Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

lundi, 28 décembre 2015

J’AI LU LE CORAN !

0 DRAPEAU.jpg

Oui, parfaitement, j’ai lu le Coran ! J’ai cru que je n’y arriverais pas, mais c’est fait. Pour tout dire, ce fut un interminable pensum, surtout au moment de m'acheminer de plus en plus lentement vers la fin, vous savez, quand les sourates deviennent de plus en plus courtes. Il a fallu que je m’accroche, et je peux déjà affirmer qu’il ne faut pas compter sur le Coran pour décrocher le prochain Goncourt. Pour quelle raison ?

Voilà un extraordinaire tissu d’inepties, où le lecteur moyen bute sans arrêt sur des paquets d’obscurités, où il n'identifie jamais aucune suite logique et où, quand il a l’impression de comprendre quelque chose, c’est pour être mis en face de toutes sortes de promesses mirifiques, mais aussi et surtout d’avertissements, sommations et autres comminations : crois en Dieu (attention, celui-ci à l'exclusion de tout autre : si tu crois que Dieu a eu progéniture, gare à ton matricule !), sinon, il t’arrivera le pire que tu puisses imaginer.

Crois en Moi, et tu auras le jardin d'Eden, « de sous lequel les ruisseaux coulent ». Si tu fais partie des dénégateurs, c'est la Géhenne, les supplices, les tourments et le châtiment éternels. Accepter de prendre au sérieux le texte du Coran, cela présuppose de croire au caractère sacré de tout ce qui est écrit là. Cela présuppose qu'on a déjà cette foi-là. Nul profane, même de bonne volonté, à mon avis, ne saurait le lire sans se taper la tempe de l'index à chaque page. Obélix dirait : « Ils sont fous, ces musulmans ! ». 

Je le dis d'autant plus volontiers que ni le texte de la Bible, ni celui du Nouveau Testament ne sont pour moi des textes sacrés. La différence, c'est que ces deux livres ont le mérite de raconter de belles histoires. Ne comptez pas sur le Coran pour raconter : le Coran est fait de bribes d'histoire biblique (priorité à Moïse, Noé, accessoirement Jésus), saupoudrées dans une marmite où bouillonnent et se disputent le terrain les prescriptions et les proscriptions. L'Européen élevé dans la culture de l'humanisme, des Lumières et de la liberté individuelle est à jamais et totalement étranger à cet univers. S'il en est ainsi, c'est tout l'islam qui nous est inassimilable.

Je ne retranche pas une virgule de mon billet du 19 novembre dernier : tout cela est à jeter. Je suis catégorique : il ne saurait y avoir quelque « islam de France » que ce soit. Je vais même plus loin : dans le corps culturel qu'on appelle la France, l'islam est une tumeur cancéreuse. Et cela, quelle que soit la bonne volonté républicaine des musulmans évolués, qui ne sont, finalement, que des musulmans tièdes. Je veux dire des musulmans qui ne considèrent pas leur foi comme une identité, une arme ou une armure. Des musulmans dont la raison de vivre dépasse, et de très loin, la lettre du Coran, cet invraisemblable salmigondis.

Non mais sérieusement, ce serait le texte sacré d’un milliard et demi d’individus dans le monde ! Ils n'ont donc pas honte ? Mais qui parmi eux l’a seulement lu, le livre sacré ? Je serais curieux de savoir selon quelle structure est organisé leur cerveau. Car même s’ils savent lire, que peut-on comprendre sans l’aide d'une autorité qui va vous expliquer ce qu’il faut comprendre ? Je vais vous dire : il faut une grosse armée d’exégètes pour espérer jeter un peu de lumière sur ce magma informe.

Sans l'interprétation, le Coran est rigoureusement incompréhensible. C'est d'ailleurs ce que l'histoire montre : le traducteur Jacques Berque fait abonder en note les références à toutes sortes de commentateurs proposant toutes sortes d'interprétations. Et ces exégètes ne sont pas d'accord entre eux ! Qui est en mesure de débrouiller l'écheveau ? Le problème de l'interprétation, c'est l'interprète : qui donne le sens ? Comment est-il arrivé à ce sens ? Qui nous le dira ?

