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lundi, 09 juin 2014

MANUEL DE POLITICULTURE 2/2

Résumé : nous analysons, dans ce court Traité des mœurs politiques de la France, les méthodes politiculturales employées par les industriels de la politique pour la production et la sélection d’un produit bien de chez nous : le « politicien-français ».

 

Soyons précis : il n’est pas donné à tous les tubercules de recevoir sur la fesse gauche (à l'encre indélébile, le fer rouge étant sorti d'usage depuis quelques années, car le tubercule politique est devenu douillet), dès la sortie, l’estampille certifiée de cette appellation d'origine protégée (AOP) si convoitée.

 

Ils devront faire leurs preuves, remplir leur carnet d’adresses, accepter petites vexations et grosses humiliations, avaler la couleuvre quand elle passe, manger le chapeau qu'on leur fera porter (mais en prenant soin de tout noter, pour plus tard, on ne sait jamais, ça peut servir), et pour finir, rendre service aux puissants du moment, se rendre indispensables et prêter allégeance, s'ils veulent un jour se voir accorder une bonne place dans et autour de la gamelle. Et s'ils veulent espérer être un jour en mesure de trahir avec éclat le protecteur.

 

J’arrête ici le persiflage et l'ironie, ça risque de devenir lourdingue. Tout le monde a compris le message : la plupart des hommes politiques qui nous gouvernent aujourd’hui n’ont jamais eu à gagner leur vie comme les autres citoyens. Ils n’ont jamais été confrontés aux fins de mois difficiles. Ils n’ont jamais dû se battre pour se loger. Pour trouver du travail. Pour avoir un métier qui procure de quoi vivre. Quand quelque difficulté se présentait, ils décrochaient le téléphone.

 

Ce sont de purs produits des écoles, qui ne sont jamais sortis de l'école. On est frappé de cette vérité : notre personnel politique est passé directement du banc d'école à la chaire magistrale. Du statut de « premier-de-la-classe » à celui de « donneur-de-leçon ». On appellera ça, dans leur notice nécrologique, une « superbe carrière ».

 

En matière d'altérité humaine et de confrontation avec les espèces différentes, ils sont dans la chaise roulante des infirmes. Que dis-je : sur le grabat des grabataires. Leur handicap vient d'avoir subi très tôt une « alterectomie » préventive, n'ayant poussé qu'au milieu de leurs semblables. Aussi menteurs les uns que les autres, que ce soit par calcul, par tactique ou par servilité (ce qui revient à peu près au même).

 

Et ils ne le savent pas, convaincus que, étant juchés, en « hommes hors du commun », au plus haut des chars resplendissants des parades républicaines, ils sont à l'abri des aléas qui caractérisent les « hommes du commun » (Georges Brassens, Tonton Nestor). Il faut se le répéter  : très peu de nos hommes politiques les plus en vue aujourd'hui sont sortis de l'école avant d'exercer les responsabilités. Il me semble que cela devrait au moins interroger, non ?

 

Tout ce qu'ils sont capables de faire, quand ils sont arrivés aux affaires (comme ils disent), c'est de réciter, le plus souvent avec un bagou intarissable (en bois brut), parfois avec un talent indéniable, ce que d'autres - qui leur ressemblent étrangement, étant coulés dans le même moule - leur ont fait apprendre quand ils étaient à l'école. Et qu'on ne me tabuste point avec leurs mandats locaux, qui seraient preuve (soi-disant) d'un ancrage dans le terrain. Cette ancre-là est trop souvent déléguée pour servir de preuve. Aux petites mains locales tout le travail local. Aux gens importants les choses importantes.

 

Moi, quand j’ai pris la décision qui m’a donné la bien modeste place que j’ai conquise dans la société (place que je n'ai due à personne d'autre que moi), je sortais du service militaire. J’avais un parcours, et j’avais femme et enfant. Et quand je me suis vu, dans un champ du copain paysan de l’époque, en train d’arracher oignons et patates à la triandine, je me suis dit que ce n’était tout simplement pas possible de faire ça jusqu’à la retraite. Mon pote Roland peut raconter ça encore mieux, parce qu'il a fait ça plus longtemps et plus diversement. Et ça, je vais vous dire, ça rend le cuir épais et insensible à certaines façons de mentir sur soi, sur le monde et sur l'avenir de la société.

