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dimanche, 08 octobre 2017

ILS SONT FOUS CES CATALANS

Bon, les Catalans ne veulent plus être espagnols : ils veulent redevenir des Catalanistes pur sucre pour restaurer la grande identité nationale catalaniste. Plus catalanissime qu’eux, tu meurs. Eh bien nous voilà beaux ! Je trouve que si l'idée n'est pas drôle du tout, c'est quand même une drôle d'idée. En fait, je n'ai jamais compris la manie séparatiste, d'où qu'elle vienne (les Slovaques d'avec les Tchèques, les Ecossais d'avec les Anglais, les Britanniques d'avec les Européens, les Lombards d'avec les Italiens, etc.).

La revendication identitaire m'est totalement incompréhensible, du seul fait qu'elle nécessite de s'élever contre quelque chose ou quelqu'un. Cela fait belle lurette que s'affirmer Français ne présuppose plus la haine de l'Allemand. Mais pour être "pour" sans être "contre", il faut rester sur une ligne de crête difficile à tenir. C'est pourquoi il faut être bien sûr de la solide consistance de soi. Quelle arrogance, après tout, cette façon d'imposer aux autres sa personne identitaire. Dans le temps, ça s'appelait "rouler les mécaniques". Se rendent-ils compte que tout ça ne m'intéresse pas, et même aurait plutôt tendance à m'énerver ? 

Me viendrait-il jamais l'idée de brandir mon drapeau d'une improbable "République croix-roussienne" (quoique chez nous sévisse une très folklorique "République des canuts") ? En France, il y a les Corses et les Basques, ensuite les Bretons et les Alsaciens sur un mode mineur, plus loin les Savoisiens, etc, jusqu'à l'entité matricielle : Clochemerle ? Avant l’ultime et logique « reductio a minima », selon la loi dialectique et maoïste du petit livre rouge "un se divise en deux" : moi, moi, moi seul. Et encore : aurons-nous longtemps envie de cohabiter avec nous-même ? Il y a des jours comme ça, en effet, où je m'insupporte gravement. A ce train-là, il y aura bientôt autant de nations que d'individus : vous imaginez sept milliards de nations représentées à l'ONU ? Et sait-on où peut s'arrêter cette logique de la scissiparité ? Sept milliards d'indiviDIEUX ?

Car le mot d’ordre qui semble se généraliser à tous les étages des sociétés ressemble à ceci : tous les liens sont des chaînes. J'ai bien dit : tous les liens, qu’ils soient conjugaux, familiaux, sociaux, politiques. Tout ce qui nous attache à quelque chose ou à quelqu'un est un obstacle à la libre expression de notre moi profond, de notre être essentiel. Dès lors, brisons toutes les chaînes qui nous lient et soyons enfin pleinement nous-mêmes. Enfin libres. Pleinement nous-mêmes, vraiment ? Libres, vraiment ?

Ce fantasme n'amène aucune "destruction créatrice", ce concept imbécile inventé par l'économiste Joseph Schumpeter (calqué sur ce qui est observable dans la nature : rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme, "imbécile" en ce qu'il transpose dans la sphère proprement humaine, dont la perspective est a priori "ouverte" et créatrice de nouveau à tout moment (on appelle ça l'Histoire), ce qu'il y a de cyclique, répétitif et déterminé dans la nature), c'est une maladie incurable : cette quête ne peut avoir de fin. 

Moi, ça me fait doucement rigoler, cette folie de vouloir se tricoter une identité plus petite que la grande, une identité somme toute plus ringarde, plus particulière, plus restreinte. Sans aller jusqu'à la fusion dans "le grand tout universel", il doit y avoir moyen de s'entendre sur un moyen terme. Mais "se tricoter" n'est pas tout à fait exact : ce serait plutôt "repriser", comme grand-mère faisait les chaussettes. C'est plutôt du genre "restauration à l'ancienne", "retour aux origines, aux vraies racines" et toutes sortes de blablas. Les Catalanistes, je les vois un peu comme ces militants matagrabolisés de la cervelle (voyez Rabelais) qui, se considérant comme seuls au monde et détenteurs d’une Vérité qui leur est propre, montent à l’assaut de l’injustice atroce qui leur est faite au seul motif qu’ils sont dans le seul Vrai qui vaille : le leur. Il y a du pathétique dans cette demande impérative de reconnaissance, qui lance à tout le monde (Europe comprise) cette commination : aimez-moi pour ce que je vous dis que je suis, ou je fais un malheur.

Je note l’extraordinaire indulgence des médias français, qui présentent Mariano Rajoy et le roi Felipe VI comme ayant tous les torts, comme des gens autoritaires et fermés à tout dialogue, et les indépendantistes comme des gens pacifiques présentant avec humilité de modestes revendications, alors même que les Catalans vivent dans un régime régi par la constitution espagnole, c’est-à-dire un texte qui définit la légalité. Je suis estomaqué de la connotation des termes employés par les journalistes français que j’ai entendus, qui légitiment avant tout examen les « aspirations » du « peuple catalan », alors même que, s’ils crient beaucoup plus fort que tous les autres réunis, les indépendantistes n’en restent pas moins minoritaires en Catalogne, et qu’ils compensent par le bruit des casseroles, les vociférations hypnotiques et les intimidations menaçantes. Il y a du putschiste dans toute cette attitude. Du bolchevique. Les médias français aiment peut-être les putschistes, mais seulement quand ça se passe ailleurs que chez eux.

Mais je note aussi l'incroyable bêtise politique du premier ministre espagnol Mariano Rajoy d'avoir offert sur un plateau le thème des "violences policières" aux séparatistes. Ce bas de plafond, au lieu de traiter l'affaire comme la bulle de savon qu'elle est en réalité, a trouvé le moyen de renforcer le camp des indépendantistes en allant faire entendre à Barcelone des bruits de bottes et donner au camp adverse l'occasion de diffuser sur tous les réseaux sociaux l'image des visages ensanglantés. Mariano Rajoy est à coup sûr, dans les choses d'un peu d'envergure, un nain politique et un grand niais.