Mais, semble-t-il, tout a été prévu : « Les dénégateurs ont encore dit : "Ah ! si la descente du Coran s’était faite sur lui d’une seule venue !" / – C’est ainsi ! pour le fixer dans ton cœur ; et (dans ce but aussi) Nous en espaçons la diction » (XXV, 32). Voir aussi « ... sous la forme d'un Coran que nous échelonnons, pour que tu le psalmodies aux hommes, dans la durée, puisque Nous le faisons descendre d'une descente répétée » (XVII, 106). Si le Coran est un énorme puzzle fait de toutes petites pièces mal assujetties les unes aux autres, descendues morceau par morceau de façon interminable, c'est que Dieu l’a voulu ainsi. C’était exprès. Bien fait pour vous ! 

Et il est vrai que le traducteur précise, en note de la sourate XCVII, verset 1 : « En temps humain, le Coran a mis une vingtaine d’années à descendre » (notez "descendre"). Il explique dans sa postface que le texte, arrivé par bribes, a été noté sur « des matériaux de fortune » (dont, à ce que j'ai entendu dire, maintes omoplates de chameaux), et qu’on a commencé très tôt à procéder à des assemblages. Mahomet étant mort en 632 (d'une mauvaise grippe ?), la première version définitive, du temps du calife Uthman, date de 656, soit vingt-quatre ans plus tard. Vous imaginez, concrètement, le fatras qui peut en découler ? Moralité : on aurait voulu embrouiller le bon peuple pour l’empêcher d’en juger par lui-même qu’on ne s’y serait pas pris autrement. Il faut que ceux qui savent gardent la main.

Parce que si l’on essaie de comprendre, on entre dans la bouteille à l’encre. Une preuve ? Allons voir la sourate LVI, verset 75 : « Non, j’en jure par les positions des étoiles ». Jacques Berque signale en note qu’on pourrait tout aussi bien lire : « Je n’en jurerais pas… ». Monsieur est servi. Mais ça n’empêche pas l’auteur du Livre (Dieu en personne, évidemment) d’affirmer : « Nous avons rendu le Coran facile, en vue du Rappel » (sourate LIV, verset 17). « Facile », c’est évidemment faux, pour un lecteur de bonne "foi" tout au moins. 

Tenez, prenons les versets 83 à 89 de la sourate XXXVII : « Parmi ses continuateurs, fut certes Abraham / Lors il approcha son Seigneur d’un cœur intègre / lors il dit à son père, à son peuple : "Qu’adorez-vous ? / est-ce par imposture que vous voulez des dieux en place de Dieu ? / quelle fausse idée vous vous faites du Seigneur des univers !" / Il ne jeta qu’un regard vers les étoiles / et dit : "Je suis contaminé" ». 

Le traducteur précise, à propos du dernier élément : « Ou bien il se dit malade, mensonge gênant dans la bouche d’un prophète, ou il se sent contaminé par le seul examen des astres qu’adorait son peuple. Ou encore, interprétation subtile de Râzî, il est perturbé par les étoiles dont l’éparpillement atteste l’incohérence du polythéisme ». Trois interprétations pour le prix d’une, faut-il vous l’envelopper ? 

On ne peut certes pas suspecter Jacques Berque de minimiser le problème : ne note-t-il pas, au sujet de XXV, 77 (où il est question d’un « appel ») : « La compréhension de ce verset embarrasse l’exégèse. L’"appel" est-il celui de l’homme à Dieu, ou de Dieu à l’homme ? Faut-il entendre le "mâ" initial comme négation, ou comme interrogation ? ». Il faut croire que ça ne l’embarrasse pas outre-mesure. Les occasions d'incertitude sont multiples. Par exemple : « Verset difficile » (VII, 202) ; par exemple : « L'exégèse fournit d'autres explications encore » (IX, 122) ; « Verset largement commenté par les savants de l'Islam » (XIII, 38) ; « L'exégèse se demande à quel locuteur attribuer plusieurs de ces propositions » (XX, 87-89) ; etc.

J'en conclus qu'il ne saurait y avoir une lecture du genre de celle que j'ai faite : je ne suis ni un herméneute, ni un exégète, ni un "savant de l'islam". Je n'ai pas été initié. Toute lecture "ordinaire" est d'avance disqualifiée. Tout est fait pour convaincre le lecteur lambda (que je suis) que le Coran est tout à fait hors de la portée de sa comprenette, s'il n'est pas fermement guidé par un maître qui lui apprend ce qu'il faudra retenir de ce qu'il aura lu.

