26.04.2012

DU MONTAIGNE ? COMBIEN DE TRANCHES ?

Aujourd'hui, promis, on se rapproche de MONTAIGNE, dont on va apercevoir une oreille à l'horizon.

 

 

Je ne suis pas encore atteint par le mal inventé par ALOIS ALZHEIMER. Je me souviens que lorsque quelqu’un que j’aime bien, sans avoir conscience de ce qu’elle faisait, m’a dit que la boîte en bois qui était au grenier, avec les vieux papiers de famille dont certains remontaient à trois siècles, eh bien cette boîte, elle l’avait jetée au feu, je suis devenu fou, pendant un bon moment, j’ai vu noir, tout noir. 

 

 

C'est comme si un ours m'avait arraché brutalement un membre, comme dans Le Concile de pierre, de JEAN-CHRISTOPHE GRANGÉ. Comme si j'avais été amputé par surprise, à peu près comme ce que nous avions tous ressenti lors du cambriolage de la maison. Comme si on jetait de vieilles photos de choses et de gens qui furent familiers.

 

 

 

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AUTRE PORTRAIT DE L'INOUBLIABLE

DOCTEUR ALOIS ALZHEIMER 

 

Alors moi, pour me préparer à attaquer MONTAIGNE, voilà comment je m’y suis pris : j’ai commencé par le RABELAIS de la Pléiade, avec les notes en bas de page. Certes, les notes de bas de page ralentissent la lecture, mais l’éclairent de façon bien plus pratique que celles renvoyées en fin de volume. Je déconseille formellement les « traductions » en français moderne, qui dévitalisent, qui anesthésient tout ce qui fait la force et le « jus » de Maître ALCOFRIBAS.

 

 

Quoi qu’il en soit, je peux vous dire que ça décrasse, comme galop d’essai. Si vous aimez le délire verbal, je conseille la harangue de Maître Janotus de Bragmardo (Gargantua, 19), l’émissaire chargé de demander à Gargantua de rendre les cloches de Notre-Dame, qu'il a piquées pour en faire des sonnettes au cou de sa jument, après avoir noyé 260.418 Parisiens (« sans les femmes et petitz enfans ») sous les flots de son urine (ce passage n'est pas dans Lagarde et Michard, je peux vous l'assurer).

 

 

 

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MAÎTRE ALCOFRIBAS NASIER

(anagramme bien connue)

NOTEZ LE LEGER PROGNATHISME

AINSI QUE LA REJOUISSANTE LIPPE INFERIEURE

 

Mais je conseille aussi et surtout la plaidoirie de Baisecul et Humevesne (« kiss my ass » = baise mon cul, et « sniffer of farts » = renifleur de pets), ainsi, évidemment, que la réponse tout à fait à la hauteur que leur fait Pantagruel (Pantagruel, 11 à 13) : ANDRÉ BRETON et autres surréalistes, en plus de se prendre au sérieux comme des pontifes, auraient mieux fait de se cacher, avec leur pseudo-invention de l’ « écriture automatique ». Tiens, en voici un petit exemple (allez, je modernise l’orthographe, c’est Humevesne qui parle) :

 

 

« Mais, à propos, passait entre les deux tropiques, six blancs vers le zénith et maille par autant que les monts Riphées, avaient eu cette année grande stérilité de happelourdes, moyennant une sédition de balivernes mue entre les Baragouins et les Accoursiers pour la rébellion des Suisses, qui s’étaient assemblés jusqu’au nombre de bons bies pour aller au gui l’an neuf le premier trou de l’an que l’on livre la soupe aux bœufs et la clef du charbon aux filles pour donner l’avoine aux chiens ».

 

 

Enfoncés, Les Champs magnétiques, de BRETON et SOUPAULT, ce b-a-ba de l’écriture automatique, sacralisé par quelques ignares et collectionneurs spéculants, enfantillage laborieux, infantilisme et puérilité auprès de la prouesse de RABELAIS dans ces trois chapitres.

  

 

 

Je signale en passant que le Docteur Faustroll, inventeur de la 'Pataphysique (« Tout est dans Faustroll », disait le satrape BORIS VIAN), possède dans sa bibliothèque 27 ouvrages qu'il est convenu d'appeler « Livres pairs », et que RABELAIS est le seul a avoir l'insigne honneur de figurer sous son seul nom, sans la limitation à un seul titre de ses oeuvres, qu'ALFRED JARRY inflige aux 26 autres. C'est bien tout RABELAIS qu'il faut lire.

 

 

Après RABELAIS, j’ai mis le nez dans BEROALDE DE VERVILLE et son Moyen de parvenir. C’est déjà une autre paire de manches. Mais MICHEL RENAUD, qui a dû tomber dedans quand il était petit, en a donné une édition jouissive (et remarquablement lisible) dans la collection « folio ». On ne peut pas vraiment résumer ce bouquin, qui fait figure d’OLNI (Objet Littéraire Non Identifié) dans la littérature française.

 

 

Disons que, de cette immense conversation désordonnée, qui se déroule autour d'une table plantureuse, lourdement garnie de plats et de dives bouteilles, je retiens le profond réservoir d'anecdotes truculentes, principalement sexuelles et scatologiques, et la guirlande des propos irrévérencieux à l’égard de toutes les autorités.

 

 

Je suis alors passé à Histoire d’un voyage en terre de Brésil, de JEAN DE LÉRY (au Livre de Poche). Ce calviniste grand teint raconte son équipée maritime jusque chez les Toupinambaoults, qui font, entre autres joyeusetés, cuire les morceaux de leurs ennemis sur leurs « boucans » (cf. boucanier). Il faut lire les propos du prisonnier qui sait qu'il va y passer et qui défie ses futurs bourreaux en se vantant de leur donner bientôt à manger la chair même de leurs propres parents, qu'il s'est, après une précédente bataille, fait un plaisir de dévorer. 

 

 

 

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« Vous les trouveriez couverts [les boucans] tant de cuisses, bras, jambes que autres grosses pièces de chair humaine des prisonniers de guerre qu’ils tuent et mangent ordinairement ».

 

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ON NE S'EN LASSE PAS,

BIEN QUE TOUT ÇA RESTE

TERRIBLEMENT ARTISANAL

 

Là on commence à pouvoir s’aventurer sur la haute mer de la vieille langue française. On est fin prêt.  On peut attaquer la montagne de MONTAIGNE (au fait, vous avez remarqué que lorsque MARCEL PROUST décrit la mer, il s’acharne, d’un bout à l’autre de La Recherche, à en faire un paysage de montagne ?).

 

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

A suivre.

 

12.02.2012

MALLARME, POETE, AVERS ET REVERS

STEPHANE MALLARMÉ, c’est entendu, c’est le poète symboliste, c’est l’hermétisme, c’est l’amphigouri inintelligible. Réservé à la délectation solitaire de quelque esthète vaguement efféminé, prenant une pose avantageuse, ne portant comme vêtement qu'un fume-cigarettes épouvantablement long entre deux doigts alanguis, devant sa psyché, autour de minuit si possible, pour se déclamer à lui-même le sonnet en X, cet étrange objet sonore dont tout le monde a peut-être entendu parler :

 

« Ses purs ongles très haut dédiant leur onyx,

L’Angoisse, ce minuit, soutient, lampadophore,

Maint rêve vespéral brûlé par le Phénix

Que ne recueille pas de cinéraire amphore

 

Sur les crédences, au salon vide : nul ptyx,

Aboli bibelot d’inanité sonore,

(Car le Maître est allé puiser des pleurs au Styx

Avec ce seul objet dont le Néant s’honore.)

 

Mais proche la croisée au nord vacante, un or

Agonise selon peut-être le décor

Des licornes ruant du feu contre une nixe,

 

Elle, défunte nue en le miroir, encor

Que, dans l’oubli fermé par le cadre, se fixe

De scintillations sitôt le septuor.»

 

 

Et voilà le travail, mesdames et messieurs, avec le triple saut périlleux arrière ! C’est-y pas bien enroulé ? On peut applaudir. Pour ceux qui n'ont rien compris, le beau chat tigré que vous voyez ici attend vos langues que vous avez déjà commencé à lui donner, merci pour lui, il en est friand.