Il n'empêche que, si la Catalogne devient un Etat indépendant, Carles Puigdemont, l'exalté fauteur de troubles en chef, devra inventer une monnaie (retour au peso en attendant l'éventualité d'une adhésion à l'Union européenne), constituer une armée, développer une diplomatie autonome lui permettant d'envoyer des ambassadeurs dans les pays qui l'auront reconnu officiellement, etc. Je lui souhaite bon courage.

mardi, 16 octobre 2012

VOUS AVEZ DIT IDENTITE NATIONALE ?

Pensée du jour : « C'est en flattant les hommes et les peuples qu'on les perd ».

LEON BOITEL (cité par ROLAND THEVENET, L'Esprit canut, n°18)

 

 

Ceux qui ont suivi les deux notes précédentes ont sans doute deviné où je voulais en venir en abordant la question de l’identité nationale. C’est entendu, NICOLAS SARKOZY, en lançant son soi-disant débat, a voulu faire un coup médiatique : de la « com », comme on a pris l’habitude de dire et d’entendre, quand il s’agit de propagande politique. Quelques vagues violentes pendant une dizaine de jours, et tout retomba dans le silence. Qui n’aurait pas dû être seulement troublé.

 

 

L’identité nationale, c’est donc quelque chose de très difficile à caractériser. Mais c’est aussi quelque chose de très fort, qui atteint des profondeurs insoupçonnées. Il n’y a qu’à voir les éclats auxquels le « débat » a donné lieu. Je fais abstraction des efforts du Front National pour récupérer à son profit toute cette énergie mise en œuvre, singulièrement pour attirer les troupes mouvantes de l’UMP sur son terrain. Tiens, au fait, où ça en est, le rapprochement ?

 

 

Définir l’identité nationale de la France ? Un pari stupide. Si je reprends le bien modeste propos d’hier à propos de l’identité individuelle (tout ce qu’on a hérité et vécu, toutes les personnes rencontrées, bref, toute une vie), la France est une espèce de monument qui porte la marque de tout ce qu’elle a été, fait et vécu au cours de son histoire. Ce qui fait l’identité nationale de la France, c’est son passé. Tout son passé. Maintenant, allez vous débrouiller avec ça. Comment voulez-vous ?

 

 

Parce que s’il avait fallu accorder la nationalité française à ceux qui portent effectivement l'intégralité de ce bagage, il y aurait eu dans l’histoire entre cinq Français un quart et dix Français et demi. Guère plus. Pour qu’il y ait nation, il faut davantage.

 

 

La nation, si vous regardez ce que dit le Robert : « Groupe humain, généralement assez vaste, qui se caractérise par la conscience de son unité et la volonté de vivre en commun ». Dieu du ciel ! Quelle précision ! Quel sens de l’observation ! M’enfin, comme dirait Gaston Lagaffe, c’est mieux que rien : conscience d’une unité, volonté de vivre ensemble. Certes, il ne parle pas directement de l’identité, mais de la nation.

 

 

Il faut aborder, je crois, les choses autrement. Et je reviens à mes dadas : l’appartenance et la différenciation. A quelle idée de la France ont le sentiment d’appartenir ceux qui vivent sur son sol ? Combien ont le sentiment d’être Français ? Le moins qu’on puisse dire, c’est que, si ce sentiment existe, il est mitigé. Et ce n’est pas le défilé du 14 juillet ou les cérémonies du 11 novembre qui y changent quoi que ce soit : ce qui est sur le papier diffère de ce qu’il y a dans les cœurs. Appelons-le le "sentiment national".

 

 

Et qu’est-ce qu’il y a dans les cœurs ? Difficile à dire. Les facteurs de perturbation n’ont pas manqué. A commencer par l’Europe. Que devient une nation, quand elle doit se fondre dans l’ensemble plus vaste, quand cette fusion n’est pas voulue du fond du cœur par les populations qui la peuplent ? Réponse : la fusion se fera sans elles, par-dessus leurs têtes, au mépris de leurs désirs, et sans leur donner le temps de désirer quoi que ce soit. Et s’il leur prend de dire « non », on leur mettra au cul (cf. 2005).

 

 

On fera des « Traités », on signera des accords entre gouvernements, on s’entendra entre dirigeants : parce qu’un certain nombre de gens très compétents, très intelligents ont décidé que c’est bon pour les peuples. Et basta !

 

 

Tout ça parce que des bureaucrates passés par des ENA quelconques ont conclu à la nécessité d’administrer, au gré des lubies du fanatisme libéral (la « concurrence libre et non faussée »), les centaines de millions de gens que les hasards de l’histoire et l’arbitraire de leur formation avaient placées en leur pouvoir. Et décrété : « Il faut faire l’Europe », en tapant des pieds et en allumant leur briquet. Une variante, sans doute, de ce qu’on appelle le « concert des nations ».

 

 

Mais y a-t-il une « nation européenne » ? La réponse est évidemment négative. Il n’y a pas de nation européenne. Toujours est-il que le matraquage de « l’idée européenne » a forcément fait des dégâts dans les esprits sur la notion qu’ils avaient de la « nation française », vous ne croyez pas ? Il y a de la dilution dans l’air. Encore, tant qu’on s’est contenté de six ou dix Etats membres, chaque Etat pouvait encore se considérer comme un individu, mais VINGT-SEPT !!!!

 

 

Diluée, la nation française. Dissoute, l’identité nationale française. Délayé, le "sentiment national". Regardez ce qui s’est passé après la chute du mur entre Tchéquie et Slovaquie, regardez l’éclatement de la Yougoslavie. Regardez maintenant ce qui se passe entre la Catalogne et l’Espagne, entre la Flandre et la Belgique. Ajoutons l'Ecosse et la Grande-Bretagne, pour faire bonne mesure. 

 

 

Qu’est-ce qu’ils disent, tous ces gens ? Ils disent tous : « Nous voulons être nous-mêmes ». C'est ça, le sentiment national. Un peu le même qui anime les Longevernes et les Velrans dans La Guerre des boutons. Je ne vois pas d'inconvénient à appeler ça du "repli sur soi".

