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mardi, 21 juillet 2015

LE MARTYRE DE LA CAROTTE

Ils sont bien gentils, les adeptes du véganisme. Pleins de bonnes intentions, ils sont hypersensibles à la souffrance animale. C’est leur droit. Le mien est d’en penser ce que j’en pense. Libération fait une double page (vendredi 17 juillet) pour nous faire part de tous les tracas auxquels sont en butte les membres de la secte. De pauvres malheureux, capables de s’infliger de lourds sacrifices. Il faut être un peu masochiste pour se soumettre à la dure discipline du véganisme.

Un brin obsessionnels, ayant jeté un interdit absolu sur tout ce qui vient de l’animal (au nom des supplices qu’il endure), ils s’abstiennent non seulement de manger tout ce qui comporte une parcelle ressemblant à de la viande, mais ils étendent l’abstention à tous les sous-produits animaux, comme le cuir par exemple. Et ça leur complique singulièrement la vie. 

Pensez, les industriels de l’agro-alimentaire poussent le vice jusqu’à mettre du jus de viande dans leurs conserves de légumes. Ils sont donc obligés de suivre une formation approfondie pour apprendre à déchiffrer les étiquettes sur les bocaux et les boîtes. Au supermarché, au restaurant, leur vie est vraiment un enfer. 

Avec les proches, c’est souvent pire : ils sont confrontés à l’intolérance, à l’agressivité, à l’incompréhension. Mais ils ont la foi. La simple perspective d’avoir au bout de la fourchette un petit morceau d’animal mort les remplit tellement d’horreur que ça les conforte dans leur choix radical : « Le jour où on a vu les choses en face, on ne peut que lutter contre », dit Olkan Elijah, le président du mouvement végan Fuda. Ce sont des combattants. Ils défendent une cause. Et ils ne comprennent pas que tout le monde ne s'incline pas devant cette nouvelle vérité révélée (une de plus). 

A dire vrai, tout cela me semble très curieux, pour ne pas dire fumeux. D’abord parce qu’on pourrait rétorquer à ces gens que se nourrir exclusivement de végétaux est peut-être d’une cruauté plus grande encore : que savent-ils des sentiments de la carotte, du chou, au moment où on les arrache du sol, quand on les coupe en morceaux, quand on les plonge dans l’eau bouillante ou qu’on leur brûle la chair dans une poêle ? Que ressent la patate quand on la fait sauter ?

Le masochisme dont je parlais plus haut ressemble furieusement à un sadisme de la plus belle eau : en effet, s’interrogent-ils seulement sur la souffrance des légumes ? Leur haine de la viande vaut bien leur mépris pour "le cri de la carotte" (titre d'un livre de l'acteur Michel Serrault, ou peut-être Daniel Gélin). Est-ce parce que nous ne comprenons pas leur langage que nous devons leur faire subir tant de traitements aussi cruels qu'inhumains ? 

Cette bande de sadiques mériterait d'être dénoncée auprès de Carolyn Christov-Bakargiev, ancienne directrice que la Documenta Kassel 2012 (une allumée frénétique de l'art contemporain, photo ci-dessous), qui militait très fort pour la signature solennelle par tous les pays du monde d’une « Déclaration Universelle des Droits des Végétaux » ! Et qu’en pensent les associations de défense des fruits et légumes ? CHRYSTOV BAKARGIEV CAROLYN.jpg

Ensuite, on pourrait leur dire, plus sérieusement, qu’ils se contentent, à tort, de s’en prendre à l’effet, et qu'ils se gardent bien de toucher à la cause. Car enfin, il ne faut pas regarder très loin pour se rendre compte que si le sort fait aux animaux est lamentable et mérite donc d’être contesté, ce n'est pas pour des raisons sentimentales dictées par un anthropomorphisme assez vulgaire.

Ce n’est pour aucune autre raison que l’industrialisation de l’agriculture tout entière. Que la population soit assez étourdie pour confier le soin de la nourrir à un système intégré de machines, voilà l'énigme. L'industrialisation de la nature, voilà l'ennemi principal. Mais les adeptes du véganisme adhèrent à la civilisation : Olkan Elijah, le président, est infographiste. Il ne faudrait pas qu'il perde son boulot.

Industrialiser la nature, voilà bien l'idée de dingue. Pas besoin je pense pour s’en convaincre de rappeler la catastrophe : élevages géants de porcs en Bretagne, « ferme des mille vaches » dans la Somme, hangars un peu partout où caquettent des volailles par dizaines de milliers. D'où la souffrance animale, pour l'essentiel. Et ne parlons pas des masses de lisier à répandre, des camions d'antibiotiques (rendus nécessaires par la masse des animaux confinés, mais induisant des résistances de plus en plus visibles dans les organismes humains), et autres joyeusetés sanitaires. 

Voilà : la religion du véganisme est juste une ânerie, une niaiserie qui montre avant tout la sottise de ceux qui regardent le doigt du sage quand celui-ci montre la lune. Ils ne se rendent pas compte que la véritable cause de la souffrance animale n’est pas dans le fait que de plus en plus de gens sur la planète mangent de la bidoche (au grand dam de la dite planète), mais dans le système industriel de production de nourriture. Eh oui, voilà qu’on retombe sur ce damné « système ». 

La lubie véganiste n’est pas dangereuse, heureusement. Seulement, ils n’ont pas compris qu’au lieu d’avoir l’œil braqué sur un point de détail, il leur faudrait élargir singulièrement leur champ de vision, en même temps qu’enrichir et approfondir l’analyse qu’ils se font du monde pour prendre la vraie mesure du désastre. Ils verraient peut-être les graves défauts d’organisation dont souffre notre civilisation. Il leur manque un poil de marxisme pour en vouloir au système. 

Mais ça, comme des vers dans le fruit qui les nourrit, ils n’oseront pas le remettre en question. La maladie dont ils souffrent serait à ajouter à la très longue liste des « phobies » de la modernité. 

Je propose de la baptiser « carnophobie ». L'  « alimentophobie», c'est pour bientôt. A quand l'humanité anorexique ? Il paraît que ce n'est pas parti pour.

Voilà ce que je dis, moi.

samedi, 11 juillet 2015

JOFFRIN A ENCORE FRAPPÉ

Mordez bien le topo. Tout vient de monsieur Dalil Boubakeur, quand il a émis l'idée que, puisque beaucoup d'églises de France sont désertes, désaffectées, quand elles ne sont pas mal en point, il serait judicieux de les transformer en mosquées. Le pauvre, il ne savait pas le schproum qu'il déclenchait.

D’un côté, Valeurs actuelles, Denis Tillinac et une pétition « Touche pas à mon église ». 

De l’autre, le journal Libération, Laurent Mouchard-alias-Joffrin et un article : « Des mosquées dans les églises, n’en déplaise aux prêcheurs de haine » (Libération, 10 juillet). Soit dit au passage, c’est celui qui le dit qui l’est, va donc, prêcheur de haine toi-même : rien de tel qu'un bon coup de pouce prestidigital pour inverser l'accusation. Sarkozy s'y connaissait. Joffrin imitant les trucs de Sarkozy : on aura tout vu.

En place pour le quadrille, mesdames et messieurs : « gaucho » contre « facho ». 

Pour mon compte, si le lecteur se reporte à mes billets des 26-27 juin et du 7 juillet, il sait de quel côté mon cœur penche. J'ai pris le titre de Joffrin comme une insulte. Un crachat. Mais l'image « mairie-école-église » est sans doute un stéréotype archaïque de la pire espèce. Je constate en tout cas que la trilogie n'a plus aucune signification pour Mouchard-alias-Joffrin, qui occupe hélas une fonction qui lui donne le pouvoir d'étaler ses opinions. Libre à lui de tirer la chasse d'eau sur ce qui a, sur la très longue durée, édifié ce pays. Libre à moi de voir en lui un méchant homme. 

A l’élection présidentielle à la sauce Houellebecq, Soumission et compagnie, Mouchard-alias-Joffrin votera musulman (mais modéré, attention !). Ce musulman de France, qui fait semblant de se placer au-dessus de la mêlée (il ose écrire : « La cession d’églises à l’islam serait un beau symbole de concorde et de fraternité » !), rejoint dans la détestation de la France un certain Edwy Plenel, qui a commis un bouquin intitulé Pour les Musulmans. 

En voilà deux (Joffrin-Plenel) qui préparent avec soin et diligence leur avenir futur. Deux crapules qui n’aiment pas la France, et qui sont pour quelque chose dans ce que les savants appellent la « crise de représentation » qui gangrène le pays. 

Voilà ce que je dis, moi.

jeudi, 09 juillet 2015

FEUILLETON GREC ? OU ALLEMAND ?

Il est intéressant, le feuilleton grec. Une excellente dramaturgie en tout cas. Je ne connais pas le metteur en scène, j’ignore qui est le producteur, mais j’apprécie les efforts indéniables accomplis par les différents protagonistes pour donner au spectacle, quand ils sont sur scène, son poids de rebondissements et de péripéties plus ou moins inquiétants quand on les met bout à bout. 

Je ne tente pas de résumer le problème, auquel, je crois, plus personne ne peut aujourd’hui prêter un sens sur lequel les participants pourraient s’accorder. Ils ont tous choisi leur camp et pris leur parti. C’est l’opposition frontale. Une opposition politique, que je résumerai à la question suivante : l’Europe que nous voulons sera-t-elle de la gauche partageuse ou de la droite arrimée aux principes ultralibéraux de la « concurrence libre et non faussée » ? 

Si j’avais à voter (à condition que le « projet européen » ait pris figure humaine, je veux dire déchargée du poids bureaucratique de la machine administrative, qui ne roule plus que dans sa propre direction), mon choix se porterait sur l’Europe partageuse, même si la perte de souveraineté me chiffonne, et plus loin et plus profond qu’aux entournures. 

Je vois bien que la souveraineté nationale heurte de front l’exigence d’abandon de souveraineté que nécessiterait une Europe fédérale. J’imagine que le continent européen pourrait, sur les cartes géopolitiques qui sont en train d’être redessinées, arriver à être considéré comme une puissance. Mais certains n’en veulent en aucun cas. Le « libre-échange » suffit au plus grand nombre. Quelle saloperie de dérision ! 

Que veut l’Europe ? C’est simple, l’Europe ne veut rien, parce qu’il n’y en a pas, d’Europe. Ne me faites pas rire avec les institutions européennes, s’il vous plaît : quand il y a vingt-huit décideurs en action, il n’y a jamais de décision. L’Europe que les institutions européennes nous ont mijotée est l’ectoplasme d’un paralytique en phase terminale. 

Cette Europe-là suscite la haine et le rejet. Et le mépris de l’institution et de ses partisans (et de ses bénéficiaires) pour les peuples soi-disant souverains est une preuve définitive que cette Europe-là se construit, d’une part, sans les peuples, d’autre part contre les peuples. Pendant ce temps, les vraies puissances se gaussent. 

Si la Grèce quitte la zone euro, c’est parce que le retraité bavarois (dixit Arnaud Leparmentier, qui n’aime pas, mais alors pas du tout Thomas Piketty, sans doute un peu trop à gauche à ses yeux) ne veut plus débourser un centime pour ces enfants prodigues que sont les Grecs, qui ont jeté par les fenêtres le bon argent qu’il a consenti à leur prêter, en attendant un confortable retour sur investissement. 

Angela Merkel, et surtout Wolfgang Schäuble, ministre des finances, ont entendu le retraité bavarois. Ils pensent aux prochaines élections : s’ils sont élus, c’est parce qu’ils ont promis. Plus un centime aux Grecs. Et puis il y a « l’opinion publique » (vous savez, ce personnage irrésistible d’Orphée aux enfers, de Jacques Offenbach), et ils reniflent les vents qui en émanent, et qui sentiront très mauvais pour leurs matricules s’ils contreviennent. 

Ils n’ont pas lu l’intéressant papier publié dans Le Monde (daté 7 juillet), écrit par le chroniqueur « Planète » de la maison, Stéphane Foucart, intitulé « Une dette allemande ». Attention, rien à voir avec une ardoise que l’Allemagne aurait laissée chez quelque banquier. Non, il s’agit d’une dette contractée sur la santé des Allemands et de leurs voisins. Car il faut le savoir : l’Allemagne n’a cessé d’emprunter à nos vies, mais personne ne songe à exiger les énormes créances qu’il a en Allemagne, tant cette dette est invisible. 

Il faut que ce soit un pool de chercheurs de haut niveau qui publie les résultats de toute une série d’études dans une revue « à comité de lecture » (pour dire le sérieux scientifique, donc la restriction, hélas, de la diffusion au seul public des spécialistes). Thème de ces études : « … évaluer le coût économique des dégâts sanitaires dus aux pollutions chimiques dans l’Union européenne ». C’est de ces travaux que rend compte l’article de Stéphane Foucart. 

Les dégâts sont considérables : le 1,3 % du PIB des vingt-huit pays se traduit par un montant de 157 milliards d’euros par an. Et encore, si l’on préfère,  « la partie haute de la fourchette surpasse les 260 milliards d’euros annuels ». On me dira : pourquoi pointer l’Allemagne du doigt ? Pour une raison simple, livrée par Foucart : « C’est simple : en Europe, la chimie, c’est l’Allemagne ». La chimie européenne s’appelle Bayer, BASF (Badische Anilin und Soda Fabrik), … Des géants. Allemands.

Les Allemands sont au courant, puisque, « par le biais d’une de ses agences de sécurité sanitaire, l’Allemagne n’a eu de cesse d’entraver la mise en place de nouvelles réglementations européennes destinées à réguler les produits les plus problématiques – dits perturbateurs endocriniens ». Ah, les perturbateurs endocriniens ! Qui dira la poésie des phtalates, le lyrisme des néonicotinoïdes et autres « délicieuses petites choses » (l’expression est pour les vieux cinéphiles) ? C'est sûr, on peut dire merci à l'Allemagne !

Résultat des courses, en dix ans, ces « coûts collatéraux cachés » s’élèvent à « au moins 1570 milliards d’euros [pour] l’économie européenne ». Une somme que je n’arrive pas à concevoir. Et une somme totalement indolore pour tout le monde, puisqu’elle ne passe pas par les bilans des banques ou les budgets des Etats. Une somme qui nous a été empruntée sans que nous le sachions. Passez muscade. Les études épidémiologiques ne figurent pas encore au programme de ceux qui tiennent la calculette. 

L’Europe allemande est une Europe dirigée par les comptables : ils ont l’œil fixé sur le « respect des règles » et le « respect des Traités ». Je ne dis pas qu’ils ont totalement tort, je dis juste que laisser les clés de la voiture à une profession myope par nature, c’est prendre un risque grave. Ça vous fait fantasmer, vous, une Europe devenue un service de comptabilité dont la seule fonction serait de garder l’œil sur les chiffres ? L'inventaire de la vaisselle en porcelaine après la scène de ménage ? Ah oui, qu'est-ce que ça donne envie de vivre ensemble !

Il paraît que les économistes ont baptisé ces coûts collatéraux cachés du doux nom d’ « externalités négatives » ! Tout le monde est heureux de l’apprendre. Allez, soyons intransigeants et inflexibles avec ces salopards de Grecs qui ont assez « fait danser l’anse du panier ». Qui sera aussi intransigeant avec cette Allemagne chimique, qui ne cesse depuis des dizaines d’années d’emprunter des sommes astronomiques à la santé physique des Européens, et surtout à l’avenir de cette santé ? 

Stéphane Foucart examine pour finir la crédibilité de ces études. La réponse est affirmative. Leurs auteurs se sont en effet limités à "sept produits et familles chimiques (pesticides organophosphorés, plastifiants, etc.) et à trois catégories de troubles (système reproductif masculin, neurocomportementaux, obésité et diabète)" (citation approximative quant au texte, mais exacte quant au fond). Rien que du mesurable.

Foucart cite Mme Woodruff qui précise même, dans son éditorial du numéro de la revue JCEM qui a publié les études : « Ce qu’il faut retenir est que ce calcul de 157 milliards d’euros ne représente que la partie émergée du véritable fardeau attribuable aux polluants chimiques de l’environnement ». 

Je sens que les occasions de rigoler ne vont pas manquer. Au fur et à mesure que des chercheurs débusqueront les « externalités négatives ».

Voilà ce que je dis, moi.

dimanche, 05 juillet 2015

CABU ET L'EDUCATION SEXUELLE

A propos de la Grèce, on peut écouter l'entretien qu'Arnaud Leparmentier a eu avec Thomas Piketty, qu'on trouve sur lemonde.fr. 

Et ICI (durée 25'35", - augmentée de la publicité très niaise, mais ceci est un pléonasme, même s'agissant des pubs les plus subtiles ou les plus tordues).

Bien que Leparmentier soit horripilant, à sans arrêt couper la parole à l'invité. Tous ces gens qui veulent montrer qui est le chef sont pathétiques.

Piketty se livre à une démonstration éclatante de l'aveuglement dogmatique des institutions économiques (FMI), des institutions financières et des institutions politiques européennes à commencer par l'éléphant Merkel dans le magasin de porcelaine. 

Et Piketty fait des propositions qui ont au moins l'apparence du bon sens. Comme il le dit, les responsables européens, en même temps qu'ils incarnent un massif déni de démocratie, sont des apprentis sorciers, qui prennent le risque de faire couler tout le navire européen.

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On trouve cette planche dans Charlie mensuel, avril 1975.

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Deux filles qui se papouillent le museau, une religieuse "enseignant" les choses du sexe : une synthèse de l'époque, en quelque sorte.

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On sent combien toute la délicieuse poésie lyrique et les élans mystiques du sentiment amoureux jaillissent du cours d'éducation sexuelle. Vous aurez noté la goutte à la lippe inférieure de Catherine.

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mardi, 30 juin 2015

POUR CHARLIE HEBDO

R2015 N47 RACONTER LA MALADIE.jpgC’est un soutien inattendu que vient de recevoir l’équipe de Charlie Hebdo, maintenant désunie à cause du déluge de pognon qui s'est abattu sur elle après l'attentat. L'austère et très savante « Société française d’étude du 18ème siècle » vient en effet de publier son très gros volume annuel (747 pages numérotées), dont la partie thématique s’intitule « Raconter la maladie ». Pas grand-chose à voir avec Charlie Hebdo ? Peut-être. Et pourtant … 

Nul n’ignore que la critique de toutes les religions (« superstitions », comme on disait) est devenue générale au 18ème siècle. On peut même dire qu'elle y a été inaugurée. Les attentats de janvier 2015, à commencer par Charlie Hebdo, ont fait réagir cette société de gens très sérieux, souvent compassés (au vu du sérieux de leurs travaux), mais à qui il arrive de se montrer espiègles. 

C’est ainsi que la revue, dans le numéro qui sort de presse, reproduit en frontispice une gravure de l’époque. Car l’équipe dirigeante, gardienne si l’on veut bien de la liberté d’expression, ne pouvait faire autrement que de prendre parti (avec les quelques mois de retard que nécessitent la mise en ordre et l’impression de la revue) pour l’équipe du journal satirique, martyrisée le 7 janvier 2015. 

CORDON ST FRANCOIS.jpg

Pour bien comprendre la gravure, il faut savoir qu’une demoiselle Cadière avait intenté un procès « contre le jésuite Jean-Baptiste Girard, accusé de sorcellerie, d’inceste spirituel et d’abus sexuel ». La justice avait acquitté le bon père. L’auteur de la gravure défend moins, en réalité, la liberté d’expression qu’il n’attaque le clergé. 

