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lundi, 30 octobre 2017

ÉGYPTE ET DROITS DE L’HOMME

Même les plus belles idées sont parfois défendues par des « bas-de-plafond », qui dès lors leur font courir le risque d’être disqualifiées dans l'esprit du plus grand nombre, et de n'être plus que des cadavres de slogans. Prenez les droits de l’homme, par exemple : qui ose aujourd’hui s’afficher en opposition ouverte et frontale avec ces grands principes ? Quel hurluberlu dictateur aurait le culot de publier qu’il condamne la liberté comme étant contraire à l’idée qu’il se fait de la dignité humaine ? Le dictateur soucieux de le rester ferme sa gueule sur les principes et s’efforce de ne pas faire trop de publicité quand il les piétine de ses grosses bottes dans la réalité. Le dictateur soucieux de le rester connaît, fût-ce par ouï-dire, l'existence des droits de l'homme, et il sait que ceux-ci sont prompts à lui tailler une réputation s'il fait mine de les ignorer. Or un dictateur, on ne le sait pas assez, ça tient à sa réputation : il tient à se faire respecter, au moins que les convenances soient respectées.

Prenez, je ne sais pas, moi, Saddam Hussein : quand il a gazé des milliers de Kurdes dans les années 1980, il ne l’a pas crié sur les toits. Prenez Kadhafi : lui, qui avait la dictature arrogante, ne détestait pas voir des photos de lui dans les magazines du « monde libre », mais quand il s’occupait de ses opposants, il se débrouillait pour que ça se passe dans l’intimité, sans témoins et à l’abri de toutes les curiosités mal placées. Dans les deux cas, malgré les précautions, les échos de diverses atrocités franchissaient la frontière et se mettaient à courir jusque dans les cercles, ONG et « associations » qui s’étaient donné l’humanisme pour raison sociale, faisant au dictateur une fâcheuse réputation.

Ces défenseurs des droits de l’homme ne cessaient d'alerter les médias. En vain. Tout le monde savait que ces gens n’étaient pas fréquentables, y compris les gens installés sur les échelons du haut des sociétés moralement insoupçonnables. Mais qui se disaient qu’il ne faut pas confondre les principes avec les affaires et la géopolitique, et que s’il ne fallait fréquenter que des gens fréquentables, le commerce international ne s’en remettrait pas. Pour dire le mot, ils se faisaient un raison.

Qu’est-ce qui a poussé l’équipe de George W. Bush à mettre le fusil sur l’autre épaule et à devenir des auditeurs attentifs des « cercles, ONG et associations » ? Certains racontent que les fabuleuses réserves de pétrole recelées par le sous-sol de l’Irak n’étaient pas étrangères à la décision d’intervenir. Pour décider les autres à faire de même, en général rétifs, Bush inventa, on s’en souvient, l’ « Axe du Mal » et les « Armes de Destruction Massive » : il fallait selon lui en finir avec un dictateur qui foulait aux pieds les « valeurs » et les « principes sacrés » sur lesquels étaient fondées nos démocraties. On voit encore aujourd’hui le caca que l’Amérique vertueuse et soi-disant droit-de-l’hommiste ("exporter la démocratie", qu'y disaient) a semé pour très longtemps dans la région.

En Libye, le même scénario s’est déroulé, à la nuance près que le prétexte fut, cette fois, le massacre imminent, par le dictateur, d’opposants bien intentionnés, et en général pacifiques ou tout au plus armés de pétoires, disait-on. Certains racontent cependant aujourd'hui que Sarkozy, qui flirtait plus ou moins, paraît-il, avec le dictateur, avait intérêt à éliminer la source de futurs ennuis judiciaires en France. Toujours est-il que, à cause identique, effets identiques : il a suffi à tous les groupes et groupuscules de la région de piocher dans les arsenaux surabondants de Kadhafi assez d’engins de mort pour constituer autant de petites armées incontrôlables. On voit encore aujourd’hui le caca que les vertueux ont encore une fois semé dans toute la bande saharo-sahélienne.

Dans les deux cas, on peut dire que, si les principes avaient raison, le terrain a montré qu’ils avaient tort : les principes sont une chose estimable, mais ils ne sont jamais confinés dans un éther abstrait ou dans un absolu hermétique à la bassesse des préoccupations humaines. Si le dictateur est une figure du Mal, on est bien obligé de se dire qu'il n'y a pas que le Mal : il y a aussi le Pire. Et dans le pire des cas, il n'y a pas de honte à laisser tomber les principes pour un peu de lucidité sur la réalité concrète. 

