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mardi, 26 avril 2016

TCHERNOBYL, TRENTIÈME

On commémore le trentième anniversaire de la catastrophe de Tchernobyl. La plupart des gens pensent que la catastrophe a eu lieu une fois pour toutes. Que, l’événement étant arrivé, ça y est, c’est fini. Pauvres gens, en vérité, s’ils savaient … La catastrophe, c’est tous les jours depuis trente ans. Alors bien sûr, elle fait moins de morts. D’abord, les « liquidateurs », c’est fini, s’ils ne sont pas tous morts, ces gens qui sont intervenus directement sur les lieux tout de suite après l’explosion du réacteur n°4 (combien ? 60.000 ? 100.000 ?), cela ne vaut guère mieux. 

TONDEUR 3 LIN.jpgMoins de morts aussi parce qu’une bonne part de laTONDEUR 10 BYRSONIMA.jpg population du coin (« zone d’exclusion ») a été virée de chez elle (les 50.000 habitants de Pripiat, la ville spécialement construite en 1974 pour les travailleurs du site nucléaire), qu’à part quelques vieux revenus parce qu’ils voulaient « mourir chez eux », seuls quelques touristes (si, si !) et les nettoyeurs et autres constructeurs du sarcophage définitif s’aventurent autour de la centrale. Enfin, il paraît que bien des gens sont tentés à leur tour de revenir « chez eux », et qu’il y aurait un mouvement depuis quelque temps dans ce sens. Mais il paraît aussi que 700 villages ont été "enterrés" (je me demande ce que ça peut vouloir dire concrètement), et que, pendant les travaux, les enterrements continuent. Ma foi, allez savoir.

Moins de morts donc, mais des conséquences sanitaires, ça c’est sûr. Les atteintes de la thyroïde ont été multipliées par cinq. Il paraît que les médecins ont beaucoup de maladies cardio-vasculaires à soigner. Divers handicaps et malformations touchent les nouveau-nés : « A Brahine, un petit centre pour invalides accueille des enfants handicapés moteurs ou retardés. Ils sont huit en ce début avril autour d’une table, occupés à faire des poupées russes en origami. Ils connaissent un chant qui vous serre la gorge : "La vie est pleine de röntgens" [ancienne unité de mesure de l’exposition à la radioactivité] » (Isabelle Mandraud, dans Le Monde daté 26 avril 2016). Bref sur le plan sanitaire, ce n'est pas la joie. Et ce n'est pas fini.

TONDEUR 7 MONADELPHIA.jpgLa catastrophe continue parce que la radioactivité continue, tout simplement, cette
TONDEUR 12 ESPECE INCONNUE.jpg chose invisible, inaudible, inodore, impalpable. Au point que des artistes s’intéressent à ce qui se passe encore aujourd’hui sur le terrain. C’est ainsi que l'artiste Anaïs Tondeur vient de réaliser toute une série de « rayogrammes » en se servant des plantes de la région frontalière entre Ukraine et Biélorussie dont un spécialiste a étudié l’évolution et les mutations génétiques après la catastrophe. Esthétiquement, le résultat est très surprenant.  

TONDEUR 6 GERANIUM.jpgLe photographe surréaliste Man Ray a beaucoup pratiqué (s'il ne l'a pas inventé) leTONDEUR 14 DOLICHOS.jpg rayogramme, qui consiste à disposer sur une feuille de papier photo divers objets, puis d’exposer un certain temps le tout à une source lumineuse :

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c’est vrai que l’image qui apparaît dans le révélateur a de quoi surprendre et séduire un esprit aussi avide d’expérimentation que l’était Man Ray.

Anaïs Tondeur, elle, a fait la même chose, mais avec des végétaux trouvés autour du site de Tchernobyl. Et plus fort que Man Ray, qui se passait déjà de l’appareil photo, elle se passe de toute source lumineuse : elle laisse le papier avec sa plante dans le noir. C’est la radioactivité qui se charge du reste (elle indique que le rayonnement est mesuré à 1,7 microsievert/heure). On en voit ici quelques exemples (dans le désordre : lin, géranium, monadelphia, dolichos, byrsanima, espèce inconnue). Elle a appelé son travail (avec Michael Marder ou Damien McDonald, je n’ai pas bien compris la répartition des rôles) Chernobyl herbarium. 

Le travail accompli par le photographe Alain-Gilles Bastide est tout différent. Lui, il est allé se balader du côté de Pripiat et du village de Tchernobyl pour en saisir, si possible,  « l’invisible ». Il montre les photos qu’il a ramenées de là-bas dans une exposition intitulée « Tchernobyl forever ».

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Le livre qui les rassemble, sous-titré "Carnet de voyage en enfer", montre l’image d’une tête de poupée vue sur place, qui donne une idée de la curieuse ambiance qui doit régner par là-bas. 

On ne voit plus Tchernobyl, on n’en entend plus parler si ce n’est aux « anniversaires ». C’est ce que les journalistes appellent « marronnier » dans leur jargon. Mais Tchernobyl continue son travail invisible. 

A cet égard, le titre Tchernobyl forever est excellent.

Voilà ce que je dis, moi.

vendredi, 22 avril 2016

UNE IGNOMINIE DU MONDE

Le Monde ne pouvait pas laisser passer l’occasion : à l’approche de la date anniversaire de la Bérézina de Jospin en 2002, le « journal de référence » (quelle blague !) ne pouvait faire moins que fêter dignement la raclée. Et je dois dire qu’en matière de célébration mémorielle, le journal Le Monde s’y connaît, et s’est dignement hissé à la hauteur de l’événement. Pour s’en rendre compte, il suffit de se pencher sur la « une » du numéro daté 21 avril. 

RAMADAN 1 BARBARIN.jpg

En flash de gros titre, l’angoisse de voir se répéter le scénario de 2002, où Le Pen avait coiffé Jospin sur la ligne. « 21 avril », ça pète, ça claque, un peu comme « 11 septembre » ou « 13 novembre ». Mais l’attention est bientôt attirée, pour ne pas dire aimantée par le magnifique portrait photographique qui trône superbement en plein milieu de la page. Un portrait réalisé par l’Ukrainienne Olya Morvan : bravo pour la photo ! 

Mais le nom du bonhomme m’a glacé : Tariq Ramadan. Oui, oui, la figure des Frères musulmans. C'est même le petit-fils de leur fondateur. Une intelligence hors du commun, à ce qu'il semble. Le diplomate de l’islam de velours. La tête de pont en Europe de l’offensive musulmane sur le vieux continent. Le Monde lui déroule le tapis rouge de toute une double page au centre du journal. Je trouve que cette obséquiosité journalistique sent très mauvais, même si Le Monde présente le personnage comme un « intellectuel controversé ».

RAMADAN 2.jpg

 Ah, la controverse ! … C’est la même chose dans l’industrie : rien de tel qu’une belle controverse sur le tabac, l’amiante, les émanations des centrales thermiques, les OGM, pour enfumer le public et éviter de mettre les responsables politiques face à leurs responsabilités, et de les obliger à prendre des décisions qui risqueraient de nuire gravement au « climat des affaires », le grand rival du « climat du réchauffement ». 

Pour dénoncer la chose, Naomi Oreskes avait intitulé son excellent livre Les Marchands de doute. On pourrait de la même manière dire que Le Monde participe activement à cette méchante entreprise : faire que les Français doutent de plus en plus d'eux-mêmes, et que la France soit de moins en moins sûre de sa légitimité. C'est un des principaux réflexes conditionnés de la rédaction du Monde : on va traiter le problème sérieusement, et on va dire que telle personne ou tel événement "relance le débat". Vous comprenez, au Monde, on est journalisse (Céline écrivait "communisse", je crois que c'est dans D'un Château l'autre) : pour avoir une idée d'Auschwitz, il faut donner le même temps de parole au nazi et au juif. C'est peut-être cette "neutralité" qu'on apprend au Centre de Formation des Journalistes.

Le débat ! Bande de rigolos ! Exactement ce qu'attendent des gens malintentionnés, prêts à profiter d'une faiblesse de l'adversaire. Qui sommes-nous, bon sang ? La force de Tariq Ramadan, c'est précisément qu'il emprunte le masque débonnaire et imparable de l'objectivité. Ou, à tout le moins, celui d'une "neutralité bienveillante". Qu'est-ce que c'est qu'un débat imposé par l'adversaire, mais surtout admis comme tel par l'interlocuteur crédule, intègre et naïf, qui a fait du "débat" l'un des piliers de la "démocratie" ? Le "débat" sur l'islam en France ressemble comme deux gouttes d'eau à la technique du "pied-dans-la-porte", excellemment décrite par Beauvois et Joule dans leur Petit traité de manipulation à l'usage des honnêtes gens.

Tariq Ramadan, ce type au nom si révélateur, c’est en effet l’avers suave et velouté de la médaille islamique dont Daech, Al Qaïda, le djihad et la décapitation comme mode de gouvernement sont le revers terrifiant et totalitaire. Mais l’avers et le revers, ça fait une seule et même médaille. Donner la parole sur la durée (la lecture des deux grandes pages, ça prend du temps) à Tariq Ramadan, c’est participer à l’offensive musulmane contre la France. 

Mais le pire de cette « une » du Monde vient juste en dessous : « Pédophilie : la parole se libère au sein de l’Eglise ». Attention, je ne suis pas Paul Claudel derrière son pilier un soir de Noël : je n’ai pas eu d’illumination. La foi catholique m’a quitté depuis longtemps. Il n’empêche que, quand je me demande qui je suis, toutes les réponses à la question, sans exception, me réfèrent aux racines chrétiennes, et même catholiques de la culture européenne en général, française en particulier : je suis entièrement tissé de tout cela, même si des curiosités m’ont poussé à m’intéresser à autre chose, par exemple les musiques arabes. 

RAMADAN 3.jpg

Ce n’est pas non plus parce que je prends la défense des pédophiles. J’observe malgré tout que notre époque a érigé la pédophilie en dernier rempart moral, en ultime tabou sexuel, en même temps qu’elle confère à l’enfant tous les caractères du sacré qui l’a désertée. Faire d'un enfant un objet sexuel est répugnant et punissable, nous sommes d'accord.

Ce qui me fait réagir vivement à la composition de cette « une » du Monde, c’est le caractère caricatural de la balance qu’elle présente : d’un côté l’abominable flétrissure qui se grave dans l’épaule d’une institution qui porte les traces d’une longue histoire, comme la fleur de lys marquait autrefois l’épaule des galériens. Je note au passage que le titre est un décalque de "La parole libérée", cette association fondée, entre autres, par un haut personnage du ministère de l'Intérieur, peut-être son attaché de presse, par ailleurs journaliste,semble-t-il. Tant soit peu suspect, vous ne trouvez pas ? Il en faudrait peu pour voir là une opération commando, genre "La Légion saute sur Kolwesi" (film de Raoul Coutard, 1980).

De l’autre, la glorification iconique d’un individu dont l’unique préoccupation est de faire en sorte que l’islam pousse en terre française des racines toujours plus profondes. Je l’ai déjà dit : on ne déracinera pas l’ivraie musulmane. Ce qui est fait est fait. Et comme le "bon grain" a tendance à se faire rare ...

En revanche, participer à la banalisation et à la popularisation du fait islamique sur le sol français, tout en jetant la plus vieille des institutions qui ont fait la France en pâture au mépris général, voilà une bien vilaine action. 

Je ne sais pas vous, mais moi, la juxtaposition de ces trois thèmes en « une » du Monde (21 avril, Ramadan, pédophilie catholique) ne me semble pas l'effet du hasard. Le message de la « une » du Monde daté 21 avril est clair : elle invite à mettre à la poubelle l’Eglise catholique et à se prosterner devant l'homme qui se présente comme celui qui prépare le chemin d’Allah en France. Peut-être pour contrer la montée de l'extrême-droite. Qui veut la peau de l'idée catholique ? Qui veut la peau de l'Eglise en France ? Qui veut l'extension de l'islam en terre chrétienne ? Je ne sais pas, mais j'entends la meute : « Crucifiez Barbarin ! ». Il y a des précédents.

L’hypothèse de l’élection d'un Ben Abbes à la présidence de la France en 2022, qu’on trouve à la fin de Soumission de Michel Houellebecq, devient de moins en moins farfelue, qui voit au second tour s'affronter l'islamo et le facho. Si l'hypothèse devient un jour réalité, on le devra, au moins en partie, à l’empressement déférent du Monde. 

Tout se met en place. Vivement 2022, semble-t-on se dire au Monde.

Voilà ce que je dis, moi.

mardi, 05 avril 2016

ISLAMISATION, MAIS EN DOUCEUR

Ainsi, jour après jour, l’islam trouve de nouveaux moyens de nous boucher l’horizon et de nous empuantir l’atmosphère. Quand ce n’est pas à coups de kalachnikov et de bombes humaines prêtes au « sacrifice », c’est à coups de maillots de bain « islamiques », vous savez, cet uniforme de ninja (le mercenaire féodal du Japon ancien)

BURKINI LE MONDE 3 AVRIL 2016.jpg

Il ne manque pas grand-chose pour en faire une guerrière (voir illustration suivante).

fabriqué exprès pour que les dames qui se réclament de la religion musulmane puissent se joindre, dans les piscines, aux femelles lubriques qui ont la coupable impudeur d’offenser les yeux d’Allah et du prophète en ne couvrant leurs parties honteuses (est-il besoin de préciser que "honteuses" désigne les seins, le pubis et le cul ?) que du triangle exigu de quelques morceaux d’étoffe, au risque d'attiser la convoitise et la concupiscence des mâles (on suppose des gens à sexualité normale). 

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Un ninja, un vrai de vrai, pour sûr. Sa tenue, masque compris, s'appelle-t-elle un "burkini" ? Se baigne-t-il ainsi vêtu ?

Après les bombes de Zaventem, donc, le tout dernier cri de la mode qui se donnera à voir sur les plages d’aussi charmants pays que l’Arabie saoudite et du Qatar. Ah, on me dit que ce sera sur nos plages ? Bah, au point où nous en sommes … Blague à part, que nous apprend la mousse médiatique qui vient de se répandre sur ce thème ? 

Je crois que c’est très simple : après le « hard power » (attentats, massacres, bombes, etc.), le « soft power ». Pendant l’offensive islamique armée, l’offensive islamique en douceur continue. Il faut vraiment se voiler la face pour ne pas voir ça. Regardez par exemple ce qui se passe sur les « réseaux sociaux » après que madame Laurence Rossignol (ministre des familles, de l'enfance et des droits des femmes) leur a étourdiment jeté des propos que les dits « réseaux sociaux » attendaient pour pouvoir monter leur mayonnaise. 

Le Monde (3-4 avril) s’est fait l’écho de la chose : « Bien sûr qu’il y a des femmes qui choisissent, il y avait aussi des nègres américains qui étaient pour l’esclavage ». Je trouve que ce n’est pas mal envoyé. Il paraît qu’on a surtout reproché à madame Rossignol l’emploi du mot « nègre ». Les flics du « politiquement correct » font régner l’ordre dans la langue. Pour un peu, ça me réconcilierait presque avec certaines féministes (pas toutes, loin de là, il ne faut pas exagérer). 

Rien de tel qu’une bonne controverse pour asseoir l’objet du débat directement en plein milieu de l’avant-scène, juste sous les feux de la rampe. L’inquiétant, dans cette affaire, c’est que des marques commerciales aient jugé une telle innovation potentiellement assez rentable pour se lancer dans l’aventure en y investissant. Je conclus de cette décision que les marques en question jugent qu’il existe un « marché » pour un tel produit. 

S’il en est ainsi, ça veut dire que le ver est dans le fruit. Que l'ichneumon islamique (à moins que ce ne soit la rhysse persuasive musulmane), perçant de sa tarière notre si fragile verni de civilisation chrétienne, a déposé ses œufs mahométans parmi les larves en lesquelles nous avons dégénéré. Et ça veut dire que notre réalité est en train, paisiblement, de se rapprocher de la fiction que Michel Houellebecq mettait en scène dans son roman « scandaleux » Soumission, paru au moment de l'attentat de Charlie Hebdo : la société française s’accoutume à la soumission à des normes qui contredisent tout ce qui définit la civilisation que son passé lui a transmise. Le simple fait qu'il y ait controverse montre notre affaiblissement "culturel". Et alors ? Où est le mal ? Il faut s’adapter, voyons, vivre avec son temps. 

Madame Badinter est sûrement bien intentionnée en appelant au boycott des marques promotrices du « burkini », mais elle se fourre le doigt dans l’œil : s’il y a un « marché », c’est qu’il y a des clients. J’attends juste de voir à quoi ressemblera la plage l’été prochain : comment réagiront les femelles honteusement dénudées face à des baigneuses vêtues de pied en cap et aux formes soigneusement effacées par la coupe vestimentaire ? 

Comme le déclare Hélène Agésilas : « La France a un retard sur la mode islamique ». La dame a créé la marque Fringadine, « qui vend des vêtements longs typiques de cette mode dite pudique. "Il y a une réelle demande des femmes", souligne-t-elle dans un entretien à l’AFP, citant une étude selon laquelle le marché mondial de la mode islamique, évalué par un cabinet à 230 milliards de dollars (202 milliards d’euros) en 2014, pourrait atteindre plus de 320 milliards en 2020 ». C’est ainsi que se conclut l’article du Monde (je passe sur "une étude" et "un cabinet" : tout ça est bien flou). J'aime beaucoup la formule "la mode dite pudique" : c'est sans danger, voyons, c'est à ranger dans les futilités de la mode. Et puis, s’il y a du beurre à se faire … 

Les mahométans n’ont pas fini de grignoter notre espace et de nous bouffer l'air que nous respirons. Les mahométans se frottent les mains en serinant à leur profit nos beaux slogans sur la "tolérance". Quand ce n’est pas brutalement, c’est tout en douceur, exactement comme dans les interrogatoires : le bon flic (la marque vestimentaire) et le flic méchant (le djihadiste) se partagent la tâche. La stratégie fait que le malfrat (le bon peuple) finit par se confier au premier parce qu’il craint le second (en se disant : "ce sera moins pire"). On peut compter sur la lâcheté et la veulerie morale de Hollande, Valls et compagnie pour leur faciliter la tâche. 

