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lundi, 13 mars 2017

PORTRAIT BIEN MAZARINÉ

Le cardinal de Retz vient d’achever le portrait de Richelieu. Ci-dessous, il attaque – c’est peu dire ! – celui de Mazarin.

« Le cardinal Mazarin était d’un caractère tout contraire. Sa naissance était basse et son enfance honteuse. Au sortir du Colisée, il apprit à piper, ce qui lui attira des coups de bâtons d’un orfèvre de Rome appelé Moreto. Il fut capitaine d’infanterie en Valteline ; et Bagni, qui était son général, m’a dit qu’il ne passa dans sa guerre, qui ne fut que de trois mois, que pour un escroc. Il eut la nonciature extraordinaire en France, par la faveur du cardinal Antoine, qui ne s’acquérait pas, en ce temps-là, par de bons moyens. Il plut à Chavigni par ses contes libertins d’Italie, et par Chavigni à Richelieu, qui le fit cardinal, par le même esprit, à ce que l’on a cru, qui obligea Auguste à laisser à Tibère la succession de l’Empire. La pourpre ne l’empêcha pas de rester valet sous Richelieu. La reine l’ayant choisi faute d’autre, ce qui est vrai quoi qu’on en dise, il parut d’abord l’original de "Trivelino Principe" [l'acteur Trivelin jouait les valets et les aventuriers]. La fortune l’ayant ébloui et tous les autres, il s’érigea et l’on l’érigea en Richelieu ; mais il n’en eut que l’impudence de l’imitation. Il se fit de la honte de tout ce que l’autre s’était fait de l’honneur. Il se moqua de la religion. Il promit tout parce qu’il ne voulut rien tenir. Il ne fut ni doux ni cruel, parce qu’il ne se ressouvenait ni des bienfaits ni des injures. Il s’aimait trop, ce qui est le naturel des âmes lâches ; il se craignait trop peu, ce qui est le caractère de ceux qui n’ont pas de soin de leur réputation. Il prévoyait assez bien le mal, parce qu’il avait souvent peur ; mais il n’y remédiait pas à proportion, parce qu’il n’avait pas tant de prudence que de peur. Il avait de l’esprit, de l’insinuation, de l’enjouement, des manières ; mais le vilain cœur paraissait toujours au travers, et au point que ces qualités eurent, dans l’adversité, tout l’air du ridicule, et ne perdirent pas, dans la plus grande prospérité, celui de fourberie. Il porta le filoutage dans le ministère, ce qui n’est jamais arrivé qu’à lui ; et ce filoutage faisait que le ministère, même heureux et absolu, ne lui seyait pas bien, et que le mépris s’y glissa, qui est la maladie la plus dangereuse d’un Etat, et dont la contagion se répand le plus aisément et le plus promptement du chef dans les membres. »

Littérature, conscience historique, connaissance de l'homme, rien ne manque. 

dimanche, 12 mars 2017

MAZARIN

On est à la cour de Louis XIII, à la veille de la mort du roi. Le cardinal de Richelieu est mort. Le futur Louis XIV est au berceau.

 

« Le Roi, son père, qui n’aimait ni n’estimait la Reine, sa femme, lui donna, en mourant, un conseil nécessaire pour limiter l’autorité de sa Régence ; et il y nomma M. le cardinal Mazarin, Monsieur le Chancelier, M. Boutiller et M. de Chavigny. Comme tous ces sujets étaient extrêmement odieux au public, parce qu’ils étaient tous créatures de M. le cardinal de Richelieu, ils furent sifflés par tous les laquais, dans les cours de Saint-Germain, aussitôt que le Roi fut expiré ; et si M. de Beaufort eût eu le sens commun, ou si M. de Beauvais n’eût pas été une bête mitrée, ou s’il eût plus à mon père d’entrer dans les affaires, ces collatéraux de la Régence auraient été infailliblement chassés avec honte, et la mémoire du cardinal de Richelieu aurait été sûrement condamnée par le Parlement avec une joie publique. »

 

Suivent les premiers pas du nommé Mazarin, occasion d’un premier portrait.

 

« L’on voyait sur les degrés du trône, d’où l’âpre et redoutable Richelieu avait foudroyé plutôt que gouverné les humains, un successeur doux, bénin, qui ne voulait rien, qui était au désespoir que sa dignité de cardinal ne lui permettait pas de s’humilier autant qu’il l’eût souhaité devant tout le monde, qui marchait dans les rues avec deux petits laquais derrière son carrosse. »

 

Mais les apparences sont trompeuses. L’arrestation de M. de Beaufort est le premier geste fort par lequel Mazarin commence à impressionner la Cour.

 

« L’on se croyait bien obligé au Ministre de ce que, toutes les semaines, il ne faisait pas mettre quelqu’un en prison, et l’on attribuait à la douceur de son naturel les occasions qu’il n’avait pas de mal faire. Il faut avouer qu’il seconda fort habilement son bonheur. Il donna toutes les apparences nécessaires pour faire croire que l’on l’avait forcé à cette résolution ; que les conseils de Monsieur et de Monsieur le Prince l’avaient emporté dans l’esprit de la Reine sur son avis. Il parut encore plus modéré, plus civil et plus ouvert le lendemain de l’action. L’accès était tout à fait libre, les audiences étaient aisées, l’on dînait avec lui comme avec un particulier ; il relâcha même beaucoup de la morgue des cardinaux les plus ordinaires. Enfin il fit si bien qu’il se trouva sur la tête de tout le monde, dans le temps que tout le monde croyait l’avoir encore à ses côtés. Ce qui me surprend, est que les princes et les grands du royaume, qui pour leurs propres intérêts devaient être plus clairvoyants que le vulgaire, furent les plus aveuglés. Monsieur se crut au-dessus de l’exemple ; Monsieur le Prince, attaché à la cour par son avarice, voulut s’y croire ; Monsieur le Duc était d’un âge à s’endormir aisément à l’ombre des lauriers ; M. de Longueville ouvrit les yeux, mais ce ne fut que pour les refermer ; M. de Vendôme était trop heureux de n’avoir été que chassé ; M. de Nemours n’était qu’un enfant ; M. de Guise, revenu tout nouvellement de Bruxelles, était gouverné par Mlle de Pons, et croyait gouverner la cour ; M. de Bouillon croyait de jour en jour que l’on lui rendrait Sedan ; M. de Turenne était plus que satisfait de commander les armées d’Allemagne ; M. d’Espernon était ravi d’être rentré dans son gouvernement et dans sa charge ; M. de Schomberg avait toute sa vie été inséparable de tout ce qui était bien à la cour ; M. de Gramont en était esclave ; et MM. De Retz, de Vitry et de Bassompierre se croyaient, au pied de la lettre, en faveur, parce qu’ils n’étaient plus ni prisonniers ni exilés. Le Parlement, délivré du cardinal de Richelieu, qui l’avait tenu fort bas, s’imaginait que le siècle d’or serait celui d’un ministre qui leur disait tous les jours que la Reine ne se voulait conduire que par leurs conseils. Le clergé, qui donne toujours l’exemple de la servitude, la prêchait aux autres sous le titre d’obéissance. Voilà comme tout le monde se trouva en un instant Mazarin. »

 

Ainsi écrivait-on, quand on s’appelait François-Paul de Gondi, plus connu pour les Mémoires qu'il a laissés et par son titre de "cardinal de Retz". Une leçon.

samedi, 11 mars 2017

PENDANT LES TRAVAUX

Ce qui fut historiquement le premier local de l'association Agend'arts (de l'histoire ancienne : maintenant, ils sont au large). 

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Photographie Frédéric Chambe.

vendredi, 10 mars 2017

LA LAITIÈRE ET LE POT AU LAIT

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Bon, disons le, Penelope n'a pas grand-chose à voir avec la robuste Hollandaise de Vermeer qui verse le lait.

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Dessin de Delambre (c'est en haut de la page que ça se passe) paru dans Le Canard enchaîné du 8 mars 2017.

On sait comment ça finit : 

 

Penelope « là-dessus saute aussi, transportée.

Le lait tombe : adieu, veau, vache, cochon, couvée ;

La dame de ces biens, quittant d'un œil marri

Sa fortune ainsi répandue,

Va s'excuser à son mari

En grand danger d'être battue.

Le récit en farce en fut fait :

On l'appela le Pot au lait ».

(Pardon pour le vers faux, la faute à la quatrième syllabe.)

 

J'en connais un qui est en grand danger d'être battu, mais ce ne sera pas par sa femme. Les électeurs se chargeront, je l'espère, de lui administrer la fessée qu'il mérite. Espérons qu'il ne se vengera pas sur elle de la déconvenue promise. Elle n'a rien fait de mal, puisque, tout compte fait, elle n'a rien fait.

jeudi, 09 mars 2017

L'ATELIER

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Photographie Frédéric Chambe.

mercredi, 08 mars 2017

LÉON PALIARD

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Photo sur plaque de verre (13x18 cm.), prise autour de 1900. Le pêcheur, à la vocation artistique contrariée, homme d'affaires, receveur des Hospices Civils de Lyon, et qui se présentait en « défenseur des intérêts des pauvres », garda jusqu'à la fin son âme et son hobby de poète et de compositeur de musique. Il est mort en 1907, âgé de 81 ans, « respecté, regretté et honoré de tous ».

