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dimanche, 04 décembre 2011

ECOLOGIE POUR UNE AUTRE FOIS

Résumé : ce qu'on appelle la pollution n'est rien d'autre que tous les objets qui nous donnent confort et facilité. Na ! C'est bien fait, tiens !

 

Mais je vais vous dire une bonne chose : la pollution, on n’en parlerait pas si cette façon de vivre était restée confinée et circonscrite. La pollution, on ne saurait même pas ce que c’est. Tu te rends compte, le bonheur ? Au lieu de ça, c'est l'angoisse. Et pourquoi ça, je vous le demande ? Parce que tous les non-occidentaux en ont voulu. Pas de la pollution : des objets dont nous sommes si fiers. Tu te rends compte, le culot ? 

 

Et c'est vrai, si l'usage des objets fabriqués avait été réservé aux habitants de leur aire de production, en gros et pour résumer, l’Amérique du Nord, l’Europe occidentale, l’Australie et le Japon, je vous le dis, on n'en serait pas là ! Ce qu’on appelait, il n’y a pas si longtemps, les « pays développés ». Mettons un milliard d’individus. Qui vivaient tranquilles à piller la planète en pères de familles. Ça pouvait durer encore un peu. Disons quelques siècles sans se faire de mouron.

 

Tandis que là, si tout le monde s'y met, ça ne va plus être possible. Qu’est-ce qui leur a pris, à tous les autres, de les vouloir, ces objets ? Ils vivaient heureux (pas les objets, ballot !). Un mode de vie simple, pas de livres, une alimentation frugale, des ambitions modestes pour les enfants, pas d'impôts, une existence « à l’ancienne », héritée des ancêtres. Ils avaient tout, sans avoir nos objets. Bon, ils ne gagnaient pas lourd, mais comme la vie ne coûtait rien ...

 

Les femmes gardaient vivants quelques enfants, sur une vingtaine de grossesses. Au moins, la mortalité infantile n’était pas faite pour les chiens. C’était le bon temps. Personne ne se plaignait. C’était comme ça. Quand on excisait, il n’y avait pas vingt clubs de tiers-mondistes huppés et de droits-de-l'hommistes magnanimes pour vous tomber sur le râble et vous faire renoncer à vos coutumes séculaires.  

 

Notez que, pour la mortalité infantile, c’était du pareil au même chez nous, deux cents ans avant. Je ne sais plus quel médecin anglais a fait faire un bond à la fertilité finale des femmes quand il a enseigné le lavage des mains aux accoucheuses. On a appelé ça le progrès. On y a cru. Dans le fond, c’est la médecine européenne qui a inventé la « bombe démographique ».

 

C’est vrai que l’occident, en même temps qu’il voyait se multiplier les sympathiques « créateurs de richesse », le dollar entre les dents, a vu proliférer les indispensables « grandes âmes » (sens du mot magnanime). Comment, se sont-ils écriés, nous allons chercher chez les sauvages les matières qui nous permettent d’avancer sur la voie du Progrès, et nous les laisserions éloignés des bienfaits de ces avancées ? C’est le moment de leur envoyer la médecine. C'est comme ça et pas autrement qu'on a allumé la mèche de la « bombe démographique ».

 

La Terre parvient à son 1er milliard vers 1800, à son 2ème vers 1925, à son 6ème en 1999. Elle vient d’atteindre son 7ème milliard. Aux dernières nouvelles, la Terre, encore toute grosse, aurait déclaré : « Je suis contente, et j’espère faire mieux la prochaine fois ». On se croirait à l’arrivée du critérium de Tence (Haute-Loire) dans les années 1960. On l’encourage. Et on applaudit très fort. « Tiens bon, la Terre ! Allez, citius, altius, fortius ! », comme disait COUBERTIN.

 

Donc, le monde non occidental vivait très bien comme ça. Disons qu'il vivait. Et puis le monde occidental a débarqué avec sa médecine. Accessoirement et en même temps, il a voulu apporter l’occident en personne. Autrement dit, en plus de la médecine, les objets, le goût des objets modernes, ceux qui marchent à l’électricité et à l'essence, ceux qui sortent des usines.

 

Les objets modernes, GERARD LAUZIER évoquait cela drôlement dans Chroniques de l’île Grande, où une vieille mémé brésilienne se fait fourguer un coffre en plastique ou en formica, en lieu et place de son coffre ancien en bois de jacaranda qui vaut la peau des fesses.

 

C'est qu'il fallait bien apporter la médecine au Tiers-Monde pour transformer les populations démunies, d’abord en autant de clientèles en bonne santé, ensuite en clientèles solvables. Parce que les usines occidentales crachaient leurs objets à jet continu et que les marchés des pays développés étaient saturés. Il fallait élargir à tout prix.

 

On a donc imaginé toutes sortes de « marchés potentiels » pour écouler tous ces surplus. HANNAH ARENDT explique ça très bien dans Les Origines du totalitarisme (deuxième partie, je crois, celle sur l’impérialisme). Elle intitule d’ailleurs drôlement un paragraphe « Embarras suscités par les droits de l’homme ». Vous m’excusez de la remettre sur le tapis, c’était juste en passant. De toute façon, ce n'est pas tout à fait ça qu'elle dit.

 

L’occident a donc exporté l’occident, partout où c’était possible, ce qui veut dire « partout ». L'occident a implanté l'occident dans le monde. Le monde s’est occidentalisé dans la foulée. Et la foulée, qu'est-ce qu'elle a fait ? Elle a continué. Et il faut le comprendre, le monde, il a voulu « vivre à l’occidentale ». C'est-à-dire avec l'électricité, l'essence et l'eau courante.

 

Surtout l'électricité. Plus de courant ? Plus de télévision ! Autant dire plus rien. L'angoisse. Moi, j'en rigole, rien qu'à l'idée de la pléiade d'empaffés qui seraient radicalement privés de montrer leur trombine, et d'en toucher les dividendes. Sur la paille, DELARUE. Réfléchis : combien de temps passes-tu dans la journée avec quelque chose qui marche à l'électricité ou à l'essence ? Trop.

 

Vivre à l'occidentale, ça veut dire, en réalité, un poste de télévision dans chaque pièce de la maison, des frigos, des voitures, des ascenseurs, des téléphones portables, des ordinateurs, et tout le reste. Bref, vous avez compris, le « confort moderne ».

 

Y a pas de raison que vous autres occidentaux soyez seuls à posséder tout ça. Nous aussi, nous y avons droit. Et quand on y réfléchit, on se dit que c’est bien vrai : il n’y a aucune raison rationnelle pour priver de nos bienfaits matériels les six milliards d’hommes qui n’en disposaient pas encore.

 

Vous avez compris pourquoi la énième conférence sur le climat, qui a lieu en ce moment à Durban, en Afrique du sud, est vraiment très mal partie. On nous dit qu’il faut abonder un fonds mondial pour le climat. D’abord, je demanderai : « Quel argent ? ». Mais l’argent, on en trouve toujours quand c’est important aux yeux des gens importants.

 

Ensuite, je demanderai : « Au nom de quelle raison et de quel principe l’occident empêcherait les pays pauvres (et les pays avancés des pays pauvres, les désormais fameux B. R. I. C. S.) d’accéder au même degré de bonheur matériel qu’il a pour son compte atteint autour de 1900 ou 1920 ? ».

 

La plaidoirie est remarquable, non ? Merci pour l'orateur. C’est entendu, tout le monde a le droit d’être riche et de consommer exactement comme les occidentaux. Il n’y a pas de raison. Comme ça, l’extraction forcenée des ressources (étape nommée « au départ ») va s’élargir et devenir furieuse, puis tonitruante, et la poubelle (étape nommée « à l’arrivée ») va se rétrécir, puis devenir minable. Et l'humanité va y élire domicile, dans la poubelle. Ce qu'elle a un peu commencé à faire.

 

Vous savez comment ça va finir, en toute logique ? Les étapes « au départ » et « à l’arrivée » vont se confondre. Concrètement, ça va donner quoi ? Ben, ça me paraît évident. Quand l’extraction forcenée va arriver dans le mur, eh bien c’est tout simple, elle va extraire directement ce qui se trouve dans la poubelle. C'est pour ça que le recyclage a l'avenir devant lui. PIERRE DAC, alias Sar Rabindranath Duval, poursuit illico : « Mais il l'aura dans le dos chaque fois qu'il fera demi-tour ».

 

Oui, elle va extraire directement dans la poubelle le carburant qui actionne la production de produits. J’appellerais volontiers ça « la planète autophage ». Sauf que c’est ceux qui s’agitent dessus qui vont creuser le sol sous leurs propres pieds. Je vois bien les dessins d’un nommé GRANGER qui dessinait dans les années 1970. Un genre d’humanité autophage.

 

Il a même dessiné les pochettes des premiers disques du génie musical que le monde entier nous envie : JEAN-MICHEL JARRE. Bon, c’est vrai qu’il fait plutôt dans l’esbroufe et le spectaculaire que dans le musical, ne parlons même pas de l’artistique, mais MICHEL GRANGER, en dessin, ça reste une pointure. Je ne sais pas ce qu’il est devenu.

 

L’objectif, c’est que sept, puis neuf milliards d’humains puissent vivre « à l’européenne ». Non, ce serait injuste : autorisons-les à vivre « à l’américaine ». A l'européenne, il faudrait juste trois planètes identiques pour que ça soit viable. A l'américaine, c'est cinq planètes, qu'il faudrait. Comme ça, ce sera plus net.

 

C’est bien vrai, finalement, que l’occident est schizophrène. D’un côté, l’économie, la richesse, le progrès, le confort. De l’autre, les principes, la justice, les droits de l’homme, les grandes âmes (« mahatma », en hindi). D’un côté, la liberté (de s’enrichir). De l’autre, l’égalité et la justice. On est donc devant cette belle équation à résoudre : comment continuer à croître, tout en voulant imposer la justice ?

 

Drôle de paradoxe, quand même : la liberté + l'égalité = la planète invivable. Vous ne trouvez pas que c'est bizarre ? Et si vous ajoutez le troisième terme, la fraternité, je crois que c'est plutôt une sorte de guerre qui se profile à l'horizon, vous ne croyez pas ?  

 

Je la vois déjà, la planète à 7 milliards d’hommes égaux en richesse à l’Américain moyen d’aujourd’hui. Allez, gardons le sourire. Plus ce sera rapide, moins ce sera douloureux. C'est déjà ça de gagné.

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

 

 

samedi, 03 décembre 2011

LA POLLUTION EXPLIQUEE AUX ENFANTS

 

Durban ? C’est où ? C’est là où il y a de belles plages sur l’océan Indien. C’est là que les écologistes et les gouvernements de la planète font trempette en ce moment pour veiller à la santé de la dite planète. C’est beau, l’écologie, non ? Moi qui suis un peu demeuré, je n’ai pas encore bien compris de quoi il retourne, dans cette affaire.  

 

Est-ce qu’il s’agit de jeter dans la bonne poubelle les bouteilles en plastique, les journaux, les épluchures et les boîtes de conserve, vous savez, ce qu’on appelle du merveilleux pléonasme « tri sélectif » ? Ou bien d’en finir avec l’extraction forcenée de toutes les ressources des sous-sols et avec la destruction des dernières forêts primaires qui subsistent en Amazonie et à Bornéo ? Quoi, ce n’est pas la même échelle ? Bien sûr, puisque ce sont les deux bouts du processus. 

 

A L’ARRIVEE, la poubelle, enfin tout ce qui peut servir de poubelle, c’est la rivière, l’usine d’incinération, La Hague, Stocamine (allez voir ça, par curiosité). C’est à ciel ouvert ou enfoui. Ça reste à domicile ou ça va au Sénégal (affaire dite du « Probo Koala »). Ajoutons, comme poubelle, nos poumons et nos estomacs. Soit dit en passant, personne n'a pu prouver que l'industrie chimique est la cause des cancers et autres maladies modernes : constatons simplement que leur nombre a explosé.  

 

Quand c’est du sac plastique, la poubelle peut aussi être le milieu de l’Atlantique ou du Pacifique, où le berger (le vortex des courants océaniques) a rassemblé son troupeau (des milliards de milliards de minuscules morceaux de plastique), au point de former de véritables continents observables d'en haut.   

 

AU DEPART, l’extraction forcenée de tout ce qui peut servir. En gros, il y a deux autoroutes. Sur l’autoroute A1, le fer, le manganèse, le cuivre, bref, tous les métaux, tous les minerais utilisables pour fabriquer des objets et pour produire des produits. Sur l’autoroute A2, le charbon, le pétrole, le gaz, bref, tout ce qui peut servir à faire marcher les machines. Appelons ça les « sources d’énergie ». Sans autoroute A2, pas d’autoroute A1. Sans énergie, pas de fabrique d’objets ni de production de produits.

 

 

ENTRE LES DEUX, soyons clair et net, LA POLLUTION. Je simplifie, bien sûr, mais c’est juste pour la clarté du propos. Certes, il y a déjà de la pollution dans l’extraction forcenée, et il y en a encore dans toutes nos poubelles. Mais l’essentiel se passe entre l’extraction et la poubelle. Appelons ça les opérations de « transformation ». Appelons ça « l’industrie », l’usine, si vous voulez.  

 

L’usine, c’est très simple : à l’entrée, les deux autoroutes (A2, matières de production d’énergie et A1, matières de production d’objets). A la sortie, toujours deux autoroutes : A3, pour les déchets de l’usine, et A4 pour les objets manufacturés.  

 

Pour résumer, la pollution, qu’est-ce que c’est, à tout prendre ? Je vais vous dire : c’est tout ce qui se passe depuis l’extraction forcenée jusqu’à  tous les beaux appareils qui ornent nos cuisines, nos salles de bains, nos séjours. Enfin bref, tous les objets qui nous servent quand nous sommes chez nous.  

 

Tant qu’on y est, allons-y : la pollution, c’est tous les objets qui nous servent quand nous sortons de chez nous, quand nous allons travailler, pendant que nous travaillons. Quand nous allons au loisir, de temps en temps, car il faut bien  nous distraire de cette vie tuante que nous passons à fabriquer, entretenir et jeter des objets censés nous la faciliter, la vie tuante. Jamais contents, nous nous plaignons de nous tuer à travailler, mais pas question quand même de renoncer à un minimum de confort. On n’est pas des bêtes. Moi, je dis que ça reste à voir, mais bon.  

 

Elle est là et nulle part ailleurs, la pollution. Le canapé du salon ? Mais comment je vais regarder mon home cinéma, moi ? Le frigo ? Et la bière au frais pour les jours de canicule ? Et les réserves de saumon à l’aneth et de bœuf bourguignon « Picard », pour quand j’aurai la flemme de ressortir pour faire les courses ?  

 

Le lave-vaisselle et le lave-linge, alors, ce n’est même pas la peine d’en parler. J’en fais un « casus belli ». Et vous n’avez pas intérêt à me répondre, comme Bad Ticket, face au juge Roy Bean, en présence de Lucky Luke : « Je ne connais pas ce Casus Belly dont vous parlez et je ne lui ai rien fait » (Le Juge, de MORRIS, c’est page 40 de l’album n° 13).  

 

Sérieusement, vous vous voyez vous passer de tous ces objets plus ou moins laids, programmés pour être jetés au bout d’un temps variable, déterminé au moment de leur conception (ça s’appelle « obsolescence programmée »), et remplacés par d’autres tout aussi laids et programmés, mais plus « up to date » ?

 

Renoncer à ma chaudière au gaz ? Renoncer à ma plaque vitro-céramique ? Renoncer à mon ordinateur, sur lequel je m’escrime en ce moment même ? Monter à pied les vingt-sept étages qui vous séparent de chez vous ? Franchir à pied les kilomètres qui vous séparent des magasins de Noël ? Revenir à pied du magasin ou du supermarché les bras, le dos et la tête chargés de paquets ? Vous n'y pensez pas.

 

Entre parenthèses, c’est un truc génial, l’obsolescence programmée. Une trouvaille d’industriels qui veulent vendre plus et plus souvent.  Rendez-vous compte : une ampoule électrique qui résiste dix ou vingt ans, comme on en a fabriqué au début, un lave-linge tellement solide que, cinquante ans après, il a toujours l’haleine fraîche. Le rêve. 

 

Mais ce genre de matériel, ce serait bon parce qu’on le paierait à prix d’or si on en avait les moyens, mais c’est la mort de l’industrie que vous voulez ? Des emplois ? Allons, il faut bien qu’on jette. Ça fait tourner la machine. Le problème, il est là et nulle part ailleurs. La machine, elle crève si elle s’arrête. Et nous avec.

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

A suivre ...

vendredi, 02 décembre 2011

CONTINUONS LE COMBAT ?

Après le sujet sérieux, après le sujet grave, voilà un sujet  déplaisant. Un sujet qui m’est inspiré par ce que j’entends régulièrement.  

J’étais allé rendre visite à Dédée quelque part en Dauphiné. J’y tenais. Va savoir pourquoi, au fond du fond. Elle avait du mal à tenir debout. Amaigrie à faire peur. Elle trouva néanmoins la force de rire en me disant : « Oui, Frédéric, on retournera dans les marais, un soir de Noël, pour faire les loups ». Quinze jours après, elle n’était plus de ce monde. Je l’aimais beaucoup.

« Faire les loups », je vais vous dire ce que c’est. Pendant une soirée de Noël, tout le monde était sorti pour prendre l’air et faire de la place dans les estomacs pour la suite. Il faisait nuit, il était tard, mais sans plus. Par jeu, j’avais commencé à pousser des cris dans le suraigu, comme je sais faire, à la façon des loups, dit-on. Et comme le proposait le générique d’une émission de radio il y a fort longtemps (« Loup-garou », de PATRICE BLANC-FRANCARD ?).

Dédée s’y était mise, elle faisait ça très bien : on avait donné tous les deux une sorte de concert improvisé, de loups hurlant à la lune. L’imitation devait être assez réussie, si j’en juge par les lumières extérieures des maisons qui s’allumèrent à ce moment.

On entend fréquemment, à propos de gens qui sont morts « des suites d’une longue maladie » ou « d’une cruelle maladie », qu’ils se sont battus avec courage contre la maladie. Dédée ? Oui, elle s’est battue. Mais d’abord, ça veut dire quoi, « se battre contre la maladie » ? Qu’est-ce que ça peut bien vouloir dire ? J’avoue que je l’ignore.

Se battre contre n’importe quelle maladie, je vois bien. Ça veut dire, en gros, se soigner. On va chez le toubib, il fait un examen sérieux (Docteur L., 30 minutes) ou pas sérieux (Docteur P., 4 minutes, tension comprise), il vous fait rhabiller, il vous fourgue une ordonnance, vous la suivez, vous êtes guéri. On a fait ce qu’il fallait.

Se battre contre la maladie, ça veut donc dire « se soigner ». Accessoirement, ça veut dire, faire ce que le docteur a dit de faire. Et normalement, ça marche. Dans la plupart des cas. Le problème se pose quand la maladie devient « longue » ou « cruelle ».  

 

De l’usage de l’euphémisme et de la périphrase, quand ça devient vraiment grave. GEORGES BRASSENS, dans « Le Bulletin de santé », dit « ce mal mystérieux dont on cache le nom ». Disons-le : il s’agit du cancer. Cancer de ce que vous voudrez, c’est un mot qui fout la trouille. Je signale en passant qu’on n’a pas fini de l’entendre, le mot.

Pour vous en convaincre, allez voir La Société cancérigène, de GENEVIEVE BARBIER et ARMAND FARRACHI : 262 % d’augmentation entre 1950 et 1988, + 20 % entre  1980 et 2000. Les décès ? 7 % en 1920, 30 % en 2000. Un homme sur trois, une femme sur quatre en meurt, aujourd’hui en France. Je ne m’affole pas, j’essaie de voir en face. Je précise quand même que je ne suis pour rien dans cette évolution.

Se battre contre la maladie, j’ai dit que c’était « obéir à son médecin ». Faire ce qu’il ordonne. Vous avez envie de vivre, et vous n’avez pas envie de mourir ? Obéissez. Soumettez-vous à l’autorité du médecin.  Pour le cancer, deux ordonnances : la chirurgie ou la chimiothérapie. Il y a aussi la radiothérapie, mais bon.

Se battre contre la maladie, c’est prendre les médicaments qui sont sur l’ordonnance. C’est aller bien sagement à sa « chimio » pour vomir tripes et boyaux. C’est passer par le bloc opératoire pour se faire enlever un morceau de corps pourri.

C’est ça, que je ne comprends pas : c’est donc ça, se battre ? Et je ne parle que des cas où les toubibs ne se sont pas trompés dans leurs diagnostics, dans leurs appréciations, où ils ont vraiment fait ce qu’il fallait, rien que du pertinent, de l’idoine et de l’adéquat.

Si les gens croient qu’avoir le moral quand on est malade suffit pour vaincre le cancer, libre à eux. Quelle différence objective, à l’arrivée, y a-t-il entre quelqu’un qui « s’est battu » et quelqu’un qui s’est « laissé aller » ? Vous en voyez une, vous ? A quoi ça me servirait, en pareil cas, d’avoir la volonté de « me battre » ?

Non, franchement, je préfèrerais qu’on dise qu’untel ou unetelle a FAIT FACE à la maladie, qu’il ou elle l’a bien regardée dans les yeux. « Se battre », on ne m’enlèvera pas de l’idée que c’est le genre de pieux mensonge qu’on dit pour réconforter. Je n’aurais pas envie qu’on me réconforte comme ça.

C'est PIERRE DESPROGES qui disait, et il savait de quoi il retournait, dans son propre cas : « Vivons heureux en attendant la mort ». Ça oui, c'est une vraie leçon.

Voilà ce que je dis, moi.

 

PS : Promis, la prochaine fois, je rigole.

 

 

 

jeudi, 01 décembre 2011

HARO SUR LE CONSENSUS

 

Ça commence à me pomper l’air, cette histoire de philosophie, « public », « privé » et tout le bataclan, pas vous ? J’en ai assez de ce sujet sérieux. Je vais donc passer à un sujet grave. Oh, dans le fond, pas si grave que ça.

 

 

 

Une copine à quelqu’un qui m’est cher déjeunait l’autre jour à la maison, en même temps que d’autres. Elle vient d’enterrer un certain nombre d’amis et connaissances en un temps réduit. Même si je reconnais que ça fout un coup, cette copine à quelqu’un qui m’est cher ne m’est pas très chère, à moi personnellement. Pour des raisons qui me regardent, et qui donc la regardent aussi. Mais personne d’autre.

 

 

 

Pour vous dire, on était à table, on parlait du raifort à l’allemande. Je ne sais pas si vous connaissez ces petits bocaux, qu’on trouve ici ou là, « à l’intérieur ». « A l’intérieur », je précise que c’est partout en France, sauf en Alsace. C’est comme ça qu’on dit là-bas.

 

 

 

Je disais de ce condiment somme toute très européen, peut-être même très banal, qu’il était proprement immangeable. Sur le ton doucereux, vaguement insinuant et franchement moralisateur qui caractérise les faux-culs, la copine à quelqu’un qui m’est cher me déclara : « Peut-être que tu pourrais dire « je n’aime pas », plutôt que « c’est immangeable ». J’ai répondu : « Je préfère dire que c’est immangeable ».

 

 

 

Pourquoi je préfère ? Parce que, tout simplement, chacun est habilité à porter des jugements, alors que « j’aime, j’aime pas », ça vous renvoie à votre petit moi étriqué. C’est de la petite subjectivité, et ça, tout le monde s’en fout, et tout le monde a raison. « C’est immangeable », ça donne un peu de lustre, de solennité et de componction à ce qui, autrement, serait une pure et simple opinion. Et l’opinion, il y a des sondages pour ça (je ne sais plus qui d’autre répondait à VICTOR HUGO, qui réclamait de la tolérance : « La tolérance ? Il y a des maisons pour ça »).

 

 

 

C’est vrai, quoi. Je sais bien que c’est un jugement. Et même un jugement péremptoire. Mais franchement, si personne ne porte de jugement, péremptoire ou non, je pose la question : « Quand y aura-t-il débat ? ». Réponse : « Jamais ». C’est quoi, un débat ? Une confrontation, c’est-à-dire un combat. Courtois et verbal, mais un combat quand même. Débattre, c’est combattre. « Ce n’est qu’un combut, continuons le débat ! » Euh non, j’ai interverti deux voyelles. Pas seulement les voyelles. Je demande pardon aux mânes de mai 1968. Pardon.

 

 

 

Je sais bien aussi que, en bon latin, « de gustibus et coloribus non disputandum est » (des goûts et des couleurs, on ne discute pas). Le raifort, franchement, que certains aiment ça, je m’en tape, aussi longtemps qu’on ne m’emmerde pas avec. Mais pardon si j’insiste, quand tu as émis un jugement, la personne en face reste totalement libre d’émettre le sien. De répliquer. De fourbir et de fournir ses arguments.

 

 

 

Et tous les deux, c’est génial, on va entrer en danse, s’envoyer nos répliques et nos arguments à la figure.  Et puis, c’est infiniment variable : soit on est d’accord, soit on n’est pas d’accord. Si on est d’accord, on passe à autre chose, non ? Tout le monde est d’accord ? Non ? Puisque c’est comme ça, je continue. Est-ce que j’aurai beaucoup d’arguments contre le raifort à l’allemande ? Je n’en sais rien à priori. Il m’arrive d’en douter, pour tout dire.

 

 

 

Parce que c’est quand on n’est pas d’accord, finalement, que la vie devient intéressante. Si je devais présenter les choses de façon grossière, je dirais qu’il y a deux sortes de gens : ceux qui veulent le consensus avant que le débat ait commencé, et ceux qui aiment le simple fait qu’il y ait un débat. Je ne supporte pas ceux qui cherchent, au-dessus de tout, le consensus.

 

 

 

Ceux qui n’aiment pas le débat, en face de ceux qui aiment ça. Ceux qui aiment le débat, de toute façon, tu le sais tout de suite. Ils le portent sur leur figure. Ceux qui ne l’aiment pas, ils le portent aussi sur leur figure, mais avec un sourire aimable. Ça fait la différence. Le sourire du faux-cul qui manipule les mots pour que la personne en face accepte de venir sur un terrain où elle aura le dessous.

 

 

 

Moi, il y a des débats qui ne me feront jamais dresser la paupière pendant la sieste. « Dieu existe-t-il ? » est de ceux-là. Mais il y en a qui me feraient lever la nuit. Cet aspect est aussi une donnée du problème. Et puis soyons franc : de même qu’il y a des semelles qui attirent le caca de chien, des joues qui attirent la claque et des culs la chaussure, il y a des têtes qui attirent l’objection.

 

 

Pour revenir au débat, j’ai comme l’impression que les gens ont peur de ça. Depuis qu’il y a la télévision, ils ont peur d’être en désaccord. Remarquez, je dis « la télévision », mais c’est peut-être autre chose. Les conseillers en communication, par exemple. « Attention, coco, dès que tu t’énerves, c’est toi qui as perdu. » Surtout maintenir en façade une équanimité inébranlable et de tous les instants.