Alors l’Egypte, à présent. Que s’est-il passé ? Quelques vociférations peu audibles ont accueilli le maréchal Al Sissi, le président en place, lors de sa visite officielle en France. Moins en tout cas que celles qui avaient accueilli Kadhafi, quand Sarkozy l’avait laissé en toute liberté planter sa tente de bédouin du désert dans la cour du majestueux hôtel de Marigny, à deux pas de l'Elysée. Al Sissi est-il un dictateur comparable à ceux dûment estampillés tels par la « communauté internationale » ? Rien n’est moins sûr : l’Egypte n’est ni l’Irak, ni la Libye. Et surtout, elle pèse d'un poids décisif à cause de son emplacement stratégique.

Que son régime soit autoritaire, c’est le moins que l’on puisse dire. Qu’il n’aime pas les opposants quels qu’ils soient, cela paraît clair, comme il est clair que le président ne fait pas grand cas des libertés individuelles. Mais pourquoi ai-je traité au tout début de « bas de plafond » les glapisseurs des droits de l’homme (André Breton et les surréalistes dénonçaient, eux, les « glapisseurs de Dieu », qu'ils envoyaient « à la niche », en 1948) qui se sont manifestés lors de la venue d’Al Sissi ? Parce que, pour ne pas encourir ce reproche, le minimum aurait au moins été de jeter un œil sur la situation égyptienne. Le droit-de-l'hommisme peut être très myope, car il se montre souvent incapable d'envisager la suite des événements. En clair : incapable d'envisager le Pire. Eh oui, disons-le : le dictateur est parfois un pis-aller.

Si l’on s’en tient au cahier des charges juridiques que s’efforce de remplir une démocratie, Al Sissi est un usurpateur, arrivé au pouvoir suite à un coup d’Etat, donc il est illégitime. Mais qu’est-ce qui a amené l’armée égyptienne, en dehors de ses intérêts économiques (considérables), à chasser du pouvoir Mohammed Morsi, le président élu, donc seul légitime ? Oh, sûrement pas un motif valable aux yeux du droit-de-l’hommiste de nos contrées : juste une succession de petits coups de force (une suite de coups d'Etat en miniature, parfois pas si miniatures que ça) commis, une fois élu, par Morsi et ses acolytes islamistes, par lesquels ceux-ci confisquaient à leur seul profit l’intégralité des pouvoirs politique, législatif et judiciaire, et qui avaient jeté, il ne faut pas l’oublier, des millions de protestataires dans les rues, réclamant l'intervention de l'armée.

Ce que préparaient les Frères musulmans en Egypte ? Certainement pas l’établissement d’une improbable et grande démocratie musulmane, mais ni plus ni moins qu’une jolie dictature religieuse intégriste, dans un pays proche de l'Europe et peuplé de plus de quatre-vingts millions d’habitants. La question que je pose aux droits-de-l’hommistes à cheval sur les principes est : qu’est-ce qui est préférable ? Le Mal, ou le Pire ? Saddam Hussein, ou le chaos présent ? Kadhafi, ou l’anarchie généralisée ? Un ordre injuste ou cette instabilité qu'on observe, et qui rend le monde de plus en plus dangereux ? L’armée égyptienne a-t-elle bien fait d’intervenir ? Je réponds oui : il y a les principes, et puis il y a les réalités politiques. Bêler aux principes face à l’offensive de l’islam rigoriste, ce n’est pas seulement de l’inconscience : c’est une mauvaise action.

On a assez vu en terre française ce qu’est capable d’accomplir l’islam des fanatiques pour ne pas en rajouter dans la surenchère des principes et des idéaux (qui croit encore à l'expression « la France patrie des droits de l'homme » ? Redescendons sur terre). Je m’étonne en passant que le droits-de-l’hommiste chargé de ses nobles intentions ne soit pas descendu dans la rue tout récemment pour défendre l’état de droit, que met à mal la nouvelle loi voulue par Macron et adoptée par les députés que ce DRH a embauchés, et qui fait entrer dans le droit ordinaire des dispositions de l’état d’urgence, pérennisant et banalisant une législation d’exception. A tant faire que de combattre pour les droits de l'homme, autant commencer par chez nous, non ? Réponse : ben non ! Les Français sont trop occupés à trembler pour leur sécurité pour penser à protéger l'état de droit. L'état de droit, c'est bon pour les Egyptiens !

jeudi, 05 avril 2012

BOUALEM SANSAL CONTRE L'ISLAMISME

Là commence l’errance du frère aîné, qui veut refaire tout le père-iple du père, parce qu’il veut comprendre. Comprendre qui c’était, comment il a fait pour devenir ce qu’il fut, rouage dans une machine à exterminer pour commencer, pour finir « cheikh » respecté dans un minuscule bled algérien, où il est finalement massacré.