Il a malheureusement été empêché de déployer toute l'étendue de ses talents : admis comme élève dans la classe d'illustres maîtres de l'époque au Conservatoire de Paris (Adolphe Adam, auteur du Toréador, du Postillon de Longjumeau, etc., Ambroise Thomas, auteur de Mignon, Hamlet, etc.) et promis à une belle carrière, il lui a fallu interrompre ses études à la mort de son père pour faire face à la situation. La partition ci-dessous est datée de 1898 : on voit à quoi Léon Paliard consacrait ses temps libres. Il est vrai qu'il devait alors être à la retraite. J'aime bien le titre (pour un raison personnelle), mais je ne sais pas si cette musique méritait de passer à la postérité. L'appellation "historiette", à tort ou à raison, permettrait d'en douter.

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Le praticien de la photographie à qui je me suis adressé a été incapable d'obtenir un tirage correct de la plaque négative. Il a fallu que je bidouille un rétro-éclairage acrobatique au-dessus de la plaque positive posée sur le scanner pour obtenir une luminosité acceptable. Et le scanner n'est pas de première qualité, comme on le voit peut-être dans l'eau de l'étang.

Ci-dessous une autre photo, qui montre Léon Paliard écrivant, peut-être de la musique (quoiqu'il ne soit pas au piano), pendant que son épouse s'adonne apparemment à des travaux d'aiguilles, dans leur appartement de la rue Vaubecour, à Lyon. Bref, on pose.

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mardi, 07 mars 2017

AU CAFÉ

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Photographie Frédéric Chambe.

lundi, 06 mars 2017

FRICHE CROIX-ROUSSIENNE

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L'escalier (assez sinistre, à vrai dire) monte vers les courts de tennis désaffectés, dont la gestion était, me semble-t-il, associative (je me trompe peut-être).

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Le terrain, théoriquement encore sous l'emprise de l'INRAP (vous savez, ce machin de l' "Archéologie Préventive", concession faite par les bétonneurs au patrimoine culturel collectif, dont je n'ai jamais vu un seul membre sur le terrain), est promis au béton. Un beau jardin avec des bancs, une pelouse, un espace pour les crottes de chien, un espace pour les jeux des enfants, le tout étant délicieusement ombragé par de vrais arbres en bois d'arbre ? Voyons, vous n'y pensez pas ! Soyons sérieux !

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La friche occupe, comme on le voit, le cœur de cet îlot, compris entre une bribe du boulevard (en bas), la place de la Croix-Rousse (à gauche), la rue d'Austerlitz (en haut) et la rue Boussange (à droite). Le rectangle en bas est le toit de l'ancien centre de formation de la Poste, qui a été récemment transformé en immeuble de très grand standing (on appelle ça la "gentryfication"), du haut duquel le panorama sur la ville doit être splendide. Derrière les façades de la place (à gauche), on voit le rectangle bistre du terrain de boules où les habitués descendent (c'est, au bas d'une vingtaine de marches, un des restes de l'ancien fossé du fort de la Croix-Rousse, quelques autres rectangles un peu sombres, en-deçà des immeubles, indiquent les autres restes) faire leur pétanque et s'imbiber le gosier. Les petits vernis qui avaient vue sur la verdure bénéficieront bientôt d'un paysage plus "moderne". Hors des jardins privés bien établis, on pensera peut-être à sauver quelques arbres.

Photographies Frédéric Chambe.

dimanche, 05 mars 2017

DÉLICE DE VIALATTE

VIALATTE RESUMONS NOUS.jpgVient de paraître Résumons-nous, (éditions Robert Laffont,VIALATTE ALMANACH.jpgVIALATTE KÖNIGSBERG.jpg collection Bouquins) volume de 1300 et quelques pages des chroniques écrites par Alexandre Vialatte à destination de plusieurs supports. Je connaissais évidemment Bananes de Königsberg (1985, préface de Ferny Besson) et Almanach des quatre saisons (1981, préface de Jean Dutourd), réédités ici et publiés en leur temps par les soins et la diligence de la grande amie Ferny Besson (éditions Julliard). Quand les deux gros volumes des Chroniques de La Montagne avaient paru chez Bouquins / Laffont, j'avais littéralement sauté dessus, au point d'en faire ma seule exclusive compagnie lors d'une expédition lointaine. J'ai cependant conservé pieusement les Julliard.

J’ai commencé par me plonger dans le recueil des articles parus dans Le Spectacle du monde entre 1962 et 1971 (mes parents furent un de ces temps abonnés à la revue, mais je confesse que j'étais alors passé complètement à côté de ces articles : je devais être un peu trop vert pour saisir la méthode et la subtilité de la langue de Vialatte, même si je n'ai pas trop tardé à m'y mettre).

Dire combien je me régale depuis quelques dizaines d’années avec la prose de Vialatte relèverait du pléonasme, voire de la simple balourdise. Hommage à un grand homme de la langue française. Ce plaisir n’a pas pris une ride. Mieux : il se bonifie et s’intensifie avec le temps. Je recommande les références savantes à Phorcypeute l'Enumérateur, Hermogène le Guttural, Phyte l'Environnaire, et même le vicomte Amable de Vieuval. Elles valent les trouvailles des "proverbes bantous" et de l'uzvarèche.

« La femme remonte à la plus haute antiquité. Phorcypeute l’Enumérateur la cite déjà dans ses ouvrages. Le vicomte Amable de Vieuval fait mention d’elle avec vivacité dans son Tableau des chemins de fer suisses, suivi d’un Eloge du printemps et Casanova la raconte avec la plus grande affection. Elle a su provoquer le lyrisme d’Hermogène le Guttural et de Phyte l’Environnaire. Horace la vante et Pétrarque l’exalte, le Dr Gaucher l’étudie. C’est l’effet de sa grande importance, car elle joue un rôle capital dans la suite des générations et le déroulement même de l’histoire.

Faut-il rappeler Marguerite de Bourgogne, Hélène de Troie, Emilienne d’Alençon ? Citer Mme Steinheil ou la belle Otéro ? Leurs noms sont dans toutes les mémoires. On montre encore dans les sous-sols du musée Grévin la petite baignoire-sabot en zinc, munie d’un couvercle à charnières, dans laquelle Charlotte Corday immola le cruel Marat. Mme Roland faisait les discours de son mari. La femme de Poetus montrait à son époux comment il faut s’ouvrir les veines. Mme Tolstoï exhortait le sien à écrire d’excellents romans plutôt que de faire de mauvaises bottes [historique].

Sans la femme, l’enfant serait sans mère, le père sans fille, le beau-frère sans belle-sœur, l’oncle sans nièce, l’époux sans veuve. Supprimez-la, l’opéra perd son charme, l’écran ses bustes les plus beaux. Sans elle, au Grand Café il n’y aurait plus de caissière, même à l’heure de l’apéritif, entre deux pots de sansevieria de valeur moyenne. L’homme vivrait comme un orphelin. Recueilli par charité dans d’immenses internats par les Sœurs de Saint-Vincent-de-Paul ou les Frères des écoles chrétiennes, il mènerait dans de grandes casernes une existence d’enfant trouvé, sans autre distraction que la promenade du jeudi, sous l’œil indifférent d’un gardien en casquette, dont les réprimandes salariées ne sauraient remplacer les discussions de famille. De longs troupeaux de quinquagénaires rasés sans soin et brossés sans vigueur se traîneraient sur les routes nationales, rêvant vainement de retrouver aux grandes vacances, pour jouer au croquet et boire du chocolat, des cousines en jupe à plis plats, dans de vieux jardins ornés d’ocubas et de tilleuls. Le soir ramènerait l’homme à son orphelinat. Il y jouerait aux cartes, il fumerait du tabac, il parierait aux courses, il boirait du vin rouge, il sombrerait dans des plaisirs grossiers. Les droits de la femme ne seraient plus défendus. Les travaux de George Sand perdraient toute importance. Des chauves barbus devraient remplacer au pied levé le jury du prix Femina, et manger des petits-fours en buvant du thé tiède. Avec la femme, au contraire, tout s’anime, tout se passionne, la vie reprend ses droits. Elle se marie, elle divorce, elle enfante, elle trompe le boulanger avec le pharmacien ; elle renverse les ministères, elle jette ses enfants par la fenêtre, elle tricote des layettes bleu-pâle sur la ligne Italie-Nation. Enveloppée d’un manteau de vison, elle porte en tête des cortèges politiques une pancarte d’un mètre-carré, qui proclame : « Nous voulons du pain ». Elle tape le courrier de l’homme, elle le porte à signer, il signe, elle l’embrasse, elle l’épouse ; de temps en temps elle le vitriole. L’homme assiste impuissant, l’œil vide, à toutes ces manifestations. Elle lui dispute le bureau et l’usine, elle lui a chipé son pantalon. De conquête en conquête, elle en est arrivée à avoir le droit de travailler quatre-vingt-dix heures par semaine.