Les djihadistes de l’Etat Islamique qui commettent des attentats et les marques qui lancent la mode du « burkini » ne sont pas ennemis : ils marchent main dans la main, ni plus ni moins que, pour bien cuisiner un suspect, les flics se répartissent les rôles du bon et du méchant. 

La bombe et l’esthétique de la mode sont les deux faces de la même médaille stratégique. Au motif que la recherche vestimentaire est moins pire que l’assassinat de masse, l’Européen, le Blanc, le Français préfèrera la « non-violence » inoffensive du maillot de bain (le flic gentil) agréable aux yeux d’Allah, dans l'espoir que ça lui permettra d'échapper à la folie meurtrière (le flic méchant). 

Sarkozy a beaucoup à apprendre de tout ça : pour ce qui est d'occuper le terrain et de faire parler de soi, il n'arrive pas à la cheville des fervents de l'islam, que celui-ci se présente sous les dehors conviviaux et pacifiques de la tolérance façon Tariq Ramadan, ou qu'il brandisse d'un bras vengeur la kalachnikov ou la bombe. L'islam aujourd'hui a une seule idée en tête : la conquête. Instaurer le débat en France autour de la question de l'islam est en soi une victoire de l'islam : pendant que je discute avec les tolérants, j'avance mes pions. Les esprits européens commencent à se faire à cette perspective. Au fond, pourquoi pas, semblent-ils se dire ?

Si j’ai bien compris, c’est pour demain, l’élection de Mohammed Ben Abbes, patron de "La Fraternité musulmane", à la présidence de la République française. Réalisant point par point le scénario imaginé dans Soumission. 

Ben Abbes président. Et Michel Houellebecq est son prophète. 

Voilà ce que je dis, moi.

jeudi, 31 mars 2016

À PROPOS DE KAMEL DAOUD

Que nous dit le ping-pong médiatique, parfois verbalement violent, autour de Kamel Daoud et de sa tribune parue dans Le Monde daté du 5 février (intitulée « Cologne, lieu de fantasmes », et aggravée par un article paru peu de temps après dans le New York Times, que je n’ai pas lu) ? Reconstitution de la succession des épisodes. 

D’abord les faits. Un 31 décembre 2015, la place de la Hauptbahnhof de Cologne connaît une affluence record : une foule presque exclusivement composée d’hommes, passablement alcoolisés paraît-il, se rassemble pour fêter le passage dans la nouvelle année. Parmi eux, quelle proportion de gens basanés, maghrébins ou réfugiés du Proche Orient ? Cette information est difficile à établir, bien qu’il y ait un certain consensus parmi des gens raisonnables : une proportion non négligeable.  

Des femmes voulant traverser la place, d’un nombre qui a tendu à augmenter au fil du temps, se font entourer et isoler par des grappes viriles. Les mains se baladent, s’attardent sur les seins, sur les fesses, s’introduisent dans le soutien-gorge, dans la culotte : bref, ces messieurs se font des sensations à peu de frais. Y a-t-il eu des viols ? Il semblerait. Combien ? Difficile de savoir. Est-ce qu’un bilan général de l’événement a été dressé (avec les faits similaires qui se sont produits à Berlin, Hambourg, Vienne, Helsinki, où encore ?) ? Je n’ai pas cherché à savoir. 

L’essentiel, après les faits, reste en effet le texte de Kamel Daoud, un brûlot, aux dires de ses dénonciateurs. Je l’ai sous les yeux. Il est assez long pour occuper un peu moins des trois quarts d’une page du journal (il y a encore un dessin (1/4) et une publicité (en pied de page). Que lit-on de si répréhensible ? 

Je relève deux phrases : « L’Autre vient de ce vaste univers douloureux et affreux que sont la misère sexuelle dans le monde arabo-musulman, le rapport malade à la femme, au corps et au désir » et : « Le sexe est la plus grande misère dans le monde d’Allah ». Allez, une troisième, pour faire bonne mesure : « On voit le survivant et on oublie que le réfugié vient d’un piège culturel que résume surtout son rapport à Dieu et à la femme ». 

Le reste ? Cela commence par des considérations sur la place que les sociétés européennes font aux immigrés d’origine arabe, l’étroitesse de la place qu’elles sont prêtes à leur faire et sur le peu d’estime qu’ils manifestent à leur égard. Mais cela continue surtout sur de longs développements au sujet de ce qu’est la femme dans la société musulmane. Pour résumer brutalement : la femme n’appartient pas à elle-même, mais, corps et âme, à la société dans son ensemble. 

Ainsi : « Le corps de la femme est le lieu public de la culture : il appartient à tous, pas à elle ». Et plus loin : « Une femme est femme pour tous, sauf pour elle-même. Son corps est un bien vacant pour tous et sa "malvie" à elle seule. Elle erre dans un bien d’autrui, un mal à elle seule. Elle ne peut pas y toucher sans se dévoiler, ni l’aimer sans passer par tous les autres de son monde, ni le partager sans l’émietter entre dix mille lois ». Pour être franc, je n’ai pas tout compris et j’ai du mal à suivre le raisonnement de l’auteur et à discerner quel objectif il cherche à atteindre. Je me dis que toute la tribune de Kamel Daoud se situe dans un registre littéraire, lyrique, poétique. Ce n’est pas en journaliste qu’il aborde le sujet, mais en écrivain, en créateur de littérature : il a écrit Meursault, contre-enquête (prix Goncourt du premier roman, je crois, je ne l'ai pas lu). Il était journaliste, il déclare qu'il abandonne le métier. Il a peut-être raison.

Mais ce n’est pas comme écrivain ou poète que le considère le collectif qui a signé la réplique « Les fantasmes de Kamel Daoud », toujours dans Le Monde, le 12 février. Un collectif de dix-neuf personnes se présentant comme historiens, sociologues, anthropologues, politistes, auxquels se sont joints un journaliste et un philosophe. Que du beau monde ! De l'intello accroché à sa thèse comme un morpion à son poil ! Du sérieux et de l’universitaire comme s’il en pleuvait, pour bien faire nombre contre les assertions d’un détraqué isolé. 

Le papier n'est pas dénué de tonalités de haine, mettant curieusement dans le même sac Daoud, Rachid Boudjedra et Boualem Sansal. Sous un prétexte fallacieux : une fois transportés sur le sol européen, des propos que les polémistes considèrent comme légitimes (parce que minoritaires) sur le sol algérien deviendraient donc inacceptables parce qu'ils se mêleraient au chœur des loups majoritaires et islamophobes. Curieuse façon de tordre les mots. On a compris : les "intellos" en question font la police.

Ils sont tous d’accord pour le traiter de malade (comme les dissidents de l'URSS partaient en psychiatrie). Le coup classique de la mauvaise foi en argumentation : Kamel Daoud propose un regard peu amène sur certains aspects de la civilisation arabo-musulmane, c’est-à-dire un objet de réflexion sur une question d'ensemble ? Eh bien on va s’en prendre à sa personne (« ad rem » versus « ad personam ») pour la disqualifier. Ma parole, quelle volée de bois vert ils lui mettent ! Bizarrement, ils font remonter son papier au 31 janvier (je lis bien "5 février"). 

Que lui reprochent-ils ? De « racialiser ces violences sexuelles ». Je n’en reviens pas : les faits se sont-ils produits, oui ou non ? Leurs auteurs sont-ils d’origine maghrébine et orientale, oui ou non ? Ces universitaires militants sont manifestement dans la dénégation. Ce n’est pourtant pas la première fois qu’on entend parler de la frustration sexuelle et du machisme répressif qui règnent dans les pays arabo-musulmans. Il n’y a pas si longtemps, c’était en Egypte, où les femmes se plaignaient des mains baladeuses et des attouchements – quand il n’y avait pas viol – dans les transports en commun. 

Mais il est interdit, n’est-ce pas, de « racialiser », d’ « essentialiser », parce que ça « stigmatise » indistinctement toute une communauté. Il est interdit de « faire des amalgames ». Il n’y a qu’à voir les réactions qu’a provoquées Patrick Kanner, ministre de je ne sais plus quoi dans le gouvernement de Manuel Valls et François Hollande (si on peut appeler « gouvernement » le gloubi-boulga qui glougloute à la tête de l’Etat français) : pensez, il y aurait des « Molenbeek à la française » en puissance. Que l'assertion soit pertinente ou idiote, peu importe (en argumentation, l'analogie est une autre figure de la mauvaise foi). Je note juste que, illico, c’est la levée des boucliers de toutes les « bonnes âmes de gauche ». Scandaleux, monsieur Kanner !  

J’en conclus que nous sommes dans une sacrée nasse. D’un côté, l’islam, que tout nous porte à croire qu’il ne se fondra jamais dans la  « République Française » : comment voulez-vous que cette masse de gens caressés dans le sens du poil par les « bonnes âmes de gauche » (Edwy Plenel et son ahurissant Pour les Musulmans) se dissolvent dans la société française, la laïcité, la disparition de ses signes identitaires (donc religieux) ? Sachons-le une fois pour toutes : les Arabes qui se revendiquent fièrement musulmans, implantés en France, ne se sentiront jamais complètement français.

De l’autre, les appels de tous ceux qui craignent la montée d’un climat de guerre civile, qui est exactement ce que cherche à provoquer l’ « Etat islamique ». Faut-il nommer les choses comme elles sont, au risque de susciter des oppositions entre « communautés », qui risquent de déboucher sur la violence ? Faut-il rester aveugle sur la réalité au motif que la paix sociale est en jeu ? Nous n’échapperons pas au dilemme. Et sans doute au conflit.

Qu’on le veuille ou non, les musulmans sont installés en France et, pour beaucoup, y ont pris racine. C’est ce qu’on appelle une « situation » : impossible de changer les données. La France déguste les effets des cinquante années qui ont précédé : importation de main d’œuvre pour permettre à l’économie une croissance rarement (ou jamais) égalée, regroupement familial aux conséquences calamiteuses, abandon de l’idée d’assimilation au profit de « l’intégration », lâcheté des autorités municipales qui ont acheté la paix sociale en déléguant des responsabilités aux associations musulmanes, etc. Aujourd'hui, tout le monde serre les miches. Et je ne vous dis pas ce qui se passe quand le sphincter se relâche sous l'effet de la panique : ça pue.

Ma pente à moi me pousse sans aucun doute à nommer les choses, au risque de choquer les « bonnes âmes » et d’attiser les conflits. J'aime mieux prendre le risque de « stigmatiser » qu'euphémiser en refusant de nommer les choses : « Si les signes vous effraient, combien davantage vous effraieront les choses signifiées », dit Pantagruel à Panurge. Je ne vois pas pourquoi il faudrait à tout prix fuir le conflit. Seuls des gens qui n'existent déjà plus par eux-mêmes vivent dans la terreur du moindre conflit. Je me dis que ce sont de semblables « bonnes âmes » qui, en 1938, ont accepté Munich en croisant les doigts pour qu’il n’y ait pas la guerre. Résultat, comme disait Churchill (on remplace "déshonneur" par "lâcheté") : « Vous avez eu à choisir entre la guerre et le déshonneur ; vous avez choisi le déshonneur, vous aurez la guerre ». La guerre on l'a déjà. Je veux dire qu'on a déjà eu le déshonneur.

Je ne vois pas qui pourrait nous sortir de là. 

Voilà ce que je dis, moi.

Note : je mentionne deux autres épisodes de la polémique dont Le Monde s'est fait l'écho. Le 21-22 février, Kamel Daoud répond sur la même page à Adam Shatz, un "ami" qui lui fait des reproches et ne le comprend plus. Drôle d' "ami" en vérité : Daoud pourrait dire, comme je ne sais plus qui : « Seigneur, protégez-moi de mes aùmis, quant à mes ennemis, je m'en charge ». Une page dont les enjeux, tenants et aboutissants me passent largement au-dessus de la comprenette : je l'avoue, je n'ai pas compris ce qu'il fallait comprendre. Et le 27 février, c'est Michel Guerrin qui consacre sa chronique à la défense de l'écrivain algérien.

Dernière minute : belle plaidoirie de Paul Berman et Michael Walzer pour Kamel Daoud dans Le Monde daté du 30 mars. Il faut que ce soient des Américains qui s'y collent !

jeudi, 17 mars 2016

HARO SUR LE CARDINAL

C'est entendu, la pédophilie est répugnante. Immonde, la main baladeuse (et plus si affinités) du curé dans la culotte de l'enfant de chœur. Ignoble, le geste du confesseur qui détourne à son plaisir la pénitence qu'il prescrit à la pénitente. Repoussant, l'usage de l'autorité, par l'aumônier, pour tirer une basse satisfaction personnelle de la confiance que l'enfant ou l'adolescent accorde spontanément à celui qui s'occupe du groupe.

Je note à ce propos que le journal Libération a retourné sa veste pour coller à l'ambiance d'ordre moral qui régente l'époque : il fut un temps, en effet, où il regardait avec attendrissement et complaisance certains adultes qui ne se cachaient pas, voire se vantaient d'éprouver du désir amoureux pour les enfants (Guy Hocquenghem, Gabriel Matzneff, Tony Duvert, Daniel Cohn-Bendit, ...). Comme par hasard, à peu près l'époque des faits que la clameur publique reproche au cardinal Barbarin d'avoir ignoblement couverts. Avant le spectaculaire retournement de tendance, disons-le, un singulier consentement couvrait certaines pratiques de son approbation, muette ou non.

Cela dit, je ne peux pas m'empêcher de m'interroger au sujet de la stupéfiante offensive que les médias lyonnais (plusieurs doubles pages dans Le Progrès ces derniers temps) mènent contre l'Eglise catholique, bientôt relayés par les médias nationaux (Le Monde s'y est mis à son tour), au point que tout le monde connaît ces jours-ci le nom du cardinal Barbarin, primat des Gaules. Même une ministre de l'Education, même le premier parmi ceux-ci participent à la curée contre les curés. Voilà un nom jeté en pâture, de quoi faire une belle chantilly, de quoi faire saliver les téléspectateurs. 

Loin de moi l'intention de défendre la soutane et la calotte, mais je trouve que cette soudaine montée en mayonnaise d'un "scandale" sent mauvais, pour ne pas dire qu'elle pue, et a quelque chose de tout à fait suspect. Pour commencer, comment se fait-il qu'une "association" dont personne n'avait entendu parler ("La Parole libérée") se soit fait, du jour au lendemain, une telle place dans le journal local ? Qu'est-ce qui a poussé Le Progrès à donner un tel écho à ses deux fondateurs ? Qu'est-ce qui a pu leur ouvrir les colonnes du journal ? Qu'on m'excuse, mais la foudre journalistique qui s'abat en ce moment sur les turpitudes supposées du cardinal Barbarin me laisse perplexe. Et même dubitatif.

Ensuite, je trouve incroyable que Valls et Vallaud-Belkacem soient descendus en personne dans l'arène pour y jouer les fauves. Valls, surtout. C'est alors que me revient à l'esprit le lien que Manuel Valls entretient avec les milieux francs-maçons. Me revient aussi l'amitié qui unissait, sous la houlette de Michel Rocard, trois jeunes loups de la politique et de la communication : Manuel Valls, Alain Bauer, Stéphane Fouks. Ci-dessous une photo de quand ils étaient jeunes.

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De gauche à droite : Alain Bauer, Michel Rocard, Manuel Valls, Stéphane Fouks.

Manuel Valls, n'en parlons pas. Stéphane Fouks est le communicant de la bande. Quant à Alain Bauer, en dehors de ses magouilles avec Sarkozy pour devenir quelque chose dans l'université française au mépris de toutes les règles en la matière, on se rappellera qu'un des couronnements de sa carrière eut lieu quand il fut élu Grand Maître du Grand Orient de France. Valls et Fouks, sans être montés aussi haut, sont restés ses "frères", à ce qu'il me semble. Je veux dire francs-maçons.

Je continue à raisonner : lors du vote de la loi scélérate sur le mariage homosexuel, grâce aux aboiements de madame Christiane Taubira, qui appartient à la même confrérie (elle est GdS - ne me demandez pas - de la Grande Loge De France), le cardinal Barbarin n'a pas été le dernier à monter au créneau pour défendre une conception traditionnelle (catholique) de la famille. Et voilà, deux ans plus tard, qu'est déclenchée une offensive sans précédent contre le prélat. On sait la dent que les francs-maçons aiguisent jour après jour pour la planter dès qu'ils le peuvent dans les mollets du catholicisme.

Je ne veux pas tomber dans le complotisme, mais je ne peux m'empêcher de faire le lien : les "frères" ne pardonnent pas. Je l'ai dit : cette affaire sent très mauvais. Pour ne pas dire qu'elle pue.

Voilà ce que je dis, moi. 

lundi, 07 mars 2016

MAUDIT CODE DU TRAVAIL !

Qu’est-ce qui se passe autour du Code du travail ? Quel est l’enjeu des luttes féroces qui se livrent en haut lieu et en bas lieu à propos de ce « Code, l’unique objet de mon ressentiment » ? Un million et plus de signatures pour la pétition qui réclame le retrait du texte. Effervescence en ligne, panique du timonier, reculade gouvernementale, bref, encore une fois le même lamentable spectacle de la panouille intégrale qui sert de ligne directrice à François Hollande, depuis que l’inconséquence des Français l’a porté au pouvoir. 

Je me moque de savoir ce qui se passe sous les jupes et dans les dessous peu affriolants des calculs politiques à court terme autour de cette affaire. Quelles seront les modifications acceptées par Manuel Valls ? Peu importe : ce qui compte, c'est le mouvement général dans lequel s'inscrivent toutes les remises en cause des "droits" des travailleurs, un peu partout en Europe et dans le monde. La consigne est partout la même : il faut s'aligner sur le plus bas.

Car on peut deviner ce qui se trame derrière les clameurs de Gattaz, du patronat et de tous ceux qui poussent, soit à la démolition pure et simple de ce monument de tracasseries qui empêche les chefs d’entreprise d’embaucher et de licencier à leur gré ; soit, ce serait un minimum, de simplifier les procédures, de garantir les droits des salariés tout en injectant du lubrifiant dans les rouages des entreprises. 