 

 

Je ne vais pas me donner le ridicule de tenter l’exégèse de ce texte que certains considèrent comme une simple facétie ô combien raffinée de son auteur. En tout cas, on ne saurait nier qu’en même temps qu’une prouesse, il y a là, subtil certes, un jeu.

 

 

 

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ON NE LE DIRAIT PAS, POURTANT, AVEC SON AIR BONHOMME 

 

On est dans l’abstraction au carré, voire au cube, une abstraction qui se donne le plaisir d’enfermer le commentateur dans son cercle vicieux, et voulu. Quant à moi, je comparerais volontiers ce poème aux boutons de ceinture (en ivoire, en buis ou en corne) qui donnaient l’occasion aux sculpteurs japonais de déployer leur ébouriffante virtuosité de geste, et qu’on appelle netsukes, dont on admire un exemplaire ci-dessous.

 

 

 

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OBSERVONS LA FINESSE DES DETAILS ET LA GRANDE PURETE DES LIGNES 

 

Laissons ce diamant noir à son silence hautain, après avoir signalé qu’un autre, qui fut un temps poète symboliste, le nommé ALFRED JARRY, a rendu un hommage appuyé à STEPHANE MALLARMÉ, en lui consacrant, dans ses célèbres et méconnus Gestes et opinions du docteur Faustroll, pataphysicien, le chapitre « De l’île de Ptyx », qui commence ainsi : « L’île de Ptyx est d’un seul bloc de la pierre de ce nom, laquelle est inestimable, car on ne l’a vue que dans cette île, qu’elle compose entièrement » (III, 19).

 

 

MALLARMÉ n’était pas, quoi qu’un vain peuple en pense, campé dans sa citadelle des sommets poétiques. Sait-on assez, par exemple, qu’il donnait aussi du travail au facteur, non seulement parce qu’il écrivait à diverses personnes, mais par sa façon toute personnelle, sur l’enveloppe, de rédiger leurs adresses ?

 

 

Ecrit-il à JORIS KARL HUYSMANS (A Rebours, Là-bas, …) ? Cela donne :

 

« Rue (as-tu peur) de Sèvres onze

Subtil séjour où rappliqua

Satan tout haut traité de gonze

Par Huÿsmans qu’il nomme J. K. »

 

 

A ODILON REDON ?

 

« A la caresse de Redon

Stryge n’offre ton humérus

Ainsi qu’un succinct édredon

Vingt-sept rue, ô Nuit ! de Fleurus. »

 

A EDGARD DEGAS ?

 

« Rue, au 23, Ballu J’exprime

Sitôt Juin à Monsieur Degas

La satisfaction qu’il rime

Avec la fleur des syringas. »

 

 

Peut-être les facteurs recevaient-ils une formation spéciale pour ce genre de correspondance, lointain précurseur de ce que quelques prétentieux nommèrent, dans les années 1950, le « mail art », ou « art postal » ?

 

 

De même, l’habitude qu’il a d’offrir des fruits glacés (ou autres présents) au nouvel an, lui donne mainte occasion de jeux savants :

 

« Sous un hiver qui neige, neige,

Rêvant d’Edens quand vous passez !

Pourquoi, Madame Madier, n’ai-je

A donner que des fruits glacés… »

 

 

« Je ne crois pas qu’une brouette

D’espoirs, de vœux, de fleurs enfin

Verse à vos pieds ce que souhaite

Notre cœur, Madame Dauphin. »

 

 

« Eva, princesse ou métayère

Allumeuse du divin feu

En y posant cette théière

Saura le modérer un peu. »

 

 

Soyons sincère, n’aimerait-on pas brocher de tels bibelots en l’honneur d’une correspondante ? Et celle-ci ne devait-elle pas goûter l’offrande de ces petits mots ciselés ? Je voudrais terminer ce petit hommage à l’impeccable artiste que fut STEPHANE MALLARMÉ en recopiant pour vous un sonnet tellement discret qu’il échappe aux yeux pourtant les mieux avertis, et qui semble (au premier rabord) détonner, dans une production généralement considérée comme le comble du raffinement :

 

« Parce que de la viande était à point rôtie,

Parce que le journal détaillait un viol,

Parce que sur sa gorge ignoble et mal bâtie

La servante oublia de boutonner son col,

 

Parce que d’un lit grand comme une sacristie,

Il voit sur la pendule, un couple antique et fol,

Ou qu’il n’a pas sommeil, et que, sans modestie,

Sa jambe sous les draps frôle une jambe au vol,

 

Un niais met sous lui sa femme froide et sèche,

Contre ce bonnet blanc frotte son casque-à-mèche

Et travaille en soufflant inexorablement :

 

Et de ce qu’une nuit, sans rage et sans tempête,

Ces deux êtres se sont accouplés en dormant,

O Shakespeare et toi, Dante, il peut naître un poëte ! »

 

 

 

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LE PORTRAIT DU GRAND HOMME PAR EDOUARD MANET 

 

Je pense à « Philistins », de JEAN RICHEPIN, mis en musique par GEORGES BRASSENS : « Philistins, épiciers, pendant que vous caressiez vos femmes, en pensant aux petits que vos grossiers appétits engendrent, vous pensiez : ils seront menton rasé, ventre rond, notaires, mais pour bien vous punir, un jour vous voyez venir sur terre, des enfants non voulus, qui deviennent chevelus poètes ».

 

 

Il était de bon ton, en ces temps reculés, de brocarder le « bourgeois », son épaisseur, sa bassesse culturelle foncière, son matérialisme à tout crin, sa surdité affichée pour tout ce qui vous avait des airs spirituels. Ces époques obscures sont évidemment, désormais, révolues. N’avons-nous pas, pour remplacer avantageusement le « bourgeois », le nouveau héros de nos villes modernes : le BO-BO ?

 

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

 

07.02.2012

UN PAS DE GUEANT POUR L'HUMANITE

« Toutes les civilisations ne se valent pas », a dit, paraît-il, CLAUDE GUÉANT, sinistre de l’Intérieur, devant le gratin syndical des étudiants de droite réunis sous la bannière de l’Union Nationale Interuniversitaire, propos incendiaire aussitôt et soigneusement twitté vers l’extérieur par un militant U. M. P. sans doute en service commandé.

 

 

 

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LE GRAND MECHANT LOUP 

 

Sur le Parti « Socialiste », sur toutes les belles âmes de la gauche tiers-mondialisée et sur tous les chevaliers blancs défenseurs de la vertu de la veuve de guerre des civilisations et de l’orphelin opprimé (je ratisse large), ces propos – savamment mis en scène et montés en mayonnaise par un service de communication très professionnel – jouent le même rôle qu’un lumignon allumé dans une nuit d’été sur les phalènes et autres insectes nocturnes, le même rôle catalyseur que l’électricité sur la moelle épinière, le même rôle d’appât que le chiffon rouge sur la grenouille et le taureau.

 

 

Un seul mot d’ordre : ON FONCE ! CLAUDE GUÉANT peut être satisfait, NICOLAS SARKOZY peut le féliciter : mission accomplie, soldat GUÉANT, c’est l’ébullition dans la fourmilière, le branle-bas dans Landerneau, les coups de feu dans la sierra, la panique sur la ville, les réglements de compte à OK Corral. FRANÇOIS HOLLANDE n'a pas encore fait part de son indignation, mais ça ne saurait tarder.

 

 

CLAUDE GUÉANT, honnêtement, j’éprouve pour ce personnage considérable la même quantité de sympathie que pour la limule, qui est aussi un crustacé très laid et antipathique. Pour une raison très simple, directement et a contrario déduite de celle qui fait que « les amis de mes amis sont mes amis ». J’espère que vous suivez.

 

 

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LE MONSTRE

 

La LIMULE mérite quelque précision. Saint ALFRED JARRY en donne, quand il essaie de comparer la physionomie d'Ubu : « S'il ressemble à un animal, il a surtout la face porcine, le nez semblable à la mâchoire du crocodile, et l'ensemble de son caparaçonnage de carton le fait en tout le frère de la bête marine la plus esthétiquement horrible, la limule ».

