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mercredi, 24 janvier 2018

LA BD EN VISITE A LYON (4)

Aujourd'hui, un nommé LACAF.

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Parmi les BD dont le récit est situé entre Rhône et Saône, il en est une dont le style de dessin ne me plaît guère : rien à voir avec la "ligne claire". L'auteur a le trait épais et le contraste accusé jusqu'à l'expressionnisme, la couleur un peu crade, grasse et glauque. Il tire le décor et les personnages vers un réalisme exacerbé, parfois jusqu'à la violence. L'ensemble ne craint pas de flirter avec la vulgarité. C'est du moins ainsi que je lis la série Macadam de Lacaf (il semblerait que ce soit son vrai nom). Simple question de goût.

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Champ / contre-champ passage Thiaffait, entre Burdeau et René-Leynaud : rien à dire. Avec (en bas) le bout de l'escarpin du malade mental en uniforme de travelo (mais le flic en bas, flanqué de Malika et Farida, deux frangines qui ne se supportent plus à l'idée de s'être succédé dans son lit, ne sait pas que c'est lui).

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On se dit que le sujet n'est pas pour rien dans le choix du style : l'inspecteur Klein (il ne nous laisse pas ignorer qu'il est juif, il évoque avec son père les enfants d'Izieux, « juste avant que Barbie n'envoie tous les enfants à la mort ... en 44 ») est lancé à la poursuite d'un tueur en série particulièrement retors, expéditif dès qu'il s'agit d'échapper à la poursuite, et qui ne recule devant rien, peut-être parce qu'il n'a plus rien à perdre. Il ne faut pas moins de trois épisodes pour en finir (dans le sang) avec le sinistre personnage. Seul le troisième et dernier se déroule dans la "capitale des Gaules", et dans le trente-sixième dessous des bas-fonds sociaux.

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L'inspecteur Klein monte à la Croix-Rousse par la rue Saint-Marie des Terreaux, puis redescend de Fourvière par la montée des Chazeaux, après avoir causé avec son père (par téléphone) sur l'esplanade.

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Personnellement, j'adhère peu à l'histoire, trop "spéciale" si l'on veut, au point de tomber dans la caricature : prenez un assassin complètement à la masse, en liberté dans la bonne ville où coule le beaujolais, faites-en le fils dégénéré de Fernandez, un ancien "soldat" de l'Algérie française auquel quelques musculatures (le sergent Alsarès) sont restées fidèles, faites revenir avec un ponte des Renseignements Généraux, le tout baignant dans la soupe illégale des plus belles fleurs de la pègre lyonnaise, agitez, chauffez, c'est prêt à servir.

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Un rodéo rue Grognard, qui finit tranquillement en compagnie du ponte des RG, juste au-dessus de la rue des Fantasques, véritable balcon avec vue imprenable. Les Fantasques, ce fut aussi un excellent restaurant où, pour bénéficier de la vue, il fallait s'y prendre très à l'avance.

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Rien que l'énumération à la page 37 des "honorables confréries" de l'agglomération fait bien marrer et vaut son pesant de gibelotte à la Bocuse, tout y passe et tout le monde répond à l'appel de "Georges", celui qui réussit à unifier ce beau monde en une assemblée qui diffère en tout point de celle qu'on trouve à la fin de Tintin en Amérique (on comprend l'expression "ligne claire") : « Je peux compter sur la participation de tous ? Les dealers ? - O.K. !... - Les gosses roumains et yougos ? - O.K. ! - Les putes ? - O.K. ! - Les travelos et les pédés ? - O.K. ! - Je m'occupe des jeux clandestins, des clubs et des bordels ! Au boulot ! ». Arrête, on n'en peut plus, coco ! Ils sont unanimes pour dire avec Georges : « Ça veut dire : si on le trouve, on le bute ! C'est clair, non ? ». Il faut les comprendre, ces braves gens : ce malade commence à semer une pagaille noire dans leurs petites affaires. Ce sont des gens d'ordre et au besoin, ils font le ménage.

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On a changé de monde.

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Alors le Lyon de Lacaf, maintenant ? Je dirai la même chose que pour Kraehn : un Lyon parcouru à grandes enjambées, et qui ne sert que de toile de fond. Avec cette différence notable que Lacaf présente beaucoup plus de lieux identifiables que Kraehn. Mais avec quelques menues approximations en passant.