On nous sort à tout bout de champ l’épaisseur du Code du travail, ses obscurités, ses contradictions, ses jurisprudences alambiquées, et on le compare au Code suisse, limpide, lui, et réglé comme un coucou.

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Gaston Lagaffe en train de repeindre le coucou de son coucou suisse.

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Gaston Lagaffe n'a rien compris au marché du travail.

Je veux bien croire qu’en matière d’emploi, un effort de clarification et de simplification des règles est nécessaire. Mais pour embêter les entreprises, il n’y a pas que ce maudit Code : il me semble que les normes (françaises, européennes) auxquelles elles doivent se conformer ne sont pas pour rien dans les tracasseries qu’elles subissent. 

Et puis quand on nous parle de chômage et d’emploi, on nous raconte beaucoup de bobards. Le premier est que la complexité du Code est la cause du chômage : le Code a bon dos. Et si, Code ou pas Code, la France perdait des emplois, tout simplement, à cause de la diminution du travail productif ? Et puis Hollande gave le MEDEF de cadeaux. Et puis on nous serine : « Plus de flexibilité sera favorable à l’emploi ». Rien n’est moins sûr, monsieur Gattaz : où est-il votre million de créations ? Perdu en route.

Et puis prenez le déficit "astronomique" (paraît-il) de l’UNEDIC. Deux solutions simples pour résoudre le problème : primo, cesser de l’obliger à participer au financement de Pôle emploi ; deuxio, pénaliser les entreprises qui recourent abusivement aux contrats précaires pour occuper des postes indispensables, ce qui alourdit notablement sa barque. 

Non, moi, ce que je vois se profiler derrière la guerre faite au Code du travail, c’est autre chose, et c’est plus grave. Car il faut savoir que, partout où ont été menées de « courageuses réformes du marché du travail » (Allemagne et Grande-Bretagne pour commencer), partout où l’on a « assoupli les règles », le nombre de travailleurs pauvres a explosé, et les inégalités se sont démesurément accrues. Et les "journalistes" perroquettent la doctrine officielle : ces pays ont un taux de chômage remarquablement faible. Moi, les statistiques, je n'admets que "celles que j'ai moi-même trafiquées" (Churchill).

Il ne suffit plus d’avoir le privilège de bénéficier d’un emploi pour espérer échapper à la pauvreté. Travailler plus pour gagner moins ! Sarkozy n'avait pas pensé à ça. Remarquez, il y avait déjà les éleveurs français qui payaient pour travailler, parfois jusqu’à ce que mort s’ensuive. Ça montre la voie. Moralité : les dirigeants français sont en train d’admettre, de programmer et d’administrer l’appauvrissement des populations européennes. Les peuples ont perdu la guerre.

Ce qui se profile derrière la réforme du Code du travail, c’est ce que pointe Alain Supiot dans son excellent bouquin : La Gouvernance par les nombres (Fayard, 2015). Le message principal de l’ouvrage, enfin, ce que j’en retiens d’essentiel, c’est que le système économique que l’ultralibéralisme a installé (l’économie financiarisée au profit des seuls actionnaires) prévoit tout simplement d’abolir les lois qui régulent encore, pour un temps, la production et les échanges. Comme le dit le dirigeant d’une grande entreprise : « La régulation est un obstacle à l’innovation ». Ah, chère humanité, que serais-tu sans la déesse « Innovation » ? 

Tout ce qui régule l’économie est considéré par les grands acteurs qui interviennent sur les « Marchés » comme un obstacle à la bonne marche des affaires. Il faut « déréguler », on vous dit, dans un régime de « concurrence libre et non faussée ». L’Europe qui est  en place, pour le plus grand malheur de ses citoyens, est une illustration exacte du processus en cours. Les négociations secrètes qu’elle est en train de « conduire » avec les Etats-Unis (TAFTA ou TTIP) sont un pas de plus vers la disparition de toute régulation de la production et des échanges. Devinez au profit de qui ça se fera.

Comme le dit Alain Supiot, la loi (ce qu’il appelle « hétéronomie » : pourquoi pas ?) est ce qui s’impose indistinctement à tous les acteurs : elle surplombe, parce qu’elle a plus d’autorité et de pouvoir que tous les acteurs privés réunis. Tout le monde est contraint de s’y soumettre, et les infractions sont, en théorie, punies par les tribunaux. Or, dans le système que les plus grands acteurs privés de la production et des échanges sont en train d'installer, il est entendu que ce ne seront plus des lois qui gouverneront, mais des contrats. Kolossale finesse ! Vous avez compris : plus de règles qui s'imposent à tous indistinctement ! Tout est négociable ! Et comme dans toute négociation, on prévoit déjà de quel côté penchera la balance : celui du plus fort. 

La grosse différence entre une loi générale et un contrat, c’est que la loi est universelle (dans la limite des territoires où elle s’applique), alors que le contrat se négocie : vous mordez le topo (comme dit San Antonio) ? Le contrat en lieu et place de la loi, cela signifie que ce qui se trame, autour du Code du travail (qui est une loi), c’est la Grande Privatisation de Tout. C'est la Grande Confiscation des Richesses par une élite minuscule. Cela signifie, par conséquent, la disparition du bien public, l’élimination de ce qui s’est appelé dans le passé le "bien commun". Cela signifie aussi l’effacement de ce qu’on appelle encore, par abus de langage, la « puissance publique ». Cela signifie que les populations seront mises aux prises avec les « forces du Marché », mais pieds et poings liés. Et avec la complicité active de ceux qui gouvernent. 

Sale temps pour les humains en perspective. 

Voilà ce que je dis, moi.

Note : j'entends à l'instant un nommé Pierre Cahuc, chercheur en économie, accuser son contradicteur de ne pas lui répondre sur le terrain de l'économie, mais de la politique. Il lui reproche de se référer à des articles parus dans des revues non académiques : « Lisez les revues académiques, jeune homme ». Eh, espèce de foutriquet, ravale tes mensonges. Tu crois vraiment que l'économie est une science exacte ? Tu crois qu'on va la gober, cette fable d'une pure discipline de laboratoire ? Et sur le plateau de France Culture, tout le monde a l'air d'accord pour ne pas parler de politique au moment où l'on parle d'économie. Le mensonge est là : il n'est pas possible de faire de l'économie sans faire en même temps de la politique. S'intéresser à l'économie, c'est se demander quel modèle de société on veut. Si ce n'est pas de la politique, ça !

Si l'économie n'est pas de la politique, je ne sais plus ce que parler veut dire !

samedi, 20 février 2016

I'M A POOR LONESOME COWBOY

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SUR LA PISTE DES DALTON (N°17)

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Réforme de l’orthographe, donc ? Les gens savants et les gens instruits s’étripent. D’un côté (lequel ?), il faut enseigner les règles, et il est impardonnable qu’une langue écrite qui a donné au monde et à la civilisation des œuvres qui font de la France un élément irremplaçable du patrimoine de l’humanité. 

De l'autre, le français étant une langue compliquée, c’est entendu : simplifions-la. Modernisons-la. Réformons-la. Mettons-la à la portée des paresseux. Pourquoi se casser la tête avec les noms composés, les adjectifs de couleur et les accords du participe passé ? 

Ce qui est inadmissible, dans la langue française, c’est que, dans son ensemble, elle est constituée de façon totalement arbitraire. Comment un esprit rationnel peut-il supporter les aberrations constatées dans son orthographe ? Et ce ne sont pas les esprits rationnels qui ont manqué pour proposer d’en finir avec l’arbitraire orthographique, comme la nation avait mis fin à l’arbitraire royal en zigouillant sa principale figure. 

Je pense évidemment à Raymond Queneau, qui ouvre son roman célébrissime Zazie dans le métro sur cette phrase mémorable : « Doukipudonktan, se demanda Gabriel excédé ». Et je signale que dans ses Essais, Montaigne, orthographie l’expression « A cette heure », selon les moments ou selon l’humeur : « A cette heure, … asteure, … voire asture ». 

Ceci dit, cet étripage médiatique entre sans-culottes et réactionnaires me semble typiquement ce que Le Canard enchaîné appelle des « paroles verbales », parce que, sans rien dire à personne, l’orthographe du français se réforme tous les jours. On peut en effet compter sur l’ingéniosité et la créativité orthographiques des collégiens et lycéens, pour inventer avec persévérance un français qu’on ne trouve pas dans les dictionnaires. 

C’est ainsi qu’il existe des « tâches ingrasses » ; que « Pierre et Marie Curry » sont de grands savants ; que certaines musiques font entendre un « quincophonie » ; que les enfants, à force de jouer à la playstation, « ne savent plus jouer à colamaya » ; que les « téléspacteurs » passent trop de temps devant la « télévion » ; qu’on admire l’œuvre du sociologue « Pierre Bondieu » ; que « le mariage est représentateur de l'esclavitude » ; qu'un « cinémaste » filme à partir de « sénariaux »… etc. On n'en finirait pas. Autant de suggestions pour les réformes futures de l'orthographe.

A suivre « Ali Bitume » : tout un chacun serait à même de réécrire à sa façon La Foire aux cancres, cet énorme succès de librairie. C’était en 1962. 

C’était le bon temps. Depuis, tranquillement, tous les jours, le progrès orthographique fait rage. 

Rien ne sert de s'insurger : les grandes douleurs sont muettes.

Voilà ce que je dis, moi.

jeudi, 04 février 2016

DÉCHÉANCE FRANÇAISE

Qu’elle était belle, la patrie des droits de l’homme, du temps de … du temps de … de quel temps, au fait ? On n'arrête pas de parler de déchéance de la nationalité, sans se poser aucune question au sujet de la légitimité de la double nationalité. Pourquoi cette possibilité est-elle offerte ? Il y aurait motif à y voir une injustice. Ben oui : à l'égard des pauvres Français qui n'en ont qu'une. Les Franco-Français, quoi.

Déchéance de nationalité, donc. Un moyen de communication très commode pour jeter un brouillard opaque sur la question fondamentale : l'installation durable de la France dans le régime de l'état d'exception. Quelques voix s'élèvent pour alerter sur la fin de l'état de droit que ce coup de force entraîne. On ne les entend guère. C'est toute l'idée que les Français devraient se faire de la France qui, par le fait, déchoit. 

Français, prenons plutôt exemple, une fois n'est pas coutume, sur Tarek Oubrou, l'imam de Bordeaux, qui a reçu des menaces de mort parce qu'il n'est pas assez "islamique", mais que ça n'a pas empêché de refuser la proposition d'une "protection rapprochée", avec gardes du corps. Ne changeons rien à notre façon de vivre. Les "Sentinelles" doivent retourner dans leurs casernes. Et tous les services (police, renseignement, ...) doivent faire leur boulot. Qu'on leur en donne les moyens par autre chose que des pouvoirs accrus.

Regardez-la, aujourd’hui, la patrie des droits de l’homme. L’œil sur les résultats de sondages massivement (paraît-il) favorables aux mesures d’exception, le chien Cerbère (Hollande-Valls-Cazeneuve), depuis le 13 novembre 2015, de ses trois gueules béantes, gronde, aboie, mord tous les "suspects" qui passent à portée de ses crocs. 

Pierre Grimal, dans son irremplaçable Dictionnaire de la mythologie, écrit : « Cerbère est le "chien de l'Hadès", l'un des monstres qui gardaient l'empire des morts et en interdisaient l'entrée aux vivants ».

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Cerbère s’apprête a pérenniser l’état d’urgence en l’inscrivant dans la Constitution. Mais ça ne lui suffit pas : il s’apprête à faire voter une loi sécuritaire – une de plus – destinée à transférer toujours plus de pouvoirs et de liberté d’action des instances judiciaires vers les instances administratives. 

Et s’il faut vraiment croire que les sondages ne sont pas si fantaisistes que j’ai tendance à le croire, les Français applaudissent, réclament toujours plus de sécurité, de répression préventive. Les Français préfèrent les flics à la justice.

J'en conclus que, les Français, en conséquence, méritent Cerbère. Ils ne se rendent pas compte que Cerbère fut le gardien des Enfers. Je leur rappelle malgré tout comment finit la phrase de Pierre Grimal citée plus haut : « ... et en interdisait l'entrée aux vivants mais surtout, il empêchait d'en sortir ». A bon entendeur.

Et je crains que les trois têtes de son actuel descendant s’apprêtent à bouffer ce qui reste de leur âme. Et nul Héraclès aux alentours pour museler le monstre.

Cette France-là n’est pas la mienne.

Voilà ce que je dis, moi.

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vendredi, 22 janvier 2016

MORT AU CUMUL DES MANDATS !

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Dans Le Progrès du mercredi 20 janvier 2016.

Eh oui, Gérard Collomb : difficile de se multiplier. Sénateur, maire de Lyon, président de la Métropole : trois métiers, trois vies, trois rentrées d'argent. Si ce n'est pas une preuve qu'il faut en finir avec le cumul des mandats !

La France en a marre des sangsues ! Merci au Progrès ! Merci à Geoffrey Mercier, qui ne doit pas beaucoup l'aimer, le Gégé ! Il a raison : Gérard Collomb est un symbole de l'agonie de la vie politique en France, et de sa confiscation par une caste monopolistique.

Après les "printemps arabes", c'est pour quand le "printemps français" ? Allez, reprenez après moi : « Dégage ! ».

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jeudi, 21 janvier 2016

NÉO-RÉAC ET FIER DE L’ÊTRE

Double page « Débats » dans Le Monde daté 19 janvier : « Les néoréacs ont-ils gagné ? ». Ah, que l’intention est belle et noble ! Nicolas Truong, journaliste, fait précéder son article de présentation du « chapeau » suivant : « Le succès d’audience politique et l’hégémonie médiatique des antimodernes ou des néoconservateurs est-il le signe d’une dérive droitière en France ou provient-il de leur capacité à nommer le mal qui ronge nos sociétés ? ». L’alternative proposée a un air d’honnêteté à première vue. A ceci près que je m’étonne de l’expression "audience politique" : je ne savais pas que Finkielkraut, Onfray ou Zemmour (portraiturés en la compagnie bizarre de Patrick Buisson) avaient été nommés conseillers de nos plus hauts responsables politiques, dont ils ne pensent en général pas beaucoup de bien. 

Quant à "hégémonie médiatique", je suis très mal placé pour en juger, dépourvu que je suis de cet appareil qu’on appelle « télévision », pour un motif que je persiste à estimer crucial, déterminant, vital, prépondérant, bref : capital. Comme Günther Anders et Guy Debord, je pense en effet qu’avec le poste de télévision installé en bonne place au salon, est juridiquement constitué le délit d’atteinte à la liberté individuelle. Je ne suis donc pas en mesure d’évaluer la force de l’emprise des « néoréacs » sur les plateaux. Contrairement à Philippe Sollers, qui osait dénier à Louis Althusser la qualité de "penseur" du seul fait qu'il n'avait pas la télévision, je crois qu'il est plus facile de continuer à penser quand on n'est pas encombré de cet objet intrusif. Je préfère m'en remettre au concept de "spectacle", élaboré par Guy Debord (voir mon billet du 18 janvier).

A voir l'armée des boucliers qui se lèvent dès qu’un de ces individus suspects ouvre la bouche, j'ai plutôt l'impression que le mot d’ordre est très généralement de faire taire les "néoréacs" sous le déluge des réactions scandalisées. On peut faire confiance au chœur des flics de la pensée pour veiller comme des vestales vigilantes sur le consensus moral, moralisant et moralisateur, dans lequel ils s’efforcent de bétonner toute l’époque, à coups de glapissements. Voir par exemple la façon dont Michel Onfray, qui a été récemment vomi par les cent bouches de la déesse dont parle Georges Brassens dans "Trompettes de la renommée" (« Pour faire parler un peu la déesse aux cent bouches, Faut-il qu'une femme célèbre, une étoile, une star, Vienne prendre entre mes bras la place de ma guitare »), s'est senti obligé de fermer sa page fesse-bouc et son « fil twitter ». 

La haine de ces sentinelles de la "Nouvelle Vertu" pour ceux qui commettent des infractions à l’ordre qu’ils veulent faire régner a quelque chose de stupéfiant, et pour tout dire d’incompréhensible. Dans ses pages « Débats », Le Monde se garde bien entendu de trancher, et Nicolas Truong veille soigneusement à ne pas déroger à la sacro-sainte règle de neutralité, qui maintient la ligne du journal dans un juste-milieu de bon aloi, équidistant des extrêmes. Inattaquable.

Enfin, quand je dis "soigneusement", j’exagère. Certes, Nicolas Truong donne la parole à Alain Finkielkraut, et son interview peut donner une impression d’impartialité. Mais il ouvre dans le même temps les colonnes du journal à deux guerriers de la "Nouvelle Vertu" : l’historien Daniel Lindenberg et la sociologue Gisèle Sapiro, qui font jaillir, du haut des chaires universitaires où ils vaticinent, le venin capable de renvoyer l’ennemi déclaré dans le néant dont il n’aurait jamais dû sortir. Comptez : un neutre, un pour, deux contre. Le combat était inégal avant même la publication.

Le point commun, dans l’argumentation de ces deux mercenaires, c’est de ranger les intellectuels « néoréacs » parmi les responsables de la montée de l’extrême-droite : Sapiro fait référence au mouvement allemand « Pegida », Lindenberg à l’ancien conseiller de Nicolas Sarkozy, Patrick Buisson. Lindenberg accuse même les « néoréacs » de véhiculer « une authentique rhétorique d’extrême-droite », quand Sapiro fait mine de s'alarmer de leur succès médiatique « alors que le FN est en pleine ascension ».  L’intention, au moins, est claire : disqualifier l’adversaire en le faisant complice de supposés fascistes. Finkielkraut faisant le jeu de Marine Le Pen, l'hypothèse est tellement courge que je ne la discute même pas.

Ce qui apparaît de façon lumineuse, en tout cas, c’est la dissymétrie entre les argumentaires des uns et de l’autre. Alain Finkielkraut porte un regard sur l'ensemble de l'époque : « Je cherche seulement à penser le présent selon ses propres termes. Je le dépouille ainsi des oripeaux dont le revêt la prétendue vigilance et je suis traité de néoréac parce que je dis : "Le roi est nu" ». Finkielkraut mène une analyse du monde tel qu’il va. Il se contente de dire, à la suite de Guy Debord et de Philippe Muray, que le monde et l'humanité vont très mal. Il a quitté les rangs des choristes de l’Empire du Bien, c’est ce que ceux-ci ne lui pardonnent pas. 

