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dimanche, 29 décembre 2013

IRRECUPERABLE REISER

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J’ai entendu récemment monsieur Jean-Marc Parisis parler du dessinateur Reiser, auquel il a consacré en 1995 un ouvrage biographique. Je ne l'ai pas lu, mais sur le principe, j'y vois un travail salutaire, car Reiser est quelqu’un de bien oublié, alors que tout son travail pourrait servir de leçon (en forme de volée de bois vert) à tous les caricaturistes et dessinateurs de presse d’aujourd’hui, dont j’excepte cependant Cabu, Willem et quelques autres. Ceux du Charlie Hebdo qu'on connaît aujourd'hui, en comparaison, la jouent « petits bras », quand ce n'est pas carrément « bras cassé ». 

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Quand je pense à Reiser, le pauvre dessin que Plantu inflige au lecteur en première page du Monde m’apparaît d’autant plus misérable. Mais j’imagine bien que si Plantu s’inspirait tant soit peu de Reiser, il se ferait séance tenante virer du « journal de référence ».

 

JESUS AYATOLLAH.jpg

 

Pour une raison très simple : Reiser est l’archétype même du dessinateur libre. La caractéristique principale de cette liberté, s’agissant de Reiser, c’est la férocité. Au 19ème siècle, on aurait dit que l’artiste « porte le fer dans la plaie ». Quant à Jean-Marc Parisis, je me rappelle avoir lu, il y a fort longtemps, La Mélancolie des fast foods (1987). Je me souviens d’un roman nerveux, rapide et non dénué de violence. L’intérêt manifesté par l’auteur pour Reiser n’est donc pas incohérent.

 

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Les deux « pères » de Reiser dans le métier furent Georges Bernier, alias Professeur Choron, l’inénarrable, l’indécrottable, l’insupportable et toujours imbibé Professeur Choron. Pour dire que la première maison qui abrita le dessinateur s’appelait Hara Kiri, « journal bête et méchant ». Il faut s’en féliciter : c’était en quelque sorte un habitat naturel pour lui.

 

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Dans les années 1990, Delfeil de Ton eut l’idée formidable de réunir tous les dessins que Reiser avait faits pour la presse, à commencer par Charlie Hebdo, qui n’avaient pas fait l’objet d’une publication en albums. Résultat : neuf volumes, publiés de 1994 à 2001 aux éditions Albin Michel.

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J’ai essayé ici de donner une petite idée de la liberté que prenait Reiser avec tous les « groupes », toutes les « minorités » qui font régner aujourd’hui la terreur parmi les adeptes de la liberté d’expression.

 

S’il n’était pas mort à temps pour ne pas voir le nouvel ordre moral et punitif, et la gravissime gravité d'une bienpensance tartufière, conformiste et cérémonieuse s’abattre sur le pauvre monde comme la dalle de granit se referme sur le caveau fraîchement creusé, on pourrait sans doute dire à présent : « Reiser ? Combien de condamnations ? ».

 

Qu’il s’agisse des femmes (qu'il adorait), des nègres, des pédés, des parents, des gouvernants, des écologistes, des curés, des vieux, des handicapés (= les tabous d'aujourd'hui = autant de motifs de correctionnelle) tout le monde en prenait joyeusement pour son grade. Et pour le dessin d'actualité, Reiser, il se posait un peu là.

 

C'était l'époque de Coluche, de Desproges, ... et de Reiser.

 

Heureux temps.

 

Voilà ce que je dis, moi. 

 

samedi, 28 décembre 2013

IRRECUPERABLE 2

LE MAUVAIS SUJET NON REPENTI (suite)

J’en étais resté à l’ordre moral que s’efforcent de faire régner « les associations », à l’autorité qu’elles tentent d’acquérir, d’une part, en faisant pression sur les responsables politiques pour en obtenir des législations favorables à leurs intérêts, d’autre part, une fois la loi modifiée en leur faveur, de porter les coupables d’infractions à cette loi devant les juges correctionnels pour qu’ils soient dûment punis d’avoir osé attenter aux dits intérêts.

Le plus ancien de ces groupes de pression est peut-être la LICRA : d’après M. Wikipedia, elle est née en 1932, après deux ébauches de 1927 et 1931. C’est un assassinat commis par un juif en plein Paris sur un responsable supposé des pogroms qui affectaient alors l’Ukraine, qui a servi de motif à un certain Bernard Lecache. L’association ainsi créée s’est d’abord appelée Ligue Contre l’Antisémitisme, le mot « racisme » fut ajouté ensuite, sans doute pour élargir l’action de défense à d’autres que des juifs, pour qu’elle paraisse moins unilatérale, donc plus impartiale.

Je ne suis pas prêt à suivre des gens comme Dieudonné M’Bala M’Bala ou Alain Soral sur la piste glissante où ils font la danse du ventre en tendant le bras droit vers le bas et posant la main gauche sur l’épaule. Il paraît que ça s’appelle le « salut de la quenelle » ou, encore plus simplement, « la quenelle ». Le geste est-il antisémite ? Je n’en sais rien et, à la limite, je m’en fiche.

Toujours est-il que certains individus de confession juive l’interprètent ainsi, au point d’organiser des expéditions punitives musclées contre des individus qu’ils ont vu (ou dont on leur a dit que) faire le geste sur les réseaux sociaux. Six d’entre eux viennent d’être mis en examen à Villeurbanne. On en est là.

Mais si je trouve le geste stupide et ridicule, cela reste un simple « geste ». Je veux dire que ce n’est pas un « acte ». Il faut différencier les deux. C'est à la rigueur une provocation. L’expédition punitive menée par des gens qui se présentent comme des « justiciers » de la communauté juive, en revanche, est un acte. C’est même un délit.

Tout ça pour dire que je trouve étonnant, au point d’en être éberlué, qu’on puisse incriminer des auteurs de gestes et de paroles, aussi bêtes et méchants que soient ces gestes et ces paroles. C’est vrai que la « quenelle » n’est pas interdite par la loi, mais le « bras » ou le « doigt d’honneur » le sont-ils ? Tiens, essayez d’en faire un en public face à un haut responsable (préfet, président,…), pour voir.

Les paroles maintenant. Faites comme Edgar Morin (accompagné de Sami Naïr et Danielle Sallenave), signez une tribune dans Le Monde daté 4 juin 2002 intitulée Israël-Palestine : le cancer, où vous dénoncez l’attitude de l’Etat israélien à l’égard des Palestiniens, adoptant à leur égard les procédés mêmes utilisés à l’encontre des juifs au cours de l’histoire, singulièrement sous le règne des nazis : ghettoïsation, persécution, …

Apprêtez-vous alors à subir l’accusation infamante d’ « antisémitisme », portée par deux « associations » : France-Israël et Avocats sans frontières. Il vous faudra aller jusqu’en Cour de Cassation pour être enfin blanchi. Heureusement. C'est un petit exemple du pouvoir de nuisance des « associations ». Leur caractère nuisible est lié à ce qui a motivé leur création : l'arbitraire et le capricieux de leurs dirigeants est à la à la fois leur origine et un corollaire.

Maintenant, quant à moi, je me demande si je ne suis pas antisémite. Non que j’aie quoi que ce soit à reprocher aux juifs en tant que juifs. Pas plus que je n’ai à m’en féliciter. J'ai lu les Bagatelles pour un massacre de Louis-Ferdinand Céline, et j'ai la conviction que l'antisémitisme féroce qui dégouline à presque chaque ligne est le symptôme aigu d'une maladie mentale. Mais ne suis-je pas, comme Edgar Morin, effaré d'observer la volonté d’une partie non négligeable du peuple israélien de perpétuer la guerre qui dure depuis plus de soixante ans en Palestine ?

Ben oui quoi, c’est bien l’électeur majoritaire d’Israël qui porte très régulièrement au pouvoir des gens cramponnés à l’idée que toute cette terre leur appartient. Les plus intégristes de ces malades sont convaincus qu’il est légitime de coloniser la Cisjordanie, et de dégoûter ses habitants arabes au point de les faire déguerpir jusqu’au dernier.

Chaque implantation de colonie juive en territoire arabe est à considérer comme une déclaration de guerre. Peut-on encore rêver un gouvernement israélien modéré ? Peut-on rêver, symétriquement, un Hezbollah pacifique, un Hamas non-violent, si ce ne sont pas des oxymores ? Ecoutez les cours précis et désespérants de monsieur Henri Laurens au Collège de France, où il reconstitue méticuleusement l’histoire du Proche Orient depuis la 2ème guerre mondiale, et vous serez persuadé de l’inextricabilité de l’écheveau et de l’insolubilité du problème.

En attendant, je persiste à trouver profondément injuste l’attitude d’Israël. Si c’est ça, être antisémite, alors … ça voudrait dire que ce sont « les associations » qui ont raison. Ce serait quand même fort de café, non ?

Voilà ce que je dis, moi. 

 

 

jeudi, 26 décembre 2013

IRRECUPERABLE

LE MAUVAIS SUJET NON REPENTI

 

Quand j’avais tous les défauts, j’avais honte d’être ce que j’étais. Maintenant que j’ai tous les vices, je me sens infiniment mieux dans ma peau. Et soulagé !.... 

 

Tous les défauts, à la réflexion, ce n’est pas grave : la publicité ne prêche-t-elle pas l’indulgence la plus coupable et la plus complaisante à l’égard de tout ce qui était regardé autrefois comme des « péchés mortels » ? Regardez le message obsédant du sermon publicitaire qui, comme une oraison inspirée par Satan, tombe comme un rapace de la chaire télévisuelle, non seulement le dimanche, mais tous les jours que Dieu fait.

 

Ce ne sont qu’éloges, apologies et dithyrambes tressés comme des couronnes de laurier sur la tête des gourmands, encouragements réitérés aux paresseux, miels doucereux versés dans les plaies ouvertes des envieux, exhortations exaltées à la jouissance sexuelle lancées aux luxurieux de tout poil, légitimation libérale et marchande de l’ambition des orgueilleux, « j’en passe et des meilleurs » (Hernani, III, 6). Il n’y a guère que la colère et l’avarice qui soient bannies des agences de com’, comme trop peu « convenables » et trop évidemment antisociales.

 

En dehors de ces deux exceptions, l’époque actuelle glorifie tout ce qui autrefois justifiait qu’on se rendît chaque semaine dans ce petit édifice en bois établi sur les bas-côtés des églises, pour avouer à un homme vêtu d’une longue robe noire les turpitudes accumulées en l’espace de sept jours, et surtout sept nuits. La grille en bois était supposée préserver l’anonymat des interlocuteurs, mais n’empêchait pas le curé de vous souffler dans le nez son haleine pestilentielle.

 

Quels sont les péchés mortels d’aujourd’hui, maintenant que les confessionnaux ont été fermés ? Y a-t-il aujourd’hui, en dehors des psys, coaches, et autres conseillers en bien-être, des gens faisant fonction de curés, maintenant qu’aucune absolution de quelque péché que ce soit n’est imaginable ?

 

La réponse à la première question est simple : les péchés mortels d’aujourd’hui, qui sont considérés comme des vices rédhibitoires, ont pour nom « sexisme », « islamophobie », « homophobie », « antisémitisme »,  « racisme », « intolérance », « conservatisme ». Je note que le nombre des péchés mortels n’a pas varié : on ne se débarrasse pas si facilement du bagage chrétien porté par la civilisation.

 

Quant aux curés, la première différence est qu’ils ne sont plus nommés par une autorité ecclésiastique légitime, mais qu’ils se sont autoproclamés « autorité », se réclamant de ce que les « journalistes » se sont habitués à appeler d’un drôle de nom générique : « les associations », l’appellation d’ « ONG » étant réservée comme supposée plus noble aux entreprises multinationales du caritatif (CCFD, …), de l’écologie (WWF,…) et des « Droits de l’homme » (Amnesty,…), bien qu’une « association » soit de ce fait même et par nature une « ONG », du moins quand elle ne sert pas de faux-nez, par exemple, à une municipalité, pour des raisons juridiques que je n’ai jamais cherché à approfondir.

 

Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais quand survient un événement, une parole, un spectacle, qui effleure la « sensibilité » des juifs, ou des femmes, ou des musulmans, ou des noirs, ou des homosexuels, aussitôt se dressent pour venger l’offense, outrées, menaçantes et scandalisées, « les associations ».

 

Les voilà, les nouveaux curés. Ils n’ont pas de soutane. Ils n’officient pas dans des confessionnaux pour recueillir les aveux de culpabilité des pécheurs ou pour absoudre leurs péchés. Ils s’en voudraient, les nouveaux curés, d’absoudre quoi que ce soit. Parce que, s’ils n’ont pas revêtu la soutane pour exercer leur ministère, c’est qu’ils refusent d’être identifiés sous un seul uniforme : il leur en faut deux.

 

Quel est le deuxième, demanderez-vous ? Mais l’uniforme de flic, voyons. « Les associations » sont en effet composées de cette espèce hybride (le mot est à la mode : automobile, OGM, …) qui reste à baptiser. Je proposerais bien de les appeler « curés-flics ». Mais heureusement, outre que l’expression pourrait prêter à confusion, il existe un mot qui synthétise assez bien cette nouvelle entité : le « MILITANT ».

 

Pour le militant, le monde est d'une simplicité évangélique. Il se partage en deux : d'une côté (le sien) les « BONS », de l'autre (le reste du monde) les « MECHANTS ». « Les associations » sont en réalité de véritables petites armées. Le « militant » n’est en effet rien d’autre qu’un militaire sans uniforme. Comme le militaire, il évolue en troupe en suivant son porte-drapeau.

 

L’étendard est en effet l’autre visage du « militant ». Cet étendard porte, brodé au fil d’or sur l’étoffe, un mot ou un sigle qui flamboie au soleil et rayonne partout alentour avec l’ambition d’illuminer l’espace tout entier et d’embrasser l’humanité entre ses bras (qu’il a particulièrement longs), je veux parler de la « CAUSE ».

 

Le « militant » qui combat pour sa « cause » n’existerait pas s’il n’avait pas un ennemi : le « méchant ». Contrairement au curé d’autrefois, le « militant » ne pardonne rien. Son cri de guerre n’est pas « la victoire ou la mort », mais « la victoire ou la victoire ». Son seul objectif est d’éliminer l’adversaire. Sa seule pensée : le « PUNIR ». Et ça tombe bien : il a su mettre les institutions et les responsables politiques dans sa poche.Tout cela peut sembler abstrait. Certains murmurent peut-être : « Des noms ! Des noms ! ». Certains lecteurs habituels de ce blog se doutent déjà de la liste inscrite ici en filigrane. Mais qu’on se rassure, cela viendra.

 

Voilà ce que je dis, moi. 

 

jeudi, 05 décembre 2013

LIBERATION DE LA PAROLE

Quatre recettes de cuisine infaillibles (vous ne pouvez les rater).

 

Recette n°1.

 

Mettez dans une première marmite parlementaire une belle loi consacrant le mariage entre personnes de même sexe. Mettez dans une seconde marmite populaire la voix majoritaire du peuple. Fermez-la hermétiquement avec un bon couvercle de surdité démocratique. Laissez mijoter à l’étouffée. Quand cette marmite populaire explose, appelez cette explosion « libération de la parole homophobe ».

