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mercredi, 24 juillet 2019

GRETA THUNBERG, CLOWN.

Pour mettre les deux pieds, les deux mains dans la farce écologiste, regardez Greta Thunberg, écoutez Greta Thunberg, caressez Greta Thunberg dans le sens du poil. Tout le monde en est gaga.

Aurélien Barrau, astrophysicien de son état et défenseur du climat, est tombé raide dingue de la petite morveuse. Il l’a dit bien fort sur l’antenne de France Culture le mardi 23 juillet (citation textuelle, copiée sur le site) : « Je crois réellement que ceux qui nous dirigent n'ont absolument pas compris l'ampleur du problème. Ils sont totalement à côté de la plaque. Ils pensent que de petits ajustements, de petits gestes, de petites choses pourront venir à bout du problème alors que nous sommes face à une crise existentielle majeure. Les quelques députés frondeurs devraient comprendre que la science, le sérieux, la raison sont précisément du côté de Greta. Je trouve leur attitude scandaleuse et même indigne. On sait depuis 40 ans que nous sommes dans une situation critique. Tous ceux qui s'y intéressent le savent. 15 000 scientifiques ont alerté sur la gravité de situation. Rien n'a été fait. Les experts internationaux alertent, rien n'est fait, et là, ils s'indignent du fait qu'une jeune femme vienne précisément relayer ce message ?! Soyons bien clairs, la Science est du côté de Greta.» Pour un scientifique, je le trouve un tantinet fébrile, au spectacle des tresses blondes.

Faut-il que l'humanité soit devenue bien infirme de l'intelligence et du caractère pour placer dans une gamine de 16 ans ses derniers espoirs de freiner le changement climatique ! Greta Thunberg a été invitée à faire la leçon à nos élites politiques, à tancer d’importance les plus hauts dirigeants de la planète, et à leur donner la fessée s’ils ne font rien pour calmer les ardeurs du climat terrestre.

Vous savez ce qu’ils en pensent, de Greta Thunberg, les plus hauts dirigeants de la planète ? Je ne le dis pas, ça risquerait de choquer les âmes sensibles, les cœurs altruistes et les esprits des écologistes les plus tièdes. Je note que les députés ont écouté la harangue d'une militante écolo pure et dure (vegan), juste avant de voter un accord international (le CETA) qui promet bien des gaz à effet de serre et autres joyeusetés.

Qu’est-ce qu’elle vient leur dire, aux grands de ce monde, la petite suédoise ? Que le réchauffement climatique, c’est pas bien et qu’il faut qu’ils se décident à faire quelque chose contre, parce que ça commence à urger. – C’est tout ? – Oui, c’est tout. – Et c’est pour ça que vous me réveillez ? – Oui, c’est pour ça. – Ben vous ne manquez pas de culot ! – Ah non, quand même, pas tout à fait : elle dit aussi que les vieux méprisent assez la jeunesse pour lui léguer une planète en aussi mauvais état. – Ah ben ça, si nos propres parents n'avaient pas commencé à la saloper, on n'en serait pas là ! Et les parents de nos parents, et ainsi de suite : c'est pas moi qui l'ai inventé, le système. Moi, je n'ai fait que mettre mes pas dans leurs pas.

Parlons sérieusement. Je ne sais pas qui pilote ce petit missile adolescent et j’ignore tout des vraies cibles qui sont dans son collimateur. Ce que je sais, c’est que Greta Thunberg est juste un petit clown qui a été propulsé sur le devant de la scène pour amuser la galerie. Je ne plaisante qu'à peine, regardez pourquoi ça s'étripe en place publique : on a complètement oublié le réchauffement climatique pour s'extasier sur le cas d'une jeune fille assez crâne pour garder la langue bien pendue en présence des sommités de ce monde. Le messager occupe toute la scène, et le message a disparu corps et bien. L'époque a réussi à fabriquer une icône consacrée, objet de la vénération ou de l'aversion des foules. Ce n'est plus "pour ou contre le réchauffement climatique", c'est "pour ou contre Greta Thunberg".

