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samedi, 16 avril 2016

CHRISTOPHER LASCH ET GUY DEBORD

LASCH LE MOI ASSIEGE.jpgQuelques réflexions après lecture de Le Moi assiégé, "essai sur l'érosion de la personnalité", de Christopher Lasch. 

Pour mettre du baume au cœur.

Il est bon d’avoir lu, au moins une fois dans sa vie, un livre de Christopher Lasch, observateur intransigeant de la civilisation occidentale en général, mais principalement de la façon dont elle évolue aux Etats-Unis. A cet égard, La Culture du narcissisme (Climats, 2000, écrit en 1979), que je suis en train de relire, fait un excellent point de repère et de départ, même si c'est un peu « consistant ». 

La méthode de Christopher Lasch est impeccable : il fait le tour complet d’une documentation impressionnante et passe au crible tout ce qui a été dit par d’autres du sujet qui le préoccupe. Il énumère les points de vue qu’il estime erronés et s’efforce de corriger les idées fausses que des gens sûrement sérieux véhiculent et colportent. 

Dans Le Moi assiégé (« essai sur l’érosion de la personnalité », Climats, 2008, écrit en 1984), que je viens de relire avec intérêt, il revient, pour l’approfondir, sur la notion de narcissisme. Le sous-titre dit assez sur quelle hypothèse il s’efforce de fonder son ouvrage. C’est une idée qu’on croise dans les bouquins de Michel Houellebecq, de façon explicite dans un de ses volumes d'Interventions. Une idée qui se veut un constat. Une idée qui, si elle s'avère, a des implications qui peuvent effrayer.

Dans une société vouée à la catastrophe humaine que constituent la marchandise, son spectacle et sa consommation, assailli constamment par des armées d’images, l’individu ne parvient plus à se constituer un « moi » par ses propres moyens, un « moi » qui lui appartienne en propre, après avoir fait sa propre expérience directe du monde et de la réalité. Le système de la communication publicitaire - à tendance tant soit peu totalitaire -, qui a gagné un terrain considérable pour organiser les relations sociales à tous les niveaux, occupe désormais une place prépondérante, en lieu et place de ce que Freud appelle le Moi.

Ne pas oublier qu'Edward Bernays, l'un des grands inventeurs de la publicité moderne, était le double neveu de l'inventeur de la psychanalyse, discipline dans laquelle il a abondamment puisé pour mettre au point la machine publicitaire : on va puiser dans le bric-à-brac du secret des motivations les figures, motifs et arguments qui, brandis ensuite comme un miroir devant le nez du citoyen devenu consommateur, vont orienter son désir vers la marchandise à vendre. 

Pour resituer la chose, il ne faut pas oublier que le livre de Lasch est publié en 1984. Je veux dire par là qu'il n'est pas impossible qu'une question d'ordre générationnel se pose, car l'idée dit peut-être davantage à des gens de mon âge qu'à des générations plus neuves, vu que les conditions concrètes de l'existence n'avaient pas encore été aussi radicalement transformées qu'elles ne l'ont été depuis une trentaine d'années.

Quoi qu'il en soit, l'idée du spectacle marchand comme programme général d'existence avait été largement diffusée en leur temps par les situationnistes en général, et Guy Debord en particulier. Une idée le plus souvent incomprise, du fait d’une interprétation tout à fait étriquée, donc fausse, de la notion de « spectacle », que je reformulerais ici de la façon suivante : « création, entre l’homme et le monde, d’une réalité entièrement artificielle autour de la marchandise érigée en objet de désir par les moyens de la propagande ». 

Il s’ensuit que la personne a été en quelque sorte vidée d’elle-même, comme si un écran s’était interposé entre sa conscience et son moi. Dépossédée de ce qu’elle serait devenue si elle avait été soumise aux seules influences héritées de la tradition, elle ne s’appartient plus, fabriquée des pièces et des morceaux d’images conçues par d’autres et introduites en elle de l’extérieur. Autrement dit, comme elle a du mal à distinguer ce qui vient d’elle et ce qu’elle ingurgite de l’extérieur, la personne ne sait plus à qui elle a à faire quand elle dit « je ». « L’anxiété actuelle au sujet de l’ "identité" reflète une partie de cette difficulté à définir les frontières de l’individualité » (p.15). 