Notons que si le curé garde ostensiblement les mains en position haute et s'interdit de les poser sur le fessier de la dame, c’est pour mieux accréditer l’idée qu’il est en train de purifier la personne au moyen du « vénérable cordon de saint François » qu'on voit en pleine action, même si la périphrase est transparente. L’hypocrisie langagière du clergé apparaît ainsi de façon évidente. 

« Ah ! Pour être dévot, je n'en suis pas moins homme. »

Molière, Tartufe, III,3.

L’université prenant parti pour Charlie Hebdo : tout arrive. Ma foi, je salue l'initiative : bravo pour l'initiative de notre société savante. Que des messieurs graves puissent mettre à l'occasion les mains dans la gaudriole, voilà qui me rassure. Cela dit, c'est bien connu, le XVIIIème siècle est le siècle où la littérature érotique (et même porno), illustrations comprises, s'est déchaînée. Les gravures de la même espèce que ci-dessus ont littéralement pullulé.

Et les artistes n'avaient jamais peur de représenter le « cordon de saint François ».

Voilà ce que je dis, moi.

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Pour célébrer la disparition d'une des plus vieilles fripouilles (du S.A.C. à l'Angolagate, en passant par les invraisemblables redécoupages électoraux à la petite scie) de la Cinquième République, qui a trempé dans tous les mauvais coups, je n'ai pas trouvé de caricature de Charles Pasqua par Cabu. Je le regrette. Et je n'oublie pas que, si nous avons subi Nicolas Sarkozy, nous le devons à Charles Pasqua, qui l'a mis en selle. Pour compenser, j'ai trouvé ce Grand Duduche en une de Charlie Hebdo (17 mars 1975).

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samedi, 27 juin 2015

L'ISLAM NE PEUT AIMER LA FRANCE

2/2 

J'en étais à énumérer les branches du sunnisme, d'après Gouverner auSANSAL BOUALEM GOUVERNER.jpg nom d'Allah, de Boualem Sansal. J'observe, avant de poursuivre, que les médias véhiculent davantage d'informations sur les divers courants de l'islam (nul n'ignore aujourd'hui, s'il se tient au courant, les termes "wahabite", "salafiste", "djihad", "halal" et compagnie) que les vieux chrétiens du continent n'en connaissent sur les multiples courants et débats qui traversaient la vieille religion européenne.

Je rappelle juste que cette chose désormais enterrée (ou à peu près) s'appelait le christianisme. C'est de ce tissu que nous sommes faits, que nous ayons ou non la foi. Et quand on cite le pape ou le Vatican, c'est pour en dénoncer le conservatisme. Car on le sait : les Etats musulmans, de leur côté, sont les grands progressistes de la modernité. Rendez-vous compte : les femmes seront peut-être autorisées à conduire des voitures dans trois ou quatre décennies. En terre islamique, le Progrès fonce à toute allure. Traduction : comme ils sont riches, ils peuvent tout s'acheter, à commencer par les clubs de foot, et par voie de conséquence, les consciences et les identités qui vont avec.

Grâce aux médias, le quidam français en sait aujourd'hui beaucoup sur l'islam. On ne lui laisse rien ignorer du ramadan, de l'aïd el kébir, de l'aïd el fitr. Pessah, Soukkot, Yom kippour, etc. viennent juste après. Bons derniers : l'Assomption, l'Ascension, l'Annonciation. Le quidam ne se dit pas, apparemment, que, après avoir eu tant de mal à se débarrasser des curés, il ne va pas se laisser emmerder par des curés d'un nouveau genre, mais tout aussi problématiques (ça se reconnaît souvent à la soutane). La soutane islamique (hébraïque ?) sera-t-elle l'avenir de l'Europe ? Tolérance, solidarité, acceptation de l'autre, on vous dit. Sinon, vous êtes des salauds et des fachos.

Cela dit, il faut être convaincu que le gouvernement français, quoi qu'il arrive, demeurera intraitable et intransigeant sur le respect de la laïcité. Farpaitement ! Ouais !

En attendant, l'injure faite aux incroyants, agnostiques, athées, est constante, permanente et massive. Et je n'ai pas encore porté plainte ! Qu'est-ce que je suis tolérant !

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Le malékisme prêche un islam orthodoxe austère, très ritualiste (20 % des sunnites). Le hanafisme, plus libéral et rationaliste, est la branche la plus nombreuse aujourd’hui, répandue en Inde, Bangladesh, Chine. Le chafiisme, répandu en Egypte, Indonésie, Malaisie, Philippines, impose l’excision des filles. Le hanbalisme est une école de pensée rigoriste très conservatrice, développée au Proche Orient, en particulier l’Arabie Saoudite, où un certain Abdel Wahab a encore durci la doctrine, donnant le wahabisme qu’on voit à l’œuvre, militairement et politiquement. Voilà pour les sunnites.

Quant à ce qui se passe chez les chiites, un « courant complexe, à la fois rationaliste, spiritualiste et ésotérique », c’est pire que le sunnisme : il « se divise en quatre branches se divisant elles-mêmes en de nombreuses écoles et sectes dissidentes ». Le pape lui-même n’y retrouverait pas son bénitier. Il y a les duodécimains (ou jafarites). Il y a les zaïdites (« exclusivement dans les montagnes du nord-ouest du Yemen »). Il y a les ismaéliens, parmi les nombreuses branches desquels on trouve les hétérodoxes druzes (Liban), qui rejettent la charia et croient en la métempsycose. Il y a enfin les ghoulâts, parmi lesquels la secte alaouite de Bachar El Assad. Ouf, ne jetez plus rien dans le panier de crabes. 

Je ne vous embarque pas dans les subtilités du soufisme, qui est organisé en confréries, parfois autarciques. Pour les sunnites et chiites les soufis ne sont pas des musulmans (mais que faire, si eux-mêmes se prétendent musulmans ?). Ils sont censés ne pas se mêler de politique, mais il me semble avoir entendu ici ou là des informations contredisant cette thèse. Le kharidjisme existe dans le sultanat d’Oman. Ce courant dissident ancien, qui conteste sunnisme et chiisme, subsiste dans quelques « poches ». J’arrête là. 

Tout ça pour dire quoi ? Que l’islam, en dehors du Coran et des cinq piliers, est un immense et profond chaudron où bouillonnent et cohabitent (quand elles ne cherchent pas à s'éliminer mutuellement) une infinité de sauces musulmanes. Comment s’y retrouver ? Selon moi, c’est très simple : est musulman tout homme qui se revendique musulman, quels que soient son catéchisme, son obédience, ses références territoriales, et surtout quelle que soit la lecture qu’il fait du Coran.

Tous les musulmans, y compris les frères Kouachi et Amédy Coulibaly, y compris ceux qui, avec Daech, prêchent l'islam à coups de bulldozer, de kalachnikov ou de cimeterre (ou pire), ils sont tous musulmans. Un seul sac, je fais. C'est épouvantablement simpliste et caricatural, mais je crois que ça permet de clarifier le problème de l'islam : si tu admets l'islam, tu admets tous les islams. L'islam, c'est simple, tu ne peux pas le scinder comme le christianisme (catholiques / protestants, pour rester en Europe), car il consiste en un seul morceau, mais fait d'une multitude de morceaux. Il n'y a pas les bons et les mauvais musulmans. Il y a les musulmans, point barre.

Tous ceux qui se confessent musulmans sont musulmans. Quels que soient les préceptes, les sourates, les versets qu’ils préfèrent. Et quelle que soit l’interprétation qu’ils donnent à tout ça et le rapport qu’ils entretiennent avec le texte (littéral, métaphorique, allégorique, poétique, mystique, ...). Violent ou pacifique, totalitaire ou humaniste, mangeant du porc ou faisant vomir sa petite sœur de cinq ans qui vient d'avaler une lichette de jambon (je l'ai vu), un musulman est d'abord et essentiellement musulman. C'est la dominante identitaire.

Qu’il sorte du chapeau la boule blanche de la paix ou la boule noire de la guerre, c’est toujours l’islam : un bloc compact à prendre dans son entier, en même temps qu’un tas de sable dont les grains échappent des mains de qui veut le saisir. De toute façon, le Coran, c'est comme la langue d'Esope : la meilleure et la pire des choses. Car il y a tout, dans le Coran : du pacifisme le plus héroïque au bellicisme le plus haineux (ne pas oublier que Mahomet fut un chef de guerre). 

L'islam est impénétrable, parce qu'il est tout à la fois d'une compacité inentamable et d'un émiettement infini. C'est ce qui fait sa force : il est à la fois extrêmement simple (cinq piliers, cinq prières, Coran) et extrêmement mosaïqué. C’est le paradoxe infernal qui dépasse tous les responsables politiques de France et d’Europe (et tout homme de bon sens) : tout à la fois un bloc de marbre et une infinité de grains de sable dans le sablier, sans aucun lien entre eux ("Ah mais ce n'est pas mon islam !", entendu à satiété dans la bouche des musulmans "intégrés", après les attentats du 7 janvier). A moins de se convertir, aucun occidental n'est en mesure de comprendre l'islam. L'islam ne se comprend pas : il se vit, ou on le rejette. 

LA MECQUE 2.jpg

Une altérité radicale est radicalement inassimilable.

Seul le respect, à condition de réciprocité, ...

 

Ce que je retiens, c’est qu’aucune religion n’est plus plastique que la musulmane : elle est bonne à tout, elle s’adapte à toutes les situations. Toujours, partout où elle s’est implantée, elle a introduit ses racines dans le sol. Avec une facilité surprenante, puisqu'elle ne fait pas appel à la conscience individuelle (ni examen de conscience, ni directeur de conscience, ni confesseur, ...).

Toujours, partout où elle n’a pas réussi à s’implanter, c’est parce qu’une croyance fortement constituée s’est opposée à elle, souvent par les armes. Si l’islam s’implante en France, c’est sans doute que, vidée d’une bonne partie de sa substance, celle-ci n’a plus grand-chose à lui opposer. Ce qui est sûr, c’est que l’islam n’a rien à enseigner à la France. 

La France a, semble-t-il, cessé de croire en elle-même. Imaginez ce qu’il reste d’humanisme et de Lumières. Imaginez ce qu’il reste de combat identitaire, immédiatement affecté de la hideuse mention "Extrême Droite". C'est curieux : on n'a plus le droit de se revendiquer "Français". Jour après jour, on cherche à nous persuader que, dans l'appellation "Français", il y a un peu de tout, c'est-à-dire de n'importe quoi. Tiens, L'Express publie un dossier, c'est peut-être un signe ? Et tout le monde comprend ce qui se passe, quand des "Français" sifflent la Marseillaise ou brûlent le drapeau tricolore. Mais on n'a pas le droit de le dire. Et l'on fait semblant de s'étonner du nombre des volontaires qui partent pour la Syrie, l'Irak, Daech et le Djihad.

Imaginez maintenant, par-dessus tout ça, la revendication musulmane. Touillez le tout : vous avez la conclusion tirée par Houellebecq dans son roman Soumission (paru le 6 janvier 2015, la veille de ... ) : l'élection d'un président musulman à la tête de la "République Française". C’est pour ça qu’il a fait scandale : « Le premier qui dit la vérité … ». 

Finissez sans moi : quelque chose me coupe l'appétit. 

Voilà ce que je dis, moi.

lundi, 22 juin 2015

EN ATTENDANT L'EFFONDREMENT 1

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SERVIGNE & STEVENS.jpgLe monde est en mauvais état, ça commence à se voir et même à se savoir. Le pape François en personne s’en est aperçu, c'est dire. Mais l’Eglise catholique est dans un tel délabrement que je n’ai plus envie d’appuyer sur la détente. On nous fait un ramdam pas possible au sujet du ramadan. On s’est bien gardé, le 25 mars, de signaler aux chrétiens le jour de l’Annonciation, que je sache. Plus la France se musulmanise dans les médias et dans la rue, plus j’ai envie de revendiquer les racines chrétiennes de ma culture, même sans avoir la foi. Mes racines les plus profondes sont là, et nulle part ailleurs. Puisque d'autres revendiquent avec force (et même violence) leur identité, je ne vois pas pourquoi je n'affirmerais pas la mienne. Ce serait bien mon tour. Passons.

Le pape a raison avec son encyclique dédiée à l’état de notre environnement naturel. Qu’on examine la santé de la planète, qu’on mesure  les ressources en eau ou en alimentation, actuelles et futures, que l’on comptabilise les kilomètres carrés de forêts qui disparaissent, qu’on assiste, effaré et impuissant, à la cancérisation du Moyen Orient et de quelques régions d’Afrique par des mafias impitoyables armées de leur islam guerrier, chassant sur les routes de l’exil des troupeaux de réfugiés,  qu’on écoute la litanie interminable des déboires économiques qui attendent encore la France, – quoi qu’on fasse, on ne peut que constater les dégâts. 

Quand on aborde les problèmes un par un, on pourrait presque se prendre à espérer en des solutions, et se dire que le pire n’est pas toujours sûr. C’est quand on les met bout à bout que le tableau d’ensemble commence à apparaître et à devenir effrayant. Les lieux du monde où le Mal (sous toutes ses formes) sévit tendent à se multiplier, et les multiples façons dont le Mal s’exprime tendent à envahir le paysage. Même pas besoin d’être pessimiste : il suffit de se tenir informé. 

C'est la raison pour laquelle on a bien du mal à comprendre l’optimisme, fanatique autant que ravageur, qui habite certains commentateurs et observateurs soi-disant « avertis », genre Laurent Mouchard-alias-Joffrin, de Libération, qui persistent dans une stupéfiante confiance dans le « Progrès » indéfini de l’humanité et dans les solutions techniques aux problèmes que la technique a engendrés (l'innovation au secours des dégâts des innovations précédentes : le pompier venant éteindre l'incendie qu'il a allumé).

Je n’ose croire qu’ils se vautrent sciemment dans le mensonge, sauf à imaginer qu’ils en tirent un bénéfice personnel, à la façon de ces « think tanks » à l’américaine qui, largement subventionnés par les intérêts de ceux qui y ont intérêt, vous déversent à la demande du climato-scepticisme comme s’il en pleuvait ou de la croyance absolue dans les bienfaits des OGM ou des néo-nicotinoïdes dans l’agriculture. 

Je viens d’apprendre l’existence d’un livre (Osons rester humains. Les impasses de la toute-puissance) de Geneviève Azam au sujet de la si fragile toute-puissance de l'humanité actuelle. Je le lirai peut-être. La dame parle en tout cas de façon pertinente et mesurée. Et le vieux poids lourd Edgar Morin lui apporte son soutien en écrivant "Lu et approuvé" dans Libération du samedi 20 juin (même jour que l'émission Terre à terre de Ruth Stégassy, qui avait invité Geneviève Azam).

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Mais aujourd’hui, je veux évoquer le petit volume de Pablo Servigne et Raphaël Stevens, Comment tout peut s’effondrer (Seuil, collection « Anthropocène », avril 2015). Car l’ambition de ce bouquin est précisément de mettre bout à bout les problèmes qui menacent l’humanité. Le sous-titre est éclairant : « Petit manuel de collapsologie à l’usage des générations présentes ». Je le classerai parmi les « mauvais bons livres ». Je dirai pourquoi. 

« Collapsologie », donc. Pourquoi pas ? Le terme existe sans doute déjà, dans cette Amérique qui a tendance à nous envoyer, avec quelque retard, toutes ses trouvailles, jusqu’aux plus débiles, saugrenues et malfaisantes. Mais « générations présentes » est aussi à relever : pour les auteurs, les menaces qui pèsent sur la planète ne doivent pas être pensées dans un lointain futur, mais sont à prendre en compte dès aujourd’hui. 

Va donc pour cette nouvelle discipline scientifique : la science des effondrements. Drôle d’idée quand même de faire de l’effondrement un objet d’étude scientifique. D’ériger l’effondrement en concept, en objet d’observation en soi. Je ne comprends pas bien cette tournure d’esprit, qui pose un objet largement conceptuel sur la paillasse pour voir s’il obéit à des lois qui lui sont propres.

Ça me fait un peu penser à une des définitions qu’Alfred Jarry donne de la « ’Pataphysique » : « … la ’pataphysique sera surtout la science du particulier, quoiqu’on dise qu’il n’y a de science que du général. Elle étudiera les lois qui régissent les exceptions … » (c'est dans les Gestes et opinions du docteur Faustroll, pataphysicien). J'adore quant à moi les lois qui régissent les exceptions. Sans exception.

De là à voir dans « l’effondrement » un objet pataphysique, il y a un pas que je me garderai de franchir, tout en esquissant le geste. Je veux dire que j’ai un peu de mal à envisager un concept qui s’appellerait « effondrement » : il faudrait disposer d’une belle série historique d’effondrements passés pour difficilement en tirer des enseignements de quelque validité. L’Empire romain, les Mayas (qui sont cités), je veux bien, mais scientifiquement, ça paraît bien léger. Y a-t-il des "lois" qui président aux effondrements ? Ou, plus probablement, chacun est-il un exception ? Un cas unique ?

On n'est finalement pas très loin de la 'Pataphysique, il me semble. Que les auteurs n'aient aucun souci, ils ne risquent rien : « La 'Pataphysique est la science ... » (dernière phrase du Faustroll).

Voilà ce que je dis, moi.

vendredi, 19 juin 2015

L'ANARCHIE DES VALEURS 2

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VALADIER PAUL.jpgDe toute façon, je crois que les subtilités conceptuelles des « penseurs » sont de fort peu d’effet sur le concret des humains, vu que la pensée de la chose vient toujours après l’existence de la chose. En gros, si vous voulez, le penseur arrive comme les carabiniers (après la bagarre), pour essayer, tant bien que mal, de reconstituer les faits. Le penseur court après le réel, après l’histoire en train de se faire. Il est une sorte de flic : il vient sur les lieux du crime, pour tenter de donner une signification au drame de l’existence. Bien sûr, ça peut être utile. Et puis on ne sait jamais : ça peut rassurer ceux qui restent.

Pour ce qui est des valeurs, donc, à quoi les hommes peuvent-ils se raccrocher ? Du livre de Valadier, je retire trois possiblités. Soit on assiste à la « guerre des dieux » : mon absolu n’est pas ton absolu, la solution c’est qu’on se foute sur la gueule, et que le plus fort gagne. Soit on s’en remet à la Raison du devoir de fonder les valeurs, et dès lors, c’est la Science qui est chargée de régler la question morale (et ce n'est pas de la tarte !). Soit encore on fait du sujet la source unique de la valeur, et l’on débouche sur un relativisme généralisé, qui interdit de penser qu’il puisse y avoir une « communauté humaine ». Ceci dit pour simplifier, pour résumer et pour traduire. Et finalement, ce n'est pas si compliqué que ça. Pourquoi les gens s'embêtent-ils à emberlificoter ? Mais on n'y peut rien : les complications sont là.

On le voit : c’est la bouteille à l’encre ajoutée au combat de nègres dans un tunnel. On peut aussi penser au tableau « Récolte de la tomate par des cardinaux apoplectiques au bord de la Mer Rouge », d'Alphonse Allais, immortel précurseur des monochromistes Kazimir Malevitch, Yves Klein et consort. On y voit toujours aussi clair.

