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dimanche, 04 septembre 2011

PHILIPPE MURAY CHEZ MICHEL HOUELLEBECQ

Je reviens à La Carte et le territoire, de Michel Houellebecq, dont j’ai parlé ici même du 17 au 20 août. Ben oui, je suis obligé. Je vous explique : j’ai retrouvé, dans un livre de Philippe Muray, l’emplacement où figure l’expression « la carte et le territoire ». 

 

C’est à la page 389 de Festivus festivus (Fayard, 2005) : « La fameuse distinction de la carte et du territoire était encore rassurante : c’était la distinction du réel et de l’imaginaire ; mais il n’y a plus de territoire, et c’est le peuple de la carte qui s’exprime. Sans drôlerie, comme de juste. Sans imagination. Ou qui ne s’exprime pas du tout, d’ailleurs ». C’est intéressant. Il me semble qu’on doit pouvoir retrouver d’autres références à la même expression. 

 

Lorsque le peintre Jed Martin expose ses photographies de cartes Michelin « départements », les choses se présentent ainsi : « L’entrée de la salle était barrée par un grand panneau, laissant sur le côté des passages de deux mètres, où Jed avait affiché côte à côte une photo satellite prise aux alentours du ballon de Guebwiller et l’agrandissement d’une carte Michelin « Départements » de la même zone. Le contraste était frappant : alors que la photo satellite ne laissait apparaître qu’une soupe de verts plus ou moins uniformes parsemée de vagues taches bleues, la carte développait un fascinant lacis de départementales, de routes pittoresques, de points de vue, de forêts, de lacs et de cols. Au-dessus des deux agrandissements, en capitales noires, figurait le titre de l’exposition : « LA CARTE EST PLUS INTÉRESSANTE QUE LE TERRITOIRE ». ». Fin de citation. Je note qu'il ne parle à aucun moment, dans son énumération, de la moindre localité, ni de la moindre indication écrite. Cela devrait mettre la puce à l'oreille. 

 

J’ignore si Michel Houellebecq part des considérations de Philippe Muray (qui dit à peu près que le peuple est devenu virtuel, c’est-à-dire qu’il n’est plus réel, il est devenu « la transparence », comme il dit ailleurs), mais au cas où…, on ne sait jamais, ça voudrait dire que le personnage de Jed Martin ferait en quelque sorte la preuve de la chose, mais en faisant semblant de trouver cela positif. 

 

Et il faut savoir que Philippe Muray dit le plus grand mal de l’esprit de « positivité », dans une époque qui fait tout pour éliminer la moindre « négativité », c’est-à-dire qui pense pouvoir éradiquer totalement le Mal. (Rappelez-vous la « Croisade contre l’Axe du Mal », lancée par un certain Beorge W. Bush.) Ainsi, l’humanité devient-elle, en ce temps béni, définitivement et au sens propre, sage comme une image. 

 

Autrement dit, la seule fonction de l’art capable de dire vrai aujourd’hui, ce serait d’annoncer la disparition de l’homme. D’où, dans la dernière partie de la carrière de Jed Martin, le « point de vue végétal sur le monde », d’où les photos exposées à l’air libre, d’où les composants électroniques et les figurines aspergés d’acide. 

 

Si j’ai bien compris, Jed Martin est l’artiste qui projette dans ses représentations cette humanité, pour dire exactement, en train de disparaître du paysage. Et si j’ai bien compris, le tableau « Damien Hirst et Jeff Koons (ou l'inverse ?) se partageant le marché de l’art » est une métaphore de la dérision qui a envahi ce qu’on appela, pendant deux millénaires (et le pouce), des valeursS. C’est drôle, aujourd’hui, même un escroc comme Jacques Chirac peut affirmer : « J’ai mes valeurs ». Ce qui choque, ici, c’est l’adjectif possessif « mes ». Comme si l’on pouvait simplement imaginer qu’il y ait des « valeurs » individuelles ! 

 

Philippe Muray parle des Particules élémentaires,  de Michel Houellebecq, dans ses Essais (Editions Les Belles Lettres, 2010), de la page 1166 à la page 1173. L'article, paru en 1999, s'intitule "Et, en tout, apercevoir la fin ...". Si la critique littéraire consiste à s'efforcer de dégager le sens d'un roman, alors c'est de la critique littéraire. Je cite : « Le roman de Houellebecq est né du sentiment de la fin, et tous ses personnages se débrouillent, d'une façon ou d'une autre, avec ce sentiment. C'est lui qui donne à l'oeuvre son éclairage poignant, sa lumière sourde, son climat de catastrophe intarissable, insaisissable, irrattrapable ».  