Car la dissymétrie est là : autant Finkielkraut parle du monde, autant Sapiro et Lindenberg parlent de Finkielkraut. Je veux dire que, si l'un parle du monde, les autres parlent de la personne qui a parlé. Quand celle-ci développe une argumentation « ad rem », ceux-là se déchaînent « ad personam ». Le coup classique : quand un argument t'embarrasse, il suffit d'attaquer la personne qui l'a proféré. Dans la plupart des cas, ça marche, devant les badauds.

Daniel Schneidermann avait utilisé la même ficelle, en son temps, dans Le Monde diplomatique (mai 1996) contre Pierre Bourdieu (que je n'aime pourtant guère), en réponse à l’article où celui-ci tirait les conclusions de son passage dans son émission Arrêt sur images, article intitulé « Peut-on critiquer la télévision à la télévision ? ». Schneidermann, dont j’estime le travail par ailleurs, n’avait pas aimé du tout, et s’en était pris à son invité en l’accusant, entre autres, en jouant sur son nom, de se prendre pour Dieu, si je me souviens bien. J'avais trouvé ça assez bas.

En gros, les « néoréacs » posent un diagnostic sévère sur l’état actuel du monde, alors que leurs accusateurs insultent les personnes qui osent un tel diagnostic. Coup classique, certes, mais infâme. Nicolas Truong pose d’ailleurs la question : « … et si ces néoconservateurs avaient raison ? ». Passons sur les qualifications d' "antimodernes" et de "néoconservateurs", bien qu'il y eût eu à dire. Eh oui, pendant que le sale gosse Alain Finkielkraut est le seul à dire que le roi est nu, alors que la foule des courtisans fait semblant de s’extasier sur la somptuosité de ses vêtements transparents, Daniel Lindenberg et Gisèle Sapiro intiment l’ordre au sale gosse de se taire : il ne faudrait pas, en disant la vérité, désespérer le peuple, on ne sait pas ce dont il serait capable. Cela pourrait créer du désordre.

Cela n’empêche pas Gisèle Sapiro d’avouer sa niaiserie profonde. Devinez comment elle conclut sa diatribe imbécile. Tout simplement en posant la question qu’elle n’aurait jamais dû oser poser. Car après avoir déversé son venin, voici ce qu’elle écrit : « Ils "passent" bien à la télévision ou à la radio. Cela contribue-t-il à expliquer ce qui n’en demeure pas moins un mystère, à savoir, pourquoi ils suscitent un tel intérêt auprès du public ? ». C'est un aveu de défaite, en même temps que d'incompétence fielleuse. Traduction : si le gars a du succès, la teneur de ses propos n'y est pour rien, c'est juste parce qu'il est télégénique.

Traduction bis : pourquoi les gens en redemandent, de ces salauds de « néoréacs », au lieu de nous écouter religieusement, nous qui savons ("de toilette", réplique Boby Lapointe) dire les mots qu'il faut pour rassurer ? Daniel Lindenberg et Gisèle Sapiro ne sont pas des menteurs professionnels. Ils haïssent seulement les porteurs de vérités désagréables. Et le "public" représente à leurs yeux un insondable mystère. J’imagine que leur gagne-pain est lié à la conviction qu’ils affichent dans l’entreprise systémique de dénégation du réel. Sapiro n'est pas près de se faire écouter du peuple. Non, je ne crois pas, contrairement à ce que nous serinent les sondages, que les gens "ont peur", "sont angoissés", et tout ça. J'ai plutôt l'impression que les gens se disent, jour après jour : quel sale monde que le monde qui s'annonce ! Et tous ces guignols qui font semblant de le trouver radieux !

Car Sapiro avoue ici, ingénument, son ignorance de l’essentiel, à savoir ce qu’attendent les gens. Ce qu’ils attendent ? Que ceux qui causent dans le poste leur disent enfin la vérité sur le monde réel. Oui, monsieur Truong, ils attendent des responsables un peu de courage, celui qu’il faut pour « nommer le mal qui ronge nos sociétés », comme vous écrivez. "Nommer le mal" ! Et je peux vous dire que ce mal s’appelle le Mensonge. Et les gens n’en peuvent plus : si on ne leur donne pas la vérité, c’est normal qu’ils préfèrent mettre la tête sous l’aile et s’abstenir aux élections. Leur taux d’abstention est proportionnel au mensonge que les pouvoirs leur servent jusqu'à la nausée. Qui ose aujourd'hui "nommer le mal" ? Je ne vois que les « néoréacs ».

Car la vérité du monde aujourd’hui n’est pas belle à voir. Economie ? Le travail manuel remplacé par des robots, le travail intellectuel remplacé par des logiciels et des algorithmes : c'est promettre la fin du travail et le chômage de masse à perpétuité. Finances ? Soixante-deux bonshommes possèdent autant à eux seuls que la moitié de l’humanité. Politique ? Extinction des idées et des projets, omniprésence de la soif quasi-mafieuse de pouvoir. Ecologie ? Sale temps pour la planète. Et je laisse de côté les migrants, l’islam, Daech, la violence, les guerres en cours, les guerres à venir, …. Franchement, il est dans quel état, le monde ? Ceux qui causent dans le poste ne sont visiblement pas de ce monde-là. Ils doivent péter de trouille en envisageant le jour où les yeux des foules s'ouvriront.

Car il faut rester optimiste, se cramponner au "tout va bien, nous avons les choses bien en main". Alors exterminons les oiseaux de mauvais augure. Mettons à mort le messager porteur de mauvaise nouvelle. A la lanterne, les lanceurs d’alerte. On peut compter sur Daniel Lindenberg et Gisèle Sapiro pour leur passer le nœud coulant. 

Je ne remercie pas Le Monde d'avoir donné la parole à deux faussaires, tout en faisant mine d'apporter sa contribution à un grand "débat de société". Qui peut encore croire que c'est le discours des « néoréacs » qui domine toute la scène intellectuelle ? Le Monde apporte ici la preuve du contraire.

La réponse à la question du début, c'est : les « néoréacs » ont perdu. Et ce n'est pas une bonne nouvelle.

Voilà ce que je dis, moi.

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mercredi, 13 janvier 2016

THÉ ET FRATERNITÉ, VRAIMENT ?

L’emprise de l’islam sur les débats nationaux en France est de plus en plus grande. L’islam, un des principaux thèmes de nos controverses préférées, est, en une quinzaine d’années, devenu un centre de gravité de toutes les attentions. Cette omniprésence de la religion musulmane sur le devant de la scène médiatique est, en soi, fondamentalement anormale, et constitue en soi une atteinte à l’identité nationale de la France. Obliger les Français à se situer par rapport à une religion est en soi un formidable retour en arrière.

Ce seul fait donne des raisons légitimes d’en vouloir à l’islam en tant que tel, quelles que soient les modalités des pratiques religieuses de ses fidèles, pour avoir obligé les Français à se préoccuper de ce problème – puisqu’il y a problème. Et les Français auraient raison d’en vouloir à l’islam en tant que tel parce que, à ce qu’il paraît, l’islam, ils n’en ont strictement rien à faire : ils ont d’autres chats à fouetter. Ceux qui vont accrocher des têtes de cochon à la porte des mosquées sont des tarés, c'est entendu : on sait à peu près d'où ils viennent. Ce que les Français ne supportent pas, c'est qu'on leur empuantisse l'atmosphère avec de l'eau bénite, qu'elle vienne de La Mecque ou d'ailleurs.

Le bruit médiatique entretenu autour de l’islam, en France, offre une chambre d’écho absolument inespérée aux propagandistes islamiques de tout poil, y compris ceux qui se rasent le menton tous les matins. Ainsi, cette opération « Portes ouvertes » dans les mosquées le samedi 9 janvier, doublée de l’opération « Thé de la fraternité », doit être considérée comme une opération de propagande en faveur de cette religion intruse : intruse parce que religion suscitant un débat aux effets fratricides. Et notre minuscule président a encore amplifié les effets de cette campagne publicitaire en mettant gratuitement sa haute fonction au service de la Grande Mosquée de Paris. Remarquez qu'il avait déjà fait le coup dans une synagogue. Et personne ne se demande s'il fréquente les églises.

Il paraît qu’il faut « lutter contre l’islamophobie », « combattre la stigmatisation », « fuir les amalgames ». Tels sont les « éléments de langage » que la langue de bois du politiquement correct enjoint à tous d’adopter, sous peine de poursuites judiciaires. Qui est islamophobe, en France ? Suffit-il, pour être ainsi qualifié, de dénoncer la pollution de l’espace public par une question qu’aucun Français ne se poserait si on ne la lui mettait pas sous le nez à chaque instant ? 

Si c’est comme ça, alors oui, j’exige qu’on me considère comme islamophobe. Mais je récuse formellement l’appellation. J’ai le droit de vivre dans un espace public religieusement neutre, et j’exige qu’on le respecte. Or ce droit est violé en permanence par toutes sortes de malfaiteurs, à commencer par celui qui a le culot de prétendre qu’il nous représente en chef. A quelle instance dois-je m'adresser pour porter plainte ?

Et la loi établissant cette neutralité religieuse de l’espace public est allègrement et quotidiennement piétinée par des responsables politiques et médiatiques qui en appellent à la « tolérance » envers des comportements qui la bafouent, effrontément et en toute impunité. Et qui sont prêts à recourir à la force des tribunaux à l’encontre des « fauteurs de troubles » qui ont le toupet de ne pas hurler avec les loups du « consensus national ». En vérité, il n’y a pas de consensus. Il n’y a de consensus que parce qu’on fait taire ceux qui le refusent, en commençant par les traiter de « fachos ». Demandez-vous maintenant pourquoi le Front National prospère dans les urnes.

Et que tout le monde sache qu’on n’hésitera pas à se porter partie civile, si ces « fachos » persistent ou font mine de devenir trop visibles. En réalité, toutes ces bonnes âmes qui en appellent au « dialogue apaisé » et à « l’écoute réciproque » dans l’indispensable « débat démocratique », sont incapables de dialoguer, atteintes de surdité profonde et détestent le débat. Elles ne tolèrent votre point de vue que s’il entre exactement dans le moule du leur. Sinon, gare au bâton du gendarme : la panoplie judiciaire est assez complète pour vous tenir en respect et vous contraindre au silence. 

La société et la nation française sont en train de se faire bouffer de l’intérieur à cause, d’une part, de l’appétit des rats qui ont trouvé un succulent fromage et se préparent à un banquet revanchard sans précédent, et d’autre part de pleutres dont l'immonde et tragique lâcheté consiste à refuser de nommer les choses et d’appeler l’ennemi par son nom, sous prétexte de ne vouloir stigmatiser personne.

Celui qui est étranger à notre civilisation, il n’y a pas à tortiller du derrière, c’est l’islam, qu’il soit « modéré » ou « radical », parce qu'il refuse totalement, par principe, de séparer, comme les Européens le font, le religieux, le social et le politique. Il est de notre devoir de ne pas faire semblant de croire que tout est en tout et réciproquement. Il est de notre devoir de ne pas transiger sur les principes (je n'ai pas dit "valeurs") qui fondent notre société.

La civilisation européenne a su instinctivement, dès le départ, pourquoi elle a combattu la civilisation arabe : parce que l'islam lui faisait la guerre et voulait la soumettre et la faire disparaître. Cela fait du christianisme originaire et de l’islam deux univers définitivement incompatibles et irréconciliables. Il est raisonnable de penser que les deux peuvent aujourd'hui vivre en paix, voire en bonne intelligence, mais à condition qu'on se respecte mutuellement, et que l'un des deux partenaires ne passe pas son temps à enfreindre la règle de neutralité religieuse. Il n'y a pas de respect s'il n'y a pas réciprocité.

L’ahurissement me gagne quand j’entends le dessinateur Olivier Ranson, juif revendiqué à l’antenne (France Culture, « Le Secret des sources », 9 janvier), applaudir la couverture du Charlie Hebdo de la semaine, qui proclame : « Un an après, l’assassin court toujours », montrant un dieu indéterminé, un dieu œcuménique et consensuel en quelque sorte, déclarer doctement, la main sur le cœur : « Nous avons tous le même dieu ». Texto !

Tout faux, Ranson ! Menteur ou ignorant, Ranson ! C’est en toutes lettres dans le Coran, dans des affirmations réitérées de nombreuses fois : Dieu est unique, il n’a jamais engendré, c’est être dénégateur que de le prétendre, et il n’a donc aucune progéniture. Maudits soient les « associants » (= chrétiens ou polythéistes) ! Ça, c’est évidemment pour massacrer la Sainte Trinité : les chrétiens adorent un faux dieu. Le lecteur sait peut-être ce que j’en pense et n’en pense pas. Il ne faut pas avoir bac+12 pour se rendre compte que le dieu des chrétiens n’a rien à voir avec celui des musulmans : incompatibilité d’humeur ! Pour le dieu juif, je m’en remets à d’autres compétences, attendu que celui-ci ne fait pas de prosélytisme. A l’heure actuelle, l’islam recrute à tour de bras, ça fait une sacrée différence. 

L’islam est, historiquement, un ennemi religieux du christianisme et du judaïsme, mais c’est aussi un ennemi intellectuel et un ennemi culturel. Un ennemi de civilisation. Nous autres, Européens, n’avons rien à voir avec la religion musulmane, excepté dans des enclaves (Bulgarie, Bosnie, Albanie) qu’il convient de considérer comme des exceptions. L’Européen a inventé l’humanisme et les Lumières PARCE QU’il n’était pas musulman. En terre d'islam, pas de liberté de conscience. En terre d'islam, un Raif Badaoui peut être condamné (1000 coups de fouet + prison) pour "insulte à l'islam". Si l'Europe avait été islamisée, elle en serait restée au moyen âge. Et ce n’est pas parce que, selon Weber, puis Gauchet, le christianisme est « la religion de la sortie de religion », qu’il faut renoncer à cette civilisation que les Européens ont seuls (enfin, pas tout à fait) façonnée et portée à son point sublime (je n'examine pas ce qu'en a fait l'Amérique protestante). 

Toute l’histoire de l’Europe marque un refus de l’islam. Et il faudrait que l'Europe l'accueille benoîtement aujourd'hui ? Qui veut nous faire avaler cette fable ?

Sachons qui nous sommes et d'où nous venons. Et soyons forts, au lieu de nous aveulir comme des gastéropodes.

Voilà ce que je dis, moi.

Note : les attentats islamiques et sexuels qui ont eu lieu à Cologne, Hambourg, Berlin et quelques autres villes allemandes (mais aussi en Suède, en Autriche, en Finlande, où encore ?) pendant la nuit de la Saint-Sylvestre nous apprennent que, si les Européens sont en paix avec tout le monde, des gens bien déterminés ont déclaré la guerre à l'Europe. Et les dirigeants européens seraient peut-être bien inspirés d'envisager sous cet angle-là le problème des « Migrants » dans son ensemble. On érigera un monument aux "Grands Sentiments" quand ils seront devenus des universaux incontestés. En attendant, restons réalistes.

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mercredi, 30 décembre 2015

LA DEMI-NATIONALITÉ

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LE BI-NATIONAL ET LE FRANCO-FRANÇAIS

La nationalité, en gros, je sais ce que c’est. Droit du sol : tu as l’identité du pays où tu es né. Droit du sang : tu as la nationalité des parents dont tu es né. Mais la « double nationalité », ça veut dire quoi ? Que tu as deux « demi-identités ». Moitié chèvre, moitié chou. 

Je me demande si un Normand répondrait « p'têt ben qu'oui p'têt ben qu'non », si on lui demandait s'il est Français. A prendre les choses de façon purement arithmétique, un Français qui a la double-nationalité, en toute logique, est un Français "à moitié".

Remarquez, il y a bien des « bisexuels » (et pourquoi pas tri-, il y a bien des triporteurs ?), pourquoi pas des bi-nationaux ? Dans ces conditions, je me demande un peu ce qui leur prend, à ceux qui se sont mis à hurler, quand Hollande, dans un de ses habituels calculs sataniques pour emmerder les adversaires politiques, a dégainé la « déchéance ». 

Soutenir, comme le font plusieurs au PS, que tous les bi-nationaux pourraient se sentir visés et considérés comme des citoyens de seconde zone est purement et simplement farcesque. D'abord parce que nul n'est obligé d'opter pour la double nationalité (34% chez les gens d'origine algérienne, 48% chez ceux d'origine turque). Ensuite parce que s'ils se sentent visés, c'est qu'ils ont de mauvaises intentions. 

Après tout, ce ne serait jamais que la déchéance d’une demi-nationalité. Car les bi-nationaux, qu’on m’excuse, ne sont que des « demi-nationaux ». Atteinte au « droit du sol ! », hurlent certains. Qu’on m’excuse, mais la déchéance, dans ce cas, ne serait qu’une « demi-déchéance », ou plutôt une agression contre le droit du « demi-sol ». Mais c'est quoi, au juste, un demi-sol ?

Mais si : un pied sur le sol français, un pied sur un sol étranger. A la rigueur, on pourrait considérer ça comme l’amputation d’un pied. Car il resterait l’autre pied. La personne pourrait rentrer dans son autre demi-patrie. A cloche-pied, certes, mais. 

Je trouve déjà que la France est assez bonne fille, en accordant à des demi-nationaux les mêmes pleins droits qu’aux Franco-Français. Les Franco-Français n’auraient-ils pas quelque raison de se sentir lésés ? Quelque raison de réclamer l’estampille « doublement-français » ? Soyons bon prince : je me contenterai de "Franco-Français". 

Moralité : je ne vois aucun inconvénient à déchoir de sa demi-nationalité un demi-Français qui prendrait les armes contre l'un de ses deux demi-pays.

Un pays qui n'est que sa demi-patrie. 

Et si c'était la double-nationalité qui était une aberration ?

Voilà ce que je dis, moi.

Note : je n'en démords pas. Pendant que la « gôche » s'étripe sur la déchéance de nationalité, plus personne ne parle de l'essentiel : l'état d'urgence, et sa prochaine inscription dans le marbre de la Constitution. Il faut le reconnaître : Hollande a joué ce coup-là de main de maître. Parce que franchement, jeter aux chiens un bel os à ronger pendant qu'il commet son effraction dans la grande demeure nationale, cela devrait lui valoir le titre glorieux de "Roi de la Cambriole".

