29.02.2012
N'OUBLIEZ PAS LA BOUGIE DU SAPEUR
Nous sommes le 29 février. Le n° 9 de La Bougie du sapeur est sorti. N'oubliez pas de vous procurer un numéro forcément "collector" de cette revue quadriennale qui rend hommage au vaillant et facétieux Sapeur Camember, né un certain 29 février 1844 à Gleux-lès-Lure (Saône-Supérieure), des amours légitimes d'Anatole Camember, cultivateur, et de Polymnie Cancoyotte, son épouse. Voici la physionomie du n° 8, paru le 29 février 2008.

La biographie de François-Baptiste-Ephraïm Camember a été méticuleusement retracée et, disons-le, magnifiée par CHRISTOPHE, alias GEORGES COLOMB de son nom de baptême, lui-même né en 1856 à Lure (Haute-Saône), et qui ne fut pas que facétieux, puisqu'il intégra brillamment l'Ecole Normale Supérieure et sera professeur à la Sorbonne.
Longue vie à La Bougie du sapeur.
Voilà ce que je dis, moi.
Sans faute, à demain les OGM. Il n'y a pas que ça dans la vie, n'est-ce pas ?
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28.02.2012
OGM : CONFISQUER LE VIVANT
Il n’y a pas lieu de débattre scientifiquement des OGM. « Nous l’allons montrer tout à l’heure », comme aurait dit LA FONTAINE (Le Loup et l’agneau). C’est juste une histoire de pognon et de domination. D’appropriation de la vie par une secte avide de pouvoir, façon scientologie (« Eglise mon c… », dirait Zazie, soit dit en passant).
Je ne sais pas si vous suivez les péripéties politiques, législatives, judiciaires et sanitaires des OGM en France (et en Europe). Vous avez peut-être vu la belle (enfin disons, pas laide) NATHALIE KOSCIUSKO-MORISET : elle a été tout récemment promue porte-parole du récemment proclamé candidat NICOLAS SARKOZY.

L'ANCIENNE CONSEILLERE ECOLOGIE DE L'UMP
Avant que son ministère de l’écologie soit ainsi supprimé, elle a eu le temps de claironner que le Mon810, maïs génétiquement modifié par la firme Monsanto, allait être de nouveau interdit par décret, suite à l’annulation de la précédente interdiction par le « Conseil d’Etat » (institution suprême), annulation incompréhensible pour le commun des mortels.

LES RAISONS DE LA COLERE
Accessoirement et entre parenthèses, la firme Monsanto vient d’être condamnée à Lyon pour avoir intoxiqué PAUL FRANÇOIS, agriculteur en Charente, qui avait inhalé par accident du « Lasso », parce qu’il avait confondu – quel étourdi, quand même ! – les flacons de son eau de toilette préférée et de son pesticide favori. Fermez la parenthèse.

PAUL FRANÇOIS
Cela tient du feuilleton, et même de la série américaine. Ça tombe bien, puisque ça vient précisément d’Amérique. « Dis papa, c’est loin, l’Amérique ? – Tais-toi et nage. » Visiblement, ce n’est pas assez loin. Ils auront vraiment tout exporté, les Américains. Et MICHEL SARDOU peut bien chanter : « Si les Ricains n’étaient pas là, vous seriez tous en Germanie », cela n’empêche pas qu’ils nous en ont fait bouffer, de l’innovation américaine, du rêve américain, de l’ « american way of life ».
Bon, c’est vrai que, si les guerres de religion en Europe n’avaient pas chassé des milliers, puis la misère des millions d’Européens pur sucre, il n’y en aurait pas eu, des Etats-Unis. Mais si l’Eglise catholique n’avait pas été intimement corrompue et pourrie jusqu’à l’âme, il n’y aurait pas eu de Réforme, pas de MARTIN LUTHER, pas de JEAN CALVIN, et donc pas de guerres de religion. On peut continuer longtemps la chaîne des « si ».
Il reste que les Etats-Unis étant au 20ème siècle la plus grande puissance, dans tous les domaines, ils se sont permis de TOUT exporter. C’est même à exporter que leur a servi la 2ème Guerre Mondiale, finalement, si on regarde ce qui a suivi. Si j’avais été historien, c’est peut-être comme ça que j’aurais aimé la raconter, moi, la guerre. Mais je vois déjà quelques fronts se plisser et quelques sourcils se froncer, alors j’arrête.
Les Américains, ils ont TOUT exporté. Cela a commencé avec les chewing gums que les GI’s lançaient aux civils qui regardaient passer les jeeps. Cela a continué avec le cinéma, les appareils ménagers, la télévision, les programmes de télévision, bref, avec l’industrie américaine, avec la culture américaine, avec le mode de vie et le mode de pensée américains.
C’est bien normal, dans ces conditions, que ça continue avec les OGM, non ? Or dans ce domaine, l’habileté diabolique des promoteurs de ces marchandises (car elles font d’abord et avant tout l’objet d’un commerce), c’est d’avoir su effacer purement et simplement le caractère industriel et commercial de l’entreprise, et de l’avoir fait migrer subrepticement vers la controverse scientifique.

C'EST SI BEAU QUE ÇA, LA SCIENCE ?
Pourquoi est-ce habile ? Parce que, quand on entre dans un débat scientifique, on doit laisser la parole aux spécialistes, en gros, aux hommes de science spécialisés en génétique. Cela revient à les laisser s’étriper dans le champ hermétiquement clos des revues spécialisées. Et accessoirement, à maintenir les « profanes » à distance, et d’empêcher les « mouvements d’opinion » de nuire aux affaires (voir mediator, amiante et autres belles réussites industrielles).
Le Radithor a bien été vendu en flacon jusqu’au début des années 1930, avant qu’on se rende compte des rapides dégâts du radium, matière évidemment hautement radioactive, sur la vie humaine. On aurait tort de se gêner. L’amiante ? Le sang contaminé ? Fables. Calembredaines.
Placez une bonne controverse au milieu de la scène, et vous avez quelques siècles, devant vous, pour la liberté du commerce. Car le vrai scientifique souffre d'une maladie incurable : il est honnête, contrairement à tout ce qui a quelque chose à vendre. Il se soucie avant tout d'établir des faits. C'est une sorte de malédiction, quand il se trouve face à un margoulin. Par-dessus tout, l'établissement des faits.

L'ETIQUETTE GAGNE A ÊTRE LUE
« EAU RADIOACTIVE CERTIFIEE »
(produit fabriqué de 1918 à 1928 par Bailey Radium Laboratories Inc.)
Cela revient à noyer le poisson, le très gros poisson naïf et mal informé de l’opinion publique, auquel on intime l’ordre de passer son chemin et d’attendre les trente ou cinquante ans qui seront nécessaires pour aboutir à des conclusions qui fassent enfin consensus entre les spécialistes. L’autorité de la Science en sortira renforcée, tout au moins si les lobbies ne finissent pas par avoir le dessus et la peau des empêcheurs de s’enrichir en rond.
Pendant ce temps, qu’est-ce qu’ils font, les industriels et les commerciaux de Monsanto et autres BayerCropScience ? Ils ne restent pas inactifs, ils parcourent le monde, ils prospectent les marchés, ils signent des contrats. En un mot, ils VENDENT leurs OGM. C’est comme ça que ça fonctionne : pendant que la controverse scientifique prend le temps d’enfumer les esprits et de détourner l’attention, les OGM prennent celui de s’installer dans les sols et dans les pratiques agricoles.
Voilà ce que je dis, moi.
Les courageux peuvent aller voir, sur le même sujet, mon billet du 11 juin 2011 : « Faut-il tuer Adolf Monsanto ? ».
La suite-et-fin à demain.
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27.02.2012
DU POILU DANS TOUS SES ETATS
La Grande illusion est d’autant plus un grand film que l’illusion est partagée par des gens très opposés. Les uns vont voir la magnifique illusion de la fraternité de deux aristocrates poussés à se combattre par des raisons étrangères à leur monde. Les autres vont voir la grandiose illusion de la fraternité de Maréchal et Boïeldieu, l’aristocrate et l’homme du peuple, que tout, dans leurs « rapports de classes », oppose. Bref, le film est extraordinairement polysémique, et donc inépuisable quant aux interprétations possibles. On dit que c’est une des caractéristiques des chefs d’œuvre.