 

J’avais déjà conduit les poids-lourds de la STUR ; travaillé, dans la cave ammoniaquée, sur la tireuse de plans de Fauvet-Pélanjon ; livré les machines à écrire de M. Chappat ; charrié et vendu les fruits et légumes biologiques de Prairial (quand c'était rue du Dauphiné, avec le magasin au bout du cours Vitton), avec Dussuyer et Bonnefond, et puis je ne sais trop quoi. Cela me regarde, parce que c’est mon histoire à moi. Mais cela me donne aussi le droit de jauger (et juger) la façon de certains de se conduire quand ils sont aux commandes.

 

La caractéristique commune de presque tous les hommes politiques en vue aujourd’hui (je veux dire ceux qui ont accès à la signature et à la décision), c’est qu’ils n’ont jamais dû se battre au jour le jour pour assurer la pitance et payer le loyer. Prenez Jacques Chirac : les logements proprement personnels (je ne compte pas le château de Bity, qui vaudrait un chapitre à lui tout seul) qu'il a occupés se comptent sur les doigts d'une seule main (et encore, amputée de quelques doigts). Il aura passé presque toute sa vie logé aux frais de la République.

 

Grandis dans le vase clos de leur « milieu naturel », ils ont toujours été protégés de cette honteuse nécessité. Soit parce qu'ils étaient déjà des protégés, soit parce que leur famille suppléait, soit parce que le téléphone était là. Ces gens-là ne se sont jamais vus autrement qu'aux postes de commande. Quand Hollande visite un atelier de production industrielle, on voit bien qu'il vient en extraterrestre, et il a beau faire semblant ... Ces gens-là n'ont jamais considéré qu'ils étaient des citoyens comme les autres.

 

Ce sont des gens qui n’ont jamais connu les dures nécessités de la « réalité-ordinaire ». Aucun d'eux, par-dessus le marché, n'a la plus petite idée de ce qui s'appelait, dans la France désormais disparue, le sens de l'honneur. Ah, le sens de l'honneur ! 

 

Quoi que vous puissiez dire, je suis convaincu que le « politicien-français », ce légume tuberculiforme qui a opté soit pour la droite, soit pour la gauche (peu importe dans le fond, c’est juste au gré des opportunités de carrière), qui a poussé dans un terreau privilégié, bien qu'il ait la peau blanche, ne fait pas partie de ma race.

 

Je le renie. Je le conspue. Je le compisse. C'est un étranger. Il ne me représente pas.

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

Note : Je sais, j'ai tort, j’exagère, j’abuse, je simplifie, je généralise, je caricature. En plus je suis très injuste. La justesse de mon propos s'en ressent forcément. Il faudrait nuancer (ce qu'on appelle en France judiciaire "individualisation de la peine"). Je laisse ce soin à de plus subtils. Moi qui suis resté lourdaud, fruste et rudimentaire, je laisse à de plus raffinés le soin de passer les nuances. Je me contente des couleurs de base, qui sont, comme moi et comme on sait, primaires :

 

« Car nous voulons la Nuance encor,

Pas la Couleur, rien que la nuance !

Oh ! la nuance seule fiance

Le rêve au rêve et la flûte au cor ! »

 

Je ne suis pas Verlaine, moi. Je suis juste en colère.

