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mardi, 11 décembre 2012

GEORGES PEREC LE JOUEUR

Pensée du jour :

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EDWARD WESTON

 

« Il faut de temps en temps remettre les pendules à leur ... place ».

 

JOHNNY HALLIDAY (on ice & on the rocks, hic et nunc, et sursum corda, ad altare deo, mais ça reste surtout "on the rocks")

 

 

J’ai mentionné hier le nom de GEORGES PEREC. J’ai même évoqué le livre qui l’a fait connaître (Les Choses, Julliard, 1965), vous savez, cette « histoire des années 60 » qui commence par un chapitre au conditionnel, et dont l’épilogue est écrit au futur. Je suis allé jusqu’à exhiber sa trombine.

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C'ETAIT AVANT BEN LADEN ET TOUTE SA CLIQUE

Tout ça pour dire que GEORGES PEREC est, je crois, un grand écrivain. Peut-être même, allons-y carrément, un auteur. Un vrai. On sait qu’on a affaire à un auteur quand on est face à un ensemble qu’on appelle une œuvre. Et l’œuvre est incontestable. Mais elle souffre, pour apparaître comme telle, d’un, disons, handicap. 

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DESSIN D'EMILIE SCHEFFER

Elle est hétérogène, je veux dire bigarrée, papillonnante, hétéroclite et disparate. Difficile à saisir dans son unité, si elle en a une. Certains soutiennent même l’idée que PEREC est moins un écrivain qu’un amateur d’énigmes cabalistiques quasiment indéchiffrables.

 

 

Pour donner un exemple de cette tare rédhibitoire, ils citent, entre autres, les 24 « portraits imaginaires » peints par l’artiste Hutting dans La Vie mode d’emploi (soit dit en passant, je me demande si ce n’est pas le seul livre qui porte, au dessous du titre, la mention « Romans », au pluriel) : prenons au hasard le n° 19. Voilà comment il est présenté : « L’acteur Archibald Moon hésite pour son prochain spectacle entre Joseph d’Arimathie ou Zarathoustra » (on trouve ça p. 354).

 

 

Passons sur l’approximation grammaticale que constitue le « ou » (on attendrait plutôt « et »), car elle est intentionnelle : elle nous révèle l’identité d’un personnage bien réel. Et pas n’importe qui, puisqu’il s’agit du grand ami de GEORGES PEREC. Il s’appelle HARRY MATHEWS, et a vécu à Lans-en-Vercors, aux côtés de MARIE CHAIX, auteur, entre autres, du très beau Les Lauriers du lac de Constance. On décrypte le nom du monsieur dans la séquence « Arimathie ou Z ». Fallait y penser !! Ce serait négligeable si cette chinoiserie cryptographique était un cas isolé.

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HARRY MATHEWS EN 1984

Mais non ! Il fait passer dans cette moulinette les noms de tous les membres qui constituaient alors l’Ou.Li.Po. (Tham Douli portant… ; NOËL ARNAUD : Coppélia enseigne à Noé l’art nautique, …, etc.). Et s’il n’y avait que ça ! Mais non ! C’est tout le temps comme ça. Tenez, tout le monde a entendu parler du roman La Disparition (1969), n’est-ce pas ? 

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C'EST JUSTE LA PREMIERE PAGE

Je ne sais pas s’il est vrai, comme ça se raconte, que nul, parmi les « critiques » littéraires (autoproclamés) qui ont commenté le roman à parution, ne s’est aperçu du procédé (le « lipogramme » = "j'abandonne une lettre") mis en œuvre, mais si tel est bien le cas, ça veut dire au moins une chose : GEORGES PEREC est un maître.

 

 

Non seulement il use d’une ficelle qui, quand on la connaît, crève les yeux au point qu’on ne voit plus qu’elle, mais il arrive à la dissimuler aux yeux les mieux exercés et les plus perspicaces sous la trame d’un authentique roman romanesque pleinement réussi.

 

 

La Disparition  raconte en effet, en environ 300 pages, l’histoire d’une disparition : celle, tout simplement, de la lettre E, la plus fréquente du français ! Cela a-t-il pu échapper à tout le monde ? Ça me paraît difficile, mais bon. Et pour faire bonne mesure, GEORGES PEREC s’offre le luxe d’un passage dépourvu non seulement de E, mais aussi de A. Vous pouvez essayer en famille, le soir : c’est un jeu de société comme un autre, après tout. Pas donné à tout le monde, quand même.

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ICI, ON EST P. 296 : UN JEU D'ENFANT, COMME ON VOIT

Et le pompon, la cerise sur la crème fouettée du délectable « Forêt Noire », c’est, trois ans après (1972), l’exercice inverse : on trouve en effet dans Les Revenentes l’emploi exclusif de mots dépourvus de toute autre voyelle que E. Ce n’est pas sans diverses « acrobaties » ou « approximations » (y compris dans La Disparition, où PEREC tord le bras plus d’une fois à l’orthographe canonique ou à la syntaxe). Et ça peut laisser sceptique.