 

 

C'est vrai que la limule est globalement et en détail assez répugnante, et que je n'aimerais pas me prélasser sur les plages qu'elle fréquente.

 

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C'EST PEUT-ÊTRE DOUX A CARESSER, APRES TOUT ? 

 

Revenons à monsieur GUEANT. Qu’a-t-il dit exactement ? Si j’ai bien compris, il y a deux aspects dans les propos du sinistre : d’une part, il établit une hiérarchie entre les civilisations. Voyons cela. Cette idée bien propre à hérisser le poil des égalitaristes à tout crin, est-elle si choquante, si l’on regarde d’un peu près ?

 

 

Toutes les civilisations se considèrent, de leur point de vue, comme le nec plus ultra, le fin du fin. Je signale qu’en général, dans les langues du monde, tous les peuples se sont désignés eux-mêmes comme les seuls « êtres humains », nommant dans la foulée tous ceux qui leur étaient étrangers des « chiures », des « cloportes », des « sous-hommes » et toutes sortes d’animaux répugnants.

 

 

Le voyageur JEAN DE LÉRY raconte en 1578 comment les « Toüoupinambaoults » du Brésil étaient par principe en guerre perpétuelle contre les « Margajas », qu’ils s’efforçaient de tuer en grand nombre avant d’en faire cuire les morceaux sur leurs « boucans » : « Voilà donc, ainsi que j’ai vu, comme les sauvages Américains font cuire la chair de leurs prisonniers pris en guerre, à savoir boucaner, qui est une façon de rôtir à nous inconnue » (C’est dans la passionnante Histoire d’un voyage en terre de Brésil, Livre de poche, p. 364).

 

 

 

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APRES LA VICTOIRE,

C'EST LA FÊTE, CHEZ LES TOÜOUPINAMBAOULTS 

 

Nous préférons, nous autres Européens, battre la coulpe de l'Europe en nous en prenant aux Grecs, qui appelaient « barbares » les non-Grecs, et en dégradant allègrement leur triple A, qu’historiens et philosophes attribuent traditionnellement à ce peuple qui n’a pas fait grand-chose, en dehors d’inventer un « menu détail » : la civilisation européenne et la démocratie.

 

 

Si monsieur GUÉANT est raciste, il ne l’est ni plus ni moins que TOUS les peuples du monde depuis l’origine de l’humanité. Qu’il soit, en disant cela, parti à la pêche aux voix du Front National ne fait aucun doute, c’est une chose bien établie. Il reste que tous les peuples du monde ont été et sont aussi racistes que monsieur GUÉANT.

 

 

Que les glapisseurs de bons sentiments aillent voir la façon dont les Coréens sont considérés et traités au Japon, et, accessoirement, la façon dont les Noirs très noirs de peau sont considérés par les Noirs moins noirs, en Guadeloupe et en Martinique.

 

 

« C’est pas bien ! », disent, en faisant les gros yeux, les bonnes âmes altruistes pressées de déverser hors d’elles-mêmes les tonnes de sentiment de culpabilité qui les poussent à toutes sortes d’errements. J’ai le plus grand mal à garder mon calme, pourtant olympien et légendaire, quand j’entends hurler les antiracistes vertueux en général, et CLEMENTINE AUTAIN en particulier, qui s’indigne qu’un sinistre de la République ose s’exprimer ainsi dans la France du 21ème siècle.

 

 

 

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ELLE AVAIT DE TOUT PETITS PETONS

CLEMENTINE ! 

 

CLEMENTINE AUTAIN, flamberge au vent (prenez une colichemarde si vous préférez, c’est aussi efficace pour découper l’adversaire en lamelles), fonce comme tout le monde sur le sinistre de l’Intérieur, sans doute parce qu’il est assis sur le fauteuil qu’elle voudrait occuper. Ça viendra peut-être, mais pas trop tôt, j’espère. Il y a du flic chez CLEMENTINE AUTAIN, comme il y a du flic chez tous ceux, antiracistes compris, qui glapissent à la loi pour museler l’expression libre des individus.

 

 

(Soit dit entre parenthèses, un autre beau démocrate et républicain s’est manifesté dans Libération l’autre jour en se félicitant par avance que Madame LE PEN ne puisse pas se présenter à la présidentielle. J’ai nommé PIERRE MARCELLE, qui ose ce titre, qui serait inquiétant en cas de victoire de la gauche : « Le Pen inéligible honorerait la démocratie ». Qu’un « démocrate » auto-proclamé s’exprime ainsi montre juste que l’auto-proclamation est un mensonge.)

 

 

Qu’on se le dise, ce genre de militants des « justes causes » en général, et les antiracistes en particulier (puisque c’est de ça qu’on cause en ce moment dans les chaumières), les antiracistes et autres flics démocrates bon teint, donc, me font royalement chier. Excusez-moi de le dire sans dissimuler le mot derrière trois petits points, mais la vertu auto-proclamée me semble une des belles impostures de notre époque, qui n’en manque pas, il est vrai. A la niche, les « Vertueux » !

 

 

A la niche, les flics de la liberté d’expression ! VOLTAIRE, lui au moins, déclarait : « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai pour que vous puissiez le dire ». Non, eux, leur mot d’ordre, ils le prennent chez FOUQUIER-TINVILLE, vous savez, l’accusateur public qui organisait les charrettes pour la guillotine : « Pas de liberté pour les ennemis de la liberté ». Ou encore : « La République n’a pas besoin de savants », en envoyant LAVOISIER à l’échafaud. On choisit son saint patron, n’est-ce pas.

 

 

Tous les flics en civil qui n'ont pour dimension libidinale que la guillotine du désir de museler toute expression qui n'est pas la leur ou qui enfreint je ne sais quelles Tables de la Loi, forment le coeur compact de la nouvelle bien-pensance, sorte de pensée unique par défaut, en creux, tracée au repoussoir. On n'ose plus dire "politiquement correct". Le regretté PHILIPPE MURAY en dévorait un tous les matins au petit-déjeuner, de ces militaires sans uniforme qu'on appelle les militants.  

 

 

 

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PHILIPPE MURAY,

UN GRAND ABSENT

 

L’autre aspect des propos de CLAUDE GUÉANT, curieusement passé au second plan dans la polémique, est beaucoup plus restreint et spécifique, puisqu’il parle de la République Française, avec son Liberté-Egalité-Fraternité, comparée à, mettons, l’Arabie Séoudite, et au statut social des femmes dans ce pays et d’autres analogues (ça veut dire bien musulmans, n’ayons pas peur du mot), aux obligations et interdictions vestimentaires et autres.

 

 

Alors là, vous voulez que je vous dise, je ne comprends plus rien. Bon, je sais bien que les foutraques de BESANCENOT et compagnie avaient présenté à des municipales une femme « issue de l’immigration » couverte du « voile islamique ». Mais reprenez-vous, la gauche républicaine, atterrissez, quelle est cette fureur qui vous saisit tout à coup ?

 

 

 

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ON ADMIRERA LE DESSIN DES LEVRES, LA TENDRESSE DE LA JOUE,

EN UN MOT, LA FEMINITÉ DE L'ENSEMBLE 

 

CLEMENTINE AUTAIN, reprends tes esprits : CLAUDE GUÉANT prend la défense des femmes en terre d’Islam. Qu’est-ce que tu attends pour applaudir ? Pour embrasser le sinistre et le remercier de prendre le parti de « la femme » ? Un sinistre qui, rends-toi compte, embrasse la cause des FEMINISTES.

 

 

Pour conclure, certes, il y a de l’opération politique de la part de CLAUDE GUÉANT, qui voudrait bien faire reconduire celui qui l’a fait sinistre et lui a donné sa soupe et son fromage, et qu’il y a là une provocation en « bonnet difforme », autant qu’une tentative de récupération de voix.

 

 

Mais la bêtise et l’hypocrisie des « bonnes âmes » et autres chevaliers blancs de la « gauche » auto-proclamée (s’ils sont à gauche, je m’appelle BENOÎT XVI, et si c'est ça, être de gauche, alors j'accepte avec empressement l'étiquette droitiste, même si c'est faux, je ne voudrais surtout pas qu'on me confonde), sont trop flagrantes pour que j'accorde à CLEMENTINE AUTAIN et autres flics du même acabit autre chose qu’un pitié lointaine.

