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mercredi, 25 novembre 2015

CABU CHEZ LA VOYANTE

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On reconnaît Cabu à sa coupe de cheveux. On reconnaît Wolinski à son gros cigare. Les deux autres, j'ai du mal à les identifier. Bernard Maris ? Tignous ? Charb ? Ils sont morts en janvier dans les locaux de Charlie Hebdo, assassinés par les frères Kouachi. J'avoue que ce dessin de Dutreix m'avait échappé en janvier. Mais aujourd'hui, il me saisit à la gorge : je le trouve d'une justesse, d'un tragique et d'une drôlerie absolus. Il y a avant, et puis il y a après, sur le thème de : si on leur avait dit ...

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Quelle poilade, les copains !

Ce dessin, republié dans "Le Monde des livres" du 20 novembre fait aujourd'hui écho à ce que déclare Laurent Camax, époux de Claire, morte au Bataclan. Voici ce qu'écrit Fabrice Lhomme, rédacteur de la notice : « Laurent Camax évoqua avec sa femme le risque terroriste : "J'étais dans le déni total de ce fléau, raconte-t-il. Je me souviens avoir dit à Claire qu'on avait autant de chances de mourir à cause du terrorisme que de gagner au Loto sans y jouer. Aujourd'hui, elle se moquerait bien de moi ..." » (Le Monde, 23 novembre, pour son "Mémorial du 13 novembre"). Il y a avant, et puis il y a après.

DUTREIX CLAIRE CAMAX.jpg

Claire Camax est morte, assassinée, au Bataclan, le vendredi 13 novembre 2015. Le couple avait deux enfants, de trois et sept ans.

Et merde !

Voilà ce que je dis, moi.

 

jeudi, 19 novembre 2015

LIRE LE CORAN

ATTENTAT 8 KHEIREDDINE SAHBI.jpg

KHEIREDDINE SAHBI, musicien algérien, 29 ans, mort le vendredi 13 novembre 2015 au Bataclan, à Paris.

Sans doute Allah qui en a décidé ainsi.

 

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Drapeau-France.jpgLE CORAN : IMPRESSIONS DE LECTURE D'UN INCROYANT  

 

Cela faisait longtemps que je voulais en avoir le cœur net. J’avais déjà fait quelques tentatives, mais à chaque fois découragées par le rébarbatif de l’entreprise. Et puis, surmontant enfin ma répugnance, j’ai attaqué le monument par la face nord, je veux dire la première sourate. Cette fois c’est la bonne : je lis le Coran. CORAN 1.jpg

Et cela dans la traduction d’un éminent connaisseur de la langue et de la civilisation arabes : Jacques Berque. L’édition est belle, le papier de qualité, la reliure solide : on peut avoir confiance. Si j’en crois l’abondance et l’érudition (souvent énigmatique pour le néophyte que je suis) des notes de bas de page, je soupçonne le monsieur d’avoir au préalable épluché une bonne partie de la monstrueuse littérature (commentaire, glose, exégèse, interprétation, ...) que le bouquin a suscitée au cours de l’histoire. Et j'estime en avoir lu désormais suffisamment pour commencer à livrer mes impressions de lecture. Et je vais vous dire : si ce n’est pas triste, c’est juste parce que c’est effrayant, le Coran. 

Première impression : tout ça n’a ni queue ni tête. Le Coran se présente sous la forme d’un innommable fatras, « éparpillé façon puzzle ». Le propos est horriblement décousu, passant à chaque instant d’une idée à l’autre, d’un thème à un autre. Le moins qu’on puisse dire, c’est que l’auteur, qui qu’il puisse être, aurait voulu embrouiller le lecteur, il ne s’y serait pas pris autrement. De quoi se demander d’ailleurs si ce n’est pas le but recherché. 

Il est rare qu’une sourate comporte la moindre homogénéité, la moindre cohérence, la moindre continuité de son début jusqu’à sa fin (j’excepte à la rigueur la sourate Yusuf, qui raconte à peu près, quoiqu’à sa manière – il faut suivre –, l’histoire de Joseph et de ses frères). Pour l’essentiel, ce sont des pièces et des morceaux rassemblés à la diable. Rares sont les phrases qui vont du début à la fin sans s’interrompre. Comme le dit lui-même Tarek Oubrou (imam de la mosquée de Bordeaux) invité chez Finkielkraut, c’est l’anarchie qui règne. Ce qui m'étonne c'est que ça n’a pas l’air de l’embêter. 

En plus de me dire que l'islam a quelque chose à voir avec le désordre, j’en tire la réflexion suivante : je me dis que tous les musulmans sincères et assidus, en particulier ceux qui apprennent le Coran par cœur (il paraît qu’ils sont nombreux à s’infliger le pensum), ont la tête farcie de cette bouillie intellectuelle. Comment peut fonctionner un cerveau qui a longuement baigné dans un tel jus de puzzle ? Il y a de quoi avoir peur. 

Deuxième impression : le Coran n’apporte strictement rien de neuf par rapport à l’Ancien Testament comme au Nouveau. Tout juste cite-t-il des bribes de l’un comme de l’autre, de temps à autres, sans qu’on sache à quelle logique ces parachutages obéissent. Ainsi le livre est-il parsemé de crottes plus ou moins volumineuses de la Torah et des Evangiles, avec une référence obstinée à Abraham, toujours considéré comme le « croyant originel », celui dont l’existence précède jusqu’à « la descente de la Torah comme de l’Evangile » (en contestant au passage la chronologie habituelle). 

De toute façon, le Coran vient « accomplir » ce que n’ont pas voulu accomplir les juifs et les chrétiens (appelés « les Gens du Livre ») : « Enfin Nous avons fait descendre sur toi l’Ecrit, dans le Vrai, pour avérer ce qui était en cours, en l’englobant ». Traduction : toi le mécréant, j’espère que tu as compris que le Coran est supérieur à l’Ancien et au Nouveau Testaments réunis, puisqu’il les englobe ! 

Troisième impression : l’infernal ressassement de certaines formules, de certaines affirmations, de certaines idées. Comme si le même marteau voulait vous enfoncer le même clou dans le crâne. A tous les détours des pages, on tombe sur « Dieu est Tout pardon, Miséricordieux ». On tombe aussi sur le « jardin sous lequel les ruisseaux coulent » promis à tous ceux qui adorent Dieu ; sur « Quant aux dénégateurs, eh bien ! Je les châtierai de durs châtiments dans ce monde et dans l’autre ». Bref : apprendre le Coran par cœur, c’est apprendre à rabâcher une Vérité simplissime jusqu’à vous crever les yeux. 

Jacques Berque, le traducteur, le signale d’ailleurs en note de la sourate XV : « Peut-être qu’il est seulement question des duplications et itérations de l’exposé coranique » (p.277). Va donc pour les duplications et itérations. Le plus curieux ici, c’est que cette composition extrêmement insistante dans la répétition m’a rappelé l’impression que j’avais éprouvée en ouvrant le célèbre et totalement méconnu Mein Kampf, d’un certain Adolf Hitler. Je n'en tire pas de conclusion décisive.

Une composition, en quelque sorte, organisée en spirale, où les mêmes thèmes reviennent constamment sous des habits un peu différents, comme si l’auteur passait son temps à avancer, tout en récapitulant ce qui a précédé. Jacques Berque, dans ses notes de bas de page, ne parle pas de construction en spirale, il parle d’ « entrelacs » : « Le thème du châtiment des peuples passés n’occupe pas ici la même place que dans "Les Poètes", mais devient partie intégrante d’un discours à entrelacs » (p.271). Va pour les entrelacs. 

Quant au style, on trouve très peu de phrases simplement déclaratives, mais constamment des exhortations, des impératifs. A chacun d'en tirer les conclusions.

Quatrième impression : l’humanité se divise en deux. D’un côté ceux qui croient en Dieu, de l’autre le reste de l’humanité. Parmi les composantes de ce dernier (le "reste"), un sort particulier est fait aux « Gens du Livre », autrement dit aux juifs et aux chrétiens, mais l’essentiel, qui est seriné à presque toutes les lignes, c’est l’espèce de mur infranchissable que la « Parole » élève entre les croyants et les autres, irréconciliables par essence. J'attends qu'on m'explique où l'on peut trouver des références communes entre les adorateurs de ce livre-là et les Européens enracinés dans un sol d'origine chrétienne.

Toutefois, le Coran fait une distinction : si les chrétiens sont plutôt des « égarés » (sous-entendu : qu’on peut espérer ramener dans le bon troupeau), les juifs sont quant à eux des « réprouvés ». Leur destin est tout tracé : « Tandis que les dénégateurs, à rien ne leur serviront auprès de Dieu biens ni progéniture. Ceux-là seront les compagnons du Feu : ils y seront pour l’éternité » (sourate III verset 116). 

Et pourtant, on lit ailleurs : « Ceux qui croient, ceux qui suivent le Judaïsme, les Chrétiens, les Mandéens, quiconque croit en Dieu et au Jour dernier, effectue l’œuvre salutaire, ceux-là trouveront leur salaire auprès de leur Seigneur. Il n’est pour eux de crainte à nourrir, et ils n’éprouveront nul regret » (sourate II, verset 62). Allez comprendre ! Même que Jacques Berque commente en note : « Verset œcuménique avant la lettre ! » (p.34). 

Ce qu’il faut retenir ici, c’est que cette division de l’humanité entre le camp du Bien (les croyants) et le camp du Mal (les autres) est rappelée à tout instant, martelée, serinée, parfois trois fois par page. 

Que ceci soit bien entendu : je ne dis pas que ma lecture est complète, ni qu’elle est neutre. J’ai commencé, je ne sais pas quand je finirai (il me reste à peu près la moitié à ingurgiter). De plus, ma lecture est sans doute pleine de préjugés, voire de partis pris. Mais je ne suis pas a priori islamophobe. Je l’ai dit : ce sont des impressions de lecture. Ma conclusion : imbuvable.

Je dis seulement que ce que j'ai lu du Coran ne m'encourage pas à l'islamophilie, bien au contraire.

J’ai lu la Bible. Elle me fait moins peur que le Coran.

Voilà ce que je dis, moi.

Note : j'y reviendrai sans doute quand j'aurai achevé la lecture.

lundi, 16 novembre 2015

ILS SONT MORTS

GUILLAUME B. DECHERF, journaliste, 43 ans.

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HALIMA SAADI, mère de deux enfants, 37 ans (et sa sœur HOUDA).

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VALENTIN RIBET, avocat, 26 ans.

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AURÉLIE DE PERETTI, infographiste, 33 ans.

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PIERRE INNOCENTI, restaurateur, 40 ans.

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THIERRY HARDOUIN, policier, 36 ans.

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Six parmi tant d’autres morts !

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Dans Libération du 16 novembre.

Romain DIDIER, Lamia MONDEGUER, Marie MOSSER, Alban DENUIT, Thomas DUPERRON, Elsa DELPLACE et sa mère Patricia NUNEZ, Quentin BOULENGER, Mathieu HOCHE, Milko JOZIC et son amie Elif DOGAN, Nick ALEXANDER, Thomas AYAD, Cédric MAUDUIT, Elodie BREUIL, Manu PEREZ, Lola SALINES, Nohémi GONZALEZ, Nicolas CLASSEAU, Mathieu GIROUD, ...

Tant d'autres, qui avaient un âge, qui avaient un nom, qui avaient un visage ! 

Ils avaient tous une vie, et une seule ! 

Ils n'étaient pas en guerre.

Et encore : Fabrice DUBOIS, Juan GARRIDO, Quentin MOURIER, Hélène MUYAL, David PERCHIRIN, Hugo SARRADE, Valeria SOLESIN, Anna LIEFFRIG, Véronique de BOURGIES, Asta DIAKITÉ, Victor MUÑOZ, Grégory FOSSE, ...

J'essaie de me consoler comme je peux. Ici, l'impeccable Ensemble Arpeggiata de Christina Pluhar, joue La Lyra d'Orfeo, de Luigi Rossi. 

Dans le viseur : 1h 16' 29" de sérénité.

samedi, 14 novembre 2015

C'EST LA GUERRE !

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Je ne suis en guerre avec personne, mais quelqu'un m'a déclaré la guerre.

 

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Il se trouve que quelques fanatiques viennent d'appliquer au pied de la lettre une partie du texte de la prière (tirée de la sourate Al-Fatiha) que tous les musulmans récitent cinq fois par jour. 

Quand ceux qui prêchent la tolérance et l'ouverture à la religion des autres ouvriront-ils les yeux ?

NOIR 1.jpg

C'est la sourate 1, intitulée : « Ouverture ».

Traduction 1 (André Chouraki).

 

  1.     Au nom d’Allah, le Matriciant, le Matriciel.
  2.     La désirance d’Allah, Rabb des univers,
  3.     le Matriciant, le Matriciel,
  4.     souverain au jour de la Créance :
  5.     Toi, nous te servons, Toi, nous te sollicitons.
  6.     Guide-nous sur le chemin ascendant,
  7.     le chemin de ceux que tu ravis,non pas celui des courroucés ni des fourvoyés.

 

Traduction 2 (Jacques Berque)

 

1 Au nom de Dieu, le Tout miséricorde, le Miséricordieux

2 Louange à Dieu, Seigneur des univers

3 le Tout miséricorde, le Miséricordieux

4 le roi du jour de l’allégeance.

5 C’est Toi que nous adorons, Toi de qui le secours implorons.

6 Guide-nous sur la voie de rectitude

7 la voie de ceux que Tu as gratifiés, non pas celle des réprouvés, non plus que de ceux qui s’égarent.

 

Etant entendu, le plus souvent, que les "réprouvés" et les "égarés" sont respectivement les juifs et les chrétiens.

dimanche, 11 octobre 2015

QU'EST-CE QUE L’AÏD EL KEBIR ?

AÏD 2.jpg

Le feuilleton de la semaine dans Le Progrès (dimanche 4 octobre et jours suivants) : on retrouve, soigneusement emballées dans des sacs-poubelle, des carcasses de moutons. Impossible de savoir d’où viennent les cadavres : les oreilles, qui portent le seul moyen d’identification, ont été coupées. Dans quel(s) abattoirs(s) clandestins les bêtes ont-elles été tuées (« sacrifiées », il faut dire) ? Les gendarmes se perdent en conjectures. Ou plutôt ils font semblant. Ben oui, quoi : la fête de l’Aïd el Kebir a eu lieu le 24 septembre. Mais je suis un salaud d’islamophobe, que la haine d’une religion pousse à stigmatiser toute une communauté. Ces carcasses sont sans doute une preuve d' « intégration » ! Que faudra-t-il, pour que les bonnes âmes charitables ouvrent les yeux sur la nature inassimilable de l'islam ? Non : il faut être « tolérant ».

vendredi, 09 octobre 2015

LA LAÏCITÉ ? ELLE EST MORTE !

Ah, la loi de 1905 ! Ah, la séparation des Eglises et de l’Etat ! C’était le bon temps ! « Il est toujours joli, le temps passé, une fois qu’ils ont cassé leur pipe », chante Georges Brassens. Il a bien raison. 

Ça a commencé en 1989, dans je ne sais plus quel collège de la région parisienne, quand deux collégiennes ont prétendu assister aux cours coiffées de ce qui est devenu par la suite « le voile islamique », et que le principal le leur a interdit. 

Certains diront que la remise en question de la laïcité « à la française » remonte à 1947, c’est-à-dire à la création de l’Etat d’Israël dans un territoire qui, depuis, n’a plus connu la paix. C’était d’une part un conflit entre juifs et musulmans, et à l’époque de la traction avant, la France était uniquement peuplée de gens à la peau blanche. 

Cela a bien changé. D’une part, la guerre continue en Palestine et n’est pas près de finir, et d’autre part la peau moyenne de la population dite française a commencé à tirer vers le bistre et, dans certains endroits (Gagny, 93), l’usager du métro croirait débarquer à Bamako. Par le fait même, la France a importé des gens habités d’une religion étrangère à l’Europe, si l’on excepte quelques ilots balkaniques (et encore : en matière d'islam "modéré", les Bosniaques s'y connaissent mieux que personne).