 

 

mardi, 18 mars 2014

POLITIQUES EN DECOMPOSITION

LA CLASSE POLITIQUE FRANÇAISE EN ETAT DE DECOMPOSITION AVANCEE

 

 

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VUE PLONGEANTE, PRISE SUR LE VIF, SUR LA CLASSE POLITIQUE FRANÇAISE

 

Je sais que je ne suis pas le seul à penser ce que j’écrivais hier sur l’invraisemblable médiocrité crasse de tout le personnel que les Français ont la veulerie d’accepter pour les gouverner. Le plus étonnant dans l’affaire, c’est que, dans la presque totalité des cas, il s’agit d’une masse de « premiers de la classe », c’est-à-dire de gens supposés très intelligents, loin au-dessus de la moyenne.

 

Paradoxe : comment ces brillants sujets passés par les plus grandes écoles peuvent-ils sans en éprouver la moindre honte se comporter aussi minablement ? Mystère. Ou plutôt non : s’ils brillent, c’est exclusivement pour leur propre compte. Quelqu’un peut-il me citer un seul de ces sinistres individus qui soit capable de penser à autre chose qu’à lui-même, à sa longue carrière, à son cumul des mandats ? De toute façon, s’il y en avait un seul, les requins de la chose auraient tôt fait de s’entendre pour l’éliminer.

 

Ceux qui font exception à la loi de « premier de la classe » (du genre de Rachida Dati ou Nicolas Sarkozy, je prends au hasard) sont dotés de canines d’une taille exceptionnelle, montées sur des mâchoires d’une puissance exceptionnelle et, à force de frapper aux grandes portes quand ils sont jeunes et de servir de paillasson ou de poupée gonflable aux puissants du moment, ces carnassiers se font peu à peu une place au milieu des autres fauves. En passant, ils collectionnent les fiches d’informations glanées à droite et à gauche, déposées dans des coffres très sûrs pour le jour où leur tour sera venu.

 

Je disais que je ne suis pas le seul à penser ça. Des gens très bien (beaucoup mieux placés que moi pour observer les choses et les gens), du haut de l’autorité qu’ils ont acquise dans des travaux intelligents et opiniâtres, font le même diagnostic, avec des arguments autrement peaufinés que les miens.

 

Prenez Yves Michaud. Il est philosophe. J’avais lu son Chirac dans le texte (2004), sous-titré « la parole et l’impuissance ». Même si son livre n'a servi à rien, il tapait très juste et très fort sur l’imposture de ce prestidigitateur qui recrutait ses affidés à coups de billets de banque et qui montra à son successeur qu’on peut faire subir à la vérité des mots les pires tortures et que plus un mensonge est énorme, plus il a de chances de passer comme une lettre à la poste. Cela n'a pas empêché les Français de lui donner en 2002, avec 82 % des voix, une victoire « démocratique » digne de tyrans aussi reconnus que Brejnev, Ben Ali, Moubarak ou Kadhafi. Cela en dit long sur l'état moral et intellectuel d'une population hypnotisée et anesthésiée par une propagande, pour le coup, aussi carrément « décomplexée » que massive.

 

Là c’est juste un article de journal qu’Yves Michaud propose aux lecteurs du Monde. Le titre me semble hautement recommandable : « Le trafic d’influence est devenu l’instrument du pouvoir contemporain ». Il figure dans un dossier intéressant (une vraie double page !), si l’on excepte le « Notre parti doit repenser son éthique », fastidieuse langue de bois récitée par les plumes de trois secrétaires nationaux de l’UMP. Normal : pour défendre la boutique, les épiciers montent au créneau, du moins si ça ne mange pas de pain et à condition qu'il n'y ait pas trop de risques.

 

Heureusement, lui faisant face, « Un délitement de l’UMP » de Florence Haegel a relativisé par avance la minable portée des stéréotypes minablement exposés par le trio grotesque. Deux autres articles tiennent compagnie à celui d’Yves Michaud : « Du scandale comme arme politique » d’Alain Garrigou, et « La pathologie du secret » d’Eric Alt (pour l’association Anticor). Mais je passe sur les comparses (intéressants tout de même, ce qui fait quatre sur cinq) pour m’intéresser au protagoniste.