 

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

 

05.02.2012

LA CONJURATION DU VERBE BRUIRE

Avant de commencer, qu'on me permette de rendre hommage à la corporation tout entière des journalistes, pour une phrase entendue hier de la bouche de l'un d'eux, dont tout le monde et chacun goûtera le terrible sel ironique : « Hier, deux personnes atteintes de la maladie d'Alzheimer sont mortes de froid ». Voilà. 

 

 

 

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HERR PROFESSOR DOCTOR ALOIS ALZHEIMER

 

 

 

C'est dimanche, on a fait la grasse matinée, on est détendu, il fait froid dehors. C'est donc le moment de redresser les moeurs, de hisser la bannière, de sucrer les fraises, de pousser les feux, de foutre le camp, d'arroser les fleurs, de faire chauffer la colle, de ne pas rater le temps au moment où il passe, de bouter l'Anglois hors de France. En un mot comme en cent, de corriger les fautes. Occupons-nous d'un galapiat incorrigible du lexique français, dont le comportement est de plus en plus déréglé.

 

 

Pour cela, rien de mieux qu'une bonne PROSOPOPÉE dans les gencives pour se mettre en jambes, même si elle se présente incomplète, atténuée, rognée, restreinte, voire concassée.

 

 

C’est un sale gosse, le verbe BRUIRE. Un sauvageon. Pas retourné à l’état barbare, mais pas loin. Au moins une racaille, une jeune pousse qui jette sa gourme à tous les vents, qui pète au nez du savoir-vivre le plus affirmé. Ce n’est plus de la conjugaison, c’est de la conjuration. Nous y voilà : c’est un complot. Le mot est lâché. J’aurais dû m’en douter.

 

 

On ne parle pas assez des journalistes, de leur noble métier - non, leur noble tâche. Allez, ne soyons pas chien, et parlons franchement de leur mission sacrée. Je le sentais venir, déjà, depuis quelque temps, je l’entendais, aux « nouvelles » colportées dans les chaînes audibles et visibles par, précisément, des journalistes.

 

 

Un jour, c’est : « Toute la ville bruisse (??) de la rumeur ». Le lendemain, c’est d’une autre bouche que sort : « La classe politique bruisse (???) des mésaventures de DOMINIQUE STRAUSS-KAHN ». Il me semble bien qu'on peut remplacer ce nom par celui de FRANÇOIS HOLLANDE ou de NICOLAS SARKOZY, ça fait le même effet.

 

 

Je vous l’avais dit, que le verbe bruire, il fait vraiment n’importe quoi, il n’a plus de forme, il ne ressemble plus à rien, c’est une patate à la place du nez, une patate au milieu de la figure. Tiens, dernièrement, comment elle s’appelle, cette journaliste qui a impunément – et impudemment – lancé : « On les entend bruisser (????) », à propos de je ne sais plus quoi ? C'est "bruisser" qu'on apprend, dans les écoles de journalistes ?

 

 

 

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EN MISSION SACREE SUR LE TERRAIN 

 

Oh mais je vais le ramener dans le droit chemin, le gaillard, et plus vite que ça. Vingt coups de garcette sur la plante des pieds à chaque dérapage, ça sera vite vu. Faute de garcette, si l'on est en terre ferme, on se rabattra sur une nagaïka de bonne fabrication. En dernière extrémité, on pratiquera l'« enfoncement du petit bout de bois dans les oneilles » (Ubu roi, III, 8). Et j’ajoute : « Je [le] passerai dans la trappe, [il tombera] dans les sous-sols du Pince-Porc et de la Chambre-à-Sous, où on [le] décervèlera » (III,2).

 

 

Alors moi je dis que, si le verbe bruire n’est même plus capable de se faire conjuguer avec rectitude et régularité par les « spécialistes » stipendiés de la diffusion d’informations (alias les « journalistes »), il devrait prendre à l’unanimité de sa voix la décision de disparaître. Un beau suicide lexical, et en direct. Et je ne connais pas de meilleur suicide, depuis quelque temps, que l'immolation par le feu et en public.

 

 

Si possible en présence de NICOLAS SARKOZY, ou à la rigueur de FRANÇOIS HOLLANDE. En effet, pour peu que l'un ou l'autre disparaisse dans les flammes, et comme les caméras ne sont jamais loin dans les deux cas, l'effet médiatique serait comparable à un tsunami se jetant de toute la force de ses bras sur une centrale nucléaire en état de marche.

 

 

 

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LEQUEL DES DEUX BRÛLE AVEC LE VERBE BRUIRE ?

 

Ça ferait peut-être pas aussi fort que MOHAMED BOUAZIZI, sur une place de Sidi Bouzid. Mais il suffirait qu’il prévînt les bons « journalistes », les bons médias, les bonnes chaînes, en disant : « Tel jour, à telle heure, tenez-vous bien, moi, le verbe bruire, je m’immole par le feu ». Un bonze qui brûle, ça date de longtemps ; un Tibétain, c'est tous les jours sans affoler TF1 ; un Tunisien pauvre dans une région déshéritée, ça commence à faire ; un verbe défectif, ça serait nouveau. C’est bon, ça, coco, réserve-moi un pavé en « une », pourquoi pas un « ventre », comme dit le maquettiste ?

 

 

Le dit verbe ajouterait : « Et dites bien que je ne renoncerai à ce geste fatal qu’à une condition : que tous les « journalistes » de langue française apprennent ma conjugaison par cœur. Pas difficile : comme je suis un défectif, je n'ai que huit formes conjuguées, et encore, selon le Bescherelle, en comptant l'adjectif "bruyant", c'est vous dire. Il faut qu'ils jurent de dire que la ville bruit d’une rumeur, qu’elle bruissait d’une rumeur, ou qu'on l'a entendu bruire d’une rumeur. Dans tout autre cas, je me suicide, est-ce assez clair ? Plus personne ne pourra me prendre comme souffre-douleur ».

 

 

Si les « journalistes » de langue française ne renoncent pas à « bruisser », que le MOHAMED BOUAZIZI de la grammaire, j’ai nommé le noble verbe BRUIRE, passe immédiatement à l’acte, et se passe incontinent par le feu, après avoir chanté, comme Jeanne d’Arc au bûcher, d’ARTHUR HONEGGER et PAUL CLAUDEL : « Loué soit notre frère le feu qui est pur, vivant, acéré, pénétrant, invincible, irrésistible, qui est puissant à rendre l’esprit à l’esprit, et ce qui est cendre à la cendre ».

 

 

Et si tel est l’événement final, vous verrez que : « A partir de maintenant, il s’en parlera un peu » (Pastorale des santons de Provence), du verbe bruire. On aura remarqué que j’aime à diversifier mes sources documentaires selon le plus large éventail possible.

 

 

J’ajoute aussitôt que cette disparition serait une perte, et cette perte une disparition, parce que, il n’y a pas si longtemps (qu'est-ce que c'est, 110 ans ?), l’Académie Française admettait tout uniment des formes comme « bruyait » ou « bruyaient ». On voit par là qu’un peu de science éloigne de l’absolu, mais que beaucoup de science en rapproche.

 

 

Et puisque le CSA me laisse un peu de temps, en ces temps de campagne présidentielle, qu'il me soit permis d'offrir ce petit poème.

 

 

 

ODE A L'INACCESSIBLE ETOILE DU VERBE BRUIRE

 

Don Quichotte, ô héros, ô le preux paladin,

Toi qui eus pour bagage un rêve inépuisable,

Toi qui as chevauché contre quatre moulins

A vent, qui t’ont réduit en état misérable,

Toi qui as poursuivi l’image dulcinée,

Cette sainte crottée, contrefaçon de fée,

Reviens dans nos contrées, viens m’aider à lutter.

Toi qui cavalcadais sur des chemins austères ;

Toi qui fis face au lion, combattis le barbier,

Pour te coiffer d’un heaume aux vertus militaires ;

Toi qui, du biscaïen, en combat singulier,

Fis une ample omelette et triste compotée ;

Toi, le jouet d’un duc, en son château infâme,

Qui se divertissait aux dépens de ton âme ;

Qui, de foule servil(e), t’offris à la risée ;

Toi seul es en mesur(e), Toi seul as le pouvoir,

Toi seul as l’onction sainte et le sens du devoir.