 Résultat de toutes les évolutions, la France n’est plus un pays laïc. Je n’exagère pas : jamais les religions n’ont occupé autant de surface dans les journaux et de temps sur toutes les antennes. L’espace public subit objectivement une occupation dont la France déchristianisée n’a plus rien à faire depuis 1905. 

En 1883, c’est bien ainsi qu’Ernest Renan envisageait la question. Ainsi, il écrit, dans ses Souvenirs d’enfance et de jeunesse : « La croyance ou l’opinion des uns ne saurait être une chaîne pour les autres. Tant qu’il y a eu des masses croyantes, c’est-à-dire des opinions presque universellement professées dans une nation, la liberté de recherche et de discussion n’a pas été possible. Un poids colossal de stupidité a écrasé l’esprit humain. L’effroyable aventure du moyen âge, cette interruption de mille ans dans l’histoire de la civilisation, vient moins des barbares que du triomphe de l’esprit dogmatique chez les masses.

         Or c’est là un état de choses qui prend fin de notre temps, et on ne doit pas s’étonner qu’il en résulte quelque ébranlement. Il n’y a plus de masses croyantes ; une très grande partie du peuple n’admet plus le surnaturel, et on entrevoit le jour où les croyances de ce genre disparaîtront dans les foules, de la même manière que la croyance aux farfadets et aux revenants a disparu. Même, si nous devons traverser, comme cela est très probable, une réaction catholique momentanée, on ne verra pas le peuple retourner à l’église. La religion est irrévocablement devenue une affaire de goût personnel. Or les croyances ne sont dangereuses que quand elles se présentent avec une sorte d’unanimité ou comme le fait d’une majorité indéniable. Devenues individuelles, elles sont la chose du monde la plus légitime, et l’on n’a dès lors qu’à pratiquer envers elles le respect qu’elles n’ont pas toujours eu pour leurs adversaires, quand elles se sentaient appuyées ». 

Je passe sur l’ « interruption de mille ans » : Renan n’avait pas lu Pour en finir avec le moyen âge, de Régine Pernoud (1977). 

Pour le reste, le fait que les médias ne cessent de nous harceler de questions religieuses et en particulier, de façon obsessionnelle, de refrains musulmans, rend l’air ambiant tout à fait irrespirable. Cette omniprésence du débat autour de la place de l’islam en France, pour un esprit imprégné de laïcité, est carrément insupportable. La concurrence victimaire que juifs et musulmans se livrent sur le territoire national (islamophobes contre antisémites) est carrément obscène. 

Et les Edwy Plenel (auteur de Pour les musulmans) qui jouent les Docteur Folamour de l’idéologie dominante aveuglent tout simplement l’opinion publique sur ce qui est en train de se passer : l’enterrement honteux et en toute petite pompe de la loi de 1905. Ce qui se passe n’est pas une évolution : c’est une révolution. Un bouleversement de l’identité française et européenne.

Tant que la croyance des musulmans qui vivent en France ne se réduira pas à la sphère purement individuelle, tant que les musulmans, en tant que tels, ne se seront pas rendus complètement invisibles dans le paysage, comme le sont les catholiques et les protestants (et les juifs à un moindre degré) la France devrait se considérer comme agressée. 

Voilà ce que je dis, moi.

mercredi, 30 septembre 2015

PHILIPPE MURAY ET L'ISLAM

 MURAY PHILIPPE ULTIMA NECAT.jpg

La maxime (ou sentence, ou apophtegme, ou ...), quand elle est complète, dit « Omnes vulnerant, ultima necat » (mot à mot : "toutes [les heures] blessent, la dernière tue"). On la trouvait gravée sur les cadrans solaires, à l'époque où l'on savait encore prendre la mort en considération. 

Plus de 700 musulmans, à la suite d’une bousculade à La Mecque, viennent de faire le grand voyage vers le paradis promis par Allah à tous les « fidèles ». Quelle idée aussi de masser deux millions de personnes au même endroit, même si c’est pour lapider les trois stèles censées symboliser le « Sheitan » (le démon) ! La seule chose que je dirai : ils n’avaient qu’à pas. 

Est-il vrai qu’un prince saoudien a « privatisé » une voie d’accès, avec pour conséquence de créer un goulot d’étranglement ? Quand on sait que le roi d’Arabie, l’été dernier, a obtenu la privatisation d’une plage du domaine public de la Côte d’azur, on se dit que c’est bien possible, que rien ne fait peur à ces gens-là et que, quand il s’agit de leurs caprices, ils peuvent s’asseoir sans scrupules sur les lois et les considérations morales. Ce serait assez dire la désinvolture et la cruauté des maîtres à l'égard de leurs sujets (un grand "allié" de la France capable de décapiter un jeune opposant, Ali Mohamed al-Nimr, nous pouvons être fiers). 

Au sujet de l’islam, je n’ajouterai rien (pour l’heure) à ce que j’en ai dit à plusieurs reprises. Mais il se trouve que je viens de tomber sur un passage d’Ultima necat (Les Belles Lettres, 2015), le journal de Philippe Muray, qui tombe pile à propos. Jugez plutôt. 

« "L’Inquisition musulmane". On parle toujours avec des roulements d’yeux de l’Inquisition catholique. Le livre de Péroncel-Hugoz fait magistralement le tour de la question sur l’Islam (p.44 et sq.).

         Succès de l’Islam : religion de masse. Donc promise à un grand avenir. Refus de la divinité de Jésus. Refus du péché originel. Donc aucun danger, après le plaisir et la jouissance, d’être visité par un soupçon de connaissance – celle-ci ne pouvant être assurée que s’il y a culpabilité. Cette culpabilité est la condition de possibilité de la pensée. Les pays d’Islam, depuis des siècles, sont des pays de non-pensée absolue.

         Je me souviens des amis arabes de Nanouk qui me regardaient d’un drôle d’air et affectaient de ne pas m’adresser la parole. La considérant elle-même comme arabe, ils lui reprochaient de cette façon de les avoir trahis en vivant avec un chrétien et en se faisant baiser par lui. Les sourates du Coran à ce sujet, gratinées. »

On trouve ça p.377 du volume. Je n’ai pas trouvé trace de l’ouvrage de Péroncel-Hugoz cité par Philippe Muray. 

Je retiens en priorité ce que Muray dit de la « non-pensée » musulmane, mais aussi le lien de causalité qu’il établit entre jouissance, faute, culpabilité et connaissance. L’islam (je me demande pourquoi Muray met la majuscule à ce qui reste un nom commun, tout comme on dit « la chrétienté » ou « le judaïsme ») exige de ses fidèles, en tout et pour tout, la soumission (ce que signifie d’ailleurs le mot). 

Il est crucial que le chrétien (et le juif) est celui qui a été chassé du jardin d’Eden, celui qui s’est insoumis à Dieu en allant croquer précisément à l’ « arbre de la connaissance ». Ce qui sépare la chrétienté de l’islam est bien l’attitude face à la connaissance. Il y a de l'insoumission dans l'action de penser par soi-même.

Pendant que le moyen âge européen inventait la civilisation qui s’est imposée partout, l’islam a interdit aux musulmans, autour du 10ème-11ème siècle, de continuer à interpréter le Coran, c’est-à-dire de penser par eux-mêmes, imposant la toute-puissance du dogme et de tout un tas d’interdits. Le christianisme, de son côté, s’il énonce aussi des interdits, a offert un tout autre programme de vie, ô combien plus attrayant, équilibrant la soumission à Dieu au moyen de la liberté individuelle, donc de la responsabilité, notion que, sauf erreur de ma part, le musulman ignore. 

Moralité : nous autres, Européens imprégnés de culture gréco-latine et judéo-chrétienne, sachons que tout nous sépare de la culture musulmane, et que nous n'avons rien à faire avec des gens qui mettent au premier plan leur religion. Surtout cette religion-là.

Et à ceux qui nous serinent le refrain sur le « dialogue des cultures », je réponds qu'un musulman ne dialogue pas : il plaide. Il instrumentalise l'appel à la tolérance pour imposer la présence de sa religion au premier plan de notre paysage.

Je ne me laisse pas convaincre par tous les prêcheurs "laïcs" tellement empressés à se soumettre.

Voilà ce que je dis, moi.

mardi, 21 juillet 2015

HALTE AUX MINARETS !

Non, le minaret n'a rien à faire sur le territoire français ! La France tout entière lève son bouclier catholique contre l'invasion.

POLLUTION 2.jpg

Ci-dessus et ci-dessous : Le Monde, 19-20 juillet 2015.

POLLUTION 1.jpg

Regardez-les, les muezzin. 

Voilà ce que je dis, moi.

samedi, 11 juillet 2015

JOFFRIN A ENCORE FRAPPÉ

Mordez bien le topo. Tout vient de monsieur Dalil Boubakeur, quand il a émis l'idée que, puisque beaucoup d'églises de France sont désertes, désaffectées, quand elles ne sont pas mal en point, il serait judicieux de les transformer en mosquées. Le pauvre, il ne savait pas le schproum qu'il déclenchait.

D’un côté, Valeurs actuelles, Denis Tillinac et une pétition « Touche pas à mon église ». 

De l’autre, le journal Libération, Laurent Mouchard-alias-Joffrin et un article : « Des mosquées dans les églises, n’en déplaise aux prêcheurs de haine » (Libération, 10 juillet). Soit dit au passage, c’est celui qui le dit qui l’est, va donc, prêcheur de haine toi-même : rien de tel qu'un bon coup de pouce prestidigital pour inverser l'accusation. Sarkozy s'y connaissait. Joffrin imitant les trucs de Sarkozy : on aura tout vu.

En place pour le quadrille, mesdames et messieurs : « gaucho » contre « facho ». 

Pour mon compte, si le lecteur se reporte à mes billets des 26-27 juin et du 7 juillet, il sait de quel côté mon cœur penche. J'ai pris le titre de Joffrin comme une insulte. Un crachat. Mais l'image « mairie-école-église » est sans doute un stéréotype archaïque de la pire espèce. Je constate en tout cas que la trilogie n'a plus aucune signification pour Mouchard-alias-Joffrin, qui occupe hélas une fonction qui lui donne le pouvoir d'étaler ses opinions. Libre à lui de tirer la chasse d'eau sur ce qui a, sur la très longue durée, édifié ce pays. Libre à moi de voir en lui un méchant homme. 

A l’élection présidentielle à la sauce Houellebecq, Soumission et compagnie, Mouchard-alias-Joffrin votera musulman (mais modéré, attention !). Ce musulman de France, qui fait semblant de se placer au-dessus de la mêlée (il ose écrire : « La cession d’églises à l’islam serait un beau symbole de concorde et de fraternité » !), rejoint dans la détestation de la France un certain Edwy Plenel, qui a commis un bouquin intitulé Pour les Musulmans. 

En voilà deux (Joffrin-Plenel) qui préparent avec soin et diligence leur avenir futur. Deux crapules qui n’aiment pas la France, et qui sont pour quelque chose dans ce que les savants appellent la « crise de représentation » qui gangrène le pays. 

Voilà ce que je dis, moi.

samedi, 27 juin 2015

L'ISLAM NE PEUT AIMER LA FRANCE

2/2 

J'en étais à énumérer les branches du sunnisme, d'après Gouverner auSANSAL BOUALEM GOUVERNER.jpg nom d'Allah, de Boualem Sansal. J'observe, avant de poursuivre, que les médias véhiculent davantage d'informations sur les divers courants de l'islam (nul n'ignore aujourd'hui, s'il se tient au courant, les termes "wahabite", "salafiste", "djihad", "halal" et compagnie) que les vieux chrétiens du continent n'en connaissent sur les multiples courants et débats qui traversaient la vieille religion européenne.

Je rappelle juste que cette chose désormais enterrée (ou à peu près) s'appelait le christianisme. C'est de ce tissu que nous sommes faits, que nous ayons ou non la foi. Et quand on cite le pape ou le Vatican, c'est pour en dénoncer le conservatisme. Car on le sait : les Etats musulmans, de leur côté, sont les grands progressistes de la modernité. Rendez-vous compte : les femmes seront peut-être autorisées à conduire des voitures dans trois ou quatre décennies. En terre islamique, le Progrès fonce à toute allure. Traduction : comme ils sont riches, ils peuvent tout s'acheter, à commencer par les clubs de foot, et par voie de conséquence, les consciences et les identités qui vont avec.

Grâce aux médias, le quidam français en sait aujourd'hui beaucoup sur l'islam. On ne lui laisse rien ignorer du ramadan, de l'aïd el kébir, de l'aïd el fitr. Pessah, Soukkot, Yom kippour, etc. viennent juste après. Bons derniers : l'Assomption, l'Ascension, l'Annonciation. Le quidam ne se dit pas, apparemment, que, après avoir eu tant de mal à se débarrasser des curés, il ne va pas se laisser emmerder par des curés d'un nouveau genre, mais tout aussi problématiques (ça se reconnaît souvent à la soutane). La soutane islamique (hébraïque ?) sera-t-elle l'avenir de l'Europe ? Tolérance, solidarité, acceptation de l'autre, on vous dit. Sinon, vous êtes des salauds et des fachos.

Cela dit, il faut être convaincu que le gouvernement français, quoi qu'il arrive, demeurera intraitable et intransigeant sur le respect de la laïcité. Farpaitement ! Ouais !

En attendant, l'injure faite aux incroyants, agnostiques, athées, est constante, permanente et massive. Et je n'ai pas encore porté plainte ! Qu'est-ce que je suis tolérant !

*****

Le malékisme prêche un islam orthodoxe austère, très ritualiste (20 % des sunnites). Le hanafisme, plus libéral et rationaliste, est la branche la plus nombreuse aujourd’hui, répandue en Inde, Bangladesh, Chine. Le chafiisme, répandu en Egypte, Indonésie, Malaisie, Philippines, impose l’excision des filles. Le hanbalisme est une école de pensée rigoriste très conservatrice, développée au Proche Orient, en particulier l’Arabie Saoudite, où un certain Abdel Wahab a encore durci la doctrine, donnant le wahabisme qu’on voit à l’œuvre, militairement et politiquement. Voilà pour les sunnites.

Quant à ce qui se passe chez les chiites, un « courant complexe, à la fois rationaliste, spiritualiste et ésotérique », c’est pire que le sunnisme : il « se divise en quatre branches se divisant elles-mêmes en de nombreuses écoles et sectes dissidentes ». Le pape lui-même n’y retrouverait pas son bénitier. Il y a les duodécimains (ou jafarites). Il y a les zaïdites (« exclusivement dans les montagnes du nord-ouest du Yemen »). Il y a les ismaéliens, parmi les nombreuses branches desquels on trouve les hétérodoxes druzes (Liban), qui rejettent la charia et croient en la métempsycose. Il y a enfin les ghoulâts, parmi lesquels la secte alaouite de Bachar El Assad. Ouf, ne jetez plus rien dans le panier de crabes. 

Je ne vous embarque pas dans les subtilités du soufisme, qui est organisé en confréries, parfois autarciques. Pour les sunnites et chiites les soufis ne sont pas des musulmans (mais que faire, si eux-mêmes se prétendent musulmans ?). Ils sont censés ne pas se mêler de politique, mais il me semble avoir entendu ici ou là des informations contredisant cette thèse. Le kharidjisme existe dans le sultanat d’Oman. Ce courant dissident ancien, qui conteste sunnisme et chiisme, subsiste dans quelques « poches ». J’arrête là. 

Tout ça pour dire quoi ? Que l’islam, en dehors du Coran et des cinq piliers, est un immense et profond chaudron où bouillonnent et cohabitent (quand elles ne cherchent pas à s'éliminer mutuellement) une infinité de sauces musulmanes. Comment s’y retrouver ? Selon moi, c’est très simple : est musulman tout homme qui se revendique musulman, quels que soient son catéchisme, son obédience, ses références territoriales, et surtout quelle que soit la lecture qu’il fait du Coran.