J’ajoute, pour enfoncer le clou, que la personne, quand elle dit « je », croit sincèrement qu’elle parle en son propre nom, alors qu’elle exprime un « moi » qui lui a été pour une grande part inculqué à son insu : la société du capitalisme spectaculaire-marchand (Debord) a façonné des semblants de personnes, des fantômes persuadés qu’ils existent de façon pleine et entière : des artefacts, des zombies. L’idée est pour le moins radicale.

Ce qui change, par rapport à la situation précédente, c'est que nous sommes ici dans l'exécution d'un projet parfaitement concerté, généralisé, et prévu pour produire les effets qu'il produit. Ce que fait, dans un autre domaine, le génie génétique par rapport, par exemple, à la méthode de nature purement empirique de sélection et d'appariement de deux races de chiens par les éleveurs, en fonction des qualités attendues de la nouvelle race envisagée (flair, endurance, dressabilité, puissance, potentiel agressif, etc.). Si la grille de lecture de Christopher Lasch est la bonne, cela veut dire en effet que les populations embarquées dans ce système ne sont plus désormais en mesure de porter ce qui s’appelle une « civilisation ». Et, accessoirement, que le système qui est le nôtre a quelque chose à voir avec le totalitarisme.

Cela veut dire que le système spectaculaire-marchand débarrasse l’individu du fardeau de la civilisation, puisqu’il il le débarrasse du fardeau de lui-même, en le transformant en simple spectateur et client, consommateur de biens et de services. En poussant un peu, on pourrait considérer que le système spectaculaire-marchand fait disparaître jusqu’à la possibilité de la civilisation, en transformant tout ce qui appartient au passé en simple objet muséal, ou en simple marchandise destinée à des touristes venus errer dans l'hypermarché global pour consommer les traces d’un passé mort, et dénué pour eux de signification présente. 

Charmante perspective.

Voilà ce que je dis, moi.

samedi, 04 juillet 2015

LA SERVITUDE HEUREUSE

2/2 

BEAUVOIS ET JOULE.jpgDe telles expériences, en psychologie sociale, sont multiples et variées : tout y passe, de l’acceptation d’un panneau publicitaire dans le jardin pour vanter les économies d’énergie (rôle de l’autocollant qu’on a accepté ou non d’apposer auparavant sur sa fenêtre), jusqu’au ver de terre que, au terme d’un cheminement beaucoup plus tortueux, on a accepté ou non de bouffer (authentique, évidemment, sans ça ce ne serait pas drôle). 

Enfin bref, les expériences (en "double aveugle", s’il vous plaît, conformément aux méthodes de la science) se suivent, mettant en application les recettes de l’ « amorçage » et du « pied-dans-la-porte », et se ressemblent quant au résultat : ça marche dans la plupart des cas. L’amorçage repose sur la recette bien connue de la « promesse non tenue », base entre autres de la publicité mensongère (en l'occurrence de l'escroquerie) : vous aurez un rabais de 25 % sur x, y ou z, et à l’arrivée, vous n’avez plus que 5 %. Que se passe-t-il ? Eh bien, dans beaucoup de cas, c'est prouvé, vous persévérez. 

Même chose pour le pied-dans-la-porte (l’histoire de l’autocollant écologique ci-dessus, par exemple) où, pour ne pas désavouer le geste tout à fait anodin qu’on a obtenu de vous précédemment, vous acceptez de faire le pas suivant, beaucoup plus lourd de conséquences, qu’on vous demande de faire à présent : la première décision entraîne la deuxième. Vous vous êtes, comme dit la théorie, « engagé ». Et il y a peu de chances que vous reveniez en arrière.

Cette persistance a été baptisée « persévérer dans la décision ». Et cette persévération est absolument redoutable, car elle peut mener à des catastrophes, par exemple quand il s’agit d’un trader qui a pris une décision dans une mauvaise direction : il a tendance, toujours pour ne pas se désavouer lui-même (ni risquer de passer pour un charlot), à « rester droit dans ses bottes », quitte à se casser la figure (on pense à Kerviel). 

Devinez pourquoi aucun homme politique français ne démissionne jamais : il persévère, pour ne pas se déculotter en public. « Errare humanum est, perseverare diabolicum ». Très difficile pour un politicien français de reconnaître qu’il s’est trompé ou qu’il a failli. Ailleurs on n’a pas de ces lâchetés et de ces hontes. Les samouraïs faisaient seppuku, car ils tenaient à leur honneur (on disait : "pour restaurer leur harmonie perdue"). Et responsables anglais ou allemands démissionnent sans en faire tout un plat. Parfois avec élégance, voire panache. Et la démission n'est pas un suicide, que je sache.