 

Yves Michaud élargit le champ en même temps que la profondeur de champ de sa réflexion, en ne se limitant pas à un seul individu, ni à l’analyse d’un seul discours. Il dénonce un système. Or, quand quelque chose « fait système », c’est que ce quelque chose est le principe premier, le noyau autour duquel s’organise un univers (cf. Le Système technicien de Jacques Ellul).

 

Le premier paragraphe annonce la couleur, en faisant apparaître les noms bien connus de Sarkozy, Buisson, Copé, Tapie, Guéant, puis encore Copé et Sarkozy, puis Cahuzac, Guérini, Kucheida, DSK. Avec des points de suspension en fin de liste, pour que personne ne puisse imaginer qu’elle puisse être close. Sans doute.

 

Que dénonce Yves Michaud ? Eh bien rien de nouveau, rien que du bien connu. Un peu le « mélange des genres », mais c’est l’époque qui veut ça (vous savez, le « genre ») : quand un directeur de journal mange régulièrement à la même table qu’un capitaine d’industrie et qu’un député (ou qu’un président de la Chambre), surtout s’il s’y ajoute deux ou trois hauts fonctionnaires, cela confine au jeu du « chamboule tout » : on pratique à tout va le jeu du réseau d’influence et de la solidarité mutuelle. On abat les frontières entre les fonctions en se rendant de petits services et de grandes amabilités. Rien ne peut arriver : on est entre mafias. La connivence règne.

 

Car la clé d’inspiration de l’article me semble être la phrase : « Résultat : il est difficile de tracer une frontière entre trafic d’influence, accomplissement de promesses électorales catégorielles [mariage homosexuel ?], renvois d’ascenseurs et lobbying ». Le mot « corruption » est beaucoup trop banalisé aujourd’hui, et c’est sans doute parce que le phénomène s’est lui-même banalisé et généralisé. L’expression « trafic d’influence », quoique moins chatoyante, est en même temps plus précise, bien que signifiant strictement une tout aussi grande turpitude.

 

Le diagnostic global d’Yves Michaud est impitoyable et se résume dans cette phrase : « La démocratie est l’apparence, l’oligarchie l’effectivité ». Va pour « effectivité ». Il dénonce l’action des « intermédiaires », des « conseillers de l’ombre », des « amis qui servent de prête-noms », et même des avocats, le drôle ! Avocats dont il dit que « la profession est loin d’être aussi blanche qu’elle le prétend en brandissant ses droits à la confidentialité ». Certaines choses font du bien quand on les entend (façon de parler).

 

Quelqu’un qui se drape dans sa dignité offensée et son honneur humilié quand il est attaqué me semble désormais suspect du seul fait qu’il se drape. C’est dire la déconfiture des points de repère et de la possibilité d’accorder sa confiance. Celui qui se drape, il attend qu'on lui envoie les preuves, qui sont plus facile à évoquer qu'à trouver.

 

Ce qu’Yves Michaud pointe, c’est les soupçons mais aussi le désarroi des juges chargés de ce genre d’affaire. On les comprend : il est tellement difficile d’établir la preuve des faits que l’on comprendrait qu’ils finissent par se décourager : « subtilité des montages », « omerta », « ingéniosité procédurière des avocats » se tiennent les coudes quand les puissants ont la maladresse ou la malchance de se voir mis en cause.

 

Bon, je vais m’arrêter là. Le reste est à lire dans Le Monde daté du 14 mars. Impérativement. C’est la confirmation d’un diagnostic de grosse vérole posé par quelqu’un qui, à ce que je sache, n’est pas partie prenante dans les « affaires ». L'expression « TOUS POURRIS » n'a jamais été autant d'actualité, quoi qu'en pense la cohorte de tous ceux qui ne veulent pas « pratiquer d'amalgame » et « ne pas mettre tout le monde dans le même sac », pour « ne surtout pas faire le jeu du Front National ». Désolé, quand quelque chose « fait système » et que ce quelque chose est dans un tel état de décomposition, je dis que les carottes sont cuites et que c'est tout le système qui est à jeter à la poubelle.