Tous les musulmans, y compris les frères Kouachi et Amédy Coulibaly, y compris ceux qui, avec Daech, prêchent l'islam à coups de bulldozer, de kalachnikov ou de cimeterre (ou pire), ils sont tous musulmans. Un seul sac, je fais. C'est épouvantablement simpliste et caricatural, mais je crois que ça permet de clarifier le problème de l'islam : si tu admets l'islam, tu admets tous les islams. L'islam, c'est simple, tu ne peux pas le scinder comme le christianisme (catholiques / protestants, pour rester en Europe), car il consiste en un seul morceau, mais fait d'une multitude de morceaux. Il n'y a pas les bons et les mauvais musulmans. Il y a les musulmans, point barre.

Tous ceux qui se confessent musulmans sont musulmans. Quels que soient les préceptes, les sourates, les versets qu’ils préfèrent. Et quelle que soit l’interprétation qu’ils donnent à tout ça et le rapport qu’ils entretiennent avec le texte (littéral, métaphorique, allégorique, poétique, mystique, ...). Violent ou pacifique, totalitaire ou humaniste, mangeant du porc ou faisant vomir sa petite sœur de cinq ans qui vient d'avaler une lichette de jambon (je l'ai vu), un musulman est d'abord et essentiellement musulman. C'est la dominante identitaire.

Qu’il sorte du chapeau la boule blanche de la paix ou la boule noire de la guerre, c’est toujours l’islam : un bloc compact à prendre dans son entier, en même temps qu’un tas de sable dont les grains échappent des mains de qui veut le saisir. De toute façon, le Coran, c'est comme la langue d'Esope : la meilleure et la pire des choses. Car il y a tout, dans le Coran : du pacifisme le plus héroïque au bellicisme le plus haineux (ne pas oublier que Mahomet fut un chef de guerre). 

L'islam est impénétrable, parce qu'il est tout à la fois d'une compacité inentamable et d'un émiettement infini. C'est ce qui fait sa force : il est à la fois extrêmement simple (cinq piliers, cinq prières, Coran) et extrêmement mosaïqué. C’est le paradoxe infernal qui dépasse tous les responsables politiques de France et d’Europe (et tout homme de bon sens) : tout à la fois un bloc de marbre et une infinité de grains de sable dans le sablier, sans aucun lien entre eux ("Ah mais ce n'est pas mon islam !", entendu à satiété dans la bouche des musulmans "intégrés", après les attentats du 7 janvier). A moins de se convertir, aucun occidental n'est en mesure de comprendre l'islam. L'islam ne se comprend pas : il se vit, ou on le rejette. 

LA MECQUE 2.jpg

Une altérité radicale est radicalement inassimilable.

Seul le respect, à condition de réciprocité, ...

 

Ce que je retiens, c’est qu’aucune religion n’est plus plastique que la musulmane : elle est bonne à tout, elle s’adapte à toutes les situations. Toujours, partout où elle s’est implantée, elle a introduit ses racines dans le sol. Avec une facilité surprenante, puisqu'elle ne fait pas appel à la conscience individuelle (ni examen de conscience, ni directeur de conscience, ni confesseur, ...).

Toujours, partout où elle n’a pas réussi à s’implanter, c’est parce qu’une croyance fortement constituée s’est opposée à elle, souvent par les armes. Si l’islam s’implante en France, c’est sans doute que, vidée d’une bonne partie de sa substance, celle-ci n’a plus grand-chose à lui opposer. Ce qui est sûr, c’est que l’islam n’a rien à enseigner à la France. 

La France a, semble-t-il, cessé de croire en elle-même. Imaginez ce qu’il reste d’humanisme et de Lumières. Imaginez ce qu’il reste de combat identitaire, immédiatement affecté de la hideuse mention "Extrême Droite". C'est curieux : on n'a plus le droit de se revendiquer "Français". Jour après jour, on cherche à nous persuader que, dans l'appellation "Français", il y a un peu de tout, c'est-à-dire de n'importe quoi. Tiens, L'Express publie un dossier, c'est peut-être un signe ? Et tout le monde comprend ce qui se passe, quand des "Français" sifflent la Marseillaise ou brûlent le drapeau tricolore. Mais on n'a pas le droit de le dire. Et l'on fait semblant de s'étonner du nombre des volontaires qui partent pour la Syrie, l'Irak, Daech et le Djihad.

Imaginez maintenant, par-dessus tout ça, la revendication musulmane. Touillez le tout : vous avez la conclusion tirée par Houellebecq dans son roman Soumission (paru le 6 janvier 2015, la veille de ... ) : l'élection d'un président musulman à la tête de la "République Française". C’est pour ça qu’il a fait scandale : « Le premier qui dit la vérité … ». 

Finissez sans moi : quelque chose me coupe l'appétit. 

Voilà ce que je dis, moi.

vendredi, 26 juin 2015

L'ISLAM NE PEUT AIMER LA FRANCE

1/2 

J’ai entendu récemment le philosophe Jacques Rancière proférer une belle connerie. Plus énorme que sa célébrité dans le milieu de son milieu. C’est à propos de l’islam (eh oui, encore !). Il disait en substance qu’il n’est pas du tout sûr que le « voile » (tchador, niqab, burka, etc.) ait une signification religieuse. Eh, tête de pomme, si toutes les filles et les jacques rancière,philosophe,philosophie,tchador,niqab,burka,religion,fanatisme,france,europe,baptême de clovis,catholique,catholicisme,edwy plenel,emmanuel todd,qui est charlie ?,empire ottoman,sublime porte,bosphore,turquie,chateaubriand,mémoires d'outre-tombe,bataille de poitiers,charles martel,bataille de lépante,croisades,l'enlèvement au sérail,l'italienne à alger,lyon,canut,nizier du puitspelu,littré de la grand-côte,laïcité,guerre de bosnie,serbie,milosevic,allah,islam,musulman,tintin,tintin au pays de l'or noir,dupont dupond,cfcm,conseil français du culte musulman,nicolas sarkozy,carla bruni,georges brassens,le pluriel brassens,boualem sansal,gouverner au nomd'allahfemmes (sans parler de la façon dont les hommes en parlent) qui se baladent en cachant leurs cheveux, voire leur visage et leurs mains, te disent que c’est à cause de leur croyance religieuse qu’elles s’habillent ainsi, qu’est-ce que tu leur réponds, gros plouc ? Et ça se prétend philosophe … Il paraît même qu'il fait autorité. Un comble.

L’islam n’a pas fini d’emmerder la France, et plus généralement l’Europe, vieux continent catholique depuis 1500 ans (Clovis). Allez, disons « continent chrétien » pour ne pas vexer les protestants, bien qu'ils aient fait beaucoup de mal au continent. Les défenseurs opiniâtres des musulmans en France (Edwy Plenel, Emmanuel Todd, ...) devraient se souvenir que, historiquement, l'hostilité a toujours existé entre islam et chrétienté. Il y a là du révisionnisme. De l'aveuglement. Voire du négationnisme.

L’islam ottoman a bien tenté, mais en vain, de s’emparer de ce continent : il a laissé des traces de son passage dans quelques pays balkaniques, mais à part le petit orteil qu’il a gardé sur la rive européenne du Bosphore, il a été prié de décamper. Je dis tant mieux. Et je suis modéré : Chateaubriand, dans les Mémoires d'outre-tombe, implore l'armée du tsar de basculer les Turcs dans le Bosphore.

Je cite pour mémoire quelques hostilités historiques : Poitiers, croisades, Lépante, siège de Vienne et autres pirateries barbaresques devenues des œuvres musicales, comme L’Enlèvement au sérail ou L’Italienne à Alger. L’histoire montre « à regonfle » (comme on disait à Lyon quand on y parlait « yonnais ») que la tradition européenne n’a que faire de l’islam. Il y a incompatibilité. Et qu'on ne me parle pas d'apprentissage de la laïcité : il faudrait encore quelques centaines d'années. Même pas sûr que ça suffirait.

L’islam qui a subsisté en Europe a mis du vin dans son Coran, comme on l’a vu lors de la guerre de Bosnie, où les musulmans du cru se foutaient allègrement de la gueule des brigadistes venus, au nom d'Allah, les soutenir contre la Serbie de Milosevic, et trinquaient au whisky pendant que les autres se prosternaient sur leurs tapis de prière cinq fois par jour. 

ALLAH AKBAR.jpg

Hergé était sûrement islamophobe.

Déjà qu'il était raciste (voir Tintin au Congo).

Alors y a-t-il un « islam de France » ? La réponse, absolument formelle, est « Non » ! Pas parce que la France refuse les musulmans, mais à cause de la façon même dont la religion musulmane est organisée. Car il faut que cela se sache : l’islam, par nature et dès l'origine, n’est pas organisé. Le CFCM (Conseil Français du culte musulman) est une aberration venue par ébullition intempestive dans l’un des "cinq cerveaux" de Nicolas Sarkozy (dixit Carla Bruni quand elle était "présidente"). 

L’islam, en réalité, a quelque chose à voir avec les groupuscules trotskistes. Il obéit aux lois de scissiparité et de la dialectique maoïste réunies : « Un se divise en deux ». Quand des trotskistes se retrouvaient à cinq, ils se remémoraient et se fredonnaient (en chantant faux) la chanson de Brassens : « Le pluriel ne vaut rien à l’homme et sitôt qu’on Est plus de quatre, on est une bande de cons ». Le destin du musulman, tout comme celui du trotskiste, est de mourir seul. La division cellulaire est la loi organique des groupuscules trotskiste et de l’islam. 

SANSAL BOUALEM GOUVERNER.jpgJ’exagère ? J'abuse ? Je galèje ? Bien sûr, mais il faut bien s’amuser. Plus sérieusement, au sujet de l’islam, lisez Gouverner au nom d’Allah, de Boualem Sansal (Gallimard, 2013). Vous trouverez une liste (sûrement incomplète) des courants, au nombre de quatre : 1 – Le sunnisme ; 2 – Le chiisme ; 3 – Le soufisme ; 4 – Le kharidjisme. Je ne suis même pas sûr qu’un autre connaisseur proposerait le même découpage. Faisons comme si. 

Parce que là où ça se complique, c’est quand ça se subdivise. Rien que pour le sunnisme, il existe « quatre grands rites ». Il faut savoir que les « dignitaires de ces rites se vouent une inimitié fraternelle ». Sansal ajoute : « Ces rites sont : le malékisme, le hanafisme, le chafiisme, le hanbalisme, chaque rite s’étant lui-même scindé en plusieurs branches et rameaux ». N'en jetez plus. Ecoutons le président Mao : « Un se divise en deux ». 

Chantons après lui : ainsi soit-il. 

Voilà ce que je dis, moi.

lundi, 22 juin 2015

EN ATTENDANT L'EFFONDREMENT 1

1/3 

SERVIGNE & STEVENS.jpgLe monde est en mauvais état, ça commence à se voir et même à se savoir. Le pape François en personne s’en est aperçu, c'est dire. Mais l’Eglise catholique est dans un tel délabrement que je n’ai plus envie d’appuyer sur la détente. On nous fait un ramdam pas possible au sujet du ramadan. On s’est bien gardé, le 25 mars, de signaler aux chrétiens le jour de l’Annonciation, que je sache. Plus la France se musulmanise dans les médias et dans la rue, plus j’ai envie de revendiquer les racines chrétiennes de ma culture, même sans avoir la foi. Mes racines les plus profondes sont là, et nulle part ailleurs. Puisque d'autres revendiquent avec force (et même violence) leur identité, je ne vois pas pourquoi je n'affirmerais pas la mienne. Ce serait bien mon tour. Passons.

Le pape a raison avec son encyclique dédiée à l’état de notre environnement naturel. Qu’on examine la santé de la planète, qu’on mesure  les ressources en eau ou en alimentation, actuelles et futures, que l’on comptabilise les kilomètres carrés de forêts qui disparaissent, qu’on assiste, effaré et impuissant, à la cancérisation du Moyen Orient et de quelques régions d’Afrique par des mafias impitoyables armées de leur islam guerrier, chassant sur les routes de l’exil des troupeaux de réfugiés,  qu’on écoute la litanie interminable des déboires économiques qui attendent encore la France, – quoi qu’on fasse, on ne peut que constater les dégâts. 

Quand on aborde les problèmes un par un, on pourrait presque se prendre à espérer en des solutions, et se dire que le pire n’est pas toujours sûr. C’est quand on les met bout à bout que le tableau d’ensemble commence à apparaître et à devenir effrayant. Les lieux du monde où le Mal (sous toutes ses formes) sévit tendent à se multiplier, et les multiples façons dont le Mal s’exprime tendent à envahir le paysage. Même pas besoin d’être pessimiste : il suffit de se tenir informé. 

C'est la raison pour laquelle on a bien du mal à comprendre l’optimisme, fanatique autant que ravageur, qui habite certains commentateurs et observateurs soi-disant « avertis », genre Laurent Mouchard-alias-Joffrin, de Libération, qui persistent dans une stupéfiante confiance dans le « Progrès » indéfini de l’humanité et dans les solutions techniques aux problèmes que la technique a engendrés (l'innovation au secours des dégâts des innovations précédentes : le pompier venant éteindre l'incendie qu'il a allumé).

Je n’ose croire qu’ils se vautrent sciemment dans le mensonge, sauf à imaginer qu’ils en tirent un bénéfice personnel, à la façon de ces « think tanks » à l’américaine qui, largement subventionnés par les intérêts de ceux qui y ont intérêt, vous déversent à la demande du climato-scepticisme comme s’il en pleuvait ou de la croyance absolue dans les bienfaits des OGM ou des néo-nicotinoïdes dans l’agriculture. 

Je viens d’apprendre l’existence d’un livre (Osons rester humains. Les impasses de la toute-puissance) de Geneviève Azam au sujet de la si fragile toute-puissance de l'humanité actuelle. Je le lirai peut-être. La dame parle en tout cas de façon pertinente et mesurée. Et le vieux poids lourd Edgar Morin lui apporte son soutien en écrivant "Lu et approuvé" dans Libération du samedi 20 juin (même jour que l'émission Terre à terre de Ruth Stégassy, qui avait invité Geneviève Azam).

MORIN EDGAR.jpg

Mais aujourd’hui, je veux évoquer le petit volume de Pablo Servigne et Raphaël Stevens, Comment tout peut s’effondrer (Seuil, collection « Anthropocène », avril 2015). Car l’ambition de ce bouquin est précisément de mettre bout à bout les problèmes qui menacent l’humanité. Le sous-titre est éclairant : « Petit manuel de collapsologie à l’usage des générations présentes ». Je le classerai parmi les « mauvais bons livres ». Je dirai pourquoi. 

« Collapsologie », donc. Pourquoi pas ? Le terme existe sans doute déjà, dans cette Amérique qui a tendance à nous envoyer, avec quelque retard, toutes ses trouvailles, jusqu’aux plus débiles, saugrenues et malfaisantes. Mais « générations présentes » est aussi à relever : pour les auteurs, les menaces qui pèsent sur la planète ne doivent pas être pensées dans un lointain futur, mais sont à prendre en compte dès aujourd’hui. 

Va donc pour cette nouvelle discipline scientifique : la science des effondrements. Drôle d’idée quand même de faire de l’effondrement un objet d’étude scientifique. D’ériger l’effondrement en concept, en objet d’observation en soi. Je ne comprends pas bien cette tournure d’esprit, qui pose un objet largement conceptuel sur la paillasse pour voir s’il obéit à des lois qui lui sont propres.

Ça me fait un peu penser à une des définitions qu’Alfred Jarry donne de la « ’Pataphysique » : « … la ’pataphysique sera surtout la science du particulier, quoiqu’on dise qu’il n’y a de science que du général. Elle étudiera les lois qui régissent les exceptions … » (c'est dans les Gestes et opinions du docteur Faustroll, pataphysicien). J'adore quant à moi les lois qui régissent les exceptions. Sans exception.

De là à voir dans « l’effondrement » un objet pataphysique, il y a un pas que je me garderai de franchir, tout en esquissant le geste. Je veux dire que j’ai un peu de mal à envisager un concept qui s’appellerait « effondrement » : il faudrait disposer d’une belle série historique d’effondrements passés pour difficilement en tirer des enseignements de quelque validité. L’Empire romain, les Mayas (qui sont cités), je veux bien, mais scientifiquement, ça paraît bien léger. Y a-t-il des "lois" qui président aux effondrements ? Ou, plus probablement, chacun est-il un exception ? Un cas unique ?