C’est un progrès considérable et apprécié.

D’où vient la femme ? Du même jardin que l’homme. Louis XIV avait chargé l’évêque de Beauvais, si j’ai bonne mémoire, d’en retrouver l’emplacement exact. L’évêque le situa à peu près au confluent du Tigre et de l’Euphrate. C’est de là que la femme s’est répandue partout. Sous toutes ses formes. Elles sont nombreuses. Jean Dubuffet, qui aime les contours tremblés, lui donne souvent la figure du Danemark, dont la silhouette l’avait frappé dans son enfance sur les cartes géographiques. Mais l’époque en impose bien d’autres, telles que la ligne haricot vert, la ligne diabolo, la ligne corde à nœuds (la ligne saucisson est innée). Autant en emporte la mode. Bref, la femme est épisodique.

Le Dr Garnier, dans son ttraité du mariage légal, la définit par son opposition à l’homme. « L’homme, lit-il [sic], est altier, pileux, dominateur ; sa texture fibreuse et compacte ; ses cheveux raides, sa barbe noire et bien fournie ; sa poitrine fortement velue exhale le feu qui l’embrase. » La femme a « la figure plus courte et le caractère plus timide, les genoux plus gros, la graisse plus blanche, et le foie plus volumineux ». On voit par là que le Dr Garnier a pris l’homme pour Garibaldi. Sa description de la femme en perd en vraisemblance, ou au moins en portée générale.

Il paraîtra plus équitable de constater que la femme, au moins au XX° siècle, se compose d’une âme immortelle et d’un manteau de renard en chèvre façon loup. Le "drapé en vrille" et "l’ourlet explosif" lui donnent une silhouette étonnante ; sa bouche enduite de Top Secret "va du beige rosé au rouge vibrant". Des substituts de beauté la frottent, la "désincrustent", la hachent, la raclent, la flagellent, la pincent, la rabotent, la triturent, la battent en neige, la roulent dans la farine, et la déroulent sans un faux-pli. Puis la font sécher sur une corde.

(…) ».

Sans commentaire.

Merci, monsieur Vialatte.

Voilà ce que je dis, moi.

Note : les publicitaires n'ont honte de rien. Un ramassis de tâcherons de je sais plus quelle basse extraction avaient piqué sans vergogne à Vialatte le "truc" des deux dernières phrases, comme on le voit ci-dessous :

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Je me souviens que le réjouissant dans l'affaire avait été les hauts cris poussés par les féministes qui, n'ayant honte de rien non plus, prétendent parler "au nom de toutes les femmes", et qui étaient à cette occasion montées à l'assaut de cette publicité, au motif qu'elle "portait atteinte à la dignité des femmes", alors qu'on sait que toute publicité est, par essence et par nature, une atteinte à la dignité humaine en général. Mais on sait malheureusement qu'un militant, quelle que soit la cause qu'il brandit, a pour métier de tirer toute la couverture à lui. Une revue « bête et méchante » aujourd'hui disparue avait même fait du thème un slogan : « La publicité nous prend pour des cons, la publicité nous rend cons ».

samedi, 04 mars 2017

LA SUBVERSION FILLON

Table très recommandable.

Mais pourquoi avoir voulu coincer à tout prix des rafales de bouquins sur des rayons manifestement trop pas faits pour ça ?

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Photographie Frédéric Chambe.

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Nicolas Sarkozy, président de la République, avait comparé les juges à des boîtes de petits pois alignées sur un rayonnage. François Fillon, candidat à la présidence de la République, a fait un pas de plus en direction de la destruction de l'institution judiciaire. Que des personnes qui exercent la plus haute fonction des institutions de l'Etat ou qui aspirent à le faire puissent contester la légitimité d'une de ces institutions est proprement sidérant. François Fillon a mis bas le masque sur sa conception profonde de l'exercice du pouvoir, une conception autocratique. Il voudrait créer une situation insurrectionnelle qu'il ne s'y prendrait pas autrement. J'espère que ce n'est pas dans ses intentions, bien que ses propos ressemblent furieusement à ceux que tient Marine Le Pen. Drôle d'endroit pour une rencontre. Je dirais même : inquiétant. 

Cet homme est dangereux.

vendredi, 03 mars 2017

ITINÉRAIRE BELGE

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Derrière la baie vitrée de l'ancienne plomberie, l'inscription qui justifie le titre abracadabrant du billet figure en toutes lettres (illisible ici) sur la planchette tout en haut à droite de l'édifice livresque (il y a aussi des DVD). J'ai l'impression (ce n'est qu'une impression) que le livre sur Lyon (tout en bas au milieu), ainsi que le jeu de Monopoly (édition de Lyon, en haut à droite) sont là pour faire croire que. Cela sent l'implantation récente.

jeudi, 02 mars 2017

COMBIEN DE MEHDI MEKLAT ?

Je ne m’étendrai pas sur l’histoire qui a suivi la révélation des messages clandestins diffusés sur Twitter par le bondyblogueur devenu malheureusement célèbre Mehdi Meklat. Je n’ai pas prêté attention (ni de près, ni de loin, ni du tout) aux péripéties qui ont accompagné, puis suivi la naissance et l'existence du Bondy blog (suscité par deux Suisses altruistes venus sur place lors des émeutes de 2005). Je veux juste poser une question, parce que je n’ai pas entendu qui que ce soit la poser dans les médias que je fréquente (côté touiteur-fessebouc-etc., je suis réseau zéro : je suis entré en réticence).

Certes, Mehdi Meklat est une figure qui a émergé précisément après les émeutes de 2005 grâce à un indéniable talent (paraît-il) dans le maniement du verbe, ce qui a, semble-t-il, décidé de sa vocation de "journaliste". Certes, grâce à lui et à son pote Badrou (Badroudine Saïd Abdallah), on a raconté que les « banlieues difficiles » avaient pris la parole, parce que ces deux jeunes donnaient enfin une voix à des gens qui en étaient privés depuis toujours.

Je n’éprouve pas la curiosité de découvrir le contenu des dizaines de milliers de messages que Mehdi Meklat a postés. Il paraîtrait, d’après ce que j’en ai appris, qu’on peut difficilement faire mieux en matière de haine antisémite, homophobe et misogyne. Aller y voir de plus près ne m’a pas effleuré l’esprit. Je laisse le monsieur à ses dérives et à ses repentirs, véridiques ou simulés.

Non, s’il est vrai que son entourage et pas mal de ses proches étaient parfaitement au courant de ce que Mehdi Meklat pouvait dire sous pseudonyme, la question que je me pose est la suivante : combien approuvaient les propos ? Dans la communauté qui gravitait autour du Bondy blog et de Mehdi Meklat, ces propos font-ils exception ? Ou au contraire, ne sont-il que le reflet d'opinions largement partagées ?

Car il me semble qu’en grattant un peu les croûtes de l’affaire, on a des chances de tomber de nouveau sur une drôle de plaie, un non-dit un peu purulent et malodorant, du genre qu’il faut soigneusement recouvrir quand on parle des « banlieues difficiles » ou des « jeunes issus de l’immigration ». Un tabou qu’il est interdit de dévoiler sous peine de passer pour un fauteur de guerre sociale, d’être accusé  d’ « incitation à la haine raciale », au motif que la « discrimination » ou la « stigmatisation de toute une communauté », à cause de quelques « brebis galeuses », eh bien c’est très vilain.

Il n’y a pas si longtemps, Georges Bensoussan, de confession juive, a pris une magnifique volée de bois vert, après son débat avec Tarek Oubrou, imam de Bordeaux estampillé "musulman modéré", sur l’antenne de France Culture (dans l’émission Répliques d’Alain Finkielkraut), parce qu’il y a déclaré : « Dans les familles arabes en France, tout le monde le sait mais personne ne veut le dire, l’antisémitisme, on le tète avec le lait de la mère ». Pour l’avoir dit, Bensoussan se retrouve en correctionnelle pour les motifs que je viens de citer : stigmatisation d’une communauté, incitation, etc. Eh oui, le droit français ne connaît que des individus : désigner un groupe entier, c’est s’exposer à une sanction de la loi.

Et pourtant, je continue à me demander si Mehdi Meklat ne serait pas, en définitive, qu’un symptôme. Le symptôme visible, du fait de sa notoriété particulière dans son milieu (et en dehors), d’un mal beaucoup plus général et banal, qui touche en réalité en beaucoup plus grand nombre qu’on ne le dit les gens qui constituent tout le terreau sur lequel il a poussé. Oui, autour du Bondy blog (et ailleurs),

combien de Mehdi Meklat ? 