C'EST JULIEN CARETTE QUE JE PRÉFÈRE
(juste à côté du casque à pointe) :
PAS DE PLUS BEL ACCENT PARIGOT
La guerre de 14-18 a cependant des à-côtés étranges. On ne visite hélas pas assez le champ de bataille du « Mont Linge ». C’est vrai qu’il « parle » moins au visiteur depuis qu’il a été, en quelque sorte, « restauré », voire « reconstruit ». Je l’ai visité « en l’état », comme on dit à propos d’un livre assez amoché qu’on veut vendre, en général à bas prix. C’est un souvenir inoubliable.
Il y avait une espèce de baraque branlante, qui faisait office de musée, dans laquelle un personnage incertain faisait office de gardien. Dans une pièce assez vague faisant office de lieu d’exposition, on pouvait voir, posés simplement sur une sorte d’établi ou d’étagère faisant le tour, une incroyable diversité d’objets faisant office de collection permanente. Aucune institution n’avait encore mis son nez ou son argent dans ce qui est désormais un, tenez-vous bien, « site touristique ».
L’aspect le plus spectaculaire de tout le lieu était cependant situé à l’extérieur : ce qui restait des tranchées de 14-18. La partie allemande bien à l’abri des pentes plongeant vers la plaine du Rhin, avec ses redoutes maçonnées, ses grottes aménagées et ses tunnels, et tout juste la crête de coq d’une avancée au sommet, pour empêcher les Français de dévaler.
La partie française, la sommitale donc, était bien plus dégagée, avec des vallonnements si l’on veut, mais, somme toute et dans l’ensemble, bien plus praticable. Et plus mortifère, sur le plan stratégique. Et pas besoin de connaître les lois de la balistique pour se rendre compte que l’artillerie allemande, dissimulée dans la pente ou hors de portée dans la plaine, avait de bonnes chances de toucher au but à tout coup, alors que les canons français faisaient courir bien peu de risques aux soldats « ennemis », naturellement abrités par la forte déclivité de la pente.
Le côté spectaculaire et saisissant de ce théâtre des opérations, c’était à l’époque où je l’ai découvert, ce qui restait des tranchées, de vagues sillons creusés dans le sol, entremêlés de barbelés complètement rouillés. L’essentiel n’est pourtant pas là, mais dans l’infernale proximité de la première ligne française et de la première ligne allemande. Dans leur point le plus rapproché, je n’exagère pas en disant que quatre-vingts centimètres les séparaient.
Maintenant rassurez-vous : l'office du tourisme a pris tout ça en main, a soutiré des subventions. Tout est désormais bien maçonné et visitable : c'est comme à Oradour-sur-Glane, on veille à ce que les ruines ne tombent pas en ruine au carré. Pas comme les pentes du Hartmannswillerkopf, où Monsieur SAX, l'instituteur de Hartmannswiller, m'avait emmené en expédition, et où tout est certainement resté « en l'état ».
Le Mont Linge, avec sa ligne de front en papier à cigarette, il faut le voir pour le croire. En tendant le bras, les soldats « ennemis » pouvaient se serrer la main. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle les chefs, des deux côtés, faisaient « tourner » les régiments en présence à cadence accélérée, tant il est vrai qu’on tue plus difficilement quelqu’un dont on voit le visage et dont on connaît le prénom, la région, le métier. Rien de plus facile aussi, les longues nuits de veille, que de faire franchir la frontière à quelques cigarettes.
On a appelé ce genre de « problème » (d’un point de vue militaire) des « fraternisations ». Le soldat GERVAIS MORILLON, par exemple, raconte comment il a vu des Allemands sortir de leur tranchée sans armes, officiers en tête, et venir serrer la cuillère aux Français, échanger à boire, à manger, à fumer. D’autres racontent la trêve du 24 décembre 1914, et la partie de football disputée entre les deux tranchées.
Il va de soi que de tels « problèmes » furent passés sous silence, et rigoureusement interdits. Sans doute pour « atteinte au moral des armées ». Comme quoi on peut en conclure que la guerre sert l’intérêt des chefs qui, se connaissant, ne s’entretuent pas, au détriment des troufions, qui auraient fait de même si on les avait laissé faire.
Certains monuments aux morts, en particulier ceux qui ne sont pas sortis des usines spécialisées, mais ont été confiés au savoir-faire des artisans locaux, immortalisent des gestes ou des attitudes, et donnent vie à des moments précis de la « vie des tranchées ».
IL FAUT IMAGINER LE BONHOMME ENTIER
(COTIGNAC, recto)
Je pense au monument de Cotignac (83570) : on voit dépasser la tête de la sentinelle, mais en allant voir la « face cachée », le verso, on découvre la personne entière du bonhomme, tout absorbé dans son « devoir » de surveillance. Sauf erreur, je ne crois pas qu’il y en ait un seul analogue sur le territoire français. Je pense au monument de Canchy (80150), où l’on voit une sentinelle assise, le regard fixé sur les lignes adverses, qui semble dire : « Qu’ils y viennent ! ».
CANCHY - 80150
Mais évidemment, on ne peut pas empêcher certaines communes (la vie à l’arrière ne s’est évidemment pas arrêtée) d’exalter le courage des poilus. Je pense au « Hardi les gars ! » de Beuvillers (14100), à son cousin de Beaugency (45190) et à quelques groupes, comme ceux d’Aigurande (36140), de Pau (64000) ou de Pierrefonds (60350).
LE MYTHE
BEAUGENCY (45)
BEUVILLERS (14) : HARDI LES GARS !
Voilà, je me retournerai encore, de temps en temps, sur ces traces trop élégantes de ce qui n’est rien d’autre que la plus grande boucherie volontaire des temps modernes. Ceux qui veulent en voir un aspect plus « réaliste » peuvent se plonger dans plusieurs œuvres de JACQUES TARDI, en bandes dessinées (C’était la Guerre des tranchées, Varlot soldat, Putain de guerre !, …). J’espère que le lecteur ne m’en voudra pas trop.
LA REALITE