Accours à mon secours, oui, accours sans détour,

Bats le rappel de troupe et rends son lustre aux tours

De langue qui voulaient d’usage revenir,

Et, le verbe assoiffé, rendre à sa source « bruire ».

 

 

 

Merci d'avance aux 12 électeurs et demi et au raton laveur qui me rendront justice dans les urnes.

 

 

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

NOTE A BENNE : ça n'a strictement aucun rapport, mais vous avez sûrement remarqué, sur la scène météorologique, en ces temps de frimas pré-polaire, l'irruption d'un vocable radicalement neuf. Vous avez sûrement entendu la foule emboîter le pas des ingénieurs météo, des animateurs météo et des clowns météo, et dire, à leur exemple : « Il fait moins douze RESSENTIS ». Notez que je ne juge pas, hein, je constate juste, et je me permets, en sourdine, de me gausser. Une des plus belles répliques de COLUCHE n'est-elle pas : « Jusqu'où s'arrêteront-ils ? ».

 

 

 

 

 

 

21.01.2012

ET UNE TÊTE DE ROI SAUCE GRIBICHE !

Résumé : la « décollation » (c’est comme ça qu’on dit) de LOUIS XVI a créé de l’irréversible. Je voulais évidemment marquer la date mémorable du  21 JANVIER 1793.

 

 

 

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UNE TÊTE DE LOUIS XVI 

 

Comment en est-on arrivé là ? On n’est pas au cours d’histoire. Mais il y a quand même un truc qui me frappe. Lors de la Révolution, les députés qui entendaient changer quelque chose à l’ordre des choses se sont assis les premiers dans la partie gauche de l’hémicycle. Ceux qui voulaient le conserver plus ou moins tel quel, dans la partie droite. C’est depuis ça qu’on parle de « droite » et de « gauche ». Je parle de l’aspect général, pas des détails, des nuances et des moments.

 

 

Tout le 19ème siècle a vu cet affrontement (1848, 1871, affaire Dreyfus, laïcité, …). Il ne faut pas s’imaginer que l’ordre ancien se laisse badibulguer sans résistance. Parce que 360 bonshommes, c’est un tout petit peu moins de la moitié des voix, mais ils ne vont pas sans regimber se laisser guillotiner par 361 régicides. Chez les loups, les vrais, on est bien plus avisé : le moins fort adopte rapidement la position de soumission. La Révolution n’a certes pas inventé la guerre sociale, mais elle l’a drôlement structurée, je trouve.

 

 

J’ai en effet l’impression que toute l’histoire récente (1789 en général et 1945 en particulier) de la France a dépendu de cet abîme creusé entre deux France antagonistes par ceux qui ont raccourci le roi en 1793. Comme si la Révolution avait définitivement crispé deux muscles dans un bras-de-fer éternel entre le bras droit et le bras gauche du même corps. Bon, on va dire que je suis en train d'inventer l'eau tiède. J'avoue, mais attendez la fin quand même.

 

 

Je n’en suis pas à dire « Embrassons-nous Folleville » (EUGÈNE LABICHE) ! Je ne suis même pas loin de penser que ce ne sont pas deux bras d’un même corps, mais attachés aux troncs de deux individus différents, qui revendiquent chacun la possession d’une seule identité : la leur. J’ai l’impression que, depuis la Révolution, c’est l’identité française qui est divisée et qui dit : « Ma main droite te caresse, et ma main gauche te gifle ».

 

 

Parce que la Révolution, ça a été drôlement indécis, si on regarde la durée, rien que depuis les Etats-Généraux jusqu'au 9 Thermidor : 5 ans. CINQ ANS ! Les « révolutionnaires arabes » qui la ramènent, c’est rien que des blancs-becs. On verra dans quatre ans, tiens, où ils en sont. Je me dis que les nôtres, c’est un peu comme des couvreurs qui, en zigouillant le roi et tout le paquet de sacré qui allait avec, auraient eux-mêmes fait tomber l’échelle avec laquelle ils sont montés sur le toit : pour redescendre sur terre, il ne reste plus qu’à sauter. Dans l’inconnu.

 

 

En 1793, l’échelle, c’est la tête du roi. C’est un raisonnement du genre « tout ou rien ». Du genre « pacte de sang » : tous complices, donc tous solidaires. Aucun rachat possible. Si c’est une faute, elle est inexpiable. Sinon, on appellera ça un « acte fondateur ». Un peu comme le meurtre rituel du roi chez les « primitifs », dont parle RENÉ GIRARD dans La Violence et le sacré. Le meurtre qui unifie tous les membres de la nation.

 

 

Sauf qu’ici, on est dans un schéma « mythe contre mythe ». La Révolution contre l’Ancien Régime. Le nouveau mythe (la République) n’a pas arraché les racines de l’ancien (le Roi), et pour cause : quoi que tu fasses, le second fait partie du passé collectif. Difficile de s’amputer ou de se déraciner soi-même. Comment unifier les contraires ? ALFRED JARRY a accompli l’exploit de cet oxymore réalisé (dans la ’pataphysique). Mais la gauche et la droite, ce n’est pas envisageable.

 

 

 

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ALFRED JARRY, INVENTEUR DE LA 'PATAPHYSIQUE

GRAVURE SUR BOIS DE FELIX VALLOTTON 

 

Que serait-il arrivé si le roi n’avait pas été décapité ? Là, tu m’en demandes trop. Peut-être que ses partisans, aidés de tous ses « cousins » couronnés d’Europe, auraient eu la peau des Révolutionnaires. Va savoir. Et on ne serait peut-être pas là pour en parler. Toujours est-il que, depuis, droite et gauche demeurent irréconciliables. Je sens que je vous apprends quelque chose, non ?

 

 

La seule solution, c’est de dissoudre. Quoi ? Mais précisément : la gauche et la droite, voyons ! S’il n’y a plus ni gauche ni droite, où sera le problème ? C’est comme le cercle de BLAISE PASCAL et de quelques autres qui l’ont précédé : le centre est partout, la circonférence nulle part. Dit autrement : tout est dans tout, et réciproquement.

 

 

Mais dis-moi au moins, blogueur patafiolé, dissoudre, pourquoi pas, mais par quel miracle ? Mais, cher lecteur, par le miracle de l’économie de marché, de la concurrence « libre et non faussée » et de l’Ecole Nationale d’Administration, que toutes les planètes habitées nous envient. Les révolutionnaires n’avaient rien compris. Ils croyaient que leurs idées devaient triompher, et ils étaient prêts à se faire étriper pour ça. C’est fini. Maintenant que MARX a définitivement perdu la bataille, et même la guerre, c'est fini.

 

 

Tu élimines les idées, autrement dit, tu fais de la politique sans politique, et tu apprends aux futurs politiciens à bien gérer, à bien administrer les affaires d’un pays. Tu les mets sur les mêmes bancs de la même école. Ils apprennent les mêmes choses, à s’apprécier, à se tutoyer. Tant que la « politique » ne s’apprenait pas à l’école, c’est sûr, le pire était à craindre, le pays à feu et à sang et tout ça.

 

 

On a remédié à cette tare : ils ont tous appris à « gérer » les affaires. C’est le service comptable qui est aux commandes. Elle est bien oubliée, la tête du roi. Elle ne peut même plus servir d'épouvantail. Elle est devenue, au sens propre, INSIGNIFIANTE. Et la droite et la gauche ont cessé d’être des adversaires, voire des ennemis, et ne sont plus que des rivales dans la conquête et la conservation du POUVOIR. La gestion a eu raison des idées politiques. Maintenant, "gauche" et "droite" sont de simples éléments d'un décor de théâtre.

 

 

La mort du roi LOUIS XVI, aussi longtemps que j’ai cru qu’on était en République, je l’ai fêtée dignement, commémorée fidèlement, célébrée pieusement, évoquée religieusement. Et joyeusement, s’il vous plaît. Avec le saucisson (ou la tête de veau gribiche) et le vin rouge républicains, s’il vous plaît. Et le bonnet phrygien de rigueur. Avec la fanfare, la clique et l’harmonie pour le « ça ira », « la carmagnole » et tout le saint frusquin.