Plus fort qu'Arsène Lupin ! Mais Maurice Leblanc avait au moins fait d'Arsène Lupin un grand patriote, comme il le raconte dans L’Éclat d'obus (1915), où Arsène campe un soldat intelligent et intrépide, et dans Le Triangle d'or (1918), où il fait cadeau à l'Etat français de l'énorme trésor qui dormait à ciel ouvert dans le dit "triangle".

lundi, 28 décembre 2015

J’AI LU LE CORAN !

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Oui, parfaitement, j’ai lu le Coran ! J’ai cru que je n’y arriverais pas, mais c’est fait. Pour tout dire, ce fut un interminable pensum, surtout au moment de m'acheminer de plus en plus lentement vers la fin, vous savez, quand les sourates deviennent de plus en plus courtes. Il a fallu que je m’accroche, et je peux déjà affirmer qu’il ne faut pas compter sur le Coran pour décrocher le prochain Goncourt. Pour quelle raison ?

Voilà un extraordinaire tissu d’inepties, où le lecteur moyen bute sans arrêt sur des paquets d’obscurités, où il n'identifie jamais aucune suite logique et où, quand il a l’impression de comprendre quelque chose, c’est pour être mis en face de toutes sortes de promesses mirifiques, mais aussi et surtout d’avertissements, sommations et autres comminations : crois en Dieu (attention, celui-ci à l'exclusion de tout autre : si tu crois que Dieu a eu progéniture, gare à ton matricule !), sinon, il t’arrivera le pire que tu puisses imaginer.

Crois en Moi, et tu auras le jardin d'Eden, « de sous lequel les ruisseaux coulent ». Si tu fais partie des dénégateurs, c'est la Géhenne, les supplices, les tourments et le châtiment éternels. Accepter de prendre au sérieux le texte du Coran, cela présuppose de croire au caractère sacré de tout ce qui est écrit là. Cela présuppose qu'on a déjà cette foi-là. Nul profane, même de bonne volonté, à mon avis, ne saurait le lire sans se taper la tempe de l'index à chaque page. Obélix dirait : « Ils sont fous, ces musulmans ! ». 

Je le dis d'autant plus volontiers que ni le texte de la Bible, ni celui du Nouveau Testament ne sont pour moi des textes sacrés. La différence, c'est que ces deux livres ont le mérite de raconter de belles histoires. Ne comptez pas sur le Coran pour raconter : le Coran est fait de bribes d'histoire biblique (priorité à Moïse, Noé, accessoirement Jésus), saupoudrées dans une marmite où bouillonnent et se disputent le terrain les prescriptions et les proscriptions. L'Européen élevé dans la culture de l'humanisme, des Lumières et de la liberté individuelle est à jamais et totalement étranger à cet univers. S'il en est ainsi, c'est tout l'islam qui nous est inassimilable.

Je ne retranche pas une virgule de mon billet du 19 novembre dernier : tout cela est à jeter. Je suis catégorique : il ne saurait y avoir quelque « islam de France » que ce soit. Je vais même plus loin : dans le corps culturel qu'on appelle la France, l'islam est une tumeur cancéreuse. Et cela, quelle que soit la bonne volonté républicaine des musulmans évolués, qui ne sont, finalement, que des musulmans tièdes. Je veux dire des musulmans qui ne considèrent pas leur foi comme une identité, une arme ou une armure. Des musulmans dont la raison de vivre dépasse, et de très loin, la lettre du Coran, cet invraisemblable salmigondis.

Non mais sérieusement, ce serait le texte sacré d’un milliard et demi d’individus dans le monde ! Ils n'ont donc pas honte ? Mais qui parmi eux l’a seulement lu, le livre sacré ? Je serais curieux de savoir selon quelle structure est organisé leur cerveau. Car même s’ils savent lire, que peut-on comprendre sans l’aide d'une autorité qui va vous expliquer ce qu’il faut comprendre ? Je vais vous dire : il faut une grosse armée d’exégètes pour espérer jeter un peu de lumière sur ce magma informe.

Sans l'interprétation, le Coran est rigoureusement incompréhensible. C'est d'ailleurs ce que l'histoire montre : le traducteur Jacques Berque fait abonder en note les références à toutes sortes de commentateurs proposant toutes sortes d'interprétations. Et ces exégètes ne sont pas d'accord entre eux ! Qui est en mesure de débrouiller l'écheveau ? Le problème de l'interprétation, c'est l'interprète : qui donne le sens ? Comment est-il arrivé à ce sens ? Qui nous le dira ?

Mais, semble-t-il, tout a été prévu : « Les dénégateurs ont encore dit : "Ah ! si la descente du Coran s’était faite sur lui d’une seule venue !" / – C’est ainsi ! pour le fixer dans ton cœur ; et (dans ce but aussi) Nous en espaçons la diction » (XXV, 32). Voir aussi « ... sous la forme d'un Coran que nous échelonnons, pour que tu le psalmodies aux hommes, dans la durée, puisque Nous le faisons descendre d'une descente répétée » (XVII, 106). Si le Coran est un énorme puzzle fait de toutes petites pièces mal assujetties les unes aux autres, descendues morceau par morceau de façon interminable, c'est que Dieu l’a voulu ainsi. C’était exprès. Bien fait pour vous ! 

Et il est vrai que le traducteur précise, en note de la sourate XCVII, verset 1 : « En temps humain, le Coran a mis une vingtaine d’années à descendre » (notez "descendre"). Il explique dans sa postface que le texte, arrivé par bribes, a été noté sur « des matériaux de fortune » (dont, à ce que j'ai entendu dire, maintes omoplates de chameaux), et qu’on a commencé très tôt à procéder à des assemblages. Mahomet étant mort en 632 (d'une mauvaise grippe ?), la première version définitive, du temps du calife Uthman, date de 656, soit vingt-quatre ans plus tard. Vous imaginez, concrètement, le fatras qui peut en découler ? Moralité : on aurait voulu embrouiller le bon peuple pour l’empêcher d’en juger par lui-même qu’on ne s’y serait pas pris autrement. Il faut que ceux qui savent gardent la main.

Parce que si l’on essaie de comprendre, on entre dans la bouteille à l’encre. Une preuve ? Allons voir la sourate LVI, verset 75 : « Non, j’en jure par les positions des étoiles ». Jacques Berque signale en note qu’on pourrait tout aussi bien lire : « Je n’en jurerais pas… ». Monsieur est servi. Mais ça n’empêche pas l’auteur du Livre (Dieu en personne, évidemment) d’affirmer : « Nous avons rendu le Coran facile, en vue du Rappel » (sourate LIV, verset 17). « Facile », c’est évidemment faux, pour un lecteur de bonne "foi" tout au moins. 

Tenez, prenons les versets 83 à 89 de la sourate XXXVII : « Parmi ses continuateurs, fut certes Abraham / Lors il approcha son Seigneur d’un cœur intègre / lors il dit à son père, à son peuple : "Qu’adorez-vous ? / est-ce par imposture que vous voulez des dieux en place de Dieu ? / quelle fausse idée vous vous faites du Seigneur des univers !" / Il ne jeta qu’un regard vers les étoiles / et dit : "Je suis contaminé" ». 

Le traducteur précise, à propos du dernier élément : « Ou bien il se dit malade, mensonge gênant dans la bouche d’un prophète, ou il se sent contaminé par le seul examen des astres qu’adorait son peuple. Ou encore, interprétation subtile de Râzî, il est perturbé par les étoiles dont l’éparpillement atteste l’incohérence du polythéisme ». Trois interprétations pour le prix d’une, faut-il vous l’envelopper ? 

On ne peut certes pas suspecter Jacques Berque de minimiser le problème : ne note-t-il pas, au sujet de XXV, 77 (où il est question d’un « appel ») : « La compréhension de ce verset embarrasse l’exégèse. L’"appel" est-il celui de l’homme à Dieu, ou de Dieu à l’homme ? Faut-il entendre le "mâ" initial comme négation, ou comme interrogation ? ». Il faut croire que ça ne l’embarrasse pas outre-mesure. Les occasions d'incertitude sont multiples. Par exemple : « Verset difficile » (VII, 202) ; par exemple : « L'exégèse fournit d'autres explications encore » (IX, 122) ; « Verset largement commenté par les savants de l'Islam » (XIII, 38) ; « L'exégèse se demande à quel locuteur attribuer plusieurs de ces propositions » (XX, 87-89) ; etc.

J'en conclus qu'il ne saurait y avoir une lecture du genre de celle que j'ai faite : je ne suis ni un herméneute, ni un exégète, ni un "savant de l'islam". Je n'ai pas été initié. Toute lecture "ordinaire" est d'avance disqualifiée. Tout est fait pour convaincre le lecteur lambda (que je suis) que le Coran est tout à fait hors de la portée de sa comprenette, s'il n'est pas fermement guidé par un maître qui lui apprend ce qu'il faudra retenir de ce qu'il aura lu.

Si je n'ai pas "compris" ce que j'ai lu, c'est de ma faute : j'aurais dû m'en remettre à une autorité (mandatée par qui ?) pour ce qu'il fallait comprendre. J'en conclus que l'esprit d'un bon musulman ne peut être en aucun cas un "esprit libre" (cf. Humain, trop humain, de Nietzsche). Le bon musulman n'existe pas sans un guide. Il n'est de bon musulman que dominé par une autorité qui le surplombe. Pour lui dire ce qu'il convient de penser. L'islam ignore la liberté individuelle. L'homme ordinaire est une crotte de bique.

De toute façon, si on prend le texte au pied de la lettre, il s’agit beaucoup moins de comprendre ce que Dieu a dit (il paraît que c’est lui qui a parlé) que, en tout premier, de se soumettre, de se faire les « esclaves de Dieu » (LXXVI, 6), d’obéir, de croire que tout ce qui est écrit là est Vrai (voir plus bas) ; ensuite d’en réciter, voire d’en « psalmodier » (LXXIII, 20) le texte. Après l'avoir, évidemment, appris par cœur. Vous imaginez le pauvre sort de ces enfants qu'on envoie à l'école coranique pour apprendre par cœur les 700 pages sans queue ni tête du Coran ? Rien de tel pour apprendre à vivre à genoux.

Certaines formules sont étranges. Ainsi, dans la bouche de Pharaon : « Je jure de vous tronçonner les mains et les pieds en diagonale » (XX, 71 ; VII, 124, et ailleurs). Ou bien : « Et cependant il en est parmi les hommes pour n’adorer Dieu que de guingois ». Certaines assertions sont renversantes : « Qu’avez-vous à ne pas croire en Dieu ? Alors que l’Envoyé vous appelle à croire en votre Seigneur : aussi bien en a-t-il reçu de vous l’engagement, si vous êtes croyant » (LVII, 8). En français, on appelle ça un flagrant délit de tautologie : le serpent est sûr d’attraper sa propre queue. La tautologie semble d'ailleurs une figure de style très prisée : « Qu'à Dieu s'en remettent tous ceux qui ne peuvent que s'en remettre à Lui ! » (XIV, 12). 

Autre exemple saisissant en XXXV, 31 : « Ce que Nous te révélons du Livre est le Vrai, qui vient avérer le message en cours ». Autre exemple en XXII, 62 : « Et cela du fait que Dieu c’est le Vrai, et que ce que vous invoquez en Sa place, c’est le faux ». On pourrait continuer (voir XXIII, 72). On voit bien à quoi sert la tautologie : pour qui est dans ce « Vrai »-là, aucun problème : il est croyant, et ce qu’on lui demande c’est d’admettre, un point c’est tout. Il ne faudrait pas, n’est-ce pas que le lecteur se mette à penser par lui-même ! Malek Chebel, un musulman des Lumières s’il en est, a déclaré, le 23 décembre dernier, j'en suis témoin : « L’islam est une auberge espagnole ». J’aurais beaucoup aimé les musulmans, s’ils avaient été « des Lumières ». Mais ce n'est pas le cas. Et l'avenir, à en juger par le présent, ne permet pas de l'espérer.

Car finalement, ce que je retiens de ma lecture de ce livre aberrant, fait de fragments mis bout à bout à la diable, c'est qu'il interdit à tout jamais au lecteur d’avoir un accès direct au « Message », s’il y en a un, et l’oblige à s’en remettre à « ceux qui savent » (qui disent qu’ils savent, parce que c’est eux qui, en dernier ressort, détiennent le pouvoir).

Le message principal du Coran que je vois là pour ma part, c’est que l’islam est fondamentalement une religion faite par et pour des gens qui veulent le POUVOIR ou qui le détiennent. L'islam est une féroce négation de l’individu, de l’individu pensant, de l’individu libre, de l’individu doté d’autonomie et de libre-arbitre, de l'individu doté d'une conscience. 

Le Coran est une péremptoire affirmation de préséance de celui qui sait sur celui qui ne sait pas, au motif que c'est lui qui exerce le pouvoir. A cause du Coran, chez les musulmans, la domination des forts et la soumission des faibles sont à tous les étages. Cela fait de l'islam une religion insupportable aux yeux de tous ceux qui croient dans les vertus de la liberté individuelle.

Le fait d'avoir lu le Coran ne fait certes pas de moi un spécialiste. D'autant plus que je me suis efforcé d'aborder ce livre comme n'importe quel autre livre : pour moi, il n'y a pas de livres sacrés (excepté, peut-être le Faustroll d'Alfred Jarry - non, je plaisante). Dieu sait que je n'aime pas la religion chrétienne, mais alors l'islam, je crois que même Dieu n'oserait pas savoir ce que j'en pense. Partant de là, j’en infère que l’islam, en tant que tel, est rigoureusement incompatible avec la façon dont la France, dont l’Europe, dont l’Occident considère l’humanité de l’homme.

L’islam en France, pour moi, est définitivement un intrus. Au motif que le Coran est essentiellement un instrument de POUVOIR. Il n'est pour s'en convaincre que de regarder la carte des territoires conquis par l'islam entre 632 et 732 (Poitiers, Charles Martel, tout le toutim).

Voilà ce que je dis, moi.

Note : les lecteurs et spécialistes d'Alfred Jarry auront peut-être intérêt à se reporter à la sourate LIII, verset 14. Ils verront qu'il y est fait mention du « lotus des confins ». Quid est ? S'il se reportent à la note, ils seront peut-être surpris d'apprendre que la jolie formule « lotus des confins » est une traduction de l'arabe « Sidrat al-muntahâ ». Or on trouve cette référence exotique dans L'Autre Alceste (Jarry, Œuvres complètes I, p. 909 et suiv.), dans le "Récit de Doublemain" (« ... la feuille de laquelle pend le principe de sa vie croulera de l'arbre Sidrat-Almuntaha ... »), puis dans le "Récit de Salomon" (« ... sa feuille vitale à la branche de l'arbre Sidrat-Almuntaha. ») et dans le "Récit de Roboam" : « ... la barbe de Salomon mon père, et l'ange qui veille les yeux fixés sur l'arbre Sidrat-Almuntaha ... ». Bonjour aux éventuels lecteurs qui seraient membres de la SAAJ. Qu'il me soit permis de leur offrir ce « lotus des confins ».

samedi, 26 décembre 2015

HALTE À L’ÉTAT D’URGENCE !

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Ainsi, le président « Degôche » travaille activement à l’avènement d’un Etat policier en France. « Il faut répondre aux gens, à leurs angoisses, à leur besoin de sécurité », soutient mordicus le président « Degôche ». Il ne faut pas "répondre aux gens", crâne de piaf ! Il faut répondre à la réalité ! La meilleure com', c'est l'action concrète.

Alors, cette « déchéance de la nationalité », ça vient ? Attendez d’avoir compris, nous dit le président « Degôche » : Je fais un pas en arrière, sous la poussée de l’aile gauche du PS ? La droite se dresse sur ses ergots : « Nous ne voterons pas la modification constitutionnelle ! ». Fausse alerte ! Parce que ma vraie intention, c'était de forcer la droite à voter ma loi en faisant un nouveau pas en avant ! Je décherrai donc de leur moitié française de nationalité les mauvais sujets qui se seront retournés contre la Nation pour la poignarder. Et pan dans les gencives de la droite, qui réclamait cette mesure ! Il y aura du déchet dans les rangs de la gauche ? Pas assez pour ne pas atteindre la majorité des 3/5èmes au Parlement réuni en Congrès. Je prends le pari. Fin de "citation". 

On reconnaît bien là l’habileté manœuvrière du tacticien, digne héritier de Mitterrand, vous savez, cet inoubliable intrigant florentin, son maître en manigances machiavéliques : la « recomposition politique » a commencé. L’objectif : pouvoirAUGUSTE FRANCOTTE.jpg immortaliser la photo de François Hollande en chasseur de safari, avec en main sa 600 Nitro Express de la maison Auguste Francotte à Liège (ah, ces "Big Five", si finement gravés), poser la botte victorieuse sur le cadavre de la droite française, réduite à un champ de ruines. 

Si j'ai bien compris, on observera donc bientôt une « recomposition », il y aura, selon les vœux du président, dans le paysage, là-bas tout à gauche du tableau, toutes sortes d’inoffensifs menus fretins qui brailleront de plus en plus fort à mesure qu’ils deviendront plus infinitésimaux et groupusculaires ; un ensemble un peu plus consistant de « socialistes frondeurs » qui formeront l’aile « gôche » du PS ; un gros marécage où se retrouvera tout ce qui est rose pâle, centriste et « républicain », qui rassemblera une majorité capable d’enjamber, allègrement et en souplesse, la frontière qui séparait jusque-là la « gauche » de la « droite » ; et puis là-bas tout à droite du tableau, un nouveau parti auquel tous les responsables, depuis trente ans, se seront donné la main pour faire la courte échelle, et qui ne demandera qu’à croître et embellir. 

Etant entendu qu’il n’est nullement question, dans ce tableau, de changer quoi que ce soit aux vieilles pratiques politiciennes en vigueur, celles précisément qui auront créé cette situation d’un genre nouveau. Les abstentionnistes ? Tous des cons ! Que des non-citoyens ! Qu’ils crèvent ! J'en ai rien à faire ! 