 

En tout cas, quand ils sont en direct, les gens ont peur d’entrer en conflit verbal. Comme si le désaccord des idées supposait le conflit des personnes. Comme si les opinions faisaient partie intégrante de la personne, comme si elles étaient leur chair propre. Comme si l’opinion différente était la pointe d’un couteau qui en fendrait la surface et y pénétrerait à vif. Que c’est dommage ! Qu’est-ce que c’est bon, une bonne engueulade sur le sexe des anges ! Avec un pot de rouge sur la table ! Quoi de plus fraternel !   

 

Voilà ce que je dis, moi !

vendredi, 25 novembre 2011

LA TECHNIQUE ET LA FEMME SOÛLE

Donc, le PROGRÈS, le bienfaisant PROGRÈS, le prometteur PROGRÈS, c’est finalement un avorton de PROGRÈS, il s’est réduit et se résume à son aspect TECHNIQUE. Pour le progrès culturel, le progrès intellectuel, le progrès moral, le progrès humain, le progrès de civilisation, enfin bref, toutes ces vieilles lunes pour idéalistes attardés, l’humanité REPASSERA. Plus tard. La prochaine fois. Une autre humanité, si possible. S’il y a de la place. Et on n’a pas réservé.

 

 

En attendant cette bienheureuse apocalypse (le cuistre qui sommeille en moi ne peut pas s’empêcher : ça veut juste dire « dévoilement »), on se contentera de jouer avec nos gadgets, ces objets dont nous sommes si fiers, ces objets sur lesquels je suis en train de m’escrimer dans le fol espoir que ça serve à quelque chose ou à quelqu’un, ces objets dont tout porte à croire que nous sommes en train de devenir de simples prothèses animées, si ce n’est déjà fait. Je sais que mon espoir est « fol », mais, comme disent ceux qui jouent au loto, « on ne sait jamais ».

 

 

Ce ne sera pourtant pas faute d’avoir été avertis. Il y a quelque chose chez  WOLFGANG GOETHE (je crois que c’est dans le second Faust), qui dit que, certes, l’homme est capable de prouesses techniques infinies, mais que c’est au prix d’un pacte avec Méphistophélès en personne. Le Diable. Satan. L’Ange du Mal. Le message ? En inventant les bonnes intentions du progrès technique sans fin, l’Europe a commencé à paver le joli petit enfer promis à l’humanité. Mais GOETHE est-il prophète ?

 

 

D’autres devins se collèrent à cette noble tâche d’endosser le rôle ingrat de Cassandre. J’aime beaucoup Cassandre. D’abord, elle est d’une beauté à couper le sifflet, tous ceux à qui je l’ai présentée sont d’accord. Et puis aussi, c’est un caractère. Comment ? Se refuser à l’étreinte d’Apollon en personne ? Il faut en avoir où je pense. Non, ça, c’est vulgaire, et je ne voudrais pas tomber trop bas.

 

 

Et puis, dans la version que j’aime des Troyens, de notre HECTOR BERLIOZ, la Cassandre de DEBORAH VOIGT est d’une justesse irréprochable, même qu’elle parvient à donner un peu de consistance au falot personnage de Chorèbe, avant de laisser toute la magistrale place dans le lit à la Didon de FRANÇOISE POLLET. Tout ça se passe sous la baguette de maître CHARLES DUTOIT.

 

 

Je voulais seulement parler de quelques nobles individus qui, à force de bien regarder dans les yeux l’époque et le monde dans le bain desquels ils ont été plongés malgré eux, ont jugé que tout ça n’était pas bien beau, ni très ragoûtant, et qui ont désiré faire part de leurs observations à leurs contemporains. Et qui ont donc « endossé le rôle ingrat de Cassandre » (je me cite, voir plus haut).

 

 

Je pense à HANS JONAS et à son Principe responsabilité, mais si j’ai bien compris sa démarche, il ne remet pas en question la technique en tant que telle, mais seulement l’usage qui en est fait : si les conséquences de cet usage portent un risque de déshumanisation de l’homme, alors il faut s’abstenir. Je caricature évidemment, mais il y a de ça.

 

 

Cette position me paraît bien vaine, car elle ne va pas au fond des choses : un objet technique n’existe que parce que quelqu’un lui a trouvé une utilité. Il se trouve que, soit quelqu’un a trouvé un usage destructeur (poudre à canon, radioactivité), soit que l’objet comporte à terme des effets pervers (au hasard : la télévision, la voiture).

 

 

L’expérience montre que le meilleur et le pire sont comme l’avers et le revers de la médaille « technique ». J’ai assisté à des procès d’Assises où le meurtrier s’était servi, au moment des faits, d’un marteau, d’une pelle à poussière ou d’une casserole. Ce que les pénalistes appellent des « armes par destination ». Le tournevis aussi n’est qu’un outil, conçu au départ pour visser. Côté invention, si le pire advient aussi, le meilleur vaut-il la peine ?

 

 

J’ai déjà parlé de LEWIS MUMFORD, un des rares Américains éclairés (non, j’exagère, ils sont quelques-uns). Son livre Les Transformations de l’homme, dans sa plus grande part, décrit l’émergence de la technique, son triomphe, puis l’implacable logique de destruction et de déshumanisation que ce triomphe annonce, avant le spectaculaire retournement des deux derniers chapitres, où il étale un improbable optimisme de catéchisme, quant à l’avenir radieux promis à l’humanité souffrante.

 

 

Dans le genre « Zorro est arrivé », ce n’est pas mal, je trouve. Très curieux. Bon, je sais bien qu’il ne saurait s’avancer à prédire l’avenir et que la plus élémentaire prudence universitaire interdit d’ôter tout espoir. Ce qui me semble curieux, en fait, c’est que tout le bouquin montre une logique en marche, un processus quasiment mécanique. Et tout d’un coup, miracle, on ne sait quoi vient inverser le processus.

 

 

Je pense à GÜNTHER ANDERS et à L’Obsolescence de l’homme. Le tome II, qui a paru très récemment, est sous-titré « Sur la destruction de la vie à l’époque de la troisième révolution industrielle ». Son attitude face à la technique, on le comprend déjà, est RADICALE. Parce qu’il admet qu’il faut aller au bout des hypothèses, soit pour les invalider par l’absurde, soit, évidemment, pour les valider.

 

 

Il est vrai que c’était un homme intransigeant, refusant de retourner en Allemagne après la fin de la guerre, refusant un poste enviable à l’université de Halle, refusant, plus tard, un poste encore plus enviable à Berlin. Sa méthode consciente et explicite est celle de l’exagération. Mais c’est pour mieux lutter contre le fait que les phénomènes observés sont, selon un consentement général, minimisés.

 

 

Je pense à HANNAH ARENDT. Elle non plus n’attaque pas la technique en tant que telle, que ce soit dans La Crise de la culture ou dans Condition de l’homme moderne. Je regrette un peu qu’une telle femme ait préféré faire porter son attention sur les aspects culturels, politiques et philosophiques de l’existence humaine, et qu’elle ait délaissé la technique en tant que problème en soi.

 

 

La Crise de la culture n’aborde la technique qu’à la toute fin, à travers « la conquête de l’espace ». HANNAH ARENDT, visiblement, adhère au monde qui est le sien, et néglige la technique comme problème en soi. Au contraire, elle parle de « la grandeur de l’entreprise spatiale », et réfute nettement les arguments qui la remettent en question.

 

 

A ses yeux, l’entreprise scientifique est louable en soi : « Ce fut la gloire de la science moderne que d’avoir été capable de s’affranchir de toutes ces préoccupations anthropocentriques, c’est-à-dire authentiquement humanistes ».

 

 

Ce qui l’intéresse, ce n’est pas la technique en tant que telle, donc, c’est le fossé grandissant entre l’expérience sensorielle de l’homme ordinaire et le langage scientifique, toujours plus abstrait et désincarné, toujours plus déshumanisé. Mais cette déshumanisation n’a pas l’air de l’inquiéter outre-mesure. Elle irait même jusqu’à s’extasier devant : « une véritable avalanche d’instruments fabuleux et de machines toujours plus ingénieuses ».

 

 

Mon dieu, je me permets de critiquer la grande HANNAH ARENDT ! C’est peut-être dû au fait qu’elle reste vissée dans la logique imperturbable du raisonnement philosophique. Le texte de ce dernier chapitre de La Crise de la culture doit dater de 1959. J’avoue que je le trouve le moins convaincant de l’ouvrage.

 

 

Ce qui est curieux, c’est qu’elle insiste beaucoup sur le « point d’Archimède », ce point fixe qui, s’il avait été donné à celui-ci, lui aurait permis de « soulever l’univers ». Ce point qui, dans l’esprit de la philosophe, constitue comme un œil qui regarderait la Terre depuis l’espace. C’est cet œil fictif qui, pour HANNAH ARENDT, signe l’éloignement radical du discours scientifique par rapport à l’expérience de la perception sensorielle de monsieur tout-le-monde, et à son langage.

 

 

Dans le fond, je le trouve fumeux, ce dernier chapitre de La Crise de la culture.

 

 

Et pourtant, ce « point d'Archimède », elle le reprend dans Condition de l'homme moderne. Il s'agit vraiment, à ses yeux, d'un point de basculement dans la vision que l'homme se fait de son propre monde : pour la première fois, c'est comme s'il voyait la planète et l'humanité de l'extérieur. Cela ne l'amène pas pour autant à porter un regard critique sur tout ce qui en découlera plus tard, je veux parler de la permanence et de l'accélération incontrôlée de l'innovation technique. J'y vois, pour ma modeste part, un certain aveuglement.

 

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

 

 

jeudi, 24 novembre 2011

POLITIQUE ET ENVIE DE VOMIR

Quelques billevesées, balivernes, calembredaines et autres coquecigrues bien de saison :

 

I – La philosophe HANNAH ARENDT, dans Condition de l’homme moderne, hiérarchise ainsi les activités humaines :

 

1 – Tout en bas, le travail, qui traduit un asservissement à la nécessité. Son statut est le même que celui du servage.

2 – Un peu au-dessus du travail, l’œuvre, c’est-à-dire tout ce que l’homme interpose entre le monde et lui. On pourrait dire : tout ce qu’il ajoute à la réalité naturelle.

3 – Tout en haut des activités humaines : l’action. Essentiellement l’action politique, celle par laquelle les individus décident de leur appartenance au monde humain.

 

Bien sûr, il s’agit là de l’os. Je ne vais pas résumer le bouquin. Je laisse à chacun le soin de disséquer toute l’abondante et forte viande que HANNAH ARENDT a mise autour.

 

*

 

II – Le sociologue EMMANUEL TODD qui, à mon avis, porte sur le monde qui est le nôtre un regard original et non dépourvu de pertinence, déclarait à la radio il y a déjà quelque temps que les personnels politiques occidentaux en général, et français en particulier, se caractérisaient par une énorme, une inconcevable, une colossale MEDIOCRITÉ. Je pense qu’il voulait parler spécifiquement de leur médiocrité politique.

 

*

 

III – Le philosophe PLATON me déclarait, pas plus tard que la semaine dernière, que la pire des calamités qui puissent s’abattre sur un peuple, c’est que le pouvoir soit exercé par quelqu’un qui l’a ardemment désiré. Moralité : je ne vise personne, mais suivez mon regard. La juxtaposition de ces trois « jalons » constitue sans doute une claire indication de la direction.

 

***

 

Avant de commencer, un peu de correction du langage : il devrait être interdit de parler des élections présidentielles, qui supposeraient qu’on élit plusieurs présidents. Parlons, oui, des élections législatives : 577 députés, c’est certain, ça mérite le pluriel. Mais tant qu’il n’y a qu’un président élu, parlons, s’il vous plaît, de l’élection présidentielle. Merci d’avance.

 

***

 

Qui gouvernera la France en 2012 ? En l’état actuel des choses, je dirais volontiers que ma crainte est la réélection de notre nabot national. Mon raisonnement est le suivant. Ce ne sont pas tant le charisme, le prestige ou l’infaillibilité de NICOLAS SARKOZY qui plaident en faveur de cette hypothèse, que la médiocrité de ses adversaires putatifs.

 

 

Mais il y a aussi et surtout, à son service, une machine à conquérir le pouvoir redoutablement huilée et entraînée. Pour reprendre les trois jalons ci-dessus, personne en France, aujourd’hui, ne désire plus ardemment le pouvoir que NICOLAS SARKOZY. La politique, il s’en balance, il s’en fout, il s’en gausse.

 

 

La politique ? Mais il la méprise ! Il faut bien s’en convaincre : NICOLAS SARKOZY n’est pas un homme politique. C’est un APPÉTIT. C’est une des raisons qui font qu’EMMANUEL TODD a raison : nos personnels politiques sont incomparablement MEDIOCRES.

 

 

Pour lui, la politique se réduit à quelques données fondamentales : MANIPULER, MENTIR, PROMETTRE, ACHETER.

 

 

Mentir, ça a commencé très tôt : « Je ne vous mentirai pas, je ne vous trahirai pas ». Manipuler, c’est, par exemple, un homme de droite qui cite JEAN JAURÈS, célèbre GUY MÔQUET, débauche quelques bâtons merdeux du Parti Socialiste (KOUCHNER, BESSON, etc.). Acheter, c’est nommer à un poste prestigieux ou très rémunérateur des gêneurs ou des adversaires possibles. On appelle ça « voie de garage ».

 

 

Voilà le seul « credo » politique de NICOLAS SARKOZY. Cet homme (excusez-moi pour le terme, je n’en trouve pas d’autre) a compris l’état de déliquescence au stade terminal dans lequel se trouve le système politique français (l’italien n’est pas mal non plus, et quelques autres). Il a compris qu’il n’y a plus d’idées politiques. Il a compris que le monde actuel est guidé par deux certitudes qui se foutent éperdument de toute doctrine : la GESTION d’une part, et la COMPETITION d’autre part.

 

 

Il a compris que le monde actuel est une COQUILLE POLITIQUEMENT  VIDE, dans laquelle se contentent de jouer des FORCES voraces, qui n’ont besoin que de gestionnaires très compétents, de bons élèves sortis de bonnes écoles. Pour un tel opportuniste, c’est pain bénit.

 

 

Car NICOLAS SARKOZY a un seul objectif : LE POUVOIR. Si ce n’est pas pour le conquérir, c’est qu’il l’a déjà conquis et, avis à la population, qu’il fera TOUT pour le garder. Pour cela, il profite et abuse d’un outil aberrant, mais qui est entré dans les mœurs, au point d’imposer son hégémonie contre toute raison. Je veux parler du tout puissant SONDAGE.

 

 

Cette obsession du sondage chez NICOLAS SARKOZY est une preuve suffisante et aveuglante que son premier objectif n’est pas la politique à proprement parler, mais L’IMAGE que la population se fait (ou plutôt dont on lui bourre le crâne) de la politique. Toute l’action de NICOLAS SARKOZY se limite à la construction, à l’élaboration, à la fabrication et à l’invention de l’image de la politique, qui doit se résumer, dans son esprit, à son image à lui.

 

 

D’où l’explosion des factures de l’Elysée en dépenses de sondages pullulants et proliférants, fiévreusement décortiqués et analysés. D’où l’explosion du budget que l’Elysée consacre à la « communication » (voir par exemple ce qui s’est passé avec l’arrivée de THIERRY SAUSSEZ à l’Elysée). D’où le verrouillage minutieux et permanent des « éléments de langage » colportés par les équipes du gouvernement et des communicants, et le rappel à l’ordre impérieux des maladroits et des récalcitrants.

 

 

Si après les intimidations et menaces diverses, le « bug » insiste et refuse de s’écraser, on fait le ménage, et on débarque sans ménagement le coupable sur quelqu’une des nombreuses îles sécrétées par les institutions de la République (laissez-moi pouffer !), îles aussi désertes que princièrement rémunérées. La promotion éliminatoire est en effet un des procédés favoris de NICOLAS SARKOZY (et soyons jute : de ses prédécesseurs) pour se débarrasser d’un adversaire potentiel (en l’achetant). 

 

 

Une autre pièce d’importance sur l’échiquier « politique » de NICOLAS SARKOZY : le FOU. Je veux dire, évidemment, le JOURNALISTE, dont il achète l’attention à coup de sièges et de confidences « off the record »  dans l’avion présidentiel, ou qu’il punit à l’occasion, comme LAURENT MOUCHARD dit JOFFRIN, à une conférence de presse remarquée. Le principe est le même que pour les publicités BENETTON après le scandale qu’elles ont volontairement déclenché : dites du mal ou dites du bien de moi, je m’en fous, pourvu que vous parliez de moi.

 

 

L’important est le positionnement : toujours au centre du foyer (on parle alors de « focalisation »), par exemple en lançant de belles et saignantes polémiques. Etre celui qui suscite reste une des bases de la communication de toute l’équipe de NICOLAS SARKOZY. Le journaliste suivra comme le mouton suit celui qui le précède. Et tout ça est évidemment soigneusement concerté, calculé, supputé dans l’équipe de communication.

 

 

Dernier point sur la mécanique de conquête, je n’y insisterai pas : L’entente avec les puissants et les riches. On n’a pas oublié ERIC WOERTH flattant les membres du « Premier cercle » au cours de réunions discrètes et hautement rémunératrices pour les caisses de l’UMP. C’est la litanie bien connue : FOUQUET’S, BOLLORÉ, LAGARDERE, BOUYGUES et compagnie.

 

 

Les premiers éléments indiquant que NICOLAS SARKOZY a toutes les chances d’être réélu sont là. Les autres éléments sont exactement en face. Et regardez-les, les éléments-en-face. Un énigmatique monsieur POUTOU clair comme de l’eau de roche : il découle de la LCR déguisée en NPA, lui-même hérité de BESANCENOT. Un JEAN-LUC  MELENCHON qui veut faire croire que quoi ? Qu’il est honnête, quand il tempête à une tribune ou sur un plateau de télévision ? A qui fera-t-on croire ce conte de fées ?

 

 

Une EVA JOLY bientôt vierge et martyr jetée dans le panier de vieux crabes, qui tâche d’exister en pariant sur l’intransigeance, mais qui est déjà bien abîmée avant même d’être vraiment entrée en scène. Si elle s’appelait JEANNE D’ARC, je parie qu’elle irait faire sacrer le roi à Reims.

 

 

Une MARINE LE PEN, autopromue chevalier blanc en lieu et place du chevalier blanc « tête haute, mains propres », et qui défend des « idées », paraît-il, comme ce très improbable retour de la NATION. Si vous voulez mon avis, la nation, si elle n’est pas tout à fait « en trépas », n’est plus tout à fait « en vie ».

 

 

Et maintenant, « grelot, grelot, combien j’ai de sous dans mon sabot ? », « last, but not least », le pauvre FRANÇOIS HOLLANDE. Pourquoi « pauvre » ? Je ne parle évidemment pas de son patrimoine : je crois savoir qu’il est supérieur au mien (voir les quelques pages de journaux y consacrées il y a quelques années).

 

 

Je parle de la tête qu’il fait sur les photos. On me dira ce qu’on voudra, cet homme, quand il ne fait pas des yeux de bête traquée, a l’air d’un élève de CM 2 récompensé par la maîtresse d’école. A la rigueur, je l’admets comme le comptable de l’entreprise, que le patron vient de remercier chaleureusement pour la clarté de son bilan, à la fin du conseil d’administration. Lui aussi, il essaie de faire croire. Mais quoi ?

 

 

Un dernier mot sur la médiocrité de nos personnels politiques. Vous avez forcément remarqué que ce sont TOUS d’excellents élèves, et même des premiers de la classe (regardez bien COPÉ, MONTEBOURG, FILLON, PEILLON ; regardez-les bien tous en version « premiers de la classe »). Ils ont choisi de « faire carrière », aidés en cela par le cumul des mandats.

 

 

Ces quelques centaines de membres de l’élite de notre pays qui, droite ou gauche, fonctionnent comme une « famille » sicilienne qui intronise ou repousse qui elle veut, ne font rien d’autre que se partager des gâteaux, même s’ils proclament être « portés par de fortes convictions ». Droite ou gauche, ils sont formatés intellectuellement de façon strictement identique (la caricature, c’est l’E. N. A.).

 

 

Vous avez compris pourquoi je crains, en 2012, le retour du nabot.

 

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

Question subsidiaire : lecteur attentif, fûté et affûté, sauras-tu deviner l'anagramme dissimulée dans "nabot" ? Quand je te dis qu'il faut craindre le "retour de bâton" !

 

 

mercredi, 23 novembre 2011

PROGRES TECHNIQUE ET BATEAU IVRE

J'inscris cette note dans l'aura de l'auréole de SAINT ARTHUR RIMBAUD, comme le laisse suppposer le titre ci-dessus. N'est-il pas, en effet, le poète par excellence de l'ère technique ? De l'enthousiasme industriel ? De la créativité concrète ? Quand VERLAINE lui écrit de Paris : « On vous attend, on vous espère ! », n'est-ce pas parce qu'il a la certitude intime de s'adresser à ce messie technologique rêvé par tout le dix-neuvième siècle, comme le pressent PHILIPPE MURAY dans son XIXème siècle à travers les âges ?

 

 

2

 

Résumé de l’épisode précédent : la technique vient de flanquer une gifle à l’humanité. La situation est tendue.

 

 

Face à la gifle, il y a deux réactions. Soit tu tends la joue gauche, si tu es européen, donc chrétien, soit tu lui envoies un bon uppercut dans la figure, ce qui implique que tu es resté un « primitif ». A cet égard, les Chinois, les Egyptiens, les Grecs, les Romains, les Mayas, ils sont tous des « primitifs ». Quand l’animal technique se rebiffe et regimbe contre le maître qui le nourrit, le « primitif » commence par bien l’assaisonner à coups de trique, et surtout, il le tient à la niche, avec une laisse courte.

 

 

Alors l’animal technique, empêché de folâtrer à son plaisir et de poser la truffe sur toutes les odeurs prometteuses qui se présentent pour en tirer on ne sait quelle invention, il cesse d’avancer, il se couche au pied de son maître plus fort que lui, et il attend.

 

 

C’est à ce moment-là que la société « primitive » peut prendre toute son ampleur, et exister à fond, avec toute la force et la plénitude des lois qui la font fonctionner. C’est la Chine ancienne et l’incroyable raffinement de ses « lettrés » et de ses porcelaines. C’est les Mayas et l’incroyable raffinement de leur astronomie. C’est le royaume Ashanti et l’incroyable raffinement de son artisanat d’or.

 

 

Cet animal technique rendra les services pour lesquels il a été conçu et fabriqué : point barre ! Et il a pas intérêt à se montrer trop gourmand ou trop curieux, l’animal technique ! Gare à lui s’il lui prend l’envie de pointer l’oreille. Et l’animal technique, là, il se tient coi. Sans doute pour la raison qu’il y a beaucoup de sacré qui flotte dans l’air. La force n’est pas de son côté. Eh oui, il y a le sacré !

 

 

En effet, dans le combat que se livrent le prêtre et l’ingénieur, c’est l’ingénieur qui, chez les « primitifs », baisse le nez, courbe le front et s’incline devant le maître des forces obscures de l’univers. Une sainte horreur saisit l’animal technique quand le sourcil du prêtre s’arque furieusement avant que s’abatte la colère du dieu. L’ingénieur reste un humble serviteur de l’ordre. Tout le monde craint la fin du monde. Et tout le monde a raison.

 

 

Car il faut parler d’ordre, et même d’ordre du monde : tout cela se passe dans un monde – ça nous paraît inimaginable aujourd’hui – HOMOGÈNE, un monde qui A DU SENS. Le monde du « c’est comme ça ». Un monde où personne ne parle d’individu, d’égalité entre les hommes, de liberté humaine. Un monde où chacun a sa place, même le lépreux ; où chacun est à sa place et a intérêt à y rester. Un monde où seule la Nature (ou le Cosmos) est éternelle. Où les hommes admettent qu’ils ne font que passer.

 

 

Dans un monde comme ça, on préfère la permanence à l’innovation. On sait ce qu’on perd, on ne sait pas ce qu’on gagne, dirait le brave Sancho Pança, qui parle par proverbes. La gifle « innovation », c’est même diabolique. Pour une raison très simple : ça modifie les relations entre les gens, ça perturbe le lien social, donc ça fait vaciller l’ordre du monde. Rien de moins. Tout ce qui est inconnu est redouté, parce que redoutable pour tout le monde.

 

 

Il suffit de voir comment les tribus « primitives » se sont elles-mêmes détruites au simple contact des conquistadors, cette nouveauté radicale pour elles, cette gifle. Entre la guerre et la déliquescence interne, leurs chances de sauvegarder leur être organisé sont dès le départ bien minces. N’était-ce pas chez les Sioux Oglalas qu’il suffisait de toucher l’ennemi du bout de je ne sais quel bâton pour que celui-ci soit considéré comme hors de combat ? Bizarrement, les Blancs, avec leurs pétoires ô combien modernes, sont restés imperméables à cette symbolique « primitive ».

 

 

Tout ce qui est nouveau est maudit, parce que ça rompt l’harmonie. C’est pour ça qu’ici et là, les hommes qui considéraient que leur harmonie personnelle était rompue pouvaient se suicider sans sourciller, ce qui effraie et horrifie tant nos sensibilités occidentales. Tout ce qui appartient à cette mentalité est rigoureusement hors de notre compréhension. Une sorte d’ « Alien », quoi. C’est pour ça que l’occidental qui vire bouddhiste ou « primitif » me fait bien marrer. Même RENÉ GUÉNON ou JÉROMINE PASTEUR. L’occidental illuminé par la lumière orientale ou « primitive » n’a aucune chance.

 

 

Dans ce « primitif »-là, qui peut donc être très savant, raffiné et subtil, tout ce qui est nouveau est donc porteur d’une malédiction. Pour tous les peuples du monde, depuis le début. Il faut les comprendre : quelle société peut survivre au chamboulement permanent des points de repère ? N'y a-t-il pas quelque sagesse à concevoir le changement comme une désintégration ? L'innovation comme un cancer ?

 

 

A cet égard, que penser de ce slogan dont on nous rebat les oreilles, dont on nous transperce les tympans, qu'on nous serine à longueur de pages de journaux, dont les émissions de radio et de télévision sont bourrées à craquer ? CHANGEZ ! BOUGEZ ! DEVENEZ ! REMETTEZ-VOUS EN QUESTION ! Et tout ça au prétexte fallacieux que, quand on ne bouge pas, c'est qu'on est mort !

 

 

 

A suivre vaille que vaille ...

 

 

mardi, 22 novembre 2011

DITHYRAMBE AU CACA DE CHIEN

MERCI ET BRAVO A TOUS LES CHIENS !

 

 

Je voudrais me tourner aujourd’hui vers nos frères inférieurs, ces compagnons de nos veilles les plus studieuses comme de nos échappées les plus folâtres, de nos humeurs les plus dyspeptiques comme de nos instants de déréliction les plus pathétiques. Je voudrais m’adresser à eux pour les remercier.

 

 

Merci à vous, mes frères inférieurs. Je vous rends grâce. Vous avez accepté de quitter les champs fertiles et les verts pâturages au cours d’un exode rural que nulle autre espèce que la vôtre n’a jamais eue à subir, pour vous enfermer dans des appartements de vingt-cinq mètres carrés avec des individus drôlement moins drôles que les rats des champs, et avec des mollets qu’il vous est interdit de caresser avec les dents quand l’envie vous en prend.

