance. La population dans son ensemble ne voit pas comment on pourrait faire autrement qu'avant. Qui accepterait plus qu'hier de se voir imposer des limites à ses désirs ? Et toutes les forces existantes n'attendent que le moment de reprendre leur existence comme avant. Le monde entier attend de pouvoir retrouver une

VIE NORMALE.

***

Au fond, je vais vous dire :

le présent blog ne sert strictement à rien.

Dit autrement : on ne convainc que les convaincus.

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« Plus de fric pour le service public ». Il y en a qui ne doutent de rien.

Les individus qui ne sont pas d'accord sont rigoureusement impuissants face au système dont ils ont perçu l'aberration fondatrice. 

La crise actuelle me renvoie à mon quasi-néant.

mercredi, 24 juillet 2019

GRETA THUNBERG, CLOWN.

Pour mettre les deux pieds, les deux mains dans la farce écologiste, regardez Greta Thunberg, écoutez Greta Thunberg, caressez Greta Thunberg dans le sens du poil. Tout le monde en est gaga.

Aurélien Barrau, astrophysicien de son état et défenseur du climat, est tombé raide dingue de la petite morveuse. Il l’a dit bien fort sur l’antenne de France Culture le mardi 23 juillet (citation textuelle, copiée sur le site) : « Je crois réellement que ceux qui nous dirigent n'ont absolument pas compris l'ampleur du problème. Ils sont totalement à côté de la plaque. Ils pensent que de petits ajustements, de petits gestes, de petites choses pourront venir à bout du problème alors que nous sommes face à une crise existentielle majeure. Les quelques députés frondeurs devraient comprendre que la science, le sérieux, la raison sont précisément du côté de Greta. Je trouve leur attitude scandaleuse et même indigne. On sait depuis 40 ans que nous sommes dans une situation critique. Tous ceux qui s'y intéressent le savent. 15 000 scientifiques ont alerté sur la gravité de situation. Rien n'a été fait. Les experts internationaux alertent, rien n'est fait, et là, ils s'indignent du fait qu'une jeune femme vienne précisément relayer ce message ?! Soyons bien clairs, la Science est du côté de Greta.» Sur l'irresponsabilité des responsables, le monsieur frappe au cœur de la cible de la vérité. Mais au sujet de la messagère, pour un scientifique, je le trouve un tantinet fébrile, au spectacle des tresses blondes.

Faut-il que l'humanité soit devenue bien infirme de l'intelligence et du caractère pour placer dans une gamine de 16 ans ses derniers espoirs de freiner le changement climatique ! Greta Thunberg a été invitée à faire la leçon à nos élites politiques, à tancer d’importance les plus hauts dirigeants de la planète, et à leur donner la fessée s’ils ne font rien pour calmer les ardeurs du climat terrestre.

Vous savez ce qu’ils en pensent, de Greta Thunberg, les plus hauts dirigeants de la planète ? Je ne le dis pas, ça risquerait de choquer les âmes sensibles, les cœurs altruistes et les esprits des écologistes les plus tièdes. Je note que les députés ont écouté la harangue d'une militante écolo pure et dure (vegan), juste avant de voter un accord international (le CETA) qui promet bien des gaz à effet de serre et autres joyeusetés.

Qu’est-ce qu’elle vient leur dire, aux grands de ce monde, la petite suédoise ? Que le réchauffement climatique, c’est pas bien et qu’il faut qu’ils se décident à faire quelque chose contre, parce que ça commence à urger. – C’est tout ? – Oui, c’est tout. – Et c’est pour ça que vous me réveillez ? – Oui, c’est pour ça. – Ben vous ne manquez pas de culot ! – Ah non, quand même, pas tout à fait : elle dit aussi que les vieux méprisent assez la jeunesse pour lui léguer une planète en aussi mauvais état. – Ah ben ça, si nos propres parents n'avaient pas commencé à la saloper, on n'en serait pas là ! Et les parents de nos parents, et ainsi de suite : c'est pas moi qui l'ai inventé, le système. Moi, je n'ai fait que mettre mes pas dans leurs pas.

Parlons sérieusement. Je ne sais pas qui pilote ce petit missile adolescent et j’ignore tout des vraies cibles qui sont dans son collimateur. Ce que je sais, c’est que Greta Thunberg est juste un petit clown qui a été propulsé sur le devant de la scène pour amuser la galerie. Je ne plaisante qu'à peine, regardez pourquoi ça s'étripe en place publique : on a complètement oublié le réchauffement climatique pour s'extasier sur le cas d'une jeune fille assez crâne pour garder la langue bien pendue en présence des sommités de ce monde. Le messager occupe toute la scène, et le message a disparu corps et bien. L'époque a réussi à fabriquer une icône consacrée, objet de la vénération ou de l'aversion des foules. Ce n'est plus "pour ou contre le réchauffement climatique", c'est "pour ou contre Greta Thunberg".

Car ça sert à quoi, de sermonner les puissants pour qu’ils fassent quelque chose si on ne dit pas en même temps aux gens ordinaires, aux jeunes si empressés, aux populations laborieuses les sacrifices que leur coûteront bien concrètement les mesures qu’ils somment les dits puissants de prendre urgemment ? Comme si ces mesures ne devaient avoir des effets que loin de chez eux. Comme si le changement climatique, ils n'y étaient pas en plein dedans. Comme si, en fin de compte, ils regardaient un film, bien installés dans un fauteuil.

Moi, je me dis que les gens ne se rendent pas compte. Beaucoup de responsables politiques ne demanderaient pas mieux, je crois, dans leur for intérieur, que d’agir fortement en faveur de la modération climatique. Mais que penseraient les foules qui plébiscitent Greta Thunberg si elles avaient conscience des conséquences très concrètes pour elles des mesures - exigées un peu inconsidérément ?