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Recette n°2.

 

Prenez une femme. Mettez-la dans un grand voile noir ne laissant voir que les yeux. Pour bien faire, cachez ses mains sous des gants également noirs. Faites-la se promener dans les rues librement. Quand la marmite populaire explose, appelez cette explosion « libération de la parole islamophobe ».

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Recette n°3.

 

Prenez une ministre d’origine guyanaise. Demandez-lui de pratiquer avec éclat et constance la provocation et le coup de force dans la marmite parlementaire. Au moment où l’on entend, venant des tribunes, des cris de singe et où les spectateurs envoient des bananes sur la pelouse, appelez cette explosion « libération de la parole raciste ».

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VOILÀ COMMENT ON SE REPRESENTAIT LES "NÈGRES" EN 1874

 

Recette n°4.

 

Prenez un référendum de 2005, qui a vu une majorité se prononcer pour le rejet d’un traité constitutionnel européen. Une fois élu président, asseyez-vous carrément sur ce rejet et faites adopter un clone du traité par les « représentants » du peuple. Etonnez-vous alors de la « libération de la parole europhobe ».

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Expérimentez crânement ces quelques recettes. Si, comme on le voit dans la réalité, vous observez la montée de la méfiance et de la haine entre « communautés », dites-vous que vous pouvez être fier de vous.

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

 

samedi, 01 juin 2013

PROFESSION : COMPTEUR DE MORTS

 

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DANS LE LIVRE SANS TITRE, ONT ETE RECUEILLIES LES PHOTOS PRISES PAR LA GRANDE DIANE ARBUS, ENTRE 1969 ET 1971, DANS DES CENTRES POUR HANDICAPÉS MENTAUX, QU'ELLE VISITAIT A L'OCCASION DE PIQUE-NIQUES, DE BALS OU POUR LA FÊTE D'HALLOWEEN.

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LE LIVRE EST AUX EDITIONS DE LA MARTINIÈRE (1995)

 

 

***

Je ne sais pas si vous avez remarqué, au sujet de la guerre en Syrie, mais le monde est tenu informé avec une régularité métronomique du nombre des morts que les combats ont fabriqué (antécédent : "nombre"). Même s’il règne parfois sur la chose un flou regrettable, suivant que vous êtes branché sur radio-ONU ou sur radio-Observatoire des droits de l’homme en Syrie. Moins de 80.000 ? Plus de 100.000 ? Allez savoir. Une chose est sûre : Bachar El Assad ne tient aucun compte (des morts, des avertissements américains, ...). On sait que les balles, les grenades, les missiles et maintenant les gaz tuent. C’est même pour ça que ça a été inventé.

 

Même chose pour les civils syriens réfugiés qui en Turquie, qui au Liban, qui en Jordanie (où ils sont, soit dit en passant, détroussés par la mafia locale) : combien sont-ils ? Certains parlent de plusieurs centaines de milliers, d’autres comptent par millions. A qui se fier ? On n'a pas de compteurs homologués par la DGCCRF.

 

Même chose pour les clandestins, roms et autres sans-papiers installés en France. Là c’est beaucoup plus difficile de se faire une idée, pour la raison qu’il est difficile d’établir scientifiquement une statistique. Il en sera autrement quand on aura trouvé le moyen  de recenser tous ceux qui tiennent à ne pas être recensés, ayant quelque chose à craindre ou à cacher.

 

J’aurais pu prendre l’exemple de la récente tornade qui a ravagé une banlieue d’Oklahoma City, de l’ouragan Katrina (Nouvelle Orléans), de Sandy (New York), de l’immeuble Rana Plaza (Bangla Desh) effondré avec toutes ses ouvrières du textile, de la catastrophe de Tchernobyl ou de Fukushima, du tsunami sur Banda Aceh en 2004 (nord de Sumatra), etc. La liste n’est pas près de s’interrompre. Le fin du fin, à tout prendre, ça reste le COMPTEUR DE MORTS. Un métier apparemment devenu indispensable. Mais un métier bizarre : comment fait-on pour compter les morts ?

 

Tout ça pour quoi ? Eh bien, incidemment, je me pose des questions, dans toutes ces occasions où les journalistes se ruent par dizaines ou par centaines en un seul endroit du globe pour répercuter un événement de dimension internationale, au sujet de la personne qui est chargée de tenir le registre des nombres. Ben oui, quoi, qui est-ce qui coche une case de plus quand il y a un mort de plus ? Est-ce un poste à temps plein ? Un CDD ? Un emploi intérimaire ? Une machine ? Qui est son patron ? Que lui a-t-on donné comme instructions ?

 

Qu’est-ce que vous faites dans la vie ? Compteur de morts ? Ah, ça doit être enrichissant, comme job, si on est payé au nombre. Et puis on voit du pays ! Mais la contrepartie, c’est qu’il faut être disponible. Et aimer les voyages. La plupart du temps, réveillé en pleine nuit, direction l’aéroport, même pas le temps de prendre une brosse à dents. Pire que le vendeur de paratonnerres de Georges Brassens : « Contraint de coucher dehors quand il fait mauvais temps, pour la bonne raison qu’il est représentant d’une maison de paratonnerres ». Mais il faut se représenter que, payé à l’unité, c’est un métier qui rapporte, compteur de morts.

 

Mais c’est un métier ingrat, méconnu, et pour une raison simple : on n’est jamais sur le devant de la scène. C’est compréhensible : pour compter les morts, il faut être vivant. Donc il est conseillé de ne pas trop s’exposer aux balles perdues. Pour ça, il est recommandé d’avoir du nez, parce que, finalement, personne ne sait où ça va tomber, la prochaine rafale.

 

Plaisanterie mise à part, je trouve assez extraordinaire que les compteurs de morts aient aujourd’hui pignon sur rue. Dans l’Iliade, Homère procède par mise en commun : tous les morts dans le même sac. Aujourd’hui, on tient à être scientifique. On pourrait dire que la loi journalistique règne en maîtresse : il faut du vérifiable, du vérifié, du recoupé de plusieurs sources.

 

Qu’on se le dise, le journalisme actuel aime le chiffre, vénère le nombre, se prosterne devant la quantité. Le journaliste ne jure que par la statistique. La mesure de l’événement ? Le nombre d’humains concernés par l’événement. Plus le nombre est grand, plus l’événement est important. Enfin, il faut relativiser : pour plus de 1000 morts dans un immeuble irrégulier dans la banlieue de Dacca (Bangladesh), les 2 Français morts du coronavirus (formule H118 N32) se sont vu offrir une surface de papier inespérée (enfin, il y en a encore un d'à peu près vivant).

 

Le Rana Plaza s’est écroulé à peu près en même temps que deux bombes éclataient à l’arrivée du marathon de Boston (les frères Tsarnaev, que leur nom soit maudit parmi les générations !). 1100 morts d’un côté, 3 morts de l’autre : desquels a-t-on le plus parlé ? Comme quoi, les morts ne pèsent pas tous aussi lourd. « Pauvres cendres de conséquence », chante Georges Brassens dans La Supplique ... A cet égard, il faut croire que les cendres bangladaises sont de très peu de conséquence.

 

Finalement, les compteurs de morts ne sont que de petits tâcherons obscurs. Ce qui compte, c’est l’IBM. L’IBM ? Mais si, vous savez bien : l’Indice de Bruit Médiatique. Proverbe ancien : « Bonne renommée vaut mieux que ceinture dorée ». De toute façon, au Bangladesh, ils se reproduisent comme des lapins, voire comme des lemmings. Un petit nettoyage régulier ne saurait faire de mal.

 

C’est comme les minerais : t’as la cote, ou bien t’as pas la cote ? Bon, il y a des fluctuations, mais au milieu, il y a quelques valeurs sûres, qui trouvent comme spontanément l’oreille des grands médias. Les deux tours du Centre du Commerce Mondial (WTC) abritaient aussi 310 travailleurs non-américains ? On s’en fout : ça se passe en Amérique, donc c’est Américain, donc c’est une immense tragédie. C’est là que le consternant idéologue, prétendument journaliste, Jean-Marie Colombani peut titrer dans son éditorial  du Monde : « Nous sommes tous Américains ». Après l’écroulement du Rana Plaza, quel éditorialiste écrirait : « Nous sommes tous Bangladais » ? Colombani a ses priorités.

 

Compteur de morts, oui, mais pas n’importe lesquels.

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

samedi, 18 mai 2013

RECAPITULONS 2

 

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UN : Plus il y a de l’ « Associatif », moins il y a de « Société ».

 

DEUX : Moins il y a de « Nation », moins il y a de « Société ».

 

TROIS : Plus il y a de « Privé », moins il y a de « Société ».

 

Privatisation à outrance et en accéléré de tout ce qui ressemble à du « bien commun ». J’ai pris l’exemple de Lyon et de la vente de ses bijoux de famille par son « grand-maire » Gérard Collomb, mais j’aurais pu aller chercher de multiples exemples, ne serait-ce que dans la capitale, avec le scandale du « Balardgone » (futur ministère de la Défense) décrit dans Le Canard enchaîné., comme application dans les grandes largeurs de ces PPP tant vantés aujourd'hui, depuis les sévices que Nicolas Sarkozy a fait subir à la France. PPP, c'est du "partenariat public - privé" : pour faire passer une belle arnaque, il faut une belle appellation.

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LE CANARD ENCHAÎNÉ DE MERCREDI DERNIER (15 MAI)

J’ai pris l’exemple de la multinationale Monsanto, la reine des OGM, bien loin devant BayerCropScience ou Syngenta, et parlé à son propos de « privatisation du vivant ». Il faut savoir ce que signifie concrètement l’expression, dans la vie réelle des praticiens de l'agriculture : Monsieur Vernon Hugh Bowman, 75 ans, producteur de soja dans l’Indiana, a commis le crime de lèse-majesté en achetant ses semences dans un silo à grains de la région, au lieu de payer la redevance à Monsanto en personne. Résultat, il a semé des gènes brevetés Monsanto sans payer la dîme.

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Il vient de prendre en pleine poire un violent « jab » (un "direct" à la face) de la droite de la Cour Suprême : après un procès de six ans, il est condamné sans recours à verser 85.000 dollars à Monsieur Adolf Monsanto, qui ne s’arrêtera que lorsqu’il aura étendu pour 1000 ans son empire totalitaire sur l’ensemble des plantes cultivées, et que les paysans, chaque année à date fixe, viendront remplir son bas de laine pour avoir seulement le droit d’enfouir dans le sol des graines dont il possède (pour l’avoir inventée et mise au point) une minuscule séquence du génome, sur laquelle il garde un droit de propriété. Ne pas confondre « droit d’enfouir » et « droit de propriété ».

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M. VERNON HUGH BOWMAN N'A PAS L'AIR CONTENT. IL A DE BONNES RAISONS.

J’ai entendu de savants économistes vanter les bienfaits des PPP, initiés par feu (si seulement ça pouvait être vrai !) Nicolas Sarkozy. Les « Partenariats Public-Privé », paraît-il, c’est le fin du fin en matière d’action publique. Sauf que, après avoir laissé les « investisseurs » investir dans l’édification des bâtiments, la « puissance publique » (c’est le contribuable) paiera à Bouygues, Eiffage ou Vinci un loyer astronomique pendant plusieurs dizaines d’années.

 

Ce à quoi on a assisté depuis trente ou quarante ans, c’est au naufrage de ce qu’on appelait précisément la « puissance publique ». Mais un naufrage sciemment provoqué, comme si le capitaine fracassait lui-même à coups de hache la coque de son navire pour le faire couler.

 

Les coups ont été portés par l’américanisation des mœurs (y compris juridiques), par un bourrage de crâne incessant, par une « construction européenne » fondée sur une libéralisation à tout crin et une « concurrence libre et non faussée », où les « services publics à la française » faisaient figure de diplodocus et de brontosaures égarés dans la modernité marchande. Les « responsables » (sic !!!) politiques ont tous abondé dans le même sens, de Giscard à Hollande. Tous responsables, tous coupables.

 

L’OCDE en a décidé ainsi il y a bien trente ans : plus rien ne doit subsister de ce qui ressemble à un monopole d’Etat (transports, hôpital, éducation, etc., qu’on appelle aussi le bien commun), et tout doit pouvoir être mis en concurrence, comme n’importe quelle marchandise. Regardez l’arnaque qui se prépare dans les négociations entre Europe et Etats-Unis en vue d’un espace commun, absolument libre-échangiste.

 

Il faut à tout prix empêcher les peuples de persister à « faire société ». Pour ça, rien de mieux que la guerre de tous contre tous. Dans cette perspective, je conseille aux peuples de bien s’accrocher aux branches, parce que ça va souffler encore plus fort !

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

 

vendredi, 17 mai 2013

RECAPITULONS 1

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***

 

Récapitulons :

 

UN : La « Société » est devenue une abstraction, dénuée à ce titre de toute consistance vivante. Les gens qui vivent quand même à sa base essaient vaille que vaille d’y remédier en se groupant par centres d’intérêt (collectionneurs de timbres, amicale bouliste des cheminots, etc.)  ou pour défendre des intérêts particuliers : malades du lupus érythémateux (AFL, vous pouvez vérifier mes sigles), peau noire (CRAN), sexe féminin (collectif la barbe, chiennes de garde ou, plus récentes, les ″femens″, etc.), sexe orienté homo (LGBT, Act Up, etc.), usagers des transports (AUT) ou de l’administration (ADUA), victimes des sectes (ADFI), et tutti quanti.

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On appelle ça des « Associations loi 1901 ». Si je me permets de juger préoccupante leur prolifération, c’est pour la raison discutable mais impérieuse qu’on peut y voir le signe d’une décomposition du « corps social » dans son ensemble, les gens se rassemblant justement pour défendre, qu’on le veuille ou non, des intérêts particuliers. Plus il y a d’associations, ai-je dit, moins il y a de société (dit autrement : d’ « intérêt général »). 

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On pourrait en dire autant des « Organisations Non Gouvernementales » (ONG). Chacun en pensera ce qu’il voudra, mais selon moi, quand c’est une association qui agit sur un terrain (Restos du cœur, Banque alimentaire, Médecins sans frontières, etc.), c’est qu’il y a substitution de l’action privée à l’action publique, provoquée par la démission de celle-ci.

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L'action privée des associations repose qui plus est sur le bénévolat. Mais des millions de bénévoles, cela suffit-il pour « recréer du lien social » ? Je dirais plutôt que le bénévolat est la preuve de la disparition du lien social. Les « hommes de bonne volonté » sont nombreux, mais l'adversaire est trop puissant. Et qu'on ne me parle pas de l'action militante. J'aimerais me tromper.

 

DEUX : Dissolution de tous les symboles fédérateurs qui permettraient aux Français de « faire société ». J’ai pris l’exemple de la nation française, dont on peut dire qu’elle n’existe plus que dans le rétroviseur de générations plus ou moins vieillissantes. Dans les faits, la nation s’évanouit dans les bras de l’incertaine Europe, dont les « directives » imprègnent d’ores et déjà 60 % des lois « françaises ». Au reste, ne suffit-il pas d’entendre certains (Nicolas Dupont-Aignan, Jean-Pierre Chevènement, et quelques autres) se faire traiter de « souverainistes », insulte méprisante dans la bouche de ceux qui prononcent le mot.