Pourquoi n’aurait-on pas le droit de se demander, si antisémitisme il y a, dans quels secteurs de la société celui-ci s’est répandu ? Et si Mehdi Meklat n’est pas la partie émergée d’un iceberg ? Le genre d’iceberg qui fait dire à Benyamin Netanyahou que la France est un pays antisémite ? Mais je ne me sens pas concerné : qu’est-ce qui est vraiment et viscéralement antisémite, en France aujourd’hui, en dehors de quelques nostalgiques du Troisième Reich ?

Pour répondre à la question, je suggère de regarder du côté de Mehdi Meklat et de tous ses semblables plus ou moins avérés, et de se demander qui, en France, prenant fait et cause pour la cause palestinienne, met dans un seul sac la totalité du peuple d’Israël, comme s'il n'existait dans le pays aucune force qui soit favorable à la paix et à la formation d'un Etat palestinien autonome (mais comme on dit, faut pas rêver : la droite israélienne et les pro-colonisation se voient pousser des ailes depuis l'arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche : Netanyahou n'a pas fini de s'en prendre à l' "antisémitisme" en France).

S’il en est ainsi, d’abord, il faut que le Français normal se désolidarise de cette partie de la population. Ce que je fais ici. Mais par ailleurs, s’il en est ainsi, il est à craindre que Georges Bensoussan, en tenant les propos qui ont permis de l’envoyer au tribunal, est moins dans l’islamophobie que dans le vrai.

Nous vivons des temps difficiles.

Voilà ce que je dis, moi.

mercredi, 01 mars 2017

MIETTES DE SAINT-SIMON

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En frontispice du tome I (volume I), « Louis, duc de Saint-Simon Vermandois ».

Relevé dans le tome IV (1698) des Mémoires de Saint-Simon (Louis, duc de) :

« Son ami le duc de Gesvres, qui quelquefois faisait le lecteur et retenait quelques mots qu'il plaçait comme il pouvait, causant un jour dans les cabinets du roi, et admirant en connaisseur les excellents tableaux qui y étaient, entre autres plusieurs crucifiements de Notre-Seigneur, de plusieurs grands maîtres, trouva que le même en avait fait beaucoup, et tous ceux qui étaient là. On se moqua de lui, et on lui nomma les peintres différents qui se reconnaissaient à leur manière. "Point du tout, s'écria le marquis, ce peintre s'appelait INRI ; voyez-vous pas son nom sur tous ces tableaux ?" On peut imaginer ce qui suivit une si lourde bêtise, et ce que put devenir un si profond ignorant. ».

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Le peintre dont il est parlé ci-dessus était sans doute le bien connu "Jésus de Nazareth Roi des Juifs". Pauvre duc de Gesvres : il fut un temps où le ridicule tuait.

Le tome III des Mémoires rapporte quelques anecdotes d'un tonneau qui devait être voisin de cave. Imaginez le tsar en Hollande, pour s'initier incognito aux secrets des métiers de la charpenterie de marine (il a de grandes ambitions pour la Russie). Il est "czar" chez Saint-Simon, mais "zar" dans l'opéra de Lortzing, Zar und Zimmermann (Tsar et charpentier).

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L'incognito est, semble-t-il, bien léger, puisqu'il doit un jour recevoir les ambassadeurs d'Angleterre, dont il est vexé du peu d'intérêt qu'ils lui portent. Il se venge de la façon que voici :

« Enfin, l'ambassade arriva : il différa de lui donner audience, puis donna le jour et l'heure, mais à bord d'un gros vaisseau hollandais qu'il devait aller examiner. Il y avait deux ambassadeurs qui trouvaient le lieu sauvage, mais il fallut bien y passer. Ce fut bien pis quand ils furent arrivés à bord. Le czar leur fit dire qu'il était à la hune, et que c'était là où il les verrait. Les ambassadeurs, qui n'avaient pas le pied assez marin pour hasarder les échelles de corde, s'excusèrent d'y monter ; le czar insista, et les ambassadeurs, fort troublés d'une proposition si étrange et si opiniâtre ; à la fin, à quelques réponses brusques aux derniers messages, ils sentirent bien qu'il fallait sauter ce fâcheux bâton, et ils montèrent. Dans ce terrain si serré et si fort au milieu des airs, le czar les reçut avec la même majesté que s'il eût été sur son trône ; il écouta la harangue, répondit obligeamment pour le roi et la nation, puis se moqua de la peur qui était peinte sur le visage des ambassadeurs, et leur fit sentir en riant que c'était la punition d'être arrivés auprès de lui trop tard ».

Pour le dire simplement : je me régale.

Allez, juste pour le plaisir, un portrait bien gratiné au four, tiré de la fin du tome II :

« Madame de Castries était un quart de femme, une espèce de biscuit manqué, extrêmement petite, mais bien prise, et aurait passé dans un médiocre anneau ; ni derrière, ni gorge, ni menton, fort laide, l'air toujours en peine et étonné, avec cela une physionomie qui éclatait d'esprit et qui tenait encore plus parole. Elle savait tout : histoire, philosophie, mathématiques, langues savantes, et jamais elle ne paraissait qu'elle sût mieux que parler français ; mais son parler avait une justesse, une énergie, une éloquence, une grâce jusque dans les choses les plus communes, avec ce tour unique qui n'est propre qu'aux Mortemart. Aimable, amusante, gaie, sérieuse, toute à tous, charmante quand elle voulait plaire, plaisante naturellement avec la dernière finesse sans le vouloir être, et assénant aussi les ridicules à ne les jamais oublier, glorieuse, choquée de mille choses avec un ton plaintif qui emportait la pièce, cruellement méchante quand il lui plaisait, et fort bonne amie, polie, gracieuse, obligeante en général, sans aucune galanterie, mais délicate sur l'esprit et amoureuse de l'esprit où elle le trouvait à son gré ; avec cela un talent de raconter qui charmait, et, quand elle voulait faire un roman sur-le-champ, une source de production, de variété et d'agrément qui étonnait ».

Je ne m'en lasse pas.  

mardi, 28 février 2017

ON REDÉMARRE

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Avant, puis après le nettoyage des vitres.

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Reste quelques finitions. Et une serpillière à passer. Et les tables à installer (aux dernières nouvelles, c'est fait).

Photographies Frédéric Chambe.

lundi, 27 février 2017

QUELLE POLICE ?

Contrôle au faciès, bavures, tutoiement systématique, brutalité ordinaire : il y a quelque chose de pourri dans la police française. Les délits d’ « outrage et rébellion », multipliés par cinq depuis les années 1990, sont devenus une commodité, presque une banalité, si ce n’est même un mode de vie, tant il est souvent dégainé : la moindre remarque d’un passant lors d’une intervention est susceptible d’être requalifiée aussitôt en « outrage », et s'il proteste, il aggrave son cas, qui devient « rébellion » dans la foulée.

Quant à ce qui se passe dans les « banlieues difficiles », c'est une caricature de tout ce qu’il ne faut pas faire. Et c’est en grande partie dû aux destructions massives commises par Nicolas Sarkozy quand il était déjà malade et ministre de l’Intérieur, instaurant la priorité à la répression sur la prévention, instaurant la « politique du chiffre » destinée à impressionner l'opinion sur l'action des forces de l'ordre en fabriquant des statistiques spectaculaires et victorieuses sur l'insécurité, réduisant les effectifs à coups de RGPP (réduction qui, entre autres effets, a produit les récentes et stupéfiantes grèves de policiers), assassinant la « police de proximité », puis la police de terrain (les Renseignements Généraux n’avaient pas bonne réputation, il est vrai, mais). On a vu l'éclatant résultat de ces « orientations » autant dans les banlieues qu’en matière de sécurité intérieure (Mohamed Mehra, etc.). Avant de remercier Hollande pour ce qu’il n’a pas construit, la France peut remercier Sarkozy pour ce qu’il a détruit. 

La dernière affaire en date interpelle : Théo, un homme jeune à peau noire, a été hospitalisé avec une déchirure de 10 cm à l’anus, à cause d'une matraque à tendance sodomique. On pourrait supposer que, aux yeux du policier, le cul du monsieur ressemblait furieusement à son faciès (et le coup a été porté « à l’horizontale » !!!). Il semblerait que le responsable du geste soit connu : surnommé « Barbe-Rousse » par les jeunes du quartier, il serait coutumier. Moi qui ne descendrais pas dans la rue pour manifester en criant « Justice pour Théo », je mêlerais volontiers ma voix à ceux qui exigeraient des policiers un comportement correct. Est-ce une simple « brebis galeuse » qui fait tache dans un corps de police qui serait irréprochable ? Ou peut-on dire de ce corps que son « mal vient de plus loin » ?

J’ai malheureusement peur que la deuxième question soit la plus pertinente. Pour s’en assurer, il faut comparer les rapports que la police entretient avec la population en France et ailleurs. Sans aller jusqu’à évoquer les flics mexicains tels qu’ils apparaissent dans l’actualité, ni les milices (des bandits en uniforme, en fait) croisées à un arrêt de bus par le Consul Geoffrey Firmin, dans Au-dessous du Volcan (Malcolm Lowry), on peut émettre des critiques, tout en restant dans le comparable et l’environnement proche.

