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mercredi, 08 février 2017

LES DEUX RÉALITÉS

Pour se faire une idée de l'état de santé du monde, il n'y a pas trente-six solutions : soit on regarde la situation qui est faite aux populations et aux individus, soit on se fie aux statistiques.

L'exemple de la Grèce est très parlant. Pour les "responsables" européens (le FMI aussi, quoiqu'il soit plus raisonnable, et demande l'annulation d'une partie de la dette grecque, ce que l'Europe germanisée refuse), la situation s'améliore quand les derniers chiffres publiés de la production et des exportations suivent une courbe ascendante (Brice Couturier sur France Culture) ; côté grec, les innombrables témoignages s’accumulent sur les difficultés de plus en plus insurmontables que des individus à bout de ressources rencontrent dans leur vie quotidienne pour se chauffer, se nourrir, joindre les deux bouts, simplement survivre.

D’un côté, les inflexibles créanciers qui n’imaginent pas ne pas voir revenir le plus minuscule des picaillons prêtés ; de l’autre, des personnes qui n'en peuvent mais, ayant cru pouvoir s’en remettre, pour la gestion des affaires du pays, à des gens responsables et qui, à l’arrivée, sont condamnées à payer les erreurs ou les brigandages de ceux-ci.

Le pire, c’est que dans cette affaire chacun a raison de son point de vue et tout le monde dit, à sa façon, une vérité. Simplement, ce sont deux humanités qui ne se rencontrent pas, qui ne sont pas faites pour se rencontrer, et dont les vies ne reposent pas sur la même expérience de la réalité du monde. A ceci près cependant que l'une de ces deux réalités exerce un pouvoir et que l'autre le subit.

D’un côté, on a en effet ceux qui, étant passés par l’école qui mène au pouvoir en passant par le savoir, interposent entre eux-mêmes et le monde l’écran de l’analyse savante des données chiffrées recueillies par des professionnels de la mise en nombre (cf. Alain Supiot, La Gouvernance par les nombres) de toutes les choses et de tous les êtres : les statisticiens, sociologues, économistes, politiciens, technocrates, bureaucrates, etc. De l’autre, les populations de chair et d’os dont la seule malchance est d’être immergées dans la réalité et d’en éprouver les aspérités contondantes.

Deux espèces humaines se développent séparément (« développement séparé », sens exact du mot « apartheid »), et s’ignorent. Pour une raison qui peut paraître évidente : suivant le côté où l’on se situe, on ne parle pas de la même réalité. Aux uns une réalité faite d’un ensemble d’abstractions (tableaux, graphiques, courbes de variations, etc.) qui façonnent des images de la réalité en fonction de grilles de lecture, d’analyse, d'objectifs, d'évaluations, de décisions : une réalité construite, synthétique, représentée. Une réalité authentiquement virtuelle. Aux autres une réalité épaisse et consistante, avec laquelle on est bien obligé de se colleter, parce qu’elle est très concrète et qu'on a le nez dessus.

D’un côté une « réalité-à-distance », conceptuelle, distillée, concentrée ; de l’autre une « réalité-qui-est-là », et bien là. D’un côté une réalité-à-température-constante, une réalité de bureau et de dossier, climatisée, inodore et à l’abri des intempéries : une quintessence de réalité, quoi ; de l’autre une réalité de pleine mer, une réalité grouillante avec ses puanteurs, avec ses bruits et ses fureurs, ballottée en tous sens, livrée aux aléas climatiques et météorologiques.

D’un côté, la sécurité intérieure et extérieure en toute circonstance (c’en est au point que la chemise arrachée d’un DRH d’Air France provoque une tsunami aux répercussions mondiales : pensez, oser s’en prendre à la personne physique d'un Directeur des Ressources Humaines qui n'a fait que son boulot !) ; de l’autre, l’insécurité tant physique que morale de tous ceux dont le sort dépend des décisions prises à leur sujet.

Car tout le problème est là : Réalité 2 est façonnée par Réalité 1. Ceux qui y vivent subissent les conséquences des décisions prises par ceux qui en sont les prescripteurs qui, de leur côté, quoi qu’il arrive, ne s’estiment en aucune manière liés aux dites conséquences, au motif qu’ils « connaissent le dossier » et « savent de quoi ils parlent ». Superbement ignares d'un quelconque « principe responsabilité » (Hans Jonas), ils ne voudraient être considérés que comme les rouages consciencieux d'une grande machine nommée Nécessité.

Réalité 2 est devenue tellement virtuelle aux yeux des fonctionnaires au service de Réalité 1, que les décisions qu'ils prennent pour la façonner en fonction des exigences légitimes du service ne sauraient, pensez donc, entraîner de quelconques "dommages collatéraux". Leur action reste parfaitement inoffensive et sans conséquences néfastes : l'Etat grec est mis en demeure de rembourser intégralement ses créanciers, et pour s'en donner les moyens, doit diminuer les salaires, diviser les retraites par deux, en finir avec le système de protection sociale, accepter de privatiser tout ce qui constitue le bien public, bref, l'Etat grec est sommé de "se réformer" ("d'engager des réformes structurelles"). Et tant pis si le nombre de suicides explose, vu les conditions de vie intenables qui sont faites aux individus.

C’est une loi universelle : les décisions du prescripteur sont très rationnelles, et toujours prises pour le bien du plus grand nombre, mais en fin de compte dans l'intérêt de l'entité qui assure le gîte et le couvert aux dites décisions (et à leurs spadassins de signature). Aucune responsabilité ne saurait donc lui être imputée de ce qui arrive une fois que celles-ci sont appliquées.

C’est ainsi que Réalité 1 continue imperturbablement à raconter l’histoire : elle nous dit que, sur le front du chômage, la situation s'améliore aux Etats-Unis (3 ou 5% suivant les sources), en Grande-Bretagne (5,1% en 2016), en Allemagne (4,2% en 2016), à comparer avec la situation en France (9,7% INSEE). Conclusion des tenants de Réalité 1, sachant qu'une part du chômage, structurelle (3 à 5% maximum), est incompressible : tout va bien, sauf en France, mauvais élève. C'est évident, la création d'emploi est repartie à la hausse presque partout dans le monde (sauf dans les pays qui n'ont pas eu le courage de "se réformer"), et pour que cela se confirme dans la durée, pour assurer le bonheur de tous, n'en doutons pas, il faut faire sauter les verrous qui brident la croissance.

Syllogisme : en vérité, je vous le dis, la croissance est à notre portée. Or c'est la croissance qui sauvera le monde. Donc sainte Croissance doit être notre Graal.

Mais c’est curieux, il ne vient jamais à l’esprit des bons esprits qui répercutent ces chiffres, sur le ton tranquille de la placidité objective (comble de l'arrogance), de les « croiser » avec d’autres chiffres, remontés de Réalité 2, qui nous donnent un autre aperçu sur les choses. Par exemple, il semblerait qu’entre 10 et 15% des enfants (taux non vérifié) dorment dehors aux Etats-Unis et qu’un taux non négligeable d’Américains se nourrit grâce à la distribution de bons d’alimentation. De même, on compterait 13 millions de pauvres en Grande-Bretagne, 12,5 en Allemagne, 9 en France (mais la mondialisation a fait régresser la pauvreté dans les pays du sud, youkaïdi-youkaïda, "merci pour ce moment").

Les premiers de ces chiffres donnent le sourire aux économistes (sauf pour la France), les derniers devraient donner le vertige et la nausée à tous les autres. Ces deux humanités n’ont rien à se dire. Jusqu’à ce qu’un jour, les Américains élisent (soyons fous : imaginons l’inimaginable) Donald Trump.

Il y a donc Réalité 2, vivante et souffrante. En face, incompatible et intransigeante, il y a Réalité 1, ce monde de papier, ce garde-chiourme qui, la cravache des chiffres à la main, s'apprête à cingler le dos du pauvre monde jusqu'à ce que mort s'ensuive.

Voilà ce que je dis, moi.

mardi, 12 mai 2015

FOULE ESCLAVE, DEBOUT !

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Détail de surface vitrée.

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CONCESSION A L'ACTUALITÉ

Le chef de bureau (capitaine de pédalo n'était pas mal non plus) qui nous gouverne adore inscrire dès qu'il le peut son nom au fronton des temples symboliques où se pressent les foules prosternées devant les idoles actuelles pour rendre un culte dévotieux à ces modernes créatures de la propagande forcenée mise en oeuvre par « L'Empire du Bien ». M. François Hollande a donc accompli un « devoir de mémoire », en inaugurant un majestueux monument en souvenir des victimes de la traite négrière.