Si je n'ai pas "compris" ce que j'ai lu, c'est de ma faute : j'aurais dû m'en remettre à une autorité (mandatée par qui ?) pour ce qu'il fallait comprendre. J'en conclus que l'esprit d'un bon musulman ne peut être en aucun cas un "esprit libre" (cf. Humain, trop humain, de Nietzsche). Le bon musulman n'existe pas sans un guide. Il n'est de bon musulman que dominé par une autorité qui le surplombe. Pour lui dire ce qu'il convient de penser. L'islam ignore la liberté individuelle. L'homme ordinaire est une crotte de bique.

De toute façon, si on prend le texte au pied de la lettre, il s’agit beaucoup moins de comprendre ce que Dieu a dit (il paraît que c’est lui qui a parlé) que, en tout premier, de se soumettre, de se faire les « esclaves de Dieu » (LXXVI, 6), d’obéir, de croire que tout ce qui est écrit là est Vrai (voir plus bas) ; ensuite d’en réciter, voire d’en « psalmodier » (LXXIII, 20) le texte. Après l'avoir, évidemment, appris par cœur. Vous imaginez le pauvre sort de ces enfants qu'on envoie à l'école coranique pour apprendre par cœur les 700 pages sans queue ni tête du Coran ? Rien de tel pour apprendre à vivre à genoux.

Certaines formules sont étranges. Ainsi, dans la bouche de Pharaon : « Je jure de vous tronçonner les mains et les pieds en diagonale » (XX, 71 ; VII, 124, et ailleurs). Ou bien : « Et cependant il en est parmi les hommes pour n’adorer Dieu que de guingois ». Certaines assertions sont renversantes : « Qu’avez-vous à ne pas croire en Dieu ? Alors que l’Envoyé vous appelle à croire en votre Seigneur : aussi bien en a-t-il reçu de vous l’engagement, si vous êtes croyant » (LVII, 8). En français, on appelle ça un flagrant délit de tautologie : le serpent est sûr d’attraper sa propre queue. La tautologie semble d'ailleurs une figure de style très prisée : « Qu'à Dieu s'en remettent tous ceux qui ne peuvent que s'en remettre à Lui ! » (XIV, 12). 

Autre exemple saisissant en XXXV, 31 : « Ce que Nous te révélons du Livre est le Vrai, qui vient avérer le message en cours ». Autre exemple en XXII, 62 : « Et cela du fait que Dieu c’est le Vrai, et que ce que vous invoquez en Sa place, c’est le faux ». On pourrait continuer (voir XXIII, 72). On voit bien à quoi sert la tautologie : pour qui est dans ce « Vrai »-là, aucun problème : il est croyant, et ce qu’on lui demande c’est d’admettre, un point c’est tout. Il ne faudrait pas, n’est-ce pas que le lecteur se mette à penser par lui-même ! Malek Chebel, un musulman des Lumières s’il en est, a déclaré, le 23 décembre dernier, j'en suis témoin : « L’islam est une auberge espagnole ». J’aurais beaucoup aimé les musulmans, s’ils avaient été « des Lumières ». Mais ce n'est pas le cas. Et l'avenir, à en juger par le présent, ne permet pas de l'espérer.

Car finalement, ce que je retiens de ma lecture de ce livre aberrant, fait de fragments mis bout à bout à la diable, c'est qu'il interdit à tout jamais au lecteur d’avoir un accès direct au « Message », s’il y en a un, et l’oblige à s’en remettre à « ceux qui savent » (qui disent qu’ils savent, parce que c’est eux qui, en dernier ressort, détiennent le pouvoir).

Le message principal du Coran que je vois là pour ma part, c’est que l’islam est fondamentalement une religion faite par et pour des gens qui veulent le POUVOIR ou qui le détiennent. L'islam est une féroce négation de l’individu, de l’individu pensant, de l’individu libre, de l’individu doté d’autonomie et de libre-arbitre, de l'individu doté d'une conscience. 

Le Coran est une péremptoire affirmation de préséance de celui qui sait sur celui qui ne sait pas, au motif que c'est lui qui exerce le pouvoir. A cause du Coran, chez les musulmans, la domination des forts et la soumission des faibles sont à tous les étages. Cela fait de l'islam une religion insupportable aux yeux de tous ceux qui croient dans les vertus de la liberté individuelle.

