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mardi, 25 octobre 2016

THERMOMÈTRE HUMANITAIRE

Lettre ouverte à ceux qui pensent que ça va aller mieux.

Pour avoir une idée de l'état de santé du monde, je propose de prendre sa température. Pour cela, pas de meilleur thermomètre que de constater la prolifération des lieux en état d'urgence humanitaire.

Quand il a fondé les « Restaurants du cœur », en 1985, cette structure reposant pour la plus grande part sur la générosité de la population et sur le bénévolat militant, Coluche rêvait du jour où ils seraient appelés à disparaître. Il pensait que ce jour-là, on n’aurait plus besoin de cette béquille conçue pour apporter à ceux qui n’ont presque rien de quoi manger.

Coluche rêvait en effet. Dans sa naïveté (!), il ne voyait pas (ou plutôt faisait semblant) que ce qui était en train de se mettre en place, c’était un système global, pour dire vite, ultralibéral et impitoyable, faisant du commerce des biens le nec plus ultra de la civilisation mondialisée, et de la dérégulation de tout ce qui pouvait l’entraver une nécessité absolue.

Résultat, trente ans après, le nombre des gens qui ont besoin des Restos du cœur a explosé. Plus fort encore : d’autres associations s’y sont mises, comme la Banque alimentaire, en plus de celles dont c’était déjà le « métier » (Secours populaire, Secours catholique, Emmaüs, etc.). La pauvreté en France n’a cessé de croître, pour atteindre en 2013, selon l’INSEE (vérifié sur le site), le nombre ahurissant de 8,6 millions. Et François Hollande nous déclare "les yeux dans les yeux" que « la France va mieux ». Pour s'assurer de la justesse du diagnostic du docteur Hollande, il suffit d'imaginer ce qui se passe le jour où les associations qui s'occupent des pauvres cessent de fonctionner. Pas besoin, j'espère, de faire un dessin.

Même chose dans tous les pays riches : l’anglais a inventé l’expression « working poors » pour désigner ces gens qui parfois ne gagnent pas de quoi payer un logement, et qui habitent dans leur voiture. Résultat, les urgences se multiplient, les intervenants (plus ou moins désintéressés) prolifèrent, les appels aux dons affluent de tous les horizons. Et il suffit de se promener sur le plateau de la Croix-Rousse pour constater que les mendiants de toutes sortes sont de plus en plus nombreux.

Il n’y a pas besoin de lire les 900 pages de Le Capital au 21ème siècle de Thomas Piketty (ce que je ne suis pas mécontent d'avoir pourtant fait) pour savoir que les inégalités entre les plus riches et les plus pauvres sont de plus en plus criantes, quoi qu’en disent les moyennes obtenues par le moyen des statistiques, qui voudraient nous convaincre que, globalement, « la pauvreté a reculé dans le monde ».

Voilà donc le thermomètre que je propose pour prendre la température de l’état du monde : regarder le nombre des associations humanitaires qui se sont fondées dans le monde, les effectifs des gens qui agissent en leur sein, la taille des populations au secours desquelles elles interviennent. Les humanitaires se démènent comme des diables en Grèce, à Lampedusa, à Calais, et ne savent plus où donner de la tête. Le bénévolat (ce travail gratuit dont Le Monde a souligné récemment qu'il est "créateur de valeur") est en plein essor. J'imagine le jour où un tiers de l'humanité viendra au secours d'un autre tiers, exclusivement composé de victimes d'un troisième tiers, celui des bourreaux. Belle répartition des rôles en perspective.

S’il fallait mesurer la bonne volonté des hommes sur terre, il n’y aurait apparemment aucun souci à se faire, il suffit de regarder le Téléthon, et les innombrables opérations à visée altruiste (par exemple "courir pour elles"). Trois références suffiront à le prouver : 2004 à Sumatra, 2010 à Haïti, 2015 au Népal. La bonne volonté des hommes sur terre est si grande que les canaux acheminant les secours se retrouvent engorgés et les secours eux-mêmes passablement désorganisés. Haïti, à cet égard, fait office de caricature, tant les ONG, les associations humanitaires, l’ONU et autres se sont marché mutuellement sur les pieds dans un désordre proche de l’anarchie.

Ce n’est donc pas un problème de bonne volonté, et l’altruisme a de beaux jours devant lui, quoi qu'on en pense. Mais s’il en est ainsi, il est permis de se demander comment on en est arrivé là.