L'esclavage, ah, mesdames, voilà du bon fromage au lait qui vient du pays de celui qui l'a fait (chanson d'autrefois). Il est sûrement très beau, très majestueux, très grandiose, le mémorial de l'esclavage (Mémorial ACTe, texto), quelque part dans les îles caribéennes. Je veux croire que c'est une simple coïncidence, si un livre de 2002 vient d'être opportunément réédité : L'Esclavage expliqué à ma fille, de Christiane Taubira. La dame a sur la question un point de vue pour le moins sélectif, pour ne pas dire restrictif.

Nous sommes d'accord : l'esclavage est une honte. La preuve, c'est que personne ne se vante aujourd'hui d'avoir des esclaves, quand il en a. Quand on en trouve, par exemple en France (« esclavage domestique »), les gens font profil bas. Ils sont même condamnés par les juges quand on arrive à prouver les faits. 

Sans parler de l'Antiquité grecque et romaine, il y a eu depuis mille cinq cents ans, aux dépens de l'Afrique, trois esclavages successifs. 

1 - L' « esclavage africain » : noirs asservissant d'autres noirs vaincus dans des guerres "tribales". Celui-ci n'a jamais cessé et dure toujours (Niger, Mauritanie, ...). Les témoignages et reportages ne manquent pas.

2 - L' « esclavage islamique » : ce furent les Ottomans qui, à partir du 14ème siècle, allèrent, en direction des pays chrétiens (Europe orientale, Balkans), s'emparer militairement des jeunes garçons pour en faire des "janissaires", des cuisiniers, etc., au service de la "Sublime Porte". Jusqu'à ce que le Sultan d'alors décide de les exterminer pour les empêcher de lui disputer le pouvoir.

Mais les Arabes avaient depuis fort longtemps monté des expéditions guerrières à partir de la péninsule arabique et de l'Egypte à travers le désert pour aller s'approvisionner en humains dans les populations noires. Ils suivaient en particulier la « Piste des quarante jours », qui s'est constamment montrée beaucoup plus meurtrière que n'importe quelle traversée de l'Atlantique par un navire négrier. Cette traite a duré sept siècles (et bien davantage).

Aujourd'hui, ce ne sont plus des noirs, mais des Philippins, des Népalais et autres que les royaumes, émirats ou sultanats font venir pour leur faire subir un traitement qui n'a pas grand-chose à envier à l'esclavage (chantiers au Qatar en vue de la Coupe de 2022).

3 - L' « esclavage atlantique », le plus célèbre, le plus dénoncé, le plus reconnu. Il a été prospère pendant deux siècles. Voir la BD de François Bourgeon Les Passagers du vent (à partir du tome 3). 

Aucune de ces formes ne peut évidemment trouver quelque justification que ce soit. Mais à entendre, sur France Culture la semaine dernière, madame Taubira vociférer, dire sa haine (c'est elle qui prononce le mot), vomir son Niagara d'imprécations contre les sales occidentaux esclavagistes, l'auditeur pourrait croire que l'esclavage, sous sa forme "africaine" ou "islamique", est de la roupie de sansonnet.

Une simple anomalie sans conséquence. Presque pardonnable. Il faut l'avoir entendue réduire au silence tous les participants de l'émission, à commencer par l'animateur. Quand elle est là, c'est elle qui commande. C'est elle qui tient le crachoir. Elle a une revanche à prendre. Elle a quelque chose à venger.

On dirait que seul l'esclavage atlantique constitue un crime contre l'humanité. Madame Taubira est aussi culottée que Nicolas Sarkozy pour tirer la couverture à soi, mais en plus violent. Pour ne prendre de la vérité que ce qu'elle peut mettre au seul service de ses objectifs et de ses intérêts. Impunément. Arrogance et intimidation en sont les procédés. Et cette dame est ministre de la justice de la république française ! Pour faire la leçon à la république française, et non plus parler au nom de la RF. Quelque chose a dû m'échapper. Qui donc l'a autorisée à cracher sur la république qu'elle est censée représenter ? Devinez. 

Ne parlons pas de la "traite africaine" (les noirs n'aiment pas les noirs, voir les conflits entre Nuers et Dinkas, Hutus et Tutsis, etc.). Les différences entre la "traite islamique" et la "traite atlantique" sont de deux ordres :

a) Les Arabes montaient des expéditions militaires pour capturer au loin les hommes et les femmes dont ils avaient besoin. Les Européens se contentaient d'acheter les esclaves à des potentats locaux, en leur laissant le soin de les leur procurer. Les Arabes sont des guerriers, les Européens des commerçants. M'enfin, les rôles sont interchangeables ou complémentaires.

b) Les esclaves emmenés aux Amériques par les Européens le restaient toute leur vie et leurs enfants héritaient du statut, alors que les Arabes affranchissaient les leurs après une vie de bons et loyaux services, même si la discrimination ne cessait pas pour autant. 

Je rappellerai juste à la haineuse madame Taubira que, si l'esclavage a été aboli, ce n'est par personne d'autre que les Européens, disons les Occidentaux. Que, s'il existe des lois qui répriment l'esclavage, on les trouve en France et autres pays "évolués".  Et accessoirement, que ce sont les pays occidentaux qui ont aboli la peine de mort (à de notables exceptions près). C'est l'Occident, après tout, qui a inventé le Progrès (pas ce qu'il a fait de mieux, peut-être).

L'Occident est tout sauf innocent, mais sait parfois corriger ses fautes. Oui, ça arrive. L'abolition de l'esclavage en est peut-être l'exemple le plus flagrant. Vous êtes priée de ne pas l'oublier, madame Taubira : la raison et la république voudraient que vous laissiez là votre discours de haine.

Montrez, dites que vous aimez la France, madame Taubira. Que vous aimez la république que vous êtes supposée incarner. Faites-nous entendre que vous êtes une Française de cœur.

Si vous le pouvez.

Voilà ce que je dis, moi.

 

Note : Le choix du titre de ce billet (un fragment de vers du poème d'Eugène Pottier connu dans sa version musicale sous le titre L'Internationale) ne saurait être fortuit.  

lundi, 10 novembre 2014

LES MATINS DE FRANCE CULTURE

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J’ai donc tiré un trait sur la matinée de France Musique. A regret. Je n’en suis pas encore là avec la Matinale de France Culture. Heureusement. Après avoir cassé tant de sucre sur leur dos, je peux bien dire que Marc Voinchet et Brice Couturier ne sont pas encore tout à fait aussi insupportables que les deux équipes de musiqueux dont j'ai parlé. Qu'il leur arrive même de faire des parcours sans faute. Et même d'être brillants. Ce n'est pas tous les jours, mais après tout c'est normal. 

 

Que les chroniqueurs sont tous plus ou moins intéressants et pertinents. Comme de juste, ça dépend. A la notable exception irrémédiable de l’infernal curé moralisateur, prêcheur et brasseur des grands mots de l’air du temps qui donne des leçons à tout le monde du haut de son « gros doigt grondeur » pointé vers les coupables. (J'emprunte le "gros doigt grondeur" au Sarajevo Tango du dessinateur Hermann.)

 

Je parle du moderne nettoyeur d’écuries, du terrifiant khmer rouge, de ce Saint-Just (Savonarole ? Jochanaan ? On a l'embarras du choix) quoiqu'au petit pied, qui a nom EDWY PLENEL, qui tient en réserve force de piques pour, le jour venu, pouvoir y planter autant de têtes que voudra ce moderne Fouquier-Tinville.

 

Ce n’est pas tant le fait qu'il milite pour une République Irréprochable et qu'il dénonce la corruption des élites politiques. C'est très bien, c'est même louable, mais il le fait sur un ton, mais un ton, … pour tout dire, un ton qui rend indéfendable la cause qu'il défend. Ma parole, il se prend pour Bossuet montant en chaire pour apostropher le Roi et les puissants ! Mais n'est pas qui veut l'Aigle de Meaux, monsieur Plenel. Ne pas confondre l'ampleur de l'éloquence avec l'enflure de la suffisance. La quête morale ne justifie pas ces égarements de l'ego. 

 

Pour tout dire, il le fait dans un tel langage, avec de telles intonations, de tels accents dans la voix que ça me donne envie de corrompre ou d’être corrompu, enfin, de m'enfoncer dans la corruption avec délectation, rien que pour le contredire. Qu'on m'en donne seulement les moyens, et on verra. J’espère pour lui qu’il est vraiment intègre et que son niveau de vie correspond à ses ressources, sans ça je ne serai pas le dernier à manier le bâton (ou alors le « Ciseau à merdre et le Bâton-à-physique » du Père Ubu, j'irai même peut-être jusqu'au « supplice du petit bout de bois dans les oneilles ») à la prochaine prise de la Bastille.