JACQUES TARDI
C'ETAIT LA GUERRE DES TRANCHEES
(notez les deux modèles de casques,
et la similitude des uniformes)
J'aime bien les histoires, les contes, les légendes, les mythes en général, mais je crois que TARDI, en montrant ces morceaux d'hommes éparpillés, ces intestins pendant aux barbelés, ces crânes qui éclatent, nous raconte bien mieux la réalité du suicide de notre continent européen que n'importe quelle commémoration plus ou moins militarisée, plus ou moins héroïsée.
Voilà ce que je dis, moi.
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26.02.2012
PÊLE-MÊLE D'UN CARNET DE LECTURE (6)
JEUX POUR ACTEURS ET NON ACTEURS, Augusto Boal.
Je ne suis pas homme de théâtre, ça commence à se savoir, je me fais une raison. Mais enfin, il m’est arrivé de mettre le nez dans la question. Je retiens de ce bouquin deux anecdotes. Ou : « Comment se mettre dans la peau du personnage ? ». L’auteur est un metteur en scène brésilien.
Une jeune actrice n’y arrive pas, mais alors pas du tout. Elle est censée avoir passé une nuit à jouir sexuellement avec son amant, elle est dans le plaisir absolu et absolument assouvi. Le metteur en scène lui demande ce qui ne va pas. Elle est embarrassée, puis finit par avouer qu’elle est encore vierge. L’auteur lui suggère alors de se souvenir de quelque chose qui lui a donné un immense bonheur. Elle joue la scène à la perfection. L’auteur lui demande comment elle y est arrivée : « Je me suis souvenue du moment où, sur la plage d’Itapuan, j’ai mangé trois glaces à la suite, sous un cocotier ».
Un acteur fait pleurer tout le monde en jouant un personnage qui est sur le point de se tirer une balle dans la tête. Il explique qu’il se souvient de son enfance, vécue dans une banlieue excessivement pauvre. Chaque fois qu’il prenait une douche, celle-ci était tellement froide, voire glacée, qu’il fixait avec une horrible angoisse la pomme de douche.
KAPUTT, Curzio Malaparte.
Un livre sur la guerre. L’auteur est correspondant pour un journal italien, quelque part entre Pologne et Finlande. Il côtoie les Allemands de près. Un ton de tristesse noble, de compassion pour l’humanité. L’auteur montre, par sa façon de décrire les Allemands, pourquoi ils ne pouvaient que perdre la guerre.
Histoire du Général qui pêche le saumon dans une rivière, mais tombe sur un poisson qui ne se laisse pas faire, et qui dicte même sa loi. Sur les deux rives, son escorte militaire. Lui, au milieu de la rivière, est irrésistiblement entraîné par la force de l’animal. Et le combat dure, dure. Au bout du compte, il ordonne à son aide de camp d’abattre le saumon à coups de pistolet : « Hermann, erschiess ihn ! ». Belle image de l’Allemand en guerre, bientôt défait.
De même, la scène du banquet auquel participent des dignitaires nazis (dont HIMMLER, je crois bien) qui finissent, complètement ivres, par sombrer dans le ridicule en se conduisant ni plus ni moins que comme des porcs.
LA PEAU, Curzio Malaparte.
Souvent baroque et excessif, mais le sens certain de la création littéraire (la littérature est plus forte que la réalité). Est littérature ce que je dis et fais être littérature. Par rapport à Kaputt, le livre est plus centré sur quelques scènes magistrales, particulièrement travaillées.
A Naples, la grande dame qui, dans son palais, se déshabille pour parer de ses vêtements une jeune fille morte. La scène de la « sirène » dans un aquarium, lors d’un repas plus ou moins protocolaire, avec une Américaine puritaine étriquée.
Et puis la scène de la peau du Juif, qui donnes son titre au livre : sur une route d’Ukraine, où des juifs en pagaille ont été mis en crois, un juif a été écrasé par un char. Les habitants du village viennent, la nuit, décoller la peau de l’homme, et retournent au village en la portant, toute sèche, au bout d’une fourche, comme un drapeau (drap-peau).
Sur le champ de bataille de Monte Cassino, repas des officiers : cet homme qui montre, dans son assiette, les os d’une main qu’il vient de manger. Ce sont des os de poulet. Mais, en les disposant de manière très particulière, il fait croire aux autres que c’est la main d’un zouave qui vient d’être arrachée par un éclat d’obus, et que la déflagration a projetée dans la marmite ou mijotait le repas, et qu’il a consciencieusement dépiautée et dégustée.
LA CHANSON DES GUEUX, Naguib Mahfouz.
Une narration « à l’arabe », peu soucieuse de cartésianisme. Une recherche de symbole assez simple : 10 chapitres, 10 générations d’une lignée familiale. Un fondateur, bâtard sublime, qui disparaît mystérieusement, inaugurant la légende. L’hésitation entre le bien (vertu, pauvreté, droiture) et le mal (pouvoir, argent, concupiscence). Lutte où le mal triomphe souvent. Versatilité de l’opinion, vénalité des uns, cruauté des autres. La vie livrée au vent et aux humeurs. La main de la fatalité. Le cycle de la vie et de la mort. L’auteur réussit à faire d’un petit quartier d’une ville le centre d’un microcosme entier de la société humaine. Livre qui surprend, déroute et surprend nos habitudes de lecture.
LA MORT ME VIENT DE CES YEUX-LÁ, Rexhep Qossia (Redjep Tchossia). 1974
Livre déroutant et fort, structuré en 13 « contes » (chapitres). L’auteur a cherché à placer son récit à la lisière de l’individu et de la collectivité. Le Kossovo apparaît en tant qu’entité, et entité niée. La narration met en scène des individus, mais jamais ils ne sont qu’individus, et portent toujours avec eux l’idée de nation.
LES TAMBOURS DE LA PLUIE, Ismaïl Kadaré.
Admirable, l’art avec lequel Kadaré, en parlant du 15ème siècle, et de la tentative de conquête de l’Albanie par les Ottomans, évoque de façon nette le 20ème siècle. Peut-être les communistes. Il évoque en effet la lutte de l’Ouest contre l’Est : Skanderberg détruit les caravanes d’approvisionnement de Venise ; en face, le but est de pervertir l’identité nationale. Cette armée turque qui se fait littéralement « manger » par la ville ! Jeu entre l’intérieur et l’extérieur (défense et attaque).
Je ne comprends pas que l'on n'aime pas la littérature.
Voilà ce que je dis, moi.
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25.02.2012
DU TEMPS QUE L'EUROPE SE SUICIDAIT
DU POILU DANS SES DIVERS ETATS
(Les joyeux suicides du continent européen)
Je ne suis certes pas historien, mais ce n’est pas une raison pour ne pas se forger quelques idées pour son propre compte. Sur l’histoire, par exemple, il y en a quelques-unes qui prennent du temps pour sortir de la forge. Par exemple, j’ai commencé, quand j’étais tout gosse, par éprouver des frissons au son de la sonnerie « aux morts », tous les 11 novembre.
ARVIEUX - 05350
Et puis, un jour, j’ai commencé à lire les noms gravés sur un monument « aux morts ». J’ai aussi fait un « service militaire ». Ça finit par relativiser le sens de certains mots, comme « héros », « gloire », « patrie », et quelques autres.
J’ai vu des cimetières militaires : le tout « petit » de la Doua ; celui de Colleville-sur-Mer, avec son horizon de croix blanches américaines ; celui de Douaumont, avec sa haute marée de croix blanches – françaises, pense-t-on en général, mais comment déterminer la nationalité des os ?
Dans deux ans, c’est le centenaire d’un début, mais aussi le début d’un centenaire. Un centenaire qui devrait durer exactement d’août 2014 au 11 novembre 2018. Vous avez déjà compris qu’il s’agit de la « grande », de la « der des der », de « celle que je préfère » (GEORGES BRASSENS) : la Guerre de 1914-1918.
PLEURTUIT - 35730
Je voudrais ici, par avance, apporter ma petite pierre – oh, un minuscule gravier – au plantureux monument que ne manqueront pas d’édifier les sûrement grandioses cérémonies qui ne manqueront pas de marquer les quatre ans de l’anniversaire de ce jour mémorable où l’Europe, lasse de régner sans partage sur le monde connu, se résolut à laisser la place à d’autres et à procéder, sans plus attendre, à son suicide.
Je ne trouve guère d’autre mot que « suicide » pour désigner l’égorgement de masse sciemment commis par des élites fanatisées sur des jeunesses intoxiquées et embrigadées. Disons-nous bien que 1.400.000 Français sont morts de ce virus, cela fait 27 % des jeunes hommes âgés de 18 à 27 ans.
ERQUY - 22430
Ce ne fut guère moins chez quelques nations amies et ennemies. FALKENHAYN, le concepteur de la bataille de Verdun en 1916, crut, jusque sur son lit de mort, que « sa » bataille avait « saigné » l’armée française et épargné l’allemande. On dira que c’est moins que la grippe espagnole de 1918, dont mourut le bon GUILLAUME APOLLINAIRE.
Ce suicide ne fut que le premier d’une longue série. Pour situer les choses, l’épisode de prospérité matérielle apparente et de réelle exténuation morale progressive, que les économistes appelèrent pompeusement les « Trente Glorieuses », se situe un peu après le deuxième suicide du continent européen.
Le suicide européen auquel nous assistons sans doute présentement, qui porte comme marques de fabrique, parmi bien d’autres, l’obsession de la REPENTANCE et le RENONCEMENT à exister, est peut-être le dernier. Mais va savoir à quels autres suicides futurs nous sommes promis, grâce à l’audacieux, ferme et total aveuglement de nos pilotes actuels.
Restons-en pour le moment à ce suicide « fondateur » que constitue cette guerre de quatre ans et quelque, et à la façon dont les vivants ont ensuite arrangé les choses. En particulier ce qu’on appelle aujourd’hui les « monuments aux morts », ces édifices de pierre devant lesquels, tous les 11 novembre, viennent s’incliner le maire, les enfants des écoles, quelques anciens combattants, un peu de population.
J’attends, quant à moi, que la cérémonie commémorative annuelle, d’une part, se démilitarise, et d’autre part, fasse la plus large place aux NOMS gravés. Pour moi, le 11 novembre devrait consister en ceci : lire à haute et intelligible voix, l’un après l’autre, les noms des citoyens de la commune qui ont disparu dans le massacre. Rendre ainsi aux morts leur nom parmi les hommes, je ne vois pas de plus bel hommage.
GRIGNAN - 26230
En particulier, je ne comprends pas que certains monuments portent fièrement des inscriptions du genre « Gloire à nos héros », par exemple celui de Caluire (69). Je préfère de loin, même s’ils semblent trop modestes, ceux qui parlent des « enfants » du lieu. « Morts pour la France », à la rigueur, même si on pourrait discuter.
CAMPAN - 65710
Autre aspect important de « l’art patriotico-tumulaire » (JEAN-MARIE DE BUSSCHER, chronique régulière et illustrée dans Charlie-Mensuel) : la représentation. L’essentiel des monuments français, disons-le, consistent en un simple obélisque, augmenté éventuellement d’une croix de guerre, d’une tête de coq, d’une palme ou autre.
Pour les monuments représentant des hommes, un certain nombre d’entreprises ont constitué de véritables catalogues, dans lesquels les conseils municipaux pouvaient choisir un modèle adapté à leur budget, le « poilu sentinelle » (diffusé à des centaines d’exemplaires) pouvant être livré en bronze, en pierre, en pierre reconstituée, en plâtre, etc.
Plus rares furent les communes qui firent appel à un sculpteur local, ce qui a donné des résultats variés, de l’art naïf au grand art. Je me suis efforcé, sur kontrepwazon, de rendre hommage à ces efforts municipaux, parfois maladroits, parfois bouleversants, le plus souvent simplement émouvants.
MONTFAUCON-EN-VELAY - 43290
Voilà ce que je dis, moi.
09:47 Publié dans ARTS, MONUMORTS | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : guerre 14-18, monuments aux morts, art patriotico-tuymulaire, jean-marie de busscher, charlie-mensuel, commémoration, souvenir, guerre, douaumont, georges brassens, guillaume apollinaire, europe, montfaucon-en-velay, erquy, campan, grignan, pleurtuit, arvieux
24.02.2012
SAINT FIACRE HOLLANDE
LA VERITABLE ENFANCE DE NOS SAINTS POLITIQUES
INTRODUCTION
En cette période d’élections prochaines, il est bon de revenir sur la véritable carrière de quelques candidats qui briguent quelque poste exposé mais avantageux, et se présentent pour cela, courageusement, devant le tribunal du suffrage universel. Notons que, sans s’être donné le mot, tous ces candidats gardent sur une partie méconnue de leur carrière un silence de tous les instants.
Disons même qu’ils se gardent bien de s’en vanter. Allons-y carrément : de même que des héros célèbres (Tristan, Hercule, Gargantua, …) ont vécu ce qu’on appelle des « enfances », la plupart de nos saints politiciens, avant de tenir le haut du pavé médiatique, ont eu, eh oui, une sainte enfance.