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Archimède disait, paraît-il : « Donnez-moi un point fixe, et je soulève l’univers ». Mais il n’y a pas de point fixe. Le monde humain est en constant mouvement. C’est Montaigne qui le dit : « Le monde n’est qu’une branloire perenne. Toutes choses y branlent sans cesse : la terre, les rochers du Caucase, les pyramides d’Ægypte, et du branle public et du leur. La constance mesme n’est autre chose qu’un branle plus languissant. Je ne puis assurer mon object. Il va trouble et chancelant, d’une yvresse naturelle » (Essais, III, 2, chapitre « Du repentir »). A quoi se raccrocher, donc ? Sur quoi l’ensemble des hommes peut-il espérer se mettre d’accord ? 

Ce n’est pas évident. Paul Valadier lui-même, après avoir noté : « … la situation ontologique ainsi atteinte est plutôt celle de l’ "aliénation" (Arendt), du désarroi et du déboussolement de l’homme », écrit : « Parce qu’il ne peut plus adhérer à la problématique ancienne, si admirable qu’elle ait été, et parce qu’il ne peut y adhérer pour des raisons structurelles, non pas nécessairement par immoralisme ou par dédain de Dieu ou de la tradition, il est renvoyé à lui-même en tant que source de valeur, évidemment relative, mais comme seul levier d’Archimède à partir duquel soulever désormais son monde » (p. 55-56). 

Faut-il se référer à des valeurs ? Il n’est même pas évident que ce soit nécessaire. Je dis une énormité, c’est certain, mais si on regarde le monde actuel, on ne voit que frénésie : l’économie en folie, la soif de pouvoir, tout est bon pour provoquer des conflits, des guerres, la mort. Discute-t-on avec tyrans et dictateurs pour autre chose que faire des affaires ? Pour discuter, il faudrait que la tyrannie soit fondée sur la Raison, le logos. On sait ce qu'il en est.

Tous les raisonnements ne m’enlèveront pas de l’idée que ce qui prime dans le monde (et ça ne date pas d’aujourd’hui), ce sont les rapports de forces. On aura beau tenir à Al Baghdadi des discours pertinents, forts et argumentés, il est probable que Daech continuera à terroriser les populations tombées en son pouvoir. Hors de l'état de paix, la Raison perd tous ses droits. Le livre de Valadier, fondé sur l'hypothèse que le monde est civilisé, reste muet au sujet des rapports de force. 

Curieusement, Paul Valadier réintroduit dans son dernier chapitre l’universel qu’il avait semblé fuir jusque-là : « Seule la "nature" ou la raison universelle offre un recours suprahistorique, et par là même non violent, puisqu’elles illuminent d’une lumière qui irradie en tout homme » (p. 172). Il s’en prend alors à diverses façons de contester l’universalisme, que ce soit le « relativisme moral » (p. 178) : « … tes choix relèvent de toi seul, personne d’autre ne peut et ne doit en juger (…) tu ne dois rien imposer aux autres car leur vie est leur affaire … » (synthèse percutante des croyances des générations les plus actuelles), ou l’Américain Richard Rorty (libertarien jusqu'à l'extrémité des paturons, si j'ai bien compris), dont j’avoue que j’ai découvert le nom à la page 180 du bouquin, mais qui ne laisse pas que de tracer un sillon mortifère là où il passe. 

Bref, Paul Valadier offre dans son dernier chapitre un véritable plaidoyer pour l’universalité de certaines valeurs, même si : « Il n’y a pas de position de surplomb à partir de laquelle certains, occidentaux ou non, pourraient juger et trancher en toute certitude » (p. 205). Ce n’est pas un hasard s’il cite Montaigne (encore lui !) : « Chaque homme porte la forme entiere de l’humaine condition » (Essais, III, 2). 

Il va même jusqu’à s’appuyer sur des propos d’Eric Weil, qui soutient que, puisque la tradition européenne et occidentale est la seule qui ait été capable de se critiquer elle-même, elle est une « Tradition qui ne se satisfait pas de la tradition (…), notre tradition est la tradition qui met sans cesse en question sa propre validité, qui à chaque moment de son destin historique a eu à décider, et continuera d’avoir à décider, ce que nous devons faire pour nous rapprocher de la vérité, de la justice, de la sagesse » (p. 202). Et Valadier de conclure : « Or l’universel, n’est-ce pas essentiellement cette recherche permanente et jamais assurée de la justice et de la sagesse ? » (ibid.). C’est évidemment conceptuellement magnifique. Je note juste qu’il y a un peu de pain sur la planche. 

Tout ça pour ça, donc : pour arriver à l’éloge de l’esprit critique. Pour réaffirmer, si j'ai bien compris, la supériorité de la vision européenne et occidentale du monde. De quoi se demander à quoi peut servir un tel livre : c’est bien joli de s’interroger sur des concepts, mais j’ai parfois l’impression, quand je me risque dans ce genre d’entreprise, de perdre le contact avec la réalité tangible. 

Plus je regarde la réalité catastrophique, plus j'ai tendance à regarder d'un œil goguenard quelqu'un qui intellectualise. Il est possible, je l'ai dit, que ce soit une infirmité. 

Voilà ce que je dis, moi.

jeudi, 11 juin 2015

À LA DÉRIVE

Le plus insupportable, le plus grotesque, le plus abject (ad libitum), dans le spectacle insipide et néanmoins pornographique que nous offrent sans aucune pudeur, jour après jour, les coquelets et poulettes de la basse-cour politicienne qui constituent, nous dit-on, la « classe politique » française, c’est que, dans un camp comme dans l’autre, on a passé à la trappe la nation française. 

Quoi ? Deux entreprises concurrentes se disputent férocement le marché : la France. Leurs programmes respectifs ? A quelques virgules près, c’est le même. Si ce n’est pas exactement le même, c’est le frangin, ou le voisin, ou le cousin. Une pincée de « social » d’un côté, une lichette de « libéral » de l’autre. En dehors de ça, c’est du pareil au même : on navigue à vue, en espérant que les vents soient favorables. On se laisse porter et on croise les doigts. Et puis on cause dans le poste. Beaucoup. Et on fait semblant de faire la guerre à l'autre camp.

En fait ces deux entreprises sont deux « familles », si vous voyez ce que je veux dire. Ce qui les différencie, c’est l’identité du « parrain », le « capo » qui tient les commandes, ainsi que celle des petits chefs et des hommes de main (qu'ils soient à son service ou qu'ils rêvent de prendre sa place). Sur l’essentiel, ils sont interchangeables.Et pour bien faire croire à la galerie qu’il y a deux familles opposées, ils vont jusqu’à faire semblant de se flinguer et de régler des comptes, mais seulement quand ils sont en public : ils jouent les irréconciliables, tout en étant d'accord pour perdre de vue l'intérêt du pays. 

Ils rejouent sans cesse les bonnes vieilles vendettas, mais dans le fond, ce sont larrons en foire. Et l’organisation soigneusement verrouillée des deux familles est la meilleure des garanties contre l’intrusion dans leur jeu de quilles d’un chien venu d’ailleurs (je pense par exemple au pathétique, quoique sympathique Dupont-Aignan ; il y avait aussi Larrouturou, mais où est-il passé ?). Le verrouillage tient en quelques mots : pour entrer dans la « carrière », il faut se mettre au service d’un « suzerain » à qui on « prête allégeance ». UMP et PS se sont entendus pour reconstituer la structure sociale qui porte le nom, dans les manuels d'histoire, de Féodalité.

Si le suzerain a la bonté de vous « adouber » comme « vassal », qu'il vous met « le pied à l'étrier », qu'il vous confie ou qu'il vous lègue un « fief », l’avenir est à vous : si vous savez bien manœuvrer, négocier et satisfaire avec constance vos clients électoraux, dans quarante ans, vous serez toujours en place, vous ferez partie des inamovibles et des incontournables (pour la prochaine présidentielle, ça ne vous semble pas incroyable qu'on parle d'Alain Juppé, entré en politique en 1976 (= 40 - 1), comme d'un candidat possible ?). 

En vérité, la vie politique en France est morte et enterrée. La dictature couplée des compétitions technologiques et économiques (la première déterminant la seconde), dans le monde globalisé, l’a fait disparaître corps et biens, au profit d’acteurs plus voraces les uns que les autres, qui n’ont à la bouche que les mots de performance, de rendement, de compétitivité, de réduction des coûts et autres assaisonnements euphémisants pour traduire le mot "guerre". 

Oui, la vérité, c’est que les élites politiques françaises sont intimement persuadées que c’est l’économie qui fait la société. C'est peut-être ça qu'ils apprennent à l'ENA. Mais c’est exactement le contraire. Appelez ça comme vous voulez, Etat, Nation, Société : quand ça existe vraiment, quand c’est vivant, le reste découle de soi-même, et c'est l'économie qui obéit à la politique, dominée par une force supérieure. On sait qu'on existe, on a conscience de faire partie d'un corps. C’est peut-être ça le plus inquiétant : c’est désormais l’économie qui est aux commandes et qui décide de tout. Et les politiques de tout bord (en ce moment les socialistes) se bousculent pour se mettre à genoux et faire des gâteries aux braguettes patronales. La France est aujourd'hui une entité dévitalisée. 

C'est l'économie qui fait croire aux naïfs que c'est elle qui détient les clés du salut. On voit les dégâts. Et on n'a pas fini de les constater. En réalité, l'économie, si elle est indispensable à la société, est malfaisante quand elle est seule aux commandes, pour la simple raison qu'elle est démunie de ce qui fait une société : appelez ça l'âme, l'esprit, la volonté commune, peu importe. L'économie, c'est comme l'argent : c'est un bon serviteur, mais un maître détestable.

Car l’impuissance persistante des personnels politiques à redresser les comptes nationaux révèle deux choses : 1- Leur complicité et leur servilité objectives avec les principales forces économiques du pays ; 2- Leur renoncement, je ne dirai même pas à « se faire une certaine idée de la France » (reviens, Charlot !), mais carrément la veulerie de leur oubli de la France en tant que pays. 

La vision qu’il faut avoir de la France si l’on veut tenter de la faire exister un jour est, dans leur esprit, à l'heure actuelle, plus désertique et stérile que le Sahara. La feuille blanche. Droite et gauche partagent avec force ce vide existentiel. Là-dessus, les deux camps font semblant de s’affronter sur des idées incompatibles, alors qu’ils ne font que lutter pour les « places » (combien coûte le CSA, monsieur Olivier Schrameck ? Combien, la Cour des Comptes, monsieur Didier Migaud ? Combien coûtent, messieurs Sarkozy et Hollande, tous les sondages, tous les "observatoires", tous les machins mis en place pour recaser les infortunés de la carrière ou des aléas électoraux ?).

Et pour aggraver la chose, comme ils jurent leurs grands dieux, à la prochaine alternance, de faire table rase de tout ce qu’a pu faire l’autre pendant qu’il était au pouvoir, la France est réduite à faire du sur-place. C'est-à-dire à s'enfoncer, lentement et sûrement. Cet antagonisme factice aboutit de fait à la paralysie : faire et défaire, c’est toujours travailler, non ? 

Voilà l’état dans lequel je vois mon pays. 

Voilà ce que je dis, moi. 

mercredi, 27 mai 2015

À PROPOS DU PANTHÉON

Que vous inspire la « panthéonisation » de ces quatre grands résistants, grands républicains, Germaine Tillion, Geneviève De Gaulle-Anthonioz, Jean Zay, Pierre Brossolette ? 

Total respect à la mémoire de ces personnes, à ce qu'elles ont été, à ce qu'elles ont fait. 

Sur la cérémonie en elle-même, excusez-moi, mais j’entends, quelque part au fond du jardin secret, une rengaine têtue, une chansonnette obstinée : 

« Pauvres rois, pharaons ! Pauvre Napoléon !

Pauvres grands disparus gisant au Panthéon !

Pauvres cendres de conséquence !

Vous envierez un peu l’éternel estivant

Qui fait du pédalo sur la vague en rêvant,

Qui passe sa mort en vacances ».

 

Excusez-moi, mais la perspective d'entendre François Hollande prononcer un « discours solennel », ça ne passe pas. Désolé, je ferme les écoutilles à double tour.

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samedi, 23 mai 2015

ÉCOLE À LA DÉRIVE : NATION NAUFRAGÉE

Je suis assez étonné par une des caractéristiques du débat sur la réforme du Collège. Le lecteur de journaux, l’auditeur, le téléspectateur se voient assener à répétition cette constatation brutale et péremptoire : « Le collège en France, par rapport à tous les voisins européens, est le plus inégalitaire ». Même si la réalité est incontestable (150.000 « déchets » par an, ce n'est pas mal du tout), la mise en avant de cet argument par les réformateurs, Hollande-Valls-Belkacem en tête, me semble pour le moins curieuse. 

Les tâches qui incombent à l’école deviennent de plus en plus écrasantes. Car il n’y a pas que l’ « inégalitaire » des « chances ». Il y a aussi l’ « inégalitaire » garçon-fille et la « reproduction » des « stéréotypes » de « genre ». Le premier réflexe de tous les importants qui causent dans le poste, face au moindre « problème de société », est de s’exclamer, scandalisés : « Mais enfin, que fait l’école ? ». Il faut que ce soit dit : si tout va si mal dans la société, c’est la faute de l’école. 

Comme si la barque n’était pas assez chargée, on exige encore de l’école qu’elle « éduque à la citoyenneté », qu’elle « enseigne la tolérance » et le « respect des différences ». Qu’elle devienne le centre névralgique de la « lutte contre l’antisémitisme », du « combat contre le racisme » et « contre l’islamophobie », de la « guerre au sexisme et à l’homophobie ». N’en jetez plus, la cour est pleine. 

C’est sûr, l’unanimité se fait autour d’un même appel, d’une même prière, d’un même espoir, d'une même invocation pathétique : c’est à l’école de sauver la société. C’est de l’école que la société attend désormais le salut. Comme si toute la vie de la collectivité émanait de cette essence suprême : l’Ecole (« républicaine » en général et si possible). 

Ma parole, ils sont tous tombés sur la tête. En vérité, les Hollande-Valls-Belkacem enfilent les mensonges et racontent toute l’histoire à l’envers. C’est la société qui fabrique l’école, et non le contraire. C'est pour se fabriquer elle-même, plus tard, on est bien d'accord, mais il reste que c'est la société qui veut l'école, et non l'inverse.

Les inégalités constatées dans le système éducatif sont un produit direct des inégalités visibles au sein de la société. Pour les corriger, il faut que la société commence par se corriger elle-même. L'école suivra. L’état de l’école reflète l’état de la société. Si elle est inefficace à produire de l’égalité, c’est que la société elle-même y a échoué. 

Si elle est tiraillée à hue et à dia, c’est que la société est elle-même profondément divisée, fragmentée, éclatée. Ecoutez donc, une seule fois, la demi-douzaine d’intervenants dans un débat sur le collège : pas deux pour mettre en avant la même priorité. C'est bien simple, un consensus national sur l'école est aujourd'hui hors de portée, inimaginable. Et personne n'a l'envergure et l'autorité pour imposer une solution viable, pragmatique et de bon sens.

En gros et de loin, on perçoit bien deux camps, mais irréconciliables : ceux pour qui l’école est d’abord le lieu de la transmission des savoirs à même de faire progresser la nation ; ceux pour qui elle est le lieu idéal pour égaliser les conditions sociales. Résumons : un conception nationale du système éducatif, frontalement opposée à une conception dogmatique, idéologique, voire politique. Ceux qui ont travaillé opiniâtrement à casser l'école française depuis quarante ans sont principalement des idéologues pleins de dogmatisme. Et ne parlons pas de tous ceux qui souffrent de pédagogite aiguë, et prêchent l' « enseigner autrement » et les « méthodes innovantes ». 

La société fabrique l’école qu’elle se donne les moyens de mériter, je ne sors pas de là. L’état actuel de l’école préfigure l’état futur de la société présente (le pronostic est donc sombre). L’école n’est pas une fin en soi : elle est un outil entre les mains de la société pour se façonner en vue de devenir ce que la société a projeté qu’elle voulait devenir.

Que veut la société française aujourd’hui ? Bien malin qui pourrait le dire. La France est-elle encore une nation parmi les nations ? Est-elle au contraire le phare des « valeurs », de l’égalité et des droits de l’homme ? Il y a fort à parier que, sans la première, le second est condamné à disparaître. Qui veut une nation forte, aujourd'hui, en France ? Même pas la Le Pen, malgré ses couinements de rat dans le gruyère.

Pas d’école sans projet d’avenir collectif. Je dirais même : sans projet d’avenir national. Mais la France est-elle en mesure de se projeter dans l’avenir ? Quel responsable politique est aujourd’hui capable de proposer une vision d’avenir ? Ils sont tous à se demander comment on pourrait colmater les brèches et les fissures dans la coque du navire (à noter que navire et avenir font anagramme). Une zizanie féroce oppose les membres de l'équipage. Pour varier l’image : ils sont tous à dénoncer « la France panier percé ». C'est bien connu : « La France n'a plus les moyens ».

Dans cette France idéologique et dogmatique, à cet égard, le fait de supprimer toute filière risquant de favoriser telle catégorie de la population, autrement dit la hantise obsessionnelle de l’élitisme, a quelque chose d’absolument dément. Toutes les « filières d’excellence » sont suspectes a priori de favoriser les favorisés. Et ce sont d’anciens excellents élèves qui les font passer à la trappe. 

Je signale à ce sujet que la suppression des classes bilangues et européennes aura un effet paradoxal au lycée de Wissembourg : je sais en effet de source sûre que les bons élèves qui y fréquentent ces sections pour passer un bac, entre autres, en allemand, sont souvent d’origine turque. Eh oui ! Le collège va produire de plus en plus de « déchets ». 

Si l'école en France ne va pas bien, c'est que la France va mal. Pourquoi voudriez-vous qu'il y ait une Ecole, quand il n'y a plus de Nation ? 

Voilà ce que je dis, moi. 

samedi, 16 mai 2015

IL Y A DU TOTALITAIRE ...

... DANS LA STATISTIQUE

Résumé : vous n'avez plus à vouloir, ni même à désirer. Grâce aux statistiques, il n'y a plus que des faits observables. Laissez-vous aller au mouvement dominant. La société dans son entier est une éprouvette sur la paillasse de chercheurs qui consignent en permanence en des écrits incontestables le fruit de leurs observations objectives.

En route pour la société scientifiquement établie. 

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Deuxième fonction de la statistique : établir des moyennes. Ah, les moyennes ! Quelle formidable trouvaille que la moyenne ! Votre enfant, avec 10 de moyenne, aura son bac. Et le plus fort, c’est que ça tranquillise les parents. On oublie de leur dire que dans le même temps, il est à 50 % des possibilités offertes par l’échelle des notes. Mais si grands sont les mystères de la "docimologie", n'est-ce pas ! ...

C’est pareil pour la température corporelle : vous mettez la tête dans l’azote liquide (- 273°C), les pieds dans la chaudière, vous arrivez à une température moyenne satisfaisante. Oui. Sauf que vous êtes mort. La statistique c’est ça. 

Pareil pour le pouvoir d’achat : chiffres à l’appui, l’INSEE va vous persuader – si, si ! – qu’il a augmenté. Ah, avec la même somme, vous en mettez moins dans le caddie ? Je veux pas le savoir : les chiffres le démontrent. Votre impression est donc fausse. Pareil pour le passage à l’euro : vous dites que les prix ont augmenté spectaculairement entre avant et après ? Encore une impression fausse. Ah, il faut autant d’euros qu’il vous fallait de francs pour acheter le pain ? Mais où avez-vous pris ça ? Impression fausse, je vous dis ! Faites confiance à la science des nombres et au savoir-faire des statisticiens, qui savent mieux que vous comment vous vivez. 

