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samedi, 14 juillet 2012

DES EMPLOIS, S'IL VOUS PLAÎT

Tiens, avant de commencer, à propos de MOHAMED MEHRA : je n'ai aucun scoop à diffuser, seulement une question. Les flics qui étaient sur place étaient des superflics, surentraînés, supercompétents. Les plus pointus, n'est-ce pas ? Comment se fait-il qu'aucun tireur d'élite, un sniper, vous savez, ces gars capables de percer une pièce d'un euro à 1000 mètres, n'a été en mesure de BLESSER MEHRA (épaule, jambe, ou autre) ? Ma question, c'est : quelqu'un a-t-il donné l'ordre d'abattre MOHAMED MEHRA ? Fin du préambule.

 

 

Résumé de l'épisode précédent : les contrats industriels avec « transferts de technologie », signé avec la Chine (et d’autres) ont vidé la France d’une bonne part de sa capacité de « production de richesses ».

 

 

Les (ir)responsables politiques et industriels français ont ainsi rêvé d’une division mondiale du travail : les boulots de pauvres (production, fabrication, saleté) dans les pays pauvres. Les boulots nobles (= col blanc, créativité à fortes retombées sonnantes) devaient continuer à enrichir les pays riches. Le boulot noble, ce n’est pas celui qui salit les mains, n’est-ce pas ? C’est celui qui trace sur le papier les équations, les lignes, les projets. On appelle ça la CONCEPTION. Des industries sans usines, on vous dit. Et des usines sans ouvriers.

 

 

Toutes les entreprises d’une certaine taille ont un Bureau de Recherche et Développement (abrégé en R & D). C’est là qu’on pense le futur. C’est là qu’il y a de l’espionnage industriel (pardon, il faut dire « intelligence économique »). Mais les Chinois, ils ont compris : ils produisent (ainsi que les Indiens) dix ou trente (ou cent, ou mille) fois plus d’ingénieurs que la France. Et la France n’a plus les moyens (mais a-t-elle seulement l'envie ?) d’éduquer correctement ses jeunes. Vous devinez l’avenir ? Moi, oui, et pourtant je ne suis pas devin.

 

 

Moralité, les richesses, il faut les PRODUIRE. Je ne sors pas de là. Si vous ne les produisez pas, vous devez les acheter (pour les besoins vrais, mais aussi les « besoins » que les publicitaires nous ont fait découvrir qu'on avait). La France doit acheter ce qu’elle ne produit pas, et dont elle a cependant besoin (ou « besoin »). Exemple, le pétrole, les ananas, l’huile (oui !), mais aussi, les écrans plats, les iphones et tout le toutim.

 

 

Or, tout tend à prouver que la France a renoncé à produire. Je connais quelqu’un (vaguement apparenté) dont le métier a consisté, pendant des années, à vendre des machines-outils à la Bulgarie, à la Turquie, voire plus loin. Je peux vous dire que ça a bien marché, et pendant des années, et qu'avec ça, il a bien gagné sa vie. Des machines-outils qui venaient d’usines parfaitement françaises, mais dont plus personne ne voulait. Il y a bien eu un choix du renoncement à produire de la richesse.

 

 

Alors revenons à la Grande Conférence Sociale de FRANÇOIS HOLLANDE et au souriceau fripé dont la montagne va accoucher. Qu’est-ce qui va se passer ? Ceux qui ont RAISON, c’est ceux qui disent qu’il faut réindustrialiser la France. Il faut remettre en route les hauts fourneaux. Il faut que les usines automobiles Peugeot, Citroën et Renault produisent en France. Il faut …, il faut …, il faut … Enfin, il faudrait. Même qu'il faudrait peut-être. Va savoir.

 

 

Vous avez compris. Qu’est-ce qui va se passer ? Mais c’est tout vu, voyons ! Monsieur LAKSHMI MITTAL, milliardaire indien qui possède pas mal de hauts fourneaux en Europe, a décidé d’en arrêter pas mal, dont celui de Florange, qui a cessé depuis longtemps d’alimenter les poches de sa famille des 30 % de bénéfices qu’il avait décidé d’y déposer régulièrement. A votre avis, est-ce qu’il a très envie de le voir redémarrer ? La réponse est NON.

 

 

Un haut-fourneau, attention, en soi, c’est une usine verticale, avec ses 70 mètres de hauteur, qui fonctionne 24 heures sur 24, et avec des dimensions pareilles, ça manque de souplesse : on ne peut pas l’arrêter et le remettre en route comme une plaque de cuisson. Il réclame des délais respectables pour les changements de régime.

 

 

Ça se conduirait plutôt comme un super-porte-containers : pour prendre le prochain virage, il convient d’anticiper quelques dizaines de kilomètres avant (j’exagère sûrement). Et les virages industriels, ça prend plusieurs dizaines d’années. Il vaut mieux ne pas se tromper d’angle d’attaque. Et là, je regrette qu’on n’ait plus la possibilité juridique de brandir la tête des « responsables » au bout d’une pique. Si possible avec du persil dans les narines.

 

 

Parce que, franchement, vous ne sentez pas un peu de moutarde vous les chatouiller, les narines, quand vous vous dites que la situation actuelle, vous la devez à des décideurs d'il y a vingt et trente ans. Pour eux, c'était un rêve : une industrie sans usines, des usines sans ouvriers. Et qui dit "sans ouvriers", dit "sans emmerdeurs syndicaux". La solution ? Elle tenait dans trois mots : ROBOTISATION, INFORMATISATION, DELOCALISATION. En disant aux pays alors pauvres : démerdez-vous avec la production et les mains sales, nous gardons toutes les tâches de conception. A haute valeur ajoutée.

 

 

Moralité : nous avons perdu les ignobles tâches de production de richesses. Mais ça ne nous a pas empêché de perdre les nobles tâches de conception, conditions de la production de richesses. Enfin, pour le moment, pas toutes.

 

 

Car, pour pousser le pion de la conception généralisée et arriver au Graal d'un emploi noble pour tout le monde, il faut un énorme effort collectif pour élever le niveau de formation des jeunes. Or, j'exagère à peine en affirmant que le système éducatif français n'est plus que l'ombre de ce qu'il fut, et qu'il menace ruine. A commencer par les filières techniques, qui ont été passées au lance-flammes. Quand ce n'est pas au lance-flammes qu'on les a passées, c'est au broyeur, voire au sani-broyeur.

 

 

 

La preuve de la déconfiture nationale ? Cette année, 85 % des jeunes français ont suivi une classe de terminale (certains ont suivi de très loin). Et 77 % des jeunes français ont obtenu ce que l'on n'appelle plus depuis très longtemps une "peau d'âne". Je plains, certes, les 23 % qui ne l'ont pas obtenue, mais je pense qu'ils étaient très, très, très NULS. Qu'est-ce qu'il faut être, et qu'est-ce qu'il faut NE PAS FAIRE, pour rater le cadeau Bonux ? Disons : pour rater le Père Noël (c'est plus consensuel, le cadeau Bonux ne survivant que dans le sketch de COLUCHE) ?

 

 

 

J'ai gardé une oreille dans le système éducatif, et j'y en reçois quelques échos qui me font dire qu'il faut vraiment être très, très, très CON pour ne pas avoir le bac. Avec de futures pareilles recrues (qui n'ont acquis à l'école qu'un goût très, très, très modéré pour le travail et l'effort), la future industrie productive française, que le monde entier nous envie, n'a qu'à bien se tenir. Ce qui en reste debout ne s'en remettra pas.

 

 

Subséquemment et par voie de conséquence, c'est très logiquement le moment de redresser la tête, de bomber fièrement le torse, de se dresser sur ses ergots, les pieds dans le tas de fumier, d'inspirer un grand coup, et de chanter à tue-tête un retentissant COCORICO. Avant d'entonner martialement une Marseillaise endiablée. Ben oui quoi : c'est le QUATORZE JUILLET. C'est le moment d'être fiers de notre grande nation. Et moi, qu'on se le dise, j'ai la fibre patriotique. Enfin, je l'ai eue.

 

 

C'est pourquoi, chers concitoyens, je vous dis : Vive la République, Vive la France ! Et le reste.

 

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

Suitetfin demain.


 

mardi, 10 juillet 2012

DES GOGUES ET DES GAGS

Pensée du jour : « Le vrai est trop beau ou trop triste pour qu’il ne faille pas lui donner l’air d’une plaisanterie. » ALEXANDRE VIALATTE

 

 

Résumé de l’épisode précédent : une société de masse est une énorme usine à produire de la fiente, de la crotte, de la déjection, de la fèce, de la selle, voire de la scybale ou du fécalome, pour ne rien dire du colombin, du pruneau, du rondin ou de la tartissure.

 

 

Et en même temps, la solution de l’évacuation industrielle de toute cette matière humaine fait disparaître celle-ci aux yeux de tous, au point que, excepté les chiens sur les trottoirs bien aimés de nos villes, nul n’est prêt à offrir en spectacle public son derrière en pleine action expulsatoire, et que chacun prend soin, au contraire, de verrouiller la porte.

 

 

C’est d’ailleurs cette espèce de tabou qui ouvre la voie à quelques joyeux transgresseurs, professionnels ou non. La scatologie, tout le monde sait ce que c’est, et tout le monde a tendance à mépriser. Il n’en a pas toujours été ainsi, et il suffit de se tourner vers RABELAIS ou BEROALDE DE VERVILLE pour se rendre compte que le caca faisait partie du quotidien. La merde faisait partie intégrante de la vie de tous les jours. Le tuyau d'évacuation, l'égout, le collecteur et la station d'épuration ont expédié ce moyen âge dans les poubelles de l'histoire.

 

 

Tout le monde, de nos jours, sait que le Versailles de Louis XIV était dépourvu de toilettes et que toute la cour qui y déambulait baignait dans des arômes qui nous feraient fuir. Je n’ose imaginer ce que cela pouvait être les jours de grande chaleur. Mais au moins, c’était une odeur familière, à laquelle on était bien obligé de s’habituer. Nous sommes devenus hypersensibles. C’est le Tarzan de GOTLIB, dans le n° 1 de L’Echo des savanes (1972), qui le dit : « Hommes civilisés bien délicats ».

 

 

C’est certain : on a fait un chemin prodigieux, depuis Versailles, où les mieux équipés possédaient une « chaise d’affaires », encore appelée « chaise percée » ou « cabinet d’aisance ». Le meuble, qui pouvait être luxueux, couvert de laque du Japon, était rangé dans la « garde-robe », d’où, par métonymie, cette curieuse appellation (« Monsieur est à sa garde-robe »). Au moins, on savait manier les images et les figures de rhétorique.

 

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CHAISE D'AFFAIRE, OBSERVEZ LE STYLE LOUIS XVI

 

Et je ne suis pas remonté aux Romains, qui ne se formalisaient guère de quelque atteinte à la bienséance, et allaient sans façon dans des lieux collectifs, où chacun pouvait, en quelque sorte « faire son trou ».

 

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LE DERNIER SALON OÙ L'ON CAUSE 

 

Aujourd’hui, nous sommes devenus à cet égard d’une pusillanimité presque drôle, et le moindre remugle de toilettes sales nous chatouille les narines désagréablement et nous fait déserter un établissement dont l’installation laisse à désirer pour ce qui est de l’hygiène et de la propreté. J’ai connu une personne qui, quand elle entrait dans un restaurant, n’avait rien de plus pressé que de vérifier l’état des lieux et, en cas de répugnance, de partir en courant. Je l’ai dit : il y a comme du tabou dans la chose. Et ce ne sont pas les directives de la Commission (la grosse ?) Européenne qui vont arranger les choses.

 

 

C’est ce tabou qui permet, par exemple, à COLUCHE de faire hurler de rire son public qui se lâche (« Respirez par le nez, madame ! »), en racontant, dans La Publicité, à sa façon, la « campagne jumelée » des dragées Fuca et d’Ajax WC. Je n’y reviens pas, tout le monde connaît ça par cœur. J’ajoute seulement que le vraiment scato n’arrive qu’à la 6ème minute dans la vidéo Youtube (8’25).

 

 

Moins connue peut-être, une scène du Fantôme de la liberté, de LUIS BUÑUEL. Le cinéaste ne se bouscule pas l’intellect : en bon surréaliste, il se contente d’inverser les perspectives et le code des convenances, un peu comme des ethnologues africains ou amazoniens (formés dans des universités européennes ou européennes, je le note en passant) viennent aujourd’hui étudier les peuplades européennes et leurs coutumes – forcément exotiques en diable, puisqu’elles se sont étendues à toute la planète.

 

 

 

 

Voici la scène en question (pas trop longue) qui, à la reniflée à plusieurs dizaines d’années de distance (1974), sent terriblement son mai 68. J’y vois quant à moi l’extraordinaire et veule facilité du procédé hérité de l’Oulipo, qui consiste à poser comme hypothèse : « Et si on inversait tout ? ». Oui, on peut tout inverser, sauf dans la réalité.

 

 

Avant d’en finir avec ces modestes considérations sur les « matières » et sur les « lieux », je propose un petit détour par le Japon. Ce pays, en effet, est célèbre pour sa vénération profonde des questions d’hygiène, ainsi que pour les recherches poussées qu’il a menées s’agissant des questions d’évacuation.

 

 

 

Commençons par ce  petit film d’animation merveilleusement conçu, destiné à habituer l’enfant à déposer son obole quotidienne dans un lieu réservé à cet effet, mais aussi à consentir à s’en séparer chaque fois à jamais (les psychologues sont passés par là). C'est pédagogique et moderne en diable.

 

 

 

 

Poursuivons avec un aperçu, certes non exhaustif, mais néanmoins pittoresque des toilettes justement renommées qu’on trouve aujourd’hui sur l’archipel, du rustique moderne … 

 

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ET IL FAUT SE TOURNER VERS LE CÔTE INCURVE

 

WC JAPO.jpg

ET AVEC LE MODE D'EMPLOI, S'IL VOUS PLAÎT

(y compris la mise en garde contre les pertes d'équilibre) 

 

Jusqu’au dernier cri du « high tech ».

 

 

 

WC JAP.jpg

JUSTE APRES, C'EST LE TABLEAU DE BORD DU CONCORDE 

 

Et pour finir, quelques gags amoureusement concoctés par quelques facétieux nippons, 

 

 

 

 

Qui, comme on le voit, n’hésitent pas, dans certaines occasions, à déployer des moyens logistiques considérables.

 

 

 

 

 

Certains pensent que le Mal n’est pas dans la technique, mais dans l’usage qu’on en fait. Ils oublient que le drôle peut faire partie des acquis de la technique. Bon, c'est vrai que ça va un moment, pas trop plus. On n'est pas obligé d'y passer autant d'heures que les types qui ont imaginé et réalisé tout ça. Au fond, la technique n’a pas que des mauvais côtés et offre parfois quelque menue compensation.

 

 

Voilà ce que je dis, moi. 

 

 

 

lundi, 09 juillet 2012

DES GOGUES ET DE LA CIVILISATION

Pensée du jour : « Non loin de là il y a le lac de cratère : des ténèbres au fond d'un trou. Le résineux obscur alterne sur la rive avec le sombre conifère. Ils se mirent dans l'eau comme la houille dans l'anthracite ». C'est ALEXANDRE VIALATTE qui a écrit ça. Quoi, ce n'est pas vraiment une pensée ? Et alors ? Je m'en fiche, c'est du VIALATTE. Et c'est beau. Comment voulez-vous qu'on résiste à : ils se mirent dans l'eau comme la houille dans l'anthracite ?

 

 

 

Avant de reprendre le fil de mon thème "goguenard", un mot sur la grande CONFERENCE SOCIALE qui se tient à Paris. Juste pour signaler que SARKOZY avait fait, paraît-il, un GRENELLE DE L'ENVIRONNEMENT, montagne qui a accouché même pas d'une souris, à peine d'une musaraigne pygmée (5 cm, sans la queue).

 

 

MUSARAIGNE PYGMEE.jpg

ELLE EST PAS CHOU (malgré le gant de caoutchouc) ?

J'AI L'HONNEUR D'ANNONCER, PAR ANTICIPATION, 

QUE LA CONFERENCE SOCIALE A ACCOUCHE

DU MÊME BEBE QUE LE GRENELLE DE L'ENVIRONNEMENT

 

A présent, reprenons.

 

 

Disons que, pendant les quelques premières centaines de milliers d’années de son existence, l’humanité a eu recours au plus rustique des moyens : s’accroupir, déféquer et puis se nettoyer comme elle pouvait, d’une pierre, polie dans la mesure du possible, d’un bouquet d’orties fraîches ou d’un « oison bien dumeté, pourveu qu’on luy tienne la teste entre les jambes » (Gargantua, chapitre 13).

 

 

Et disons-le nettement : il n’y eut aucun problème particulier pendant deux ou trois cent mille ans. Tout le monde savait, dans les bourgs et dans les villes du néolithique (quoi, j'exagère ?), qu’il fallait faire, quand on marchait dans la rue, attention à ce qui tombait des fenêtres le matin, comme l’apprit un jour à ses dépens le bon LOUIS IX, alias Saint Louis, et, plus tard, je ne sais plus quelle grande dame qui déambulait étourdiment juste sous les fenêtres de Versailles, dans une robe du dernier chic qui avait coûté les yeux de la tête à ses fermiers et métayers.

 

 

Les difficultés surgissent avec la concentration urbaine des hommes et la croissance verticale des villes. Les solutions artisanales s’avèrent très vite totalement dépassées, comme le montrent quelques ébauches théâtrales d’ALFRED JARRY jeune, qui vécut à une époque de transition, où l'on est passé (lentement) de la "collecte" à l'ancienne à une "évacuation" moderne. Je ne m'attarderai pas sur les péripéties. Cela s'appelle Les Antliaclastes (traduction : les briseurs de pompe à merde).

 

PATAPHYSIQUE ANTLIACLASTES.jpg 

 

Il y met en scène les membres du Club-Antliator, autrement dit les « vidangeurs au tonneau », qui ne sont autres que les adeptes de la (« parlant par respect », dirait NIZIER DU PUITSPELU) pompe à merde, c’est-à-dire, en quelque sorte, les fervents de la tradition et de la vieille école, avec ses savoir-faire inimitables et ses tours de main amoureusement préservés et transmis. Les tenants de l'amour du métier et du travail bien fait, quoi.

 

 

 

Ces « militants de la pompe » sont en guerre contre les « Antliaclastes », partisans quant à eux de l’ « herpétologie ahénéenne » (= les « serpents d’airain » = les tuyaux métalliques), de la chasse d'eau, des tuyaux de descente et de l'égout, en somme, de l’évacuation industrielle, technique, anonyme et déshumanisée, qui coupe l’homme de tout contact avec sa propre activité et, disons-le, avec la « vraie vie », et qui, du jour au lendemain, a fait disparaître aux yeux de tous l’œuvre la plus constante que, jour après jour, l’homme confectionnait (qu'il y consentît ou qu'il y regimbât), qu’il neigeât, qu’il ventât ou qu’il grêlât (notez la rafale de subjonctifs imparfaits), depuis la nuit des temps.

 

 

Dans ce combat proprement homérique, c’est évidemment l’anonymat industriel et déshumanisé qui a triomphé. Il faut dire que la lutte était foncièrement inégale. Rendez-vous compte de tout ce qu’une tour haute de 400 mètres (on pense évidemment à celles du World Trade Center de Manhattan) peut produire d’ « eaux noires » (c’est le terme spécialisé, par opposition aux « eaux grises », qui viennent de l’évier, du lavabo et de la douche). La rationalisation a triomphé sans trop de mal : nécessité fait loi.  

 

TUYAUTERIE EVACUATION.jpg

JE NOTE QUE, SANS LES COULEURS TOUTEFOIS,

ON DIRAIT UN TABLEAU DE PIET MONDRIAN

(on voit par là que l'art contemporain est un art d'évacuation,

en conformité, en quelque sorte, avec l'époque moderne)

MONDRIAN 1.jpg

CECI NE TIENT-IL PAS D'UN SCHEMA DE CANALISATION ?

LA RESSEMBLANCE ME SEMBLE HURLANTE

Qui pourrait imaginer la grande ville d'aujourd'hui, couverte de buildings, avec des "vidangeurs au tonneau" qui passeraient dans les rues pour vider les fosses ? La société de masse commande des solutions de masse, des solutions industrielles de masse. Regardez ce qui se passe à Marseille, à Lyon ou à Naples, dès que les éboueurs décident de cesser le travail, et imaginez la même chose, pas avec les poubelles, mais avec les « matières ». On pourrait vraiment dire, au sens « propre » (!!!), qu'on est dans la merde.

 

 

Dans les célèbres tours du WTC, désormais abolies par un décret d’Allah en personne (c'est ce que dit la rumeur) comme symboles du Mal, travaillaient 50.000 personnes. Non mais, vous vous rendez compte ? Chaque jour débaroulaient jusqu’aux égouts soixante-quinze tonnes d’excréments (il faut compter 3 livres en moyenne par personne).