Qu’est-ce qui empêche les dirigeants d'agir ? Oui, pourquoi les responsables politiques de bonne volonté (il y en a, ça existe sûrement) ne se lancent-ils pas dans la course aux économies d’énergie, dans la construction à outrance de villes à énergie positive ? Pourquoi donnent-ils cette impression d’immobilisme dont les accusent les accusateurs, les jeunes, Aurélien Barreau l’astrophysicien, Nicolas Hulot et les mânes de René Dumont ?

Ce qui les empêche ? C’est visible à l’œil nu, et même de nuit dans le brouillard. Les responsables politiques, en réalité, sont cernés : vous aurez beau les cravacher, ils ne peuvent pas grand-chose. Greta Thunberg et ses thuriféraires ignorent (ou font semblant d'ignorer) quels sont les éléments qui précèdent et conditionnent une décision politique, surtout quand elle touche un domaine crucial comme celui des conditions de vie. C'est tout un calcul millimétré, la question principale étant : « Est-ce que ma décision suscitera l'adhésion générale ? ». Et c'est précisément là que le bât blesse l'animal politique.

D’un côté, vous avez toute l’industrie, je veux dire la machine à produire et à vendre, l'économie. On a du mal, citoyen ordinaire, à se représenter l’invraisemblable puissance de cette machine qui sert, au moins en partie, à générer les profits dont se gavent les plus riches. Je n’examine même pas l’hypothèse qui ferait de nos brillants élus des complices de l’opulence des hautes classes sociales.

De l’autre côté, vous avez les populations, l’ensemble des gens qui travaillent, des gens qui chôment, des gens qui râlent, etc. Mais surtout, vous avez la masse des électeurs qui attendent un boulot, qui voudraient gagner plus, qui achèteraient bien une maison ; la masse de ceux qui voudraient travailler moins longtemps parce que travailler, ça use ; la masse des consommateurs qui voudraient pouvoir consommer davantage pour améliorer leur confort, se rendre la vie plus facile et satisfaire quelques petites envies.

Vous avez le problème en main : susciter l'adhésion. Qu'est-ce qui est politiquement possible ? De quelque côté qu’il regarde, le responsable politique est ligoté. D’un côté, il voit les gens, peu nombreux, qui ont financé ses campagnes, qui ont facilité son accession au pouvoir et qui attendent un juste retour sur investissement. De l’autre, vous avez la masse de ceux qui détiennent l’autre clé de cette accession au pouvoir, indispensable en démocratie : le bulletin de vote.

On ne voit pas le candidat cracher dans la main qui lui tend les billets de banque pour tenir sa réunion électorale dans cette salle qui coûte un prix fou. Mais on ne voit pas davantage le candidat à n’importe quelle élection cracher dans la gueule de ceux dont il réclame le suffrage : « C'est vous les coupables ! Pour ralentir le réchauffement climatique, il va falloir que vous rangiez la voiture au garage définitivement ; fini le lavage en machine ; fini le smartphone ; fini les voyages en avion : il va falloir vous serrer sacrément la ceinture. Il va falloir revenir à la bougie ». Avec ce genre de promesse électorale, le gars passe aux oubliettes pour quelques siècles. Alors même que c’est la pure, la seule, l’unique vérité, il se taira parce qu'il sait que s'il le dit, il a soixante millions de gilets jaunes dans la rue le lendemain. Les gens adulent la messagère, mais ils maudissent le message.

Ce que le responsable politique ne peut dire ni aux populations, ni à ses bailleurs de fonds, c’est qu’il faut en finir le plus vite possible avec la folie industrielle de la production à tout va. Ce qu’il ne peut pas dire, c’est que le réchauffement climatique, nous le devons au système productiviste industriel, celui-là même qui est à l’origine de la prospérité apparente des pays riches, et au fait que tous les jours, fidèlement, des millions de militants du système (vous et moi) mettent volontairement du carburant dans la machine. Tous les consommateurs sont des militants du système.

Alors tous les gens qui n’ont à la bouche que le nom de Greta Thunberg, cette « Jeanne d’Arc du climat », me font hurler de rire et de rage. Je leur dis : « Mais laissez-la donc tranquille, cette môme. Elle n’a pas mérité la tyrannie qui pèse maintenant sur ses épaules ». Tout le monde qui lui emboîte le pas sans se demander quels intérêts elle sert fait semblant de croire que les « hommes politiques » de la Terre entière sont des populations différentes de celles qui les portent au pouvoir. Mais non mon pote, les gens qui sont au pouvoir sont l’émanation directe des gens qui n'y sont pas. Que faut-il se raconter comme histoire pour croire que, tout d’un coup, les hommes politiques détiendraient un pouvoir venu d’ailleurs ? 

Cher monsieur Aurélien Barrau, voulez-vous que je vous dise ce que je pense de votre dévotion enthousiaste envers la jeune Greta Thunberg ? Elle montre que, pour ce qui est du scientifique, vous avez tout compris. Mais que vous vous en preniez aux responsables politiques montre que vous n’avez rien compris aux réalités de la vie quotidienne des gens – qui sont aussi et surtout des électeurs aux yeux des politiques – qui ont quelque légitimité à désirer l’amélioration de leur sort, à refuser que la qualité de leur vie quotidienne régresse (il a suffit de 4 centimes de plus à la pompe pour fabriquer les gilets jaunes), et à exiger de leurs élus qu'ils fassent quelque chose pour cela.

Ils ne se rendent pas compte que le réchauffement climatique, ils le doivent à la somme des éléments de confort qui font le quotidien de leur cadre de vie ? Ils ne se rendent pas compte qu’ils sont eux-mêmes la cause du problème que vous dénoncez ? La belle affaire : au lieu de vous en prendre niaisement à l’inaction des hommes politiques, dites-leur, vous, aux gens ordinaires, que c’est leur mode de vie de nababs qui fiche en l’air les conditions de l’existence de la vie sur la Terre. Vous verrez comment ils prennent le mot "nababs". Vous verrez ce qu'il en coûte de "désespérer Billancourt" (on disait ça dans les années 1970).