Etablir des nombres, des pourcentages et des moyennes pour tout, voilà qui nous amène à une autre fonction de la statistique : mettre en évidence des écarts. C’est très pratique : ça vous permet de vous situer, de vous comparer. De vous assigner une place. C'est quelqu'un d'anonyme qui vous dit qui vous êtes. La statistique a ceci d'étonnant qu'elle abolit la nécessité de la relation humaine interpersonnelle. C'est le bureaucrate qui confirme votre existence, et qui décrète de quoi elle est faite. 

Mais mine de rien, en produisant cet effet, la statistique en induit un autre : en faisant d’un chiffre, d’un pourcentage, d’une moyenne, la référence commune, la statistique fait disparaître la notion de différence, et la métamorphose, comme par un coup de baguette magique, en inégalité. Voilà : la statistique anéantit la différence et instaure le règne des inégalités (forcément pestilentielles et haïssables). Et qu'on ne me raconte pas qu'elle les « révèle ». 

Taux de postes à responsabilités occupés par des femmes, salaires comparés des hommes et des femmes, partage des tâches domestiques, taux de visibilité des minorités ethniques, religieuses ou sexuelles dans les médias audiovisuels, tout y passe. Ceux qui dénoncent l'intolérable de ces situations peuvent remercier les statistiques.

Féministes, musulmans, noirs, homosexuels, handicapés, tous les brimés, les discriminés, les stigmatisés peuvent, grâce aux chiffres scientifiquement établis, peuvent faire valoir à bon droit leurs « légitimes revendications », dans cette société si profondément et injustement « inégalitaire ». Paradoxal, vraiment, que cette "science" qui sert à globaliser, voire régenter la population, serve de base de travail aux « combats » des « minorités ». Sans la statistique, le féminisme serait réduit à néant ? Etonnant, non ?

Encore un autre effet du chiffrage systématique de tous les aspects de la vie : à combien de % êtes-vous « normal » ? La statistique vous le révèle, infaillible. Car elle transforme les espaces de vie en espaces normatifs : les statistiques servies à satiété comme n'importe quel bien de consommation courante, grâce au même effacement  des différences, produisent un conformisme fondé non plus sur des « codes sociaux », mais sur la crainte psychologique de trop s’écarter des normes chiffrées. Conformisme non plus de l’apparence, mais intériorisé au niveau de la fabrication du désir individuel. Plus besoin de désirer, plus besoin de vouloir. 

« Chiffres à l’appui », « les chiffres sont là » : quand un politicien, un journaliste, un militant de n’importe quelle cause veut prouver qu’il a raison, il a recours à la statistique qui va dans le bon sens : le sien. Car le chiffre impressionne, il intimide l’adversaire, il donne raison par avance. C’est un argument imparable. Son effet est dévastateur dans un débat public, comme Nicolas Sarkozy l’a abondamment prouvé, à la suite d’innombrables autres (« Le 1 % de croissance qui manque, j'irai le chercher avec les dents »). 

Je préfère de beaucoup ce que disait Winston Churchill de la chose : « Je ne crois jamais une statistique, à moins de l’avoir moi-même falsifiée ». Mark Twain, dans son autobiographie, disait la même chose un peu différemment : « Il y a trois sortes de mensonges : les mensonges, les maudits mensonges ["damned lies"] et les statistiques », en attribuant la phrase à Disraeli. 

Partant de là, il y a quelque chose d’effrayant à constater l’empire que les statistiques exercent sur les esprits en général, et celui des décideurs et responsables en particulier. Un peu comme si tout le monde consentait à l’imposture, et à construire ainsi une représentation fallacieuse de la réalité sociale. 

Disons un mot des sondages, qui ne sont qu’une extension, en infiniment plus fantaisiste, voire plus délirant, des statistiques, puisqu'ils reposent par principe sur l’extrapolation à une collectivité entière de résultats obtenus au sein d’un « échantillon représentatif » de la population.

J'aimerais bien, par exemple et au hasard, savoir quel « échantillon représentatif » de la population a été interrogé, au moment du débat sur le mariage homosexuel, pour aboutir aux mirifiques 63 % de la population approuvant cette extension brutale de la conjugalité. Quelle merveilleuse trouvaille que l’ « échantillon représentatif » (méthode des quotas ou autre) : un pas de plus vers la virtualisation des gens de chair et d’os devenus des abstractions. Pour les convaincre que ce qu'ils pensent n'est pas ce qu'ils croient penser. Et que de toute façon, c'est inéluctable, et que le mieux pour leur équilibre mental est de l'admettre. Un pas de plus en direction de l'intimidation par les chiffres et de la manipulation des esprits. 

Un moyen pour les comptables qui tiennent tous les leviers de commande de la vie collective (économie, politique, société, …) de transformer les humains concernés par leurs décisions en simples items dans des listes d’items. 

Vous avez dit « déshumanisation » ? 

Voilà ce que je dis, moi. 

vendredi, 15 mai 2015

IL Y A DU TOTALITAIRE ...

... DANS LA STATISTIQUE

1/2 

A quoi servent les statistiques ? Est-ce seulement ce merveilleux outil de connaissance, qui permet de mettre en lumière des aspects de la réalité inaccessibles à la simple perception individuelle ? Faits sociaux, situations politiques, données économiques, recherches scientifiques, les statistiques font partie intégrante de notre monde, dans tous les domaines qui concernent (de très près ou de très loin) notre vie quotidienne.

Non, elles ne sont pas seulement un outil de connaissance : elles sont aussi un outil de gouvernement. Un outil qui peut se révéler terrible à l'usage. Il en est d'ailleurs ainsi pour les sciences humaines : inutile sans doute de s'appesantir sur l'utilisation des avancées dans la connaissance du psychisme humain par la publicité, par la propagande et par toutes les techniques de manipulation mentale. Vous vous rendez compte : sans Sigmund Freud, pas de Scientologie. Pas d'agressions Coca-Cola par panneaux 4 m. x 3. Pas de surréalisme. « Que la vie serait belle en toute circonstance Si vous n'aviez tiré du néant ces jobards » (Tonton Georges a toujours raison).

Les statistiques sont donc entrées dans les mœurs. Il faudrait même dire : « Dans les têtes », tant chacun a désormais intériorisé la notion abstraite de « catégorie de la population », dans laquelle, à force de bourrage de crâne, il tend aujourd’hui à se ranger spontanément, sans qu’un seul flic lui en ait seulement intimé l’ordre. 

Qu’il le veuille ou non, chacun a désormais une connaissance statistique de lui-même. Chacun est prié de s'éprouver non plus à partir de ses confrontations concrètes à des réalités contondantes ou suaves, mais par le médium infaillible des chiffres élaborés par des experts dont la science le dépasse de trop loin. Chacun est prié d'acquérir une connaissance objective de lui-même. Les statistiques portent le négationnisme de la subjectivité. C'est en cela qu'elles sont porteuses du germe totalitaire.

Chaque jour, journalistes, économistes, politiciens, « experts » et « spécialistes » produisent à qui mieux-mieux, à destination de tous les individus, l’inépuisable spectacle des statistiques dans le fatras desquelles tous ces "sachants" leur intiment l’ordre de trouver leur place. Les statistiques sont la nouvelle figure de la « collectivité », de la « société ». Si ça se trouve, vous appartenez à des catégories dont vous ne soupçonnez même pas l'existence. On vous définit sans vous demander votre avis. On vous assigne une identité dont vous n'avez nulle idée.

La statistique est par nature l’action de compartimenter les comportements humains en les rangeant successivement dans toutes sortes de cases soigneusement étiquetées en un nombre incalculable de catégories abstraites. La statistique a quelque chose à voir avec la dissection : il s’agit de segmenter un corps pour en étudier de plus près chacun des segments. 

Evidemment, comme dans toute dissection, on n’étudie valablement que quelque chose qui fut vivant, mais qui ne l’est plus. Sinon, ça s’appelle un supplice. Premier effet des statistiques : elles font de populations de chair, d’os et d’existences concrètes des abstractions pures et simples. Autrement dit, une population statistique est une humanité chiffrée, comme l’énonce clairement le titre d’Alain Supiot, sur le blog de Paul Jorion : La Gouvernance par les nombres. L’humanité accède enfin à l’existence numérique, seule collectivité sociale aux yeux du statisticien. 

Définitions : « 1 – Etude méthodique des faits sociaux, par des procédés numériques (classements, dénombrements, inventaires chiffrés, recensements, tableaux …). 2 – Ensemble de techniques d’interprétation mathématique appliquées à des phénomènes pour lesquels une étude exhaustive de tous les facteurs est impossible, à cause de leur grand nombre ou de leur complexité ». 

Historique : « Statistique : n. f. et adj. est un emprunt (1771 selon F. e. w.) au latin moderne statisticus "relatif à l’Etat" (1672), formé à partir de l’italien "statistica" (1663), dérivé de "statista" (homme d’Etat), lui-même de "stato", du latin classique "status" ». 

La statistique établit donc des catégories. Ça a des aspects éventuellement rigolos : on peut être « contribuable » et « automobiliste », « électeur » et « pêcheur à la ligne » (on peut s'amuser longtemps à juxtaposer les carpes et les lapins) ; on est rangé par sexe, par appartenance professionnelle, par âge, par situation géographique, que sais-je. On n’en finirait pas. Ce sont les « critères ». Le résultat de tout ça, c’est qu’on a fini par réaliser ce que Voltaire dit de l’homme vu par Micromégas : un amas d’atomes. Voilà, la statistique atomise l’humanité : vous appartenez sans le savoir à mille huit cent quatre-vingt-douze catégories de la population suivant le critère qui est retenu contre vous. 

Première fonction selon moi de la statistique : quantifier à l'infini en subdivisant à l'infini. Etablir des nombres. La statistique instaure le règne des comptables sur le corps social et réduit la vie sociale à une gestion bureaucratique. Elle établit une dichotomie rigoureuse entre sujet et objet, étant entendu que, pour le statisticien, personne n'est une personne, vu qu'il n'y a que des objets.  

Elle vous apprend qu’au 1er janvier 2015, la France comptait 32.126.316 hommes et 34.191.678 femmes. Soit dit en passant, on voit que la statistique établit clairement que la génétique se moque éperdument de la parité entre les sexes et de l'égalité hommes-femmes. 

On en pense ce qu'on veut. 

Voilà ce que je dis, moi.

mardi, 12 mai 2015

FOULE ESCLAVE, DEBOUT !

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Détail de surface vitrée.

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CONCESSION A L'ACTUALITÉ

Le chef de bureau (capitaine de pédalo n'était pas mal non plus) qui nous gouverne adore inscrire dès qu'il le peut son nom au fronton des temples symboliques où se pressent les foules prosternées devant les idoles actuelles pour rendre un culte dévotieux à ces modernes créatures de la propagande forcenée mise en oeuvre par « L'Empire du Bien ». M. François Hollande a donc accompli un « devoir de mémoire », en inaugurant un majestueux monument en souvenir des victimes de la traite négrière.

L'esclavage, ah, mesdames, voilà du bon fromage au lait qui vient du pays de celui qui l'a fait (chanson d'autrefois). Il est sûrement très beau, très majestueux, très grandiose, le mémorial de l'esclavage (Mémorial ACTe, texto), quelque part dans les îles caribéennes. Je veux croire que c'est une simple coïncidence, si un livre de 2002 vient d'être opportunément réédité : L'Esclavage expliqué à ma fille, de Christiane Taubira. La dame a sur la question un point de vue pour le moins sélectif, pour ne pas dire restrictif.

Nous sommes d'accord : l'esclavage est une honte. La preuve, c'est que personne ne se vante aujourd'hui d'avoir des esclaves, quand il en a. Quand on en trouve, par exemple en France (« esclavage domestique »), les gens font profil bas. Ils sont même condamnés par les juges quand on arrive à prouver les faits. 

Sans parler de l'Antiquité grecque et romaine, il y a eu depuis mille cinq cents ans, aux dépens de l'Afrique, trois esclavages successifs. 

1 - L' « esclavage africain » : noirs asservissant d'autres noirs vaincus dans des guerres "tribales". Celui-ci n'a jamais cessé et dure toujours (Niger, Mauritanie, ...). Les témoignages et reportages ne manquent pas.

2 - L' « esclavage islamique » : ce furent les Ottomans qui, à partir du 14ème siècle, allèrent, en direction des pays chrétiens (Europe orientale, Balkans), s'emparer militairement des jeunes garçons pour en faire des "janissaires", des cuisiniers, etc., au service de la "Sublime Porte". Jusqu'à ce que le Sultan d'alors décide de les exterminer pour les empêcher de lui disputer le pouvoir.

Mais les Arabes avaient depuis fort longtemps monté des expéditions guerrières à partir de la péninsule arabique et de l'Egypte à travers le désert pour aller s'approvisionner en humains dans les populations noires. Ils suivaient en particulier la « Piste des quarante jours », qui s'est constamment montrée beaucoup plus meurtrière que n'importe quelle traversée de l'Atlantique par un navire négrier. Cette traite a duré sept siècles (et bien davantage).

Aujourd'hui, ce ne sont plus des noirs, mais des Philippins, des Népalais et autres que les royaumes, émirats ou sultanats font venir pour leur faire subir un traitement qui n'a pas grand-chose à envier à l'esclavage (chantiers au Qatar en vue de la Coupe de 2022).

3 - L' « esclavage atlantique », le plus célèbre, le plus dénoncé, le plus reconnu. Il a été prospère pendant deux siècles. Voir la BD de François Bourgeon Les Passagers du vent (à partir du tome 3). 

Aucune de ces formes ne peut évidemment trouver quelque justification que ce soit. Mais à entendre, sur France Culture la semaine dernière, madame Taubira vociférer, dire sa haine (c'est elle qui prononce le mot), vomir son Niagara d'imprécations contre les sales occidentaux esclavagistes, l'auditeur pourrait croire que l'esclavage, sous sa forme "africaine" ou "islamique", est de la roupie de sansonnet.

Une simple anomalie sans conséquence. Presque pardonnable. Il faut l'avoir entendue réduire au silence tous les participants de l'émission, à commencer par l'animateur. Quand elle est là, c'est elle qui commande. C'est elle qui tient le crachoir. Elle a une revanche à prendre. Elle a quelque chose à venger.

On dirait que seul l'esclavage atlantique constitue un crime contre l'humanité. Madame Taubira est aussi culottée que Nicolas Sarkozy pour tirer la couverture à soi, mais en plus violent. Pour ne prendre de la vérité que ce qu'elle peut mettre au seul service de ses objectifs et de ses intérêts. Impunément. Arrogance et intimidation en sont les procédés. Et cette dame est ministre de la justice de la république française ! Pour faire la leçon à la république française, et non plus parler au nom de la RF. Quelque chose a dû m'échapper. Qui donc l'a autorisée à cracher sur la république qu'elle est censée représenter ? Devinez. 

Ne parlons pas de la "traite africaine" (les noirs n'aiment pas les noirs, voir les conflits entre Nuers et Dinkas, Hutus et Tutsis, etc.). Les différences entre la "traite islamique" et la "traite atlantique" sont de deux ordres :

a) Les Arabes montaient des expéditions militaires pour capturer au loin les hommes et les femmes dont ils avaient besoin. Les Européens se contentaient d'acheter les esclaves à des potentats locaux, en leur laissant le soin de les leur procurer. Les Arabes sont des guerriers, les Européens des commerçants. M'enfin, les rôles sont interchangeables ou complémentaires.

b) Les esclaves emmenés aux Amériques par les Européens le restaient toute leur vie et leurs enfants héritaient du statut, alors que les Arabes affranchissaient les leurs après une vie de bons et loyaux services, même si la discrimination ne cessait pas pour autant. 

Je rappellerai juste à la haineuse madame Taubira que, si l'esclavage a été aboli, ce n'est par personne d'autre que les Européens, disons les Occidentaux. Que, s'il existe des lois qui répriment l'esclavage, on les trouve en France et autres pays "évolués".  Et accessoirement, que ce sont les pays occidentaux qui ont aboli la peine de mort (à de notables exceptions près). C'est l'Occident, après tout, qui a inventé le Progrès (pas ce qu'il a fait de mieux, peut-être).

L'Occident est tout sauf innocent, mais sait parfois corriger ses fautes. Oui, ça arrive. L'abolition de l'esclavage en est peut-être l'exemple le plus flagrant. Vous êtes priée de ne pas l'oublier, madame Taubira : la raison et la république voudraient que vous laissiez là votre discours de haine.

Montrez, dites que vous aimez la France, madame Taubira. Que vous aimez la république que vous êtes supposée incarner. Faites-nous entendre que vous êtes une Française de cœur.

Si vous le pouvez.

Voilà ce que je dis, moi.

 

Note : Le choix du titre de ce billet (un fragment de vers du poème d'Eugène Pottier connu dans sa version musicale sous le titre L'Internationale) ne saurait être fortuit.  

dimanche, 10 mai 2015

LES MECS, C'EST TOUS DES CONS !

I - 1 - Je ne sais plus pour quelle banque est faite cette publicité (France Inter), où l’on entend un fils faire la leçon à son père, juste parce qu’il n’est pas assez malin pour s’être rendu client, avec armes et bagages, de cette même banque. Le père croit que son fils lui manque de respect et le prend pour un vieux con, et quand il comprend l’histoire de la banque, il s’exclame soulagé : « Ah, j’aime mieux ça ». On comprend le message : les hommes sont lourds, épais, lents à la comprenette.

2 - Je ne sais plus pour quelle compagnie d’assurance-retraite est cette publicité (France Inter), où une femme tanne son mari pour qu’il s’abonne ici plutôt que là, et le pauvre mec, qui ne sait plus où il a mis les papiers, quand elle lui dit qu’on ne trouve les documents que « sur son "espace personnel" », en ligne, il se justifie pauvrement : « Ah, tu vois bien que j’oublie pas tout ». On comprend le message : les femmes sont subtiles et à la page. Les hommes ? Des benêts, des balourds, des empotés, des étourdis.

3 - Toujours sur France Inter, au moment de Pâques, publicité pour des chocolats. Pépé raconte au gamin l’histoire des cloches. « Mais non pépé, c’est pas ça l’histoire ». Suit le nom de la marque : « Et en plus c’est toi qui vas courir » (au magasin, évidemment). On comprend le verdict : les hommes sont des dinosaures, et les enfants leur font la leçon. Au passage, on entend aussi  le cri de guerre : à la poubelle les traditions et les histoires d'autrefois.

Synthèse : Il y en a d’autres, des publicités qui présentent les hommes comme des couennes, des nouilles, des buses. L’air du temps est imprégné. C’est très à la mode, le « male-bashing » (les mâles méritent une bonne dérouillée ; « male / female », l'anglais n'a pas de nos petites pudeurs langagières, je m'engouffre dans la brèche). Qu'est-ce que nous prenons, mes frères ! Si la publicité véhicule ces clichés, c'est que le "créneau" est "porteur". Je veux dire : la société est réceptive. Demandeuse.

II - Et en plus, quand ils ne sont pas plombés du bulbe, les hommes sont d'immondes salauds. Le 5 mai, Libération fait sa « H-une » sur le thème du harcèlement des journalistes femelles par les politiciens mâles. Il paraît qu’on appelle ça « sexisme ». Il paraît que le sexisme, eh bien c'est pas bien du tout ! C'est même très vilain. « La morale de cette histoire, C'est que les hommes sont des cochons ». Des cochons sexistes !

