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samedi, 30 mars 2019

JE HAIS LES SCIENCES HUMAINES

ÉPISODE 3 

Pour rappel : épisode 1 et épisode 2

Le lecteur qui tombe sur le titre provocateur que j’ai donné à cette série de petits billets s’est peut-être tapé la tempe du bout de l’index en se disant que le gars capable de formuler une telle énormité n’est pas bien dans sa tête. J’avoue que les apparences au moins sont contre moi : comment peut-on oser douter de la légitimité de l’énorme somme des savoirs accumulés en psychologie, en histoire, en économie, en sociologie, bref dans toutes les disciplines que la modernité à regroupées sous le noble nom générique de « Sciences Humaines » ?

Certains esprits facétieux pourraient prétendre que c’est justement du fait de l’accumulation de ces savoirs multiples que la question se pose de savoir à quoi tout ça peut bien servir, ou a bien pu servir ? Et c’est peut-être bien là, en effet, que le bât blesse les pauvres flancs du baudet lourdement lesté de tant de connaissances, et qui n’en peut mais.

En observant de loin l’histoire humaine, on peut se dire que les populations des sociétés modernes continuent à agir, manger, dormir, penser, rêver, désirer, consommer, aller au cinéma ou à l’hôpital, souffrir, mourir, bref, elles font comme toutes les autres populations précédentes depuis la nuit des temps : elles vivent leur vie.

Oui certes, on peut dire qu’elles continuent, mais avec une différence finalement énorme : elles vivent toute leur pauvre existence sous l’œil de caméras vigilantes qui scrutent et enregistrent à tout moment le moindre de leurs gestes, de leurs mots, de leurs amours, de leurs pets de travers. Jamais aucune population humaine n’avait comme celle d’aujourd’hui été auscultée et palpée dans ses recoins les plus secrets.

Sciences humaines : la grande angoisse.

Tout se passe comme si la société, angoissée à l’idée de ne plus rien comprendre à ce qu’elle est devenue et à ce qui se passe dans ses profondeurs, se livrait en permanence à une énorme auto-analyse. Comme si elle se passait elle-même, à tout moment, à la moulinette. Jamais la question « Qui suis-je ? » ne semble avoir été aussi cruciale. Jamais aucune société n’avait été aussi peu assurée de la validité des principes qui la fondent, des règles qui l’organisent, des questions et des croyances qui la traversent. Plus la société s’est complexifiée, plus elle a vu des abîmes de perplexité s’ouvrir sous ses pas.

Il est d’ailleurs probable que le développement extraordinaire de l’ensemble des disciplines universitaires regroupées sous l’appellation de « sciences humaines » soit l’indicateur de la montée de cette angoisse de tout un système social qui a perdu toute certitude au sujet de sa légitimité : sous les coups des sciences humaines, tous ses fondements ont été remis en question, au point que tout ce qui servait de solide point de repère autrefois est devenu intolérable figure de l’arbitraire. Le pouvoir de dissolution des sciences humaines sur les critères de jugement s’est révélé redoutablement efficace.

Les sciences humaines ont contribué à scier la branche sur laquelle notre civilisation était assise. Une civilisation si rationnelle qu'elle a mis toutes ses croyances à la torture jusqu'à ce qu'elles avouent que oui, elles ne sont pas des Vérités absolues et intangibles, mais de simples croyances, presque des superstitions, et forcément des illusions. Or considérer toute croyance comme pure illusion est déjà une opération intellectuelle abusive : à ce compte-là, quelle connaissance, en dehors d'un intégrisme religieux des faits bruts, pourrait échapper à l'accusation ? 

Et les sciences humaines se sont révélées impuissantes à substituer des savoirs "scientifiques" (je mets des guillemets parce que justement) aux croyances ainsi disqualifiées, sans se rendre compte que vouloir en finir avec toutes les croyances revient à vouloir liquider le désir et la volonté de vivre ensemble. C'est ce que les intellos d'aujourd'hui présentent comme la nécessité d'un « Grand Récit » : revendication bizarre de fusionner savoir et croyance, c'est-à-dire dans l'espoir de fabriquer un jour un être qui soit à la fois un croyant fervent et un "sachant" déterminé, autrement dit un intellectuel adepte d'une croyance : la quadrature du cercle. Comment pourrais-je, par exemple, défendre l'idée patriotique d'un « roman national » capable de fédérer tout un peuple, tout en me prétendant un "sachant", puisque je sais que ce type de « Grand Récit » est une pure fiction à visée politique ? Comment se forme, à la base, un quelconque "sentiment national" ? Ce qui est sûr, c'est que ce ne sont pas les "sciences humaines" qui sont en mesure de répondre à la question.