 

 

On peut le dire : pour PEREC, la littérature commence AU PIED DE LA LETTRE. Je crois que ce qui pourrait définir le mieux la démarche littéraire de GEORGES PEREC, c'est précisément qu'il prend la littérature AU PIED DE LA LETTRE pour pouvoir JOUER avec elle.

 

 

 

Et là, on peut le dire : c’est le virtuose. C’est le premier violon super-soliste. Même son ami HARRY MATHEWS le reconnaît avec simplicité : dans les exercices d’ « ulcérations », il n’arrive pas à sa cheville. En un tournemain, il vous torche, vite fait sur un coin de table, un onzain hétérogrammatique en se jouant des difficultés. MATHEWS, en comparaison, il tire la langue (c'est lui qui le dit). Mais vous me direz : « onzain hétérogrammatique », qu’ès aco ?

 

 

Ça vient, ne poussez pas.

 

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

vendredi, 12 août 2011

CIORAN : DU STYLE ET DU N'IMPORTE QUOI

Introduction (avec digressions)

 

 

Dans le Dictionnaire des écrivains de langue française (Larousse, 2001), MICHEL P. SCHMITT est l’auteur de la notice sur EMIL MICHEL CIORAN. MICHEL P. SCHMITT (quelle sottise, entre nous, ce P. !), je l’ai connu. Il est le fils de JEANNETTE, décédée au début de 2011, le frère de BERNARD, qui navigue dans le cinéma, et l’oncle de BRIAN, qui était, la dernière fois que je l’ai entendu causer dans le poste, dans une boîte de post-production (ça a rapport avec le cinéma).

 

 

JEANNETTE avait une grande amie, ça datait de l’enfance, quand elle habitait derrière le cimetière de la Croix-Rousse. Elle s’appelait RUTH GOLDMAN, et fut la mère de JEAN-JACQUES GOLDMAN, directeur commercial de l’entreprise familiale d’articles de sport, devenu célèbre dans la musique de variétés, lui-même frère de PIERRE GOLDMAN, vous savez, l’auteur de Souvenirs obscurs d’un juif né en France, bandit innocenté du double meurtre des pharmaciennes du boulevard Richard-Lenoir, et assassiné en 1979.

 

 

BERNARD SCHMITT a réalisé des clips vidéo pour JEAN-JACQUES GOLDMAN, où JEANNETTE apparaissait surmontée d’un chapeau digne de l’hippodrome de Chantilly le jour du Prix de Diane. Je m’en suis voulu de ne plus lui avoir donné signe de vie après 1986. Je suis pourtant allé à ses obsèques, simplement pour lui dire adieu, pour dire adieu à une époque de ma vie qui a compté, et sur laquelle j’avais refermé la porte. A tort, je sais. Je m’en suis voulu. J'avais des liens somme toute amicaux avec elle.

 

 

Ses deux fils sont devenus, l’un un petit cinéaste (Pacific Palisad, que je n’ai pas vu, avec SOPHIE MARCEAU, 1990, est-ce que vous vous souvenez seulement de ce film ?). J'ai entendu dire qu’il a fini par mettre en scène les shows de JOHNNY HALLYDAY.  L’autre, c’est donc MICHEL P., un universitaire moyen qui avait mis ses pas dans ceux d’un de ces apparatchiks qui sont arrivés à abîmer l’école publique à force d’idéologie dogmatique, de concepts abstraits et de pédagogisme fanatique. Il s’appelle ALAIN VIALA, et fut, hélas, directeur des programmes au sein de l’Education Nationale, et doté par ce fait du plus haut pouvoir de nuisance possible.

 

 

J’avais fourni un tout petit travail « sur le terrain », dans une classe où figurait son neveu BRIAN. Je ne m’en vante pas. Je n’avais même pas compris grand-chose aux enjeux de l’affaire. Ce qu’il fallait à ces gens, c’était, inspiré des méthodes « à l’américaine » (en passant, le P. de MICHEL P., c'est sans doute pour faire plus américain, moi je me gausse), et pour lutter contre l’intolérable à-peu-près dont se rendent coupables les professeurs et leur insupportable impressionnisme pédagogique, des « points de repère », comme une « écriture orthonormée », un cadre « scientifique », un fonctionnement « par objectifs », avec, s'il vous plaît, des « évaluations » d'étape, des « bilans» et des « récapitulatifs » comme s'il en pleuvait, qui sont aujourd’hui devenus les normes terroristes au sein du système éducatif, avec analyses sociologiques dûment estampillées « de gauche », au nom d’un égalitarisme qui aura finalement fonctionné comme la guillotine de 1793. Le mal que ces gens ont pu faire ! Et quand le mal est fait, c'est fini. Pardon pour la longueur du paragraphe.

 

 

Moi, je faisais justement partie des impressionnistes. J’étais un peu trop poète. Je faisais trop confiance à la créativité personnelle. Il eût fallu que je l’assumasse (et toc !), au lieu de m’asservir aux diktats de l’Institut National de la Recherche Pédagogique (INRP). Mais que voulez-vous, j’ai l’esprit plutôt lent. J’aime faire la sieste. Et j’assume.

 

 

Bon, il faudrait peut-être que j’en arrive à mon sujet, vous ne croyez pas ?

 

 

Ce sera pour la prochaine fois.