Je me rappelle l’aimable mais énergique tranchant de la main qu’une jolie policière m’avait envoyé dans l’estomac, au motif qu’elle dégageait le chemin du chien qui reniflait la piste d’une vieille dame Alzheimer dont on était sans nouvelles. Je ne doute pas de l’importance de la mission de la policière et du chien, mais pour moi, c’est l’un des « signaux faibles » qui nous disent que quelque chose cloche dans les pratiques coutumières de la police française.

En Allemagne, en Suisse, en Grande-Bretagne, les policiers, en passant dans leur école, ont appris qu’il fallait veiller à entretenir de bons rapports avec la population. Pour cela, on leur enseigne à ne pas considérer d’emblée les gens comme des suspects, et à marquer un peu de respect là où ils interviennent. On a l'impression que ce n'est pas grand-chose : juste une question de langage, de ton, de gestes et de comportement. Mais c'est plus facile à dire qu'à faire.

Car ce n’est apparemment pas au programme des formations policières chez nous. On a l’impression (j'aimerais avoir tort) que la consigne prioritaire, en France, est d’instaurer dès l’abord un rapport de force : s’il y a respect à montrer, il est à sens unique. Si la police française était vraiment républicaine, chacun de ses membres serait au contraire imprégné de la conviction que son action serait beaucoup plus efficace et admise s’il pouvait se déplacer dans la population comme un poisson dans l’eau. 

S’il se préoccupait de susciter l’adhésion plutôt que la crainte. Cela n'est pas complètement hors de portée : n’a-t-on pas vu bien des gens sauter au cou des policiers après les attentats ? Cela signifie que la population, en général, ne demande pas mieux que d’aimer la police. Encore faut-il que la police fasse quelque chose pour se faire aimer, et que des policiers cessent de nous rejouer inlassablement la grande scène des cow-boys au Far-West.

Malheureusement, on n’en prend pas le chemin, comme on l’a vu lors des manifestations contre la « loi travail ». Comme on l’a vu quand Valls a reculé, à propos du contrôle d’identité, sur le récépissé obligatoire qu'il prévoyait d'instaurer. Et comme on le voit quand ça chauffe à Aulnay-sous-Bois ou ailleurs, avec le déploiement d’escouades de Robocops envoyées au front comme s’il y avait une guerre. Et comme on le voit avec l'alignement récent de l'usage des armes par les policiers sur les règles en vigueur dans la gendarmerie. Ce n’est pas en militarisant la police, en cédant à toutes ses revendications corporatistes ou en lui laissant la bride sur le cou que les gouvernants amélioreront ses résultats ou l’état de ses relations avec les Français.

Tant qu’un gouvernement n’aura pas la volonté d'apprendre aux policiers les "bonnes manières", et que la hiérarchie ne sera pas convaincue qu’une amélioration est nécessaire (l'IGPN refuse la qualification de viol dans l'affaire Théo : dans la police, on a "l'esprit de corps", et en attaquer un, même avec une bonne raison, c'est les attaquer tous), une sale mentalité régnera dans la profession. Et la population pourra continuer à craindre la police. Et les « jeunes des banlieues » pourront continuer à guerroyer. Accessoirement (pure imagination, bien sûr), on peut se demander, face à des rapports cataclysmiques entre ces jeunes et la police, si celle-ci ne travaille pas en réalité pour les imams radicaux et pour le recrutement des futurs djihadistes de Daech et consort.

Allez, pour conclure, j'ose en référer au marquis de Sade (bien que sa dissertation s'immisce dans un lieu où l'on se dénude beaucoup plus et dans des discours et des actes beaucoup plus osés que cet obscur blog n'en offre l'occasion et le spectacle, je veux parler, bien sûr, de La Philosophie dans le boudoir) : « Policiers français, encore un effort si vous voulez être [vraiment] républicains ».

Voilà ce que je dis, moi.

dimanche, 26 février 2017

QUEL PRÉSIDENT ?

Une suggestion :

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« En marche vers l'avenir radieux ! Instaurons la III° République ! »

Photographie Frédéric Chambe.

samedi, 25 février 2017

MÉDITATION

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Photographie Frédéric Chambe.

La sculptrice Jeanne Borgeaud est l'auteur de cette médaille.

vendredi, 24 février 2017

L’ÉGALITÉ FILLES-GARÇONS

Allez, voilà que Le Monde remet  ça ! Il nous refait le coup de l' "égalité filles-garçons". C’est dans le numéro du 23 février sous le titre : « Education : le modeste bilan de la formation à l’égalité filles-garçons ». L’égalité filles-garçons, ce thème favori de la gauche molle, de la gauche sociétale, de la gauche de discours, un discours purement idéologique, doublé d’un énorme mensonge par omission. Car derrière la propagande aimablement diffusée dans les médias, se cache une drôle de vérité.

On ne me fera pas croire que, dans toutes les écoles de France, dans tous les collèges et dans tous les lycées, il y ait besoin d’une telle « formation à l’égalité ». Dans la plupart des établissements scolaires, en effet, une égalité de fait et de droit règne sans problème entre les filles et les garçons.

Je précise que je ne parle pas des résultats et des orientations, seulement du quotidien des élèves. Le problème, malheureusement, c’est qu’on ne peut pas mettre « tous les élèves » dans un seul sac. Car c’est seulement chez un certain nombre d’entre eux que le problème de l’égalité se pose. Et plus précisément dans un certain nombre d’établissements, caractérisés par leur situation géographique et urbanistique. La silhouette du problème commence à se dessiner, j’espère.

Appelons les choses par leur nom : chez les élèves de tradition ou de confession musulmane, et dans les établissements situés dans des lieux où elle est consistante, voire majoritaire, le problème se pose en effet, et souvent de façon criante. J’ai par exemple vu de mes yeux, un soir de ramadan, en pleine Croix-Rousse, un gamin ramener sa sœur adolescente à la maison, manu militari : il hurlait de colère, elle criait qu’elle voulait aller retrouver ses copines. Ses copains à lui n’étaient pas loin, comme on l’a vu quand un passant est intervenu. Alors à coups de gifles et de vociférations, il a rendu sa sœur docile, forcée d’aller « rompre le jeûne » en famille.

Autre constatation : dans les établissements scolaires qu'il m'est arrivé d'observer de l'intérieur, curieusement, il m'est très exceptionnellement arrivé de voir assis côte à côte un Maghrébin et une Maghrébine, encore moins un couple "basané-blanche" ou "basanée-blanc". Mieux : chez les blancs, filles et garçons cohabitaient en fonction des affinités personnelles ou des amours du moment, alors que chez les basanés, la séparation des sexes semblait tellement évidente qu'elle ne posait même pas question.

Voilà à qui il faut l’adresser, la fameuse formation à l’ « égalité filles-garçons » : aux musulmans qui vivent sur le territoire français. Le malheur, c’est que la gauche baratineuse ne l’entend pas de cette oreille. Au motif que l’égalité est un principe universel, il est impossible pour le gouvernant ou le législateur de destiner des mesures à une portion nommément citée de la population.

Pensez, ce serait une « discrimination ». Ceux qui le feraient se rendraient coupables de « stigmatisation en raison de la religion ». Pire : ils avoueraient officiellement leur « islamophobie ». Résultat, il est formellement interdit aux responsables d’appeler un chat un chat et d’expliquer les véritables raisons qui ont poussé le gouvernement à lancer le thème.

Il me semble me souvenir qu'il s'était passé la même chose au moment de l'instauration des nouvelles cartes d'identité : si les photos doivent respecter un cahier des charges aussi strict qu'abracadabrant (la photo d'une fillette de 3 ans recalée pour cause de bouche ouverte et de mèche tombante, j'ai assisté à la scène à un guichet de mairie), la cause est à chercher du côté du voile islamique, qui oblige tous les Français à se plier à une contrainte dont ils sont à l'origine. Sur ce point, c'est l'islam qui a fait la loi sur le territoire français.

Et résultat du résultat : on bombarde soixante et quelques millions de gens que ça ne concerne plus depuis lurette de salades et de tartines de moralisation généralisante à outrance. Et l’on est obligé, pour faire passer le soi-disant « droit » de la minorité musulmane titulaire de la carte d’identité française, d’enfermer tous les hommes dans une culpabilité originaire, intrinsèque et fatale à l’égard des femmes. L’inénarrable « lutte contre les stéréotypes » passe par la nécessité de « former les enseignants à identifier les stéréotypes sexistes » (Mattea Battaglia, auteur de l’article) : je signale « sexiste », mis en lieu et place de « sexuel », par lequel tout effort de différenciation est déclaré par avance « discrimination ».