C'est nous tous, nous autres des pays riches (et puissants des pays pauvres), qui sommes coupables de ce qui arrive. Et les choses ne feront qu’empirer aussi longtemps que la masse des gens ne se convaincront pas que c’est leur mode de vie qui dégrade l’environnement. Aussi longtemps qu’ils se croiront innocents. Aussi longtemps qu'ils se croiront dispensés de tout effort pénible.  Croyez-vous sérieusement, monsieur Aurélien Barrau, qu’ils sont prêts à entendre ce genre de discours ?

Il est juste impossible aux responsables politiques (du moins ceux qui auraient une claire conscience des enjeux) de dire aux foules la vérité sur les mesures à prendre pour enrayer le réchauffement climatique : les foules veulent bien "faire un geste" pour la planète, mais elles ne veulent en aucun cas qu'on touche à leur mode de vie. Et ce ne sont pas les sommations culottées de Greta Thunberg aux dirigeants qui changeront quoi que ce soit aux données du problème.

Pour changer ça, il faudrait commencer par définir un idéal de vie qui ne se réduise pas au bonheur matériel. Et pour cela, il faudrait ... il faudrait ... il faudrait ... (je vous laisse meubler les points de suspension).

Voilà ce que je dis, moi.

vendredi, 02 novembre 2018

CLIMAT : L’ACTUALITÉ ENFONCE LE CLOU

Dans la série "Des nouvelles de l'état du monde" (N°68).

Et puis voilà, c'est au tour du vénérable et renommé WWF de tirer la sonnette d'alarme : d'après l'ONG "militante" (c'est ce qu'on dit), ce sont 40% des vertébrés qui ont d'ores et déjà disparu de la surface de la Terre depuis les années 1970. Je me dis juste qu'ils ont mis un sacré bout de temps à s'en apercevoir : l'information figurait en toutes lettres (en plus grave) dans le célèbre article du Monde (vous vous rappelez, 15.000 scientifiques, etc.) daté du 14 novembre 2017 !

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Cinquante semaines pour assimiler la chose, il faut le faire. Un cri d'alarme qui laisse définitivement rêveur sur l'efficacité supposée des cris d'alarme. On se dit en effet qu'il ne sert à rien de crier si c'est juste pour occuper un créneau d'information parmi la multitude des créneaux d'information. Un clou chasse l'autre.

***

Et puis c'est au tour de l'OMS de dénoncer la surmortalité des enfants du fait de la pollution : 600.000 par an. Je me souviens en effet des trajets forcés le long de l'avenue du Châter à Francheville à pousser la poussette sous la gueule des énormes pots d'échappement des poids lourds interdits de tunnel de Fourvière, et qui empruntaient cet itinéraire de déviation. Rien d'étonnant à ce que les enfants soient les premières victimes. Les gaz d'échappement des moteurs de camions, je crois que c'est à Sobibor que les nazis s'en servaient : il ne fallait pas longtemps, dans le fourgon spécialement branché, pour obtenir le résultat attendu.

Bon, on se dit qu'à l'air libre, les vents dispersent mieux les miasmes que dans ces atmosphères confinées. On se rassure comme on peut : comme dit Günther Anders, l'humanité n'a plus besoin de Hitler pour s'autodétruire : « Bref, le monde des instruments nous met au pas d'une façon plus dictatoriale, plus irrésistible et plus inévitable que la terreur ou la supposée vision du monde d'un dictateur ne pourrait jamais le faire, n'a jamais pu le faire. Aujourd'hui, Hitler et Staline sont inutiles » (L'Obsolescence de l'homme, II, éditions Fario, 2011, p.204, chapitre "L'obsolescence du conformisme, 1958").

Je n'invente rien et ce n'est pas moi qui le dis : aujourd'hui, Hitler et Staline sont inutiles. La folie technique qui saisit plus que jamais l'humanité a pris le relais pour faire le même job. Sous l’œil vigilant du Comité d'Ethique. Moi, ça fait longtemps que je suis convaincu qu'Hitler et Staline ne sont pas des monstres ou des aberrations rendues possibles dans des systèmes devenus fous. Je suis au contraire convaincu qu'Hitler et Staline sont des aboutissements logiques, qu'ils ont été produits par une conjonction de facteurs où l'appétit de pouvoir et la puissance technique jouent les premiers rôles.

Et que notre "morale" moralisatrice a inscrit dans ses "valeurs sacrées" bien des "trouvailles" de l'un et de l'autre, mais qu'elle les a habillées (nommées) autrement, pour pouvoir continuer à condamner ces épouvantails comme figures de l'horreur absolue (une preuve flagrante dans l'eugénisme, que la médecine actuelle pratique sans états d'âme : combien d'anormaux arrivent aujourd'hui à terme ? Je pose juste la question.).

Et cela permet de comprendre pourquoi sont arrivés au pouvoir, à la demande du corps électoral, plusieurs Hitler au petit pied (Bolsonaro étant le dernier en date) désireux de se débarrasser au plus tôt des garanties qu'offre l'état de droit. Le "populisme" porté démocratiquement au pouvoir est un aboutissement logique : ce qu'on appelle "populisme" est lui aussi le produit d'une conjonction de facteurs au centre desquels on peut placer le mépris de toutes les élites pour le "peuple" concret et la tyrannie exercée par l'économie triomphante.

***

Et puis c'est au tour de France Culture de dénoncer l'action des lobbies, mardi 30 octobre, dans l'émission "La grande table" (animée par l'implacable douceur d'Olivia Gesbert avec ses questions doucereuses et très exactement conformes à l'air du temps). Stéphane Horel, "journaliste indépendante d'investigation et documentariste" vient de publier Lobbytomie. Comment les lobbies empoisonnent nos vies et la démocratie (La Découverte, 2018, après Happycratie, de je ne sais plus qui, ça devient une mode. Lobbytomie, le titre est sans doute choisi par l'éditeur : je ne dis pas bravo, je préfère le sérieux à l'expression choc).