Chapeau l’artiste ! Et tant pis pour la France ! Le raisonnement de François Hollande, quand il pense à la France, si mon analyse n’est pas trop éloignée de la réalité, est une inversion radicale de l’inscription que Mathias Grünewald place devant la bouche de Saint-Jean-Baptiste désignant le Christ martyrisé, dans le Retable d’Issenheim (« Illum oportet crescere, me autem minui »). En version corrigée, ça donne : « Illam oportet minui, me autem crescere » (traduction libre : qu’importe que la France crève, pourvu que je croisse). 

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Suprême habileté du chef de bord : pendant que la bataille de chiffonniers agite son chiffon rouge dans les partis, faisant monter l’ « actualité » comme une mayonnaise chantilly très prisée par les médias toujours avides de produire de cette bonne « thèse-antithèse-foutaise » qui abreuve et aveugle les gogos, on ne discute plus de l’essentiel : le passage dans la Constitution de la normalisation de l’état d’urgence. C’est tellement bien joué qu’il n’y a plus que quelques juristes renommés et modérés que personne n’écoute pour s’inquiéter de la chose : qui, à part Mireille Delmas-Marty et Dominique Rousseau ? 

Car le nœud de l'affaire, l'objectif essentiel de François Hollande, c'est d'occuper tout le monde avec l'os de la déchéance de nationalité, pour que plus personne n'ait présente à l'esprit la saloperie première que constituera en France l'état d'urgence éternisé. L’état d’urgence au quotidien, l’état d’urgence ordinaire, l’état d’urgence à demeure, c'est un chien dangereux qu’on serait forcé de garder à domicile pour garder les enfants.

Et dire que la « Gôche » fulminait contre Sarkozy chaque fois qu’il faisait une loi à la suite d’un fait divers tragique ! Mais Hollande fait pire : il instrumentalise une Constitution dont il n’a, sur le fond, rien à faire, pour donner au peuple français (pour ce qu’il en reste) un coup de poing communicationnel dont il espère sans doute qu’il le mettra KO. 

C’est bien cet état d’urgence banalisé, celui qui risque de placer toute la population française sous la coupe administrative de la police et des préfets, c’est-à-dire livrée à l’arbitraire, aux abus et à la violence de forces de l’ordre qui se plaignaient depuis trop longtemps d’avoir les mains liées par l’état de droit (car c’est à ça que ça revient : l’urgence contre le droit). 

Il suffit pour s’en convaincre d’observer le bilan des presque 3000 cassages de portes (alias « perquisitions administratives », en version médiatique) et la taille des poissons ramenés dans leurs filets par les flics. Comme dirait l’inspecteur Charolles au commissaire Bougret (Rubrique-à-brac, Gotlib) : « Comme indice c’est plutôt maigre ».

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La plupart des poissons ne font pas la maille. Pensez, 51 incarcérations ! Et je voudrais bien avoir la liste de toutes les armes que les perquisitions ont permis de saisir : 39 « armes de guerre », ça fait 10%. Et combien d’armes de chasse non déclarées ? Combien d'opinels ? Combien de pistolets à bouchon ? Je te dis qu'il faut du chiffre, coco !

La population devrait s’en convaincre : il faut avoir peur de l’état d’urgence. Ce n’est pas à coups d’état d’urgence et de « perquisitions administratives » que Hollande empêchera le prochain attentat meurtrier sur le territoire français. En démocratie – si le mot veut encore dire quelque chose – l’état d’urgence n’est acceptable que sur une durée extrêmement courte (c’était parti pour douze jours au départ). Sa prolongation « ad libitum », et bientôt « ad perpetuum », une fois gravée dans le marbre constitutionnel, est une infamie pure et simple. 

Qu'est-ce que c'est, ce protecteur, qui commence par abolir la liberté de celui qu’il protège ? Qu'est-ce que c'est, ce loup qui s'érige en gardien des agneaux ? Qu'est-ce que c'est, ce renard qui promet de raccompagner chaque poule à son poulailler après minuit sonné ? Qui veut croire à la fable ? Ceux qui voudraient nous faire croire au père Noël du "Nous sommes tous frères" ? 

Sans compter le linge sale.

Qui peut croire, aujourd’hui en France, que l’état d’urgence le protègera ? Pas moi. 

Voilà ce que je dis, moi.

jeudi, 24 décembre 2015

GÉNÉRATION BATACLAN ?

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C’est entendu, Le Monde n’est plus ce qu’il fut. Mon Monde à moi n’accueillait pas de publicité, restait soigneusement déconnecté de la mode, du luxe et de la volupté, débranché des cours de la bourse, vierge de toute pollution photographique : le langage régnait en maître, en prince impérial, avec une concession dédaigneuse, de loin en loin, au dessin humoristique. Le Monde était imbattable pour la quantité et la densité du contenu. Je ne dirai pas quand j'ai commencé à lire Le Monde, ce serait avouer mon âge. A chacun sa pudeur. C’était la haute exigence de l’intègre et austère Hubert Beuve-Méry qui avait édifié ce bâtiment. 

Ce n’est hélas plus le cas, et depuis longtemps, du « journal de référence » : surfaces largement consacrées à vanter toutes sortes de marchandises, à faire l’éloge du « Style », des Montres (Bréguet, Blancpain, Patek Philippe, ...) et du Luxe, un magazine « » hebdomadaire presque totalement insignifiant, futile et creux (à la notable exception du dernier), tout cela joint à une pagination soumise à un régime amaigrissant qui nous fait friser l’anorexie et à un prix inversement proportionnel. 

Bref, pour être resté lecteur du Monde, il faut avoir une foi bien chevillée et considérer l’action de s’informer comme un devoir, et même un militantisme. Et ne pas prêter une attention excessive aux errements auxquels mène parfois la stratégie de « juste-milieu » appliquée par la rédaction en chef aux contenus. Je laisse par ailleurs de côté la question de la présence du fade Plantu en « Une », que je laisse pisser la neutralité de son eau tiède dans son violon quotidien. 

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Heureusement, il n’y avait pas de Kalachnikovs au Festival de Fourvière en juillet 1978, il journal le monde,hubert beuve-méry,journal de référence,plantu,13 novembre paris,attentats paris,bataclan paris,charlie hebdo,cabu,wolinski,bernard maris,frères kouachi,café la belle équipe,café le carillon,rue de charonne,père hervé benoît,basilique de fourvière,little bob story,festival fourvière 1978,kalachnikov,duke ellington,sun ra,queens,jacques higelin,frank zappa,thomas ayad,franck pitiot,erouat,françois-xavier prévost,madeleine sadin,antoine mary,marie lausch,mathias dymarski,eagles of death metaln’y avait que les Bijou, les Spions (un truc hongrois ravageur), les Olivensteins («journal le monde,hubert beuve-méry,journal de référence,plantu,13 novembre paris,attentats paris,bataclan paris,charlie hebdo,cabu,wolinski,bernard maris,frères kouachi,café la belle équipe,café le carillon,rue de charonne,père hervé benoît,basilique de fourvière,little bob story,festival fourvière 1978,kalachnikov,duke ellington,sun ra,queens,jacques higelin,frank zappa,thomas ayad,franck pitiot,erouat,françois-xavier prévost,madeleine sadin,antoine mary,marie lausch,mathias dymarski,eagles of death metal  Euthanasie papy, euthanasie mamy »), les Cimarrons qui faisaient danser le théâtre antique et Little Bob Story qui faisait scander « Barbe noire » parce que, mis en colère que le groupe ait été rejeté en fin de nuit, celui-ci (le batteur ou bassiste) refusait de revenir sur scène. Pas de Kalachnikovs à la Salle des Sports de Villeurbanne aux concerts de Duke Ellington ou de Sun Râ. Pas de Kalachnikovs au Palais des Sports de Lyon aux concerts des Queens, de Jacques Higelin ou de Frank Zappa (j’ai encore dans l’oreille : « The poodle bites, the poodle choose it » - repris dans "Apostrophe", je crois). 

Juste pour dire que j’ai été comme ça. Si ce n’avait pas été l’âge et la correction de trajectoire, j’aurais peut-être journal le monde,hubert beuve-méry,journal de référence,plantu,13 novembre paris,attentats paris,bataclan paris,charlie hebdo,cabu,wolinski,bernard maris,frères kouachi,café la belle équipe,café le carillon,rue de charonne,père hervé benoît,basilique de fourvière,little bob story,festival fourvière 1978,kalachnikov,duke ellington,sun ra,queens,jacques higelin,frank zappa,thomas ayad,franck pitiot,erouat,françois-xavier prévost,madeleine sadin,antoine mary,marie lausch,mathias dymarski,eagles of death metal journal le monde,hubert beuve-méry,journal de référence,plantu,13 novembre paris,attentats paris,bataclan paris,charlie hebdo,cabu,wolinski,bernard maris,frères kouachi,café la belle équipe,café le carillon,rue de charonne,père hervé benoît,basilique de fourvière,little bob story,festival fourvière 1978,kalachnikov,duke ellington,sun ra,queens,jacques higelin,frank zappa,thomas ayad,franck pitiot,erouat,françois-xavier prévost,madeleine sadin,antoine mary,marie lausch,mathias dymarski,eagles of death metalété là, au Bataclan. Est-ce que j'aurais fait de mon corps un rempart pour mon amoureuse de l'époque ? Ai-je le droit de juger ces personnes au seul motif que mon regard a changé du tout au tout en matière de culture, de musique, de civilisation ? Je me mépriserais si je le faisais. J'ai laissé tomber les concerts de cris hystériques, de batteries furieuses et de guitares électriques saturées. Mais je n'ai pas le droit d’oublier ce que j'ai été, ce que j'ai fait, ce que j'ai aimé, ce que j'ai dit. Je n'ai pas le droit de jeter l’anathème sur des gens qui en passent aujourd’hui par des étapes où nous autres, plus âgés, passâmes un jour, quoi qu'il en soit de l'itinéraire qui a été le nôtre. De la vie que j'ai menée, que je le veuille ou non, je suis obligé de garder tout, y compris les choses, les œuvres, les êtres et les femmes que j'ai cessé d'aimer.

journal le monde,hubert beuve-méry,journal de référence,plantu,13 novembre paris,attentats paris,bataclan paris,charlie hebdo,cabu,wolinski,bernard maris,frères kouachi,café la belle équipe,café le carillon,rue de charonne,père hervé benoît,basilique de fourvière,little bob story,festival fourvière 1978,kalachnikov,duke ellington,sun ra,queens,jacques higelin,frank zappa,thomas ayad,franck pitiot,erouat,françois-xavier prévost,madeleine sadin,antoine mary,marie lausch,mathias dymarski,eagles of death metalJe veux dire : je n'étais pas meilleur à leur âge que ne l'étaient : Thomasjournal le monde,hubert beuve-méry,journal de référence,plantu,13 novembre paris,attentats paris,bataclan paris,charlie hebdo,cabu,wolinski,bernard maris,frères kouachi,café la belle équipe,café le carillon,rue de charonne,père hervé benoît,basilique de fourvière,little bob story,festival fourvière 1978,kalachnikov,duke ellington,sun ra,queens,jacques higelin,frank zappa,thomas ayad,franck pitiot,erouat,françois-xavier prévost,madeleine sadin,antoine mary,marie lausch,mathias dymarski,eagles of death metal Ayad (Bataclan), Franck Pitiot (Bataclan), Estelle Rouat (Bataclan), François-Xavier Prévost (Bataclan), Madeleine Sadin (Bataclan), Antoine Mary (Bataclan), Marie Lausch (Bataclan) et son amoureux Mathias Dymarski (Bataclan). Ce sont les noms qui closent la liste des morts dressée par Le Monde, dans son « Mémorial du 13 novembre », infiniment plus estimable que l'exécrable spectacle donné aux Invalides par lejournal le monde,hubert beuve-méry,journal de référence,plantu,13 novembre paris,attentats paris,bataclan paris,charlie hebdo,cabu,wolinski,bernard maris,frères kouachi,café la belle équipe,café le carillon,rue de charonne,père hervé benoît,basilique de fourvière,little bob story,festival fourvière 1978,kalachnikov,duke ellington,sun ra,queens,jacques higelin,frank zappa,thomas ayad,franck pitiot,erouat,françois-xavier prévost,madeleine sadin,antoine mary,marie lausch,mathias dymarski,eagles of death metal "Freluquet en chef". A cette liste, il faudrait ajouter les vingt noms des morts dont les familles n’ont pas souhaité participer, et les trois familles qui « refusent que le nom de leur proche soit cité ». Respect !  

journal le monde,hubert beuve-méry,journal de référence,plantu,13 novembre paris,attentats paris,bataclan paris,charlie hebdo,cabu,wolinski,bernard maris,frères kouachi,café la belle équipe,café le carillon,rue de charonne,père hervé benoît,basilique de fourvière,little bob story,festival fourvière 1978,kalachnikov,duke ellington,sun ra,queens,jacques higelin,frank zappa,thomas ayad,franck pitiot,erouat,françois-xavier prévost,madeleine sadin,antoine mary,marie lausch,mathias dymarski,eagles of death metalLe deuil qui est le mien ne m'appartient pas. Mon deuil appartient à un organe dontjournal le monde,hubert beuve-méry,journal de référence,plantu,13 novembre paris,attentats paris,bataclan paris,charlie hebdo,cabu,wolinski,bernard maris,frères kouachi,café la belle équipe,café le carillon,rue de charonne,père hervé benoît,basilique de fourvière,little bob story,festival fourvière 1978,kalachnikov,duke ellington,sun ra,queens,jacques higelin,frank zappa,thomas ayad,franck pitiot,erouat,françois-xavier prévost,madeleine sadin,antoine mary,marie lausch,mathias dymarski,eagles of death metal j'ignore le nom. Un organe qui me dépasse, qui palpite et qui bat comme un cœur, un cœur sur lequel je n'arrive plus à mettre un Nom : « Suis-je Amour ou Phébus ? Lusignan ou Biron ? ». France ? Patrie ? Nation ? Civilisation ? Dans les circonstances présentes, les mots, les noms manquent, pour désigner ce qu'il faudrait pouvoir désigner : « Si je désire une eau d'Europe, c'est la flache noire et froide où, vers le crépuscule embaumé, un enfant plein de tristesse lâche un bateau frêle comme un papillon de mai ». 

journal le monde,hubert beuve-méry,journal de référence,plantu,13 novembre paris,attentats paris,bataclan paris,charlie hebdo,cabu,wolinski,bernard maris,frères kouachi,café la belle équipe,café le carillon,rue de charonne,père hervé benoît,basilique de fourvière,little bob story,festival fourvière 1978,kalachnikov,duke ellington,sun ra,queens,jacques higelin,frank zappa,thomas ayad,franck pitiot,erouat,françois-xavier prévost,madeleine sadin,antoine mary,marie lausch,mathias dymarski,eagles of death metalRespect aux morts ! Honneur aux hommes qui se sont jetés entre leurs compagnesjournal le monde,hubert beuve-méry,journal de référence,plantu,13 novembre paris,attentats paris,bataclan paris,charlie hebdo,cabu,wolinski,bernard maris,frères kouachi,café la belle équipe,café le carillon,rue de charonne,père hervé benoît,basilique de fourvière,little bob story,festival fourvière 1978,kalachnikov,duke ellington,sun ra,queens,jacques higelin,frank zappa,thomas ayad,franck pitiot,erouat,françois-xavier prévost,madeleine sadin,antoine mary,marie lausch,mathias dymarski,eagles of death metal et les balles (ils sont plusieurs, morts de leur amour pour une femme) ! Oui, ma réaction est peut-être naïve et très "premier degré", je n'y peux rien. Ce qui est sûr, c'est que je remercie le journal Le Monde, pour une fois, pour avoir édifié ce monument aux morts de haute valeur et d'intense luminosité ! 

Voilà ce que je dis, moi.

Note : les seules photos correspondant à des noms cités dans l'avant-avant-dernier paragraphe de ce billet sont les sept dernières. Que la mémoire de tous les autres me pardonne.

mercredi, 23 décembre 2015

ÉDUCATION : LE PROGRÈS FAIT RAGE !

Allons, tout va de mieux en mieux en France.

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Cette fois, ça se passe dans l’Education Nationale.

Tout le monde s’était gaussé, il y a quelque temps, du baragouin pédagogiste qui faisait du ballon un « référentiel bondissant », de la piscine un « milieu aquatique profond standardisé », du badminton une « activité duelle de débat médiée par un volant », du kayak une « activité de déplacement d'un support flottant sur un fluide » et des parents d’élèves des « géniteurs d’apprenants », même si cette dernière formule apparaît davantage comme une blague, caustique mais parfaitement ajustée, de Régis Debray. 

Mais le Progrès ne saurait s’arrêter en si bon chemin. On en trouve un exemple probant dans le billet d’Offshore (cliquer colonne droite : "blogs à visiter") du 19 décembre. Son auteur a lu une chronique de Jean-Paul Brighelli dans Le Point, qui évoque certains effets de la dernière réforme des collèges éructée par madame Belkacem et sa cohorte de crânes d’œuf sur les pratiques des enseignants. Ce n'est pas une raison pour acheter Le Point.

Quant à Brighelli, je n'avais pas été épastrouillé par sa Fabrique du crétin, malgré la justesse de l'analyse. Au motif que tout ce que les praticiens du métier d'enseignant peuvent dire, leurs paroles sont inopérantes, impondérables, et à jamais vaines. La machine avance, mue par on ne sait trop quel carburant. Le "bon sens" a beau s'insurger aussitôt qu'on entreprend de l'éviscérer, la machine avance.

La « réforme » en question a inventé des EPI (Enseignements Pratiques Interdisciplinaires) qui visent à abattre les cloisons qui compartimentent abusivement les disciplines et les empêchent de "communiquer". Il ne pourra plus en être ainsi, grâces soient rendues aux innovateurs de la pédagogie. 

Voici ce qu’écrit Philippe Nauher (une variante de Erehwon ?) dans Offshore :

« Ainsi évoque-t-il la mise en place des EPI (enseignements pratiques interdisciplinaires). Et de nous dégoter un bijou de transversalité proposé le 10 novembre dernier par un énergumène de l'académie de Lyon, afin de lier littérature et SVT. Voici l'intitulé : 

"Madame Bovary mangeait-elle équilibré ? Vous analyserez le menu proposé à son mariage, en expliquant en quoi ce sommet de la gastronomie normande ne satisfait pas les exigences d'une alimentation saine et respectueuse de l'environnement». 