On n'est finalement pas très loin de la 'Pataphysique, il me semble. Que les auteurs n'aient aucun souci, ils ne risquent rien : « La 'Pataphysique est la science ... » (dernière phrase du Faustroll).

Voilà ce que je dis, moi.

jeudi, 18 juin 2015

L'ANARCHIE DES VALEURS 1

1/2 

VALADIER PAUL.jpgJe ne suis pas philosophe, dieu merci. Pour être franc, j'ai du mal à prendre au sérieux les discours et les débats qui ont pour objet d'organiser le monde des abstractions. J'ai un esprit épouvantablement concret. Prosaïque. Terrestre. Pour vous dire, quand j’ai ouvert Anthropologie philosophique, de Bernard Grœthuysen, et que j’ai compris, après plusieurs lectures de la page 11 (sur 284), que je n’aurais toujours rien compris à ce que me dégoisait le monsieur, même si j’insistais, j’ai évidemment refermé le bouquin. Définitivement, dois-je préciser.

C'est un souvenir cuisant. Vaguement humiliant, même. C'est peut-être un handicap. Si c'est le cas, je dis : pitié pour les handicapés ! Je ne vois pas pourquoi je me gênerais. Je me suis fait ma religion : il y a deux sortes de savants. Oui, je sais, on va me ressortir l’histoire de De Gaulle disant à Malraux : « Il y a deux sortes de gens … », et puis, voyant s’allumer l’œil de son ministre, il complète et conclut : « … ceux qui pensent qu’il y a deux sortes de gens, et les autres ». 

Désolé, je le répète, il y a deux sortes de savants : ceux qui parlent pour tout le monde, et ceux qui parlent entre eux. Par exemple, en psychanalyse, il y a Jacques Lacan, et puis il y a Didier Anzieu. Avec l’un, on reste entre spécialistes pointus. Avec l’autre, on est entre égaux (pas vraiment, mais quand il me parle, je comprends d’abord qu’il s’adresse à moi). 

Je trouve pitoyable, voire méprisable, tout humain qui use du langage pour faire croire qu'il connaît des choses que tout un chacun serait infoutu de comprendre. Ce genre de pouvoir n'impressionne que ceux qui y croient. A cet égard, je suis un mécréant de l'espèce la plus incorrigible : je m'efforce de parler comme tout le monde, en offensant le moins possible la langue française. Je considère comme bien à plaindre celui qui éprouve le besoin d'intellectualiser et de créer des concepts abstrus (si possible innovants) pour avoir l'impression d'exister enfin. Et se donner l'apparence de comprendre le monde.

Chez les musiciens contemporains, c’est la même chose : il y a les très savants, qui considèrent mes oreilles comme des poubelles assez bonnes pour digérer ou recycler les déchets de leurs savants concepts (Nono, Berio, Boulez, Pauset, Stockhausen, Cage, …), et puis il y a ceux qui admettent que mes oreilles méritent quelques égards et un minimum de courtoisie, en plus du savoir-faire (Messiaen, Britten, Hersant, Grisey, Bryars, Kancheli, Pärt, …). C’est une philosophie de l’existence. C'est même un humanisme.

Tenez, l’autre jour, j’entendais Cédric Villani (qui arbore une cravate aussi impressionnante que sa médaille Fields), en tournée de promo pour l’album de bande dessinée qu’il vient de publier avec le formidable dessinateur Baudoin, Les Rêveurs lunaires (Gallimard / Grasset), sous-titré « Quatre génies qui ont changé l’histoire ». Villani est de ceux qui veulent, non pas faire de la « vulgarisation », mais réconcilier la science avec le grand public en faisant entrevoir à celui-ci les raisons de l’importance historique de certains chercheurs. 

Paul Valadier, l’auteur de L’Anarchie des valeurs (Albin Michel, 1997), est de ceux qui s’adressent à tout le monde. C’est vrai qu’il a été formé pour ça : jésuite, il fut longtemps directeur de la revue de l’ordre, qui porte un titre aussi modeste que terriblement ambitieux, Etudes. Je connaissais un peu Jean Mambrino, poète, qui tenait pour la revue la rubrique de l’actualité poétique et théâtrale. 

Dans L’Anarchie des valeurs, la langue n’a rien à voir avec quelque jargon technique. Valadier applique ce principe oratoire formulé jadis par le génial Chaïm Perelman (ne pas oublier Lucie Olbrechts-Tyteca) dans son Traité de l’argumentation (éditions de l'université de Bruxelles, 1988, pour la nouvelle édition) : s’adresser à un « auditoire universel » (I, § 7), pour virtuel qu’il soit. L' « auditoire universel » ! Quelle prétention ! Mais quel espoir ! Car il s’agit en définitive de faire de la connaissance acquise un objet socialisé. Un « Bien Commun », en quelque sorte, que tout un chacun soit en mesure de s’approprier pour peu qu’il en fasse l’effort. 

Pourtant, le sujet de Valadier n’est pas évident : comment établir des valeurs ? Sur la base de quoi a-t-on le droit de fonder des jugements (de valeur) ? Ces « valeurs » que les responsables politiques, mais aussi les grandes entreprises, brandissent comme des étendards (je me souviens du panneau d’affichage dans le hall du siège de Mérial, à Gerland, qui trompetait fièrement « Nos Valeurs », et qui les énumérait). Hollande s’est particulièrement illustré dans ce domaine après le 7 janvier. 

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Si tout un chacun peut revendiquer ses valeurs, c’est la confusion. C’est l’anarchie, comme le dit le titre du livre. Le temps est fini où une religion pouvait, sans être contredite, s’intituler « catholique », c’est-à-dire « universelle », et imposer les valeurs constituant la Vérité révélée qu’elle voulait répandre (« propager » serait plus juste : on parle bien de « propagation de la foi »).

KATHOLIKOS 2.jpg

A cet égard, reconnaissons qu’elle a mis de l’eau dans son vin de messe, par la force des choses. Il faudra bien que l’Islam descende aussi de son piédestal de « Seul authentique détenteur de la Vérité révélée », même si ça n’en prend pas le chemin. 

Maintenant qu’est réalisé l’inventaire exhaustif des sociétés humaines, des cultures, des croyances, des systèmes sociaux, la question se pose de savoir sur quelle base unique de valeurs pourrait s’amorcer un accord général de l’humanité entière. Autant le dire tout de suite : ce n’est pas simple, nul n’ayant l’autorité requise pour imposer à qui que ce soit sa manière de voir les choses et d’interpréter le monde. 

Je n’ai pas envie de m’attarder sur les analyses et les références que livre Paul Valadier. C’est très savant et très documenté, il a beaucoup lu, beaucoup compris, c’est très subtil et très nuancé : le monsieur montre qu’il n’est pas sorti de nulle part, vu qu’il donne des gages incontestables de la connaissance qu’il a des enjeux de la discussion. 

Moi qui suis le rustaud du service de com’, je vais vous dire, toutes ces références me font l’effet de « validation du permis de conduire » : Paul Valadier, bien qu’il sache qu’on connaît sa science de la chose, tient à montrer qu’il n’est pas philosophe pour du beurre et qu’il s’y connaît (il est jésuite). Et ça défile : Lefort, Boudon, Nietzsche, Hobbes, Marx, Dognin, Freud, Mauss, Proust, Lévi-Strauss, Saint-Exupéry, par ordre d’entrée en scène. Pardon, j’oubliais Kant (et quelques autres). Et l’on n’a fait que les quarante premières pages ! C’est le vice universitaire, sur lequel est fondé le rapport de la civilisation avec la connaissance : prouver qu’on sait de quoi on cause. 

C'est aussi l'un des aspects rebutants de ce que l'on a appelé la scolastique.

Voilà ce que je dis, moi.

samedi, 04 avril 2015

HOUELLEBECQ PAR NOGUEZ

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HOUELLEBECQ1 2003 NOGUEZ.jpgAlors maintenant, à part ça, le bouquin de Dominique Noguez, Houellebecq, en fait, vous me direz ? Deux ingrédients : des pages d'un journal et des réflexions sur l'œuvre. D’abord les pages concernant Michel Houellebecq, extraites du journal tenu par l’auteur de 1991 à 2003, entrelardées de textes écrits par l’auteur pour la défense de l’écrivain, envoyés aux médias ou destinés au tribunal. Des lettres aussi qu'il lui a adressées. Ensuite, deux études : l’une sur le style houellebecquien, l’autre intitulée « Michel Houellebecq est-il réactionnaire ? ». En gros, quatre parties. 

Disons-le, l’étude du style m’est tombée des mains : un relevé énumératif consciencieux des tournures, formules, termes favoris de l’écrivain. Même si tout est juste et bien observé, c’est tout à fait indigeste, comme un découpage de cadavre à la morgue. Que celui qui est allé à l'école lise ! Comme l'écrit Alfred Jarry dans le "Linteau" des Minutes ... (qui, j'imagine, n'a pas de secret pour Noguez) : « ... car il n'y a qu'à regarder, et c'est écrit dessus ».

L’étude sur le « réactionnaire » supposé est en revanche intéressante, montrant que le concept est brumeux et marécageux à souhait, et qu'il fonctionne comme certains bars, où l'on signale au client : « Ici on peut apporter son manger ». Noguez donne trois ou quatre listes de gens peu recommandables, qualifiés successivement de « réactionnaires » par Daniel Lindenberg (Le Rappel à l'ordre) et quelques autres après lui : certains voisinages sont pour le moins étranges ou inattendus. Si "réactionnaire" est un concept, ce qui n'est pas sûr, il est singulièrement élastique, plastique et déformable dans toutes les sauces idéologiques. Pour autant, l’analyse est-elle efficace ? Peut-elle servir à quelque chose ? Pas sûr. 

Les « éléments » du langage mouliné en permanence par les médias privatisés (qui ont contaminé les chaînes publiques, que plus grand-chose n'en distingue) se moque allègrement de ce qu’on appelait autrefois la « justesse des termes » (cela s’appelle aussi la « rigueur intellectuelle »). Le média spectaculaire régnant (la télévision) se contente de la vitesse et de l'éclat de l’expression, au mépris de son poids, de son exactitude et de sa profondeur. La catastrophe « Philippe Sollers » a triomphé. Briller est un impératif. 

Je crois, monsieur Noguez, qu’il ne sert à rien de définir le mot « réactionnaire » : tout le monde s’en fout. Son rôle est de servir de flash (de piquouse), d’étiquette, d’identifiant immédiat, de blason, d'étendard, voire de mot de passe. Bientôt peut-être de lieu de détention.

C’est la tâche de purification lexicale assignée par les tenants de la nouvelle « bien-pensance » (p. 252) à quelques projectiles fabriqués spécialement à l'intention des survivants de l’esprit critique et de la liberté de penser (qu’il suffit, pour les disqualifier, de désigner « facho », « macho », « réac », « sexiste », « homophobe », et j’en passe). S’attarder sur le contour du mot « réactionnaire », je vais vous dire, c’est du temps perdu. Dans un duel arme au poing, l’explication rationnelle et argumentée est programmée pour échouer. 

Dominique Noguez est écrivain. Je n’en doute pas. Pas plus qu’il ne doute des qualités de son livre Les Derniers jours du monde. Je dirai ce que j’en pense quand je l’aurai lu. Mais, comme Daniel1, le personnage de La Possibilité d’une île, il est foncièrement honnête (bien que j'ignore l'extension sémantique exacte du mot "foncièrement" dans ce contexte) où on lit : « ... j'étais, par rapport aux normes en usage dans l'humanité, d'une honnêteté presque incroyable » (p. 400), phrase qui sonne a posteriori comme une déclaration de théorie littéraire.

Car Houellebecq lui-même est honnête, en ce que ses livres ne se racontent pas d'histoire. Etonnant comme ses fictions romanesques semblent porteuses d'une vérité très nue, presque écorchée (peut-être ce qui le rend insupportable aux yeux de beaucoup). Houellebecq déclare ainsi à Frédéric Martel : « Je connais les réponses simples, celles qui vous font aimer de tous (…) ; si je ne les emploie pas ce n’est pas par provocation, mais par honnêteté » (cité p. 252). Noguez est donc honnête : il reconnaît que Houellebecq est un plus grand écrivain que lui. Il n’est pas jaloux. Il a au moins ce mérite, et cela m’incite à aller y voir de plus près. 

Il écrit d’un roman de M. H. (Extension du domaine de la lutte) : « Après trois lectures, je tiens que ce roman est un des plus grands d’aujourd’hui. Je dis bien "d’aujourd’hui". Je n’en vois pas en effet qui disent mieux un certain nouvel air du temps – du temps social et économique – que celui-là » (pp. 29-30). Il écrit ça en 1994, c’est-à-dire avant Les Particules élémentaires, avant La Carte et le territoire. Je regrette quant à moi de l’avoir lu après ces deux livres, beaucoup plus forts et accomplis, auprès desquels Extension … fait un peu pâle figure, tout en tenant fort bien son rang : l’univers maintenant bien connu de l’auteur est déjà pleinement présent. 

Noguez, tenant son journal, montre donc qu'il est intervenu en faveur de Michel Houellebecq, dans la presse comme critique, au tribunal comme témoin de la défense. Il lui écrit aussi des lettres, où il note ses impressions de lecture, par exemple sur Les Particules …. 

Le procès intenté contre l’auteur de ce roman à parution ajoute au ridicule du motif le contradictoire de la chose : un directeur réclamant l’anonymat pour le camping qu’il dirige reproche à M. H. de donner des informations qui permettent de le reconnaître et situer. Evidemment, l’action en justice donne une publicité énorme à ce qui serait resté inaperçu et cru fictif s'il avait fait le mort. Conclusion de Noguez : « Cela ressemble fort à une opération publicitaire faite sur le dos de la littérature » (p. 62). Auguste en personne aurait dit « tout juste ». 

Le procès intenté par Dalil Boubakeur, de la grande mosquée de Paris, suite à la publication de Plateforme, est plus crucial et plus révélateur. Houellebecq islamophobe ? Et alors, quand bien même ? Ne pas aimer l'islam est un droit, que je ne me prive pas d'exercer pour mon propre compte, moi qui suis, de façon générale, religio-incompatible. Noguez écrit : « Avoir un avis sur les religions, préférer l’une à l’autre ou les rejeter toutes relève de la liberté d’expression la plus élémentaire dans une démocratie comme la nôtre » (p. 211). Je ne peux qu’approuver. J'irais même volontiers plus loin, jusqu'à paraphraser Lino Ventura dans Les Tontons, à propos de Claude Rich, le petit ami de sa protégée : « ... il commence à me les briser menu ». 

Et Noguez de rappeler que M. H. n’est pas le premier à traiter l’islam de « religion la plus stupide », avec des citations de Montaigne, Pierre Charron, Pascal, Spinoza, Tocqueville, etc. (p. 210). Voltaire n’a-t-il pas écrit une pièce de théâtre intitulée Le Fanatisme ou Mahomet le Prophète ? Jusqu’au respectable Claude Lévi-Strauss qui y voit « une religion de corps de garde » (p. 211, ce que l’actualité nous confirme tous les jours). 

Là où j'ai le grand plaisir de me retrouver en bonne compagnie, dans ce livre, c’est chaque fois que Dominique Noguez aborde la question de la « bien-pensance » et de l’ambiance policière qu’elle tend à instaurer dans le monde de la pensée, de la création et de l’expression, amalgamant sans sourciller des actes répréhensibles ou délinquants et des personnages éventuellement déviants, mais pures créatures fictives. Noguez se paie en passant Claire Brisset, la « Défenseure » (!) des enfants, « une folle avérée » (p. 176, mais il ne la nomme que trois pages plus loin – par prudence ? –, je précise que c’est moi qui interprète) : certaines formules font du bien, c’est sûr. Du coup, on se sent moins seul. 