La dame a eu une grosse demi-heure pour exposer en détail une petite partie des petites et grosses ignominies que les "groupes de pression" commettent – en usant de moyens considérables – dans la discrétion feutrée des couloirs, des antichambres et des cabinets pour qu'aucun dommage ne soit causé aux énormes profits des grosses et très grosses entreprises. Quelles que soient les conséquences sur l'air, l'eau et les sols, et accessoirement la santé des populations.

Je reprocherai juste à madame Horel de ne pas citer une seule fois le nom de Naomi Oreskes qui, avec Erik Conway, avait publié en 2012 une bible irremplaçable, au titre limpide quant à lui, sur le même sujet : Les Marchands de doute, qui jetait une lumière crue, entre bien d'autres réalités scandaleuses, sur les pratiques douteuses de certains "scientifiques" capables de vendre (cher) leur signature pour entretenir la controverse, même sur des questions recueillant un large consensus de la communauté scientifique sérieuse. Le doute profite à l'empoisonneur. Et entretenir sciemment le doute contre toute évidence pour éviter ou retarder les décisions désagréables est un métier à temps plein et grassement payé.

N'a-t-on pas entendu très récemment (ces derniers jours) le nouveau ministre de l'agriculture demander à tous les opposants au glyphosate d'apporter la preuve de la nocivité des pesticides ? Pensez-vous qu'il oserait demander aux industriels de la chimie agricole, avant d'autoriser leurs produits, de prouver leur innocuité ? Que nenni, voyons ! Ne rêvons pas.

***

Quoi qu'il en soit, depuis quelque temps, les choses s'accélèrent et tout le monde semble s'y mettre. Tout au moins en France. D'un côté, je me dis que c'est plutôt bon signe ("coquelicots", "marches pour le climat", ...). D'un autre côté ...

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mardi, 09 octobre 2018

ÉCOLOGISTES EN MIE DE PAIN

Dans la série "Des nouvelles de l'état du monde" (N°62).

Bon, voilà qu'ils nous refont le coup. Ça les reprend comme une vieille vérole : ils ont réintroduit des ourses (gravides) dans les Pyrénées. Ils se sont mis dans le crâne que c'était bon pour la "biodiversité". La biodiversité !!! Ils ne savent même pas ce que c'est. Ils auraient pu demander à monsieur Gilles Bœuf, qui connaît la question jusque dans les recoins. Ils veulent "refaire" de la biodiversité sans savoir (ou en faisant semblant de ne pas savoir) comment celle-ci s'est mise en place. 

Ils ignorent même le sens du mot "écosystème". C'est quoi, ça ? Un écosystème, comme tous les systèmes, c'est un réseau complexe de relations, d'interactions, d'interdépendances qui s'est mis en place dans un lieu, une région donnés, où les minéraux, les végétaux et les animaux se sont mis d'accord pour vivre là, en voisins plus ou moins courtois, ce qui a rendu possibles les vies particulières de chacun. 

Et ce système ne s'est pas mis en place au hasard ou du jour au lendemain : il a fallu un processus pour aboutir à un équilibre qui rend possible la vie de tous les éléments qui le composent, le système, avec ses proies, ses prédateurs, ses complémentarités et ses échanges. C'est un système d'autorégulation 100% naturel. Soyons fou, appelons ça, tout simplement, la Nature. Les écologistes dont je parle ici sont en fait des ennemis de la Nature. Au nom de l'idée qu'ils s'en font.

La confondante niaiserie qui consiste à réintroduire du "sauvage" là où les conditions de vie ont énormément changé avec le temps (principalement du fait des activités humaines), devient une escroquerie en même temps qu'un coup de force, quand on réfléchit précisément à l'extraordinaire complexité des interactions qui ont fabriqué l'équilibre de cet écosystème au cours du temps.

C'est Alexandre le Grand qui, parce qu'il ne voyait aucune possibilité de défaire le nœud gordien a résolu le problème du tranchant de son épée. Bon, c'est sûr, il n'avait pas que ça à faire, mais ça revient quand même à nier purement et simplement cette complexité en la faisant disparaître au moyen d'une solution radicalement simple, et surtout brutale. Les "écologistes" dont je parle ici ont inventé l'écologie brutale. Ce sont des violents, comme les carnophobiques qui ont incendié un abattoir dans l'Ain récemment (6 départs de feux simultanés constatés par la gendarmerie).

Le raisonnement de ces gens qui usurpent l'étiquette "écolo" est lui aussi d'une radicale simplicité : « Il y a eu un jour des ours dans les Pyrénées (des loups dans le Mercantour, des lynx dans les forêts du Jura, etc...), il n'y a pas de raison pour qu'il n'y en ait pas de nouveau ». Raisonnement d'une bêtise ahurissante. A ce compte-là, il faudrait remettre des loups dans la région d'Orléans comme à l'époque de Saint-Simon qui raconte que leur chasse était prisée des grands seigneurs (et pourquoi pas réhabiliter les grands seigneurs ?). Et des aurochs dans les plaines d'Europe centrale, sans doute ? L'âge d'or des temps préhistoriques, peut-être ? 

Ils voudraient bien reconstituer le paysage idyllique qu'ils ont élaboré dans le confort de leur petite tête. Ils me font penser aux grotesques qui reconstituent la vie au moyen âge (Autun, entre autres), la vie des chouans (le Puy du Fou) ou la bataille d'Austerlitz, autant de spectacles qui reviennent à faire semblant, à faire mumuse un moment avant de remettre les habits normaux. Des jeux de bac à sable faits pour se divertir ou attirer les touristes, mais qui ne portent pas trop à conséquence.