Le fait d'avoir lu le Coran ne fait certes pas de moi un spécialiste. D'autant plus que je me suis efforcé d'aborder ce livre comme n'importe quel autre livre : pour moi, il n'y a pas de livres sacrés (excepté, peut-être le Faustroll d'Alfred Jarry - non, je plaisante). Dieu sait que je n'aime pas la religion chrétienne, mais alors l'islam, je crois que même Dieu n'oserait pas savoir ce que j'en pense. Partant de là, j’en infère que l’islam, en tant que tel, est rigoureusement incompatible avec la façon dont la France, dont l’Europe, dont l’Occident considère l’humanité de l’homme.

L’islam en France, pour moi, est définitivement un intrus. Au motif que le Coran est essentiellement un instrument de POUVOIR. Il n'est pour s'en convaincre que de regarder la carte des territoires conquis par l'islam entre 632 et 732 (Poitiers, Charles Martel, tout le toutim).

Voilà ce que je dis, moi.

Note : les lecteurs et spécialistes d'Alfred Jarry auront peut-être intérêt à se reporter à la sourate LIII, verset 14. Ils verront qu'il y est fait mention du « lotus des confins ». Quid est ? S'il se reportent à la note, ils seront peut-être surpris d'apprendre que la jolie formule « lotus des confins » est une traduction de l'arabe « Sidrat al-muntahâ ». Or on trouve cette référence exotique dans L'Autre Alceste (Jarry, Œuvres complètes I, p. 909 et suiv.), dans le "Récit de Doublemain" (« ... la feuille de laquelle pend le principe de sa vie croulera de l'arbre Sidrat-Almuntaha ... »), puis dans le "Récit de Salomon" (« ... sa feuille vitale à la branche de l'arbre Sidrat-Almuntaha. ») et dans le "Récit de Roboam" : « ... la barbe de Salomon mon père, et l'ange qui veille les yeux fixés sur l'arbre Sidrat-Almuntaha ... ». Bonjour aux éventuels lecteurs qui seraient membres de la SAAJ. Qu'il me soit permis de leur offrir ce « lotus des confins ».

mercredi, 28 mai 2014

SAINT VIALATTE, PRIEZ POUR NOUS

Je reproduis ci-dessous un paragraphe d’une chronique d’Alexandre Vialatte que le journal La Montagne a publiée le 1er décembre 1964 : « Aussi le livre de Conchon a-t-il été mal accueilli par toute une partie de la critique. Parce qu’il appelle certaines choses par leur nom. C’est un crime qui ne se pardonne pas. Car, si nous en sommes là (avant d’être plus loin), c’est pour avoir accepté patiemment, et souvent avec enthousiasme, avec lâcheté ou avec perfidie, d’appeler les choses par le nom qu’elles n’ont pas, que dis-je, de leur donner le nom des choses contraires ». Ce grand monsieur avait sans doute lu 1984. Quelqu'un d'influent pourrait-il faire passer ce message à François Hollande, Nicolas Sarkozy et consort ?

 

L’article évoque le sujet du livre de Georges Conchon, qui a reçu le prix Goncourt en 1964, L’Etat sauvage. : «  Des enfants de huit ans qui font boire de l’essence à de paisibles pharmaciens parce qu’ils sont blancs, et les ouvrent ensuite avec un couteau à conserves pour mettre le feu à l’intérieur. Des noirs découpés très lentement au moyen de tessons de bouteille par des congénères irrités qu’ils ne soient pas analphabètes ». Rien de nouveau, donc, sous le soleil des tropiques. Le Centrafrique, le Sud-Soudan, le Nigéria d'aujourd'hui valent bien le Katanga d'avant-hier. 

 

Certains esprits irréfléchis aussi bien que légers classent Alexandre Vialatte parmi les humoristes.

 

Mais Alexandre Vialatte est beaucoup mieux que ça : il est aussi humoriste.

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

vendredi, 02 mars 2012

PÊLE-MÊLE D'UN CARNET DE LECTURE (7)

L’Alchimiste, de PAULO COELHO

 

ACRIVAIN COELHO.jpg

LE SOURIRE SATISFAIT

DE L'HOMME D'AFFAIRES QUI A REUSSI

C'est tout simplement un roman de secte, en tout cas de mentalité sectaire, conte infantile, écrit de façon relâchée : initiation à la vérité de soi, à un ailleurs que le héros finit par trouver, comme son trésor, en or bien réel, d’ailleurs, ce qui contredit toute la quête. C’est mystico-machin, avec un vocabulaire de pseudo-initié, avec des majuscules pour les concepts comme Aventure Personnelle, avec la présence du Maître, et doté de pouvoirs avec ça, et des épreuves à franchir. Bref… Ce qui est bien, heureusement, c’est qu’on n’a pas à se torcher quand on a fini. Quoique ...