On comprend dans ce contexte que les bataillons de militantes féministes et les commandos de militants homosexuels (« les associations » en langage journalistique) se soient engouffrés dans cette brèche conceptuelle, où tout ce qui favorise la dissolution des critères est le bienvenu. On comprend pourquoi les grenouilles catholiques et les crapauds tenants de la « Manif pour tous » se sont lancés à l’assaut : c’était en toute méconnaissance de cause. Ils n’ont pas vu (ou ont fait semblant de ne pas voir) l’énorme chiffon rouge.

Abusés jusqu’au trognon par le tour de passe-passe, ils ont fait croire, par leur réaction, que sur ce thème pouvait se reconstituer l’archaïque antagonisme droite-gauche, qui restituait leurs points de repère à tous les croyants de toutes les causes. Le plus drôle (façon de parler !) dans l’histoire, c’est que l’opération a permis de présenter dans un packaging œcuménique les trois causes (homosexuels, femmes, musulmans) qui, coalisées, ont acquis un poids politique tel que personne n’ose affronter ce qui est devenu une force. Une force trinitaire qui n’hésite pas à recourir aux tribunaux pour faire régner son ordre.

On ne s’étonne pas qu’une péronnelle bombardée « ministre de l’éducation nationale » (corps de logis et dépendances), après avoir lancé la lumineuse idée des « ABCD de l’égalité », soit assez gonflée pour répondre, à une question de « journaliste » sur l’hypothèse d’une présidence de la république : « inch’allah », et de finir sur un message en langue berbère. Une ministre de la République française capable de faire profession de foi musulmane : décidément, on n’arrête pas le merdier.

On ne s’étonne pas non plus qu’un candidat (« socialiste », ou ce qu’il en reste) à la présidence de la même République ose affirmer, imperturbable, dans le JDD, que la loi de 1905 de séparation des Eglises et de l’Etat : « protège aussi bien la fille habillée en short que celle qui veut librement porter le foulard » (« Le mur du çon » du Canard enchaîné du 22 février). Il fait semblant de ne pas savoir que le "foulard" dont il parle est l'arme de propagande massive mise en avant par l'islam pour étendre son influence, tout en douceur, sur des territoires anciennement chrétiens.

J’attends fébrilement de voir le sort qui attendrait la première fille ou femme voilée qui oserait sortir « librement » en short et les jambes nues dans sa cité des 3000 à Aulnay-sous-Bois ou au Val-Fourré de Mantes-la-Jolie. J’aimerais savoir combien de temps il faudrait pour qu’elle reçoive un déluge de pierres. Je crains bien que sa première photo de célébrité sur les réseaux sociaux ne soit aussi sa dernière. Benoît Hamon est décidément un sinistre irresponsable. Quel écervelé peut sérieusement désirer le voir au second tour ?

Non, en dehors de l’épiphénomène qu’est la récupération du thème par les cercles féministes et homosexuels, la « formation à l’égalité filles-garçons » lancée à grand bruit par les instances dirigeantes ne concerne pas la totalité des Français. Une écrasante majorité d’entre eux est sortie du moyen âge et de l’obscurantisme, même si des frustrations dommageables tendent à faire croire qu'elles perdurent.

Elle concerne presque exclusivement cette partie de la population pour qui une fille qui sort en jupe dans la rue est une « pute ». Cette partie de la population pour laquelle une fille, au-dehors, ne saurait être vêtue que de « vêtements amples », pour ne pas susciter la concupiscence. Une population qui fréquente (ou non) les mosquées, de plus en plus endoctrinée par les imams et les « traditions » arabo-musulmanes, qui n’a rigoureusement rien à foutre de l’égalité homme-femme. Et qui crache de plus en plus ouvertement sur la nation qui l'a accueillie.

Il est juste interdit de dire cette vérité.

L’universalisme a bon dos. 

Voilà ce que je dis, moi.

jeudi, 23 février 2017

JARDIN A LA CROIX-ROUSSE

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Photographie Frédéric Chambe.

mercredi, 22 février 2017

LA VIE DERRIÈRE LA VITRE

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Photographie Frédéric Chambe.

mardi, 21 février 2017

QUEL PRÉSIDENT ?

Qui sera le prochain président de la République française ? Sera-ce une présidente ? Les politologues se perdent en conjectures ? Un brouillard épais bouche l’horizon du paysage politique de la France ? Il faut bien reconnaître que tout ce qui structurait le paysage jusqu’à maintenant a atteint les limites de la décomposition cadavérique : les mouches et les vers s’en donnent à cœur-joie et s’empiffrent à qui mieux-mieux (« Les mouches bourdonnaient sur ce ventre putride,/ D'où sortaient de noirs bataillons/ De larves, qui coulaient comme un épais liquide/ Le long de ces vivants haillons », Une charogne, Charles B.). Il y aurait lieu de s’en réjouir, si les conséquences ne risquaient pas d’être aussi néfastes pour le pays.

Non, il n’y a pas lieu de se réjouir de l’infâme merdier dans lequel patauge la politique en France depuis quarante ans. Ce qu’on peut dire, c’est que le merdier actuel marque le dernier stade d’un processus qui n’a pas cessé. Parmi les ferments qui l’ont provoqué, je citerai en premier lieu l’homogénéité sans cesse plus grande du personnel politique : peu à peu il s’est composé de gens conformes à un seul et unique modèle, à cause (soit dit pour simplifier) de la prégnance de l’ENA dans leur formation intellectuelle, qui en fait moins des politiques que des directeurs d’administration. Car l'ENA forme exclusivement des gens en vue de la "préparation à la décision". L'ENA, à la base, ne forme pas des décideurs.

Car un homme politique n’est pas un gestionnaire : il laisse ce soin à des techniciens de la chose. Le premier métier du politique n’est pas de faire des budgets prévisionnels, des bilans ou des inventaires des moyens à disposition : le comptable et le technicien feront ça très bien. Son premier métier est de porter un regard sur son pays, d'imaginer comment améliorer sa situation, et avoir une idée de la place qu’il peut ou doit occuper dans le monde. L'homme politique, au sens le plus noble, doit être un inventeur, un bâtisseur, un architecte, en aucun cas un administrateur de l'existant. En un mot, il se fixe un objectif, puis il s’efforce de convaincre tout le monde que c’est là qu’il faut aller. La présidence Hollande est une illustration parfaite de tout ce que n'est pas un chef politique.

A cet égard, on peut dire que le cancer qui ronge la vie politique française s’appelle l’ENA (et équivalents), qui sert de marchepied à un nombre invraisemblable de nos actuels politiciens qui, très logiquement, sont imprégnés de la même façon de voir les choses et d’aborder les problèmes : une façon administrative. L'ENA instaure et perpétue une conception purement bureaucratique et technocratique de la politique. C’est moins la volonté, le caractère et la personnalité qui fait l’homme politique aujourd’hui, que la compétence (réelle ou supposée) apportée dans le traitement bureaucratique de dossiers. Le politicien d'aujourd'hui semble devoir être obligatoirement un intello (je n'ai pas dit "intellectuel") capable de pondre des "synthèses" (suivez mon regard). A noter que ce n'est pas parce qu'on se proclame anti-intello que les choses vont mieux (Sarkozy).

S’ajoute à cela que le recrutement du personnel politique s’opère de plus en plus en circuit fermé, selon une trajectoire de plus en plus uniformément balisée, qui fait de la France une république, non de gens qui l'aiment et qui ont envie de la servir, mais une république de premiers-de-la-classe, où les plus anciens, au fur et à mesure qu’ils s’élèvent, recrutent et adoubent de plus jeunes désireux de se lancer dans la carrière, jugés dignes de leur succéder parce qu’ils sont aptes, dociles et qu’ils ont fait allégeance et prêté serment de loyauté.

Et toutes les troupes de ce petit monde trouvent depuis quarante ans dans le Front National l'épouvantail magique qui a servi jusqu'à maintenant à légitimer leurs petits manèges et leurs petits calculs. Tous ces beaux messieurs de la droite et de la gauche (républicaines) se sont mis d'accord pour brandir l'étendard de la « lutte contre le Front National », pour étendre le beau rideau de fumée qui leur a évité de faire diminuer la taille de leurs fromages (cumul des mandats, indemnités diverses, petits honneurs, renvois d'ascenseurs, services rendus, ...). Ils tirent de leur statut très particulier un incroyable privilège, car il leur confère une aura voisine de celle qui nimbait les nobles d'Ancien régime. Pas un pour cracher dans la soupe.

Le Front National ne vaut pas tripette. Son succès apparent est un succès par défaut : c'est la médiocrité de tous les autres qui l'a en quelque sorte fabriqué tel qu'il est aujourd'hui. Donnez-moi des hommes politiques dignes et efficaces, et vous verrez le Front National rentrer dans son trou de souris. Les bonnes âmes qui prêchent la croisade contre le Front National ne me font même pas rire : ils me mettent en rage, car ils sonnent une charge contre un moulin à vent qui constitue en réalité une excellente manœuvre de diversion et qui fait oublier les véritables responsabilités.