 

 

Merci à vous, en particulier, d’avoir gardé de vos campagnes ancestrales la saine et sainte habitude de parsemer les champs de nos trottoirs de vos superbes fleurs d’anus, qui ouvrent leurs corolles généreuses aux semelles de nos chaussures, heureuses de transporter jusque sur nos moquettes épaisses et claires quelques pétales de vos bouquets aux mille senteurs.

 

 

Merci aussi à vous, les maîtres de si charmantes créatures, qui n’hésitez pas à partager avec tous les inconnus que vous croisez la si délicate attention qui sort du derrière de vos compagnons à quatre pattes. Je n’hésite pas, en chantant vos louanges, à vous comparer à ces sublimes donateurs de tableaux d’église, tels les glorieux chancelier Rolin,  chanoine van der Paele et Chartreux, dont nous avons conservé les traits par la magie des pinceaux de JAN VAN EYCK, dans ses célébrations de la Vierge.

 

 

Oui, merci à vous, ô donateurs : vos chiens sont les pinceaux vivants de votre art éternel. Pour être parfaitement exact, je devrais dire qu’ils sont les tubes que l’on presse pour en faire sortir la couleur. Quant aux  trottoirs, ils sont les palettes de votre inépuisable inspiration esthétique, en même temps que la toile qui s’offre à vos élans créateurs. Fidèles, passant et repassant inlassablement chaque jour, renouvelant et mélangeant avec subtilité et audace les pâtes colorées, vous faites apparaître à nos yeux émerveillés des paysages aux tons enchanteurs sortis des culs canins que vous entretenez avec amour.

 

 

Ici, cette pincée d’un bistre si subtil, presque éthéré, offerte par la bouche arrière de quelque pékinois pincé et hautain, retrouve, on ne sait comment, la simplicité primitive de ses ancêtres frustes, dont l’esprit jamais ne fut effleuré par l’idée de s’arracher à sa glèbe originaire, à laquelle est intimement attachée la botte paysanne, et dans laquelle elle se ressource à tout moment.

 

 

Alors, et alors seulement, la botte citadine se ressouvient de ses racines et pousse, au moment d’écraser l’offrande qui lui est destinée, un profond soupir d’indicible contentement : « Rhââ lovely ! ».

 

 

Là, ce monticule de rouge profond, d’un caroténoïde triomphant, voire insolent, tout droit sorti de l’orifice arrogant et puissant d’un dogue allemand de superbe embonpoint, dessine l’ocre éclatant de la falaise des ailleurs qui nous appellent aux éternels voyages, en des incantations mystérieuses et ensorcelantes.

 

 

Son « parfum exotique », « qui circule dans l’air et m’enfle la narine » et qui n’est pas sans rappeler (de loin, si possible) celui « des verts tamariniers » (BAUDELAIRE), insuffle sa force au passant trop timide, à la passante apeurée, à l’enfant impressionné, au vieillard effarouché.

 

 

Heureux celui qui là, venant aux heures tardives, va prendre des deux pieds assez de souvenirs pour toute une longue soirée d’analyse de l’oeuvre. On l’entendra longtemps, dans la nuit magnétique, manifester son enthousiasme et entonner son cantique d’action de grâce et de bonheur : « Rhââ lovely ! ».

 

 

Et quelle extase enfin, quand deux ministres canins, pour le moins plénipotentiaires, croisant à l’improviste leurs humeurs colorectales aux nuances irisées, extraites en grande pompe et en couches alternées de leurs trappes aux immondices, marient la sobriété d’un coloris chatoyant de chocolat au lait aux pressentiments sombres d’un chocolat noir digne d’Hamlet. Vous l'entendez jouir, le spectre d'Hamlet ? Oui ! On entend distinctement : « Rhââ lovely ! ».

 

 

Merci à tous les chiens ! Merci à tous leurs maîtres ! Sur cette école d’art appliqué à ciel ouvert, l’humble peintre contemporain prendra modèle, que dis-je, prend d’ores et déjà modèle, et depuis quelque temps, comme on le constate dans la plupart des galeries et musées d’art assez modernes pour flairer, c’est le cas de le dire, les tendances à la mode.

 

 

C’est fou ce que l’humble peintre contemporain s’inspire de ses professeurs à quatre pattes pour obturer le vide inspiratoire de la toile blanche tendue sur son cadre, comme un trou à plâtrer. Je propose cette idée à tous les ANDY WARHOL qui s’efforcent de percer, parmi la meute de loups affamés qui peuplent le milieu impitoyable qu’on appelle art contemporain. A condition qu’ils s’efforcent d’acquérir la technique du métier par une discipline appropriée. Reprenons.

 

 

On commence par un cours sur l’étalement des matières, selon les deux étapes didactiques désormais bien connues : ouverture commandée du sphincter troufignesque, pour la partie « production », puis étalement proprement dit, pour la partie « mise en forme ».

 

 

Cette dernière étape, assez convenue dans son déroulement méthodologique, revêt une infinité d’aspects qui dépendent d’un grand nombre de facteurs, dont j’indique ici les principaux : poids de la personne, longueur et largeur des  semelles, parties de celles-ci qui « entre en contact » avec la matière, sexe de la chaussure.

 

 

A cet égard, on ne saurait sous-estimer les possibilités d’exploitation qu’offrent les différences entre, mettons, pour aller vite, le haut escarpin à la MARLÈNE DIETRICH ou le léger « trotteur » des dames, d’une part, et d’autre part, les brodequins, mocassins et autres pataugas arborés par les messieurs. Une mention spéciale (et une pensée apitoyée) pour les amateurs, en été, de marche en « tongs », bien que lui, de toute façon, soit obligé de se laver les pieds avant de se mettre au lit.

 

 

Pour les cours de couleurs, on n’épiloguera pas, et l’on renverra le lecteur au VINCENT VAN GOGH des Mangeurs de pommes de terre, au JEAN DUBUFFET de Paysage blond. L’explication en est simple : la palette du chien, en peinture, ce n’est pas l’arc-en-ciel, loin de là. Elle se limite malheureusement à l’insuffisante variété de son alimentation. Il est excessivement rare et difficile d’obtenir un beau bleu soutenu. Le vert manque de netteté. Quant au jaune, il va souvent de pair avec une liquidité extrême de la matière, très difficile à manier, par définition.

 

 

Quoi qu’il en soit, je tenais à rendre cet hommage à la gent canine, si souvent et si injustement décriée par tant de renfrognés, tant de vieux béotiens bougons et de malappris sans culture, sans aucun goût pour les oeuvres esthétiques, non seulement assez égoïstes pour se passer de talents picturaux incomparables, mais encore assez outrecuidants pour dénigrer les travaux de recherche désintéressée d’artistes à quatre pattes, uniquement soucieux d’apporter gratuitement un peu de beauté dans l’univers désincarné de nos villes de pierre.

 

 

Voilà ce que je dis, moi.

lundi, 21 novembre 2011

PROGRES TECHNIQUE ET NEF DES FOUS

Avant de commencer, je précise que l'expression "nef des fous" m'est bien entendu inspirée par maître SEBASTIAN BRANT (1458-1521) et de son chef d'oeuvre La Nef des fous, qui est un peu le pendant de cet autre chef d'oeuvre : Eloge de la folie, de maître ERASME, un peu à la même époque. Ceci pour dire en préambule qu'il y a peut-être de la folie à avoir ainsi laissé la bride sur le cou à la technique, notre sujet du jour. Il est temps d'entrer en matière.

 

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Alors là, attention, on attaque du béton lourd et compact. Bon, comme d’habe, je vais me décarcasser pour faire simple. Aujourd’hui, sans un minimum d’éthique et de déontologie, on n’arrive même plus à se payer une Rolex à quarante neuf ans et demi. Mais on ne sait jamais. Il va peut-être falloir que je m’efforce. Heureusement, je n’éternue pas comme Gaston Lagaffe, chaque fois que le docteur prononce en sa présence le mot « effort ». Même que ça amuse le docteur, et qu’il fait exprès.

 

 

Si ça devient trop abstrait, vous m’arrêtez. Parce que je supporte mal l’abstrait. Quand ça prend de l’altitude, je respire moins bien. Et à l’altitude marquée « intello », celle des gens bien nés, beaux parleurs et bien conditionnés, je suffoque, c’est vite vu. Bon, je vais garder ma Ventoline à portée de main. Comme j’ai dit, on ne sait jamais.

 

 

Et puis pas loin, j’ai mes deux balises, Argos et ARVA. Je les déclenche en même temps quand il se produit une avalanche de poudreuse en pleins 40èmes rugissants. Je tiens à vérifier moi-même que les secours sont sur le qui-vive. Ça leur fait un exercice inopiné. Excellent pour les réflexes. Après, je me fais une verveine, je peux rajuster mon bonnet de nuit et me rendormir. On ne sait jamais.

 

 

Donc, dans un précédent article, je soutiens (« jusques au feu exclusivement », selon la formule déposée par FRANÇOIS RABELAIS en personne à l’INPI en 1534, j’ai vérifié, inutile de vous donner la peine) que l’Europe est le berceau universel du PROGRÈS TECHNIQUE. Personnellement, je suis assez content de l’expression « berceau universel ». Qu’en pensez-vous ? Promis, j’arrête de déparler, comme on dit chez moi, entre Saône et Beaujolais.

 

 

Si je me souviens bien de ce que je me rappelle (vous demandiez un moyen mnémotechnique, en voilà un, à condition de mettre « souviens » en tête), j’allusais même que si, dans la course, l’Europe a littéralement semé sur place  tous les peuples du monde qui ont assisté médusés au fulgurant départ de son échappée, c’est qu’elle s’est donné un chef, un parrain, une idole incontestable, indestructible, indéboulonnable : LA TECHNIQUE. Personne au monde avant elle n’y avait pensé.

 

 

Parce que, avec les humains, on ne sait jamais : ça se succède, ça s’envie, ça se vole, ça vote mal, ça se tue de temps en temps. L'humain, c’est instable, soupçonnable, pour ne pas dire suspect, voire méchant. Bref : on ne peut pas compter dessus. Tandis que la technique, tranquille : comme ça a l’air inerte, comme c’est inoffensif tant que tu ne t’en sers pas, tu accumules les savoir-faire, tu collectionnes les acquis, tu mets bout à bout les expériences. Rien de plus sûr.

 

 

Pour les bases, le socle si tu préfères, ça a dû se passer entre 1000 et 1400, je n’étais pas là. Ce qu’on appelle bêtement le « moyen âge », juste pour déprécier. A vrai dire, personne n’était là, que les vivants de l’époque qui, de toute façon, n’ont rien vu venir. Tiens, regarde : tu es sur le port d’Aigues-Mortes. Pourquoi Aigues-Mortes ? Mais parce que c’est joli et pas encore ensablé ! C’est qu’il fait beau, en ce 18 juin 1080. On en est au pastis. Tu vois Marius le charpentier qui retape un rafiot.

 

 

Tout d’un coup, il a l’idée, le gars, de FIXER le gouvernail à la structure. Toi, tu te dis : « Tiens, c’est pas bête ». Avant, il fallait que le barreur se démène comme un diable pour que tout reste dans l’axe et suive le cap. A la rigueur, il godillait. Comment tu veux deviner que le gars a eu une idée GÉNIALE, qui facilitera désormais le boulot de tous les skippers du monde ? Quoi, ça s’appelle pas « skipper » à l’époque ? Eh bien mettons, tiens, « cybernète ». Oui, ça veut dire « pilote », en savant. C’est ce qui a donné « gouverner ». Juré, craché.

 

 

Le rigolo de l’histoire, c’est que JOSEPH RESSEL, en 1829, aura l’idée de l’hélice, invention révolutionnaire, en regardant faire un matelot en train de godiller, c’est-à-dire de guider son bateau sans gouvernail fixe, en faisant simplement tourner savamment sa rame. Comme quoi, heureusement que ça ne s’est pas perdu en route.

 

 

Le progrès technique, personne le voit démarrer. Et surtout, personne sait que c’est ça, le progrès. Trop lent. Trop dispersé. C’est un sournois. Il ne veut pas attirer l’attention sur lui. Un gouvernail fixe par ici, une horloge mécanique par là, des lentilles optiques composées en 1270, un rouet en 1298, une poulie à Nuremberg, une première anatomie scientifique à Bologne. Impossible de synthétiser. Ce n’est qu’à l’arrivée qu’on voit le résultat. Franchement, comment veux-tu deviner ce qui est en train de se passer ? Tu auras beau envoyer Sherlock Holmes, Herlock Sholmes ou Isidore Bautrelet, cet Arsène Lupin-là filera toujours entre les doigts.

 

 

Mais parlons du télescope. GALILÉE fait ses premières observations astronomiques en 1609. Lui, il est convaincu de la nouveauté absolue de sa découverte (ce n’est pas moi qui dis ça, c'est la dame ci-dessous). Mais qui d’autre ? GREGORY, NEWTON, HERSCHEL perfectionnent l’engin. Mais est-ce que tous ces gugusses se rendent compte de la rupture qu’introduit le télescope dans la représentation humaine du monde ? Ça, c’est une idée de HANNAH ARENDT, qui n’est pas la première venue.

 

 

Bon, je ne vais pas vous bassiner avec les détails de son analyse. En gros et pour résumer, le télescope nous fait voir les planètes autres que la Terre, mais surtout, nous oblige à admettre que la Terre est une planète parmi d’autres. Tout le truc est là. L’homme se met à voir son monde comme s’il l’observait de l’extérieur.

 

 

On a du mal à se rendre compte aujourd’hui qu’il s’agit là d’une rupture radicale. C’est dans Condition de l’homme moderne. HANNAH ARENDT  renvoie à cette occasion à la parole d’ARCHIMÈDE : « Donnez-moi un point fixe, et je soulève l’univers ». Le télescope, c’est ça, ou peu s’en faut. « Nous sommes les premiers à vivre dans un monde (…) dans lequel on applique à la nature terrestre (…) un savoir acquis en choisissant un point de référence hors de la Terre », comme dit la dame. Il fallait quand même que je cite cette phrase, même élaguée.

 

 

Ajoutez à ça le premier globe terrestre, réalisé en 1492 par MARTIN BELHAIM, on est bien obligé d’admettre que l’homme, à partir de là, voit les choses autrement, même s’il ne s’en rend pas compte sur-le-champ. Ajoutez à ça la carte géographique (la vraie), tout est prêt pour « faire entrer l’univers dans les salons », comme dit HANNAH ARENDT. Nous, on est nés dans ce bain-là : c’est devenu si « naturel » qu’on l’apprend à l’école primaire. Mais sur le moment, c’est comme une gifle donnée par la technique à l’humanité.

 

 

A suivre ...

 

 

 

 

samedi, 12 novembre 2011

L'EUROPE EST UNE SALOPE (2)

Le titre ci-dessus est peut-être mal choisi, pour une Europe qui n'a pas été voulue et construite par les peuples, mais par des bureaucrates, des hommes de dossier, c'est-à-dire des hommes de papier, des hommes à l'existence virtuelle, mais qui imposent dans le réel des concepts élaborés, non dans les cerveaux désirants des individus qui existent et qui vivent, mais dans les machines d'abstraction qui leur servent à penser.

 

 

Les grands généraux qui conduisent les armées européennes se sont comportés comme des maquereaux, qui ont mis l'idée de l'Europe sur le trottoir, qui en attendent des dividendes, et qui passeront tous les soirs "relever les compteurs". Ils ont fait de l'Europe une prostituée. Une prostituée qui n'a pas choisi son métier. Et qui attend qu'une bonne âme la rachète à son maquereau.

 

 

Je reviens à la façon dont l'Europe s'est construite. Je crois avoir fait précédemment preuve d’une assez grande objectivité. La vitesse, à partir d’une année donnée, est indispensable. Passer de six à douze pays, ça a pris du temps. Mais une fois que le pli est pris, ensuite, ça peut aller très vite : de douze à quinze pays, ça tient quasiment de la formalité, puis à dix-sept dans la foulée, pour finir avec un gros paquet de dix, qu’on ne s’est même rendus compte de rien, et c’était fait. Un matin, on se réveille à vingt-sept dans le lit. C’est ma femme qui était dépaysée, je vous jure ! Elle n'a pas supporté. Depuis, elle se repose, ne la dérangez pas.

 

 

Et la Turquie, me direz-vous ? Soyons net : ce n’est pas parce qu’elle a gardé un petit orteil sur le continent qu’elle en fait partie, même si elle y a laissé quelques monuments et quelques empreintes de pieds ethniques ou linguistiques. En Europe, la Turquie subsiste à l’état de trace. C'est la même chose que sur mon paquet de biscottes bio : « Traces de fruits à coque, de lait, d’œufs, de sésame et de soja ». Je trouve que, comme traces, c’est déjà bien assez.

 

 

L’orteil turc, à Lyon, est situé face au Parc de la Tête d’Or. L'adresse est dans l'annuaire. J’eus l’honneur, il y a bien longtemps, d’être invité à piétiner cet orteil, à l’occasion de la fête nationale de ce pays, par Monsieur OZCAN DAVAZ, alors consul de Turquie, en tant que répétiteur de ses deux charmants fils, par ailleurs cancres parfaits et accomplis, dont j’ai oublié les prénoms. Vu le nombre de photos prises de ma trombine, sous tous les angles, par l’homme chargé de la sécurité, un garçon très musclé et très souriant, nul doute que l’album de famille est depuis lors richement doté.

 

 

Je n’ai donc rien contre les Turcs. Encore que l’Europe serait fondée à leur intenter des procès sans fin, pas pour Lépante, n’exagérons pas (la victoire en fut chrétienne, sous la houlette de DON JUAN D’AUTRICHE), mais pour les innombrables rapts de jeunes garçons chrétiens ordonnés par la « Sublime Porte » (ou mieux : « La Porte ») en Europe pendant des siècles, pour grossir les rangs du fameux corps des Janissaires.

 

 

Les mieux bâtis des jeunes garçons enlevés étaient convertis de force et dressés militairement à renier et agresser leurs propres origines ethniques et religieuses. Il faut dire qu'un musulman n'avait pas le droit de réduire un musulman en esclavage. « Rendez-nous nos chrétiens, avant de faire entrer l'Islam dans les institutions européennes ». Cela pourrait être un chantage, non ?

 

 

Ben oui, quoi, puisque l’heure est à la repentance, allons-y. Bon, c’est vrai, vu comme les Turcs aimeraient mieux se faire arracher toutes les dents du bas sans anesthésie plutôt que de se repentir du massacre des Arméniens, je vois l’affaire un peu mal engagée.

 

 

4 – LE BOCAL BRUXELLOIS

 

 

Il faut tenir compte d’un détail : quand l’Europe s’attaque à un problème, elle mandate des « experts » qui se réunissent, discutent, et finissent par faire des recommandations, qui deviendront des réglementations sous la gouverne de la Commission européenne.

 

 

Pour donner quelques exemples qui commencent à être connus : ce sont des « experts » (c’est curieux, je ne peux pas écrire le mot sans ses guillemets, c’est comme « genre ») qui ont fixé les normes régissant la courbure maximale des concombres ou la taille des préservatifs (une enquête statistique a été diligentée, qui a conclu à une taille moyenne de la bite en érection de 14 à 15 centimètres), et autres joyeusetés. C’est à ce genre de détail qu’on se rend compte que ça rigole pas. Je ne parle pas du prix qu’a coûté le détail.

 

 

Mais il y a autre chose que je crois avoir compris : le quartier européen de Bruxelles. La comparaison de ce quartier avec un gros bocal me semble tout à fait appropriée. Un gros aquarium, si vous préférez. Mais les poissons sont très correctement nourris, rassurez-vous. C’est un petit monde de quelques milliers de personnes qui vivent en vase clos. Où les jeunes poissons qui y entrent ne comptent pas s’éterniser.

 

 

Y entrer, c’est une chance, y rester serait une erreur. Aussi la plupart viennent passer trois à cinq ans dans la capitale belge et européenne. Ensuite, youpi et vogue la galère, la carrière peut vraiment démarrer. Car je vais vous dire, un séjour à Bruxelles, quand vous mettez ça sur un C. V., vous êtes sûr que celui-ci reste sur le dessus de la pile. On appellera ça « un bon départ dans la vie ».

 

 

Je ne parlerai pas d’un problème qui est pourtant crucial, et qui est étroitement lié au bocal bruxellois : l’influence. Bruxelles, à cet égard, est éminemment centripète. Tous les groupes de pression s’y précipitent. Tous ont pignon sur rue. Et tous grenouillent à qui mieux-mieux. Si vous ne me croyez pas, demandez à MARTIN PIGEON (sur internet), qui a beaucoup étudié les mœurs de la faune bruxelloise.

 

 

Un exemple : le projet R. E. A. C. H. devait soumettre à analyse, contrôle et à autorisation ou refus d’autorisation de commercialisation, les cent mille (100.000) molécules des industries chimiques actuellement en circulation, à des fins de santé publique. Comme par hasard, à l’arrivée, les cent mille molécules sont devenues trente mille (30.000). Il en reste soixante dix mille (70.000), que l’on espère inoffensives, sans trop y croire.

 

 

Pour résumer, l’Europe s’est voulue avant moi, ça, ça peut se comprendre. Elle s’est faite sans moi, et ça, c’est déjà moins aimable. Et plus ça a été, plus ça s’est fait CONTRE moi. Et ça, je n’aime pas du tout.

 

 

 5 – CONCLUSION

 

 

Vous voulez savoir ce qui s’est fait contre moi ? Il y a un point qui, selon moi, a tué l’Europe avant même qu’elle ait commencé à vagir dans son berceau. Un point qui a tué le « service public à la française », vous savez, cette nostalgie hypocrite de certains dirigeants français. Oui, qui a détruit les « Postes et Télécommunications », la « Société Nationale des Chemins de Fer Français », « Gaz de France », « Electricité de France ». Un principe qui est en train d’achever l’Hôpital Public et l’Instruction Publique (qu’on appelle malheureusement « Education Nationale »).

 

 

Ce point et ce principe, c’est une formule sacramentelle, dont tous les textes européens sont étroitement tissés. Cette formule, c’est

 

CONCURRENCE LIBRE ET NON FAUSSEE

 

Voilà : TOUT l’édifice européen est construit exclusivement avec des briques gravées de cette formule magique. Cela veut dire que TOUTE l’institution européenne vomit à la base ce qu’on appelait le BIEN COMMUN. L'Europe expume de toute la force de ses spasmes allergiques tout ce qui ressemble à un SERVICE PUBLIC. L'idée géniale, ç'a été de rebaptiser "service public" (connotation trop positive) en "monopole". Pour l’Europe telle qu’elle s’est faite, rien ne doit échapper à l’échange marchand. Tout, y compris l'éducation et la santé, doit devenir une MARCHANDISE. Tout ce qui a fait la France que nous avons connue, c’est exactement à la destruction de ça que les MONNET, DELORS, MITTERRAND et consort ont travaillé.

 

 

Pour cette Europe-là, une seule solution : LES FLAMMES. Il semble bien qu’à l’heure actuelle, nous ne soyons plus très éloignés du brasier.

 

 

Qui vengera les Européens des malfaiteurs qui ont « fait » cette Europe-là ?

 

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

 

POSTE SCRIPTHOMME : Je signale le tout petit et tout intéressant bouquin d'un monsieur important, et qui a écrit des livres importants : HANS MAGNUS ENZENSBERGER. Celui-ci, publié dernièrement chez Gallimard, s'intitule Le Doux monstre de Bruxelles, ou L'Europe sous tutelle. Le texte va de la page 9 à la page 81.

 

 

jeudi, 10 novembre 2011

L'EUROPE EST UNE SALOPE (1)

0 – L’EUROPE TELLE QU’ON LA RÊVAIT

 

 

ARTHUR RIMBAUD cite deux fois l’Europe dans un poème que j’ai su par cœur, il fut un temps (oui, les vingt-cinq strophes, parfaitement !) :

 

« Moi qui tremblais, sentant geindre à cinquante lieues

Le rut des Béhémots et les Maelstroms épais,

Fileur éternel des immobilités bleues,

Je regrette l’Europe aux anciens parapets ! »

(vers 81 à 84)

 

« Si je désire une eau d’Europe, c’est la flache

Noire et froide où vers le crépuscule embaumé

Un enfant accroupi plein de tristesse, lâche

Un bateau frêle comme un papillon de mai. »

(vers 93 à 96)

 

Mesdames et Messieurs, avant de poursuivre notre cahotant chemin, nous allons observer une minute de silence et nous incliner avec immense respect et profonde affection devant l’évocation de ce chef d’œuvre.

 

 

La pendule compte jusqu’à soixante.

 

 

A présent, reprenons.

 

 

1 – L’EUROPE, MAIS PAS LES PEUPLES

 

 

Jusqu’où il faut remonter pour y être, à la source des saloperies qu’on nous déverse dessus depuis quelque temps ? A la fin de la guerre ? Au Traité de Rome ? Au couple HELMUT KOHL / FRANÇOIS MITTERRAND ? Est-ce que c’est le bon, le digne, le traître JACQUES DELORS qu’il faut couvrir de nos excréments les plus frais ? Est-ce que c’est toute la bureaucratie bruxelloise qu’il faut brûler ? Ceux qu’on appelle les « eurocrates » ? 

 

 

Pour crier dans les rues : « MITTERRAND salaud ! Le peuple aura ta peau ! », c’est trop tard, toute la peau est déjà partie. Ce n’est pas un mal d’ailleurs, même si je sais que ça me viendra aussi, les vers, et que je ne trouve pas ça désopilant. Pourquoi ai-je voté oui à Maastricht, aussi ? C’est là qu’on aurait pu faire quelque chose, peut-être ? Même ça, ce n’est pas sûr. Mais Maastricht, c’est malgré tout un bon point de repère.

 

 

Déjà et d’une, c’est Maastricht qui nous a fait la monnaie unique. Si j’ai bien compris, hein ! Parce que pour comprendre le sac de nœuds, on a intérêt à se lever avant le jour et à faire provision d’aspirine. Et même là, il faudrait un traducteur.

 

 

Tiens, regardez ça ! Oui, oui, je l’ai gardé mon exemplaire. Je ne l’ai pas jeté dans la cheminée. Bon, c’est vrai, je n’ai pas de cheminée. Mais à la limite, c’est dommage : ça m’aurait peut-être fait plaisir de le voir brûler. Quoi ? Mais le « Traité », voyons : Traité établissant une Constitution de l’Europe, exactement. Pendant un mois avant le vote, je m’étais baladé avec le rectangle en plastique rouge d’ATTAC au revers de ma veste. Pour ce que ça a servi, de voter non.

 

 

Les Irlandais, ils ont été obligés de manger leur chapeau électoral. Il faut les comprendre : vous vous voyez aller au bureau de vote tous les dimanches quand il fait grand soleil et que les poissons vous attendent dans le petit étang sympa de Saint Quentin ? Autant vous en débarrasser une bonne fois. Et les Danois, combien de fois ils avaient voté, avant de… de quoi, au fait ? N’est-ce pas trois fois, qu’on les avait obligés ?