Sauf que dans les Pyrénées (ou ailleurs, s'agissant des loups), il y en a, des conséquences, et pas minces : des brebis par centaines. Au mépris du travail des bergers. Être écolo de cette façon ignoble, je dis juste : « Non merci ! ». Si c'est ça, être écologiste, alors je dis aux chasseurs : « Allez-y, les gars, foncez ! Ours, loups, tirez dans le tas ! ». Il paraît d'ailleurs que c'est fameux, le rôti d'ours. 

Parce que, pendant que ces irresponsables satisfont leur marotte imbécile, les conditions concrètes d'existence de l'humanité ne cessent de se dégrader, sous les coups de l'ultralibéralisme mercantile qui pille la planète en toute tranquillité et travaille méthodiquement au réchauffement climatique (voir le dernier rapport du GIEC qui vient de paraître), à la montée inexorable des inégalités de niveau de vie et à la violence qui en résultera bientôt (résulte déjà).

Notre avenir s'annonce très sombre, voire catastrophique, sur le plan économique, sur le plan géopolitique et sur le plan écologique. Tout pour plaire à Sa Majesté le Chaos. Et que font les "écologistes" (autoproclamés) ? Ils réintroduisent des ourses dans les Pyrénées. Le reste, ils s'en foutent ! Quand le sage montre la lune, l'attardé mental piqué d'"écologie" se fourre le doigt dans l’œil jusqu'à l'anus.

Je serais la Nature, je dirais la belle phrase attribuée à je ne sais plus qui : « Seigneur, protégez-moi de mes amis, quant à mes ennemis, je m'en charge ».

Sauf que ...

samedi, 31 mars 2018

PAPA, C'EST QUAND L'EFFONDREMENT ? 1/2

Je crois aujourd'hui que toutes les questions qu'on peut se poser sur la politique, l'économie, les relations entre les gens (la vie "sociétale") sont du pipi de chat par rapport à la question globale de la survie des êtres vivants sur la planète. Après la démonstration faite par les Allemands que 80% des insectes ont disparu du territoire en trente ans, on apprend que 30% des oiseaux "ordinaires" de nos campagnes ont également disparu en 15 ans. Les spécialistes de la biodiversité font des diagnostics à peu près identiques sur tous les continents. Qui s'en soucie ? J'ai du mal à prendre au sérieux tout ce qui ne tourne pas autour des questions de la survie de l'espèce humaine et de toutes les espèces vivantes. Ce ne sont pas, par exemple, quelques malades mentaux (je veux parler des "vegans") qui insultent un mort du Super U de Trèbes au motif qu'il était boucher qui me convaincront du contraire (écrit le 31 mars).

Je remets donc en ligne, plutôt deux fois qu'une, ce billet écrit le 13 décembre 2017.

Des nouvelles de l'état du monde (10).

1/2

Paul Jorion (encore lui) vient de publier A quoi bon penser à l’heure du grand collapse ? (Fayard). Pardonnons-lui l’anglicisme : l’anglais lui est si familier qu’il lui est devenu JORION COLLAPSE 2017.jpgnaturel. Un « collapse », c’est un effondrement. Il en est convaincu : la catastrophe est inéluctable. J’avais suivi le conseil de lecture qu’il donnait dans le billet audiovisuel qu’il poste chaque semaine sur son blog ("Le temps qu'il fait") : j’avais lu Comment tout peut s'effondrer (sans point d’interrogation) de Pablo Servigne et Raphaël Stevens (Seuil, 2015).SERVIGNE & STEVENS.jpg

Les auteurs constataient l’état déplorable de la planète dans une foule de domaines, et pronostiquaient le pire si rien n’était fait. La première partie du livre (jusqu’à la page 133, c’est l’état des lieux), donnait froid dans le dos, avec plein de petits graphiques montrant très bien l’emballement planétaire des productions et des destructions à partir de 1950.

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Dioxyde de carbone, azote, méthane, poissons, forêts, températures, acidification, ...

J’avais hélas été horriblement déçu ensuite par ce qu’ils entrevoyaient et proposaient pour éviter que l’histoire humaine s’achève en eau de boudin. J'avais dit ici même cette déception dans mon billet du 24 juin 2015 (voir lien plus haut, et note en fin de billet). Au lieu de dire franchement et directement que le monde va à la catastrophe si les nantis du Progrès, du bien-être et de la technique (en gros : l'occident) ne renoncent pas à leur mode de vie de gaspillage et de dévoration des ressources, ils misaient tous leurs espoirs sur la nécessité de « changer les mentalités » (ben voyons, ma parole, ils n'ont pas compris ?), plaçant les solutions dans la sphère quasi-exclusive de la psycho-sociologie contemporaine, c’est-à-dire, pour aller vite, sur la capacité des moyens techniques et médiatiques de façonner les comportements de masse par une propagande judicieusement conçue. Comme si le problème et sa solution étaient là. 

Comme si les atteintes à l’environnement se réduisaient aux habitudes de consommation inculquées aux populations. Comme si la question du mode de production des nuisances n’était pas concerné en premier lieu. Comme si - soit dit en passant - le rôle des sciences humaines était d'agir sur les orientations des sociétés (aveu de militantisme "scientifique" ?). La question qui me vient, à chaque invention de telles solutions, c’est évidemment toujours la même : « Comment tu fais, coco ? ». Car malheureusement pour les auteurs, on a lu Beauvois et Joule (Petit traité de manipulation ...), Edward Bernays (Propaganda) et quelques autres : on sait ce qu'il en est de la manipulation mentale et du formatage des esprits par l'intermédiaire d'une psychanalyse habilement instrumentalisée et correctement mise en œuvre.