 

Mais en dehors de ce sinistre personnage, les autres chroniqueurs, leurs propos, leurs prises de position, « ça dépend, si y a du vent, si y pleut … » (Fernand Raynaud, Le Fût du canon). Et puis c’est beaucoup affaire de préférences personnelles, de ses sympathies, de ses propres choix de vie, et au total cela m’amène à relativiser : si j’écoute encore les Matins de France Culture, ce n’est pas seulement parce que c’est bien pire sur les autres chaînes de radio, c’est aussi parce que je trouve ici – peu ou prou – mon compte.

 

Les invités aussi sont pour beaucoup dans le résultat final. Je persiste et je maintiens : consacrer certaines émissions à « l’invité politique » est le type de la fausse bonne idée. C’est même une exécrable caricature de bonne idée qui, comme de juste et de bien entendu,  ne saurait offrir autre chose que le son de cloche terriblement convenu et attendu émis par la personne, payée pour tenir le rôle qu’elle joue sur la scène « politique » française, comme en ont administré la preuve les derniers invités, Michel Barnier, Fleur Pellerin et Valérie Rabault. Je fais une petite exception pour Yannick Jadot, mais il n’était pas là seulement pour parler politique.

 

Non, monsieur Voinchet, vous ne leur ferez jamais avouer qu’ils ont eu tort : ils ont retenu la leçon reçue en son temps par Lionel Jospin. Il faut les comprendre : s’ils « fendent l’armure », s’ils font à votre micro preuve de sincérité ou passent aux aveux, ils savent qu’une meute aboyante et impitoyable se lancera aussitôt à leur poursuite, excitée par des piqueurs trop heureux de sonner un hallali et de les voir mis à mort politiquement. Accessoirement de faire de la place pour le gibier suivant.

 

Mettre un politicien devant ses contradictions, c’est toujours peine perdue : il vous servira, au choix, selon son talent de cuisinier et sa conviction d’homme intègre (comment en douter ?), de la langue de bois, de la dénégation, de l’argumentaire alambiqué, du raisonnement amphigourique, ou encore des chiffres qui prouvent irréfutablement qu’il a raison et qu'il n'a jamais, au grand jamais, menti.

 

Le cas des hommes politiques français pris dans leur ensemble étant désespéré, quel besoin France Culture a-t-il d’entretenir auprès de la population l’illusion qu’ils existent et agissent efficacement en procurant une tribune d’expression à ces gens minuscules qui ne maîtrisent rien d’autre (mais à merveille) que le discours bétonné qu’ils dévident et récitent complaisamment ? Ils sont tous amoureux du statu quo.

 

Pour les autres invités, j’imagine que dénicher des gens très au fait d’une situation, très compétents dans leur domaine et qui sachent à peu près se tenir devant un micro n’est pas une mission des plus facile. Parmi les plus récents, on ne peut nier ces qualités à Yves Coppens, bien qu’il n’ait plus grand-chose de foncièrement nouveau à apporter depuis son formidable Pré-ambules : les premiers pas de l’homme. Mais il a atteint un âge vénérable et mérite le respect. Et toujours le ramener à la découverte de Lucy (si possible in the sky), franchement, ça fait rengaine.

 

Je ne vais pas m’amuser à établir un tableau d’honneur, puis un tableau d’horreur, ce serait ajouter un palmarès personnel aux déjà trop nombreux qui paraissent pour satisfaire l’obsession moderne de l’évaluation et du classement (en notant au passage que c’est le moment que choisissent des « spécialistes » pour proposer d’abolir la notation à l’école : l’époque n’est pas à un paradoxe près).

 

Mais je pense au cas d’Alberto Saviano, dont j’avais lu avec intérêt et inquiétude l’excellent Gomorra. Qu’est-ce qui vous a pris, monsieur Voinchet, de l’interroger sur sa situation personnelle (cible des mafias, gardes du corps, …), alors que le sujet de son livre à lui seul méritait toute la place ? La dérive « people » et « presse à sensation » n’est pas loin.

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N’avait-il donc rien à dire de ses trouvailles sur les tenants et aboutissants des trafics de cocaïne ? Voilà qui aurait été intéressant. « Caramba ! Tout est à recommencer ! » (ou « Caramba ! Encore raté ! », au choix). Sur le même sujet, bien que plus général (l’auteur travaille sur l’économie criminelle et ses circuits financiers), je pense à Jean de Maillart, qu’il me semble au reste avoir entendu aux « Matins », il y a longtemps.

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Donner priorité à l’anecdote sur le fond, c’est d’ailleurs une tendance de l’animateur, qui focalise souvent ses questions sur la personne invitée plutôt que sur le sujet (un ouvrage récemment paru, par exemple) qui a motivé sa venue. Une autre tendance regrettable est cette manie qu’il a de ramener le propos à des formules connues, à des références au passé, à des situations, à des catégories, voire à des lieux communs, alors qu’il faudrait amener la personne à creuser ce que sa démarche et son travail apportent de vraiment nouveau. L’impression qui se dégage de cette façon de procéder est celle d’un échange superficiel : au bout du compte, on a effleuré l’essentiel. J’ajoute que ce n’est pas toujours le cas.

 

Si j'avais un souhait à formuler pour l'avenir, ce serait, monsieur Voinchet, de vous prier d'en finir avec cette impression de sprint permanent, véritable carcan communicationnel. Je ne suis pas sûr que ce soit en votre pouvoir, même si vous êtes d'accord avec moi. Mettons que je ne comprends rien aux nécessités qui commandent aux orientations d'une chaîne de service public, et n'en parlons plus.

 

Dernière observation (attristée) sur l’évolution de France Culture en général et des Matins en particulier : sauf erreur de ma part, en 2013, la « grille d’été » a été mise en place fin juillet, mais en 2014 dès la fin juin, et pour huit ou neuf semaines au lieu de cinq. Sachant que Marc Voinchet et Brice Couturier sont employés comme « Intermittents du Spectacle », j’en conclus que France Culture fait des économies budgétaire, en laissant l'ardoise à l’UNEDIC.

 

Encore bravo, le service public !

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

FIN

 

dimanche, 09 novembre 2014

LES MATINS DE FRANCE MUSIQUE

4

 

Bon, je critique, je critique, mais ça ne m’empêchera pas de continuer à écouter la « Matinale » de France Culture. De toute façon, je souffre d’une allergie si forte à l’intoxication publicitaire et au harcèlement auquel se livre, du trisaïeul à la dernière née en passant par la ribambelle des oncles, tantes et cousins, toute la famille proliférante de l' « Entertainment » qui répand ses ravages dans toute la sphère médiatique en général et dans les chaînes de radio en particulier (même France Inter), qu’en comparaison, France Culture fait figure d’oasis d’intelligence raffinée dans le désert de la vulgarité commerçante et bourreuse de crâne. Je tiens d'autres comparaisons tout aussi flatteuses à la disposition des maîtres de la chaîne.

 

Je regrette tout au plus de constater que le prurit du saucissonnage des tranches horaires a gagné d’autres chaînes. Du coup, tout le monde est pris des mêmes démangeaisons : « Est-ce que ça vous chatouille ? Ou bien est-ce que ça vous gratouille ? ». Prenez France Musique entre 8 et 12 heures, qu’est-ce qu’on entend ? On a regroupé dans ce créneau (un morceau de roi, que dis-je, un pavé) deux émissions précédentes : l'une, sur une heure et demie ou deux, de 7 à 9, s'occupait de l'actualité des spectacles de musique ; l'autre, en fin d'après-midi, traitait de l'actualité du disque. On en a fait un parallélépipède compact : quatre heures. Sans doute pour écraser le matin entier d'un seul coup. Un pousse-au-crime, je veux dire une invitation à zapper, et même à couper l'antenne. Ou alors à passer l'aspirateur, pour couvrir.

 

De 8 à 10, un couple très accueillant, très gentil, très gai, très convivial – appelons-les Vincent et Nicolas – se renvoie la baballe, interrogeant Untel ou Unetel, passant du coq à l’âne, puis d’un extrait du Trouvère au dernier rap d’Akhenaton, du chant de la Renaissance au jazz, de Beethoven à Sylvie Vartan. La pop music, la « musique contemporaine » et les « musiques ethniques » ne sont pas oubliées.