 

 

Le livre n’est pas seulement raté parce qu’il est « à thèse », mais aussi à cause de la forme de « journal » que l’auteur a choisie : le frère aîné, doué et brillant, rédige le journal de sa quête à la recherche du père dans une langue très maîtrisée ; mais le cadet, qui a failli virer voyou, en tenant lui-même son journal, ne peut espérer fournir au lecteur des outils d’analyse un peu sophistiqués, sous peine que le récit perde totalement en crédibilité : son niveau d’instruction l’interdit. Il en reste à l’instinct, aux réflexes primaires.

 

 

Ce qui manque donc au livre, pour devenir satisfaisant, c’est un point de vue englobant, plus élevé, capable d’entrer dans la question avec un peu de subtilité et d’intelligence. C’est tout à fait regrettable, car du coup, le récit reste à l’état de rudiment.

 

 

L’aîné, qui découvre la Shoah, a mené un recherche jusqu’au bout, pour « comprendre », comme dit le commissaire du quartier, Com’Dad, une recherche qui l’a conduit au suicide par asphyxie aux gaz d’échappement dans son propre garage. Il doit, comme il dit, « payer sans faute », pour son salaud de père.

 

 

Il faut bien dire que l’exposé de la découverte du nazisme du père par le fils a quelque chose de terriblement scolaire. L’auteur nous inflige ce que tout le monde sait sur des pages et des pages, et ne craint pas de donner l’impression d’un cruel ressassement.

 

 

Là où le récit acquiert de la force, à peu près au centre du livre, c’est quand Rachel explique la logique des nazis « de l’intérieur », comme un processus industriel rationnellement mis en place et en œuvre. L’examen froidement méthodique des capacités respiratoires d’un bébé et d’un adulte pour calculer les quantités de gaz « zyklon b » et le temps qu’ils mettront à mourir dans la chambre à gaz a quelque chose d’hallucinant, et pour tout dire, de très « culotté ».

 

 

Mais la thèse de BOUALEM SANSAL est découpée à la hache : que ce soit en Algérie ou dans les banlieues françaises, les islamistes djihadistes préparent pour l’humanité un système comparable à celui que les nazis ont fait subir au peuple juif, aux tziganes et à toutes sortes de « dégénérés » et d’ « Untermenschen ».

 

 

L’équation « islamistes = nazis » est aussi carrée que ça. Ce que confirme BOUALEM SANSAL lui-même, interviewé sur Youtube ou Dailymotion. On en pense ce qu’on veut évidemment. Par exemple, en Tunisie, RACHED GHANNOUCHI, le chef du parti islamiste Ennahda, a annoncé qu’il renonçait à inscrire la charia dans la constitution. En Egypte, ce n’est pas gagné, loin de là.

 

 

En tout cas, ce qui est clair, ce qui est sûr, c’est que, dans de nombreux pays musulmans, et à un moindre degré dans certaines banlieues françaises, des individus fanatiques, des groupes de musulmans extrémistes s’efforcent de grignoter du terrain jour après jour sur le territoire de la République. Et je n’ai qu’à moitié confiance, pour ce qui concerne la France, dans un gouvernement quel qu’il soit pour faire face au problème.

 

 

S’il y a un problème, ni MITTERRAND, ni CHIRAC, ni JOSPIN, ni SARKOZY ne l’ont résolu. Et ça fait trente ans que ça dure. Ça a commencé quand l’Etat français a démissionné de ses responsabilités en abandonnant la gestion « sociétale » (religion, activités culturelles ou sportives, etc.) des populations musulmanes aux « associations ». C’est-à-dire aux musulmans eux-mêmes. Les gouvernants auraient voulu entretenir un bouillon de culture anti-français, ils ne s’y seraient pas pris autrement. Appelons ça de la lâcheté, et puis n’en parlons plus.

 

 

Et Monsieur NICOLAS SARKOZY a la mirobolante idée de fusionner les Renseignements Généraux et la DST pour faire la DCRI (donnée à son pote SQUARCINI) en même temps que des économies, deux services qui n’avaient ni la même finalité, ni le même mode de fonctionnement, ni la même « culture ».

 

 

Cela donne la catastrophe policière du groupe dit « de Tarnac », et cela donne la catastrophe policière et humaine de MOHAMED MEHRA, à Toulouse et Montauban. Encore bravo. Au fait, pourquoi le tireur d’élite a-t-il reçu l’ordre (on ne fait pas ça sans en avoir reçu l’ordre exprès) de viser la tête ? Est-ce que ça ne serait pas pour l’empêcher de parler ?

 

 

Voilà ce que je dis, moi.