Là aussi où j’ai l’impression de trouver une « tribu » où je puisse me sentir un peu moins mal dans mon époque, c’est en apprenant que Dominique Noguez a donné une conférence intitulée « Le livre sans nom » (BNF, 15 décembre 1999), qu’il évoque dans la note 48 (p. 165)  : « J’y donnais, comme explication de la multiplication actuelle des procès en matière de littérature, "l’immense privatisation de tout à laquelle on assiste depuis une douzaine d’années" dans les sociétés occidentales capitalistes ou, plus exactement, dans la manière dont elles se donnent à voir. "Tandis que la fiction romanesque semble saisie d’un appétit de plus en plus grand de réalité, ajoutais-je, la réalité qu’elle veut ingurgiter se privatise et se dérobe. Il n’y a plus de nature, il y a des propriétés privées ; plus de pays, mais des multinationales ; plus de ville, mais des chaînes de magasins et des marques ; plus de foule, mais des individus qui peuvent interdire ou monnayer leur image." (Publié dans La Nouvelle Revue Française n° 555, octobre 2000) ». Je salue l'expression "l'immense privatisation de tout". Les curieux peuvent se reporter à mon billet du 17 mars, où j'évoque « La Grande Privatisation de Tout » (GPT pour les intimes). Depuis la publication de Houellebecq, en fait, il y a douze ans, Noguez à dû pouvoir constater la nette aggravation du processus. Mais quand même, ça fait plaisir de se retrouver en pays de connaissance. Je me dis : chouette, encore un que Laurent Joffrin ne doit pas porter dans son cœur ! 

Tiens, à propos de Laurent Joffrin, voici ce qu’on lit p. 229, à propos d’un article sur « les nouveaux réactionnaires » : « Pour sa phrase sur l’islam, "l’excellent Laurent Joffrin", explique-t-il [il s'agit de Houellebecq], l’a traité dans Le Nouvel Observateur de "beauf lambda" ». J’imagine que la phrase en question est celle où il qualifie l’islam de « religion la plus stupide » (voir plus haut). Je renvoie à mes deux billets consacrés à ce monsieur. Houellebecq et Noguez doivent se dire, à la façon de Courteline : « Passer pour un idiot aux yeux d’un imbécile est une volupté de fin gourmet ». Si j’étais à leur place, c’est en tout cas ce qui me viendrait à l’esprit. Avec délectation.

Voilà ce que je dis, moi. 

samedi, 07 mars 2015

EN D'AUTRES TEMPS

TOUTE UNE EPOQUE

 

Il fut un temps où l’infâme colonisateur pouvait impunément traiter les colonisés en sous-hommes : c’est ainsi qu’en 1931, Hergé évoque les Africains comme plus personne n’oserait le faire aujourd’hui. Même que des noirs ont essayé de faire condamner par la justice, et même retirer de la vente Tintin au Congo. Ils n’y sont heureusement pas arrivés : on ne réécrit pas l’histoire pour servir des intérêts du présent. Staline, avec ses photos officielles retravaillées en laboratoire, fait exception (quoique ...).

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Il paraît que "boula-matari" signifie "briseur de rocher". Pourquoi pas ?

 

Les barbares de l’ « Etat Islamique » passent par la masse, le tracto-pelle et la dynamite les vestiges d’une civilisation qui a eu le culot infernal d’exister avant la naissance de l’islam. A les en croire, le monde est né en 622. Tout ce qui a précédé (babylonien, assyrien, chrétien ...) n'a jamais existé. Tout doit disparaître. La colonisation, tout comme les civilisations antiques du moyen orient, a existé, ce n'est pas niable. Mais le fait appartient au passé, même s'il en reste des vestiges (il faudrait voir plus en détail, d'ailleurs). Ce qui s'est passé s'est passé.

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Dans une publication des Missions africaines ("imprimatur" en 1946).

La colonisation est un fait historique : ce n’est pas une raison pour que les descendants des infâmes colonisateurs se frappent aujourd’hui la poitrine en signe de contrition ou de repentance, à genoux devant les descendants des autres : il suffit que la situation ait changé, et rétabli un certain équilibre. Le présent n'est pas comptable du passé. Passons.

 

Mais il y eut pire que Tintin au Congo, voire que les expositions coloniales (Marseille 1906, Paris 1931). Le 19ème siècle fut jalonné de telles horreurs racistes que l’histoire s’est aujourd’hui chargée de jeter dans ses poubelles – encore que les horreurs commises récemment en divers endroits du continent africain (Libéria, Sierra-Leone, Sud-Soudan, région du Kivu au Congo) pourraient faire douter du "progrès". Il est vrai que le continent européen n’en est pas exempt.

 

C’est ainsi qu’une gravure publiée en 1874 dans Anthropogenie, livre très sérieux de l'alors célèbre savant allemand Ernst Haeckel (« découvreur » des « monères » et auteur de cette phrase inoubliable : « L’ontogénie [croissance de l’individu depuis l'embryon] est une courte récapitulation de la phylogénie [évolution de l’espèce] »), montre l’Africain (« Neger ») grimpant aux arbres comme les singes, à égalité avec le chimpanzé, le gorille et l'orang-outang. 

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C’est ainsi qu’une gravure publiée en 1884-1885 dans le Journal des voyages (tomes 17-18) est assortie d’une légende explicite : « Les nègres sont gymnastes comme les singes ».

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C’est ainsi que, en couverture d’un catalogue de vente reçu tout dernièrement, on trouve la photo d’un objet particulier : une pendule dite « au nègre portefaix », très beau bronze du 19ème siècle (année non précisée) réalisé « d’après un dessin de Jean André Reiche, vers 1808 », avec un cadran signé « Simon à Paris ».

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L’objet est estimé entre 12.000 et 15.000 €. Or on voit,  parfaitement ciselé sur l’avant du socle, le motif qu’on voit en plus grand ci-dessous.

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Est-ce une femelle ? Le doute est permis.

C’est entendu, nous n’avons pas à nous enorgueillir de l’imaginaire que nos ancêtres entretenaient au sujet des humains à la peau noire. Je soulignerai simplement que nous avons définitivement changé d’époque. Et tant mieux.

 

Je dirai juste que ceux qui exigent réparation, auprès des descendants, des abus de leurs ancêtres, sont eux-mêmes des abuseurs. Qui tentent accessoirement de transformer en gagne-pain le sentiment de culpabilité qui habite forcément (se disent-ils) ceux dont les parents lointains commirent des injustices.

 

Mais la malédiction, ça n'existe pas : s'il se commet des injustices en Afrique aujourd'hui, ce sont des Africains qui en sont au moins complices, quand ils n'en sont pas les seuls responsables. Et qu'on ne me parle pas du poids du passé. Ce n'est pas moi qui ai inventé le mot « résilience », c'est Boris Cyrulnik.

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

vendredi, 13 février 2015

L'ISLAM N'AIME PAS LA FRANCE (5)

2/2

 

J'évoquais la tribune du professeur de philosophie Soufiane Zitouni, parue dans Libération. Il donnait les raisons pour lesquelles il a démissionné de son poste au lycée Averroès de Lille après cinq mois d'exercice.

 

S’il faut l’en croire, le lycée Averroès de Lille fonctionne comme une antenne des Frères Musulmans en territoire français : au CDI, pas un livre de ou sur Averroès, grand humaniste du 12ème siècle, ange éponyme et tutélaire, qui plus est, de l’établissement. Averroès, l’Egyptien Youssef Chahine lui avait consacré un beau film en 1997. On pourrait dire que ce film faisait bilan de ce qui s'est passé dans l'islam au 12ème siècle (sorte de stase de l'esprit), et qu'il annonçait ce qui se laissait déjà présager du siècle présent.

 

En revanche, en veux-tu en voilà, des ouvrages des frères Tariq et Hani Ramadan (tiens, j'ai vu avant-hier la photo de Frère Tariq dans Le Monde). Les deux éléments mis bout à bout, on admettra que c’est mauvais signe. Les frères Ramadan, autrement dit les porte-parole des Frères Musulmans en terre européenne, même s'ils s'en défendent à hauts cris.

 

Je mentionnerai deux points en particulier du propos de Zitouni : 1 - un antisémitisme assez généralement partagé et banalisé parmi les élèves ; 2 - l’impossibilité d’aborder les choses de la religion, à commencer par la personne du prophète Mahomet, pour cause de tabou absolu. Je passe sur les ablutions rituelles dans les toilettes communes et la prière devant la machine à café. Il conclut : « En réalité, le lycée Averroès est un territoire "musulman" sous contrat avec l’Etat ». La phrase est à retenir. Tout ce que dit Soufiane Zitouni est au moins possible, pourquoi pas vraisemblable, et mérite au moins l’attention que requiert tout témoignage.

 

Mais l’affaire se complique : Libération publie, le lendemain même, un article signé Haydée Saberan, intitulé « A Lille, le lycée Averroès attaque un prof de philo en diffamation », suite à la conférence de presse organisée dans l’urgence par les responsables de l’établissement. Il n’y a aucune raison de soupçonner la rédactrice de l’article de partialité : elle a fait son boulot, elle est allée sur place, a rencontré des responsables, des professeurs, des élèves. Je retiens malgré tout du texte l’effet d’amortisseur qu’il produit sur le lecteur, qui a tendance à se dire que oui, peut-être que Zitouni exagère.

 

Car Soufiane Zitouni, selon plusieurs, exagère, monte en épingle, généralise à partir de quelques cas. Ils soulignent que les problèmes soulevés ici ne sont pas spécifiques à l’établissement, mais largement répandus dans le secondaire français, ce qui est hélas probable. Le "principal" du lycée (je croyais qu’on disait « proviseur ») découvre étonné que ce professeur de philosophie parlait beaucoup de l’islam en cours, au point qu’il demande au rectorat de diligenter une enquête.

 

Qui croire ? C’est parole contre parole. Ah, un indice peut-être : les relations que le lycée entretient avec la maire de Lille, Martine Aubry, sont exécrables. Pour quelle raison ? Elle pense que Amar Lasfar, recteur de la mosquée de Lille-Sud, pratique le double langage. Or Amar Lasfar est d’une part un fondateur du lycée Averroès, et d’autre part le président de l’Union des Organisations Islamiques de France (UOIF). Tirons ce fil.

 

Il se trouve que l’UOIF n’a pas très bonne réputation, d’un point de vue républicain. C'est en effet la branche française des Frères Musulmans. J'ai tendance à comparer le fonctionnement de la confrérie des Frères Musulmans à celui de la franc-maçonnerie, et pourquoi pas d'une secte : même ritualisation, même cérémonie d'allégeance, même présence d'un « projet » plus ou moins global. Tiens, ça se précise, on dirait.

 

Si l’on se souvient que Tariq Ramadan, cette belle incarnation de la notion d'"homme d'influence", cet avocat de la cause musulmane en terre "chrétienne", est un proche des « Frères », qu’on trouve ses ouvrages au CDI du lycée Averroès (Averroès l'humaniste étant le grand absent des rayons), et qu’il est passé maître dans l’art d’adapter son discours aux circonstances et aux interlocuteurs, et de retourner les griefs à son encontre contre leurs auteurs, on commencera à se dire que Soufiane Zitouni est loin d’avoir tort sur toute la ligne.

 

« Le lycée Averroès est un territoire "musulman" sous contrat avec l’Etat » : il se pourrait même qu’il ait raison. Combien de temps nous faudra-t-il pour aboutir à la conclusion que la fantaisie d'anticipation à laquelle se livre Michel Houellebecq dans Soumission n'est qu'une préfiguration de ce qui nous attend ?

 

Naomi Oreskes a publié Les Marchands de doute pour montrer la terrible virtuosité des industriels les plus polluants et mortifères de la planète dans l’élaboration de discours et d’argumentaires destinés à semer le trouble dans l’esprit des responsables et des décideurs pour les empêcher de signer des interdictions ou même des restrictions nuisibles à leurs affaires.

 

Rien de tel qu’une bonne plainte en diffamation pour introduire le doute. Devinette : à qui profite le doute ?

 

Conclusion : le problème de l'islam n'a pas fini de se poser à la France. Car le problème de la France, c'est que, en même temps que les frères Kouachi et Coulibaly se réclament de l'islam pour commettre leurs assassinats, des "responsables" musulmans sunnites (Université Al Azhar, Le Caire) comme chiites (ambassadeur d'Iran à Paris) déclarent à l'unisson que Kouachi et Coulibaly, de même que tous les terroristes, ne sont pas musulmans.

 

Comment je fais, moi, pour m'y retrouver ?

 

Pas d'amalgame et pas de stigmatisation, je veux bien, mais qu'on me dise comment on fait pour s'y retrouver entre ceux qui combattent et tuent au nom d'Allah, et ceux (du même bord ?) qui disent que ce n'est certainement pas au nom d'Allah. Que disent-ils, les musulmans pacifiques ? « Ces assassins ne sont pas musulmans ». Que disent les assassins ? « Allah Akbar ». Et certains nient qu'il y ait un problème. Et certains publient des livres intitulés Pour les Musulmans (Edwy Plenel).

 

C'EST QUOI L'ISLAM ? La question commence à me courir sur le haricot (de mouton de panurge).

 

Peut-être que la réponse est dans le Coran : comme dans la Bible, on y trouve autant d'invocations à la paix que d'appels à la guerre.

 

C'est comme l'histoire des historiens : on y trouve tout ... et le contraire de tout.

 

Moralité : la religion est bien comme la langue d'Esope, à un détail près : c'est bien la pire et la pire des choses.

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

jeudi, 12 février 2015

L'ISLAM N'AIME PAS LA FRANCE (4)

1/2

 

Certains lecteurs, après ma série de billets « L’Islam n’aime pas la France », m’ont peut-être jugé islamophobe ou raciste. Certains ont jugé mon ton péremptoire. Ils en ont conclu que je manquais de modestie. C’est vrai, je l’avoue, j’ai bien des défauts, mais je ne suis ni islamophobe, ni raciste. Ce n'est pas parce qu'on critique l'Etat d'Israël qu'on est antisémite.

 

Pour moi, une religion est nocive par principe. L'islam pas moins que le catholicisme, ou quelque autre prêtrise qui voudrait nous marteler le crâne et l'âme de la réalité de la présence, quelque part, d'êtres supra-humains, à même d'expliquer à l'homme pourquoi il est malheureux sur terre.

 

Et qu'il est urgent pour lui d'attendre et d'espérer une « autre vie », à condition que ce soit plus tard. Si possible à la fin des temps. Urgent, en attendant, de se soumettre à l'autorité de gens qui ont décidé qu'ils étaient les seuls représentants légitimes de Dieu sur terre. Les seuls à détenir La Vérité révélée. Le problème, c'est qu'il y en a beaucoup, des Vérités révélées. Dans ce supermarché aux croyances, j'ai choisi de ne pas choisir. C'est une croyance comme une autre. On ne peut pas ne croire en rien (cf. Jacques Bouveresse, Peut-on ne pas croire ?) : pour vivre, il faut y croire.

 

Et puis je ne peux pas oublier la phrase décisive que Marcel Gauchet écrit pour présenter Le Désenchantement du mondeAinsi le christianisme aura-t-il été la religion de la sortie de la religion »), qui synthétise et explique en partie la façon dont les Européens ont vu et fabriqué (c'est ce qu'on appelle le « Progrès ») le monde tel qu'il se présente aujourd'hui. Le progrès tel que nous, occidentaux, l'entendons, c'est le christianisme, à commencer par le catholicisme, qui en est la source vive.

 

Que je sois catholique à l’origine n’y change pas grand-chose, si ce n’est toutefois que je me garderai de jeter le bébé de l’héritage culturel prodigieux légué par cette religion, avec l’eau du bain ecclésiastique dans lequel barbotent encore quelques soutanes en compagnie de leurs adeptes. Je suis entièrement tissé de cette culture : il faudra me tuer pour qu'il en soit autrement. Et il va de soi qu'en cas de crise avec l'islam, mon camp est choisi d'avance. J'espère cependant qu'on en est loin. Ce n'est pas complètement sûr.