 

Si tout ça n'est pas répugnant, c'est que c'est abject. Ou fétide. ou immonde. J'accepte même infâme.

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

 

lundi, 13 mai 2013

AH, "FAIRE SOCIETE" !

 

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***

 

Les « zompolitics » (pour faire Coluche, il faudrait avoir le son) en ont plein la bouche. Députés, ministres, chefs de parti ne parlent « à regonfle » (comme on disait chez moi quand le patois lyonnais voulait encore dire quelque chose) que du « vivrensemble », de « faire société », de « refaire du lien social ». Les journalistes s'y sont mis.

 

Il paraît que ce genre d'affirmation, ça pose son homme, et ça donne une idée de son sens des responsabilités et de sa volonté de se dévouer pour ses semblables, en espérant toucher les dividendes de son investissement. Je n’exagère pas, tous ceux qui lisent cette note peuvent s’en convaincre en allumant le poste à l’heure de la propagande (je parle évidemment du 20 heures de TF1 ou de France 2) ou en donnant l'obole à leur quotidien de dilection morose. Ah, le « vivrensemble» ! 

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ALLEZ ! TOUT LE MONDE REPREND EN CHOEUR AU REFRAIN !

C’est à qui en fera le plus pour apparaître, au milieu du cheptel politique (vaste troupeau de bovins carnivores, je veux dire de "vaches folles", mais ce sont ces mêmes vaches qui traient les bouseux que nous sommes, le monde à l'envers) comme le plus sérieusement convaincu que le « collectif » est le bien suprême, mais surtout que c’est lui qui s’en occupe le plus sérieusement.

 

Le problème, c’est que « faire société », ce n’est pas un individu, si haut qu’il soit placé, qui peut le décider. Regardez par exemple ce que c’est très vite devenu, la « fête des voisins » : une table, quelques chaises, des verres et des bouteilles. Des conneries. Quoi, c’est tout ? Oui, un point c’est tout.

 

Ce n’est pas la « fête des voisins » qui peut changer un iota au rythme et à la vitesse de croisière auxquels chaque individu se déplace dans sa propre vie quotidienne. Et ce n’est pas de crier « tous ensemble tous ensemble ouais ! » en arpentant les rues principales des grandes villes pour protester contre le gouvernement (10.000 selon la police) qui y changera une virgule.

 

Regardez l'énorme n’importe quoi qu’est immédiatement devenue la « fête de la musique » décidée par l’inénarrable pantin Jack Lang : une innommable bouillie sonore à coups de décibels électriques avec, dans certains quartiers urbains, un « orchestre » de jeunes « rockeurs » malhabiles appuyés sur la puissance d’amplificateurs qui leur donnent l’impression de faire de la « musique », alors qu’il ne font que du bruit, à peine compensé par le bruit que fait le groupe suivant, à cinquante mètres de là.

 

Soit dit en passant, en traitant Jack Lang d’inénarrable pantin, je suis d’une affabilité excessive, quand je lis ce qu’en écrivait Philippe Muray en 1998 dans la préface à la réédition son Empire du Bien : « A ce propos, je dois avouer mon étonnement de n’avoir nulle part songé, en 1991, à outrager comme il se devait le plus galonné des festivocrates, je veux parler de Jack Lang ; lequel ne se contente plus d’avoir autrefois imposé ce viol protégé et moralisé qu’on appelle Fête de la Musique, … ». Et ce n'est pas fini, mais j’arrête la fusillade.

 

« Faire société », il faudrait bien s’en convaincre, ça ne se décide pas. Pour une raison assez simple : c’est quand ça « ne fait plus société » qu’on se rend compte qu’il y en avait une, de société. C’est quand chacun des atomes que nous sommes est réduit à sa simple fonction de numéro dans une liste de numéros qu’on se rend compte qu’une société, ce n’est pas une liste d’individus. Il ne faut pas confondre « faire société » et administrer la société.