Comment il se fait que les associations à visée humanitaire ont continué à pulluler et les grandes ONG humanitaires à croître comme des start-up, jusqu’à devenir des multinationales puissantes, opérant leur recrutement de cadres dirigeants dans les grandes écoles, et managées comme des entreprises entrées en concurrence, jusqu’à rendre quasi-automatique aujourd’hui le recours des journalistes à un vocabulaire devenu facile parce qu’il semble évident, mais qui ne l’est pas du tout (« humanitaire », « associations », « ONG »). Et jusqu’à rendre haïssable le vocable même d’ « humanitaire » par saturation.

Comment en est-on arrivé là ? Mais c’est juste que le monde, ignorant superbement les appels à la « fraternité » (ah qu'elle est belle, la campagne pour la « fraternité générale » lancée actuellement !), à la « solidarité », à l’interdiction de toute « discrimination », de tout « amalgame », de tout « racisme », de toute « xénophobie », en gros toutes les pommades verbales qu’on répand sur les plaies ouvertes dans l’espoir de bâillonner les souffrances, ce monde, qui a pour tort unique d'être le monde réel, persiste dans sa volonté de faire le mal et, contre toute raison, d'étendre, d'approfondir et d'accentuer ce mal.

Moralité : les incantations comminatoires à base de grands mots et de « nos valeurs » sont devenues des gadgets, des hochets puérils, totalement déconnectés de la réalité, ce qui est après tout le propre de l’incantation. Le pire, c’est que ceux qui, refusant de manier la pommade consolante, s’entêtent à mettre les vrais mots sur les choses, sont renvoyés d’office aux poubelles de l’histoire, notés d’infamie sous les appellations aussi aisées qu’indémontrées de « conservateurs », de « réacs », quand ce n’est pas de « fachos ».

Le compassionnel est devenu un aboiement d’adjudant. L’émotion est devenue un mode de gouvernement (de domestication) des masses. Plus le monde va mal, plus ceux qui disent qu’il va mal se muent en boucs émissaires, qu’une magie sémantique métamorphose sous nos yeux en « bourreaux » de « victimes » innocentes. Il faudrait pourtant voir les choses en face, et se demander pourquoi le monde a de plus en plus besoin de l'humanitaire.

La vraie fonction de l’humanitaire est, en fin de compte, de cacher aux foules la nature épouvantable du monde qui est en train d’advenir. C’est une sorte de division du travail : aux uns (Monsanto, Apple, E.I., Assad, Poutine, …) la Terreur et le Mal, aux autres (ONG, humanitaires, altruistes, tous les Pangloss, tous les "rassurants", tous les "consolants", …) les pansements sur les jambes de bois. Les infirmiers de la catastrophe prennent le plus grand soin à « ne jamais prendre parti ». Au prétexte que ça les disqualifierait auprès des belligérants, qui les accuseraient de travailler pour leur ennemi. Comme si on admonestait Satan parce qu'il fait le Mal, alors que c'est précisément ce pourquoi il existe : « C'est pas bien, mon petit, de faire le Mal. Allez, ça ira pour cette fois, mais ne recommence pas. ».

C’est-à-dire qu’ils se condamnent à ne jamais nommer les causes du Mal. Ils s’interdisent par principe toute analyse un peu politique. Ils ont la tête dans le guidon et le nez au ras des pâquerettes (ils ont un dos d'une souplesse à toute épreuve). Ils s'en tiennent au service d'urgence, de plus en plus saturé. Cette façon de faire a pour effet de s’en tenir au traitement de la conséquence (les souffrances), en ne se mêlant surtout jamais de la cause (la cruauté, la guerre). 

Le monde humanitaire est un hôpital. « Surtout ne nous mêlons pas de ça ! », geignent-ils sur les plateaux de télévision. Et d'en appeler au « crime de guerre » chaque fois qu'un hôpital est pris pour cible très intentionnelle par les bombardiers. Ils en sont ainsi réduits à l’imprécation incantatoire : « Comment peut-on être d’une telle cruauté ? ». Avec gémissements aigus et suppliques à Poutine (qui se marre bien, sous son masque d'impassibilité). Une variante sans doute des Suppliantes (Euripide). Aujourd'hui le beau rôle.