Car ça sert à quoi, de sermonner les puissants pour qu’ils fassent quelque chose si on ne dit pas en même temps aux gens ordinaires, aux jeunes si empressés, aux populations laborieuses les sacrifices que leur coûteront bien concrètement les mesures qu’ils somment les dits puissants de prendre urgemment ? Moi, je me dis que les gens ne se rendent pas compte. Beaucoup de responsables politiques ne demanderaient pas mieux, je crois, dans leur for intérieur, que d’agir fortement en faveur de la modération climatique. Mais que penseraient les foules qui plébiscitent Greta Thunberg si elles avaient conscience des conséquences très concrètes pour elles des mesures - exigées un peu inconsidérément ?

Qu’est-ce qui empêche les dirigeants d'agir ? Oui, pourquoi les responsables politiques de bonne volonté (il y en a, ça existe sûrement) ne se lancent-ils pas dans la course aux économies d’énergie, dans la construction à outrance de villes à énergie positive ? Pourquoi donnent-ils cette impression d’immobilisme dont les accusent les accusateurs, les jeunes, Aurélien Barreau l’astrophysicien, Nicolas Hulot et les mânes de René Dumont ?

Ce qui les empêche ? C’est visible à l’œil nu, et même de nuit dans le brouillard. Les responsables politiques, en réalité, sont cernés : vous aurez beau les cravacher, ils ne peuvent pas grand-chose. Greta Thunberg et ses thuriféraires ignorent (ou font semblant d'ignorer) quels sont les éléments qui précèdent et conditionnent une décision politique, surtout quand elle touche un domaine crucial comme celui des conditions de vie. C'est tout un calcul millimétré, la question principale étant : « Est-ce que ma décision suscitera l'adhésion générale ? ». Et c'est précisément là que le bât blesse l'animal politique.

D’un côté, vous avez toute l’industrie, je veux dire la machine à produire et à vendre, l'économie. On a du mal, citoyen ordinaire, à se représenter l’invraisemblable puissance de cette machine qui sert, au moins en partie, à générer les profits dont se gavent les plus riches. Je n’examine même pas l’hypothèse qui ferait de nos brillants élus des complices de l’opulence des hautes classes sociales.

De l’autre côté, vous avez les populations, l’ensemble des gens qui travaillent, des gens qui chôment, des gens qui râlent, etc. Mais surtout, vous avez la masse des électeurs qui attendent un boulot, qui voudraient gagner plus, qui achèteraient bien une maison ; la masse de ceux qui voudraient travailler moins longtemps parce que travailler, ça use ; la masse des consommateurs qui voudraient pouvoir consommer davantage pour améliorer leur confort, se rendre la vie plus facile et satisfaire quelques petites envies.

Vous avez le problème en main : susciter l'adhésion. Qu'est-ce qui est politiquement possible ? De quelque côté qu’il regarde, le responsable politique est ligoté. D’un côté, il voit les gens, peu nombreux, qui ont financé ses campagnes, qui ont facilité son accession au pouvoir et qui attendent un juste retour sur investissement. De l’autre, vous avez la masse de ceux qui détiennent l’autre clé de cette accession au pouvoir, indispensable en démocratie : le bulletin de vote.

On ne voit pas le candidat cracher dans la main qui lui tend les billets de banque pour tenir sa réunion électorale dans cette salle qui coûte un prix fou. Mais on ne voit pas davantage le candidat à n’importe quelle élection cracher dans la gueule de ceux dont il réclame le suffrage : « C'est vous les coupables ! Pour ralentir le réchauffement climatique, il va falloir que vous rangiez la voiture au garage définitivement ; fini le lavage en machine ; fini le smartphone ; fini les voyages en avion : il va falloir vous serrer sacrément la ceinture. Il va falloir revenir à la bougie ». Avec ce genre de promesse électorale, le gars passe aux oubliettes pour quelques siècles. Alors même que c’est la pure, la seule, l’unique vérité, il se taira parce qu'il sait que s'il le dit, il a soixante millions de gilets jaunes dans la rue le lendemain. Les gens adulent la messagère, mais ils maudissent le message.