 

 

Et puis voilà que, maintenant, je me demande ce qui m’arrive, je n’ai plus le cœur à ça. Fini, vidé de sa substance, le 21 janvier. Qu’est-ce qui m’arrive ? Me voilà comme GEORGES BRASSENS le 22 septembre : « Un vingte-deux septembre, au diable vous partîtes, et depuis, chaque année, à la date susdite, je mouillais mon mouchoir en souvenir de vous. Or nous y revoilà, et je reste de pierre, pas une seule larme à me mettre aux paupières. Le 22 septembre, aujourd’hui, je m’en fous ».

 

 

 

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Voilà, c’est arrivé. J’ai mis le temps, vous me direz. Certes. Je n’ai même plus envie d’aller me foutre de la gueule des royalistes et de leur messe commémorative, avec leur folklore, leur latin et leurs déguisements. La technique, la finance et le spectacle ont pris le pouvoir. Plus besoin des idées politiques. Et la mort de LOUIS XVI, aujourd’hui, je m’en fous. Et après tout, pourquoi pas royaliste ?

 

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

 

 

25.09.2011

LISEZ "MARDI" de HERMAN MELVILLE

Un livre solide, de plus de 600 pages, pensez donc ! Mais quel livre déroutant ! Mardi est le nom (si !) d’un archipel situé quelque part dans le Pacifique (un Pacifique qui n’est exactement et précisément « nulle part »). Le héros qui, sauf erreur, n’a pas de nom, est marin sur un navire lancé dans la pêche à la baleine (l’Artcurion). Malheureusement, cette année-là, sur la « Ligne » (l’équateur), de baleine, on ne voit pas la queue d’une.

 

 

Alors, il décide d’abandonner quand le capitaine décide de remonter vers le nord, jusqu’au Japon, et peut-être au-delà. Le héros n’en veut en aucun cas. D’abord, parce que les baleines nordiques sont de basse extraction, rien à voir avec le vrai cachalot, comme l’auteur prend soin de le préciser dans Moby Dick. Ensuite, parce que là-haut, le climat est beaucoup moins hospitalier, c’est le moins qu’on puisse dire.

 

 

Il décide Jarl, un marin aguerri, de tenter l’aventure avec lui. Une nuit, ils lâchent à la mer une baleinière et s’enfuient, après avoir minutieusement préparé l’affaire. Au bout de plusieurs semaines d’incertitude, ils aborderont dans l’île d’Odo, qui fait partie de l’archipel de Mardi. Auparavant, ils ont affronté une grande pirogue de sauvages dont les rameurs sont tous les fils de l’homme qui la dirige, et qui la conduit vers une destination secrète, où une jeune femme, Yillah, doit être offerte en sacrifice humain.

 

 

Le héros tombe illico raide amoureux de Yillah, qu’il décide de libérer de son « destin épouvantable ». Il s’ensuit une bagarre violente, dans laquelle il tue le chef d’un coup de poignard, puis kidnappe la fille, et s’enfuit. Mais il n’en a pas fini avec cette affaire, comme on le verra.

 

 

A Odo, il débarque sur le territoire du roi Média (ce nom !), se fait appeler Taji, du nom d’un demi-dieu, censé être honoré en ces lieux. Accueilli royalement, il s’installe dans un îlot avec Yillah et vit heureux, jusqu’au jour où elle disparaît : est-elle partie se jeter dans le « grand tourbillon » auquel le grand prêtre la promettait ? Toujours est-il que s’organise une expédition de trois pirogues.

 

 

Cette expédition qui s’organise est précisément le sujet du livre. Elle fait irrésistiblement penser aux voyages de Panurge, Pantagruel et Frère Jean dans le Quart livre et le Cinquième livre écrits par le MAÎTRE, j’ai nommé FRANÇOIS RABELAIS en personne. Plus modestement et plus modernement, on pense nécessairement aux Gestes et opinions du Docteur Faustroll, ’Pataphysicien, et à son célèbre, célébré et cependant 'pataphysique, « voyage de Paris à Paris par mer » (ah oui, ça se mérite !).

 

 

Au cours de cette expédition, régulièrement, interviendront d’une part, les trois fils rescapés de la pirogue sacrée qui veulent venger leur père assassiné, et d’autre part, trois filles envoyées par la reine Hautia qui, ayant entendu parler de l’arrivée de ce blanc, n’a de cesse de le séduire : les trois messagères d’amour s’exprimeront toujours par des symboles floraux, mais les trois fils n’enverront que des flèches meurtrières.

 

 

Sur la pirogue royale ont pris place, outre les rameurs, le roi Média, le héros Taji, le philosophe Babbalanja, le poète Yoomi, le vieux sage, historien si l’on veut, Mohi, alias Barbe-tressée. Ils sont tous théoriquement à la recherche de Yillah, et pour cela, ils vont visiter méthodiquement toutes les îles de l’archipel de Mardi.

 

 

En réalité, tout cela est complètement allégorique : HERMAN MELVILLE nous embarque dans une « découverte » de tous les aspects de l’humanité, chacun étant figuré par un royaume particulier qui fait partie de l’archipel de Mardi. Il nous invite, sous les noms les plus fantaisistes, à faire, en réalité, un véritable tour du monde virtuel.

 

 

Le récit proprement dit fait alterner, d’une part, les débats philosophiques, poétiques et historiques des cinq hommes, qui ont toujours lieu dans les pirogues,  empreints de profondeur, mais dont la pertinence et la cohérence ne sautent pas aux yeux, ces débats étant  accompagnés de larges libations alcooliques auxquelles tous les personnages se livrent ; et d’autre part les diverses expéditions à l’intérieur des terres, l’accueil varié des différents « rois » qui y « règnent », ainsi que diverses aventures ou mésaventures qui leur arrivent.

 

 

On reconnaît, sous le nom de Dominora, l’Empire britannique, et sous celui de Vivenza, la France (et sa passion anormale de l’égalité). Le roi de la première s’appelle Bello (la guerre), et sur la seconde, tous les individus sont souverains. HERMAN MELVILLE se moque allègrement de cette manie de l’égalité, dont il pousse assez loin les paradoxes. Cela ne l’empêche pas de critiquer l’Empire britannique pour son goût de la domination.

 

 

Babbalanja sort parfois de la raison raisonnante sous le nom d’Azzageddi : quand il est ainsi, il est considéré par les autres comme en état de délire. Mais globalement, il est bien difficile de dégager de toutes les considérations, parfois surabondantes, une ligne claire, un enseignement. Cela ressemble parfois à du salmigondis qu’on a du mal à suivre.

 

 

Mais cela n’est jamais totalement gratuit. Pour la géographie, Melville s’en tamponne le coquillard et s’en brosse le nombril avec le pinceau de l’indifférence : on est sous l’équateur, dans le Pacifique, mais on se retrouve tout d’un coup sous des climats polaires, quand les pirogues s’approcheront de l’Amérique du Sud et des Andes. C’est bien connu, on fait un sacré chemin, en pirogue.

 

 

 

Au total, un livre déconcertant au possible, mais que je n’ai eu à aucun moment envie de lâcher, du simple fait d’une narration d’une habileté diabolique. Attention : ce n’est que quand le voyage en pirogue commence, que le lecteur accède au niveau allégorique. Tout le début est un voyage fait selon les codes « occidentaux ». Suit un récit livré à la seule fantaisie symbolisante de ce grand romancier.

 

 

 

21.09.2011

L'ART D'ALEXANDRE VIALATTE (3)

Une chronique débute le plus souvent sur une trouvaille. Voici quelques-uns de ces débuts : « "La douleur embellit, paraît-il, l’écrevisse." C’est du moins un proverbe russe. » « La chauve-souris se marie à deux ans. Il ne faut pas faire bouillir son crâne, mais le faire macérer dans l’eau tiède ; chercher ses puces et les placer dans un tube d’alcool. » « Le brouillard de novembre est plein de fantômes, la nuit de novembre est pleine de morts. Ils font un bruit de feuilles sèches balayées par le vent. » « Le ciel est bleu, les arbres rouges, c’est la saison qui précède le Goncourt. » « Aux dernières nouvelles, l’homme s’ennuie. Surtout en Hollande et en Suisse. » « Je parlerai des nouveautés, de l’édition, de l’hymne suisse, des forficules et des progrès incessants de la pensée. » « Les Parisiens reviennent de vacances. Suivis de leurs chiens et de leurs enfants. Les vieillards poussent l’automobile. Les épouses portent le transistor. » « Que devient l’homme ? On le trouve dans les foires. Il y vend de la "barbe à papa". » « Quand on arrive à un certain âge, et même avant, … » Je n’en finirais plus. Je m’arrête.