Alors on peut rêver, comme les auteurs, à une humanité idéale, où la connaissance et la maîtrise de ce pouvoir d’orienter autrui dans une direction voulue par une instance (gourou, secte, entreprise, …), ne seraient utilisées qu’orientées vers des buts louables et désirables, pleins d’humanisme et de souci du Bien. Un gros tas de chouettes copains, quoi. Tous frères. On sait ce qu’il en est en réalité. En somme, cette « naïveté » est un gros mensonge : l'humanité est capable du pire, et il y a fort à parier que Beauvois et Joule le savent. Pourquoi veulent-ils à toute force rester honorables et respectables ? Un peu de courage conceptuel, que diable ! 

Dans un passage drôle et intéressant du livre, qui peut servir aux parents perplexes, les auteurs racontent comment un père a le plus de chances d’obtenir de son fils d’une dizaine d’années qu’il range enfin sa chambre. Je passe sur les détails. Le résultat de l’expérience montre que plus la sanction (récompense ou punition) est grande, plus la volonté de ranger sa chambre sera comme un feu de paille dans l’esprit du gamin. Il faudra tout recommencer dès demain. DINGO 1.jpg

DINGO 2.jpg

Papa a tout faux.

Tiré des Dingodossiers, de Goscinny et Gotlib. Mais, à leur décharge, ils n'avaient pas lu Petit traité de manipulation ...

 

Toute la difficulté de la chose est d’amener le garçon (Léo, je crois me souvenir) à se convaincre que le besoin de ranger sa chambre émane de lui-même : plus la sanction (récompense ou punition) est faible, plus le rangement de la chambre semblera découler de son libre-arbitre, et plus il aura tendance à reproduire plus tard, « librement », le comportement attendu.

Dit comme ça, ça paraît évident et simple, reste à le mettre en pratique. Avis aux amateurs parents. Ceux qui y réussissent peuvent passer le concours de manipulateur mental diplômé : à faible enjeu, forte impression de liberté, d'où forte persistance du comportement, c'est la règle. 

Il se passe d’ailleurs la même chose dans des expériences avec de jeunes adultes : moins la participation est rémunérée, plus le comportement obtenu au cours de l’expérience sera durable et intériorisé. On appelle ce « réflexe » une opération de « surjustification ». Cela semble être une loi qui gouverne le fonctionnement psychologique de l'individu : plus il agit sans attendre aucune reconnaissance, plus le sentiment de liberté est intense, et plus le comportement s’installe dans la durée. 

C’est une véritable trouvaille, en même temps que, si l'on veut, un enfonçage de porte ouverte. Une nouvelle manière (concrète) d’envisager la liberté humaine, dans une société de masse, où l’individu pèse d’un poids presque proportionnel (c'est-à-dire infime) au nombre d’existences parmi lesquelles s’inscrit la sienne. Je dis « presque » à cause des hiérarchies induites par les spécialisations et les qualifications professionnelles : plus on est riche et puissant, plus on est libre. A cet égard, certains sont infiniment libres.

Je ne dis pas que Beauvois et Joule ont commis un chef d’œuvre. Simplement que leur Petit traité de manipulation ..., même avec les défauts que j’ai signalés, constitue une excellente introduction aux méthodes qui permettent à tous les pouvoirs des pays dits démocratiques de « gérer » des populations trop nombreuses, tout en les persuadant qu’elles vivent dans des régimes où règne la liberté individuelle. 

Le fonctionnement actuel de l'Europe montre un magnifique exemple de ce despotisme masqué, où le légal évince en toute impunité le légitime : même si la Grèce n'est pas toute blanche, tant qu'elle n'aura pas plongé le nez dans la poussière et crié grâce, l'Europe légale, l'Europe des Traités, cette Europe "démocratique", qui s'est faite sans et contre les peuples, restera intraitable, inflexible, implacable.

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Tout le monde a reconnu la ravissante Angela Merkel.

Une liberté étroitement contrôlée. Même si les populations en question se montrent rétives, à l'occasion (Grecs, « Indignados » ...). 