 

En effet, tant qu’on peut parler de « corps social », on a de quoi se faire une petite idée de ce que c’est, une société. Est-ce qu’il suffit pour cela d’avoir des institutions en état de marche avec des gens pour les faire fonctionner ? Je me permets d’en douter. Car qu’est-ce que c’est, un corps social ? C’est forcément une métaphore. Mais qui veut bien dire ce qu’elle dit. Comme dit Paul Ricœur, en titre merveilleux d’une de ses belles œuvres, c’est une « métaphore vive ». Et ça, y a pas à tortiller, ça ne s'administre pas.

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

jeudi, 24 novembre 2011

POLITIQUE ET ENVIE DE VOMIR

Quelques billevesées, balivernes, calembredaines et autres coquecigrues bien de saison :

 

I – La philosophe HANNAH ARENDT, dans Condition de l’homme moderne, hiérarchise ainsi les activités humaines :

 

1 – Tout en bas, le travail, qui traduit un asservissement à la nécessité. Son statut est le même que celui du servage.

2 – Un peu au-dessus du travail, l’œuvre, c’est-à-dire tout ce que l’homme interpose entre le monde et lui. On pourrait dire : tout ce qu’il ajoute à la réalité naturelle.

3 – Tout en haut des activités humaines : l’action. Essentiellement l’action politique, celle par laquelle les individus décident de leur appartenance au monde humain.

 

Bien sûr, il s’agit là de l’os. Je ne vais pas résumer le bouquin. Je laisse à chacun le soin de disséquer toute l’abondante et forte viande que HANNAH ARENDT a mise autour.

 

*

 

II – Le sociologue EMMANUEL TODD qui, à mon avis, porte sur le monde qui est le nôtre un regard original et non dépourvu de pertinence, déclarait à la radio il y a déjà quelque temps que les personnels politiques occidentaux en général, et français en particulier, se caractérisaient par une énorme, une inconcevable, une colossale MEDIOCRITÉ. Je pense qu’il voulait parler spécifiquement de leur médiocrité politique.

 

*

 

III – Le philosophe PLATON me déclarait, pas plus tard que la semaine dernière, que la pire des calamités qui puissent s’abattre sur un peuple, c’est que le pouvoir soit exercé par quelqu’un qui l’a ardemment désiré. Moralité : je ne vise personne, mais suivez mon regard. La juxtaposition de ces trois « jalons » constitue sans doute une claire indication de la direction.

 

***

 

Avant de commencer, un peu de correction du langage : il devrait être interdit de parler des élections présidentielles, qui supposeraient qu’on élit plusieurs présidents. Parlons, oui, des élections législatives : 577 députés, c’est certain, ça mérite le pluriel. Mais tant qu’il n’y a qu’un président élu, parlons, s’il vous plaît, de l’élection présidentielle. Merci d’avance.

 

***

 

Qui gouvernera la France en 2012 ? En l’état actuel des choses, je dirais volontiers que ma crainte est la réélection de notre nabot national. Mon raisonnement est le suivant. Ce ne sont pas tant le charisme, le prestige ou l’infaillibilité de NICOLAS SARKOZY qui plaident en faveur de cette hypothèse, que la médiocrité de ses adversaires putatifs.

 

 

Mais il y a aussi et surtout, à son service, une machine à conquérir le pouvoir redoutablement huilée et entraînée. Pour reprendre les trois jalons ci-dessus, personne en France, aujourd’hui, ne désire plus ardemment le pouvoir que NICOLAS SARKOZY. La politique, il s’en balance, il s’en fout, il s’en gausse.

 

 

La politique ? Mais il la méprise ! Il faut bien s’en convaincre : NICOLAS SARKOZY n’est pas un homme politique. C’est un APPÉTIT. C’est une des raisons qui font qu’EMMANUEL TODD a raison : nos personnels politiques sont incomparablement MEDIOCRES.

 

 

Pour lui, la politique se réduit à quelques données fondamentales : MANIPULER, MENTIR, PROMETTRE, ACHETER.