 

 

Quand vous saurez qu’à la fin du 19ème siècle, des gens excessivement sérieux, en Angleterre, ont calculé, avec la plus grande exactitude, que pour évacuer la seule matière solide, il fallait 9 litres d’eau, vous saurez ipso facto que le World Trade Center de Manhattan dépensait 675.000 litres d’eau par jour. BEN LADEN se voulait peut-être un bienfaiteur de la planète ?

 

 

 

Petite pause anecdotique : on raconte que les Américains, quand ils ont attaqué l'archipel d'Okinawa, ont largement surestimé le nombre des Japonais embusqués, en se fiant aux tas de fiente que ceux-ci laissaient, et qu'ils ont en conséquence acheminé des effectifs beaucoup plus copieux. Comme disent les Italiens : se non è vero, è ben trovato. Fin de l'anecdote.

 

 

Le plus dur à supporter dans cette affaire, c’est que ce qui évacue l’ « engrais humain » vers les océans, c’est, ni plus ni moins, de l’EAU POTABLE. Parfaitement : DE L'EAU POTABLE. Ben évidemment, vous imaginez ce que ça coûterait, de doubler les canalisations d’eau, l’une pour acheminer ce qui se boit, l’autre pour acheminer l'eau non-potable, vouée à l'évacuation de l’indigeste et du non-digéré ? Explosé, le budget d’investissement ! Quel financier désintéressé et philanthrope scierait ainsi sa propre branche ?

 

 

Pensez juste un instant que toute l’eau que vous jetez dans la cuvette en appuyant sur le bouton, c’est de l’EAU POTABLE. Dites-vous, oh, juste un instant, que vous pourriez mettre votre verre quand vous tirez la chasse, et que l’eau, oui, vous pourriez la BOIRE ! Franchement, est-ce qu’il n’y a pas de quoi se dire qu’avec un tel gaspillage, démocratiquement étendu à 6 milliards et demi d’humains, c’est exactement, concrètement et très efficacement annoncer l’impossibilité totale de la civilisation qui a promu ce gaspillage ?

 

 

Soyons clair : un tel gaspillage n’est possible et envisageable que s’il est réservé à un tout petit nombre. Soyons même tranchant : une vraie démocratie, une démocratie avérée, authentique est le régime de la médiocrité pour tous. Le gaspillage est un luxe, et de ce fait reste définitivement hors de portée du vulgum pecus. 

 

 

 

A cet égard, on peut accuser la planète Terre de vivre comme les grands seigneurs de la cour à Versailles. Sauf que tous les manants, tous les vilains et tous les roturiers de la planète ont pour seul désir et objectif de pouvoir se comporter en grands seigneurs. Il paraît que c'est ça, la démocratie. Jadis, je n'aurais demandé qu'à le croire. Maintenant, j'avoue que j'ai du mal. Aujourd'hui, manants, vilains, roturiers et sans-culotte ont pour ambition suprême d'imiter les ci-devant aristocrates.  Tout au moins d'en imiter certains gestes. Les plus coûteux.

 

 

La planète Terre est folle, elle ne se rend pas compte : elle a totalement perdu de vue les excréments qu’elle produit (ne parlons pas des autres déchets). Parce qu’elle a le regard fixé (par la publicité, la propagande, la télévision) sur la portion de Terre vierge, pure et momentanément préservée où elle va pouvoir se ressourcer, avant les onze mois de galère que va lui coûter le pavillon qu’elle s’est offert dans la banlieue de Saint-Brévin-les-pins.

 

 

C’est sans conteste cette raison (50.000 personnes obligées chaque jour de pisser et de chier du haut de leurs 400 mètres de béton, de verre et d’acier de toutes les tours du World Trade Center) qui a décidé OUSSAMA BEN LADEN, un écologiste de pointe et un démocrate interminable et péremptoire, à faire raser par quelques personnes fatiguées de vivre ce monument du non-sens de l’orgueil consumériste qu’étaient les tours du World Trade Center. On ne peut nier qu’il a visé juste. Le tout serait d’en tirer les bonnes leçons, ce qui semble loin d’être fait.

 

 

Le World Trade Center était exactement ce qu'on appelle le défaut de l'armure. La faille dans le système. La paille dans l'acier. Ce que les Grecs anciens appelaient l'ubris (la démesure, le défi aux dieux), et ce que les chrétiens ont traduit par la Tour de Babel.

 

BRUEGHEL BABEL.jpg

C'EST PEUT-ÊTRE UNE FOLIE, MAIS QU'EST-CE QUE C'EST BEAU !

 

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

A suivre.

 

 

 

 

dimanche, 08 juillet 2012

DES GOG ET DES MAGOG

Alors il semblerait que je n’aie fait qu’effleurer le sujet dans un récent billet. Quelques esprits avisés m’ont incité à le développer. Il était, si je me souviens bien, entre parenthèses. Je m’y efforçais de célébrer « les lieux », cet endroit où l’être humain « civilisé » (paraît-il) s’enferme pour méditer pendant qu’il se livre à des expulsions nécessaires, activité tenue en piètre estime par le commun des mortels.

 

 

Injustement sans doute, si j’en crois le santon acheté voilà quelques années : admirez les lignes, les couleurs, le modelé, la position. Et il tient en équilibre. Encore bravo à l’ingénieux et audacieux sculpteur, qui a tâché vaillamment de rendre un peu de lustre à cette fonction humaine, à laquelle nul ne saurait se soustraire sans dommages ou lésions.

SANTON CHIEUR.JPG 

JE VOUS PRESENTE LE SANTON CHIEUR

 

« Les lieux », comme on disait dans les autres fois et comme les nomme très justement ROGER-HENRI GUERRAND dans son Histoire des commodités, ne méritent ni cet excès de déshonneur, ni cette indignité. La preuve en est le très savant ouvrage que ce monsieur a écrit. La preuve en est également l’assez divertissant et documenté ouvrage d’ISABELLE MONROZIER, Où sont les toilettes ? (Ramsay, 1990).

 

 

Je ferai à l’auteur un léger reproche tout de même. Elle écrit en effet (p. 59) : « Les deux bombes qui ont explosé dans des établissements scolaires à Décines-Chartrieu [sic] près de Lyon et dans le 14ème arrondissement de Paris en janvier 1988, avaient été placées derrière les réservoirs des chasses ».

 

 

Loin de moi l’idée de nier des faits dûment avérés, mais a-t-on le droit d’estropier ainsi le nom d’une commune péri-lyonnaise ? Ceux qui connaissent l’avenue Godard à Décines-Charpieu (je parle d’une élite) s’en trouvent légitimement froissés. Jusqu’ici, le maire de Décines-Charpieu n’a toutefois pas porté plainte contre ce lâche attentat. Il est bien bon. Certains, moins miséricordieux, taxeront cela de faiblesse, éventuellement coupable, qu’ils menacent d’ores et déjà de punir prochainement dans les urnes.

 

 

Cela dit, on trouve chez MONROZIER une foule d’informations utiles, ... et scientifiques. Parmi bien d’autres, les règles militaires d’installation des latrines pour une armée en campagne : « pour une centaine d’hommes, cinq trous, de 30 cm de large sur 60 de long, espacés de 90 cm pour éviter que les cuisses des soldats ne se frôlent ». On voit par là qu’un colonel en campagne se doit de parer à toute éventualité et ne saurait négliger aucun détail, fût-il le moindre, susceptible d’affaiblir l’ardeur guerrière du combattant, à travers de coupables distractions. Notons que la profondeur des trous n'est pas indiquée : coupable négligence, mon colonel !

 

 

ISABELLE MONROZIER nous narre par le menu l’histoire de CLAIRE, 25 ans, et de quelques-unes des activités qui sont les siennes quand elle s’enferme dans « les lieux » : « Essayez de me raconter. – A chaque fois, j’accouche dans les W.-C. Je ne sais pas… C’est d’instinct… Je ne sais pas… Je me mets sur les W.-C… Je ne me souviens plus de ce qui se passe. (Elle éclate en sanglots.) C’est horrible, c’est une immense panique… – Vous pouvez me parler de cette panique ? – Je ne sais pas… Je ne m’en souviens pas… Cela va très mal pendant une demi-heure… Je ne sais pas… – Et tous les quatre, de même ? – Oui, c’est horrible… J’aime tellement les bébés… C’est mon métier ». Si j'ai bien compris, elle est sage-femme, infirmière ou puéricultrice. Pourtant, je sais qu'il y en a des bien. J'en connais. On se demande parfois pourquoi les rouleaux de papier défilent à toute allure dans une maison où il y a pas mal de femmes, mais on tient peut-être là une explication décisive, non ?

 

 

MONROZIER tente d’épuiser la question, si j’ose m’exprimer ainsi, en parlant du problème de l’évacuation des « matières » dans les prisons, de la plus moderne à la plus archaïque, et de la plus civilisée à la plus barbare ; à 8.000 mètres d’altitude, quand il faut commencer par ôter quelques épaisseurs, en commençant par les diverses couches de gants ; sur une planche à voile, comme STEPHANE PEYRON, qui y a passé 46 jours ; sur un bateau en général : « Au petit matin, l’été, aux mouillages de Port-Cros ou de Porquerolles par exemple, les bateaux nagent au milieu des étrons qui flottent ». Délicieux paysage au moment de tremper son croissant dans le café, vous ne trouvez pas ? Voilà peut-être pourquoi j’ai toujours évité de voyager sur des coquilles de noix.

 

 

Mais elle ne parle pas, la malheureuse MONROZIER, de la « course des dix mille milles » qui a lieu dans Le Surmâle d’ALFRED JARRY, ni de la quintuplette à laquelle sont enchaînés, de l’arrière vers l’avant, Ted Oxborrow, Jewey Jacobs, George Webb, Sammy White, (un nègre, le roman date de 1902), et Corporal Gilbey.  

 

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SI, SI, JE VOUS DIS QUE ÇA EXISTE

 

Ils sont lancés, face à un train, dans une course d’environ quinze mille km, et sont nourris exclusivement de la « Perpetual Motion Food » du professeur Elson. Comme ils sont enchaînés, et ne peuvent donc descendre de leur machine, ils sont obligés de faire « l’un et l’autre besoin dans de la terre à foulon », dont les propriétés bien connues sont d’être à la fois saponifère, détersive, dégraissante et moussante. N’en veuillons pas à ISABELLE MONROZIER, et continuons notre petit tour de piste, d’ivoire et d’horizon (pour l’ivoire, un doute me vient).

 

 

Car reconnaissons-le, quelque phénoménal progrès que l’homme ait fait depuis l’aube des temps, il n’a pas encore trouvé le moyen d’échapper à cette dure nécessité quotidienne et à se libérer de son emprise : évacuer hors de soi quelque 1.500 grammes (c’est une moyenne statistique) de matières tant liquides que solides.

 

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

A suivre.

lundi, 02 juillet 2012

DES (MAUVAISES) NOUVELLES DE LA FRANCE

J’espère que vous n’avez pas mis trop de temps à vous rendre compte que, sous HOLLANDE, ça n’a pas duré pour qu’il en aille tout autrement que sous SARKOZY, c’est-à-dire, évidemment, que tout est comme avant et que rien n’a changé.

 

 

Une seule chose a disparu du paysage, et c’est déjà un drôle de soulagement : le plaisir de sale gosse de NICOLAS SARKOZY qui consistait, patiemment, jour après jour, à dénicher une nouvelle fourmilière pour y foutre un grand coup de tatane, à seule fin de jouir en ricanant méchamment du spectacle du grouillement innombrable et affolé des insectes. La fourmilière pouvait s'appeler "carte judiciaire", "RGPP", "Hôpital public", "Ecole", "Police", peu importait. Reste à voir comment HOLLANDE va réparer tout ça.

 

 

C’est vrai que SARKOZY avait érigé en méthode de gouvernement l’ébahissement permanent des foules : « Oh non, quand même, ça, il n’osera pas ! – Ben si, qu’est-ce que vous croyez ? ». C’en était très curieux, d’ailleurs, de voir SARKOZY dans son déguisement de président, trop grand pour lui. C’était ça le plus sidérant : le voir déguisé en président, avide de voir les visages des Français sidérés, ahuris, jour après jour, de voir une fourmilière après l’autre démolie à coups de bottes par le sale gosse caractériel.

 

 

Dans le fond, SARKOZY, pendant cinq ans, a fait diversion. Il a inventé le quinquennat de la diversion : pendant qu’il s’agitait au premier plan, les bottes cloutées de ses cabinets ministériels attaquaient une nouvelle fourmilière, en prévoyant déjà leur cible suivante, et en se demandant s’ils allaient l’attaquer de la pointe ou du talon. On va pouvoir quitter des yeux l’écran et sortir de la salle pour aller se soulager la vessie. Est-ce que ce sera reposant pour autant ? Pas sûr, Arthur.

 

 

Ah si, quand même, avec la présidence HOLLANDE, ce sera plus reposant pour les journalistes. Les rédacteurs en chef ont déjà cessé d’éditorialiser à tout va au moindre battement de cil de l’époux de CARLA, que j’avais presque envie (dans mes temps morts) d’appeler « monsieur BRUNI ». Et ils ont cessé d'envoyer leurs journalistes en rafales de grappes d'escadrilles aux trousses de l'agité de la focale. C’est sûr, FRANÇOIS HOLLANDE souffre moins pathologiquement de n’être pas constamment au centre des conversations.

 

 

Mais franchement, vous croyez qu’il va faire mieux que le sidérateur professionnel qui l’a précédé ? Les finances, l’activité industrielle, le « pouvoir d’achat des Françaises-et-des-Français », vous croyez que ça va s’arranger ? Personnellement, je dis que non, et que le pire est à venir.

 

 

Pour une bonne raison (qui est très mauvaise en soi), c’est que la logique du spéculateur est une logique proprement USURAIRE. Ceux que les « journalistes » économiques (si on peut nommer cette engeance) appellent mensongèrement des « investisseurs », ne sont rien d’autre que des usuriers, de la même espèce que l’affreux Gobseck inventé (et observé) par BALZAC. Avec les dettes souveraines, ils ont trouvé un prodigieux gisement à se faire du gras.

 

 

 

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Je signale à ceux qui ne se tiendraient pas au courant que le taux maximum possible (défini par l'Etat, au-delà c'est de l'usure), pratiqué par les banques, en France, pour un emprunt de 1524 euros (c’est précis), est de 20,65 %, soit 1,72 % par mois. Et que ça passe à 19,5 %, jusqu’à 3000 €, pour les crédits renouvelables (vous savez, les "revolvings"). Donc ça reste juteux (pour qui ?). Le Figaro.fr du 9 mai 2012 indique que la Grèce pourrait emprunter « sur les marchés » au joli taux (à dix ans) de 22 %. CQFD.

 

 

Les prétendus « investisseurs » des « journalistes » sont bel et bien des USURIERS à qui toutes les autorités politiques du monde ont décidé de laisser impunément la bride sur le cou. Et qu’on se le dise, depuis que l’Etat français n’a plus le droit d’emprunter à 0 % auprès de sa banque centrale, depuis la scandaleuse loi de GISCARD et POMPIDOU (1973), l’Etat français a été obligé de se tourner vers les USURIERS pour financer les salaires et les retraites des fonctionnaires, mais aussi les cadeaux fiscaux faits à droite et à gauche.

 

 

Sans que ça l'empêche de brader les bijoux de famille de l'Etat lui-même (patrimoine immobilier, autoroutes, privatisation des grands services publics, mis au rencart au nom de la très européenne "concurrence libre et non faussée", etc.).

 

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CE CROCHU-LÀ EST PEINT PAR QUENTIN METSYS

 

Je note que ni MITTERRAND ni JOSPIN n’ont touché à cette loi scélérate. Gauche et droite sont un seul et même bateau. Cette loi a passé autour du cou de tous les dirigeants politiques, quelles que fussent leurs couleurs et leurs paroles, un nœud coulant, dont on s’aperçoit aujourd’hui qu’il est passé autour du cou de tous les contribuables.

 

 

Tout ça pour dire que, avec HOLLANDE ou SARKOZY à la barre, c’est kif-kif bourricot et du pareil au même. Et qu’ils obéissent au doigt et à l’œil, sous peine d’étranglement, à la sacro-sainte « loi du marché », qu’on peut tout bonnement appeler la LOI DE LA JUNGLE. L’un comme l’autre, ils sont au garde-à-vous, le petit doigt sur la couture du pantalon, en attendant les verdicts éminemment « rationnels » (!!!!!) de Wall Street et des entreprises qui gagnent leur vie en vendant des opinions (on les appelle couramment des « agences de notation »).

 

 

Non, je ne suis pas optimiste. « Tu vas pas mourir de rire, Et c’est pas rien de le dire » (Mickey 3 D).

 

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

 

 

vendredi, 29 juin 2012

HARO SUR LE CHIEN DE VILLE !!!!

LE CHIEN DE VILLE

 

 

Qu’on se le dise : j’aime les chiens. Plus que les chats, même, c’est vous dire. Le premier que j’eus dans mon voisinage était un Setter Gordon. Adorable. Il supportait tout, quand nous étions enfants. C’était chez mes grands-parents. Fool, il s’appelait. On lui adjoignit un peu plus tard Korrigane, une femelle Gordon également.

 

 

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Les Gordon sont des chiens de chasse, résistants et courageux, paraît-il, mais Fool devait avoir subi un traumatisme car, lorsqu’il partit pour sa première chasse, il détala au premier coup de fusil, pas pour rapporter le gibier, mais pour mettre entre lui et l’arme le maximum de distance et le plus vite possible. Sa loi à lui, c’était la prudence.

 

 

Nous l’avons récupéré à grand-peine, à bonne distance. La sécurité n’a pas de prix. C’est sûr, le Setter Gordon est très bon pour le galop et l’endurance. Il est noir sur la majeure partie du corps et « feu » au museau, au poitrail et aux pattes, avec une petite tache de 2 cm² au-dessus des yeux.

 

 

Après une balade dans les champs ou les chemins, c’était la plaie : il fallait inspecter les oreilles attentivement, un vrai râteau à saletés diverses. La nuit aussi, c’était pénible, il n’aimait pas être enfermé dans l’enclos de sa niche, mais il finissait par se fatiguer d’aboyer. En dehors de ça, une crème de chien, adorable et charmant.

 

 

Il y eut d’autres setters gordon (Souska), mais aussi des cockers (Olaf, sale caractère, imprévisible et caractériel), un basset (Whisky) anodin et pitoyable, un braque allemand (Scud). Quand le général CHAMBE venait passer quelques jours chez son frère au retour de ses chasses au coq de bruyère, du côté de Champagny, il rapportait régulièrement le quatuor des plumes caudales caractéristiques du petit tétras. Mais surtout, il venait avec ses chiens.

 

 

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ADMIREZ JUSTE LE SETTER IRLANDAIS

(il ne va pas tarder à se mettre en arrêt)

 

Il fallait anticiper, car la cohabitation était difficile, et il y eut des coups de dents de part et d’autre. Il y avait Zoom, un magnifique et ombrageux setter irlandais, dont j’hésitais à m’approcher, tant il veillait jalousement sur la sécurité de son maître, couché en travers de la porte de sa chambre. Celui, entre tous, que j’ai préféré était un griffon Korthals du nom de Brack (Braque ?).

 

 

 

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VOILA, LUI, IL EST EN ARRÊT 

 

Le point commun de tous ces animaux était le vaste jardin de mes grands-parents, où ils pouvaient s’ébattre et courir à leur gré (et au nôtre), fourrer leur nez dans tous les buissons à la recherche de lézards, et leurs griffes dans les taupinières.

 

 

J’aime donc les chiens. Y compris ce « golden retriever » (race aujourd’hui très à la mode, et souvent abâtardie), du nom de Théo, joueur et mélancolique, qui se met à revivre quand on le « cherche ». Il y a aussi cet épagneul français dont j’ai oublié le nom, qui n’avait pas de loi (donc pas de maître), mais que j’ai eu vite fait de « recadrer » discrètement et fermement : le chien comprend très bien un certain nombre de gestes, surtout cette race, qui mémorise fort bien. J’arrête là, on a compris ma phrase du début. J’aime les chiens. Si c’est à la campagne. Autrement, c'est non.

 

 

Bon, c’est vrai qu’en ville, on peut tolérer le chien, mais seulement du chihuahua jusqu’au caniche, en passant par le pékinois. Je dis qu’au-delà du caniche, pour le chien, la ville est un enfer. Posséder un chien, même de taille moyenne, quand on habite en ville, c’est de l’égoïsme. C’est même pire : du sadisme. Je plains sincèrement le dogue allemand qui « vit » dans un 40 m² du quartier, et auquel son « maître » consent à faire faire, deux ou trois fois par jour, le tour de quelques pâtés de maisons.

 

 

Quand on a vu une fois la gigantesque foulée du dogue allemand au galop, on pense obligatoirement à ce corbeau capturé, dont une vieille tante avait coupé à la moitié toutes les rémiges primaires pour qu’il tînt dans la cage d’un précédent et décédé canari. Ce corbeau puait comme cent diables. Je plains fort le sort du dogue allemand.