L'ENFANCE D'UN CHEF (nouvelle d'un certain J.-P. S.)
Mais à la différence de ces saints héros (preuve qu’ils n’en sont sûrement pas), ils semblent l’avoir reniée, comme s’ils la considéraient comme une existence antérieure, sur laquelle la plus extrême prudence de parole doit être observée. A croire que cette existence première les couvrirait de honte si son déroulement effectif venait à être connu.
S’ils savaient, pourtant, toute la sympathie, toute l’empathie, toute la compassion, et disons-le toute la pitié qu’ils pourraient s’attirer de la part des foules, si celles-ci étaient mises au courant de la toute première partie édifiante de leur éminente carrière, ils ne tarderaient pas à commanditer de célèbres agences de communication publicitaire pour établir à leur juste valeur les « galops d’essai » qui préfigurent à jamais, à n’en pas douter, l’excellence future de leur parcours.

SAINT FIACRE AVEC SA PELLE ET SON LIVRE
(à Saint Germain d'Auxerre)
Ayant déjà évoqué ces « galops », quoique trop allusivement, brièvement et fragmentairement, nous nous sentons le devoir de revenir, en les approfondissant, sur des trajectoires exceptionnelles, marquantes pour le genre humain tout entier, et pour tout dire, définitives. Des trajectoires aujourd’hui couronnées de la sainte appellation catholique de SAINT, même si les impétrants (mot désormais à la mode) se désistent de l’orgueil d’en réclamer le titre (toute fausse modestie mise à part, je trouve que cette phrase est assez bien tournée).
AUJOURD'HUI : SAINTE ENFANCE DE FRANÇOIS HOLLANDE
Nous commencerons la revue de ces célébrités trop modestes, par un coup d’œil jeté du côté du petit FRANÇOIS HOLLANDE, devenu sur le tard le désormais irremplaçable SAINT FIACRE HOLLANDE, que certains calomniateurs ont (heureusement en vain) tenté de faire passer pour un « fromage de Hollande ».