 

Il se trouve qu’au sujet de l’islam, de sa place sur le territoire français et européen, je me tiens au courant en passant par des canaux classiques : la bonne vieille presse écrite payante, les bons vieux journaux imprimés sur du bon vieux papier qui salit les doigts.

 

Et sans avoir jamais recours aux thèses complotistes ou à celle du « grand remplacement », qu'on trouve, paraît-il, à foison sur la Toile, je m’estime assez informé pour tirer des faits qui sont rapportés dans la presse, quelques analyses de la situation pas trop dénuées de pertinence. Des analyses partagées par des gens raisonnables et pondérés. Des analyses peu optimistes à vrai dire, en ce qui concerne l'irruption de la question islamique. Une question qu'il faut être soit un lâche, soit un menteur, soit un profiteur pour nier qu'elles se posent.

 

J’appartiens à la drôle d’espèce animale qui ne se range ni dans la famille des dieudonnidés ou des zemmouridés, ni dans celle des edwyplenelidés ou des christinefourestidés, encore moins dans celle des hollandidés ou des franmaçonnidés. Bon, c’est vrai que la presse « papier » est loin de nourrir le lecteur comme dans le bon vieux temps, mais il m’arrive encore d’y trouver pâture pour satisfaire mon appétit de substance rationnelle racontant la marche du monde.

 

C’est le cas, précisément, d'une tribune parue dans Libération du 6 février. Passons sur le désolant dessin que le journal (mais Le Monde n’est pas exempt de ce genre de facilité) croit indispensable d’étaler sur la moitié de la double page : toujours ça de moins à écrire. Des journaux d’une terrible pingrerie rédactionnelle : symptôme de fin de race.

 

Cette tribune est écrite par Soufiane Zitouni, professeur certifié de philosophie. Il est payé par l’Etat français. Il a vingt ans d’exercice du métier. Il est musulman et a appartenu à une communauté soufie (tendance mystique de l'islam). En septembre 2014, il entre au lycée Averroès de Lille, établissement privé musulman sous contrat. Cinq mois après, il démissionne.

 

Il avait publié une première tribune dans le même journal le 15 janvier, suite aux assassinats des 7,8 et 9. Il l’intitulait « Le prophète aussi est Charlie ». Il dénonçait les « pseudo-savants de l’islam » qui interprètent le Coran de la façon la plus étroite et la plus restrictive. Il dénonçait aussi l’absolue imperméabilité de beaucoup de musulmans à l’humour, quand il touche à leur croyance. Le texte avait provoqué quelques remous au lycée.

 

Il évoquait l’absolue absence de distance des musulmans (précisons : ceux qui crient le plus fort) par rapport à un « Sacré » qu’ils se refusent mordicus à relativiser. Par rapport à une croyance qu’ils se refusent mordicus à ramener, comme un cas particulier, au rang de quelques autres. Et c’est vrai que l’islam actuel donne globalement l’impression de ne pas tolérer d’autre Vérité que la sienne.

 

Pour ces gens-là, les non-musulmans ne sont pas dans une autre croyance : ils sont dans l’erreur, un point c’est tout. Il est donc urgent de les en tirer. Le problème des fondamentalistes musulmans, c'est d'être dans l'incapacité d'envisager que d'autres qu'eux puissent seulement envisager de croire en autre chose que ce en quoi ils croient eux-mêmes. La remarque vaut pour les « néo-cons. » et autres fondamentalistes protestants, genre George W. Bush., variante terrifiante de la chrétienté

 

La tribune de Soufiane Zitouni a été plusieurs fois affichée en salle des professeurs, plusieurs fois arrachée. Un jour, il juge la situation intenable et décide de démissionner. C’est ce qu’il explique dans le long texte publié le 6 février par Libération. Je ne vais pas résumer son exposé : le professeur raconte l’établissement, ses collègues, ses élèves, les responsables du lycée.

 

C’est un témoignage.

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

mercredi, 11 février 2015

REISER, LES FEMINISTES ET LE CORAN

En 1979, l'imam Khomeiny prend le pouvoir, chasse le roi (sens du mot Shah), devient le "Guide suprême" de la République Islamique d'Iran. Jean-Marc Reiser commente l'événement, dans le grand, le vrai, le seul Charlie Hebdo, celui d'avant Philippe Val, ce grand pontifiant tourneur de veste, même que c'est à cause de lui que Willem avait déserté toutes les conférences de rédaction. J'en conclus que c'est grâce à ce traître qu'il doit d'avoir la vie sauve.

 

Nous sommes donc en 1979 : le shah se barre, les mollahs et les ayatollahs prennent le pouvoir. Reiser a tout compris.

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Ben oui, Reiser est un effroyable machiste sexiste. En plus il est islamophobe, voire raciste.

C'est à croire que Houellebecq a piqué l'idée de Soumission à cette BD de Reiser. Qui date de 1979. Trente-six ans !

Voilà ce que je dis, moi.

samedi, 31 janvier 2015

L'ISLAM N'AIME PAS LA FRANCE (2)

 2

 

Si les signes vous fâchent, combien davantage vous fâcheront les choses signifiées : je ne sors pas de là. Les mots sont inoffensifs. Ce n’est pas comme les relations entre humains : là c’est sûr, ça peut dégénérer. En fait, je vais vous dire, tout dépend du rapport que chacun entretient avec son propre langage, avec ses propres mots. Tout dépend de la façon dont on croit en eux. Dont on y adhère. Dont on s'identifie à eux.

 

Le problème surgit quand on ne fait plus qu'un avec eux, qu'on y est soudé. "Raison garder", ça veut dire mettre un peu de distance entre ses mots et soi-même. Prendre un peu de recul. Ce qui veut dire : modérer sa croyance, ne pas la prendre pour La Vérité. On dit aussi "relativiser". Or, pour prendre sa croyance pour une croyance, croyez-moi, il faut avoir fait un effort puissant sur soi-même, et sur des générations. Ce n'est pas donné à tout le monde. Alors ça c’est sûr, c’est clair et net : il y a les uns, mais il y a aussi les autres. 

 

Appelons ça « les forces en présence ». D’un côté, les fronts bas. De l’autre, les cerveaux disponibles pour autre chose que les publicités Coca Cola. Ce clivage découle de deux modes d’évolution distincts : les uns se sont arrêtés en route, les autres ont continué à avancer. Les uns ? Ceux qui voulaient installer leur pouvoir sur des terres à occuper. Les autres ? Ceux qui voulaient inventer une patrie désirable.

 

Les uns ? En gros l’Islam (de l'Indus à l'Espagne, ce fut fulgurant). Les autres ? En gros la chrétienté (ce fut un travail long, souterrain et obstiné). La fulgurance de la conquête territoriale contre l'obstination de l'extension de la connaissance : je trouve que le contraste fait diablement sens. Disons même que c'est une opposition.

 

Pour l’Islam, un beau jour, je ne sais plus quelles autorités, au 10ème ou 11ème siècle, après l'expansion foudroyante de la foi "nouvelle", ont décrété : « A partir d’aujourd’hui, il est interdit de commenter, et donc d’interpréter le Coran ». Les musulmans du monde entier se sont dès lors contentés d’apprendre le Coran par cœur, pour le réciter sans réfléchir (Coran veut dire « récitation ». D'autres disent « lecture »). 

 

Les 114 sourates (seul Corto Maltese et Hugo Pratt osent en inventer une 115ème) ont dès lors contenu la totalité de la Vérité. Besoin de plus rien d'autre : tout est là, on vous dit. Une légende prétend que l'incendiaire de la bibliothèque d'Alexandrie donna cet ordre : « Brûlez les livres conformes au Coran, ils sont inutiles ; quant aux autres, ils sont impies, et comme tels, il faut les brûler ». Totalité, totalisant, totalitaire : une seule et même famille de mots.

 

Remarquez que beaucoup d’Américains (témoins de Jéhovah et autres sectes protestantes intégristes façon George W. Bush) n’ont rien à leur envier, et croient dur comme fer que la Genèse biblique est juste un reportage fidèle et scrupuleux. Oui monsieur, la Genèse est un documentaire. 

 

Pour les créationnistes (c’est leur nom), pas d’évolution. Ils sont aussi dangereux les uns que les autres (cf. Irak en 2003, puis aujourd’hui). Sans parler de Poutine. Mikhaïl Gorbatchev, pourtant fossoyeur malgré lui de l'URSS : « L'Amérique s'est égarée dans les profondeurs de la jungle et nous entraîne avec elle » (Le Progrès, 30 janvier). Je crains fort qu'il ait raison. C'est fondamentalisme contre fondamentalisme. Si les démocrates laissent les extrémistes de tous bords prendre la direction des opérations, il faut s'attendre au pire.

 

On appelle cette maladie mentale « prendre le mot au pied de la lettre ». Ce qui veut dire : prendre les mots pour des choses. Les « speech acts », inventés pas JL Austin sont tout simplement des forfaitures : aucune parole adulte n'est un acte. Penser qu’il peut exister un quelconque « blasphème », c’est retourner à l'infantilisme de la pensée magique. A l’âge de pierre. C’est valider l’incantation comme moyen de maîtriser le réel.

 

Et il n’y a pas à tortiller : la civilisation, elle, se bâtit sur la mise à distance entre le mot et la chose. Les spécialistes appellent ça "interprétation", "exégèse", "glose", "commentaire", "scolie". Il y a même une "science" pour ça : l'herméneutique. Pour résumer : la liberté de l'esprit, et non la littéralité de la lettre.

 

Pendant les mêmes siècles, et même après, dans toute la chrétienté, l’effervescence de la foi et de la connaissance : des milliers, des millions de fourmis écrivantes ont continué à s’agiter dans l’énorme fourmilière que constituaient les innombrables monastères, et à produire de la copie, du commentaire, de la glose, de l’exégèse des textes « sacrés ». 

 

Quand la pensée, y compris religieuse, cesse de travailler, elle s’arrête. La pensée musulmane s’est arrêtée voilà des centaines d’années. La pensée chrétienne ne s’est jamais interrompue. C'est la pensée chrétienne qui a abouti, pour le meilleur et pour le pire, à la science moderne. Voilà, à mon avis, pourquoi votre fille est muette, et pourquoi une caricature du prophète Mahomet met le feu au consulat français de Karachi et à huit églises au Niger (pardon : aux dernières nouvelles, on en comptait quarante-cinq). L'islam, pas plus que le Jdanov et le Lyssenko de Staline, pas plus que les créationnistes américains, n'aime ni la science, ni les scientifiques. Il veut garder la main sur la VÉRITÉ.

 

Qu’observe-t-on, en terre d’Islam, sur la longue durée ? Que reste-t-il, en terre d’Islam, des populations qui ne se cognent pas le front par terre à l’appel du muezzin ? Si peu que rien. Quelques vagues minorités, à peine tolérées, quand elle ne sont pas carrément persécutées. 

 

Et je ne parle même pas des abominations commises par les nouveaux Robespierre musulmans sur les non-musulmans (ou les mauvais musulmans) en Irak et Syrie. La Turquie laïque elle-même a évacué les « infidèles », en commençant par les Arméniens (mais les autres, peu ou prou, y sont aussi passés). Les coptes d’Egypte doivent peut-être à leur nombre d’avoir survécu. Les Arabes chrétiens ? Combien de divisions ?

 

L’Islam, une religion de tolérance et d’humanité, vraiment ? C'est comme la météo : ça dépend s'il y a du vent et si il pleut (Fernand Raynaud, "Le Fût du canon"). Non content de manifester sa haine de l’histoire préislamique (destruction des Bouddhas de Bamiyan, bâtons dans les roues des archéologues en Arabie saoudite, …), et donc de la culture au sens large, mais aussi de la modernité, l’Islam actuel, selon toute apparence, est une religion jalousement monopolistique. L'intolérance au pouvoir.  Beaucoup d’adeptes ne veulent pas qu’on leur fasse une place : ils veulent toute la place.

 

J’entends déjà les bonnes âmes et les connaisseurs s’insurger : « Mais vous faites erreur. D’abord, il n’y a pas un Islam, mais une pluralité hétérogène. Ensuite, la plupart des musulmans sont pacifiques. Ce sont des musulmans qui sont les premières victimes ». Certes, mais observez la marche des choses. Prêtez attention à ce qui se passe sur la longue durée. Restriction. Evincement. Et finalement : processus invariable d’épuration religieuse. 

 

Pour vous faire une idée de la tendance générale de l’Islam depuis un demi-siècle, lisez par exemple les pages que Robert Solé consacre à l’Egypte de Nasser dans les années 1950-60, et regardez ce qui s’y passe aujourd’hui. Tiens, où sont-elles passées, toutes les jolies femmes maquillées, élégantes, qui déambulaient en mini-jupe dans les rues du Caire ? Et il n’y a pas que l’Egypte. Le mot d'ordre : cachez les femmes ! Dire que nos féministes exigent toujours plus d'égalité, quand les Saoudiennes aimeraient bien être autorisée à conduire une voiture ! Mais la féministe est-elle seulement un peu lucide ?

 

Pendant ce temps, le gouvernement français ânonne un "ABCD de l'égalité" destiné à la communauté musulmane de France. Mais bien sûr il ne peut pas le dire comme ça : le Conseil Constitutionnel veille au grain. Résultat 1 : lettre morte dans les quartiers où les filles qui ne s'habillent pas en vêtements amples se font traiter de putes (quand ce n'est pas violer). Résultat 2 : les milieux aimablement qualifiés d' « extrême-droite catholique » descendent dans la rue pour dénoncer, non sans quelque raison, l'indifférenciation sexuelle et l'homosexualisation rampante de la société. Quand tout le monde se sent visé par une mesure très spécifique (le machisme à tout crin en vigueur dans les quartiers à majorité maghrébine), la mesure fait chou blanc.

 

Les gens informés vous diront que les pouvoirs arabes en place sont pour quelque chose dans cette évolution vers toujours plus de fermeture et de régression. Que, pour faire leurs petites affaires à la tête des Etats, ils ont laissé les religieux prendre en charge tout le social, l’entraide, la gestion du quotidien. Pourvu qu’ils ne se mêlent pas de politique, ils ont eu les mains libres. Moubarak et Ben Ali sont même allés jusqu’à leur construire plein de mosquées. En Algérie, même tableau, cette fois au nom de l’arabisation et de la décolonisation.

 

L’Islam est-il soluble dans la République ? Ma réponse est non. Pour une raison elle-même très nette :

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la religion est omniprésente dans les esprits et dans les sociétés arabes. Ce n'est pas moi qui le dis, c'est Michel Guerrin dans sa chronique remarquable du Monde daté 24 janvier.

 

Il est plus que probable qu'une collectivité européenne en grande partie déchristianisée, où l'athéisme, l'agnosticisme et l'indifférence spirituelle (c'en est au point que le mot "laïcité" a depuis longtemps perdu toute signification) se disputent la plus haute marche du podium, est incompatible avec des gens qui, quoi qu'il fassent et où qu'ils soient, se trimballent avec, cousus dans leur chair à vif, leur dieu, leur prophète, leur Livre et leur tapis de prière. Et qui, à la moindre remarque, à la moindre critique, aimeraient vous voir rôtir en enfer parce qu'ils se sont sentis « offensés » par vos « blasphèmes ». 

 

L'islam a d'ores et déjà réussi à introduire son altérité radicale dans la loi française (nécessité de légiférer sur le voile), quand ce n'est pas dans la rue (port du niqab). Et ça, on me dira tout ce qu'on voudra, ce n'est pas acceptable : c'est de l'ingérence. Combien sont-ils, au total, les Abdelwahab Meddeb, les Tareq Oubrou, capables d'adhérer à l'idée de République et d'un islam moderne ? En dehors des discours bêlants des hommes politiques, de leurs appels qui sonnent creux aux « valeurs de la république » et de leurs supplications à ne pas pratiquer d'amalgames, la France est singulièrement dépourvue d'arguments pour être un jour aimée de l'islam.