 

J’exagère à peine (cherchez l’intruse, et encore, je ne suis pas sûr). « Il en faut pour tous les goûts, monsieur ». Paraît-il. Je réponds que c'est de la pêche au filet à mailles fines, vous savez, celui qui attrape absolument tout, jusqu'aux alevins, quitte à jeter ensuite par-dessus bord l'auditeur qui ne fait pas la maille ou qui appartient à une espèce immangeable.

 

Toujours cette obsession d'ouvrir la chaîne, de conquérir de nouveaux publics, d'accroître l'audience. Sur la base de ce raisonnement infernal : « Celui qui renonce à croître et embellir est condamné à dépérir ». Il faut changer, et on nous l'a seriné : le changement, c'est maintenant. Vivons heureux en attendant la mort, répondait Pierre Desproges. Définitif comme un absolu moral.

 

En fait, il s’agit simplement d’une émission conçue et organisée pour faire la promotion des gens qui font de la musique. Quelle musique ? Toutes les musiques. Quels gens ? Toutes les sortes, je vous jure. Cela fait très bien dans un cahier des charges : pas d'exclusive, on est tolérant, on est très ouverts à tout.

 

Traduire : surtout ne pas choisir, car choisir c'est éliminer, or éliminer c'est juger, or il est interdit de juger, donc on prend tout, sans discrimination – en profanant, sous le coup d’un arrêt pris par les autorités de la novlangue, sans doute sans le savoir, en prostituant le magnifique vocable de « discrimination » aux origines si nobles, et si exact dans son vrai champ d'application : renoncer à discriminer, c'est, au sens propre, perdre le jugement. Mais l'esprit s'est désormais égaré, il bat la campagne. On appelle ça « l'ouverture à tout prix ». On a même ouvert les asiles de fous, c'est vous dire. 

 

On prend tout. Aussi excellent dans un budget prévisionnel que de citer les nanotechnologies dans un dossier en vue d'un financement, quand on est un laboratoire de pointe en quête de subsides pour la recherche (argument décisif par les temps qui courent). Quoi qu’il en soit, attendez-vous à deux heures entièrement coupées en tranches minces, napolitaines. Le principe de fabrication de la pâte feuilletée, sauf que là, les couches, étant incompatibles, ne se mélangeront pas et continueront à vivre chacune dans son ghetto. La mayonnaise fout le camp en vinaigrette.

 

Là encore je citerai la chanson Embrasse-les tous de Georges Brassens : « Cœur d'artichaut, tu donnes une feuille à tout le monde ». Un communautarisme sourcilleux a contaminé France Musique, dans la joie et la gaieté. La recette ? La même que celle qu'appliquent les « DJ » : le « sampling », ou échantillonnage. Vous savez, ça consiste à couper, coller, couper, coller, couper, coller, ... Appelons-ça de la création, et passez muscade.

 

L'invité (l'autre jour le dessinateur Cabu) est même sommé de la boucler pour écouter un intermède musical en direct (le même jour, un guitariste). Cabu est bien gentil de se taire pour écouter une musique dont il n'a strictement rien à cirer. Lui, son truc, c'est Cab Calloway et Charles Trénet. Tiens, demandez-lui de chanter Mam'zelle Clio, la prochaine fois que vous le verrez : « Mam'zelle Clio, Mam'zelle Clio, La première fois, je me rappelle, C'était chez des amis idiots ». Trénet, c'est aussi ma longueur d'onde (entre autres).

 

Mais j'ajoute que nous aussi, auditeurs, nous sommes bien gentils d'écouter des musiques dont nous n'avons rien à faire. - Vous manquez à l'exigence de tolérance, monsieur. - Eh bien tant pis ! J'appuierai sur le bouton pour éteindre votre radio, et vous n'en saurez rien.

 

De 10 à 12, changement d'équipe, mais topo identique, sauf que là, c’est moins la promotion des acteurs vivants de la scène musicale que la publicité pour les traces matérielles et sonores qu’ils laissent ou ont laissées dans l’histoire de la reproduction musicale. En clair : on promotionne le disque. On est payé pour ça : on croule sous les envois des maisons de disques, et toutes attendent au moins une petite fenêtre publicitaire pour leurs produits chéris.

 

C’est vrai qu’il y a du choix, je veux dire que le couple là encore très accueillant, très gai, etc... qui mène l’embarcation – appelons-les Emilie et Rodolphe (que Denisa Kerchova appelait "rudolfino", ce qui n'avait pas l'air de lui plaire) – s’efforce de faire partager les goûts très éclectiques de l’un ajoutés aux goûts très éclectiques de l’autre, le tout additionné de ce que la maison reçoit des labels de production. Moralité : il y en a pour tous les éclectismes : du plus contemporain au plus préhistorique. Plus éclectique, tu meurs !

 

Le mot d'ordre impérial, impérieux et impératif, c'est : « Gloire au Multicul ! Tout pour le Multicul ».  J’exagère à peine : « multi » devant « culture », c'est aussi impressionnant pour les donneurs d'ordre et les accordeurs de budget que « nano » devant « technologie ». Nous sommes enjoints (par qui ?) de favoriser l'avènement de la « Société multiculturelle ».

 

Or il n'y a pas plus multiculturel que moi. Simplement, ça me dégoûte quand ce qui devrait se contenter de rester un simple fait observable, tout juste un effet découlant d'une longue pratique, devient un Commandement dans de nouvelles Tables de la Loi. Quand ce qui aurait dû rester une modeste, une humble conséquence découlant de certains choix d'existence est statufié pour être élevé sur le piédestal majestueux des Buts, des Fins et des Conditions sine qua non (expression qu'il faut écrire "sinéquanone" pour faire moderne). Quand l'effet se divinise en Principe et en Exigence.

 

Bref, entre la promotion des personnes (8-10) qui font la « musique vivante » et la promotion des disques (10-12) sûrement mémorables qui viennent de paraître, sachez que désormais, sur France Musique, pas moyen d’échapper à la publicité, à l’interview complaisante, à l’émerveillement dévotieux et à toutes les manifestations possibles d’admiration fervente. Un petit sucre cependant dans l'acidité de cette remarque : Munéra et Bruneau-Boulmier ne se gênent pas pour aligner les disques, chefs d'orchestre ou solistes dont la tête ne leur revient pas. Il faut dire qu'il ne les ont pas en direct, et ça, ça facilité peut-être.

 

Qu’on se le dise : les Matins de France Musique sont une succursale de Publicis, Havas et Séguéla (l'auteur inénarrable mais révélateur comme un aveu de classe de : « Quand on n'a pas de Rolex à cinquante ans .... ») et compagnie.

 

On pourrait dire aussi que France Musique le matin, c’est l’équivalent radiophonique de « Télé-Achat ». Il faut vendre. Quels terribles temps nous vivons !

 

J’ai tiré un trait sur France Musique le matin.

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

vendredi, 07 novembre 2014

LES MATINS DE FRANCE CUL

FRANZ KULTUR, MON POTE, VRAIMENT ?

 

2

 

Monsieur Voinchet, est-ce que, au lieu de caler votre extrême vigilance sur l’impitoyable pressing du chronomètre, vous ne pourriez pas penser un moment au confort de l’auditeur ? Après tout, qui vous oblige à charcuter votre grille de programme pour en bourrer jusqu’à la gueule - comme un gigot de gousses d'ail - chaque seconde de chaque case, pour que, après en avoir coché un par un les items énumérés dans le cahier des charges, vous estimiez que tous vos « clients » et toutes vos « cibles » en ont pour leur argent ? La frénésie du remplissage est mauvaise conseillère : voyez les programmes d’HistéGé au lycée : tout le monde les trouve bourratifs et indigestes, à commencer par les profs. Sans parler de l'impression de sprint permanent. 

 

Est-ce être hideusement élitiste, pour une chaîne de radio, que de proposer un schéma de déroulement qui ne soit pas par principe haché menu parce qu'on a la trouille d'omettre ce qui intéresse telle partie du « panel » ? Omettez, monsieur Voinchet, omettez donc, ce ne sera pas bien grave. Demain est un autre jour. Qui vivra verra. Ne remets pas au lendemain ce que tu peux faire après-demain. 

 

« Ne vous inquiétez donc pas du lendemain ; car demain aura soin de lui-même. A chaque jour suffit sa peine » (Matthieu, VI, 34). Et toute cette sorte de choses. Jacques Lacan ne disait-il pas lui même : « Je dis toujours la vérité : pas toute, parce que toute la dire, on n'y arrive pas. La dire toute, c'est impossible, matériellement : les mots y manquent. C'est même par cet impossible que la vérité tient au réel » (Télévision, p. 9) ? "Je dis toujours la vérité : pas toute" : belle sagesse lucide. J'ajoute : rien ne sert de courir après, on ment toujours à point.