 

 

On m’a compris : la ville est un fléau pour le chien, y compris de taille moyenne. Faire de chiens fabriqués exclusivement pour le plein air des « animaux de compagnie » est détestable. C’est le vice de tous ceux qui croient caresser leur chien quand ils utilisent leur bête pour se caresser eux-mêmes, tout en se muant en tortionnaire.

 

 

A partir d’une certaine taille, le chien de ville est purement masturbatoire. Je ne dis pas qu’il ne faut pas se consoler comme on peut de quelque absence ou carence affective, mais s’il y a une injustice à l’égard des bêtes, c’est bien de les faire vivre dans un milieu pour lequel elles ne sont pas faites.

 

 

Il ne s’agit pas de dénoncer la possession de chiens « dangereux » (Rottweiler, Pittbull, Staffordshire Terrier, toutes races qui n’ont besoin que d’une « direction » douce et exacte, mais qui ne supportent pas l’imprécision, c’est-à-dire le manque de caractère), encore que certaines rencontres de hasard ne manquent pas de piquant, comme celle à laquelle je viens d’assister, entre une femelle berger allemand et un pittbull en mal d’amour.

 

 

Il s’agit de dénoncer la cruauté de pauvres gens qui se croient « maîtres » d’un animal qui, en réalité, les domine, et qui, en général, souffre de sa situation. Je suis par exemple désolé du sort que subit ce très beau chien, qui tient du setter anglais, et qui vit dans les 18 m² de la studette de son « maître », juste à côté de chez moi.

 

 

Le propriétaire de chien, en ville, de deux choses l’une, est soit une personne seule qui a besoin chez elle de la présence d’un être vivant (besoin de compagnie), et dans ce cas, il faut des chiens qui tiennent le minimum de place (allons jusqu’au caniche), soit une personne égoïste qui n’a aucune idée des besoins propres de la bête et ne pense qu’à sa propre satisfaction.

 

 

Je ne veux pas savoir combien de propriétaires sont vraiment maîtres de leur chien, ce que je sais, c’est que passer dans la rue et assister au spectacle du chien qui baisse le cul (vers le trottoir ou vers le caniveau, les deux se valent) pour en laisser échapper un cylindre coloré, tour à tour tirant sur le brun, sur le rouge (régime de carottes) ou sur le jaune, tour à tour compact ou mollasson, tour à tour abondant ou constipé, tour à tour énorme ou lilliputien, suivant la taille de la bête, est devenu un aspect rédhibitoire de la vie en ville.

 

 

C’est comme la fumée des fumeurs pour les non-fumeurs (et même pour eux-mêmes, paraît-il). Quelques possesseurs d’un chien se munissent d’un sachet qui permettra de faire disparaître l’objet merdique dans une poubelle : l’attitude est éminemment louable. C’est néanmoins une humiliation, à laquelle la plupart des « maîtres » refusent orgueilleusement de se soumettre.

 

 

Quelques-uns, même, se plantent arrogamment au milieu du trottoir pendant que l’animal défèque, et, du regard, mettent le passant au défi d’exprimer la moindre marque de dégoût ou de réprobation. Certains cacas de chiens constituent, à la limite, des insultes parfaitement préméditées.

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Entre ces deux extrêmes, il faut bien dire qu’une écrasante majorité, sans doute pressée par le temps (le matin c’est le bus à prendre, le soir, c’est le J.T. à ne pas manquer), agit avec ce qu’on est bien obligé de qualifier de légèreté et de désinvolture.

 

 

Il reste, quoi qu’il en soit, au passant innocent à regarder où il met les pieds, en se bouchant le nez les jours de chaleur. Il faut le dire, LE CACA DE CHIEN EST UN ETRON, UNE MERDE. Avez-vous remarqué qu’on peut suivre à la trace certains passants, au nombre de pas qu’ils ont fait avec, collée à la chaussure, la crotte plus ou moins gluante d’un chien anonyme ? Quand obligera-t-on le propriétaire à tirer la chasse d’eau là où son chien a déposé sa merde ? Moi je dis que le plus tôt sera le mieux.

 

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Est-il à ce point politiquement suicidaire de revenir à la taxe municipale sur la possession d’animaux domestiques ?

 

 

Vous qui habitez en ville, vous avez compris pour quelle raison je tolère le chien jusqu’à la taille du caniche, mais pas au-delà ?

 

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

 

 

samedi, 16 juin 2012

AUJOURD'HUI, C'EST REPOS !

Aujourd'hui, samedi, c'est le week-end, la grasse matinée, le câlin du matin. Il n'y a pas longtemps, je parlais de l'humanité génétiquement modifiée. Les exemplaires d'humanité femelle que je propose aujourd'hui comme modèles ne sont pas franchement OGM, mais ça en prend le chemin, à coups de stéroïdes anabolisants. Attention, ça décoiffe.

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JUSTE POUR SE METTRE EN APPETIT

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ON A MÊME DEGAGE LE MAILLOT

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AVOUEZ QUE ÇA EN JETTE !

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VOUS NE TROUVEZ PAS QUE LA TÊTE A L'AIR DE RAPETISSER ?

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IL FAUT UN NOUVEAU MANET POUR UN AUTRE "DEJEUNER SUR L'HERBE"

 

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ET UN NOUVEAU GODARD POUR UNE AUTRE "CHINOISE"

 

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QUEL LABEUR DE CHEVAL IL Y A DERRIERE ÇA

Bon, je vais essayer d'équilibrer un chouïa, avec les merveilles que des exemplaires mâles de l'humanité sont capables, eux aussi, de produire.

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QUEL GENRE DE VÊTEMENTS FAUT-IL POUR S'HABILLER ?

EST-CE QUE C'EST SYMETRIQUE ?

(désolé, je ne peux pas faire plus grand, sinon, ça perd en netteté)

 

Voilà. je n'ai pas très envie de commenter. Ce que je trouve très curieux, c'est qu'il ne m'est jamais arrivé de croiser de telles personnes dans la rue. Et je me dis que, si l'on est féministe, on doit être découragé, devant la montagne de boulot qui reste à accomplir.

 

Et j'imagine très bien le couple qui rentre de la salle de muscu : « Chérie, tu n'as pas oublié de travailler ton sterno-cleïdo-mastoïdien ? - Penses-tu ! Et toi, mamour, tu as bien pensé à ton grand dentelé et à ton premier adducteur ? ». Moralité : un rien peut suffire à souder un couple.

 

Pour finir, saurez-vous me dire où l'on trouve ces deux répliques immortelles ? « Quel beau couple ! - Comme ils ont l'air heureux ! » Ceux qui sèchent peuvent réviser leurs aventures de Babar, spécialement Le Roi Babar. Tiens, c'est curieux, c'est le royaume des éléphants.

 

Nous vivons décidément une époque formidable.

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

jeudi, 14 juin 2012

LE DROIT DE VOTE AUX LEGUMES !

Résumé : alors on ne sait plus si un livre qualifié de "roman" est un roman, mais on ne sait plus non plus si l'homme, c’est du petit homme ou du grand singe.

 

 

Comme je suis revenu sur la question animale, et comme j'ai l'esprit de justice,  je m’en voudrais de ne pas revenir sur la question végétale. Car il faut savoir que la question végétale se pose. Tiens, pas plus tard que le 31 mai, c’est Madame CAROLYN CHRISTOV-BAKARGIEV qui l’a soulevée, dans une interview vibrante. Il faut dire que la dame n’est pas n’importe qui : c’est elle qui dirige la célèbre exposition « Documenta » de Kassel, le fin du fin en matière d’art contemporain. Je vous jure, voilà une magnifique (et double) illustration (quasiment une caricature) pour ma « thèse » sur la POROSITÉ !

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PORTRAIT DE LA TERREUR POREUSE

(les gens n'ont plus l'air de ce qu'ils sont, mon bon monsieur)

 

Et il faut dire aussi qu’en matière de sérieux pondéré, de rationalité éclairée et de « bon sens près de chez vous », les artistes contemporains en connaissent un sacré rayon, c’est un très vieil ami, presque un spécialiste des Beaux arts et des Laids arts qui vous le dit.

 

 

Qu’est-ce qu’elle dit donc, Madame CAROLYN CHRISTOV-BAKARGIEV ? D’abord, elle dénonce l’anthropocentrisme, c'est bien le moins. Jusque-là, rien d’épastrouillant (comme dit MARCEL PROUST en personne, j'ai les preuves), beaucoup de gens l’on précédée dans cette voie. Mais enfin, c’est déjà ça, elle milite pour rabattre le caquet de l’homme, cette espèce puante de prétention. Elle ne s’arrête cependant pas en si bon chemin.

 

 

Voici ce qu’elle déclare à la Süddeutsche Zeitung, accrochez-vous aux poignées et aux barres : « La question n’est pas de savoir si nous devons accorder le droit de vote aux chiens ou aux fraises, mais comment une fraise peut faire part de son intention politique ». Vous avez bien lu : l'intention politique de la fraise. Non, non, qu’allez-vous penser ? Il paraît qu’elle était à jeun, et qu’elle est en général considérée, sinon comme parfaitement saine d’esprit, du moins comme inoffensive.

 

 

Elle ne veut pas seulement « protéger » animaux et plantes, elle réclame très haut et très fort leur pleine EMANCIPATION en tant que citoyens à part entière, en comparant leur situation à celle des femmes d’avant le droit de vote : « Pourquoi les chiens doivent-ils pouvoir voter comme les femmes ? – Pourquoi pas ? Le monde appartient-il moins aux chiens qu’aux femmes ? ». L’argumentation semble très travaillée, vous en conviendrez. On a bien compris qu'il s'agit d'élever le boeuf, l'âne et la tomate au rang de CITOYENS.

 

 

Et ce n’est pas fini : « Il n’y a aucune différence fondamentale entre les femmes et les chiens, ni entre les hommes et les chiens. Il n’y en a pas non plus entre les chiens et les atomes qui constituent mon bracelet. Je pense que tout a sa culture. La production culturelle d’un plant de tomate est la tomate ». J'adore, moi aussi, en général, la production culturelle des plants de tomate. Car la distance n’est pas grande de la Culture à l’agriculture, chère madame. Tout le monde a relevé l’expression « aucune différence », n'est-ce pas.

 

 

Attendez, le meilleur est à venir, car c'est dans le domaine de l’art que Madame CAROLYN CHRISTOV-BAKARGIEV fait le moins de différence (évidemment) entre l’art humain et des produits créés par les animaux. On comprend aussitôt pourquoi c'est elle qui a été nommée directrice de la « Documenta » de Kassel : « Construire une ruche a aussi un sens supérieur ». GILBERT BECAUD chanterait aujourd'hui : « L'important, c'est la ruche l'important, c'est la ruche l'important, c'est la ruche, crois-moi » (message à transmettre aux adeptes « socialistes » de la rose.

 

 

Notez bien que j'admire aussi grandement les abeilles, depuis que j'ai accompagné le bossu et charmant Monsieur GUIGON pour prélever les cadres de deux ou trois ruches blotties dans la Garenne, et que je l'ai vu manier la centrifugeuse pour extraire le miel, après la désoperculation. Mais l'idée que les abeilles sont des artistes ne m'aurait pas effleuré si la dame machin n'avait pas parlé à la Süddeutsche Zeitung.

 

 

Je signale en passant qu'on trouve, dans la Déclaration Universelle des Droits de l'Animal (Unesco, 1978), une phrase qui m'a plongé dans des abîmes de réflexion : « Le massacre des animaux sauvages, la pollution et la destruction des biotopes sont des génocides » (article 8). Vous avez bien lu : GENOCIDES. Ça, c'est pour ceux qui douteraient encore de la toute-puissance des forces de la POROSITÉ. Mais qu'est-ce qu'elle attend, Madame CHRISTOV-BAKARGIEV, pour interpeller la Cour Pénale Internationale ?

 

 

Question du journaliste : « N’y aurait-il rien de spécifique à l’art humain ? – Rien. Rien ou tout [alors là, franchement, il faudrait savoir !]. Vous dites qu’il y a un lien entre une peinture rupestre et un Mondrian parce que vous venez de l’histoire de l’art et non de la physique quantique. Mais quand vous regardez pourquoi les hommes des cavernes peignaient [ah, elle est donc au courant, elle en sait donc beaucoup plus qu'ANDRÉ LEROI-GOURHAN, l'immense patriarche de la paléontologie moderne, qui avouait ne pas très bien savoir], cela ne se différencie pas fondamentalement de la raison pour laquelle l’araignée tisse sa toile ». Mais comment donc !

 

 

Voilà le travail, messieurs-dames ! Vous avez repéré que ce qui m’intéresse ici, c’est « ne se différencie pas ». La prochaine Déclaration à l'ONU proclamera fièrement : « Tous les hommes, tous les chiens, toutes les tomates naissent libres et égaux en droits ». Voici venir la grande équivalence de tout dans tout. Je reconnais que c’est plus facile en présence d’un cas aussi aigu d’EXTRÉMISME POREUX, de FANATISME du PERMEABLE. Et cette dame exerce des responsabilités, heureusement non politiques. Vous imaginez l’Allemagne avec elle, en lieu et place de MERKEL ? C’est sûr que ça serait plus croustillant et folklorique.

 

 

Détail qui ne manquera pas d'intéresser nombre des lecteurs de ce blog, j'imagine que la dame dont je viens de parler appartient à un MOUVEMENT, bien implanté, apparemment, en Allemagne, et basé en France dans la belle ville d'Orléans : le VEGANISME. Non seulement ils sont végétaLiens (sic), mais ils dénoncent TOUS les usages que les humains font des animaux (vêtements, etc.).

 

 

Attention, ça ne rigole pas, chez les « vegans » (ça veut sans doute dire veg-étal + an-imal) : il ne faut pas confondre végétaRien et végétaLien. Ce dernier s'interdit, en plus des oeufs et du lait, le miel (tiens, on parlait pas des ruches, tout à l'heure ?). Oui, le miel. Vous savez, le miel, cette substance vaguement répugnante produite par des pauvres petites bêtes qui volent et qui vont dans les fleurs se charger les pattes d'excréments sexuels (sont on ignore le plus souvent « l'orientation »).

 

 

Pour résumer et conclure cette série de billets consacrée à la SUBVERSION constante de l’ordre établi par la société du NOUVEAU, et à la POROSITÉ de tout par rapport à tout, je récapitule les exemples proposés : porosité du temps (habits du dimanche, lolitas), porosité de l’espace (gadgets numériques procurant un semblant d’ubiquité), porosité du sexe (l’un est l’autre), porosité de la patrie (les frontières), porosité des droits (homme, enfant, animal, plantes), porosité du roman (en est-ce un, oui ou non ?), porosité des barrières d’espèces (homme / animal, homme / plantes) et, pour finir, porosité de l’Art (est-ce de l’art ou de la réalité, du lard ou du cochon, de la chèvre ou du chou ?). Pour parler franchement, je trouve que ce n’est déjà pas mal, comme faisceau de présomptions, comme on dit chez le juge d’instruction.

 

 

Bon, c’est vrai, j’ai opté pour la POROSITÉ. J’aurais pu prendre l’idée de hiérarchie des valeurs, chère à ALAIN FINKIELKRAUT, de son abolition, du nivellement de tout, du relativisme généralisé, mais elle n’était pas libre, elle était invitée partout, à droite et à gauche, et n’avait plus aucune place pour moi dans son agenda. J’ai bien été obligé de me rabattre sur une image moins rebattue. Après tout, ce qui est vertical dans la hiérarchie est horizontal dans la porosité. Ce qui finit par revenir au même. Enfin, à mon idée.

 

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

Cette fois, c'est la fin du feuilleton. So long, pals ! Et portez-vous bien. Et soyez forts.

 

 

 

 

mercredi, 13 juin 2012

DE LA POROSITE DANS LES CATEGORIES

Résumé : après les catégories du temps et de l’espace, on a constaté que la POROSITÉ a atteint la frontière entre les sexes. Voyons à présent si cette porosité fait tache d’huile (la porosité qui fait tache d'huile, ça vaut bien un discours du maire de Champignac, non ?).

 

 

Un autre exemple de ce totalitarisme soft de la POROSITÉ est à trouver dans une immense et impérieuse revendication venue du fond des âges coloniaux et des peuples opprimés, de tout ce qui tourne autour de la revendication du métissage culturel, de la « diversité », de la voix des « minorités », de la créolisation du monde, de la controverse sur le multiculturalisme. Ce sont AMADOU et MARIAM qui chantent : « Ouvrez les frontières, ouvrez les frontières, ouvrez les frontières ». Qu’est-ce d’autre que réclamer une POROSITÉ accrue ? Soyez poreux, les Européens,  devenez POREUX, vous, les blancs !

 

 

Allez, j’aggrave mon cas, et je propose comme exemple un cas extrême : la Déclaration des Droits. Tout le monde a au moins entendu parler de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen. Cela date du 26 août 1789. Dix-sept articles lumineux, simples et précis. Passons sur celle de 1948, qui n’a de différent que son affirmation d’être universelle, quand la première, sans le dire, l’était déjà (elle comporte quand même 13 articles de plus, on sent le juridisme ambiant qui commence son grignotage épouvantablement énumératif, qu'on trouve dans tous les baux de location et les contrats d'assurance).

 

 

Mais mentionnons celle de 1959, celle des « Droits de l’enfant », dont je me demande ce qu’elle apporte de spécifique. Quoi, franchement ? Et que penserez-vous de la Déclaration Universelle des Droits de l’Animal (Unesco, 1978) ? Et de la Déclaration Universelle des Droits des Plantes (authentique) ? Je dirai rien de la Déclaration des Droits de la Femme et de la Citoyenne, rédigée par OLYMPE DE GOUGES en 1791, parce que je me ferais incendier par les féministes.

 

 

Et moi je dis que, pour revenir aux plantes, il serait pour le moins juste et équitable de proclamer solennellement les Droits des Carottes. Et dans la foulée, des Pommes de Terre. Et pourquoi pas des Navets ? Je sens que la Déclaration des Droits va pulluler et surabonder, comme la ’Pataphysique. Elle va régner dans tous les jardins potagers. Vous allez voir, la vie des jardiniers va devenir impossible.

 

 

Vous allez voir, les manifs de poireaux, les choux indignés qui vont aller camper sur de nouvelles « Places Tahrir » pour réclamer. Pour réclamer quoi, on s'en fout. Réclamer, c'est le principe. Les Droits débordent de partout. En France, les Droits suintent, débordent des femmes, des musulmans, des noirs, des homosexuels, des enfants, des animaux (même les cloportes et les limules ?), des plantes (même le lamier amplexicaule, la pulicaire dysentérique et la germandrée scorodoine ?).

 

 

Il faut donc saluer solennellement l'émergence, le surgissement, que dis-je, l'épiphanie des Droits solennels et infrangibles. Je sens que la foule fraternelle des plantes va entourer l'humanité génétiquement modifiée, de toute la tendresse de ses vrilles et de ses inflorescences, de toute la force de son affection végétale, et de toute la sincérité de sa sympathie légumière et autocuite.

 

 

Vous en voulez, d’autres exemples de POROSITÉ ? Je vous propose un petit viron dans la littérature. Qu’est que c’est, un roman ? Et d’abord, qu’est-ce que n’est pas un roman ? Prenez LAURENT BINET, auteur de HHhH (Grasset, 2010), il paraît. Le pauvre bouquin – que je n’ai pas lu –, l’autre semaine, a été mis sur le gril par un savant professeur (PETER TAME), qui a déclaré d'entrée de jeu, lors d’un colloque international (« Après Vichy : l’écriture occupée ») : « Ceci n’est pas un roman ».

 

 

Franchement, je me fous de savoir si le livre mérite ou non d’être appelé « roman ». Ce qui m’intéresse, c’est la plaidoirie présentée par JACQUES LECARME, illustre spécialiste de la littérature française contemporaine, pour le défendre. Il a soutenu que, depuis 1950, le roman était « le lieu de l’indétermination générique et désormais celui de l’hybridation ». « Indétermination générique », « hybridation », je n’en demandais pas tant : n’est-ce pas qu’on est exactement dans ce que j’appelle POROSITÉ ?

 

 

Et je n’ai pas examiné le cas de CHRISTINE ANGOT, d’ANNIE ERNAUX, de MARIE DARRIEUSSECQ, de CAMILLE LAURENS, de PASCALE ROZE (je m’excuse, ces noms de femmes sont les seuls qui me viennent présentement à l’esprit, ah si, tiens, il me vient CLAUDE ARNAUD, le très mauvais auteur d'un livre à succès, Qu’as-tu Fait de tes frères ?), des romans d’un nouveau genre qu’on promeut sous l’appellation d’ « autofictions ». Le problème, avec ceux-là, est double. L’ « autofiction » est-elle du roman ? Et tous les livres de ces gens-là sont-ils des livres pour des raisons autres que le seul fait d'avoir été fabriqués, édités, publiés ?

 

 

Toujours pour creuser le sillon de la POROSITÉ régnante, je reviens sur la question animale. Prenez PASCAL PICQ, un grand spécialiste de l’histoire archaïque de l’humanité (on dit « paléoanthropologue »). Il se demande depuis longtemps en quoi consiste la frontière qui sépare le règne animal (surtout les grands singes, à commencer par les chimpanzés) et le règne humain.