 

 

En France, les revendications régionalistes émanent de quelques allumés : personne, à part quelques Corses ou quelques Basques, ne réclame l’indépendance. Cela devrait vouloir dire que tout le monde adhère à l’identité nationale française. Or, face à la dilution européenne, les médias laissent s’exprimer avec condescendance et apitoiement quelques illuminés qu’ils appellent dédaigneusement  « souverainistes », mais ceux-ci restent marginaux (NICOLAS DUPONT-AIGNAN), si l’on excepte le Front National.

 

 

Cette absence de sursaut collectif signifie, je crois bien, que l’identité nationale française est déjà salement diluée. Le sentiment national est d’ores et déjà, majoritairement, perdu. Tout au moins – s’il existe encore, présent et vivace –, il est globalement inaudible. Sans doute on le fait taire, qui sait ? Car il a suffi qu’un ludion politique (NICOLAS SARKOZY) lui offre une tribune, à l’occasion des « débats » sur l’identité nationale française, pour qu’une bourrasque imprévue se mette à souffler.

 

 

Vous ne trouvez pas ça étrange ? On s’est rendu compte à cette occasion, que quelque chose était à vif, comme une plaie, mais maintenu délibérément hors-champ. Par qui ? Qui la défend, l'identité nationale française ? Des hauts responsables ? Vous n'y êtes pas. Juste des gens qui n'ont pas la parole. Rappelez-vous, les promoteurs de ces débats, tout d'un coup effarés et effrayés par le monstre qu’ils avaient eux-mêmes suscité. Et la tribune des « débats » mis en scène par SARKOZY s’est écroulée.

 

 

On ne m’enlèvera pas de l’idée qu’au quotidien, la population française vit, pense, s’exprime, mais qu’on fait peser sur cette vie, cette pensée et cette expression la loi d’un tabou radical. Le « on » serait à creuser. En attendant, je suis frappé par le fait que des groupes qui se font appeler « identitaires » soient automatiquement classés à l’extrême-droite (sous-entendu, c’est ba-caca, méchant et compagnie), pour ne pas dire chez les fascistes et autres nazis. Cela en dit long. Qui a associé l'idée de « repli » à ce qui est identitaire ?

 

 

Cela veut dire, si je comprends bien, qu'être soi-même, c'est avoir peur du monde extérieur ? C'est évidemment un mensonge : tous ces gens malintentionnés confondent à plaisir « être soi-même » et « se replier sur soi-même » (voir ci-dessus). Cela tombe sous le sens.

 

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

 

lundi, 20 août 2012

REFERMONS L'OLYMPISME A JAMAIS !

Pensée du jour : « Il y a deux sortes d'hommes : ceux qui pensent qu'il y a deux sortes d'hommes, ... et les autres ». CHARLES DE GAULLE

 

 

 

Nous en étions restés à la performance hallucinée du relais 4 x 100 féminin, gagné par l’équipe américaine, et au triomphe de l'industrie chimique dans le sport.

 

 

Et les quatre clowns Jamaïcains du 4 x 100 messieurs ? BOLT, BLAKE, CARTER et FRATER, ils s’appellent. Record du monde pulvérisé, là encore. Enfin, de seulement 16 centièmes, mais quand même. Bon, c’est vrai que YOHAN BLAKE a été contrôlé positif en 2009. Mais là, trois médailles pour lui, pas une de moins. Et, certes, avec les pieds, mais sans les mains, admirez le travail de bipède ! Chapeau l’artiste ! C'est bien le moins, pour un qui a sûrement renoncé à se doper. Sûrement. 

 

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De toute façon, soit dit par parenthèse, à propos d'USAIN BOLT, j'aimerais qu'on m'explique à quoi ça sert de courir à plus de 36 kilomètres à l'heure si c'est pour s'écrouler au bout de 100 mètres. Qu'est-ce qu'il apporte à l'humanité ? Plutôt qu'aux sprinteurs, bourrés de muscles aptes à exploser, intéressons-nous aux athlètes du demi-fond et du fond, bien plus utiles, parce que plus près d'une physiologie normale (je ne parle pas de leurs performances). Passons.

 

 

L’ancien champion CARL LEWIS, lui-même asticoté naguère par les autorités antidopage, émet quelques points d’interrogation à propos d’USAIN BOLT. Pudiquement, Le Nouvel Observateur (le site) pose la question : « Faut-il douter des performances de BOLT ? ». C'est retors, pour le moins. D'une pierre deux coups : on répond subtilement à la question qu’on fait semblant de poser. Tout en évitant un procès en diffamation.

 

 

Derrière les Jamaïcains, qui trouve-t-on ? Les Américains. Tiens donc. Avec 37,04 secondes, ils égalent l’ancien record du monde. Quoi de plus normal, après tout ? L’ancien est fait pour être dépassé par le nouveau. C’est même inscrit dans la définition des mots. Parmi les Américains, un certain JUSTIN GATLIN. Un jeune homme de 30 ans.

 

 

Quoi, il a purgé quatre ans de suspension pour dopage ? Il a purgé sa peine, oui ou non ? Tout homme a droit au rachat, tout de même ! Quoi, 30 ans, c’est l’âge où les performances diminuent ? Mais c’est qu’il a su se maintenir au  top de la condition, voilà tout ! Regardez ALBERTO CONTADOR. Eh bien il les a faits, ses deux ans de suspension pour taux excessif de clenbutérol dans le sang. Qui oserait douter de la pureté de son retour dans la Vuelta (tour d'Espagne) ? Mais le public, lui, est un juge indulgent, tant qu'on n'a pas égorgé ou violé une enfant (cela veut dire : on a des valeurs, NOUS !) : il a déjà oublié, puisqu'il applaudit.