La question, en l’occurrence : si la publicité peut influencer ponctuellement (dans une certaine mesure) les attitudes des populations ordinaires, comment va-t-on procéder au changement de « mentalité » de tous les gens qui trouvent un puissant intérêt matériel et financier dans l’actuelle marche du monde et dans une « mondialisation » qui se réduit à une compétition féroce entre acteurs transnationaux ? Comment va-t-on faire changer d'avis les gens qui détiennent le pouvoir et l’argent qui va avec ? Ils croient vraiment, Servigne et Stevens, que les gros lards de l'économie mondiale vont battre leur coulpe et se laisser tondre ? Le diagnostic des deux compères est sans appel, mais leur remède est plus foireux qu’une colique frénétique.

Paul Jorion est plus lucide, plus réaliste et plus rationnel : La Crise du capitalisme américain, écrit en 2004-2005, où il annonçait, entre autres, la crise des « subprimes », est sorti en janvier 2007, trop tard pour servir à qui que ce soit pour parer la menace. Aurait-il permis d’empêcher la crise si un éditeur courageux et conscient avait osé le publier aussitôt écrit ?


La conclusion que l'auteur tire aujourd’hui ("Le temps qu'il fait", 1 décembre 2017) de sa débauche d’activités pendant tant d’années pour expliquer l’urgence, avertir les responsables et mobiliser les foules laisse à penser que lui-même n'y croit guère, avec raison selon moi (« J'ai fait ce que j'ai pu », dit-il, comme quoi même les gens spécialement doués ne peuvent que ce qu'ils peuvent). C'est sans doute pourquoi, lassé de rompre des lances contre les moulins à vent, il a décidé de passer le relais de l’action à des bonnes volontés neuves et encore fraîches. Paul Jorion, fatigué, raccroche les gants, pour consacrer sa belle intelligence à des tâches plus personnelles et plus gratifiantes. C’est regrettable, mais on le comprend : militant, ce n'est vraiment pas un métier. Heureusement.

Alors l’effondrement, maintenant ? Comme Servigne et Stevens, Jorion le voit inéluctable. Il n’est pas le seul : Guy McPherson, Claude Bourguignon, Gilles Bœuf et tant d’autres dont, tout dernièrement, 15.000 scientifiques du monde entier, ne cessent d’alerter sur ce qui attend la planète et l’humanité si sept, et bientôt dix milliards d’hommes se mettent à vouloir vivre comme des nababs sur un gâteau en train de fondre. 

J’ai déjà dit ici ("L'humanité en prière") pourquoi je crois que l’inéluctable est inéluctable : pour la raison que plus un système est global et interdépendant, moins les individus, même regroupés en vastes ensembles d'influence (partis, lobbies ou autres), peuvent y changer la moindre virgule ou le plus petit guillemet. Je n’y reviens pas. La question que je me pose aujourd’hui porte sur la raison de l’apathie, de la passivité massive qui accueille obstinément les cris poussés par des savants d’ordinaire froids comme des constats. Pourquoi une telle surdité ?

Un effondrement, tous ceux qui ont assisté à l’implosion des grandes barres de La Duchère à Lyon (on pourrait dire la même chose dans bien des endroits) savent comment ça se passe : ça fait du bruit, de la poussière et un gros tas de gravats à déblayer (pour les mettre quelque part, pourvu que ce soit ailleurs). Ça dure quoi ? En un clin d’œil tout est terminé, il n’y a plus rien à voir. Voilà justement le problème : un effondrement, c’est instantané.

Or, l’effondrement dont parlent Servigne et Stevens, Paul Jorion, Gilles Bœuf et consort n’est pas visible à l’œil nu. Il se produit sous nos yeux, mais si lentement ! Un effondrement qui se produit à la vitesse imperceptible, si l’on veut, de l’aiguille des minutes sur le cadran de la montre ou de l’ombre du soleil à midi en plein été, est-ce crédible ? Pas assez en tout cas pour que le détecteur de mouvement déclenche le signal. Ce n’est pas une durée d’ordre géologique, mais ça donne une idée. Apprendre que 80% des insectes ont disparu en trente ans sur le territoire européen est déjà plus parlant. Mais pour ça, il faut des statistiques scientifiquement établies.

Pour notre malheur, l’effondrement qui nous entraîne aujourd’hui se produit donc avec beaucoup trop de lenteur pour que nos moyens de perception soient mis en alerte. C’est un effondrement indolore, inodore et sans saveur. Un effondrement qui s'écoule tranquillement, grisâtre, et si lentement que nous sommes déjà fatigués d'en entendre parler : arrête de rabâcher, vieux schnock, il est où l'effondrement ? Rien en effet ne semble avoir changé depuis la veille, tout le paysage est semblable ou presque, si l’on excepte quelques changements imperceptibles ou hors de notre portée visuelle. Tout le monde regarde le même film, mais c’est un immense plan-séquence tourné en immense ralenti. Ce n’est pas l’immobilité complète, mais comme ça semble ne pas avancer, on se dit qu’à ce rythme-là, on a le temps de voir venir. Qui remarque le vieillissement, jour après jour, sur le visage aimé de la personne qui partage sa vie ?

Gilles Bœuf, dans un cours au Collège de France où il parlait de l’effondrement des effectifs dans les espèces animales, voyait très juste : aux écologistes qui clament que « l’humanité va dans le mur » (ils n’ont pas tort sur le fond, mais), il répondait qu’il n’y a pas de mur et qu’il n’y aura pas de grand choc. Simplement, plus la situation va aller en se dégradant, plus le cadre et les conditions de vie des vivants vont devenir difficiles. On en voit déjà des manifestations, mais si parcellaires et circonscrites dans leurs dégâts (l'île de Saint-Martin n'est pas New York) que très peu de gens font le lien entre elles pour se dire que la situation d'ensemble est grave. Pour les journalistes, ce sont des "événements". A la rigueur des "catastrophes", mais soigneusement localisées, et prises en charge par la "communauté internationale". (« Mais que fait la communauté internationale ? », pleurent en chœur les journalistes des plus gros journaux du monde et les présidents des plus grosses ONG).