 

Je sais, je sais, vous allez me dire : les normes de la radio, les traditions de la profession, l'angoisse et l'interdiction du "blanc", le devoir de remplissage, la productivité de l'instant, la rentabilité de la minute, ne rien laisser perdre, et tout ça ... Permettez-moi de vous renvoyez à la sculpture classique et à l'opposition qui voit s'y affronter la « via di porre » et la « via di levare ». Ou (mais c'est la même pente) à un propos du compositeur Takemitsu Toru : « Contrairement à la musique occidentale, dont l'objet est de remplir l'espace sonore jusque dans ses moindres interstices, notre musique ne cherche qu'à enlever des morceaux au silence » (je cite en substance).

 

Et puis franchement, à quoi bon ces « Matins » autour d’un « invité politique » ? Un de ces importants personnages vous a-t-il un jour par hasard appris quelque chose que vous ne saviez pas ? Ces porteurs de la parole officielle sont en mission de « com. » : pensez-vous faire dévier leur langue vers autre chose que le bois dont elle faite et qu’ils ont longuement appris à façonner, à polir et à cirer, sans jamais rien changer à sa rigidité cadavérique ? Vous ne pouvez ignorer qu'ils récitent leur leçon. Et qu'ils ne sortiront pas de là.

 

La louable insistance déployée pour leur faire avouer d'autres vérités que celles dont ils se sont bardés avant de venir a quelque chose de pathétique pour le journaliste qui s'y essaie. La chasse au scoop sur France Culture : on aura tout vu !!! Laissez donc cela à de plus veules, monsieur Voinchet.

 

Quelle affaire, vraiment, que d'apprendre que Machin et Truc ne voteraient pas avec leur groupe au cas où ne figurerait pas, à l'alinéa 6 de l'article 4 du chapitre III de la loi sur la réglementation de la forme des trombones à coulisse, l'amendement qu'ils avaient déposé « en temps et en heure » sur le bureau de l'Assemblée. Gardez aux événements leur dimension, et ne faites pas, s'il vous plaît, d'une souris parlementaire un éléphant national.

 

Pour le reste, ah c’est sûr, avec trois invités, vous avez composé une table très animée, endiablée même. Mais vous avez inévitablement fabriqué, comme dans les « débats » télévisés, des confettis de points de vue, des bribes de pensées, des miettes d’analyses, des moignons de mises en perspective. Cela donne des raisonnements tronçonnés, éparpillés, découpés en fines rondelles : « Cœur d’artichaut, tu donnes une feuille à tout le monde » (Georges Brassens, Embrasse-les tous).

 

Exactement ce qu’il faut pour l’époque, le mot d’ordre étant, semble-t-il : « Comment peut-on le plus efficacement empêcher les gens de penser ? ». C’est adopter la stratégie de l’insecte butineur : passer de fleurs en fleurs, cueillir le pollen. La différence, c’est que c’est alors à l’auditeur de se débrouiller, dans sa petite ruche personnelle, pour fabriquer son miel comme il peut avec les pétales de ce manteau d’arlequin dont il lui faudrait recoudre les morceaux dans le bon sens pour se faire une idée de l’ensemble.

 

Je vais même vous dire pourquoi ce n’est vraiment pas bien du tout, de procéder ainsi : c’est le propre de gens qui, pris dans la stase de l’expectative, n’ayant pas développé un regard personnel sur le monde, ni ne possédant la volonté, l'autorité et le savoir-faire pour l'imposer, ne voulant surtout manquer aucun des avis émis sur une question donnée, au cas où l’un d’eux serait porteur de la vérité (on ne sait jamais, ah, pouvoir dire : « Ça s’est passé dans mon émission » !), donnent la parole à tous les « conseillers » sans se préoccuper de la route.

 

Cette façon de faire, j’ai le regret de vous le dire, fait irrésistiblement penser à la stratégie d’un certain François Hollande, qu’un seul mot résume : « La Synthèse », déesse de la religion de ceux qui n’osent pas choisir, de peur de fâcher quelqu’un, et qui remettent la décision de leur choix aux calendes lointaines où sera célébrée la fête de Saint Consensus. N'est-ce pas vous qui disiez récemment : « En avant calme et droit » ? N'était-ce qu'une boutade ?

 

L’effet de ces émissions mues par le zapping permanent est le même qu’avec un stroboscope dans une boîte de nuit. Entre l’animateur, son acolyte Brice Couturier et (supposons) les trois invités, chaque interlocuteur dispose, grosso modo, d’une dizaine de minutes pour aller jusqu’au fond de sa pensée. Dix pauvres minutes ! Tout ce petit monde ne se doute pas que l’auditeur, pour mémoriser et digérer ce qui se dit, a besoin d’un minimum de continuité, s’il veut espérer comprendre ce qui se passe. "Faire comprendre" : c'est sûrement votre but, monsieur Voinchet. Enfin, j'ose l'espérer.

 

Le point culminant à cet égard a été atteint chaque fois que l’équipe de la « Matinale » s’est délocalisée (parfois au complet ?) là où l’actualité brûlait de toute incandescence : Tunisie (trois intervenants cette fois-ci, mais combien les fois précédentes ?), Egypte, Syrie, Ukraine, Israël, Palestine, … Soit dit par parenthèse, vous croyez que c'est en vous rendant sur place que vous pourrez mieux faire comprendre ce qui s'y passe ? J'ai plutôt l'impression que France Culture obéit ainsi à un slogan digne d'une boîte de com. : « Il faut bouger ! Dynamisme ! ». Sinon ça frise l'immobilisme. La catatonie, voilà l'ennemi !

 

Vous aviez parfois une demi-douzaine de personnes autour de la table, si bien que la moyenne de temps de parole descendait à presque rien, le temps d’un « speed-dating » un peu copieux. Vous choisissez alors le « choc des photos » contre le « poids des mots ». Un comble, pour votre radio ! Essayez donc de vendre votre salade dans ces conditions ! Tout le monde sort frustré, avec l'impression d'avoir mis son nez trop tôt et trop près de la marmite, je veux dire de l'événement. Il y a une distance à trouver. Fabrice en plein milieu de Waterloo ne comprend strictement rien à ce qui se passe. Prenez du recul, monsieur Voinchet.

 

La direction doit se dire : « Plus c’est chaud, plus c’est bon pour l’audience ». Moi, j’ai le tort de préférer les commentaires portés à froid : ils ont eu le temps de mûrir, de s'élaborer pour former des perspectives. Aux pollutions des mouches qui se nourrissent sur le dépôt encore tiède tombé du généreux, large et prolixe anus de l’actualité, je préfère en effet le distillat obtenu après le temps nécessaire à la collecte des données, et surtout après leur digestion par un cerveau retiré des feux de la rampe, que l’on invite à développer l’essentiel du travail qu'il a effectué.

 

Je crois même que c'était précisément cela que recherchaient les « vieux » auditeurs de France Culture. « Fait pas bon vieillir », me dis-je. Par exemple, pourquoi ne pas attendre l’annonce officielle des résultats des dernières élections tunisiennes pour vous mettre à en parler ? Cela fait un peu « La Légion saute sur Kolwesi ». Alors là, non, merci.

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

jeudi, 06 novembre 2014

LES MATINS DE FRANCE CULTURE

FRANZ KULTUR EXISTE, JE L’AI RENCONTRÉ

 

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C’est vraiment devenu quelque chose de pas grand-chose, « Les Matins de France Culture ». Et moi qui m’y étais réfugié pour fuir certaines dérives de France Inter qui, en dehors de quelques îlots où la survie est encore possible, rendent trop souvent la chaîne inécoutable ! Je ne parle même pas de RTL, Europe 1, RMC et tutti quanti, dont les avenues si fréquentées sont jonchées de tant de légions de cadavres publicitaires que la simple odeur putride de leur écoute est depuis longtemps insoutenable et rédhibitoire.

 

Depuis que les décideurs ont décidé d’ « ouvrir la chaîne » (sans doute jugée trop « élitiste » par quelque instance suprême, alors que moi, qui ne fais pas partie de l’élite, je la trouvais de loin la plus « écoutable ») et d’ « accroître son audience », je ne sais plus où fourrer mon oreille le matin pour trouver quelques échos du monde qui ne soient pas dictés par l’urgence de l’actualité, les derniers rebondissements intervenus dans tous les feuilletons guerriers qu'elle tourne en permanence ou les exigences de l’audimat. Les échos du monde, je les apprécie quand la vague de l'urgence s'est retirée, quand la mousse de l'écume s'est évanouie, quand on peut enfin commencer à essayer de comprendre ce qui s'est passé.