 

 

Vous voyez, on oublie même les fois où on nous a demandé notre avis. Ça veut sans doute dire une chose : mon avis, il a autant de valeur que la queue de ce vairon perdu dans la friture que Jeannot vient de me servir. Vas-y, Jeannot, comme disait GUY BEDOS ! La preuve, c'est que NICOLAS SARKOZY ne s'est pas gêné pour passer par-dessus le NON au référendum et l'avis de la majorité des Français et faire adopter Lisbonne aux béni-oui-oui de la chambre des députés. Je me dis que la démocratie représentative en est une autre, de belle saloperie.

 

 

2 – LE CHAR D’ASSAUT DES TEXTES

 

 

Donc le « Traité constitutionnel », vous vous souvenez ? Cent quatre-vingt-onze pages sur papier bible. Quatre-vingt-sept, rien que pour le Traité proprement dit. Quatre cent quarante-huit articles musclés, en pleine forme, surentraînés, pleins de jus, et prêts à vous expédier au tapis au début du premier round, l’arrêt de l’arbitre faisant foi.

 

 

Et des articles que je peux comprendre au premier coup d’œil, il n’y en a pas beaucoup. Par exemple : « Le présent traité est conclu pour une durée illimitée » (c’est l’article IV – 446). Ça, ça va. Il y en a quelques autres, mais à vue de nez, ça fait 0,5 % du total. Pour les 99,5 % restants, vous avez bien un petit meuble à caler, non ?

 

 

Parce que moi, pour citer l’académicien, le si élégant et mondain JEAN D’ORMESSON : « Ce patagon, j’y entrave que pouic ! ». J’aime bien citer JEAN D’ORMESSON. Ce que j’aime avec lui c’est qu’on est bien servi et qu’on est sûr de la qualité de la viande … euh non, de la langue. Toujours cette maudite langue qui fourche !

 

 

Quoi qu’il en soit, une langue riche en saveurs populaires, si proche des gens, si pure de toute sophistication maniérée, si éloignée de toute afféterie salonnarde, si dénuée de tout gongorisme mignard, si châtiée de tout byzantinisme esthétisant, que c’en est un vach’te plaisir.

 

 

Pour revenir au « Traité », prenez l’article II – 68, qui traite de la « protection des données à caractère personnel ».

 

1. Toute personne a droit à la protection des données à caractère personnel le concernant.

 

2. Ces données doivent être traitées loyalement, à des fins déterminées et sur la base du consentement de la personne concernée ou en vertu d’un autre fondement légitime prévu par la loi. Toute personne a le droit d’accéder aux données collectées le concernant et d’en obtenir la rectification.

 

3. Le respect de ces règles est soumis au contrôle d’une autorité indépendante.

 

 

Eh bien me voilà rassuré, n’est-ce pas ? Mais moi je ne veux pas de « rectification ». Je veux l’effacement pur et simple. Mais bon, on ne va pas chipoter sur des détails. Je me demande seulement ce que ça veut dire, juridiquement, « loyalement ».

 

 

Pareillement, je me demande ce que ça peut bien recouvrir, « autorité indépendante ». Est-ce qu’on demande au C. S. A. d’être indépendant ? Ce qui serait drôle, c’est que la loi qui l’a créé soit respectée ! Et je n’ai pris qu’un article pratiquement pas subdivisé. Est-ce que vous connaissez le III – 282 ? Le III – 404 ? Bref, pas la peine d’insister, je pense.

 

 

En tout cas, l’Europe, c’est bien avant ce « Traité » que tout le monde aurait dû dire STOP. Le premier jour où on a commencé à NE PAS COMPRENDRE ce qui se passait. Le grand tort des six premiers peuples de l’Europe communautaire, c’est qu’ils ont laissé faire. Quelle que soit l’occasion, il faut REFUSER de ne pas comprendre.

 

 

Dès que les peuples, dans les premiers grands cols, ont été lâchés par le peloton de tête (les crânes d’œuf des « concepteurs » de l’Europe), ils auraient dû se mettre en travers de la route, et crier : « STOP ! On veut comprendre. On bougera pas de là avant que vous ayez tout bien expliqué ! ». FRANÇOIS MITTERRAND a bien roulé le « peuple français » dans la farine, avec son Maastricht ! Personne n’y a rien compris, à Maastricht, excepté le quarteron de sournois qui avait son projet bien ficelé dans la tête.

 

 

3 – LE CHAR D’ASSAUT EN ACTION

 

 

Ce que j’en ai compris, je vais essayer de l’expliquer. En gros, ce projet, je le résumerai de la façon suivante : « Aller le plus vite possible, le plus loin possible de la comprenette des peuples, pour aboutir au « machin » le plus compliqué possible, pour qu’il ne soit précisément plus possible, d’une part, de revenir en arrière, et d’autre part, d’y comprendre quoi que ce soit ».

 

 

Suite et fin après-demain à 9 heures.

Parce que demain, c'est le onze novembre, jour férié.

Demain, ça s'appellera "hymne à la politique". A la fin, je donnerai rendez-vous, à tous ceux qui penseront comme moi à l'auto-génocide européen de 1914-1918, devant les monuments aux morts de la Grande Guerre. Avec un aiguillage vers mon blog de 2007 KONTREPWAZON, et clic, dans la colonne de gauche, sur la catégorie "Monuments aux morts". Merci pour eux.

 

 

 

mercredi, 09 novembre 2011

ACCLAMONS LE RETOUR DU MOYEN AGE

Au nom de je ne sais quel combat sacré contre un improbable nazisme résurgent, le législateur, sous la pression de groupes, de sectes et de factions, s’efforce de museler la pensée et l’expression de celle-ci, quand il estime qu'elle sort des cadres admissibles. Ce faisant, on fait de ces opinions et de ces mots des DELITS. C’est cela que je trouve hallucinant : inscrire des MOTS au CODE PÉNAL.

 

 

J’ai aussi parlé ici du « genre », récemment. Si on parle tellement du « genre » depuis peu de temps, c’est que c’est un cheval de bataille. Le surgissement du « genre » signifie qu’une autre offensive est en cours. Celle-là est homosexuelle, et vise à conquérir la légitimité légale d’une NORME.

 

 

Eh bien, il se passe la même chose pour la religion. Je dirais presque, en l’occurrence, qu’il s’agit d’une guerre, vu les moyens employés, que ce soit en Tunisie (destructions consécutives à la projection de Persépolis, de MARJANE SATRAPI) ou à Paris (cocktail Molotov contre Charlie Hebdo).  

 

 

Moi, je ne dirai pas un mot pour défendre la laïcité. La laïcité, je m’en fous, je m’en tape, je m’en tamponne le coquillard, je m’en bats l’anse et même les deux. Tant que le mot jouait son rôle fictif de mur de protection contre les croyances particulières, il avait son utilité. Mais aujourd'hui, il veut dire à peu près tout et son contraire, tant il a été galvaudé, et est devenu comme le paysage de ruines de l'économie mondiale : indéchiffrable et ingouvernable. 

 

 

Tant que la laïcité est le mur à l'abri duquel chacun conduit sa tambouille,  mystique ou non, comme il l'entend, sans se préoccuper de ce qui se passe de l'autre côté, tout va bien. Mais si, le mur une fois tombé, les croyances choisissent l'espace public comme champ de bataille  pour se faire la guerre, comme ça en prend le chemin, croyez-moi, ça va faire très mal, et ça a un peu commencé.

 

 

Alors je préviens solennellement, attention : PAS TOUCHE A LA LIBERTÉ D’INCROYANCE.

 

 

L'incroyance, l'insolence à l'égard du religieux, de TOUT le religieux, est la première à être visée dans le collimateur. L'incroyance sera la première victime de la chape de plomb religieuse, quand celle-ci aura rabattu son couvercle. Les croyants des diverses religions ne se supportent pas entre eux, à l'occasion, mais quand c'est leur fonds de commerce qui est en jeu, il deviennent solidaires, c'est du réflexe défensif.

 

 

J’ai lu dans le journal ce titre : « Les croyants en lutte contre le "rejet" des religions ». Le lendemain cet autre titre chapeautant une tribune libre : « Le symbole du Christ doit être respecté par les artistes ». Ces titres n’annoncent qu’une chose : l’encadrement, et finalement l’enfermement de la pensée et de son expression dans le CODE PÉNAL.

 

 

Ces gens veulent qu’on respecte leurs croyances et sont prêts, à terme, à les faire respecter par la force. Mais curieusement, ils n’ont aucune envie d’envisager le fait que de tels titres dans les journaux, pour utiliser leurs termes, me "choquent", "heurtent ma sensibilité", "foulent au pieds les symboles et les idées auxquelles j’adhère". Pourquoi les droits qu’ils réclament pour leur chapelle me seraient-ils refusés ?

 

 

Messieurs les croyants, commencez par appliquer aux autres le respect que vous exigez pour vous-mêmes : respectez ceux qui ne le sont pas, et qui sont incommodés (c'est le mot le plus gentil que j'ai trouvé) par l'odeur de vos proclamations  de foi, qui se répand impudemment dans l'air que je respire.

 

 

En vérité, mes bien chers frères, je vous le dis : il y a de l’offensive dans l’air. Féministes, antifascistes, chrétiens, musulmans, homosexuels, tout ce beau mélange de monde en effervescence est à la manœuvre. Et je ne veux pas paraître défendre le spectacle, probablement assez bête, de ROMEO CASTELLUCCI, mais il n’y a aucune raison pour qu’on se laisse intimider par ces entreprises d’intimidation.

 

 

La manière de procéder, en l’occurrence, fait penser à l’air de la CALOMNIE dans Le Barbier de Séville, que chante Basile.

 

C’est d’abord un faible vent, une brise fort agréable

Qui, subtile, discrète, légèrement, doucement, commence à susurrer.

(…) Peu à peu elle accélère, dans les oreilles des gens, elle s’infiltre habilement.

(…) Le vacarme s’amplifie, prend force peu à peu,

Vole de lieu en lieu, c’est le tonnerre, la tempête,

(…) Enfin, tout déborde, éclate, se propage, redouble,

Et produit une explosion pareille à un coup de canon.

 

C’est exactement le même processus. On commence par les allusions les plus  indirectes. On continue avec les stratégies d’influence. On poursuit par l’intimidation. Et ça finit avec le code pénal. Et j’ai comme l’impression qu’en ce moment, l’étau se resserre.

 

 

C’est d’ailleurs très curieux : spontanément, je n’ai aucune envie d’insulter Jéhovah, Jésus ou Allah. Franchement, pour tout dire, je m’en fous. De plus, je suis d’un tempérament doux et pacifique, vous me connaissez.

 

 

Mais ces cacas nerveux avec arrière-pensées politiques (le Renouveau Français), ce cocktail Molotov contre un journal que je n’aime pas, ces menaces qu’on fait courir à la liberté d’expression, je vais vous dire : tout ça me fait monter la moutarde à l'hypophyse, à l'hypothalamus, voire à l'hippopotame, et me donne justement l’envie d’injurier, d’offenser, d’outrager tous ces chéris en folie qui glapissent leurs idoles vertueuses prêtes à guillotiner, leurs dieux tout puissants et féroces, leurs prophètes appelant à la guerre sainte ou leurs « genres » autoproclamés « victimes justicières ». Les « victimes » ont tendance à se montrer avec le couteau entre les dents, vous ne trouvez pas ?

 

 

Si vous ajoutez « DROIT D’INCROYANCE » à « LIBERTÉ D’EXPRESSION », vous obtenez « DROIT DE BLASPHEMER », « droit d’injurier tous les dieux ». L’Europe n’a pas vidé le ciel de Jéhovah, de Dieu et d’Allah réunis pour que les « trois imposteurs » (Moïse, Jésus, Mahomet), aidés de brigades Antisexistes, Antifascistes et Transgenres de tout pelage, viennent annexer nos bottes pour les remplir de leurs excréments dévots.

 

 

C’est déjà largement assez de voir mon paysage social pollué par toutes ces déjections militantes, et finalement guerrières. Le marigot commence à refouler salement du goulot.  Et tout ça, à cause de quelques bouches malodorantes qui font leurs besoins dogmatiques en plein milieu de nos trottoirs. On va finir par patauger des deux pieds dans cette crotte mentale et de plus en plus arrogante.

 

 

Voilà ce que je dis, moi. 

 

 

 

 

mardi, 08 novembre 2011

L'OBSCURANTISME EST REVENU

MERDE A TOUTES LES « CAUSES »

 

Cela fait fort longtemps que j’ai cessé d’acheter Charlie Hebdo. PHILIPPE VAL dirigeait alors l’hebdomadaire, et dans son éditorial, il abreuvait le lecteur de considérations prêchi-prêcha vaseuses et oiseuses. Cette maladie s’aggravait avec le temps. Mais il lui fallait remplir ses deux colonnes de la page 3. Qu’est-ce qu’il a pu tirer à la ligne ! Il a bien fait d’aller écraser les arpions de la rédaction de France Inter. Ça n’a pas sauvé moralement le piteux Charlie Hebdo. Et je n’écoute jamais France Inter, que pour « Le Jeu des mille euros ».

 

 

Et ce monsieur « de gauche » (il devait être directeur) se faisait, en tant que principal actionnaire du journal avec trois autres (est que c’est BERNARD MARIS, CABU, CAVANNA ?), ses 300.000 euros de revenus dans l’année. Sans compter son salaire de responsable.

 

 

Quant aux dessinateurs, LUZ, RISS, JUL, CHARB et d’autres, moi je veux bien, mais d’une part, ils n’arrivent pas à la cheville des GÉBÉ, WOLINSKI, REISER, et d’autre part, ce n’est pas en agrandissant démesurément les dessins pour remplir les pages que le journal acquiert plus de force. CABU est resté, et il est resté le même. J’aime toujours bien ce qu’il fait. Il est quand même actionnaire, il me semble.

 

 

J’ai gardé ma collection du premier Charlie Hebdo (1970-1981), celui qui a succédé à Hara Kiri Hebdo, zigouillé en novembre 1970. Il faut savoir que CHARLES DE GAULLE est mort à peu près en même temps que se produisait la catastrophe du « cinq-sept », une boîte de Saint-Laurent-du-Pont qui a brûlé avec 147 jeunes. Ils avaient fait leur « une » comme suit : « BAL TRAGIQUE A COLOMBEY : UN MORT ». Le gars qui a trouvé ça, il doit encore en rigoler comme un bossu.

 

 

Franchement, vous voulez que je vous dise ? Ce Charlie Hebdo, qui a aussitôt emboîté le pas à Hara Kiri Hebdo, en fut l’incomparable héritier et successeur ! Laquelle des « unes » de l’époque, publiée aujourd’hui, ne serait pas un cocktail Molotov, ou ne finirait pas en prison ? Si vous insistez beaucoup, je les descends de leur perchoir. En comparaison, celles d’aujourd’hui ont l’air d’avoir été castrées.

 

 

Tiens, voilà que ça me donne envie. En voilà quelques-unes, descendues pour vous. Le 14 août 1975 ? Un curé portugais en soutane et petit chapeau (l’uniforme, quoi !) montre les dents en tendant le bras bien droit vers le haut en criant : « Heil Dieu ! ». En plein scandale ROMEO CASTELLUCCI à Paris, ça relativise les gamineries imbéciles  des intégristes du « Renouveau Français ».

 

 

Le 18 décembre 1975 ? Pas de dessin, mais : « JOYEUX NOËL ! Chiez dans les crèches ! Achevez les handicapés ! Fusillez les militaires ! Etranglez les curés ! Ecrabouillez les flics ! Incendiez les banques ! ». Ça sentait bien fort son Hara Kiri, à l’époque. Et la liberté d’expression. Combien de procès, aujourd’hui ?

 

 

Ça a une autre gueule que le pauvre Indignez-vous !  de l’humaniste cacochyme, quoique valétudinaire STEPHANE HESSEL, quand même, avouez ! Allez, une dernière pour la route. Le 3 juin 1976, sous le titre : « MARCHAIS flatte les chrétiens », une caricature du même, due à GÉBÉ, qui lui fait dire, d’un air gourmand et réjoui : « J’ai enculé le pape ! ».

 

 

Maintenant, pour être juste, il faut dire que les sensibilités n’étaient pas  aussi hystériques, et que les tribunaux n’étaient pas harcelés au plus léger froissement d’amour-propre des politicards de mes douilles, à la plus légère entorse au « droit à l’image » des vedettes, et à la moindre susceptibilité de ces hommes tellement pieux qu’ils se disent de religion juste au moment de mettre le feu.

 

 

Et pour une fois que Charlie Hebdo sort de sa réserve timide et habituelle, patatras ! Voilà que le ciel (!) en personne lui tombe sur la tête. Enfin, pas « en personne » : le bras armé. Ne cherchez pas, messieurs les flics, Allah a envoyé un ange lancer le cocktail Molotov. Il est reparti au ciel. Quelle idée aussi d’habiter au rez de chaussée ! C’est tenter le diable !

 

 

Je n’ai évidemment pas trouvé le numéro en kiosque : kidnappé par les collectionneurs ! C’était bien, cette trouvaille : « Charia Hebdo » en surtitre. Un Mahomet dessiné par LUZ, qui dit : « 100 coups de fouet si vous n’êtes pas morts de rire ». Mais bon, ça fait trop longtemps que j’ai divorcé de Charlie Hebdo. Unilatéralement.

 

 

Reste que, aujourd’hui, et d’une, Dieu ou le Diable, tu sais plus bien. Et de deux, tu sais plus bien à quel étage ils crèchent. Voire à quelle adresse. Même que le facteur s’emmêle les pinceaux, que des lettres à Dieu se retrouvent en enfer et inversement. C’est le sac de nœuds.

 

 

Même l’humoriste patenté de la « une » du Monde, qui se fait appeler PLANTU, de son vrai nom JEAN PLANTUREUX, a accepté de rentrer les épaules et de courber la tête. Là, ce ne sont pas des islamistes qui l’embêtent, c’est la direction même du journal, secondée de son cabinet d’avocats qui veillent au grain (et qui doivent coûter cher), on ne sait jamais.

 

 

Le problème de PLANTU, c'est qu'il remplit une fonction très claire, au Monde. Il sert de caution, d'alibi. Il n'est pas là pour exister vraiment. Il est le clin d'oeil de la grosse bête qui se sert de lui, la part d'humour de l'homme grave qui regarde ses propositions des dessins du jour, écarte ceux-ci, jette son dévolu sur celui-là.

 

 

L'homme PLANTU s'écrase. Son dessin aussi. C'est un homme qui, dans l'affaire, perd quelques attributs. C'est pour ça que ses dessins ne disent jamais grand-chose. Ce sont des dessins qui pourraient tenir compagnie aux femmes du harem sans danger pour le front du sultan.

 

 

Résultat, si « eunuque » était un dessin satirique, il serait en « une » du Monde. Epoque misérable !

 

 

Epoque misérable, où l’on assiste à des offensives de plusieurs sortes contre la liberté d’expression. J’ai évoqué ici l’arrogance du « combat » féministe contre le sexisme (il faudra un jour prochain que je commente ce mot incroyable). J’ai défendu ici même, début août, le droit intégral des fascistes, des racistes et des antisémites d’exprimer publiquement leurs opinions extrêmes.

 

 

Il n'y a pas de raison valable pour laisser les limaces idéologiques ramper leur voix visqueuse dans les caniveaux de la démocratie, et se perdre dans les broussailles négligées que les gardiens des temples de la liberté ont laissé pousser dans leurs abords immédiats. Les dits gardiens n'avaient qu'à tenir la pauvre promesse de simple justice qu'ils avaient eu l'imprudence de faire juste avant d'être admis à s'asseoir à la table du pouvoir.  

 

 

A suivre, demain sans faute.

dimanche, 06 novembre 2011

LYON, BIENNALE, BONBONS, CHOCOLATS

« UNE TERRIBLE BEAUTÉ EST NÉE » : un catalogue à vous faire penser contre votre gré (« Nous afons les moyens de fous vaire benzer ! »).

 

 

Comment regarder une œuvre de ce qu’on appelle aujourd’hui « art contemporain » ? Quand on parle de « musique contemporaine », c’est souvent pour parler de stridences, de concert de casseroles et autres gentillesses. Il y a de ça avec l’« art contemporain ». S’il est vrai que l’art exprime quelque chose du monde tel qu’il va, alors le monde est dans un triste état.

 

 

C’est vrai qu’en bien des occasions, j’en ai vu, des gribouillons, des morceaux, des objets, des monceaux de morceaux d’objets, les uns sur les autres, les uns dans les autres, des pneus, des ficelles, de vieilles portes vermoulues : on a parfois l’impression que l’art contemporain, c’est l’art du déchet. Faut-il en conclure que nous vivons dans le monde du déchet ?

 

 

Eh bien ça tombe bien : tout porte à croire que c’est le cas, que nous y sommes, dans le déchet. Ça y est, mes frères, nous sommes arrivés chez nous, à destination, dans la poubelle. Ça a pris du temps, mais « A coeur vaillant rien d'impossible ». Il n’y a aucune raison pour que l’art échappe au sort commun de l’humanité prochaine, et ne soit pas à son tour, comme tout le monde, tympanisé et jeté au rebut.

 

 

 

Il paraît que le ridicule ne tue plus. Alors faisons l'hypothèse que, si ce qui est mort ne saurait plus sombrer dans le ridicule, dans un monde devenu ridicule, l'art ne peut prétendre rester vivant. Simple logique. 

 

 

Alors, dans ces conditions, comment regarder cette Biennale ? J’avoue que je ne sais pas répondre à cette question. Mais pour en parler, je sais à qui il faut s’adresser : au directeur du musée voué à l’art contemporain en personne : THIERRY RASPAIL.

 

 

Attention, je ne dirai rien de la Biennale en elle-même. Courageux, mais pas téméraire, je n’ai pas accompli la visite. Je ne sais pas, peut-être un découragement préventif ? Un accablement prémonitoire ? Un abattement avant-coureur ? Mais je dirai quelque chose de quelque chose qui est dit de la Biennale. J’espère que vous suivez.

 

 

Pour savoir ce qui est dit de l’exposition, je me suis laissé guider par le magnifique catalogue (32 euros). C’est vrai que, vu de l’extérieur, c’est un bel objet. Pour l’instant, je ne me prononce pas sur l’intérieur. Je lis en particulier ce que le directeur du M. A. C. en dit dans son propos introductif. J’aurais appelé ça « préface » si THIERRY RASPAIL avait placé son propos en tête d’ouvrage.  

 

 

Autant être prévenu avant d’entrer dans le catalogue de cette dixième Biennale : monsieur THIERRY RASPAIL aime l’apocope, vous savez, cette figure de style des paresseux ou des snobs qui, pour dire « art contemporain », se contentent de « contempo ». On ne va pas faire l’inventaire de l’apocope courante, on n’en finirait pas, vélo, ciné, et la flopée de toutes les autres.

 

 

Bref, je ne sais pas si THIERRY RASPAIL fait son ciné, ni s’il a un petit vélo qui lui trotte dans la tête, mais il aime l’apocope. Surtout s’agissant du mot « exposition ». Je l’en félicite. Cela donne « expo ». C’est tout à fait seyant. Ça va très bien à son teint. Quand il prononce « exposition » en entier, on se demande si ça ne lui a pas écorché la bouche.

 

 

Monsieur THIERRY RASPAIL, par ailleurs, a travaillé, qu’on se le dise. Et il le fait savoir, je dirai comment. Mais comme il est homme de précaution, il prend une précaution. Cela se passe au début de son laïus.  

 

 

Modestement, il a laissé l’art et les artistes précéder et annoncer le dit laïus, qui commence en page 20, pour s’achever page 24. Mais comme ce sont, comme on dit au scrabble, des « pages compte double », on va compter 10 pages. Desquelles il faut retrancher une et demie, consacrée aux augustes références qui lui servent d’appui, de contrefort et, pour mieux dire, de réconfort et de caution solidaire. 

 

 

Quarante et une références, pas une de moins. Et précises, avec ça : figurent en effet toutes les informations (nom, titre d’ouvrage, année, page) que réclame dûment une méthodologie universitaire en ordre de marche. Aucun nom, aucune citation ne sont laissés à eux-mêmes : toutes les bêtes sont bien attachées à leur anneau par un licou solide, et ne risquent pas de divaguer dans le pré du voisin.

 

 

THIERRY RASPAIL ne manque pas de jugeote : sentant venir l’objection, il la prévient habilement au tout début de son propos : « Y a-t-il seulement un sens à tout cela ? Ou pas ? ». Notez que, s’il y a contestation du sens, celle-ci est contenue (à tous les sens du mot) dans la sécheresse de ce « Ou pas ? » comminatoire et dédaigneux : on comprend ce que THIERRY RASPAIL en a déjà fait, de la critique. Comme si le mot d’ordre était : « Faites toujours quelque chose ;  pour le sens, on verra après, éventuellement ». On est prévenu.

 

 

Le propos est peut-être structuré, en tout cas tout est fait pour en donner l’impression, ponctué qu’il est par ce qui se présente comme têtes de chapitres, synthèse, quintessence : « multiples étendues, débuter, broder, intrigue, régime, l’art-le monde, récit, vérité, lignes de démarcation, beauté-l’expo, poésie, anthropologie, perplexité, enargeia, livre ». Rien qu'avec ça, on peut mettre en route la machine à réfléchir.

 

 

On est d’autant plus impressionné, après ce tracé des intentions, par le nom et le nombre des anges tutélaires appelés à la rescousse. Ce ne sont pas moins de soixante-seize noms plus ou moins prestigieux, dont l’autorité incontestable est censée donner à toute l’entreprise sa justification pleine et entière, en même temps qu’ils sont la preuve que THIERRY RASPAIL n’est pas le premier venu, parce que, s'il ne dit pas qu'il a tout lu, il le laisse entendre. Les voici, inchangés (nom, ou prénom + nom), mais remis dans l’ordre alphabétique :

 

aby warburg

gustav metzger

montaigne

alain roger

hannah arendt

musil

antonio pinelli

hans ulrich obrist

pächt

aristote

hans-ulrich gumbrecht

patrick chamoiseau

arjun appadurai

hayden white

paul ricoeur

balzac

héraclite

paul veyne

baudelaire

imre kertesz

picasso

benedict anderson

jack goody

proust

bergson

jacques roubaud

quintilien

bertolt brecht

jean-christophe ammann

rank

carlo ginzburg

jimmie durham

renouvier

carlo ginzburg

johann gustav droysen

robert musil

clément rosset

jörn rüsen

roger m. bürgel

clifford geertz

joyce

s. m. eisenstein

cormac mccarthy

kracauer

saint-rené taillandier

croce

kubler

sarkis

defoe

lapoujade

stendhal

édouard glissant

léonard

tocqueville

f. dosse

louis althusser

tolstoï

f. hartog

marc augé

umberto eco

fernand léger

marc aurèle

walter benjamin

flaubert

marcel conche

weber

françois jullien

marcel detienne

wittgenstein

friedrich nietzsche

michel de certeau

wolff

gadamer

michelet

yeats

godard

 

 

 

 

Rien n’est laissé au hasard, comme on voit. On est impressionné. Pas le plus petit interstice philosophique, littéraire ou esthétique n’est laissé vacant. Tout le champ de la pensée a été couvert. Le verre du cahier des charges est rempli plus haut que le bord. L'appareil digestif de THIERRY RASPAIL a quelque chose à voir avec celui de l'autruche.