 

 

Il a popularisé un certain nombre de formules, du genre de celle, bien connue, « et c’est ainsi qu’Allah est grand » (dans ses conclusions). Il y en a d’autres : « x ou y (cela peut être la femme, les villes ou la lune) remonte à la plus haute antiquité » ; « on voit par là » ; des formules, d’ailleurs, que certains chroniqueurs actuels, qui se piquent d’humour, tels JEAN-LOUIS EZINE ou PHILIPPE MEYER, lui piquent allègrement. C’est vrai qu’il y a une filiation concernant l’esprit particulier qui guide les Chroniques.

 

 

ALEXANDRE VIALATTE lui-même en appelle à quelques ancêtres, comme ALPHONSE ALLAIS et ALFRED JARRY, l’inventeur de la ’Pataphysique, ou « science des solutions imaginaires » qui prouve (et promeut) « l’identité des contraires » (mais c’est, en soi, un sujet à part entière, dont s’occupent déjà des gens très sérieux, nommés ’Pataphysiciens, au nombre desquels je me flatte de me compter, donc un sujet sur lequel il faudra que je revienne un de ces jours).

 

 

Comment caractériser, en dehors de celui de la « déviation heureuse », l’art de VIALATTE ? Je dirais : l’art de tirer un fil ténu, voire improbable, entre le très général et le très particulier. Un exemple ? « Que fait l’homme du XX° siècle ? Il détache la vignette. » Je dirais aussi : un certain art de l’énumération loufoque : « Je chanterai les Auvergnates, les cubistes, les vorticistes, les Turcs et les grands couturiers. Sans compter la "notion de notion" ». Je dirais encore : l’art de glisser, dans un contexte banal, par facétie, des mots tels que « sesquiquadrat », « uzvarèche », « accipitre », et autres merveilles lexicales. C'est ce qu'écrit ROBERT MUSIL dans L'Homme sans qualités (tome II, p. 473) : « La magie primitive du vocable exact qui protège de la sauvagerie des choses exerçant son pouvoir comme dix mille ans auparavant ».  Je dirais : un art savant de l’incongruité et de l’inattendu.

 

 

Je dirais : l’art de faire une incursion, juste pour le plaisir, dans le langage du spécialiste. Exemple : « Les moutons sont toujours malades. Tantôt, c’est le fourchet ou le piétin, tantôt la cachexie aqueuse. La clavelée. La gale qui décime les troupeaux. Il faut des frictions à l’huile de cade, et même [notez le « et même »] des bains féro-arsénieux. Mais que dire des entozoaires, des strongles, des trichocéphales, des douves qui attaquent le mouton ? Et des helminthes vésiculeux ? Le coenure, qui est un cysticerque, se loge dans la cervelle de la bête. Elle ne cesse plus de tourner sur elle-même. Comme un derviche [notez le « comme un derviche »]. C’est un spectacle dramatique, au moment où le soleil se couche dans un hameau désolé de la montagne, et qui affaiblit le moral de l’homme dans ces endroits très éloignés du cinéma ».

 

 

La fantaisie fondamentale, une fantaisie de nature (dans le fond) éthique, redonne vite aux phrases leur qualité de savoureuse flânerie poétique, de vagabondage délectable entre les îlots de la réalité traversée, pour faire surgir la parodie, mais en passant par un vrai goût pour le mot rare, comme est toujours fait le vocabulaire du spécialiste.

 

 

 

Je me permettrai, quant à moi, VIALATTE me le pardonne, de dissiper un flou, une fois n'est pas coutume : chez les helminthes, dont il parle ci-dessus, il serait impardonnable de ne pas distinguer les plathelminthes des némathelminthes, car il ne faut pas tout confondre, sachant que nous sommes en période de réchauffement climatique. Savoir classer, voilà qui apprend à penser ! N’oublions aucune leçon du Maître, GEORGES PEREC (Penser/classer ; il faut dire Perec, pas Pérec, qu’on se le dise).

 

 

L’art de VIALATTE, c’est aussi et surtout un STYLE. « J’ai visité un village désert. Tous les villages de France sont des villages déserts. Un gros bourg, raboté par les neiges de l’hiver, desséché par le vent et brûlé par la neige. Nu et sec comme un os de seiche. La tour carrée de l’église romane était splendide. » « Car enfin il faut bien choisir, ou de comprendre ou de s’émerveiller. » « Sans bonheur, l’homme n’est pas heureux. » On ne saurait mieux dire.

 

 

« Les enfants qui naissent dans le Bélier [c'est mon signe] sont impétueux et primesautiers, capricieux, ardents, batailleurs, sujets aux accidents et à la mort subite. Ils tapent de la tête contre les murs, tombent des échelles, perdent leurs membres à la bataille, se brûlent la langue en mangeant leur soupe, et périssent dans les tournois. Ils adorent les métiers dangereux, par exemple la pharmacie, où l’homme vit entouré de poisons, l’assassinat (qui peut conduire à l’échafaud), la chasse au loup (qui a causé tant de bronchites). Il faut leur conseiller d’éviter l’incendie, la chimie et les précipices, et de porter en tout temps une ceinture de flanelle. » Voilà, à la fois pour le style et l’horoscope.

 

 

 

Quand ALEXANDRE VIALATTE cite un proverbe, ce n'est bien sûr pas un proverbe. C'est, certes, un proverbe, mais BANTOU, CHINOIS ou SAHARIEN.

 

 

FIN

 

 

 

 

 

 

 

 

 

12.09.2011

DE TINTIN A JARRY EN PASSANT PAR RABELAIS

Je propose aujourd'hui aux perspicaces deux énigmes littéraires, dont le mystère me hante jour et nuit depuis de nombreux lustres. Avis aux amateurs.

 

 

Première énigme.

 

 

Dans Les Cigares du pharaon, l’un des vingt-deux chefs d’œuvre sortis du cerveau « tout armé » de monsieur GEORGES REMI, alias HERGÉ,  je vais vous parler de la page 11. Bon, rien ne vous presse, n'est-ce pas ? Avant d’y arriver, je voudrais évoquer une scène qui appartient à l’univers du merveilleux, vous savez, celui des contes, dont on dit très bêtement qu’ils sont « pour enfants ». Cela se passe à la page 35 : Tintin vient de guérir de sa fièvre un éléphant, en lui faisant ingurgiter un tube entier de quinine (« un seul suffira », se dit-il). L’éléphant l’embauche illico et manu militari, comme médecin de la troupe à laquelle il appartient.

 

 

C’est d’abord : « Bawh…Treet…C’est un petit d’homme qui m’a guéri de la fièvre éléphantesque ». Et, au moment où Tintin leur fausse discrètement compagnie : « Teerht… Obghr… Wahgml… Halte-là, petit ! Il s’agit de rester avec nous. Tu seras notre médecin. ». HERGÉ se donne même la peine d’écouter et de traduire la langue d’éléphant. L'énigme n'est pas là, rassurez-vous. Vient la sixième vignette de la page, qui est tout simplement PRODIGIEUSE.

 

 

Le dessin montre Tintin assis sur une souche, avec sur les genoux la trompette en bois, qu’il vient de sculpter, et à la main un stylo et un bloc de papier sur lequel il écrit, tout en expliquant à Milou : « Ce n’est pas si compliqué, d’ailleurs, l’éléphant. Sol, la, si, do signifie oui. Do, si, la, sol : non. A boire, s’exprime par sol, sol, fa, fa… Evidemment, le plus difficile, c’est d’attraper l’accent. ». Tout cela m’enchante encore plus qu’autrefois.