C’est  Libération qui le dit, dans un dossier de cinq pages complètes (mais avec photos grand format) ! Si j'ai bien compris, le sexisme, ça consiste à considérer les personnes de l'autre sexe comme étant de l'autre sexe. Dites-moi si je me trompe. Soit dit en passant, les féministes les plus enragées contre « l'ordre masculin » ne se privent pas de manifester un sexisme à l'état aigu. Il va de soi que ce sexisme-là est sanctifié. Il y a le sexisme HDL et le sexisme LDL. Le sexisme, c'est comme le cholestérol : il y a le bon et le mauvais.

Faut-il être un mâle niais, arriéré, demeuré (pléonasmes aux yeux de certaines) pour adhérer au mauvais sexisme ! Soyons modernes, nous clame la clameur. Etonnamment, le Manifeste des 40 journalistes femelles prend soin de préciser que c'est Françoise Giroud qui a inventé LA "Journaliste Politique", mieux à même, selon elle, de tirer les vers du nez de ces mâles qui font carrière en politique, grâce à son charme et aux efforts qu'elle fera pour soigner son apparence. Il fallait appâter le poisson.

C'est donc Giroud qui a inventé l'argument de la séduction dans les rapports entre journalistes et personnel politique (plusieurs de ces rencontres ont fini devant monsieur le maire - ou plus directement dans un lit). Moi je dis : qui s'y frotte s'y pique. Moi je dis : fallait pas y aller ! Car cette incitation à développer « ad libido » (pardon) tous les moyens de valoriser leur féminité ne les empêche pas aujourd'hui de hurler : 

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Le gros titre en une de Libé, le 5 mai.

Autrement dit, elles sortent la matraque du policier, parce que  le truc de la séduction est d'une merveilleuse efficacité. Autrement dit : on veut le beurre (professionnel, journaliste, si possible un scoop qui rapporte gros, dont la célèbre « petite phrase » est le modèle de base sacramentel) et l'argent du beurre (le mec, j'en fais ce que je veux, c'est moi qui commande). On fait les coquettes. On joue les Célimène, mais des Célimène punitives.

Pauvres hommes politiques : un certain Tantale, dans un mythe célèbre, avait connu pareil supplice. Avouez qu'il y a du sadisme dans l'attitude féminine. Avec cette histoire de devenir des appâts en faisant miroiter leurs appas, tout en refusant les effets totalement prévisibles de leur manège (c'est même fait pour ça), les femmes journalistes gagnent sur les deux tableaux. 

Très fort, très habile, très à la mode, et très pervers, en ces temps policiers : tout prendre sans rien donner. C'est peut-être ça, l'avant-garde du « combat pour les femmes » : se servir du désir masculin pour arriver à ses fins. Sauf qu'utiliser son corps pour gagner sa vie professionnellement, ça porte un nom, sur les trottoirs.

Je signalerai juste qu'une prostituée de métier, elle, paie vraiment de sa personne.  Et qu'il y a des chances pour que ce soient les mêmes effarouchées à la vertu outragée qui veulent, légalement, « pénaliser le client » et « éradiquer la prostitution ». Mot d'ordre et horizon de la démarche : chasser du corps du mâle le démon de la nature humaine (cf. L'Exorciste). On me dira qu'il n'y a pas de nature humaine. Moi je dis : ben si !

A ce propos, Caroline Eliacheff, le mercredi 29 avril, commençait sa chronique sur France Culture par une dénonciation du harcèlement sexuel : « 100 % des femmes ont été harcelées dans les transports en commun ». Je m’attendais déjà au pire. Caroline Eliacheff m’a très vite rassuré : bien qu’elle soit « présentable » (mon copain Yves dit : « Pas fatigante à regarder » ; mon collègue Alain, lui, disait plus subtilement : « Elle est "gentille" »), elle affirme n’avoir jamais été « harcelée ». J’aime mieux ça. C’est une femme raisonnable. 

Tout repose en effet sur la définition du mot « harcèlement ». Pour les féministes, le harcèlement commence, semble-t-il, au moment où un homme regarde une femme et lui fait comprendre qu’il la trouve jolie. C'est souvent primaire, reconnaissons-le. Mais que cela soit bien entendu, une fois pour toutes : c’est intolérable. Le gonze qui manifeste un intérêt pour une gonzesse, c’est un « lourd ». Un « macho ». Bref : un agresseur, qui a le tort de ne pas se crever les yeux au passage d’une jolie femme. Brassens est plus normal. Disons plus humain : « Mais faut dire que je m'étais crevé les yeux En regardant de trop près son corsage ».

Qu'on se le dise : de nos jours, le regard d'un homme sur une femme qui passe devant lui est en soi un agression, tout simplement. Pas pour toutes les femmes cependant : Libération du 6 mai mentionne, avec des pincettes et en se bouchant le nez (on est "degôche", n'est-ce pas), l'incongruité que constitue Sophie de Menthon (ci-dessous).

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Qui est choqué ? Qui la dame a-t-elle fait hurler ? Devinez.

 

Ah, on me susurre que la main accompagne souvent le regard ? On va dire que l’homme est un primate (ce qu’il est, en toute vérité zoologique, comme la femme), un rustaud, un mal-dégrossi, à équidistance du singe, du "Crétin des Alpes" et du paysan du Danube. Tout ça pour dire que c'est un anormal. Je ne crois pas me tromper beaucoup en voyant la Correctionnelle pas loin derrière. L’ « envie de pénal » a encore frappé. Reviens, Philippe Muray ! 

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Le "Crétin des Alpes".

Balzac en parle dans Le Médecin de campagne. Le docteur Bénassis s'en tire avec une déportation en bonne et due forme. Les féministes pourraient s'en inspirer, non ? Qu'est-ce qu'elles attendent ?

 

Selon la Publicité et les Féministes, l’air du temps est catégorique.

Au choix : les mecs sont des cons, ou bien des salauds. 

Et pourquoi pas les deux ? Façon "cumul des mandats" ? Ça aurait au moins un petit air "socialiste", non ?

Voilà ce que je dis, moi. 

lundi, 04 mai 2015

D’EXTRÊME GAUCHE-DROITE

Il faut, un jour, jeter le masque : oui, je l’avoue, je suis d’extrême gauche-droite. Si, si, texto : en même temps d’extrême-gauche ET d’extrême-droite. Enfin j'exagère : pas si extrêmes que ça, ma gauche et ma droite. Je m’explique : je suis résolument de gauche pour tout ce qui est socio-politico-économique. Je suis décidément de droite pour tout ce qui concerne la sphère « sociétale », je veux dire les mœurs, les relations sociales, bref : le « vivre-ensemble ». Et cela sans contradiction, malgré les apparences, pour une raison que j'expose plus bas.

Gaucho et facho, si vous voulez. 

On va faire simple : je me revendique « gaucho » pour tout ce qui concerne l'exercice du pouvoir et la production des richesses et leur répartition. Ce qu’on appelle la « république » et la « redistribution ». Attention, en héritier revendiqué des humanistes de la Renaissance, je ne prône pas la « propriété collective des moyens de production » (de sinistre mémoire). 

Je crois juste que, si « L'Entreprise » dicte sa loi à la société, celle-ci aura forcément bien du mal à respirer : l'esclavage se profile à l'horizon, au nom de la loi bien connue « collectivisation des pertes / privatisation des profits » (ceci dit en raccourci, je ne développe pas). L'entreprise ne dédaigne jamais de siphonner les ressources de la collectivité à son profit. On a vu ça en 2007/8. On le paie encore.

Et je suis révolté par le sabordage du « Service Public à la Française » que la répugnante gauche et la hideuse droite se sont empressées de conduire pour déférer aux "Traités Européens", au motif de « concurrence libre et non faussée ». Je suis révolté par la privatisation de tout ce qui faisait le « Bien Commun ».

C'est pourquoi je me situe dans la ligne d'un Condorcet. Pas le prophète heureusement inabouti des "mathématiques sociales" (voir sa biographie très documentée par le couple Badinter), mais le penseur de l'éducation "redisitributive" des Cinq mémoires sur l'instruction publique (1791-92 : donner plus à ceux qui ont moins, entre autres).

Car en même temps que l'humanisme, en héritier revendiqué des Lumières, je crois qu'on peut, donc on doit, tendre vers la justice sociale. Traduit en français : la réduction des inégalités dues aux hasards de la naissance. Correction des injustices du destin, si vous préférez. A cet égard, le pouvoir pris par les « investisseurs » (disons-le : les spéculateurs, ceux qui veulent faire de l’argent avec l’argent) sur la marche concrète des entreprises, obligées de cracher du 12 % de résultat net par an pour satisfaire l'appétit des actionnaires, devrait être considéré comme un crime social. 

Conclusion : il faut l'autorité de l'Etat pour empêcher les appétits voraces de nuire au plus grand nombre.

Inversement, j'assume l'étiquette « facho » que les tenants de la gauche morale n'hésitent pas à me coller, pour tout ce qui concerne les mœurs, les relations et la vie sociale : le mariage homosexuel me semble une aberration, le voile islamique et les prières dans les rues le vendredi, des saloperies insultantes, et le féminisme, dans sa version fanatique, une niaiserie sans fond et sans fondement. Les hallucinés y voient autant de « Progrès » ! Ils clament que c'est ça, aujourd'hui, être "de-gôche" ! N'importe quoi !

On ne m’ôtera pas de l’idée que l’homme est fait pour la femme et réciproquement, et que les autres façons de faire sont au moins des errances, comme autant de signes d'un échec ; que l'abandon de tout ce qui est religieux dans la sphère publique, voile, croix et kippa compris, est une preuve de progrès (même si je reconnais mes ascendances catholiques d'un point de vue "culturel") ; que le prétendu « droit des femmes » (sur la base de la prétendue « domination masculine ») est fondé sur une vision statistique et sociologique, stupidement égalitariste et normative, de l’humanité. Une vision de chef comptable ou de changeur d’or qui pèse ses monnaies au trébuchet, y compris les fausses. La comptabilité, les statistiques et la sociologie pour diriger la conscience de la vie sociale, non, ce n'est pas possible. C'est juste une imposture.

Conclusion : il faut une autorité pour établir et faire respecter des normes morales.

A dire le vrai, je suis donc devenu aussi méfiant à l’égard des militants du « Marché » à outrance que des militants de tous les « progrès sociétaux », quels qu’en soient la couleur, l’odeur et l’aspect. Je mets les uns et les autres dans le même sac, alors même que les premiers se rangent à droite, et que les seconds se disent "de gauche". Vous avez dit bizarre ?

Bien que ce ne soit finalement pas si bizarre : une méfiance envers les "mirlitants" de toutes les "causes" ; un méfiance envers tout ce qui est présenté comme un "progrès".

Malheureusement, aucun parti ne condamne aujourd’hui dans son programme, à égalité, le « marché infiniment libre » (concurrence libre et non faussée) et les « droits individuels infinis » (ah, qui dira l'exaltation légitime qu'on ressent dans la "conquête" des "droits" !). Aucun parti n’est cohérent, selon moi : d'un côté les principes hautement réaffirmés, de l'autre la démagogie en direction des clientèles et autres petits cadeaux entre amis.

On est donc soit de droite (conservateur, réactionnaire, facho, que sais-je ?), quand on dénonce les « innovations sociétales » ("manif pour tous"), soit de gauche (progressistes, optimistes, démocrates, que sais-je ?), quand on dénonce les délires des industriels, des traders et des salaires de certains patrons. Mais surtout pas les deux à la fois. Oui, c'est ça qui est bizarre.

Moi, comme je dénonce les deux à égalité, que je suis donc, en même temps, de cette droite-là et de cette gauche-là, je rejette tous les partis. Bien obligé. A mon grand dam.

C’est vrai, quoi. Bizarrement, l’exaltation du libéralisme économique heurte de plein fouet les tenants de la gauche morale, accrochés, comme un morpion à son poil, à toutes les « innovations sociétales ». Faire tomber les barrières douanières, à leurs yeux, c’est le contraire de faire tomber les barrières morales. Faire tomber les secondes, mais maintenir coûte que coûte les premières. Je trouve ça curieux. Une barrière est une barrière, que je sache. 

Il faut être un « libertarien » américain pour réclamer à la fois l’abolition pure et simple de l’Etat et le droit pour les homosexuels de se marier. Eux au moins vont au bout de leur logique : si l’on est libéral, il faut l’être en tout. Je vois une contradiction intrinsèque dans la position de ceux qui considèrent d’un côté les « révolutions sociétales » (mariage homo, parité stricte et statistique hommes / femmes, euh non : femmes / hommes …) comme autant de "progrès", tout en demandant à l’Etat de se comporter en régulateur économique et financier. 

Collectivement dirigistes (il ne devrait pas être permis de), individuellement "anarchistes" (je suis libre, je fais ce que je veux, je fais ce qui me plaît-haît). Une liberté qui confère tous les droits et aucun devoir. Comment peut-on concilier d'être un adepte de la liberté sans entraves au plan individuel, et réclamer des contrôles sourcilleux au plan collectif ? La loi individualiste, c'est tout simple, est une négation de la société. Vous imaginez la formule : « L'individu fait loi » ?

La régulation, la réglementation sous toutes leurs formes, à commencer par celle de la puissance étatique, voilà pour les libertariens américains l’ennemi à abattre. Mettons que je suis un anti-libertarien. Prenez-en de la graine, militants LGBT, militants des droits des "minorités", militants religieux, militantes féministes, militants ethniques. Prenez-en de la graine, vous tous qui pesez sur le pouvoir pour ériger vos désirs particuliers en principes protégés par des lois pénales.

Vous tous qui militez, en fin de compte, pour accroître sans fin vos libertés, mais en prenant soin de restreindre celles des autres (cf. Philippe Muray et sa formule « envie de pénal », sans parler de la prochaine criminalisation des paroles). Et d'abord la liberté de qui « ne pense pas bien », de qui « ne parle pas bien », je veux dire pas comme vous. De qui ose ne pas entrer dans le très mou du consensus et du relativisme généralisés de la "fraternité" sans frontières. 

Car le principe qui sous-tend mon "extrémisme" gauche-droite, c'est-à-dire mon refus des droits sans cesse extensibles et sans contrepartie des « Individus », et des droits sans cesse extensibles et sans aucun devoir du « Marché » (deux concepts bientôt totalitaires si l'on n'y prend garde), ce principe est d’une simplicité, d’une nudité évangéliques. Il se formule : l’homme qui vit en société n’a pas tous les droits.

Et non seulement ça : il a aussi des devoirs. Dans le collectif comme dans l'individuel. Simple comme bonjour. Les individus s'insèrent dans des groupes et des entreprises, qui s'insèrent dans des catégories, qui s'insèrent dans des "classes", qui s'insèrent dans une nation, et tout ça fait une société, avec, gravée sur le fronton, la devise "Droits et devoirs à tous les étages".

Faire de la transgression des limites une fin en soi, ça ne tient pas debout. Tout n'est pas permis à l'homme qui vit en société. Son désir doit être borné, sous peine de se muer en un fantasme infantile de toute-puissance. Je pense à ces gens qui se permettent tout et qui exigent avant toute chose du "respect" de la part des autres : autrement dit, tout prendre et rien donner. C'est du pillage de bien public. Le gars qui s'arrête au milieu de la rue, au volant de sa BMW cabriolet, pour faire un moment de causette avec son pote, il fait juste un putsch.

L’exaltation sans limite des droits de l’individu devrait être un non-sens aux yeux des gens soucieux de vivre dans une société structurée et harmonieuse. De même, l’exaltation du libre-échange (« liberté pour les loups ») comme seul mode acceptable de circulation des marchandises devrait être un non-sens aux yeux des gens inquiets de la montée effrayante des inégalités et des injustices.

Quand la vie collective, où prime l’intérêt général, se met au service des intérêts particuliers (pour aller vite les « droits des minorités », « droits des entreprises », idées vendues aux gens au pouvoir par les bonimenteurs de tous les lobbies et groupes de pression), l’idée même de société se décompose, comme on le constate de plus en plus. Qui a encore le sens de l'Etat ?

Les droits de l’individu ne sont pas indéfiniment extensibles. De même, les commerçants, les industriels et les financiers n’ont pas tous les droits. Dans les deux cas, il faut des limites. Il faut un régulateur. Je ne vois pas de meilleur régulateur que l'Etat, seul assez puissant pour transcender les volontés individuelles, pour canaliser les forces centrifuges qui ne cessent de menacer la collectivité. 

Voilà, c'est tout. Rien que de très banal. C'est en quelque sorte un manifeste. Je laisse à tout un chacun le choix du qualificatif.

Voilà ce que je dis, moi. 

dimanche, 03 mai 2015

L'ETAT DE DROIT FOUT LE CAMP

DELMAS MARTY MIREILLE.jpgY a pas que la littérature, dans la vie. Y a aussi des lectures sérieuses. « Nous l'allons montrer tout à l'heure » (air connu). 

L’inconvénient des formations juridiques, c’est qu’elles donnent en fin de parcours aux étudiants une tournure d’esprit excessivement attachée à la « lettre » du droit. D’où une certaine rigidité intellectuelle. Je ne sais pas si vous avez jamais mis le nez dans le texte de la « Convention Internationale relative aux Droits de l’Enfant » (1989) : à vous dégoûter de faire des enfants.

Et je ne parle pas du « Traité établissant une Constitution pour l’Europe », de sinistre mémoire, dont le pavé particulièrement indigeste (191 pages découpées en un déluge de parties, de chapitres, de sections, d'articles et de paragraphes), envoyé à tous les Français en 2005, leur a été enfoncé de force, légalement et démocratiquement dans la gorge par Nicolas Sarkozy, un peu plus tard, parce qu'ils avaient "mal voté" la première fois. 

Libertés et sûreté dans un monde dangereux (Seuil, 2010), le livre de Mireille Delmas-Marty n’échappe pas à cette rigidité. En revanche, si les formations juridiques ont l'inconvénient que j'ai dit, elles ont l'avantage qui en découle : précision et exactitude. On appellera ça la rigueur. Un certain aspect « scolaire », si l’on veut, dans l’effort de construction, un peu « dissertation », avec introduction générale, trois parties subdivisées et chaque fois introduites et conclues, et une conclusion générale. Personne ne peut se perdre sur un parcours aussi visiblement balisé. La supériorité indéniable de cette méthode, c’est son impeccable netteté.

Alors, de ce livre un peu ardu pour l'éternel néophyte que je suis dans la langue des juristes, je ne retiens pas tout. Je laisse en particulier de côté ce qui fait la complexité et les vents contraires qui agitent les relations entre les instances juridiques nationales, européennes et internationales, les subsidiarités, les conflits, les résistances. 

Je garderai juste la convergence de vues entre l’auteur et un juge dont j’ai lu récemment Le Rapport censuré (Jean de Maillard, voir mon billet du 9 mars), au sujet du poids incroyable que pèsent les Etats-Unis dans le domaine des relations (judiciaires et autres) internationales. Si je voulais résumer en simplifiant, je dirais que les Etats-Unis, non seulement se permettent tout quand leurs intérêts sont en jeu (Guantanamo, Bagram, …), mais font pression sur les autres nations pour qu’elles adoptent les mêmes critères qu’eux dans la « lutte contre le terrorisme ». Traduction : ils les y obligent, au motif de la loi du plus fort (le juge Maillard parle des transactions commerciales en dollar, qui doivent impérativement passer par une banque américaine sous peine de).