L'espace de la conscience individuelle a bien du mal à se hisser jusqu'à la hauteur de l'enjeu global. Et, s'il y parvient, à en tirer toutes les conséquences pour son propre compte.

Voilà ce que je dis, moi.

15 décembre 2017 : Pablo Servigne est interviewé sur France culture. Il n'y a décidément pas grand-chose à espérer du monsieur. Pour contrer les représentations catastrophistes de l'avenir du monde, il vient avec des collègues de publier un ouvrage qui tend à démontrer que l'on ne trouve pas dans la nature seulement des rapports "prédateur-proie", mais qu'il y a aussi, partout, de l'entraide. Comme exemple d'entraide, il cite la pollinisation. Ah bon, c'est nouveau, ça vient de sortir. La pollinisation, c'est de l'entraide, maintenant. Ça m'a bien fait rire. Les pommiers de font pas des poires. Pablo Servigne est atteint jusqu'au verre de ses lunettes d'une maladie qui continue à faire des ravages : l'optimistose aiguë. Symptôme principal : une bonne grosse pomme bien rouge et bien gonflette. Mais la pomme gonflette est dans l'air du temps : Peter Wohlleben est l'auteur à succès de La Vie secrète des arbres, où il développe l'idée qu'il n'y a pas que les humains à pratiquer l'entraide (surtout quand ça les arrange) : il y a aussi les arbres. La nature sera désormais un modèle idéal de ce que doit être, et sera peut-être, la société altruiste. Message : il suffirait que les humains s'inspirent de ... pour ... « Si tous les gars du monde devenaient de bons copains et marchaient la main dans la main, le bonheur serait pour demain ». Ouais ! Farpaitement !


jeudi, 22 mars 2018

QU’EST-CE QU’UN ÉCOLOGISTE ? 1/4

17 octobre 2017

Des nouvelles de l'état du monde (1).

1

Il y a deux sortes d’écologistes : ceux dont la presse parle, parfois en abondance à la suite d'une action spectaculaire (Greenpeace à Cattenom, manif de brebis en plein centre de Lyon, ...), et, qui plus est, sous l’angle du conflit entre les « pro » et les « anti », du genre de ce qui nous fabrique de gentils « débats de société », dont nul n'a que faire mais qui permettent de passer le temps et de s'être trouvé pour un temps une raison de vivre, avant la suivante. Et puis il y a ceux dont on ne parle dans la presse « de référence » que sous forme de dossiers et d’articles plus ou moins digestes pour le vulgum pecus, qui ne feront jamais grimper l’audimat et qui, pour cette raison, ne seront qu’exceptionnellement mis en vedettes.

La « COP21 » de Paris en 2015 appartient à cette catégorie des exceptions qui confirment la règle : un événement soigneusement mis en scène, et devenu spectaculaire parce que les participants officiels le voulaient ainsi. Les vrais écologistes sont, on l'a compris, du côté le moins visible : à cette occasion, ils ont été noyés dans la masse et le protocole. Il est bien entendu faux de croire que tous les chefs d'Etat présents se sont convertis à l'écologie à cette occasion : il n'y a ni baguette magique, ni Saint-Esprit. D'autant que la COP21, si elle abordait le problème le plus global, laissait de côté d'autres problèmes, eux aussi cruciaux, au premier rang desquels l'empoisonnement du vivant avec les développements des industries chimiques.

Comment définir les premiers de ces écologistes ? Ce sont d’abord des emmerdeurs : leur premier objectif semble en effet de venir emmerder les diverses catégories d’individus qui ont affaire aux confettis de nature sauvage que la civilisation concède à l’exigence de « préservation de la qualité du milieu ». Les emmerdés, de leur côté, sont régulièrement, entre autres, les bergers. Le qualificatif d’écologistes, dans ce cas, repose sur l'exigence de réintroduction pour rebiodiversifier l'environnement. Ce sont eux qui ont tout fait pour que l’ours s’acclimate de nouveau dans les Pyrénées, plus récemment le lynx dans le Jura ou les Vosges (combien et par qui ces animaux ont-ils été payés ?). Ce sont eux qui se dressent contre les fusils des chasseurs quand ceux-ci font mine de vouloir tuer des loups, au motif que les bergers d’alpage se plaignent des terribles déprédations qu’ils commettent dans leurs troupeaux de brebis.

Soyons clair et net : ces « écolos » n’ont rien compris à la biodiversité qu’ils affirment favoriser. Ils croient être des défenseurs des droits de la nature. La biodiversité, ce n’est pas le loup dans les Alpes quel qu’en soit le prix à payer. La biodiversité, pour savoir ce que c'est, demandez à Gilles Bœuf, le bouillant professeur temporaire au Collège de France (chaire "développement durable") : c’est tout un système complexe de dépendances en chaîne : la façon dont s’organisent les innombrables éléments minéraux, végétaux et animaux qui font qu'il y a de la vie dans un environnement donné à un moment donné. Introduisez l’écrevisse américaine dans les rivières françaises, elle aura vite fait de déblayer le terrain à son seul profit. Le loup dans les Alpes ne fera jamais une biodiversité à lui tout seul. Médiatiquement parlant, le loup en France peut aujourd'hui, à la grande rigueur, passer pour un abcès de fixation destiné à détourner de l'essentiel l'attention du grand nombre. En vérité, écologiquement, le loup est aujourd'hui une nuisance.

C’est ainsi que, dans ses Mémoires, Saint-Simon évoque la chasse au loup que pratiquaient certains seigneurs de la cour de Louis XIV, dans la décennie 1700 ou un peu après, dans l’Orléanais, quand l’animal y était signalé faisant des dégâts. De même, c’est ainsi que, dans les régions d’Inde où pullulait le tigre, l’urbanisation galopante a restreint son aire de développement et que, comme le fauve s’en prend aux humains, ceux-ci se voient contraints de le pourchasser.