 

 

TOUT, dans cette Biennale, qu’on se le dise, a été PENSÉ.

 

 

Un esprit chagrin pourrait cependant se dire, au vu de cet étalage de références, que l’avocat argumente en raison inverse de la consistance de sa matière. Plus le vide est palpable et compact (ce qui veut dire : plus l'accusé est difficile à défendre), plus il est tenté de suivre la voie ouverte par PHILIPPE SOLLERS. Il y a là de l’inversement proportionnel.

 

 

Grand admirateur d’estrades, dans son jeune temps, de bateleurs et de  camelots vendant brosses à dents miracles, « éventre-tomates » et « écorche-poulets », PHILIPPE SOLLERS, en effet, est devenu le maître à penser dans l’art de l’esbroufe culturelle.

 

 

 

Aux puces de Saint-Ouen, on l'appelle le « Sultan de la Sublime Porte-Ouverte », vu l'aisance avec laquelle il enfonce les dites "portes ouvertes" quand il anime les journées du même nom au supermarché de Oinville-sur-Montcient (78), le samedi.

 

 

Son truc, à PHILIPPE SOLLERS ? Rabouter, quel que soit le sujet, les bribes de limaille (c'est la tactique de l'aimant) éparpillées de ses lectures, de ses souvenirs et de ses conversations, et en fleurir le flux qui jaillit de sa bouche, avec l’aisance et la brillance d’encaustique que donne une très longue fréquentation du salon parisien.

 

 

Comme par miracle, les bribes raboutées, grâce au savoir-faire du vieux "camelot bavard" (YVES MONTAND, Les Grands boulevards), deviennent fluides.  Ça en jette. Au moins aux yeux des gogos avachis dans leur fauteuil face aux fulgurances de pacotille qui leur parviennent du plateau de télévision.

 

 

L’impression produite, quand on ne l’a jamais vu faire son numéro, peut être saisissante. Il marie à la vitesse de la lumière une porcelaine peu connue de la dynastie Ming et un repose-tête Bambara, un Traité des trois imposteurs et quelques-uns des Cantos d’Ezra Pound, tel crâne surmodelé de Papouasie et la légende de Harald à la dent bleue. Allez, encore une lichette de marquis de SADE, une pincée de VIVANT-DENON, pour la route.

 

 

PHILIPPE SOLLERS vous fait faire, à volonté, un Tour du Monde en douze minutes montre en main. Vous êtes déjà terrassé pour le compte, et vos poumons demandent de l’air. C’est sûr : cet homme a de la mémoire, malgré cet air de vieille mère maquerelle qui lui vient avec l'âge et la coupe de cheveux.

 

 

La préface de THIERRY RASPAIL au catalogue de la Biennale, c’est un peu ça : vous êtes assailli par la diversité des « savoirs mobilisés », comme disent les pédagoguenards (à moins que ce ne soient les pédagoguenots), principalement dans le domaine de l’art, comme de juste. Pas une seule des innombrables problématiques artistiques de notre monde n’est oubliée.

 

 

Il est sûrement tout à fait important de préciser la perspective dans laquelle a été conçue et mise en œuvre « l’expo », mais si l’on me demande mon avis, il est simple, le voici : « bourratif », « indigeste ». Je finis par me demander à quoi ça rime, de convoquer théoriciens et philosophes en masse. Si, je vois bien qu’il y a quelque chose à justifier. Qui se sent morveux, qu'il se mouche. Voilà que je me mets à faire comme Sancho Pança, qui parlait par proverbes.

 

 

Mais je me demande aussi si on ne se retrouve pas un peu dans Astérix et les Normands, quand l’un de ces derniers assène des coups de massue sur la tête d’un collègue qui s'enfonce peu à peu dans la neige, et lui demande : « Alors ? – Rien. Continue. Pour le moment, j’ai toujours plus de mal que de peur ».

 

 

A ceci près que j’en retire vaguement l’impression que tout ça sert à la fois à faire mal ET à faire peur. Mal, parce que THIERRY RASPAIL vous enfonce dans l’ignorance crasse où vous êtes de tout ce que le bien nommé « milieu » voudrait, par la prolifération des références savantes,  faire prendre pour la continuation de « l’histoire de l’art ».

 

 

Peur, à cause de tout ce qu’il va me falloir apprendre avant de passer l’examen pour savoir si je suis autorisé à visiter « l’expo » sans pour autant passer pour un « plouc ». THIERRY RASPAIL voudrait bien me renvoyer sur les bancs du lycée, et ça, il faut qu’il sache que j’ai passé l’âge.

 

 

Je retire de cette préface au catalogue une sorte de confirmation d’un pressentiment que je traîne depuis déjà un certain temps. Je me dis que le « milieu » de l’art contemporain en général, et THIERRY RASPAIL en particulier, pratique volontiers l’intimidation.

 

 

Je ne me demande même pas s’il n’y a pas dans tout ça, tout simplement, du FOUTAGE DE GUEULE. Ça, au moins, je le savais déjà. Mais je me pose la question : est-ce qu’on ne chercherait pas, par l’avalanche de références savantes qu’on fait pleuvoir sur moi, par avance, à me CLOUER LE BEC ?

 

 

Finalement, cet étalage de confiture culturelle de haut parage a quelque chose à voir avec l’arrogance et la prétention. Par association d’idées, cela me fait penser au bocal dans lequel évoluent les « gros poissons » de ce monde cynique, qui dissertent à satiété de la façon de couper les cheveux, et en combien de tronçons c'est le plus recommandé, bien protégés du « vulgum pecus » qui gratte la terre de sa basse-cour à la recherche de quelque chose qui le nourrira … vraiment.

 

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

 

 

 

lundi, 31 octobre 2011

L'ENFANT ÜBER ALLES (4)

EPISODE 4 : Le psychologue et l’Enfant aux sortilèges

 

 

Troisième petite parenthèse (fulgurante).

 

 

« J’ai pas envie de faire ma page. J’ai envie d’aller me promener. J’ai envie de manger tous les gâteaux. J’ai envie de tirer la queue du chat et de couper celle de l’écureuil. J’ai envie de gronder tout le monde ! J’ai envie de mettre Maman en pénitence… » Le personnage qui prononce ces fortes paroles, allez, appelons-le « L’Enfant », ça ne s’invente pas. En face de  lui, préparant leur offensive, « Les Sortilèges ».

 

 

Le complot a été longuement machiné, patiemment ourdi en secret par un couple infernal : COLETTE pour les paroles, MAURICE RAVEL pour la musique, même si le bruit court que celui-ci en a pris largement à son aise avec le travail de celle-là. Bon, je résume l’argument : au début, l’enfant est méchant (« Je n’aime personne ! Je suis très méchant ! (…) Hourrah ! Plus de leçons ! Plus de devoirs ! Je suis libre, libre, méchant et libre ! »). A la fin : « Il est sage… si sage…Il est bon, il est sage… si sage… si sage… ». En gros, il était méchant, et il a retourné sa veste. Comme VIDOCQ qui, de bagnard, se retrouve chef de la police de sûreté.

 

 

Il faut dire qu’entre le début et la fin, il s’en est passé, des choses. La bergère et le fauteuil, et même la chaise de paille viennent sur la place Tahrir lui crier « Dégage ! » ; puis c’est au tour de l’horloge de crier « Casse-toi pauvre c… ! » ; la tasse et la théière ne sont pas en reste (« Ça-oh-râ toujours l’air chinoâ (…) Kek-ta fouhtuh d’mon Kaoua ? », c’est le texte véridique) ; les motifs du papier peint s’animent et protestent ; enfin bref, c’est tout son cadre familier qui n’en peut plus de ses abus de pouvoir, et qui brandit l’étendard, finissant par amener l’enfant à résipiscence, et à laisser s’exprimer la part de bonté qu’il cachait en lui.

 

 

« Tout est bien qui finit bien », comme il est dit à la fin du Trésor de Rackham le Rouge. Il y avait sûrement un tel fond de bonté chez le Tunisien ZINE EL ABIDINE BEN ALI, mais on ne lui a pas laissé le temps de l’exprimer (34 ans d’attente). Même chose pour le pauvre colonel libyen KHADAFI (42 ans). Mais lui il a toute la durée de l’au-delà pour que ça sorte. Il ne faut jamais dire « jamais ».

 

 

Mais il faut aussi dire que L’Enfant et les sortilèges, ça remonte à une époque où l’enfant n’avait pas encore été placé « au centre du système » (ça, c’est LIONEL JOSPIN quand il était sinistre de l’Education Nationale). L’enfant, là, il est comme la Sophie qui a des malheurs dans le livre de SOPHIA FIODOROVNA ROSTOPCHINA, plus connue comme épouse du comte EUGENE DE SEGUR, et donc comtesse par voie maritale et de conséquence. Dans Les Malheurs de Sophie, l’héroïne fait bêtise sur bêtise, des vraies. C’est sûr, l’enfant n’est pas idéalisé, c’est le moins qu’on puisse dire. Et c’est très bien comme ça.

 

 

Fin de la parenthèse fulgurante.

 

 

En fin de compte, c’est quoi, un enfant ? Je certifie ici, sur l’honneur, que je ne suis pas psychologue de profession, sinon, d’une part, je le saurais, et d’autre part, on m’aurait depuis longtemps rayé des tablettes et des cadres. Vous savez pourquoi ? A cause des « éléments de langage » qu’il faut avoir appris, du vocabulaire et de la syntaxe particuliers qu’il faut maîtriser, des « lunettes » spéciales qu’on vous colle sur le nez pour voir la vie, les gens, et donc les enfants.

 

 

Quatrième petite parenthèse (désolée)

 

 

Il m’est arrivé d’être assis à table juste à côté d’un psychologue. Il « intervient » dans l’établissement. Bon, c’est vrai qu’il ne faut pas généraliser à partir d’un seul « cas ». Mais c’est vrai aussi qu’il a déjà une tête un peu, disons, « spécifique ». Comment dire ? Du genre à examiner le macaroni sous tous les angles pour voir ce qu’il a dans le ventre avant de l’ingurgiter.

 

 

Nous ne nous étions jamais rencontrés auparavant. Dès les entrées, il me demande tout de go, et hargneusement, disons-le, si j’ai des enfants. Je lui réponds qu’en effet, j’ai eu la faiblesse de contribuer à ce genre de fabrication, et que j’ai besogné en vue de la repopulation. Mais que je n’ai pas fait ça tout seul. J’ajoute donc que j’ai tout fait pour que les bons moments qu’a durés ma contribution soient les plus plaisants, les plus mémorables possibles, pour moi bien sûr, mais aussi pour celle que la nature avait désignée pour le portage du fardeau qui devait en découler.

 

 

N’est-ce pas MONTAIGNE en personne qui, s’adressant à une femme enceinte sur le point d’exploser, lui souhaite d’avoir autant de plaisir à chier son marmot qu’elle en a eu à le concevoir (ce ne sont sans doute pas ses termes, encore que …, en tout cas, c’est l’idée) ? Ce sont des moments à entourer des soins les plus attentifs et les plus « tendres », tant il est désormais de notoriété publique que ce n’est qu’ensuite qu’apparaissent les contreparties exigées dans le « service après vente ».

 

 

Après tout : « Inter fæces et urinam nascimur », a dit SAINT AUGUSTIN en parlant du lieu qui voit les hommes naître à la lumière du jour et aux légères tribulations qui s’ensuivent. Quoi, traduire ? Vraiment ? Vous l’aurez voulu ! Ne venez pas vous plaindre : « Nous naissons entre la merde et l’urine ». C’est assez bien vu, je trouve.

 

 

Je reviens à mon propos. Le psychologue, apparemment, le suivait  attentivement. C’est ainsi que nous arrivons au steak-haché-frites, le moment choisi pour me décocher : « Je vois. Donc, c’est sûr, vous élevez très mal vos enfants ! ». Pantois je suis, pantois je reste. Je crains d’avoir mal entendu, mais pas du tout : il me répète la phrase, il a mûrement choisi les mots, il a fait des études pour en arriver là.

 

 

Je le regarde, hésitant sur la suite à donner. Au moment où je veux reprendre le fil, il a déjà fini son yaourt et sa compote, se lève, saisit son plateau avant de disparaître. Je me dis alors qu’il n’est sans doute pas très heureux, et j’attaque mon demi Saint-Marcellin. Les psychologues, c’est comme l’andouillette beaujolaise : il y en a sûrement des bien.

 

 

Et c’est vrai, j’en ai rencontré d’autres par la suite, dont beaucoup avaient un air assez normal. Il faut bien dire, malgré tout, que c’est une drôle de profession que l’Occident a inventée là. Est-ce qu’elle remplace le métier de curé – à peu près disparu, celui-là – comme cela se susurre parfois ? Comme dit BOB DYLAN : « The answer, my friend, is blowing in the wind » (bis). Pas besoin de traduire, là, j’espère.

 

 

Est-ce qu’elle est indispensable à l’encadrement des enfants, des élèves ? Ce qui est sûr, c’est que l’étude et les soins de l’âme ont proliféré dans la société humaine comme les mouches sur une bouse appétissante. Bref rappel (je jure de ne pas insister et de ne pas faire mon balourd) : ψυχή, c’est l’âme, λόγος, c’est l’étude « scientifique », ίατρός, c’est celui qui soigne. Tout ça a donné, vous vous en doutez : « psychologue » et « psychiatre ».

 

 

Quelle maladie notre civilisation a-t-elle injectée aux vivants qu’elle a vu et fait naître pour qu’elle-même juge nécessaire de les prendre en charge ? Est-ce vraiment ce que MARCEL GAUCHET nomme le « désenchantement du monde », c’est-à-dire le nettoyage complet du ciel, de l’au-delà, en bref, de tout ce qui, autrefois, était placé « au-dessus » de l’humanité ? Mon pote ROLAND le pense. Mais lui, il dit qu’il faut revenir, justement, à ce « statu quo ante ». Est-il vraiment sérieux ? Ou bien sait-il que ce n’est pas possible, comme c’est le plus probable ?

 

 

Fin de la parenthèse désolée.

 

 

Alors je repose la question sur la table : qu’est-ce que c’est un enfant ? Je reprends la formule : c’est une personne future. Il n’y a pas à sortir de là. Autrement dit, ça suppose d’abord de le prendre au sérieux en tant que personne potentielle. De se comporter soi-même de façon responsable. J’arrête : je ne vais pas tarder à pontifier, à sentencier, bref, à dogmatiser. Mais je veux quand même dire que s’il y a quelque chose d’insupportable chez l’adulte, c’est quand il se dit qu’il faut être soi-même enfant pour « se mettre à la portée » de l’enfant.

 

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

dimanche, 30 octobre 2011

L'ENFANT ÜBER ALLES (3)

EPISODE 3 : le « Monde » de l’ « Enfance »

 

 

Deuxième petite parenthèse (coruscante).

 

 

La grande HANNAH ARENDT dit, dans La Crise de la culture (chapitre V), que « l’enfance n’est qu’une phase transitoire ». Or, constate-t-elle, « ce qui précisément devrait préparer l’enfant au monde des adultes, l’habitude acquise peu à peu de travailler au lieu de jouer est supprimée au profit de l’autonomie du monde de l’enfance » (p. 236).

 

 

« L’autonomie du monde de l’enfance », ça veut dire qu’on fait de l’enfance un monde à part, qui a son existence propre, en dehors de la vie ordinaire, un peu comme une icône. En quelque sorte, on fait comme si l’enfant existait, non comme une future personne en construction, un être inachevé, comme une maison qui attend l’intervention du maçon et du plâtrier-peintre pour devenir habitable, mais comme un « en-soi » déjà abouti, immuable, distinct, définitif. HANNAH ARENDT dit même qu’on « tend à faire du monde de l’enfance un absolu ». Etant entendu qu’il s’agit de l’absolu du jeu.

 

 

Mais bande de malheureux, il n’y a pas de « monde de l’enfance » ! C’est l’invention d’adultes mal mûris, nostalgiques d’un temps qui ne leur paraît désirable que parce qu’ils l’ont oublié, comme ils ont oublié tout ce qu’ils vécurent alors  au quotidien. La frustration ou l’excès d’ « amour ». L’angoisse qui en découle. Le sentiment d’injustice, d’incompréhension. Le désir d’être « grand » tout de suite, pour avoir l’air aussi sûr de soi qu’ont l’air de l’être les « grands ».

 

 

Ou au contraire de ne pas grandir et de retourner là d’où on vient, quand on jouissait de l’évidence du bonheur sans savoir que c’était ça, le bonheur. Mais que même ça, et surtout ça, c’est une illusion et un mensonge, puisque après, ce n’est plus vrai, et que c’est fini à jamais.   

 

 

« Vivre son enfance », pour l’enfant, c’est le dernier de ses soucis. Il ne se préoccupe de rien d’autre que de vivre, de faire face, de jour en jour,  comme tout le monde, aux épreuves à son échelle qui l’attendent. L’enfant, il ne saurait pas qu’il est un enfant, si on ne le lui serinait pas. Il ne se vit pas comme tel, mais comme simple être vivant. « Enfant », pour lui, c’est un mot abstrait. Quasiment vide de sens.

 

 

C’est pour ça qu’il serait bon de gifler ou, au moins, de torturer à mort tous ceux qui, face à un bébé, à un enfant, se mettent à faire les niais, à bêtifier et faire des grimaces. Dans leur esprit, c’est ainsi qu’on « se met à la portée » : en devenant le singe et la caricature. Je pense à ces deux pages de GOTLIB, dans les Dingodossiers, où le tonton fait l’imbécile en train de fondre devant le berceau du poupon et dit : « Qu’il est mignon ! ». Le poupon en question se redresse, hilare, en pointant le pouce : « Qu’il est bête ! ».  

 

 

Fin de la parenthèse coruscante.

 

 

Cela donne lieu à des manifestations comiques. Je pense en particulier aux pages locales de la P. Q. R. (Presse Quotidienne Régionale), toujours très attentive à ce que les « grands » font pour les « petits ». Vous avez vu, ça se bouscule, c’est tous les jours, dans les pages locales. On les sensibilise à TOUT. AUCUNE des graves préoccupations  de l’âge adulte ne doit échapper à l’entreprise de sensibilisation. Parce qu’il se dit, l’adulte, dans sa candeur, que l’enfant ne le deviendra jamais assez tôt, adulte. Pourquoi, alors, lui épargnerait-on les questions graves ? 

 

 

Alors, pour « sensibiliser », comme ils disent, voilà de quoi on leur cause, aux petits : pollution,  tri des déchets (« sélectif » pour réviser la définition du pléonasme), souffrance animale, justice, tabagisme (et autres problèmes de santé publique), comment bien se nourrir (juste avant la faim dans le monde), gestion des affaires publiques (c’est le « conseil municipal des enfants », et il y eut même une opération « Sénat des enfants »), et j’en passe. Ici, on les fait courir en solidarité avec les enfants du Burkina Faso. Là, on leur fait « vendre-de-charité » des babioles contre le paludisme. Ça n’arrête pas.  

 

 

Vous trouvez que c'est des questions pour les enfants, vous ?

 

 

Le fin du fin ? « Monsieur le Maire, quelles actions envisagez-vous en direction des enfants pour les sensibiliser aux risques encourus au contact de pervers pédophiles ? » Ce n’était pas exactement formulé comme ça, mais il s’agissait quand même, dans cette information,  d’inciter les enfants (de primaire, il me semble) à la prudence face aux adultes dans le domaine sexuel. Je ne sais pas si vous « mordez le topo, les aminches » (San Antonio).  

 

 

On leur expliquait ce qu’ils risquaient si un adulte se montrait un peu trop « attentionné » envers eux. Vous avez vu la bombe que dissimule le joli mot de « pédophile ». C’est le mot à la mode. C’est parce qu’il est à la mode qu’il en impose, qu’il intimide, qu’il cloue le bec. En réalité, « pédophile », ça veut dire « qui aime les enfants ». Φιλία (philia), ça veut dire « affection », par exemple entre deux vieux époux. Quand il y a du sexe, on parle d’ερως (érôs), qui a donné « érotisme ». Que serait un instituteur qui ne serait pas « pédophile » ?

 

 

Pourquoi n’a-t-on pas gardé « pédéraste », mot qui s’applique exactement à l’adulte qui aime particulièrement les enfants pour ce qui est de ses jeux sexuels ? Ah, on me dit que son apocope (désolé, c’est comme ça qu’on dit), « pédé », est désormais une injure ? Mais à ce moment-là, il suffit que le code pénal criminalise non la « pédophilie » mais la « pédérastie ».

 

 

Ah, monsieur Grand Robert me dit dans mon oreillette que le mot désigne, « par ext. toute pratique homosexuelle masculine » ? Et celle-ci n’est plus punissable ? Dans ce cas, la seule question qui se pose est de savoir comment désigner un adulte qui aime vraiment les enfants. « Pédagogue » est déjà pris, mais surtout, il désigne celui qui « fait avancer » l’enfant. Non, vraiment, je ne vois décidément que « pédophile » pour qualifier le métier d’instituteur : « Qui fait preuve d’affection envers les enfants ».

 

 

Qu’est-ce que c’est, un adulte trop « attentionné », dans la réalité ? Et surtout qu’est-ce que ce sera dans la tête de l’enfant, après une telle « sensibilisation » ? Le parent qui embrasse son gamin sur la bouche, comme l’habitude semble s’en être maintenant généralisée ? L’adulte qui le prend familièrement sur les genoux ? Et qu’est-ce qu’elle fait, exactement et précisément, la mère, devant la table à langer, quand le lardon sort du bain tout propre et tout parfumé, qu’il lui prend l’envie de le croquer ? Franchement, va-t-il falloir mettre un flic derrière tous les parents pour guetter le moindre geste un peu trop « attentionné » ?  

 

 

Honnêtement, je me demande quelle image peut se former dans la tête de ces gamins  après une séance de « sensibilisation », et sous quel jour leur apparaîtra leur éducateur préféré. Si l’on voulait lui enseigner la peur de l’adulte (aux activités assimilées à une sorte de pourriture infecte), la méfiance généralisée et, en fin de compte, le refus pur et simple d’apprendre quoi que ce soit ; si on voulait le dégoûter de manifester la moindre ébauche d’envie d'apprendre, par peur de risquer gros dans ses parties les plus vulnérables et les plus intimes, on ne s’y prendrait pas autrement.

 

 

J’arrêterai là sur les « actions publiques en direction des enfants ». Ce que ne disent jamais leurs promoteurs, c’est que les dites actions leur servent exclusivement à se donner un peu de lustre, accessoirement à fabriquer des souvenirs pour les albums de famille, et à donner un peu de travail aux photographes de la presse régionale. Car si quelqu’un attend de ces actions une quelconque valeur éducative et formative, c’est que quelqu’un se fout du monde. Appelez ça « opérations de propagande », « événements publicitaires », « animations récréatives », tout ce que vous voudrez.

 

 

A la rigueur, cela pourrait avoir une valeur éducative s’il y avait ne serait-ce qu’un atome de continuité et de structure dans ces actions. Autrement dit, s’il s’agissait d’une matière d’enseignement. Là je veux bien. Mais un tel saupoudrage ! Autant en emporte le vent. De toute façon, rien ne rentre dans le crâne si ce n’est pas rabâché, c’est bien connu.

 

 

Finalement, les propos de HANNAH ARENDT cités au début apparaissent complètement paradoxaux : d’un côté, on fétichise l’enfance, on la met sur un piédestal, on la célèbre, on lui écrit une « Déclaration des droits de l’... » (texte ultra-juridique de l’ONU affiché dans toutes les salles de classe et aussi compréhensible que la défunte « Constitution Européenne »). Bref, on  idéalise l’enfance en tissant un cocon protecteur autour de son « espace enchanté ».

 

 

Et en même temps, on jure dur comme fer qu’on veut la préparer à devenir adulte et, ce faisant, on lui fait entrevoir l’âge adulte comme un monde difficile, voire impossible, angoissant, etc. Et je ne parle pas de ce que les enfants peuvent voir à la télévision ou sur internet. De toute évidence, la paroi censée isoler l’enfance est de plus en plus poreuse.

 

 

Et c’est le temps où, chez les adultes, on assiste à des séances de promotion de ceux qui ont « su garder une âme d’enfant », qui « laissent vivre en eux la part d’enfance » qui ne les a jamais quittés. Cette tendance est rendue visible, là encore, par des modes qu’il est difficile de critiquer sans passer pour un vieux con. J’assume bien entendu le risque, en me plaçant sous l’autorité et le haut patronage de saint ROLAND TOPOR, qui écrivit naguère Les Mémoires d’un vieux con.

 

 

Je ne peux m’empêcher de m’amuser au spectacle de toutes les roulettes sur lesquelles se juchent les vivants d’aujourd’hui pour se déplacer dans les villes, si possible sur les trottoirs, pour bien faire sentir au piéton que c’est lui, l’anomalie. Mais je pense aussi aux jeunes parents qui, ne pouvant se résoudre à délaisser le temps heureux et insouciant où ils étaient étudiants, traînent leur bébé et / ou leur mouflet au café, ce lieu éminemment éducatif, comme chacun sait. Encore plus net, je pense à l’empire exercé par le JEU sur la vie d’un nombre de plus en plus effrayant d’individus supposés « sortis de l’enfance ».

 

 

A suivre ...

 

 

 

samedi, 29 octobre 2011

L'ENFANT ÜBER ALLES (2)

EPISODE 2 : la poussette et la horde barbare

 

 

Première petite parenthèse (adamantine).

 

 

FERNAND RAYNAUD s’est écrasé sur le mur du cimetière du Cheix (ou Le-Cheix-sur-Morge, 63), un 28 septembre 1973, mais il l’a fait avec classe. Pensez donc, un coupé Rolls-Royce « silver ghost » ! Il y a pire, comme cercueil. Bon, c’est vrai, il n’est peut-être pas enterré dedans. Il est un peu oublié, le pôvre, mais il eut son heure de gloire. La preuve, c’est la Rolls. Il l’avait achetée en faisant rire. Et même bidonner, voire tirebouchonner. Je ne suis pas sûr qu’aujourd’hui, il roulerait en Rolls. M’enfin, il se serait peut-être adapté.

 

 

Il devait être, une fois de plus, complètement bourré. A moins que ce ne soient les freins qui aient lâché : il racontait comme une blague que le voyant « brakes » (= freins) restait constamment allumé. Une fois, il avait pris en stop deux copines, J. et J. Trente secondes après, il leur demandait si elles étaient lesbiennes, avant de leur proposer la botte. Bon, c’était presque vrai : elles étaient aussi lesbiennes. Il ne s’embarrassait pas d’entrées en matière. Pas comme ici, diront certains.

 

 

J’y viens donc. FERNAND RAYNAUD racontait des histoires drôles. Entre autres, celle du père qui donne un ordre à son fils : « Toto, mange ta soupe ! – Non j’la mangerai pas ». Ce qui m’intéresse, quand le gamin se met à hurler, c’est les voisins qui crient : « Bourreau d’enfant ! ». C’était dans les années 1960. C’est le titre du sketch, visible sur internet.