 

J’exagère, je sais. Et ce n'est pas fini, peut-être que c’est devenu une habitude. Mais il fut un temps, peut-être pas si ancien, où l’auditeur avait le temps de prendre son temps : celui d’écouter un(e) invité(e), très souvent remarquable, qui venait pour éclairer, approfondir, développer. Longuement.

 

Maintenant, il faut paraît-il faire comme Jean-Luc Delarue qui animait jadis l’émission télé « Ça se discute », et qui invitait sur son plateau, par exemple, un juif et un nazi. L’esprit de ce genre d’émission est très simple : il faut que ça castagne, que ça cogne, que ça saigne. Sur la base du raisonnement primaire « Les gens veulent du spectacle, on va leur en donner ». Avec (qui sait ?) en ligne de mire l’audimat et les flots de pubs et d’argent qui vont avec. Résultat, mon copain Franz Kultur a l’haleine chargée. J'exagère, je sais. Je sais surtout que c'est pire ailleurs.

 

Du temps de Nicolas Demorand, d’Ali Baddou (déjà parfois agaçants de frénésie) et même, si je me souviens bien, de Marc Voinchet à ses débuts, on était à l’abri de ce canardage en règle, soigneusement programmé. Il n’en est plus de même. Voilà que France Culture se met à courir après l’audimat. Et sa « Matinale » à partir dans tous les sens : l’invité est désormais au nombre minimum de deux, souvent davantage. Tu comprends, coco, il faut proposer à l’auditeur la pluralité des points de vue.  

 

Mais pour le coup je le dis tout net à monsieur Poivre d’Arvor (Olivier), directeur : « Ça se discute, monsieur ! ». Il ne faudrait pas confondre l'étendue et la profondeur. Le pilote de l'émission a choisi l'étendue. Je préfère la profondeur, au motif (arithmétique) que plus c'est étendu, moins c'est profond. C'est comme la confiture culturelle : moins c'est épais, plus il faut l'étaler. Sans compter qu'inviter un « spécialiste » en le flanquant de plusieurs autres pourrait à bon droit être considéré par lui comme une marque de défiance et/ou de manque de considération.

 

Et puis, monsieur, pourquoi faut-il à tout prix « élargir l'audience »  : « Chers auditeurs [Tewfik Hakem l'autre matin, tout fiérot], merci d'être de plus en plus nombreux à nous écouter et à nous podcaster » ? Mais qu'est-ce que ça peut me faire, l'audience, si je trouve mon compte à entendre ce que j'entends ? On dirait que le gars est payé au rendement, ma parole. Intéressé au résultat, peut-être ?

 

En dehors d’exceptions notables (le juge Marc Trévidic un de ces derniers matins, et encore, le secret des enquêtes lui mettait un bœuf sur la langue), l’auditeur est privé de sa sonate du matin, pour se voir forcé d’ingurgiter un pâté sym-caco-phonique orchestré par un descendant de Bruckner ou de Boulez, qui n’a d’équivalent comestible que le kouign-amann breton ou le christmas pudding grand-breton, dont il est bien connu qu'il faut l'attaquer au burin. Il faut en effet se farcir … se farcir quoi, au fait ?

 

Dans le meilleur des cas, ça passe. Prenez lundi 3 novembre, deux fins connaisseurs du Burkina Faso, un militaire-ancien-ambassadeur à « Ouaga » (la capitale, à ne pas confondre avec « Bobo » (Bobodioulasso), dont les habitants, c’est bien connu, sont les « Bobolais ») et un anthropologue très au fait des tenants et des aboutissants de la situation : un régal, parce qu'à la fin, vous avez saisi au moins quelques fils de l’embrouillamini dans lequel la France a fourré les doigts (Blaise Compaoré grand ami de la France !).

 

Prenez maintenant mercredi 5, avec trois intervenants. Très intéressant, l'essentiel a été dit, je crois, sur ce qui bloque au barrage de Sivens. Cette fois, ce sont les deux animateurs qui, sous couleur de jouer les « avocats du diable » et de ne pas laisser les invités dérouler des discours convenus, nous ont « brouillé l'écoute ». Il ne faut pas confondre "empêcher le doctrinaire de ronronner" et "concert de casseroles pendant le quatuor à cordes". Mais, à part le bouton de la radio, l'auditeur est assez démuni de moyens de les faire taire.

 

Car autant le dire : le meilleur des cas est rare. La plupart du temps, ça donne une panouille (qui peut virer à l'exécrable) dont l’animateur essaie de garder les fils conducteurs en main, mais dont l’auditeur sort frustré, exténué, furieux, pantelant. Et surtout perdant. L’animateur tâche tant bien que mal de distribuer la parole, mais je vais vous dire, ce genre de saute-moutons est le plus souvent pénible à suivre. A cause de la segmentation due à la pluralité des invités.

 

Car si vous faites le compte (20 minutes de 7h 40 à 8h + 30 de 8h 15 à 8h 45 = 50 minutes), plus vous avez invité de monde (« plus on est de fous, plus on rit »), moins chacun a le temps de s’exprimer. Il faudrait d’ailleurs minuter le temps de parole de l’animateur. Ah, l’animateur, rien qu’à l’entendre couper la parole sans peur, sans cesse et sans vergogne, qu’est-ce qu’il a besoin de s’exprimer ou de montrer qu’il a bossé son sujet ! On le prendrait parfois pour l'invité principal. Qu'est-ce qu'il cause, Marc Voinchet ! Brice Couturier, son âme damnée, est plus discret, mais il lui arrive à l'occasion d'être envahissant et même étonnamment péremptoire ou imbu de sa vérité.

 

Je suis sûr que si Voinchet s’invitait lui-même, il serait intarissable. Il serait capable de se couper la parole avant d'avoir eu le temps de se répondre. Il devrait s’inspirer du juge Roy Bean (Le Juge, un Lucky Luke, Dupuis, édition souple, p. 44) qui, lors du procès qu’il dirige contre lui-même, se tait après la question, le temps de faire le tour pour se mettre à la place de l’accusé, avant de reprendre, en refaisant le tour, la place du juge : ça repose le lecteur. En plus, ça l'amuse. On appelle ça le « rythme » (vif-lent-vif), qu'il ne faut pas confondre avec le « tempo » (la noire à 120).

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Je sais bien que vous avez l’œil sur votre sacro-saint « conducteur », mais lâchez un peu la pression, monsieur Voinchet : la vraie culture a besoin de sérénité. Cessez de donner à tous les échanges cette inutile et horripilante couleur d’urgence. Ça finit par être du harcèlement sonore. Ou alors faites comme le Parti Socialiste, l'UMP ou le Front National : changez de nom. S'agissant de France Culture, il faudrait juste supprimer le deuxième terme. J'exagère, je sais.

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Prenez exemple, monsieur Voinchet.

Voilà ce que je dis, moi.

 

vendredi, 25 avril 2014

EUROPEENNES : VOTEZ PROUT !

La Grèce va mieux. Youpi !

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Le Monde daté du 23 avril nous invite à l'optimisme. C'est dans son supplément

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 Mais catastrophe ! Le même jour, dans le corps du journal cette fois, dans la rubrique « International », voilà ce qu'on lit (page 5) :

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Avec, extraite de l'article, une citation synthétisant un point essentiel :

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Je suis perdu. Dites-moi, je vous en supplie, qui il faut croire. Est-ce  Le Monde ? Ou alors est-ce Le Monde ? Quelle main faut-il serrer ? La droite, qui se félicite de la bonne santé des banques ? La gauche, qui présente un bilan de la mauvaise santé des individus ? Eh bien ça dépend de ce qu'on regarde, les vrais gens ou l'argent. Mais on risque de se démancher la vision et de se mettre à loucher.

Belle image de ce qu'est l'Europe : entre les gens et l'argent, l'Europe a fait son choix. Les gens ? Peuvent crever ! L'argent ? Faut le sauver ! Le Monde, lui, se contente de relever, d'enregistrer et de juxtaposer les deux informations. Neutre, on vous dit ! Neutre jusqu'à la moelle des os. Plus neutre, tu meurs ! Comme un Grec ! Stoïque !

Brice Couturier, chroniqueur sur France Culture, a lui aussi fait son choix : il se félicite de la santé retrouvée des banques grecques. Il s'est rangé fièrement du côté de l'Europe. Tant pis pour les Grecs concrets. Brice Couturier n'aime pas les gens.