La première est plus une interrogation qu'une affirmation, à propos de la "ficelle" de Fourvière : ce funiculaire est un couple de voitures tenues par un câble ("ficelle") d'acier, qui se croisent au milieu de la pente sur une partie dédoublée de la voie. La gare supérieure abrite le moteur et les poulies qui mettent les deux voitures en mouvement : quand l'une monte, l'autre descend. La question est la suivante : qui conduit ? Il me semble bien que l'initiative revient à une personne depuis une cabine centrale de contrôle, et que le rôle des employés assis dans les deux cabines se réduit à fermer les portes et à signaler au micro que tout est prêt pour le départ. Celui-ci serait donc donné de l'extérieur, l'employé n'étant un "conducteur" que par abus de langage. Si je ne me trompe pas, le "conducteur" peut sans doute freiner d'urgence au cas où, mais il n'a aucun moyen de remettre en route à son gré, comme Lacaf le raconte dans la scène finale (on ne confie aucun véhicule à deux "conducteurs").

Autres approximations, quand il montre la bibliothèque universitaire de Lyon II, incendiée en 1999,

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Il y aurait comme du flou dans la toiture incendiée (ci-dessous photo Sylvestre en 1886) : tout le monde peut admirer le superbe double arrondi latéral du toit.

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ou l'appartement de canut que le héros retrouve sans trop d'émotion (il est originaire de par là) : « ... et mon appart sous les toits, haut de plafond parce qu'on y entassait les métiers à tisser et les ouvriers qui couchaient sur place pour un salaire de misère ... ». Soit dit en passant, on ne connaît guère à la Croix-Rousse d'appartements de canuts qui soient situés sous les toits, justement à cause de la hauteur (4 m. pour le métier). Il s'agit de s'entendre sur "haut de plafond".

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Y a du flou dans le canut (notez la hauteur relative des personnages, les tomettes au sol et l'échelle pour monter à la soupente-chambre à coucher : là, on peut dire que c'est "haut de plafond").

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En dehors de quelques cartes postales (Terreaux, Bellecour, le Rhône, ...), l'auteur s'efforce de disséminer dans son récit des "petits faits vrais", mais toute proportion gardée, cela donne plutôt l'impression de ce qu'un sénateur-maire présente comme l'indispensable "ancrage local" pour bien montrer qu'il tient à garder ses deux mandats, et que la règle du non-cumul, il s'assied dessus (n'est-ce pas, M. le ministre Collomb ? Au fait, touchez-vous toujours votre rémunération de sénateur ?). 

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La "Ficelle" de Fourvière, avant l'assassinat du dingue par les anciens copains de son père. Pour "après", voir l'image de couverture, tout en haut.

Entendons-nous, je ne critique pas la volonté de faire "couleur locale", mais ce Lyon-là manque un peu de "ressenti". La gare de Perrache est parfaite, y compris la traversée du "blockhaus" de Louis Pradel jusqu'à la place Carnot, qui rend parfaitement la violence immédiate et absolue du criminel poursuivi ; le champ / contre-champ pour présenter le passage Thiaffait est parfait (voir plus haut).

Ci-dessous, les vignettes (p.28-29) dans l'exacte suite (à une exception près, voir plus haut) qui défrise ma topographie croix-roussienne.

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Droit en face, sur la rive gauche, la petite place d'Helvétie : est-il possible qu'on se trouve dans la montée du Boulevard ?

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Il faut reconnaître ses erreurs : cet escalier se situe dans le haut de la rue Magneval.

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J'avoue mon insuffisance, et adresse mes excuses à Lacaf pour avoir en l'occurrence ignoré un détail que je connaissais par cœur. Une absence, quoi.

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Mais franchement, je n'ai pas compris l'itinéraire suivi par la moto de l'inspecteur Klein : on le suit dans le "direct Croix-Rousse", entrée et sortie, et jusqu'au monument Sully Prudhomme de la place Bellevue, mais après ? Où Lacaf est-il allé chercher le long escalier rectiligne (5) emprunté par le héros, surtout qu'arrivé en bas, il se retrouve juste en dessous de l'église Saint-Bernard (qui est presque à l'altitude du plateau), nez à nez avec les fachos (par où est-il remonté ?), puis bascule dans l'escalier de la rue Grognard, où la voiture des poursuivants se fracasse ? Il fallait tordre la réalité pour les besoins du rodéo ? Bof.

Moralité : la Croix-Rousse est un quartier bien compliqué.