L'AIR (FROID) DE LA CALOMNIE
Le petit HOLLANDE naquit sans doute au début du 7ème siècle, quelque part en Irlande. Il est mort en Seine-et-Marne, en un lieu qui lui était prédestiné, puisqu’il s’agit de la commune bien connue de Saint-Fiacre-en-Brie. Cet événement funeste serait intervenu autour de 670 de notre ère (on sait qu’on ne peut être promu au grade de « SAINT » patenté avant l’ère qu’on appelle « chrétienne »).
Grâce à Saint Faron, lui-même fils d’une biche, d’où, évidemment, vient l’expression « faon Faron », dont la célébrité a atteint la Côte d’Azur puisqu’on a donné son nom à une montagne qui domine la ville de Toulon, SAINT FIACRE HOLLANDE fut autorisé à devenir ermite en forêt de Brie.
On ne sait comment grandit sa renommée. Toujours est-il qu’il reçut des visiteurs qu’il récompensait, en quelque sorte, en priant sur eux, et en distribuant consolations et bons conseils (je n’invente rien). Il lui arrivait de les guérir.

NON , LE SUPPLICE DU PAL, C'EST PLUS GRAVE
Il les guérissait principalement des hémorroïdes, l’usage étant que le pèlerin qui souffrait précisément de ce « mal de SAINT FIACRE HOLLANDE » (parfois appelé « fic », on se demande pourquoi) s’asseyait sur la pierre où le saint s’était lui-même assis. On ne sait pas vraiment à quel épisode de sa vie se rattache cette tradition. Les archives ne disent pas tout. Mais en tout cas elles disent : « Loué soit Dieu, SAINT FIACRE HOLLANDE guérit les hémorroïdes. Après l’annus horribilis, l’anus hollandibilis ».
Il nourrissait en cas de besoin les pèlerins des légumes de son jardin, souvent des haricots. Ces jours-là étaient jours de fête. C’est vraisemblablement la raison pour laquelle les jardiniers ont, le 30 août 1237, élu pour leur saint patron SAINT FIACRE HOLLANDE en personne. A l’unanimité. Toute parenté avec quelque hémorroïde que ce soit serait purement fortuite.
Principalement, il savait sur quel ton il fallait parler aux gens : toujours suave, toujours caressant, presque tendre, il atteignait ses auditeurs au fond de leur cœur, imperméable aux propos de quelques vilains jaloux qui ne se privaient pas de le brocarder de diverses expressions qui se seraient voulues blessantes.

LE VERT BAVEUR
Heureusement, FIACRE HOLLANDE (qui n’était pas encore décrété saint), était au-dessus de cette bave crapaudesque, et allait son chemin vaillamment. Si certains lui auraient vu les manches de lustrine et le « rond de cuir » dont Courteline et Maupassant ont fait le symbole de la bureaucratie fin-de-siècle, il se voyait quant à lui sur la plus haute marche du podium électoral.
Malheureusement, un journal d’opposition déterra une malheureuse affaire où un de ses ancêtres, QUINTIANUS HOLLANDUS, avec lequel il offre d'ailleurs une ressemblance de visage tout à fait spectaculaire, avait fait torturer celle qui devint plus tard SAINTE RITA ROYAL. Cette affaire lui coûta le poste de premier consul en 1798. Ce qui n’empêcha pas Anne d’Autruche, bien connue pour avaler n’importe quoi, d'avoir recours à ses miracles pour accoucher (enfin !) de LOUIS XIV.

LE CENTURION (ADJUDANT) QUINTIANUS HOLLANDUS
C’est d’ailleurs de cette curieuse circonstance que s’autorisa un certain Monsieur SAUVAGE qui, en 1640, investit dans une compagnie de taxis (ça ne s’appelait pas ainsi, mais c’est pour donner l’idée), qu’il baptisa « voitures de Saint-Fiacre », tout ça parce qu’elles étaient attachées à l’hôtel de Saint-Fiacre. Les sceptiques, s’ils prennent la précaution de vérifier l’information, en seront pour leurs frais. Bien fait ! « Heureux celui qui croit sans avoir vu ». Ce n’est pas moi qui le dis.
Un auteur, savoureux autant que méconnu, ajoute même, sur un ton qui fait penser à ALEXANDRE VIALATTE, que « les fiacres étaient tirés par un vieux cheval désabusé, que conduisait un cocher haut-perché, armé d’un fouet, surmonté d’un gibus ».
Il va de soi que la plupart des données figurant dans cette note ont été puisées aux meilleures sources, même s'il est possible que se soient glissées, ici ou là, quelques approximations susceptibles de gauchir la stricte vérité.
Voilà ce que je dis, moi.
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23.02.2012
DE L'ELECTEUR SPONGIEUX (suite et fin)
LE FLÉAU DU DROIT DE VOTE, ÉPISODE 6
Proverbe tibétain : « En période électorale, l'anus du candidat se pare de ses plus beaux atours ».

DES ELECTEURS SPONGIEUX
Résumé : seul un effort massif dans l’éducation est à même de faire naître une véritable société démocratique et de rendre les individus imperméables à la propagande.
Au lieu de la noble aspiration de CONDORCET, qu’est-ce que nous voyons ? Du côté de l’instruction, nous ne voyons hélas pas grand-chose, parce qu’il n’en reste pas grand-chose. Sans nous appesantir sur le débaptême de l’ « instruction » en « éducation », sur lequel il y aurait pourtant à dire, contentons-nous d’observer un savant et constant démantèlement de l’institution chargée de transmettre aux jeunes tous les savoirs nécessaires. [Voix off : « mission accomplie ».]
Constatons l’opiniâtreté de certaines forces qui, sous couvert d’égalité, ont arasé, appauvri et uniformisé le niveau des matières contenues dans les crânes. Ecoutez, ça fait floc-floc. Pour détruire un système éducatif, commencez par le réformer à tout bout de champ. En gros, je vous conseille de conduire une réforme par an pendant cinquante ans : à la fin, vous êtes sûr que plus personne ne sait qui fait quoi, ni qui doit faire quoi. [Voix off : « mission accomplie »].
Reléguez les enseignements techniques au fond de la cour à côté des WC, puisque vous avez prévu la future division internationale du travail, que vous supputez les travaux sales en Chine, et que vous pensez attirer tous les emplois à « haute valeur ajoutée » – ah zut, ça délocalise à tout va ! Vite, clamez qu’il faut « réindustrialiser » ! Ah zut, on a déjà eu le temps de perdre les savoir-faire (aciéries, industrie textile, ...) ! Mondieu, mondieu, que de malchances successives ! [Voix off : « mission accomplie ».]
Mettez l’accent non plus sur les contenus et les disciplines d’enseignement, mais sur les méthodes pédagogiques de ces salauds d’enseignants crispés sur leurs privilèges exorbitants et engourdis dans leurs routines crasseuses et paresseuses. Simultanément, faites comprendre aux élèves qu’ils ont eux aussi, après tout, des droits, et qu’il serait bon qu’ils le fissent sentir aux enseignants trop imbus de leurs personnes. [Voix off : « mission accomplie ».]
Vous aurez partie gagnée quand le cours commencera par une longue invocation au silence des élèves et se poursuivra par une harangue destinée à convaincre les dits élèves que ce qui sera dit pourra ne pas leur être complètement inutile. Certains esprits mal tournés pourraient penser que c’est le chaos ? [Voix off : « mission accomplie ».]
[Mine de rien, sous le masque habile de l’avocat du diable, l’auteur de ces lignes, pourtant en général d’un naturel épais, rustique et grossier, parfois même vulgaire, synthétise fort subtilement trois des nombreux problèmes qui ont commencé à envahir les enceintes scolaires – enceintes dont on ne sait trop de quelle catastrophe future elles accouchent – et à ébranler les fondations d’un système éducatif « que le monde entier nous envie ». Note de l’éditeur.]