 

 

Or, tout son travail semble consister à brouiller les cartes, les pistes, les lignes. Son idée, pour simplifier et résumer, c’est de repérer ce qui chez le singe fait penser à l’homme, et inversement. La preuve ? Il a publié fin 2011 un livre dont le titre parle de lui-même : L’Homme est-il un grand singe politique ? (Odile Jacob), dans lequel il observe, dans un groupe de singes, ce qui pourrait faire penser à des comportements politiques.

 

 

Parfaitement : politiques. Si PASCAL PICQ voulait que l’échelle des valeurs en usage dans l’humanité soit réévaluée au bénéfice des animaux, il ne s’y prendrait pas autrement. En gros, l'homme n'a rien inventé, et il ne mérite pas tant d'égards. Accessoirement, je fais remarquer que le paléoanthropologue est un adepte de la POROSITÉ des frontières. Remarquez, avec le prion et le H5N1 (vache folle, grippe aviaire souvenez-vous), certaines maladies ont déjà franchi la « barrière entre les espèces ».

 

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

La suite et puis la fin, promis, demain sans faute.

 

 

mardi, 12 juin 2012

POROSITE, DISSOLUTION

Résumé : les parois entre les mots, entre les choses, ne sont plus étanches, ont perdu en consistance, en densité. Elles sont devenues POREUSES. Cela vaut pour la catégorie du temps. Cela vaut aussi pour d'autres catégories.

 

 

Vous en voulez encore un, d’exemple de la POROSITÉ qui nous gouverne ? Après le temps qui n’est plus le temps qui passe, mais celui qui devrait ne jamais passer ou être déjà passé depuis lurette, voici l’espace, je veux dire la négation de l’espace, et plus particulièrement de la distance. A quoi sert cette terrible trouvaille qu'est le téléphone portable ? L’iphone ? Le smartphone ? Le lecteur MP3 ? Mais ça sert tout simplement à ne pas être là où l’on est. De même que la fillette est la femme, l’ici est l’ailleurs. Le temps est sans être. L’espace existe sans exister.

 

 

Ce n’est pas que ça donne l’ubiquité, ça non. C’est juste un paradoxe : l’individu n’est pas où il est. Vous ne trouvez pas intolérable et humiliant, d’être attablé avec un copain, et d’assister au spectacle du copain parti, par la magie de son portable, très loin de vous, dans un ailleurs inaccessible, aussi longtemps qu’il le voudra ? Je trouve ça inamical, voire méprisant. Le téléphone portable réalise le paradoxe en nous permettant de vivre dans l'oxymore.

 

 

La POROSITÉ qui nous gouverne se situe au cœur du verbe être, qui instaure un signe d’équivalence absolue entre ce qui est devant et ce qui vient derrière. Regardez le monde changer de planète, entre le film de 1966 (Un Homme et une femme, CLAUDE LELOUCH), et le film de 1998 (L’Homme est une femme comme les autres, JEAN-JACQUES ZILBERMANN). Je ne parle évidemment que des titres, qui sont avant tout des symptômes.

 

 

Voyez la magie opérée par le passage de la copule (si, si, c'est le mot juste) de coordination et à l’affirmation de l’identité des contraires, par la simple magie du verbe être. N’attendez pas maintenant de moi que je me lance dans une nouvelle diatribe contre les fanatiques qui voudraient bien substituer je ne sais quel « genre » à mon sexe.

 

 

Si vous insistez, je veux bien envisager de faire un effort. En attendant, je me contenterai de redire quelques mots à ces intégristes. Ils voudraient bien convaincre le monde que l’homme est un être 100 % « culturel », intégralement et de A à Z façonné par ses seuls acquis. Que l’homme ne contient plus la moindre parcelle de « nature » innée, sorte d'impureté, de scorie, de déchet qui pourraient lui rester attachés (pour traduire : son sexe physique, anatomique).

 

 

Les adeptes du GENRE voudraient bien que soit réalisé le voeu de BAUDELAIRE, qui faisait de la Nature la matrice de tout le Mal qui fût au monde : « ... la nature n'enseigne rien, ou presque rien, c'est-à-dire qu'elle contraint l'homme à dormir, à boire, à manger, et à se garantir, tant bien que mal, contre les hostilités de l'atmosphère. C'est elle aussi qui pousse l'homme à tuer son semblable, à le manger, à le séquestrer, à le torturer; car, sitôt que nous sortons de l'ordre des nécessités et des besoins pour entrer dans celui du luxe et des plaisirs, nous voyons que la nature ne peut conseiller que le crime. C'est cette infaillible nature qui a créé le parricide et l'anthropophagie, et mille autres abominations que la pudeur et la délicatesse nous empêchent de nommer ». Cela surprend ? C'est dans Le Peintre de la vie moderne. Sois désormais exaucé, CHARLES !

 

 

Au fond, les adeptes du GENRE ne sont que des ayatollahs à la sauce « moderne ». De plus, ils travaillent exactement à accélérer le processus dont je parle ici, le processus de cette POROSITÉ toujours plus marquée entre les contraires, à abolir le pouvoir discriminant de ce qu’on appelle des critères, donc à abolir ( = à interdire), en même temps que les différences, la possibilité du jugement.

 

 

Ils sont les victimes de graves attaques phobiques d’une urticaire morale virulente et géante dès que sonnent à leurs oreilles les mots de « limite », « démarcation », « seuil », « frontière », « cloisonnement », « compartimentation », « séparation », « distinction », etc. En revanche (nonobstant et subséquemment, gendarme Mirliflore), ils se retrouvent à l’aise et baignent dans leur jus quand ils croisent L’Un est l’autre (notez le verbe être), ouvrage bien connu d’ELISABETH BADINTER (1986).

 

 

La logique qui est à l’œuvre dans leur raisonnement est : « Tout est dans tout et réciproquement, parce que tout découle d’une construction sociale, donc d’un arbitraire insupportable qu’il s’agit d’urgence de déconstruire, à commencer par le carcan de l'identité et de la différence sexuelles ». N’est-ce pas, que j’ai bien résumé les thèses de JUDITH BUTLER ? Presque pas de caricature.

 

 

La toile de fond, l’horizon de cette pensée « genriste » (qui n'est qu'une idéologie, une doctrine) n’est rien d’autre que l’homme 100 % artificiel, une « humanité de synthèse », en quelque sorte. Je signale que le grand romancier MICHEL HOUELLEBECQ n’a pas peint un autre tableau quand il a publié Les Particules élémentaires (1998), avec son projet d’espèce humaine génétiquement modifiée et contrôlée, dès lors débarrassée du sentiment, de l’affectivité, et donc inaccessible à toute souffrance morale ou psychologique.

 

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

Allez, vous en reprendrez bien une louche ?

 

 

 

 

 

 

 

lundi, 11 juin 2012

LA POROSITE SUBVERSIVE

Résumé : quand on n’est pas dans la science dure, une vérité qui change n’est plus une vérité. Dans la science, quand la vérité change, c’est qu’elle s’améliore, qu’elle s’approche de l’exactitude par rapport à son objet, même si elle se complique, parce qu’une vérité plus forte remplace une vérité devenue faible.

 

 

Partout ailleurs, pour qu’il y ait une vérité, il faut de la durée. L’idéal étant évidemment l’éternité. Mais voilà, la durée de la vérité s’est raccourcie, le changement impose le nouveau comme autre forme du vrai. Du coup,  la vérité est devenue POREUSE, disparaît dans sa propre précarité, et se laisse contaminer par ce qui n’est pas elle. L’époque actuelle, dans les mœurs, dans les arts, dans les symboles, dans les esprits, s’est mise à évoluer à mort. Pour tout vous dire, l’époque actuelle « change de vrai » comme de chemise.

 

 

C'est ce qui faisait le confort intérieur des esprits, à l'époque de l'absolu de la religion et de la royauté. Mais, tel Zorro, « EINSTEIN est arrivé sans se presser », et il a mis sur le trône la relativité généralisée. Si quelque chose de vraiment vrai, c'est-à-dire d'éternel, avait pu exister auparavant, c'en était définitivement fini. Car si le vrai n'est pas éternel, c'est qu'il n'est pas vrai, qu'il en porte le masque, pas plus. Qu'il y a d'autres vrais, une pluralité de vrais, de la concurrence entre les vrais. Allez savoir à quel vrai vous avez affaire. On ne sait plus à quel vrai se vouer, mon pauvre monsieur.

 

 

Au point que le changement n’a plus du tout besoin de vrai pour être une valeur en soi. Si ça change, c’est qu’il y a  une bonne raison pour cela, de même qu’ « il n’y a pas de fumée sans feu ». Si ça change, c’est que ce qui est remplacé devait donc être remplacé (et jeté à la poubelle, ou vendu pour presque rien dans un vide-grenier).

 

 

Et l’on s’étonne que les gens soient paumés, et qu’ils aient perdu tout point de repère. C’est le refrain « de mon temps », que j’ai entendu très récemment au grand vide-grenier de la Croix Rousse, dans la bouche d’un monsieur assez âgé, un tantinet exalté, fils de tisseur et ancien propriétaire d’une auto-école, qui vendait des épingles de cravates anciennes. Je me suis éloigné ostensiblement, sans ça, j’y serais encore. « De mon temps, disait-il en substance, il y avait des points de repère,et ce qui était noir n’était pas blanc ».

 

 

Le brave homme n’avait pas complètement tort, en dénonçant les tenues des passants et des exposants, et en les qualifiant de « débraillées ». C’est vrai que les gens n’ont guère aujourd’hui le souci de la qualité de leur « toilette » (mot désuet), et ce n’est pas un problème d’argent. C’était, à sa manière, un éloge de la paroi étanche qui séparait il n’y a pas si longtemps (qu’est-ce que c’est, cinquante ans ?) le dimanche des autres jours de la semaine.

 

 

On se demande quel hurluberlu, aujourd’hui, aurait l’idée bizarre de s’ « habiller en dimanche ». Si, c’est vrai que, plusieurs dimanches de suite, dans le métro, j’ai vu un noir, très grand et très mince, qui tenait religieusement une bible à la main. Disons que, rien qu’à sa façon de la tenir, on voyait qu’il était dans un moment d’intense piété.  

 

 

Eh bien, il était tiré à quatre épingles, costume impeccable, chemise très blanche, cravate, chaussures méticuleusement cirées. Il rejoignait sans doute son assemblée de fidèles, son pasteur, son temple. Mais c’est une exception. La plupart des gens négligent leur apparence vestimentaire, y compris le dimanche.

 

 

Voilà un tout petit exemple de la POROSITÉ qui a gagné nos vies dans la multiplicité de ses aspects. Les parois qui séparaient le dimanche des six autres jours, l’un et l’autre, le même et le différent, qui délimitaient le sens des mots, ont perdu en consistance, en épaisseur, en densité.

 

 

Vous voulez un autre exemple ? Tiens, prenons les âges de la vie, de l’enfance à l’âge mûr. Ne parlons pas du désir de jeunesse et de l’envie de plaire d’une femme, disons « après le retour », vous savez, quand les glandes commencent à se tarir et sécher, une femme qui, pour cela, va couvrir son corps et son visage du masque épouvantable d’un âge qui l’a désertée. N’en parlons pas, parce que c’est trop triste.

 

 

Parlons de ces nombreuses mères de famille qui meurent d’envie de donner à leur propre fille, dès l’âge de 8 ou 10 ans, toute l’apparence d’une femme fatale, d’une séductrice, d’une – comme on dit – « Lolita » (quel archétype a inventé là VLADIMIR NABOKOV ! Quelle prescience ! C'est si rare, un nom propre qui devient un nom commun. Chapeau l’artiste !), parfois aidées en cela par des poussées hormonales précoces très à même d’entretenir la confusion. J’appelle ça la POROSITÉ des âges. Il y aurait d’autres exemples (adolescence prolongée genre Tanguy, infantilisme des adultes et des parents, etc.).

 

 

Je ne sais plus dans quelle émission d’une nommée MIREILLE DUMAS regardée par hasard, j’avais assisté à la mise en scène de la petite, fardée et accoutrée en pute (il n’y a pas d’autre mot), et j’y avais trouvé quelque chose de tragique. L’idée, c’est que dans la fillette, même prépubère (mot qui veut dire « avant les poils », pour ceux qui n’ont pas fait de latin), il y a déjà la jeune fille, la belle adolescente, presque la jeune femme. Pour un peu, on la verrait bien en mère. Et je dis : pourquoi pas en mère-grand ("comme vous avez de grands yeux, mademoiselle !") Disons que c’est une invitation à l’inceste et au viol, et n’en parlons plus.

 

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

Allez, on va encore jouer les prolongations.

 

 

dimanche, 10 juin 2012

NOUS, ON VEUT CHANGER DE VRAI !

Résumé : nul ne saurait résumer la fin du monde.

 

 

Ne lâchez pas la truelle : nous allons passer notre temps à tenter de reconstruire quelque chose d’humain et de vivable, pendant que les secousses sismiques continueront, s’accentueront, s’aggraveront, et fendilleront les murs à mesure que nous colmaterons les brèches. Nous allons y passernotre temps, à colmater les brèches. Nous allons passer notre temps (nos loisirs ?) à édifier les belles ruines d’un monde qui s’auto-détruit.

 

 

Le tremblement de terre qui a détruit une bonne partie de Port-au-Prince le 13 janvier 2010 doit être considéré comme une métaphore. La destruction des palais et cathédrales historiques d’Emilie-Romagne, ces tout derniers temps, doit être considérée, sinon comme une punition du ciel (Dieu nous en préserve !), du moins comme une métaphore de quelque chose qui pourrait se formuler : « une civilisation en fin de vie ».

 

 

Pensez au fait qu’au Brésil, la protection de la forêt d’Amazonie est le cadet des soucis de la plupart des gens, préoccupés par l’accession de leur pays au statut de « pays développé » (à coups de cultures OGM, évidemment, et de destruction de la forêt, avec transformation subséquente de tout le sol en latérite, qui est une sorte d’argile cuite au four, sur laquelle il va être un peu difficile de faire pousser quoi que ce soit), revanche sur l’époque d’une évidemment infâme colonisation. Je vais vous dire : les gens qui parlent encore aujourd’hui de néo-colonialisme se fourrent le doigt dans l’œil jusqu’au trou du cul. Et j'espère que ça leur fait mal.

 

 

La secousse sismique est devenue la base de notre civilisation, la mère de nos « points de repère ». Je vais vous dire : les « points de repère », chacun a intérêt à les garder pour soi, s’il ne veut pas que le NOUVEAU les rende bientôt obsolètes. Nous vivons, il faut le savoir, sous la dictature du NOUVEAU. Or, il faut le savoir, le NOUVEAU, quand ça vient à son heure, c’est globalement bienvenu, cela comble un besoin qui commençait à se faire sentir.

 

 

Mais quand le nouveau devient la LOI ? Comment voulez-vous vous en sortir ? Vous étouffez sous l’exigence. Soyez nouveaux ! Faites du nouveau ! Impossible. Toujours ce slogan marxiste : « Du Passé faisons table rase ! ». Les semelles des fils doivent écraser jusqu’à l'ombre de la silhouette des pères. L’oubli du passé préside au passage de témoin. Veut dire qu’il ne saurait plus y avoir de passage de témoin. Fini, la transmission.

 

 

Du coup, chacun est renvoyé à soi-même, sans avant et sans après, individu perdu au milieu de 7 milliards d’autres individus perdus, dans un présent perpétuel en train de vibrionner dans tous les sens. Et le présent perpétuel, c'est exactement le séisme. Le flux de l'eau en train de couler, si vous préférez, quoique l'image soit moins exacte. La secousse sismique est devenue un mode de vie : on s’habitue à tout. Enfin, c'est ce que j'ai entendu dire. Mais il n’est pas sûr qu’on s’habitue à ce qui vient.

 

 

Et ce qui vient, c’est quoi, exactement ? Pour parler franchement, je n’en sais pas vraiment quelque chose. Ce sont des impressions, des perceptions, des réflexions. Mais je crois qu’on peut les résumer dans une revendication, la grande revendication du temps, que je propose de formuler de la manière suivante : « Non, les choses ne sont pas ce que l’on croit qu’elles sont. Elles peuvent aussi être leur CONTRAIRE ».

 

 

C’est ce que j’appelle, dans mes bons jours, la « migration des définitions ». Je pourrais aussi bien appeler ça l’abolition de la définition. Mais on pourrait aussi bien appeler ça la POROSITÉ des définitions. On n’a pas idée de ce que tout est devenu poreux. Les choses en ont marre, de la délimitation du sens des mots. Il y en a marre des frontières, des parois étanches, des séparations, des cloisons, des compartiments. Disons-le carrément : il y en a marre des différences. Plongeons, joyeusement ivres, dans la grande méga-fusion de tout dans tout.

 

 

 C’est vrai, quoi, si les mots signifient quelque chose de stable, où va-t-on ? Il y en a marre de la dictature de la définition. Qu’on se le dise, 1 – les définitions sont des frontières, 2 – or les frontières sont une image du Mal (mais RÉGIS DEBRAY dit le contraire dans Eloge des frontières), 3 – donc il faut se débarrasser des définitions. C’est très logique. Cela s’appelle même un syllogisme (majeure, mineure, conclusion).

 

 

Dans les anciens temps, pour que quelque chose soit reconnu pour vrai, il fallait laisser passer une certaine durée. Disons même la plus longue durée possible. Franchement, c’est du bon sens : si on est constamment obligé de changer de « vrai », il y a de quoi être vite perdu.

 

 

Le « vrai » qui change, ce n’est pas forcément du faux, mais avouez qu’il y a de quoi douter de la solidité. La vessie est peut-être une lanterne, allez savoir. Et nous, aujourd’hui, on n’arrête pas de changer de vrai. Ce que le faux penseur de la modernité qui a nom GILLES LIPOVETSKI a fait mine d’appeler L’Empire de l’éphémère. Mais il n'a peut-être pas aussi tort que je fais mine de le croire.

 

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

Allez, c'est encore à suivre, désolé.

 

 

samedi, 09 juin 2012

SUBVERSION ET SOCIETE

Résumé : ceux qui parlent, au sein même des Temples de la Culture, de culte de la Transgression, de la Subversion, de deux choses l’une, sont des menteurs ou des imposteurs. Il est désormais impossible de subvertir quoi que ce soit (l’ordre établi, les valeurs, la société, …), pour la bonne raison que la marche du monde est réglée précisément par la subversion. Le moteur du monde est désormais la subversion permanente. En vérité, mes bien chers frères, je vous le dis, les forces de la déstabilisation de tout, elles sont à l'oeuvre, et je ne vois pas ce qui pourrait les contrecarrer.

 

 

Nous vivons donc dans une société (un monde, un système de valeurs, enfin, ce que vous voulez, rien n’est à l’abri) qui se subvertit elle-même en permanence. Même ce qui semble se maintenir solidement à la barre de son existence, voit sa solidité menacée.

 

 

La preuve ? C’est que l’humanité dispose aujourd’hui d’une armée innombrable d’experts, dont le métier est d’expliquer sans cesse, jour après jour, à cette humanité, comment elle change, au moment même où elle change. Des experts qui se font fort de dire à l'humanité, dans les détails, en quoi elle est en train de se transformer, au moment même où elle est en train. 

 

 

Et des experts qui sont à l'affût de tous les moindres battements de cils des yeux qu'ils sont payés pour observer. On ne prête pas plus d'attention aux battements des cils qu'à ceux des ailes de papillons, alors qu'ont sait que, peut-être, des ouragans risquent d'en sortir.

 

 

Une armée innombrable d'experts qui produit des armées de discours supposées éclaircir, débrouiller, décrire, rendre intelligible, traduire, élucider, faire comprendre, interpréter. Ma parole, c’est un vrai déluge de toutes les lumières savantes qui nous débaroule sur la comprenette, pour que nous puissions continuer à avancer dans le tunnel. Il faut dire que le tunnel, il se fait de plus en plus obscur. Il n'est pas sûr que ce Niagara d'élucidation ait des chances d'élucider quoi que ce soit.

 

 

Qu’est-ce qu’il y a comme troupes d'éclaireurs professionnels, dans cette armée ? Très simple : toutes sortes de métiers se côtoient, s’entrecroisent, voire se contredisent dans le panier des « crabes éclairés ». Attention, ça se bouscule au portillon (ah, le joli temps des portillons, dans le métro parisien, vous vous souvenez ?!).

 

 

Dans le panier de crabes, vous avez - le philosophe, - l’économiste, - le physicien, - le médecin, - le sociologue, - l’architecte, - le politologue, - le géostratège, - le biologiste, - l’ethnologue, - le chimiste, - l’anthropologue, - le généticien, - le musicologue, - le spécialiste du monde arabe (GILLES KEPEL), - le spécialiste des fonds marins, - le spécialiste de la communication, - le climatologue, - le professeur de finances, - le trader repenti, - le pharmacologue, - le criminologue, - le psychiatre, - le juriste, - le juriste constitutionnaliste (qui n'est pas tout à fait la même chose), - le statisticien, - le démographe, - l’historien, - l’urbaniste, j’arrête là, bien que j’en oublie une foule d’autres. 