"Madame Bovary mangeait-elle équilibré ?" Il fallait oser. J'invite le lecteur à découvrir dans Offshore quelques sujets "interdisciplinaires" gratinés improvisés vite fait sur le gaz par l'auteur.

On me dira ce qu'on veut, voilà du sérieux dans les nouvelles façons d'aborder (d'exécuter) la littérature. Ça intimide. De quoi clouer le bec à tous les ennemis de l’innovation pédagogique ! 

Attention, Najat, j'arrive. Accroche-toi au pinceau, j’enlève l’échelle ! 

Voilà ce que je dis, moi.

samedi, 05 décembre 2015

I'M A POOR LONESOME COWBOY

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L'ESCORTE (N°28)

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COP 21

Le dilemme est d'une simplicité angélique : si Rodrigue venge son père, il perd Chimène. S'il veut garder Chimène, il perd l'honneur de son père et de sa famille, il se déshonore lui-même. Ayant perdu son honneur, il devient alors haïssable aux yeux de Chimène. Sale temps pour l'amoureux.

Même choix cornélien pour le changement climatique : ce sera la croissance ou la planète. Pas les deux. Personne ne sauvera la planète en sauvant la croissance. A Paris, ils sont tous à tortiller du croupion pour ne pas nommer l'obstacle, pour tourner autour de cette réalité. Ah, que le « Développement durable » est joli ! Ah, l' « Economie décarbonée » ! Ah, les « Energies renouvelables » ! Quels beaux contes de fées pour grands enfants ! Que de jolies fables n'inventerait-on pas pour éviter d'affoler les foules !

Quelques illuminés, stipendiés des entreprises transnationales, clament aux quatre vents que c'est de la technique que viendra le salut. Ils ont lancé le concept époustouflant de « Géo-ingénierie » : ensemencer les océans avec du fer, envoyer dans l'espace des particules de je ne sais plus quoi pour diminuer le rayonnement solaire, ....

Ils ont raison : une seule solution pour résoudre les problèmes engendrés exclusivement par la technique et l'industrialisation à outrance :

LA FUITE EN AVANT.

Surtout, ne changeons rien au système !

Allons, enfants de la planète, le jour de gloire est arrivé ...

vendredi, 04 décembre 2015

I'M A POOR LONESOME COWBOY

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LE 20ème DE CAVALERIE (N°27)

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COP 21 

J'ai déjà eu l'occasion de dire ici tout le bien que je pense des positions défendues par Fabrice Nicolino (voir billet du 22 février, à propos de son livre Un Empoisonnement universel). La tribune qu'il publie dans Le Monde daté du 4 décembre (aujourd'hui même) confirme qu'on peut lui faire confiance pour ce qui est de faire tomber les masques d'hypocrisie de tous les faux curés qui officient lors de la grand'messe qui se donne depuis une petite semaine au Bourget.

Que dit-il, Fabrice Nicolino, dans sa tribune ? Pour résumer, il dit : "Pour avoir une idée de la sincérité des négociateurs du climat, regardez qui a été placé aux manettes". Or, dit-il, c'est là qu'on pressent la catastrophe. En effet, qui trouve-t-on au sommet du premier Sommet de la Terre à Stockholm en 1972 ? Il s'appelle Maurice Strong.

Sa carte de visite ? Né en 1929, mort en novembre 2015. Mais aussi et surtout : « Côté pile, il a été le vice-président, le président ou le PDG de firmes transnationales nord-américaines : Dome Petroleum, Caltex (groupe Chevron), Norcen Resources, Petro-Canada, Power Corporation. Au cœur l'énergie. Au cœur le pétrole ». Vous ne trouvez pas bizarre, vous, qu'un haut responsable de l'industrie la plus polluante devienne le grand manitou de la lutte pour la défense de l'environnement ? Disons-le : ça ne sent pas très bon.

Pour le Sommet de la Terre à Rio en 1992, Maurice Strong choisit comme bras droit Stephan Schmidheiny, une très belle carte de visite lui aussi : il est héritier d'une grande dynastie industrielle, qui a fait fortune avec l'amiante, à la tête de l'entreprise Eternit. Un très beau défenseur de la nature et de la santé humaine (3000 ouvriers italiens morts de l'amiante). 

Après Rio, Schmidheiny fonde le « Conseil mondial des affaires pour le développement durable ». Autant dire que c'est l'incendiaire qui se déguise en pompier. Y participent des entreprises aussi soucieuses d'environnement et de santé humaine que Syngenta (OGM), BASF, DuPont, Total, Dow Chemical : n'en jetez plus. Dans un livre, il va jusqu'à faire l'éloge de l'action de Shell dans le delta du Niger, pourtant « martyr écologique ».

Nicolino cite aussi le cas de Brice Lalonde, ce grand défenseur de la nature favorable au gaz de schiste : « Le gaz de schiste, il est bon aux Etats-Unis, pourquoi est-ce qu'il serait mauvais en France ? ».

Le cas de Laurence Tubiana est un peu différent. Elle ne loupe aucune conférence climatique. Elle a dirigé un think tank (IDDRI) qui a célébré le roi brésilien du soja transgénique. Les membres fondateurs ? EDF, GDF Suez, Lafarge, Saint-Gobain, Veolia Environnement. Quant à EPE (Entreprises pour l'environnement), c'est une association composée de Bayer, BASF, Vinci, Total, Solvay, Thales : que du beau monde, que d'éminents écologistes.

Paul Jorion a sans doute raison : si sauver l'humanité peut rapporter, l'humanité garde une chance.

Cliquez ci-dessus pour "Le temps qu'il fait le 4 décembre 2015".

Je cite pour finir la conclusion de Fabrice Nicolino : « L'heure est arrivée de mettre concrètement en cause la voiture individuelle, les écrans plats, les iPhone, le plastique, l'élevage industriel, le numérique et ses déchets électroniques, les innombrables colifichets - jouets, chaussures, cotonnades et vêtements, cafetières, meubles - venus de Chine ou d'ailleurs, les turbines, centrales, avions, TGV, vins, parfums partant dans l'autre sens.

N'est-il pas pleinement absurde de croire qu'on peut avancer en confiant la direction à ceux-là mêmes qui nous ont conduits au gouffre ? ».

Il faudrait placer la toute dernière phrase en lettres capitales au fronton de la grand'messe planétaire désormais connue sous le nom de COP 21. 

dimanche, 29 novembre 2015

PANIQUE À BORD !

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En janvier, ce fut un massacre : l’équipe de Charlie Hebdo, les clients de l’Hyper Cacher, tous des innocents qui ont payé de leur vie le fait d’être ce qu’ils étaient : des caricaturistes, des juifs, des polémistes, des vigiles, des rubriquards, des clients d’un magasin, … Le 11 janvier, une manifestation monstre de tous les révoltés par cet attentat. Au premier rang, un minuscule président de notre république, et un ex-président qui, toujours aussi hystérique, tente en vain de se frayer un chemin vers le premier rang et la grande photo inoubliable des acteurs de l’événement. 

Tout sera fait pour « assurer la sécurité des Français », fut-il assené dans la foulée de ces meurtres. On ajouta au déjà immémorial « plan Vigipirate » le « plan Sentinelle » qui devait «  assurer la sécurité des Français », nous fut-il seriné. Depuis le 13 novembre, on sait ce que nous a valu cette empilement de plans de sécurité, qui devaient théoriquement « assurer la sécurité des Français » (désolé de la répétition, c’est pour rendre l'incantatoire de la chose). Pour donner l’impression qu’il agit, le politichien moderne affiche des « mesures » destinées à figurer, une fois imprimées en photos martiales dans les journaux et dans l’esprit des gens, autant de preuves de l’efficacité du politichien. 

Malheureusement pour notre misérable « chef des armées », ce petit curé balbutiant, cet orateur larvaire, ce lumignon éteint, ce panache gris dépourvu de panache, les attentats du 13 novembre lui ont fait éclater à la figure les preuves de son incompétence et de son ignorance. Mais comment cette catastrophe a-t-elle été rendue possible ? 

Au risque de me répéter, bien que je ne sois pas spécialiste des questions de sécurité, et en m’appuyant sur ce que la mode correcte interdit désormais qu’on appelle le « simple bon sens », la France disposait d’un service de renseignement très efficace et performant : les RG ou Renseignements Généraux. Ce service était honni par tout ce que le pays comptait de gauchistes, il n'avait pas forcément les mains propres, mais il quadrillait le territoire à la façon d’un filet à mailles fines. Les hommes connaissaient bien le terrain, peu de poissons échappaient à leur vigilance, les informations remontaient. 

Le frénétique-à-tics qui a gouverné la France pendant cinq ans, non content de sa fabuleuse invention de la RGPP (Révision Générale des Politiques Publiques – en clair : non-remplacement d’un retraité sur deux dans la fonction publique d’Etat, qui a coûté 50.000 bonshommes à la police, à la gendarmerie et à l'armée), s’est mis en tête, sans doute pour gratter sur les budgets, de faire fusionner les RG (renseignement intérieur) et la DST (contre-espionnage). Le résultat le plus sûr de cette fusion forcée fut une désorganisation complète des services désormais placés sous l’étiquette DGSI. Les « cultures professionnelles », les façons de procéder des deux services étaient tellement différentes qu’il ne pouvait pas en être autrement. Comme de l'huile avec de l'eau, le mélange des deux n'a pas fait une mayonnaise, à peine une vinaigrette : si vous mettez de la vinaigrette dans un moteur, le moteur casse. Les autorités ont tout misé sur la « collecte des données » (moyens techniques, électroniques, informatiques). On voit ce qui en est sorti. 

Or le point commun de tous les types qui flinguent depuis Mohammed Mehra, c’est qu’ils étaient bien fichés, mais qu’il n’y avait plus personne sur le terrain pour tirer le signal au moment où une action se préparait. J’en conclus que la décision de Nicolas Sarkozy de fusionner RG et DST a eu des conséquences criminelles. Je sais bien que si cette décision est une cause indéniable, elle n’est pas la seule, mais on peut être sûr qu’elle est pour une bonne part responsable des tragédies de 2015 en France. 

Alors maintenant, est-ce que le minuscule Hollande a fait mieux ? La réponse est clairement « Non » !  Qu’est-ce qu’il a fait, après Charlie Hebdo ? Après l’Hyper Cacher ? Il a mis plein de soldats et de policiers (Sentinelle + Vigipirate) dans les rues, dans les gares, devant les églises et les synagogues. Il a transformé l'armée française en un corps de plantons. Là encore, on a vu le 13 novembre le résultat de ce déploiement ostentatoire des forces de l’ordre et des forces armées, on a constaté l’efficacité de ce dispositif impressionnant, qui n’était là en vérité, une fois de plus, que pour que les journaux publient des photos permettant aux lecteurs de croire qu’ils étaient protégés par les mesures prises par les « autorités ». 

Qu’est-ce que c’est, une « collecte des données », quand il n’y a personne sur le terrain, personne pour les analyser, personne pour en tirer des conclusions pertinentes ? Ils sont très beaux, les moyens techniques dont disposent les services de renseignement, surtout depuis le vote récent de la loi qui porte ce nom, mais il n’empêche que le récipient où on les entasse est tellement plein de trous qu'une ménagère appellerait ça une passoire. Personne n’a rien vu venir. Pas plus que les Américains n’ont vu venir les pilotes-suicides des avions jetés sur le WTC. Mais il fallait rogner sur les moyens humains, sur les budgets, faire confiance aux experts du numérique. Ah, la technique, que c'est beau, la technique !

Alors maintenant l’état d’urgence. Je dis que l'état d'urgence est l'ultime branche à laquelle se raccrochent des gouvernants aux abois, dans une ultime tentative de dissimuler leur incompétence et leur lâcheté. Je ne peux m’empêcher de me référer au livre de Mireille Delmas-Marty Libertés et sûreté dans un monde dangereux (Seuil, 2010, voir mon billet du 3 mai 2015), où elle s’inquiète de ce que les lois pénales tendent à substituer à la répression d’infractions dûment constatées une répression préventive, fondée sur la dangerosité potentielle et supposée des individus. Ça permet de ratisser très large, au risque de "dommages collatéraux" contre des gens qui n'ont rien à se reprocher.

Une démocratie est un milieu ouvert à tous les vents, un « open space ». La verrouiller, c'est la mettre à mort. Je ne dis pas qu'elle ne doit pas se défendre, je dis que pour se défendre elle doit se doter de bons outils : monsieur Hollande, ne commencez pas par faire disparaître l'état de droit, commencez par remettre ces outils (armée, police, renseignement) en état.

Dans Le Monde du 6 juin 2015, Delmas-Marty enfonçait le clou : « En France, le grand tournant remonte à la loi de 2008 sur la rétention de sûreté, adoptée par une "droite décomplexée" qui n’hésite pas à copier le modèle d’une loi allemande de la période nazie ». Tiens, encore un coup de Sarkozy (notez que le nom rime avec le dernier mot de la citation, regrettable hasard). De quoi se faire du mouron : l’état d’urgence est l’ennemi de l’Etat de droit. Les bien nommés passe-droits qu’il autorise sont autant de menaces en direction de la liberté. 

Je sais bien que les gens ont peur, je sais bien que Daech et ses sbires ne sont pas des plaisantins, mais je n’ai pas l’intention de changer d’un iota ma façon de vivre du fait du risque terroriste. S'il y a un risque, tant pis : j'assume. Et faites bien attention à ceci : qui m’expliquera pourquoi des militants écologistes ont reçu des assignations à résidence ? Et quid de l’arbitraire et de la violence gratuite commise par les forces de l’ordre au cours des « perquisitions administratives » (voir les articles paraissant ces jours-ci dans l’excellente rubrique « Observatoire de l’état d’urgence » du Monde) ? 

Dans l’état d’urgence, ce qui me fait peur, ce qui nous menace tous, ce sont les abus qui se commettent sous son couvert, ce dont des policiers eux-mêmes reconnaissent qu’ils profitent comme d’autant d’ « effets d’aubaine ». Je n’ai pas confiance dans des policiers qu’on laisse les mains libres et la bride sur le cou. Les terroristes ont d’ores et déjà gagné : la panique règne, au moins en haut lieu. Rien de pire qu’un régime qui règne en laissant régner la peur, et en appuyant sur ce redoutable accélérateur. Gardons-nous de céder à la panique. Quel espace va-t-il rester pour les partisans de la liberté ? Quel espace pour la liberté ? Faire face au danger, ça commence par ne rien changer à notre façon de vivre. A y changer quoi que ce soit, nous avons tout à perdre.

Oui, je suis inquiet : j'ai peur que les terroristes ne réussissent à nous rendre semblables à eux-mêmes (écoutez ici la remarquable explication (15' environ) de Tobie Nathan à ce sujet : il parle du Cambodge de Douch et du Berlin de Goebbels). De gauche, Hollande ? De gauche, Valls ? Ne me faites pas rire.

Voilà ce que je dis, moi.

samedi, 28 novembre 2015

L'ISLAMISME EST UN ICHNEUMON

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L’ichneumon est une espèce appartenant à l’ordre des hyménoptères. La famille des ichneumonidés regroupe un certain nombre d’insectes dotés des semblables et étonnantes caractéristiques : les femelles possèdent, au bout de l’abdomen, une tarière. Pour quoi faire, se demande-t-on ? Pour perpétuer l’espèce, répond l’entomologiste. Comment ça, reprend-on ? 

1 ICHNEUMON.jpgEh bien voilà : quand madame a été fécondée, elle produit des œufs, mais ne sait pas où les mettre pour qu’ils éclosent correctement. Elle a cherché, et puis elle a trouvé, nous apprend l’entomologiste : « Avec sa tarière, la femelle enfonce ses œufs dans le corps des hôtes (surtout des papillons de nuit) dans lesquels la larve se développe, les faisant mourir ». On ne saurait être plus aimable. 

La cousine de madame ichneumon, qui se nomme la rhysse persuasive1 RHYSSE.jpg (Rhyssa persuasoria, L.), fait la même chose, mais en plus spectaculaire. La tarière semble démesurée. En plus, l’outil est protégé par un fourreau. Et la posture pourrait faire croire que la rhysse pratique le yoga, vu les contorsions auxquelles elle se livre pour réaliser l'opération : « Perçoit la présence de larves de sirex dans le bois et perce celui-ci avec sa tarière pour pondre un œuf dans la larve (…). La larve ronge les entrailles de l’hôte et le fait mourir ». On ne saurait être plus persuasif.

1 NETELIA TESTACEA.jpgA propos d’une autre cousine, qui se fait appeler Netelia testacea, il est précisé que la piqûre de la femelle est très douloureuse, mais elle est dépourvue de tarière : « Parasite externe, œufs pondus sur des chenilles dont les liquides internes sont aspirés de l’extérieur ». Au total, une famille vraiment charmante et pleine de ressources et d’imagination. 

Le lecteur aura sans doute compris où le titre de ce billet à gros sabots veut en venir. L’islamisme procède, avec la jeunesse radicalisée (on peut cliquer ci-contre pour lire le formidable article d’Olivier Roy, dans lequel il explique qu’il ne s’agit pas de musulmans qui se radicalisent, mais de jeunes révoltés, reniant le milieu familial, qui servent de pâture aux stratèges de Daech impatients de les transformer en armes de destruction massive : il s’agit au contraire d’ « islamisation de la radicalité », autrement dit du recrutement après repérage de la cible disponible, puis de l'instrumentaliser), de la même façon que les dames de la famille des ichneumonidés : il dépose ses œufs fanatiques dans le terreau fertile que constitue le cerveau en rupture, dans un processus semblable à la façon dont procèdent les gourous et les sectes. Pas besoin de lavage de cerveau : celui-ci est déjà propre et net, lessivé, quasiment vierge, au moment de la contamination. Et ça prospère.