 

« Espèce de souverainiste ! ». Se déclarer ou être déclaré tel, c’est être catalogué partisan du passé, inscrit au fichier des grands nostalgiques, féroce et indécrottable adversaire du moderne et de l’indifférencié. C’est même pire : accepter de passer pour un facho, crispé sur l’improbable souvenir d’une « identité nationale » désormais périmée, et rangé parmi les épigones du Front National. Et ça, ba-caca, c'est horriblement vilain, les associations en ont décidé ainsi.

 

On pavoise encore pour la forme les mairies et autres édifices officiels, mais qu’est-ce qu’elle est devenue, la symbolique du drapeau ? Qu’est-ce qu’elle est devenue, la « patrie-des-droits-de-l’homme » ? Qu’est-ce qu’elle est devenue, la « fierté-d’être-Français » ?

 

Par là je ne veux pas dire qu’il faudrait être fier de ça. Je dis juste que s’il n’y a plus aucune raison d’en être fier, c’est que la chose a perdu son sens. Et que la France, après sa défaite définitive, a signé l’acte de capitulation sans condition par lequel elle se remet pieds et poings liés, entre les mains des modernes forces d’occupation. Et cette fois, les collabos ont pignon sur rue.

 

Comme symbole fédérateur, j’aurais tout aussi bien pu prendre l’exemple de la démocratie représentative, dans laquelle j’ai personnellement cessé de croire depuis déjà quelque temps. Mais je suis loin d’être le seul à m’abstenir d’aller voter aux élections, quelles qu’elles soient. Les journalistes sont satisfaits quand l’abstention ne dépasse pas 30 % : un tiers de déchet ne leur semble pas trop catastrophique, pour dire si le ver a déjà bien croqué dans le fruit.

 

TROIS : ... Ah non, je vois que ça fait trop long. Il faut donc que je procrastine. A demain.

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

jeudi, 16 mai 2013

AH ! FAIRE SOCIETE !

 

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***

 

« Vivrensemble ! Vivrensemble ! Ouais ! Ouais ! » Un joli slogan, coquet, seyant, qui fait très bien sur la banderole, et que les défileurs des rues manifestantes ne rechignent jamais à gueuler de tout leur enthousiasme, y compris dans le mégaphone badgé CGT. Une mode qui se porte ample, près-du-corps ou moulante : tous les goûts sont dans l’égout. Corollaire : toute la nature est dans la nature. Et comme il y a de moins en moins de nature, il ne reste plus que l’égout.

 

Non, sérieux, qui est-ce qui en veut, aujourd’hui, du « vivrensemble » ? Qui en veut vraiment ? La vie fait à tout le monde des trajectoires parallèles. Or les parallèles ne se rencontrent qu’à l’infini. Oh si, ça s’entrecroise bien à l’occasion, mais chacun avance sur ses rails. On s'entrecroise moins qu'on ne se frôle.

 

Le lien social, aujourd'hui, c'est l'effleurement, comme le prouve le téléphone portable, qui autorise votre ami à interrompre votre conversation, au risque de perdre le fil, et qui montre qu'à ses yeux, vous n'avez pas l'importance vitale qu'il vient de vous déclarer les yeux dans les yeux. Les conséquences peuvent être beaucoup plus embêtantes si vous étiez en train de faire l'amour avec votre petite amie. Faire société ne fait plus sens. Pourquoi sommes-nous ensemble ? Tout le monde se le demande. Pourquoi ceux-ci et pas ceux-là, après tout, puisque « je le vaux bien » ?

 

Après tout, la vie privée donne l’exemple : pourquoi épouser celle-ci plutôt que celle-là ? De toute façon, ne nous marions pas, parce que ça finira par un divorce. Ou alors, marions-nous avec des gens de même sexe, pour surfer sur la vague du dernier cri de la modernité. Vivons le temps que nous pourrons avec quelqu’un, tant que ça nous satisfait. Après ? « Vous vous changez ? Changez de Kelton », disait une vieille pub pour des montres. Au fait, qu'est-ce que c'est devenu, Kelton ?

 

Même chose avec les gens : vous en avez marre « de lui voir tout le temps le nez au milieu de la figure » (Tonton Georges) ? Changez ! De montre, de voiture, de look, de compagnon ou de compagne, de smartphone, ce que vous voulez, mais changez. Tout le monde est interchangeable : pas besoin de se gêner. Faire société ? C’est quoi, cette fatrasie ?

 

De toute façon, le « faire société » se délite, alors comme il faut bien vivre, jetons les valeurs communes (la nation) ; jetons-nous dans « l’associatif » pour retrouver de la proximité et du semblable homogène, et laissons privatiser les biens communs. Privatiser : le bien commun est devenu un investissement rentable.

 

HÔTEL DIEU 3.jpgGérard Collomb, « grand-maire » de Lyon, a vendu le quartier Grolée à Cargill, 49 immeubles de la rue de la République au fonds d’investissement du duc de Westminster. Entre-temps, il a eu l’occasion de vendre l’Hôtel-Dieu, monument historique avec son dôme de Soufflot, pour en faire un hôtel de luxe : de l’Hôtel-Dieu à l’hôtel de luxe.HÔTEL DIEU 4 PROJET.png Moralité ? Pas de moralité. On brade le bien commun. On privatise. Les dirigeants donnent l’exemple : on ne veut plus « faire société ». Ci-dessus (côté quai) l'état d'origine, et ci-contre (côté rue Bellecordière), l'état futur (!!!) de ces vénérables bâtiments.

 

Regardez la Grèce. Sans parler d’une fille Onassis qui, à 28 ans, vend l’île de Skorpios héritée de son (arrière ?) grand-père, parce qu’elle en a marre de son pays, ce qui est son droit, le gouvernement a vendu l’Acropole, non, pas celui d’Athènes, quand même, mais celui d’une petite ville à côté de Corfou sur l’Adriatique, pour y laisser construire un hôtel de luxe. Remarquez, ils ont bien vendu le port du Pirée aux Chinois.

 

Regardez les semences agricoles : Monsanto vient d’obtenir un arrêt superbe de la Cour Suprême des Etats-Unis pour commercialiser en toute liberté (et surtout en toute exclusivité) ses variétés inventées et dûment brevetées, et s’apprête, après de gros efforts de lobbying, à en inonder l’Europe. On appelle ça la privatisation du vivant.

 

Où en reste-t-il, du bien commun ? En vérité, je vous le dis : il est à vendre. C’est bien la preuve qu’il ne reste plus grand-chose pour « faire société », non ? D’abord, on est trop nombreux. Ensuite on est trop différents. Enfin on est trop indifférents. Comment voulez-vous « faire société » ?

 

On en est là. Avouez que ça commence à faire beaucoup, pour ce qui est de « faire société » : la décomposition est en voie d’achèvement. Un : pulvérisation du « corps social » en « associations » et autres « communautés » (geek, religieuses, orientation sexuelle et autres petites ou grandes manies, …). Deux : dissolution de la nation et de son histoire dans le grand bain mondial indifférencié. Trois : la grande privatisation du bien commun. Et c'est pas fini.

 

Et on parle encore de « société ».

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

mercredi, 15 mai 2013

AH ! RECREER DU LIEN SOCIAL !

 

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***

 

Plus il y a d’associations (loi 1901), moins ça « fait société ». Je passe sur le fait que ça veut sans doute dire que, en dehors de cet acte volontaire et conscient d’adhésion à un groupe limité en vue d’une certaine activité (une association loi 1901), les gens n’ont plus besoin les uns des autres. Soit dit par parenthèse, je me demande si ce n’est pas précisément ça, « faire société » : avoir besoin les uns des autres. Je ferme la parenthèse.

 

Un moyen de « faire société », ce serait par exemple de se rattacher unanimement à un principe unique. Et de s’y rattacher sans qu’il y ait délibération et acte volontaire : faire société – enfin c'est mon avis : demandez aux Suisses si quelqu'un les a forcés à planter le drapeau rouge à croix blanche dans leur jardin – est de l’ordre du réflexe, c’est de l'ordre du senti, de l'irréfléchi (« Au fait, t’as acheté le sapin ? »). C’est ce qui ne pose pas question, mais s’impose sans forcer personne, à coup d'article défini, c'est-à-dire quelque chose d'inaccessible au doute. Autrefois, le dimanche, on allait même jusqu'à habiller les enfants avec « les habits du dimanche ». On peut dire que ça, c’est fini.

 

Prenez la "nation", par exemple. Il est loin, le temps où Pierre Daninos (est-ce dans Le Jacassin ?) pouvait faire sourire en racontant la douce manie d’un oncle qui, tous les 14 juillet, n’allait assister au défilé des troupes que pour se placer derrière un homme à chapeau et pour, au passage du drapeau, faire voler la coiffe de l’impudent en lui lançant, comminatoire : « Monsieur, on se découvre devant le drapeau ! », approuvé et applaudi par les témoins. Une telle anecdote aujourd’hui aurait des airs kitsch, voire paléontologiques, pour ne pas dire franchement révoltants.

 

Plus sérieusement, que signifie le mot « nation » dans la tête de jeunes générations auxquelles on ne prend même plus la peine d’enseigner (de transmettre) l’histoire de la formation de la nation française ? Qu'est-ce qu'un "patrimoine commun" ? Il paraît que l’Histoire de France est devenue complètement hors de propos, hors de saison, hors-sujet. Etonnez-vous que, au lieu de sentir quelque chose vibrer à l’intérieur en entendant retentir la Marseillaise, des petits cons se mettent à siffler. Où est-elle, l'idée capable de fédérer les Français ?

 

Ajoutez à cela autre chose. Moi qui suis d’une génération qui a été « appelée sous les drapeaux », ne croyez pas que je vais exprimer une quelconque nostalgie de ce qui s’appelait « service militaire », tant j’ai pu toucher du doigt et absorber à haute dose du concentré d’abruti dans le bain où nageaient quelques galonnés conformistes par métier, beaucoup de sous-galonnés bornés par vocation, quand ils n'étaient pas simplement tarés par nature.

 

Mais sans qu'on soit favorable au retour du « service militaire », il faut bien reconnaître ses deux apports : la découverte de gens de milieux absolument hétérogènes, découverte que je n’aurais jamais faite autrement, et dont je suis obligé d'avouer le bénéfice a posteriori ; la reconnaissance de la dignité du drapeau comme symbole national, je veux dire unificateur. Mais si la conscription nationale a été aussi facilement abolie, c'est qu'il y avait un consentement général pour cela. Le ver était dans le fruit. Combien auraient voulu qu'il y en eût encore et toujours, des "conscrits" ?

 

Ne rêvons pas : la France, comme entité nationale, achève de se dissoudre, et ce ne sont pas des groupuscules, appelés « bloc identitaire » ou autre, qui peuvent s’opposer au processus. Aucun groupuscule n’est en mesure d’arrêter un mouvement qui touche la collectivité dans sa globalité. Qui touche les fondements. Tout s’est passé tranquillement, par petites étapes (suppression de l'enseignement de l’histoire de France, instauration de l’armée de métier n’en sont que deux aspects), presque sans douleur.

 

Tout ça fait qu’on peut se demander qui pourrait bien, aujourd’hui, se déclarer « fier d’être Français ». Qui, à part quelques bandes d’excités ou quelques nostalgiques ? Dès lors, difficile de « faire société », pas vrai ?

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

 

mardi, 14 mai 2013

AH ! LE VIVRENSEMBLE !

 

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***

 

Ah, qu’il est content, le « zompolitic », quand il peut prononcer, sur un plateau de télévision et d’un ton pénétré, voire confit en dévotion, à l’heure de grande écoute, un hommage vibrant à tout ce qui peut favoriser « le vivrensemble » (ne pas oublier l’article défini) ! A tout ce qui se porte au secours de la défense du « bien commun » ! Il faut que tout le monde sache que le « zompolitic » est par principe, par conviction et par contrat moral favorable à tout ce qui permet de « faire société ». Il faut le comprendre, le « zompolitic » : ses prébendes en dépendent.

 

N’empêche que tout ça est beaucoup moins clair qu’il n’y paraît. J’ai bien l’impression, en effet, que plus ça va, et moins il y en a, de société. C’est une impression, ce n’est pas une analyse. Mais c’est une impression qui s’appuie sur quelques observations. Et je mets ça en relation avec le fait, par exemple, que, il y a un certain temps, les associations se sont mises à proliférer. Je me demande si ça ne va pas avec. C’est très curieux, cette multiplication des petits pains associatifs.

 

Au point que je me demande si on n'est pas en droit d'affirmer que moins il y a de société (singulier), plus il y a d’associations (pluriel). Comme un lien de cause à effet, quoi. Qu’est-ce que c’est, une association ? Très souvent, c’est trois pelés et un tondu qui aiment jouer aux boules, lire des poèmes ou marcher en grappe dans la nature. Des statuts déposés en préfecture, un président, un secrétaire, une assemblée générale annuelle, etc.

 

Mais ces associations sont comme monsieur tout-le-monde : couleur gris muraille, elles passent inaperçues, personne n’en parle jamais, sinon dans les pages locales de la PQR (presse quotidienne régionale). Si on se demande à quoi elles servent, on pourrait sans doute répondre : à rien. Les gens qui se regroupent pour jardiner ou chanter en chœur n’ont pas besoin d’une quelconque structure juridique. Ah si, pour chanter, il faut un local, pour jardiner, il faut un lopin. Pour ça, on a inventé la municipalité, et elle, elle a besoin d’un répondant juridique. Ventre-Saint-Gris et palsambleu, c’était donc ça !

 

En fait, les associations auxquelles je pense sont celles auxquelles se réfèrent les journalistes. C’est-à-dire celles qui se sont frayé un chemin direct jusqu’à leur oreille. On ne se doute pas comme il est vital, pour avoir un accès direct aux médias, d’être constitué en association, et si possible, d'en être le président. En France, "président", ça en jette.

 

Prenez le ridicule Louis-Georges Tin : sur la seule foi de son nom, quel journaliste serait assez écervelé pour approcher de sa bouche un micro ? Maintenant, présentez-le (comme il prend soin de le faire lui-même) comme président d’un vague « Conseil Représentatif des Associations Noires » (CRAN, calqué abusivement sur le CRIF mis en place par les Juifs de France, vous voyez le procédé publicitaire gros comme une montagne, Conseil Représentatif, ça cloue le bec à tout le monde), les micros déroulent le tapis rouge, comme on l’a vu ces derniers jours avec les commémorations de la condamnation vertueuse de l’esclavage, et l’esclavage, ba-caca, c’est très vilain, « les associations » (alias monsieur Louis-Georges Tin) l’ont bien dit. Est-ce que cela marque une quelconque volonté de « faire société » ? On s'en fout. Circulez. Il s'agit d'imposer à une majorité la reconnaissance des « droits » des « victimes ».