 

 

Pendant ce temps, les nageurs olympiques ont battu neuf records du monde. Pendant ce temps, DAVID RUDISHA, Kenyan de métier, se contente quant à lui de transformer le 800 m. en sprint : il bat son propre record du monde. Pendant ce temps, les foules énamourées se prosternent devant la divinité nommée « EXPLOIT SPORTIF». Je n'en reviens pas.

 

 

Les milliards de pions humains, vous savez, ces petites machines aux performances productives sinon  douteuses, du moins ordinaires, endoctrinés à coups de slogans du genre : « Indignez-vous ! », « Engagez-vous ! », « Surpassez-vous ! » (le dernier prout éditorial, la dernière bouse de vache éructée par l'anus de STEPHANE HESSEL (un « moteur à injonctions », selon le mot génial de PATRICK BESSON, dans Le Point) porte le titre hallucinant de : Vivez !), sont béats de vénération devant des machines humaines optimisées, applaudissent à tout rompre les mutations génétiques chaque fois que les mutants battent un record, et se peignent les moustaches en bleu-blanc-rouge. Tout cela est très seyant.

 

 

Conclusion : les Jeux Olympiques sont bien la fête par excellence de la fraternité humaine, n'en doutons plus. C'est prouvé par le carnet de chèque, le compte en banque et les contrats d'exclusivité. Sans compter les « à-côtés ». Comme quoi une entreprise privée peut apporter le bonheur à l’humanité entière. L'idéologie ultralibérale vous l’avait bien dit.

 

 

 

Le pire n’est pas toujours sûr, mais le COMITÉ INTERNATIONAL OLYMPIQUE est le sublime signe annonciateur du Progrès Humain : la GRANDE PRIVATISATION DE L’HUMANITÉ. Je traduis : faire enfin (après 200.000 ans d'homo sapiens gratuit) de l'entreprise humaine quelque chose de rentable. Jusque-là, homo sapiens sapiens travaillait à fonds perdus. Être homme, mes bien chers frères, deviendra PAYANT. On mettra des péages à la sortie de tous les utérus. Gare aux fraudeurs !

 

 

Déjà qu'à l'autre bout de la vie, les Grecs avaient Charon pour traverser le Styx vers le royaume des morts, contre monnaie. Chacun sera aussi désopilant que la Soeur Anne de GOTLIB (c'est dans le "Barbe-bleue" de La Rubrique-à-brac) : « Soeur Anne aux deux berges raque ». Je ne donne aucun indice.

 

 

 

C'est une condition de survie de l'humanité nantie. Car on a bien compris, dans l'affaire des Jeux Olympiques, qu'il y en a deux, d'humanités : les lites et l'émasse. Euh non, je me trompe : l'élite et les masses. Et attention, quand je parle de l'élite, c'est 200.000 personnes grand maximum dans le monde, qui sont capables de payer les armées chargées de les protéger. La vision olympique de l'humanité a quelque chose à voir avec une double perspective : BANCAIRE et MILITAIRE.

 

 

 

J'aime bien, chez RABELAIS, l'histoire suivante : un portefaix est assis dans la rue, mangeant son pain après l'avoir laissé s'imprégner des fumées qui sortent de chez le rôtisseur. Celui-ci s'avise de lui faire payer sa fumée. Une altercation s'ensuit. Joan le fou arrive, et accepte de rendre sa "justice" au moyen de la pièce d'or du portefaix.

 

 

Il fait sonner celle-ci et prononce sa sentence : « La Cour vous dit que le portefaix qui a mangé son pain à la fumée du rôti a payé le rôtisseur au son de son argent ». Ce fou est un nouveau Salomon. J'aimerais que l'humanité paie les Jeux Olympiques avec cette monnaie incroyable : AU SON DE SON ARGENT. Vous l'imaginez, une corruption accomplie au SON de l'argent ? Moi je suis pour ce bling-bling-là.

 

 

Le Comité Olympique, vous savez, cette ONG désintéressée et même philanthropique, remplie d'un idéal humain de toute pureté, est en réalité une société privée, une simple entreprise juridiquement assujettie aux règles du droit privé suisse. Je l’ai déjà dit, je me répète, mais c’est exprès. Car il faut que ça se sache.

 

 

Et ce n’est pas le solennel (mais pathétique) appel que PATRICK CLASTRES (chercheur rattaché au Centre d’histoire de Sciences-Po) adresse au CIO pour lui demander de modifier ses fondements mêmes qui va y changer quoi que ce soit. Il ne l’ignore sans doute pas, et ne se fait guère d’illusion sur la faculté du CIO de se réformer lui-même. Il fait ça « only for fun ». Ou alors pour justifier un budget alloué. Je ne sais pas. De toute façon, pour réformer le CIO, il faut commencer par le détruire. Avant sans doute de ne pas le reconstruire.

 

 

PATRICK CLASTRES critique le fonctionnement actuel du CIO. Entendons-nous bien : il n’accuse personne. C’est vrai qu’il a affaire à forte partie. Une partie qui peut le réduire en bouillie en moins de rien. Il aurait vite fait de se faire corriger le portrait. Et pas sur photoshop. Il la joue donc en douceur. Son angle d’attaque repose sur le souhaitable et le désirable. Sur le « il faudrait », c’est assez dire qu’il rêve tout éveillé.

 

 

Il s’efforce de ne pas piquer trop fort le monstre qui sommeille (c'est juste une image, pas une réalité). Mais enfin, il émaille son texte de mots qui finissent par dessiner un tableau assez nettement crasseux, pour ne pas dire puant, de l’univers olympique : « corruption, scandales des athlètes dopés, tricheries récurrentes, menacé de gangrène par les mafias, … ».

 

 

Ses propositions de réforme (vouées aux oubliettes) contiennent en creux des critiques féroces du fonctionnement actuel. Il faudrait changer le mode de recrutement (opaque ; je traduis : les membres actuels sont-ils corrompus ? notez que je garde la tournure interrogative), modifier la charte (sans dire sur quels points ; là, j'ai du mal à traduire), rendre les comptes financiers transparents (tiens, tiens !). En bref, il faudra changer la façade une fois qu'on aura fait disparaître l’intérieur.