Cela prouve au passage qu'aucune société au monde ne saurait être constituée sur des bases purement rationnelles et scientifiques, et que toutes ont un besoin vital de croire en quelque chose. Il faut un mythe fondateur, et qui fonctionne vraiment comme mythe, c'est-à-dire qui repose exclusivement sur la croyance, et non sur sa désignation comme telle, qui en tue la force agissante. Ce que rendent impossible l'intellectualisation de tout et la conceptualisation universitaire des données de l'existence humaine. En disqualifiant par principe toute croyance en tant que croyance, la civilisation à prétention scientifique s'est privée de la source d'énergie inépuisable que représente l'envie de vivre. Bon, je sais, l'envie de vivre, ça ne fait pas très rationnel.

La psychologie au service des marchands.

Tout ce qui forme et constitue, jour après jour, la vie ordinaire des gens est ainsi minutieusement interrogé, méthodiquement enregistré, méticuleusement comptabilisé, puis érigé au rang de « fait social » digne d’être étudié. Rien n’échappe à cette moulinette : rien ce qui se passe à l’intérieur des individus, et rien non plus de leurs attitudes et les comportements qui leur sont propres quand ils sont « en société ». Tout est soigneusement disséqué, puis interprété, avant de devenir moyen d’action après une suite plus ou moins sophistiquée d’opérations de transformation.

 Car ce qui est sûr, c’est que, contrairement à ce qu’un vain peuple pense, les sciences humaines servent. J’en veux pour preuve l’usage vorace qui est fait des découvertes de la psychologie et de la psychanalyse par l’industrie publicitaire depuis les années 1920 pour vendre aux gens l’effigie de leurs propres désirs sous forme de biens consommables, c’est-à-dire depuis les premiers travaux de Walter Lippmann (auteur de la jolie formule « comment fabriquer du consentement ») et Edward Bernays, doublement neveu de Sigmund Freud, par sa mère (Anna Freud, épouse Bernays) et par la sœur de son père (Martha Bernays, épouse Freud).

Ce dernier, on ne le sait pas assez, a participé à la campagne de propagande qui a ouvert la voie à l’entrée en guerre des Etats-Unis de Wilson en 1917 aux côtés des Britanniques et des Français. Son premier grand fait d’armes fut la campagne publicitaire menée, je crois, en 1928, pour le cigarettier Lucky Strike, dont il a doublé la clientèle potentielle en envoyant une cohorte de femmes fumer dans la rue sous l’œil des caméras, en présentant la chose comme une liberté conquise et comme l’exercice d’un droit.

Quand on voit la place centrale occupée par la publicité dans l’économie capitaliste aujourd’hui, on est mis en face d’une vérité massive : elle a permis le développement monstrueux de moyens et de techniques d’investigation de l’âme humaine, qui n’a désormais plus rien à cacher au marchand qui s’est mis en tête de convaincre les gens qu’ils ne sauraient être heureux sans avoir acheté le produit qu’il a à vendre. Débusquer les sources des motivations, des envies ou des opinions est un métier reconnu, aux contours et aux caractéristiques bien délimités.

Aucun marché ne saurait s’ouvrir à présent sans une méticuleuse préparation. Que cela s’appelle « enquête marketing » ou « sondage d’opinion », la finalité est la même : anticiper et provoquer la réaction favorable du public à la « mise sur le marché » d’un nouveau bien ou d’une idée innovante. On en est même arrivé au point que les populations sont désormais dans l’attente de ce que le marché va prochainement offrir de nouveau : c’est du marché que viendra le salut.

Grâce aux acquis de la psychologie et de la psychanalyse, la manipulation mentale est ainsi devenue un moyen de gouvernement des masses, et un moyen d’une efficacité sans pareille. C’est bien grâce à la psychologie et aux immersions profondes qu’elle a permises dans les tréfonds de l’âme humaine, que la publicité à retourné les spécificités des humains contre les humains eux-mêmes. Ce n’est pas pour rien qu’Edward Bernays parlait, dans son ouvrage Propaganda, de « gouvernement invisible ».