 

 

 

Franchement, vous croyez qu'il y aurait besoin de cette invraisemblable cargaison de gens savants, si la population (je n'ai pas de mot plus précis) n'avait pas besoin qu'on lui décrypte en temps réel le mouvement infernal du monde, dont le paysage semble changer sous ses yeux à tout instant ? Un monde qui bouge à ce point, je suis désolé, on ne peut plus appeler ça « évolution ». L'évolution, n'en déplaise à DARWIN, c'est fini. Aujourd'hui, c'est le jeu de boules, et en trois dimensions, s'il vous plaît, messieurs-dames.

 

 

Soit dit par parenthèse, peut-être que ce Niagara d'explications, bien loin d'éclaircir quoi que ce soit, obscurcit encore les choses, comme une sorte de déesse aux cent bras, dont chaque main ignorerait ce que font les 99 autres. Allez faire coïncider, par exemple, l'analyse de l'économiste, qui ne voit de salut que dans la croissance, avec la grille de lecture du climatologue, qui attribue la production de CO2 et de CH4 (méthane) dans l'atmosphère, aux activités économiques ? Fermez la parenthèse.

 

 

 

Car il faut voir dans cette gravissime instabilité de tous les points de repère, dans la férocissime remise en question de tous les critères de jugement, un effort de SUBVERSION généralisée. Un effort certes anonyme, un effort certes abstrait de la structure qui organise notre monde, nos idées, nos vies. Mais de la subversion quand même. Or, dans mon dictionnaire, l'idée qui découle de la subversion, c'est la destruction. 

 

 

Dans les sociétés que nous appelions, faute de mieux, primitives, la moindre anicroche imprévue, le moindre incident inattendu, le moindre événement inconnu (l’arrivée d’un étranger, par exemple) étaient dangereux pour l’ordre établi dans le groupe, pour la raison qu’ils étaient NOUVEAUX, inconnus, et qu’en tant que tels, ils faisaient courir à toute la société un risque de désordre, voire de dissolution. Il fallait de longs palabres pour que le fait nouveau soit rendu inoffensif avant de pouvoir être intégré au code, et que le fonctionnement de la société redevienne harmonieux. Ce n’était pas un « paradis », mais il est quand même perdu, puisque nous avons réussi à faire disparaître tous les « primitifs ».

 

 

On parle complaisamment, chez nous, de la « perte des repères » (tout se perd (et reperd), mon bon monsieur, de mon temps c’était pas comme ça, il leur faudrait une bonne guerre, etc.). Oui les enfants, c’est fini, le maire, l’instituteur et le curé, les trois piliers du village. Il ne reste plus que les piliers du bistrot de la place. Et bientôt, les lois hygiénistes et policières (tabac, alcool) auront même éliminé le bistrot de la place. Comment voulez-vous que le quidam ordinaire s'y retrouve ?

 

 

 

Les parents ne sont plus des parents, les enfants ne sont plus des enfants, les hommes ne sont plus des hommes, les noirs ne sont plus des noirs, les familles se recomposent, les demi-frères ont vachement envie de baiser leurs demi-sœurs adoptives (Mouler-Démouler, CLAIRE BRETECHER). Les points de repère se sont dissous. Les gens qui s'exclament très fort que le monde a connu de grandes révolutions depuis soixante ans ont le seul tort de ne pas mettre le bon mot sur la chose. SUBVERSION, je vous dis.

 

 

Oui, la déchristianisation (amorcée au 18ème siècle) a commis les premiers ravages parmi les « points de repère ». La Révolution et la tête de LOUIS XVI ont poursuivi dans la même direction. Tout ce qui paraissait ABSOLU (principe de l’autorité politique, de l'autorité religieuse, qui, qu'on le veuille ou non, unifiaient), est devenu RELATIF, discutable, et donc essentiellement labile, instable, précaire et versatile. Qu'est-ce qui échappe aujourd'hui à la grande relativisation des choses, des valeurs ? Dites-moi un peu, pour voir. Oui, le désordre nous gouverne.

 

 

Le Romantisme (avec tous les « -ismes » des avant-gardes qui n’ont cessé de naître, mourir et renaître ensuite) et les « progrès » de l’Industrie ont instauré un nouveau principe : le NOUVEAU comme principe. Jamais le temps de l’ « imparfait » n’a aussi bien porté son nom : ce qui est passé est devenu dépassé. Nous sommes assis sur un tremblement de terre esthétique, moral, intellectuel. Est-ce trop hasardeux d’affirmer que c’est toute la civilisation qui subit un tremblement de terre permanent ? Et un séisme RÉEL ?

 

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A QUOI ÇA TIENT, QUAND MÊME !

 

Sinon, pourquoi nous bassinerait-on avec les ponts-aux-ânes de l'époque présente : il faut s'adapter, le monde change, la course à l'innovation, la compétition internationale, le nouvel ordre mondial et autres calembredaines et billevesées purement virtuelles ? 

 

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

A suivre, dans quelques jours, avec quelques exemples un peu plus précis, je le jure sur la tête de mon éléphant en plomb.

 

 

 

mercredi, 06 juin 2012

EURO URGENCE

Je glisse ce billet impromptu parce qu'il faut très vite diffuser la vidéo de cette conférence de MYRET ZAKI et ETIENNE CHOUARD, pour faire connaître à tout le monde les vrais ressorts de la guerre de l'euro qui est en train de se livrer, et qui a bien des chances de ruiner l'Europe. Attention : ça dure deux heures et demie. Mais ça en vaut la peine !!! Le titre exact est "L'Etat et les banques : les dessous d'un hold-up historique". C'est du brutal. Pour ceux qui n'ont pas le temps, n'allez pas jusqu'à l'intervention de ETIENNE CHOUARD, un peu trop exalté à mon avis, et concentrez-vous sur le quart d'heure de MYRET ZAKI. A mon avis, PAUL JORION lui-même est dépassé. C'est dire où on en est.

 


DE LA SUBVERSION EN MILIEU CULTUREL

 

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N'EST-CE PAS QUE C'EST DERANGEANT ?

 

Vous avez entendu, le critique de théâtre enthousiaste, qui chantait les louanges de tel spectacle en Avignon où des acteurs pissaient sur les premiers rangs de spectateurs : « Quel sens admirable de la transgression ! » ? Vous l’entendez, le critique de cinéma, encore terrassé par la violence des émotions ressenties lors de la projection de Crash : « Jamais on n’avait osé aller si loin dans l’ébranlement des conventions ! » ? Et de louer dans la foulée le pouvoir de subversion exercé par  l’œuvre.

 

 

Dans quelque direction de la « création culturelle » que vous tourniez votre regard, c’est à qui s’extasiera de la façon la plus spectaculaire et bruyante face au « bouleversement de tous les codes », face aux « infractions radicales ». C’est à qui criera au génie (forcément dérangeant) d’un DAMIEN HIRST (l’homme au crâne humain orné de plus de 8000 diamants), d’un JEFF KOONS (l’homme qui copulait en photo avec la CICCIOLINA, mais aussi l’auteur de l’outrage d’aspect gonflable fait à Versailles, à l'invitation de Monsieur JEAN-JACQUES AILLAGON). Il paraît que ce sont eux qui font la révolution.

 

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Enfin bref, le commentaire obligé, aujourd’hui, dès que l’on parle de peinture, d’art, de musique, de danse, de théâtre, de cinéma, de tout ce que vous voulez qui soit de la « création esthétique », c’est la couronne de laurier tressée autour de l’auguste tête de l’artiste qui saura se montrer le plus « subversif », le plus « révolutionnaire ». « Défilé de mode révolutionnaire, je vous reçois fort et clair. Parlez. » Je ne sais pas si vous avez remarqué : si un artiste n’a pas l’ambition d’être SUBVERSIF, il est catalogué comme intolérablement conformiste.

 

 

Les mots sacrés que tout ce monde a à la bouche sont SUBVERSION, TRANSGRESSION. Tout, dans ce monde, n’est que DESOBEISSANCE et INSOUMISSION. Pour un peu, c’en deviendrait presque drôle. Surtout quand on regarde la définition du mot « subversion » : « action de renverser l’ordre établi ». A entendre les LAURE ADLER, les FRANÇOIS ANGELIER, enfin tous ceux qui confisquent à leur seul profit le rôle de « prescripteurs culturels », l’ordre établi ne cesse d’être renversé, badibulgué, mis cul par-dessus tête.

 

 

Bref : guillotiné. Les multiples  expressions artistiques contemporaines ne cessent, jour après jour, de séparer le corps du roi Louis XVI de sa tête et d’instaurer un « ordre nouveau », destiné à régénérer l’homme social : « Après le Piss Christ d’ANDRÈS SERRANO, vous serez des hommes neufs ». La règle observée par ces gens, en la matière, est importée tout simplement de l’intégrisme bolchevique le plus pur : « Du passé faisons table rase », chantent ces enfants de chœur d’un nouveau genre. 

 

 

A les entendre, tout ne serait, dans tous les « événements culturels » qui se produisent, que 11 septembre 2001, tsunami de Sumatra de 2004, tsunami du Japon de 2011, tremblements de terre d’Italie de 2012. Les colonnes de nos temples de la Culture, à force de vaciller sur leurs bases à cause des sols successifs qui se dérobent sous elles, devraient être par terre depuis belle lurette. « Etonnant, non ? », comme disait PIERRE DESPROGES dans La minute nécessaire de Monsieur Cyclopède.

 

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Oui, on est étonné qu’il subsiste, de l’ordre établi (forcément honni), vaille que vaille, autre chose et davantage que deux ou trois pierres l’une sur l’autre. Normalement, avec toutes les destructions qu’il a subies, l’ordre établi (forcément détesté et détestable), jour après jour, sous les coups de boutoir de tous les héros (« sublimes, forcément sublimes », comme disait MARGUERITE DURAS, jadis, à propos d’un crime) de la subversion artistique du monde, nous devrions normalement nous retrouver comme les survivants de Dresde au soir du 15 février 1945 après le bombardement de la ville par les Forteresses volantes B 17 de l’USAF et les Avro Lancaster de la RAF (15.000 morts).

 

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Nous devrions être devant un paysage intégralement détruit. Or il n’en est RIEN. Toute la société désespérément ancienne est restée désespérément DEBOUT (enfin, c’est l’impression qu’on a). Je pose la question :

 

« Comment se fait-ce ? »

 

 

Réponse demain.

 

 

Voilà ce que je dis, moi.

vendredi, 27 avril 2012

LA BÊTISE FEMINISTE

MARIE DARRIEUSSECQ écrit des livres. Elle a commencé par Truismes en 1996. J’avais lu ça, en son temps. Pas franchement mauvais, pas épastrouillant non plus.

 

 

Tiens, à propos d’ « épastrouillant », savez-vous que le mot se trouve dans A la Recherche du temps perdu ? On le trouve à la page 892 du tome III, dans la collection de La Pléiade. Mais attention, la première Pléiade, l’édition de PIERRE CLARAC en trois volumes, pas celle de JEAN-YVES TADIÉ, en quatre volumes. 

 

 

Notons en passant que, d’une édition à l’autre, La Recherche a vu doubler son embonpoint (bondissant de 3558 à 7408 pages), à cause des bondieuseries de sacro-saintes « notes et variantes », pondues très sérieusement et très laborieusement par des universitaires cavernicoles et binoclards, dont on se demande ce qui les pousse à allonger à ce point la sauce, vu la maigreur squelettique de la rémunération qu’ils en tirent. La gloire, peut-être ? A moins que ce soit l’idéal ? Autre hypothèse : ça fait bien sur un Curriculum Vitae.

 

 

Je reviens à la petite DARRIEUSSECQ. Son histoire de transformation en truie (c’était une coiffeuse, si je ne me trompe) était somme toute assez mal bâtie. Rien à voir en tout cas avec La Métamorphose de FRANZ KAFKA, qui se déroule à une altitude pour le moins métaphysique, totalement inaccessible à la petite MARIE (comme dit la chanson : « La petit'Marie M'avait bien promis Trois poils de ... Pour faire un tapis »).

 

 

Si je me souviens bien, il n’y avait, sur le plan romanesque, presque aucune interaction entre les mutations physiques de la fille et les gens de son entourage. Un vrai défaut de conception. Un vice de forme, quoi. Mauvais signe, pour un « écrivain », je trouve. Et puis, la fin, avec la libération de tous les cochons et leur fuite dans la nature, c’est quand même ce qui s’appelle « finir en queue de poisson », non ?

 

 

La petite DARRIEUSSECQ a réussi à s’introduire dans une certaine intelligentsia parisienne. Visiblement, elle sait y faire, puisqu’après avoir un peu pompé un livre autobiographique de CAMILLE LAURENS, elle a réussi à l’évincer des éditions POL, PAUL OTCHAKOVSKY-LAURENS ayant pris parti pour elle dans la bisbille, que la deuxième avait, hélas pour elle, rendue publique. Je ne dis pas pour autant que CAMILLE LAURENS est un véritable écrivain, qu'on se rassure.

 

 

Aux dernières nouvelles MARIE DARRIEUSSECQ est parvenue à recycler une pointe de sa plume devant un micro de France Culture, où elle lit hebdomadairement un papier en général incolore, inodore et sans saveur, couleur de muraille, c'est-à-dire digne de passer inaperçu, parfois non dénué cependant d’une modeste pertinence, et d’une voix, comment dire, sans caractère. mais sans aucun caractère. Une voix d’une platitude parfaite et présentable. Les malveillants diront que la forme est conforme au fond. Dont acte.

 

 

Qu’est-ce qui lui a pris, l’autre jour, d’aller chercher des poux dans la tête d’une publicité ? Et quelle publicité ? Une invitation à aller faire de la randonnée dans le Jura. On se demande vraiment ce qui lui a pris d’aller y dénicher du sexisme.

 

 

Il faut vraiment que « les chiennes de garde » n’aient plus rien à se mettre sous les crocs et regrettent le beau temps où elles pouvaient se les aiguiser sur les mollets de DOMINIQUE STRAUSS-KAHN, en se déchaînant contre ses fureurs sexuelles. Ah oui, c’était un bon « client ». C'était le bon temps, en quelque sorte. Le venin coulait tout seul, ça venait bien.

 

 

Qu’est-ce qu’elle dit, cette publicité ? On peut voir le spot de 10 secondes sur internet (tapez "jura publicité") : « Tu veux des rencontres ? Vivre une aventure ? Goûter mes spécialités gourmandes ? Alors viens chez moi. Hmmm ! Je suis le Jura. Rejoins-moi sur jura-tourisme.com. Je t’attends ». Voilà, c’est tout. Enfin presque. Le message est comme susurré à l’oreille par une voix féminine qu’on peut trouver sensuelle (mais sensuelle comme une voix synthétique).

 

 

Dernier détail : comme c’est un message radiophonique, pas d’image. Mais le spot, sur internet, se déroule sur fond de photo de paysage verdoyant : un charmant village au pied d’une belle falaise, à l’entrée d’une vallée resserrée. Je suggère à MARIE DARRIEUSSECQ d’aller au bout de son obsession, et d’interpréter (au secours, la psychanalyse !) le paysage présenté comme le pubis offert d’une femme étendue sur le dos, où le promeneur est invité à pénétrer. Comme ça, le tableau sera complet.

 

 

Blague à part, cet aspect n’était sans doute pas absent des cogitations publicitaires quand il s’est agi de choisir la photo. Ce serait d’ailleurs fort intéressant, d’assister à ce genre de séance de « brain-storming », où l’on traduit des désirs subconscients en signes visuels précis, le plus connu étant la forme en V dans les affiches mettant en scène des femmes (deux doigts ouverts sur une épaule nue, par exemple).  

 

 

Voilà donc le message qui fait dresser les féministes sur leurs ergots, flamberge au vent, outrées que la publicité utilise une fois de plus impunément le corps des femmes (donc elles ont bel et bien identifié le pubis) pour vendre des produits ? Elle est là, la bêtise féministe. D’abord faire de la publicité à une publicité, bien sûr. Ensuite, monter en épingle un message somme toute bien anodin. Enfin, se tromper de cible.

 

 

Qu’y a-t-il dans ce message ? Une pute qui vend ses charmes, un point c’est tout. « Tu viens, chéri ? », c’est du racolage actif. Mais que fait la police ? Mais que fait SARKOZY, serait-on en droit de demander ? Mais des racolages comme ça, c’est à chaque instant, partout qu'on en voit. S’en prendre à cette pub-là, parmi cent mille autres, ce n’est rien d’autre, finalement, qu’une lubie.

 

 

Le problème ? C'est le problème que les féministes ont avec le désir masculin. Mais quel homme n'a pas un problème avec son propre désir ? Peut-être les féministes doctrinaires ont-elles un problème avec le désir féminin ? Peut-être, finalement et en fin de compte, les féministes doctrinaires ont-elles un problème avec le désir? En soi ?

 

 

Tout le monde a un problème avec le désir. Le féminisme constitue une des techniques pour y parvenir. Ce n'est pas donné à tout le monde, d'exprimer ça par un symptôme.

 

 

L’obsession victimaire d’un certain féminisme fait oublier à ces dames que la publicité est par nature perverse. Par nature, la publicité pervertit les signes, elle fait feu de tout bois pour attiser le désir (le premier étant sexuel), qu’elle met en scène dans des formes, couleurs, etc. qui objectivent en termes visuels les phénomènes qui se produisent à l’intérieur de la bouilloire humaine.

 

 

Il faut bien se convaincre que, pour vivre, la publicité fait les poubelles. Que la publicité se nourrit exclusivement des déchets de la civilisation. Des crottes de l'imaginaire humain. Que la publicité est l'inverse de la civilisation, puisque son boulot est de sublimer de vulgaires objets, de simples marchandises.

 

 

C’est en soi que la publicité serait à dénoncer.  Et les hommes devraient autant s’insurger que les femmes. Ce n’est pas pour rien que, dès les années 1960, la revue Hara-Kiri (dont l'équipe était constituée d'hommes, presque exclusivement) clamait à tous les vents : « La publicité nous prend pour des cons. La publicité nous rend cons ». J’ajoute qu’elle n’a peut-être pas tort de le faire, vu les performances de notre système éducatif. Passons.

 

 

MARIE DARRIEUSSECQ a donc perdu une belle occasion de se taire. Franchement, vous voulez que je vous dise ? Dans la publicité Jura, il n’y a pas de quoi fouetter une chatte, fût-ce dans le cadre d’une Pospolite Castigatrice, réunie, conformément aux statuts, par le Vice-Curateur du Collège de ’Pataphysique (n'oublions pas l'apostrophe, obligatoire depuis Faustroll).   

 

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

mardi, 17 avril 2012

QUE C'EST BEAU, UNE CARABINE !

De là vient sans doute mon attrait pour les armes à feu en général. Dans le placard du grenier, parmi d’autres objets abandonnés, il y avait par exemple une boîte en carton assez déglinguée. Dans la boîte, un curieux objet en bois de forme allongée, mince d’un côté et muni, de l’autre d’une sorte de couvercle monté sur charnières, et qu’on ouvrait en appuyant sur un bouton-pression à la surface quadrillée. Quelque chose dépassait du couvercle, à travers un orifice minutieusement ménagé : c’était la crosse.

 

 

Le pistolet s’extrayait aisément de cet étui. Pas n’importe quel pistolet : un Mauser C 96, calibre 7,62, sans doute rapporté par le grand-oncle général, à son retour d’Allemagne en 1945. Seul dans le grenier, je jouais avec l’arme – je  ne m’en vante pas, je raconte juste, j’avais douze ou treize ans – à tirer la culasse vers l’arrière, dans un bruit complexe, à constater l’absence de munitions, à la relâcher, à actionner la détente. J’ai encore dans l’oreille le bruit métallique, très sec, produit par le chien se rabattant.

 

 

 

MAUSER PIST.jpg

 

Où est aujourd’hui cet objet ? Mystère. C’était une arme d’autant plus fascinante que, fixée par une rainure métallique à la crosse du pistolet, l’étui devenait la crosse très commode d’une carabine puissante. Bref, on a les jeux qu’on peut, quand on est gamin.

 

 

Oui, je l’avoue, je trouve de la beauté dans une belle arme. Qu’on le veuille ou non, l’homme a investi dans la conception d’un mécanisme savant autant d’ingéniosité qu’un graveur a mis à rendre, sur sa plaque métallique la complexité du dessin d’un artiste. Tout ça pour dire que mon goût pour les armes à feu, c’est d’abord une question d’héritage.

 

 

Tiens, à propos d’héritage, cette carabine « PAUL REUSS », du nom d’un artisan installé à Stuttgart (encore un butin de guerre, dira-t-on), au calibre invraisemblable (8,15 x 46 R), il n’est pas beau, son mécanisme à bloc basculant et levier de sous garde ? La détente, si je me souviens bien, était difficile à régler, il fallait se méfier, elle était sèche.  