 

 

La fin du sketch explique très bien qu’en certaines occasions, le parent puisse avoir envie de transformer sa progéniture en tache de sang sur le mur avec les os incrustés dedans : le père qui a été obligé par l’infernal chérubin d’acheter une saucisse, puis d’en manger une moitié, l’entend hurler pour finir : « Ouiiiin ! T’as mangé le morceau que j'voulais ! ».

 

 

Fin de la parenthèse adamantine.

 

 

C’était donc vrai, ce qu’on m’avait dit, que je ne voulais pas le croire : l’enfant n’est pas ce parangon d’innocence et de vertu qu’un certain catéchisme qui se dit « moderne » voudrait nous peindre dans les teintes pastel les plus tendres et les plus veloutées !?! Parce que l’ange à tête blonde se double, en filigrane, du pervers le plus égoïste, le plus endurci et le plus polymorphe qui se puisse trouver sous le ciel.

 

 

La divinisation de l’enfant ne date certes pas d’aujourd’hui. On la trouve, depuis un temps, à l’état endémique, mais souvent en phase critique (= de crise). Et ça commence à bien faire. Les lieux de la divinisation sont peu nombreux. Le domicile étant inaccessible, voire inavouable, après avoir vu le supermarché, il nous reste la rue, les transports en commun et les cafés. Je vous donne un exemple. L’autre jour, dans le bus, je m’assieds à côté de la porte centrale. Un gamin est là, debout tout contre, qui garde fermement le pouce appuyé sur le bouton d’ouverture, empêchant résolument la fermeture.

 

 

Je lui dis : « Tu sais, il ne faut pas appuyer sur le bouton tout le temps ». La mère, qui veillait pas loin, aussitôt : « Monsieur, c’est bien à vous de faire la morale à mon enfant, alors que vous venez de le bousculer ! ». « Faire la morale » ! « Bousculé » ! J’avoue qu’après avoir remis la dame et son merdeux à leur place, l’état mental de la personne m’a valu un court instant de perplexité.

 

 

Il y a aussi cette grappe de collégiennes, dans le métro, qui hurlent leur hystérie, trépignent leur surexcitation et vocifèrent dans leurs courses désordonnées. Bref : des merdeuses exaspérantes. A haute voix, je les compare à une troupe de chiennes en fureur, sans doute même en chaleur. La rombière à côté de moi, sans doute mazoutée pour le compte, comme un vulgaire guillemot de Troïl après une marée noire, prend un air enjoué, léger, presque flûté, pour comparer cette cacophonie stridente à un gazouillis d’oiseaux. « Espèce d’oie faisandée ! » Et n’ai-je pas vu une bergère entre deux âges offrir sa place assise non à la femme enceinte en phase terminale qui vient de monter, mais à son minot qui ne demandait rien ?

 

 

J’ai fini par comprendre (c’est vrai, je suis un peu lent) le sens de l’expression : « Il faut mettre l’enfant au centre », vous savez, ce slogan qui sortait à jet continu, il n’y a pas si longtemps, des groins politiques, des claque-merde économiques et des dégueuloirs des autorités éducatives. En fait, ça ne veut rien dire d’autre que : « Il faut donner la priorité absolue à l’enfant sur toute autre catégorie de personnes ». Les vieillards seront bientôt priés de céder leur place assise aux chiards, et bientôt les crèches capteront à leur profit la manne publique auparavant destinée aux maisons de retraite. On n’y est pas encore.

 

 

Cette caricature comporte cependant une part de vrai. Regardez calmement ce qui se passe : on parque un peu plus les vieux tous les jours. Bon, c’est vrai qu’ils s’incrustent. Vrai aussi qu’ils radotent. Vrai encore qu’il y en a une demi-douzaine qui bavent, et deux ou trois qui font pire. Pendant ce temps, voyez s’instaurer, dans les rues, dans les magasins, dans les bus et métros, le règne absolu de la poussette.

 

 

Et pas la petite poussette, discrète comme une trottinette qu’on suspend à l’épaule le temps d’une emplette. Non : la poussette agressive comme un char d’assaut, la poussette qui n’a pas besoin, sur fond blanc, d’une grande croix sanguinolente sur ses flancs pour impressionner et faire taire toute la compagnie, et qui, dans un espace de bus calculé au millimètre, occupe victorieusement tout le terrain, impose ses dimensions redoutables par sa seule présence. Ah, elle est bien finie, l’époque du Petit Poucet. Place à la Grosse Poussette ! Mes excuses, je me laisse aller à la facilité. 

 

 

A se demander si les femmes, sous nos climats, ne font pas tant d’enfants dans le but exclusif d’exercer le pouvoir. Vous avez vu, dans les rues, le nombre effrayant de gros ventres ? Pas un grand pouvoir, certes. Disons, un simple pouvoir de petite nuisance qui s’exerce dans l’espace public. Soyez franches, mesdames : quand vous êtes en cloque, n’y a-t-il aucun pressentiment des droits que vous aurez conquis sitôt que vous aurez retrouvé le ventre plat (dans le plus optimiste des cas) ? Car il faut s’en convaincre : un gros ventre croisé dans la rue aujourd’hui, c'est une poussette dans le bus demain. SARKOZY lui-même y travaille.

 

 

Et je ne vous décris pas le tableau quand un fauteuil roulant entre dans la danse, de préférence aux heures de pointe, sinon ça ne ferait pas rire. Rien de plus désopilant et féroce que cette concurrence sans merci entre l’infirme sûr de ses droits et la mère conquérante. Ben aussi, il faut les comprendre : chacun veille au mieux à ses intérêts, au prorata de son handicap. Le plus mal loti dans l’affaire, c’est encore le vieillard, face au risque d’écrasement auquel il est confronté. Il n’est pas de taille à lutter contre une poussette et un fauteuil ligués à l’occasion pour l’occupation de l’espace. Il n’a plus qu’à se rabougrir sur son siège, encore heureux s’il est assis.

 

 

Cette bataille des faibles pour la prééminence peut bien tourner à l’avantage de l’un ou de l’autre des adversaires, je sais bien, quant à moi, qui perd : le bête adulte valide, contraint de se faire petit, de se réfugier dans les coins, de s’entasser contre ses « semblables en infortune », en essayant de garder ses orteils à peu près en état de marche. L’adulte valide, il a presque honte d’être à la fois adulte et valide. Mais faut-il être assez bête pour cumuler ainsi les handicaps ? Peut-être même qu’il regrette de ne pas avoir même une béquille à brandir.

 

 

Et qui sait ? Une béquille fièrement arborée ne serait-elle pas un moyen de se faire enfin une place, oh, pas une bien grande, un tout petit espace, grâce à une minuscule intimidation ? Si cette hypothèse donne des idées à quelqu’un, merci toutefois de ne pas en abuser. Vous imaginez bien que le subterfuge serait vite découvert en cas de prolifération de béquilles dans les espaces publics. Ce serait aussi gros qu'une épidémie de Ventoline dans les rangs du Peloton du Tour de France. Ce qu'à Dieu ne plaise !!!

 

 

Même chose pour la canne blanche, dont on m’a dit qu’elle produit les meilleurs effets. Encore que, pour faire un aveugle crédible, il faille un véritable entraînement, si possible conduit par le PHILIPPE LUCAS de LAURE MANAUDOU, pas parce que son élément est liquide, mais parce qu’il sait ce qu’entraîner veut dire. Voyez la nageuse, elle n’a jamais été aussi belle que sous la férule et la houlette de son entraîneur. On voit que ça lui a réussi, la férule et la houlette de l'homme !

 

 

Nous avons laissé le polichinelle dans sa poussette. Lui, royal, tranquille comme Baptiste, il a une vue imprenable sur les plis au genou des pantalons et les mollets féminins, parfois un attaché-case (ou autre bagage authentique ou supposé) : ça le dégoûte vaguement, parce qu’il ignore encore son propre avenir. De trois choses l’une : soit il gazouille, soit il vocifère, soit il dort. Imaginons-le dans la troisième, et laissons-le à sa sieste.

 

 

A suivre …

 

 

 

 

 

 

 

vendredi, 28 octobre 2011

L'ENFANT ÜBER ALLES (1)

EPISODE 1 : la caisse du supermarché

 

 

Cette chronique n’abordant que les sujets les plus graves et les plus vastes, nous parlerons aujourd’hui de l’enfant (cette phrase se veut un petit hommage au grand ALEXANDRE VIALATTE). Et s’agissant de l’enfant, chacun conviendra qu’il n’y a rien de mieux que la caisse de supermarché pour l’observer « en action », dans la mission que lui a confiée le commerce industriel : vaincre la résistance de la ménagère, en général sa propre mère, ce qui en fait d'emblée un traître en puissance.    

 

 

Car si l’espace du supermarché, en soi, dévoile l’intention stratégique de son organisation (« coco, tu te débrouilles comme tu veux, mais à l’arrivée à la caisse, je veux que la longueur de la liste rédigée chez elle, sur un bout de papier et un coin de table, ait au moins triplé ! »), la caisse en est le couronnement. Cette cerise est bien vissée sur ce gâteau.

 

 

Vous savez sûrement que tout « bon musulman » doit impérativement accomplir au moins une fois dans sa vie le « hadj » (pèlerinage à La Mecque, dont le coût actuel, dans le bas de la fourchette haute, se monte à environ 5.000 euros par personne, je le sais de première main, c'est KHALED qui me l'a dit).

 

 

Le « hadj » du consommateur, c’est moins cher, mais c’est toutes les semaines, si possible le même jour de la semaine, pour garder les points de fidélité, de repère et de comparaison, et si possible le samedi matin, pour bien se souvenir que les autres ont une existence concrète, principalement au moment de faire la queue à la caisse. Ce voyage dans la Mecque de la consommation permet de révéler, à travers une petite scène du quotidien, le plus élaboré de tous les protocoles du commerce industriel, le plus prévisible, mais aux péripéties concrètes indéfiniment renouvelées : l’arrivée de la petite famille à la caisse.

 

 

Car la caisse est le piège, le cul-de-sac, la nasse, l’impasse, comme sont tous les péages. Arrêt obligatoire et patience vivement conseillée. Il faut l’avoir vue se dérouler, la scène : la maman (en général, c’est elle, mais on voit parfois un papa) pousse le chariot, qu’elle vide sur le tapis de caisse, après l’avoir rempli et avant de le remplir à nouveau pour le vider dans le coffre de la voiture (on ne s’en lasse pas, que ça devrait être considéré comme un loisir), et ce n’est pas fini. On ne le dit pas assez : le consommateur-en-supermarché est un manutentionnaire qui, non seulement travaille pour les beaux yeux de la princesse, mais en plus qui achète le droit de travailler.

 

 

Maintenant, mettez un gamin dans le siège du chariot (tout est prévu). Le gamin, son métier, c’est de regarder autour de lui. Et qu’est-ce qu’il voit, posé devant ses yeux, à portée de sa charmante et innocente  menotte potelée quand le chariot arrive à la caisse ? Evidemment bien sûr : LE TEST. Grandeur nature. Juste à la bonne hauteur. Bien en évidence dans des présentoirs avenants.

 

 

Donc des boîtes d’épinards ou de fayots, ça ne risque pas. Rien que des saloperies délicieuses, ou bien des cochonneries sucrées, ou alors des pacotilles suaves, et même des camelotes exquises, bref, des merdailles au goût délectable. Rien que des trucs défendus par le coran (euh non, aux dernières nouvelles, je me trompe ; sûrement un oubli du prophète, ce qui prouve d’ailleurs l'amateurisme de ceux qui se fient à lui). Rien que des trucs défendus par le docteur – mais celui-là je l’aime pas parce qu’il fait les piqûres.

 

 

Rien que des trucs défendus par papa et maman quand on les a pas encore trop épuisés, mais on va les avoir à l’usure, on n’est qu’au début de l’échauffement, ils vont voir à qui ils ont à faire.  « Rien que des trucs défendus », on a compris que ça veut dire : « Rien que des trucs éminemment désirables ». Dans « désirables », comprenez : « A saisir coûte que coûte ».

 

 

Poussant son chariot, la femme sait. Depuis l’entrée du magasin, elle tremble, car elle sait ce qui l’attend. Elle sait que le magasin « l’attend à la sortie », comme on dit. Autant dire qu’elle s’approche à regret de ce moment inéluctable de la corvée, de cette épreuve terrible et décisive pour les nerfs et l’autorité. Elle se prépare à résister : aujourd’hui je ne céderai pas, je ne céderai pas, je ne céderai pas.

 

 

Elle doit donc s’armer de fermeté pour résister à la coalition conclue entre son angelot et le magasin. Mais certains loupiots, même tout seuls, ils ont un pouvoir terrifiant. Il y en a qui ont un coffre, on ne se douterait pas à les voir. Le chérubin, quand il vient au supermarché, il vient armé. Et son arme, presque imparable, quand la mère affiche fermement sa décision de fermeté, c’est le DECIBEL.

 

 

Ça n’a l’air de rien, un décibel, comme ça, quand il est tout seul. « Quand il y en a un, ça va. C’est quand il y en a beaucoup que ça ne va plus. » Je cite monsieur BRICE HORTEFEUX, un homme très bien, malgré qu’il ait le teint rouge. Le décibel isolé, il a tellement peu de poids, autant dire qu’il n’existe pas. Mais attention, quand il vole en escadrille, c’est l’arme fatale. Et certains mioches ont un pont d’envol  particulièrement large, et ils arrivent à faire décoller cent ou cent dix décibels en même temps. Pas le seuil de douleur, mais pas loin.

 

 

J’en ai vu un, une fois, on l’aurait mesuré, je suis sûr qu’il était à cent douze ou cent seize. Virgule cinq. Essayez, pour voir : insoutenable. Le truc imparable du bourreau qui a derrière lui deux siècles d’expérience. Le blondinet qui découvre la puissance dévastatrice de son missile sonore embarqué, cette arme de destruction massive, il peut tout demander, ou presque. Il met la machine en route et, après un galop d’échauffement, envoie le projectile. Si le parent tient bon, c’est soit qu’il est héroïque, soit qu’il est un robot, soit qu’il est sourd. Disons-le, la plupart du temps, c’est la victoire en rase campagne, avant même qu’il ait envoyé ses mégatonnes.  

 

 

Mais il faut le comprendre, le lardon. Il sait que le magasin est de son côté. Il le lui a assez répété à la télévision : « Je suis ton ami, mon petit. Je fais tout pour te rendre heureux. Pas comme ces égoïstes de parents qui n’ont qu’une idée en tête : te restreindre, t’imposer des limites. Regarde toutes ces bonnes choses. Vas-y à fond, tu verras, c’est nous, toi et moi, qui sommes les plus forts ». Le merdeux, il n’aime pas ça, les limites. Pourquoi ça, des limites ? Ce qu’il déteste dans ses parents, ce sont les limites qu'ils lui imposent.

 

 

Alors, se dit le mouflet, toutes ces petites boîtes colorées, ces petits sachets amicaux, « toutes ces délicieuses petites choses en vente dans cette salle » (c’est ce qu’on entendait à l’entracte au cinéma, à l’époque des « bonbons, glaçons, chocolats » vendus par les accortes ouvreuses), toutes ces promesses de délices, tout ça, c’est exclusivement pour lui que c’est fabriqué.

 

 

On a compris que la bataille qui se présente est foncièrement inégale. La mère part battue d’avance. C’est vrai que le moutard n’a pas toujours le dessus, pour finir. Mais en général, c’est le chiard qui gagne, que dis-je, qui triomphe, et il n’a jamais le triomphe modeste. La preuve, c’est que les présentoirs sont toujours là.

 

 

Maintenant que j’ai vu la scène (dans les manuels de polémologie, on appelle ça une « guerre-éclair »), je peux ranger le carnet, replier l’observatoire, remballer les cannes à pêche, placer la sangle de ma musette sur l’épaule avec les poissons dedans. Je me lève pesamment, je m’ébroue et m’achemine vers la sortie. Je suis content. Je suis venu. J’ai vu. J’ai vu qui a vaincu.  Pas  César, mais presque.

 

 

Moralité de l’histoire : pour venir à bout de la ménagère aventurée sur le terrain hostile de la grande consommation, il n’y a pas d’arme plus efficace que le sale gosse envoyé en mission. Un suspense comme dans Les Infiltrés.

 

 

A suivre ...


dimanche, 23 octobre 2011

MUSIQUE, PEINTURE ET SALMIGONDIS

Regardez en peinture, comment ça se passe : il y a longtemps, c’était du temps de la Galerie K (quai de Bondy, non loin de la salle Molière) et de COLETTE KOWALSKI, veuve du poète lyonnais ROGER KOWALSKI, mort trop tôt, je m’étais permis de faire remarquer à REGIS BERNARD (qui avait repris l’atelier de HENRI VIEILLY, place Antonin-Poncet, il me semble) que sa peinture me faisait tout à fait penser à celle de GIORGIO MORANDI. Dans mon esprit, c’était plutôt flatteur, car MORANDI est un tout grand artiste. Il n’avait pas donné l’impression d’être démesurément flatté de ma remarque. Et pourtant, REGIS BERNARD est un vrai bon peintre.

 

 

Cela montre peut-être combien est grande, sur l’artiste (poète, musicien, peintre), la pression d’une exigence : apporter du nouveau, en particulier un « style » qui devienne sa « patte » reconnaissable et irréfutable. Qui n’appartienne qu’à lui. Une condition sine qua non. Faire ce que personne avant lui n’a  fait. D’une manière qui ne fut celle de nul autre avant lui. Mathématiquement impossible : vous imaginez sept milliards d’artistes, tous individués de manière nette et sans bavure ?

 

 

Drôle d’exigence quand même, et dans un drôle de monde. C’est vrai quoi, pendant des millénaires, le nouveau a fait peur, et pour une raison bien simple : ce qui est nouveau est inconnu, et ce qui est inconnu est dangereux, et c’est dangereux, parce que ça risque d’ébranler l’ordre établi, le mode de vie, les points de repère, que sais-je ? De tout foutre en l’air, si ça se trouve.

 

 

Nous, on est des drôles d’animaux, par exemple. Même pas peur ! Pas peur du nouveau. C’est même le contraire : on guette, on est à l’affût. On est malades d’innovation. Besoin d’inscrire son nom dans la déjà interminable liste des innovateurs. Tiens, c’était quoi, le nom de cet « artiste », et en quelle année c’était, qui avait rempli un camion-benne de balles de ping-pong, qui avait été amené en marche arrière au sommet de la Montée de la Grand’Côte ? Le chauffeur avait actionné la benne. L’ « artiste » avait ouvert le battant arrière, et contemplé en riant et battant des mains les milliers de petites baballes débaroulant jusqu’à la place des Terreaux, tout au moins jusqu'au local de la secte scientologique.

 

 

Mais au moins, ce geste dérisoire a la gentillesse amusante de l’enfantillage. Et ça n’a pas la prétention hargneuse et hautaine de certains qui se disent « hartistes » (avec « h » violemment aspiré). Je pense à ce niais prétentieux qui avait cru intéressant de suspendre au plafond, en un quadrilatère régulier de 10 sur 10, une centaine de traversins de couleur écrue au bas de chacun desquels il avait inscrit au feutre noir le prénom de la fille supposée y avoir une nuit posé sa tête.

 

 

C'est quoi, ce monsieur ? Ni la vigueur, ni le savoir-faire pour donner aux dames l'envie de s'attarder plus d'une nuit sur son oreiller ? Eh bien je le dis : JE LE PLAINS. En plus, cette exposition de l'intimité a quelque chose de prétentieux dans l'indécence, ou d'indécent dans la prétention. Il y a certes plus prétentieux. Cela se passait hélas au Centre d’Arts Plastiques de Saint-Fons, dirigé par l’excellent JEAN-CLAUDE GUILLAUMON. Lequel m’avait fait l’amitié trop généreuse de m’inviter à y intervenir en 1988, moi qui n’y avais guère de titres. J'avais platement lu mon Manifeste de Babelthérapie. Je n'ai aucun sens de la mise en scène.

 

 

Je ne partirai pas en guerre contre les moulins à vent de l’art contemporain qui se prennent pour des géants attendant en vain leur Don Quichotte pour en acquérir un petit lustre. Cela ferait trop plaisir à DANIEL BUREN, fossilisé avant  d’être mort dans les innombrables strates marneuses de ses milliers de bandes alternées de 8,7 centimètres de largeur. On en retrouvera les traces dans quelques milliers d’années, et les paléontologues interloqués se gratteront le crâne devant ces étranges manifestations de rituels religieux : à quoi de même pas intelligent, mais simplement sensé auraient bien pu se référer des éléments aussi secs, malhabiles et rudimentaires, qui avaient tout d’un académisme  bégayant et guindé ? 

 

 

Je ne partirai pas en guerre contre BERTRAND LAVIER, qui « interroge les rapports de l’art et du quotidien », et qui modifie et hybride, au sein même du musée, « des objets de la vie courante, de façon à ce que leur statut même s’en trouve mis en question » (wikipédia). Je lui laisse ses porte-manteaux et autres accessoires accrochés en biais, en diagonale ou de guingois.

 

 

Je me garderai de partir en guerre contre les carreaux blancs de JEAN-PIERRE RAYNAUD, qui transforme tout en décor de salle de bains, dont  une « stèle pour les droits de l’homme », à Barcelone (ne pas oublier les joints noirs comme constitutifs de l’œuvre d’art). Je ne m’en prendrai pas davantage à la maison qu’il a mis plus de 20 ans à édifier pour des « études spatiales », et qu’il a décidé de détruire et de réduire en morceaux, pour vendre ceux-ci empilés dans de très gros pots de fleurs. 

 

 

Ne me parlez pas non plus de CLAUDE VIALLAT, immortel inventeur du quadrilatère flasque, forme qu’il a déclinée sur toutes sortes de supports textiles et dans toutes sortes de couleurs (des « toiles non tendues », s’il vous plaît), et dont il a défiguré l’église Notre-Dame des Sablons à Aigues-Mortes en en faisant le motif des vitraux.

 

 

Remarquez, tout le monde s’extasie devant le champion du monde du NOIR, PIERRE SOULAGES, mais regardez l’effet visuel que donnent maintenant les vitraux de la fabuleuse église de Conques (avec son tympan du jugement dernier à se relever la nuit du dernier jour). Vu de l’extérieur, un effet d’acier mat, vu de l’intérieur, des diagonales relativement incompréhensibles.

 

 

Ce qui fait qu'on supporte qu'ERIK DIETMAN fasse partie de la bande des truqueurs, c’est une sorte de jubilation noire et ricanante. Ma foi, pourquoi pas ? Mais le tableau de CHRISTIAN ZEIMERT « Le monde riant » est juste fait pour s’esclaffer (hi hi, PIET MONDRIAN (1872-1944), la bonne blague). ORLAN, la masochiste, a transféré très tôt son atelier dans un bloc opératoire, ce dont on voit les effets sur son propre corps. Elle est très fière des « cornes » qu’elle s’est fait greffer par un chirurgien, et ce n’est pas sa farce du « Baiser de l’artiste » qui peut sanctifier le naufrage (le slogan « Ceci est mon corps », était déjà pris).

 

 

Au fond, ce qui me donne la nausée, dans une bonne partie de l’art contemporain, c’est que ceux qu’on appelle par abus de langage des « artistes » se sont fait un nom sur UNE SEULE idée, qui devient leur marque de fabrique, qu’ils rentabilisent à tout va, et qu’ils déclinent ensuite de toutes les façons de formes, de couleurs, de lieux, de conditions temporelles possibles et imaginables : CESAR et ses compressions, ANDY WARHOL et ses multiples, etc. 

 

 

Cette unique idée, elle devient explication et synthèse du monde, « cymbalum mundi », système philosophique, grille de lecture pour les grands mystères de l'humanité. Elle est érigée en DOGME. Les prêtres de leur Eglise le proclament. Les fidèles s'inclinent et s'agenouillent pour communier, et se mettent àat ventre pour leur baiser les orteils. .

 

 

Vraiment, peut-on dire que KEITH HARING ou ROBERT COMBAS ont développé un « style » ? Non : ils ont créé du « visuel ». C'est de la PUBLICITÉ. C’est de l’image de marque, et rien d’autre. Peut-on dire que BEN (VAUTIER) possède un style, avec ses formules à la noix qu’il a vendues contre monnaie sonnante à la marque Clairefontaine, et qui « habillent » à qui mieux-mieux les cartables et agendas des collégiens et lycéens ?

 

 

J’ai vu il y a fort longtemps une « installation » de JEAN CLAREBOUDT à la maison de la Condition des Soies : que voulez-vous, les bras m’en tombent. Même chose pour cette « performance », vue au Centre d’Arts Plastiques de Saint-Fons, je ne sais plus quand, où une femme parcourait un quadrilatère en versant du sable en quatre petits tas, pendant qu’un collègue équipé pour l’escalade parcourait un mur lui-même équipé pour ça, et qu’un troisième larron poussait à intervalles réguliers de petits cris, assis dans une baignoire suspendue au plafond dont il s’échappait par la bonde un liquide jaunasse comme  de l’urine. Y a-t-il quelque chose à ajouter à ce petit descriptif neutre et objectif ?

 

 

Mon but n’est évidemment pas de faire l’inventaire de toutes les colifichets que des camelots d’art ont cru de leur devoir d’encombrer la réalité existante. Ce serait plutôt de glisser une remarque dans l’oreille des « artistes expérimentaux ». Monsieur DANIEL DEZEUZE, reconnaissez que vous vous êtes livré à un bon gros FOUTAGE DE GUEULE, avec votre « Echelle en bois souple déroulée au sol ». Monsieur ROBERT MALAVAL, avouez le MENSONGE moral que constitue  votre « Germination d’un fauteuil Louis XV » (d’ailleurs vieux comme L’Enigme d’Isidore Ducasse. Empaquetage, de MAN RAY (1920), ou le Couvert en fourrure, de MERET OPPENHEIM (1936)).

 

 

Tout le monde a en mémoire les spectaculaires empaquetages de CHRISTO. Mais quand il a empaqueté le Pont Neuf et le Reichstag, qui a dit qu’il a purement et simplement piqué l’idée, en l’amplifiant, à MAN RAY qui, lui (en 1920, s’il vous plaît !), rendait hommage aux Chants de Maldoror, de LAUTREAMONT (« beau comme la rencontre fortuite d’une machine à coudre et d’un parapluie sur une table à dissection »), ce qui avait tout de même un peu plus de gueule, quoi qu’il faille penser de son paquet ficelé ?

 

 

Trop de démarches « artistiques » modernes sentent la rentabilisation effrénée d’idées toujours déjà précédentes, la recherche de notoriété et de fric, dont ANDY WARHOL est la caricature paroxystique. Ou alors tout simplement, ça sent le manque d’inspiration. « Qu’est ce que je pourrais trouver, qui n’ait jamais été fait ? Une idée qui marche ? » Surtout « qui marche ». Et si tous les fabricateurs d'oeuvres et les imposteurs d'art ne souffraient pas, tout bien considéré, de radicale pauvreté, de totale absence d'inspiration ?

 

 

Mais heureusement, il reste de la vie dans le désert de l’art contemporain.