On l’a compris : la psychologie a fourni à un pouvoir les moyens de s’introduire dans la conscience des gens pour en extraire les moyens d’agir sur leurs comportements. La psychologie s’est transformée, entre les mains des gens de pouvoir, en instrument de gouvernement des hommes, et pas seulement dans le domaine de la marchandise dont il est question ci-dessus. Il suffit de se souvenir de l’usage frénétique fait du sondage d’opinion sous la présidence Sarkozy pour s’en convaincre : obsession narcissique en même temps qu’enquête marketing, le sondage lui permettait autant à conforter son image dans le miroir qu’à produire et offrir aux Français des idées conformes à leurs demandes telles qu’elles y apparaissaient, dans l'espoir de capter leur adhésion.

Car la psychologie, ou plutôt son instrumentalisation par le système marchand,  n’est qu’un exemple parmi d’autres de l’utilisation que la société « moderne » fait des sciences humaines. Il y a aussi, entre autres, la sociologie.

Voilà ce que je dis, moi.

samedi, 31 mars 2018

PAPA, C'EST QUAND L'EFFONDREMENT ? 1/2

Je crois aujourd'hui que toutes les questions qu'on peut se poser sur la politique, l'économie, les relations entre les gens (la vie "sociétale") sont du pipi de chat par rapport à la question globale de la survie des êtres vivants sur la planète. Après la démonstration faite par les Allemands que 80% des insectes ont disparu du territoire en trente ans, on apprend que 30% des oiseaux "ordinaires" de nos campagnes ont également disparu en 15 ans. Les spécialistes de la biodiversité font des diagnostics à peu près identiques sur tous les continents. Qui s'en soucie ? J'ai du mal à prendre au sérieux tout ce qui ne tourne pas autour des questions de la survie de l'espèce humaine et de toutes les espèces vivantes. Ce ne sont pas, par exemple, quelques malades mentaux (je veux parler des "vegans") qui insultent un mort du Super U de Trèbes au motif qu'il était boucher qui me convaincront du contraire (écrit le 31 mars).

Je remets donc en ligne, plutôt deux fois qu'une, ce billet écrit le 13 décembre 2017.

Des nouvelles de l'état du monde (10).

1/2

Paul Jorion (encore lui) vient de publier A quoi bon penser à l’heure du grand collapse ? (Fayard). Pardonnons-lui l’anglicisme : l’anglais lui est si familier qu’il lui est devenu JORION COLLAPSE 2017.jpgnaturel. Un « collapse », c’est un effondrement. Il en est convaincu : la catastrophe est inéluctable. J’avais suivi le conseil de lecture qu’il donnait dans le billet audiovisuel qu’il poste chaque semaine sur son blog ("Le temps qu'il fait") : j’avais lu Comment tout peut s'effondrer (sans point d’interrogation) de Pablo Servigne et Raphaël Stevens (Seuil, 2015).SERVIGNE & STEVENS.jpg

Les auteurs constataient l’état déplorable de la planète dans une foule de domaines, et pronostiquaient le pire si rien n’était fait. La première partie du livre (jusqu’à la page 133, c’est l’état des lieux), donnait froid dans le dos, avec plein de petits graphiques montrant très bien l’emballement planétaire des productions et des destructions à partir de 1950.

SERVIGNE 2.jpg

Dioxyde de carbone, azote, méthane, poissons, forêts, températures, acidification, ...

J’avais hélas été horriblement déçu ensuite par ce qu’ils entrevoyaient et proposaient pour éviter que l’histoire humaine s’achève en eau de boudin. J'avais dit ici même cette déception dans mon billet du 24 juin 2015 (voir lien plus haut, et note en fin de billet). Au lieu de dire franchement et directement que le monde va à la catastrophe si les nantis du Progrès, du bien-être et de la technique (en gros : l'occident) ne renoncent pas à leur mode de vie de gaspillage et de dévoration des ressources, ils misaient tous leurs espoirs sur la nécessité de « changer les mentalités » (ben voyons, ma parole, ils n'ont pas compris ?), plaçant les solutions dans la sphère quasi-exclusive de la psycho-sociologie contemporaine, c’est-à-dire, pour aller vite, sur la capacité des moyens techniques et médiatiques de façonner les comportements de masse par une propagande judicieusement conçue. Comme si le problème et sa solution étaient là. 