ETRON 1.jpg 

 

Les Contrefeux de l’amour, d’ALGERNON CHARLES SWINBURNE

 

ACRIVAIN SWINBURNE.jpg

 

Roman par lettres. La redoutable Lady Midhurst tisse la toile du conformisme conjugal victorien : les sentiments des individus risquent de déranger l’ordre et de ternir les réputations. Patiemment, le venin fera son œuvre et l’ordre sera maintenu. Les ébauches d’adultères (les feux) seront effacées. Excellent.

 

 

Risibles amours, de MILAN KUNDERA

 

ACRIVAIN KUNDERA.jpg

 

Très fort, stylistiquement et techniquement. Humainement, c’est moins sûr. Constante distance ironique et jugements de l’auteur sur ses personnages (on pense à Stendhal, mais ici en plus ironique). Ils sont des marionnettes. Sans doute volontairement, mais j’ai du mal. Grande hauteur de vue par ailleurs. Impression qu’on est dans l’essentiel (comédie humaine). Amoralisme. Il y a la loi qui reste en façade : les cellules communistes, grotesques par ailleurs. Pour le reste, tout le monde ment sur l’essentiel. Sauf peut-être Edouard, qui fait au dernier chapitre son initiation à l’âge adulte en perdant le sens de ce qu’est l’amour : il baise sa petite amie si chrétienne, et en même temps la directrice laide de son école.

 

 

Un Roi sans divertissement, de JEAN GIONO

 

Autour du gendarme, le capitaine Langlois, ancien de Napoléon, vit et gravite la société d’un petit village, où, chaque année, un membre de la communauté est tué. Le capitaine, dont on a déjà rencontré le caractère spécial dans Les Récits de la demi-brigade, finit par trouver le meurtrier, et le tue sans autre forme de procès, en lâchant simultanément les coups de ses deux pistolets. Puis c’est un loup qui menace. Tout le monde est terrifié. Le capitaine Langlois organise un grande chasse pour le rabattre vers le Jocond, au pied d’une muraille où le capitaine l’exécute de la même manière : deux coups de pistolets à bout portant.

 

 

Puis le capitaine se met en tête de se marier, déniche une femme, et finit par fumer un soir, non pas son cigare, mais une cartouche de dynamite, qui lui emporte la tête. Le personnage est évidemment fascinant, non pas tellement par son aspect héroïque que par l’impression de tout comprendre des gens et des choses qui l’entourent. Les faits semblent arriver comme simples résultats de cette interprétation. Grégoire est présenté comme celui qui sait tout. Récits et dialogues pleins d’ellipses. On ne traîne pas. Mais ce n'est pas fait pour un lecteur paresseux.

 

 

Deux Cavaliers de l’orage, de JEAN GIONO

 

Deux frères, Marceau et Ange « mon cadet » Jason, qui s’aiment. Vingt ans de différence. Marceau est un hercule, si si, c'est vrai : il tue un cheval en folie, qui sème la terreur dans un ville de la région, d’un seul coup de poing qui fracasse le crâne de la bête. L’histoire finit par se répandre. Un lutteur professionnel, « Clé des cœurs », le provoque et se fait battre. Il battra encore deux professionnels.

 

 

Il sauve ensuite la vie de « mon cadet » en empêchant, avec une petite tête d’oignon, les membranes de se constituer au fond de la gorge de son frère et de l’asphyxier : c’est la diphtérie ? Mais ça finit mal : « mon cadet » le provoque en combat et domine son frère aîné, qui le tuera à coups de serpe dans les tripes, pour aller ensuite mourir quelque part dans la montagne. « Il est mort de la vie qui a refusé d’aller plus loin ».

 

 

Ça me fait penser au terrible Jour avant le lendemain, de JØRN RIEL, quand la grand-mère repêche in extremis son petit-fils, devenu rapidement tout bleu, car il est tombé dans l'eau de l'Arctique. Elle s'écrie affolée : « Pas comme ça ! Pas comme ça ! ». Elle le ramène à la vie en le frottant vigoureusement. Mais c'est elle qui ira un soir, pendant qu'il dort, faire tomber la "porte" de la grotte, pour que le froid glacial pénètre jusqu'à eux. Les hommes de la tribu les ont, croit-elle, oubliés, alors qu'ils ont été juste massacrés par des blancs.