Ce qui m’a en revanche intéressé au plus haut point dans le livre de Mireille Delmas-Marty, c’est tout ce qu’elle dit de l’évolution inquiétante du droit, qu’il soit national ou international. Et pas dans le sens de l’Etat de droit. Je le dis tout net : tout en n’étant pas juriste, j’ai trouvé passionnante l’analyse qu’elle fait de deux conceptions opposées du droit, qui renvoient à deux conceptions antinomiques de l’humanité, l’une de tradition « humaniste », l’autre de tradition « guerrière ». Les gens au courant trouveront sûrement "basique" cette petite leçon de philosophie du droit. Elle est à mon niveau.

En France, traditionnellement, la justice attend qu'un individu ait commis un délit ou un crime pour le juger et le condamner, après établissement irréfutable des faits. L’auteur appelle cela « le couple culpabilité / punition », ajoutant que cette « école pénale » est « fortement influencée par Kant et Beccaria », c’est-à-dire qu’elle repose sur « l’universalisme des droits de l’homme » (p. 84-85)

Mais elle repose aussi sur l'idée que l'individu, sauf circonstances spéciales, sait ce qu'il fait. Il est mû par la raison, il est libre, donc il est responsable. "Justiciable", comme on dit. Le corollaire, c’est que personne ne peut être poursuivi avant. C’est l’acte qui fait le délinquant. C’est l’infraction qui justifie la poursuite. C’est un individu particulier qui est présenté au juge ("individualisation de la peine"). 

Or il existe une « école pénale » qui prône des idées radicalement autres. Une école dont la philosophie repose sur une « anthropologie guerrière ». Une école « positiviste », qui fait de l'homme, non un être libre et responsable, mais un être entièrement déterminé. Une école fondée par un certain docteur Lombroso au tournant du 20ème siècle. Une école qui invente le concept de « criminel-né ». Un juriste allemand, Carl Schmitt (1932), ira jusqu’à formuler l’idée d’ « ennemi absolu ». Deux concepts qui semblent s'imposer de nos jours.

Cette école divise donc l'humanité en une masse de gens normaux d'une part, et d'autre part une catégorie d’humains naturellement prédisposés à commettre des crimes. Des humains dans lesquels le Mal est inné (à supposer que tous les autres en naissent exempts). Mais le soupçon peut se porter pratiquement sur n'importe qui, étant donné que cette prédisposition ne se porte pas sur le visage. La preuve, c'est la stupéfaction des voisins quand le père tranquille tue sa femme, ou autres circonstances tragiques.

Selon cette conception, on ne parle plus de « culpabilité », mais de « dangerosité potentielle ». On ne parle plus de « peines de prison », mais de « mesures de sûreté », aux contours éminemment flous, à durée indéfinie. Ce n'est plus ce que vous avez fait qui compte, mais ce qu'un collège d' « experts » vous aura jugé capable de commettre dans l'avenir.

Autrement dit, on passe du diagnostic (acte avéré) au pronostic (acte potentiel, virtuel ). Sarkozy, on s’en souvient, était même allé jusqu’à proposer un « dépistage » précoce (dès trois ans) de la dangerosité future des enfants. Si vous enfermez un type pour des actes qu’on l’imagine potentiellement capable de commettre, il passera sa vie derrière les barreaux, plus sûr moyen de ne jamais savoir s’il en aurait commis.

Autrement dit, dès la naissance, il y a les humains et les autres. Des « monstres », pourquoi pas. Souvent présentés comme tels, en tout cas. Cette conception est éminemment anti-humaniste. Je reste convaincu qu'Adolf Hitler, Staline, Pol Pot et consort ne sont pas des monstres inhumains, mais qu'ils font hélas partie de l'espèce humaine. Hitler et Pol Pot sont nos semblables. Je déteste l'idée, mais je la crois vraie. L'horreur est humaine, trop humaine.

De plus, Mireille Delmas-Marty pointe, chez Carl Schmitt, une tendance à assimiler dans la même personne l’ « ennemi absolu » et le « criminel-né ». C’est-à-dire qu’il fusionne potentiellement deux institutions : celle destinée à maintenir l’ordre et celle destinée à défendre le territoire national contre une attaque étrangère.

Maintien de l’ordre et guerre reviendraient alors à une tâche unique. Armée et police même combat, avec pour conséquence l'extension de la notion d' « état d'urgence » dans le temps et dans l'espace, avec toutes les restrictions à l' « état de droit » que cela suppose. Je pose la question : qu'est-ce que c'est, l'opération « Vigipirate » (à laquelle vient de succéder « Sentinelle ») ? La « loi renseignement » est du même tonneau.

Elle cite un certain Gunther Jakobs, qui réclame le droit pour la société de « se défendre par des mesures radicales comme l’internement de sûreté ou la création de camps du type de celui de Guantanamo ou de Bagram ». Le vocabulaire employé pour justifier aujourd'hui l'action de l'armée française en Afrique et ailleurs (« Sécurité » ? « Maintien de la Paix » ? « Guerre au terrorisme » ?) est assez élastique pour tout confondre.

Pour le coup, l'état d'urgence tend à se pérenniser, étant entendu que l'urgence devient une norme permanente. C'est comme la drogue : ça commence par le plaisir, ça continue par la dépendance, et après une phase d'accoutumance (augmentation incessante de la dose), ça finit par une overdose.

Ce qui ressort, en définitive, de tout le livre, c’est ce qu’on voit se développer dans toutes les directions depuis le 11 septembre 2001 : la collecte généralisée des données, en particulier des données personnelles. Le nœud coulant policier, dans le monde entier, se resserre autour du cou des individus, que ce soit pour des raisons commerciales (profilage algorithmique des habitudes des consommateurs) ou pour satisfaire le besoin toujours accru de sécurité collective (repérage de mots-clés supposés se rapporter au terrorisme). 

Tout cela se passe avec la complicité des plus hautes instances juridiques (Conseil constitutionnel en France, Cour constitutionnelle de Karlsruhe en Allemagne, …) qui avalisent, non sans contradictions, des lois restreignant les droits, même si d’autres institutions font de la résistance (Cour européenne des droits de l’homme (CEDH), par exemple). 

Bref, en plein débat sur la « loi renseignement », ce livre de 2010 est encore plus actuel, et devrait alerter les défenseurs de ce qui reste de l’ « état de droit ». Un témoignage de plus sur l’aspect peu ragoûtant du monde qui est en train de mijoter sur les fourneaux de tous les pouvoirs. 

Merci madame, pour la confirmation. Total respect.

Voilà ce que je dis, moi. 

 

Note : Je passe sous silence l'optimisme de commande que Mireille Delmas-Marty manifeste en conclusion. Elle préfère parier sur la raison des hommes et leur « communauté de destin », plutôt que sur la crainte que s'établissent des « sociétés de la peur ». Je veux bien. C'est son droit. En tant que grande universitaire, elle ne se sent peut-être pas le droit de faire autrement. On n'est pas obligé de partager cet optimisme, vu les évolutions actuelles sur de multiples terrains différents (politique, société, économie, écologie, ...). 

mercredi, 29 avril 2015

L'ETAT FOUT LE CAMP ...

... MAIS LE POLICIER PROSPÈRE.

2/3 

Parlant des outils que certains (comme Alain Bauer, « criminologue », grand copain en maçonnerie de Manuel Valls (avec Stéphane Fouks), "ami" de Nicolas Sarkozy, accessoirement franc-maçon haut placé et propriétaire d’une société privée (tiens donc !) de conseil en sécurité) tentent de mettre en place, l'au-dessus de tout soupçon juriste Mireille Delmas-Marty écrit en effet : « Baptisées "sciences criminologiques", ces analyses de risque, soutenues par une industrie de la surveillance en pleine expansion où des cadres issus des écoles de commerce côtoient des retraités des armées et des services de police et de renseignement, permettraient de prédire le risque de récidive » (p. 47). Je retiens surtout que l’ "industrie de la surveillance" est "en pleine expansion" et que les commerciaux copinent sans problème avec policiers et militaires. 

Cette expansion est un signe des temps et éclaire d’un jour curieux le débat autour de la « loi renseignement », je trouve. Légaliser l’intrusion policière dans les vies privées par des instances étatiques, ça revient finalement à calquer « ce qui reste de l’Etat » sur la façon dont n’importe quelle entreprise commerciale (mettons Google ou Facebook) est organisée en vue d’une efficacité parfaite dans le ciblage du client potentiel.

Je vais même vous dire : ce n'est rien d'autre qu'un énorme sondage d'opinions généralisé, permanent et en temps réel. Un sondage d'opinion un peu spécial : on ne vous demande pas si vous voulez répondre à des questions. On a votre réponse avant que quiconque vous ait posé la question. C'est même vous qui l'avez fait spontanément.

Je sais, vous allez dire : « Tant que je n'ai rien à me reprocher ». Eh oui, je sais, vous avez déjà intériorisé l'Etat policier. Vous anticipez : vous concevez vos idées en fonction de ce qui risque de vous être reproché. Et tout ça démocratiquement. Bravo, nous construisons l'avenir radieux.

Je vais vous dire : les nouvelles méthodes commerciales et policières d'intrusion, de pistage et de traçage des trajectoires individuelles constituent l'absolu du marketing publicitaire appliqué à la gestion sécuritaire de la société. L’Etat-puissance-publique aligne son fonctionnement sur le management « à l’américaine » des entreprises privées : se retrouver « aux affaires », c’est être amené à se conformer à la « politique managériale » la plus efficace possible. 

Et les gestionnaires actuels de l’Etat français sont tout bonnement en train d’appliquer à la puissance publique ce qui se pratique dans les entreprises privées : les principes du « lean management », dont le but est de débarrasser l’entreprise de toute la graisse qui entrave et ralentit le processus productif, y compris les stations devant la machine à café (« lean » veut dire « maigre », cf. la RGPP, non-remplacement de fonctionnaires partant à la retraite, si chère à Sarkozy). T'échanges trois mots avec ton collègue du service voisin : tu fais perdre du fric à ton entreprise ! Simple comme bonjour. Soumettre l'Etat au plus sévère régime d'amaigrissement possible, tout en accroissant son efficacité policière. Fallait y penser.

Car le renseignement n’est qu’un aspect de la question. J’ai en effet tendance à mettre bout à bout plusieurs annonces récentes du même tonneau où l’anodin le dispute au correctionnel. Sur le modèle de la Belgique et du Luxembourg, on parle d’instaurer en France le vote obligatoire, en prenant soin de préciser qu’au grand-duché, l’infraction coûte 1.000 €. Vous serez citoyens, ou vous ne serez pas. On vous forcera à être des électeurs libres et responsables. C’est pas fini. 

Sur le modèle de la Suède, cette fois, on parle de faire une loi anti-fessée. On vous forcera à être des parents « immer korrect » (c’est-à-dire, comme ça se passe en Suède, sans cesse en train de négocier avec le gamin pour le persuader de se laisser éduquer parce que c'est pour son bien), sous peine de vous voir déchus de vos droits. 

Pour la loi prochainement destinée à criminaliser les paroles (déjà que) de ceux qu’on traite d’antisémites, d'islamophobes ou d'homophobes, on ne fera pas une loi « sur le modèle de », parce que le lobby est assez puissant en France pour agir en amont de toute déclaration d’allégeance à un modèle quelconque.

En France, le lobby anti-antisémite, antisexiste, anti-islamophobe, anti-homophobe est devenu une composante du pouvoir. Par exemple, studieux et obéissant, le président de la République Française défère à l'injonction, comminatoire et annuelle, d'avoir à se présenter, en tant qu'ultime élu de la dite République, au congrès du CRIJF ou dans une synagogue, si possible en couvrant son crâne d'une kippa (après les attentats de janvier) ! Je renonce à comprendre.

Notez que le vocabulaire se prête volontiers à tous les trafics : le mot « racisme » a une portée beaucoup plus générale qu’« antisémitisme ». C'est sans doute pour ça qu'il a été ajouté a posteriori pour donner l'acronyme LICRA, ligue qui, si je ne me trompe, a été fondée par un juif, et qui, au départ, ciblait exclusivement l’antisémitisme. Le R de "racisme" a permis d’embellir le présentoir dans la vitrine et d'élargir la clientèle, pour mieux vendre une idée déjà instrumentalisée. 

C’est sûr, Philippe Muray était dans le vrai, quand il dénonçait l’ « envie de pénal ». Tous les prétextes sont bons aux yeux des modéliseurs et spécialistes du formatage de l’humain, habités par l’obsession de fabriquer par décret une humanité exempte de tout Mal originel. De toute impureté biologique. De toute idéologie déviante. 

Il faut empêcher une fois pour toutes le Mal de nuire. Il suffit de décréter que le Mal est définitivement banni de notre « Empire du Bien » (Philippe Muray, bien sûr) pour éliminer les infâmes nuisibles qui osent voir dans ce « Bien » même le germe d’un nouveau Mal : tous ceux qui ne sont pas d’accord avec cette vision irénique et policière des choses, tous les méchants qu’on a rassemblés dans ce centre de rétention d’un nouveau genre qu’est l’étiquette « Nouveaux Réactionnaires ». Notez bien "irénique et policière". 

Le "Nouveau Réactionnaire", voilà l'ennemi, voilà le nuisible à éliminer du champ de vision. Je suis toujours étonné du nombre de gens qui se portent volontaires pour faire la police sur la voie publique de la pensée et des opinions. Toujours prêts à porter l'affaire devant la justice pour "incitation à la haine". Il faut faire taire les "Nouveaux Réactionnaires".

En commençant par les empêcher de s’exprimer. C’est la vision néo-conservatrice fanatique et fondamentaliste à la George W. Bush qu’on importe ainsi en France. A une grande différence près : privée de la complète liberté d’expression en vigueur aux USA. Appelons ça la double peine. Fait pas bon passer pour un réactionnaire, de nos jours. Alors que l' "incitation à la haine", elle ne vient pas de là où l'on pense.

Je signale que le mot "réactionnaire" désignait au départ tous ceux qui, après la Révolution, militaient pour rétablir la monarchie absolue, à l'exemple de Joseph de Maistre. Aujourd'hui, il désigne sous forme d'insulte tous ceux qui ne sont pas béats d'admiration devant le processus en cours, dont la seule ambition est d'instaurer un nouvel ordre moral.

« Ce qui reste de l'Etat » sera policier ou ne sera pas.

Voilà ce que je dis, moi. 

mardi, 28 avril 2015

L'ETAT FOUT LE CAMP ...

... MAIS LE POLICIER PROSPÈRE.

1/3 

François Sureau déclarait dernièrement : « Ce qui reste de l’Etat s’en va par pans entiers » (citation approximative). Venant d’un si grand connaisseur du droit et du fonctionnement de l’Etat, j’ai tendance à accorder un certain crédit à ce propos. D’autant qu’il corrobore les bribes d’analyse que mes faibles moyens me permettent tant bien que mal de conduire, aidé par quelques lectures. 

L’Etat, en France, fout le camp à toute vitesse. Il se débarrasse le plus vite possible de ses meubles, dont l'entretien lui revient trop cher, paraît-il. Les rats qui sont aux commandes quittent le navire national. La puissance publique vend les bijoux de famille (immeubles prestigieux, autoroutes, …) aux investisseurs privés.

L'Etat se déleste de tout ce qui faisait le « Bien commun », que ses « serviteurs » se font fort et s'enorgueillissent (quand ils sont en public) de défendre, alors même qu’ils le bradent effrontément, en toute impunité. Et en même temps, le chroniqueur Philippe Manière peut déclarer : « Les finances publiques font eau de toute part » (ce matin même sur France Culture). Je renonce à comprendre.

Tiens, un exemple à propos de défense : le ministre ad hoc, Jean-Yves Le Drian, insiste beaucoup en ce moment pour obtenir que des investisseurs achètent le matériel militaire que l’armée française leur louerait ensuite (voir Libération, 20 avril, p. 14-15). La juriste Mireille Delmas-Marty souligne les risques que fait courir la sous-traitance (« externalisation », faut-il dire) des forces publiques (police et armée) à des sociétés privées, qu’elle qualifie d’érosion du monopole d’Etat. 

Pas seulement en France : voir les sales histoires liées à la présence des mercenaires de l’armée privée Blackwater en Irak. Plusieurs pays sont en train de privatiser, au moins partiellement, leur police et leur armée. La mode est à l’abandon de souveraineté. Au nom de quels intérêts ? Devinez.

L’Etat français se « désengage » (euphémisme), comme s’en plaignaient dernièrement et financièrement, parmi beaucoup d’autres, les maires ruraux auprès de Marylise Lebranchu, ministre de quelque chose. Les dotations à Radio-France, les subventions aux théâtres, aux festivals, aux associations maigrissent à vue d’œil. Plus grave et plus globalement, les « transferts de moyens » n’ont jamais suivi les « transferts de compétences » voulus par la régionalisation. Les impôts locaux augmentent. Qu’ont-ils fait du fric ? Que font-ils du fric ? Qui siphonne l'argent public ?

Le refrain destiné à enrober la réalité de plus en plus squelettique ? « L’Etat n’a plus les moyens. » Traduit en français : l’Etat a capitulé face au « Marché ». Il renonce à protéger les citoyens, à réguler les flux. Or quand l’Etat se délite, à plus ou moins long terme, on aboutit à des situations comme celle que connaît en ce moment la Libye, suite à la lumineuse intervention de Sarkozy (avec Cameron), sur la suggestion lumineuse du « Phare de l'Occident », un certain BHL. Bernard-Henri Lévy ! En personne ! V'rendez compte ? « Mon prince on a les phares du temps jadis qu'on peut. » Pardon, Tonton Georges. Les optimistes diront que la France n’en est pas là. Je veux bien, mais. 

C’est donc très mauvais signe. Ça veut dire qu’on va vers un monde dominé par les forces du « Marché », de plus en plus tout-puissant, impérieux, tyrannique. Les populations n’ont qu’à bien se tenir et se préparer au pire. On va vers un monde entièrement privatisé, d’où la notion de « Bien public » aura totalement disparu, un monde bientôt contraint de se plier à l’exigence de rentabilité maximum.

On pressurera le rentable, pour installer des robinets en or massif à la baignoire, et on jettera le non rentable à la poubelle et aux bidonvilles. Ce n’est pas pour rien que Nicolas Sarkozy a donné libre essor aux PPP (Partenariats Public / Privé), ces machines destinées à siphonner pour très longtemps les finances publiques (bail emphytéotique ou autre). 

Dans ce monde que je vois venir (en croisant les doigts dans l’espoir que je suis un âne, bête à manger du foin, que j’ai tort et que je me trompe du tout au tout, mais), quelques monstres trouveront tous les moyens pour que la population, une fois rentabilisée, soit aussi de plus en plus surveillée, pour empêcher les opposants de s’opposer et les récalcitrants de récalcitrer. 

Car, presque paradoxalement, la société que nous prépare « ce qui reste de l’Etat » a de plus en plus nettement, clairement, arrogamment un profil policier. Je suis en train d’achever la lecture du très austère mais très costaud livre de Mireille Delmas-Marty, Liberté et sûreté dans un monde dangereux (Seuil, 2010), où elle pointe, dans un vocabulaire à la précision scalpelliforme et avec une rigueur intellectuelle de juriste consommée, les dérives sécuritaires des législations dans les pays démocratiques depuis le 11 septembre 2001 (en réalité depuis plus longtemps). En plein débat sur la « loi renseignement », cette lecture ne pouvait pas mieux tomber. 

Voilà ce que je dis, moi. 

dimanche, 26 avril 2015

PHOTOGRAPHIE

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Dans un musée dijonnais.