Comme si les atteintes à l’environnement se réduisaient aux habitudes de consommation inculquées aux populations. Comme si la question du mode de production des nuisances n’était pas concerné en premier lieu. Comme si - soit dit en passant - le rôle des sciences humaines était d'agir sur les orientations des sociétés (aveu de militantisme "scientifique" ?). La question qui me vient, à chaque invention de telles solutions, c’est évidemment toujours la même : « Comment tu fais, coco ? ». Car malheureusement pour les auteurs, on a lu Beauvois et Joule (Petit traité de manipulation ...), Edward Bernays (Propaganda) et quelques autres : on sait ce qu'il en est de la manipulation mentale et du formatage des esprits par l'intermédiaire d'une psychanalyse habilement instrumentalisée et correctement mise en œuvre.

La question, en l’occurrence : si la publicité peut influencer ponctuellement (dans une certaine mesure) les attitudes des populations ordinaires, comment va-t-on procéder au changement de « mentalité » de tous les gens qui trouvent un puissant intérêt matériel et financier dans l’actuelle marche du monde et dans une « mondialisation » qui se réduit à une compétition féroce entre acteurs transnationaux ? Comment va-t-on faire changer d'avis les gens qui détiennent le pouvoir et l’argent qui va avec ? Ils croient vraiment, Servigne et Stevens, que les gros lards de l'économie mondiale vont battre leur coulpe et se laisser tondre ? Le diagnostic des deux compères est sans appel, mais leur remède est plus foireux qu’une colique frénétique.

Paul Jorion est plus lucide, plus réaliste et plus rationnel : La Crise du capitalisme américain, écrit en 2004-2005, où il annonçait, entre autres, la crise des « subprimes », est sorti en janvier 2007, trop tard pour servir à qui que ce soit pour parer la menace. Aurait-il permis d’empêcher la crise si un éditeur courageux et conscient avait osé le publier aussitôt écrit ?


La conclusion que l'auteur tire aujourd’hui ("Le temps qu'il fait", 1 décembre 2017) de sa débauche d’activités pendant tant d’années pour expliquer l’urgence, avertir les responsables et mobiliser les foules laisse à penser que lui-même n'y croit guère, avec raison selon moi (« J'ai fait ce que j'ai pu », dit-il, comme quoi même les gens spécialement doués ne peuvent que ce qu'ils peuvent). C'est sans doute pourquoi, lassé de rompre des lances contre les moulins à vent, il a décidé de passer le relais de l’action à des bonnes volontés neuves et encore fraîches. Paul Jorion, fatigué, raccroche les gants, pour consacrer sa belle intelligence à des tâches plus personnelles et plus gratifiantes. C’est regrettable, mais on le comprend : militant, ce n'est vraiment pas un métier. Heureusement.

Alors l’effondrement, maintenant ? Comme Servigne et Stevens, Jorion le voit inéluctable. Il n’est pas le seul : Guy McPherson, Claude Bourguignon, Gilles Bœuf et tant d’autres dont, tout dernièrement, 15.000 scientifiques du monde entier, ne cessent d’alerter sur ce qui attend la planète et l’humanité si sept, et bientôt dix milliards d’hommes se mettent à vouloir vivre comme des nababs sur un gâteau en train de fondre. 

J’ai déjà dit ici ("L'humanité en prière") pourquoi je crois que l’inéluctable est inéluctable : pour la raison que plus un système est global et interdépendant, moins les individus, même regroupés en vastes ensembles d'influence (partis, lobbies ou autres), peuvent y changer la moindre virgule ou le plus petit guillemet. Je n’y reviens pas. La question que je me pose aujourd’hui porte sur la raison de l’apathie, de la passivité massive qui accueille obstinément les cris poussés par des savants d’ordinaire froids comme des constats. Pourquoi une telle surdité ?

Un effondrement, tous ceux qui ont assisté à l’implosion des grandes barres de La Duchère à Lyon (on pourrait dire la même chose dans bien des endroits) savent comment ça se passe : ça fait du bruit, de la poussière et un gros tas de gravats à déblayer (pour les mettre quelque part, pourvu que ce soit ailleurs). Ça dure quoi ? En un clin d’œil tout est terminé, il n’y a plus rien à voir. Voilà justement le problème : un effondrement, c’est instantané.