 

 

Le CIO actuel ? Payez, et on vous déroule le tapis rouge. Tiens, qu’a payé l’Arabie Saoudite pour faire admettre la judokate en bonnet de bain islamique (qui vaut le burkini, ci-contre) ? stéphane hessel,indignez-vous,engagez-vous,vivez,patrick besson,le point,charles de gaulle,jamaïque,usain bolt,sprint,4 x 100,record du monde,dopage,le nouvel observateur,américains,justin gatlin,performance,alberto contador,tour de france,vuelta,espagne,david rudisha,exploit sportif,jeux olympiques,cio,olympisme,humanité,société,culture,rabelais,ong,patrick clastres,sciences-po,bertrand delanoë,arabie saoudite,attila,jean guisnel,corruption,propagande,optimisme,gotlib,rubrique-à brac Ce serait une information intéressante. Le CIO, cette machine à profits, est devenu sensible à un seul argument : avoir les moyens de toucher sa « sensibilité ».

 

 

Je vais vous dire ma conviction : si le Paris de BERTRAND DELANOË n’a pas eu les Jeux Olympiques 2012, c’est parce que DELANOË n’a pas assez arrosé. Et je le remercie pour cette raison même. Vous imaginez l’état de la France aujourd’hui, après trois semaines de cette chevauchée d’Attila ? De ce rouleau compresseur aveuglé et fanatisé par l’enthousiasme ?

stéphane hessel,indignez-vous

LA PLUS BELLE AVENUE DU MONDE, VRAIMENT ? 

 

Pourquoi croyez-vous que la France n’a pas vendu un Rafale depuis qu’elle a signé je ne sais plus quel protocole de moralisation du commerce mondial des armes, et surtout qu’elle le respecte ? Fini, les « commissions », les « rétrocommissions » et autres outils d’enrichissement personnel (lisez, pour en savoir plus, Armes de corruption massive, de JEAN GUISNEL (La Découverte, 2011), je vous assure que ça, c’est du journalisme d’excellence).

 

 

Soit dit en passant, JEAN GUISNEL révèle que l’Allemagne, la si vertueuse Allemagne, corrompt à tout va les individus capables d’influer sur les décisions des gouvernements acheteurs. Pour exporter, il faut arroser. Si la France veut les Jeux, il va falloir qu’elle accepte d’enchérir. Sur fonds secrets. Les Jeux Olympiques ? D’abord et avant tout, une affaire, de gros intérêts, de grosses affaires à faire. Avec risques et périls : voyez la Grèce et ses Jeux Olympiques, en 2004, et puis huit ans après.

 

 

En fait, et pour être franc, en plus et en dehors de l'horrible fable olympique, je n’aime AUCUN des bobards que les médias déversent à tombereaux ouverts dans nos yeux et nos oreilles, jour et nuit : si l’on fait un peu attention, on en arrive à comprendre comment fonctionne la nouvelle dichotomie « MYTHE / RÉALITÉ ».

 

 

Plus je regarde la réalité, plus je suis effrayé de ce qui attend l’humanité (je ne reprends pas l'énumération, je n'entonne pas la litanie des calamités observées et attendues). Plus je regarde la télé, plus je deviens optimiste (tout le monde rit, tout le monde est heureux, sauf aux informations, et encore ...). Vous ne trouvez pas ça bizarre ? Ah bon ? C’est donc ça qu’on appelle PROPAGANDE ? Bourrage de crâne ? Endoctrinement ? Eh bien dans quel état sont nos esprits, les amis ?

 

 

Conclusion : LA PESTE SOIT DES OPTIMISTES ! Il faudrait les amputer de la télé. C'est à bon droit qu'on pourrait alors les traiter de : « Amputé de ta mère ! ». Parce que les amputés aussi ont droit aux Jeux Olympiques !

 

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

samedi, 10 décembre 2011

BEN OUI, QUOI, "DON QUICHOTTE" !

Résumé : je lis "Don Quichotte".

 

 

A cet égard, la deuxième partie change carrément de propos. Bien sûr, il y a quelques modestes aventures, par exemple quand Don Quichotte arrête le conducteur d’un charroi portant un lion dans sa cage et que, l’homme ayant ouvert la cage sur son ordre, le lion lève une paupière lourde, se met debout, sort à moitié, regarde Don Quichotte qui l’attend de pied ferme, bien campé sur ses étriers, bâille un bon coup et retourne se coucher au fond de la cage, au grand soulagement de tous ceux qui assistent à la scène.

 

 

Il y a aussi cette espèce de combat pour rire qui l’oppose au « chevalier aux miroirs », qui n’est autre que le bachelier (ou licencié) Samson Carrasco, qui se proposait de l’obliger, s’il triomphait de lui, à retourner vivre tranquillement en sa maison et de ne plus s’occuper de jouer les chevaliers errants.

 

 

Mais dans l’ensemble, la deuxième partie voit Don Quichotte évoluer comme s’il était sur la scène d’un théâtre, où toutes les personnes ne seraient que des personnages. Car beaucoup d’entre eux ont lu la première partie du livre, paru dix ans plus tôt, qui les a bien divertis.

 

 

La différence entre les deux, c’est que dix ans avant, les personnages ne savent pas que Don Quichotte est Don Quichotte, qu’ils sont eux-mêmes des personnages destinés à être couchés sur le papier. Ils peuvent donc vivre les événements et les actions, en quelque sorte, avec naïveté, au premier degré. Une naïveté interdite, par exemple, au duc et à la duchesse de la deuxième partie, qui font fictivement partie de l’innombrable lectorat de la première.  

 

 

CERVANTES imagine donc la suite des aventures en faisant du premier tome une donnée agissante du second. Les gens évoluent autour du héros en n’étant pas eux-mêmes, mais en jouant un rôle de composition. Si je voulais prendre un point de comparaison, je dirais que c’est un peu la problématique à l’œuvre dans  The Truman show, le film de PETER WEIR sorti en 1998. Un tout petit peu, n’exagérons pas.