Et puis, au bout du compte, tout ça est une bonne leçon au sujet des sciences dites humaines. Vous connaissez le raisonnement : une technique n'est ni bonne, ni mauvaise en soi. Tout dépend de l'usage qui en est fait. Eh bien je vais vous dire, l'usage qui en est fait, il est toujours aussi bon ET aussi mauvais que possible. Le bon côté étant dans le mérite que recèle toute augmentation des connaissances. Le mauvais étant celui qui triomphe concrètement.

L'exemple de la psychologie sociale (qui ajoute les dégâts de la sociologie à ceux de la psychologie) montre clairement quel usage est fait des sciences dites humaines, grâce à tous les outils de gouvernement que les pouvoirs (politique, économique, ...) en tirent pour assujettir plus sûrement et plus fortement leurs sujets. 

Voilà ce que je dis, moi.

vendredi, 02 novembre 2012

LA MALADIE DE LA CURIOSITE (fin)

Pensée du jour : « L'amour-propre ne le reste jamais longtemps ».

 

MARTIN VEYRON 

 

 

 

 

Le dernier point qui me semble important, et peut-être celui que je trouve le plus grave pour l’idée que nous nous faisions (j’insiste sur l’imparfait) de la démocratie, c’est que, parmi les sciences humaines, il y en a deux qui se sont retournées contre l’homme comme des boomerangs. Ce sont la psychologie et la sociologie.

 

 

 

Dit autrement : l’étude du secret des motivations humaines (« psychologie ») et les statistiques (« sociologie quantitative ») destinées à quantifier les comportements des masses, qu'elles traduisent sous forme de moyennes. Or, dès qu'on vous parle de moyenne, dites-vous qu'on ne parle plus de vous comme individu, mais comme une simple quantité prise dans une quantité plus grande. 

 

 

Les statistiques ne veulent pas des individus : elles veulent des nombres, des taux, des moyennes, des virgules, des pourcentages. Ce sont des outils de GESTION. C'est de la comptabilité appliquée à la vie collective (sociale, politique, économique, sexuelle). C'est sûr : l'individu est ENCADRÉ. Quel moyen pour lui, dans un tel monde, de ne pas être comptabilisé dans une case du questionnaire ? D'échapper à la statistique ? De ne pas être jaugé par rapport à une moyenne ?

 

 

 

Aujourd'hui, les mouvements de la société sont réglés, gérés et gouvernés par la quantité. Sans l'action bien coordonnée d'une multiplicité d'acteurs, pas de réorientation du corps social : pas de loi punissant le négationnisme de l'extermination des juifs et des tsiganes (les tsiganes, dont on oublie trop souvent les 500.000 morts sous le règne des nazis, mais c'est que les tsiganes ne forment pas un groupe de pression crédible) ; pas de mariage homosexuel ; pas de délit d'incitation à la haine raciale. Pas de punissoir légal généralisé contre la liberté d'expression.

 

 

 

D’un côté, par la psychologie, on extrait ce qu’il y a dans l'âme de l’individu (enquête d’opinion, sondage, enquête de motivation, que pensez-vous de … ?). De l’autre, par la statistique et la toute-puissante moyenne, on étudie ce qu’on peut tirer des foules (vous êtes 35 % à apporter votre soutien de FRANÇOIS HOLLANDE, vous êtes pris dans 600 kilomètres de bouchons, vous êtes 63 % à être favorables au mariage homosexuel, …, sous-entendu, c'est normal, soyez sans inquiétude, on s'occupe de tout, l'ordre statistique règne).

 

 

D’une part, vous avez l’individu réduit à une infime parcelle de lui-même (une seule motivation). D’autre part, vous avez l’individu perdu dans la foule, c’est-à-dire réduit au millionième qu’il représente en quantité dans la masse des gens. Quel tableau ! De l’infiniment petit de soi-même pris dans la foule, à l’infiniment petit de soi-même ratatiné dans une de ses parcelles infimes, l’époque actuelle fait comme les Jivaros : elle réduit les têtes. Que vous preniez la sexualité, les yaourts, les opinions politiques, vous aboutissez à cela : l’individu quantitatif réduit à un « combien » virgule « quelque chose ». Noyé dans la masse.

JIVAROS 3.jpg

 

En dehors de venir en aide aux victimes d’accident, de catastrophe ou d’attentat (vous savez : « Une cellule psychologique d'urgence a été mise en place »), à quoi sert en effet la psychologie, de nos jours ? Je vais vous le dire : à sans cesse améliorer le fonctionnement de la machine sociale. Le psychologue veille à apaiser les dissonances qu’entraîne forcément la brutalité des conditions faites à la vie des individus par le système qui est le nôtre (résumé dans l'usage tous azimuts du mot à tout faire mis à toutes les sauces : « Stress ; stressant ; stressé ; se déstresser »).