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Tout va mieux : le sauvetage de l'école française se poursuit dans la joie et la bonne humeur. La réforme du collège comporte des innovations décisives qui vont, personne n'en doute, améliorer prodigieusement le niveau des élèves (youkaïdi, youkaïda !). Najat Vallaud-Belkacem, fortement appuyée par Manuel Valls, va introduire au niveau du collège des options d'enseignement dans lesquelles les gamins pourront piocher au gré de leurs préférences (au gué, au gué !). C'est ainsi que sur le même présentoir, ils se verront offrir à égalité le latin, le grec et l'improvisation selon Jamel Debbouze. Enfin une décision politique fondamentale. Soyons convaincus qu'il s'agit d'un Progrès déterminant.

Alléluia !

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Dans le même temps, l'inépuisable ingéniosité lexicale des inventeurs de pédagogie s'en donne à cœur joie. On savait qu'en éducation physique, il ne fallait plus dire « ballon », mot vulgaire, devenu ringard et dépassé, mais « référentiel bondissant ». Dans ce domaine, l'innovation fait rage. En technologie, les cycles scolaires délivrent un enseignement « de manière spiralaire et curriculaire ». De même, les élèves ne devront plus « nager », mais « traverser l'eau en équilibre horizontal par immersion prolongée de la tête ». Mais surtout pas dans une piscine, mais dans un « milieu aquatique profond standardisé ». Bravo : « piscine », ça fait antédiluvien, tout le monde est d'accord. Tout ce langage limpide émane du Conseil supérieur des programmes. 

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On ne peut pas dire que les fonctionnaires du ministère de l'Education nationale sont payés à rien foutre, où ceux qui partent en avance croisent ceux qui arrivent en retard. Ils travaillent même d'arrache-pied. 

Vous savez quoi ? 

L'école française est sauvée.

samedi, 25 avril 2015

LA FÉMINISATION DANS LA MUSIQUE

Je ne connais pas Eric Zemmour. Le peu de fois que je l’ai entendu parler, il m’a plutôt agacé. Je l’ai écouté, entre autres, dans un « Répliques » d’Alain Finkielkraut, faire un historique assez acrobatique, celui qui l’amène à intituler son bouquin, en bout de course, Le Suicide français (que je n'ai ni lu ni l'intention de lire). Je n’ai pas été trop convaincu par l'acrobatie, même si je tire une conclusion assez proche de la formule du titre. 

Il aborde aussi dans son livre, paraît-il, la question du processus de féminisation en cours qu’on peut observer en France depuis la sortie de la guerre, et plus généralement dans les pays occidentaux. Alors là j’approuve. J’abonde même avec force. J'applaudis d'une main contre l'autre.

Déjà qu’on savait que les poissons mâles du Potomac (E.-U.) changent de sexe sous l’effet de quelques merveilles chimiques qui agissent sur le système endocrinien ; que la fertilité des hommes (concentration de spermatozoïdes dans le sperme) a notablement diminué au cours des trente dernières années (dévirilisation probablement due aux phtalates ou autres « perturbateurs endocriniens », mais les « marchands de doute » (Oreskes & Conway, voir ici même, 26-27 février) proclament l’absence de preuves scientifiques formelles). 

Parallèlement à cette évolution biologique, dans la « sphère culturelle » cette fois, on a commencé à vanter les « papas-poules », en même temps que les femmes se convertissaient massivement au pantalon, au « droit au travail » et au « partage des tâches ». C’est devenu le modèle dominant, sous la pression des exigences d’ « égalité », de « parité » et de « non-discrimination ». Ce n’est pas mon sujet, même s’il y aurait des choses à dire (de quoi n’y a-t-il pas « quelque chose à dire » ?). 

Mon sujet ? La féminisation dans la musique. Je laisse à Eric Zemmour l'attaque contre les voix de crevards de certains chanteurs de variétés (Michel Berger, il paraît). Ce qui m'intéresse, c'est le phénomène qui touche la musique dite « classique » depuis la sortie de la guerre, et en particulier les voix masculines. La voie a été ouverte principalement par le regain d’intérêt pour la musique "baroque", étiquette commode sous laquelle on classe toutes sortes de musiques de cour, d’église et de salon d’avant 1750. Après la redécouverte du clavecin, avec Wanda Landowska, on a redécouvert la tessiture de contreténor. 

On peut croire que ce regain d'intérêt n'aurait pas été le même s'il n'y avait pas eu Alfred Deller. Car le registre de contreténor s’est subitement et superbement incarné dans la voix de ce chanteur qui a marqué toute son époque. Il est vrai que le succès d’Alfred Deller ne se comprendrait pas si sa voix n’avait pas répondu à une attente, jusqu’alors virtuelle et en filigrane dans l’époque. Il fut le grand inaugurateur, longtemps un cas unique. La renommée qui est encore la sienne signifie simplement, en quelque sorte, que l'époque était mûre.

Aujourd’hui, le contreténor a proliféré comme le lapin avant la myxomatose. Qu’il faille dire « voix de fausset », « haute-contre », « sopraniste », « contreténor », je m’en contre-fiche (pardon). Peter Eötvös a écrit tout un opéra à partir de la pièce de Tchekov Les Trois sœurs, où ce sont autant de mecs qui chantent les frangines en question. J'ai vu ça, dans le temps. Oui, bon.

La diva (insupportable comme toutes les divas) qui règne actuellement en la matière s’appelle Philippe Jaroussky : c’est simple, on le voit partout, il va même jusqu'à pousser la chansonnette. Si j’ose dire et sans vouloir froisser personne, le contreténor aujourd’hui a le vent en poupe : je veux dire que la tessiture la plus féminine de la voix masculine est devenue une composante "normale" du paysage sonore. Elle a un succès fou, et l'on entend quotidiennement des hommes chanter avec des voix de femme. Je vais vous dire : ça en devient lassant. Question de génération, peut-être.

Quand ils étaient peu nombreux, j’arrivais à mémoriser les noms et à reconnaître les voix, j’allais même jusqu’à apprécier : Henri Ledroit, René Jacobs (vu en pythonisse dans David et Jonathas de Charpentier), Gérard Lesnes, Paul Esswood, Dominique Visse (fondateur - dont il faut supporter la voix perçante - de l'ensemble Clément Janequin), James Bowman, Michael Chance. C’était encore vivable. Le problème, c'est que, désormais, des contreténors, il en tombe comme à Gravelotte. Comme s'il en pleuvait. C’est devenu envahissant, comme si un nouveau stéréotype s’était durablement installé : le contreténor, c'est beau. Trop, c’est trop. A chaque coin des avenues musicales, on se heurte à un contreténor (la musique rock s'y est mise il y a déjà un moment).  

Cela tient peut-être aussi à la mode du baroque, à la marotte presque maniaque des « instruments anciens », à la recherche de « l'authenticité d'époque », aux résurrections fourmillantes de vieilles partitions de compositeurs dont le nom finisse si possible en « i », enfouies dans des bibliothèques poussiéreuses.

C'est à qui déterrera le plus beau cadavre. Musicologues et musiciens s’acharnent à « redécouvrir » des compositeurs jusque-là totalement sortis des mémoires et des répertoires. J'observe que la manie de la reconstitution ne pousse pas les contreténors actuels à faire le sacrifice des attributs qu'on enlevait aux futurs castrats avant que leur voix ne muât.

C'est peut-être que les musiciens et musicologues sont avides de se faire un nom et une place sur ce créneau maintenant fort encombré. Il faut que tout le monde trouve du boulot, c’est vrai. Je n’ai rien contre la musique baroque. Bien au contraire, j'en écoute toujours autant. Mais je ne crois pas qu'il faille absolument « sortir de l’oubli » à tout prix l'intégralité du catalogue des œuvres écrites avant 1750 : beaucoup ont amplement mérité qu’on les oublie. L'exhumation devrait être encadrée par des lois sévères.

C’est pareil à toutes les époques. On ne m’ôtera pas de l’idée que Félicien David est un compositeur estimable, mais qu'il ne mérite pas le même nombre de pages dans les dictionnaires des musiciens que Hector Berlioz, même si Le Désert (du premier, avec une incroyable performance du ténor, dans le rôle du muezzin appelant à la prière) est plus intéressant que le Chant du chemin de fer (du second). Pourtant, qui a retenu le nom de Félicien David, dont Berlioz en personne vantait pourtant le génie, en 1844, après la première du Désert ? 

Pour l’âge baroque, c’est la même chose, avec cette circonstance aggravante que c’est de la musique d’Ancien Régime, je veux dire séparée de nous par un abîme sans fond (la Révolution et quelques autres menues circonstances historiques) : c’est sûrement agréable à l’oreille, mais c’est définitivement hors de notre portée. Inatteignable autrement qu'après un énorme travail de rat de bibliothèque, un énorme effort de reconstitution historique. Tout ça est laborieux, et finalement factice. Comment peut-on sans pouffer entendre prononcer le français « à l’ancienne » ? 

Nous n’avons plus les codes sociaux dans lesquels s’inscrivait cette musique : elle nous échappe, quoi que nous fassions. Je crois intensément qu’en matière d’art, le temps ne laisse surnager que la crème de la crème. Combien de sommets bas, avant d'arriver au Mont Blanc ? Combien de « Petits Maîtres », avant d'apercevoir un Génie ?Faut-il coûte que coûte amener au jour la partie immergée de l'iceberg ? Je ne suis pas du tout amateur de reconstitution du passé. La recherche patrimoniale a des limites.

Ceux qui aiment refaire Austerlitz en costume à date fixe me font marrer, et les habitants d'Autun, les figurants et acteurs du Puy-du-Fou (et autres lieux) me font pitié quand je vois les photos de leurs fêtes du moyen âge ou de la chouannerie. Je déteste les romans historiques. J’avais détesté le film Pelle le conquérant, de je ne sais plus quel cinéaste nordique. 

On va dire que je « stigmatise », mais cette vogue d’hommes chantant comme des femmes, et peut-être d'hommes qui se prennent pour des femmes, n'est pas bon signe. Ça me fait penser à une autre banalisation : celle de l’homosexualité, dont on peut dire qu’elle aussi a envahi le paysage, avec toutes sortes de propagandistes de la « cause ».

L'homosexualité est désormais un marché florissant, parfois célébrée comme une norme à part entière, en concurrence avec celle qui définit les gens normaux. Gloire désormais à l’ambiguïté, à l’effacement des frontières entre les sexes, à la liquéfaction de la notion de norme. Ce n’est pas pour rien, j’imagine, qu’on fait tout un ramdam en ce moment autour de la peinture du Caravage, l'artiste au pinceau gras (ne pas confondre avec Rubens ou Jordaens, peintres du gras), parfois visqueux. 

On me dit qu’il faut être « moderne ». Pour une fois, je dirai comme ce prince des modernes parmi les modernes, hélas "sémiologue" à ses heures, Roland Barthes : « Tout d’un coup, il m’est devenu indifférent de ne pas être moderne » (épigraphe d’un chapitre d’Extension du domaine de la lutte, de Michel Houellebecq). 

Pour une fois, je ne lui donne pas tort : que nous importe la modernité ? 

Voilà ce que je dis, moi. 

lundi, 30 mars 2015

IL N’Y A PAS DE "SCIENCE ÉCONOMIQUE"

2/2

Je parlais de l'infirmité des pompeusement nommées « Sciences Humaines », qui ne portent le nom de sciences que par abus de langage. L'expression porte probablement le stigmate de son origine : le scientisme, cette croyance absolue dans le pouvoir de la science de résoudre tous les problèmes de l'humanité, imprégna jusqu'au coeur la moindre fibre de la seconde moitié du 19ème siècle.

Flaubert l'a personnifié sous les traits du pharmacien Homais, dont il a fait le masque de la bêtise satisfaite, la bêtise de « celui qui sait ». Parlant de je ne sais plus qui, Clémenceau disait joliment : « Il sait tout, mais rien d'autre ». Flaubert a tout compris : Bouvard et Pécuchet, me semble-t-il, ayant fait le tour du savoir encyclopédique, reviennent humblement pour finir à la tâche que s'assignaient les moines copistes du moyen âge.  

Les « sciences molles » (le Collège de 'Pataphysique les appelle plus justement les « Sciences Inexactes », par opposition aux « Sciences Exactes », dites dures qui, elles, s'efforcent à l'exactitude) se sont empressées de se ranger sous cette bannière, qui leur conférait une dignité dont elles n'auraient jamais osé rêver sur leurs seuls mérites. 

Sans pouvoir toutefois effacer le stigmate que constitue l'adjectif qualificatif "humaines" : quand on est obligé d'ajouter l'adjectif, c'est que son absence porterait à confusion. Quand on entre dans une « Faculté des Sciences », aucun doute sur les disciplines qu'on y enseigne, d'où l'absence d'adjectif. 

Mais tout le monde a laissé faire, par pitié envers les « Sciences Humaines », ces cousines disgraciées, qu'on invite de temps en temps, le dimanche, parce qu'il faut bien se montrer un peu magnanime avec le pauvre monde. Ainsi l'habitude a été prise, et j'imagine que le 20ème siècle n'a jamais voulu, osé ou pu rétablir la vérité. Monsieur Homais est entré au Collège de France et à l'Académie Française. Il fait autorité. Alors même qu'il faudrait peut-être renommer les « Sciences Humaines » les Sciences Fausses.

Car le vice rédhibitoire dont souffrent les « Sciences Humaines », c’est précisément l’Homme, avec ses désirs, ses calculs, son hypocrisie et sa sincérité, ses manœuvres, ses intérêts particuliers, ses audaces et ses peurs, ses haines et ses amours, ses constructions comme ses destructions, bref, sa LIBERTÉ. C'est-à-dire ce dont sont démunies les forces aveugles et déterminées de la nature. 

Non, l’économie n’est définitivement pas une science. Je n’énonce pas une énormité obscène : écoutez pour vous en convaincre l’émission de Dominique Rousset, le samedi sur France Culture. Quel que soit le thème choisi (dans l’actualité), vous les entendez, au bout d’un temps plus ou moins long, se chamailler. Deux économistes ne seront jamais entièrement d'accord.

Je rêve de les voir un jour en venir aux mains et, pourquoi pas, s'entretuer, pour qu'on s'amuse un peu. Vous imaginez, un combat à la loyale, à l'épée, « sur le pré », entre John Maynard Keynes et Milton Friedman ? Mais ils ne sont pas assez fous pour cela : ils se disent qu'un tel spectacle tuerait la poule aux œufs d'or, le « métier ». Il faut rester "digne", et pour cela, courtois et bien élevé. Propre.

Leurs désaccords n'en sont pas moins irréductibles. Ceci pour une raison très simple : l'étiquette "économiste" dissimule en règle très générale une tout autre personne que celle qui se donne pour spécialiste de ceci, expert en cela, capable d'assener (si, si, sans accent, c'est légal !) à toute la population du public terrorisé les certitudes absolues qu'il a acquises dans le domaine dont il se déclare le maître.

Cette personne est celle du militant politique. Les théories sur lesquelles ces gens s'appuient sont l'exact reflet du système politique dans lequel ils rêvent de les appliquer. En gros, sur le ring où ils s'affrontent, ça donne John Maynard Keynes contre Milton Friedman. Traduction : l'intérêt général contre les intérêts privés. Marx contre le Capital, si vous préférez.

Un économiste neutre est aussi crédible que ma sœur en monstre du Loch Ness. Il n'y a pas d'économie a-politique, mais des modèles d'organisation sociale qui s'affrontent : où faut-il placer le point d'équilibre entre les intérêts particuliers et l'intérêt supérieur du corps social dans son entier ? A qui et à quoi donner la priorité ? L'entrepreneur ou la collectivité ? L'efficacité économique ou la justice sociale ? Quand commence l'accaparement de la richesse ? Comment une société décide-t-elle de la façon dont elle veut vivre ?

Soit dit en passant, la logique à l'oeuvre dans le système actuel, et qui tend à imposer sa volonté aux Etats, elle est limpide : mettez en face le chiffre toujours plus impressionnant des pauvres qui ont besoin des Restos du cœur ou des Banques alimentaires pour survivre et le chiffre toujours plus astronomique des fortunes amassées par le centile des plus riches de la planète. Cela vous donne une idée de la montée irrésistible de l'Injustice. Or on sait que l'injustice produit immanquablement, à plus ou moins long terme, la violence. 

Pas d'économiste objectif, donc : une théorie économique ne peut faire autrement que d'être au service de l'idée qu'on se fait de la société. Vous pouvez aisément vérifier. S’ils sont, en gros, d’accord sur le constat (il suffit de lire les journaux, les statistiques du chômage, les fermetures d’usines, …), dès qu’on aborde l’analyse des causes ou les propositions de solutions, rien ne va plus. Il m’est arrivé d’entendre des disputes homériques entre les quatre « scientifiques » invités par Dominique Rousset. J’ai fini par les abandonner à leur triste sort. Pas d'économie sans choix de société. D'où leurs disputes interminables.

Imagine-t-on se disputer ainsi deux physiciens évoquant l’existence du « boson de Higgs », dont le LHC du CERN a apporté la preuve (deux vrais spécialistes du climat évoquant le « réchauffement climatique » feront très bien l’affaire) ? Et tout le monde est d'accord pour traiter d'hurluberlu indépassable ce « scientifique » arabe (ou musulman, je ne sais plus, peut-être les deux) qui vient de décréter que la Terre est plate. Résumons : il y a des acquis irréfutables de la Science. Il n'y a pas de preuve définitive en économie.

Si l'économie était une science, un consensus finirait par s’établir entre « experts », exactement de la même manière que s’est établi le consensus des milliers de scientifiques du GIEC sur le climat, après la recension faite de l'intégralité de la littérature scientifique consacrée au sujet. Je compte pour rien les vociférations du gouverneur de Floride, Rick Scott, qui interdit aux fonctionnaires de son administration de prononcer l’expression « réchauffement climatique » (Le Monde, 24 mars), et autres élucubrations des « climatosceptiques ». 

A ce propos, on peut cliquer sur le lien avec l'article : je conseille vivement la vidéo - 2'07" - désopilante : il faut voir quelques sénateurs américains se payer une bonne tranche de rigolade aux dépens du gars interrogé, tout propre sur lui et souriant, tournant autour de la formule taboue, mais complètement emberlificoté dans le ridicule à cause de la consigne reçue de ne pas la prononcer. 

Malheureusement, si l'économie n'est pas une science, trop de gens riches et puissants ont intérêt à ce que tout le monde le croie quand même, malgré tous les démentis que leur inflige la réalité. Avec l'appui de quelles complicités les « Usurpateurs » (titre du dernier livre de Susan George sur le même sujet, voir ici même, 17 mars) ont-ils réussi à imposer dans les esprits l'expression "Prix Nobel d'économie", au mépris pur et simple des volontés testamentaires d'Alfred Nobel ? Le testament instaure cinq prix (Physique, Chimie, Médecine, Paix, Littérature), pas un de plus. C'est ce que Bernard Maris dénonce en p. 15 de Houellebecq économiste, livre polémique, c'est certain, mais tout à fait salutaire et nécessaire. 

Voire indispensable. Et peut-être même utile. « Économiste sérieux » est un oxymore. La seule spécialité de l'économiste : l'enfumage. 