 

 

Mises à part les quelques aventures, la rencontre du chevalier au Vert Caban (Don Diègue de Miranda, qui accueille DQ dans sa villa), les noces de Gamache, où l’on découvre à quelles ruses tarabiscotées peut conduire l’amour, et autre menu fretin, l’essentiel de cette partie est consacré au séjour de Don Quichotte et Sancho Pança au château d’un duc et d’une duchesse (sont-ce les mêmes que l’auteur mentionne en première partie ?). 

 

 

Duc et duchesse deviennent les metteurs en scène (ou plus exactement, les manipulateurs) d’une pièce où le maître et l’écuyer jouent les rôles principaux, à leur insu, bien évidemment, pour le plus grand contentement de tous ceux qui peuplent le château, et qui, sur ordre de leurs maîtres, endossent des rôles de comédie, pour mieux se moquer d’eux. En quelque sorte, quelqu’un fait vivre à Don Quichotte des événements factices qu’il est seul (avec Sancho Pança) à considérer comme des aventures.

 

 

Du coup, le regard que le lecteur porte sur le héros et son compagnon se modifie radicalement. Don Quichotte devient un personnage noble, sympathique, qui manque, certes, de lucidité et de raison, mais qui reste, pourrait-on dire, « droit dans sa quête ». De plus, il joue le rôle de la victime que l’on plaint.

 

 

C’est par exemple l’épisode de la duègne Rodriguez qui dévoile à Don Quichotte le secret des « fontaines » que la duchesse a aux jambes, après quoi ils se font copieusement rosser par la duchesse en personne, furieuse d’avoir été trahie, et aidée de sa servante Altisidore. Je m’interroge encore sur ces « fontaines », qui semblent appeler un diagnostic médical, ni plus ni moins.

 

 

C’est l’épisode aussi des sérénades données par la même Altisidore à Don Quichotte, dont profitent des chenapans pour introduire dans la chambre de celui-ci des chats qui lui graffignent gravement le visage, ce pourquoi il devra garder le lit pendant six jours.

 

 

Le lecteur se met alors à plaindre Don Quichotte et à juger très sévèrement ce couple de châtelains qui, sans doute pour se désennuyer, s’amuse aux dépens d’un pauvre fou qui ne fait de mal à personne. CERVANTES le signale d’ailleurs : [L’auteur] « dit qu’il croit fermement que les moqueurs étaient aussi fous que les moqués, et qu’il ne s’en fallait pas deux doigts que le duc et la duchesse ne fussent privés d’entendement, puisqu’ils prenaient tant de peine à se moquer de deux fous ».

 

 

Car duc et duchesse montrent une évidente cruauté envers nos deux « aventuriers », voire du sadisme. CERVANTES dénonce peut-être ici une tendance de la société qui n’a jamais cessé de s’affirmer jusqu’à nos jours, celle d’imposer aux individus un comportement normal.

 

 

Du premier au second tome, on passe d’un univers difficile, certes, mais où les individus gardent une autonomie, même si l’on reste peu ou prou dans le jeu des forces brutes à l’œuvre dans la société ; à un univers beaucoup plus facile en apparence, socialement beaucoup moins glauque et plus policé, mais sur lequel règne en fait la loi non écrite d’un immense conformisme. C’est certain, Don Quichotte n’est pas normal et, c’est certain aussi, il a à souffrir de l’intolérance (si l’on veut bien de ce terme intempestif) de la société figurée par le château ducal et la cour qui y habite.

 

 

Je dis ça à tout hasard, mais il me semble quand même que l’auteur n’est pas extrêmement content de la terreur que fait régner l’Inquisition en Espagne à son époque, si j’en crois le « récit du captif », le récit de la fille de Ricote et la dernière scène « ducale », au cours de laquelle Sancho se fait donner en cadeau la tenue dont on l’a vêtu au cours de la dernière farce.

 

 

Il s’agit du costume même de tous ceux que l’Inquisition brûlait sur les bûchers des « autodafés » : « une robe de boucassin noir, toute peinte de flammes de feu, et lui ayant ôté son capuchon, lui mit sur la tête une mitre semblable à celles que portent les pénitents du Saint-Office ». Mais le fait qu’on retrouve à la fin ce costume sur l’âne de Sancho, comme par dérision, en dit peut-être long sur l’attitude de CERVANTES.

 

 

L’épisode de Barcelone, où ils sont magnifiquement accueillis dans la maison de Don Antonio Moreno (est-ce un pendant à la « sierra Morena » du début, théâtre des premières folies du héros ?), ne modifie rien à cette théâtralisation du rôle de Don Quichotte. On assiste à l’épisode de la tête truquée, supposée prédire l’avenir des personnes présentes, à la suite duquel le maître des lieux sera obligé de s’arranger avec l’Inquisition.

 

 

On suit la compagnie sur une galère du roi, où il arrive une mésaventure à Sancho, qui « vole » autour du navire, porté à bout de bras par tous les galériens. C’est un peu le symétrique de celui du début, où il fut bel et bien berné (mis dans une couverture et envoyé en l’air par quelques costauds farceurs).

 

 

Un dernier petit récit intercalé rappelle qu’on est dans l’Espagne catholique : une jeune fille déguisée en homme semble commander un brigantin mauresque. Faite prisonnière, en attendant la mort, elle raconte sa pitoyable histoire, mais retrouve son père Ricote, qui sauve tout. On suit encore le pauvre Don Quichotte dans la promenade que Don Antonio lui fait accomplir à travers la ville après l’avoir affublé à son insu d’un écriteau proclamant son identité. Cela suscite le rire de la foule et le déchaînement de tous les sales gosses. 

 

 

On assiste enfin au combat que doit livrer Don Quichotte au mystérieux « chevalier de la Blanche Lune », qui n’est toujours autre que Samson Carrasco le licencié. Il aime bien Don Quichotte, et voudrait bien le voir retourner chez lui pour y vivre paisiblement entouré des siens. Le subterfuge qui avait échoué avec le « chevalier aux Miroirs » réussit à celui de la « Blanche Lune ». Don Quichotte est jeté à terre. Vaincu, il doit jurer qu’il s’abstiendra de tout « travail » de chevalier errant pendant un an.