Le loup a disparu de France pour l’exacte même raison : les sociétés humaines ont partout étendu leur emprise, au gré de l’expansion industrielle et de la prolifération humaine, engloutissant dans un passé révolu tout ce qui préexistait, jusqu’à faire oublier l’entier du contexte naturel, historique et technique qui entourait la possibilité même de l’animal. C’est bête, hein, vous vous rendez compte,  tout ce qu’il faudrait désinventer, tout ce qu’il faudrait faire retourner au néant pour reconstituer à l’identique les circonstances d’avant la disparition ! Pour restaurer à l’identique le même système de relations, disons le mot : le même écosystème ! Et avec le même mode de vie que les Français de l’époque, odeurs comprises, s’il vous plaît ! Voilà qui s’appellerait « faire table rase ». Pour le coup, on aurait vraiment le « retour à la bougie ».

C’est dit : dans le fond du fond, ces gens-là ne sauraient en aucun cas être qualifiés d'écologistes. Il faudrait les inculper pour faux et usage de faux. La preuve, c'est que ce sont eux qui se rendent le plus visibles, à l'occasion de leurs actions. En réalité, la "nature" qu'ils prétendent défendre est une vue de l'esprit. Tout au plus sont-ils, contrairement à d'autres, d'authentiques réactionnaires : que tout soit comme autrefois (c'est la définition du mot). Mais je les soupçonne de vouloir garder, bien cachée au fond de la grange où ils viendraient de rentrer la fenaison (biologique) pour les bêtes cet hiver, une mobylette avec une bonne réserve de mélange deux temps (à 6%).

Soyons sérieux : ces écologistes en mie de pain rêvent tout éveillés. Ils rêvent d’îlots d'un passé irénique et idyllique, perdus dans l’océan d’un présent bouleversé, îlots qui seraient miraculeusement préservés du fracas de l'histoire en marche derrière la muraille infranchissable de leurs bonnes intentions, elles-mêmes inscrites dans la loi. Entre les loups et les brebis d’alpage, je vote brebis : en tant que carnivore, je n’aime pas la concurrence déloyale que me livre l’animal. Cette race d’écologistes se caractérise donc par un crétinisme qui serait inoffensif s’il n’était vindicatif et revendicatif. Avec eux, la pollution mondiale et le réchauffement climatique sont tranquilles, et peuvent dormir sur leurs deux oreilles.

On observe cette logique policière de l’îlot miraculeusement préservé dans la démarche militaire de la maire de Paris, Anne Hidalgo, qui a décidé d’abolir le pot d’échappement dans un délai rapproché : d’un côté, on demande très poliment aux industriels les plus polluants s'ils verraient un inconvénient à ce qu'il leur faille réduire leurs émissions sales de 10% ou 20%, mais en leur accordant de larges délais pour se mettre aux normes (en attendant le climat climatique, il ne faut pas nuire au climat des affaires), pendant que de l’autre, on caporalise tout le reste de la population pour la faire marcher droit, et gare aux tribunaux pour les rétifs. C'est sans doute ce qu'on appelle l’écologie démocratique.

samedi, 10 décembre 2016

LA VIE DERRIÈRE LA VITRE

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Photographie Frédéric Chambe.

 

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PLANÈTE

La France va mieux, ça on le savait de source sûre (François Hollande, surnommé "la bocca della verita", vous savez : "si je mens, je vais en enfer"). La planète, quant à elle, va de mieux en mieux. Elle pète le feu, la santé, la forme et la joie de vivre.

Deux informations pour confirmer la bonne nouvelle : 

1 - Gilles Bœuf, spécialiste de la biodiversité, nous apprend que 100 % des records de pêche en termes de taille et de poids des prises datent d'avant 1950, et que la masse des poissons ramenés par les navires-usines a durablement cessé d'augmenter malgré les investissements colossaux : ça stagne, et même ça baisse. Les poissons sont de plus en plus petits, c'est-à-dire de plus en plus jeunes (car ils ne cessent de grandir et grossir au cours de leur existence), donc de plus en plus immatures. Ne parlons pas du chalutage profond, qui va chercher des espèces dont certaines n'atteignent la maturité sexuelle et l'aptitude à se reproduire que très tardivement (jusqu'à quinze ans pour l'empereur, je crois). Résultat : Gilles Bœuf réfute la disparition des espèces océaniques ("Il y a un seul océan", dit-il, "et il n'est pas possible de démontrer qu'une espèce n'existe pas quelque part"), mais il s'alarme de "l'effondrement des populations" (c'est son expression) : pas le nombre des espèces, donc, mais le nombre des individus de chacune.

2 - Le Monde, journal quotidien, nous apprend qu'entre août 2015 et juillet 2016, 8000 km² de forêt amazonienne ont été rasés au Brésil, en progression de 29 % sur l'année précédente.

Et tout cela sans même évoquer le réchauffement climatique, bien connu désormais de monsieur tout-le-monde. Tout cela va dans une seule et même direction : le suicide.

Heureusement que l'humanité ne cesse de prendre de bonnes résolutions : qu'est-ce que ce serait dans le cas contraire !!! 

On pourra bientôt prendre au sérieux ce qui, sous la plume d'Alexandre Vialatte, n'était qu'une boutade : « On n'arrête pas le Progrès : il s'arrête tout seul ». On peut mettre la phrase au futur : le progrès s'arrêtera tout seul. La boutade se fait prédiction. N'en doutons pas.

Gilles Bœuf ajoute une chose intéressante (et à méditer) : l'humanité ne va pas dans le mur, car il n'y a pas de mur. Simplement, ce qui va arriver, c'est que les hommes vont souffrir de plus en plus.