 

 

La plus belle, cependant, était sans conteste une carabine « Mannlicher-Schönauer » de calibre 8 x 60 magnum, arme autrichienne de très belle facture, avec son fût long orné à son extrémité d’une meule de bois de chamois. Elle comportait un barillet intérieur façonné de manière extraordinaire. Avec celle-là, on a intérêt à avoir une épaule solide.  

 

 

Bref, j’arrête sur le sujet. D’autant plus que je ne suis pas collectionneur, et que toutes ces armes ont disparu dans la nature lors d’un cambriolage resté comme un traumatisme familial. Envolée, l'armurerie. Envolés, les tableaux. Mais bon, je ne veux pas remuer.

 

 

Inutile de dire que je ne m’étais pas privé de m’en servir abondamment auparavant, de ces deux armes. Et que j'ai passé de longues heures à les démonter et à les remonter minutieusement, ce qui m'a permis de me familiariser avec leur habileté de conception, la qualité de leur fabrication, et finalement la beauté de la chose. 

 

 

A ce sujet, je ne comprends pas les gens qui collectionnent des armes dites « démilitarisées », c’est-à-dire dans le canon desquelles on a foré des trous pour être sûr d’éviter les tentations. Cela me fait penser aux tribulations d’Octave, dans l’Armance de Stendhal : il est amoureux de sa cousine, mais il refuse de l’épouser, car il serait alors obligé d’avouer qu’il est impuissant. La honte. Stendhal appelait cela, à l’italienne, le « babilanisme ». Quelle femme aimerait un eunuque ?

 

 

Je reviens à la chasse, pour un souvenir particulier, situé dans la plaine de la Bourbre, entre les « marais » et la « garenne ». A l’époque où il y avait des grives en abondance (c'était avant les pesticides et autres friandises), les hommes, en fin d’après-midi, s’alignaient à distance les uns des autres, sur la « route du haut », dos à la « garenne », attendant que les oiseaux, s’étant désaltérés dans la rivière, viennent s’abriter dans le bois touffus pour la nuit.

 

 

C’est un coup à prendre, ce n’est pas très difficile : l’oiseau arrive dans votre direction, en ligne droite, il suffit de tirer un peu devant lui pour toucher. Ensuite, c’est aux chiens de se débrouiller. Il n’y a pas beaucoup de viande, sur la grive, mais c’est absolument délicieux. Mais que ce soit un lièvre, un faisan ou une grive, attention aux petits plombs, quand vous dégustez.

 

 

Je ne m’attarde pas sur le grand-oncle, chasseur infatigable devant l’éternel, qui montait à l’assaut du coq de bruyère sur les hauteurs dominant Champagny-en-Vanoise, et qui accomplissait allégrement dans la journée ses 2000 ou 3000 mètres de dénivelé. La dernière fois qu’il s’est livré à cette « passion », il avait environ quatre-vingt-cinq ans. Pour dire le caractère du bonhomme : inflexible.

 

 

Il était accompagné de ses trois chiens : je me souviens surtout de Brake, le griffon Korthals, que j’adorais, et de Zoum, le magnifique et ombrageux setter irlandais. J’ai longtemps gardé la parure, qu'on dit en forme de lyre, des plumes caudales d’un petit tétras qu’il avait sans doute tué au bois de la Roche, sur les pentes inférieures du mont Jovet.

 

 

J’aimais le suivre quand il partait errer dans les « marais », parmi les plantations d’osier, les broussailles, les champs de maïs, les haies à franchir. Il avait le coup de fusil infaillible.

 

 

Voilà, tout ça pour dire que, sans donner raison aux militants de l’extrême chasse qui forcent la loi pour occuper la point de Grave, le col de l’Escrinet ou la baie de Somme, je comprends encore moins les extrémistes qui voudraient interdire la chasse, je ne comprends pas qu’ils ne comprennent pas et n’acceptent pas que des individus trouvent simplement du plaisir dans les loisirs qu’ils pratiquent, qu’il s’agisse du spectacle de la corrida ou de l’ouverture de la chasse.

 

 

Je mets dans le même sac tous ceux qui s’érigent en FLICS des plaisirs des autres, et qui affirment péremptoirement : ce plaisir-là doit être interdit, vous n'avez pas le droit de l'éprouver  : corrida et chasse, c’est entendu, mais aussi tabac, alcool, sexe, etc. Et qui veulent imposer, somme toute, leur intégrisme. Je les trouve louches et suspects, et au surplus insupportables, tous ces policiers et gendarmes sans uniforme qui s’attaquent aux plaisirs des autres, qui ne supportent pas les plaisirs des autres.

 

 

Qui s’insurgent contre le fait qu’on puisse trouver du plaisir au spectacle d’un beau combat entre un homme et un taureau. Du plaisir à marcher dans un espace naturel avec un fusil à la main. Je ne suis même pas sûr qu'ils aiment ça, le plaisir.

 

 

Tous ces gens qui s’en prennent au fait que d’autres qu’eux éprouvent un plaisir dans une activité qu’ils ne comprennent pas, qu’ils ne supportent pas, qu’ils veulent interdire, ils ont le nœud coulant à la main, et le resserrent autour du cou de notre espace de liberté en personne. Le tableau d’une telle société future, où la vie personnelle de chacun serait escortée d’une liste copieuse d’interdictions, de vetos et de prohibitions, est tout simplement effrayant.

 

 

GENEVIEVE GAILLARD et MURIEL MARLAND-MILITELLO, députées, ont paraît-il déposé une proposition de loi tendant à interdire la corrida sur tout le territoire français. Je note que l’une porte bien son nom militaire (le militant est un militaire sans uniforme), mais que, malheureusement pour les deux élues, la corrida vient d’être inscrite au patrimoine culturel immatériel de la France.

 

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

 

 

 

lundi, 16 avril 2012

VIVE LA CHASSE !

Oui, eh bien voilà, après la corrida, la chasse. Ça risque de heurter les gens qui n’aiment pas la chasse, qui la combattent, qui rêvent de l’interdire, qui sait. Encore des militants, tiens ! Les anti-chasseurs, face aux chasseurs, sont dans une totale incompréhension mutuelle. Comme à propos de la corrida, les deux mondes se font face, les deux visions du monde s’opposent frontalement, les deux « philosophies » de la vie s’excluent mutuellement.  

 

 

J’aimais bien le dessinateur GÉBÉ, à cause de l’affûté de ses dessins, de l’utopique de ses rêves (« On arrête tout, on réfléchit et c’est pas triste », de L’An 01, qui a débouché sur un minuscule film de JACQUES DOILLON, et sur quelques groupuscules de n’importe quoi), du juste de ses critiques. Mais je ne l’ai jamais suivi quand il a lancé son slogan : « Chasseurs tristes cons ». Même sentiment à l’égard de SINÉ, qui se réjouit chaque fois qu’un accident de chasse tue un porteur de fusil (il publie l’entrefilet en se pourléchant les babines).

 

 

 

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Certes, on ne peut pas leur donner complètement tort, quand on voit l’état actuel du gibier. Du gibier ? Mais il n’y en a plus ! Même que les sociétés de chasse sont obligées d’en fabriquer, du gibier, dans des « élevages de gibier » (oxymore, évidemment). La honte, quoi.

 

 

Des bêtes que, quinze jours avant l’ouverture, on lâche dans une nature dont elles ignorent absolument tout. Quand on s’y promène, dans la nature, vers cette époque de l’année, on rencontre des faisans qui ne demandent qu’une chose, c’est de venir vers vous, voir ce que vous avez de bon à leur jeter.  

 

 

Je ne parle évidemment pas de ce vulgaire ersatz de ce que certains osent encore appeler la chasse. La chasse, c’est autre chose. Je ne parle pas non plus des gens qui se contentent de consommer cette contrefaçon, qu’on leur vend (cher) sous l’appellation de « chasse » et de « tradition » : ils se contentent de peu, et sont sans doute du genre à se satisfaire en solitaires en regardant les filles à poil d’une revue X.

 

 

Oui, je sais, ça leur fait aussi des bambanes dans la campagne, au « grand air », avec les potes, et le kil de rouge au moment de la pause. Attention ensuite à ne pas vous trouver dans le champ. SINÉ serait trop content de publier l’entrefilet.

 

 

Je ne parle pas de la chasse au gibier domestique, mais du seul vrai gibier, le sauvage. Et d’une époque où les chasseurs ne massacraient pas systématiquement, laissant les rescapés apprendre les ruses de la vie en prévision de l’ouverture suivante. Je n’ai d’ailleurs pas beaucoup chassé, personnellement. A cela une raison : une regrettable myopie. C’est ainsi que je peux affirmer à bon droit que dans ma vie de chasseur, j’ai sauvé la vie à bien des animaux.

 

 

Je signale en passant qu’on célèbre toujours, dans la nuit du 4 août 1789, un événement connu comme « l’abolition des privilèges ». Mais, outre qu’on a beaucoup brodé, amplifié, mythifié à partir d’un soi-disant « assaut de générosités », il se trouve que, dans les deux mois qui ont suivi cette date fatidique, la France a vu la plus grande extermination d’animaux sauvages à plumes et à poils de l’histoire.

 

 

Les raisons pour lesquelles je ne suis pas un adversaire de la chasse sont diverses. La première, peut-être même la seule, est que j’ai de lourds ascendants et antécédents dans le domaine, tant côté paternel que maternel. Une belle photo montre un grand-père médecin avançant sur un chemin forestier, l’air rigolard, tenant dans la main droite le fusil reposant sur l’épaule, et dans la gauche, par les pattes, deux ou trois volatiles.

 

 

De l’autre côté familial, on peut dire qu’il y avait une sorte d’armurerie, dans l’armoire en haut de l’escalier. Oh, tout n’était pas en état de tirer, mais il y en avait pour bien des goûts, des fusils et des carabines de chasse et de tir. Je me rappelle en particulier un bockdrilling, vous savez, ce fusil à deux canons lisses juxtaposés et un canon rayé situé juste en dessous, au cas on l’on rencontre inopinément un sanglier ou un chevreuil.

 

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

A suivre demain.

 

 

dimanche, 29 janvier 2012

CONNAIS-TOI TOI-MÊME, C'EST UN ORDRE !

PREAMBULE VENU DU FOND DES ÂGES

 

(Attention, c'est du lourd !)

 

Madame Coutufon m'a dit avant-hier que « connais-toi toi-même » est le plus célèbre des préceptes que les Grecs avaient gravé sur le fronton du temple d’Apollon à Delphes.

 

Γνῶθι σεαυτὸν

(= gnôthi séautonn)

 

Madame Coutufon, vous ne le savez peut-être pas, c'est chez elle que j’achète mon beurre demi-sel, mes épinards et mes conserves, me l’a dit, pas plus tard que ce matin : « Un peu de grec dans la conversation, ça vous pose un homme ». Alors je m’exécute. Est-ce que j’en suis plus « posé » pour autant ? Rien n’est moins sûr. J’en suis marri.

 

 

DEVELOPPEMENT GRAVE ET PROCESSIONNEL

 

 

J’ai connu un type, dans le temps, il s’appelait Œdipe. Eh bien, ça lui aurait fait du bien d’au moins passer devant ce foutu temple, et de la voir, cette foutue devise, au lieu d’aller voir cette vieille sorcière, sur son trépied, au fond de sa grotte enfumée. « What a pity ! », s’exclame l’anglais peu au fait de l’orthographe grecque. Ça aurait évité au nommé Œdipe tous les ennuis qu’il a pris sur le paletot par la suite.

 

 

 

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OEDIPE, LA SPHINGE ET L'ENIGME

(on sait pas quelle blague il lui raconte, mais ça rigole pas) 

 

Ben oui, il se serait posé les bonnes questions : « Qui suis-je ? Où cours-je ? Dans quel état j’erre ? ». Il aurait pris le temps d’y répondre. Au lieu que là, bille en tête, il est parti dans les pires embiernes (comme on disait chez moi) : « Tu tueras ton père et tu épouseras ta mère ». Il a pris ça pour des ordres, le con ! Alors que c'était le dernier avertissement avant la sanction !

 

 

Pourtant, le premier commandement du Décalogue (que c’est Dieu qui l’a dit, alors !) le stipule expressément : « Tu ne tueras point », et le vingt-deuxième et demi : « Tu n’épouseras pas ta mère, même si elle te le demande poliment ». En tout cas, c’est pas moi, c’est la Bible. Il faut tout leur dire. 

 

 

De toute façon, ce type-là, je vais vous dire, je le sentais pas bien. D’abord, il la ramenait sans arrêt. Tu lui voyais les chevilles enfler à vue d’œil. C’est tellement vrai que c’était devenu son surnom (« chevilles enflées »), je te jure que c’est vrai. Va voir la voisine, Madame Etymologie, si tu me crois pas. Et mouche-toi avant de lui parler. Œdipe ? Personne pouvait le piffer, parce qu’on voyait bien que tout ce qu’il voulait, c’était flanquer des complexes à tout le monde. Qu’est-ce qu’il s’en croyait !

 

 

Le pire, c’est que ça marchait. Et que ça marche encore. Infect, je vous dis. J’ai eu beau en parler à Sigmund, son meilleur pote, rien n’y a fait. Au contraire, Sigmund, ce salaud, il a tout de suite flairé la bonne affaire, et il a illico monté sa boîte, qu’il a appelée « Au Complexe d’Œdipe ». Je te dis pas le succès monstre : il a ouvert une boutique, et tout de suite ça a été l’affluence.

 

 

 

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LE PERE SIG-SIG

(homme d'affaires prospère)

 

Au point qu’il a été obligé d’ouvrir des boutiques en série un peu partout, et de les confier à des gérants – pas toujours bien nets, il faut bien le dire. Et ça a marché du feu de dieu. La boîte principale s’est progressivement scindée en succursales multiples, sous les « raisons sociales » les plus diverses.

 

 

Ça a d’abord été la succursale « Jung », puis la « Rank » ou « Reik », je ne sais plus, et puis les scissions se sont multipliées, comme n’importe quel groupuscule trotskiste en ordre de marche, et l’on ne compte plus, aujourd’hui les « appellations d’origine » plus ou moins contrôlées. Il y a eu la « Reich », la « Lacan », et tellement d’autres que tu peux pas imaginer ; tout est bon dans le cochon pour appâter le gogo.

 

 

En fait, Sigmund se démerdait pour instaurer une concurrence acharnée entre toutes ces succursales. Les bisbilles entre « Néo-école freudienne » et « Ecole néo-freudienne », c’était du chiqué, juste pour la galerie, juste pour mettre de l’animation, quoi !  

 

 

Il mettait de l’huile sur le feu de dieu, et en sous-main, c’est lui qui tirait les marrons du feu de dieu. Un jour, on a appris par les journaux qu’en fait, depuis le départ, une holding appelée « Œdipe et Sigmund », chapeautant l’ensemble du groupe, avait été fondée et astucieusement domiciliée aux îles Caïman, l'empereur du paradis fiscal dans l'empire des paradis fiscaux.

 

 

La thune qu’ils se font, les gaillards, à se prélasser sur la plage, avec plein de bimbos en pleines formes qui viennent leur caresser le cuir et le reste, et plus si affinités, pendant que leurs milliers de comptes en banque leur crachent du cash sans qu’ils aient à lever le petit doigt pour ça. Ecœurant. Tout ça parce qu’ils ont trouvé l’idée du siècle, allonger sur des milliers de divans des dizaines de milliers de paumés pour qu’ils racontent leur vie. Ces gars-là, ils gagnent des fortunes rien qu’en respirant (réplique piquée à La Vérité si je mens).

 

 

 

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CROIX DE BOIS CROIX DE FER

SI TU MENS TU VAS EN ENFER

(j'y suis déjà, qu'il dit) 

 

Il y aurait même une affaire « Œdipe et Sigmund », si l’on en croit les révélations fracassantes de PIERRE PÉAN, l’enquêteur justicier bien connu, qui a reçu bien des menaces de mort à cause de ça. Selon lui, la Mafia serait une assemblée d’enfants de chœur, comparée aux réseaux tentaculaires et inextricables de la holding « Œdipe et Sigmund ».

 

 

Leur spécialité ? Une multinationale du racket. Avec le consentement exprès des victimes, s’il vous plaît. Aucun juge, aucun policier n’a jamais pu apporter la moindre preuve du plus minime délit. Même pas un témoin repenti. Bien mieux et plus efficace que la Scientologie, c'est dire. Soit dit entre parenthèses, il se murmure dans les cercles bien informés que PIERRE PÉAN serait le « ghost writer » du « best seller » de MICHEL ONFRAY, Le Crépuscule d’une idole.

 

 

 

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IL EST PAS MIMI MON ONFRAY ?

 

 

 

On s’en souvient, l’intrépide chevalier-philosophe de Caen, et par ailleurs graphomane infatigable (jusqu’à dix gros ouvrages publiés en une seule année !), était parti en guerre contre les moulins à vent de la mystérieuse confrérie. Sans plus de succès au demeurant que Le Livre noir de la psychanalyse, quelques années plus tôt. La puissance de l’hydre est encore telle que rien ne peut en ébrécher la carapace.

 

 

En attendant, on se perd en conjectures sur les motifs d’un succès que rien ni le temps qui passe ne semble devoir amoindrir. Une hypothèse audacieuse a cependant été formulée récemment : et si, après tout, le nommé Œdipe était tout de même passé devant ce foutu temple d’Apollon et avait lu la foutue devise ? Γνῶθι σεαυτὸν ? « Connais-toi toi-même » ? Ce n’est pas impossible. Le temps de vérifier, et je vous tiens au courant.

 

 

 

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C'EST TOUT CE QU'IL EN RESTE ! C'ETAIT BIEN

LA PEINE DE SE DONNER TOUT CE MAL 

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

On verra si c'est à suivre, cette affaire.

 

 

 

 

jeudi, 12 janvier 2012

SONDAGE ET POLITIQUE : LE BOCAL

Résumé : L’action politique est réduite à l’étude des sondages, la politique est réduite à l’action publicitaire, le politicien est réduit à vendre des aspirateurs et des encyclopédies au porte-à-porte.

 

 

Le problème de la politique, en France plus qu’ailleurs du fait de particularités particulières, c’est que deux entreprises se partagent le marché, et que chacune aimerait bien grignoter la part de l’autre, ou des T. P. E. (très petites entreprises) qui font semblant de jouer le même match. Tout ce qui s’appelle « vie politique » en France, est accaparé par deux usines, dont chacune prétend régner à elle seule sur le marché. Non, je devrais dire deux entreprises complices dans ce qu’on peut appeler un délit d’entente illicite.

 

 

Les produits ne sont pas très différents l’un de l’autre. Plus de social et de redistributif pour bien claironner qu’on est « à gauche ». Plus de sécuritaire et de libéral pour que l’image de marque de « la droite » soit aussitôt identifiée et mémorisée. Mais à part ces petits « marqueurs identitaires », allez, soyez sympas, dites-moi ce qui les différencie, les deux V. R. P. ? Rien ! Que dalle ! Pas lerche ! Peau de zébi !

 

 

La trublionne cataloguée sur le bord tout à fait droit de l’échiquier l’a bien compris, et ce n’est pas idiot du tout, de dénoncer l’U. M. P. S. Elle a même raison. A voir la peur qu’elle déclenche à droite et la haine qu’elle déclenche dans les cercles de la bien-pensance de la gauche morale, tiers-mondiste et « solidaire », les lignes de production des usines citées risquent de se trouver bientôt perturbées.

 

 

Le dernier Charlie-Hebdo, un torchon bien dans cette ligne, présentait la semaine dernière, parmi les caricatures des candidats, celui de la fifille à son papa sous la forme d’un énorme étron fumant au beau milieu de la page. C’est facile et rapide : ça évite de se lancer dans d’ennuyeuses et subtiles analyses du phénomène Front National, et de se demander si ce succès annoncé (je demande à voir) ne pousse pas sur le répugnant fumier U. M. P. S.

 

 

Le roquet BRICE COUTURIER, qui aboie sur France Culture dès que la silhouette d’un « facho » se dessine dans le paysage, se demandait, lundi matin (9 janvier), si les deux journalistes du Point (SOPHIE COIGNARD et ROMAIN GUBERT) qui viennent de publier une charge contre L’Oligarchie des incapables, ne « faisaient pas le jeu du Front National ».

 

 

Aboyons le moins possible contre la classe politique vermoulue qui nous gouverne ou y aspire, nous aboie le roquet BRICE COUTURIER, car, chut, ça « fait le jeu du Front National ».

 

 

Il ne vient pas à l’esprit de ce monsieur, habituellement intelligent, raisonnable et parfois percutant, de se demander si ce n’est pas précisément au spectacle offert par les Arlequin, Pantalon et autres Matamore qui nous gouvernent et hantent les plateaux de télé munis de leurs « éléments de langage », que nous devons le pronostic d’un Front National à 30 % publié en une de Libération ce même 9 janvier. 