 

 

Don Quichotte n’a qu’une parole. Je passe sur le dernier détour par le château ducal où a été préparé le spectacle d’une farce funèbre : Altisidore, celle dont « l’amour » a vainement essayé de détourner la pensée de Don Quichotte de Dulcinée du Toboso, en est « morte » et repose sur un catafalque, dont elle va se relever pour raconter ce qu’elle a vu en enfer. Ce chapitre est le prétexte dont se sert CERVANTES pour régler une dernière fois son compte au faussaire qui a cru impunément pouvoir donner une « suite » de son cru à la première partie de Don Quichotte.

 

 

Rentré chez lui, Don Quichotte ne tarde pas à tomber malade et à mourir, au grand désespoir de tout son entourage. « Mais avec tout cela, la nièce ne laissait pas de manger, la gouvernante de boire d’autant, et Sancho de se réjouir. Car d’hériter de quelque chose, cela efface ou modère dans l’âme de l’héritier la mémoire de la douleur qu’il est raisonnable que laisse le mort. » Je trouve cette dernière phrase jubilatoire d’exactitude psychologique, particulièrement « la douleur qu’il est raisonnable que laisse le mort ».

 

 

Pour dire qu’on n’est pas dans une histoire qui se déroule linéairement et simplement. Comme dans la photo, je parlerais volontiers de la formidable « profondeur de champ » dans laquelle se déroule le récit. On trouve dans ce pilier de la littérature universelle toutes les strates de l’existence humaine, depuis le détail le plus trivial ou le plus ridicule jusqu’aux considérations les plus hautes, touchant le sens de la vie, souvent sorties, il faut quand même le dire, de la bouche même de l’extraordinaire Don Quichotte de la Manche.

 

 

Avec tout ça, je n’ai presque rien dit de Sancho Pança. Ce n’est que partie remise.

 

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

 

vendredi, 09 décembre 2011

J'AI LU "DON QUICHOTTE", PARFAITEMENT !

Tout le monde connaît le nom de Don Quichotte. Qui a lu le livre de MIGUEL DE CERVANTES DE SAAVEDRA ? Tout le monde connaît les « moulins à vent », que le héros défie comme s’ils étaient des géants. Qui sait que l’épisode se situe tout à fait au début du livre, et qu’il n’en est absolument plus parlé ensuite ? Tout le monde a entendu parler de Sancho Pança. Qui sait que le grand reproche que lui adresse Don Quichotte, c’est de parler par proverbes ?

 

 

En fait, il y a deux livres : celui de 1605, et celui de 1615. Entre les deux, un épisode entièrement controuvé, écrit par un certain AVELLANEDA, natif de Tordesillas, qui essaie de se faire du gras sur le succès du livre de 1605. Celui de 1615 n’existe, apparemment, qu’à cause de l’épisode AVELLANEDA. Et j’ai eu l’impression que la seconde partie (de CERVANTES) ne parlait pas tout à fait du même bonhomme. Ou pas exactement de la même manière.

 

 

Oui, je ne vous ai pas dit, je viens de finir la lecture de L’Ingénieux Hidalgo Don Quichotte de la Manche. Oui monsieur, « ce que j’ai fait, aucune bête au monde ne l’aurait fait » (GUILLAUMET, si je ne me trompe).  Dans la délicieuse traduction de JEAN CASSOU (Pléiade), qui fleure bon l’élégance et la subtilité de la langue classique (CESAR OUDIN et FRANÇOIS ROSSET, les premiers traducteurs). Il n’est jamais trop tard pour s’instruire, n’est-ce pas.

 

 

Mon pote ROLAND m’a dit, quand il a su ça : « Il y a des longueurs, non ? ». Bon, il faut être magnanime : quand on n’a pas lu ce livre célébrissime, une telle affirmation peut vous échapper. Ce qui est bien vrai, c’est que, une fois le livre refermé, je ressens du bonheur à ce que  j’y ai trouvé.

 

 

Pour dire les choses très rapidement, on trouve dans la première partie quelques aventures du héros à proprement parler, les plus connues et d’autres moins, mais aussi une sorte de roman picaresque (où il y a du voyou), mais aussi de longs dialogues entre Don Quichotte et Sancho Pança (c’est peut-être ça, les longueurs, mais c’est un sujet principal du livre), mais aussi, sur le versant descendant, un enchâssement de récits à la manière de ce qu’on trouve dans Gil Blas de Santillane et dans Manuscrit trouvé à Saragosse.

 

 

Le livre de LE SAGE, Gil Blas de Santillane, est pour moi d’une lecture fort ancienne, et j’avoue que j’en ai gardé fort peu de détails, sinon celui-ci, parmi quelques autres, qu’on dirait aujourd’hui de haute science psychologique : Gil Blas, le héros, est devenu le secrétaire d’un évêque fort renommé pour les sermons qu’il prononce du haut de la chaire de la cathédrale.

 

 

Et l’évêque, l’âge venant,  le prie instamment de lui dire franchement, dès qu’il sentira que son don d’orateur commencera à faiblir, qu’il est temps pour lui de s’arrêter. Ce jour vient, et Gil Blas ne manque pas de prévenir l’évêque, qui se met à tonitruer : « Comment, vaurien, sacripant, tu ne comprends rien, tu me dis ça le jour même où j’ai prononcé le plus beau sermon qui soit jamais sorti de ma bouche ! ». Sur ce, il le chasse ignominieusement. 

 

 

Il y a aussi le personnage du Docteur Sangrado, caricature, si c’est possible, du médecin chez MOLIÈRE, qui expédie ses malades au moyen de deux expédients et pas plus : la saignée et l’absorption d’eau chaude. Fort peu en réchappent, inutile de le dire. J’ai quand même gardé l’image d’un roman, non sur le milieu des gredins (picaros), mais sur l’ascension sociale d’un petit qui se hisse sur l’échelle.