 

Moins récemment, on a entendu les journalistes évoquer « les associations », au moment des débats sur le mariage homosexuel. « Les associations » tenaient à faire connaître leur volonté de faire aboutir le projet imposé au gouvernement par le lobbying des dites « associations ». « Les associations » se sont officiellement réjouies du vote de la loi.

 

Le mariage des homosexuels sera donc un bienfait, un progrès de la démocratie, et ceux qui ne sont pas d’accord, c’est rien que des homophobes, et l’homophobie, ba-caca, c’est très vilain, « les associations » l’ont bien dit. Est-ce que ça marque une quelconque volonté de « faire société » ? On s'en fout. Circulez. A se demander s'il y a encore des gens qui seraient volontaires pour « faire société ». Là encore, il s'agit d'imposer à une majorité la reconnaissance des « droits » des « victimes ».

 

Ce que je trouve étonnant, dans ces affaires, c’est la facilité incroyable avec laquelle les journalistes ont recours à cette formule sacramentelle : « Les Associations ». Quel interlocuteur magique se cache derrière cette appellation d’allure alchimique ? Mystère. Remarquez, il y a une variante bien connue : « Les ONG ». C’est du même acabit, rappelez-vous le séisme de Port-au-Prince et la pétaudière semée par « les ONG », qui ne s’autorisaient que de leur propre générosité, qui avait forcément la priorité sur la générosité des autres.

 

Qu’on se le dise, « les associations » ont pris le pas sur « la société ». Si vous ne savez pas qui se cache derrière la formule, c’est que vous faites partie des « anonymes », autre catégorie chère au cœur des journalistes. Pour eux, « les associations », ce n'est pas anonyme du tout. Journaliste, métier pathétique. Ayons une pensée apitoyée pour tous les paumés qui le pratiquent.

 

Moi, on me dira ce qu’on voudra : plus il y a d’associations, moins il y a de société. Au lieu de société, mettez « Etat », mettez « Autorité », si vous voulez. Toujours est-il que plus il y a d’associations qui tirent à hue et à dia en cherchant à occuper la plus grande surface médiatique et à capter à leur profit la manne de la charité publique, et plus on y comprend moins.

 

Peut-être après tout cela vient-il du fait qu’une association se forme en vue d’atteindre un but précis et délimité, et que, somme toute, ce but représente l’intérêt particulier de quelques-uns, pour qui l’ « intérêt général » est une expression antédiluvienne, ou à tout le moins moyenâgeuse, qui n’a plus lieu d’avoir cours.

 

Moins il y a de Société, plus il y a d’appétits privés. Et Lycée de Versailles.

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

Note : CRAN veut donc dire Conseil Représentatif. On attend que le ridicule Louis Georges Tin mette sur la table les preuves de cette étrange « représentativité ». Mais non, il préfère réclamer à la Caisse des Dépôts des millions d'euros pour « apurer la dette (sic) » contractée à l'égard des noirs en 1835. Alors, Tin, représentatif de qui, au juste ?

 

 

lundi, 13 mai 2013

AH, "FAIRE SOCIETE" !

 

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Les « zompolitics » (pour faire Coluche, il faudrait avoir le son) en ont plein la bouche. Députés, ministres, chefs de parti ne parlent « à regonfle » (comme on disait chez moi quand le patois lyonnais voulait encore dire quelque chose) que du « vivrensemble », de « faire société », de « refaire du lien social ». Les journalistes s'y sont mis.

 

Il paraît que ce genre d'affirmation, ça pose son homme, et ça donne une idée de son sens des responsabilités et de sa volonté de se dévouer pour ses semblables, en espérant toucher les dividendes de son investissement. Je n’exagère pas, tous ceux qui lisent cette note peuvent s’en convaincre en allumant le poste à l’heure de la propagande (je parle évidemment du 20 heures de TF1 ou de France 2) ou en donnant l'obole à leur quotidien de dilection morose. Ah, le « vivrensemble» ! 

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ALLEZ ! TOUT LE MONDE REPREND EN CHOEUR AU REFRAIN !

C’est à qui en fera le plus pour apparaître, au milieu du cheptel politique (vaste troupeau de bovins carnivores, je veux dire de "vaches folles", mais ce sont ces mêmes vaches qui traient les bouseux que nous sommes, le monde à l'envers) comme le plus sérieusement convaincu que le « collectif » est le bien suprême, mais surtout que c’est lui qui s’en occupe le plus sérieusement.

 

Le problème, c’est que « faire société », ce n’est pas un individu, si haut qu’il soit placé, qui peut le décider. Regardez par exemple ce que c’est très vite devenu, la « fête des voisins » : une table, quelques chaises, des verres et des bouteilles. Des conneries. Quoi, c’est tout ? Oui, un point c’est tout.

 

Ce n’est pas la « fête des voisins » qui peut changer un iota au rythme et à la vitesse de croisière auxquels chaque individu se déplace dans sa propre vie quotidienne. Et ce n’est pas de crier « tous ensemble tous ensemble ouais ! » en arpentant les rues principales des grandes villes pour protester contre le gouvernement (10.000 selon la police) qui y changera une virgule.

 

Regardez l'énorme n’importe quoi qu’est immédiatement devenue la « fête de la musique » décidée par l’inénarrable pantin Jack Lang : une innommable bouillie sonore à coups de décibels électriques avec, dans certains quartiers urbains, un « orchestre » de jeunes « rockeurs » malhabiles appuyés sur la puissance d’amplificateurs qui leur donnent l’impression de faire de la « musique », alors qu’il ne font que du bruit, à peine compensé par le bruit que fait le groupe suivant, à cinquante mètres de là.

 

Soit dit en passant, en traitant Jack Lang d’inénarrable pantin, je suis d’une affabilité excessive, quand je lis ce qu’en écrivait Philippe Muray en 1998 dans la préface à la réédition son Empire du Bien : « A ce propos, je dois avouer mon étonnement de n’avoir nulle part songé, en 1991, à outrager comme il se devait le plus galonné des festivocrates, je veux parler de Jack Lang ; lequel ne se contente plus d’avoir autrefois imposé ce viol protégé et moralisé qu’on appelle Fête de la Musique, … ». Et ce n'est pas fini, mais j’arrête la fusillade.

 

« Faire société », il faudrait bien s’en convaincre, ça ne se décide pas. Pour une raison assez simple : c’est quand ça « ne fait plus société » qu’on se rend compte qu’il y en avait une, de société. C’est quand chacun des atomes que nous sommes est réduit à sa simple fonction de numéro dans une liste de numéros qu’on se rend compte qu’une société, ce n’est pas une liste d’individus. Il ne faut pas confondre « faire société » et administrer la société.

 

En effet, tant qu’on peut parler de « corps social », on a de quoi se faire une petite idée de ce que c’est, une société. Est-ce qu’il suffit pour cela d’avoir des institutions en état de marche avec des gens pour les faire fonctionner ? Je me permets d’en douter. Car qu’est-ce que c’est, un corps social ? C’est forcément une métaphore. Mais qui veut bien dire ce qu’elle dit. Comme dit Paul Ricœur, en titre merveilleux d’une de ses belles œuvres, c’est une « métaphore vive ». Et ça, y a pas à tortiller, ça ne s'administre pas.

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

dimanche, 12 mai 2013

LA BANALITE DU MAL

 

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On ne sait plus à quel saint ni à quel diable se vouer. Les gens ne portent plus le fond de leur âme sur la figure ! Les gens enfouissent désormais les turpitudes qu’ils mijotent derrière un masque de respectabilité ou de courtoisie ! On ne peut plus se fier à personne, je vous dis !

 

Autrefois, au moins, on savait à qui on avait à faire : le cow boy justicier avait la tête de Gary Cooper. Le chevalier était blanc, blond et ses yeux étaient bleus. La petite bergère mignonne comme un cœur  pouvait prétendre séduire le prince au cœur pur, l’épouser et « ils eurent beaucoup d’enfants ». Le méchant était laid, tordu, l’œil torve.

 

Maintenant, n’importe qui peut être n’importe quoi. Regardez le Monsieur Propre du Parti « Socialiste », Jérôme Cahuzac ! Le bon dieu sans confession ! Pas la gueule du Paradis sur Terre, il ne faut pas exagérer, mais on n’hésitait pas à lui confier ses économies. Patatras ! C’était lui, le loup dans la bergerie ! Comment voulez-vous vous faire une idée ?

 

Et puis voilà-t-il pas que, de l’autre côté, les spécialistes du dépistage du Mal sont incapables d’identifier les mauvais quand ils les ont sous les yeux ! Invraisemblable ! La preuve ? Prenez les frères Castro, par exemple. Ils s’appellent Ariel, Onil et Pedro. Franchement, même sans être flic dans la charmante cité de Cleveland, Ohio, on voit leur gueule et on sait aussitôt à quoi s’en tenir.

 

Eh bien non ! Les voisins, les services sociaux signalent quelques anomalies, les flics arrivent, font trois petits tours et puis repartent comme ils étaient venus. RAS, comme écrit l’adjudant dans son cahier de surveillance à la fin de sa permanence de nuit. Il ne s’est rien passé, il ne se passe rien, circulez.

 

Et puis voilà, un jour, ça éclate : l’une des prisonnières décide que ça suffit, et arrive à s’échapper. Et tout d’un coup, le monde s’écroule en tombant de haut. Dix ans que ça durait ! Stupéfait, le monde découvre le calvaire de quelques esclaves sexuelles enlevées une décennie auparavant ! Stupéfait, le monde découvre les gueules patibulaires des trois tortionnaires, dont on se dit qu’elles auraient fait sans problème des gueules d’assassins ! Je passe sur les questions qui se posent, sur tout ce qui a permis qu’une telle situation perdure à ce point.

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             ARIEL                                                ONIL                                       PEDRO    

UNE BELLE BROCHETTE

(Ariel se vantait ouvertement, paraît-il, d'être un "prédateur sexuel")           

Maintenant, regardez, plus près de chez nous. Cette fois, ça se passe en Allemagne. Regardez-la, cette gueule d’ange. Elle s’appelle Beate Zschäpe. On lui impute une dizaine de meurtres. Enfin, ce n’est peut-être pas elle directement, mais ses deux complices masculins se sont suicidés, la laissant toute seule pour porter le chapeau. 

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Enfin, peut-être pas toute seule, s’il s’avère que certains membres de la police ont laissé la bride sur le cou à la bande, au motif que les cibles de celle-ci étaient des Turcs (après une policière qui leur a légué son arme de service). Ce qui est sûr, c’est que la chose a duré assez longtemps. Alors on me dira qu’il ne faut pas confondre des situations qui ne sauraient être le calque l’une de l’autre.

 

Je note cependant, d’une part que, dans les deux cas, il s’agit de trios de criminels. Ce ne sont pas des individus isolés, et leur « surface » sociale est donc forcément plus importante, ne serait-ce qu’à cause des interactions que la vie quotidienne implique nécessairement (faire ses courses, se déplacer, échanger avec les voisins, etc.).

 

Je note aussi que dans les deux cas, l’attitude de la police ne laisse pas que d’interroger. Je note surtout que, quoi qu’il arrive, le Mal se dissimule sous des apparences acceptables, si l’on excepte les têtes de truands du trio américain. Comme le résume la formule extraordinaire de Hannah Arendt en sous-titre de son ouvrage sur le procès du nazi Eichmann à Jérusalem, le Mal a pris le masque de la Banalité.

 

Que le Mal ait une gueule patibulaire ou une frimousse angélique, impossible de l'identifier. C'est sûr : il est partout.

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

samedi, 27 avril 2013

LE MAL ? Y EN A PLUS !

 

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Pour finir d’éponger le bol de soupe que j’ai renversé ici il y a une semaine et qui risque de s’étaler à n’en plus finir, ce qui rendrait la chose assommante, je vais revenir à mon petit René Girard, et à son hypothèse magistrale sur le sacrifice rituel dans les sociétés humaines (voir ici même, 22-23 avril). Il faut bien dire que La Violence et le sacré enfonce de première force le trop célèbre Totem et tabou de Sigmund Freud, livre que, soit dit en passant, Elias Canetti détestait cordialement.

 

Le sacrifice rituel, donc, permet à la société d’évacuer la violence intestine qui s’accumule forcément dans la collectivité, en la dirigeant sur un seul, et de rétablir ainsi l’unité et la stabilité du groupe. Cette violence découle d’un processus d’indifférenciation entre ses membres, du fait du mimétisme du désir : je désire « naturellement » un objet désigné comme désirable par le fait qu’un autre le désire, et ce faisant, je deviens en quelque sorte, sa copie conforme, mais aussi son rival. Selon cette hypothèse, c’est le seul fait de vivre en société qui fabrique ce mécanisme, et aucune, par conséquent, ne saurait y échapper.

 

Si l’hypothèse de René Girard est valide, l’indifférenciation des individus débouche sur la violence intestine, à laquelle on ne peut échapper si l’on n’y remédie par des cérémonies rituelles auxquelles adhère l’ensemble de la société. Cette ère semble définitivement révolue, car nous vivons à celle du progrès technique, de la consommation, de la démocratie et de la société de masse.

 

Il n’est pas sûr, cependant, que le mécanisme mis au jour par René Girard, soit de ce fait obsolète. Qu’est-ce que nous avons ? Le Code Pénal ? Il ne fait peur qu’à ceux qui sont déjà des obéisseurs. La justice est elle un rite au sens ancien ? Quelle farce ! Elle est impuissante à purger la haine accumulée. Il n’y a qu’à voir le folklore des « marches blanches » inaugurées lors de l’affaire Dutroux.

 

Alors quoi ? Eh bien, mes bien chers frères, je vous le dis, il faut accepter que le Mal vive parmi nous, en liberté. Puisque nous n’avons plus de rite pour l’expulser, nous devons vivre avec le Mal. Tout ce qui nous semble étranger fait désormais partie de nous-mêmes. Et il faut se résoudre définitivement à ce que le « vivre-ensemble » soit renvoyé dans un hypothétique passé (il n’est pas sûr que les hommes aient jamais su vivre en société), et rayé de l’avenir.

 

Mais il faudra sans doute, si l’on accorde quelque crédit à l’hypothèse de René Girard, s’accoutumer à la banalisation de la violence. L’individu ayant disparu, dissous dans la masse, il est devenu interchangeable. Qu’on se le dise, n’importe quel individu aujourd’hui en vaut n’importe quel autre. Pour une raison qui commence à être évidente : l’individu est en trop.

 

Chacun vit, certes, chacun éprouve, chacun aime et déteste, chacun souffre et chacun se démène, mais tout ça n’a désormais plus aucune importance. Philippe Muray a écrit quelques volumes intitulés Après l’histoire. Mais lui, il avait compris avant tout le monde. J’exagère, quelques-uns l’ont compris bien avant (Günther Anders, Jacques Ellul, Bernard Charbonneau, …).

 

A l’époque où l’on change les mots, le sens des mots et les dictionnaires pour signifier le contraire de que ça signifiait hier, à l’époque où la novlangue a triomphé (cf. Victor Klemperer, George Orwell et quelques autres), tout est devenu possible. Et surtout n’importe quoi. A l’époque où l’humanité dynamite l’individu en proclamant sa toute-puissance, il n’y a plus, hormis les structures légales, de quoi « faire société ».