A la place des Portugais, je me méfierais : la "troïka" s'intéresse de près aux finances (donc aux banques) du Portugal. Faites gaffe, le peuple ! Faites gaffe les vrais gens ! Faites gaffe, les individus vivants ! Quand la structure se porte à merveille et que l'individu agonise, il y eut un temps où il y avait des Hannah Arendt pour appeler ça "totalitarisme".

Une belle preuve que l'Europe telle qu'elle se fait aujourd'hui n'a pas de plus grand ennemi que la chair et les os des peuples, quand ils se permettent de péter de travers. Et même plus simplement quand ils se permettent d'exister. Et je ne parle pas de l'Ukraine.

Un seul bulletin dans l'urne aux européennes : votez

 

PROUT !

 

Et ce n'est pas le rapport que vient de publier Transparency International qui risque de me faire changer d'avis (mes excuses pour le choix du site auquel renvoie le lien : j'ai pris le premier venu, et j'ignore tout du PRCF, même si je me doute "d'où il parle").

 

 

 

 

jeudi, 12 janvier 2012

SONDAGE ET POLITIQUE : LE BOCAL

Résumé : L’action politique est réduite à l’étude des sondages, la politique est réduite à l’action publicitaire, le politicien est réduit à vendre des aspirateurs et des encyclopédies au porte-à-porte.

 

 

Le problème de la politique, en France plus qu’ailleurs du fait de particularités particulières, c’est que deux entreprises se partagent le marché, et que chacune aimerait bien grignoter la part de l’autre, ou des T. P. E. (très petites entreprises) qui font semblant de jouer le même match. Tout ce qui s’appelle « vie politique » en France, est accaparé par deux usines, dont chacune prétend régner à elle seule sur le marché. Non, je devrais dire deux entreprises complices dans ce qu’on peut appeler un délit d’entente illicite.

 

 

Les produits ne sont pas très différents l’un de l’autre. Plus de social et de redistributif pour bien claironner qu’on est « à gauche ». Plus de sécuritaire et de libéral pour que l’image de marque de « la droite » soit aussitôt identifiée et mémorisée. Mais à part ces petits « marqueurs identitaires », allez, soyez sympas, dites-moi ce qui les différencie, les deux V. R. P. ? Rien ! Que dalle ! Pas lerche ! Peau de zébi !

 

 

La trublionne cataloguée sur le bord tout à fait droit de l’échiquier l’a bien compris, et ce n’est pas idiot du tout, de dénoncer l’U. M. P. S. Elle a même raison. A voir la peur qu’elle déclenche à droite et la haine qu’elle déclenche dans les cercles de la bien-pensance de la gauche morale, tiers-mondiste et « solidaire », les lignes de production des usines citées risquent de se trouver bientôt perturbées.

 

 

Le dernier Charlie-Hebdo, un torchon bien dans cette ligne, présentait la semaine dernière, parmi les caricatures des candidats, celui de la fifille à son papa sous la forme d’un énorme étron fumant au beau milieu de la page. C’est facile et rapide : ça évite de se lancer dans d’ennuyeuses et subtiles analyses du phénomène Front National, et de se demander si ce succès annoncé (je demande à voir) ne pousse pas sur le répugnant fumier U. M. P. S.

 

 

Le roquet BRICE COUTURIER, qui aboie sur France Culture dès que la silhouette d’un « facho » se dessine dans le paysage, se demandait, lundi matin (9 janvier), si les deux journalistes du Point (SOPHIE COIGNARD et ROMAIN GUBERT) qui viennent de publier une charge contre L’Oligarchie des incapables, ne « faisaient pas le jeu du Front National ».

 

 

Aboyons le moins possible contre la classe politique vermoulue qui nous gouverne ou y aspire, nous aboie le roquet BRICE COUTURIER, car, chut, ça « fait le jeu du Front National ».

 

 

Il ne vient pas à l’esprit de ce monsieur, habituellement intelligent, raisonnable et parfois percutant, de se demander si ce n’est pas précisément au spectacle offert par les Arlequin, Pantalon et autres Matamore qui nous gouvernent et hantent les plateaux de télé munis de leurs « éléments de langage », que nous devons le pronostic d’un Front National à 30 % publié en une de Libération ce même 9 janvier. 

 

 

C’est vrai que Libération fait fort avec sa une : un gigantesque 30 % (plus de 10 cm) joue les grenades dégoupillées en haut de la page. La phrase apporte un sérieux correctif à l’effet bœuf produit par la maquettage : « 30  % n’exclueraient [sic !] pas de voter Le Pen » (notez la superbe faute sur « exclure », et on est en « une »). Notez la formule « n’excluraient pas » : en clair, ce n’est pas complètement inenvisageable, mais bon, ce n’est pas fait. Notez aussi, bien sûr, le conditionnel.

 

 

Le mot d’ordre de cette une : la montagne de l’image, la souris du résultat. Pour vous en convaincre, jetez un œil en bas de page 3. Vous savez combien ils sont, dans le sondage, à souhaiter la victoire de MARINE LE PEN ? Ils sont 15 %, pas un cheveu de plus. La moitié. Ils sont de plus en plus honnêtes, à Libé. C’est présenté comme un « sondage exclusif ». Bien sûr, coco : tu l’as acheté avec le pognon que je donne pour acheter ta feuille de chou.

 

 

En fin de compte, les sondages tiennent un discours. Les politicasseurs, qui ont lu ce discours, élabore leur propre discours à partir de là, au sujet duquel on va faire des sondages pour tester l’impact du discours, et c’est reparti pour un tour. La machine s’auto-alimente.

 

 

On pourrait même soutenir que la pratique du sondage fabrique du discours qui s’auto-proclame « politique ». Ce que nous disent nos responsables est directement induit de ce que leur apportent les sondages. C’est la machine folle, qui fonctionne pour elle-même, sans considération pour quelque autre réalité. Du fictif qui produit du fictif, qui produit du fictif….

 

 

Ça me fait penser à GOTLIB : « C’est comme le pot-au-feu, c’est meilleur à chaque fois ». C’est dans l’intégrale de la Rubrique-à-brac, page 329. C’est intitulé « La Vache ». L’auteur nous fait partager sa vision épique de la digestion de l’herbe qui se passe dans le circuit compliqué, entre l’estomac de l’animal et la cavité buccale. « Et ça remet ça. – C’est reparti comme en 14. – Ça y va à la manœuvre ».

 

 

Regardez comment réagissent d’un seul élan Protocolaires d’une gauche de plus en plus caviardée, saumonée et faisandée et Thuriféraires d’une droite de plus en plus décomplexée, policière et vaguement putschiste, face au danger « populiste » (voir mes notes des 5 et 6 janvier). Ils ont peur de perdre le monopole (duopole, pour être exact, mais est-ce même si exact ?) des affaires.

 

 

A quoi sert l’énorme 30 % de la une de Libération pour annoncer un score possible du Front National ? A quoi sert d’exploiter les faits divers affreux, bien mis en scène à la télé ? A quoi sert d’exploiter les risques d’explosion de l’euro, d’éclatement de l’Europe ? A quoi sert d’insister sur les bisbilles franco-allemandes auxquelles le peuple ne peut strictement rien ?

 

 

Le but me paraît bien clair et identifiable : la PEUR. Plus je crée un sentiment de peur dans la population, plus j’ai de chances de tirer les marrons du feu. Regardez le déguisement de NICOLAS SARKOZY : après le Père Noël des riches, le voilà Père Courage (pour l’extérieur) et Père Protecteur et Fouettard (pour l’intérieur). Plus j’accentue le contraste entre la peur et NICOLAS SARKOZY, plus je sers à NICOLAS SARKOZY. Pas sûr que ça marche à tous les coups.

 

 

Plus rien à tirer de tout ça.

 

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

 

 

 

 

jeudi, 05 janvier 2012

HARO SUR LES POPULISTES !

En parlant de Madame LE PEN et de JEAN-LUC MELANCHON, les premiers de la classe qui nous gouvernent (regardez le parcours scolaire de la plupart !) ont une moue de dédain pour les qualifier de « populistes ». Qu’ès-aco, « populisme » ?

 

 

J’ouvre mon dictionnaire : « Tendance politique qui prétend défendre les intérêts du « peuple » en s’opposant aux institutions et aux méthodes démocratiques, aux médiations traditionnelles, aux « élites » et aux représentants des pouvoirs établis (l’establishment) ; organisation, parti relevant de cette tendance ». Je passe sur le nationalisme, la xénophobie, l’anti-intellectualisme, le charisme du chef, la propagande, tout ça est donné avec le paquet.