 

 

Manuscrit trouvé à Saragosse, de JEAN POTOCKI, qui est aussi un fort  gros livre, a été écrit à la même époque, en français, s’il vous plaît, par ce seigneur polonais. Bien que ce ne soit pas du tout le même genre de littérature, j’ai gardé de ce livre un souvenir analogue à ce que j’avais ressenti à la lecture du Golem et de La Nuit de Walpurgis, de GUSTAV MEYRINCK, ou de Princesse Brambilla d’E. T. A. HOFFMANN.

 

 

L’impression unique, en refermant le livre, d’avoir un effort à faire pour reprendre contact avec la réalité. Une marche dans un tunnel, dans un état intermédiaire de vague narcose, en équilibre sur une arête entre la veille et le rêve. Impression que je n’ai nulle part ailleurs retrouvée. 

 

 

Je reviens à Don Quichotte. A côté de ce qui arrive au héros, on y trouve l’histoire de la belle Marcelle, la bergère qui est si cruelle avec la foule de ses soupirants, l’histoire de la folie de Cardénio, l’histoire du « curieux impertinent » et l’histoire du captif.

 

 

Le curieux impertinent s’appelle Anselme. Son histoire ressemble à un fabliau du moyen âge, mais qui finirait mal : Anselme et Lothaire sont amis plus qu’il n’est possible de le dire. Le premier épouse l’objet de son amour, la belle Camille, et passe les jours dans la béatitude conjugale face à la perfection et à la vertu de sa femme.

 

 

Jusqu’à ce qu’il lui prenne l’idée de mettre à l’épreuve cette perfection et cette vertu pour se convaincre qu’elles sont infrangibles. Il engage vivement son ami Lothaire à lui faire la cour, à chercher à la séduire pour obtenir ses faveurs. Et à lui tenir un compte scrupuleux de la conduite de Camille. Je laisse à découvrir ce qui arriva et les diverses péripéties de la nouvelle ainsi incluse dans le récit.

 

 

L’histoire du captif est le récit édifiant d’une belle Mauresque d’Alger, mais chrétienne d’âme, qui, en séduisant un beau prisonnier, parvient à s’échapper de la maison de son père et à gagner l’Espagne catholique.

 

 

Cardénio, j’en ai entendu parler sur les ondes de France Cul (ture-ture), par ROGER CHARTIER, si je me souviens bien, qui faisait un cours au Collège de France au sujet d’une « pièce perdue de Shakespeare » intitulée Cardénio, développant à ce propos une érudition absolument ébouriffante et, finalement, assez vaine.

 

 

Il y a dans cette histoire un entrecroisement d’histoires d’amour à  rebondissements multiples, à commencer par celui du ventre d’une des héroïnes qui, ayant cédé à un soupirant sur une promesse de mariage, se voit plongée dans la honte quand celui-ci enfreint la parole donnée. Grand dégoûtant, va ! Mais on verra qu’il ne l’emportera pas en paradis.  

 

 

Quant à Cardénio lui-même, c’est le héros de l’histoire de deux jeunes saisis par l’amour, mais où le père de la promise, cédant aux instances d’un fils de grand seigneur qui se croit tout permis, celui-là même qui a engrossé la jeune fille ci-dessus, où le père, donc, donne sa fille en mariage par pur intérêt, ce qui plonge l’amoureux dans la folie, et amènera la rencontre avec Don Quichotte dans la Sierra Morena. Tout finira bien. Ça fera deux mariages d’amour en perspective.

 

 

Les aventures de Don Quichotte, maintenant ? Elles sont ce qu’on en sait, plus ou moins. Pas la peine de revenir sur les moulins à vent. C’est même la première aventure, vite liquidée. On sait qu’il se fait armer « chevalier » par un tavernier véreux. Qu’il conquiert son « casque » aux dépens d’un barbier, dont le plat à barbe, en cuivre, est aussitôt élevé à la dignité d’ « armet de Mambrin ». C’est bien si on sait ce qu’est un « armet ». Qu’il se bat contre un Biscaïen. Qu’il passe une nuit terrifiante à proximité de ce qui se révèlera au matin, pour sa plus grande honte, être un moulin à foulon. Mais je ne vais pas résumer Don Quichotte. C’est déjà ennuyeux, non ?

 

 

On sait que Don Quichotte (Alonso Quixano pour l’état-civil) est un homme bon, cultivé, mais qui a la tête farcie d’histoires moyenâgeuses, de romans de chevalerie bourrés d’actions merveilleuses, de prouesses inégalées et d’épées qui tranchent des montagnes. Bien longtemps avant les jeux vidéos qu’on accuse souvent d’entraîner, dans l’esprit de ceux qui s’y livrent, une grave confusion entre le fictif et le réel, voilà donc un livre qui décrit la folie d’un homme qui croit à la réalité concrète de ses rêves.  

 

 

Mais sa folie est précisément de proclamer haut et fort à la face du monde qu’il n’est rien de plus noble que d’embrasser la profession de la chevalerie errante. Et Don Quichotte est capable de se mettre en grande colère quand ses interlocuteurs le mettent en doute. D’où un certain … « décalage » avec les gens ordinaires.

 

 

Il ne joue pas un rôle : il est vraiment lui-même, et à fond. Don Quichotte, dans le livre, est le seul personnage, avec Sancho Pança, qui ne mente jamais, et qui n’agisse jamais poussé par la haine, le mépris ou je ne sais quel sentiment mauvais. C’est authentiquement un héros au cœur pur. Et il « y va ».

 

 

Dans cette première partie, il est directement confronté à la réalité des coups de bâton, du mépris concret, des cailloux que les galériens qu’il vient de délivrer lui jettent, quand il leur ordonne d’aller en son nom manifester leurs respects à la dame Dulcinée du Toboso. Faut-il vivre dans un monde de chimères pour émettre de telles prétentions, je vous le demande ?

 

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

Suite et fin demain.