Les associations et ONG humanitaires, en s’interdisant d’intervenir sur autre chose que les malheurs, la souffrance des gens, se coupent les bras face à l’origine du Mal. Réduites à l’impuissance, réduites au traitement des urgences, elles assistent, comme nous tous, à la montée de la violence dans le monde. A cet égard, l’humanitaire constitue un thermomètre crucial. Un symptôme si vous voulez. Car pendant qu'on nous bombarde de cris d'alarme, les causes du malheur bombardent les populations. Et moi, qu'est-ce que j'y peux ?

C'est certain, la prospérité des organisations humanitaires est directement proportionnelle à celle des malheurs dans le monde. De quoi se demander si les situations seraient pires si les ONG et autres associations caritatives n'existaient pas. Car cette prospérité seule devrait, en soi, alerter les gens ordinaires. Qui devraient se dire qu'il y a de la dénégation du réel dans le réflexe humanitaire.

Faire appel à l'émotion, à l'empathie et aux bons sentiments, comme nous y invite l'humanitarisme à tout crin (« Mais on ne peut pas rester là à savoir ça et à ne rien faire ! Il faut faire quelque chose ! »), c'est nier la réalité bien concrète des intérêts et de la géopolitique.

C'est vouloir vider l'océan à la petite cuillère pour le vider dans le tonneau des Danaïdes.

Il faut redire ce que disait Coluche au début des Restos du cœur : c'est quand toutes les associations humanitaires seront devenues inutiles et amenées à disparaître que l'humanité pourra se dire sans risque d'erreur qu'elle « va mieux ». En attendant, il y a du mouron à se faire.

Voilà ce que je dis, moi.

dimanche, 03 juillet 2011

NON, NE NOUS REPENTONS PLUS !

CONCLUSION

 

Il est très clair que les repentances de JEAN-PAUL II et de BARACK OBAMA sont des opérations de communication, histoire de faire une concession qui, après tout, ne coûte rien, sans doute pour obtenir quelque chose en échange. BOUTEFLIKA, en Algérie, en réclamant une repentance à la France, fait aussi de la « com », tout en faisant politiquement pression. C’est de bonne guerre.

 

 

A propos de l’Algérie, les dirigeants, depuis l’indépendance, évitent de crier sur les toits un aspect resté méconnu de la « libération » du pays. En effet, quand le mouvement « de l’intérieur » a prétendu, au nom du terrible combat mené, avoir une vraie place dans le nouveau pouvoir, c’est bien l’armée « de l’extérieur », venue du Maroc, qui a, disons, « remis les choses en place », qui a, en clair, écrasé les rebelles officieux,  et avec la brutalité qu’on imagine. Toujours l’histoire de la paille et de la poutre.

 

 

Franchement, à quoi sert concrètement de demander pardon au continent noir pour l’esclavage séculaire qu’ont pratiqué les méchants blancs ? A faire du symbole symbolique (c’est aussi fort que les paroles verbales).

 

 

Parlons du Libéria, par exemple. On parle peu de l’installation, à partir de 1822, d’esclaves noirs affranchis, aux frais de l’American Colonization Society, une société « philanthropique », paraît-il. La capitale a été appelée Monrovia en hommage à JAMES MONROE, l’homme politique et président des Etats-Unis.

 

 

Eh bien, les ESCLAVES libérés deviennent, du jour au lendemain, des MAÎTRES. Et les « autochtones », du jour au lendemain, de libres qu’ils étaient, deviennent les esclaves. Quand le pays devient une république, en 1847, le suffrage censitaire permet aux noirs « importés » de garder le pouvoir pendant un siècle. Et ils contraignent les « autochtones » au travail forcé, pour engraisser les multinationales du caoutchouc, au point que la SDN s’en émeut en 1931.

 

 

Ce n’est pas fini : en 1971, WILLIAM TOLBERT devient président, et fait tout ce qu’il peut pour accroître le clivage avec les autochtones. C'était hier. Voilà à quoi conduit la philanthropie. Voilà, entre autres, à quoi conduisent les « bonnes âmes », avec leurs « bons sentiments » et leurs infernales associations « humanitaires ». Je ne vois dans toute leur « générosité », dans tout leur « altruisme » qu’une manière de se donner le beau rôle, le rôle noble.

 

 

Vous avez compris ce qu’a de profondément répugnant l’idée seule de repentance. Il est frappant de constater la complète désynchronisation entre les deux mains de ce personnage paradoxal qu’on appelle l’Occident. La main « droite », c’est la prédatrice, celle qui colonise, qui tue, qui réduit en esclavage ; celle qui n’a qu’une obsession : en mettre le maximum dans la poche droite. C’est une main aussi dure que l’acier le plus dur. Une main impitoyable. Demandez à Goldman Sachs de vous montrer sa main droite.