Cette pratique quasi-féodale de la politique ne risque pas de laisser émerger des personnalités nouvelles, voire originales, ni un sang neuf irriguer les artères de la France. Ce système de recrutement des élites a littéralement stérilisé le terrain des possibles. Il suffit de regarder ce qui se trouve actuellement sur la ligne de départ dans le championnat présidentiel d’avril-mai. Je fais abstraction de tous les 0,5% incompressibles qui s'alignent à chaque fois.

A l’extrême-gauche (faisons semblant d’admettre l’appellation), avec La France insoumise de Jean-Luc Mélenchon, charrette sur laquelle les derniers survivants du PCF ont été obligés de monter, on a un bon tribun qui aime la boursouflure oratoire (il cite Victor Hugo sans s'attirer de tomates), mais un vieux cheval de retour qui, entré au PS en 1976, essaie de nous faire croire qu’il peut tout régénérer. Un histrion, quoi. Un olibrius si vous préférez.

A gauche (là encore, faisons semblant), Benoît Hamon, freluquet émané pur sucre du PS (pour Pédalo Socialiste), est le seul à présenter une idée nouvelle dans le paysage : le désormais célèbre « revenu universel », énorme fumisterie à la viabilité de laquelle lui-même fait semblant de croire, et dont seuls des gogos peuvent acheter le produit miracle vendu par ce camelot. Et ce n'est pas la rescousse écolo venue de Yannick Jadot (alias Jadot-lapin, à cause des carottes bio) et de son groupuscule gonflé à l'hélium qui convaincra les foules.

A droite, François Fillon l’ultralibéral doctrinaire, l'incarnation même de notre système politique agonisant, choisi triomphalement par son camp pour en porter les couleurs, a réussi à le couvrir d'immondices, compromettant ses chances d’élection, mais compte sur le temps qui passe pour que le dégoût s’affaiblisse et disparaisse, et que la raison calculatrice finisse par lui permettre, malgré tout, de l’emporter.

A l’extrême droite (républicaine, dit-on), Marine Le Pen actionne le vieux levier des fantasmes idéologiques légués par son papa (retour au franc, halte à l’immigration, …), dans l’espoir de faire passer au second plan la folie proprement délirante de son programme économique : baisse de plusieurs impôts, des tarifs de l’énergie, des droits de succession, et augmentation des effectifs de la police, de la gendarmerie, de l’armée, des salaires des fonctionnaires, des allocations, des pensions. Bref, d’un côté elle veut assécher les ressources de l’Etat, et de l’autre accroître démesurément ses dépenses. Autrement dit, Mme Le Pen nous refait le vieux coup du "demain on rase gratis". C’est la recette exacte de quelqu’un qui proposerait aux Français de faire faillite le plus tôt possible. Un suicide. 

N’ai-je pas oublié quelqu’un ? Ma foi, si vous y tenez. C’est quoi, Emmanuel Macron ? Franchement, vous y croyez ? Ce n’est pas sérieux. Véritable auberge espagnole de la politique, il a inscrit sur son enseigne : "On peut apporter son manger". Il n’a ni main gauche ni main droite : il ne se situe nulle part (sens exact du mot « utopie »). Lui, il est carrément « au-dessus des nuées », comme dit Baudelaire. Il n’est pas en communication, il est en communion. Là, il « se meut avec agilité » (du même Baudelaire). Capable de dire au public de ses meetings : « Je vous aime », cet ancien banquier très propre sur lui ose un jour parler de « mystique » en politique, et le lendemain manier le « crime contre l’humanité », quand il s’agit de draguer l’électorat issu de l’immigration. Voilà, Macron n’est rien d’autre qu’un vulgaire dragueur : il veut plaire, il veut séduire, tous les moyens sont bons. Il dit à tout le monde : « Voulez-vous coucher avec moi ce soir ? ». Je dis juste : non merci, sans façon. En résumé : c'est une baudruche.

Qu’est-ce qui ressort de ce panorama ? Un diagnostic pas brillant du tout. Pour la première fois, le Front National a une petite chance d’arriver au pouvoir. Si cela advient, gare au cataclysme. Mais ce ne serait que le résultat mécanique du dépérissement de la vie politique française, asphyxiée, étouffée, étranglée par la détention exclusive des pouvoirs par deux mafias complices pour arracher les places et les centres de décision à la délibération démocratique. Deux mafias tout aussi impuissantes l’une que l’autre à modifier un réel qui se dégrade inexorablement pour un nombre sans cesse grossissant de pauvres (c'est ce mécanisme qui a porté Trump au pouvoir aux USA).

La « colère de la population à l’égard des élites » (refrain aimablement colporté par les élites elles-mêmes, qui ont plus d’un tour dans leur sac pour embrouiller, voir dans Le Figaro l’éditorial du jeudi 10 novembre 2016, signé Alexis Brézet, et intitulé « La colère des peuples », suite à l’élection de Donald Trump) est principalement due à cette confiscation des voies d’accès démocratiques à la décision politique.

Si Marine Le Pen l’emporte à la présidentielle, les Français le devront à l’institutionnalisation d’une forme de pourriture morale qui touche structurellement l’ensemble du personnel politique, qui fait de chaque responsable et de chaque élu un pourri par fonction, quelle que soit par ailleurs l’authenticité de son intégrité personnelle, et un complice forcé de la décrépitude, car ce n’est pas la probité individuelle des individus qui empêche la décomposition d’un système qui tourne principalement dans l’intérêt de sa propre conservation.

Oui, je suis en colère contre tous les postulants aux suffrages et aux places : je vois comme tout le monde le délitement à l’œuvre. Simplement, si j’étais un Américain, je n’aurais pas voté Trump, malgré tout le dégoût que pouvait m’inspirer la défunte Hillary. Je suis un Français. Je ne me vois pas reporter mon choix électoral sur Marine Le Pen, qui préfère nous proposer un suicide national rapide, de préférence à une lente agonie (peut-être pas si lente que ça, après tout).

Voilà le choix qui nous sera prochainement offert : un vieux poisson boursouflé de soi-même qui sent la marée du siècle dernier, un freluquet dont le seul avantage est de faire semblant de sortir de l’ombre, un cacique d’ancien régime qui avoue la priorité de son amour de l’argent sur tout autre idéal, un paltoquet qui a ouvert sa doctrine à tous les vents dans l’espoir de les voir se rassembler pour gonfler ses voiles, une fille à papa addict au poker et au bluff, qui a misé gros sur le pourrissement général, dans l’intention de tirer les marrons du feu. Plus personne de sensé ne peut y croire un instant.

Dans ces conditions, faut-il voter pour le « moins pire » ? Faut-il voter ? En l’état, je m’y refuse. Je ne ferai pas le déplacement. Arrive ce qui arrive, ce n’est pas mon dérisoire 44 millionième de voix qui changera quoi que ce soit au résultat. Ils n’avaient qu’à être à la hauteur. Je me dis même qu’il faudrait 44 millions d’abstentionnistes. 

Et pourquoi pas un appel à la grève générale des électeurs ? Vous imaginez, zéro bulletin dans l'urne ?

Voilà ce que je dis, moi.

lundi, 20 février 2017

LE FEU DU PROJECTEUR

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Cela valait vraiment le coup d'être mis en pleine lumière.

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Photographies Frédéric Chambe.

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dimanche, 19 février 2017

MON AMI "BEACH BOYS"

Je ne suis pas un fondu de pop music : sorti de l'autoroute Beatles et du Boulevard Rolling Stones, j'avoue un illettrisme qui m'empêche de déchiffrer les panneaux plus petits et de me repérer à travers les multiples voies. Je fais pourtant une exception pour les Beach Boys, même si c'est avec des réserves. Ce n'est pas en effet sans un certain agacement que j'entends les "Garçons de plage" se complaire dans des textes d'une grande niaiserie, où il est question de bagnoles, de filles splendides et de garçons athlétiques qui se font bronzer et qui vont taquiner les vagues debout sur des planches, avant d'aller draguer en boîte (variante de "sea sex and sun"). La musique, en revanche, m'intéresse, essentiellement pour ses harmonies vocales, qui sont un peu leur signature.

C'est ainsi que quelques-unes de leurs chansons ont franchi la frontière de mes répugnances et pour elles, la douane de mon oreille a consenti à lever la barrière. L'une de ces belles chansons à s'être gravée dans l'oreille de mon esprit est "Sloop John B.". 


La première et la dernière reste cependant "Heroes and villains". C'est une chanson complexe, découpée en séquences nettement différenciées et aux harmonies successives déroutantes, qui semble porter un message à visée morale (je dis "semble"). Un truc absolument pas dansable : un truc de musique pure, de cheminement d'un événement sonore à l'autre, d'une ambiance acoustique à l'autre, d'un état sensoriel à l'autre (même une séquence "a cappella").