Voilà ce que je dis, moi.

vendredi, 01 juillet 2011

OUI, NOUS NOUS REPENTONS ! (suite)

Alors la REPENTANCE, maintenant. Qu’est-ce que c’est, l’histoire ? Non : L’HISTOIRE ? Grossièrement, c’est l’ensemble des faits humains qui se sont produits depuis qu’on a les outils pour la raconter (et même plus avec l’archéo- et la paléontologie). Je pense qu’on sera d’accord : ce sont beaucoup de guerres, de famines, de crimes, de trahisons, de cruautés, et autres interminables joyeusetés. Voyez la vie de Caligula ou Néron chez Suétone. Pour faire passer son semblable de vie à trépas, l’ingéniosité de l’humain confine au génie inépuisable.

 

 

La colonisation fut une saloperie. L’Eglise catholique a fait des saloperies. Les soldats français en Indochine et en Algérie ont fait des saloperies. Les planteurs blancs du sud des Etats-Unis ont fait des saloperies, y compris une guerre à leurs frères nordistes qui voulaient les embêter à propos de « l’esclavage des nègres ». Vous cherchez des saloperies ? Mais l’histoire en surabonde, en regorge, elle en dégorge encore des cargaisons aujourd’hui. Pour ce qui s’est passé en Europe au 20ème siècle, on a l’embarras du choix.

 

 

En 1987 eut lieu le procès de KLAUS BARBIE, le nazi de Lyon (entre autres, l’arrestation de JEAN MOULIN, c’est lui). Eh bien BERTRAND POIROT-DELPECH a pu écrire un petit volume intitulé Monsieur Barbie n’a rien à dire, titre inspiré d’une phrase de l’avocat JACQUES VERGÈS. Le titre en dit long : vous avez dit « REPENTANCE » ? C’est quoi, ça ? Pas dans mon vocabulaire !

 

 

C’est simple, l’acte de repentance est une invention très récente (1994), même si le mot est ancien (« regret douloureux de ses péchés et de ses fautes » ; en 1077, l’empereur Henri IV, excommunié, passa trois jours en chemise de bure, dans la neige, avant que le pape Grégoire VII accepte de le recevoir : on a appelé ça « aller à Canossa » ; mais il faut dire que l’empereur avait fait des misères au pape, et continua ensuite).

 

 

Alors voici ce que je propose : on va faire la liste COMPLETE des saloperies commises depuis le début de l’histoire humaine, on va nommer le coupable de chacune, et l’on va sommer tous ses descendants de FAIRE REPENTANCE, publiquement et la corde au cou. Par exemple, on va exiger des descendants du consul romain CRASSUS de faire repentance pour les milliers de croix qui ont conclu la répression de la révolte de SPARTACUS, en – 71. Ce n’est qu’une menue proposition. Et ce n’est qu’un commencement.

 

 

Qu’on se le dise : toutes les atrocités de l’histoire ont été commises ! Et par des humains, s’il-vous-plaît ! Donc, à chaque saloperie, son coupable ! A chaque coupable, sa repentance ! Y a pas de raison ! Et ça va faire du monde, je vous garantis ! Ce serait gonflé, si on trouvait, parmi les six milliards actuels d’humains, un seul dont un ancêtre n’aurait pas commis une seule saloperie ! On va tous y passer !

 

 

Les avocats et les procureurs ont du boulot garanti pour quelques milliers d’années. Rendez-vous compte : six milliards de procès, et six milliards de repentances ! Il y a là un gisement sans fond. Mieux que le tonneau des Danaïdes, car celui-là, on a l’éternité devant nous avant qu’il soit, non pas rempli, mais vidé. Mieux : comme on est sûr qu’il se remplit au fur et à mesure qu’on le vide, c’est une éternité au carré !

 

 

Il y aura un bureau, avec des fonctionnaires payés pour ça. On pourra s’inscrire. Car si chaque saloperie est commise, ça veut dire qu’il y a un bourreau. S’il y a un bourreau, il y a une victime. Vous me suivez ? Ce serait bien le diable, en remontant parmi vos ancêtres, si vous ne trouviez pas une belle victime en état de marche, bien présentable.

 

 

Entre ancêtres et descendants de bourreaux, puis (il ne faut pas confondre) entre ancêtres et descendants de victimes, avec les six milliards d'humains, on devrait trouver (mais je ne suis pas bon en maths) douze millards au total. Ce serait salutaire, ne trouvez-vous pas ? 

 

Mais si, cherchez bien ! Faites comme les inventeurs de la « psychogénéalogie » qui trouvent à tous les coups pourquoi vous n’allez pas bien : c’est parce que votre arrière-arrière-grand-père a violé votre arrière-grand-mère quand elle avait dix ans (authentique, pas le fait, mais la trouvaille ; elle a été faite par ANNE ANCELIN-SCHÜTZENBERGER, je la recommande).