 

 

Entre parenthèses, je ne comprends pas en quoi la propagande distingue les populistes des « grands partis démocratiques et républicains ». Pour la France, j’ai plutôt l’impression que ce sont ces deux partis (le B.-B. et le b.-b. : Blanc-Bonnet et bonnet-blanc, connus sous les noms de P. S. et U. M. P.) qui conduisent le char d’assaut (ou le rouleau compresseur) de la propagande.

 

 

Je retiens de la définition, que le populiste s’oppose « aux institutions et aux méthodes démocratiques ». Or qu’est-ce que je vois de mes yeux éberlués ? Monsieur MELANCHON est le candidat officiel du Front de Gauche, parti dûment inscrit auprès de la préfecture, à la prochaine élection présidentielle. Madame LE PEN ? La candidate officielle à la même élection d'un parti qui n'a jamais laissé entrevoir qu'il risquait d'être interdit.

 

 

C'est sans doute la raison qui fait que lorsque Madame LE PEN ou le vice-président du Front National LOUIS ALIOT sont invités aux "matins" de France Culture, tous les roquets du plateau, à commencer par le peut-être démocrate BRICE COUTURIER, de la radio "culturelle" retroussent les babines, montrent les crocs et s'en prennent aux mollets des invités, au point de pratiquer à leur encontre une censure de fait, par le brouillage savamment orchestré de leurs propos (interruptions constantes et multiples, désinvolture et arrogance). Ci-dessous, monsieur BRICE COUTURIER, de France Culture.

 

 

 

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On comprend bien que des journalistes veulent donner des gages pour interdire à qui que ce soit de soupçonner des "journalistes" d'avoir quoi que ce soit à voir avec les thèses d'un parti catalogué comme "facho". Je n'aime certes pas le Front National, principalement à cause du Quotient Intellectuel auquel il fait appel pour se procurer des adhérents dans le Supermarché Politique Français (SPF). Mais j'ai déjà eu l'occasion de déclarer ici que ce n'est pas parce que quelqu'un fait appel à la connerie, qu'il faut l'empêcher d'exprimer ses conneries.

 

 

Il fut un temps (pas si lointain) où le Front National ne refusait pas de faire le coup de poing. Mais il y avait en face des groupuscules que j’ai entrevus, et dont les membres masculins subissaient un entraînement paramilitaire plus ou moins poussé, plus ou moins professionnel. Mais aujourd’hui, qui, en politique, fait le coup de poing ? Qui, en politique, refuse le « jeu démocratique » ? Qui, en politique, conteste les institutions ? PLUS PERSONNE.  

 

 

L’engourdissement a neutralisé, anesthésié, paralysé le politique. Le politique tel qu’il nous est montré hésite entre le spasme et le bâillement, mais un spasme et un bâillement de théâtre. Les hommes qui s’agitent sont passés chez l’habilleuse, la maquilleuse. Ils ont appris le rôle qu’ils ont à réciter, ce sont les « éléments de langage ».

 

 

Dans la coulisse, ils sont entre eux, ils rigolent, paillardent, mangent et boivent aux mêmes tables. Sur scène, chacun avale un balai le temps de la représentation, et s’acquitte de sa tâche. Pas question de se déboutonner. Vivement que le rideau soit tombé ! Qu'on puisse chier le balai.

 

 

Désormais, je ne les qualifierai plus que de « politicards » ou « politicons ». J’ai une fois de plus entendu l'autre matin un de ces salopards soutenir sans que son nez s’allonge que la politique est un métier, une profession, voire une mission, qu’on ne saurait remplir si on « n’y croit pas » profondément, et si on n’y est pas engagé 24 / 24 et 7 / 7. Dire que la politique est un métier fait partie intégrante des immondices, détritus et autres déjections vomies par une démocratie en voie d’extinction.

 

 

Aussi longtemps que ces gens-là considèreront que se mettre au service de la collectivité est une orientation professionnelle à parent tiers, ce gros étron du mensonge sortira de la bouche-anus (c’est une seule et même chose) qui sert d’orifice sonore aux politiculs.

 

 

D’abord, parce que ça signifie que les dizaines de millions qui n’ont pas choisi ce « métier » sont des péquenots, et n’ont pas « voix » au chapitre, sinon par urnes interposées, de loin en loin. Ils n’ont plus qu’à fermer leur gueule. Jusqu’à la prochaine ouverture des urnes.

 

 

Et puis, ce politiclone qui  déclare que diriger une municipalité revient à manager une entreprise, est-ce qu’il n’affiche pas, finalement, le fin du fin de l’idéologie ultralibérale ? Quelqu’un qui dit : « C’est trop technique pour être géré par des amateurs », pour moi, c’est exactement ça, le premier pas vers la mafia dirigeante.

 

 

Les seuls vrais professionnels que je vois, dans le domaine politicru, ce sont les spécialistes, les « experts » si l’on veut. Ceux qui exposent au décideur politicocu les données d’un problème, pour qu’il prenne la meilleure décision possible. Décider, c’est choisir. S’il a réfléchi, il s’appuiera sur l’avis des professionnels pour prendre sa décision, mais il décidera en fonction de la vision qu’il a des choses.

 

 

Et si les « experts » se contredisent, c’est au politicru de trancher, et d’oser prendre ses responsabilités. Il ne saurait confisquer la décision au prétexte qu’elle résulterait de calculs simplement logiques et techniques. Si tout ça est simplement logique et technique, il n’y a qu’à rentrer les données dans la machine, et la décision sortira, évidente et lumineuse. Et le chef ne sert à rien.

 

 

Une autre possibilité reste aux politicrâneurs : donner les clés de la maison aux experts. Dire qu'on s'en lave les mains. Se contenter de la mise en musique de la politique élaborée dans les bureaux des experts, et de courir les plateaux de télévision pour servir en toute occasion les "éléments de langage". Le problème, avec les experts, c'est qu'il leur est impossible de se mettre d'accord : que ce soit sur les dangers qui nous menacent, les perspectives qui s'offrent ou les solutions à mettre en oeuvre, ils sont entre eux dans des bisbilles interminables. On en revient donc au point de départ : qui prend la décision ?

 

 

Un autre politicasseur se défendait énergiquement contre toute « IVRESSE DU POUVOIR », et soutenait que, s’il l’a ressentie au début, il s’en est très vite défait. Vous savez ce que ça veut dire, ce genre de discours ? En fait, que cette ivresse lui est devenue tellement habituelle qu’elle constitue son mode de vie naturel et ordinaire.

 

 

Ça, les spécialistes des addictions connaissent  par cœur. Ça veut dire une seule chose : le sang qui coule dans leurs veines, ce n'est plus du sang, c'est de l'ivresse du pouvoir distillée, comme l'héroïne la plus pure, à 95,5 % dans un laboratoire presque clandestin. Leur sang, il en est chargé à bloc et en permanence, de l’ivresse du pouvoir. Ils sont grave toxicos.

 

 

Le politicrate, il est comme un drogué, d’abord dans la dépendance (c’est le temps où il avoue son état d’ivresse), ensuite dans  l’accoutumance (c’est le temps où il affirme qu’il s’en est débarrassé ; réfléchissez, c’est plus profond que ça n’en a l’air). Plus ça va, plus il lui faut sa dose. Tiens, faisons un essai : voyons comment réagirait le politicornard en cas de sevrage brutal. J’attends le résultat avec la tranquillité que donne la certitude.

 

 

Et il y a des naïfs pour se demander les raisons du succès de thèses et de partis dits « populistes » ! Ces raisons, en dehors des problèmes que pose la réalité économique, il ne faut pas les chercher ailleurs que dans le spectacle lamentable et déliquescent offert par l’ensemble des premiers de la classe qui nous gouvernent.

 

 

Le théorème a la simplicité lumineuse des opérations arithmétiques d’école primaire : « QUAND LE GENERAL EST POURRI, LA TROUPE S’EN REMET A L’ADJUDANT » (j’opte aujourd’hui pour le proverbe nambikwara, si vous voulez bien).

 

 

Traduction : l’électeur qui a perdu la foi se rabat sur la grande gueule. Il paraît et on nous serine que c’est très mal. En gros, il y aurait deux sortes de politicouillons : ceux qui respectent le jeu parlementaire et les autres. Ces « autres », supposons que c’est MADAME LE PEN et, dans une moindre mesure JEAN-LUC MELANCHON. Même s’ils jouent le jeu. Le tout est de bien affirmer qu’ils sont les méchants.

 

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

La suite à demain.