 

 

C’est vrai que Libération fait fort avec sa une : un gigantesque 30 % (plus de 10 cm) joue les grenades dégoupillées en haut de la page. La phrase apporte un sérieux correctif à l’effet bœuf produit par la maquettage : « 30  % n’exclueraient [sic !] pas de voter Le Pen » (notez la superbe faute sur « exclure », et on est en « une »). Notez la formule « n’excluraient pas » : en clair, ce n’est pas complètement inenvisageable, mais bon, ce n’est pas fait. Notez aussi, bien sûr, le conditionnel.

 

 

Le mot d’ordre de cette une : la montagne de l’image, la souris du résultat. Pour vous en convaincre, jetez un œil en bas de page 3. Vous savez combien ils sont, dans le sondage, à souhaiter la victoire de MARINE LE PEN ? Ils sont 15 %, pas un cheveu de plus. La moitié. Ils sont de plus en plus honnêtes, à Libé. C’est présenté comme un « sondage exclusif ». Bien sûr, coco : tu l’as acheté avec le pognon que je donne pour acheter ta feuille de chou.

 

 

En fin de compte, les sondages tiennent un discours. Les politicasseurs, qui ont lu ce discours, élabore leur propre discours à partir de là, au sujet duquel on va faire des sondages pour tester l’impact du discours, et c’est reparti pour un tour. La machine s’auto-alimente.

 

 

On pourrait même soutenir que la pratique du sondage fabrique du discours qui s’auto-proclame « politique ». Ce que nous disent nos responsables est directement induit de ce que leur apportent les sondages. C’est la machine folle, qui fonctionne pour elle-même, sans considération pour quelque autre réalité. Du fictif qui produit du fictif, qui produit du fictif….

 

 

Ça me fait penser à GOTLIB : « C’est comme le pot-au-feu, c’est meilleur à chaque fois ». C’est dans l’intégrale de la Rubrique-à-brac, page 329. C’est intitulé « La Vache ». L’auteur nous fait partager sa vision épique de la digestion de l’herbe qui se passe dans le circuit compliqué, entre l’estomac de l’animal et la cavité buccale. « Et ça remet ça. – C’est reparti comme en 14. – Ça y va à la manœuvre ».

 

 

Regardez comment réagissent d’un seul élan Protocolaires d’une gauche de plus en plus caviardée, saumonée et faisandée et Thuriféraires d’une droite de plus en plus décomplexée, policière et vaguement putschiste, face au danger « populiste » (voir mes notes des 5 et 6 janvier). Ils ont peur de perdre le monopole (duopole, pour être exact, mais est-ce même si exact ?) des affaires.

 

 

A quoi sert l’énorme 30 % de la une de Libération pour annoncer un score possible du Front National ? A quoi sert d’exploiter les faits divers affreux, bien mis en scène à la télé ? A quoi sert d’exploiter les risques d’explosion de l’euro, d’éclatement de l’Europe ? A quoi sert d’insister sur les bisbilles franco-allemandes auxquelles le peuple ne peut strictement rien ?

 

 

Le but me paraît bien clair et identifiable : la PEUR. Plus je crée un sentiment de peur dans la population, plus j’ai de chances de tirer les marrons du feu. Regardez le déguisement de NICOLAS SARKOZY : après le Père Noël des riches, le voilà Père Courage (pour l’extérieur) et Père Protecteur et Fouettard (pour l’intérieur). Plus j’accentue le contraste entre la peur et NICOLAS SARKOZY, plus je sers à NICOLAS SARKOZY. Pas sûr que ça marche à tous les coups.

 

 

Plus rien à tirer de tout ça.

 

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

 

 

 

 

mercredi, 11 janvier 2012

DU SONDAGE COMME TORCHE-CUL

Résumé : Je disais donc du mal des sondages en général et de STEPHANE ROZÈS en particulier.

 

 

Un sondage est une affabulation de mythomane, une fiction provisoire et défécatoire dont se repaît la voracité du moulin à prières médiatique qui, après avoir éructé ses chiffres folâtres autant que récréatifs aux oreilles de l’auditeur assoupi, s’inscrit dans le réel. A ce titre, comme le dit un proverbe tibétain : « Celui qui agit change le réel ».  « Meuh non, voyons ! C’est une simple photographie de l’opinion publique à un instant "t", on vous dit ! ». Mon œil, tiens !

 

 

Le seul truc rassurant dans l’affaire, c’est de se dire que si les sondages bousculent la réalité des opinions, personne n’est en mesure de dire de quel côté la pièce de monnaie va retomber.

 

 

C’est comme dans Match Point, le film de WOODY ALLEN, où le gars qui vient d’estourbir une vieille après avoir dégommé sa femme (SCARLETT JOHANSSON), croit jeter l’alliance dans l’eau, mais celle-ci retombe sur le macadam. On se dit que tout est foutu. Or un vagabond la récupère, se fait poisser par les flics, et passe pour le seul meurtrier. Ouf, on a eu chaud ! A la présidentielle, qui est-ce qui aura eu chaud ?

 

 

Et puis franchement, vous ne croyez pas que les sondages sont pour quelque chose dans l’état de déréliction en phase terminale où sont les idées politiques ? J’insiste : qui, aujourd’hui, a de vraies idées vraiment politiques ? Regardez le pauvre hère, le pauvre « Vagabond des limbes » (Axle Munshine, de GODARD & RIBERA, pour les amateurs de B. D.), le pauvre « Naufragé du temps » (Christopher Cavallieri, de FOREST & GILLON, idem B. D.), qui a pour pauvre nom FRANÇOIS HOLLANDE. Pauvre Hollande, avec tous ces polders submersibles !

 

 

C’est dans Libération du 9 janvier : les salauds ont collé sa photo à côté de FRANÇOIS MITTERRAND, dans trois attitudes identiques. La copie à côté de l’original, aurait dit LE PEN. Effet dévastateur garanti.

 

 

HOLLANDE a regardé les films de MITTERRAND sur le conseil de son équipe de « communicants » (pendez-les haut et court), et s’ingénie à singer ses attitudes, gestes et mimiques : pointe l’index vers le haut, bon dieu !  Allez, cette fois, serre les deux poings devant toi, nom de Zeus ! Et maintenant, le coup du regard qui toise, tête en arrière et doigts croisés, coco ! Ça ira ! C’est dans la poche !  

 

 

Sérieusement, vous ne croyez pas que les sondages modifient le discours des politicrottes ? Pensez donc qu’ils ont l’œil fixé sur les derniers chiffres parus pour sélectionner et ajuster leurs « thèmes de campagne ». Que leur préoccupation principale c’est de repérer les principales « préoccupations des Françaises et des Français », pour enfourcher aussitôt le dada, en espérant que la prochaine courbe sera bien orientée.

 

 

Les zaums paulitik élaborent leur discours à partir du miroir tendu par les sondages. Cela veut dire que les sondages, indirectement, sont les auteurs de ce que ces gens nous déversent dans les oreilles. L'inodore nauséabond (oui ! moi aussi je sais faire des oxymores !) qu'excrète l'orifice buccal des petits zom politik, nous arrive mouliné, remâché et prédigéré par les résultats obtenus par les funestes instituts. Disons au moins qu'il y a une circularité narcissique, voire incestueuse, sinon auto-érotique, entre le client et le fournisseur de sondages.  

 

 

 

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Si vous ne connaissez pas la P. N. L., vous ne perdez rien. Comme beaucoup d’autres déchets, celui-ci, conçu à destination des vendeurs et autres démarcheurs, est né sur le sol américain. La Programmation Neuro-Linguistique, belle appellation de cinglés digne des camisoles de force les plus confortables et solides (à la rigueur d’escrocs dignes des plus belles cellules de pénitencier), enseigne, entre autres merveilles, à offrir à l’interlocuteur sa propre image en miroir.

 

 

Les yeux, la position de la tête, l’attitude du corps, les gestes des bras, tout y passe. Le bon vendeur est celui qui sait percevoir tous ces détails et « entrer en résonance » avec le gogo qui va lui acheter son aspirateur ou son encyclopédie, en l’imitant en tout. Il paraît que ça marche. Moi je veux bien, mais je suis un peu sceptique. J’ai eu l’occasion de voir le truc de mes yeux.

 

 

Je vais vous dire, c’était tellement gros que j’avais envie d’éclater de rire et de dire au gars d’arrêter de me prendre pour une prune : que je mette la main sous le menton, que je croise les bras, que je penche la tête, dans la seconde qui suivait, il se mettait « en résonance ». Je me suis bien amusé.

 

 

Les politiculs, avec les sondages, sont un peu dans la même logique. D’ailleurs ça en dit long, puisque la P. N. L. est une technique de vente. Cela tendrait à prouver que les politicons sont effectivement des représentants de commerce, qui voudraient bien nous fourguer leur camelote.  

 

 

On leur décortique le dernier « quali » (sondage « qualitatif » réservé au cercle des initiés, plus ouvert, mais plus instructif, paraît-il, que celui circulant dans le vulgum pecus), et l’équipe de campagne phosphore pour trouver le bon « angle d’attaque ». Un petit passage entre les mains de l’équipe de « communicants » (pendez-les haut et court), et voilà le politicornard prêt à plonger dans le grand bain, je veux dire à affronter les plateaux de télévision.

 

 

Ce n’est pas pour rien que les « enquêtes d’opinion » ont pour origine le marketing publicitaire, qui fait tout pour vous présenter, sur les rayons des magasins, le yaourt qui ressemble le plus à votre attente. Les politicouilles font la même chose, ils veulent vendre les yaourts qui ressemblent du plus près possible aux « attentes des Françaises et des Français ».

 

 

 

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Ce n’est donc plus un discours politique que les politicrapules tiennent, mais un propos à visée presque explicitement commerciale. Il se trouve un peu par hasard que le contenu du produit touche la vie en collectivité, la « polis », quand ils font semblant d’avoir fait du grec.

 

 

Voilà ce que je dis moi.

 

 

Suite et fin demain.


 

mardi, 10 janvier 2012

CHAMPS D'EPANDAGE DES SONDAGES

On sait qu’une des officines centristes se présente à l’élection présidentielle en la personne d’HERVÉ MORIN, dont la « cote » dans les sondages se situe à peu près à 0 % des intentions de vote. La « une » du dernier Canard enchaîné publie un savoureux dessin de LEFRED-THOURON : le conseiller a le sourire en dépiautant le « sondage » : « Ça y est ! Tu dépasses le zéro pour cent ! ». Réponse de MORIN : « C’est mon cholestérol ».

 

 

Eh oui, le sondage, c’est comme le cholestérol : il y en a toujours trop. Mais c’est aussi comme le cholestérol : c’est d’abord et surtout un marché très rentable. Les « sondages », j’en ai déjà parlé. Ceux qui suivent ce blog savent ce que j’en pense.

 

 

 

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Un sondage n’est rien d’autre qu’une crotte pondue par l’anus d’un chien malade sur les champs d’épandage de la démocratie et les trottoirs parlementaires de nos cités. Aussi, en période électorale, les crottes de chiens malades pleuvent-elles sur les gens, alors même qu’ils sont totalement démunis de paracrottes.

 

 

Un sondage, avant d’être une « enquête d’opinion », c’est : « action de sonder, exploration locale et méthodique d’un milieu à l’aide d’une sonde ou de procédés techniques particuliers ». Je ne sais pas si le thermomètre introduit dans le fondement est médicalement assimilé à un sondage. Mais dans les « sondages » qui ont commencé à nous déferler dessus avant la présidentielle, je vois très bien une sorte d’instrument introduit dans le trou-qui-pue de la population pour prendre sa température.

 

 

 

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D’abord, c’est injuste, ce n’est jamais moi qu’on interroge. Il est vrai que je raccroche brutalement au nez du sondeur téléphonique, et que si ça se passe dans la rue, je joue le grand indifférent légèrement hargneux. Vous me direz donc que ceci explique cela. Ah, si vous le dites, … Je veux bien. De toute façon, mes réponses ne sont prévues dans aucune case.

 

 

Ce qui m’épastrouille hautement, c’est qu’en général, les gens se sentent flattés, voire honorés qu’on leur demande leur avis en dehors d’une échéance électorale. Moi au contraire, je trouve toujours profondément humiliante l’introduction d’un thermomètre, quel qu’il soit, dans mes profondeurs intimes. Fussent-elles électorales. Le seul sondage avec lequel je serais un peu d'accord, c'est l'élection elle-même.

 

 

 

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Et puis en face, moi je les plains, ces gens qui errent avec des questionnaires à remplir, en quête de bonnes âmes qui accepteraient de répondre à leurs questions, toutes plus nazes les unes que les autres – ce qu’ils savent parfaitement –, que plus ils en auront rempli, plus ça leur fera des sous. A-t-on idée ?

 

 

Est-ce seulement un métier ? Remarquez qu’il y en a de moins en moins, des gens qui font un vrai métier. Les « jobs » (je ne vois pas d’autre mot) à la mode (caissière de supermarché, auxiliaire de vie scolaire ou sociale, agent des transports payés seulement pour être visibles dans leur uniforme, j’arrête là, on n’en finirait pas) sont-ils des métiers ?

 

 

Quand j’étais étudiant, oui, j’ai fait des « jobs ». Ce n’est pas fait pour durer, ça n’exige aucune vraie formation, c’est mal payé. J’ai tiré des plans à l’ammoniaque dans la cave d’un architecte. J’ai livré des machines à écrire et des photocopieurs. J’ai collé des enveloppes. J’ai vendu des légumes biologiques. J’ai conduit des poids lourds. Bref, j’ai eu des « jobs ».  Une vie d’adulte digne, ce n’est pas ça. Mais la société actuelle est-elle encore faite pour des adultes dignes ?

 

 

Les « enquêteurs d’opinion », oui, je les plains. Ils me font penser à Jérôme et Sylvie, vous savez, les personnages de GEORGES PEREC dans Les Choses. Ils se rêvent en bourgeois dans un intérieur bourgeois comportant le fin du fin du style bourgeois, qui culmine dans le canapé Chesterfield. En attendant, ils errent comme DIOGÈNE, l’âme en peine et précaires, dans des banlieues improbables, à la recherche non d’hommes, mais d’opinions. Non, ce n’est pas un métier.

 

 

Et puis qu’est-ce c’est, cette fantaisie qui leur a poussé dans le crâne comme un champignon hallucinogène (psilocybe mexicana), de s’intituler « instituts » ? Pour s’intituler « institut », d’abord, il faut de la noblesse, il y a de la majesté. Institut Pasteur, Institut de France (quai Conti), Inserm, Institut du monde arabe, tout ça, je veux bien. Mais une entreprise privée qui fait un commerce juteux avec un produit vulgaire appelé « enquête d’opinion », de quel droit, « institut » ? Vous me direz « institut de beauté ». Je sais.

 

 

Un certain monsieur STEPHANE ROZÈS, qui a longtemps dirigé je ne sais plus quelle boîte de sondages (ce n’est rien de plus qu’une « boîte »), continue – c’est ahurissant –, à venir blatérer, gazouiller, babiller ou hennir ses « commentaires de sondages » aussi creux que doctes sur les ondes nationales, avec son articulation suave et consciencieuse de cul de poule de lèche-le-cul-de-la-maîtresse.

 

 

Et ça n’a l’air de choquer personne que le troupeau entier des journalistes politiques, même les plus à cheval sur la déontologie professionnelle, ait fini par admettre comme une évidence qu’un sondage d’opinion constitue une information à parent tiers ! Le sondage comme information ! Alors ça, ça me troue ! Sur quelle planète déshéritée vivons-nous ?

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 


 

jeudi, 08 décembre 2011

DANS LE TELETHON, TOUT EST BON

Ils sont merveilleux, les Français ! Rendez-vous compte, en pleine crise, en plein allongement de la durée de cotisation pour la retraite, en plein chômage, en pleine crise de l’euro, en plein marasme moral, voilà qu’ils trouvent le moyen (et les moyens) d’être encore plus généreux que l’an dernier : les promesses de dons ont afflué au standard du TELETHON.

 

 

C’est épastrouillant, vous ne trouvez pas ? Ça rentre encore mieux que les impôts ! 86 millions ! Un tirage de l’Euro-millions après quelque temps d’incubation stérile. Dans le fond, c’est plus banal que je ne croyais au premier abord : la Française des jeux n’a pas à être jalouse, elle qui distribue les millions d’euros régulièrement, fidèlement, semaine après semaine. Ça relativise.

 

 

Mais 86 millions de promesses en deux jours. Bon, ce ne sont peut-être que de ces promesses qui ne sont pas destinées à être tenues, comme on en entend avant chaque élection. Mais parions sur la sincérité. 86 millions ! Je n’en reviens toujours pas. Je crois que je n’en reviendrai jamais. Je vais tâcher de vous dire pourquoi.

 

 

Et je promets d’essayer de ne pas essayer de faire rire des myopathies, et encore moins des myopathes. Et pourtant, il y aurait matière, par exemple en imaginant un myopathe en train de gratter une carte de la Française des jeux. Mais j’ai promis d’essayer, et cette promesse, je la tiendrai. Peut-être.

 

 

La raison de ma répugnance à l’égard de l’opération Téléthon (je dis bien « opération ») est assez simple, et j’y viendrai. Mais ma première remarque concernera les propos tenus je ne sais plus en quelle année par PIERRE BERGÉ : en gros, je crois me souvenir qu’il reprochait au Téléthon de siphonner tout l’argent de la générosité, et qu’il n’en restait plus ou presque pour sa cause à lui : le Sidaction.

 

 

Ben faut le comprendre, PIERRE BERGÉ, qui fut l’amant et compagnon  richissime du richissime YVES SAINT-LAURENT, qui finance la revue Têtu, qui a financé SÉGOLÈNE ROYAL (appartement de 200 m², campagnes diverses), au-delà du raisonnable, puisqu’il a fini par se rendre compte qu’il avait misé sur la mauvaise jument. En tant que porte-drapeau de la cause homosexuelle, il aimerait bien que les gens mettent un peu d’argent dans la recherche sur le SIDA.

 

 

Pour répondre à l’attente de PIERRE BERGÉ, livrons-nous à un petit calcul. Combien de personnes sont touchées par les myopathies ? Je ne veux pas dire de bêtises, mais je crois bien qu’en France, il semble qu’on compte environ 5.000 individus souffrant de maladies rares. Les myopathies en font partie, entre autres. Mon ami SALVATORE est bien mort d’une de ces autres vacheries, je ne sais plus laquelle. J’imagine que le Généthon s’occupe de toutes.

 

 

Maintenant, combien de malades du SIDA ? Le nombre qu’on peut trouver, c’est celui des morts en France depuis le début de l’épidémie (aux Etats-Unis, c’est 1981) : 35.000. Certains parlent de plus de 40.000. Quant aux personnes séropositives, qui ne sont que porteuses du virus (à ne pas confondre avec les malades du SIDA), une estimation de « sida info service » de novembre 2010 fait état de 152.000.

 

 

Où veux-tu en venir, blogueur suspect, avec cette comparaison ? – Eh bien, cher lecteur, je réfléchis. Je regarde, j’écoute, je lis : oui, je réfléchis. C'est un peu pour ça que je me permets de tenir le résent blog. Je remarque que les promoteurs du Téléthon défendent une CAUSE. Qu'il y a dans le Téléthon du militantisme. Or, comme l'écrit AMBROSE BIERCE dans Le Dictionnaire du diable : « Le militant est un militaire qui porte son uniforme à l'intérieur ».

 

 

Accessoirement, il serait tout à fait imaginable que l’entreprise Généthon fût conçue pour déposer des brevets, pour ensuite, on ne sait jamais, les monnayer pour s’alimenter en argent frais et se débarrasser de la corvée de la quête publique ? Mais je ne veux pas jeter la suspicion sur une démarche louable dans son principe.

 

 

Si j’examine le paysage à partir du mot-clé « une cause à défendre », alors là, le vertige me prend, cher lecteur. De ce côté, la cause des mal-logés, avec pas loin la cause des mal-nourris, et tout près la cause des pas logés du tout, derrière laquelle se cache la cause des enfants hospitalisés.

 

 

De cet autre côté, la cause des animaux à fourrure, coude à coude avec la cause des espèces en voie d’extinction et la cause des taureaux de combat. De cet encore autre côté, des sans-papiers, des réfugiés politiques, des réfugiés climatiques, des migrants en général, des victimes de la famine en Somalie, des victimes de l’amiante ou de l’atome, etc. J’arrête, car ça n’en finirait pas.

 

 

Tu as compris, cher lecteur, ce qui me chiffonne, avec le Téléthon ? Je me suis arrêté à quelques « causes » dont les médias sont friands, mais j’aurais pu transformer l’énumération des « causes » en véritable litanie des saints, tu sais, cette prière d’intercession dite le jour de la Toussaint et qui dure juste à peine quelques heures.

 

 

A ton avis, de même que, dans la litanie, aucun saint n’a la priorité sur les autres, excepté par l’ordre d’apparition, quelle est la « cause » qui l’emporte sur les autres ? Car c’est bien connu, « choisir, c’est éliminer ». Et je me demande incidemment s'il n'y a pas quelque injustice à focaliser l'attention et la générosité publiques sur cette cause-là plutôt que sur cette autre.