 

Et disons-le dans la foulée, si l'on en croit la tournure prise par les événements un peu partout sur la planète, l'actualité récente dans le monde arabe et le visage que cette religion s'est donné dans bien des endroits à commencer par la France, l'islam n'est pas parti pour aimer la France, la République et les Lumières. Il va falloir se faire une raison : deux représentations du monde radicalement hétérogènes, peut-être incompatibles. Il faudrait que nos responsables (mais le sont-ils ?) aient le courage d'en tirer les conséquences.

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

Note : je préviens que je dénie fermement à quiconque le droit de me traiter d'islamophobe. D'abord parce que ce n'est pas vrai. Ensuite parce que c'est faux. Enfin parce que ce serait un mensonge. Bref : une diffamation.

 

Note : comme je n'ai ni l'intention, ni la capacité d'écrire un Traité savant sur la question, on comprendra que ces propos un peu schématiques comportent quelques approximations. Je raisonne à partir de là où je me situe : porte-parole de rien et de personne. Les propos tenus dans ce blog sont de première main. Si certains jugent que je caricature, je dis : « C'est possible. Et alors ? ».

 

 

samedi, 24 janvier 2015

WILLEM, CHARLIE ET LES ECOLOGISTES

Je me refuse à parler de "liberté d'expression", de "provocation", de "blasphème", d' "offense à Mahomet", qui sont des formules toutes faites plus ou moins vidées de leur substance : je voudrais que tout le monde admette une fois pour toutes que chaque citoyen français

 

A LE DROIT DE SE MOQUER DE TOUT.

 

NULLE OPINION NE DOIT CONSTITUER UN DELIT. 

 

Et ce droit est sans limite : l'univers des mots n'a jamais fait et ne fera jamais couler le sang. Cessons de confondre le monde du langage (l'arbitraire du signe, Saussure, signifiant/signifié, tout ça) et le monde de la réalité matérielle (pour Saussure le "référent" : le signifié, disons, pour faire clair, le mot "chien" n'a jamais mordu aucun facteur).

 

Il est honteux d'assimiler quelque parole que ce soit (fût-ce l'incitation à la haine raciale) à un acte, fût-il "en puissance". Le vrai démocrate érige une muraille infranchissable entre, d'une part, le verbe, et d'autre part, la croyance au verbe. Entre la Lettre et l'Esprit de la Lettre. Le vrai démocrate met la Lettre à distance. Il la soumet à examen. 

 

Il est démocratiquement très inquiétant que, sous couvert de respect et de tolérance (et puis quoi, encore ?), des gens par ailleurs instruits confondent la mot avec la chose. Il devrait être interdit d'interdire de prononcer certains mots par crainte de voir certaines choses se produire réellement. Pantagruel le dit à Panurge (Tiers Livre, XX) : « Si les signes vous faschent, ô quant vous fascheront les choses signifiées ».

 

A elle toute seule, la croyance que le mot porte intacte, dans le sens que lui accorde un pauvre dictionnaire particulier et partisan, la VÉRITÉ pure et sans tache, cette croyance est porteuse de mort. Restons vivants : enseignons la polysémie aux affolés dangereux qui restent prosternés au pied de la Lettre.

 

La pénalisation de quelque parole que ce soit, l'interdiction de quelque opinion que ce soit, la condamnation de l'auteur de quelque déclaration que ce soit sont des insultes à la démocratie. Une saloperie pourvoyeuse de haine. Supprimons le délit d'opinion du Code Pénal.

 

 

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Willem doit être un peu asocial : cette infirmité lui a sauvé la vie. Il déteste en effet les conférences de rédaction. Il aurait dû théoriquement se trouver avec les autres. Je ne sais pas quel est aujourd’hui son état d’esprit. Quels sont ses états d’âme (s’il en a une, ce dont il n’est sans doute pas persuadé). Comment il pense à ses copains disparus. Willem est le dernier survivant des "anciens". Aussi précieux désormais qu'un monument historique.

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En révisant mes vieux Charlie Hebdo, je suis tombé sur cette page parue le 3 juillet 1972 (n°85). Et je trouve épatant et incroyable que, dans la même revue, aient pu écrire et dessiner des gens aussi dissemblables et opposés que ce Hollandais qui estropie le français dans la joie et la bonne humeur, et des gens comme Cabu, cet écolo précoce, et Pierre Fournier, l’oublié, tué il y a bien longtemps par le surmenage imposé par la gestion du destin de La Gueule ouverte. Un intransigeant de l’écologie, lui.

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C’est peut-être à Fournier que Willem répondait dans la page que j’essaie de restituer ici, découpée tant bien que mal pour les besoins de la cause. On a compris : l’écologie, ce n’est carrément pas son truc.

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Mais le plus génial dans cette page, selon moi, sous le coup de griffe caricatural donné aux purs et durs de la nature, c’est tout de même la prophétie qu’elle contient.

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Car pensez-y, les débats sur le réchauffement climatique tournent autour de quoi, en définitive ? Rien d’autre que l’avance des pays développés sur les pays en développement, en termes de progrès technique et de confort matériel. Ou alors l'inverse : le retard de ceux-ci sur ceux-là.

 

Enfin ça, c'est la phraséologie officielle, surtout chez les tiers-mondistes et autres O-N-G-istes soucieux de « porter secours aux déshérités de la planète ». Je précise que je n'ai rien contre les déshérités de la planète. J'ai juste envie de vivre ma vie le mieux possible. Mon égoïsme foncier n'est pas pire que celui des milliards d'autres humains.

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« Dans dix ans nous aurons te dépassé », dit le personnage. Dix non,  quarante, c'est sûr.

Suivez mon raisonnement, il sera simple. Les pays pauvres veulent du développement pour rejoindre les pays déjà développés. Donc ils veulent de la croissance économique.

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Donc les pays pauvres veulent de l’énergie pour faire marcher des industries et pour produire et vendre des biens. Pour s'enrichir et améliorer leur sort.

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Donc les pays pauvres veulent du réchauffement climatique. Puisque l'énergie pour faire marcher des industries, c'est précisément ce qui a produit le réchauffement climatique. C’est mathématique.

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Le pire, c’est qu’au nom de la justice et de l’égalité, ils y ont droit. Nous ne pouvons pas leur refuser, si nous croyons que notre façon de faire est un modèle. Nous sommes coincés. L'humanité est dans la nasse.

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C’est rassurant : quand tous les pays du monde seront développés, le monde sera mort. Bon, c’est vrai, Willem se trompe dans sa conclusion : les anciens pays pauvres seront aussi morts que les riches.

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La marque de la voiture rappellera quelque chose à certains. Nul doute qu'ils seront sensibles à l'ironie de Willem. Peut-être même que ça les amusera.

Mais si cette page de 1972 n’explique pas tout, elle explique un peu du monde tel qu’il se présente aujourd’hui à nos yeux émerveillés et terrifiés. Bon courage aux négociateurs de Paris-Climat-2015, la conférence qui doit avoir lieu en décembre prochain..

 

Bon courage à l'humanité.

 

Voilà ce que je dis moi.

mardi, 20 janvier 2015

HOUELLEBECQ PAR BERNARD MARIS

J’ai raconté ici les impressions de lecture que m’a procurées Soumission de Michel Houellebecq (16 janvier). J’ai trouvé ce livre formidable. Je ne suis pas le seul. Il se trouve que le dernier article de Bernard Maris publié dans Charlie Hebdo avant sa mort était sur le bouquin. Il en disait grand bien.

On me dira que oui, un ami, personne n'en dirait du mal. Peut-être. Mais il se trouve que les semelles des chaussures d'Oncle Bernard laissent sur le sol les mêmes traces que ma propre lecture. Ça ne pouvait pas mieux. J’ai trouvé le texte sur un site de l’Internet (je n'ai évidemment pas pu trouver en kiosque le numéro avec Houellebecq en couverture, le numéro fatidique). Voici ce qu'y écrivait Bernard Maris :

 

« La conversion de Michel.

Hollande achève deux mandats catastrophiques. Le parti de la Fraternité musulmane émerge, côte à côte avec le PS, et le FN va l’emporter. Le PS fait alliance avec la Fraternité musulmane, l’UDI et l’UMP pour faire barrage au FN. Mohamed Ben Abbes devient président de la République, et Bayrou Premier ministre. Mais le PS abandonne à la Fraternité musulmane le ministère qui lui revient de droit, l’Education nationale. Ben Abbes propose une charia modérée, doucement réactionnaire, avec un retour à la famille et à la femme au foyer, et une privatisation de l’enseignement qui convient tout à fait à tout le monde.

Il offre aussi une incroyable vision d’avenir : l’Empire romain ! Le limes, de la Bretagne au désert du Sahara, en passant par l’Italie, la Turquie, la Grèce et l’Espagne. Ben Abbes en Auguste ou Marc Aurèle (en futur président d’une Europe élargie à la mare nostrum). En France, le chômage s’effondre, la violence aussi. Les catholiques sont choyés. On attend paisiblement les conversions. Elles arrivent, et d’abord dans l’Université, particulièrement arrosée en termes d’argent … et où la polygamie se développe. Sous l’impulsion de Ben Abbes, les pays arabes francophones plus l’Egypte et le Liban adhèrent à l’Europe, et l’équilibre linguistique européen se déplace en faveur de la France. La France est à nouveau grande. La nouvelle Pax Romana règne. Fin de la fable.

C’est un pur chef-d’oeuvre houellebecquien, c’est-à-dire :

1) une projection futuriste extraordinaire et crédible, comme dans tous les romans précédents. Elle est doublée d’une question politique majeure : l’identité, la patrie, la nation (« née à Valmy, morte à Verdun ») peuvent-elles exister sans transcendance ? Non. Il faut la Vierge pour Péguy, l’Etre suprême pour Robespierre, ou Dieu pour Ben Abbes, qui veut redonner à la France l’âme qu’elle eut pendant mille deux cents ans, de Clovis aux Lumières.

2) Un personnage principal détruit, désemparé, dépressif, malheureux en amour par son incapacité à retenir une femme, mais qui renaît dans le pari d’une conversion raisonnée, une conversion pascalienne, associée à un mariage de raison. Car, thème éternel houellebecquien, tout homme peut être sauvé par l’amour (ainsi, le père du héros). Le nôtre, trop égoïste, trop occidental et bien incapable de trouver l’amour par lui-même, le croisera par des marieuses. La polygamie lui fournira les jeunettes pour le sexe et la quadra pour la cuisine.

3) Enfin, un style désormais parfait, de nombreuses digressions philosophiques – comme toujours – et un humour digne du maître omniprésent dans le roman (Huysmans ; on comprend a posteriori où Houellebecq a puisé son style et son humour).

Et la misogynie, le machisme ? Aucune importance, c’est un roman, pas plus machiste que Bel-Ami, plutôt moins. Et la raillerie implicite de l’islam ? Elle n’existe pas. « L’islam accepte le monde tel quel » : toute la différence avec le catholicisme, qui ne peut qu’engendrer frustration perpétuelle. Encore un magnifique roman. Encore un coup de maître.

Bernard Maris. »

 

C'est éminemment subjectif (quoique ...), ce n'est pas une analyse, c'est encore moins une exégèse, et nous n’avons pas le même argumentaire, Maris et moi. Mais la conclusion est la même : on ne peut prétendre comprendre l’époque actuelle si l’on n’a pas lu les romans de Michel Houellebecq. Désolé, oncle Bernard, pour l'économie, j'ai plus de mal. Et sincèrement désolé, Christine Angot, contrairement à ce que vous dites, c'est toujours le moment de chroniquer Houellebecq. Et maintenant plus que jamais.

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La pauvre. Pour un peu, je serais prêt à parier que cette pauvre pomme est tombée d'un poirier. Elle pourrait au moins éviter d'estropier la langue française.

(Le Monde daté du 16 janvier 2015) 

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

Note : je signale que, à mon grand étonnement et contre toute attente, les « critiques littéraires » du Masque et la Plume ont tous volé au secours du soldat Houellebecq, le dimanche 18, assommé sous les bombes aussi bien de la réalité que du déchaînement de haine provoqué par son livre chez les tenants du chaos intellectuel et de la morale-consensuelle-envers-et-contre-tout (certains n'allant pas tout à fait mais presque jusqu'à lui faire endosser la responsabilité morale de la tuerie de Charlie Hebdo). Grâces soient donc rendues au Masque et à la Plume. Mais attention, une fois ne fait pas une coutume.

 

Les stipendiés de l'édition sous toutes ses formes se sont apparemment résignés à reconnaître que Houellebecq aujourd'hui écrase de toute la hauteur de sa classe balzacienne le marigot littéraire français, où quelques batraciens scribouilleurs s'époumonent à faire prendre leurs coassements pour des meuglements. Certains « bons esprits » vont même (ou font semblant) jusqu'à croire qu'ils font œuvre de littérature. Mais cette fois, la « critique » autorisée s'empresse  au secours de la victoire. On aura tout vu. Que les grenouilles gonflées d'orgueil fassent cependant attention : « La chétive pécore s'enfla si bien qu'elle creva ».

dimanche, 18 janvier 2015

POUR REISER, HOMME LIBRE

CABU, WOLINSKI, REISER ET LES AUTRES (2)

 

REISER, LE DROIT DE SE MOQUER DE TOUT

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11 novembre 1976

 

 

Je crains que les mots « liberté d’expression » ou « laïcité » soient devenus de simples déguisements dans la bouche de ces hauts-parleurs médiatiques que sont les responsables politiques, en tête desquels on trouve deux présidents de la République, l’ancien et le nouveau-eau-eau : Nicolas Sarkozy et François Hollande.

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27 janvier 1975

J’avoue que voir Balladur défiler pour Cabu à Paris le 11 janvier m’a fait un effet pathétique. Vraiment, le monsieur est d’une magnanimité, d’une générosité à couper le souffle. Effacer, pardonner ainsi les centaines de dessins où Cabu l’a croqué en Louis XV perruqué, au port de tête majestueux, à l’attitude toute de raideur et de dédain, voituré dans sa chaise à porteur par des larbins endimanchés. Votre Majesté est trop bonne, vraiment !

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1976

C’est que, pour Charlie Hebdo, la pratique de la liberté d’expression reposait sur un socle unique : le droit de se moquer de tout et de tous. D’égratigner l’image de tous ceux qui se prennent au sérieux. Ou qui se sont rendus odieux. Pour ça, je crois que Reiser reste encore sans égal. Le plus féroce, c’était lui. 

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1974

Ce qui ne veut pas dire que Cabu hésitait à forcer le trait et à y aller de sa vacherie. Il avait un sens aigu de la dérision. Mais sa méchanceté ne franchissait jamais une ligne invisible. J’appellerais ça, volontiers, une forme de pudeur.

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1975

Reiser, lui, fonçait. Pas de ligne invisible. Il dessinait des bites, des chattes, des trous du cul, au repos, en action, dans toutes sortes de positions. Des féministes ridicules, des hippies grotesques, des homosexuels, des musulmans, tout y passait. Là où Cabu semblait retenir son trait, reculait devant ce que tout le monde appelle la « vulgarité », Reiser lâchait la bride à sa monture. Il la laissait, comme on dit, « s’emballer », avec délectation. Reiser se permettait de se moquer de tout. Non sans une certaine tendresse parfois, mais se moquer. Et se moquer vraiment de tout.

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1974

Maintenant, qu’est-ce qui différencie les deux compères de la génération suivante de Charlie, les Charb, Luz, Riss ? Du Charlie de Philippe Val, vous savez, l’arriviste qui, ayant goûté au pouvoir, s’est dit que oui, somme toute, le néo-ultra-libéralisme n’avait décidément pas que des mauvais côtés ?

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1974

Et pourquoi ai-je un jour cessé d’acheter Charlie Hebdo ? Il me semble que c’est parce que les grands anciens (Gébé, Reiser, Cabu, Wolinski, Cavanna, Delfeil de Ton et même Siné), ne se contentaient pas de mordre et de s’opposer. Ils avaient, comment dire, le « trait existentiel ». Ils portaient une idée, celle de la société dans laquelle ils auraient aimé vivre. 