 

Et s'il n'y a plus de rites pour organiser la « vie en société », c'est peut-être parce qu'il n'y en a plus, de « société ». Certes, il y a bien des structures, mais c'est comme notre squelette : pour que ça fasse un corps, il faut de la chair, du sang, - de la vie, quoi !

 

Pourquoi croyez-vous que la violence tend à s'accroître dans les rapports sociaux ?

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

 

vendredi, 26 avril 2013

QUE FAIRE AVEC LE MAL ? (6)

 

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CECI EST LA UNE DE LA GUEULE OUVERTE N°22 D'AOÛT 1974

IL AVAIT UNE SACRÉE BONNE VUE, PIERRE FOURNIER : DOMMAGE QU'IL SOIT MORT (15 FEVRIER 1973) JUSTE APRÈS LE N°3, IL AURAIT PU EN AJOUTER UNE PALANQUÉE, PARCE QU'AUJOURD'HUI, LA MINORITÉ PULLULE, PIRE QU'UNE VEROLE !

CE SONT MÊME LES "MINORITÉS" QUI FONT LA LOI !

 

***

Où en étions-nous ? Ah oui, aux époques obscurantistes où les gens étaient autorisés à défouler leurs peurs, leurs jalousies, leurs haines sur de pauvres êtres sans défense, qui avaient le malheur d’être différents, soit physiquement, soit socialement, soit autrement. C’était très bien comme ça, finalement, parce que ça rassurait la population, qui savait, en quelque sorte, situer et nommer le Mal.

 

Finalement, c’est pratique, d’avoir une figure du Mal sous la main, comme soupape de sécurité. Quand la pression monte dans la cocotte-minute sociale, on lâche un peu les chiens, et puis la paix revient. Quand on gouverne, il est recommandé d’avoir un petit bouc émissaire sous la griffe pour pouvoir fomenter un petit pogrom en cas de mauvaise récolte.

 

Et puis ça fait un peu de viande dans les assiettes des enfants, les protéines, c’est bon pour la croissance. Alors un petit pogrom par-ci, pour garder la forme, un petit lynchage par-là, pour motiver les troupes, ça finissait par faire une tradition. C’était bien utile.

 

Je dis ça, parce qu’aujourd’hui, c’est fini. Nous ne savons plus nommer le Mal, le situer, le regarder. C'est simple, il est partout. Evidemment, nous ne savons plus le chasser hors de nous. Nous avons perdu la recette. Et nous avons banni toutes les autorités qui se chargeaient des opératios d'exorcisme. Le 20ème siècle, en faisant de l’innovation technique l’Être Suprême de l’humanité, a soudainement laissé le Mal courir où il voulait, et du coup, il l’a perdu de vue.

 

La conséquence ? D’abord la guerre de 1914-1918, évidemment. Prenez un gros hachoir à viande, mettez-y quelques millions de bonshommes en état de marche, c’est sûr qu’il en sort un gigantesque hachis parmentier, avec une couche de viande entre deux couches de bonne terre agricole. Cela dit, il n’est pas prouvé que l’acier et le plomb soient des fertilisants, ni qu’une fois les hommes fauchés et la terre labourée par l’artillerie, on puisse faire pousser des comestibles. Enfin, avec le temps, on doit pouvoir y arriver.

 

Ensuite ? La guerre de 1939-1945, avec d’un côté, les Juifs envoyés à l’usine (une très très grande usine), de l’autre, les Japonais bourrés de dragées de baptême (un foutu baptême). Avant le 20ème siècle, les hommes ont certainement rêvé d’anéantir leurs ennemis, malheureusement, les moyens techniques de réaliser leurs projets grandioses leur faisaient défaut.

 

Le 20ème siècle a procuré aux plus cinglés des humains les moyens concrets d’éliminer tous ceux qui étaient à leurs yeux surnuméraires. Ne jamais oublier que la guerre de 14, la bombe et le génocide des Juifs et des Tziganes furent des entreprises rendues possibles par le triomphe de la technique.

 

On dira ce qu’on voudra, mais l’ingénieur en général, et le moteur à explosion en particulier, ont fait énormément pour l’expansion du Mal, sa diffusion, sa dispersion dans l’atmosphère. Avec un exposé des motifs aux aspects innocents et imparables : « Ce n’est pas la technique qui est mauvaise, mais l’usage que les hommes en font ». La belle affaire ! Comme si ça innocentait l’ingénieur et le moteur à explosion !

 

Braves gens, n’accusez pas le scientifique et le technicien : ils sont neutres ! C’est bien connu chez les comiques professionnels : tous les ingénieurs du monde ont la nationalité suisse ! Et pour les adeptes de la Bible, on dira que tous les techniciens sont des Ponce Pilate. On reconnaît ces derniers à la propreté de leurs mains, vu qu’ils passent leur temps à se les laver.

 

Reste que le 20ème siècle a vu le Mal prendre son autonomie et voler de ses propres ailes. Il est devenu une machine, au point d’en devenir machinal. Quelqu’un a même pu écrire un Rapport sur la banalité du Mal. Elle s’appelait Hannah Arendt, et l’ouvrage s’intitulait Eichmann à Jérusalem

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Je pourrais aussi proposer une autre formulation du problème tel qu’il se pose à nous aujourd’hui. Que penseriez-vous de celle-ci : « Tout ce qui est inhumain est humain » ? Ou alors : « Rien de ce qui est inhumain ne nous est étranger » ? C'est fini, il n'y a plus de monstres. Dit autrement : tous les monstres sont des hommes d'apparence normale. Qu'est-ce qui m'empêcherait d'en être un ?

 

Je trouve que ça correspond assez bien à la figure prise aujourd’hui par l’espèce humaine pour lui servir de visage.

 

TOUT CE QUI EST INHUMAIN EST HUMAIN

 

Espérons que, dans l'avenir, qu'il soit proche ou lointain, nous n'aurons pas à inverser les deux adjectifs. 

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

mercredi, 24 avril 2013

QUE FAIRE AVEC LE MAL ? (5)

 

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QUELQUES-UNS QUI L'ONT OUVERTE, LEUR GUEULE

(DU TEMPS DE PIERRE FOURNIER)

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Alors c’est sûr que la mort du Christ a amené l’humanité à renouveler radicalement sa représentation du Mal. Cela dit, il s’en faut de beaucoup que l’Eglise catholique ait appliqué à la lettre le message. On peut même dire qu'elle s'y est opposée farouchement. A commencer par l’instrumentalisation grossière de l’opposition Dieu / Diable : à droite les bons, à gauche les méchants, même si Dante Alighieri, dans La Divine Comédie, fait suivre à ses héros un chemin plutôt vertical.

 

Je pense évidemment au sort des femmes qui décidaient de vivre seules pendant toute une période du moyen âge et qui, libres de la tutelle d’un homme, étaient suspectes de commerce avec le diable. Il n’était pas rare qu’elles se fissent (oui) traiter de « sorcières » (sur le sujet, voir Jules Michelet, La Sorcière), mais aussi brûler très concrètement pour ce même motif.

 

Je pense aussi aux deux personnages de nains dans le roman Tristan et Iseult (12ème siècle) : Frocin et Bédalis. Celui de la dénonciation et celui de la lance empoisonnée. Pour le coup, en voilà des carrées, des incarnations du Mal. Heureusement, ils subiront tous les deux le sort réservé aux méchants. Au lieu de naître nains, ils n’avaient qu’à être comme tout le monde.

 

L’époque n’était guère favorable au triomphe des méchants, n’hésitant guère à « stigmatiser » scandaleusement des « minorités visibles ». Eh oui, les rôles étaient bien partagés, bien différenciés : les tares physiques reflétaient forcément les âmes les plus noires. J’ai évoqué récemment l’immonde cloporte Zachée surnommé Cinabre imaginé par ETA Hoffmann.

 

A l’époque, plus tu es malformé et plus tu es laid, plus tu es haï de Dieu (donc des hommes). Comme représentation, c’est vraiment tout confort. A croire que des déchets de mentalité primitive ont été recyclés dans le soubassement des tréfonds des bases du socle des fondations de la civilisation occidentale. Tout y est passé : la femme seule, le bossu, le crétin des alpes, bref, tout ce qui était assez semblable pour être catalogué "humain", mais pas assez pour être vraiment pareil. Assez pour que les villageois puissent s’identifier, pas assez pour être assimilable. Une condition pour postuler à l'emploi de "victime".

 

Et ça a duré, duré, duré. Regardez les westerns d’avant Sergio Leone, le bon et le méchant sont immédiatement identifiables. Et pas seulement les westerns. L’équation est simple : le bon est beau et le méchant est laid. Je crois même qu’on pourrait dire que le méchant est crevassé et que le bon est lisse. Ou encore que le bon est blanc cheveux blonds, et le méchant blanc ou pas blanc, cheveux bruns (il y a des variantes). Ce qu’on voudra : riche / pauvre, indien / cow-boy, primitif / civilisé (Robinson Crusoé), musulman / chrétien, baptiste / méthodiste, nordiste / sudiste, ….

 

Ce n’est pas comme chez le père Goethe : moi qui viens de lire son épouvantable pensum intitulé Wilhelm Meister, je peux vous dire qu’on ne trouve, sur les 1000 pages à se farcir, strictement aucun personnage pour incarner le mal. C’est très curieux, d’ailleurs. Que du positif.

 

Les seuls néfastes sont la bande de brigands jamais identifiés qui attaquent la troupe de théâtre. A tout casser, ça prend une dizaine de pages, juste un courant d’air momentané. Pour tout le reste, qu’on se le dise : on est chez les bons. C’est pour ça que Wilhelm Meister ne raconte rien, qu’il n’y a pas d’histoire à proprement parler.

 

Tous les personnages dotés d’un prénom dans le roman sont du bon côté du manche, ou alors, s’ils n’y sont pas, ils ne vont pas tarder. Les gars sont « bien bâtis », « d’agréable tournure ». Chez les filles, c’est pareil, même Philine finira en bonne mère, pour vous dire. Je préciserai : "presque pareil", car Goethe trouve le moyen d’en faire passer trois de vie à trépas (Marianne, Aurélie et Mignon), on ne sait d'ailleurs pas bien pourquoi. A part cette (bien modeste) anicroche, Wilhelm Meister est un indécrottable militant du Bien.

 

C'est assez pour bouter le roman, sinon hors de la littérature, du moins hors du roman.

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

 

mardi, 23 avril 2013

QUE FAIRE AVEC LE MAL ? (4)

 

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UN QUI L'A OUVERTE, SA GUEULE

(DESSIN DU REGRETTÉ PIERRE FOURNIER)

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Je disais donc du bien de La Violence et le sacré, grand livre de René Girard, et je laissais entendre qu’ensuite, ça se gâtait. Mais on peut déjà faire un reproche à l’auteur, à propos de son maître-livre, c’est de ne pas se prendre pour  un flacon d'urine éventée. Franco de port, il ne vous l’envoie pas dire : sa théorie du désir mimétique et de la victime émissaire est tout simplement "révolutionnaire". Elle envoie à la poubelle, en même temps qu’aux oubliettes, toute la psychanalyse de Papa Freud.

 

Mieux : elle l’englobe ! Pour vous dire la supériorité de son « pouvoir heuristique », comme on dit à l’université, pour dire qu’une théorie parvient à expliquer d'un seul jet homogène un ensemble de phénomènes éparpillés, que l’état précédent des connaissances ne permettait d’aborder qu’en ordre dispersé.

 

Remarquez que j’avais demandé (c’était entre deux portes, il est vrai) au père Denis Vasse, psychanalyste renommé, ce qu’il pensait des travaux de René Girard. Il m’avait regardé, puis m’avait répondu (je cite de vieille mémoire et en substance) : « Mais c’est qu’il ne s’occupe de rien de ce que nous faisons ». Circulez, y a rien à voir ! Un partout la balle au centre.

 

J’aurais quant à moi tendance à me méfier davantage de Girard que de la psychanalyse, et pour une raison précise : avec, et surtout après la publication de Des Choses cachées depuis la fondation du monde, il a viré au militant chrétien. Je précise que Denis Vasse était prêtre jésuite, mais n'a jamais confondu sa foi avec les choses de la science. Je n'en dirai pas autant de Girard. Chacun fait ce qu’il veut, mais quand on est militant, cela jette un drôle de jour sur l’objectivité des savoirs établis à l’université, qui sont davantage faits pour enrôler les adeptes d’une croyance que pour former des esprits à la méthode scientifique.

 

Je ne prendrai comme exemple que Judith Butler, militante avouée de la cause lesbienne, avec sa théorie du « genre ». Soit dit par parenthèse, on peut s’étonner que les affirmations qui forment le socle du « genrisme », et qui enfoncent les vieilles portes ouvertes du vieux débat « nature / culture », aient contaminé aussi facilement autant de soi-disant bons esprits, dotés d'un soi-disant bon sens, lui-même soi-disant rassis.

 

On s’étonne moins quand on voit que la théorie du genre sert de drapeau à tous les militants de la « cause » homosexuelle : nulle objectivité là-dedans, mais une arme, et une arme aux effets dévastateurs, car son champ d’action est le langage lui-même, le sens des mots et la façon dont ils désignent les choses. Les adeptes, ici, obéissent au raisonnement : « Puisqu'on ne peut pas tordre les choses, commençons par tordre les mots ». Et on peut dire qu'ils ont réussi, au-delà de toutes leurs espérances, à les tordre, les mots. Regardez ce qu'ils font aujourd'hui, au nom de l' « ÉGALITÉ » !

 

Revenons à René Girard et à Des Choses cachées …. En dehors des salades que l’auteur commence à débiter sur la supériorité du christianisme, je garde de la lecture de ce gros bouquin le souvenir d’une idée qui me semble encore étonnante de pertinence : à observer les bases du christianisme à travers une grille de lecture « sacrificielle » (le rite religieux conçu et mis en œuvre pour expulser d’une communauté humaine la violence accumulée, dangereuse pour sa survie, en la déviant sur un seul individu), Jésus Christ apporte une innovation radicale.

 

Si j’ai bien tout compris, la mort du Christ sur la croix est le premier sacrifice raté, le premier sacrifice qui échoue à rétablir la paix dans la communauté dont il devait raffermir la cohésion. En tant que sacrifice humain comparé à tout ce qui s’est pratiqué et se pratique dans les sociétés, primitives ou non, la mort du Christ est un ratage complet. Le dernier des sacrifices humains, si l’on veut, du fait qu’il est le premier sacrifice inefficace. Et en même temps, il s’avère comme façon radicalement nouvelle d’envisager le Mal.

 

Un ratage, pour la raison très simple que la victime est reconnue et déclarée innocente, alors que la « bonne » victime est celle sur la tête de laquelle s’est concentré tout le Mal accumulé, et dont toute la communauté doit pouvoir dire qu’il était juste de la tuer, au motif qu’elle était coupable.