 

 

Le Chasseur Zéro, de PASCALE ROZE

ACRIVAIN ROZE.jpg

Qu’est-ce qui m’a pris d’ouvrir ce livre, qui est lamentable et d’une affreuse nullité, mais qui a obtenu le prix Goncourt 1996 ? Il faut le faire. Dans ce livre, il n’y a rien, mais rien. Le vide. Pour moi c’est un effroyable nanar littéraire. Incroyable que le jury fasse encore à ce point illusion. Plus plat, tu meurs. Et qu’on ne me dise pas que l’effet de platitude est voulu, recherché. Caca. Tirons la chasse d'eau.

 

paulo coelho,l'alchimiste,liiérature,ac swinburne,les contrefeux de l'amour,milan kundera,risibles amours,jean giono,deux cavaliers de l'orage,un roi sans divertissement,pascale roze,le chasseur zéro,prix goncourt,arturo perez reverte,le tableau du maître flamand,le maître d'escrime 

 

Le Tableau du maître flamand, d’ARTURO PEREZ REVERTE

 

Un bon livre d’énigme. L’antiquaire esthète et pédé, ami de la jeune restauratrice de tableaux, est l’assassin (quelques crimes abominables). Un bon rouage de mystère, mais pas de suspense. Quelques bons caractères. Un bon dépaysement dans la fin du moyen âge. C’est très documenté. L’antiquaire est atteint du sida et veut de toute façon mourir. Il aime bien la jeune femme, un peu comme un “oncle”. Sur le plan littéraire, c’est d’une platitude affreuse. Tout repose sur la mécanique. Aucun style, sinon policier, ne doit détourner l’attention de la mécanique.

 

 

Le Maître d’escrime, ARTURO PEREZ REVERTE

 

ACRIVAIN REVERTE.jpg 

Nettement plus satisfaisant, sur un plan esthétique, que Le Tableau du maître flamand. Je crois que c’est dans la forme générale, en particulier, cette quête du coup parfait par le maître, et qui aboutit précisément à la fin : un fleuret, certes, mais moucheté, et contre l’épée nue de l’ancienne élève, qui oblige le maître à se surpasser et à trouver le coup qui s’enfonce dans le crâne à travers l’œil.

 

 

Cette quête qui trouve un aboutissement esthétique aussi net et gratuit donne une unité à l’ensemble. Alors que le « tableau », dans sa conclusion, défait quelque chose : il est de l’ordre de la défaite (perte des illusions de l’héroïne sur son protecteur et ami). Il y a donc plus de maturité dans le « tableau » que dans « le maître ». Au moins psychologiquement. Le combat final du maître est un petit bijou littéraire.

 

 

Le seul qui dépasse ce récit est le combat de Bussy d’Amboise (ah, les « gants de buffleterie » !), dans je ne sais plus quel roman d’Alexandre Dumas, peut-être La Dame de Montsoreau, contre 14 adversaires qu’il tue méthodiquement. Mais il est à terre, et cherche à fuir. Arrive le Duc d’Anjou, le commanditaire du guet-apens : est-ce lui ou son compagnon qui donne le coup de pistolet fatal ? Et encore, il me semble que Bussy combat en tenant son épée à même la lame.

 

 

Chez PEREZ REVERTE, le maître finit par trouver la combinaison des gestes qui lui permettent d’enfoncer brutalement la pointe mouchetée du fleuret, à travers l’œil, et jusqu'au cerveau de la fille, son ancienne élève, devenue spadassine stipendiée.

 

 

Comme quoi, ne fait pas qui veut de la bonne, de la vraie littérature.

 

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

* Si je n'ai pas mis de photo de JEAN GIONO, c'est tout simplement qu'avec JEAN GIONO, le livre n'a plus besoin de l'image de son auteur pour exister en personne.

 

 

 


 

mardi, 02 août 2011

QU'AS-TU FAIT DE TES FRERES ?

CLAUDE ARNAUD est l’auteur du livre qui porte ce titre. Editions Grasset, paru en 2010. Mon ami R. T. m’en avait dit grand bien. Comme c’est un vrai connaisseur, je l’ai cru. H. C., elle, a été emportée par l’enthousiasme. Littéralement. Même C. m’en a dit le plus grand bien. Il est libraire, c’est dire. Trois avis valent mieux qu’un, c’est certain. J’ai donc été convaincu que le livre était bon avant même de l’avoir ouvert.