Voilà ce que je dis, moi.  

mardi, 17 mars 2015

LES USURPATEURS

GEORGE SUSAN USURPATEURS.jpgSusan George maîtrise parfaitement le français. Elle a publié récemment Les Usurpateurs (Seuil 2014). Est-ce un bon livre ? Après lecture, je suis obligé de dire que oui, mais que mais. Et que, au-delà de la rudesse de son abord, il me semble important d'avoir au moins une idée de son contenu. Dans l’esprit de l’auteur, il fallait d'abord donner des éléments d’information à un public intéressé par les questions soulevées. Des questions touchant la démocratie, la mondialisation, mais surtout la confiscation de la première par la seconde. Rien de moins.

Il fallait aussi poser des jalons pour permettre de se repérer dans la forêt inextricable des institutions et des géants bancaires et industriels qui sont en train de façonner le monde à leur guise. Elle veut dénoncer les efforts gigantesques fournis par les nouveaux puissants de la planète pour mettre en place un ensemble d’instances d’organisation conçues pour pour "déréguler", "déréglementer", en somme régner sur le monde en le faisant fonctionner à leur profit (autrement dit en s'empiffrant sur la bête), au mépris de la volonté des populations et de l'avenir de la planète. Les Usurpateurs est un livre pour militants. 

Susan George croit aux vertus de l’action collective. C’est faire preuve d’optimisme. Elle ne méconnaît pas la difficulté. La conclusion commence en effet ainsi : « Merci, lecteur, de m’avoir suivie jusqu’ici. J’espère vous avoir apporté des informations complètes, fiables et pas trop rébarbatives à propos de l’usurpation d’autorité qui gangrène nos institutions et notre vie quotidienne » (p. 175). Elle le dit bien : au moins joue-t-elle cartes sur table. Disons-le, son livre est indispensable, mais résolument rébarbatif. 

Cela se voit d’ailleurs comme le nez au milieu de la figure. Ouvrez le livre à n’importe quelle page : vous tombez sur une rafale de mitrailleuse : AGRA, BEUC, CAM, ECHA, GRI, IBFAN, NHTSA, USCC ... La rafale des sigles et acronymes les plus imprononçables. C’est parfois si caricatural qu’elle s’est sentie obligée d’en établir un glossaire, qu’elle a situé à la fin : « Liste des sigles et acronymes les plus utilisés » (p. 185). Inutile de le cacher : ça rend la lecture pénible, et il faut s’accrocher pour arriver au bout. Mais enfin, on y arrive. 

Le projet est double : 1) Décrire « la manière dont les lobbyistes s’y prennent pour influencer nos dirigeants politiques et introduire des lois favorables à l’enrichissement du secteur privé » ; 2) Entrer dans le détail des « stratagèmes qui permettent d’élaborer, d’introduire et de renforcer le droit supranational » (p.179), au détriment évident des législations nationales ou plurinationales (Europe), a priori plus protectrices de la santé ou de l’environnement, mais qui constituent trop souvent, aux yeux des grandes firmes transnationales, des obstacles à la liberté du commerce, de l’innovation et du profit. 

Un livre éminemment utile, donc. Est-il efficace pour autant ? J'aimerais le croire ... D’autant plus utile que, selon son auteur, les entreprises transnationales (qu’elle abrège en ETN) « constituent aujourd’hui la première puissance collective mondiale, loin devant les gouvernements, qui leur sont d’ailleurs trop souvent inféodés ». Je voudrais croire que ce n'est pas encore tout à fait vrai, mais ... Je crois que non seulement elle n’a pas tort, mais que l’évolution récente de la situation est en train de lui donner raison de façon inquiétante. 

Le point de vue selon lequel elle développe ses idées est assez particulier : elle regarde les choses d’en haut. Je veux dire que, familière, du fait de son vieux militantisme (elle est née en 1934), des confrontations avec diverses instances du pouvoir, elle a fini par en connaître le moindre rouage par son prénom, et qu’elle se meut dans ce milieu pauvre en oxygène comme un poisson dans l’eau, si j’ose ainsi parler. C’est là que j’ai un peu de mal à la suivre. 

Mais l'intérêt de la démarche est dans l'espèce de dissection à laquelle elle se livre sur le fonctionnement des plus hauts étages où se meuvent les plus hautes élites mondiales. Elle nous fait voir les choses comme si nous occupions le fauteuil des gens au pouvoir. Quelqu'un qui est du sérail et assez au fait de son fonctionnement pour en faire bénéficier ceux qui n'en sont pas ne saurait être entièrement mauvais.

La notice de l’encyclopédie en ligne donne des indications sur le parcours et sur les hautes responsabilités que Susan George a exercées au sein du mouvement Attac, de Greenpeace, etc. Disons-le : une trajectoire courageuse, cohérente, digne d’estime. Pour résumer, elle a exercé ses responsabilités dans le milieu de ceux qu'on appelle les altermondialistes. 

Là où je la rejoins entièrement (à 200 %, comme disent drôlement les footballeurs avant un match important), c’est quand elle formule clairement le déni de démocratie en quoi consiste essentiellement la mondialisation telle qu’entendue par les directions des grandes firmes bancaires et industrielles, et quand elle voudrait alerter sur ce que j’appelle, quant à moi, la Grande Privatisation de Tout (GPT dans l’intimité) : « On commence à comprendre la sinistre signification de cette expression de " gouvernance mondiale". Elle est décidément entre les mains du secteur privé » (p. 170). Pour moi, si la GPT se réalise, on ne sera pas très éloigné d'une fin de monde (je n'ai pas dit la fin du monde).

J’ai parlé ici, récemment, des livres de Fabrice Nicolino (22 février) et de Naomi Oreskes et Erik M. Conway (26 et 27 février) : ils sont des illustrations de terrain de la thèse de Susan George, en ce qu’ils rendent bien visibles les conséquences concrètes des agissements de la grande industrie (chimique, agroalimentaire) d’ores et déjà mondialisée. Ils donnent en quelque sorte les preuves de ce qui pourrait passer pour les fantasmagories nées dans le cerveau d’une illuminée. 

Je n’entre pas dans les détails de l’ouvrage de Susan George. J’en retiens quelques éléments qui ne font hélas que confirmer les pires craintes que certains éprouvent face à l’évolution prochaine du monde, une évolution qui peut leur sembler irrésistible, mais dont l’auteur se refuse à accepter la fatalité. Je l'ai dit : c'est une optimiste.

Premier point : tout ce qui entrave les affaires, la production, le commerce et empêche les firmes transnationales de maximiser leurs profits pour le plus grand bonheur des actionnaires est à considérer comme l’ennemi à abattre. L’ennemi ? C’est, par exemple, le principe de précaution. Mais c’est aussi l’imposition de normes de sécurité alimentaire et de respect de l’environnement. Tout ce qui est réglementation ou effort de "régulation des flux" en vue de la préservation du bien public est à détruire dans les plus brefs délais. 

Deuxième point : le grand obstacle que les démocraties opposent à la liberté des affaires ainsi conçue réside dans la transparence qu’elles exigent (au moins en théorie) : les débats démocratiques se déroulent en public. Cette publicité est très néfaste à la "sérénité" du climat des affaires. Il n'est pas bon en effet que le bon peuple soit mis au courant de tous les tenants et aboutissants de ce qui se trame en haut lieu.

Or la négociation que la Commission Européenne a entamée avec les Etats-Unis pour définir les conditions d’une zone de libre-échange transatlantique, cette négociation se tient dans le plus grand secret, au point que les députés européens eux-mêmes (des élus !) ont le plus grand mal à obtenir des informations sur son degré d’avancement, sur les termes et les résultats déjà obtenus, sur les perspectives, etc. 

Soit dit en passant, ça donne une bonne indication de la marge de manœuvre et de décision qui est laissée à nos personnels politiques : au choix, des marionnettes ou des fantoches, réduites par les géants économiques mondiaux au statut de présidents de comités de quartier, voire de "capitaines de pédalo".

Qu’on se le dise : la plus grande liberté des affaires des riches et des puissants du monde va strictement de pair avec la plus grande opacité sur les dites affaires. S'agissant de la tradition de ces « hommes d'honneur » que la Sicile a célébrés et légués aux "forces du marché", on appelle cette opacité « l'omerta » et l'honorable société la « mafia » (voir mon billet sur l'ouvrage de Jean de Maillard, le 9 mars).

Les gens raisonnables, ceux qui ont les pieds sur terre et veulent qu’on puisse les y garder le plus longtemps possible ne veulent pas de ce monde que les riches et les puissants travaillent opiniâtrement à leur concocter. 

Voilà ce que je dis, moi. 

mardi, 10 mars 2015

A BAS LES STEREOTYPES !

Il est urgent d’en finir avec les stéréotypes.

 

Les journaux dénoncent à longueur de pages cette ignoble verrue qui transforme le nez si typique de la République en ignoble appendice tuberculeux, avec laquelle on proclame en très haut lieu (François Hollande, Najat Vallaud-Belkacem et consort) que l'on va s'empresser d'en finir par les moyens les plus expéditifs. Il était temps.

 

On apprend, à la veille de Noël dernier (Le Monde daté 19 décembre 2014), que « la délégation aux droits des femmes du Sénat dénonce les jouets stéréotypés ». Et tout le monde (enfin presque) est d’accord pour appeler à la libération de l’infernal carcan qui enserre l’existence des femmes, des hommes et des animaux (« Les animaux sont des êtres humains comme les autres », disait la déjà défunte Brigitte Bardot) dans les hideux « stéréotypes sexués ». Plus personne (enfin presque) ne veut s’entendre rebattre les oreilles avec des petits garçons qui seraient faits pour les petites voitures et des petites filles pour les petites poupées.

FEMINISME 19 12 2014.jpg

Le Monde, 19 décembre 2014.

Elles ont raison : il faut dénoncer.

On ne dénonce jamais assez : c'est un principe.

 

Il faut en finir une fois pour toutes – pour en finir une fois pour toutes avec la « domination masculine » (Pierre Bourdieu) – avec les stéréotypes de « genre », si possible dès la Maternelle, en inculquant dans les jeunes cerveaux le principe sacro-saint de l’égalité entre les garçons et les filles, par exemple au moyen d’un ABCD qui les prédisposera à admettre que les premiers ne sont pas supérieurs aux secondes (ce dont personne ne doute), et convaincra les secondes de ne pas se laisser faire (ce qui s'observe depuis quelques siècles). Grâce à Dieu, à la statistique et à la sociologie progressiste, la société remédie heureusement à cette maladie.

 

À la limite, ils pourront choisir leur sexe tout à fait librement, une fois arrivés à maturité (c'est bien connu : un destin cruel pesait jusqu'à présent sur les individus en les assignant à un rôle sexuel fondé sur la seule présence arbitraire entre leurs cuisses, à leur naissance, d'un petit cylindre de chair flasque ou d'une fente ouverte sur on ne sait quelles profondeurs obscures).

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Don Quichotte, au secours !

Il y a encore des moulins à vent à combattre !

Ah bon ? On vous fait bouffer de la musique contemporaine au-delà du raisonnable pour vous faire entrer dans le crâne que l’extrême dissonance et les intervalles les plus inouïs constituent le fin du fin de la cuisine musicale qui se concocte dans les laboratoires de la modernité (ils appellent ça, sans doute, la « mélodie » d’avant-garde, voir ici même du 24 février au 4 mars) ?

 

Eh bien de la même façon, on vous gavera, à longueur de médias, à profondeur de journée, à hauteur d'homme et à épaisseur d'esprit, de l’idée que la France se doit d’instaurer la parité intégrale des hommes et des femmes, dût-on pour y parvenir triturer en tout sens la carte électorale et révolutionner le mode de scrutin : si la société tarde ou résiste, le coup de force légal (juste un nouveau règlement administratif) y pourvoira. L'abolition des stéréotypes, tout comme celle des privilèges, un certain 4 août 1789, « sera le genre humain » : elle est d'ores et déjà sur la bonne voie. Même si, y compris parmi les abolitionnistes, semblent se manifester quelques résistances.

 

Rien de mieux en effet, pour se convaincre qu'il subsiste des obstacles à la disparition des stéréotypes sexués, que d’assister, le 8 mars (avant-hier), à la manifestation qui a eu lieu place Bellecour à Lyon, pour célébrer la journée internationale du droit des femmes, et qui prétendait illustrer brillamment, spectaculairement et fastueusement la fin des stéréotypes, comme on le constate ci-dessous.

FEMINISME 9 MARS 2015.jpg

(Le Progrès, 9 mars 2015) 

 

C'est-y pas mignon ! Elles adhèrent toutes au PS ? Ou bien à la Manif pour tous ? Faudrait savoir.

FLAMANT ROSE VOL.jpg

D'un côté, les femmes en rose !

 

LOGO SAMSE.jpg

De l'autre, les hommes en bleu !

 

DRAGEES ROSES.jpgLes fabricants de dragées de baptême ont encore deDRAGEES BLEUES.jpg beaux jours devant eux ! C'est à la Manif pour tous qu'on doit bien rigoler !

 

 

 

 

Voilà ce que je dis, moi.

vendredi, 13 février 2015

L'ISLAM N'AIME PAS LA FRANCE (5)

2/2

 

J'évoquais la tribune du professeur de philosophie Soufiane Zitouni, parue dans Libération. Il donnait les raisons pour lesquelles il a démissionné de son poste au lycée Averroès de Lille après cinq mois d'exercice.

 

S’il faut l’en croire, le lycée Averroès de Lille fonctionne comme une antenne des Frères Musulmans en territoire français : au CDI, pas un livre de ou sur Averroès, grand humaniste du 12ème siècle, ange éponyme et tutélaire, qui plus est, de l’établissement. Averroès, l’Egyptien Youssef Chahine lui avait consacré un beau film en 1997. On pourrait dire que ce film faisait bilan de ce qui s'est passé dans l'islam au 12ème siècle (sorte de stase de l'esprit), et qu'il annonçait ce qui se laissait déjà présager du siècle présent.

 

En revanche, en veux-tu en voilà, des ouvrages des frères Tariq et Hani Ramadan (tiens, j'ai vu avant-hier la photo de Frère Tariq dans Le Monde). Les deux éléments mis bout à bout, on admettra que c’est mauvais signe. Les frères Ramadan, autrement dit les porte-parole des Frères Musulmans en terre européenne, même s'ils s'en défendent à hauts cris.

 

Je mentionnerai deux points en particulier du propos de Zitouni : 1 - un antisémitisme assez généralement partagé et banalisé parmi les élèves ; 2 - l’impossibilité d’aborder les choses de la religion, à commencer par la personne du prophète Mahomet, pour cause de tabou absolu. Je passe sur les ablutions rituelles dans les toilettes communes et la prière devant la machine à café. Il conclut : « En réalité, le lycée Averroès est un territoire "musulman" sous contrat avec l’Etat ». La phrase est à retenir. Tout ce que dit Soufiane Zitouni est au moins possible, pourquoi pas vraisemblable, et mérite au moins l’attention que requiert tout témoignage.

 

Mais l’affaire se complique : Libération publie, le lendemain même, un article signé Haydée Saberan, intitulé « A Lille, le lycée Averroès attaque un prof de philo en diffamation », suite à la conférence de presse organisée dans l’urgence par les responsables de l’établissement. Il n’y a aucune raison de soupçonner la rédactrice de l’article de partialité : elle a fait son boulot, elle est allée sur place, a rencontré des responsables, des professeurs, des élèves. Je retiens malgré tout du texte l’effet d’amortisseur qu’il produit sur le lecteur, qui a tendance à se dire que oui, peut-être que Zitouni exagère.

 

Car Soufiane Zitouni, selon plusieurs, exagère, monte en épingle, généralise à partir de quelques cas. Ils soulignent que les problèmes soulevés ici ne sont pas spécifiques à l’établissement, mais largement répandus dans le secondaire français, ce qui est hélas probable. Le "principal" du lycée (je croyais qu’on disait « proviseur ») découvre étonné que ce professeur de philosophie parlait beaucoup de l’islam en cours, au point qu’il demande au rectorat de diligenter une enquête.

 

Qui croire ? C’est parole contre parole. Ah, un indice peut-être : les relations que le lycée entretient avec la maire de Lille, Martine Aubry, sont exécrables. Pour quelle raison ? Elle pense que Amar Lasfar, recteur de la mosquée de Lille-Sud, pratique le double langage. Or Amar Lasfar est d’une part un fondateur du lycée Averroès, et d’autre part le président de l’Union des Organisations Islamiques de France (UOIF). Tirons ce fil.

 

Il se trouve que l’UOIF n’a pas très bonne réputation, d’un point de vue républicain. C'est en effet la branche française des Frères Musulmans. J'ai tendance à comparer le fonctionnement de la confrérie des Frères Musulmans à celui de la franc-maçonnerie, et pourquoi pas d'une secte : même ritualisation, même cérémonie d'allégeance, même présence d'un « projet » plus ou moins global. Tiens, ça se précise, on dirait.

 

Si l’on se souvient que Tariq Ramadan, cette belle incarnation de la notion d'"homme d'influence", cet avocat de la cause musulmane en terre "chrétienne", est un proche des « Frères », qu’on trouve ses ouvrages au CDI du lycée Averroès (Averroès l'humaniste étant le grand absent des rayons), et qu’il est passé maître dans l’art d’adapter son discours aux circonstances et aux interlocuteurs, et de retourner les griefs à son encontre contre leurs auteurs, on commencera à se dire que Soufiane Zitouni est loin d’avoir tort sur toute la ligne.

 

« Le lycée Averroès est un territoire "musulman" sous contrat avec l’Etat » : il se pourrait même qu’il ait raison. Combien de temps nous faudra-t-il pour aboutir à la conclusion que la fantaisie d'anticipation à laquelle se livre Michel Houellebecq dans Soumission n'est qu'une préfiguration de ce qui nous attend ?

 

Naomi Oreskes a publié Les Marchands de doute pour montrer la terrible virtuosité des industriels les plus polluants et mortifères de la planète dans l’élaboration de discours et d’argumentaires destinés à semer le trouble dans l’esprit des responsables et des décideurs pour les empêcher de signer des interdictions ou même des restrictions nuisibles à leurs affaires.

 

Rien de tel qu’une bonne plainte en diffamation pour introduire le doute. Devinette : à qui profite le doute ?

 

Conclusion : le problème de l'islam n'a pas fini de se poser à la France. Car le problème de la France, c'est que, en même temps que les frères Kouachi et Coulibaly se réclament de l'islam pour commettre leurs assassinats, des "responsables" musulmans sunnites (Université Al Azhar, Le Caire) comme chiites (ambassadeur d'Iran à Paris) déclarent à l'unisson que Kouachi et Coulibaly, de même que tous les terroristes, ne sont pas musulmans.

 

Comment je fais, moi, pour m'y retrouver ?

 

Pas d'amalgame et pas de stigmatisation, je veux bien, mais qu'on me dise comment on fait pour s'y retrouver entre ceux qui combattent et tuent au nom d'Allah, et ceux (du même bord ?) qui disent que ce n'est certainement pas au nom d'Allah. Que disent-ils, les musulmans pacifiques ? « Ces assassins ne sont pas musulmans ». Que disent les assassins ? « Allah Akbar ». Et certains nient qu'il y ait un problème. Et certains publient des livres intitulés Pour les Musulmans (Edwy Plenel).

 

C'EST QUOI L'ISLAM ? La question commence à me courir sur le haricot (de mouton de panurge).

 

Peut-être que la réponse est dans le Coran : comme dans la Bible, on y trouve autant d'invocations à la paix que d'appels à la guerre.

 

C'est comme l'histoire des historiens : on y trouve tout ... et le contraire de tout.

 

Moralité : la religion est bien comme la langue d'Esope, à un détail près : c'est bien la pire et la pire des choses.

 

Voilà ce que je dis, moi.