Ce que le responsable politique ne peut dire ni aux populations, ni à ses bailleurs de fonds, c’est qu’il faut en finir le plus vite possible avec la folie industrielle de la production à tout va. Ce qu’il ne peut pas dire, c’est que le réchauffement climatique, nous le devons au système productiviste industriel, celui-là même qui est à l’origine de la prospérité apparente des pays riches, et au fait que tous les jours, fidèlement, des millions de militants du système (vous et moi) mettent volontairement du carburant dans la machine. Tous les consommateurs sont des militants du système.

Alors tous les gens qui n’ont à la bouche que le nom de Greta Thunberg, cette « Jeanne d’Arc du climat », me font hurler de rire et de rage. Je leur dis : « Mais laissez-la donc tranquille, cette môme. Elle n’a pas mérité la tyrannie qui pèse maintenant sur ses épaules ». Tout le monde qui lui emboîte le pas sans se demander quels intérêts elle sert fait semblant de croire que les « hommes politiques » de la Terre entière sont des populations différentes de celles qui les portent au pouvoir. Mais non mon pote, les gens qui sont au pouvoir sont l’émanation directe des gens qui n'y sont pas. Que faut-il se raconter comme histoire pour croire que, tout d’un coup, les hommes politiques détiendraient un pouvoir venu d’ailleurs ? 

Cher monsieur Aurélien Barrau, voulez-vous que je vous dise ce que je pense de votre dévotion enthousiaste envers la jeune Greta Thunberg ? Elle montre que, pour ce qui est du scientifique, vous avez tout compris. Mais que vous vous en preniez aux responsables politiques montre que vous n’avez rien compris aux réalités de la vie quotidienne des gens – qui sont aussi et surtout des électeurs aux yeux des politiques – qui ont quelque légitimité à désirer l’amélioration de leur sort, à refuser que la qualité de leur vie quotidienne régresse (il a suffit de 4 centimes de plus à la pompe pour fabriquer les gilets jaunes), et à exiger de leurs élus qu'ils fassent quelque chose pour cela.

Ils ne se rendent pas compte que le réchauffement climatique, ils le doivent à la somme des éléments de confort qui font le quotidien de leur cadre de vie ? Ils ne se rendent pas compte qu’ils sont eux-mêmes la cause du problème que vous dénoncez ? La belle affaire : au lieu de vous en prendre niaisement à l’inaction des hommes politiques, dites-leur, vous, aux gens ordinaires, que c’est leur mode de vie de nababs qui fiche en l’air les conditions de l’existence de la vie sur la Terre. Vous verrez comment ils prennent le mot "nababs". Vous verrez ce qu'il en coûte de "désespérer Billancourt" (on disait ça dans les années 1970).

C'est nous tous, nous autres des pays riches (et puissants des pays pauvres), qui sommes coupables de ce qui arrive. Et les choses ne feront qu’empirer aussi longtemps que la masse des gens ne se convaincront pas que c’est leur mode de vie qui dégrade l’environnement. Aussi longtemps qu’ils se croiront innocents. Aussi longtemps qu'ils se croiront dispensés de tout effort pénible.  Croyez-vous sérieusement, monsieur Aurélien Barrau, qu’ils sont prêts à entendre ce genre de discours ?

Il est juste impossible aux responsables politiques (du moins ceux qui auraient une claire conscience des enjeux) de dire aux foules la vérité sur les mesures à prendre pour enrayer le réchauffement climatique : les foules veulent bien "faire un geste" pour la planète, mais elles ne veulent en aucun cas qu'on touche à leur mode de vie. Et ce ne sont pas les sommations culottées de Greta Thunberg aux dirigeants qui changeront quoi que ce soit aux données du problème.

Pour changer ça, il faudrait commencer par définir un idéal de vie qui ne se réduise pas au bonheur matériel. Et pour cela, il faudrait ... il faudrait ... il faudrait ... (je vous laisse meubler les points de suspension).

Voilà ce que je dis, moi.