 

A fournir aux individus plus ou moins écrasés des arguments de satisfaction pour compenser les frustrations constantes que le système leur fait subir, pour éviter qu'ils n'explosent. En somme, à les réinsérer dans les circuits sociaux (travail, sentiments, amour, famille : regardez dans les librairies la taille du rayon "développement personnel"). A essayer de les convaincre que, oui, ce qu'ils vivent, ce qu'ils font, tout ça a décidément un sens. Et qu'ils ont raison de continuer. Exaltant et pathétique. Le mot d'ordre du psychologue, c'est, une fois pour toute : « Désamorcer la révolte. Prévenir tout risque de subversion ou de révolution ». Une armée au service de l'ordre. Une armée de service d'ordre.

 

La « science » psychologique n'est plus seulement un instrument de connaissance. Elle est devenue un indispensable lubrifiant pour que les rouages sociaux tournent sans se « gripper ». La psychologie est désormais une excellente MACHINE A ADAPTER. Autrement dit un instrument de contrôle social.

 

 

Et cette société, qui ne cesse de se subvertir elle-même, est une machine à fabriquer du psychologue comme on fait de la saucisse. De même que l’obsolescence programmée des voitures sert à faire vivre les garagistes, le « mal-être » des individus sert de garde-manger et de vouloir-vivre aux psychologues (il m'arrive de m'étonner de certaines de mes propres phrases ; c'est d'ailleurs un peu pour ça que j'écris).

 

 

 

Accessoirement, on pourrait ajouter que la psychologie s’est révélée un redoutable instrument pour débusquer les motivations secrètes des gens pour les retourner en autant d’arguments de vente de marchandises. On appelle ça la publicité. La propagande, si vous voulez. Le bourrage de crâne. La manipulation mentale. Enfin, pas mal de choses.

 

 

Mais pendant que la psychologie remet l’individu dans le circuit normal, la sociologie ne reste pas inactive. Sans exagérer outre-mesure (je ne voudrais pas « exagérer d'exagérer »), il me semble qu’on peut considérer la sociologie comme un excellent instrument de gouvernement.

 

 

C’est bien la fondation « Terra Nova », que je sache, affiliée au Parti « Socialiste », qui a suggéré à ce dernier de s’appuyer, non plus sur la classe ouvrière, mais sur les « classes moyennes » (autrement dit les petits bourgeois). Pour arriver à cette suggestion, sur quoi s'est-elle appuyée, sinon sur un corpus d’analyses sociologiques, qui a permis au Parti « Socialiste » de prendre en douceur un joli virage idéologique ?

 

 

Partant de là, on peut affirmer que la sociologie est devenue une MACHINE A GOUVERNER. Car qu’est-ce qu’un politologue ? Un sondage ? Un sondage établi bien sûr selon la méthode des « quotas », sur un « échantillon représentatif » de la société française ? Des outils. Entre les mains d'un pouvoir.

 

 

Quand on lit, écoute ou regarde les informations, on finit par être frappé du nombre de données concernant la moindre vaguelette qui se dessine à la surface de la société. C'est fou, ce dont la société dispose pour enregistrer une foule d'informations sur elle-même, au moment même où chaque chose se passe. 

 

 

 

Pendant qu’une armée de psys en tous genres scrute les mouvements qui se produisent dans les profondeurs de l’âme des individus, une armée de sociologues dissèque en permanence le corps social pour en extraire les éléments signifiants dont les pouvoirs se serviront pour coller à l’évolution, voire pour l’anticiper, en vue de se pérenniser, principalement par le moyen de la propagande et des élections.

 

 

 

Oui, elles sont belles, les « sciences humaines » ! Plus leurs méthodes et leurs résultats se perfectionnent, plus le couvercle des pouvoirs se referme sur l'autonomie des individus (j'ai failli écrire "l'automnomie"). Et plus le système dans son ensemble devient aveugle. Plus les « sciences humaines » gagnent en raffinement et en subtilité dans les détails, plus l'humanité perd de l'acuité visuelle sur elle-même. Voilà où elle nous a menés, la belle curiosité ! Vous avez dit "paradoxal" ?