Brian Wilson (l'âme des Beach Boys) avait du génie. Il a eu la malchance de vivre à la même époque que les Beatles. Son ambition était de faire plus fort qu'eux. Mais il a eu beau s'atteler à la tâche titanesque de surpasser l'inventivité de Lennon-McCartney (sans oublier George Martin), il eut à faire face à Revolver, premier objet non identifié sorti d'Abbey Road (je ne compte pas ce qui précède, bien que ...), et il eut beau se lancer dans le défi de Smile (qui devait terrasser l'adversaire admiré), il fut terrassé par Sergent Pepper's lonely hearts club band, qui l'envoya à l'asile psychiatrique pour longtemps (et qui, accessoirement, tua la pop music pour un moment). C'est vrai qu'il avait pour cela des prédispositions chimiques. Et une longue expérience de ça. 

samedi, 18 février 2017

LA SOIERIE EN TRAVAUX

Derrière la peinture blanche appliquée sur les vitres pendant la durée du chantier.

LA SOIERIE.JPG

Photographie Frédéric Chambe.

vendredi, 17 février 2017

POURRITURE JOURNALISTIQUE

Guillaume Erner avait invité dans son émission des « Matins » de France Culture, jeudi 16 février, un certain Henri Maler, fondateur de l’Acrimed (Action Critique Medias). Il a eu la malheureuse idée d’inviter, pour lui donner la réplique en deuxième partie, Laurent Joffrin, directeur de la rédaction de Libération. Je me rappelle une émission « Répliques » où Alain Finkielkraut avait invité Laurent Obertone, auteur de La France Big Brother, et le même Laurent Joffrin.

Le comportement de ce dernier pendant ce qui aurait dû rester un débat avait été absolument infect : c’est bien simple, Obertone n’avait pas pu prononcer une seule phrase entière, tellement Joffrin parlait en même temps que lui, l’interrompant et ne cessant de lancer des « piques » contre ses propos, si bien que l’auditeur n’avait pu entendre que des bribes de son discours, que le directeur de Libé avait soigneusement cisaillé et découpé en morceaux minuscules, les rendant impropres à la consommation.

De nouveau invité sur un plateau de France Culture, face à Henri Maler cette fois, Laurent Joffrin a réédité son opération de pilonnage permanent de l’adversaire. Il en a fait une méthode. Mais c’est une méthode de forban et de minable fripouille médiatique. Henri Maler a eu bien raison, entre deux tirs, de répéter qu'il n'y avait pas de débat.

Invité pour parler des problématiques tournant autour de l’exercice du journalisme aujourd’hui, Joffrin a commencé par éjecter la question générale pour la réduire au cas spécifique de Libération et de sa propre fonction au sein de cette rédaction-là, au motif qu’il ne pouvait parler que de ce qu’il connaissait. Ce qui ne l’a pas empêché d’ajouter un peu plus tard qu’il a occupé des postes au sein de neuf rédactions successives (moyennant quoi, bien qu'ayant exercé des responsabilités et passé toute sa carrière dans le milieu, il n’a aucune idée globale sur l’exercice de la profession !!!).  Il a réussi à abaisser ce débat tant soit peu général à une toute médiocre querelle de personnes, ce dont l'autre invité Henri Maler n'avait strictement rien à faire. Joffrin ne supporte pas l’altitude, qu’on se le dise : il ne se déplace que le plus près possible du sol. Joffrin ne supporte pas qu'on lui mette le nez dans l'odeur produite par sa conception des métiers de la presse.

C’est le meilleur moyen pour empêcher la question principale d’être seulement formulée en termes intelligibles : peut-on émettre un discours critique sur la façon dont la profession du journalisme est pratiquée ? Dont elle est organisée et encadrée ? Dont elle est enseignée ? Une profession au sein de laquelle un tout petit nombre de gens détient l’autorité sur les rédactions (Henri Maler en compte une soixantaine, il y a trente mille journalistes en France). Une autorité qui les autorise à pondre des papiers qu’on appelle « éditoriaux ».

Ce sont les « éditorialistes ». Ils forment ce qu’Henri Maler appelle « l’éditocratie », vous savez, les seigneurs qui mangent à toutes les tables, et pissent dans la nuit la copie qui paraîtra le lendemain. Curieusement, l'exercice qu'on appelle en France la « revue de presse » ne consiste pas, en général, à faire une collecte d'articles (enquêtes, reportages, ...) particulièrement intéressants, mais à faire écho à ce qui est sorti de la plume des éditorialistes. Or qu'est-ce qui sort de leur plume ? Des informations ? Que nenni ! Non, il sort du commentaire. Et ça ronronne, ça tourne rond, ça tourne en rond.

Car ce commentaire, bien qu'il soit signé d'un nom, s'inspire plus ou moins des propos tenus à table hier au soir par divers convives : député, sénateur, chef d'entreprise, etc. On appelle « dîner en ville » cette habitude du journalisme mondain. C'est la raison pour laquelle tous les éditoriaux, sous leurs différences cosmétiques, se ressemblent, se miment les uns les autres, moulinent une seule et même matière, étant en réalité puisés à la même source. La dite source est située "en haut". D'où la jamais formulée prétention des éditorialistes à "faire l’opinion" : c’est aussi faux (voir le résultat de leur appel unanime au "oui" au référendum de 2005) qu’il est néanmoins vrai qu’ils exercent un pouvoir. Au moins occupent-ils le terrain, ce qui n'est pas un mince avantage (ne serait-ce que pécuniaire).

On me dira que c’est un pouvoir en vase clos, qui ne saurait donc étendre son emprise au-delà des parois du bocal. Certes, rétorqué-je, mais regardez les vieux poissons qui reviennent sur les écrans des aquariums télévisuels : Franz-Olivier Giesbert, Laurent Joffrin, Philippe Val, etc. Toujours les mêmes. Combien de ces vieux poissons dans le bocal, finalement ? Aussi vieux dans le métier que les politiciens qu'ils aiment à côtoyer. Et je pose la question : qu’est-ce qui les légitime, à la place d’où ils s’adressent au peuple, pour distribuer la bonne parole ? Réponse : rien. C’est le principe même du vase clos.

Parmi toutes ces têtes à se faire appliquer des tartes à la crème sur la figure, parmi toutes ces têtes à gifles ou à poing dans la gueule, parmi tous ces roitelets à jabot gonflable à volonté à coups de pompe à vanité, Laurent Joffrin mérite une sorte de palme. Car il quintessencie en sa personne tout ce que mérite d’épluchures et d’œufs pourris l’élite journalistique régnante : l’arrogance, le cynisme, la mauvaise foi, le mépris de l’interlocuteur.

Laurent Joffrin est une belle figure de la bassesse professionnelle. Un concentré de tout ce qui a déconsidéré moralement le métier de journaliste. Certes, Balzac n'était déjà pas tendre à l’égard de celui-ci dans Illusions perdues, mais quelques plumes au 20ème siècle avaient pu faire croire à l'ennoblissement du métier par le sens de l’honneur dans son exercice (Albert Londres, Henri Béraud (si !), Joseph Kessel, Albert Camus, François Mauriac, …). Laurent Joffrin revient aux fondamentaux : il rend au caniveau la dignité et le rang d’auge à journalistes, où Lousteau (l'"ami" de Rubempré) se déplaçait avec son aisance de seigneur décavé. 

Laurent Joffrin fait partie de la caste de ces mini-vizirs Iznogoud qui, avec leur redoutable douceur de Raminagrobis et sans vouloir devenir califes à la place du calife, font régner une mini-Terreur dans les rangs des subordonnés et sont passés maîtres dans l’art d’empêcher toute critique venue de l’extérieur, comme il l'a montré par deux fois sur France Culture, face à ses interlocuteurs. Pour ce qui est de l'intérieur du métier, l'omerta est aussi impérieuse dans le journalisme français que dans le peloton du Tour de France à propos du dopage. Ceux qui entrent dans le métier ont tellement peur de la précarité qu’ils passent sous toutes les fourches caudines qui se présentent. D’une certaine manière, on les comprend. Mais il est permis de le déplorer.

Il reste que, dans l’émission france-culturelle de Guillaume Erner du 16 février, la présence de Laurent Joffrin permet de comprendre pourquoi, si en soi la profession ne mérite aucun opprobre de principe, la façon dont elle est organisée et pratiquée par ses élites dirigeantes est un objet de mépris. Monsieur Guillaume Erner, pourquoi infliger une nuisance à l'auditeur ?

Et en observant l’espèce de complicité objective entre les élites politiques, les élites économiques et les élites journalistiques, je me dis qu’il n’y a pas de hasard si la presse quotidienne nationale (PQN) "jouit" d’un tel désamour du lectorat, puisqu’elle ne survit que grâce à des injections massives d’argent public, et pour véhiculer principalement la « parole d’en haut ». L'élite journalistique est aussi complètement déconnectée de la réalité populaire que l'élite politique et que l'élite économique : tant que l'argent rentre et que la situation est assurée, le mot d'ordre est : fi du petit peuple ! Diantre ! Palsambleu !

Comme le dit un proverbe bantou (chinois ?) : « Quand le poisson pourrit, ça commence par la tête ».

Voilà ce que je dis, moi.