 

 

Influencé par trois avis autorisés, je l’ai donc ouvert. J’aurais aussi bien fait de ne pas (vous savez, le célèbre « I would prefer not to » du Bartleby de MELVILLE). D’abord, qu’est-ce qui lui a pris d’appeler ça « roman » ? Le personnage principal, celui qui dit « je », s’appelle CLAUDE. Les deux frères, comme dans la vraie vie, s’appellent PIERRE ARNAUD et PHILIPPE ARNAUD. Le père, comme dans la vraie vie, s’appelle HUBERT ARNAUD.

 

 

Qu’est-ce qu’ils ont tous à étaler leur vie, celle de leurs proches, et surtout à appeler ça littérature ? Ce bouquin, c’est à la rigueur un récit de vie, récit autobiographique, ça va de soi. Mais pas un roman. Est-ce même de la littérature ? Pas sûr. J’en ai assez de la « littérature » française contemporaine. J’avais fait confiance au prix Goncourt, attribué en 1996 à Le Chasseur zéro, d’une certaine PASCALE ROZE. Une épouvantable nullité littéraire. Ce fut la dernière fois.

 

 

J’ai feuilleté MARIE DARRIEUSSECQ, CAMILLE LAURENS, CHRISTINE ANGOT et quelques autres. Même AMELIE NOTHOMB me « thombe » des mains. C’est moi qui dois être trop difficile. Parlez-moi de Moby Dick : je grimpe au rideau illico ! Au-Dessous du volcan, je plonge. Ulysse, je m’enflamme. Parlez-moi de littérature, enfin, ça marche.

 

 

La question qui se pose est : comment des livres nuls sont-ils achetés en masse ? « Nuls », pour moi, c’est le plat récit autobiographique de quelqu’un de peu intéressant qui trouve intéressant de raconter sa pauvre vie. « Nuls », c’est aussi le livre fabriqué selon un recette de cuisine bien huilée (ou bien beurrée, si vous préférez), comme sait si bien faire le cuisinier MARC LEVY. Pourquoi des masses de lecteurs se ruent-ils pour remplir le compte en banque de ce genre d’ « écrivain » ? Ce sont peut-être les mêmes qui regardent la télévision, allez savoir ?

 

 

Je renvoie au livre de PIERRE JOURDE et ERIC NAULLEAU : Le Jourde et Naulleau, Mango éditeur, 2008, pour les autres têtes de turc à démolir. Les auteurs alignent très correctement les gens cités précédemment, et ajoutent à la liste PHILIPPE SOLLERS et BERNARD-HENRI LEVY, ALEXANDRE JARDIN et MADELEINE CHAPSAL, et quelques autres. J’avais beaucoup aimé quelques livres du père JARDIN, PASCAL. Mais le style n’est pas dans les gènes.

 

 

Le problème actuel de la littérature en France, ou plutôt de sa diffusion, c’est la confusion des trois acteurs : écrivain, éditeur, critique littéraire. Et je ne parle pas de la « politique éditoriale », qui va au plus rentable. L’écrivain est souvent directeur de collection chez un éditeur. Le « critique » est souvent écrivain. Enfin, dans ce petit monde, qui fonctionne un peu comme le peloton du tour de France, sur base d’OMERTA et de service rendu, tout le monde sert la soupe à tour de rôle aux autres. Ils se tiennent tous par la barbichette. 

 

 

En fait, ce qui manque à tous ces gens qui règnent, au moins médiatiquement, sur la littérature en France, c’est bien sûr le STYLE. Alors, peut-être est-ce tout à fait délibéré et volontaire de la part de CLAUDE ARNAUD, mais son récit est linéaire, chronologique, et les faits s’y succèdent selon le principe de l’absence de structure que constitue la juxtaposition des faits. Si l’auteur cherchait la platitude du style, alors son entreprise est couronnée de succès.

 

 

Alors maintenant, qu’est-ce que ça raconte ? En gros, les ravages accomplis sur toute une famille par les « événements » de mai 1968 et la suite. Le père est « à l’ancienne » (ça veut dire rigide, voire ringard). La mère, tiens, j’ai déjà oublié la figure de la mère. Pierre, l’aîné, est une « tête » brillantissime promise au plus brillant avenir. Philippe, c’est l’aventurier de la famille qui aura parcouru le monde en envoyant des « cartoline » à la famille « par à-coups ». Claude se définit lui-même comme un « Gavroche planant ».