 

 

Parlez-moi du travail de BERNARD RÉQUICHOT, alors là, moi, je marche à fond. C’est tout ce que vous voulez, ces traits qui s’enroulent sur le papier, qui s’entrelacent, se recouvrent, se développent comme des tentacules ou des pseudopodes, qui me font penser aux monstres qui naissent sous la plume de FRANQUIN (oui, le même que celui de Gaston Lagaffe). Quelque chose de complètement allumé, certainement, et de vaguement inquiétant, j’en suis d’accord. Mais tout à fait fascinant. Quoi, c’est confidentiel ! Bien sûr que c'est confidentiel !

 

 

Mais c’est justement pour ça que c’est intéressant, BERNARD RÉQUICHOT. Pourquoi ? Parce qu’on sait tout de suite qu’on a à faire à un INDIVIDU, et non pas à un marchand ou à un clone. C’est un vrai problème : comment se distinguer de la masse, c’est-à-dire comment devenir ou rester un INDIVIDU, quand il y en a six milliards d’autres aussi légitimes à y prétendre ? Et comment le faire sans user de « trucs » et procédés dont la seule vertu est de frapper à l’estomac ? Le seul moyen, c’est de rester dans son coin à cultiver son lopin, comme BERNARD RÉQUICHOT.  

 

 

Mais du coup, qui connaît BERNARD RÉQUICHOT ?

 

 

A suivre, avec un vrai peintre, cette fois, promis.

 

 

mardi, 18 octobre 2011

MORTELLE TELEVISION

Il y a eu l’amiante, il y a eu le sang contaminé, il y a eu l’hormone de croissance, il y a eu le Mediator et son papy SERVIER, il y a eu le nuage de Tchernobyl qui s'est arrêté à la frontière. Et les pouvoirs publics ont fini par consentir à imposer un avertissement « Fumer tue » sur les paquets de cigarettes.

 

 

Eh bien voici une nouvelle preuve des effets mortifères de notre si belle  civilisation industrielle, du mortifère qu’on commence à regarder seulement quand les cimetières sont déjà bien remplis des victimes. Cette preuve, on n’en croit pas ses yeux, c’est la TELEVISION.

 

 

 

UNE EXPERIENCE CRUELLE MAIS JUSTE

 

 

Figurez-vous une petite ville du Canada (on ne dit pas le nom, si ce n’est, pour la commodité de l’expérience, le nom limpide de « Notel ») privée de télévision, faute d’émetteur desservant la vallée. Ça se passe en Colombie britannique, oui là, juste sur le Pacifique. Quand l’annonce est faite que, dans un an, la ville sera raccordée au réseau, il faut l’idée assez baroque d’une universitaire qui se débrouille pour monter une expérience de psychologie sociale à grande échelle : on prend deux villes témoins déjà desservies, de dimension et structure démographique comparables, et on s’installe dans la ville à analyser pour trois ans, un an avant la télé, deux ans après.

 

 

On observe une multitude de paramètres : taux de violence, capacités cognitives des enfants (et des adultes), niveau scolaire, fréquentation des lieux de socialisation, nature des loisirs pratiqués, etc. Pendant l’année qui précède la télévision à Notel, tous les paramètres sont consciencieusement relevés, archivés, classés, répertoriés. Même chose pendant les deux années qui suivent la télévision : ça laisse le temps aux choses d’évoluer et aux observateurs de dessiner des graphiques.

 

 

Résultats ? Incontestables. Les agressions verbales à l’école ont doublé. Les bagarres en général ont triplé. L’aisance de lecture a régressé. La créativité des enfants a chuté. Ils sont devenus moins capables d’utiliser les objets de la vie courante. Adolescents et préadolescents ont une perception plus stéréotypée du sexe opposé. Ils se représentent les couches sociales de façon plus hiérarchisée. La participation à des activités associatives est divisée par deux. La pratique sportive a baissé de 25 % chez les enfants et de 40 % chez les adultes. La voilà enfin, la démonstration qu’on attendait !

 

 

Comme on dit dans les téléphones portables : « Ça calme ! ». Et l'autre répond : « C'est clair ! ».

 

 

Il faudra élever une statue à la bienfaitrice de l’humanité qui a eu l’idée de cette étude et l’a menée à bien, sur les méfaits d’un objet qui n’a jamais franchi le seuil de mon domicile et qui n’est pas près d’y entrer : madame TANNIS MACBETH WILLIAMS.

 

 

UN AVIS TRANCHÉ MAIS ARGUMENTÉ

 

 

Personnellement, si je rejette formellement et absolument la télévision, ce n’est pas tellement à cause de la nullité des programmes : on trouve dans ceux-ci de bonnes choses, voire des choses excellentes, mais, il faut bien le dire, à côté d’une telle masse de sottise (au singulier) et de sottises (au pluriel) qu’on voit forcément de quel côté le plateau de la balance penche violemment.

 

 

Mais même face à d’excellents programmes, je me pose la question suivante : que m’apporte le vecteur télévision que ne m’apportent pas d’autres sources documentaires ? Qu’est-ce qu’elle a de plus ? L’image ? Et alors ? Depuis le slogan de Paris-Match « Le poids des mots, le choc des photos », on sait que l’image s’adresse à l’émotion, pas à la compréhension. Voilà, la nature de la télévision est EMOTIVE. Et je n’aime pas qu’on me la fasse « à l’estomac ».

 

 

Autre chose : on sait que l’iceberg ne laisse émerger qu’environ un dixième de sa hauteur totale. La télévision, c’est le principe de l’iceberg, mais à la puissance 10. Et c’est soigneusement passé sous silence par toute la profession : ce qu’on voit sur l’écran, ce n’est que le bi du bout d’une énorme chaîne de production de ce rectangle coloré qui aboutit devant vos yeux.

 

 

Sur le portail de cette usine, défilent les images les unes après les autres, mais derrière, il y a tout ce qu’on ne voit pas, les centaines et les milliers de gens qui oeuvrent pour qu’en bout de course, le défilé des images continue inexorablement. C’est cet effacement magique de son propre mode de production qui me répugne profondément.

 

 

Encore un point : ce qui me répugne dans le fait de regarder la télévision, c’est le fait de regarder. Je m’explique : quand je lis un livre ou un journal, je ne fais pas que regarder. Devant la télévision, je me transforme en récepteur, face à un récepteur. Drôle, non ? Face à l’écran, je me réduis à un simple réceptacle, entièrement passif. C’est comme une séance de massage, où je me remets entièrement (et confortablement) entre les mains de la masseuse. Face à l’écran, je confie ma personne, je m’efface, j’abdique, je démissionne, je me désiste. Quelque chose qui me concerne, qui me rentre dans l’esprit, est laissé entièrement à l’initiative d’un étranger. Ben je dis non.

 

 

Dernière chose que je veux dire (je ne tiens pas à assommer le pauvre monde) : allumer le poste, à quelque moment que ce soit de la journée, c'est manifester une envie de paresse, un désir de ne rien faire, que c'en est épastrouillant. Mais c'est une envie de paresse hypocrite, une qui ne dit pas son nom : on veut avoir l'impression de ne pas (trop) perdre son temps. Mais moi, je le dis : quand on allume la télé, l'esprit se met en vacances. Il dit : « RIDEAU ».

 

 

QUELQUES ETUDES SCIENTIFIQUES MAIS EFFRAYANTES

 

 

Donc, j’en suis là, quand je tombe sur ce dossier du Monde, dans un supplément du samedi. STEPHANE FOUCART fait une jolie synthèse des études sur les effets délétères de la télévision, en particulier de plusieurs études épidémiologiques. « Epidémiologie : branche de la médecine qui étudie les différents facteurs intervenant dans l’apparition et l’évolution des maladies, que ces facteurs dépendent de l’individu ou du milieu qui l’entoure. » Ces études se caractérisent par la production de statistiques souvent éclairantes.

 

 

Voyons l’Australie : « en 2008, les 9,8 milliards d’heures de télévision absorbées par les Australiens auraient ainsi réduit de 21,6 mois l’espérance de vie des hommes ». Tel que ! « Chaque heure passée devant la télévision après l’âge de 25 ans amputerait l’espérance de vie moyenne de 21,8 minutes. » Vous ne vouliez pas le croire ! « Les personnes soumises à deux heures de télévision quotidienne ont un risque de développer un diabète de type 2 accru de 20 % (…). » Quand je vous le disais ! « Chaque heure de télévision entre 40 et 59 ans augmente de 30 % la probabilité de développer la maladie d’Alzheimer. » Bon, j’arrête le bombardement.

 

 

Alors évidemment, il y a fort à parier que ces effets (très scientifiquement établis, abondamment vérifiés et désormais publiés) ne sont pas DIRECTS, mais induits par le mode de vie ainsi adopté (nourriture, sédentarité, etc.). C’est très probable. Mais les faits sont là : la télévision constitue une forme de civilisation avec tout ce que ça comporte, maladies induites comprises. Et ce n’est pas joli-joli.

 

 

Le plus impressionnant reste l’effet sur les enfants. Une expérience a été  faite avec soixante enfants de quatre ans. Les vingt premiers ont visionné un dessin animé « au rythme endiablé » pendant neuf minutes. Les vingt suivants ont regardé neuf minutes d’un programme éducatif. Les vingt derniers ont dessiné pendant ce temps-là. Le verdict est sans appel : aux tests, le dessin animé a des effets dévastateurs sur la concentration, l’adresse, la logique, etc.  

 

 

Conclusion de DIMITRI CHRISTAKIS : « Regarder la télévision avant l’âge de 2 ans est associé à des retards de langage, à des retards cognitifs et, plus tard dans la vie, à des résultats scolaires plus faibles et des troubles de l’attention, avec un temps de concentration réduit ». Il ajoute cette chose terrible : « Les expériences qui surviennent très tôt dans la vie contribuent à construire l’architecture cérébrale qui, elle, est faite pour durer ». Avis à tous ceux qui se servent de la télévision comme d’une nounou.

 

 

Dernier point à propos des enfants. Je regrette de ne pouvoir insérer des photos dans mon blog (c’est d’ailleurs un mystère), car la journaliste publie deux « comic strips » dessinées par deux fois cinq enfants de cinq à six ans : ceux qui ont regardé la télévision moins d’une heure par jour ont des dessins drôles, riches, subtils, dynamiques. Quant à ceux qui ont une dose de plus de trois heures de télévision par jour, c’est effrayant : les membres des personnages sont de simples bâtonnets, les têtes et les ventres des ronds primaires. Les dessins sont rudimentaires, pauvres, sommaires, schématiques. Affreux.

 

 

Je vous passe le commentaire de MICHEL DESMURGET, de l’ I.N.S.E.R.M., auteur de TV Lobotomie, Max Milo éditeur. Il confirme tous les points soulevés par les études, et souligne la convergence des analyses scientifiques : « Le consensus sur ce point dans la communauté scientifique est inversement proportionnel à l’absence de consensus présentée dans les médias grand public ».

 

 

On ne pourra pas dire qu’on n’était pas prévenus.

 

 

Comment, vous ne l'avez pas encore flanquée à la poubelle ? C'est bien la peine de se donner du mal. Et bien du mal de se donner la peine.

 

 

 

 

 

 

 

dimanche, 16 octobre 2011

"GENRE" ET BOURRE ET RATATOUILLE (2)

Je voudrais par ailleurs qu’on m’explique ce que le « genre » apporte de nouveau, et que l’humanité ignorait scandaleusement depuis toujours. Selon moi, il n’apporte RIEN qu’on ne sût déjà, d’un savoir dûment répertorié. Alors comme ça, tous ces gens empressés autour du « genre » découvrent stupéfaits qu’il faut vingt ans de socialisation pour rendre un humain assez autonome pour se prendre en charge.

 

 

Ils découvrent ahuris que le petit d’homme débarque dans une culture toute faite, dans une langue toute faite, et qu’il va passer 7300 jours (= 20 ans, sans compter les 29 février, réservés à La Bougie du Sapeur) à emmagasiner, à acquérir, à APPRENDRE. Quand je suis né, je n’avais pas demandé à apprendre le français. Et pourquoi pas l'ourdou, le tchouvache ou le khabardino-balkare ? Eh bien tenez-vous bien, j’ai été obligé ! Parfaitement ! C’est intolérable ! C’est fasciste ! Après tout, la langue aussi, c’est une « construction culturelle » ! La langue ? Une réserve inépuisable d’arbitraire. Pourquoi dit-on « table » pour exprimer une table, après tout ?

 

 

Je n’ai pas demandé non plus à marcher. Eh bien c’est pareil, on m’a forcé. Pourtant marcher, c’est encore une « construction culturelle » ! Après tout, on pourrait ramper, retourner à quatre pattes, non ? Il s’est passé la même saloperie pour « travailler », « écrire », « s’habiller », « manger » et un tas d’autres trucs : rien que des « constructions culturelles » ! Tout ça qu’on inculque (les « valeurs », les « manières » et tout ça), sans même demander l’avis du petit, franchement, vous voulez que je vous dise : c’est abuser. Ma parole, mais c’est le règne de l’arbitraire !

 

 

Alors tous ces gens, puisque ça les amuse de « déconstruire » les faits culturels, mais qu’ils y aillent carrément ! Pourquoi se limiter au sexuel ? J’ai parlé de la langue, mais tout est susceptible « d’y passer », à la casserole « déconstructionniste ». Oui, au fait, je ne l’ai pas dit : cela s’appelle « déconstruire ». D’ailleurs un des rares trucs que la France ait exportés aux Etats-Unis, en dehors de son « patrimoine immatériel de l’humanité », qui est la gastronomie, c’est le « déconstructionnisme » inventé par JACQUES DERRIDA et MICHEL FOUCAULT. Avouez que ce n’est pas de veine.

 

 

En gros, « déconstruire », ça consiste à couper les cheveux culturels en quatre, et si possible davantage. Il n’y a pas de limite au « déconstructionnisme ». Pour faire simple, on analyse les faits, les valeurs dont nous sommes faits, l’histoire dont nous sommes le résultat, et l’on s’efforce de démontrer « scientifiquement » que tout ce qui nous constitue est le résultat d’un conditionnement arbitraire, donc scandaleux. Dans le fond, nous aurions pu être tout à fait autres que ce que nous sommes si les choses avaient tourné autrement pour nous. C Q. F. D. (on ne peut qu’abonder à tant d’évidence). Si vous ne saviez pas ce qu’est un « truisme », en voilà un beau.

 

 

Car des « constructions culturelles », on en prend plein la figure et on en rend autant tous les jours comme s’il en pleuvait. On est encerclé, on baigne dedans, on en fabrique à tout moment de la journée. Et je me dis que s’il faut « déconstruire » tout ça, on n’a pas fini. Autant s’y mettre dès la naissance. Ah ! On me dit que ce n’est pas possible, qu’il faut attendre que quelque chose soit construit. Pas de chance !

 

 

Bon, je sais bien que les sectateurs sectaires du « genre » focalisent leur attention sur le sexuel. On ne sait jamais, l’obsession n’est pas loin. D’une manière générale, ils regardent, pour les « déconstruire », les codes sociaux. Pourquoi pas ? Mais ça ne change rien à la question de base : pourquoi vivons-nous comme nous vivons, et pas autrement ? Ni aux questions suivantes : pourquoi la société impose-t-elle ses conditionnements de façon autoritaire et stéréotypée ? Et pourquoi les jouets des filles sont-ils des poupées ? Et pourquoi les hommes ne s’habillent-ils pas en robe ?

 

 

Bon, un « code social », qu’est-ce que c’est ? Pour faire simple, c’est renoncer à flanquer ta main dans la figure du type dont la gueule ne te revient pas. Au final, c’est ce qui permet aux gens de ne pas s’entretuer. Et même, soyons fou, de rendre possible, voire agréable, la cohabitation avec des gens qu’on n’aime pas, ou du moins des gens qu’on n’a pas choisis. Au total, ça fait une somme astronomique. Mais ce n’est pas vraiment à ça que s’en prennent les furieux du « genre ».

 

 

Car ce qu’ils ont dans le collimateur, c’est situé plus profond. Ils dénoncent la façon même dont madame Lasociété (c'est la mère maquerelle du bordel ambiant)  façonne les gens à l’intérieur, leur impose une identité qui n’est pas la leur, les empêche d’ « être eux-mêmes ». « Deviens ce que tu es », c’était une publicité Lacoste. Pour tout dire, on conditionne les individus à se conformer, non à ce qu’ils sont en vérité, mais à un rôle tout fait, un modèle sur lequel ils doivent prendre exemple, dont ils doivent adopter les attitudes. Mais qu'est-ce qu'ils « sont en vérité » ?

 

 

Un schéma sexuel organise l’éducation du garçon, et lui impose de devenir quelque chose de masculin. Même chose en féminin pour les filles. Il y a du stéréotype dans la façon dont la société s’y prend pour fabriquer du masculin et du féminin. Moi, je dis : « Et alors, coco, qu’est-ce qui te chiffonne là-dedans ? ». « Deviens ce que tu es », finalement, c’est un drôle de mensonge. D’abord, à partir de quel moment peut-on dire de quelqu’un ce qu’il est ?

 

 

NICOLAS SARKOZY a bien essayé de lancer l’histoire de dépister les futurs délinquants avant trois ans, mais heureusement, cette offensive a fait long feu (enfin, pas tout à fait, aux denières nouvelles, puisqu'on en reparle pour l'école maternelle). En gros, si l’individu est en naissant ce qu’il sera, à quoi sert l’éducation ? C’est bien de l’argent et de la peine jetés par les fenêtres. Et si l’individu est façonné (y compris sexuellement) par son environnement, à quoi bon se faire du souci, puisque, si l’on voulait faire l’inventaire exhaustif du dit « environnement », il faudrait collecter, classer et interpréter quelques milliards de données. Bonne chance au « scientifique » !

 

 

Dans le dossier du Monde cité plus haut, la journaliste ANNE CHEMIN dresse un honnête historique de la théorie du « genre », donnant la parole aux thuriféraires et aux pourfendeurs de la notion, dans ce classique « essuie-glace » de la technique journalistique (un coup à droite, un coup à gauche, et moi journaliste au milieu).

 

 

Le drôle de son article est dans les deux dernières phrases : « Le genre masculin n’est pas neutre. On ne naît pas homme, on le devient ». Ces paroles d’une force à défoncer la porte ouverte sont dites par la sociologue MARGARET MARUANI. Finalement, c’est ce qui me semble le plus drôle dans la controverse : la stupéfiante naïveté feinte de ces gens qui découvrent que le rond n’est pas carré, et inversement.

 

 

Quant à la papesse de ce mouvement, JUDITH BUTLER, son propos s’adorne de considérations plus fleuries les unes que les autres. Elle répond à la question de FREDERIC JOIGNOT : « Voulez-vous dire que la France est en retard dans les études sur le genre ? – Oui, notamment à l’université. » J’ai publié ici une note le 27 mai pour dire tout le mal que je pense de cette sorte de « retard » : en « retard » sur qui ? Le Malawi, les îles Kiribati ? Indirectement, c’est une idée raciste à l’égard de ces sociétés « arriérées », où règne un obsolète « ordre patriarcal ».

 

 

« Ce qui gêne, c’est de dire que l’homosexualité n’est pas une anomalie, (…) », sauf que, ne serait-ce que statistiquement, ça reste une anomalie. « La question est donc de savoir si nous sommes plus attachés à classer et à définir les normes qu’à comprendre la complexité de la sexualité humaine », à ceci près que la norme, c’est comme la langue : elle transcende, elle n’appartient à aucun individu ou groupe de pression en particulier, elle s’impose d’au-dessus.

 

 

Ce qu’elle confirme plus loin : «  De l’autre, nous sommes ligotés par des normes et des obligations que nous n’avons pas choisies ». Bien sûr, que nous ne les avons pas choisies : une norme qui serait l’objet d’un choix est une magnifique contradiction dans les termes. Imaginons cela : chaque individu, en toute indépendance, se donne à lui-même les normes auxquelles il se conformera. Ce serait drôle, d'ailleurs, un supermarché dont les rayons seraient remplis de milliards de normes : on viendrait avec son caddie, on choisirait ses normes, avec leur qualité, leur prix, leur couleur, leur goût. Ce serait le bonheur, comme dans la chanson de CLAUDE FRANÇOIS. J’y vois déjà se profiler la silhouette d’un monde merveilleux, bienheureux.

 

 

Allons, calme-toi, et bienvenue dans le CHAOS.

 

 

samedi, 15 octobre 2011

LE TROU DU CUL DE LA PRESIDENTIELLE

Ah on en a croûté, de la « primaire socialiste », jusqu’à plus faim : « Allô, j’écroûte ! Qui est à l’appareil ? – C’est pour un sondage. Alors vous, c’est AUBRY ou HOLLANDE ? – Je veux bien répondre, mais combien ça croûte ? – Le maximum, madame. – Alors j’en veux pas ». Moi non plus. Ça vous donne envie, à vous, le choix entre le pot à tabac et le directeur d’école primaire ?

 

 

De toute façon, vous voulez que je vous dose (dose, parfaitement !) mon sentiment ? Le Grand Orient de France a voté (et fait voter) HOLLANDE. La preuve, c’est que GERARD COLLOMB, quand il a vu qu’à Lyon, c’était AUBRY, il a piqué sa crise, soufflé dans les bronches à son personnel et remonté les bretelles à son équipe. Et c’est bien connu : GERARD COLLOMB, il est un « Grand Orient ». Sans ça, est-ce qu’il aurait été maire de Lyon ? C’est au pied du mur électoral qu’on voit le franc-maçon, non ? Ou plutôt qu’on ne le voit pas. Vous avez déjà vu un « trois points » avouer qu’il « en était », vous ? C’est comme la « jaquette » dans un autre temps : ça se sait, mais ça ne se dit pas.

 

 

Je suis catastrophé : cinq millions de téléspectateurs pour un « débat » télévisé ; deux millions et demi de pélots qui se sont déplacés pour voter ! Normalement, demain, ils devraient être trois millions (puisque  six millions mercredi soir devant le poste). Mais ils sont tous devenus fous ! Ou peut-être que c’est pire : ils y croient encore ! Si c’était ça, ce serait dramatique. Moi, je me suis abstenu. Mais de toute façon, même si je me suis abstenu de m’inscrire au parti abstentionniste, ça ne m’empêche pas de m’abstenir à TOUS les scrutins. Avec force. C'est mon seul moment de militantisme. Quand j’entends le mot « élection », je sors ma canne à pêche.

 

 

Tous ces politiciens qui se font du gras sur le dos de leurs clients et de leurs naïfs, je leur lance un double ultimatum : je recommencerai à voter le jour où 1) – le VOTE BLANC sera un suffrage exprimé à part entière ; 2) – être en même temps maire et sénateur deviendra, au Code Pénal,  un « abus de biens sociaux ». On appelle ça le NON-CUMUL DES MANDATS.

 

 

Il y aurait une troisième condition à ajouter : que la vie d’un citoyen ne se résume pas simplement à glisser toutes les X années un message dans une fente. S’il faut la fermer le reste du temps, on peut virer le mot « citoyen » du dictionnaire. Et quand les bonshommes qui occupent les postes méprisent trois millions de bonshommes qui parcourent les belles rue de nos riantes cités pour défendre les retraites, au simple motif qu’ « ils ont été élus » pour faire ce qu’ils font, je m’étonne qu’il y ait encore, à l’élection suivante, autant de gens pour faire « chauffer les fentes » (je parle des urnes, qu’alliez-vous penser, petits fripons ?).

 

 

C’est vrai, quoi, un bonhomme élu qui exerce plus d’une fonction, toutes fonctions électives confondues, c’est un faussaire et un menteur : les journées n’ont que vingt-quatre heures, jusqu’à nouvel ordre. Si on peut être sénateur (ou maire) à mi-temps, c’est que le boulot est un P. T. T., ben si, souvenez-vous : petit travail tranquille ! Maire à temps plein + sénateur à temps plein (au nom du sacro-saint « ancrage local » évidemment !), mon œil !

 

 

Ils me font bien rire, ceux qui, la main sur le cœur, en appellent au « devoir civique ». Bien sûr que ce serait un devoir, et je m’y soumettrais de nouveau volontiers, si la politique n’était pas devenue ce « cursus honorum », où les dits honneurs sont accaparés et confisqués par un petit nombre de professionnels qui ne tiennent pas à se voir emmerdés par des amateurs qui risqueraient, avec leur honnêteté et leur absence de tout calcul, de les empêcher de faire leur beurre.

 

 

Tant que vous êtes maire de Rimbach-Zell (196 habitants dans les années 1990), vous ne faites de l’ombre à personne. En plus, c’est vous qui faites à peu près tout (courage FREDDY ! tiens bon jusqu’en 2014 !).  Non, là, je ne parle pas des 36.000 maires, en particulier de ceux de ces toutes petites communes, je parle de tous les ambitieux, petits ou grands, qui ont choisi de FAIRE CARRIÈRE dans la politique, avec Paris dans le collimateur, et de devenir, de ce fait même, un MENTEUR PROFESSIONNEL (se reporter à ma note « profession menteur », d’il y a quelque temps).

 

 

Pour revenir à la « primaire socialiste », la nouvelle mouture de la farce politique à destination des badauds ébahis, je vois un signe positif tout de même. Si deux millions et demi de Français se sont déplacés dimanche dernier, c’est que, messieurs les politiciens professionnels, il y a une attente, dans les soutes de la société. Oui, vous êtes attendus au tournant, socialistes ou quoi que vous soyez. Ce n’est pas encore le cirque des « indignados », mais ça commence à frémir à la surface de la casserole. Attention quand l’eau se mettra à bouillir !

 

 

 

 

 

"GENRE" ET BOURRE ET RATATOUILLE

Je vais vous dire, ça commence à me fatiguer. Voilà qu’ils remettent ça, les adeptes du « genre ». Ma parole, ils ont le feu quelque part. C’est pire que « un, deux, trois, soleil ! » : on n’a pas encore tourné le dos qu’ils ont déjà avancé de trois cases. L’offensive bat son plein. Comment ? Mais bien sûr, que c’est une offensive ! Ils ont déjà réussi quelque chose, c’est à mettre le bazar dans les points de repère. Remarque, peut-être qu’ils étaient suffisamment mal en point et que le bazar y était déjà.

 

 

Quand j’entends deux intellectuels (j’ai oublié les noms, mais ils sont forcément éminents, parce qu’ils étaient chez ALAIN FINKIELFRAUT, sur France Culcul Ture) se chicorner comme samedi dernier, je me dis que les gars ont fait très fort. Tout le monde s’y est mis, tout le monde place son mot (moi y compris). La dame, elle disait comme ça que le genre, hé ben le genre, mon gars, c’est pas une « théorie », c’est une « substance », comme j’te l’dis. Si c’est ça être philosophe, je pouffe.

 

 

Le Monde s’y est mis aussi, et pas qu’un peu : trois grandes pages, enfin presque, parce qu’une bonne part de la surface est occupée par les très seyantes photos d’une série pertinemment intitulée « Androgyne », de  THIBAULT STIPAL, qui confirme assez bien ce que je disais ici même le 5 octobre, et qui annonce très clairement la couleur de l’offensive en question.   