 

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

 

jeudi, 01 novembre 2012

LA MALEDICTION DE LA CURIOSITE

Pensée du jour :

 

« L'intellectuel est si souvent un imbécile que nous devrions toujours le tenir pour tel, jusqu'à ce qu'il nous ait prouvé le contraire ».

 

GEORGES BERNANOS

 

 

Résumé : le champ des sciences humaines, fruits abondants de la curiosité de l'homme pour l'homme, est aussi vaste que l'humanité elle-même, mais encore plus morcelé, tronçonné, parcellisé et cloisonné (si c'est possible). Personne n'y comprend plus rien. Personne n'y voit plus goutte. Il fait plus noir que dans l'anus d'un nègre.

 

 

 

On se demande un peu ce qui explique cette prolifération de disciplines et de "sciences". Je me dis quant à moi qu'il ne faut pas chercher des poires sous un pommier et la main de ma soeur dans la culotte du zouave. Nous vivons dans un système industriel et technique voué au changement permanent. Quand ça bouge sans arrêt, impossible de fixer une quelconque définition. 

 

 

Ce changement incessant fait que le système est totalement incapable de se connaître lui-même, et qu'il est constamment obligé de réajuster sa connaissance de soi, s'il veut garder une chance de se gouverner. Est-ce qu'on ne peut pas dire que les sciences humaines découlent de cet effort ? Et que leur prolifération cancéreuse va avec l'accroissement et le creusement de l'ignorance à laquelle notre système est condamné ?

 

 

 

Le résultat, rétrospectivement prévisible, c’est que les disciplines intellectuelles qui consistent à décortiquer le fonctionnement et l’évolution des sociétés humaines et de l’esprit des individus n’ont jamais autant foisonné, et que quand il s’agit de faire appel à un spécialiste, quelle que soit la question soulevée, le journaliste ne sait plus où donner de la tête, tellement son carnet d’adresses ressemble à un bottin pour le nombre de pages.

 

 

Jamais autant qu’aujourd’hui, les sociétés n’ont rémunéré autant d’experts en toutes sortes de spécialités pour qu’ils auscultent les groupes humains d’une multitude de points de vue. Impossible d'allumer la radio ou la télé sans tomber sur de l'expert ou du spécialiste. Parce qu’en fait, chaque discipline, dès le moment qu’elle dispose d’un enseignement à l’université, n’a de cesse que de faire comme n’importe quel groupuscule trotskiste : se subdiviser en deux. Quel disciple n’aspire pas à devenir un maître ? Avec son école et ses adeptes bien à lui ?

 

 

Tenez, tapez « liste branches "sociologie" » sur Gogol, pour voir, allez sur wiki, et vous serez content du voyage. Rien que pour les méthodologies, vous avez l’embarras du choix : vous pouvez opter pour la « sociologie clinique, économique, historique, juridique, mathématique, politique, rurale, urbaine », et j’en oublie. Quant aux domaines d’étude, c’est la rafale de kalachnikov : « sociologie de l’art, des catastrophes, de la communication, de la connaissance, de l’éducation, de la famille, de l’imaginaire », et j’arrête, parce que trop c’est trop et qu’on a compris.

 

 

Et je n’ai pas parlé des « écoles », dont chaque maître à penser (DURKHEIM, WEBER, GURVITCH, BOURDIEU, ...) élève entre ses adeptes et le reste de la profession des cloisons étanches, et gare à eux s’ils vont voir ailleurs, comme on l’a beaucoup vu dans la psychanalyse : c’est l’excommunication. On ne dit plus "bondieuserie", on dit "bourdieusien" ("champ", "habitus", ...) : génuflexion conseillée, sous peine de ...

 

 

Prenez ce que vous voulez, histoire, « sciences [sic !!!] de l’éducation » (excusez-moi, je pouffe, c'est nerveux), économie, psychologie, prenez n’importe quelle « science humaine », vous tombez sur un champ d’étude si vaste et si « éparpillé par petits bouts façon puzzle » (BERNARD BLIER dans Les Tontons flingueurs), qu’il faudrait un cartographe de l’IGN pour que la poule retrouve chacun de ses poussins bien à sa place. Soit dit en passant, quelle prétention ne faut-il pas à des gens qui se prétendent sérieux pour s’intituler « chercheurs en sciences de l’éducation » ?