 

 

Pierre, l’ « aventurier mental », finira mal, après avoir troqué les bibliothèques savantes pour des squats de plus en plus miteux, dans une espèce de long suicide social, qui deviendra suicide personnel du deuxième étage de l’hôpital psychiatrique où il a échoué. Philippe, le « penseur global », finira mal, lors d’une baignade où il se noie mystérieusement. Voilà pour l’explication du titre du bouquin. Mais même le père et la mère finissent par mourir ! Etonnant, non ? Qu’as-tu fait de ton père et de ta mère ?

 

 

Quant à Claude, il découvre la vie avec exaltation, et va goûter à tous les râteliers. Le râtelier sexuel d’abord, qui le conduit dans tous les lits possibles et imaginables, où il joutera avec les garçons et les filles, mais de préférence les garçons, si j’en juge par le nombre de pages (voir le chapitre « La chanson de Roland »). Le râtelier politique, évidemment, qui le conduit des trotskistes à la Gauche Prolétarienne, dont il vend la propagande sur les marchés. Le râtelier culturel et intellectuel, enfin, avec toutes les modes de l’époque.

 

 

Tout cela est exposé sérieusement, comme transcrit d’un journal tenu au jour le jour, et, je crois, honnêtement. Pour quelqu’un né au milieu des années 1950, il peut être rigolo de retrouver l’ambiance d’une période qui a marqué les esprits, de même que les vrais noms dont on parlait dans les années 1970 : ROLAND BARTHES, JEAN-FRANÇOIS LYOTARD, FREDERIC MITTERRAND et un certain nombre d’autres. Voilà, s’il vous manque un « tableau » de ce que furent mai 1968 et la suite, ce livre est fait pour vous.

 

 

Mais s’il vous faut un livre vraiment « écrit », passez votre chemin. C’est le gros reproche que je lui fais. Ce n’est donc certainement pas un « roman ». Je dirais presque que ce n’est même pas un « récit ». Ce serait plutôt le « compte-rendu » établi au cours même de la réunion du conseil d’administration par le secrétaire de séance. Reste la photo du bandeau, rigolote finalement, où l’on voit un homme souriant couché en travers des rails, mais rassurez-vous, la voie est désaffectée et l’herbe folle passe abondamment le nez à travers le ballast.

 

 

Maintenant, un question reste : pourquoi ce livre a-t-il été publié ? Première hypothèse : il dessine les traits d'une époque (mai 1968 et après) que NICOLAS SARKOZY a mise à la mode, et c'est ce tableau qui attire le lecteur avide de se faire une idée de ce qu'elle fut, voire de se replonger dans une ambiance qu'il a lui-même connue de près ou de loin.

 

 

Deuxième hypothèse : je note le tir groupé que forme la publication quasi-simultanée de plusieurs livres traitant approximativement du même sujet. Il y a d'abord le livre de MATHIEU LINDON, Ce qu'Aimer veut dire, que je n'ai pas lu, et où il raconte, paraît-il, son "amitié" passionnée avec le philosophe MICHEL FOUCAULT, dans son appartement de la rue de Vaugirard.

 

 

Il y a ensuite le livre de JEAN-MARC ROBERTS, François-Marie, où l'auteur s'adresse à son "ami" FRANÇOIS-MARIE BANIER, pour prendre sa défense. Même si celui-ci n'a jamais pu coucher avec celui-là, ils "fréquentaient main dans la main les boîtes gays de la rue Sainte-Anne" (site bibliobs).

 

 

Le tir groupé en question, le voilà : les années 1970 ont été celles de la fin du tabou homosexuel. Cela n'invalide pas du tout la première hypothèse. En fait, elles se télescopent. La mode, aujourd'hui, est à la "gay pride". J'ajoute que le Nouvel Observateur désigne JEAN-MARC ROBERTS comme un "membre influent" du milieu littéraire parisien (c'est-à-dire français).

 

 

Il convient donc que cela se sache : la "communauté homosexuelle" a désormais pignon sur rue, et sans doute pas seulement dans le milieu littéraire. Et ce n'est pas monsieur PIERRE BERGÉ qui me contredira.