 

 

En un mot comme en cent : le « genre » est le char d'assaut de l'offensive homosexuelle. On est dans une guerre  idéologique. C’est, si je puis ainsi dire, le « coin » enfoncé dans la brèche faite à la normalité sexuelle (je ne mets pas de guillemets au mot normalité, qui effarouche tant certains). Le but de l’offensive, c’est évidemment la prise de la citadelle de la normalité et la promotion de l’homosexualité en norme. L’habileté de la chose, c’est évidemment qu’elle n’est pas annoncée comme explicitement d’origine homosexuelle, mais qu’elle se présente dans le décor et sous le masque neutres de la science et du discours objectif.

 

 

Or, si l’on considère la norme comme un outil statistique, l’hétérosexualité  est la norme de l’histoire de l’humanité. Je me permets d’ajouter que, en l’absence d’une norme hétérosexuelle, je me demande où en serait l’humanité. Par ailleurs, est-il tout à fait illégitime et incompréhensible que la norme statistique soit devenue normative, c’est-à-dire s’impose à tous ? Si c'est le cas, j'aimerais qu'on me l'explique autrement que par l'argument de l'odieux arbitraire que ferait peser l'ordre hétérosexuel sur l'humanité.

 

 

Bien sûr, TOUTES les institutions humaines, depuis qu'il y en a, sont essentiellement arbitraires dans leur conception, leur mise en place et leur mise en oeuvre, à commencer par la façon dont la sexualité est instituée. J'aimerais aussi qu'on m'explique par quels miracles l'humanité aurait pu éviter de procéder ainsi. S'agit-il d'autre chose que d'instaurer  des règles, des codes, des conventions, des institutions, pour rendre possible la vie avec les autres ?

 

 

Tous les peuples se sont donné à eux-mêmes leurs propres règles, fondées sur l'idée qu'ils se faisaient de leur identité. J'aimerais qu'on m'explique sur quels concepts universels on s'appuie pour contester cet arbitraire-là (et un universel qui ferait spontanément un adhésion unanime, évidemment). Existe-t-il une unité de mesure admise par tout le monde qui permette de mesurer la légitimité de cet arbitraire-là ? Non. Sinon, je ne sais plus ce que c'est que la différence avec l'autre, non plus que la tolérance. 

 

 

En fait, il est impossible de légitimer, dans l'absolu et selon la nature, l'institution humaine, parce qu'elle est d'ordre conventionnel, et qu'il ne saurait y avoir de convention naturelle. L'expression « convention naturelle » est un oxymore, une contradiction dans les termes. Vouloir remplacer le sexe par le « genre », c'est donc uniquement vouloir substituer un arbitraire à un autre.  

 

 

On aura beau argumenter, pérorer, ratiociner tant qu’on voudra, on aura beau inventer des utérus artificiels, des grossesses masculines et autres fantaisies « meilleurdesmondesques », la norme veut qu’un homme anatomique et une femme anatomique s’emboîtent pour se perpétuer. Le socle et la condition de l’humanité, c’est la différence des sexes. Cette réalité NATURELLE ne plaît pas à tout le monde. Et la norme elle-même est maintenant considérée comme épouvantable et philosophiquement rédhibitoire.

 

 

Le problème, avec le MILITANT (le conducteur du char d’assaut, Act Up, PIERRE BERGÉ, tout ce qu’on voudra), c’est qu’il n’a aucune envie de discuter de quoi que ce soit avec qui que ce soit. Lui, il a sa vérité, il combat pour une cause, et il n’aura de cesse que de l’avoir fait triompher de ses ennemis. Alors pour lui, l’habillage neutre de la « science » est une précaution très utile.

 

 

Car il faut que ça se sache : oui, ce sont des homosexuels qui ont inventé, et surtout diffusé le « genre », à commencer par la fondatrice des « études de genre », JUDITH BUTLER, qui s’inspire des travaux de MICHEL FOUCAULT. S’ils ne l’ont pas inventé à proprement parler, sans eux, il n’aurait jamais connu un tel succès.

 

 

JUDITH BUTLER ne s’en cache aucunement : elle est lesbienne depuis l’âge de quatorze ans. Quant à MICHEL FOUCAULT, cette Tour Eiffel de la pensée française exportée aux Etats-Unis, il était homosexuel et ne s’en cachait guère. C’est grâce à lui, par exemple, que MATHIEU LINDON (Ce qu’aimer veut dire, éditions P. O. L.) a « revendiqué son homosexualité, commencé à se rendre dans les backrooms et assumé ce que les méchantes langues disaient alors de lui : "pédé, drogué et ami de Michel Foucault" » (site bibliobs.nouvelobs).

 

 

Le « genre », à cet égard, c’est une trouvaille, dont la théorie (j’ai l’impression d’être bouché quand j’entends nier que c’en soit une) est fondée sur un truisme : le sexe psychologique ne correspond pas forcément au sexe anatomique. La belle affaire ! Quelle découverte majeure !

 

 

Il est vrai que la théorie du « genre » va plus loin : elle postule qu’il ne faut pas ériger en « donnée naturelle » ce qui n’est que l’effet d’une « construction culturelle ». C’est entendu, « on ne naît pas femme, on le devient » (c’est de l’affligeante SIMONE DE BEAUVOIR). C’est entendu, on ne naît pas homme, on le devient. La belle affaire ! Tous ces gens redécouvre le binôme « NATURE / CULTURE » ! Je leur fais remarquer qu’ils devraient séance tenante se pencher sur le cas du fil à couper le beurre, de l’eau tiède, et de tout un tas d’inventions à refaire.

 

 

Là où les militants d’Act Up et autres chars d’assaut du « genre » deviennent des prestidigitateurs, c’est quand ils font tout simplement disparaître le socle « naturel » derrière la « construction culturelle ». Désolé, le « genre » n'abolit pas le sexe. Désolé, les gars, l’humain a beau être un produit de plus en plus raffiné et élaboré de nos « constructions culturelles », il reste quelque chose, tout au fond. Ben oui quoi : l’animal, la bête, enfin ! La Nature. L’ACQUIS n’a pas encore éliminé totalement l’INNÉ. Ça viendra peut-être. On en sera alors arrivé à la conclusion des Particules élémentaires de MICHEL HOUELLEBECQ.  

 

 

A suivre …

 

 

mercredi, 05 octobre 2011

TU VAS RANGER TES GENRES, A LA FIN !

On n’en finit jamais avec les innovations. La première fois que j’ai assisté en spectateur à un débat sur le GENRE, c’était en salle fumeur. Deux estimables collègues, pas trop vieux (c’est-à-dire plus jeunes que moi), faisaient assaut de considérations « branchées » sur cette notion alors entièrement nouvelle (au moins pour moi, mais je suis long à la détente). Ça avait l’air intelligent, ça avait même l’air intellectuel, voire intello. Effectivement, c’était intello. Là, je suis infirme, je déclare forfait. Si si, je vous jure ! Je ne suis pas doué du tout pour couper en quatre les cheveux des concepts.

 

 

J’ai consacré un petit article, récemment et ici même, à l’introduction du « genre » dans des manuels de « Sciences et Vie de la Terre », en tant que notion à part entière. J’en ai dit tout le mal que j’en pense : en gros, la notion de genre est totalement inutile. De plus l’enseigner en tant que telle n’est absolument pas innocent. Pour résumer, ma thèse est que le hasard de la conception dote chacun d’un sexe anatomique et que, ensuite, c’est à chacun de se débrouiller avec dans la vie, en fonction de ce que celle-ci lui présente comme expériences.

 

 

Ce n’est pas l’avis des promoteurs du « genre », évidemment, y compris du délicieux et suave RAPHAËL ENTHOVEN, qui sévit sur France Culture. Enseigner le genre à des adolescents, qu’on le veuille ou non, c’est leur présenter leur évolution sexuelle comme une croisée des chemins, où ils vont mettre en œuvre leur liberté et leur raison, pour décider en pleine conscience : moi, garçon, moi, fille, ai-je envie de vivre ma partie féminine ou ma partie masculine, puisqu’on m’a persuadé qu’il y a une part de masculin dans le féminin et inversement ? Ils ou elles choisiront donc délibérément, pour eux-mêmes, le yaourt masculin ou le yaourt féminin sur le rayon de l’hypermarché de la consommation sexuelle. Et pourquoi pas les deux ? La bisexualité comme avenir de l’humanité ?

 

 

La morale de tout ça, c’est qu’on présente l’homosexualité exactement à égalité avec l’hétérosexualité, et ce, au nom du combat contre la norme, obligatoirement mauvaise. Et surtout, il faut empêcher coûte que coûte le jeune d’éprouver le moindre sentiment de culpabilité, si par hasard il n’entre pas dans le moule de cette insuppportable norme. Il faut surtout que le jeune se sente libre, on se tue à vous le dire !

 

 

Conclusion : les mêmes éducateurs qui en appellent à grands cris à conforter et renforcer les « points de repère psychologiques » qui permettent aux jeunes de « se construire », ont entrepris de détruire ces « points de repère » en militant (ça aussi, c’est un problème) pour accroître la confusion dans les esprits.  Autrement dit, on voudrait faire de la propagande pour l’homosexualité, on voudrait y encourager, on voudrait faire du prosélytisme homosexuel, on ne s’y prendrait pas autrement.

 

 

Eh bien, pendant qu’on solde les cadres de ce qui structure l’humanité depuis la nuit des temps (j’ai nommé la DIFFERENCE DES SEXES), l’offensive continue. Et puisqu’il s’agit de détruire cet ennemi à la racine, elle continue loin en amont de l’adolescence, pour remonter jusqu’à l’âge le plus tendre. Et le prochain champ qu’il s’agit de nettoyer de tous les miasmes de la différenciation sexuelle, c’est maintenant le champ du JOUET. Parfaitement messieurs-dames. Chapeau bas pour la trouvaille !

 

 

Parce qu’on ne le dira jamais assez : il y a quelque chose de totalitaire dans le fait de donner au petit garçon des petites voitures ou des soldats, et à la petite fille des poupées dans des poussettes. Les parents ne se rendent pas à quel point ils orientent abusivement l’esprit de leur progéniture : c’est du terrorisme parental !

 

 

C’est donc entendu : tu es un garçon, tu joueras à la guerre en miniature, et ça te préparera à donner ta vie pour ton pays quand tu auras l’âge ; tu es une fille, tu joueras à la maman, et ce faisant tu répéteras longtemps à l’avance les gestes qu’il faudra faire quand tu auras ton premier.

 

 

C’est donc entendu : tu subiras un horrible conditionnement, un ignoble lavage de cerveau. C’est ce que les féministes et adeptes de la théorie du genre (qui est bel et bien une THEORIE, malgré RAPHAEL ENTHOVEN) appellent un déterminisme, un surdéterminisme, un dressage ou je ne sais quoi. C’est ce qu’ils trouvent absolument insupportable.

 

 

D’abord, ces gens-là sont ignares, ou ils font semblant : ils ne savent pas qu’il existe des garçons qui n’aiment pas jouer au foot ?  Ils ignorent que certaines filles sont des « garçons manqués », comme il ne faut plus dire ? Les bras m’en tombent : les gamins n’ont pas attendu les savantasses intellos machins pour indiquer à leurs parents leurs préférences en matière de jeux et de jouets, quittes à ne pas respecter le « schéma dominant », quittes à tomber sur des becs qui les font plus ou moins souffrir.

 

 

Ensuite, il ne faut pas être passé par de grandes écoles de psychologie ou de psychanalyse pour se rendre compte que le schéma est exactement l’inverse de celui qu’avancent les adeptes du « genre ». Pourquoi offre-t-on, EN REGLE GENERALE, soldats et voitures au garçon ? Pourquoi offre-t-on, EN REGLE GENERALE, des poupées aux filles ?

 

 

Est-ce que par hasard ça ne serait pas parce que le petit garçon VEUT  ressembler à son père, et l’imiter ? Que la petite fille VEUT ressembler à sa mère ? Ecoutez deux garçons discuter dans la cour de récréation : « C’est mon père qui est le plus fort, le plus riche ! – Ouais, mais c’est mon père qui a la plus grosse voiture, la plus grosse … ! » ? Ou deux filles : « C’est ma mère qui est la mieux habillée ! – Ouais, mais c’est ma mère qui est la plus belle ! » ?

 

 

Non, je ne vais pas prétendre que tout ça, c’est inné, évidemment. Mais je n’invente rien si je dis, après les plus hautes autorités en la matière, que le gamin a BESOIN de s’identifier au parent de même sexe (et accessoirement d’essayer de séduire le parent de l’autre sexe).

 

 

Quoi, vous me dites que ce serait déjà le résultat d’un conditionnement ? Mais moi, digne et sans faire de chichis, je rétorque : « ET ALORS ? ». Vous avez vraiment l’intention d’éradiquer jusqu’à la moindre trace de conditionnement dans l’éducation de l’être humain ? C’est la notion de conditionnement qui vous taraude à ce point la comprenette ?

 

 

Mais, messieurs-dames, je regrette : c’est vous qui êtes totalitaires, à vouloir forger l'humanité nouvelle, ce que voulurent accomplir en leur temps un certain HITLER et un certain STALINE. Et mine de rien – et  c’est d’ailleurs un retournement très drôle – vous rejoignez la bande de ces éducateurs post-soixante-huitards, qui s’interdisaient d’intervenir de façon autoritaire dans le « parcours éducatif » de l’enfant, comptant sur son développement spontané pour qu’il arrive par lui-même à s’éduquer et à s’instruire.

 

 

S’inspirant de Libres enfants de Summerhill, de ALEXANDER SUTER NEILL (éditions Maspero, 1971), des allumés de l’éducation sans contrainte avaient ouvert des « écoles nouvelles », comme celle du « Tournesol », dans la région lyonnaise. Je me souviens de Journal d’un éducastreur (éditions Champ libre, 1971), d’un nommé JULES CELMA.

 

 

Il est sorti de tout ça la certitude plus ou moins affirmée qu’une telle démission de l’autorité adulte, selon l’exigence de « libre épanouissement » de l’enfant, débouche sur quelque chose qui a à voir avec la violence, la tyrannie et l’homosexualité (dans le livre de CELMA). Et toutes ces « écoles nouvelles » ou presque, fondées sur les meilleures intentions du monde, ont lamentablement (et heureusement) fait naufrage.

 

 

Il existe quantité de définitions de ce qu’est, doit être ou devrait être un ADULTE (« avoir pardonné à ses parents » SAINT-EXUPERY, « être adulte, c’est être seul » JEAN ROSTAND, « un enfant gonflé d’âge », ça c’est de la détestable et confusionniste SIMONE DE BEAUVOIR, etc.). Je proposerais volontiers quant à moi celle-ci : un parent, un éducateur est adulte quand il exerce l’autorité que, en vertu de sa fonction, la société lui délègue. Il est adulte quand il accepte d’être celui qui conditionne celui dont il a la charge.

 

 

Eduquer, c’est vouloir donner une forme et une structure à un esprit, à une personne. Imagine-t-on qu’il puisse y avoir une formation sans aboutissement à une forme ? Mettez une boule d’argile sur un tour de potier, n’y mettez surtout pas les mains, et puis admirez le résultat. De toute façon, la liberté du gamin est forcément respectée, du fait du RATAGE plus ou moins grand des efforts de l’adulte. Toute éducation est, qu’on le veuille ou non, plus ou moins RATÉE. Je ne sais plus qui affirmait : « Il y a trois métiers impossibles : éduquer, enseigner, psychanalyser ».

 

 

Le GENRE, finalement, va tout à fait dans le sens de la doctrine d’enseignement actuellement en vigueur : faire en sorte que ce soit l’élève lui-même qui « construise son propre savoir ». Comme le disait excellemment JAIME SEMPRUN (L’Abîme se repeuple, éditions de l’Encyclopédie des Nuisances, 1997) :   

 

« Quand le citoyen écologiste prétend poser la question la plus dérangeante en demandant : Quel monde allons-nous laisser à nos enfants ?, il évite de poser cette autre question, réellement inquiétante : A quels enfants allons-nous laisser notre monde ? »

 

Oui : à quels enfants allons-nous laisser notre monde ? Ce n’est pas pour rien que JEAN-CLAUDE MICHÉA cite cette interrogation à la fin de son minuscule et lumineux livre L’Enseignement de l’ignorance (Editions Climats, 1999).

 

 

 

 

mardi, 04 octobre 2011

LA DJA DU BISPHENOL A

Cela devait finir par se savoir. Cela devait finir par arriver. C’est intéressant, le cas du Bisphénol A, molécule chimique artificielle (tout ce qui nous entoure dans la nature est composé à 100 % de molécules chimiques « naturelles », et tout ce que nous mangeons est fait de molécules chimiques). Il semblerait que, même à très faible dose, le Bisphénol A ne reste pas sans effet.

 

 

C’est intéressant, ce qu’on apprend, d’abord parce que ça fait quelque temps qu’il est connu comme « perturbateur endocrinien » : en clair, ça veut dire que, si une femme enceinte y est exposée, ou un bébé, peuvent survenir des cancers du sein et des atteintes neurologiques.

 

 

Dans ce domaine, comme dans beaucoup d’autres, les autorités administratives, dont le souci est de protéger la santé des populations, mais sans entraver les activités économiques, a adopté, il y a longtemps, la notion de seuil, soit Dose Journalière Admise, ou D. J. A.

 

 

Par exemple, à Fukushima, une dose de 1 millisivert par jour était considérée, sinon comme inoffensive, du moins « admissible ». C’est beau, l’administration, non ? Remarquez, elles ne font que prolonger dans le temps la validité de la maxime établie par GALIEN, l’antique ancêtre et fondateur de la pharmacie, qui affirmait que : « La dose fait le poison ».

 

 

Ce qui vaut pour les radiations nucléaires vaut donc pour toute substance chimique, naturelle ou artificielle. Dans le fond, est-ce que l’homéopathie tout entière ne repose pas elle aussi sur cette notion de D. J. A. ? La Décimale Hahnemanienne (D. H.) et la Centésimale Hahnemanienne (C. H.) sont après tout des dilutions comme les autres, simplement un peu plus poussées (non, vraiment beaucoup plus poussées, surtout les CH).

 

 

J’avais entendu des interventions de monsieur ANDRÉ CICOLELLA à propos de l’exposition. Il a inventé le terme d’ « expologie », ou science des expositions. Je cite : « Par exemple, en 2007, une étude a montré la relation entre le taux d’autisme et une exposition de 15 jours des femmes enceintes à des champs traités par certains pesticides organochlorés ». Il affirme aussi, sur la base d’études dont la validité n’est pas près d’être reconnue par les autorités cons pétantes, qu’une bonne part des cancers est d’origine environnementale.

 

Il cite une étude épidémiologique réalisée en Suède à partir du registre des jumeaux qui y naissent, registre tout à fait instructif, puisque les Suédois concluent que 50 % des cas de maladie d’Alzheimer ne sont pas dus à des facteurs génétiques, mais à des facteurs environnementaux, l’environnement étant défini de façon large, étendu à la pollution, au mode de vie et aux pratiques médicamenteuses.

 

 

ANDRÉ CICOLELLA (émission "Terre à terre" de RUTH STEGASSY, 7 février 2009) montre aussi le pouvoir de nuisance de l'industrie chimique : sur le Bisphénol A, il existe 115 études scientifiques, dont 94 mettent en évidence sa nocivité. De son côté, l'industrie a mené également des analyses "scientifiques" : 100 % de ces études concluent à la parfaite innocuité du produit. Une dizaine d'équipes scientifiques ont publié des études documentées et convergentes ? Qu'à cela ne tienne, l'Agence européenne spécialisée les décrète toute nulles. On se demande ce qui donne à l'industrie une voix si forte qu'elle couvre la voix de la science neutre.

 

 

Les lobbys industriels se pavanent et plastronnent, car ce n’est pas à eux de prouver quoi que ce soit. La preuve de la nocivité d’un produit doit être apportée par l’adversaire de ce produit. Regardez Bouygues avec les antennes relais. Regardez Monsanto avec les O. G. M. Amusez-vous les loulous, prenez votre temps pour faire vos études sur la nocivité de nos produits.

 

 

 

Avant que vous puissiez prouver quoi que ce soit, ils seront tellement passés dans les mœurs qu’on ne pourra plus revenir en arrière. Vous verrez, ça se passera comme ça pour les produits issus des nanotechnologies. Et si preuve il y a un jour, ce sera trop tard, et en attendant, nos actionnaires auront eu mille fois le temps de nous remercier pour s’être engraissés largement.

 

 

Car la preuve, évidemment, doit impérativement être SCIENTIFIQUE. En plus, il est tellement facile d’enfumer les foules à propos de ces preuves. Regardez ce qui s’est passé pour le rapport du G. I. E. C. sur le réchauffement climatique, comme il a été facile de jeter le trouble et le doute dans les esprits, sans parler de l’infâme profiteur de trouble qui se fait appeler CLAUDE ALLÈGRE, auteur de ce titre choc : L’Imposture climatique. Le doute se construit à petits coups de pichenettes faciles (voir THIERRY MEYSSAN). Pour administrer une preuve irréfutable, il faut dépenser des efforts parfois titanesques, et sur une durée parfois démesurée.

 

 

 

La vérité scientifique est difficile à établir. La mettre en doute est d'une facilité déconcertante.

 

 

C’est d’ailleurs une preuve de la faiblesse médiatique congénitale des scientifiques. Sur un plateau de télé, vous en mettez un en face de l’imposteur CLAUDE ALLÈGRE : regardez-le, le scientifique, il veut rester le plus près possible de la VÉRITÉ, alors il hésite, il cherche ses mots, il ne veut rien dire qui ne soit vérifiable. L’autre en face, il a juste à rester souriant, confiant, affirmatif, péremptoire, pouvant aller jusqu’à insulter les travaux du scientifique, balayant d’une moue de la lippe inférieure les résultats patiemment établis par celui-ci. Le gogo, chez lui, devant son poste, à qui croyez-vous qu'il donne raison ?

 

 

Médiatiquement, je dis bien « dans les médias » et en particulier sur des plateaux de télévision, c’est imparable. Et ça, c’est une preuve de la saloperie congénitale de l’époque : d’une manière générale, vous pouvez vous persuader de ce qu’un scientifique qui arbore un air sûr de lui et affirmatif, et qui profère des « vérités » qui ne souffrent pas contestation, n’est pas un scientifique.

 

 

Alors, le Bisphénol A, me direz-vous ? Il existe des « effets à des doses notablement inférieures aux doses de référence utilisées à des fins réglementaires ». Eh bien, nous voilà au cœur du problème. Car la notion de seuil de tolérance, exprimée en DJA (Dose Journalière Admissible), n’est rien d’autre qu’une commodité administrative faite pour concilier l’activité industrielle et la santé des populations.

 

 

C’est comme dans l’armée, le seuil de 7 % de pertes en temps de paix. Il s’agit en fait moins de protéger des populations que de « limiter les dégâts ». Tant que le pourcentage de « pertes » est supportable par la collectivité, on laisse faire : le contribuable contribuera. En clair : tant que le taux de cancers et de malformations ne devient pas franchement anormal, tout continue comme avant, « business as usual ».

 

 

Ce que nous apprennent les dernières études sur le Bisphénol A est précisément que la notion de « seuil de tolérance » (DJA) est à revoir de fond en comble. Ce que pointent en effet les tenants d’études épidémiologiques environnementales autour de toutes les molécules chimiques produites par l’industrie, c’est une hydre à trois têtes : les très faibles doses, les interactions, la durée d’exposition.

 

 

LES TRÈS FAIBLES DOSES : je l’ai dit, la notion de seuil (DJA) est d’ordre administratif et réglementaire. C’est un compromis (donc négociable) entre des forces foncièrement antagonistes : les acteurs de la santé contre les acteurs de l’industrie. Les acteurs de la santé s’appuient sur la science, les études, les travaux de laboratoire, dont j’ai mentionné plus haut les difficultés pour établir sans contestation possible des éléments de preuves.

 

 

En face, les acteurs de l’industrie, qui exploitent les trouvailles de leurs bureaux « R & D » (Recherche et Développement), ont besoin de les mettre en circulation contre monnaie sonnante et trébuchante : l’actionnaire, au bout du circuit, tient avant tout à revoir la couleur de son argent, mais épaissie des « retombées » (entre 10 et 15% de bénéfices par an attendus), et qui pousse évidemment à une commercialisation tous azimuts et sans contrôle.  

 

 

LES INTERACTIONS : là, c’est quasiment le trou noir. Déjà qu’on est loin de tout savoir des conséquences d’une molécule isolée, alors pensez, s’il y en a deux, trois ou douze en présence, c’est le TROU NOIR scientifique. Vous vous rendez compte de ce qu’il faudrait investir pour financer des études de cette ampleur ?

 

 

Sachant que l’industrie chimique, depuis un siècle et demi, a élaboré à peu près 100.000 nouvelles molécules, vous comprenez bien qu’elle a tout intérêt à ce que les politiques et les administratifs abordent chacune d’elles isolément, sans chercher la petite bête, à savoir si une telle, mise en présence de telle autre, se met à faire des étincelles ou de la fumée, ou à décupler d’un seul coup son pouvoir de nuisance.

 

 

Je signale en passant que l’Europe avait « pris à bras-le-corps » ce problème de nuisance des 100.000 molécules chimiques de l’industrie, et comptait soumettre leur intégralité à examen, suivi soit d’une homologation, soit d’une interdiction. Cela porte un joli nom : REACH (Règlement Enregistrement Evaluation Autorisation Restriction des substances chimiques). Mais sous l’action du lobby industriel, l’Europe a consenti à n’exiger d’homologation sécuritaire que pour 30.000 de ces molécules, et encore, je n’assiste pas à l’exécution de la procédure d’homologation : qui est responsable ? Qui signe le rapport ? Quelles sont ses relations avec l’industrie ?

 

 

LA DURÉE D’EXPOSITION : là encore, gros point d’interrogation. La durée, c’est l’ennemi du profit. Le profit se crée aujourd’hui dans l’urgence. Qu’advient-il au rat, quand on l’expose à telle molécule chimique (mettons le Bisphénol A) pendant une longue durée ? Eh bien, aux dernières nouvelles, les effets sont au nombre de sept (je n’invente rien), parmi lesquels « l’avancement de l’âge de la puberté, l’augmentation de la survenue de kystes ovariens et de lésions sur la glande mammaire, l’altération de la production spermatique ». Et là encore, la durée apparaît comme une condition de la vérité scientifique.

 

 

J’ai dit ici, un jour, que, pour que l’industrie cesse de nuire à l’humanité, il faut qu’elle cesse d’être industrielle. Autrement dit : qu’elle disparaisse. Et comme je n’ai plus guère tendance à me bercer de rêves, fables et contes, je sais déjà qu’elle ne disparaîtra pas (« la croissance, la croissance ! »). Autant dire que les molécules en folie vont accélérer la migration des humains vers les centres anticancéreux. Sympa.

 

 

Le journal Le Monde donne ces jours-ci la parole à ANDRÉ CICOLELLA, de Réseau Environnement Santé, à l'occasion de la probable prochaine interdiction du Bisphénol A dans le secteur alimentaire. Comme qui dirait : IL SERAIT TEMPS. Il n'est pas sûr, d'ailleurs, qu'il ne soit pas déjà un peu TARD.