 

 

Au premier essai, ça marche ! Obéissant à un ordre donné à la trompette, l’éléphant va faire le plein d’eau et revient donner sa douche à Tintin, en pleine forêt, s’il vous plaît ! Deux pages plus loin, l’éléphant a amené sur son dos Tintin ayant demandé, toujours à la trompette, de l’emmener, avec Philémon Siclone, « quelque part où il y a des hommes blancs », l’éléphant, en récompense, siffle le whisky du gars en train de lire son journal sur sa véranda. On n’en finirait pas de citer les trouvailles, dans Les Cigares du pharaon.

 

 

Je signale en passant au tintinophile qu’à la page 8, Tintin passe devant un certain nombre de momies récentes, dont celle d’un certain E. P. Jacobini, égyptologue, vêtu, outre les bandelettes, de son toujours impeccable nœud papillon. Entre dessinateurs de B. D. (on a reconnu l'immortel auteur de "Blake et Mortimer"), on trouve parfois ce genre de facétie (message aux initiés).

 

 

 

Mais j’avais dit que c’est à la page 11 que je voulais m’arrêter. Le bandit Allan Thompson (l’éternel retour du Mal !), qui fait en l’occurrence de la contrebande maritime, vient, au moment d’être abordé par les garde-côtes, de jeter à la mer trois sarcophages. Ceux-ci s’ouvrent (oui, oui !) au petit jour sur Tintin, Milou et Philémon Siclone. Heureusement, la mer est belle. Par parenthèse, Allan est celui qui, dans Coke en stock, provoque l'insomnie du capitaine Haddock en lui posant la question : "Dors-tu avec la barbe au-dessus ou au-dessous des couvertures ?"

 

 

Donc Tintin, Milou et Siclone sont dans leur sarcophage. Et l'énigme, elle est là. Une des plus mystérieuses énigmes de toute l’histoire de la littérature. Je l’affirme. Dans une série de trois images organisées selon le principe du champ-contrechamp, Tintin et Siclone tentent de communiquer, alors que leurs embarcations sont éloignées.

 

 

Siclone : « … té … oua … our … pa … ote … ère … ». Tintin : « Quoi ? Que dites-vous ? … Parlez plus fort. Le bruit du vent couvre vos paroles. ». Sixième vignette, Tintin : « .. elle … ière … son … ». Siclone : « Comment ? Je ne saisis pas un mot de ce que vous dites. ». Septième, Siclone : « … ou … pa … pa … é … or … a … er … opel … … a … ». Tintin : « Je n’entends pas, vous dis-je. ».

 

 

Voilà, vous avez tous les éléments. Je ramasse les copies dans une heure. Bon, pour être sérieux, de deux choses l’une : soit HERGÉ s’est simplement amusé à rapprocher arbitrairement de pures sonorités ; soit il a fait des trous dans de « vraies phrases », et là ça devient intéressant, vous ne trouvez pas ? Mais là, je l’avoue à ma courte honte, je donne ma langue au chat, je reste le bec dans l’eau, je fais chou blanc, bref, en un mot comme en cent, je me heurte à un mur.

 

 

Et maintenant, ladies and gents, here’s to you la deuxième énigme.

 

 

Elle figure dans un livre du grand ALFRED JARRY, Les Jours et les nuits, même si c’est tiré par les cheveux, et ça a quelque chose à voir avec Tintin. Mais pour que tout soit bien clair, avant d’y arriver, il faut faire un détour (ben oui quoi, only for fun) par les terres du bon FRANÇOIS RABELAIS. Il y a une raison très simple de faire l’association à trois siècles de distance : JARRY était tellement imprégné de l’œuvre de RABELAIS que, quand il écrivait, sa plume suait presque naturellement des formules directement empruntées à l’ancêtre.

 

 

Les Jours et les nuits, c’est évidemment moins connu, ou plutôt moins célèbre que Ubu roi, dont la gidouille et d’autres accessoires sont passés  dans le langage courant. C’est un roman qui se situe entre service militaire, adelphisme, littérature et folie. Deux chapitres empruntent à RABELAIS : « Consul romanus » (Quart livre des faictz et dicts héroïques du bon Pantagruel) et « les propos des assassins » (Gargantua).

 

 

Dans ce dernier, on trouve « Les propos des bien yvres » : « Puis entrèrent en propos de resieuner on propre lieu. Lors flaccons d’aller, jambons de troter, goubeletz de voler, breusses de tinter. ». On y trouve une variante du célèbre dilemme : « Qui fut premier, soif ou beuverie ? – Soif, car qui eût bu sans soif durant le temps d’innocence ? – Beuverie, car "la privation suppose la possession" ». Tout RABELAIS tient dans cet échange burlesque : la question théologique la plus sérieuse (l’œuf ou la poule ?) dans le contexte le plus imbibé. BEROALDE DE VERVILLE n’aura qu’à puiser dans cette réserve.

 

 

ALFRED JARRY s’en inspire pour ses « assassins » (« traduction », peut-être, de « haschichins » ou « fumeurs de haschich »). C’est plus moderne, quoique ALFRED JARRY ait fait de l’alcool pur un quasi-équivalent du sang, comme liquide coulant dans les veines. Et le délire de ces « assassins » n’a pas grand-chose à envier aux « propos des bien yvres » : « Un sot trouve toujours un puce… – La puce demeure au coin du boulevard Saint-Michel. – C’est le boulevard Haussmann qui veut l’emporter, comme échantillon. – Il prend ça pour des verres de bouteille. Il y a un vers libre par échantillon ». Et tout comme ça.

 

 

Passons au Quart livre des faictz et dicts héroïques du bon Pantagruel. Le bateau où ont embarqué Pantagruel, Panurge et compagnie se trouve « au confin de la mer glaciale ». Il y a eu là, juste avant l’hiver, une féroce bataille. Et le pilote explique qu’il faisait tellement froid que tous les sons, paroles et bruits produits au cours de l’affrontement ont, purement et simplement, « gelé en l’air ». Quelques paroles, récupérées, ayant été jetées sur le pont, elles se dégèlent, en sorte que les sons se font entendre, comme si ce qui les a causés était actuel : « Hin, hin, hin, hin, his, ticque, torche, lorgne, brededin, brededac, frr, frrr, frrr, (...) et autres mots barbares ».

 

 

ALFRED JARRY, lui, ne congèle pas les paroles, il nage en compagnie de son « ami » Valens et d’un curieux « ecclésiastique » dans l’eau d’une citerne creusée dans le roc. « Le vieil enfant soufflait au fond pour faire des bulles. Sa bouche expira l’air selon divers gestes, il parla vers la vase, les paroles remontèrent en oscillant et elles firent de petites explosions, comme les mots boréaux d’azur et de gueule que dégela Pantagruel. » « Gueule » voulant dire « rouge ».

 

 

Voilà l'énigme attendue.

 

 

Les mots que les bulles laissent échapper à la surface sont les suivants : « Barailherez, (…) Streffiadur … huanad … halan ». La dernière bulle à éclater à la surface laisse exploser : « Dominous vobiscoum… ». Là, on comprend. Mais pour le reste, je donne ma langue au chat.

 

 

Voilà donc la deuxième énigme. Et voilà le lien avec Tintin et avec RABELAIS. Je ramasse les copies dans une heure. Alors bon, c’est vrai que l’auteur a dit un peu avant : « Il ahanna les mots abstraits des contractions de ses joues bretonnes ». Peut-être, après tout, est-ce du breton. 

 

 

Voyez comme je suis bon : je vous redonne les deux textes énigmatiques.

 

 

1 – Siclone : « … té … oua … our … pa … ote … ère … ». Tintin : « Quoi ? Que dites-vous ? … Parlez plus fort. Le bruit du vent couvre vos paroles. ». Sixième vignette, Tintin : « .. elle … ière … son … ». Siclone : « Comment ? Je ne saisis pas un mot de ce que vous dites. ». Septième, Siclone : « … ou … pa … pa … é … or … a … er … opel … … a … ». Tintin : « Je n’entends pas, vous dis-je. ».

 

 

2 – « Barailherez, (…) Streffiadur … huanad … halan ».

 

 

Un jeu d’enfant, pour vous autres, lecteurs.