 

Le message du Christ, de ce point de vue, est clair : s’en prendre à un individu innocent, et croire ainsi expulser hors de soi le Mal,  c’est commettre une injustice, voire un crime. Ce n’est pas parce que vous tuez un homme (choisi ou non au hasard) que vous chassez le Mal de la communauté. A cet égard, je suis bien obligé de reconnaître que la base du christianisme constitue une avancée décisive sur ce qu’on appelle la « mentalité primitive ». Le Christ est le premier à dire que le Mal est au-dedans de chacun, et que pour le rejeter au-dehors, il faut s’y prendre autrement.

 

On dira ce qu’on veut, mais c’est un vrai Progrès.

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

 

lundi, 22 avril 2013

QUE FAIRE AVEC LE MAL ? (3)

 

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POEME :

IL EST PAS MIGNON,

MON PETIT APION ?

ET MON P'TIT MORPION,

IL EST PAS TROGNON ?

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(ceci est la photo d'un morpion accroché à deux poils)

***

La « confession à la chrétienne » fut pendant des siècles le moyen mis au point par l’Eglise catholique pour expulser le Mal hors de l’âme des individus (et je ne parle pas de la messe). Mais aujourd’hui, il y a bien peu d’Eglise catholique (trop de gens voudraient la voir disparaître, elle est d'ores et déjà réduite au rôle de "groupe identitaire" parmi d'autres), encore moins de confession chrétienne. La question se pose : que faire avec le Mal ?

 

Il ne faut pas se leurrer : aucune société ne peut ne pas se poser la question. La preuve, c’est que toutes se la sont posée. Quelques-unes fonctionnent encore avec des institutions dédiées à cette tâche : les Dogons, par exemple, malgré les assauts conjugués des touristes, de l’argent et des marchandises en plastique, maintiennent encore un arsenal de croyances destiné à maintenir l’ordre dans l’ordre du monde, et à le rétablir en cas de besoin par toutes sortes de procédures compliquées (voir les ouvrages de Germaine Dieterlen, et surtout les entretiens de Marcel Griaule avec Ogotemmeli dans Dieu d’eau, 1948).

 

Quand l’idée est venue aux hommes qu’il était possible de chasser le Mal, ils ont inventé tout un tas de gestes et de cérémoniaux : ils ont arraché le cœur d’un semblable, ils ont précipité un semblable dans le feu ou dans l’eau, ils lui ont fait subir toutes sortes de tourments. Le semblable en question s’est appelé la victime. C’est sur celle-ci que se concentraient tous les maux accumulés.

 

Il est couramment admis de désigner aujourd'hui la victime sous le nom de « bouc émissaire » : attaché au milieu du village, le dit bouc recevait toutes sortes d’ordures, les paquets de boue et de fange dont s’allégeaient les habitants, puis il était bouté hors du village, bien loin dans le désert. Il paraît que ça se passait chez les juifs de l’antiquité. Avouez que c’est mieux qu’un sacrifice humain, bien que le spectacle perde en palpitant, comparé à un bon vieux sacrifice juteux et saignant.

 

Mais un rite ne dépend pas de ce qu’on y fait ou du protocole auquel il obéit : il s’agit avant tout, pour le rite et son responsable (prêtre, sorcier, chaman, ...), d’être efficace. Si la population, après le cérémonial, est effectivement libérée de tout le poids de Mal accumulé, elle n’en demande pas plus, pour recommencer à vivre. Le rite a marché.

 

René Girard a écrit là-dessus un livre génial : La Violence et le sacré (1972). Je ne vais pas vous réciter tout ça, je vais vous le faire  en bref et en simplifiant. Grosso modo, pour désirer quelque chose, un individu doit attendre que ce quelque chose lui soit désigné par quelqu’un comme étant désirable : si A désire X, B a raison de désirer X à son tour. Peut-être parce qu'il voudrait bien être comme A. C’est ce que Girard appelle « désir mimétique ».

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Je continue : dans un groupe, à force que les gens désirent les mêmes choses, ils deviennent à la fois des rivaux et des répliques les uns des autres. Pendant qu'à force de rivaliser, le destin des rivaux est, à terme, de se foutre sur la gueule, à force de désirer la même chose, le destin des rivaux est de devenir mécaniquement semblables les uns aux autres. C’est ce que Girard appelle « indifférenciation violente ». J'espère que vous suivez.

 

A force de monter entre des individus rivaux, la tension finit par produire la violence. Et comme cette violence risque d’aboutir à l’anéantissement de la collectivité en tant que telle (cela s’est vu par exemple chez les Iks, nord-est de l’Ouganda), les sociétés, pour se protéger et se pérenniser, ont élaboré, au fil de l’histoire, des protocoles expérimentaux dont le seul but était d’empêcher le massacre généralisé. On a appelé ça des « rites ». Lorsque le potentiel de violence atteint le maximum supportable, un mécanisme (la « crise sacrificielle » de René Girard) se déclenche pour rétablir la paix entre tous. C’est le moment du sacrifice proprement dit.

 

Pour que le sacrifice ait lieu, il faut que quelque chose soit sacrifié. C’est parfois quelqu’un. Les Grecs appelaient ce quelqu’un le « pharmakon » (mot qui signifie aussi bien « poison » que « remède »). René Girard multiplie les références à des peuplades exotiques, où un roi était élu à l’unanimité, mais qui était à terme destiné à jouer le rôle du pharmakon : être un jour sacrifié. Et ça marchait (enfin, c'est ce qu'on dit) ! Le pauvre roi commençait par être sacralisé, honoré, mais il devait finir dans la marmite : être brûlé après avoir été adoré, c'est dur !

 

L’important était que se produisît un « unanimité violente » contre la victime désignée. Le sacrifice de la « victime émissaire » n’est efficace qu’à condition d’unanimité : le bouc émissaire, s’il réussit à concentrer sur lui seul toute la violence contenue et retenue jusque-là dans la population, à ce moment précis, tout va bien. Ite missa est. Deo gratias. Allez en paix, et revenez dans un an. Le rituel d’élimination du Mal a rempli sa tâche : maintenir la force du « vivre ensemble ».

 

On pensera ce qu’on veut de l’hypothèse de René Girard, mais je crois qu’elle mérite attention. Au fond, elle repose tout entière sur cette autre, qui veut que nulle personne humaine ne désire quelque chose qui ne lui ait pas été désigné auparavant comme désirable par quelqu'un d'autre. C'est plausible, mais ... 

 

Malheureusement ça se gâte ensuite.

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

dimanche, 21 avril 2013

QUE FAIRE AVEC LE MAL ? (2)

 

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SPECTACULAIRE ENVOL VERS LA LUMIERE DU SYMBOLE DE FRANÇOIS HOLLANDE ET DE TOUT LE PARTI SOCIALISTE DANS LES SONDAGES

APRES LE "CHOC DE MORALISATION"

ET LA CONFESSION DE JERÔME CAHUZAC

(car nous parlerons aujourd'hui de la confession, mes bien chers frères)

***

Je lançais donc un cri d’alarme : le Mal est désormais parmi nous, et ses racines inextricablement et durablement enchevêtrées s’enfoncent dans notre sol et étendent leur rhizome. La végétation qui émerge de ce sol où le Mal se mélange au Bien est désormais impure, et c’est son air que nous respirons, et ce sont ses pousses que nous trouvons dans nos assiettes.

 

Si nous étions en terre d’Islam, quel bonheur serait le nôtre ! D’une simplicité angélique. D’un côté le Coran, de l’autre le Sheitan (Satan). L'âme du musulman peut dormir sur ses deux oreilles, en paix avec elle-même. 

 

Au moins là, le Mal, il est nommé, et l’on se donne les moyens de le chasser, à coups d’exorcismes et de bûchers purificateurs. A coups de confession, aussi : on ne se doute pas du bienfait qu’a fait à l’humanité souffrante l’invention de la notion de péché, et du bienfait qui allait avec, quand le pégreleux en robe noire, derrière sa grille en bois, vous soufflait dans le nez, en même temps que son haleine fétide chargée d'ail et de molaires pourries, là-bas dans le fond, l'absolution rédemptrice : « Ego te absolvo ! Mon fils, vous direz trois Pater et deux Ave. Allez en paix ! ».

 

On repartait le cœur léger et l’âme guillerette, prêt (et autorisé) à recommencer. L’invention du péché, celle du Manuel du confesseur, celle de l’absolution furent des bouées de sauvetage lancées à l’humanité (au moins l'occidentale chrétienne), auxquelles celle-ci s’est accrochée avec succès pendant combien de siècles ?

 

La confession et le péché, l’aveu, l’absolution et la rémission, quel merveilleux moyen de se débarrasser  du Mal ! On l’expulsait hors de soi jusqu’à la prochaine fois. C’est sûr, il y avait une prochaine fois, aujourd’hui, un bon commercial dirait que c’est un « marché captif » : le client ne peut pas vous échapper. Il reviendra forcément. Même que l’homme en noir pouvait en rajouter dans la culpabilité : « Depuis combien de temps, mon enfant, n’êtes-vous pas venu ? ».

 

La civilisation qui a inventé la responsabilité personnelle, qui n’est finalement que la rançon de la liberté individuelle, a inventé dans la foulée le moyen souverain de résoudre en permanence le conflit entre la conscience et le monde (enfin, disons les actes commis dans le monde), entre la conscience et les autres.

 

J’ouvre une parenthèse. Pour être honnête, il faudrait dire que les curés sont allés très loin avec l’acte de contrition : « J’ai péché par pensée, par action et par omission ». La totale ! Quoi que tu fasses ou ne fasses pas, impossible d’échapper ! Que des moyens infaillibles mis au point pour, en accumulant les peccadilles journalières, se retrouver chargé de noirceurs et retrouver fissa le chemin du confessionnal. Je ferme la parenthèse.

 

Donc, carrément impossible de se coucher le cœur en paix : tout le monde a forcément, tous les soirs avant de s’endormir, quelque chose à se reprocher, ou quelque motif de s’en vouloir dans tout ce qu’il a pensé, dit, fait ou pas fait. C’est normal : le monde produit du Mal sans jamais s’épuiser, à jet continu. Le commercial en soutane n’a pas à bouger de sa chaise : le pénitent s’avance vers lui, à genoux, en se frappant du poing la poitrine : « Mea maxima culpa ».

 

C’était le bon temps où l’homme, ayant vaqué à ses occupations pendant la journée, faisait un détour par le confessionnal, rentrait chez lui et dormait du sommeil du Juste et l'âme en paix - non sans avoir au préalable dûment honoré bobonne de sa petite besogne repopulatrice. Le monde était bien organisé. Au moins dans les têtes.

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

 

samedi, 20 avril 2013

QUE FAIRE AVEC LE MAL ?

 

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Il n’y a pas si longtemps – c’était après le 11 septembre 2001 – le président des Etats-Unis George W. Bush, surnommé le Nabot Léon américain, a fait un grand discours dans lequel il lançait la grande croisade définitive contre « L’Axe du Mal ».

 

Vrai, on se serait crus revenus aux glorieux temps de la reconquête du tombeau du Christ, où Godefroi de Bouillon parvenait à convaincre toute la chrétienté de se lancer à l’assaut de l’Islam et de remporter sur lui l’éclatante victoire de la vraie religion sur ce que le monde comportait de pire en matière de paganisme, d’irréligion et d’incroyance : le mahométan.

 

Je note, juste en passant, qu’après les croisades (dont la dernière catastrophique, en 1204), les grandes entreprises occidentales et chrétiennes furent les « grandes découvertes » (autrement dit les « grandes conquêtes »). Les occidentaux chrétiens, ils ont dû se dire que les Arabes, les musulmans, le Sultan, sa Sublime Porte, c’était vraiment un morceau trop coriace à avaler, et qu'il valait mieux aller voir ailleurs si on y était. Et le plus fort, c’est qu’on a fini par y être, et même partout ailleurs.

 

Le problème, c’est que George W. Bush, pour lancer sa proclamation, est né mille ans trop tard (à quelques cheveux près). Notre époque, emmenée par un occident chrétien plus ou moins déchristianisé, ne sait plus quoi faire, avec le Mal. Elle a perdu le mode d’emploi. Elle ne sait plus où le mettre. Notre époque ne sait plus où est passé le Mal. A croire qu'il n'y en a plus, qu'il a disparu corps et biens.

 

Ou alors, au contraire, elle le voit tellement partout, qu’elle ne sait plus comment le vaincre, le Mal. Il est partout et nulle part. La recette, qui permettait de mettre un nom dessus et qui remontait à la plus haute antiquité, s’est égarée dans les poubelles mises au point par le progrès technique. Peut-être qu’un éboueur inattentif l’a mise, avec les autres détritus, dans l’incinérateur où finissent les surplus de notre force de travail. Allez la retrouver, maintenant !

 

Résultat, les sociétés qui savent encore expulser le Mal de leurs rangs se comptent sur les doigts de la main d’un voleur de Tombouctou, coupée avec une Charia en pleine forme et dûment aiguisée, par un militant exalté d’Aqmi. Résultat, faute d’être reconduit manu militari à la frontière, le Mal s’est installé au cœur des sociétés humaines qui, ayant mis au placard et au musée les outils (rituels religieux, peine de mort, …) qui servaient à organiser rituellement des charters de maux renvoyés dans leurs pays d'origine, essaient tant bien que mal de « faire avec », de le contenir dans des limites acceptables, et même de le recycler.

 

Mes bien chers frères, le Mal est donc parmi nous, il a pris racine, il se promène incognito, en liberté, dans nos rues et nos médias, il a pris les habits de tout le monde, il a pris la figure de tout le monde : dans ce monde soumis à la loi du : « Je fais ce que je veux quand je veux parce que je le vaux bien », impossible désormais de l’identifier, de le nommer, de l'isoler, pour l'expulser hors de l'homme.

 

Toute tentative de purification est désormais vouée à l'échec. On est mal barrés.

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

lundi, 10 décembre 2012

EDWARD BERNAYS, HERAUT, ZERO OU HEROS ?

Pensée du jour : 

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PHOTOGRAPHIE DE GUILLAUME HERBAUT, ENVIRONS DE TCHERNOBYL

« "Il y a beaucoup de choses dans le grand chosier", écrit Littré au mot "chosier", qui n'a jamais été employé qu'une fois dans la littérature française. Précisément dans cette expression-là. Par Rabelais, si j'ai bonne mémoire. Et Littré reste vague dans sa définition. Mais il n'a pas besoin d'être précis. Tout le monde comprend que dans le grand chosier il ne saurait y avoir que beaucoup de choses ».

 

ALEXANDRE VIALATTE

 

NB : la mémoire de VIALATTE (cf. Antiquité du grand chosier, éditions Julliard, tiens, à ce propos, coucou, J.) lui joue des tours, voici "in extenso" la notice de LITTRÉ : « chosier, s.m. Usité seulement dans cette locution proverbiale : va, va, quand tu seras grand, tu verras qu'il y a bien des choses dans un chosier. Cela se dit pour indiquer à un enfant et même à une grande personne qu'il y a bien des choses dont on ne peut rendre compte ».

 

 

Comme disait ma grand-mère, un peu de culture éloigne de l'absolu, beaucoup de culture en rapproche.