 

 

Quant à la main gauche, c’est évidemment la main faible, celle du « cœur », celle des « sentiments », pardon, des « bons sentiments ». C’est une main molle. C’est une main tellement moite que ça dégouline. La « main gauche humanitaire » de l’Occident, personne d’autre, jamais et nulle part, n’avait inventé ce monstre. BERNARD KOUCHNER l’a inventé en 1968, pour le Biafra, et voyez maintenant la pourriture morale qui a commencé à lui sortir par les oreilles.

 

 

En 1973, l’immense GOTLIB (MARCEL GOTTLIEB) publiait La Rubrique-à-brac, tome 4. Dans l’intégrale, c’est à la page 366, sous le titre désamorçage. La guerre fait rage au Biaffrogalistan. « Chaque jour, des centaines d’enfants meurent de faim. » C’est la une des journaux, « en corps très gras ». C’est vrai que GOTLIB critique aussi l’ébullition médiatique, bientôt suivie de l’oubli complet (une salade chasse l’autre). Tout le monde s’est mobilisé. Avant de passer à la suite.

 

 

Pour être juste, il faut restituer la paternité de ce business à son véritable inventeur : HENRI DUNANT. Et le premier bébé à son papa s’appela la « Croix-Rouge ». C'est vrai que BARTOLOMÉ DE LAS CASAS avait commencé bien avant.

 

 

En plus, la « main gauche humanitaire » de l’Occident, aucun des plus grands salopards que la planète continue à porter n’aurait osé rêver un moyen aussi efficace de continuer à exercer leurs saloperies (exploiter,  tuer, massacrer, torturer, et autres pratiques hautement humanistes).

 

 

Ben oui, rendez-vous compte : vous avez une dictature sur le feu ? Un génocide ? Vous faites la loi à votre profit, mettons au DARFOUR ? Pourquoi verriez-vous un inconvénient à ce que Médecins sans frontières récolte des fonds pour organiser des camps de toile pour les réfugiés qui espèrent échapper au massacre ?

 

 

Vous êtes un spéculateur, un énorme financier, genre WARREN BUFFETT ou GEORGES SOROS ? Pourquoi verriez-vous un inconvénient à ce que MICHEL COLUCCI fonde les « Restaurants du cœur » pour venir en aide aux victimes des délocalisations industrielles et de la rentabilité à tout prix des capitaux ?

 

 

Une épidémie ? Un tremblement de terre ? Une catastrophe ? Une tragédie ? La « main gauche humanitaire » de l’Occident se précipite au secours des populations. Et allez dire du mal de gens qui se portent au secours des populations…  C’est pour le BIEN, on vous dit. C’est parce qu’ « on ne peut pas rester sans rien faire », voyons !

 

 

Pendant ce temps, les vrais responsables de tout le MAL qui se produit se bidonnent, ils se boyautent, se fendent la margoulette, se tirebouchonnent ; que dis-je, ils hennissent de joie. Il faut comprendre leur raisonnement : « Puisqu’il y a tous ces cons pour atténuer les conséquences de mes saloperies, pourquoi arrêterais-je ? ». Et ils redoublent d’énergie.

 

 

Car le responsable de tout le MAL dans le monde, il a compris à la virgule près le texte qu’écrit en douce la « main droite » de l’Occident, et le tranchant de l’acier de la plume qu’elle manie. Il a appris la leçon. Il sait son rôle. Il connaît la musique. On ne la lui fait pas. Lui aussi, il est du côté de la « main droite », il est la « main droite ». Et il se dit qu’il y aura toujours la « main gauche ». Il ne s’en fait pas. Et il continue à veiller à ses intérêts (le pouvoir, le territoire, l’argent,…).

 

 

Dans le fond, tous ces sparadraps sur les blessures du monde, ça permet au système tout entier de perdurer. L’homme vertueux, celui des « bons sentiments », le généreux, l’altruiste, il n’est rien d’autre qu’un complice de tous ceux qui veulent avant tout que RIEN NE CHANGE dans la marche du monde. Sous les dehors rutilants du costume de cirque des « bons sentiments », l’humanitaire est un salopard, une « main gauche » qui permet à la « main droite » de continuer à semer la mort et la ruine.