CE QUI SORT DE L'ANUS DU CANDIDAT
(merda d'artista, piero manzoni, 1961)
Conclusion : avec un système éducatif dans un état toujours plus flageolant, branlicotant et vacillant depuis une quarantaine d’années, si même il n’est pas déjà à l’état de ruine prémonitoire ou imminente, comment croire encore au talent de la mentalité française collective ?
Avec la télévision comme outil perfectionné de propagande à formater les esprits et machine à réduire les têtes, comment croire à la qualité de jugement collectif d’une population soumise à ce bombardement ? En quel honneur spécial, le Français échapperait-il à l'état spongieux qui caractérise tous les électorats démocratiques ?
Comment le « corps électoral » serait-il, dans ces conditions, autre chose qu’un niais, un gobe-mouche béat ? Comment le « corps électoral » pourrait-il ne pas être frappé de la crédulité médusée de la grenouille happée par la couleuvre ? Comment le « corps électoral » pourrait-il échapper à cet état spongieux qui fait tout avaler ? Sinon, SARKOZY aurait-il été élu ? Remarquez que, si ç’avait été SEGOLENE, je n’aurais eu que le nom propre à modifier.

GOBE-MOUCHE BEAT SANS COLLIER
(EN BEATITUDE)
A ceux qui m’accuseraient de partialité, je réponds en citant l’avis porté par EMMANUEL TODD sur les classes politiques occidentales en général : même s’il n’est pas une autorité infaillible, son point de vue reste intéressant. Il considère que, globalement, les personnels politiques du monde occidental sont d’une MÉDIOCRITÉ affligeante. Je pose donc la question : si les hommes politiques sont médiocres, cela ne vient-il pas du fait que les populations sont elles-mêmes médiocres ?
Un corps électoral à l'état spongieux. 
L’un des facteurs de cette médiocrité foncière des « élites » censées être à même de gouverner serait donc la médiocrité des gouvernés eux-mêmes. Un autre facteur pourrait être l’extrême verrouillage du système politique, avec ses aiguillages, ses tiroirs, ses cases déjà toutes étiquetées, avec son fonctionnement désormais institutionnalisé, ses rouages trop bien huilés, en « carrières » dûment répertoriées.
Pourtant, malgré l’état de délabrement de ce « corps électoral », selon la stricte légalité, ce sont les membres de cette population progressivement décervelée qu’on persiste à appeler, contre tout bon sens, des citoyens. Et ce sont eux, gavés d’images publicitaires vantant des produits politiques, qui vont accomplir leur « devoir électoral ».
Comment voulez-vous, dans ces conditions, que le meilleur soit élu (au cas où ce « meilleur » existerait, ce qui n’est nullement avéré, voyez le sort réservé à EVA JOLY, celle qui n’a visiblement pas été coulée dans le moule, et quelque discutable que soit la personne) ?
Ce sont eux qui, en 2007, ont élu NICOLAS SARKOZY, sur la foi d’images et de discours méticuleusement manufacturés, ciselés, chantournés, limés, rabotés dans des ateliers de communication publicitaire de haute performance. Le quinquennat leur a ouvert les yeux. Mais en 2012, même « déçus du sarkozysme », auront-ils compris comment ça marche ?
Soumis au pilonnage en règle des médias qui vont nous faire bouffer de la présidentielle jusqu’à l'écoeurement, jusqu'à l’occlusion intestinale, leur esprit, réfugié au fond de la tranchée, saura-t-il résister au bombardement, aux nouveaux discours, aux nouvelles images qui vantent à longueur d’ « informations » le FRANÇOIS HOLLANDE nouveau et le NICOLAS SARKOZY, jeune perdreau qui vient de naître, bref, les « nouvelles » marchandises « politiques » ?
Voilà ce que je dis, moi.
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22.02.2012
DE L'ELECTEUR SPONGIEUX (début)
LE FLÉAU DU DROIT DE VOTE, ÉPISODE 5
Proverbe bantou : « A électeur spongieux, élection flasque ».
Commençons par le rappel d’un petit fait historique. Dans la nuit du 4 au 5 août 1789, dans un grand élan de fraternité et d’égalité, que la mythologie révolutionnaire a consacré en le magnifiant au fronton des temples de la République, les députés des trois ordres adoptèrent une loi abolissant les privilèges hérités de l’ère féodale. Ce fut grand, ce fut beau, ce fut généreux.

ELECTEUR SPONGIEUX
Ce qu’on sait moins et qu’on oublie, c’est que, d’une part, ce ne fut pas, dans la réalité, aussi grandiose et aussi soudain que la légende l’a colporté, et d’autre part que, dans les semaines qui suivirent cette nuit mémorable, et jusqu’au mois d’octobre, il y eut dans les campagnes françaises le plus grand massacre de gibier qu’on eût jamais vu.
C’est tout simplement que tous les roturiers, petits propriétaires et paysans de France se vengeaient sur la faune sauvage de siècles de répression du moindre lièvre larronné, de la moindre perdrix soustraite au privilège seigneurial pour améliorer l’ordinaire. Voilà, aurait dit MONTESQUIEU, où ça mène, d’accorder, dans la précipitation et sans précaution, des droits à la « canaille ». A commencer par le droit de vote.

ELECTION FLASQUE
(à moins que ce ne soit l'élu en personne)
Il aurait ajouté que la démocratie n’est ni viable, ni souhaitable en l’absence de la vertu. La vertu, parfaitement. Franchement, on se demande à quoi il pensait. Je préfère de loin un homme comme CONDORCET.
De cet homme, laissons violemment de côté le génie qui rêvait d’appliquer les mathématiques à la gestion des sociétés humaines (il a travaillé sur « l’arithmétique politique » ou « mathématique sociale »), et à ce titre le concepteur des techniques totalitaires de la « gouvernance » sociale et l’initiateur du développement déraisonnable des statistiques comme outil d’administration du « parc humain » (Règles pour le parc humain, livre (2000) du philosophe PETER SLOTERDIJK).
CONDORCET, lui-même victime de la Terreur mise en place par ROBESPIERRE (il s’est suicidé dans sa cellule après avoir été arrêté, fuyant un ordre de comparution qui aurait de toute façon mal fini), est l’auteur, entre de nombreux ouvrages, de Cinq mémoires sur l’instruction publique.
Sa grande idée politique repose sur l’idée d’instruction (il refuse, à raison, de confondre « instruction » et « éducation ») : la nation entière peut progresser vers les « Lumières » si elle prodigue à tous ses membres sans distinction une instruction suffisante. Pour cela, dit-il, il convient de donner davantage à ceux qui sont moins éclairés (= pas encore), et moins à ceux qui le sont davantage (= déjà).