 

***

 

 

Résumé : je demandais ce qui faisait d’EDWARD BERNAYS (mort à 103 ans !!), le roi de la manipulation des foules et de l’opinion publique, un génie révolutionnaire du 20èmesiècle. Son rôle est loin d’être négligeable dans l’avènement du culte de la marchandise, promue au rang d’unique idole devant laquelle l’humanité est appelée à se prosterner.

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Ben voilà : il a pioché dans deux univers radicalement différents pour élaborer une théorie radicalement nouvelle. D’un côté, les analyses de GUSTAVE LE BON sur la psychologie des foules (soit dit en passant, cet homme mériterait aussi qu’on s’intéresse à lui). De l’autre, les motivations inconscientes qui font agir les individus, mises au jour par le tonton SIGMUND FREUD de BERNAYS, avec la psychanalyse.

 

 

Pour EDWARD BERNAYS, ce qui meut une foule n’a rien à voir avec ce qui peut mouvoir un individu, et d’autre part et surtout, en aucune manière, ce qui meut la foule n’est lié à ce qu’il y a en elle de rationnel, mais dépend du « ÇA ». Dans la théorie de FREUD, le « ça » est la partie la plus enfouie de l’individu, et partant la moins contrôlée par le « moi » et le « surmoi ».

 

 

Sans entrer dans les détails, comparons simplement le « ça » à une sorte de réservoir de pulsions et de motivations secrètes, méconnues de l'individu, qui n’attendent qu’un déclic pour se manifester. Ce qui fait bouger une foule, selon BERNAYS, est situé au-dessous du seuil de la conscience. FREUD appelait ça le « subconscient ».

 

 

Aujourd’hui, les agences de publicité maîtrisent parfaitement la chose et ont élaboré en conséquence des questionnaires susceptibles de renouveler le répertoire des arguments et des images susceptibles de déclencher l’acte d’achat en allant fouiller dans les motivations secrètes que les gens portent dans leur tête, sans le savoir. Cela porte le nom d’ « enquête de motivations ». 

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C'EST SÛR, CET EXEMPLAIRE A BEAUCOUP VECU (année de publication) !

 

L’excellent GEORGES PEREC les nomme (on est en 1965, dans Les Choses, prix Renaudot, me semble-t-il) « études de motivations ». Dans ce bouquin mémorable, Jérôme et Sylvie participent à l’installation balbutiante dans le paysage social de ces lointains ancêtres des sinistres et obsédants SONDAGES (qui a tiré de son chapeau que 61 % de Français sont favorables au mariage homosexuel ? L'IFOP de madame LAURENCE PARISOT).

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IL FUMAIT BEAUCOUP TROP. IL EN EST MORT.

Mais à l’époque de BERNAYS (il publie Propaganda en 1928), comme je l’ai dit précédemment, la publicité balbutiait, se contentant de vanter les mérites pratiques, la fonctionnalité et l’adéquation du produit à l’usage auquel il était destiné. Elle parlait au côté rationnel des gens. Elle avait un côté terriblement objectif. Autrement dit : dépassé.

 

 

C’est en cela que le travail de BERNAYS est révolutionnaire : il a répondu à la grave question que tous les gouvernements du monde se posent : « Comment amener des masses de gens à se comporter comme le voudraient les dirigeants, sans transformer la société en caserne militaire ? ».

 

 

Son idée principale consiste à se fixer comme objectif de vendre à des masses de gens des masses de produits AVANT que les produits précédents aient cessé de fonctionner. Tiens c’est drôle : l’idée est à peu près contemporaine de l’invention du concept d’ « obsolescence programmée ». Comme dit quelqu’un : EDWARD BERNAYS a fait beaucoup pour que l’Amérique passe d’une « économie du besoin » à une « économie du désir ». Comme c’est bien dit.

 

 

Et pour donner envie aux gens d’acheter des choses dont ils n’ont aucun besoin (sinon dans un futur bien vague), il faut aller chercher en eux la source de leur envie. C’est ainsi que, selon GEORGES PEREC, toujours dans Les Choses, toujours en 1965, Jérôme et Sylvie sont déjà atteints de la maladie du désir, qui a désormais cancérisé la planète : « Dans le monde qui était le leur, il était presque de règle de désirer toujours plus qu’on ne pouvait acquérir ». Ah ! La maladie du désir ! Plus grave que la "maladie d'amour" que chante le désolant MICHEL SARDOU.

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Jérôme et Sylvie ont été contaminés (peut-être) par leur activité professionnelle. Il faut dire qu’ils passent leurs journées à poser des questions à des foules de gens : « Pourquoi les aspirateurs-balais se vendent-ils si mal ? Que pense-t-on, dans les milieux de modeste extraction, de la chicorée ? Aime-t-on la purée toute faite, et pourquoi ? Parce qu’elle est légère ? Parce qu’elle est onctueuse ? Parce qu’elle est si facile à faire : un geste et hop ? (…) ». La liste figure pages 29-30 (dans mon exemplaire, imprimé en 1965 !). Avouez qu’il y a de quoi se laisser gangrener.

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LE BOULOT DE JERÔME ET SYLVIE

GEORGES PEREC ADORE LA LISTE, L'ENUMERATION, L'ACCUMULATION, ... LA PARATAXE, QUOI

 

La maladie de tous les désirs qu’on n’a pas eu le temps de désirer. Voilà le monde qui nous a faits. Voilà le monde qui nous habite. Qui occupe indûment notre territoire intérieur, que nous le voulions ou non. Et nous en devons une bonne part au sinistre EDWARD BERNAYS.

 

 

Accessoirement, l'efficacité pratique des campagnes de propagande menées par EDWARD BERNAYS prouve l'effroyable justesse de sa théorie, exposée dès 1928 dans Propaganda. Et par voie de conséquence, l'incontestable VÉRITÉ manifestée dans la psychanalyse. La propagande comme preuve irréfutable que SIGMUND FREUD a tout vu juste, avouez que c'est drôle, comme retour de boomerang !

 

 

Et ça prouve aussi que tous ceux qui fouillent dans l'âme humaine (les sociologues, les psychologues, les ethnologues et tous les x...logues, je veux dire concernant les « Sciences » de l'Homme) ne se contentent pas d'établir de simples connaissances, qui s'avèreraient utiles, mais élaborent et fabriquent des instruments de domination dont tous les pouvoirs se servent allègrement pour s'établir et perdurer (= mentir et manipuler). En particulier un pouvoir que je n'ai pas cité ici : le « management » (faire adhérer tous les "collaborateurs" au "projet d'entreprise"), le fléau de la "gestion" des hommes selon le modèle envoyé par ... les Américains. 

 

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

 

dimanche, 09 décembre 2012

L'HOMME QUI FIT FUMER LA FEMME

Pensée du jour : 

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QUAND UN AVEUGLE PREND DES PHOTOS, VOILA CE QUE CA DONNE

IL S'APPELLE EVGEN BAVCAR, IL EST NE EN SLOVENIE

(authentique, évidemment, et il sait visiblement ce que c'est, une femme nue !)

« Rien n'est plus étrange que la mer. Elle part, elle vient, repart, revient, elle se berce ; et elle fait des songes. Elle rêve des îles, des ports et des soleils couchants ; au sud, à l'horizon, elle rêve Alexandrie, mirage nacré, impalpable vapeur, jeu d'étincelles ; au nord, houleuse et couleur de hareng, elle rêve de grands clairs de lune, et les phares de la côte anglaise. Elle rêve les jonques et les lanternes vénitiennes, les éponges et les madrépores, elle rêve de tout, elle se nourrit de reflets et se nourrit de coquillages, des baleines mortes et des cadavres de marins ; elle enfante surtout les nuages, formes mouvantes commes les sculptures de Brancusi, qui s'entre-effacent et s'entre-engendrent à la façon des musiques de Mozart : la mer est un sculpteur abstrait ».

 

ALEXANDRE VIALATTE

 

 

Résumé de l’épisode précédent (d'avant-hier, en fait) : le petit EDWARD BERNAYS est devenu grand en écrivant Propaganda (1928), un livre de chevet pour GOEBBELS, HITLER, STALINE, et un « credo » pour tout publicitaire qui se respecte un peu. 

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SALE ENGEANCE : ÇA MEURT A 103 ANS !!!

Chargé de vendre la cigarette à toute la gent féminine (et pas « gente », qui est un adjectif qualificatif, comme l'ignorent les ignares), il « libère » la femme en établissant un lien entre la « Torch of Freedom » de la Statue de la Liberté et la cigarette allumée, que seront dès lors autorisées à arborer toutes les femmes américaines. 

 

 

Soit dit en passant, on ne m'enlèvera pas de l'idée que le BOUT DE SEIN joue pour l'imaginaire des hommes un rôle assez voisin de celui du GLAND (selon la psychanalyse) pour l'imaginaire des femmes, et que l'incandescence du bout de la cigarette a quelque chose à voir avec le BOUT DE SEIN, dans l'imaginaire masculin. On nage en plein érotisme, comme on le voit, par exemple avec la photo de la pin-up à poils (de moustache) ci-dessous.

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Ben oui, il suffit de donner à la chose désagréable le nom adéquat pour faire passer sans douleur la dite chose : appelez donc votre plan de licenciements massifs « Plan de Sauvegarde de l’Emploi », et soudain vous verrez, tout change. On appelle ça la magie de l'EUPHEMISME. photographie,art,france,société,culture,alexandre vialatte,littérature,humour,edward bernays,propagande,publicité,public relations,goebbels,hitler,staline,communication,statue de la liberté,sigmund freud,victor klemperer,lti,new york,mao tse toung,grammaire,langue françaiseVICTOR KLEMPERER a longuement étudié ça sous le règne d’HITLER (dans LTI, la langue du 3ème Reich, une lecture indispensable).

 

 

GEORGE ORWELL, avec sa "novlangue" (dans 1984),photographie,art,france,société,culture,alexandre vialatte,littérature,humour,edward bernays,propagande,publicité,public relations,goebbels,hitler,staline,communication,statue de la liberté,sigmund freud,victor klemperer,lti,new york,mao tse toung,grammaire,langue française a lui aussi bien cerné le problème ("l'esclavage, c'est la liberté"). C'est pourquoi on peut se demander si la théorie de SIGMUND FREUD n'a pas nourri indirectement le système hitlérien, à commencer par sa dimension de propagande ? Il y a de quoi se demander, non ? Mais pour revenir à la campagne publicitaire d'EDWARD BERNAYS, ça ne suffisait pas.

 

 

Pour que l’événement fasse date, pour que la campagne atteigne efficacement son objectif, il faut frapper les imaginations, il faut que toute la presse en parle, il faut que tout le pays en parle, il faut du spectaculaire et du scandaleux. Et c’est là que le savoir-faire d’EDWARD BERNAYS va faire merveille.

 

 

Chaque année, la ville de New York organise une « manifestation-spectacle ». « New York Easter Parade », ça s’appelle. Un événement annuel de portée nationale, qui a lieu depuis 1880. On va stipendier une cohorte d’accortes bougresses artistement vêtues, on va prévenir en douce les photographes et autres journalistes qu’il va se passer quelque chose et qu’ils doivent se tenir prêts.

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NEW YORK EASTER PARADE 2012 !!!!! ÇA CONTINUE !!!!

Et le jour du « Easter Sunday » 1929, quand la troupe des jolies femmes sort des sacs à main une cigarette, que chacune la porte à ses lèvres pulpeuses et, comble du culot, en allume l’extrémité, tout est prêt, EDWARD BERNAYS peut dire que sa campagne est un succès et qu’il a mérité son gros chèque. Les images scandaleuses s’étalent en « une » des journaux, de l’Atlantique au Pacifique.

 

 

Les femmes peuvent désormais se proclamer « libérées » par la grâce d’une magistrale campagne de publicité. On est en 1929. L’industrie du tabac peut se frotter les mains. « La moitié du ciel » (les femmes, selon MAO TSE TOUNG) va faire pleuvoir les pépètes, pésètes et autres picaillons dans son porte-monnaie largement ouvert sur les profondeurs abyssales des comptes en banque des actionnaires enchantés. Le « marché », en un clic, a tout simplement doublé de surface.

 

 

Bon, alors, le lecteur va me dire maintenant : « Mais qu’est-ce qui te permet, blogueur excessif, de considérer EDWARD BERNAYS comme un quasi-génie ? ». Bonne question. Qu’est-ce qu’elle prouve, la campagne pro-tabac de 1929 ? Qu’est-ce qui fait de son auteur un révolutionnaire ? Tiens, juste un avant-goût : le premier paragraphe de Propaganda.

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Au moins, on se dit qi'il ne prend pas de gants, EDWARD BERNAYS. Et ça n'est que le tout début de 110 pages qui décoiffent (je ne compte pas la préface). J'attire juste l'attention sur "gouvernement invisible".

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

 

vendredi, 07 décembre 2012

LIBEREZ-VOUS, MESDAMES : FUMEZ !

Pensée du jour :

CLERGUE 55  CORPS MEMORABLE.jpg

AUTRE IDEE DE LA BEAUTE SELON LUCIEN CLERGUE

 

« Je vous cèderais volontiers ma place, malheureusement, elle est occupée ! ».

 

GROUCHO MARX

 

 

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EDWARD BERNAYS, donc, et personne d’autre. EDWARD BERNAYS, que le magazine Life, en son temps, a désigné comme l’une des personnes les plus influentes du 20ème siècle. EDWARD BERNAYS, injustement maintenu dans un obscur cagibi du purgatoire des célébrités. 

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JOSEPH GOEBBELS, INITIATEUR DE LA "PROPAGANDASTAFFEL"

A LA DEMANDE DE SON MENTOR

Il s’agit bien de lui, et les notes que ce blog lui consacre ne visent qu’à réparer une sorte d’injustice : oui, il est temps de rendre justice à un homme dont les travaux ont brillamment inspiré des communicants aussi renommés et efficaces que JOSEPH GOEBBELS, ADOLF HITLER et JOSEPH STALINE, qui avaient sur leur table de chevet le maître-ouvrage du maître : Propaganda ou comment manipuler l’opinion en démocratie (éditions Zones-La Découverte, 2007, 141 p., 12 euros, c’est quasiment donné, et ça fait tomber quelques peau de "soss" devant les yeux qui en avaient).

 

 

Si je reformule le sous-titre, ça donne quelque chose comme : « Comment faire adhérer sans contrainte les masses aux discours d'un homme au pouvoir, et jusqu'aux folies d'un dictateur ». En regardant bien, on constate que c'est le principe qui régit tous les gouvernements actuels.

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UN AMI DE L'HUMANITE QU'ON NE PRESENTE PLUS

Je vous explique : comme sa mère s’appelle ANNA FREUD, sœur de SIGMUND, et que son père est le frère de MARTHA BERNAYS, qui se trouve être l’épouse du dit SIGMUND, il devient à sa naissance neveu au carré d’un certain SIGMUND FREUD, l’écrasant papa d’une grosse bête appelée « Inconscient » et de tout ce qui se trouve dedans quand on la dissèque. Il est d’ailleurs sympa avec son neveu, le grand FREUD : il lui dédicace un exemplaire de son Introduction à la psychanalyse. Et le neveu, il va y mettre le nez, et pas qu’un peu. 