Or, l’effondrement dont parlent Servigne et Stevens, Paul Jorion, Gilles Bœuf et consort n’est pas visible à l’œil nu. Il se produit sous nos yeux, mais si lentement ! Un effondrement qui se produit à la vitesse imperceptible, si l’on veut, de l’aiguille des minutes sur le cadran de la montre ou de l’ombre du soleil à midi en plein été, est-ce crédible ? Pas assez en tout cas pour que le détecteur de mouvement déclenche le signal. Ce n’est pas une durée d’ordre géologique, mais ça donne une idée. Apprendre que 80% des insectes ont disparu en trente ans sur le territoire européen est déjà plus parlant. Mais pour ça, il faut des statistiques scientifiquement établies.

Pour notre malheur, l’effondrement qui nous entraîne aujourd’hui se produit donc avec beaucoup trop de lenteur pour que nos moyens de perception soient mis en alerte. C’est un effondrement indolore, inodore et sans saveur. Un effondrement qui s'écoule tranquillement, grisâtre, et si lentement que nous sommes déjà fatigués d'en entendre parler : arrête de rabâcher, vieux schnock, il est où l'effondrement ? Rien en effet ne semble avoir changé depuis la veille, tout le paysage est semblable ou presque, si l’on excepte quelques changements imperceptibles ou hors de notre portée visuelle. Tout le monde regarde le même film, mais c’est un immense plan-séquence tourné en immense ralenti. Ce n’est pas l’immobilité complète, mais comme ça semble ne pas avancer, on se dit qu’à ce rythme-là, on a le temps de voir venir. Qui remarque le vieillissement, jour après jour, sur le visage aimé de la personne qui partage sa vie ?

Gilles Bœuf, dans un cours au Collège de France où il parlait de l’effondrement des effectifs dans les espèces animales, voyait très juste : aux écologistes qui clament que « l’humanité va dans le mur » (ils n’ont pas tort sur le fond, mais), il répondait qu’il n’y a pas de mur et qu’il n’y aura pas de grand choc. Simplement, plus la situation va aller en se dégradant, plus le cadre et les conditions de vie des vivants vont devenir difficiles. On en voit déjà des manifestations, mais si parcellaires et circonscrites dans leurs dégâts (l'île de Saint-Martin n'est pas New York) que très peu de gens font le lien entre elles pour se dire que la situation d'ensemble est grave. Pour les journalistes, ce sont des "événements". A la rigueur des "catastrophes", mais soigneusement localisées, et prises en charge par la "communauté internationale". (« Mais que fait la communauté internationale ? », pleurent en chœur les journalistes des plus gros journaux du monde et les présidents des plus grosses ONG).

L'espace de la conscience individuelle a bien du mal à se hisser jusqu'à la hauteur de l'enjeu global. Et, s'il y parvient, à en tirer toutes les conséquences pour son propre compte.

Voilà ce que je dis, moi.

15 décembre 2017 : Pablo Servigne est interviewé sur France culture. Il n'y a décidément pas grand-chose à espérer du monsieur. Pour contrer les représentations catastrophistes de l'avenir du monde, il vient avec des collègues de publier un ouvrage qui tend à démontrer que l'on ne trouve pas dans la nature seulement des rapports "prédateur-proie", mais qu'il y a aussi, partout, de l'entraide. Comme exemple d'entraide, il cite la pollinisation. Ah bon, c'est nouveau, ça vient de sortir. La pollinisation, c'est de l'entraide, maintenant. Ça m'a bien fait rire. Les pommiers de font pas des poires. Pablo Servigne est atteint jusqu'au verre de ses lunettes d'une maladie qui continue à faire des ravages : l'optimistose aiguë. Symptôme principal : une bonne grosse pomme bien rouge et bien gonflette. Mais la pomme gonflette est dans l'air du temps : Peter Wohlleben est l'auteur à succès de La Vie secrète des arbres, où il développe l'idée qu'il n'y a pas que les humains à pratiquer l'entraide (surtout quand ça les arrange) : il y a aussi les arbres. La nature sera désormais un modèle idéal de ce que doit être, et sera peut-être, la société altruiste. Message : il suffirait que les humains s'inspirent de ... pour ... « Si tous les gars du monde devenaient de bons copains et marchaient la main dans la main, le bonheur serait pour demain ». Ouais ! Farpaitement !