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La « pensée » de leurs dessins émanait d’une analyse et d’un regard sur le monde qui avaient une profondeur. Ils véhiculaient une utopie, si vous voulez (« stop-crève » pour ceux qui se rappellent Cavanna, pour Reiser l’énergie solaire dans une société plus ou moins libertaire, l'an 01 pour Gébé, etc.). Je me demande si ce n’est pas ça précisément qui manquait au dernier Charlie Hebdo : le souffle et la profondeur d'une pensée véritable. Et l’équipe, même avec Bernard Maris, en restait un peu trop au constat. Et puis franchement, je ne peux m’empêcher de trouver les dessins d’une assez grande médiocrité. Je suis désolé d’oser le dire : Reiser et Cabu, eux, ils avaient du style

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1974

Que voulez-vous, je n’aime certes pas le Front National, mais dessiner sur la double page centrale un étron gigantesque censé représenter Marine Le Pen, je trouve que c’est une analyse pour le moins sommaire, schématique, rudimentaire. C'est finalement très bête. Aussi bête qu'une justice expéditive. On n’évacue pas un problème réel et complexe simplement en tirant la chasse d’eau. Virtuelle, la chasse d'eau, évidemment.

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Pareil avec l’Islam. Au fait, j’ai un aveu à faire : je ne comprends pas la couverture du n°1178, vous savez, le dernier, celui à propos duquel on trouve partout des affichettes portant « Désolé, plus de Charlie ». Je ne comprends pas que tout le monde brandisse comme un trophée un dessin d’une aussi terrible ambiguïté. « Tout est pardonné », je veux bien, mais qui pardonne ? A qui ? Et le barbu enturbanné qui y va d’une petite larme, qui est-ce ? Mahomet, vraiment ? Bon, on va me dire que je cherche la petite bête.

 

Reiser, lui, avait la grossièreté subtile et percutante. Pourquoi a-t-il eu cette idée idiote de mourir de maladie ?

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

vendredi, 16 janvier 2015

LE DERNIER HOUELLEBECQ

Il a bien fallu que j’interrompe la lecture dans laquelle je suis plongé. En fait, c’est plutôt une relecture : après l’avoir lu d’une seule traite en 2009, je suis en train de le déguster à petite vitesse, ce qui me permet d’en extraire un nombre fabuleux de pépites que la première lecture, faite au rythme de la dévoration directe, pure et simple, ne m’avait pas permis d’apercevoir, dans l'illumination produite par la « première fois », vous savez, celle que personne n'oublie jamais. Je n'entre pas dans les détails.

 

J’ai donc interrompu ma relecture de Moby Dick. Herman Melville pour les intimes. Pas pour n’importe quelle raison : pour cause de Houellebecq. C'est qu'il y avait urgence. Soumission venait de paraître. Il fallait s’en occuper toutes affaires cessantes. Je l’ai acheté le mardi 6 janvier en fin d’après-midi à Vivement dimanche, rue Chariot-d’or. Vingt et un euros.

 

J’ai soigneusement couvert le livre d’une feuille de plastique transparent : je me suis mis sur le tard à préférer arriver à la fin de mes lectures en évitant le plus possible d’enduire la couverture et les pages du bouquin des diverses taches qui en menacent la blancheur imprimée si l’on n’y prend garde : doigts gras ou noirs, confiture ou Côtes du Rhône.

 

Cette précaution ne me permet pas toujours d’éviter le plus embêtant : l’éternuement explosif et non contrôlé qui, en solidarisant deux pages, risque toujours de prêter le flanc à des interprétations désobligeantes de la part de celui qui furètera dans les rayons du bouquiniste, et rouspètera en découvrant votre nom sur la page de garde. Pardon pour la trivialité : c'est sans doute un reste de Charlie Hebdo. Disons un hommage.

 

Ayant ainsi prémuni le livre contre les avanies, avaries et mésaventures mentionnées, j’ai pu commencer à en tourner les pages la conscience tranquille. Je précise que je suis arrivé au bout avant la sternutation intempestive redoutée : le livre ne m’a pas laissé le temps de m’enrhumer.

 

Que dire ? D’abord l’impression générale qu’il me laisse. Une impression d’harmonie. L’auteur serait peut-être surpris de l’assertion, à cause des désordres physiques, parfois peu ragoûtants, qui affectent François, protagoniste et narrateur. Mais aussi de la singulière disharmonie dont il souffre dans le domaine affectif. Disons amoureux. Précisons : sexuel (mais pas que).

 

En fait, ce que je trouve littérairement admirable, c’est que tout le récit semble couler de source. Si des événements se produisent, et même des ruptures (mort de la mère, mort du père, arrivée d’un musulman à l’Elysée), c’est sans heurt. Quand le personnage, voulant fuir loin de la capitale, arrive dans une station service de l’autoroute, le carnage a déjà eu lieu. Le point d'origine de la conception en assure la parfaite cohérence. Comme si, dans son regard, rien n’échappait au sentiment de l’évidence : ah, oui, c’est comme ça, donc ce n’est pas autrement. Ah bon, il y a une flaque de sang. Pour qu'un roman produise cet effet, il faut être passé maître dans l'art d'écrire. Il faut avoir tout prévu en amont. Houellebecq est un grand romancier. Soumission est une vraie prouesse littéraire.

 

Ainsi avance la narration, pas pressée, mais jamais s’attardant en route, dans le flux régulier d’un propos qui ne cesse d’avancer à son rythme. C’est un livre dont les rouages ne sont pas huilés exprès, tout simplement parce que, tout entier, il baigne dans l’huile. Le grand art de ce romancier, non, de cet auteur (de « auctor », celui qui augmente le monde, traduction libre), c’est de peindre l’accomplissement de l’islamisation de la France (« horresco referens ») comme un avènement tranquille. Fluide comme le cours naturel des choses.

 

Vous vous souvenez de Meursault ? Il est dans L'Etranger. Camus en est l'auteur. Peut-être le responsable. Sans doute pas le coupable, même si un certain Kamel Daoud a écrit une sorte de "Contre-L'Etranger". Juste pour donner un nom à "l'Arabe" du roman. Eh bien reportez-vous au ton de la narration qui caractérise le livre de Camus. Houellebecq s'exprime sur le même ton. 

 

Et puis comparez les deux chutes : Houellebecq, à mon avis, avec sa fin en adhésion à l'Islam parce que François y trouve son intérêt dans la promesse de chair fraîche, fait un anti-L'Etranger bien plus pertinent et fort que le bouquin de Kamel Daoud, que je n'ai pas lu, mais que j'ai entendu causer dans le poste (France Culture pour être précis).

 

Le « sociologue » Eric Fassin peut bien tartiner ses fadaises idéologiques et ses analyses de coupeur de cheveux en vingt-trois (en appelant ça "appliquer la grille sociologique à la littérature"), venues du multiculturalisme, obligatoire pour tenir le crachoir dans l’émission de Tewfik Hakem « Un autre jour est possible », à 6h tous les matins sur France Culture. Il peut bien dénoncer l’idéologie régressive de Michel Houellebecq.

 

Les bactéries projetées par ses postillons haineux (eux-mêmes bourrés d'idéologie) sur les bonnettes des micros de la chaîne nationale ne pollueront pas mes oreilles au point de les empêcher de renvoyer cet histrion minable vers les ténèbres de la bêtise et de l’ignorance, les plus terribles, celles qui se donnent le masque de l’intelligence, des lumières, de la culture et de l’autorité.

 

Eric Fassin et ses semblables ne supportent pas que cet écrivain, le seul à ma connaissance à proposer un regard aussi aiguisé sur le monde actuel, le fasse avec un tel talent. Ni que ses livres, par le succès qu'ils connaissent, entrent à ce point en résonance avec les préoccupations des « vrais gens », celles dont Eric Fassin ne veut à aucun prix entendre parler, je veux parler des nouvelles figures du Mal. Contrairement à ce dont Eric Fassin rêve et à ce qu'il prétend, ce n'est pas Eric Fassin qui révèle le sens des choses. Pour une raison simple : soit il n'a rien compris à ce qui se passe, soit il ment. Peut-être les deux.

 

Car il faudrait que ça se sache : livre après livre, Michel Houellebecq apporte le témoignage, la certitude et la preuve que le monde actuel, dans ses composantes les plus terrifiantes à terme, porteur de destruction, part en morceaux, pulvérisant l'humanité en toute tranquillité, en toute bonne conscience. Son œil impitoyable est le seul réaliste. Il n’est pas pessimiste. Il regarde le monde comme il va. Comme il est en train de finir. Désenchanté serait plus exact. Désespéré peut-être. Nostalgique aussi d’une époque où le sens de la vie découlait de son mode d’être, et où celle-ci allait en quelque sorte de soi. A une époque maintenant révolue.

 

Dans la « vraie vie » selon Houellebecq, le relativisme et la neutralisation des valeurs reste une hérésie. C’est cela, je crois, que tous les penseurs de l’altruisme mondialisé, tous les batteurs d’estrades médiatiques et de coulpes-quand-ce-n'est-pas-la-leur, tous les descendants repentants, tous les porteurs de grands sentiments humanistes ne lui pardonneront jamais.

 

J’appelle la « science humaine » d’Eric Fassin une bouse de vache, quoique la bouse de vache offre une matière nettement plus utile (engrais, combustible, matériau de construction) que l'œuvre du faussaire Eric Fassin, cet idéologue charognard qui tente de s'engraisser sur ce qu'il regrette de n'être pas encore le cadavre de Michel Houellebecq. Et qui travaille d'arrache-pied pour que les foules restent soigneusement aveugles sur l'état catastrophique du monde et des sociétés qu' "on" est en train de nous fabriquer. 

 

Pauvre Christine Angot, vraiment, qui rejoint Le Clézio dans le camp des glapisseurs moralistes du consensus. Dans ce consensus-là, je vois une forme de déni de réalité, presque de négationnisme. Comme si tout ce petit monde bloquait à tout prix la soupape du couvercle de la cocotte-minute sur laquelle ils sont assis. Personne ne semble supporter que la littérature de Houellebec soit une littérature du dissensus, qui met le doigt là où la France a le plus mal.

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Moralité, l'Asbestos D. Plower du capitaine Lowriver explose.

Mais pauvres pommes, ai-je envie de rétorquer, avez-vous compris la fripouillerie ou l'inconscience de ceux qui prêchent le consensus et se cramponnent à ce qui reste des « valeurs » de la civilisation, en croisant les doigts dans l'espoir absurde que leurs objurgations et leurs supplications arrêteront le processus qui l'a mise en lambeaux ?

 

Et même si ça peut sembler outrancier, j’appelle Soumission de Michel Houellebecq un formidable roman de la grande littérature française. Balzacien pour la hauteur et la profondeur de vue, et la précision et la justesse de la peinture. La guerre qui se livre par ailleurs, ce n'est pas lui qui l'a voulue.

 

Oui : balzacien. A cet égard, dans le paysage français, Houellebecq est sans rival. Il est trop loin devant pour se faire rattraper.

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

dimanche, 11 janvier 2015

POUR CHARLIE HEBDO

Non, pas de « marche blanche ». Non, pas de forêt de crayons et de bougies brandis au-dessus des têtes. Pas de démonstration de « volonté de résistance au terrorisme », de « l'unité nationale ». Pas de manifestation, gesticulante et hurlante ou grave et silencieuse de République à Nation, comme aux plus beaux temps des 1er Mai de la CGT et du PCF conquérants. De toute façon, quelle unité nationale ? On a bien vu le feu de paille de la fiction de « l'unité nationale » lors de la victoire de l'équipe de France en 1998 et de la célébration de cette France « black, blanc, beur ».

Non, ce qu'il aurait fallu, c'est une grandiose

OPÉRATION

FRANCE MORTE.

Pas un bruit, pas une voiture dans les rues, pas un mouvement, pas un cinéma ouvert, pas une seule émission de télévision, de radio. Tous les magasins fermés. Tous les écrans noirs.

LA PARALYSIE TOTALE.

Là oui, c'est une manifestation qui en aurait eu, de la gueule. Et qui voudrait dire quelque chose.

Là, en plus, on les verrait, ceux qui n'en veulent pas, de « l'unité nationale ». Comme le nez au milieu de la figure. Une belle démonstration, ce serait. Du genre mathématique.

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C'ÉTAIT

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QU'ON PRENNE L'ÉVÉNEMENT COMME ON VOUDRA,

 

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c'est fini. Une revue, on me dira ce qu'on voudra, ressemble comme deux gouttes d'eau aux individus qui la font, qui l'animent. On ne remplacera pas les disparus.

On a définitivement changé d'époque.

Je n'oublie rien de ce qui a été.

Il faut maintenant se préparer à ce qui va arriver.

Activement.

J'ajoute cependant que tout ça n'est en aucun cas une raison pour renoncer à un baroud d'honneur de la revue : rien de ce qui a été fait ne saurait être effacé par l'action de quelques fascistes en guerre contre les démocraties.

samedi, 10 janvier 2015

POUR CHARLIE HEBDO

IN MEMORIAM

 

Frédéric Boisseau, Agent d’entretien.

Franck Brinsolaro, Policier du Service De La Protection (SDLP).

Jean Cabut, Dessinateur.

Elsa Cayat, Psychanalyste et Chroniqueuse.

Stéphane Charbonnier, dit Charb, Dessinateur et Directeur de CH.

Philippe Honoré, Dessinateur.

Bernard Maris, Economiste et journaliste.

Ahmed Merabet, Policier.

Mustapha Ourrad, Correcteur.

Michel Renaud, ex-Chef de cabinet du maire de Clermont Ferrand, Organisateur d’une exposition de dessins de Cabu, à qui il rapportait ses œuvres à ce moment précis.

Bernard Verlhac, alias Tignous, Dessinateur.

Georges Wolinski, Dessinateur. 

 

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Je n’aime pas trop le Niagara de larmes de crocodile qui vient de se déverser sur les douze morts de Charlie Hebdo. Chez les alligators, surtout les gros responsables, on a le cuir épais, l'œil sec, et l'on a appris par cœur les « éléments de langage », et l'on s'est entraîné à les proférer avec l'air de la conviction et l'œil humide les plus authentiques.

 

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Cabu, n°361 de Charlie Hebdo, 1977.

Beaucoup de gens disent tout bas, et parfois même tout haut, qu’avec leurs provocations, les agitateurs de Charlie Hebdo « l’ont bien cherché », ce qui traduit sans doute l’arrière-pensée que, somme toute, ils « l’ont bien mérité ».

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Wolinski, n°380 de Charlie Hebdo, 1978. Cécile Duflot avait trois ans.

La vérité oblige à dire que le Charlie Hebdo de Philippe Val (celui de 1992), après avoir convenablement enrichi ses actionnaires (Philippe Val, Cabu, Bernard Maris, et deux ou trois autres), le journal ne se vendait plus assez pour assurer les fins de mois et faire vivre toute une équipe.

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In memoriam Reiser (mort en 1983).

Tout le monde sent bien que quelque chose de gravissime vient de se produire, mais qu’est-ce qu’un journal que plus personne ne lit ? Pour avoir du succès, il faut : 1-Avoir quelque chose à dire. 2-Le dire avec talent. 3-Renifler l'air du temps. On me dira ce qu'on voudra : Cabu, Wolinski et Reiser, non seulement ils avaient les trois, mais en plus, dans leur genre, ils avaient du génie.

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Je ne sais même pas qui est l'auteur de ce dessin.

Ça avait bien changé. Qu'est-ce qu'on parie que, une fois retombé le flot émotionnel de solidarité, après le brandissement pathétique et impuissant de forêts de bougies et de crayons, Charlie Hebdo ne tardera pas à quitter les "unes" de la presse nationale ? Et j'entends déjà l'épitaphe murmurée par les crocodiles entre leurs crocs : « Bon débarras ! ». Qu'est-ce qu'un symbole, face à la réalité concrète et brutale d'un acte ?

Pour que le symbole symbolise, il faut une réalité réelle derrière.

Tout ce qui me reste, c'est le minuscule hommage que je peux rendre ici à trois dessinateurs, trois clowns qui ont marqué leur temps en portant sur lui leur œil pertinent, rigolard et pointu.

Voilà ce que je dis, moi.