ELECTEUR DOUBLEMENT SPONGIEUX
CONDORCET rêvait, comme tous les hommes des Lumières, de mettre tout le monde en état de juger des qualités et des défauts. Il rêvait en quelque sorte de rendre chacun imperméable à toute forme d'oppression. A toute forme de propagande. Il devait se dire que, pour qu'elle fût en mesure d'élire les meilleurs parmi elle, il était nécessaire que la population entière acquît les plus grandes capacités possibles de DISCERNEMENT.
Disons que cela pourrait s’appeler « redistribution des lumières » et que le but visé s’appelle « égalité ». L’idée des « Lumières », elle est là : pour que la nation tout entière progresse et s’élève parmi les nations, elle doit permettre à chacun d’élever son esprit. Je l'avoue, il fut un temps où je me disais, à la façon de FRANÇOIS VILLON : « En cette foi je veux vivre et mourir ». Et je crois toujours que cet horizon, l'homme peut l'atteindre, s'il le décide. Mais bon, nous traversons, semble-t-il, des vents contraires.

ELECTION DOUBLEMENT FLASQUE
Seul un effort éducatif massif de la collectivité est à même de favoriser l’avancée de celle-ci. Et c’est un raisonnement à soixante ans de portée, à deux générations de terme. Signalons en passant que la Chine actuelle a parfaitement assimilé cet impératif. L'occident, semble-t-il, n'en a plus les moyens.
Au lieu de cette belle idée généreuse, la Révolution, au prétexte d’éradiquer les derniers germes de la féodalité et d’éliminer les derniers adversaires de l’ordre nouveau, après avoir promu des couches toujours plus basses, finit par promouvoir des couches de la population qu’on appellerait aujourd’hui la « racaille ».
Vous imaginez, aujourd’hui, des petits salopards ignorants, issus des bas-fonds, se mettre à jouir de tutoyer le roi en l’appelant « Capet », à toiser de haut les gens ordinaires, à tenir le haut du pavé et à faire la police (ah, vous avez vu de telles scènes ? Que me racontez-vous là ?) ? Quel genre de gouvernement aurait le culot de donner de l’autorité publique à des individus issus de ce qu’il y a de pire dans la population ?
C’est un peu ce qui a été fait en France, en 1793, et jusqu’au 9 Thermidor. C’est ce que les Allemands ont méticuleusement appliqué dans les camps de concentration en faisant des prisonniers de droit commun les plus violents ou les plus serviles des « kapos » de sinistre mémoire.
MAO TSE TOUNG a beaucoup étudié cette séquence historique, et quand on lit Les Habits neufs du président Mao, de SIMON LEYS, on se dit qu’il en a pris de la graine, puisqu’il a su faire face à la légion de ses ennemis pour se maintenir férocement (« Feu sur le quartier général » et la « Grande Révolution Culturelle Prolétarienne ») au pouvoir jusqu’à sa mort.
Donc il ne saurait y avoir de vraie démocratie représentative sans un peuple également éclairé, également instruit, également élevé vers les lumières de la Raison. Elire un homme pour diriger les affaires de la ville, du département, de la Région, de l’Etat, suppose obligatoirement que les électeurs ont tous reçu un niveau d’instruction leur permettant de distinguer l’individu possédant les plus hautes qualités pour occuper la fonction.
Pour qu’une démocratie vive réellement, il faut impérativement faire ce qu’il faut pour que, collectivement, le niveau de l’esprit dans le peuple s’élève. Ce fut l’ambition et l’espoir avortés de CONDORCET.
Voilà ce que je dis, moi.
Suite et fin demain.
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21.02.2012
PÊLE-MÊLE D'UN CARNET DE LECTURE (5)
L'Epidémie, ANDREAS FRANGIAS (1927 - 1971)
Magnifique livre parlant sur un ton posé d’années terribles passées dans une « île de concentration » pour détenus politiques en Grèce pas si ancienne que ça. Ton volontairement neutre, apaisé, où l’on peut projeter plusieurs sortes de valeurs. Le livre décrit l’horreur du système, et par son détachement apparent, fait ressortir la dérision, l’absurde, non pas sous une forme déclarée, déclamative, mais la suggère dans l’esprit du lecteur.
Il n’y a guère de haine apparente, seulement de temps à autre, des bulles d’émotion éclatent à la surface des phrases, surtout dans les échanges entre les hommes, un regard furtif, une phrase discrète, une étreinte fraternelle. Ce n’est pas pour autant un livre serein, ni un livre de souvenirs. On est dans l’organisation d’un monde, comme ci et comme ça. D’où vient-on ? Où va-t-on ? Ce sont les questions de tous, ici et là-bas, comment s’adapter le mieux possible à l’environnement, au chef, aux dangers, aux voisins. Comment faire pour s’élever socialement ?
Questions des plus banales et universelles. Simplement, les problèmes posés sont absurdes (le pont, les mouches, la chaux, la hiérarchie), les relations sont écorchées, prises dans les tenailles de la perversion. Il faut impérativement maintenir en vie l’homme dans l’horreur, pour le briser, pour le tuer intérieurement.
Tristesse et beauté, KAWABATA YASUNARI

Deux lesbiennes, qui sont aussi deux peintres, dont une célèbre : Otoko, voient surgir Oki, ancien amant, amour fini, jadis, en tragédie. La plus jeune, pour venger celle qu’elle aime, décide de porter le malheur dans la famille d’Oki, en provoquant la mort du fils. Intériorité fascinante, interpénétration de l’extérieur très ritualisé du Japon, et d’un monde intérieur toujours fluctuant. Des surprises, des fils inextricables, un mystère, qui ne tient pas qu’à la japonitude du roman.
Le Bal du comte d'Orgel, RAYMOND RADIGUET
Jusqu’à la moitié, le récit paraît empreint de naïveté, tant la transposition de l’Œdipe semble flagrante. Un jeu qui se met en place lentement, posément, classiquement, dans des descriptions des personnages. Paul Robin, François de Séryeuse, puis les Orgel, enfin Madame de Séryeuse. Retour sur Mahaut d’Orgel, l’objet de l’amour de François, puis retour sur la mère de celui-ci.

MORT A 20 ANS
Tout se déroule comme un panoramique, sur un arrière-fond d’éléments fixes, comme un manège bien rodé. Puis tout le livre se cabre dans la fin, ou pique du nez dans un mouvement accéléré, qui semble devoir bouleverser le monde entier, tant la tempête intérieure des êtres est grande. L’ordre vacille. Présence de Naroumof. La morale, la rectitude du devoir vacillent. Des tourbillons intérieurs en présence les uns des autres semblent promettre, dans leur choc inévitable, une douleur durable pour bien des gens.
On s’achemine donc tranquillement, puis cavalièrement, vers ce qu’il est convenu d’appeler une catastrophe. Au moment où tout doit basculer, lors de l’aveu de Mahaut d’Orgel à son mari, la réaction de celui-ci, en quelques mots, réinstalle l’ordre, réinaugure la tranquillité comme si elle n’avait jamais rien risqué, comme si l’amour mutuel, enfin avoué, de deux êtres, un amour interdit par le lien conjugal de l’un, n’avait aucune chance de faire dévier une trajectoire qui ne dépend pas des individus en action.
Ceux-ci, pourrait-on dire, sont « renvoyés à leurs sentiments » : le bal se tiendra. Dans cette bataille entre extériorité et intériorité, c’est la première qui gagne. Elle seule gouverne, au fond, et ce n’est pas l’intériorité des sentiments qui doit pouvoir la modifier par ses modestes incidences, finalement négligeables. Sûrement pas un roman naïf, donc, mais un grand roman, bien clos sur lui-même, un grand roman de la dérision.
Le Roi Bohusch, RAINER MARIA RILKE
Ce n’est qu’une nouvelle, mais c’est du RILKE. Bohusch fut un enfant et reste un adulte contrefait, complexé par rapport à tous les autres, méprisé. Tout le contraire de son père, M. Bohusch, à l’attitude et à la sture altières et majestueuses. Voilà-t-il pas que le jeune Bohusch fait un seul et unique rêve. Je donne juste cette citation, le rêve du Roi Bohusch le contrefait.