La comparaison vaut ce qu’elle vaut. Elle s’adresse cependant à ceux qui ne comprennent pas comment des jeunes « Français » (?) ont pu en arriver à tuer des journalistes, des juifs, et aujourd'hui à tirer sur une foule indiscriminée. Le corps de la France a servi de nourriture aux larves écloses des œufs que l'ichneumon islamiste a déposés en son cœur : celles-ci se sont gavées de ses fluides vitaux sans qu’elle s’en rende compte. Je rappelle à ce propos que c'est Sarkozy qui a détruit les Renseignements Généraux, lesquels ont pu servir de police politique, mais qui avaient entre leurs mains un radar terriblement efficace pour ratisser le terrain au ras des pâquerettes. Je dis : encore une réforme décidée par les comptables, autant que par un homme politique irresponsable.

Malheureusement pour les larves islamistes, le corps de la France n'est pas une larve de sirex, un papillon de nuit ou une chenille. Le corps de la France est puissant et coriace. Le corps de la France est un morceau trop gros pour que les larves islamistes puissent espérer en venir à bout en le mangeant de l'intérieur ou en aspirant de l'extérieur les liquides internes. 

Voilà ce que je dis, moi.

NB : De l'article d'Olivier Roy, je tire la conclusion qu'il ne sert strictement à rien de vouloir "déradicaliser" les jeunes djihadistes. Est-il raisonnable de vouloir déradicaliser la radicalité ? J'ajoute qu'il serait tout aussi vain de vouloir les "désislamiser" : en matière de religion, ils sont d'une ignorance absolument crasse, compacte et définitive.

De plus, l'auteur précise : « Aucun n'a eu de pratiques "communautaires" : assurer des repas de fin de ramadan, prêcher dans les mosquées, dans la rue en faisant du porte-à-porte. Aucun n'a fait de sérieuses études religieuses. Aucun ne s'intéresse à la théologie, ni même à la nature du djihad ou à celle de l'Etat islamique » (Le Monde, 25 novembre). Savent-ils seulement lire ? Peut-être la solution serait-elle de désislamiser les espaces publics sur l'ensemble du territoire français.

Je l'ai dit il y a quelque temps (voir mon billet du 9 octobre) : l'islam en France deviendra tolérable quand les musulmans, en tant que tels, seront devenus aussi invisibles que le sont aujourd'hui les catholiques ou les protestants. Mais un pays d'origine catholique peut-il s'en remettre à des musulmans du soin de se débarrasser de leur trop grande visibilité ? La réponse est évidemment "non" : il faut, pour restaurer la paix, que les musulmans eux-mêmes décident de se rendre invisibles en tant que tels. Beaucoup le sont déjà, mais combien d'autres sont prêts à renoncer à s'afficher ? J'ai encore vu ce matin deux femmes couvertes de gris et de noir de la tête aux pieds. C'était rue du Mail. Je dis merde !

vendredi, 27 novembre 2015

TOMBEAU DE V.R.

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Préambule : un "Tombeau" était, en poésie ou en musique, une œuvre dédiée à un grand homme disparu, une œuvre écrite en son honneur, une œuvre en forme d'éloge funèbre. V. R. aurait peut-être été un grand homme, si on lui en avait laissé le temps. On ne le saura pas. Je lui dédie ce tout petit billet.

***********

Le visiteur de ce blog ne trouvera plus ce billet tel qu'il se présentait depuis le 27 novembre. Ce qu'il trouvera est la correspondance imprévue à laquelle, quatre-vingts jours après, il a donné lieu. Voici le courriel que j'ai reçu le 11 février 2016.

Bonjour Monsieur, 

Je ne vous connais pas et ce que vous écrivez sur V. R., mon grand frère, me déplaît et m'attriste, surtout quand je vois que c'est l'un des premiers liens sur lequel on tombe lorsque l'on tape son nom sur internet.Vous ne le connaissiez pas, vous ne connaissez pas Eva et visiblement vos sources sont fausses.


Evidemment vous ne vous en êtes pas rendu compte ou du moins je l’espère mais en voulant faire un éloge de V. vous écrivez en fait des phrases culpabilisantes pour E. " Pour moi, elle aura eu la chance, non : le privilège de rencontrer un homme, un vrai, qui, au moment du danger de mort, n'a pas songé un instant à son propre sort.J'ignore tout de ce qu'on peut ressentir, quand on sait que la personne la plus chère à vos yeux est morte en voulant vous protéger : c'est au-delà de la raison". 

Mon frère n'a pas besoin que vous lui "rendiez hommage" et encore moins besoin que vous fassiez souffrir son amoureuse à l'idée qu'elle est encore en vie. 

Bref, tout cela pour vous dire que je souhaite vivement que vous supprimiez cet article de votre blog. 
J'espère que vous comprendrez. 

Cordialement,

 

-- Léa R.

 

Et voici la réponse.

 

Madame, 

Je ne m’attendais certes pas à recevoir un courriel comme le vôtre, qui me stupéfie et suscite mon incompréhension. Je me demande encore comment il est possible d’interpréter à mal le modeste billet que j’ai consacré à V. R. le 27 novembre. Vous me dites que mes sources sont fausses. Ma source est pourtant mentionnée dans le billet : Le Monde du 26 novembre. 

Je me suis contenté de réagir à une information : Pascale Robert-Diard, journaliste expérimentée, consacrait un article – dont j’ai oublié le reste du contenu – aux attentats de Paris. J’ai seulement, dans mon blog, cité trois phrases de cet article. Je marquais ensuite mon admiration pour la beauté du geste instinctif noté par la journaliste, et ce n’est pas moi, mais elle, qui a écrit : « Elle lui doit la vie ». Je suis donc surpris que vous vous en preniez à moi : en quoi mes phrases sont-elles « culpabilisantes » ? Voilà ce que je ne comprends pas. 

J’ai été, comme tout le monde je crois, bouleversé par les attentats de Paris. J’ai suivi dans Le Monde, jour après jour, les récits poignants faits par les journalistes dans une suite intitulée « Mémorial du 13 novembre ». Je continue à lire, le cœur serré, les articles que le journal consacre encore aux rescapés, gravement blessés ou non, des attentats. 

Profondément désolé que mon billet puisse avoir ajouté à une douleur, du fait d’une interprétation que je persiste à considérer comme erronée, j’accepte bien volontiers de retirer la partie du billet qui concerne la personne disparue, et de faire figurer en son lieu et place cette petite correspondance, à laquelle je pense pouvoir ainsi mettre fin. 

Croyez bien que je partage la douleur des familles, des proches, des survivants. 

F. C. 

Note : J'apprends dans Le Monde du 27 novembre que V. R. n'est pas le seul. Gilles Leclerc était lui aussi présent au concert des Eagles of death metal au Bataclan, le 13 novembre. Sa famille et ses proches ont dû attendre le lundi à 17 heures pour apprendre qu'il ne reviendrait plus jamais. Sa chérie à lui s'appelait Marianne. Pascal Galinier, auteur de la notice qui lui est consacrée, écrit : « Nul n'est étonné d'apprendre comment il aurait sauvé Marianne en se jetant sur elle, au Bataclan ». Honneur à Gilles Leclerc !

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jeudi, 26 novembre 2015

ÉCRIRE SANS TREMBLER

Drapeau-France.jpg

Une semaine après les attentats de Paris, Le Monde a eu une très bonne idée, pour son supplément littéraire du vendredi. Il a adressé à des écrivains une demande, joliment formulée : « … vous dont la langue est le métier, prenez la plume, aidez-nous à nommer l’innommable ». Vingt-huit ont répondu à l’appel. Cela donne ce "numéro spécial", sobrement intitulé « Ecrire sans trembler ». Bien entendu, une telle anthologie, faite de pièces et de morceaux hétérogènes, est incapable de produire une impression générale homogène. 

Il est évident que les lecteurs marqueront des préférences, et que les textes entreront en plus ou moins vive résonance avec la perception subjective de la réalité qu’ils ont développée, mais aussi avec leurs goûts littéraires : le style de chaque auteur, la sensibilité avec laquelle chacun a vécu les événements, l’angle sous lequel il envisage de répondre à la demande du journal, tout cela est forcément déterminant. 

Je n’échappe pas à la règle. Ainsi, si on me demande quel est l’intrus qui se cache parmi les invités, je répondrai du tac au tac : c’est une intruse. Mais pourquoi Jean Birnbaum a-t-il prié Christine Angot de se joindre à ce numéro spécial du « Monde des livres » ? Sa présence défigure à elle seule la manifestation, comme une verrue sur la perfection d’un nez grec. 

Je ne vais pas énumérer les interventions, encore moins dresser en deux colonnes tableau d’honneur contre tableau de déshonneur. Tout juste puis-je dire que j’apprécie particulièrement les textes de Jean-Claude Milner (« Le Califat a des lettres »), qui explique pourquoi le choix de Daech s’est porté sur Paris, symbole de civilisation et d'histoire ; d’Olivier Rolin (« Bref dictionnaire des idées reçues »), qui reprend une à une, pour les contester, certaines idées générales complaisamment colportées par des journalistes, des associations, des hommes politiques ; de Laurent Mauvignier (« Regarder la mort en face »), qui explique que continuer à écrire des livres est nécessaire, pour faire vivre l’idée de complexité du monde, contre les simplificateurs mortifères ; de Zurya Shalev, l’Israélienne qui a failli laisser la vie dans un attentat suicide et qui donne un texte d’une grande dignité (« La lamentation de la beauté enterrée sous les cendres »). J’arrête là : il y a quelque chose de beau dans toutes les contributions. A des degrés divers.

Alors, la grosse verrue sur le nez grec ? J'ai vraiment cru à une hallucination en lisant ça. Angot commence par raconter un fait divers de 1822, qui n’a rien à voir, et que raconte Stendhal en 1823 (il écrit : « L’année dernière … ») dans Racine et Shakespeare : le soldat en faction dans la salle d'un théâtre de Baltimore où l’on donne Othello tire sur l’acteur à la fin et lui casse le bras, tout ça parce qu’il n’allait pas laisser un nègre étrangler une blanche ! 

Tout faux, madame Angot. Le soldat a simplement confondu la réalité et la fiction. Il ignorait sans doute en quoi consiste une scène de théâtre, un pièce de théâtre, des acteurs de théâtre. Cela n'empêche pas la dame d'affirmer : « La même chose a eu lieu chez nous, amplifiée, et préméditée ». Quelle niaiserie, madame Angot. Dans quelle réalité mirobolante êtes-vous allée pêcher ce délire ? Alors les tueurs de Daech, selon vous, confondent la réalité et la fiction ? Mais enfin descendez de ce nuage d’autofiction sur le terreau duquel votre prose prospère depuis trop longtemps et sortez de votre bulle narcissique : la réalité est là, atroce, madame. Daech, c’est de la mort bien compacte et bien concrète. 

Je passe sur l’étrangeté de beaucoup d’assertions fumeuses en rapport avec la «civilisation», qui découlent sans doute de la bizarrerie des incroyables lunettes mentales que la dame a adoptées. Pour finir, je citerai le dialogue (intégralement cité par l'auteur, sans doute par souci d'authenticité) par textos dans lequel elle échange avec sa cousine Valérie, « qui habite Châteauroux » : « "Après ce qui s’est passé à Paris, dis-moi simplement si vous allez bien." J’ai répondu : "Oui, Charly et moi étions à la maison, Léonore chez un ami dans le 10°, on lui a dit de ne pas bouger. Aujourd’hui, je devais faire une lecture à la Maison de la poésie, mais tous les établissements de la ville de Paris vont rester fermés. C’est horrible." Elle : "Comme tu dis, c’est horrible. Je ne comprends plus ce monde de fous. C’est lamentable." Moi : "C’est une guerre, Valérie. Daech est en guerre contre nous." Elle : "Oui, je sais, et ça fait peur." Moi : "Il ne faut pas avoir peur, ils vont perdre, faire beaucoup de dégâts mais perdre." Et elle, à ce moment-là : "C’est ce que je me dis aussi. Ils ne peuvent pas dominer le monde et enlever ce que les gens ont dans leur cœur." Moi : "Exactement." ». Alors là, bravo pour la hauteur de l'échange ! A noter que l'utilisation du mot "horrible" par madame Angot vient juste après la fermeture de la Maison de la poésie. Juste après, elle signale « le mail d'une amie » qui regrette de ne pouvoir venir l'entendre faire sa lecture. Juste après, elle parle d'un documentariste : « David Teboul m'a filmée dans le centre-ville de Châteauroux ». N'en jetez plus : on est content pour elle. Je lui ferai simplement remarquer qu'un monde existe autour d'elle, en dehors d'elle.

A noter plus généralement que la dame a tenu à faire figurer dans son intervention la totalité de ce dialogue riche et percutant, cette éclairante et profonde analyse de la situation. Au scalpel. Elle tente de se rattraper dans son dernier paragraphe, en déclarant inaudible l’appel général des politiques à ne pas faire d’amalgame. Mais ça ne sauve pas un texte qui sonne si creux, qui sonne si replié sur soi, qui sonne si niais. 

Quelqu’un qui ressent les attentats de Paris comme un deuil personnel en même temps que national peut-il ne pas sortir de là complètement écœuré ? Monsieur Birnbaum, Le Monde est un journal réputé sérieux. Mais inviter madame Angot après le 13 novembre, alors là non, ce n’est vraiment pas sérieux. 

Si j'avais voulu être méchant, j'aurais regretté que madame Angot ne soit pas assez amatrice de hard rock.

Madame Angot écrit comme on fait pipi.

Voilà ce que je dis, moi.

NB : Il paraît que Un Amour impossible, le dernier livre de Christine Angot, s'est déjà vendu à 100.000 exemplaires. Ma parole, dans quel état moral et intellectuel se trouve une population qui fait ainsi fête à un auteur de cet acabit ? Pauvre littérature française, jusqu'où tomberas-tu ?

mercredi, 25 novembre 2015

CABU CHEZ LA VOYANTE

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On reconnaît Cabu à sa coupe de cheveux. On reconnaît Wolinski à son gros cigare. Les deux autres, j'ai du mal à les identifier. Bernard Maris ? Tignous ? Charb ? Ils sont morts en janvier dans les locaux de Charlie Hebdo, assassinés par les frères Kouachi. J'avoue que ce dessin de Dutreix m'avait échappé en janvier. Mais aujourd'hui, il me saisit à la gorge : je le trouve d'une justesse, d'un tragique et d'une drôlerie absolus. Il y a avant, et puis il y a après, sur le thème de : si on leur avait dit ...

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Quelle poilade, les copains !

Ce dessin, republié dans "Le Monde des livres" du 20 novembre fait aujourd'hui écho à ce que déclare Laurent Camax, époux de Claire, morte au Bataclan. Voici ce qu'écrit Fabrice Lhomme, rédacteur de la notice : « Laurent Camax évoqua avec sa femme le risque terroriste : "J'étais dans le déni total de ce fléau, raconte-t-il. Je me souviens avoir dit à Claire qu'on avait autant de chances de mourir à cause du terrorisme que de gagner au Loto sans y jouer. Aujourd'hui, elle se moquerait bien de moi ..." » (Le Monde, 23 novembre, pour son "Mémorial du 13 novembre"). Il y a avant, et puis il y a après.

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Claire Camax est morte, assassinée, au Bataclan, le vendredi 13 novembre 2015. Le couple avait deux enfants, de trois et sept ans.

Et merde !

Voilà ce que je dis, moi.

 

mardi, 24 novembre 2015

UN MONUMENT AUX MORTS

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Le Monde, sous le titre « Mémorial du 13 novembre », vient de prendre une initiative magnifique : ouvrir ses colonnes à l’édification d’un monument aux morts de ce maudit vendredi 13. Le site Médiapart avait commencé, en offrant au visiteur la liste de tous les noms des victimes, avec leur âge et quelques précisions sur leur métier et leur existence. 

Le Monde va plus loin : il entreprend de publier les « portraits » de tous les hommes et les femmes assassinés : « Les journalistes du Monde se sont donc rassemblés pour écrire ce mémorial du 13 novembre. Systématiquement, ils ont pris contact avec leurs proches, membres de leur famille lorsque cela a été possible, amis ou collègues, pour les aider à dresser ces portraits de gens qu’ils n’avaient jamais vus. Pour chacun, nous leur avons aussi demandé de nous prêter une photo, l’image du visage qu’ils voulaient que l’on conserve dans ce souvenir collectif ». 

Le numéro du Monde daté de mardi 24 novembre présente donc les neuf premiers portraits : Christophe Lellouche (« Un vrai charmeur »), Mathieu Hoche (« Curieux de tout »), Véronique Geoffroy de Bourgies (« Généreuse et engagée »), Hugo Sarrade (« Epris de liberté »), la Lyonnaise Caroline Prénat (« Un rayon de soleil »), Yannick Minvielle (« Un fou riant »), Fabrice Dubois (« Un grand enfant »), Jean-Jacques Kirchheim (« Un roi de la fête »), Raphaël Ruiz (« Un fiévreux du rock »). Saisissant comme chaque personne apparaît à la fois comme unique et ressemblant à vous ou moi. 

Inutile de dire que je ne manquerai aucun des numéros à paraître sous cette bannière maculée de sang. 

Voilà ce que je dis, moi.

lundi, 26 octobre 2015

LES PETITS MOTS DU MONDE

Dans les titres du Monde (le « journal de référence »), il y a eu, pendant longtemps, l’éruption cutanée aiguë de l’expression « relance le débat » (j'en avais découpé une collection prodigieuse).

DILEMME 1.jpg

Grand titre de "une".

On assiste encore d’ailleurs de temps en temps à des retours de ces prurits, suivis de rémissions plus ou moins durables. 

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 En page onzième.

 

C’est sûr, dans les titres du Monde, les modes se suivent et se ressemblent. Le plus drôle, c’est lorsque certains termes volent en escadrilles.

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En page douzième.

Ainsi, dans le numéro daté 25-26 octobre, trouve-t-on un drôle de cumul d’ « embarras » et de « dilemme ». Gloire à « Embarras » ! Gloire à « Dilemme » ! Pour un jour.

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EMBARRAS 2.jpg

 

L’air du temps circule sans doute de bureau en bureau, comme une fragrance que les capacités olfactives de plusieurs rédac-chefs repéreraient instantanément comme la plus exquise à humer ? 

Voilà ce que je dis, moi.