 

 

Bon, alors c’est vrai, on peut tâcher d’y voir un peu clair et opérer un premier « tri sélectif » (je ne me lasse pas de ce délicieux pléonasme), en faisant passer, par exemple, les animaux après les humains : exit la vivisection, exeunt (c'est comme ça qu'il faut dire) les espèces menacées et les animaux à fourrure. Ça, c’est relativement facile. Encore que j’en entende déjà certains protester vigoureusement.

 

 

Mais ensuite ? Qu’est-ce que tu vas prendre, comme critères de sélection, d’élection de TA cause ? Quel âge ont-ils ? Quelle est leur souffrance objective ? La situation est-elle urgente ? Critique ? Combien sont-ils ? Combien risquent-ils d'être demain ? Quelle est la gravité du mal dont ils souffrent ? Eh oui, il est bien là, le problème : il faudrait tout faire. Dit autrement : si on n’est pas insensible, on voudrait tout faire. Et je sens que si on organisait un débat là-dessus, les participants en viendraient rapidement aux mains.  

 

 

Car ce n’est pas la souffrance qui manque, sur cette planète, on est d’accord. Certains l’appellent le MAL. C’est d’autant plus insupportable qu’on est au courant de tout ce qui se passe de MAL, aujourd’hui, presque au moment où ça se produit. Avec la télévision, cher lecteur, c’est toute la souffrance du monde qui débarque chez toi, dans ton salon, et en pleine digestion.

 

 

Rectification : c’est l’image de toute la souffrance du monde qui vient s’asseoir à ta table. Ça change tout. C'est GUY DEBORD qui disait ça, paraît-il. Je n'ai pas vérifié. D’ailleurs, est-ce que le problème ne vient pas précisément de là ? Car, puisque nous réfléchissons, demandons-nous ce qui a produit cette exacerbation du sentiment populaire autour du seul Téléthon, qui a fait passer très loin derrière lui toutes les autres « causes » à défendre. Réponse catégorique : rien d’autre que la TELEVISION.

 

 

Je ne veux pas savoir QUI a eu l’idée du Téléthon. Quoi qu’il en soit, il mériterait d’être bombardé directeur du marketing d’une grande entreprise multinationale. Ce fut certainement un coup de génie (je crois que c’était en 1986). Comprends-tu, cher lecteur, pourquoi PIERRE BERGÉ peut à bon droit se plaindre de l’ombre qui est faite au Sidaction ?

 

 

C’est tout simplement parce qu’il s’est fait brillamment griller par cette offensive surprise et victorieuse sur le principal média de propagande qu’est la TELEVISION. Bon, c’est sûr, en 1986, on parlait de sidéens, de sidaïques, de sidatoriums, voire de « sida mental » (LOUIS PAUWELS). Si je me souviens bien, l’épidémie de SIDA n’avait pas encore mis en œuvre toutes ses capacités de nuisance et n’était pas encore le fléau décimateur de l’Afrique subsaharienne (autrefois, on disait « Afrique noire », c’était plus facile à prononcer).

 

 

L’image des malades du SIDA était ténébreuse, voire sulfureuse. « Ils l’ont bien cherché », entendait-on. Pour la télévision, en 1986, ce n’était pas un bon produit, au « packaging » lisse et impeccable. Impossible de mettre côte à côte, sur le plateau de télévision, le petit myopathe et le mec atteint du sarcome de Kaposi (toujours prêt, celui-là, à profiter lâchement de la perte d’immunité). Pour tirer des larmes et de l’argent, « yapafoto », comme disent les Japonais.

 

 

Hé oui ! L’avantage et l’inconvénient de la télévision, ils sont là. En 2011, tu mets sur scène monsieur GAD ELMALEH tenant dans ses bras un petit myopathe (au pays de la myopathie, on est vieux avant trente ans, ça restreint forcément). Et hop ! Tu commences par tirer des larmes. Ça détourne l’attention, et comme tu es rapide et habile, tu fais les poches du sentiment populaire.

 

 

L’inconvénient, pour ne pas dire le vice congénital de la télévision, c’est de frapper à l’estomac : le petit myopathe il te rentre dans le chou de l’émotion, dans le vif du sternum, exactement là où s’exacerbe le sentiment populaire. Et le sentiment populaire, qu’est-ce qu’il fait ? Il y va de sa larme. Et le sentiment populaire, juste après – car il ne faut pas laisser refroidir, je veux dire réfléchir –, il prend son téléphone et il promet. Et une fois qu’il a promis, va revenir dessus ! Difficile : il s’est  engagé.

 

 

L’avantage, c’est évidemment que la télévision se transforme sous tes yeux en machine à sous qui crache d’un coup tout le pactole, dans un déchaînement grandiose de pitié, d’amour et d'humanité d'un côté, et de l'autre, de crépitement des flashes, d’applaudissements et de lumières vives qui clignotent. Voilà ce que c’est, le Téléthon. C'est du spectacle, comme disait GUY DEBORD, paraît-il. Je n'ai pas vérifié.

 

 

Je précise, cela devrait aller sans qu’il fût besoin d’être dit, que je ne veux strictement aucun mal aux enfants infirmes atteints de myopathie. Dans mon proche entourage, on sait trop ce qu’infirmité veut dire pour que je laisse subsister quelque ambiguïté. Cela ne m’empêche pas de voir dans l’émission de télévision intitulée « Téléthon » l’exercice d’une forme de violence faite au peuple. En même temps que d'une forme d'injustice.

 

 

Avec toute la sincérité, l'honnêteté et la bonne volonté qui animent les promoteurs de l'opération "téléthon", il y a une forme de violence, liée au choc émotionnel propre à l'image, en particulier télévisuelle, et une forme d'injustice, liée à l'élection et à la promotion d'une cause parmi dix mille autres.

 

 

De toute façon, PIERRE DESPROGES, dans je ne sais plus quel sketch, voyait aussi une forme de violence dans tout appel au sentiment de pitié. Voire dans toute mendicité. « Mes cent balles, je les garde », disait-il.

 

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

NOTE-À-BENNE : il y eut une ville nommée Athènes, il y eut une bataille à proximité d’une ville nommée Marathon. Le mot « téléthon » voudrait être un mot-valise qu’il ne pourrait pas y arriver. Pour une création lexicale, on peut dire que le mot « téléthon » est un monstre, au sens antique du terme. C’est comme si on avait pris le nom de Paris et qu’on l’avait coupé et recollé pour donner « téléris ». Je ne commente pas. Pas la peine, je suppose.

mardi, 06 décembre 2011

LA JOURNALISTE FARCIE (fin)

Résumé : on est gouvernés, informés et employés par des mafias. Very bad trip, brother !

 

 

Une illustration et une variante de cette connivence viennent d’être offertes par le magazine « M » du journal Le Monde, sous la plume de RAPHAËLLE BACQUÉ et JUDITH PERRIGNON. Il s’agit, là encore, de faits connus. Pas de révélations à attendre. Rien que de la confirmation, du déjà-vu.

 

 

Il s’agit des atomes très crochus qui se sont trouvés entre un certain nombre de femmes journalistes et un certain nombre d’hommes politiques, et dont les diplodocus sont, d’une part, CHRISTINE OCKRENT avec BERNARD KOUCHNER, et d’autre part, ANNE SINCLAIR avec DOMINIQUE STRAUSS-KAHN.

 

 

BEATRICE SCHÖNBERG & JEAN-LOUIS BORLOO en montrent un exemplaire plus récent, quoique déjà défraîchi. AUDREY PULVAR & ARNAUD MONTEBOURG, j’avoue que je n’étais pas au courant. Ils sont très bien quand même, et je les félicite. Citons encore les noms d’ALAIN JUPPÉ (ISABELLE LEGRAND-BODIN, journaliste à La Croix), FRANÇOIS HOLLANDE (VALERIE TRIERWEILER) et MICHEL ROCARD (le nom de l'épouse journaliste n'est pas cité, et on s'en tape).

 

 

RAPHAËLLE BACQUÉ mentionne cette remarque de PHILIPPE VAL, vous savez, cet homme d’affaires, cet œuf couvé par Charlie Hebdo, éclos à France Inter, quand il s’adresse à AUDREY PULVAR : « Tu aurais dû cacher ta relation… ». C’est merveilleux. Je n’en demandais pas tant : « Tu aurais dû cacher ta relation … », avoue ce grand moraliste. Oui : on peut faire tout ce qu’on veut, aussi longtemps que ça ne se sait pas. Secret et solidarité. C’est la règle de la « famille » (Cosa Nostra), rhabillée en « règle professionnelle ».

 

 

Ce qui est drôle aussi, dans le double article dont je parle, c’est le nombre des noms qui ne sont pas dits. RAPHAËLLE BACQUÉ parlant seulement d’AUDREY PULVAR, c’est dans l’article de JUDITH PERRIGNON qu’on a envie de dire : « Des noms ! Des noms ! ».

 

 

Il faut dire qu’elle fait un peu d’histoire. Dans les années 1960, JEAN-JACQUES SERVAN-SCHREIBER possédait L’Express. FRANÇOISE GIROUD en dirigeait le service politique. Ils embauchèrent MICHÈLE COTTA, IRENE ALLIER et CATHERINE NAY. C’était stratégique. Et ça a marché.

 

 

Surnommées les « Amazones », elles allaient, selon JJSS, « mettre de la chair derrière les idées » et « Vous êtes un bataillon de charme, vous allez les faire parler ». Ça devient transparent, non ? Donc, CATHERINE NAY devint la maîtresse d’ALBIN CHALANDON. Le missile avait atteint la cible. Car ces femmes étaient bien des missiles.

 

 

JUDITH PERRIGNON évoque ensuite l’arrivée « d’autres générations de jeunes femmes » dans la profession journalistique. Une très jolie phrase : « On leur confiait toujours les couloirs plutôt que les éditos ». Je dirai que « faire le couloir » est, encore de nos jours, plus honorable que « faire le trottoir », même si c’est pour y pratiquer le même métier.

 

 

Je cite : «  L’histoire de cette voix reconnaissable entre toutes qui s’inventait un nom pour appeler sa maîtresse dans la salle de rédaction – à chaque fois faussement sérieux, celui qui décrochait demandait : "De la part de qui ? " ». DES NOMS ! Et : « L’anecdote de ce responsable communiste racontant au téléphone le détail d’un bureau politique à une journaliste, par ailleurs allongée à côté d’un ténor socialiste agrippé à l’écouteur (…) ». DES NOMS ! DES NOMS ! DES NOMS !

 

 

Et FRANÇOISE GIROUD qui, « avec le temps, prenait l’air d’une mère maquerelle ». Ce n’est pas moi qui écris cette saloperie, je vous jure, c’est page 53. Autrement dit, je n’invente rien : une jolie nénette futée,  bien balancée, embauchée comme journaliste dans un service politique, envoyée pour interviewer un homme politique, est invitée à employer tous les moyens pour revenir avec de la belle information, bref : de la confidence. Et si la nana n’a pas froid aux yeux et à la culotte, l’affaire est dans le sac.

 

 

Des missiles, je vous dis. C’est l’empire soviétique sous BREJNEV. En plus soft, je veux bien. Mais ça couche quand même, ça baise et ça fornique. Moi ce genre de galipettes n’est pas pour m’effaroucher. Je dis comme BOBY LAPOINTE : « Ça ne me mettait pas à l’aise, De la savoir Antibaise, Moi qui serait plutôt pour, Quelle avanie ! ». Ce qui me gêne aux entournures, c’est le mélange des genres.

 

 

Une femme et un homme qui se plaisent, pas de problème, ça finit au plumard, et je trouve ça très bien. « Ils furent heureux et eurent de nombreux orgasmes », comme on dit dans les « contes de fesses ». Mais le tableau de MICHÈLE COTTA envoyée dans les pattes de CHALANDON pour s’envoyer CHALANDON, c’est autre chose. Ce genre de missile télécommandé, ça porte un nom bien clair et bien net : PUTE. Pour faire marcher les ventes de L’Express. A l’époque. Aujourd’hui, le « modus operandi » semble, en France, s’être généralisé. Et celui qui envoie la nana en mission est un MAQUEREAU.

 

 

Quand JUDITH PERRIGNON déplore que la réciproque ne soit pas vraie, là, je commence à me marrer franchement. Bon, elle reconnaît qu’il y a moins de femmes politiques que d’hommes. J’ajouterai que la profession journalistique s’est féminisée beaucoup plus vite. C’est vrai qu’il y a donc un grand déséquilibre entre l’offre et la demande. Mais qu’attend le marché pour s’auto-réguler ? Que fait SARKOZY ?

 

 

Mais s’il y a moins d’hommes journalistes qui succombent aux charmes des femmes politiques, est-ce vraiment, comme elle le soutient, parce que : « La politique reste le reflet d’une société patriarcale » ? Hé, ma belle, où tu l’as vue, la société patriarcale ? Ça fait longtemps que ses lambeaux s’en sont allés au fil de l’eau.

 

 

Elle ajoute quelque chose d’assez juste, je pense, sur le narcissisme tyrannique qui règne sur les mondes politiques et médiatiques. Un narcissisme réciproque, selon toute vraisemblance. Qui s'auto-alimente, et qui forme un terreau favorable à tout ce que les féministes américaines vomissent sous le nom de "séduction".

 

 

Moi, je crois que si les hommes journalistes vont, tout comme les femmes journalistes, de préférence vers les hommes politiques, c’est d’une part que ceux-ci sont les plus nombreux, d’autre part que le journaliste politique, mâle ou femelle, va par nature vers le POUVOIR. Et j’en conclus que, si le journaliste mâle ne couche pas avec l’homme politique, c’est qu'ils sont tous deux, tout simplement, hétérosexuels.

 

 

Cela ne change rien au fait que, homme ou femme, quand il s’agit de politique et de pouvoir, le journaliste est tenté par la prostitution, quand il n’y est pas incité, comme on l’a vu. Le problème du journaliste politique, dans son monde professionnel tel qu’il est organisé et structuré en France, il est là : « Que suis-je prêt à faire ? Jusqu’où suis-je capable d'aller pour rapporter de l’information exclusive ? Quelle part de ma dignité et de ma liberté personnelles suis-je prêt à abandonner pour cela ? ».

 

 

Dans la façon dont les professions médiatiques fonctionnent aujourd’hui en France, je suis obligé de penser qu’elles comportent a priori une part de prostitution disponible. Combien de héros et d'héroïnes résistent à la tentation ? Ben oui, c’est que chacun a une carrière à faire. Toutes les jolies journalistes ne s'appellent pas TRISTANE BANON.

 

 

Voilà ce que je dis, moi.  

 

 

 

 

lundi, 05 décembre 2011

LA JOURNALISTE FARCIE, C'EST DELICIEUX

C’est dit : aujourd’hui, je me farcis une journaliste.

 

 

La recette ? Prenez une journaliste de niveau CSP+ (moyen supérieur dans la hiérarchie). Pas besoin de l’ouvrir : on garde tout, la peau, les seins, les fesses, les cuisses, le sexe, enfin tout ce qui peut servir, les yeux à la rigueur, pour compléter tout ce qui fait le « sex appeal », comme on ne dit plus. Mettez-la en présence. En présence de qui, blogueur étourdi ?

 

 

Mais en présence de qui vous voudrez, pourvu que ce soit dans le « panel » que nous vous présentons. Un « panel » d’hommes politiques judicieusement choisis, pour être précis. Vous introduisez l’homme politique dans la journaliste, et le tour est joué. Même pas la peine de passer au four : c’est déjà cuit. Servez. C’est toujours chaud. Chaud bouillant, même.

 

 

Je me suis déjà payé la profession journalistique, dans ce blog. Je n’ai pas dit trop de mal des personnes (sauf d’ALAIN DUHAMEL, il ne faut pas demander l’impossible). J’ai dit pis que pendre de cette profession journalistique  structurée comme une mafia et, tiens, c’est bizarre, exactement comme le sont nos personnels politiques des hautes couches de l’atmosphère.

 

 

C’est bizarre, il y avait dans un journal récent un article sur les éditorialistes cumulards, qui courent de presse écrite en plateaux de télévision, et de télé en radio. « Or c’est un usage bien établi », c’est GEORGES BRASSENS qui le dit (« L’Hécatombe »), la politique française se fait sur la base du cumul des mandats. Drôle d’homothétie, vous ne trouvez pas ? C’est peut-être pour ça que l’homme politique est aisément empilable sur la journaliste politique.

 

 

Cumulards de mandats en politique et éditorialistes multicartes dans les médias : j’ajoute les renvois d’ascenseurs couramment pratiqués dans les conseils d’administration des grandes entreprises, qui font que monsieur untel touche quatre ou cinq « jetons de présence » en espèces sonnantes non négligeables, tout ça pour ne pas se donner la peine de siéger aux assemblées des sociétés auxquelles il a été convié par un « ami ».

 

Ainsi, moi qui ne suis pas dans le secret des dieux, loin de là, mais qui lis correctement la presse, je me dis que dans les couches supérieures de ces trois secteurs, règne une logique de mafia. Les « familles » se partagent le gâteau. « Je lui ai dit, à ma femme : à partir d’aujourd’hui, tout le fumier ça sera pour toi ! » (FERNAND RAYNAUD, « J’suis qu’un pauv’paysan »).

 

 

La POLITIQUE, les MEDIAS, les GRANDES ENTREPRISES. Autrement dit : la LOI, la PROPAGANDE, l’ARGENT. Faire la loi pour être juridiquement inattaquable. Bourrer les crânes pour se faire réélire. Racketter les entreprises pour atteindre les deux premiers objectifs. Pour le coup, « racketter » est abusif : les grands patrons se précipitent pour cracher au bassinet. En attendant le retour sur investissement.

 

 

Regardez bien comment tout ça est organisé. Rappelez-vous le référendum de 2005 sur l’Europe : c’était le tir de barrage, venant du triumvirat régnant. L’ordre règne, même si ces gens furent désavoués dans cette occasion. Rassurons-les : en temps ordinaire, les hautes sphères sont fermement « tenues ».

 

 

Evidemment, on me dira que je schématise, que je caricature, que je suis injuste, que je généralise abusivement, que je fais le jeu des extrêmes, et je ne sais trop quoi d’autre. Certes, j’exagère. Mais ne trouvez-vous pas, néanmoins et nonobstant la simplification outrancière,  que ça dessine assez bien les lignes de forces générales du paysage ? Je maintiens que c’est non seulement vraisemblable, voire probable, mais aussi que, dans les grandes lignes, c’est comme ça que ça se passe, dans la réalité.  

 

 

Ce n’est pas la première fois que je concentre mon tir sur la connivence qui règne en général (je parle toujours des hautes couches de l’atmosphère) entre les personnels politiques et les journalistes. Qui sont « à tu et à toi » dans la vie. J’ai failli oublier de préciser que c’est seulement quand les micros et les caméras sont fermés.

 

 

Car, qu’on se le dise : il ne faut pas que ça se sache. Les francs-maçons non plus, ne disent jamais qu’ils « en sont ». Je crois même que ça leur est interdit. Cela n’empêche pas quatre « frères » d’être mis en examen dans l’affaire du Carlton de Lille. C'est le Grand Maître de l'Ordre lui-même qui le dit. De même en Sicile, personne ne porte un écriteau marqué : « homme d’honneur », comme ils se nomment. Le mot d’ordre est simple : secret et solidarité. Gare à qui l’enfreint. Les deux cartouches seront chargées « a lupara » (renseignez-vous).

 

 

Je signale que, dans l’affaire du Carlton de Lille, on retrouve une grande entreprise de travaux publics (Eiffage), des hommes politiques (autour de DSK), des putes et, fait nouveau, des flics. Un article récent (27/28 novembre) du Monde, très documenté, exposait assez bien ce grenouillage, dans un article de EMELINE CAZI et ARIANE CHEMIN, intitulé « DSK et sa circonscription secrète ».

 

 

Je me fiche de savoir s’il est vrai qu’Eiffage, ou FABRICE PASZKOWSKI, a fourni des putes et payé le voyage au cercle de DSK pour des « parties fines », dont certaines ont eu lieu dans le bureau même du directeur général du FMI. Je me borne à relever le fait, exposé en détail dans le journal.

 

 

Je répète que ce n’est pas tel ou tel individu qui est à distinguer ou à vilipender. Ce qui fait hurler, c’est ce qui fait système. C’est comme ça que c’est organisé, structuré. Pour entrer, aucun autre moyen que d’être « adoubé », comme on disait au moyen âge. L’usage assez courant de ce mot en dit d’ailleurs long sur le caractère FEODAL des allégeances mutuelles. Il y a les suzerains, les vassaux, les « vavasseurs » (si si, ça existe).

 

 

Et c’est d’ailleurs drôle : figurez-vous que les journalistes, quand ils rendent compte d’une réunion organisée par ARNAUD MONTEBOURG dans sa circonscription, parlent facilement de son « fief » de Frangy-en-Bresse. Ce que, tous partis confondus, les politiciens dans leur ensemble appellent en chœur « l’ancrage local » pour empêcher quelques utopistes de nuire au sacro-saint cumul des mandats.

 

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

A suivre … les femmes journalistes qui se font « farcir ».