 

 

Conclusion ? Je m’en tiendrai à l’essentiel : déjà que dans les « sciences dures », un spécialiste en biologie moléculaire est incompétent en microbiologie ou en biochimie (malgré le "bio" commun aux trois), imaginez ce que ça donne, la parcellisation des tâches (cf. GEORGES FRIEDMANN) dans les « sciences molles » ! Sans parler de l’incroyable prétention à toutes ces dernières à se voir conférer le statut de « sciences » !

 

 

Je veux dire que, sans même parler de la « scientificité » (disons le mot) de ces disciplines, quel imposteur oserait prétendre qu’il est capable de faire la SYNTHÈSE de ce magma ? De proposer une explication globale ? Certainement aucun des « experts » ou « spécialistes » issus de l’une quelconque des spécialités.

 

 

L’explication de notre monde, qu’on se le dise, ne saurait en aucun cas venir d’un tenant de quelque discipline précise que ce soit. Il faudrait, pour avoir le sens de la chose, un PHILIPPE MURAY, un JACQUES ELLUL, une HANNAH ARENDT. Autrement dit un philosophe moraliste. Cela signifie à mes yeux que plus personne, parmi les médiocres et les bandits qui nous gouvernent, n’a de cap pour diriger le navire. Que plus personne n’est en mesure de dire où nous allons, ni même où il faudrait aller. A commencer par les "experts" et les "spécialistes". Plus ça va, moins nous y voyons clair.

 

 

 

La dernière preuve m'en a été fournie hier ou avant-hier chez MARC VOINCHET, sur France Culture, qui avait invité deux économistes (experts en « science économique », excusez-moi, je pouffe, c'est nerveux) pour parler de la crise. Ils n'étaient pas de la même "école". Chacun a pu parler en paix environ trois minutes vingt-deux secondes. Après, comme c'était sans doute trop, il a fallu que l'animateur s'interpose entre les ennemis pour éviter qu'il y ait du sang sur la moquette du studio. J'en conclus qu'on n'est pas sortis de la crise.

 

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

Allez, promis cette fois, à demain la dernière louche. Je vous assure que je n'y peux rien. Et surtout, je ne veux pas faire trop long. Enfin, j'essaie. Là, ce sera vraiment le dernier feu.

 

 

 

lundi, 24 septembre 2012

MARIAGE HOMO, MENAGE BADAUD

Pensée du jour : « J'aimerais bien dire qu'il fait soleil. Ou alors qu'il pleut. Ou qu'il gèle. Rien ne campe mieux le décor d'une chronique. Malheureusement, il ne fait pas de temps. Ce n'est pas ma faute ». 12 octobre 1965

 

ALEXANDRE VIALATTE

 

La dernière fois, donc, nous brossions des silhouettes.

 

 

Ce deuxième type homosexuel, c’est un subversif, un militant, un guerrier. Un vindicatif : il en veut à la société d'avoir dessiné les cadres de la sexualité comme ci et pas comme ça. Il ne se satisfait pas d’être cantonné dans une marge plus ou moins sulfureuse, plus ou moins tolérée.

 

 

De plus, il est intimement convaincu que sa sexualité particulière donne des droits, qui découlent de ses désirs. Il l'a abondamment théorisé. Il revendique. Il veut toucher aux institutions, forcément injustes à son égard. Il se sent l'homosexualité conquérante. Il a déclaré une fois pour toutes qu'il est aussi normal que n'importe qui. C’est sa marque. Pour un peu, cet homosexuel-là voudrait que tout le monde soit « normal » à sa façon à lui. D'ailleurs, plus personne ne peut utiliser le terme "normal" sans rougir ou sans s'attirer les foudres des mânes des « déconstructeurs » qui ont nom DELEUZE, DERRIDA, FOUCAULT, BOURDIEU.

 

 

Lui, ce qu’il veut, c’est élever son « orientation », sa « préférence » à la dignité de Grand-Croix du Normal ; il veut étendre l’ombre de sa minorité sur l’ensemble du territoire social. Il part à la conquête de la Toison d’Or : la création d’un ordre officiel de l’homosexualité.

 

 

 

Y aura-t-il des grades, comme dans la Légion d'Honneur (chevalier, officier, grand-officier, commandeur) ? Si UBU était là, il demanderait où sont le petit (Bougrelas) et le grand (le capitaine Bordure) bougres (Ubu roi). Ce bougre-là, grand ou petit, de toute façon, demande l'inscription de la sexualité particulière de sa personne dans les lois de la République.