 

 

Mentir, ça a commencé très tôt : « Je ne vous mentirai pas, je ne vous trahirai pas ». Manipuler, c’est, par exemple, un homme de droite qui cite JEAN JAURÈS, célèbre GUY MÔQUET, débauche quelques bâtons merdeux du Parti Socialiste (KOUCHNER, BESSON, etc.). Acheter, c’est nommer à un poste prestigieux ou très rémunérateur des gêneurs ou des adversaires possibles. On appelle ça « voie de garage ».

 

 

Voilà le seul « credo » politique de NICOLAS SARKOZY. Cet homme (excusez-moi pour le terme, je n’en trouve pas d’autre) a compris l’état de déliquescence au stade terminal dans lequel se trouve le système politique français (l’italien n’est pas mal non plus, et quelques autres). Il a compris qu’il n’y a plus d’idées politiques. Il a compris que le monde actuel est guidé par deux certitudes qui se foutent éperdument de toute doctrine : la GESTION d’une part, et la COMPETITION d’autre part.

 

 

Il a compris que le monde actuel est une COQUILLE POLITIQUEMENT  VIDE, dans laquelle se contentent de jouer des FORCES voraces, qui n’ont besoin que de gestionnaires très compétents, de bons élèves sortis de bonnes écoles. Pour un tel opportuniste, c’est pain bénit.

 

 

Car NICOLAS SARKOZY a un seul objectif : LE POUVOIR. Si ce n’est pas pour le conquérir, c’est qu’il l’a déjà conquis et, avis à la population, qu’il fera TOUT pour le garder. Pour cela, il profite et abuse d’un outil aberrant, mais qui est entré dans les mœurs, au point d’imposer son hégémonie contre toute raison. Je veux parler du tout puissant SONDAGE.

 

 

Cette obsession du sondage chez NICOLAS SARKOZY est une preuve suffisante et aveuglante que son premier objectif n’est pas la politique à proprement parler, mais L’IMAGE que la population se fait (ou plutôt dont on lui bourre le crâne) de la politique. Toute l’action de NICOLAS SARKOZY se limite à la construction, à l’élaboration, à la fabrication et à l’invention de l’image de la politique, qui doit se résumer, dans son esprit, à son image à lui.

 

 

D’où l’explosion des factures de l’Elysée en dépenses de sondages pullulants et proliférants, fiévreusement décortiqués et analysés. D’où l’explosion du budget que l’Elysée consacre à la « communication » (voir par exemple ce qui s’est passé avec l’arrivée de THIERRY SAUSSEZ à l’Elysée). D’où le verrouillage minutieux et permanent des « éléments de langage » colportés par les équipes du gouvernement et des communicants, et le rappel à l’ordre impérieux des maladroits et des récalcitrants.

 

 

Si après les intimidations et menaces diverses, le « bug » insiste et refuse de s’écraser, on fait le ménage, et on débarque sans ménagement le coupable sur quelqu’une des nombreuses îles sécrétées par les institutions de la République (laissez-moi pouffer !), îles aussi désertes que princièrement rémunérées. La promotion éliminatoire est en effet un des procédés favoris de NICOLAS SARKOZY (et soyons jute : de ses prédécesseurs) pour se débarrasser d’un adversaire potentiel (en l’achetant). 

 

 

Une autre pièce d’importance sur l’échiquier « politique » de NICOLAS SARKOZY : le FOU. Je veux dire, évidemment, le JOURNALISTE, dont il achète l’attention à coup de sièges et de confidences « off the record »  dans l’avion présidentiel, ou qu’il punit à l’occasion, comme LAURENT MOUCHARD dit JOFFRIN, à une conférence de presse remarquée. Le principe est le même que pour les publicités BENETTON après le scandale qu’elles ont volontairement déclenché : dites du mal ou dites du bien de moi, je m’en fous, pourvu que vous parliez de moi.