C'EST LA BEAUTÉ INTERIEURE QUI COMPTE
« Un instant s’écoula avant que le bossu comprît clairement pourquoi, à cet instant, il pensait justement à son père. Il le voyait : dans son immense paletot de fourrure à tresses, dont le col semblait se confondre avec sa grande barbe, M. Bohusch marchait d’un pas large et assuré dans le haut vestibule crépi de lumière du vieux palais de la rue de l’Eperon. Le pommeau d’or de sa crosse touchait presque les franges dorées du rebord de son chapeau sous lequel ses yeux veillaient, graves et attentifs.
» Et l’enfant maladif se postait souvent derrière la porte de la loge du portier, et par une fente regardait son père dont la stature était plus haute que celle des tous les autres hommes et du vieux prince lui-même, devant lequel le père se découvrait respectueusement sans cependant s’incliner très bas. D’un baiser ou d’un sourire de cet homme, Bohusch, si loin qu’il cherchât, ne pouvait se souvenir, mais sa stature et sa voix faisaient partie des impressions les plus nettes de son enfance.
» Et c’est pourquoi il se rappelait toujours son père, chaque fois qu’il enviait au défunt l’un de ces deux avantages et qu’il se disait : "L’un et l’autre restent en somme maintenant inutilisés ; il n’a besoin ni de sa voix ni de sa grande taille. Pourquoi a-t-il emporté tout cela ?" Et lorsque le bossu y pensait, il se sentait chaque fois emporté, entraîné. Ses pensées n’étaient plus en lui, elles couraient devant lui, et il devait les poursuivre pour les reprendre. Pouvait-on ainsi les laisser courir ? Hors d’haleine, il les rejoignait chaque fois au même endroit.
» C’était une belle nuit d’automne avec des nuages rapides. La lumière incertaine était juste assez patiente pour permettre à Bohusch de reconnaître une plaque de marbre sur laquelle, entre les branches foisonnantes, il pouvait lire : Bitezlaw Bohusch, portier ducal. Et chaque fois que le petit lisait cela, il commençait à creuser avec des ongles avides dans l’herbe et la terre, jusqu’à ce qu’il se sentît de plus en plus fatigué, et que l’haleine de la terre humide devînt de plus en plus lourde et plus nébuleuse, et que ses ongles commençassent à crisser sur le bois lisse du grand cercueil jaune.
» Et alors il se voyait à genoux sur le cercueil, dans la fosse sombre, rester indécis durant quelques secondes. Jusqu’à ce que, enfin, il trouvât une solution : on devait pouvoir briser cette planche en cognant de la tête, de même que l’on pouvait briser une vitre. Ne l’avait-on pas toujours raillé à cause de la dureté de son crâne ? Il allait donc du moins être bon à cela. Crac ! La planche cède comme une vitre, et Bohusch étend sa main brûlante, retire de cette obscurité moite la poitrine de son père, en revêt comme d’une cuirasse ses épaules timides, étend encore la main, cherche et cherche de ses doigts convulsés, s’aide de l’autre main, et ne parvient pas à comprendre pourquoi ses deux mains sanglantes ne trouvent pas la voix de son père. »
On ne se remet jamais d'être seul dans l'existence. Quelques livres, par bonheur, aident à supporter cette solitude.
Voilà ce que je dis, moi.
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20.02.2012
CARLA BRUNI NE FAIT PAS DE POLITIQUE
C’est entendu, une femme de candidat ne fait pas de politique. C’est sûr. On le croit volontiers. La preuve, c’est qu’on la voit en une d’un certain nombre de « news magazines ». Je ne suis pas sûr que TV magazine en soit un. En tout cas, CARLA BRUNI y a droit à quatre pages, dont une et demie d’une grande photo avec elle regardant la télé, une autre assise derrière un poste cathodique sur lequel elle s’appuie, et une feuilletant TV magazine. Sur toutes les photos, elle est très habillée, et décontractée. Que cela paraisse le jour même du premier grand meeting de campagne de monsieur BRUNI, c’est forcément un hasard, n’est-ce pas ?

MAIS ÇA, C'ETAIT AVANT
(notez la cicatrice)
L’agence de com a donc fait son boulot : CARLA BRUNI est parfaite dans le rôle, qu’elle joue avec un sens très élevé de l’engagement personnel – le rôle de la pétasse de moins de cinquante ans, « téléspectatrice attentive » de surcroît. « Oui, j’ai souvent regardé Plus belle la vie avec ma fille dans les bras ces derniers temps. (Rires.) » On est content de l’apprendre.
Je vous révèle les émissions qu’elle aime et a aimé regarder : L’amour est dans le pré, Nouvelle star, Star Academy, et d’autres encore. Non, tout ça me tombe déjà des mains, et j’ai assez vu le minois. Laissons-la bêtifier. En fait, je voulais vous parler de cette personne pour une seule raison, un propos qu’elle tient dans cette interview de TV Magazine. Sachez quand même qu’elle rêve de participer à Rendez-vous en terre inconnue, qu’elle l’a dit à son mari, « qui a levé les sourcils en signe d’étonnement ». Avouez qu’il fallait que ce fût dit.
A la question de N. VOLLAIRE : « Avez-vous un projet précis en tête ? », elle répond cette chose concernée, sublime et généreuse : « Oui, il s’agit d’une série de programmes courts, qui traite de la prévention contre l’illettrisme chez les tout-petits ». Pour ceux qui ne se taperaient pas déjà le derrière par terre, la formule à relever est « l’illettrisme chez les tout-petits ». En matière d’oxymore, c’est une vraie innovation.

GRAND LECTEUR, ET DEJA ILLETTRÉ
Je ne sais pas qui lui a déniché la trouvaille, mais n’est-elle pas d’une saveur exceptionnelle ? Je ne sais pas ce qu’est un « tout-petit » pour CARLA BRUNI, je dirai simplement qu’elle en a une vue éminemment extensive. Il me semblait que les enfants apprennent à lire autour de 5 ou 6 ans, qu’ils ont quelques années d’école ensuite, et que l’illettrisme concerne ceux qui, sortis de l’école, ont perdu la lecture faute d’un enracinement par la pratique. Sont-ils encore des « tout-petits » ?
Bref, CARLA BRUNI (c’est-à-dire la personne qui a rédigé les réponses) a perdu une excellente occasion de se taire.
Voilà ce que je dis, moi.
18:30 Publié dans DANS LES JOURNAUX | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : carla bruni, nicolas sarkozy, presse, journaux, tv magazine, illettrisme, propagande, campagne électorale, élection présidentielle