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En 1929, le président du consortium des producteurs de tabac, futur gros client de son officine, lui dit : « Comme les femmes ne peuvent pas fumer en public, nous perdons la moitié d’un énorme marché. Pouvez-vous faire quelque chose ? ». EDWARD BERNAYS répond : « Laissez-moi y réfléchir ». Puis il demande : « M’autorisez-vous à chercher du côté de la psychanalyse ? – Mais œuf corse ! Ne vous gênez pas ». Rappelons qu'à l'époque, la femme qui fume sur un trottoir est traitée de pute, ni plus ni moins.

 

 

Ni une ni deux, il se précipite chez ABRAHAM A. BRILL, un des premiers grands psychanalystes des Etats-Unis, non pas pour s’étendre sur un quelconque divan, mais pour poser une question au savant : « Que représente la cigarette pour la femme ? ». La réponse fuse : « Le pénis ! ». C’est clair, net et précis. Autrement dit la berdouillette, le scoubidou, la merguez (ou chipolata, au point où on en est), le cigare à moustaches, la bistouquette. En trois mots comme en cent : la BITE, la PINE, le CHIBRE.

 

 

EDWARD BERNAYS ne se démonte pas pour autant, c’est un esprit pratique. Il a un gros client, et le client, surtout le gros, est roi. Alors il a l’idée du siècle : le symbole de l’Amérique, c’est le cadeau fait par la France à l’occasion de son centenaire (celui des Etats-Unis !). J’ai nommé le chef d’œuvre d’AUGUSTE BARTHOLDI. J’ai nommé la statue de La Liberté éclairant le monde (inaugurée en 1886). 

STATUE LIBERTE.jpg

Deuxième étape dans l’élaboration du message : la torche que tient la Liberté est incandescente, le bout de la cigarette allumée est incandescent. Il faudrait être stupide pour ne pas faire le rapprochement, avouez ! Qui plus est, la Liberté, qu’elle guide le peuple ou qu’elle éclaire le monde, c’est une Femme, regardez DELACROIX. Concluez vous-même : EDWARD BERNAYS a sa campagne de « public relations » en poche, c’est comme si c’était fait. 

DELACROIX LIBERTE.jpg

LÀ, ELLE GUIDE LE PEUPLE.

C'EST BIEN UNE FEMME, SELON TOUTE APPARENCE.

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

P.S. DERNIERE MINUTE : nous apprenons une triste nouvelle :

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Adressons donc nos très sincères condoléances à l'U.M.P., et surtout à son "président autoproclamé".

 

mercredi, 05 décembre 2012

NOUS SOUVENANT DES BELLES CHOSES ...

 

Pensée du jour :

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NOTRE-DAME DE PARIS

« Noël arrive au bout de l’année comme une espèce de carillon. Il luit dans le noir comme une dorure. « La plus belle des couleurs, c’est le noir », selon un mot du Tintoret que Pourrat cite dans son Blé de Noël ; et il ajoute, par parenthèse, que « le noir est la couleur que préfèrent les vieilles races » : elles reçoivent la Vie en jaquette dans les salons du sous-préfet. (La pauvre ! elle en sort empaillée.) Quoi qu’il en soit, décembre est un mois noir, comme le nuage, comme le froid, comme le loup. La neige qui le souligne accentue ses ténèbres. Noël est sa dorure ».

 

ALEXANDRE VIALATTE

 

SUNGAU 2.jpg

QUIS ?

BALADE DES TUNNELS 3.jpg

QUID ?

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UBI ?

CUMULOS MAMMATUS 4.jpg

CUR ?

CLERGUE 51 2.jpg

QUOMODO ?

(UNE IDEE DE LA BEAUTE SELON LE GRAND LUCIEN CLERGUE !)

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QUANDO ?

 

CANYON DE CHELLY CURTIS.jpg

QUIBUS AUXILIIS ?

Alors voilà ! Le monde est trop beau, il paraît. Il paraît qu'il faut l'abîmer. Peut-être parce qu'on aura moins de mal à regretter sa disparition ? Et je ne parle pas de la nôtre. "J'veux mourir malheureux, Pour ne rien regretter", chantait DANIEL BALAVOINE, dans Le Chanteur. Quel pauvre nase, le con ! Est-ce qu'il a eu la chance de regarder le monde autour de lui, avant de tomber, dans et avec son hélicoptère (heureusement, c'était avec THIERRY SABINE, le malfaiteur né avec un pot d'échappement intégré, ça vous dit quelque chose, LE Paris-Dakar ? Il n'a pas contribué à l'enlaidissement du monde ?) ?

 

Voilà ce que je dis, moi. 

 

 

mardi, 04 décembre 2012

IL Y A VRAIMENT DE QUOI FONDRE !

Pensée du jour :

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CHARTRES

 

« L’erreur judiciaire est à la mode. On fait les procès des procès. On juge les juges et les jurys. On se passionne, on vibre, on s’indigne. On se donne bonne conscience à peu de frais. Il y a plaisir à jouer les redresseurs de torts. La vérité, c’est que c’est très amusant. Le plus respectable bourgeois aime à voir rosser le commissaire, et les enfants, dès le plus jeune âge, adorent jouer au gendarme et au voleur ».

 

ALEXANDRE VIALATTE

 

Juste un aperçu de la Mer de Glace en 1903 :

MER DE GLACE 1 1903.jpg

BOURREE A CRAQUER, LA MER DE GLACE A MAREE HAUTE

Et puis en 2000 :

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ON NE M'ÔTERA PAS DE L'IDEE QUE C'EST MAREE BASSE

(20 mètres en épaisseur depuis 1950, mais à l'école aussi, c'est marée basse)

Il y a plus convaincant (toujours la Mer de Glace) :

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Et ça n'a l'air de rien, vu devant l'écran d'ordinateur, mais on peut en dire autant du glacier des Bossons,

GLACIER BOSSONS 1892.jpg

EN 1892 (c'est écrit dessus), IL S'ETALE.

...

GLACIER BOSSONS 1.jpg

AUJOURD'HUI, SANS COMMENTAIRE.

... et de quelques autres. 

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ET EN UN AN !!! ILS SONT TROP FORTS, LES SUISSES !

Mais les Africains ne font pas mieux, comme le montre le Kilimandjaro :

FONTE KILIMANDJARO.jpg

 EN 7 ANS

Et le Groenland ? Pourquoi ça ne serait pas pareil ?

GLACIER FONTE 2.jpg

EN 10 ANS

Allez, un dernier pour la route :

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1318 METRES (en longueur) EN 70 ANS (1900-1970)

Moralité : plus le climat se réchauffe, plus il y a d'alpinistes. C'est mathématique.

 

 

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

 

 

 

 

vendredi, 19 octobre 2012

L'AVENIR DE L'IDENTITE NATIONALE

Pensée du jour : « Malheur à celui qui n'a pas mendié ! Il n'y a rien de plus grand que de mendier. Dieu mendie. Les anges mendient. Les rois, les prophètes et les Saints mendient ».

 

LEON BLOY

 

 

Ceci est la dernière note sur le sujet.

 

 

J’étais donc parti, le 14 octobre, sur une question d’une gravité philosophique qui n’a certainement échappé à personne : « Qu’est-ce que l’identité nationale ? ». Je répondais intrépidement : « sentiment d’appartenance » et « exigence de différenciation ». C’était mes deux idées de départ. Ce qui m’intéresse dans ces deux notions, c’est qu’elles marchent aussi bien au niveau individuel que national.

 

 

L’individu est un entrecroisement proprement inextricable de critères d’appartenance et de critères de différenciation (nom, prénom, date et lieu de naissance, profession, adresse, etc.). La nation, c’est un peu pareil. A ce titre, la caractéristique principale de toute identité, c’est qu’elle se compose de données tout à fait indénombrables. Je dirais même « inépuisables ». Chercher à définir l’un ou l’autre de façon exhaustive est voué à l’échec. Et je trouve ça rassurant : la part de mystère de tout ce qui se rattache au vivant, en quelque sorte.

 

 

Maintenant, la question qui vient est : « Qu’est-ce qu’on fait de tout ça ? ». Je veux dire : de  quel côté va-t-on tirer la question ? Beaucoup de problèmes du monde actuel en découlent. Ne parlons pas des Kurdes, peuple à cheval sur quatre Etats (le cas des Basques est analogue). Ne parlons pas des Ouïghours, peuple musulman égaré en Chine (mais aussi, que sont-ils allés faire dans cette galère ?).

 

 

Ne parlons pas des Ecossais, qui sont en train de préparer leur sécession de la couronne britannique. Ne parlons pas des Flamands ou des Slovaques. Ne parlons pas des Catalans, qui vivent sur un trou financier, mais que ça n’empêche pas de réclamer l’indépendance de la province. Et qui abolissent la corrida parce qu’ils la considèrent comme espagnole. Au fait, jusqu’où va la Catalogne, au nord de la frontière ? Perpignan ? Narbonne ? Je ne me rappelle plus où commencent les panneaux routiers bilingues.

 

 

Le point de départ de l’identité, c’est au total deux affirmations : « Nous sommes ce que nous sommes » (appartenance) et « Nous ne sommes pas ce que nous ne sommes pas » (différenciation). Ce qui veut dire : « Nous ne sommes pas ce que vous êtes ». Ça a l’air très bête, dit comme ça (deux atroces tautologies, pour ceux que ça intéresse), mais ça tient la route. Qui peut dire où se situe le point d’équilibre ? Y a-t-il seulement un point d’équilibre ? Ce qui est sûr, c’est qu’on peut choisir de tirer sur l’un ou sur l’autre des deux fils.

 

 

Si vous tirez le fil de l’appartenance, nul doute que vous englobez. Quoi ? Ce n’est pas le problème. Le problème, de ce côté-là, c’est que, plus vous englobez, plus vous risquez d’aller vers un ensemble hétérogène, au point, éventuellement, de passer par-dessus des différences irréductibles.

 

 

C’est ce qui s’est passé pour l’Empire Romain à l’époque de TRAJAN (53-117) : la plus grande extension, avant le démembrement (la "décadence"). C’est de l’ordre de la dénégation, du refoulement, de l’angélisme : prêcher à toute force, à genoux et les mains jointes, que l’unité règne. Par exemple, qu’est-ce qui est à l’œuvre, quand un blanc, dans une rue française, se fait traiter de « fromage blanc », ou pire, de « sale Français » ?

 

 

Si vous tirez le fil de la différenciation, nul doute que vous accusez l’épaisseur du trait qui sépare. ANDERS BERING BREIVIK, le Norvégien massacreur, a tiré ce fil-là (et tiré sur tous ceux qui militent pour une appartenance toujours plus grande, je veux parler d’une certaine gôche métissante à tout crin, vous savez, la tarte à la crème de tout ce qui se veut et se prétend « sans frontières »).

 

 

Il y a un début d’hostilité dans le simple fait d’exalter sa propre différence (la revendication dite « identitaire » : « Je ne suis pas ce que tu es », « Nous ne sommes pas ce que les autres sont », étrangère, pour l'instant, à toute idée de supériorité de "je" ou "nous" sur "tu" ou "les autres").

 

 

Le point extrême de la différenciation, c’est évidemment le concept de « pureté de la race », avec toutes les implications qu’on a pu observer dans l’histoire du 20ème siècle. L’autre point extrême, qu’on pourrait appeler « la grande appartenance », ou « tout est dans tout (et réciproquement) », c’est ce qui a été baptisé du noble nom de « métissage ».

 

 

Le grand laboratoire grandeur nature de la pureté de la race, c’est, comme chacun sait,  l’Allemagne hitlérienne. Pas besoin d’épiloguer. Le grand laboratoire grandeur nature du métissage se trouve, quant à lui, en Amérique latine, sorte de concentré de tous les continents. L’Argentine n’a-t-elle pas eu un président nommé NESTOR KIRCHNER (nom germanique) ? Le Pérou, en 1990, a élu au même poste ALBERTO FUJIMORI (nom japonais). L'actuel Bolivien EVO MORALES AYMA (nom amérindien) est d’origine Aymara. Toute l’onomastique latino-américaine reflète ce qui a bouillonné dans ce chaudron.

 

 

Le problème de l’identité nationale française, tel qu’il se pose aujourd’hui, est là. Qu’elle se dilue, cela ne fait guère de doute. On peut faire pousser dans son jardinet les reliques que l’on veut. Mais à propos de l’identité nationale française, cela s’en va, si j’ose dire, par « en haut » et par « en bas ».

 

 

Par en haut, c’est évidemment toute la supranationalité qui tend à s’imposer aux membres de l’Union Européenne en général, à la France en particulier. Par en bas, c’est ce qui nous vient à la fois de la double nationalité (un petit peu) et du regroupement familial (très beaucoup). Ajoutons, pour faire bonne mesure, la naturalisation, et le million de nouveaux citoyens, qu'elle ajoute aux Français tous les 11 ans environ (à peu près 85.000 par an).

 

 

Qu’est-ce qui domine la scène, sur ce plateau ? Difficile à dire. D’un côté, vous avez JEAN-FRANÇOIS COPÉ (et une forte partie de l’UMP) qui parle de « racisme anti-blanc », et qui dénonce le fait d’arracher à un collégien (une collégienne ?) son pain au chocolat, sous prétexte qu’on est en ramadan. Visiblement, le monsieur en question tire sur le fil de la différenciation et privilégie l’aspect identitaire. Et c'est vrai que le laïciste que je suis réagit très mal à l'irruption du religieux (fortement teinté de politique) dans notre espace public.

 

 

De l’autre côté, vous avez FRANÇOIS HOLLANDE (et tout le Parti Socialiste, en plus de quelques gauchistes et chrétiens sociaux au grand cœur) qui, en tant qu’universaliste et « porteur de valeurs », propose d’accorder le droit de vote aux étrangers dans les élections locales.

 

 

Vous avez RESF (réseau « éducation sans frontières ») et autres associations humanistes, qui luttent contre les centres de rétention, l’expulsion des enfants d’immigrés scolarisés, le sort fait aux sans-papiers. Soit dit en passant, ce sont les mêmes qui s’apprêtent à défaire l’institution du mariage en l’ouvrant aux homosexuels, sous prétexte d’ « égalité ». C’est vraiment bizarre, ce que c’est devenu, « être de gauche » : éliminer à toute force tout ce qui différencie, hiérarchise, distingue, "discrimine".

 

 

 

Il me semble que c’est dans Les Origines du totalitarisme (Gallimard « Quarto », 2002) que HANNAH ARENDT déclare que l’époque de l’impérialisme (= déversement de capitaux et de populations européens superflus sur le reste du monde, environ 1850-1900) est celle du déclin des Etats-nations. Peut-être a-t-elle tort, après tout. Mais est-ce bien sûr ?

 

 

Ce qui est sûr, en revanche, c’est que les capitaux sont en train d’achever la planète, et que les populations sont de plus en plus superflues. Alors, dans ce magma, vous pensez, l’identité nationale française ! …

 

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

FIN