 

N'oublions pas que la doctrine de l'obsolescence programmée de tous les objets de consommation a été élaborée dans les années 1920. Et ce qui valait au début pour les choses, il est somme toute normal que cela s'étende de plus en plus à tout ce qui est humain et, en bout de course, à l'humain en personne. C'est la logique de la machine. Les deux écrivains sont visiblement cousins en littérature, dans leur façon de voir le monde. Il faut que je lise ce livre car, selon Philippe Muray, « Beaucoup de bavardages sont mis en danger par Les Particules élémentaires ». Si c'est vrai, ça me convient. 

 

Conclusion : il y a chez Michel Houellebecq, non seulement un « regard sur le monde », mais en plus, il y a de la « pensée ». Ça, c’est un roman.

vendredi, 12 août 2011

CIORAN : DU STYLE ET DU N'IMPORTE QUOI

Introduction (avec digressions). 

 

Dans le Dictionnaire des écrivains de langue française (Larousse, 2001), MICHEL P. SCHMITT est l’auteur de la notice sur EMIL MICHEL CIORAN. MICHEL P. SCHMITT (quelle sottise, entre nous, ce P. !), je l’ai connu. Il est le fils de JEANNETTE, décédée au début de 2011, le frère de BERNARD, qui navigue dans le cinéma, et l’oncle de BRIAN, qui était, la dernière fois que je l’ai entendu causer dans le poste, dans une boîte de post-production (ça a rapport avec le cinéma). 

 

JEANNETTE avait une grande amie, ça datait de l’enfance, quand elle habitait derrière le cimetière de la Croix-Rousse. Elle s’appelait RUTH GOLDMAN, et fut la mère de JEAN-JACQUES GOLDMAN, directeur commercial de l’entreprise familiale d’articles de sport, devenu célèbre dans la musique de variétés, lui-même frère de PIERRE GOLDMAN, vous savez, l’auteur de Souvenirs obscurs d’un juif né en France, bandit innocenté du double meurtre des pharmaciennes du boulevard Richard-Lenoir, et assassiné en 1979. 

 

BERNARD SCHMITT a réalisé des clips vidéo pour JEAN-JACQUES GOLDMAN, où JEANNETTE apparaissait surmontée d’un chapeau digne de l’hippodrome de Chantilly le jour du Prix de Diane. Je m’en suis voulu de ne plus lui avoir donné signe de vie après 1986. Je suis pourtant allé à ses obsèques, simplement pour lui dire adieu, pour dire adieu à une époque de ma vie qui a compté, et sur laquelle j’avais refermé la porte. A tort, je sais. Je m’en suis voulu. J'avais des liens somme toute amicaux avec elle. 

 

Ses deux fils sont devenus, l’un un petit cinéaste (Pacific Palisad, que je n’ai pas vu, avec SOPHIE MARCEAU, 1990, est-ce que vous vous souvenez seulement de ce film ?). J'ai entendu dire qu’il a fini par mettre en scène les shows de JOHNNY HALLYDAY.  L’autre, c’est donc MICHEL P., un universitaire moyen qui avait mis ses pas dans ceux d’un de ces apparatchiks qui sont arrivés à abîmer l’école publique à force d’idéologie dogmatique, de concepts abstraits et de pédagogisme fanatique. Il s’appelle ALAIN VIALA, et fut, hélas, directeur des programmes au sein de l’Education Nationale, et doté par ce fait du plus haut pouvoir de nuisance possible. 

 

J’avais fourni un tout petit travail « sur le terrain », dans une classe où figurait son neveu BRIAN. Je ne m’en vante pas. Je n’avais même pas compris grand-chose aux enjeux de l’affaire. Ce qu’il fallait à ces gens, c’était, inspiré des méthodes « à l’américaine » (en passant, le P. de MICHEL P., c'est sans doute pour faire plus américain, moi je me gausse), et pour lutter contre l’intolérable à-peu-près dont se rendent coupables les professeurs et leur insupportable impressionnisme pédagogique, des « points de repère », comme une « écriture orthonormée », un cadre « scientifique », un fonctionnement « par objectifs », avec, s'il vous plaît, des « évaluations » d'étape, des « bilans» et des « récapitulatifs » comme s'il en pleuvait, qui sont aujourd’hui devenus les normes terroristes au sein du système éducatif, avec analyses sociologiques dûment estampillées « de gauche », au nom d’un égalitarisme qui aura finalement fonctionné comme la guillotine de 1793. Le mal que ces gens ont pu faire ! Et quand le mal est fait, c'est fini. Pardon pour la longueur du paragraphe. 

 

Moi, je faisais justement partie des impressionnistes. J’étais un peu trop poète. Je faisais trop confiance à la créativité personnelle. Il eût fallu que je l’assumasse (et toc !), au lieu de m’asservir aux diktats de l’Institut National de la Recherche Pédagogique (INRP). Mais que voulez-vous, j’ai l’esprit plutôt lent. J’aime faire la sieste. Et j’assume. 

 

Bon, il faudrait peut-être que j’en arrive à mon sujet, vous ne croyez pas ?

 

Ce sera pour la prochaine fois.