 

 

L’important est le positionnement : toujours au centre du foyer (on parle alors de « focalisation »), par exemple en lançant de belles et saignantes polémiques. Etre celui qui suscite reste une des bases de la communication de toute l’équipe de NICOLAS SARKOZY. Le journaliste suivra comme le mouton suit celui qui le précède. Et tout ça est évidemment soigneusement concerté, calculé, supputé dans l’équipe de communication.

 

 

Dernier point sur la mécanique de conquête, je n’y insisterai pas : L’entente avec les puissants et les riches. On n’a pas oublié ERIC WOERTH flattant les membres du « Premier cercle » au cours de réunions discrètes et hautement rémunératrices pour les caisses de l’UMP. C’est la litanie bien connue : FOUQUET’S, BOLLORÉ, LAGARDERE, BOUYGUES et compagnie.

 

 

Les premiers éléments indiquant que NICOLAS SARKOZY a toutes les chances d’être réélu sont là. Les autres éléments sont exactement en face. Et regardez-les, les éléments-en-face. Un énigmatique monsieur POUTOU clair comme de l’eau de roche : il découle de la LCR déguisée en NPA, lui-même hérité de BESANCENOT. Un JEAN-LUC  MELENCHON qui veut faire croire que quoi ? Qu’il est honnête, quand il tempête à une tribune ou sur un plateau de télévision ? A qui fera-t-on croire ce conte de fées ?

 

 

Une EVA JOLY bientôt vierge et martyr jetée dans le panier de vieux crabes, qui tâche d’exister en pariant sur l’intransigeance, mais qui est déjà bien abîmée avant même d’être vraiment entrée en scène. Si elle s’appelait JEANNE D’ARC, je parie qu’elle irait faire sacrer le roi à Reims.

 

 

Une MARINE LE PEN, autopromue chevalier blanc en lieu et place du chevalier blanc « tête haute, mains propres », et qui défend des « idées », paraît-il, comme ce très improbable retour de la NATION. Si vous voulez mon avis, la nation, si elle n’est pas tout à fait « en trépas », n’est plus tout à fait « en vie ».

 

 

Et maintenant, « grelot, grelot, combien j’ai de sous dans mon sabot ? », « last, but not least », le pauvre FRANÇOIS HOLLANDE. Pourquoi « pauvre » ? Je ne parle évidemment pas de son patrimoine : je crois savoir qu’il est supérieur au mien (voir les quelques pages de journaux y consacrées il y a quelques années).

 

 

Je parle de la tête qu’il fait sur les photos. On me dira ce qu’on voudra, cet homme, quand il ne fait pas des yeux de bête traquée, a l’air d’un élève de CM 2 récompensé par la maîtresse d’école. A la rigueur, je l’admets comme le comptable de l’entreprise, que le patron vient de remercier chaleureusement pour la clarté de son bilan, à la fin du conseil d’administration. Lui aussi, il essaie de faire croire. Mais quoi ?

 

 

Un dernier mot sur la médiocrité de nos personnels politiques. Vous avez forcément remarqué que ce sont TOUS d’excellents élèves, et même des premiers de la classe (regardez bien COPÉ, MONTEBOURG, FILLON, PEILLON ; regardez-les bien tous en version « premiers de la classe »). Ils ont choisi de « faire carrière », aidés en cela par le cumul des mandats.

 

 

Ces quelques centaines de membres de l’élite de notre pays qui, droite ou gauche, fonctionnent comme une « famille » sicilienne qui intronise ou repousse qui elle veut, ne font rien d’autre que se partager des gâteaux, même s’ils proclament être « portés par de fortes convictions ». Droite ou gauche, ils sont formatés intellectuellement de façon strictement identique (la caricature, c’est l’E. N. A.).

 

 

Vous avez compris pourquoi je crains, en 2012, le retour du nabot.

 

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

Question subsidiaire : lecteur attentif, fûté et affûté, sauras-tu deviner l'anagramme dissimulée dans "nabot" ? Quand je te dis qu'il faut craindre le "retour de bâton" !