 

 

Il y a donc bien une dimension anthropologique dans cette revendication, puisqu'il veut qu'un particularisme, un mode d'être statistiquement marginal, soit considéré à égalité avec une généralité humaine immémoriale : le mécanisme naturel de la reproduction sexuée, concrétisé dans la cellule institutionnelle de la famille.

 

 

Il croit d'ailleurs légitime de nier ce mécanisme, en s'appuyant sur tous les moyens offerts par la science, la technique et diverses "combinaisons" imaginables pour le contourner. C'est vrai que la science et la technique ont procuré à l'homme les moyens de tricher avec le destin. Peut-être devrait-on plutôt dire : tricher avec la condition humaine, n'est-ce pas, HANNAH ARENDT ?.

 

 

Il veut faire de l'exception la règle. Je veux dire : de l'exception homosexuelle la règle générale possible. Ainsi , ne voit-on pas circuler à présent des films "pédagogiques", où l'homosexualité est présentée aux enfants du primaire comme un chemin possible, à égalité avec l'hétérosexualité, présentée, elle, comme une possibilité parmi d’autres ? Voire comme une norme, et comme telle insupportable, pour ne pas dire totalitaire.

 

 

« Laissez venir à moi les petits enfants », dit quelqu'un qui a requis l'anonymat (initiales J.C.). Mais c'était autrefois, et dans d'autres circonstances. Là, il s’agit de rendre l’existence concrète la plus compliquée et problématique possible, dès le plus jeune âge. Il n’y a pas de raison que les petits n’en bavent pas autant que tous leurs aînés.

 

 

Soit dit par parenthèse, la présente conception de l'égalité me semble renouveler de fond en comble le corps de doctrine, et me fait penser à cette blague de l'époque soviétique : « Ce qui est à moi est à moi. Maintenant, ce qui est à toi, ça peut se négocier ». Cette vision de l'égalité a quelque chose de léonin.

 

 

En disant aux enfants "vous avez le choix", on leur présente dès l’âge de huit  ou dix ans l'aiguillage entre deux sexualités possibles, comme si elles étaient égales en valeur. Comme si étaient disposées, sur un rayon de supermarché, les différentes sexualités possibles, et qu'on disait au gamin : « Laquelle tu veux ? ». C’est évidemment dans le but louable d'éviter qu'ils se sentent coupables d'être attirés par des gens de leur sexe ? D'échapper au carcan des codes sociaux ?

 

 

Quel progrès, mes amis ! Je suis curieux de voir les effets à long terme d'une telle audace "pédagogique". Et de voir, dans l'immédiat, la tête des gamins découvrant la chose. Leur perplexité, pour le moins. Et moi qui croyais que former l'esprit des enfants consistait d'abord à lui fournir un cadre le plus stable et simple possible, pour lui donner quelques points d'ancrage, de repère. Sans doute suis-je bien arriéré. "Cadre", "points de repère" ? Foutaises !

 

 

Je regrette au passage que ces pédagogues n'exigent pas dans la foulée le droit de vote pour ces enfants assez mûrs, selon eux, pour entendre parler d'homosexualité avant même d'avoir entendu parler de sexualité (et ne me ressortez pas, s'il vous plaît, la "période de latence", car si on parle de latence, ce n'est pas pour rien).

 

 

 

Prosélytisme homosexuel, dites-vous ? L'armée recrute ? Mais êtes-vous fou ? Qu'allez-vous chercher ? N'allez pas me dire maintenant que l'homosexualité est une religion à laquelle les adeptes chercheraient à convertir les masses humaines ? Horresco referens !

 

 

Depuis que l'homosexualité a été rayée de la liste des délits, puis des maladies mentales, cet homosexuel irait même jusqu'à contester que ce soit un particularisme. A défaut de faire la Révolution et de mettre à bas l'ordre public, l'Etat, la République, il se contentera de la subversion du Code Civil. Ce qui n'est déjà pas mal.

 

 

Mais paradoxalement et inversement, en même temps qu’il exige que sa sexualité particulière soit érigée en norme concurrente de la traditionnelle, il demande à la société de considérer comme banal son désir de fonder une cellule familiale ordinaire, avec tous les droits y afférents. Je ne sais pas vous, mais moi je vois là la stratégie du bernard l'hermite. A ceci près que celui-ci vide la coquille institutionnelle pour pouvoir s'y loger. C'est là que ça devient intéressant.

 

 

Voilà ce que je dis, Moi.

 

 

A suivre.